dimanche 6 mai 2018

« McDo dégraisse… pas ses Big Mac mais son personnel ! »

TRIBUNE LIBRE / par

TL MACDO DEGRAISSE

La preuve par MacDo! Comme vous le savez, je suis passionné par les mutations massives qui touchent le marché de l’emploi car cela concerne évidemment la vraie vie des vrais gens. Vous, moi, nous serons tous touchés par les immenses bouleversements qu’annonce la « robolution », la révolution robotique.

Il est de bon ton de passer à l’antenne et, comme je le dis souvent, de citer l’histoire éclusée et usée jusqu’à la corde des canuts qui ne veulent pas disparaître et de dire que l’automatisation ne fait pas perdre de travail et que c’est d’ailleurs dans les pays où il y a le plus de robots qu’il y a le moins de chômeurs.

Fin du débat.

Les canuts et la queue qui remue le chien!

Sauf que la réalité, ce n’est pas que plus il y a de robots moins il y a de chômeurs. La vérité c’est que les pays dans lesquels il y a le plus de robots sont par nature les pays les plus industriels, comme l’Allemagne ou la Corée du Sud, ou bien encore le Japon, et que dans ces pays industrieux, il y a effectivement moins de chômeurs parce qu’à la base, il y avait une industrie plus forte.

b54c8ec289b09d31ae7de674fb17ae2d

Il convient de rajouter aussi que dans ces pays autrefois en plein emploi, nous avons assisté ces dernières années à l’apparition du chômage ou d’une classe très pauvre de travailleurs, voire les deux, comme en Allemagne et, dans une moindre mesure, au Japon.

Dire que plus il y a de robots, moins il y a de chômage est aussi crétin que de dire que c’est la queue qui remue le chien…

L’automatisation en marche chez McDo

La réalité de l’emploi est donc toute autre.
Très différente.
Effrayante.

5978a903488c7b4a0a8b4567

Prenons par exemple le cas emblématique d’une entreprise mondialement connue et reconnue à travers le monde.

Une entreprise qui a besoin de beaucoup de main-d’œuvre, qui recrute tout le temps car ayant beaucoup de « turn-over », c’est-à-dire des taux de « rotation » importants de ses effectifs. En clair, beaucoup partent volontairement (ou non) chaque année.

Normal, c’est un métier difficile, un métier également temporaire. Celui d’équipier. Équipier Mc Do !

formateur

Un boulot de jeunes, d’étudiants, un boulot pour se mettre le pied à l’étrier ou remplir la gamelle. Mais un métier quand même, et au-delà d’un métier, une véritable école. Celle du travail dur et harassant. L’école de la rigueur et de l’obéissance, l’école où l’on apprend à appliquer les règles, mêmes celles qui consistent à brosser les joints des carrelages une fois l’an à la brosse à dents pour que le restaurant soit rutilant. Ceux qui ont travaillé chez McDo sauront de quoi je parle.

Si vous voulez recruter un « jeune » qui sait bosser, un jeune courageux, prenez celui qui sort de deux ou trois ans chez McDo, vous ne vous tromperez sans doute pas !

Chaque année, McDo forme des milliers de jeunes. C’est moins le cas et cela le sera de moins en moins, comme en témoigne ce graphique effarant sur l’emploi chez McDo par rapport au nombre de restaurants !

Mac do automatisation graphique emploi

McDo : graphique de l’automatisation de l’emploi

Comme vous pouvez le voir, en 2013, les 35 429 restaurants avaient besoin de 440 000 collaborateurs pour tourner.

En 2017, avec 37 241 restaurants, soit nettement plus, McDo n’a plus besoin que de 235 000 personnes.

login-hero

Comme le taux de rotation des effectifs est très important, il n’a pas été nécessaire de faire de plans de licenciement, cela ne s’est donc pas vu ni étalé à la une des journaux.

Pourtant, le phénomène est là.

En 5 ans, McDo aura divisé par 2 ses effectifs.

Remarquable non ?

Les profits suivent évidemment la courbe inverse.

Plus encore, comme client, c’est vous qui maintenant passez commande aux bornes automatiques, en trouvant cela « vachement bien », parce que « c’est nettement plus pratique ».

Le résultat ? 200 000 postes en moins.

Vous ne faites donc pas face à la disparition du travail du jour au lendemain, mais à sa raréfaction.

À cela, vous devez vous préparer, vous-même comme vos proches, et en particulier vos enfants. Si vous êtes retraité, et que vous pensez que vous n’êtes plus concerné, vous vous trompez, hélas.

Tout le financement des retraites repose sur la capacité des actifs à payer des cotisations sur des salaires versés qui servent à payer les pensions de nos anciens.

Point de salariés, point de salaire. Point de salaire, point de cotisation. Point de retraite !

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/mcdo-degraisse-pas-ses-big-mac-mais-son-personnel/

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mercredi 2 mai 2018

Les méthodes de management centrées sur le ’savoir être’ des salariés [réédition]

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

TRIBUNE LIBRE / Danièle Linhart : « Les méthodes de management centrées sur le ’savoir être’ des salariés ne sont qu’une application exacerbée du taylorisme »

TL MANAGEMENT

Les nouvelles méthodes de management se prétendent au service de l’épanouissement des salariés, de leur « savoir être » et de la « réalisation de soi » en entreprise. Danièle Linhart, spécialiste de l’évolution du travail et de l’emploi, démonte ces impostures et montre comment le management moderne s’inscrit dans la lignée du travail à la chaîne théorisé par Taylor et Ford pour toujours mieux asservir les salariés. Objectif : déposséder les travailleurs de leurs savoirs et de toute forme de pouvoir dans l’entreprise. « Le patronat ne veut surtout pas que la contestation massive qui s’est exprimée en 1968 ne se reproduise », explique-t-elle. Entretien.

L’histoire du travail salarié est celle, dites-vous, d’une dé-professionnalisation systématique des travailleurs. Taylor a initié cette dynamique avec son « organisation scientifique du travail » au XIXe siècle qui, loin d’être neutre, visait à contrôler les ouvriers. Comment cette dé-professionnalisation a-t-elle été imposée ?

Danièle Linhart [1] : Taylor avait identifié le fait qu’au sein des entreprises, le savoir, c’est aussi le pouvoir. Sa théorie : si on laisse entièrement le savoir aux ouvriers dans les ateliers, alors les employeurs sont privés du pouvoir. Ce qui, bien entendu, serait dommageable à la profitabilité des entreprises. A l’époque, c’est à dire à la fin du XIXe siècle, lorsqu’un capitaliste décide de monter une entreprise, il possède l’argent, mais pas la connaissance ni les savoir-faire. Pour produire, il fait donc appel à des ouvriers et des compagnons qui organisent eux mêmes le travail.

La grande invention organisationnelle de Taylor consiste à ce que la direction puisse réunir – et s’approprier – l’ensemble des connaissances détenues par les ouvriers, les classer, en faire la synthèse, puis en tirer des règles, des process, des prescriptions, des feuilles de route. Bref, in fine, à ce que la direction puisse dire aux ouvriers en quoi consiste leur travail. Il s’agit d’un transfert des savoirs et du pouvoir, des ateliers vers l’employeur, et d’une attaque en règle visant la professionnalisation des métiers.

Quelles sont les conséquences de ce processus ?

