dimanche 8 juillet 2018

Éducation nationale : « Petit à petit, on balkanise la France »

Alors que la cloche sonne la fin de l’année scolaire, une ex-enseignante de français tire la sonnette d’alarme. Pour elle, les politiques néolibérales sont en train de détruire l’école de la République pour « casser l’unicité de la France ».

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RT France : Le 6 juillet, les bacheliers ont découvert leurs résultats. Quel est pour vous le résultat de la première année de Jean-Michel Blanquer à la tête du ministère de l’Education nationale ?

Danielle Goussot (D. G.) : Le résultat c’est à la fois du nouveau et, surtout, du continu. Depuis une trentaine d’années, on essaie de réformer l’Education nationale en limitant les coûts à cause de, soi-disant, la dette publique. Mais on essaie en réalité de la rendre moins républicaine, un peu moins nationale. Jean-Michel Blanquer s’inscrit donc dans la continuité des politiques depuis les années 1980.

RT France : N’est-ce pas étonnant, puisque Jean-Michel Blanquer durant ses premiers mois au gouvernement était considéré, par certains, comme l’anti-pédagogiste, l’anti-Najat Vallaud-Belkacem ? Il était vu comme un ministre qui allait remettre l’autorité et du sens à l’école. Finalement, l’espoir a-t-il été de courte durée ?

D. G : Bien sûr, mais c’est parce que tout simplement les gouvernements successifs obéissent aux recommandations de Bruxelles. Ils font du copier-coller.

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RT France : Quelles sont ces recommandations de Bruxelles ?

D. G : Les recommandations visent, avant tout, à réduire la dette, puisque aujourd’hui les Etats sont obligés d’emprunter sur les marchés financiers pour traiter leur politique sociale. Celle-ci se retrouve donc limitée. Et en même temps, il faut créer des régions, il faut casser le modèle républicain national. C’était d’ailleurs l’objet de la loi NOTRe sous François Hollande. Là, je vois que Jean-Michel Blanquer a créé des super-recteurs. Du coup, je me demande si, à la fin, on aura besoin d’un ministère de l’Education nationale… En effet, les programmes scolaires ne sont plus nationaux et le bac n’est plus un diplôme national.

RT France : Vous évoquez une école moins républicaine, des programmes qui ne sont plus nationaux, quelles sont les conséquences concrètement ?

D. G : Cela signifie que d’une région à l’autre, il n’y a pas le même programme, il n’y a pas le même nombre d’heures pour chaque matière. J’ai lu le livre de Jean-Michel Blanquer, Construisons ensemble l’école de la confiance. Moi, je n’ai pas confiance. Il écrit qu’il veut créer la République des professeurs. Moi je préfèrerais qu’il construise les professeurs de la République. Aussi, il est évident qu’on ne remplacera pas des postes qui partent à la retraite.

 


 

« Petit à petit, on balkanise la France »

 


 

OUTIL FL EUROREGIONS

On casse l’école de la nation. On le voit par exemple avec la place de la langue régionale au collège. Avant, on choisissait deux langues étrangères. Dans les nouveaux programmes, la deuxième langue pourra être la langue régionale. C’est grave. Je ne suis pas contre les langues régionales, elles appartiennent au patrimoine linguistique de la France. Mais, jusqu’à maintenant, on enseignait la langue régionale comme troisième langue, en option. Maintenant, elle va remplacer la deuxième langue étrangère. C’est Najat Vallaud-Belkacem, sous François Hollande, qui avait mis en place ce programme.

RT France : Qui définit les programmes si ce n’est plus l’Education nationale ?

D. G : Ce sont les recteurs et les inspections académiques. Avant, il y avait plusieurs inspections académiques dans une même région. Maintenant, il n’y en n’aura plus qu’une, correspondant aux super-recteurs. Avec cela, on fait aussi des économies de personnel.

RT France : Selon vous, les gouvernements veulent clairement porter atteinte à la République…

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D. G : On veut casser l’unicité de la France. Que ce soit avec la santé par les ARS [Agences régionales de santé], avec les transports par la casse du statut de la SNCF ou avec l’éducation, on arrive à une France démembrée et une volonté de déstructurer notre pays. En effet, notre pays gêne la gouvernance néolibérale par son histoire politique et sociale. Les lois de décentralisation, depuis 1983, ont préparé le terrain. Petit à petit, on balkanise la France.

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Le but est de créer une école par région pour casser l’idée de la République. Le néolibéralisme met la main sur tout ce qui est rentable. Il y a 20 ans, un recteur m’a même dit : « L’école de la République est un marché captif. » Mais l’école est un service public : doit-elle être rentable ? Aujourd’hui, ce n’est même plus l’Etat qui cherche à rentabiliser l’école, c’est la gouvernance. Les Etats ne décident plus de rien sinon d’obéir aux lois néolibérales, inscrites dans les traités européens.

RT France : Jean-Michel Blanquer va instaurer une prime au mérite pour les professeurs enseignant en REP+ (réseaux d’éducation prioritaire renforcés). Qu’en pensez-vous ?

D. G : Pourquoi une prime au mérite ? Quel est le mérite ? De quel mérite s’agit-il ? Et comment va-t-on le mesurer ? S’il s’agit de mettre de bonnes notes aux élèves, cela n’a pas de sens.

 


 

« En France les professeurs de la maternelle au lycée sont très mal rémunérés. Ils sont au niveau de la Colombie ! »

 


 

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Allons plus loin : Pourquoi est-ce qu’il y a des collèges et des écoles primaires REP ? Pourquoi a-t-on des zones dites « périphériques », en déshérence ? La vraie question est sociale et politique plus qu’éducative. Instaurer une prime au mérite, c’est mettre un plâtre sur une jambe de bois.

RT France : Pour vous, il faudrait donc davantage cibler les causes sociales qui sont à l’origine des classifications des zones en REP, REP+, et ne pas s’attarder à financer des primes pour attirer des professeurs dans ces zones ?

D. G.: Parlons des attraits financiers pour les professeurs : en France les professeurs de la maternelle au lycée sont très mal rémunérés. Ils sont au niveau de la Colombie ! Les professeurs français sont parmi les moins bien rémunérés de l’Union européenne. En Allemagne, leur salaire est quasiment deux fois plus élevé. Donc le gouvernement essaie d’attirer des collègues, notamment ceux qui ont des difficultés à se loger dans des zones comme la région parisienne où les loyers sont très chers. Mais cette prime de 3 000 euros par an [en réalité 1 000 euros et éventuellement jusqu’à 3 000 selon leur « mérite »], qui ne représente pas grand-chose, ne pourra pas compenser le prix du loyer par exemple.

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Cette prime a déjà existé. On a vu que les collègues restaient un ou deux ans, et puis s’en sont allés car cela ne représentait pas une prime suffisante. Ce n’est pas la solution ! La solution, c’est une autre politique nationale qui soit sociale.

RT France : Cette prime au mérite ne ressemblerait-elle pas à un fonctionnement d’entreprise, où l’élève et le parent seraient les clients, le ministre de l’Education nationale le chef livrant une prime à ses meilleurs employés, les professeurs ?

D. G.: C’est en effet le début d’une rémunération en fonction de critères qui peuvent être terribles. On voit notamment que le nombre de postes attribués sur concours a déjà diminué [les enseignants doivent passer un concours pour être titulaires de leur poste], ce qui a pour conséquence d’accroître le recours à la contractualisation de la profession, pour pallier ce manque. C’est exactement ce qu’il s’est passé et se passe à La Poste ou à la SNCF. Les professeurs contractuels seront ainsi payés bien moins cher que les titulaires.

Le but est de casser le service public. En effet, quand on est professeur, on passe un concours hautement difficile avant de se voir confier une mission de service public. Alors que le contractuel, pour sa part, a un contrat d’un an, sans certitude de rester à son poste. S’il ne convient pas, son contrat n’est pas prolongé. C’est la suppression du service public de l’Education nationale.

 

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« On aura une école publique qui sera d’un petit niveau pour contenter tout le monde »

 


 

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De plus, tout est fait pour favoriser les écoles privées. On va ainsi avoir une école à deux vitesses : d’un côté, une école qui sera privée, où on va enseigner le grec, le latin ou les mathématiques d’un haut niveau. De l’autre, on aura une école publique qui sera d’un faible niveau pour contenter tout le monde. Comme on ne peut pas contenter les parents sur le plan social, on va les contenter sur le plan éducatif, en baissant le niveau. Le cahier numéro 13 de l’OCDE explique d’ailleurs comment faire pour ne pas éveiller l’attention des parents tout en baissant le niveau. Ce texte explique notamment que « si l’on diminue les dépenses de fonctionnement [des services publics], il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse ».

 


 

Classe – BAC - 1923

Lycée Janson de Sailly, la classe de philosophie ; agence Meurisse, 1923 ; source Gallica BnF / Une autre époque…

 


 

Source :

https://francais.rt.com/entretiens/52206-danielle-goussot-on-casse-l-ecole-de-la-nation

 

Note :

Danielle Goussot était professeur de lettres modernes en collège et lycée pendant près de 40 ans. Elle est également à l’origine du parti politique RPS-Fiers.

https://aphadolie.com/2018/07/07/education-nationale-petit-a-petit-on-balkanise-la-france/

samedi 7 juillet 2018

UE : le début de la déconstruction ?

TL SAPIR DECONSTRUCTION

TRIBUNE LIBRE / par Jacques Sapir

La crise qui ronge l’UE depuis plusieurs années a atteint ces derniers jours un nouveau stade. Devenant publique, s’étalant à la face de tous, elle est en train de muter, de changer de nature. Car, le fait que des choses soient dites par un certain nombre des acteurs officialise l’état de crise qui était jusqu’à maintenant en partie camouflé par les discours officiels. Mais, cette officialisation engendre à son tour une accélération, voire une radicalisation, de cette crise. De cette situation, il faut donc en dresser un rapide bilan.

Angela Merkel aux abois?

