mardi 17 juillet 2018

CGT : l'illusion mortelle d'une issue européenne à la crise actuelle

TRIBUNE LIBRE / Publié le 4 juillet 2018 par FSC (Front syndical de Classe)

TL FSC LUTTES UE

le communiqué de la cgt :

GUERRE COMMERCIALE  Indistinctement les salariés en sont les premières victimes

jeudi 28 juin 2018

Sortie de l’accord sur le nucléaire iranien, taxes sur l’acier et l’aluminium, la politique de Trump oblige à s’interroger sur les conséquences de décisions et sur la capacité de la France et de l’Europe à développer une politique industrielle. Les seuls perdants d’une guerre économique seraient les travailleurs de tous les pays.

Il est nécessaire d’agir pour impulser la construction d’une réponse, en France et en Europe, qui parte de la satisfaction des besoins des populations et de la prise en compte des défis environnementaux. C’est le seul chemin pour bâtir la paix ici et ailleurs.
La mise en compétition des pays, la mise en concurrence des travailleurs font que la politique industrielle européenne est inexistante. C’est encore plus vrai pour la France dont l’obsession à offrir aux actionnaires des dividendes toujours plus élevés a conduit à des sous-investissements massifs dans l’appareil productif, la recherche, la formation, les qualifications, les salaires. Cela rend notre système productif encore plus sensible aux politiques des autres pays en la matière avec des répercussions directes sur l’emploi.
L’arme de justice extraterritoriale américaine a déjà servi à liquider certains de nos fleurons industriels. Le scandale d’Alstom et de la vente de la branche énergie à Général Electric revient sur le devant de l’actualité avec le piétinement par Général Electric de son engagement à créer 1000 emplois en France.
Nous sommes dans un affrontement qui dépasse les enjeux commerciaux à court terme.
Pour résister, il est nécessaire d’avoir une véritable politique industrielle pour notre pays et que la France joue son rôle pour impulser la construction d’une politique industrielle européenne qui fait cruellement défaut.

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Pour la CGT, le moment est venu d’une mise à plat des questions fondamentales :

clarification de la logique des échanges. Multilatéralisme maîtrisé. Ni , ni fermeture des frontières ;

remise en ordre du système monétaire international et fin du privilège du dollar. Mobilisation de la création monétaire en euro au service d’un nouveau développement ;

élaboration d’une politique industrielle européenne et nationale ouverte aux coopérations mutuellement avantageuses ;

prise en compte des intérêts sociaux et climatiques dans les échanges.

Mesures en faveur des pays les moins développés ;

fin du privilège juridique d’extraterritorialité de la législation américaine.

AUTRE EUROPE 3

Loin d’un repli, la mise en place de mécanismes de coopération ainsi que de filtres aux frontières de l’Europe pour « avantager » les produits correspondants à des normes sociales, environnementales, fiscales dignes de ce siècle et la vérité des prix pour favoriser les produits issus d’une économie réellement circulaire avec des circuits courts constitueraient une ébauche de réponse.
 Au final, il s’agit d’impulser une autre construction européenne, sociale, solidaire et démocratique avec l’intervention des citoyens, des travailleurs, pour peser dans le sens de l’intérêt des peuples.

Montreuil, le 28 juin 2018


 

Le récent communiqué de la direction confédérale à propos des décisions de Trump sur la sortie de l’accord nucléaire iranien et de ses conséquences  pose de sérieuses questions.

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Les conséquences de cette sortie de l’accord sont évidemment extrêmement néfastes ET sur le plan de la paix et de l’équilibre mondial ET sur le plan économique.

Mais qu’attendre de l’Union européenne ?

Que dans leur réponse ses dirigeants partent “de la satisfaction des besoins des populations et de la prise en compte des défis environnementaux“?

Qu’ils impulsent ” une autre construction européenne, sociale, solidaire et démocratique avec l’intervention des citoyens, des travailleurs, pour peser dans le sens de l’intérêt des peuples” ?

Allons donc !

Laisser croire que cela puisse advenir c’est entretenir des illusions mortelles dans le monde du travail!

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C’est oublier qu’à la fois la politique macronienne, celle de l’oligarchie en France et celle de l’Union européenne depuis sa fondation est structurée sur la mise en concurrence des travailleurs et des peuples, sur le organisé pour peser sur les salaires, les dépenses sociales, les dépenses publiques.

Et sur la guerre économique mondiale qui traverse aussi les puissances occidentales par ailleurs coalisées contre les puissances émergentes qui contestent leurs prétentions unilatérales!

La crise d’hégémonie états-unienne accentuant considérablement la pression US sur ses vassaux et alliés!