Cette réorganisation fait émerger de nouveaux professionnels, des ingénieurs et des techniciens. Ceux-ci ont une masse de connaissances et d’informations à gérer et à organiser, afin de mettre en place des prescriptions de travail, à partir des connaissances scientifiques de l’époque. On a donc pris l’habitude de présenter le taylorisme comme une organisation « scientifique » du travail, sachant qu’à partir du moment où la science décide, ce qui en ressort est nécessairement impartial et neutre.

C’est évidemment faux : l’organisation du travail proposée par Taylor, qui était consultant au service des directions d’entreprises, est profondément idéologique. Elle a systématiquement et sciemment dépossédé les ouvriers de ce qui fonde leur force, leur identité, et leur pouvoir : le métier et ses connaissances. L’objectif est d’installer une emprise sur les ouvriers, de façon à ce qu’ils ne travaillent pas en fonction de leurs valeurs et de leurs intérêts, mais en fonction de ce qui est bon pour les profits de l’entreprise et l’enrichissement de leur employeur.

Il semble pourtant décisif pour Taylor de faire apparaître cette dépossession comme juste et honnête. Henry Ford, qui instaure le travail à la chaîne quelques années plus tard, se présente lui aussi comme un bienfaiteur de l’humanité. Quels arguments avancent-ils pour convaincre l’opinion publique ?

banniere_temps_modernes-653x310

Taylor a toujours prétendu se situer du côté du bien commun : il affirme avoir permis une augmentation de la productivité dont toute la nation américaine a profité, alors même qu’il préconise de répartir les énormes gains de productivité obtenus grâce à son organisation du travail de manière très inégalitaire : 70 % pour l’entreprise – c’est à dire pour les actionnaires – et 30 % pour les salariés. Il dit aussi avoir « démocratisé » le travail, en l’éloignant des syndicats de métiers. Selon lui, grâce aux prescriptions définies par la hiérarchie, n’importe quel paysan pourrait désormais devenir ouvrier. Il assume totalement le fait d’avoir dépossédé les ouvriers de leur travail. Et donc, d’une partie de leur dignité.

Quelques années plus tard, Ford se présente aussi comme un bienfaiteur de l’humanité, alors qu’il propose un système technique et organisationnel encore plus contraignant. Le travail à la chaîne, c’est un pas supplémentaire vers l’asservissement. Les salariés sont non seulement tenus par des prescriptions et feuilles de route produites par la direction et sur lesquelles ils n’ont pas de prise. Ils sont désormais tenus par le rythme – infernal – imposé par la chaîne. Ford disait : « Grâce à moi, tout le monde pourra avoir sa voiture. Je participe à la cohésion sociale, et c’est un progrès formidable. »

Pourtant, chez Ford, les ouvriers étaient exploités encore plus durement qu’au sein des autres usines...

temps-modernes-740x496

Effectivement. Le rythme y était tel qu’ils étaient très nombreux à jeter leurs outils sur la chaîne, en assurant qu’il était impossible de travailler à de telles cadences. En 1913, plus de 1300 personnes par jour doivent être remplacées ! Le taux de rotation avoisine les 380 %, ce qui est trop élevé pour assurer la production et tirer les profits escomptés. Pour fixer les ouvriers, il décide alors d’augmenter les salaires, jusqu’à ce qu’ils restent. Résultat : les paies sont multipliées par 2,5. Ce qui est énorme pour l’époque, évidemment. Ford présente cette augmentation de salaire, mise en place pour faire supporter des conditions insupportables, comme un véritable progrès social. Il fait croire à un scénario « win win », comme disent les managers aujourd’hui : tout le monde serait gagnant, l’employeur comme les salariés.

Ford pousse la logique d’exploitation plus loin que Taylor. Y compris à l’extérieur de l’atelier. Il se préoccupe d’entretenir et de reproduire « la force de travail » jusque dans la vie quotidienne des ouvriers. Quelle forme cette stratégie prend-t-elle ?

1984-big-brother-poster

Pour tenir le coup lorsqu’ils travaillent à la chaîne, les ouvriers doivent littéralement mener une vie d’ascète. Henry Ford créé un corps d’inspecteurs chargés d’aller vérifier qu’ils se nourrissent bien, qu’ils dorment correctement, qu’ils ne se dépensent pas inutilement, qu’ils ont un appartement bien aéré... Ford, qui était végétarien, propose même des menus à ses ouvriers. Il exerce une véritable intrusion dans la vie privée, officiellement pour le bien des salariés.

On retrouve le même discours dans le management du XXIe siècle, qui prétend répondre aux aspirations les plus profondes des salariés : « Vous allez être contents de travailler chez nous. Vous verrez, nous allons vous faire grandir. » Il faut avoir du courage, être audacieux. Entretenir son corps. Dans certains bureaux, on peut désormais travailler sur ordinateur tout en marchant, grâce à des tapis roulant ! Les DRH parlent de bienveillance et de bonheur, comme Ford le faisait avec ses inspecteurs. La volonté de prise en charge de la vie des salariés perdure.

Comment se manifeste cette intrusion, dans l’entreprise du XXIe siècle ?

On leur propose par exemple des massages, de la méditation, des activités destinées à créer des relations avec leurs collègues. Certaines entreprises distribuent des bracelets pour que les salariés puissent comptabiliser leurs heures de sommeil. C’est très intrusif. L’organisation moderne du travail est un perfectionnement des méthodes de Taylor et de Ford : les directions s’occupent de tout, tandis que les salariés s’engagent totalement pour leur entreprise, avec l’esprit « libéré ».

Effective-Management-of-People-Large

Il s’agit toujours de faire croire aux salariés que cela est réalisé l’est pour leur bien. La logique du profit, la rationalité capitaliste deviennent l’opportunité pour les salariés de faire l’expérience de leur dimension spécifiquement humaine. D’ailleurs, les qualités qui leur sont demandées relèvent de dimensions qui vont au delà du professionnel : il s’agit de l’aptitude au bonheur, du besoin de se découvrir, de la capacité à faire confiance, à mobiliser son intuition, son sens de l’adaptation, à faire preuve de caractère, d’audace et de flexibilité…. La notion de « savoir être » est d’ailleurs devenue l’un des axes forts de la nouvelle gestion des salariés préconisée par le Medef.

La dépossession professionnelle mise en place par Taylor plonge les salariés dans un état de soumission et de dépendance hiérarchique inouï pour l’époque, dites-vous. Le management contemporain impose-t-il la même chose ?

31047567-businesswoman-addressing-meeting-around-boardroom-table

Avec le taylorisme, les salariés ne peuvent plus travailler sans les préconisations de leurs supérieurs, comme les gammes opératoires, les délais alloués... On retrouve cela dans le management actuel, bien entendu, puisque le travail reste défini par les directions, assistées de cabinet de conseils qui élaborent des procédures, des protocoles, des « bonnes pratiques », des méthodologies, des process… Les salariés n’ont aucune prise sur cette définition. La dictature du changement perpétuel accentue même cette dépendance. Dans toutes les entreprises – que ce soit dans l’industrie ou dans les services – on change régulièrement les logiciels, on recompose les services et départements, on redéfinit les métiers , on organise des déménagements, on externalise, puis on ré-internalise... Ce faisant on rend les connaissances et l’expérience obsolètes. On arrive même à transformer de bons professionnels en apprentis à vie ! Les gens sont perdus.