Victoire de l’Italie et paralysie de l’Allemagne

La question qui a monopolisé l’attention est celle des « migrants » et, sur cette question, il est clair que Giuseppe Conte, le Président du conseil italien, a remporté une victoire lors du sommet européen du jeudi 28 juin [1]. Il a obtenu que la notion de « volontariat » remplace celle de l’obligation des réglementations européennes et surtout il a obtenu que la question du rôle exact des ONG soit explicitement mentionnée dans le communiqué final. L’Italie sort confortée de ce conseil.

Giuseppe Conte

Ce qui est aussi clair, c’est que cette crise s’est invitée en Allemagne. Dans l’affrontement entre la Chancelière, Mme Angela Merkel et son Ministre de l’intérieur M. Horst Seehofer, c’est ce dernier qui sort vainqueur du compromis laborieusement établi dans la nuit de dimanche à lundi [2]. Près de 160 parlementaires de la CSU, le parti de M. Seehofer, mais aussi de la CDU (le parti de Mme Merkel) avaient menacé de voter contre cette dernière. C’est dire l’ampleur de la crise. Un compromis a été trouvé à la toute dernière minute. Mais, si ce compromis garantit, sans doute pour quelques mois, qu’Angela Merkel va rester la Chancelière, il porte en lui la fin des accords de Schengen [3]. Le fait que l’Allemagne reconnaisse la nécessité de places d’internement des migrants à ses frontières va faire tâche d’huile. L’Autriche déjà boucle les siennes et l’Italie en fera de même. On assiste bien à un basculement global de la scène politique, tant européenne qu’allemande. Or compte tenu du poids de l’Allemagne dans l’UE, ceci aura des conséquences importantes.

Au-delà, le conflit, même provisoirement éteint par un compromis de dernière minute, laisse les deux protagonistes en piteuse position. Le gouvernement allemand sera durablement paralysé pour les mois qui viennent. Alors, bien sûr, on peut penser à de nouvelles élections. Mais, ces dernières seraient une catastrophe pour le SPD (tombé à moins de 18% des intentions de vote, un score jamais atteint depuis 1949). On peut donc penser que ce dernier parti s’accrochera désespérément au pouvoir, renforçant en fait le blocage politique : le pays est dans une situation de paralysie politique. Cela signifie que l’Allemagne sera dans l’impossibilité d’imprimer sa marque sur la politique de l’UE. La France pourrait-elle se substituer à elle ? Les échecs que vient de subir Emmanuel Macron quant à sa politique européenne indiquent bien que non [4].

Une France impuissante

De fait, sur un autre front, on voit aussi se préciser aussi la crise qui vient. L’Allemagne et les Pays-Bas viennent de rejeter le système de garantie des dépôts bancaires, c’est-à-dire la garantie effective des dépôts de 100 000€ [5]. Or ce rejet frappe de caducité l’Union bancaire qui avait été, il convient de le rappeler, la SEULE avancée de l’UE depuis 2008 sur les questions bancaires et financières. La crise de l’Union bancaire touche aussi de plein fouet la position française car l’Union bancaire avait été le projet soutenu essentiellement par le gouvernement français. Bien entendu, de nombreuses critiques avaient pu être formulées sur l’Union bancaire, et mes lecteurs habituels s’en souviendront certainement [6]. Cette « union » était fragile et n’avait pas le budget suffisant pour faire face à une nouvelle crise bancaire. Ce qui s’est produit le 29 juin n’en est pas moins important. Aucun accord sur le « pot » commun destiné à aider les banques en faillite, ce que l’on appelle aussi le « backstop », et pour secourir les banques en difficulté n’a pu être trouvé. Bien sûr, la décision a été repoussée pour la fin d’année 2018, mais les divergences entre les pays membres sont désormais immenses. Il est désormais très peu probable que les pays de l’UE arrivent à s’entendre sur autre chose que le fait de ne pas s’entendre. Cela met à mal tous les projets et les rêves d’une Europe fédérale qui étaient ceux d’Emmanuel Macron.

Le grand perdant?

Or, c’est l’Allemagne qui va être désormais rapidement confrontée à une crise bancaire. La situation de la Deutsche Bank, incapable de passer les tests de robustesse mis sur pied par la Réserve Fédérale aux Etats-Unis [7], va exiger des actions importantes d’ici quelques mois, voire durant l’été. Il convient de se souvenir que l’Union bancaire avait été initialement conçue comme un moyen d’empêcher un pays d’agir à sa guise, en construisant un système de sécurité à l’échelle de l’UE. Mais, la faillite de fait de l’Union bancaire renvoie les pays de l’UE à la situation qui était la leur en 2008. On voit bien ici que la paralysie qui gagne l’UE va obliger l’Allemagne à « sauver » la DB (ce qu’elle fera certainement au vu de l’importance de cette banque pour son économie). Mais, ce faisant, elle donnera le signal pour que l’Italie procède à un sauvetage massif de ses propres banques en difficulté. Dès lors, au chacun pour soi qui prédomine sur la question des migrants, viendra s’ajouter un chacun pour soi sur la question bancaire, en attendant que ce chacun pour soi ne s’étende à la zone Euro [8]. Sur ce point, il convient de relire le récent article de Joseph Stiglitz qui est désormais fort pessimiste quant à l’avenir de la zone Euro [9].

[Voir sur le site upr.fr:]

Un par un, les économistes rejoignent discrètement les analyses de l’UPR sur l’euro – par Vincent Brousseau

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La deuxième phase de l’action du gouvernement italien

La crise de l’UE ne s’arrête pas là. Le gouvernement italien a décidé de passer à une deuxième phase de son action. Après avoir fait preuve de fermeté face aux « migrants » et à certaines ONG, il est en train de prendre des mesures favorables aux travailleurs, comme la pénalisation des CDD quand ils sont utilisés systématiquement [10]. Il est possible qu’il procède dans le cours de l’été à d’autres mesures, comme un relèvement général des salaires et une annulation – partielle ou totale – de la réforme des retraites mise en place par les précédents gouvernements. Cette perspective inquiète déjà la BCE, qui a adressé au gouvernement italien une mise en garde. Mais, porté par la popularité acquise par son attitude sur la question des « migrants » et renforcé par la crise que connaît l’UE mais aussi l’Allemagne, il est peu probable que le gouvernement italien soit véritablement sensible aux avertissements de la BCE.

Et ce d’autant plus qu’il se prépare à des mesures de fond, concernant notamment une importante relance des investissements publics, une réforme qui provoquera une forte montée de son déficit budgétaire.

La crise interviendra donc très probablement cet hiver. Et l’on comprend la stratégie de Giuseppe Conte : affaiblir les institutions de l’UE pour être dans la meilleure position pour négocier. Nul ne sait si cette stratégie sera gagnante, mais, en « portant la discorde chez l’ennemi » comme l’écrivait il y a presque un siècle celui qui allait devenir le Général de Gaulle, il a incontestablement marqué un point important. Il s’affiche désormais comme un dirigeant avec une véritable stratégie alors que Mme Merkel et Emmanuel Macron en restent, eux, à des effets de communication…

Une Union européenne discréditée ?

Plus globalement, il convient de se demander si l’UE n’est pas aujourd’hui profondément discréditée aux yeux des électeurs des différents pays. Cela se manifeste dans des attitudes qui vont du Brexit de 2016 en Grande-Bretagne à l’élection de partis eurosceptiques ou eurocritiques en Autriche, Hongrie et Italie. De même, en France, un sondage publié le 4 juillet dans la Tribune, et réalisé par BVA, indique que la politique de l’UE n’est pas ressentie par les personnes interrogées comme favorable. Ainsi, à la question « les orientations économiques de l’Union européenne sont plutôt une bonne chose pour… » les réponses des français sont édifiantes :

 

Les orientations économiques de l’Union européenne sont plutôt une bonne chose pour…

  Oui Non Ne se prononcent pas
Les entreprises françaises 38% 54% 8%
La situation économique en Europe 41% 52% 7%
L’emploi en Europe 39% 53% 8%
La situation économique en France 33% 60% 7%
L’emploi en France 27% 66% 7%

Sondage BVA-La Tribune du 4/07/2018

Plus de 60% des français considèrent donc la politique de l’UE comme mauvaise, que ce soit en ce qui concerne la situation économique en France ou l’emploi. Le désaveu est aujourd’hui massif.

Par ailleurs, dans un sondage réalisé au début du mois de juin par l’IFOP pour le site Atlantico, une majorité de personnes interrogées (58%) considéraient que dans dix ans l’UE serait plus fragile et plus faible qu’aujourd’hui [11].

Ces chiffres montrent que la crise actuelle est bien plus profonde que la seule question des « migrants ». L’UE apparaît comme durablement discréditée. Ses deux pays principaux sont aujourd’hui paralysés et les opinions dites « Eurosceptiques » progressent dans l’ensemble des pays. Giuseppe Conte a révélé une crise plus qu’il ne l’a provoquée. Mais, ce processus de révélation peut très bien avoir sa dynamique propre et entraîner un mouvement toujours plus puissant de défiance généralisée. En un sens, on peut considérer que le processus de déconstruction de l’UE a commencé. Pourtant, il ne deviendra irréversible que quand ses adversaires proposeront des formes institutionnelles de remplacement*.