Le bradage d’Alstom sous chantage extra-territorrial à General Electric avec la bénédiction de Macron alors ministre de l’économie de Hollande, le retrait actuel d’Iran de PSA, de Total, d’Accor … montrent à l’évidence, derrière les protestations sur le comportement erratique et imprévisible de Trump, que les classes dirigeantes européennes et françaises se comportent en vassales du grand suzerain atlantique et que pour des raisons de classe elles ne l’affronteront pas!

En tout cas pas sur le terrain de la politique sociale!

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Simplement elles utilisent la conjoncture inédite actuelle pour pousser les feux vers une Europe fédérale, une Europe de la défense consacrant d’énormes moyens en dépenses militaires au détriment par conséquent des dépenses utiles aux populations.

La politique réactionnaire macronienne de remise en cause systématique de TOUS les conquis de la Libération est donc totalement intégrée à sa politique européenne!

Et c’est au nom de sa capacité à “réformer” la France qu’il se présente au niveau européen en champion d’une Europe régénérée!

Dans la situation actuelle, partir “de la satisfaction des besoins des populations et de la prise en compte des défis environnementaux” ne peut résulter que des  luttes autonomes des travailleurs sur leurs propres objectifs sociaux, en les liant à la bataille pour une alternative politique authentiquement au service des travailleurs et par conséquent en dénonçant et en combattant les choix et les orientations du pouvoir français comme de l’Union européenne au service exclusif de l’oligarchie!

La nécessaire remise en cause des privilèges du dollar, des prétentions extra-territoriales des États-Unis, la nécessaire mobilisation monétaire pour l’investissement, une véritable politique industrielle, la prise en compte des intérêts sociaux et environnementaux … ne résulteront pas d’une impossible réorientation européenne que ses institutions et ses traités verrouillés ne permettent pas et que ses classes dirigeantes accrochées à leurs privilèges ne laisseront pas faire, l’exemple grec en atteste, MAIS résulteront donc d’un rassemblement populaire lucide sur les enjeux à la construction duquel le mouvement syndical et la CGT en particulier doivent contribuer!

https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/cgt-lillusion-mortelle-dune-issue-europeenne-a-la-crise-actuelle/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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La bataille pour dénoncer l'imposture de "l'autre Europe" se mène aussi sur le terrain social et syndical, et c'est une excellente nouvelle!   P.G.

AFFICHE UE CODE DU TRAVAIL OLIGARCHIE

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mercredi 11 juillet 2018

Crise au Royaume-Uni : après ​le ministre du Brexit David Davis, Boris Johnson démissionne

Après le ministre du Brexit David Davis la veille, c'était autour de Boris Johnson de démissionner ce lundi 9 juillet.

ACT DAVIS DEMISSION

Un double camouflet de taille pour la Première ministre Theresa May, deux jours après l'adoption par son gouvernement d'un plan pour un "Brexit doux" qui doit encore être confirmé par le Parlement britannique.

Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a annoncé sa démission dans l'après-midi de ce lundi 9 juillet. Flamboyante figure du camp du "Leave" , l'ancien maire de Londres avait rejoint le gouvernement de Theresa May après le référendum de 2016 ayant entériné le Brexit. Ce week-end, il avait comparé le fait de défendre le plan de "Brexit doux" proposé par Theresa May à "cirer une merde". Son départ fait suite à celui du "ministre du Brexit" David Davis, parti du gouvernement dans la soirée de dimanche.

Theresa May pensait peut-être arriver enfin au bout de ses peines quand elle a annoncé, vendredi, qu'elle était parvenue à rassembler son gouvernement derrière un "Brexit doux", qui assurerait le maintien d'une relation commerciale étroite avec l'Union européenne. Deux jours plus tard, la démission ce dimanche 8 juillet de son ministre chargé de mener la négociation à Bruxelles compromet fortement les plans de la Première ministre et replonge le Royaume-Uni dans la crise.

Le jeu de chaises musicales a commencé : le démissionnaire a été remplacé ce lundi par le conservateur Dominic Raab, jusqu'ici secrétaire d'Etat au Logement, a annoncé le 10 Downing Street. Cet eurosceptique, ancien membre de la campagne pro-Brexit, fait partie de la jeune génération montante du parti de Theresa May.

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David Davis, était le "Monsieur Brexit" du gouvernement depuis le référendum de juin 2016. Dans sa lettre de démission, il dénonce la voie de négociation imposée par Theresa May. Selon lui, les "règles communes" avec l'UE, adoptées par le gouvernement réuni en séminaire vendredi, "laissent le contrôle de larges parts de (leur) économie à l'Union européenne". Il déplore que ce "Brexit doux" ne permette pas de respecter la volonté de rupture avec Bruxelles que les Britanniques ont exprimée à travers leur vote et qu'il encourage l'UE à faire "de nouvelles demandes en vue de concessions" de la part du Royaume-Uni. Dans cette configuration, le contrôle du parlement britannique, qui ne s'est pas encore prononcé sur le plan proposé par le gouvernement May, est selon lui "illusoire". "Au mieux, nous serons dans une position de faiblesse pour négocier" avec l'UE, assure-t-il. Or, explique-t-il : "L'intérêt national exige un ministre du Brexit qui croie fermement en votre approche, pas seulement un conscrit réticent".