CPCU-520-Picture

Les salariés le disent d’ailleurs de manière très explicite : « Je ne sais plus où je suis dans l’organigramme. Je ne sais pas de qui je dépends. » Ils sont totalement déstabilisés, se sentent en permanence sur le fil du rasoir et se rabattent sur les procédures et les méthodes standard, comme sur une bouée de sauvetage. Mais ces procédures et méthodes standard ne sont définies et maîtrisées que par les directions… Les salariés se retrouvent en proie à des doutes terribles. Ils se sentent impuissants, incompétents. Ils sont obligés de mendier des aides techniques. Leur image de soi est altérée. Ils ont peur de la faute, de faire courir des risques à autrui. Ces méthodes les jettent dans une profond sentiment d’insécurité.

Face à cette exigence du changement permanent, les anciens apparaissent comme embarrassants. Vous expliquez que leur expérience est disqualifiée et leur expertise oubliée. Comment cette disqualification se met-elle en place ?

avantages_sc3a9niors

Il faut éviter, quand on est manager, d’avoir des gens capables d’opposer un autre point de vue en s’appuyant sur les connaissances issues d’un métier ou de leur expérience. Si un salarié revendique des connaissances et exige qu’on le laisse faire, c’est un cauchemar pour une direction. Or, les seniors sont les gardiens de l’expérience, ils sont la mémoire du passé. Ça ne colle pas avec l’obligation d’oublier et de changer sans cesse. Il y a donc une véritable disqualification des anciens. On véhicule l’idée qu’ils sont dépassés, et qu’il faut les remplacer.

Il s’agit en fait de déposséder les salariés de leur légitimité à contester et à vouloir peser sur leur travail, sa définition et son organisation. L’attaque contre les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) se situe dans cette même idéologie de dépossession. Ils constituaient en effet des lieux de constitution de savoirs experts opposables au savoir des directions. Les seuls savoirs experts qui doivent désormais « légitimement » exister sont ceux portés par les équipes dirigeantes où se trouvent des gens issus des grandes écoles, secondés par des cabinets de consulting internationaux.

La destruction des collectifs de travail, et le développement de l’individualisation dans la gestion des « ressources humaines », s’inscrivent-ils dans cette même ligne idéologique ?

coaching-executive-master-en-management

Évidemment. C’est particulièrement vrai en France où l’individualisation systématique de la gestion des salariés a été enclenchée par le patronat au milieu des années 1970, avec toujours cette excuse officielle de la prise en compte des aspirations profondes des salariés et de leur besoin d’autonomie. Cela s’est fait en réaction aux mobilisations de 1968. Il y a eu du côté du patronat une peur très forte de la capacité de contestation massive qui s’est exprimée en 1968, sous la forme de trois semaines de grève générale avec une occupation des usines. Ce moment a été d’une violence inouï pour les chefs d’entreprise qui ne veulent surtout pas que cela se reproduise.

KF_integrer_ecole_de_commerce-493x328

Depuis, tout a été mis en place pour individualiser la relation entre les entreprises et les salariés, et la relation de chacun à son travail. On a instauré des primes et des augmentations de salaire individualisées, ainsi que des entretiens individuels qui mettent le salarié seul face à son employeur pour définir des objectifs individuels – assiduité, disponibilité, qualité de la coopération avec les autres, attention aux ordres, implication, augmentation de la productivité, et j’en passe...

Il y a une mise en concurrence systématique des salariés entre eux, qui auront en retour tendance à se méfier des autres, considérés comme responsables d’une situation générale défavorable. Sans le recours possible aux autres, sans leur complicité et leur aide, voire en concurrence avec eux, les salariés auront à affronter seuls les pénibilités, la dureté de ce qui se joue au travail. Le travail n’est plus une expérience socialisatrice, il devient une expérience solitaire. L’équation « à travail égal salaire égal » est terminée. À des postes semblables, on retrouve désormais des gens qui ont des formations différentes, des statuts différents, des salaires différents. Il n’y a plus cette logique collective reliée au fait que l’on subit les mêmes conditions.

Vous ajoutez que, en mettant en avant les « aspirations » profondes des salariés, qui iraient supposément dans le même sens que les besoins de l’entreprise, on met de côté l’enjeu politique que recèle le travail. En quoi cette mise de côté, qui a commencé avec l’avènement du taylorisme, persiste-elle aujourd’hui ?

Avec son organisation « scientifique » du travail, Taylor prétendait éradiquer toute une partie de la réalité, à savoir l’existence d’intérêts divergents entre salariés et patrons, l’existence de rapports de force, et la nécessité pour les ouvriers de disposer de contre-pouvoirs afin d’échapper à la domination et de faire valoir leurs intérêts. « Mon but unique, disait-il, est d’en finir avec la lutte stérile qui oppose patron et ouvriers, d’essayer d’en faire des alliés. » On est dans la dictature du consensus.

E12002_panoralarger

En France, à partir des années 1980, on s’est mis à parler de consensus dans l’entreprise, avec l’idée de la « pacifier ». Il faut « créer une communauté » et que tout le monde se sente solidaire, rame dans le même sens. Il s’agit là d’une escroquerie idéologique, puisqu’il est évident que les salariés ont des intérêts à défendre, qui divergent de ceux des employeurs : la prise en compte de leur santé, la préservation de leur temps de vie privée, le fait de travailler dans des conditions qui correspondent à leurs valeurs et à leur éthique. Aujourd’hui, on tente d’effacer l’idée même du conflit. Toute idée de controverse, de contradiction, d’ambivalence est désormais disqualifiée. Il s’agit, là encore, de discréditer l’idée même de contestation et d’opposition, voire de la supprimer.

symptome-depression-angoisse-stress-vaincre

Les nouvelles méthodes de management qui se déversent dans les entreprises ne se fondent pas sur une logique innovante, mais sur une application stricte et exacerbée du taylorisme. Chacun doit faire usage de lui-même selon des prescriptions édictées par les directions. Le « lean management » [littéralement gestion « maigre », souvent traduit par gestion « au plus juste », ndlr], qui sévit de l’hôpital aux usines, a cette ambition : faire toujours mieux avec moins en utilisant des procédures et des protocoles pensés en dehors de la réalité du travail. On demande un engagement personnel maximal, avec la menace permanente de l’évaluation, dans un contexte où la peur du chômage pèse lourd. Tout cela crée beaucoup de souffrances. Qui persistent durant la vie hors travail, entravant le repos, la détente, les loisirs, en occupant sans cesse l’esprit.

Cet « enfer », dites vous, est très difficile à critiquer, notamment à cause de la théorie du changement incessant, pourquoi ?

aaw6k827pRhR9faA

Dans le management moderne, la critique est par définition archaïque. On vous oppose le fait que vous ne comprenez pas, que tout change sans cesse. Les gens qui n’adhèrent pas sont considérés comme étant dépassés. Ou bien comme des lâches qui n’acceptent pas de se remettre en question, de prendre des risques. D’ailleurs, le modèle militaire est très inspirant pour les managers. Des hauts gradés sont régulièrement invités dans leurs colloques et formations.

Mais l’archaïsme aujourd’hui, à mon sens, réside au contraire dans le modèle de subordination du salariat. Les citoyens ont une ouverture d’esprit, des compétences et un niveau d’information qui se sont démultipliés ces dernières années. Pourtant, aujourd’hui comme hier, dès que vous mettez les pieds dans l’entreprise, vous devenez assujetti d’office à la direction. Les syndicats ne semblent pas vouloir se risquer à remettre en question ce rapport de subordination, parce qu’ils ont intériorisé l’idée que c’est lui qui oblige les employeurs à respecter les droits, les protections et les garanties arrachés au cours des luttes. Mais, devrait-on objecter, si les salariés ont des droits c’est parce qu’ils travaillent, et que cela présente des risques. Il y a là une déconstruction à faire : il ne s’agit pas de remettre en cause le salariat, bien au contraire, mais d’exiger des droits et protections plus forts encore tout en revendiquant la suppression du lien de subordination qui est une entrave insupportable et injustifiée, qui étouffe la qualité, l’efficacité et la créativité du travail.