Notes

[1] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/06/29/31002-20180629ARTFIG00327-accord-sur-les-migrants-l-italie-et-l-autriche-nouveaux-chefs-de-file-de-l-europe.php

[2] https://www.ft.com/content/f1b50022-7e14-11e8-bc55-50daf11b720d

[3] Voir https://www.eurointelligence.com

[4] Voir l’excellent article d’Ambrose Evans-Pritchard, https://www.telegraph.co.uk/business/2018/06/29/macrons-euro-dream-lies-ruins-eu-summit-debacle/

[5] https://www.euractiv.fr/section/economie/news/eu-leaders-postpone-completion-of-banking-union/

[6] https://russeurope.hypotheses.org/5079

[7] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/deutsche-bank-echoue-aux-stress-tests-de-la-fed-783505.html

[8] http://www.telegraph.co.uk/business/2018/05/23/eurozone-slowdown-raises-fears-will-no-economic-rebound/

[9] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301881720694-le-gouffre-qui-menace-dengloutir-la-zone-euro-2188018.php#

[10] https://www.boursedirect.fr/fr/actualites/categorie/economie/italie-le-gouvernement-adopte-des-mesures-pour-l-emploi-afp-67a15fd219e8e6eeff7151a0e4f7406124263d3f

[11] http://www.atlantico.fr/decryptage/sondage-exclusif-58-francais-pensent-que-dans-10-ans-ue-sera-plus-fragile-et-faible-qu-aujourd-hui-ifop-jerome-fourquet-3412650.html

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-union-europeenne-le-debut-de-la-deconstruction-par-jacques-sapir/

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*Commentaire sur le site (que nous aurions pu écrire):

Plim // 06.07.2018 à 08h16

Je ne vois pas l’intérêt de faire une autre Europe…
Si vous vous entendez bien avec vos voisins, ce n’est pas pour autant que vous aimeriez vivre dans le même appartement, à manger la même chose, à se coucher à la même heure et à avoir les mêmes loisirs ?
Soyons un État indépendant et souverain (ce n’est pas à la mode), respectons les différences de nos voisins (ça, ça devrait être à la mode) et faisons des alliances ciblées avec les États qui ont les mêmes intérêts que nous.
Bref, ce que l’on faisait déjà avant l’UE…
Sortons de cet apartheid, ouvrons-nous au Monde.

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jeudi 5 juillet 2018

Accord migratoire en Allemagne : Merkel sauve sa coalition, mais reste fragilisée

Voilà Angela Merkel réjouie. La chancelière allemande est parvenue à préserver sa coalition en concluant, lundi soir, à l'arraché, un compromis avec son ministre de l'Intérieur (rebelle) Horst Seehofer sur la politique migratoire. Il prévoit la mise en place de "centres de transit" à la frontière entre l'Allemagne et l'Autriche afin d'y installer les demandeurs d'asile arrivant dans le pays, mais déjà enregistrés dans un autre État européen, en attendant leur expulsion vers le pays d'entrée en Europe.

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Hier, l'Allemagne était au bord de la crise politique dès lors que Horst Seehofer, qui réclamait un durcissement des conditions d'accueil des migrants en Allemagne, a proposé de démissionner de son poste de ministre de l'Intérieur ainsi que de la présidence de la CSU. Cela aurait pu déclencher de nouvelles élections et mettre Angela Merkel sur la touche. Mais malgré cet accord, la chancelière reste fragilisée : les sociaux-démocrates, troisième force la coalition, hésitent encore à le soutenir.

Une victoire en demi-teinte

Contestée par son allié conservateur bavarois de la CSU, Angela Merkel a, en apparence, obtenu une victoire en sauvant son gouvernement - une coalition composée du centre-droit CDU, de la droite bavaroise CSU et des sociaux-démocrates -, et en se maintenant au pouvoir. Mais sur le fond, elle a accepté de fortes restrictions à l'immigration. Le compromis trouvé avec le chef de file de la droite conservatrice Horst Seehofer marque ni plus ni moins la fin de la politique migratoire généreuse inaugurée en 2015 par la chancelière. Cette année-là, Angela Merkel avait décidé de laisser entrer sur le territoire allemand des milliers de réfugiés syriens bloqués en Hongrie.

Pour l'un des proches du ministre de l'Intérieur, Markus Blume, l'accord conclu lundi constitue "un tournant de la politique d'asile" allemande. Si Horst Seehofer s'en est forcément félicité - "il s'agit d'un accord clair sur la façon d'empêcher l'immigration illégale aux frontières entre l'Allemagne et l'Autriche" -, le troisième partenaire de la coalition gouvernementale, le parti social-démocrate SPD, fait la moue. Ce dernier, hésitant, doit encore se prononcer en faveur ou non de cet accord. S'il le rejette, la coalition gouvernementale est à nouveau sérieusement menacée.

L'Autriche menace d'en faire de même avec ses frontières du Sud

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L'Autriche, première concernée par ce revirement de la politique migratoire allemande, a déjà fait savoir qu'elle ne se satisfaisait pas des termes du compromis.

Car en principe, les renvois de migrants doivent se faire en accord avec les pays d'entrée et non de manière unilatérale par l'Allemagne. Mais si des accords ne peuvent être trouvés, il est prévu de refouler les migrants vers l'Autriche. Le gouvernement autrichien, qui associe l'extrême-droite et les conservateurs, et qui vient de prendre la présidence tournante de l'Union européenne, a prévenu qu'en pareil cas, il prendrait des mesures identiques à ses propres frontières, notamment avec l'Italie et la Slovénie. Avec le risque d'un effet domino en Europe.

"Si l'Allemagne croit qu'ils peuvent simplement renvoyer des gens en Autriche, en bafouant le droit international, nous expliquerons aux Allemands que nous ne les accueillerons pas", a prévenu la semaine dernière le ministre de l'Intérieur autrichien Herbert Kickl.

 (avec AFP et Reuters)

OUTIL STRATAGEME

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dimanche 1 juillet 2018

Vidéo du jour: Asselineau dans "Le média", débat sur l'UE!

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C'est enfin sorti, l'enregistrement avait eu lieu juste avant le Conseil national UPR du 16 juin. Sur le plateau, des partisans de l'UE et des opposants, enfin...plus ou moins... Un débat à ne pas manquer!  P.G.

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DANS LA GUEULE DU LOUP #5 : L'UNION EUROPÉENNE, VERS LE CHAOS ?

https://www.youtube.com/watch?v=s3fGgx_dyCk

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jeudi 28 juin 2018

Menaces sur l'académie de Limoges : les syndicats sont de plus en plus inquiets

Alors que les propos du recteur de Bordeaux ne semblent guère rassurants, sept syndicats de l'éducation appelaient à un rassemblement citoyen ce mercredi 27 juin devant le rectorat de Limoges. 

ACT FUSION ACADEMIES

Sept fédérations enseignantes* ont appelé à un « rassemblement citoyen », mercredi 27 juin à 17 heures devant le rectorat de Limoges. Il s'agit de protester contre le projet de fusion des académies, lequel devrait entraîner à court terme la disparition de l'académie de Limoges et l'effacement progressif du rectorat.

Partis politiques et associations sont appelés à se joindre à la manifestation, que les organisateurs veulent aussi large et fédératrice que possible. Car l'échéance approche : le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer devrait rendre ses arbitrages dans quelques jours, et il ne fait guère de doute que les préconisations du rapport Veil** devraient largement inspirer ses décisions.

De quoi alimenter l'inquiétude croissante d'une communauté éducative qui n'a pas été particulièrement rassurée par les récents propos du recteur de Bordeaux. Egalement co-auteur du rapport Veil, le recteur Olivier Dugrip a en effet reçu il y a quelques jours une délégation du SE-UNSA. Selon le syndicat, ses réponses ont été sans ambigüité, ou presque...

Vers un recrutement académique des professeurs des écoles ? 

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« Le recteur nous a répondu que l'administration devait construire un modèle pour 2050 et que celui-ci, datant de 1960, n'était plus adapté au nouveau monde », explique Thibault Bergeron, secrétaire académique du SE-UNSA Limousin.

« Il a aussi précisé que pour lui, la gestion des moyens (enseignants ou personnels administratifs) ne pourrait être qu'académique et donc gérée depuis Bordeaux. Concrètement, c'est la confirmation de nos craintes. Les spécificités rurales seront-elles prises en compte ?  Nos départements seront-ils noyés dans la masse ? », s'interroge le syndicat qui dit redouter « de fortes pertes de postes pour la Creuse et la Corrèze dont les taux d'encadrement sont nettement supérieurs à ceux des départements ruraux de l'académie de Bordeaux. »

Autre sujet sensible  : la modification possible du cadre géographique de recrutement des enseignants. « Le recteur a aussi évoqué un recrutement dans le 1er degré au niveau grande académie. Sans être précis, il a indiqué ne pas souhaiter revenir sur les périmètres actuels d'affectation des enseignants du second degré. Au final, l'entretien s'est conclu après 1 h 30 de discussion. Nous n'avons été ni rassurés ni convaincus. »

(*) Interfédérale CGT-éducation ; FO ; FSU ; SGEN-CFDT ; SE-UNSA ; SNALC ; Sud Education.
(**) Publié en mai dernier, il préconise la fusion des académies actuelles sur le modèle de la carte des nouvelles régions.

https://www.lepopulaire.fr/limoges/education/2018/06/26/menaces-sur-l-academie-de-limoges-les-syndicats-sont-de-plus-en-plus-inquiets_12900888.html

Réforme territoriale - Vers une France métropolitaine à 13 académies à la rentrée scolaire 2021

Publié le 15/05/2018

MONTAGE REFORMES TERRITORIALES

Malgré le nouveau découpage régional opéré en 2015, l'Education nationale avait conservé ses 26 académies, regroupées toutefois au sein de 13 "régions académiques" correspondant aux 13 nouvelles régions de métropole. Un rapport de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) démontre l'échec des régions académiques, dont la dernière mission pourrait être de piloter la fusion de leurs "petites" académies… avant de disparaître.

Deux ans après sa mise en place, "le dispositif des régions académiques parait déjà à bout de souffle", selon un rapport de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR), daté de mars 2018 et publié le 11 mai. Inutile d'aller plus loin, "le système actuel est arrivé au bout des conséquences qu’il pouvait produire alors même qu’il demande une débauche d’énergie pour fonctionner imparfaitement", ont constaté les auteurs du rapport.
Le diagnostic avait déjà été posé par Jean-Michel Blanquer, en décembre dernier, lors de la commande du rapport. "La réforme territoriale de 2015 a placé l'Education nationale au milieu du gué et le statu quo n'est plus possible", avait alors déclaré le ministre. La lettre de mission, signée avec sa collègue ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal, demandait de proposer des "schémas d'organisation adaptés à chacune des 13 régions", ainsi qu'un calendrier de mise en œuvre pour chacun des 13 scénarios envisagés. La mission y répond scrupuleusement.