Risque de démissions en série

Cette démission a été suivie par celle d'un de ses adjoints en charge de la sortie du pays de l'Union européenne, Steve Baker, mais surtout par celui ce lundi d'un autre mastodonte du gouvernement, Boris Johnson, également adepte d'une ligne dure sur le Brexit. Dans les jours à venir, Theresa May va donc non seulement devoir nommer des remplaçants, mais aussi convaincre ces nouveaux venus d'adhérer à son plan.

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La situation est d'autant plus à risque pour la Première ministre que David Davis, maintenant hors du gouvernement, pourrait fédérer derrière lui une large partie des eurosceptiques du pays. Même s'il a assuré refuser cette position de leadership, beaucoup le voient devenir le fer de lance de plusieurs élus conservateurs critiquant le "Brexit doux". "Bravo", a ainsi salué Nigel Farage, ancien patron du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP). "Pour que le Brexit réussisse, nous devons nous débarrasser de cette horrible et duplice Première ministre".

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De nombreux députés Tories ont également annoncé ces derniers jours qu'ils retiraient leur soutien à Theresa May, souhaitant la remplacer par un défenseur d'une sortie beaucoup plus dure de l'Union européenne. Interrogées dans les médias ce lundi sur la crise politique provoquée par le départ de David Davis, plusieurs figures du mouvement conservateur britannique ont ainsi émis le souhait de la voir remplacée. Mais David Davis lui-même, questionné par la BBC, a estimé qu'elle devait rester en poste : "Je l'apprécie, a-t-il expliqué. C'est une bonne Première ministre". La locataire de Downing Street pourrait pourtant devoir gérer une motion de défiance dans les jours à venir.

https://www.marianne.net/monde/crise-au-royaume-uni-apres-le-ministre-du-brexit-david-davis-boris-johnson-demissionne?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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En matière d'UE, la trahison n'est jamais loin dans les milieux politiques, comme les Français l'ont appris à leurs dépens en 2008 (mise en oeuvre du Traité de Lisbonne), et les "faux nez" de l'opposition aux traités européens ne manquent pas, ceux qui font semblant d'être contre tout en oeuvrant pour le contraire.  A titre d'énième illustration, voir cette vidéo qui vient de sortir:

MELANCHON ELKRIEF BFM

Melenchon refuse clairement de sortir de l UE et de l euro dans son plan B

https://www.youtube.com/watch?v=_TgOqrW7c8w

Mélanchon récidive en réaffirmant que le "plan B" n'est en aucun cas une sortie possible de l'Union européenne!

P.G.

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lundi 18 juin 2018

Défense : la France s’offre corps et âme à l’Europe [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, Paris veut accélérer les coopérations et la consolidation européenne dans le domaine de la défense. Mais la plupart des pays européens n’hésitent pas à acheter américain ou profitent du volontarisme européen de la France pour renforcer leurs industries. L'Europe de la défense sera l'un des thèmes du Paris Air Forum qui se tiendra le 21 juin au Toit de la Grande Arche de La Défense à Paris.

ACT PARLY DEFENSE

L'objectif est clair. La France, qui a décidé de jouer la carte de l'Europe de la défense, a un grand dessein pour le Vieux-Continent. La future loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 "prend ce parti et mise résolument sur l'Europe de la défense", avait annoncé en février dernier à l'Assemblée nationale la ministre des Armées, Florence Parly. Sous l'impulsion d'Emmanuel Macron depuis son arrivée à l'Élysée, la France a donc pris l'initiative de développer une politique volontariste de coopération européenne et internationale. Et Paris veut encore accélérer dans le cadre de la LPM. "Nous avons de nombreux projets de coopération européenne dans le domaine de la défense et la coopération franco-allemande est un axe prioritaire", avait précisé la ministre. Des coopérations de préférence équilibrée. Ainsi, le nombre de programmes en coopération avec des pays européens devra être augmenté de 36 % par rapport à la précédente LPM.

La recherche systématique de coopérations européennes

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"Nous avons de nombreux programmes nouveaux à lancer pour moderniser nos équipements, avait expliqué en février de son côté aux députés le délégué général pour l'armement, Joël Barre. Nous rechercherons systématiquement, pour leur réalisation, une coopération européenne : parce que cela répond à une orientation politique, parce que c'est une nécessité économique, parce que cela facilite l'interopérabilité de nos forces en opération et parce que c'est un moyen de soutenir la consolidation industrielle à l'échelle de l'Europe".