Propos recueillis par Nolwenn Weiler

— 
Photo : CC jaimebisbal

Danièle Linhart, La comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale, Paris, Erès, coll. « Sociologie clinique », 2015, 158 pages.

[1Sociologue, auteure de nombreuses enquêtes et ouvrages (dont le dernier, La comédie humaine du travail.
De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale
, est paru en 2015 aux éditions Érès), Danièle Linhart est directrice de recherche au CNRS, professeure à l’université de Paris-Nanterre.

http://multinationales.org/Daniele-Linhart-Les-methodes-de-management-centrees-sur-le-savoir-etre-des

Posté par UPR Creuse à 05:15 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

samedi 10 février 2018

+46 % en un an : le nombre de travailleurs détachés s'envole

Rien ne semble pouvoir freiner l'afflux de travailleurs détachés en France. Selon le Bilan intermédiaire du plan national de lutte contre le travail illégal, que Le Monde a pu consulter, leur nombre a augmenté de 46 % l'an dernier pour atteindre 516.000, hors transport routier. Observée sur dix ans, la hausse est encore plus spectaculaire : en 2007, on en dénombrait tout juste 96.000.

 

ACT TRAVAIL DETACHE

charges sociales au rabais

Le travail détaché est une directive européenne qui permet à une entreprise d'envoyer ses salariés travailler dans un autre pays d'Europe. Tant qu'ils sont « détachés », ces salariés bénéficient des conditions de travail locales : temps de travail, salaire minimal, conditions de sécurité, etc. En revanche, leur employeur paye les charges sociales et patronales du pays d'origine. Le problème, c'est que ce mécanisme a créé une forme de « dumping social » : des milliers de salariés venus de pays où le coût du travail est faible travaillent en France, en Allemagne ou en Belgique, où il est beaucoup plus élevé.

C'est ainsi que les trois premiers contingents de travailleurs détachés en France sont les Portugais (un peu plus de 74.000), suivis des Polonais (61.000) et des Roumains (44.000). Paradoxe, le rapport dénombre également 37.000 travailleurs détachés originaires de… France. Pour diminuer leurs frais, de nombreuses sociétés d'intérim s'installent en effet à l'étranger, au Luxembourg notamment, d'où elles fournissent de la main d'œuvre tricolore à des entreprises françaises, plombant au passage les comptes de la sécurité sociale.

De moins en moins de contrôles

Face à cela, l'inspection du travail peine à exercer ses missions de contrôle. L'an dernier, ses enquêteurs ont effectué un peu moins d'un millier de contrôles, contre 1330 en 2016. Et si les amendes en cas d'abus se multiplient, les montants restent dérisoires, et certainement pas de nature à faire changer les comportements : un peu moins de 6 millions d'euros ont été recouvrés l'an dernier.

http://www.valeursactuelles.com/economie/46-en-un-le-nombre-de-travailleurs-detaches-senvole-93017

23674896_10155892770337612_4971545130397341684_o

 

Posté par UPR Creuse à 08:03 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mardi 6 février 2018

À Limoges, Alain Rousset pousse un coup de gueule sur la réforme de l'apprentissage : « Une stupidité et un danger »

Lors de l’inauguration du CFA Bâtiment de Limoges, vendredi, Alain Rousset a dit sa crainte de la réforme de l’apprentissage. Une vision pas toujours partagée.

ACT APPRENTISSAGE LIMOUSIN

En politique, Alain Rousset n’a rien d’un apprenti. Mais quand le président de région inaugure, ce vendredi, les travaux du CFA Bâtiment de Limoges, rénové et amélioré pour 2,5 M€ et près d’un an de travaux, l’occasion est trop belle de remettre une pièce dans la machine à clash.

« Les territoires, Paris n’y comprend rien »

L’apprentissage est, avec la formation professionnelle, une de ses marottes et la réforme envisagée par le Gouvernement sur le sujet ne lui plaît guère - c’est un doux euphémisme. « Je vais mettre les pieds dans le plat, annonce-t-il d’emblée. Je suis très inquiet de cette réforme, car elle veut sortir les régions de la gestion de l’apprentissage. C’est une stupidité et un danger. »

Interrogé à la fin de la visite, Alain Rousset a pointé « les risques de suppressions » de CFA. « C’est un vrai problème d’aménagement. L’enjeu, ce sont les territoires et ça, Paris n’y comprend rien. Le recrutement des CFA se fait à 10-15 kilomètres. C’est dommage car l’apprentissage, c’est le bon levier de croissance. C’est là qu’il y a une stupidité. Et le danger, pour le gouvernement, c’est que ce sont des mines qui risquent d’exploser sous les pieds de Macron. » Le Medef, aussi, en prend pour son grade : « Tout ça à cause des batailles à l’intérieur du MEDEF, entre les candidats opposés pour la présidence. Ils veulent reprendre l’argent par l’URSSAF et le redistribuer on ne sait pas comment. » Fin du réquisitoire.

Dans l’assistance, la plaidoirie pro domo est différemment appréciée. « Chacun défend son pré carré, juge Jean-Claude Brandy, vice-président région de fédération du bâtiment. Il faut un financeur, mais aussi que les professionnels soient entendus, notamment sur les nouvelles techniques et les évolutions des métiers. »

« C’est l’argent des entreprises »

« Alain Rousset est dans son rôle, ajoute Pierre Coinaud, vice-président national de la CPME. Mais l’apprentissage, c’est de l’argent des entreprises et il doit être géré par les entreprises. Il faut pas dire que des CFA vont disparaître. Il faut les gérer par contrat et revenir à la base. Ça représente quand même 1,6 milliard. C’est vrai qu’en Nouvelle-Aquitaine, ça marche bien, mais ce n’est pas le cas partout. »

« J’aimerais bien qu’on me démontre déjà si réellement ça ne marche pas, insinue Alain Rousset. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. » Au centre de son interrogation, se trouve la carte des formations, sur laquelle la Région a, jusqu’à présent, la haute main. « La réserve pour  augmenter le nombre d’apprentis, ce sont les lycées professionnels. Et dans ce nouveau cadre, il n’y aurait pas d’arbitrage et ils pourraient y avoir des formations en concurrence », plaide-t-il.

Le gouvernement « a fait un pas »

Ce discours offensif arrive également à la fin d’une session d’une semaine d’Alain Rousset sur l’apprentissage. Sur le sujet, le président a multiplié les rendez-vous, avec l’Élysée notamment, afin de peser de tout son poids. « Tout le monde nous dit que ce que fait la Nouvelle-Aquitaine et la Bretagne est parfait. Pourquoi pas le dupliquer avec des contrats d’objectifs et de moyens dans les autres régions ? » « Il y a une concertation en cours et autant Édouard Philippe que Muriel Pénicaud ont fait un pas vers les régions », rappelle la députée en Marche de Haute-Vienne, Marie-Ange Magne. Mais entre « faire un pas » et tenter de mener la danse, Alain Rousset a choisi la deuxième option.