Aujourd’hui, 26 académies regroupées en 13 "régions académiques"

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Le travail de la mission est intervenu dans un contexte très particulier, deux ans seulement après la création des "régions académiques" par décret du 10 décembre 2015, avec application au 1er janvier 2016. Rappelons-nous : la loi Notr a été promulguée le 7 août 2015 et avant elle celle sur le nouveau découpage régional qui a fait passer le nombre des régions en métropole de 22 à 13. La plupart des administrations publiques s'alignent alors sur cette nouvelle carte, mais pas le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Celui-ci choisit de conserver une organisation territoriale en 26 académies en métropole (30 France entière), mais les regroupent au sein de 13 "régions académiques" (17 France entière) correspondant aux nouvelles régions, avec à leur tête un recteur de région académique. Or la région académique "n’a pas su trouver sa place", estiment aujourd'hui les auteurs du rapport de l'IGAENR, témoignages à l’appui.

"Adapter les dispositifs retenus à la diversité des situations territoriales"

Dès lors, "il faut s’orienter vers la mise en place de treize académies métropolitaines pour remplacer les treize régions académiques", considèrent-ils. Cette transformation devrait se faire "à l’horizon de la rentrée 2021 au plus tard". Un des objectifs serait de "rétablir une fluidité de relations avec les collectivités régionales".
Il ne s'agit pas pour autant de tout centraliser. Mais bien de distinguer, dans les actuelles circonscriptions académiques, les services qui ne nécessitent pas de proximité particulière (statistiques et programmation, examens et concours, gestion de masse…) des services déconcentrés qui sont en interfaces avec les écoles, les établissements, les personnels et les usagers.
Pour la mission, la démarche de réorganisation devra chercher à "adapter les dispositifs retenus à la diversité des situations territoriales". Partant de ce principe, l'évolution devra s’opérer avec "des scénarios différents selon les régions académiques" et "en tenant compte des contraintes spécifiques à chacune". Les recteurs des régions académiques seraient chargés de construire le projet de fusion. Pour cela, ils auraient pouvoir hiérarchique sur les autres recteurs de leur territoire.

Trois catégories de région académique, trois scénarios

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Les échéances et les modes d’organisation pourront varier selon les cas, mais "sans jamais remettre en cause l’objectif de fusion effective au plus tard pour la rentrée scolaire et universitaire 2021", insiste le rapport. Il distingue en l'occurence trois catégories de région académique : les régions académiques comparables aux académies existantes ; les régions académiques présentant les superficies et les populations scolaire et étudiante les plus importantes ; la région académique Ile-de-France.
Les régions académiques "comparables aux académies existantes" sont celles de Bourgogne‐Franche‐Comté, Hauts‐de‐France, Normandie et Provence‐Alpes‐Côte d’Azur. Les recteurs de ces régions académiques remettraient leur projet de fusion "à la fin de l’année 2018, pour une mise en œuvre progressive en 2019 et 2020". Dans ces cas, "il ne s’agit, ni plus ni moins, que de reproduire à l’échelon régional l’organisation académique actuelle sur la base d’un réaménagement des services académiques dans leurs sites respectifs confirmés".

Quatre régions académiques "étendues"

Les quatre régions académiques "les plus étendues" sont celles d’Auvergne-Rhône-Alpes, du Grand Est, de Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie. Ici, la fusion "implique la conception de nouveaux modes de gouvernance" avec des scénarios d’évolution "différents selon les régions académiques". Les recteurs de région académiques remettraient leur projet de fusion "à la fin de l’année 2018 ou au début de l’année 2019 pour une mise en oeuvre progressive à la rentrée 2020".
Comme il s’agit de "territoires où l’enseignement supérieur est particulièrement dense", la mission estime "hautement souhaitable" que soit placé, auprès de chacun d’entre eux, un vice-chancelier des universités, qui pourrait avoir rang de recteur, adjoint au recteur de l’académie.
S’agissant du domaine de l’enseignement scolaire, le recteur de région académique pourrait, s’il le souhaite, désigner à ses côtés un adjoint chargé de l’enseignement scolaire.
S’agissant des régions académiques Occitanie et Grand Est, la mission attire l’attention sur "les difficultés liées à l’éloignement du siège de la future académie et des capitales régionales". "La solution retenue devra prendre en compte ces difficultés d’autant qu’en Occitanie les deux académies actuelles sont d’un poids comparable", alerte-t-elle.

La future académie francilienne devra être cohérente avec le futur Grand Paris

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La région Ile-de-France, découpée aujourd’hui en trois académies, affiche une fois de plus sa singularité. C’est toujours le recteur de la région académique qui élaborerait le projet de fusion, mais avec un calendrier qui devra se caler "en fonction des annonces liées au Grand Paris". Et donc probablement, "pas avant le début de l’année 2021".
Concernant l’organisation de l’enseignement scolaire, le recteur de la future académie de Paris-Ile-de-France "pourra prévoir de s’appuyer sur deux à trois adjoints, territorialisés ou non, qui pourraient être directeurs d’académie ou recteurs adjoints". Par exemple, "si la création de la métropole du Grand Paris entraîne la disparition des départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, (il) pourrait s’appuyer sur deux adjoints, l’un compétent pour le Grand Paris et l’autre pour les autres départements d’Ile-de-France, à la coloration plus rurale", suggère le rapport. Et "si le Grand Paris devait recouvrir l’ensemble de la région Ile-de-France, (il) pourrait s’appuyer sur deux adjoints dont les champs de compétence pourraient recouvrir les actuelles académies de Créteil et de Versailles, la ville de Paris conservant pour sa part le directeur académique dont elle dispose déjà".
En matière d’enseignement supérieur, le rapport recommande de commencer par regrouper sous l’autorité du recteur de la région académique, l’ensemble des compétences actuellement exercées par les trois recteurs en matière d’enseignement supérieur. Cela permettrait "une affectation plus fluide des étudiants" et d’ "harmoniser l’offre de formation post-bac en lycée". Les projets de Saclay et Condorcet "doivent être suivis au niveau régional, en cohérence avec les autres autorités que sont le préfet de région et le président du conseil régional", estime le rapport de mission.
A noter l’absence d’élus locaux dans les personnalités rencontrées par la mission, à l’exception de Alain Rousset, président de la région Nouvelle Aquitaine.


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OUTIL FREXIT URGENT

samedi 23 juin 2018

Migrations et droit d'ingérence humanitaire

Dans son célèbre discours devant l'Assemblée générale de l'Onu lors de sa 70ème session en septembre 2015, Vladimir Poutine avait rappelé aux européens, les conséquences auxquelles ils allaient s’exposer en continuant de s’aligner, comme ils l’ont fait pourtant, sur la politique unilatérale, impérialiste et belliciste des États Unis.

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« Nous comptons sur le fait que la communauté internationale parvienne à élaborer une stratégie globale de stabilisation politique et de rétablissement socio-économique au Proche-Orient. Alors, chers amis, il ne sera plus nécessaire de construire des camps pour les réfugiés. Les personnes contraintes de quitter leur terre natale ont d’abord afflué dans les pays alentour et ensuite en Europe. Ils se comptent par centaines de milliers, voire par millions. Il s’agit au fond d’une nouvelle grande migration amère et d’une dure leçon pour nous tous, y compris pour l’Europe.
J’aimerais souligner que les réfugiés ont évidemment besoin de compassion et de soutien.

Cependant, on ne pourra résoudre définitivement ce problème qu’en rétablissant la structure étatique là où elle a été détruite, en renforçant les institutions gouvernementales là où elles existent encore ou sont en train d’être reconstruites, et en fournissant une aide multiforme – militaire, économique et matérielle – aux pays en difficulté et, bien sûr, aux gens qui, malgré toutes les épreuves, ne sont pas partis de chez eux.

Il va sans dire que toute aide aux États souverains ne doit pas être imposée mais proposée, et ce dans le strict respect de la Charte de l’ONU. Tout ce qui est fait et sera fait dans ce domaine conformément aux normes du droit international doit être soutenu par notre organisation, et tout ce qui contreviendra à la Charte devra être rejeté.
Le plus important est, selon moi, de contribuer au rétablissement des structures étatiques en Libye, de soutenir le nouveau gouvernement irakien, et d’apporter une aide multilatérale au gouvernement syrien légitime.»

Vladimir Poutine devant l'AG des Nations Unies
28 septembre 2015

TRIBUNE LIBRE / Dominique Mazuet (Librairie Tropiques)

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La crise migratoire actuelle, se différencie des grands épisodes de transfert de population qui ont émaillé l’histoire et singulièrement l’histoire contemporaine, par le fait qu’elle n’est plus seulement occasionnée par l’appauvrissement misérable que subissent une grande partie des populations du globe mais qu’elle est volontairement provoquée et aggravée par un impérialisme qui prétend s’imposer à l’échelle mondiale et qui n’hésite devant aucun moyen, notamment la destruction physique des nations, pour asservir celles qu’il juge néfastes ou menaçantes pour ses intérêts économiques et politiques.

Le problème des vieilles nations européennes, désormais complètement aliénées aux intérêts capitalistes étasuniens, c’est que, comme l’annonçait Poutine tout ça finit évidemment par se retourner contre les fautifs mais que le principal responsable et coupable demeure tout aussi peu menacé qu’il le fut lors des deux grands conflits qui bouleversèrent le 20ème siècle.

Ainsi, les guerres de « proxy » que suscitent, soutiennent et arment les Etats Unis (et que finance leur déficit abyssal) ont un peu la même fonction et les mêmes avantages pour eux que les sanctions économiques dont ils accablent leurs adversaires désignés.