Sont notamment concernés le programme de drone MALE européen (avec l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie), les futurs programmes de missiles FMAN et FMC (avec le Royaume-Uni), les travaux nécessaires au remplacement du char Leclerc (MGCS avec l'Allemagne), avions de patrouille maritime PATMAR futur (avec l'Allemagne), le programme SLAMF (avec le Royaume-Uni), le SCAF-Avion-NG ou la surveillance de l'espace exo-atmosphérique (avec l'Allemagne). Des pistes de coopération sont par ailleurs en cours d'exploration pour le programme de pétrolier ravitailleur FLOTLOG avec l'Italie et pour le programme de missile MAST-F avec l'Allemagne.

Les Européens veulent-il vraiment l'Europe de la défense ?

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Pourquoi un tel objectif ? "Nos alliés et nos voisins européens en particulier, qui sont confrontés aux mêmes menaces et aux mêmes dangers que nous, devraient pouvoir s'unir autour de ces projets rassembleurs et ainsi faire naître une autonomie stratégique européenne", avait expliqué Florence Parly. En conséquence, avait-elle précisé, "notre autonomie stratégique (...) doit contribuer à faire émerger une autonomie stratégique européenne".  Encore faut-il faire converger les besoins opérationnels des armées. Ce qui n'est pas une mince affaire, y compris entre la France, dont les armées font la guerre, et l'Allemagne, dont les soldats restent pour le moment en soutien. C'est d'ailleurs pour cela que Florence Parly a plaidé lundi lors l'inauguration du salon de l'armement terrestre Eurosatory pour "une grammaire des équipements".

"Il ne faut pas se contenter de bâtir des industries communes, il faut créer une grammaire des équipements, a-t-elle expliqué à Eurosatory. Nous ne pouvons nous contenter de dire qu'il faut des interventions communes, le répéter à l'envi, et continuer à avoir des équipements qui ne fonctionnent pas ensemble, qui ne se parlent pas, qui ne communiquent pas. Nos armements doivent se comprendre".

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L'intention de la France est louable et généreuse mais les Européens veulent-ils vraiment une vraie Europe de la défense ? Ainsi, en novembre dernier, la Suède a été capable en une semaine de choisir le système de défense anti-aérien américain Patriot (Raytheon) au détriment d'un système européen (franco-italien) beaucoup moins cher, puis de s'engager dans une coopération militaire renforcée entre pays européens (Coopération structurée permanente). Incroyable cynisme de la Suède. Or c'est loin d'être un cas isolé. Les ex-pays de l'est (Pologne, Roumanie....), achètent à tour de bras du "Made in USA". Sans oublier tous les pays européens qui ont acheté le F-35 (Danemark, Pays-Bas, Norvège, Italie, Grande-Bretagne), l'un des programme les plus coûteux de l'histoire de l'armement (près de 400 milliards de dollars), ou qui le veulent (Belgique, Finlande).

Même l'Allemagne hésite de temps en temps entre des matériels internationaux et européens à l'image de l'armement du Tigre. Berlin semble aujourd'hui préférer le missile israélien Spike au détriment d'un missile franco-allemand proposé et développé par MBDA (MAST-F). Ce qui oblige la France à proposer toujours plus de contreparties pour emporter l'adhésion de ses partenaires européens. Beaucoup trop ? Est-ce que sera également le cas lors du rapprochement entre Naval Group et Fincantieri ?

Arrogance, quelle arrogance?

 

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Les coopérations européennes se font-elles au détriment des intérêts industriels français ? "L'objectif, dans ces coopérations industrielles, n'est évidemment pas de nous affaiblir", avait assuré Florence Parly. Mais la France, qui a investi depuis plus de 50 ans dans son outil de défense (opérationnel, technologique, industriel), a souvent été en avance par rapport à ses partenaires européens (spatial, aviation de combat, électronique). Une avance industrielle et technologique trop souvent perçue par ses alliés comme de l'arrogance - la fameuse arrogance française que les Européens assènent pour masquer leurs insuffisances. A l'exception de Londres, qui coopère régulièrement d'égal à égal avec Paris. C'est le cas à travers MBDA. Et ça marche même si la France a beaucoup moins investi dans la filière missile ces dix dernières années que la Grande-Bretagne.

L'Allemagne a très bien su tirer parti ces dernières années des initiatives françaises, en arrachant aux industriels tricolores des compétences et des savoir-faire, notamment dans le domaine spatial, pour les relocaliser sur le sol allemand (OHB), comme le regrette un grand industriel interrogé par La Tribune. La coopération et la consolidation européennes ne sont "pas simples, mais nous avançons dans cette voie", avait d'ailleurs reconnu à l'Assemblée nationale, Joël Barre.