Sébastien Dubois

https://www.lepopulaire.fr/limoges/economie/btp-industrie/2018/02/02/a-limoges-alain-rousset-pousse-un-coup-de-gueule-sur-la-reforme-de-l-apprentissage-une-stupidite-et-un-danger_12725637.html

En savoir plus:

Réforme de l'apprentissage : ce que prépare Macron pour 2018

Après la réforme du Code du travail, le gouvernement s'attaque à celle de l'apprentissage. Les groupes de travail ont commencé à plancher le 10 novembre et ont rendu leur premier rapport le 29 janvier.

Depuis son élection à la présidence de la République le 7 mai 2017, Emmanuel Macron ne s'en cache pas : il souhaite réformer en profondeur le modèle social français. Après avoir signé les ordonnances visant à réformer le Code du travail le 22 septembre 2017, il s'attaque à de nouveaux chantiers : réforme de l'assurance chômage, de la formation professionnelle et de l'apprentissage.

Concernant l'apprentissage, quelques pistes ont été lancées par le président de la République lors d'un déplacement dans un lycée professionnel à Egletons le mercredi 4 octobre. Mais pour le moment, rien de concret n'a été promis. Le 12 et 13 octobre, Emmanuel Macron a reçu individuellement les syndicats à l'Elysée pour lancer officiellement un round de négociation qui devrait réformer en profondeur l'apprentissage en entreprise à l'horizon 2018.

Le vendredi 10 novembre, le coup d'envoi officiel de la réforme de l'apprentissage a été donné par Muriel Pénicaud (ministre du Travail), Jean-Michel Blanquer (ministre de l'Education nationale) et Frédérique Vidal (ministre de l'Enseignement supérieur de la recherche et de l'innovation). Quatre groupes de travail ont été mis en place et traitent des sujets suivants :

  • Parcours de l'apprenti
  • Apprentissage en entreprise
  • Financement de l'apprentissage
  • Offre de formation et de certification

Les groupes composés d'experts ont rendu leurs conclusions à le lundi 29 janvier 2018. Sylvie Brunet, présidente de la section du travail et de l'emploi au Conseil économique et social a remis un gouvernement un rapport qui doit inspirer la réforme de l'apprentissage. Celui-ci comporte 44 propositions concrètes qui concernent les employeurs et les apprentis. Les principales sont :

  • Mise en place d'une journée entière consacrée à l'apprentissage dans les classes de 4ème. Le but serait de permettre aux entreprises et aux artisans de venir parler de leurs métiers.
  • Faire en sorte que la rupture d'un contrat d'apprentissage ne soit plus du domaine des prud'hommes.
  • Supprimer la limite d'âge pour l'apprentissage. Pour le moment, la limite est de 26 ans.
  • Mise en place d'un guichet unique auquel TPE et PME peuvent s'adresser.
  • Prodiguer aux enseignants des modules obligatoires de formation à l'apprentissage
  • Il est également prévu de "recentrer les diplômes professionnels autour des familles de métiers". Pour cela, il est selon le rapport nécessaire de "réformer en profondeur l'enseignement professionnel dans son ensemble.

Suite à la publication de ce rapport, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud a dévoilé les principaux objectifs de la réforme sur Europe 1 le 31 janvier 2018. Selon elle, il est  primordial d'associer les régions et les branches : "on ne peut pas avoir d'apprentissage sans entreprises et sans branches (…). Mais nous avons aussi besoin des régions. Il faut veiller à ce qu'on ait des centres de formation aussi bien en Seine-Saint-Denis que dans la Creuse". Selon elle, le but ultime de la réforme est le suivant : "avoir un  système beaucoup plus simple. On va garantir que pour tout jeune et toute entreprise qui veulent signer un contrat, le financement existe. Et pour cela, on va fluidifier les choses".

Le programme d'Emmanuel Macron avait prévu de mener une action d'envergure en faveur de l'apprentissage. Celle-ci pourrait être menée dès le lycée. Il est en effet promis de "développer les périodes de pré-apprentissage et les filières en alternance dans tous les lycées professionnels. Des licences professionnelles seront préparées sur trois ans et en alternance".

Pour favoriser l'employabilité des alternants, le programme du mouvement En Marche prévoyait également d'associer étroitement les branches professionnelles : "Nous ferons converger les contrats existants et impliquerons pleinement les branches professionnelles dans la définition des programmes et l'organisation des formations".

Grâce à cette réforme, le gouvernement souhaite considérablement augmenter le nombre d'apprentis afin de faire baisser le chômage des jeunes. Une politique confirmée par Muriel Pénicaud, ministre du Travail qui  accompagnait Emmanuel Macron lors de son déplacement à  Egletons le 4 octobre : "En France, seuls 7% des 18-25 ans sont en apprentissage. Tous les pays qui ont vaincu le chômage de masse affichent un taux de 15%, voire 20%. Il faut changer notre paire de lunette".

Cela passe notamment par une revalorisation de l'apprentissage. Aux yeux du président, ce mode d'enseignement est à tort dévalorisé. En Corrèze il a appelé à "arrêter avec le défaitisme français. Avec ceux qui disent que l'apprentissage, c'est pour ceux qui ne réussissent pas. Les filières d'apprentissage et d'alternance sont des filières d'excellence (…) Il existe des a-priori,  parfois de la part des enseignants. Parfois des conseillers d'orientation. Souvent des familles. Il faut sortir de l'idée que les métiers pour lesquels on doit passer par l'alternance sont des sous-métiers". Selon le successeur de François Hollande, cette réforme va "nécessiter plein de petites révolutions structurelles et organisationnelles".

La réforme de l'apprentissage en 2018

Les travaux préparatoires de la réforme ont débuté le 12 octobre, jour où Emmanuel Macron reçoit les représentants syndicaux à l'Elysée pour donner officiellement le coup d'envoi des négociations. Ces dernières sont obligatoires depuis la loi Larcher de 2007 sur le dialogue social. La seconde phase prend la forme de travaux de réflexion menés par des groupes de travail. Lancés le 10 novembre 2017, ils devaient délivrer un diagnostic en janvier 2018.

(...) Le projet de loi, sera présenté au Parlement au printemps 2018. A l'inverse de la réforme du Code du travail, le gouvernement compte recourir à la méthode législative classique et non pas aux ordonnances.

Apprentissage : le rôle des branches

Un des objectifs de la réforme est de faire en sorte que l'apprentissage soit véritablement en lien avec les besoins du marché du travail. Tout comme pour les négociations syndicales, le gouvernement souhaite donc accorder davantage de rôle aux branches en matière d'apprentissage. Ainsi, il pourrait suivre les recommandations du Medef qui demande la construction de diplômes et de certifications au niveau des branches. Une mesure à laquelle le président de la République n'est pas hostile : "les branches doivent définir la maquette pédagogique avec l'Education nationale et définir les critères nécessaires en termes d'organisation", a-t-il estimé à Egletons.

http://www.journaldunet.com/management/formation/1197883-reforme-de-l-apprentissage-ce-que-prepare-macron-pour-2018/

Apprentissage. Rémunération, âge... Ce qui pourrait changer à l'avenir

Après plusieurs semaines de débat entre les régions et les syndicats patronaux, le rapport pour le développement de l'apprentissage a été publié mardi 30 janvier. Mais il ne statue pas sur l'entité qui obtiendra la gouvernance.