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Il s’agit toujours de détruire les peuples et les nations qui leur résistent où qu’ils jugent menaçants pour leurs intérêts mais... aux frais des autres.

Pour "eux" c’est sans grand risque puisque, hormis les mexicains, nulle population n’est susceptible de se déverser anarchiquement sur leur territoire, avec les conséquences que nous observons désormais à grande échelle et sur une durée qui sera longue. De même les sanctions économiques n’affectent nullement le business etasunien mais bien les populations des pays visés et symétriquement les nations européennes et leurs entreprises, travailleurs, agriculteurs, etc. qui commerçaient avantageusement avec les pays sanctionnés.

Avec l’affaire iranienne et celle des "migrants", il devient difficile de ne pas prendre la mesure de tout ça et des contradictions que doivent maintenant affronter les euro-atlantistes du fait de leur soumission intéressée à l’économie américaine et à son bras armé l’OTAN.

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Le seul moyen d’inverser ces flux migratoires irrépressibles, c’est évidemment d’en combattre la cause, mais la cause … c’est nous …notre politique, notre stratégie.

C’est d’abord la stratégie du chaos, dont nous fumes activement complices avec la destruction de la Lybie, de l’Irak, de la Syrie, de l’Ukraine, etc.

L' « avantage compétitif » fourgué en échange comme pacotille - encore assez bonne pour les classes dirigeantes et complaisantes des tribus de l’U.E.- était, sur le modèle américain des « wet back » mexicains, de se pourvoir en main d’œuvre docile et bon marché dans les secteurs où les européens désormais « manquent de bras » du fait de la forte pression sur le "coût du travail". Une variante de la traite occidentale, remise au goût du jour.

On voit le résultat …

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Le problème est d’autant plus impossible à évacuer qu’il n’a pas de solution, dans l’état de soumission politique, social, économique où se sont mises les nations de l’OTAN et de l’U.E. Vis à vis de leur « partenaire » américain.

Naturellement la crise migratoire est de loin la plus lourde des conséquences à court et moyen terme ; et les prétendues "plate-formes de triage" proposées par ces "conciles de Pampelune" européens , sont parfaitement insignifiantes. Chacun sait d'ailleurs qu'elles ont déjà été invalidées par les faits, en Lybie, comme en Turquie, en Italie, en Grèce et ailleurs.

On a vu par exemple ce que donnaient les « hot spots » les « pôles migrants »  et les diverses formules de gestion « créative et innovante » de cette nouvelle forme de traite d’esclaves, consistant à en sous-traiter l’intendance aux pires mafieux du moment …

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Quant à la "réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures" c'est simplement la reconnaissance de l'échec européen, désormais acté.

Mais, maintenant, impossible de faire marche arrière … car le mentor étasunien a brûlé nos vaisseaux ! Il abandonne ses alliés coalisés de la vieille Europe à leur triste sort démographique, économique et social ; et, tel Teddy Roosevelt, il ajoute un nouveau corollaire à la "Doctrine Monroe" : désormais, vu que les choses se compliquent, ce sera « chacun pour soi et Dieu pour tousmais nous d’abord. »

Résultat : nos appareils d’État naviguent sans boussole, et leurs Princes sont tels des rois nus, face à ce chaos devenu ingérable.

Les dirigeants européens sont en effet dans une impasse totale, contraints d’opérer un impossible et complet renversement d’alliances, de posture diplomatique, de stratégie militaire, de politique et de rhétorique économique et sociale, etc.

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Un renversement qui signerait leur fin, en même temps que celle de "l’Europe du Volapuk", celle des "cabris", c'est à dire l’Europe de Schengen et Maastricht, de la circulation libérale et de la concurrence totalement biaisée, de tous contre tous.

Un renversement qui, ultime outrage, accomplirait le triomphe du populisme et du totalitarisme honnis, du « repli sur soi » et de « l’insulte à l’avenir radieux » promis par l’Empire du bien et son nouvel ordre mondial…

Les responsables de ce gachis ont donc de sérieuses raisons d’être inquiets... et nous avec eux, car ce sont quand même... nos dirigeants, « démocratiquement élus »!


http://www.librairie-tropiques.fr/2018/06/migrations-et-esclavagisme-post-modernise.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

mercredi 20 juin 2018

« Livraisons Amazon le dimanche, il faut démanteler cette entreprise !! »

TRIBUNE LIBRE / par | 18 Juin 2018

TL SANNAT AMAZON

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Vous souvenez-vous du débat enflammé il y a quelques années autour du travail dominical ?
Vous rendez-vous compte que ce débat n’existe plus depuis des mois ?
Plus personne n’en parle… Silence assourdissant.

Au même moment, Amazon annonce que désormais, le groupe livre le dimanche aussi dans 11 villes de France métropolitaine à Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Lille, Nice, Grenoble, Toulon, Montpellier, Aix-en-Provence et Reims et leurs environs.

« La livraison le dimanche avait été lancée il y a deux ans dans quatre villes, et fonctionnait uniquement le dimanche soir. Désormais, en plus d’être disponibles dans d’autres villes, les livraisons peuvent avoir lieu dès 9 heures du matin. Cette livraison est gratuite pour les abonnés Prime, et entre 7,99 et 9,99 euros pour les autres clients. »

La guerre de l’ouverture le dimanche a été perdue par les commerces !

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Il faut savoir que tout ce débat autour de l’ouverture dominicale des magasins avait pour enjeu l’achat dit « impulsif » créneau sur lequel les magasins traditionnels misaient pour contrer les nouveaux acteurs du e-commerce à savoir avant tout l’immense Amazon.

Depuis, la loi a été considérablement assouplie, et les ouvertures des magasins le dimanche sont possibles mais, plus grave pour les commerçants traditionnels, Amazon, désormais, livre le dimanche aussi dans les plus grandes villes de France, et nul doute que cela sera progressivement étendu à tout le territoire national.

La logistique du groupe américain est remarquable et repose sur un recours massif à ce que l’on appelle les « louageurs » dans le jargon du transport. Les « louageurs » sont des indépendants, des micro-entrepreneurs qui ont leur camionnette. Ils facturent à la pièce et au colis livré. C’est eux que vous voyez courir. S’ils courent, c’est parce qu’ils ne sont pas salariés. Pas d’efficacité, pas de salaire ! Ce n’est pas le salaire de la peur, ce n’est plus le salariat. C’est le précariat.

Il n’y a aucune règle de temps de travail pour un indépendant. Le travail dominical des livreurs Amazon ne subit donc aucune entrave légale ou presque.

D’ailleurs, cette pression a déjà poussé La Poste / Chronopost à s’aligner en proposant la livraison le dimanche de 9h à 13h dans quatorze villes de France en plus de Paris et sa proche banlieue.

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Je ne reviendrai pas sur les ravages sociaux, et familiaux, d’une telle marchandisation à outrance de la société.

Il va falloir démanteler Amazon et Trump a raison !

Je ne suis pas un communiste viscéral. Je considère que la propriété privée et les moyens privés de production sont la base du capitalisme, seul système viable, car répondant aux besoins innés de liberté et de créativité de l’espèce humaine.

Dire cela ne signifie pas pour autant que nous devons laisser faire la loi du plus fort, ou la jungle économique se développer.

Il y a un évident besoin, une nécessité à la régulation.

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Depuis des lustres, il existe des lois antitrusts, et d’ailleurs elles trouvent leurs origines aux États-Unis, pays pas franchement socialiste !

« Une loi antitrust est une loi visant à limiter ou réduire la concentration économique. On peut aussi la définir comme une loi qui s’oppose à l’entrave de la libre concurrence pratiquée par des groupements de producteurs visant à bénéficier d’un monopole. »

Il n’est pas possible de laisser Amazon ravager tout l’écosystème commercial mondial, car ici nous parlons de ravages mondiaux, pas uniquement en France ou encore aux États-Unis. Si nous laissons faire Amazon, alors ce groupe sera le seul commerçant qui restera dans 20 ans. Il n’y aura pas d’autres alternatives.
Certains diront, oui mais c’est punir le bon élève. Si Amazon peut réussir, c’est parce qu’ils sont les meilleurs, et les médiocres qui n’y arrivent pas, c’est normal qu’ils disparaissent.

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Cet argument n’est vrai que jusqu’au moment où une entreprise connaît un tel succès, une telle réussite, qu’elle en menace la société dans son ensemble.

Amazon menace l’emploi de milliers de petits commerçants et notre tissu de commerces traditionnels (en France comme ailleurs).

Amazon menace, par son poids, tous les fabricants et fournisseurs qui en seront dépendants.

Amazon, par son poids et sa taille, son internationalisation, menace l’équilibre fiscal de nations entières.

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Amazon menace également évidemment aussi la démocratie, car Amazon vendra ce qu’ils voudront, ce qui plaira ou pas à Amazon. Un seul distributeur et c’est la soumission.

Cela ne va pas plaire aux actionnaires, cela ne plaira pas aux fonds de pension, et autres « hedge », mais c’est une nécessité.

Cela fait partie intégrante du capitalisme.

La vocation de chaque entreprise est de grossir au plus vite et le maximum. Cela veut dire que le mécanisme de concentration menant aux monopoles est intrinsèque au fonctionnement même du système capitaliste.

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C’est un excès, une maladie du système, et le système sécrète ses propres défenses immunitaires avec les lois anti-monopole.

Les monopoles doivent toujours être interdits, et quand ils se produisent, démantelés, car sinon, ils rendent le système totalement inefficace.*

Vendez les actions Amazon !

Amazon, comme Microsoft, sera démantelé. Et c’est souhaitable. Cela veut dire qu’en tant qu’épargnant ou investisseur, vous n’avez plus intérêt à acheter ou conserver des actions Amazon.