Des industries trop morcelées?

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Pour justifier de telles coopérations et la consolidation du secteur, la France estime, à l'image de Florence Parly, que les "industries de défense nationale sont souvent trop petites par rapport à leurs grands compétiteurs mondiaux. Il y a donc un besoin urgent de consolidation à une échelle européenne". Une antienne rabâchée depuis les années 90. Lundi à Eurosatory, Florence Parly a une nouvelle fois rappelé "le morcellement du paysage industriel européen" qui est "un frein à notre développement. Il empêche les industries d'atteindre des tailles critiques, de pouvoir peser pleinement face à des concurrents américains et asiatiques toujours plus forts".

"Je ne vois aucun panache à tenter de survivre seul, quand nous pouvons réussir ensemble. Unir nos forces, c'est remporter des marchés, faire les meilleurs équipements au meilleur prix", a-t-elle estimé.

Faut-il toutefois rappeler que Dassault Aviation, Naval Group, Thales, MBDA, voire Nexter n'ont pas eu besoin de l'effet de taille pour devenir avec l'aide d'un Etat stratège des leaders technologiques dans le domaine de la défense et maîtriser sans apport étranger des programmes aussi complexes que les sous-marins SNLE, SNA, le Rafale, le char Leclerc, les satellites d'observation et de télécoms militaires ou encore le radar de surveillance de l'espace Graves (ONERA)... Faut-il également noter qu'Airbus et Thales sont tout de même dans le top 10 des plus grands groupes de défense mondiaux, selon le classement 2017 du magazine américain DefenseNews. Naval Group pointe lui à la 23e place. Loin, très loin devant Fincantieri (54e). Ce qui a changé, c'est la situation financière et budgétaire française qui ne permet plus de lancer en solo des grands programmes sur l'ensemble du spectre. C'est là, la principale faiblesse de la France...

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/defense-la-france-s-offre-corps-et-ame-a-l-europe-781419.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180612

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Pour ce qui est des coopérations avec le Royaume Uni, il faudra epliquer à Macron et ses complices que l'alibi de la défense européenne a du plomb dans l'aile, à moins qu'il ait des informations que nous n'avons pas sur la fin éventuelle du Brexit...

Pour le reste, de plus en plus de journalistes comprennent, comme on le voit dans cet article,  que les arguments économiques ne tiennent pas, en témoignent les réusites antérieures de la France, ou les décisions stratégiques industrielles des "européens", et que de surcroît la plupart des "européens" se fichent pas mal des plans sur la comète de notre Jupiter. Quant aux Allemands, ils doivent bien rigoler de pouvoir se gaver face à ces idéologues incapables de défendre leurs intérêts nationaux et industriels! Pour reprendre la conclusion de l'article, la principale faiblesse de la France, ce n'est pas sa situation financière, c'est la trahison de ses dirigeants et de ses élites.   P.G.

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mardi 29 mai 2018

13 ans : le référendum volé de 2005 ou le passé qui ne passe pas

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Publication d'un article de Coralie Deleaume paru en 2015, qui bien sûr reste d'actualité, surtout quand on observe ce qu'il se passe en Italie...   P.G.

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(...) J'espère qu'on me pardonnera cet accès de feignasserie mais je me contente de reproduire pour l'occasion un morceau du chapitre six de Europe, les Etats désunis. Joyeux anniversaire à tous les démocrates ! 
***
 
 
Le « référendum volé » de 2005 ou le passé qui ne passe pas

 

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Le pessimisme hexagonal est partagé, on le sait, par d'autres peuples d'Europe. En France, il existe toutefois une circonstance aggravante. Elle relève de ces événements qui, si on parvient à les mettre entre parenthèses suffisamment longtemps pour les croire oubliés, finissent par se rappeler à notre souvenir faute d'avoir été jamais digérés. Le « référendum volé » de 2005 relatif au projet de traité constitutionnel européen est assurément de cet ordre. Il appartient à ce passé qui ne passe pas car il n'est ni du registre de l'erreur, ni du registre de l'échec, mais de celui de la tromperie. En choisissant d'ignorer le choix fait par le peuple le 29 mai 2005, les dirigeants français ont tout révélé de cette Europe-là. D'abord qu'elle était l'antithèse-même de la démocratie. Ensuite que cela leur convenait et qu'ils étaient décidés à consentir à tout dans le but de préserver cet objet désincarné.
Les Français n'ont pourtant été ni les seuls ni les premiers faire l'amère expérience que leur voix comptait désormais pour presque rien dans l'inexorable déploiement de l'a-démocratie européenne. D'autres peuples se sont vus rabroués par leurs propres mandataires au motif que, décidément, ils n'y comprenaient rien. Le tout généralement enveloppé dans le discours infantilisant d'usage : si les électeurs votent de travers c'est parce que le sujet est « trop compliqué » et qu'on n'a pas suffisamment mis l’accent sur « la pédagogie ». A la bêtise fondamentale de citoyens peu avertis, mieux vaudrait donc opposer la compétence et l'acuité lucide des élites « éclairées », les seules, d'ailleurs, à bénéficier d'une véritable « expérience européenne ». Dormez, braves gens, ou zonez devant des talk-shows. On s'occupe à votre place de concevoir votre Bien.