Devenir apprenti à tout âge, autoriser les mineurs à travailler jusqu'à minuit dans la restauration, revoir la rémunération... Voici les pistes pour relancer l'apprentissage. Le rapport, issu d'une concertation, a été publié mardi 30 janvier et avance une quarantaine de propositions.

Entamée mi-novembre, cette concertation a rassemblé tous les acteurs de l'apprentissage (régions, partenaires sociaux, professionnels du secteur) et a donné lieu à un bras de fer entre les régions et les syndicats patronaux, notamment le Medef, sur le pilotage de l'apprentissage.

Aucune limite d'âge

« Les axes retenus sont, dans l'ensemble, ceux qui ont fait l'objet d'un large consensus », explique le rapport. Parmi les pistes proposées, il est suggéré de pouvoir débuter un contrat d'apprentissage à tout moment de l'année. « Aujourd’hui, un jeune et une entreprise qui rompent le contrat de travail ou qui se rencontrent en cours d’année, on leur dit qu’il faut attendre septembre prochain. Les jeunes perdent une année, c’est énorme », a commenté le mercredi 31 janvier la ministre du Travail Muriel Pénicaud, sur Europe 1.

Autres propositions importantes : la possibilité d'entrer en apprentissage à partir de 16 ans mais sans limite d'âge supérieure (contre 25 ans actuellement avec des expérimentations jusqu'à 30 ans), ou encore aménager les règles pour les apprentis mineurs.

Faciliter la réorientation

Dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, il s'agirait d'étendre à minuit l'autorisation de travail de nuit, et dans le BTP de permettre par accord collectif de déroger aux 8 heures journalières ou aux 35 heures hebdomadaires. Sont aussi envisagées une « aide personnalisée au transport et à l'hébergement » sous conditions de ressources, l'attribution de la prime d'activité ou encore la revalorisation des grilles de rémunération.

Pour plus de fluidité, il est aussi proposé de pouvoir rompre le contrat plus facilement dans les cas de faute grave ou de démission et de favoriser les « stages passerelles » pour changer plus facilement de formation en cours ou à la fin de l'année.

Une journée d'information en 4e et 3e

Le rapport suggère aussi de mettre en place une formation obligatoire pour les futurs maîtres d'apprentissage et de réfléchir à une revalorisation financière de cette fonction clé. Autre terrain d'action : l'information, pour redorer l'image d'une filière qui souffre d'une « méconnaissance généralisée ».

Le rapport propose d'instaurer une journée d'information sur les métiers en classe de 4e et 3e et « un module de sensibilisation » pour les professeurs, chefs d'établissements et inspecteurs de l'Education nationale. Pour Muriel Pénicaud, il faut « que tous les jeunes puissent avoir accès pour les différentes formations en apprentissage à tout un travail pour que les jeunes et les familles puissent faire leur choix ».[??]

L'idée d'un « sas » pour « préparer le jeune à l'entrée en apprentissage » est aussi évoquée. Autre suggestion : créer une « agence de l'apprentissage », « tête de réseau » de la politique publique de l'apprentissage.

Réponse en février

Si le rapport affiche clairement son envie de relancer l'apprentissage, il ne prend cependant pas position sur les sujets qui fâchent : le financement et la gouvernance. En effet, depuis plusieurs semaines, les régions et les syndicats patronaux se disputent le pilotage de l'apprentissage. Au point d'écourter les concertations.

(...)

Le gouvernement a prévu de dévoiler son plan « la première quinzaine de février », avec pour horizon un projet de loi au printemps. Réponse, donc, dans les prochains jours...

http://jactiv.ouest-france.fr/actualites/france/apprentissage-remuneration-age-ce-qui-pourrait-changer-lavenir-83341

Le Conseil régional veut être acteur de la réforme de l'apprentissage

(...)

Existerait -il un modèle néo aquitain de l'apprentissage ? A en croire les dernières statistiques en région Nouvelle Aquitaine, oui. Le nombre d'apprentis est en progression constante sur les dernières années pour atteindre 38 000 apprentis du CAP au niveau ingénieur : + 9 % de contrats signés depuis la rentrée 2015. On dénombre 102 CFA et 375 sites de formation. "Depuis des années, nous travaillons avec les branches professionnelles et les entreprises pour l'élaboration et le suivi des cartes des formations. Nous avons misé sur la proximité et le partenariat, dans une démarche d'aménagement du territoire cohérente et juste, conjurant ainsi le risque de fermeture de certains sites," rappelle Alain Rousset, le président socialiste de la région Nouvelle Aquitaine, en ouverture d'une réunion organisée ce lundi matin à Coulounieix Chamiers (24), avec tous les acteurs du secteur, directeurs de CFA, les présidents des Organismes Gestionnaires des CFA, représentants de chambres consulaires régionales et départementales et les branches professionnelles.

Inquiétudes et incompréhension

La réforme de l'apprentissage, en cours de débat, inquiète. Les Régions pourraient être dépossédées du pilotage du sujet au profit des branches professionnelles avec la crainte que les territoires en souffrent. Elle pourrait conduire à la fermeture de nombreux Centres de formation des apprentis, en particulier dans des territoires ruraux. Au cours de la matinée, les différents intervenants ont rappelé l'action de la région en matière d'apprentissage, qui joue un rôle de pilote. Exemple, sur les trois derniers exercices 118, 6 millions d'euros ont été consacrés à la modernisation et à la réhabilitation de lycées professionnels ou CFA publics ou privés, 100 millions sont prévus pour la période 2018-2020. Les aides régionales concernent aussi les aides à la mobilité, à l'équipement, à l'hébergement des jeunes gens qui s'engagent dans cette voie, sans oublier les campagnes de promotion pour changer l'image de l'apprentissage auprès des jeunes et des familles. Le "modèle Aquitain" fonctionne plutôt bien : 84 % des apprentis obtiennent leur diplôme et 64 % d'entre eux décrochent un emploi dans les sept mois. Alain Rousset dénonce un paraxode dans la construction du projet de réforme. "70 % des apprentis sont embauchés chez des artisans et dans des entreprises de moins de 10 salariés et on veut confier cette réforme à ceux qui ont le moins recours à ce type de contrat pour qu'ils s'approprient le dispositif." Chez les représentants des chambres consulaires, chambres de commerce et chambre de métiers,  ce projet suscite beaucoup d'incompréhension : "cette réforme, on ne la comprend pas. Il faut qu'elle soit co-construite avec les besoins des entreprises," indique Jean-Pierre Gros, président de la CRMA Nouvelle-Aquitaine. Le représentant de l'association régionale des directeurs de CFA dénonce quant à lui "une réforme hors sol," où les CFA ne sont pas conviés dans le débat national, malgré la "volonté de collaborer".

Une voie choisie

Les différents interlocuteurs ont insisté sur le fait que l'apprentissage devait être davantage une voie d'orientation choisie et non pas réservée à des jeunes en échec scolaire.  Jean-Louis Nembrini, le vice président de la Région en charge des lycées et de l'éducation a indiqué, qu'il n'était pas opposé à un abaissement de l'âge d'entrée en apprentissage à condition que le jeune demeure sous statut scolaire. "Les deux voies de formations, initiale et professionnelle, doivent être complémentaires." La carte de l'apprentissage doit favoriser la mixité des parcours et surtout l'ascenseur social.