Cela arrivera demain ou dans 10 ans, mais cela arrivera, car le monde entier ne pourra pas tolérer de passer sous la coupe réglée d’une seule multinationale pratiquant de manière massive l’optimisation fiscale.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/livraisons-amazon-le-dimanche-il-faut-demanteler-cette-entreprise-ledito-de-charles-sannat/

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De mon point de vue, certains monopoles doivent être maintenus ou réinstallés, à condition d'être dans la mains de l'Etat, lorsqu'ils  sont nécessaires au bien- être de la sociéte et/ou lorsqu'ils servent à protéger les intérêts stratégiques de la Nation. A ce sujet, voir notre publication: Les enjeux réels de la privatisation de la SNCF . Voir aussi https://russeurope.hypotheses.org/files/2012/09/Sap-NaturalMonop-copie.pdf   P.G.

"Dans la théorie économique, une branche d'activité est en situation de monopole naturel sur un territoire plus ou moins vaste, lorsque les économies d'échelle y sont très fortes. Cette situation se présente le plus souvent lorsque l'activité de la branche est fondée sur l'utilisation d'un réseau au coût très élevé, ce qui tend à donner un avantage déterminant à l’entreprise dominante puis, après disparition des concurrents, conduit à une situation de monopole.

Théoriquement, il serait alors optimal, pour maximiser l'utilité collective, de n’avoir dans cette branche d’activité qu'un seul opérateur agissant de manière altruiste, c'est-à-dire satisfaisant la demande au moindre coût et pratiquant des tarifs égaux à ses coûts marginaux. L'unicité du producteur permet de maximiser les économies d'échelle, tandis que la tarification au coût marginal permet d'une part de proposer aux consommateurs un signal prix pertinent et d'autre part prévient le comportement prévu par la théorie classique pour une entreprise monopolistique cherchant à maximiser son profit : fixation d'un prix supérieur au coût marginal et réduction de l'offre, avec appropriation d'une « rente de monopole ».

Cette analyse économique est utilisée par les pouvoirs publics pour justifier des actions dans la branche d'activité concernée, par le biais du service public, de régulation du secteur, ou de nationalisation d'entreprises. L’évolution de la théorie économique a conduit à la fin du XXe siècle à une modification des actions des pouvoirs publics, et en particulier à des déréglementations et des privatisations, aux États-Unis et au Royaume-Uni à partir des années 1980, dans l’Union européenne à partir des années 1990."

https://fr.wikipedia.org/wiki/Monopole_naturel

samedi 2 juin 2018

Les grandes dates de la retraite en France

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Le parti pris de cet article est de présenter des faits de manière neutre, ce qui, de toute évidence, est une tromperie: il laisse entendre que les différentes réformes ont été mises en place pour des raisons techniques (vieillissement de la population, problèmes de financement...) et bien sûr, aucune mention n'est faite de la responsabilité des traités européens, qui devient écrasante à partir de 1991-92, date de l'entrée en vigueur du traité de Maastricht.   P.G.

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Sommaire

1. Introduction à l'histoire de la retraite en France

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En France, l'apparition du premier système de retraite est celui des marins. Si certaines tentatives de développement d'une assurance-vieillesse ont eu lieu au début du siècle dernier, il faudra attendre 1945 et la création de la Sécurité sociale pour que le système de retraite se développe réellement.

Le régime général des salariés du privé est alors créé. Certaines professions s'organisent également de leur côté et développent leur propre régime de retraite.

Depuis, l'assurance-retraite est devenue une institution obligatoire et encadrée qui a beaucoup évolué au fil des décennies. Découvrez les grandes dates et les réformes qui ont marqué son histoire et devenez incollable sur la retraite en France !

2. Les grandes dates qui ont marqué l'histoire de la retraite en France

    • Avant 1945 : les premiers régimes de retraite

      Le premier régime de retraite, celui des marins, remonte à Louis XIV. Il faudra attendre 1910 pour que l'on s'efforce, sans succès, d'établir en France un régime de retraite pour les plus démunis.

      De 1928 à 1930, de nouvelles impulsions iront dans ce sens, sans résultat non plus. Une décennie plus tard, en 1941, une allocation aux vieux travailleurs salariés est créée. Elle s'inscrit aujourd'hui comme l'ancêtre du minimum vieillesse, qui existe encore actuellement.

      A partir de 1945, plusieurs régimes professionnels commencent à coexister mais de façon disparate. La majorité de la population n'est pas encore réellement couverte face au risque-vieillesse.

    • 1945 : naissance de la Sécurité sociale

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      Les ordonnances d'octobre 1945 créent la Sécurité sociale, dont l'assurance-vieillesse constitue l'une des principales branches (avec la maladie, la famille et les accidents du travail).

      C'est alors la naissance du régime général des retraites, qui s'applique à l'époque à tous les salariés du secteur privé, hors agriculture. Le principe de fonctionnement du régime est de créer un système qui fonctionne par répartition : les cotisations des actifs servent à financer la même année les pensions des retraités.

      A l'époque, l'âge minimum pour percevoir une retraite complète est alors fixé à 65 ans. A la création de ce régime, l'idée était de créer un régime unique pour tous. Cependant, certaines professions et organismes ont préféré conserver leur propre régime : c'est l'origine des régimes spéciaux.

    • 1947 : création de l'Agirc

      L'Association générale des institutions de retraite des cadres (Agirc) est créée en 1947 et suit également un fonctionnement par répartition. Ce régime complémentaire, dédié aux cadres, s'ajoute au régime de base de tous les salariés. La différence est qu'il fonctionne en points.

    • 1949 : création des caisses de retraite des professions indépendantes

      4 ans après la création du régime général des salariés du privé, les professions indépendantes se dotent de leur propre caisse de retraite :

      • La CNAVPL pour les professions libérales,
      • La Cancava pour les artisans,
      • L'Organic pour les commerçants et les industriels
    • 1956 : naissance du minimum vieillesse

      Afin d'assurer un revenu minimal aux personnes n'ayant pas suffisamment cotisé, le minimum vieillesse est créée en 1956. Ce dispositif est réservé aux personnes âgées de plus de 65 ans. Il est financé par l'impôt et géré à l'époque par le Fonds national de solidarité qui deviendra, en 1993, le Fonds de solidarité vieillesse (FSV).

    • 1961 : création de l'Arrco

      L'Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés (Arrco) coordonne désormais la retraite complémentaire pour l'ensemble des salariés, cadres et non-cadres. Les cadres conservent toujours une retraite complémentaire à l'Agirc.

      Comme pour l'Agirc, les pensions Arrco s'ajoutent à la retraite du régime de base et le régime fonctionne en points.

    • 1971 : réforme Boulin

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      Afin de mieux partager les fruits de la croissance des Trente Glorieuses, cette première réforme vise à relever sensiblement le niveau des pensions. Les règles de calcul des retraites du régime général sont modifiées :

      • La retraite complète à taux plein à 65 ans passe de 40 à 50 % du revenu des 10 meilleures années (et non plus des 10 dernières).
      • La durée d'assurance requise pour la pension complète est allongée de 30 à 37,5 ans (120 à 150 trimestres).
    • 1972 : La retraite complémentaire devient obligatoire

      Dès 1972, l'affiliation à un régime de retraite complémentaire (Arrco-Argic) devient obligatoire pour les salariés et anciens salariés de l'agriculture. La retraite obligatoire des salariés a désormais deux volets : la retraite de base et la retraite complémentaire.

    • 1982 : la retraite à 60 ans

      François Mitterrand instaure la retraite à 60 ans, contre 65 ans auparavant, sous réserve d'avoir cotisé 37,5 années. Pour rappel, le taux plein permet, à cette époque, de percevoir 50% des 10 meilleures années de salaire.

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    • 1991 : le livre blanc sur les retraites

      Le Livre blanc sur les retraites, préfacé par le Premier ministre de l'époque Michel Rocard, pose pour la première fois la question des conséquences du vieillissement de la population sur l'équilibre du système de retraite. Plusieurs pistes de réformes sont proposées :

      • allongement de la durée de cotisation,
      • allongement de la durée de référence pour le calcul des pensions (au-delà des 10 meilleures années),
      • indexation des pensions sur les prix,
      • création de mécanismes de retraite supplémentaire par capitalisation.

      Ces propositions ont toutes été mises en oeuvre par la suite et servent toujours de base à la réflexion lors de chaque nouvelle réforme du système des retraites.

    • 1993 : réforme Balladur

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      Cette réforme s'inscrit dans la continuité du « Livre Blanc » de 1991 et prévoit notamment pour les salariés du privé :

      • l'allongement progressif de la durée minimum de cotisation de 37,5 ans à 40 ans (soit 150 à 160 trimestres),
      • le changement du mode de calcul des pensions, dont la période de référence pour le calcul des retraites passe des 10 meilleures années de salaire aux 25 meilleures années,
      • l'indexation des pensions versées aux retraités sur les prix et non plus sur les salaires,
      • la création du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) qui prend en charge l'ensemble des dépenses de solidarité (minimum vieillesse, prise en compte des trimestres de chômage, majoration pour enfants à charge...).
    • 1999 : création du Fonds de réserve des retraites

      Le gouvernement Jospin crée le Fonds de réserve pour les retraites (FRR). Ce fonds d'investissement est destiné à aider le système des retraites à affronter le choc démographique du papy-boom. Il vise à assurer la pérennité du régime par répartition. Il est alimenté par une taxe sur les revenus du patrimoine et des placements, et par des dotations exceptionnelles.

    • 2000 : création du COR

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      Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a pour mission d'assurer le suivi du système des retraites et d'éclairer l'action publique par son expertise et ses propositions. Il est composé d'élus, d'experts, de représentants de l'Etat, des partenaires sociaux et de la société civile.

 

    • 2003 : réforme Fillon

      En 2003, cette réforme prévoit notamment :

      • l'allongement de la durée de cotisation à 41 ans (164 trimestres) en 2012,
      • l'alignement progressif de la durée de cotisation du public sur celle du privé,
      • l'instauration d'un système de surcote pour encourager le report de la date de départ en retraite,
      • la création de nouveaux produits d'épargne retraite par capitalisation (Perp, Perco, PERE),
      • la mise en place de rendez-vous réguliers tous les 4 ans pour décider de l'évolution future du système en fonction de l'accroissement de l'espérance de vie.
      • la création de la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP) qui sera mise en place en 2005.