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Chez certains de nos voisins, on a au moins tenté de préserver les apparences. On y a rappelé aux urnes les « mal-votant », comme on appelle les pécheurs à confesse. A grand peine parfois. En Irlande, par exemple, il a fallu pas moins de quatre votes pour avaliser deux traités. Celui de Nice, d'abord, avait été rejeté par 54 % des électeurs irlandais en juin 2001 avant d'être accepté un an et demi plus tard, à l'occasion d'un second vote. Celui de Lisbonne, ensuite, a également nécessité deux votes. Le premier, en 2008, ayant concentré plus de 53 % de « non », on revota, très favorablement cette fois (67%), en 2009.

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A l'encontre des récalcitrants de 2005, on fut moins scrupuleux. Aux Pays-Bas, on n'osa pas plus qu'en France redonner la parole à des électeurs a priori peu enclins à en faire bon usage. Les Néerlandais subirent à peu près le même traitement que les Français. On s'en souvient, eux aussi avaient vivement rejeté le projet de traité en 2005. A la question « Etes-vous pour ou contre l'approbation par les Pays-Bas du traité établissant une Constitution pour l'Europe ? », plus de 61 % des électeurs avaient répondu par la négative. En 2008, c'est donc au Parlement du pays, bien plus docile, qu'il fut demandé de ratifier Lisbonne.
 
 
Un tweet de Nicolas Sarkozy
Lisbonne : la copie, ou presque, du projet de traité constitutionnel. Un jumeau auquel il ne manque que quelques grains de beauté discrets pour être un clone parfait. Grosso modo, on s'est contenté de gommer le mot « Constitution » pour le remplacer par « traité » et par ôter les éléments à caractère symbolique qui visaient à simuler la création d'un pseudo-Etat. Comme l'hymne, par exemple, ou le drapeau étoilé, ce qui n'empêche nullement ce dernier de flotter partout, puisqu'il est l'emblème des Communautés européennes depuis 1985. Comble de la mièvrerie, la devise « unis dans la diversité » fut évacuée également. La voilà donc à nouveau disponible pour servir de slogan à une future publicité pour les vêtements Benetton. Enfin, le personnage qui devait porter le titre de « Ministre des affaires étrangères » écope de celui de « Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères », avec le succès que l'on sait : il n'y a pas plus erratique - plus inexistant, même - que la diplomatie européenne.
 

TRAITE DE LISBONNE 1

Outre cela, le contenu est le même. Il est simplement éclaté dans les traités préexistants qu'il amende, de sorte que l'Union est désormais régie par deux textes : le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), c'est à dire le traité de Rome modifié, et le traité sur l'Union européenne (TUE), soit Maastricht adapté. Une simple réorganisation, donc, mais pas une réécriture. Un juriste, Jean-Luc Sauron, auteur d'un livre intitulé Comprendre le traité de Lisbonne1 expliquait d'ailleurs la chose très simplement. Interrogé sur la question de savoir s'il existait une différence entre le projet constitutionnel et le nouveau traité, il répondait : « Faut-il en chercher une ? Le TCE a été ratifié par une majorité d’États membres représentant 56 % de la population européenne. Pouvait-on, dans ces conditions, gommer ce texte ? »2. C'est vrai, ça ! On avait suffisamment travaillé sur ce projet en 2005, on n'allait tout de même pas, au motif de deux référendums négatifs et France et aux Pays-Bas, s'amuser à tout reprendre. L’Europe, c'est du sérieux ! Elle n'a pas que ça à faire ! Quant à ceux qui réclamaient que le nouveau texte soit à son tour soumis à référendum, le juriste leur répondait : « le référendum, c’est la négation du destin commun. Ce n’est pas Lisbonne que refusent les tenants du référendum, c’est une plaisanterie. Ils refusent l’Union européenne comme elle est, le monde comme il est, le marché comme il fonctionne ». Et refuser le marché comme il fonctionne, ça, vraiment, c’est impardonnable...