La matinée s'est clôturée par la signature d'un manifeste pour défendre l'apprentissage. Le texte réaffirme que l'apprentissage est une voie d'excellence et met en lumière une conception partagée. Il revendique  dans le cadre de la réforme à venir, la capacité à poursuivre une action collective avec comme chef de file la Région dans son rôle de régulateur public. "L'apprentissage prend racine dans le territoire régional. La Région doit demeurer le bon niveau de pilotage et d'organisation."

http://www.aqui.fr/politiques/le-conseil-regional-veut-etre-acteur-de-reforme-de-l-apprentissage,16749.html

BASE 14 995X225

Voilà ce que j'ai pu glaner sur le sujet, difficile d'en savoir plus, les grandes décisions n'étant pas encore prises, notamment sur le pilotage réel du dispositif. Ce qui rend la chose compliquée, de mon point de vue, est que la revendication des régions est partiellement légitime, puisqu'il s'agit de défendre l'importance d'une régulation publique et d'un lien avec l'aménagement du territoire. Reste qu'avec le nouveau périmètre des régions imposé par Bruxelles, la question est à double tranchant, d'autant que le périmètre de l'Etat- nation semble en dehors du débat, de même que l'intervention réelle de l'Education nationale dans ce secteur- clé. Attendons donc d'en savoir plus... P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , ,

vendredi 2 février 2018

Emploi : les Français de plus en plus vulnérables

Une étude menée à l'échelle européenne révèle que les travailleurs français et belges sont de plus en plus exposés des niveaux de vulnérabilité importants. Le recours accru aux contrats à durée déterminée et au travail indépendant a entraîné une dégradation des conditions de travail.

ACT TRAVAIL

Les transformations récentes de l'économie, la récession de 2008 et le chômage de masse ont entraîné une vulnérabilité accrue des travailleurs sur le marché du travail. Si l'exposition des actifs aux conditions de travail dégradées est restée stable entre 1995 et 2015 dans 15 pays de l'Union européenne, cette moyenne masque des évolutions contrastées selon les pays selon une récente enquête du centre d'études de l'emploi et du travail (CEET). Par ailleurs, cette précarité au travail est loin d'être un phénomène limité. Selon une récente enquête de la Commission européenne, un salarié sur six dans l'Union européenne est un travailleur à bas salaire. Cette situation concerne particulièrement les femmes et les plus jeunes.

La France mal placée

Pour appréhender la vulnérabilité des actifs, les chercheurs se sont appuyés sur cinq dimensions (*) "relatives à l'environnement physique du travail, à son organisation ou à son contenu" pour construire un indicateur synthétique. Et à partir de ce outil, les experts ont formé plusieurs groupes de pays. Ils observent que sur l'ensemble des pays retenus, seulement trois pays ont connu une amélioration. Il s'agit de l'Irlande, du Royaume-Uni et de l'Autriche. À l'opposé, l'Allemagne, le Danemark et l'Italie ont connu une détérioration qui culmine en 2005. Du côté de la France comme aux Pays-Bas, peu de changement ont été observés entre 1995 et 2015. "Par contre en 2010, on constate des évolutions opposées et de même ampleur dans ces deux pays, défavorable pour la France, favorable pour les Pays-Bas, qui sont résorbées en 2015".

Les femmes sont plus confrontées à la vulnérabilité

Afin de déterminer le profil des travailleurs vulnérables, les chercheurs ont pris en compte le sexe et l'âge. Et d'après les résultats obtenus, les femmes sont plus vulnérables que les hommes en moyenne dans l'UE à 15 pays. Mais là encore, il existe des disparités entre les pays. "La vulnérabilité des hommes est ainsi plus importante en Grèce, en Espagne, en France, en Belgique & Luxembourg, en Irlande et au Royaume-Uni".

Des différences apparaissent également en fonction de l'âge. L'enquête indique que la vulnérabilité s'est renforcée à partir de 2000 pour les personnes âgées de plus de 55 ans. Les plus jeunes (moins de 25 ans) sont également très exposés aux conditions de travail dégradées entraînant une vulnérabilité plus prononcée face à ces risques. Par ailleurs, une récente enquête du ministère du Travail rappelait que cette tranche d'âge était particulièrement touchée par le chômage malgré une conjoncture économique plus favorable. À l'opposé, la catégorie des 25-35 ans apparaît comme les moins vulnérables.

La taille de l'entreprise compte

Sans surprise, l'enquête signale que les actifs ayant un contrat de travail permanent sont moins vulnérables que les personnes ayant signé un contrat à durée déterminée. La multiplication des embauches en CDD très courts et la forte hausse du recours à l'intérim ont ainsi contribué à favoriser la précarité sur le marché du travail comme le soulignent les dernières données du baromètre Prism'Emploi.

La taille de l'entreprise peut également être un facteur déterminant.

"Ainsi, les petites entreprises (1 employé et 2 à 9 employés) sont plus représentées dans le groupe vulnérable (13 % et 33 % respectivement) que dans le groupe non vulnérable (7 % et 24 % respectivement). À l'inverse, les moyennes et grandes entreprises sont davantage présentes dans le groupe non vulnérable. Cela indique une évolution incertaine des conditions de travail dans les petites entreprises, avec une probabilité plus élevée pour leurs salariés de faire face à une exposition accrue aux risques du travail."

(*) Les cinq dimensions prises en compte dans l'étude "sont les les pénibilités physiques, la perception d'être victime de discriminations, le fait d'être assujetti à des horaires atypiques et celui d'être soumis à une intensité du travail élevée. À celles-ci s'ajoute le constat d'une faible complexité du travail impliquant peu d'autonomie et une mobilisation réduite des compétences qui limitent les possibilités d'ajustement aux contraintes ainsi que les perspectives d'évolution dans le travail".

https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/emploi-les-francais-de-plus-en-plus-vulnerables-766511.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180130

BASE 14 995X225

Il fallait bien une enquête pour constater ce que tout le monde sait depuis le début: plus votre travail est précaire, peu qualifié et répétitif ou ennuyeux, plus vous êtes vulnérable... On remarquera au passage que l'enquête ne porte que sur 15 pays de l'Union, sans doute par pudeur.  P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , ,

samedi 23 décembre 2017

Rythme de travail, comportements hostiles… Les conditions de travail des salariés français continuent de se dégrader

Objectifs à remplir dans un temps très court, usagers énervés, charges lourdes à porter… les risques psychosociaux (RPS) menacent toujours autant les salariés français. La Dares a dévoilé ce mercredi une étude très détaillée sur l’évolution des conditions de travail, à partir de données collectées en 2016 auprès de 21.000 travailleurs.

ACT TRAVAIL

L’étude constate que les entreprises sont toujours aussi exigeantes en termes de rendement. Plus d’un salarié sur trois (35,2 %) déclare ainsi subir plusieurs contraintes de rythme à son poste (cadence d’une machine, production à atteindre en une heure, demande de clients exigeant une réponse immédiate, etc.). Les ouvriers – qualifiés ou non – sont les plus exposés à ces contraintes (environ un ouvrier sur deux).

« Je n’ai plus la moindre envie de m’impliquer dans mon travail »

Du côté des cadres et des employés administratifs, c’est l’émiettement du travail qui gagne du terrain. En 1984, 55 % des cadres déclaraient « devoir fréquemment abandonner une tâche pour une autre plus urgente ». En 2016, ils sont désormais 75 % à devoir jongler entre plusieurs demandes, tout comme les employés administratifs.