 

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    • 2007 : réforme des régimes spéciaux

      La plupart des régimes spéciaux s'alignent progressivement sur le régime de la fonction publique :

      • la durée de cotisation est alignée sur celle du public,
      • un mécanisme de surcote / décote est instauré,
      • la période de référence pour le calcul de la pension devient les 6 derniers mois de carrière au lieu du dernier mois,
      • la revalorisation des pensions est indexée sur les prix et non plus sur les salaires.

 

    • 2010 : réforme Woerth

      Une nouvelle réforme est mise en place en 2010 pour 2 raisons :

      • les précédentes réformes n'ont pas permis de résorber le besoin de financement du système des retraites,
      • le déficit s'aggrave en 2010 (32 milliards d'euros) suite à la crise de 2008.

      De plus, la crise a généré de la part des acteurs internationaux [!!] une attente forte en matière de maîtrise des finances publiques. La réforme Woerth de 2010 prévoit donc :

      • l'allongement progressif de la durée d'assurance et un recul de l'âge de départ à 62 ans,
      • le report à 67 ans de l'âge automatique de la retraite à taux plein,
      • des restrictions sur les conditions d'accès au dispositif « carrière longue ».

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      Parallèlement, le COR publie 2 rapports importants début 2010 :

      • en janvier, son 7ème rapport est consacré aux différents scénarios possibles de remise à plat du système de retraites,
      • en avril, le 8ème rapport actualise les projections financières à l'aune des conséquences de la crise économique.

 

  • 2014 : réformes Ayrault et Touraine

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    Les réformes Ayrault et Touraine de 2014 prévoient :

    • l'instauration d'un compte pénibilité à points pour les emplois difficiles, permettant de partir plus tôt à la retraite,
    • un nouvel allongement progressif de la durée d'assurance,
    • l'abaissement de la valeur d'un trimestre à 150 fois le smic horaire brut,
    • de nouvelles possibilités de rachat de trimestres,
    • la fin de l'ouverture de nouveaux droits à la retraite issus des cotisations versées dans le cadre d'un cumul emploi-retraite.

https://www.la-retraite-en-clair.fr/cid3191514/les-grandes-dates-retraite-france.html

AFFICHE KESSLER

vendredi 1 juin 2018

Les populistes s'installent au pouvoir en Italie

Rome - Le premier gouvernement d'alliance entre un jeune mouvement antisystème et un parti d'extrême droite doit prêter serment vendredi après-midi à Rome, sous la direction de Giuseppe Conte, un juriste complètement novice en politique qui a promis une politique anti-austérité et sécuritaire.

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Après près de trois mois de tractations et de rebondissements inédits même pour un pays rompu aux crises politiques, le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite) ont trouvé un compromis avec le président Sergio Mattarella, qui exigeait des garanties sur le maintien de l'Italie dans la zone euro. 

Le président avait opposé un veto spectaculaire à une première liste dimanche soir. Mais jeudi soir, il a signé avec un soulagement visible une liste amendée de ministres qui doivent prêter serment à 16h00 (14h00 GMT) et demander la confiance du Parlement en début de semaine prochaine. 

C'est donc M. Conte, un professeur de droit et avocat de 53 ans totalement inconnu quand il a été choisi il y a 15 jours par le M5S et la Ligue, qui sera assis à côté de M. Mattarella samedi pour la parade militaire de la fête nationale

Et lui qui assurait encore son cours à l'université de Florence jeudi matin représentera l'Italie la semaine prochaine au sommet du G7 au Canada.

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Au premier rang pendant la campagne et encore plus pendant les mois de tractations, Luigi Di Maio, chef de file du M5S, et Matteo Salvini, patron de la Ligue, sont désormais vice-Premiers ministres, le premier chargé du Développement économique et du Travail, et le second de l'Intérieur. 

- Equilibre entre les alliés - 

Le très sensible ministère de l'Economie et des Finances revient à Giovanni Tria, un professeur d'économie politique proche des idées de la Ligue en matière fiscale mais favorable au maintien de l'Italie dans l'euro. 

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Au départ pressenti pour ce poste, Paolo Savona, l'économiste de 81 ans qui considère l'euro comme "une prison allemande", devient ministre des Affaires européennes. 

Il sera flanqué du très européen Enzo Moavero Milanesi, qui a travaillé pendant 20 ans à Bruxelles et a été ministre des Affaires européennes de Mario Monti et d'Enrico Letta (2011-2014), qui devient ministre des Affaires étrangères. 

Au final, une équipe resserrée de 18 ministres, dont seulement cinq femmes, qui place quasiment à égalité les deux alliés, même si la Ligue n'a obtenu que 17% des voix aux élections législatives du 4 mars, contre plus de 32% pour le M5S. 

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La réaction des marchés financiers, qui se sont montrés fébriles ces dernières semaines avec en particulier une envolée du "spread", l'écart entre les taux d'emprunt allemand et italien à 10 ans, est très attendue [ce] vendredi. 

Les investisseurs jugent le programme des deux alliés dangereux pour les comptes publics italiens, mais beaucoup redoutaient encore plus un éventuel retour aux urnes dans les prochains mois. 

- "Approche culturelle différente" - 

"Nous allons travailler avec intensité pour réaliser les objectifs politiques que nous avons annoncés dans le contrat de gouvernement. Nous travaillerons avec détermination, pour améliorer la qualité de vie de tous les Italiens", a promis M. Conte jeudi soir après avoir présenté son équipe. 

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Ce "contrat de gouvernement", négocié pendant 10 jours et dévoilé il y a deux semaines, tourne résolument le dos à l'austérité et aux "diktats" de Bruxelles, et parie sur une politique de croissance économique pour réduire la colossale dette publique italienne.  

Il promet un abaissement de l'âge de la retraite, des baisses d'impôts draconiennes -- cheval de bataille de la Ligue -- et l'instauration d'un "revenu de citoyenneté" de 780 euros par mois -- promesse phare du M5S. 

Synthèse de deux philosophies politiques, il présente aussi bien la rhétorique du M5S sur l'environnement, les nouvelles technologies ou la moralisation de la vie publique que le tour de vis sécuritaire, anti-immigrés et anti-islam de la Ligue, alliée en Europe du Front national français. 

"Sans promettre de miracle, je peux dire que j'aimerais bien qu'après les premiers mois de ce gouvernement du changement, on ait un pays avec un peu moins d'impôts et un peu plus de sécurité, un peu plus d'emploi et un peu moins de clandestins", a lancé M. Salvini jeudi soir devant ses partisans, confirmant le ton de sa campagne. 

Il a promis "une approche culturelle légèrement différente", avec par exemple "un bon coup de ciseaux" dans les fonds destinés à l'accueil des demandeurs d'asile. 

https://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/les-populistes-s-installent-au-pouvoir-en-italie_2013375.html

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Ce coup de théâtre à l'italienne permet d'éviter une crise institutionnelle, ce qui tombe bien à la veille d'une fête nationale qui risquait de mal tourner, mais il y aura forcément un jeu de dupes au bout du compte: le" bras de fer" prévisible avec Bruxelles (tout en restant dans la zone euro et l'Ue) peut difficilement aboutir à un compromis. Le nouveau gouvernement devra tôt ou tard se soumettre ou se démettre. L'expérience en cours sera riche d'enseignements sur les réalités de "l'autre Europe" souhaitée par certains...   P.G.

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jeudi 31 mai 2018

Le conflit entre le Président italien et le gouvernement : une répétition du conflit Mac Mahon – Gambetta ?

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

TL SAPIR MAC MAHON GAMBETTA

Depuis le vendredi 25 mai se développe un conflit constitutionnel et une polémique politique particulièrement vive en Italie opposant le Président, M. Mattarella aux deux dirigeants des partis sortis vainqueurs des élections (MM Luca Di Maio et Matteo Salvini) et au Premier-ministre désigné, M. Conte. L’objet de cette polémique est le droit que s’arroge le Président de la République de refuser d’entériner la nomination de Paolo Savona au poste de Ministre des Finances. Le conflit porte sur l’interprétation des pouvoirs du Président. Il n’est pas sans rappeler celui qui opposa, en France et en 1877, le Président de la République, le Maréchal Mac Mahon, connu pour ses idées monarchistes, aux républicains emmenés par Gambetta, Simon et Grévy, qui étaient majoritaires à la Chambre des Députés. Ce qui se joue donc ici est à la fois le respect de la démocratie, le respect du principe de légitimité lié à la souveraineté populaire, mais aussi l’avenir de l’Italie.

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L’opposition du Président Mattarella à la nomination de M. Savona.

Premier-ministre désigné, M. Conte a formé son gouvernement, appuyé par les deux partis majoritaires au Parlement Italien, le M5S et la Lega. Il a nommé M. Paolo Savona, un ancien Ministre de l’industrie, un ancien dirigeant de la Cofindustria (le MEDEF italien), mais surtout une personnalité connue pour ses positions très largement eurosceptiques et anti-Euro[1]. Le Président a immédiatement refusé de valider ce choix, provoquant la crise politique[2]. Le Premier-ministre désigné et les dirigeants des partis de majorité semblent vouloir faire de la nomination de M. Savona un « casus belli ».

Le Président italien s’appuie sur son rôle de garant des traités internationaux pour refuser de contresigner la nomination de M. Savona[3]. Mais, en a-t-il le droit ? Il est bien précisé, dans l’article 92 de la Constitution, qu’il nomme les Ministres sur proposition du Premier-ministre[4]. Le Président Mattarella fut un grand juriste. Il fut à l’origine du changement du mode de scrutin adopté en 1993, un mode de scrutin qui fut aboli par une nouvelle loi de 2005[5]. Pourtant il devrait se souvenir de ce qu’écrivait Costantino Mortati, l’un des rédacteurs de la Constitution italienne : « La proposition des ministres faite par le Premier ministre désigné doit être considérée comme strictement contraignante pour le chef de l’Etat »[6]. Le refus de contresigner une nomination ne pourrait se justifier que dans le cas de condamnations criminelles ou de conflits d’intérêt par trop évident.