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Il n'était pas dans les usages de la droite sarkozyste de refuser le marché tel qu'il fonctionne. Le traité de Lisbonne, proposé à la ratification du Parlement, n'avait certainement pas cette ambition. Durant la campagne présidentielle de 2007, la candidate socialiste, elle, avait appelé de ses vœux un texte plus « social ». Surtout, Ségolène Royal avait suggéré que ce nouveau texte soit soumis, comme son prédécesseur de 2005, à un nouveau référendum. Il était en effet de bon aloi de considérer à gauche qu'un traité rejeté par le peuple devait être représenté au peuple même s’il avait changé de contenu. C'est en tout cas ce que défendra longuement le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, dans un fort beau discours prononcé dans l’hémicycle le 6 février 2008. Il y expliquera notamment combien lui semble mortifère la substitution, pour la première fois dans l'histoire de la République, du Parlement au peuple à la suite d'un échec référendaire. Combien l'Europe, parce qu'elle lui est chère, lui semble mériter une appropriation populaire et combien il lui paraît urgent de l'extirper du giron des spécialistes pour la confier aux soins des citoyens.
 
Au moment de voter la révision constitutionnelle préalable à la ratification de Lisbonne, la gauche française, pourtant, reniera sa parole. Au sein du Parlement réuni en Congrès, 142 députés et sénateurs socialistes s'abstiendront. Pis, plus d'une trentaine d'entre eux votera favorablement. C'est cela, ce consentement muet de certains, cette complicité explicite de quelques autres, qui permettra à Nicolas Sarkozy d'obtenir la majorité des trois cinquièmes nécessaire à la ratification du texte – le même texte – rejeté trois ans plus tôt.
Pourquoi est-il utile de revenir sur cet événement aujourd'hui vieux de plusieurs années et qui fut largement commenté en son temps ? Simplement parce qu'il s'agit d'un séisme antidémocratique qui connaît aujourd'hui des répliques. Parce que cette maladie du politique qui consiste à ne jouer la comédie d'une démocratie strictement procédurale que pour mieux vider de sa substance la démocratie réelle, produit aujourd'hui des symptômes.
« L'épisode Lisbonne », qui a consisté, pour la première fois, à transformer les représentants du peuple en censeurs de celui-ci était appelé à avoir des répercussions de long terme. Il a révélé un large consensus dans la classe politique, non plus seulement pour fabriquer une Europe techno-libérale mais également pour transformer les Assemblées en instances de reformulation d'une parole populaire dont on admettait clairement, désormais, qu'on la trouvait impropre. On est au-delà de l’œcuménisme pro-européen décrit supra3. Ici, le consensus ne se fait plus sur la physionomie et sur l’orientation que l’on souhaite donner à l’Union européenne. Il se fait sur les moyens qu'on est prêt à employer pour parvenir à poursuivre l’intégration. Ces moyens sont lourds puisqu'ils consistent à transformer le statut-même du Parlement. Celui-ci cesse d'être le lieu privilégié d'expression de la volonté populaire, pour devenir, purement et simplement, le lieu de son invalidation.

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A cet égard, « l'épisode TSCG » n'est que la toute petite réplique d'un séisme antérieur. Le retournement de point de vue d'un seul et même homme, François Hollande, en l'espace de quelques semaines et l’enterrement rapide d’une promesse de campagne paraît presque véniel. Le candidat Hollande avait assuré, lors de la campagne présidentielle de 2012, qu'il renégocierait, sitôt élu, le « traité Merkozy » hérité de son prédécesseur. Il n’avait pas dû lui échapper que le TSCG et sa règle d’or constituaient des dispositions supplémentaires en faveur d’une austérité dont on peine toujours à comprendre que la gauche puisse s’en accommoder. Le président Hollande a choisi de répudier son engagement et d’opter, à la place, pour un colifichet - la négociation d'un « Pacte de croissance » dont on n'a plus, depuis, aucune nouvelle -. Ce faisant, il a confirmé une chose à laquelle, cette fois-ci, beaucoup le monde s'attendait : il n'existe, concernant ce qu'il est convenu d'appeler « la réorientation de l'Europe », pas l'ombre d'un projet véritable. Surtout, il n’existe pas l'ombre d'une volonté solide.
1 Jean-Luc Sauron, Comprendre le traité de Lisbonne, Gualino éditeur, décembre 2007.
2 Jean-Luc Sauron, « le traité de Lisbonne est un simple aménagement du règlement intérieur de l’Union », interview publié sur le blog Coulisses de Bruxelles, 25 février 2008.
3 Va falloir acheter le livre !    
Ce qui est bien c'est que les choses ont changé depuis.... ;-)

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samedi 12 mai 2018

Festival de Cannes : Emmanuel Macron joue son propre rôle dans un film de Daniel Cohn-Bendit

La Traversée sera présentée hors compétition lors du Festival de Cannes. Particularité de ce film réalisé par les deux anciens leaders de la contestation en mai 68, Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit : le chef de l'Etat figure au casting.