C’est le cas de Ferdinand (un pseudonyme), qui a répondu à l’appel à témoignages de 20 Minutes. « Je n’ai plus la moindre envie de m’impliquer dans mon travail, écrit-il, puisque du jour au lendemain, et parfois même plusieurs fois par jour, on me demande de travailler sur des projets différents, sans aucune possibilité de suivi. »

A cela s’ajoute parfois l’intensité des tâches : toutes catégories confondues, 43 % des salariés déclarent « ne pas pouvoir quitter leur travail des yeux » (seulement 16 % en 1984).

Solidarité entre salariés

Les comportements hostiles (insultes, remarques blessantes, affectation à une tâche dégradante, travailleur « placardisé ») restent également très présents : 30 % des salariés déclarent en avoir été victimes au moins une fois dans l’année. La Dares note par ailleurs que ces comportements hostiles sont liés « à l’insécurité socio-économique » dans l’entreprise : les salariés en position de précarité (intérim, crainte d’un licenciement) sont plus souvent victimes de ces agissements que les personnes dont l’emploi n’est pas menacé.

Pour autant, tout n’est pas noir dans cette étude sur les risques psychosociaux. Par exemple, les salariés ne sont que 24 % à estimer que leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur : c’est cinq points de moins qu’en 2013. En outre, les travailleurs sont nombreux (80 %) à déclarer pouvoir être aidés par un collègue « en cas de travail délicat ». Enfin, les situations de tensions au travail, que ce soit entre collègues ou avec un supérieur, sont en léger recul, avec un salarié sur quatre ayant vécu cette situation.

http://www.20minutes.fr/economie/2191347-20171220-rythme-travail-comportements-hostiles-conditions-travail-salaries-francais-continuent-degrader

Posté par UPR Creuse à 08:24 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

jeudi 21 septembre 2017

« Pour l’ONU, les emplois qualifiés sont menacés dans les pays développés »

L’édito de Charles SANNAT

ARG ROBOTSMes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Le débat sur les conséquences de la « robolution », c’est-à-dire de la révolution robotique qui en est à ses balbutiements, n’est pas près de se terminer ! Au contraire, il va s’amplifier et devenir de plus en plus violent, entre ceux qui pensent que les robots prennent le boulot, et ceux qui pensent qu’il n’y a rien de grave, que c’est aussi vieux que le monde, qu’il ne faut craindre ni les progrès ni le changement !

Que finalement les Canuts avaient déjà peur pour leur travail… Alors, pensez donc, les robots n’empêcheront pas l’homme d’avoir du travail.

En termes philosophiques, je reste persuadé que depuis que l’homme a été « chassé du paradis » et qu’il a été contraint au travail après avoir mangé une pomme… qu’il n’aurait pas dû croquer ou quelque chose de ce genre d’après quelques légendes partagées, tout le génie humain a été mis au service de son confort, avec à chaque fois comme objectif d’adoucir ses peines.

Il est donc logique, normal, et même souhaitable, qu’à un moment de notre évolution, nous n’ayons plus besoin de travailler pour produire ! C’est cela… le paradis perdu.

Le confort matériel sera assuré inévitablement par les machines. Cela n’est pas un problème, il n’y a pas à le redouter, il y a même à le souhaiter.

La question à mon sens n’est pas de savoir si les robots vont nous supprimer notre travail. Il faut que les robots suppriment le travail, car c’est le sens du progrès humain depuis la nuit des temps.

La véritable question porte sur les modes de partage des richesses quand cela ne peut plus passer par le salaire lié au travail… Voilà la véritable question.

L’une des réponses est le revenu universel. Idée séduisante, mais prématurée pour le moment. Il n’en demeure pas moins qu’un jour, il faudra soit réduire drastiquement la population humaine, soit donner à chacun les moyens de sa subsistance dans la dignité. Et cela passera par des modes de partage très différents.

D’ici-là et de manière plus prosaïque, nous vivons une période transitoire.

L’inconfort de la période transitoire

Durant cette période où l’on voit finir le monde ancien hérité de la révolution industrielle et de ce système de consommation de masse nécessitant des masses de bras pour assurer les productions nécessaires, et le passage au nouveau monde qui verra le règne absolu des machines, de l’intelligence artificielle pour assurer les tâches de production, les choses seront de plus en plus difficiles.

D’ailleurs, le dernier rapport de la CNUCED recommande « qu’une politique industrielle numérique soit mise en œuvre pour veiller à ce que la robotique contribue à un développement inclusif et non à l’entraver »…

Je ne sais pas ce que vous avez compris de cette phrase… Moi, rien !

« Dans son dernier rapport, la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) plaide en faveur de l’usage de robots collaboratifs dans l’industrie.
Les travailleurs qualifiés vont-ils se faire remplacer par des robots ? À l’heure où une compagnie d’assurance japonaise a remplacé 34 de ses salariés par des robots et des banques américaines testent des agences automatiques sans employés, les emplois qualifiés pourraient être de plus en plus menacés par l’automatisation du travail. Selon le dernier rapport de la CNUCED, ”la menace que fait peser la robotisation sur les bons emplois s’étend à certains pays en développement”. Le secrétaire général de l’organisation Mukhisa Kituyi a ajouté :

”L’utilisation de robots menace les emplois aussi bien dans les pays développés que dans les pays émergents, mais comme pour toute nouvelle technologie, cette situation offre des possibilités autant qu’elle présente des risques.” »

Tout le monde sait que ce sera un carnage sur l’emploi y compris qualifié !

Demain, plus d’ouvriers certes, mais plus non plus d’assureurs du coin ou de banquiers, tout se passera sur Internet, en ligne, et sur ces sujets, nous sommes déjà demain !
Après-demain, les femmes de ménage seront des robottes, les voitures et les camions se piloteront seuls, etc., etc. ; même les pilotes de ligne disparaîtront au profit de machines autonomes, de « drones » et les technologies sont déjà là.

L’agence de l’ONU pointe la notion de répartition

« La CNUCED pointe le risque d’une répartition inégalitaire des revenus issus de la production robotique. ”Si rien n’est fait, les effets distributifs de la robotisation accroîtraient la part du revenu revenant aux propriétaires des robots et aux détenteurs des droits de propriété intellectuelle qui y sont associés, ce qui aggraverait les inégalités existantes.” Elle recommande donc une certaine vigilance.
”Pour éviter cette situation, on pourrait mettre en place des dispositifs par lesquels les revenus des employés seraient liés à la rentabilité de leur entreprise et proviendraient donc pour une part substantielle de la détention de capital et non du travail.” »

Aïe, voici encore un changement de fiscalité qui se profile. Va-t-on taxer les robots ? Et si l’on taxe les robots chez nous, mais pas le voisin et que nous restons dans un monde sans frontière avec la libre circulation des biens… où les entreprises iront-elles produire ?

Il sera donc impossible de taxer unilatéralement les usines de robots dans un monde ouvert

Il s’agit donc là de redoutables questions, non pas sur les décennies qui viennent mais entre aujourd’hui et demain… La robolution c’est maintenant et le carnage sur l’emploi a déjà commencé, vous en voyez les conséquences tous les jours.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes » (JFK)

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Source La Tribune ici

https://insolentiae.com/pour-lonu-les-emplois-qualifies-menaces-dans-les-pays-developpes-ledito-de-charles-sannat/


 

L'intérêt de cet article à mon sens est de mettre les pieds dans le plat: régulation ou libre- échange sans contraintes? Répartition des richesses ou explosion des inégalités? Maîtrise ou laisser- faire? Etc. P.G.