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Il est donc clair, concernant M. Savona, que ce n’est pas cela que le Président Mattarella a en tête. Il faut alors se souvenir des déclarations de Jean-Claude Juncker lors de l’élection grecque de janvier 2015[7]. Il faut encore se souvenir de cette citation de Monsieur Jean-Claude Juncker: « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Cette révélatrice déclaration date de l’élection grecque du 25 janvier 2015.

On voit ici que le Président Mattarella fait écho à cette déclaration, assez odieuse, de Jean-Claude Juncker. Il interprète ses fonctions comme devant garantir l’éternité d’un traité face à la volonté des électeurs. Ce faisant, il ne s’oppose pas seulement à la souveraineté populaire, qui s’est exprimée lors du vote du 4 mars 2018 ; il s’oppose aussi à la souveraineté nationale, dont la souveraineté populaire est un mode d’exercice, en s’opposant de fait à la volonté du Premier-ministre désigné au nom du respect d’un traité.

On le voit bien, il y a un comportement général des dirigeants de l’UE, mais aussi des dirigeants « européistes » (voire « euroïnomanes » comme le disent les collègues italiens), qui appelle une réaction d’ensemble parce que ce comportement conteste cette liberté qu’est la souveraineté[8].

Se soumettre ou se démettre ?

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Le Président Mattarella a-t-il ouvert une crise constitutionnelle en Italie ? On peut imaginer diverses issues à la crise actuelle. Tout d’abord, le Premier-ministre peut retirer son choix et en présenter un autre. Mais, s’il le fait, il prend acte de la supériorité des traités européens sur sa propre action et sa légitimité sera réduite à néant. Par ailleurs, la Lega s’est largement engagée dans le soutien à M. Savona. Il est peu probable qu’elle accepte cette solution, et elle brisera alors l’alliance avec le M5S. Cela devrait conduire à de nouvelles élections. Ensuite, le Président peut finalement accepter de contresigner cette nomination, tout en émettant des réserves de principes et en se présentant comme le garant des traités. Ce serait la solution la plus sage. Mais, elle impliquerait un recul public de M. Mattarella, qui affaiblirait son autorité. Enfin, on peut rester dans le conflit, et, à ce moment là, c’est la personne de Mattarella qui concentrera les critiques.

De ce point de vue, la situation en Italie n’est pas sans rappeler celle que connut la France en 1877 quand le Président Mac Mahon demanda la démission du républicain Jules Simon et nomma à sa place le monarchiste Albert de Broglie, alors que les républicains étaient majoritaires à la Chambre des Députés. De Broglie n’obtint pas majorité, et Mac Mahon prononça la dissolution de la Chambre[9]. Ces élections se tinrent dans un climat de crise constitutionnelle dont il faut retenir le discours de Léon Gambetta le 15 août à Lille : « Je devais plus particulièrement le dire ici, dans ce département qui, parmi les autres, tient la tête dans les questions d’affaires et de politique. Je devais le dire ici pour vous mettre en garde contre certains bruits qui ont été répandus et dont on alimente la basse presse, à savoir que si le suffrage universel dans sa souveraineté, je ne dirai pas dans la liberté de ses votes, puisqu’on fera tout pour restreindre cette liberté, mais dans sa volonté plénière, renomme une majorité républicaine, on n’en tiendra aucun compte.

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Ah! tenez, Messieurs, on a beau dire ces choses ou plutôt les donner à entendre, avec l’espoir de ranimer par là le courage défaillant de ses auxiliaires et de remporter ainsi la victoire : ce sont là de ces choses qu’on ne dit que lorsqu’on va à la bataille; mais, quand on en revient et que le destin a prononcé, c’est différent ! Que dis-je, le destin ? Quand la seule autorité devant laquelle il faut que tous s’inclinent aura prononcé, ne croyez pas que personne soit de taille à lui tenir tête. Ne croyez pas que quand ces millions de Français, paysans, ouvriers, bourgeois, électeurs de la libre terre française, auront fait leur choix, et précisément dans les termes où la question est posée ; ne croyez pas que quand ils auront indiqué leur préférence et fait connaître leur volonté, ne croyez pas que lorsque tant de millions de Français auront parlé, il y ait personne, à quelque degré de l’échelle politique ou administrative qu’il soit placé, qui puisse résister.

Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre.[10] »

C’est, naturellement, la phrase finale de ce discours que l’histoire a retenue : « se soumettre ou se démettre ».

Une crise fondatrice ?

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Tel pourrait bien être le sort du Président Mattarella. On sait que Mac Mahon se soumit d’abord, puis se démit, en 1879. Cette crise constitutionnelle fut fondatrice, en France, pour l’interprétation des lois constitutionnelles de la Troisième République. Si une crise analogue devait survenir en Italie, elle aurait – aussi – un élément fondateur pour la souveraineté de l’Italie face aux institutions européennes.

On le voit, souveraineté populaire et souveraineté nationale sont indissolublement liées. Cela, Gambetta l’avait compris. L’absence, pour l’instant, de réaction publique des forces de gauche en France, et de la France Insoumise en particulier, semble montrer que les héritiers moraux de Léon Gambetta dans notre pays n’ont pas compris les leçons de ce dernier.

[1] Voir http://www.lalibre.be/actu/international/paolo-savona-candidat-pour-l-economie-en-italie-qui-pense-que-l-euro-est-une-cage-allemande-5b0706c85532858b924f106b et http://www.ilgiornale.it/news/politica/guida-pratica-uscire-dalleuro-ecco-piano-anti-ue-savona-1532739.html

[2] Voir la note rédigée par Maxime Izoulet à l’adresse : https://monnaieprix.hypotheses.org/428

[3] Voir art. 87 de la Constitution, https://it.wikisource.org/wiki/Italia,_Repubblica_-_Costituzione

[4] « Il Governo della Repubblica è composto del Presidente del Consiglio e dei ministri, che costituiscono insieme il Consiglio dei ministri.

Il Presidente della Repubblica nomina il Presidente del Consiglio dei ministri e, su proposta di questo, i ministri. » in https://it.wikisource.org/wiki/Italia,_Repubblica_-_Costituzione

[5] La « Loi Mattarella ».

[6] Mortati C., Istituzioni di diritto pubblico, Cedam Casa Editrice dott. Antonio Milani, Padova, 1952, cité dans l’édition de 1975, p. 568

[7] Jean-Jacques Mevel in Le Figaro, le 29 janvier 2015, Jean-Claude Juncker : « la Grèce doit respecter l’Europe ». http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/28/01003-20150128ARTFIG00490-jean-claude-juncker-la-grece-doit-respecter-l-europe.php Ses déclarations sont largement reprises dans l’hebdomadaire Politis, consultable en ligne : http://www.politis.fr/Juncker-dit-non-a-la-Grece-et,29890.html

[8] Evans-Pritchards A., « European ‘alliance of national liberation fronts’ emerges to avenge Greek defeat », The Telegraph, 29 juillet 2015, http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11768134/European-allince-of-national-liberation-fronts-emerges-to-avenge-Greek-defeat.html

[9] Morabito M., Histoire constitutionnelle de la France (1789-1958), éd. Montchrestien, Paris, 2004, 8 édition. Muel L., Gouvernements, ministères et constitutions de la France de 1789 à 1895, éd. Guillaumin et C , Paris,1893. Mayeur J-M, La vie politique sous la Troisième République, éd. du Seuil 1984.

[10] http://www.savoiretculture.com/discours-gambetta-il-faudra-se-soumettre-ou-se-demettre/

Commentaire recommandé

l’aieul // 28.05.2018 à 00h28

Je serais Mr. Mattarella je sortirais pas de la présidence sans une armée et je ne dormirais que d’un œil.
Ni l’extrême-droite, ni l’extrême-gauche italienne n’ont de problème à exercer la violence réelle face à la violence politique, alors l’alliance des deux…
L’idée que M. Savona, professeur, banquier, économiste et statisticien, haut fonctionnaire de la banque centrale italienne, ancien ministre de l’industrie, quelqu’un qui a probablement dirigé plus de banques, plus de comités techniques macro-économiques (y compris pour les traités européens) et siégé à plus de conseils d’administration (y compris au comité directeur de la réserve fédérale américaine) que quiconque en Italie, ne soit pas compétent comme ministre de l’économie est une injure insupportable, qui flirte avec la trahison.
C’est quelqu’un qui est à 200% du système, la ligue et le M5S ne peuvent pas trouver quelqu’un qui soit plus l’homme du compromis pour les élites.
Parce que la seule faute de M. Savona, c’est d’être honnête et de reconnaître l’évidence: l’Euro est en train de tuer l’économie Italienne.

Et ça c’est du lèse-majesté.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-conflit-entre-le-president-italien-et-le-gouvernement-une-repetition-du-conflit-mac-mahon-gambetta-par-jacques-sapir/

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Ce texte est sorti, comme vous l'aurez constaté, juste avant la démission du Président du Conseil, et l'on se doute que le nouveau gouvernement dit "technique" de M. Cottarelli (ce qui, en novlangue bruxelloise, signifie gouvernement docile, comme celui de Macron/Philippe) devrait se retrouver en minorité au Parlement, ce qui incitera le Président de la République à convoquer de nouvelles élections. Nous sommes donc bien dans une situation de même type que celle qui opposa le Maréchal Mac Mahon au gouvernement républicain. Evidemment, comparaison n'est pas raison et certains seront tentés, peut- être en partie à juste titre, de souligner que les idéaux de la coalition italienne sont fort éloignés de ceux du gouvernement de l'époque. Mais cette réserve là est d'ordre idéologique, elle ne tient pas en droit. Il s'agit bien ici d'une question de souveraineté nationale et populaire, de légitimité et de démocratie.   P.G.

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