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Daniel Cohn-Bendit, ancien leader étudiant de Mai 68 et désormais soutien d'Emmanuel Macron, présente au Festival de Cannes un film qu'il a coréalisé avec une autre figure de la contestation étudiante à l'époque, Romain Goupil. Particularité de ce «road movie sociétal» : le président de la République y joue son propre rôle.

Le film, intitulé La Traversée, présente les pérégrinations de Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil à travers la France, à la rencontre de ses habitants. L'un d'entre eux se trouve être le chef de l'Etat. Dans une séquence de sept minutes, Emmanuel Macron se livre à une discussion «totalement improvisée» avec les deux protagonistes. 

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La scène a été tournée en octobre 2017 dans un café de Francfort, en Allemagne. Les deux réalisateurs sont filmés en train de débattre de l'opportunité d'aller rencontrer le président à l'Elysée pour leur film. Un mouvement de caméra dévoile alors la présence, entre les deux hommes, du président de la République, qui attend que ceux-ci aient fini de se décider. Emmanuel Macron propose alors d'organiser cette rencontre dans un café. Une mise en abîme vertigineuse que Daniel Cohn-Bendit n'hésite pas à qualifier de «scène culte».

La Traversée sera présentée en séance spéciale et hors compétition. Il sera en outre diffusé sur France 5 le 21 mai prochain à 20h50.

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https://francais.rt.com/france/50565-festival-cannes-emmanuel-macron-joue-propre-role-film-daniel-cohn-bendit

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Mai 68 : Gauchisme infantile et imposteurs joufflus

TRIBUNE LIBRE / Source : Vu du droit, Régis de Castelnau

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Pour le contemporain, ce que l’on appellera plus tard « les événements de 68 » ont véritablement commencé le vendredi 3 mai dans l’après-midi. J’en ai le souvenir très précis, puisque ce jour-là en début d’après-midi, je passais à la piscine Pontoise dans le Ve arrondissement de Paris, l’épreuve de natation du baccalauréat prévu pour le mois de juin. Pour me retrouver en sortant dans le quartier de la Sorbonne où commençait l’émeute. J’ai toujours eu l’impression de me rappeler les deux mois qui ont suivi heure par heure. Impression en partie illusoire, car les souvenirs sont sélectifs, et l’on retient surtout ce qui a fait sens, même si celui-ci est bien souvent apparu après. Chacun sait qu’il est plus facile de raconter l’Histoire quand on connaît la fin. C’est probablement pour cela que me sont pénibles les cérémonies du 50e anniversaire qui pour partie continuent à véhiculer un mensonge et à promouvoir les imposteurs.

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1968, ce fut l’année terrible dont le mai français ne fut qu’un épisode, et dont la nostalgie ne doit pas exagérer l’importance. Rappelons qu’elle avait commencé par l’incroyable événement de « l’offensive du Têt », ou les Bô-Doïs nord-vietnamiens et Viêt-congs, rassemblés en une armée régulière avaient fait trembler la première puissance du monde. Et démontré que celle-ci ne pouvait que perdre la guerre. Il y avait eu « le Printemps de Prague » avec un parti communiste voulant instaurer « un socialisme à visage humain ». Les luttes contre la guerre du Vietnam et pour les droits civiques des Noirs qui secouaient les États-Unis, ponctuées par de violentes et récurrentes émeutes et les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy. Les révoltes de la jeunesse en Allemagne et en Italie qui déboucheront au contraire de la France sur un terrorisme mortifère. Le massacre de « la place des trois cultures » au Mexique juste avant les JO marqués par la contestation des athlètes noirs américains. L’intervention soviétique pour mettre fin à l’expérience Tchèque au mois d’août, et pour terminer en beauté, l’envoi pour la première fois d’un vaisseau habité vers la Lune. Finalement, au regard de ce contexte, la dimension proprement hexagonale du mai français saute aux yeux, même si ses conséquences politiques et culturelles n’ont pas été négligeables pour notre pays.

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Pour en revenir à ma propre expérience, j’ai retenu le caractère étonnant de la première semaine qui suivra l’explosion du vendredi 3 mai et se terminera le 10 avec les affrontements de la rue Gay-Lussac. Un gigantesque et violent monôme, au sein duquel le marais des étudiants et lycéens avait rejoint les groupuscules gauchistes. Le tout au son de l’internationale (!). De retour d’Afghanistan, Georges Pompidou conscient que c’était les fils de bourgeois qui se faisaient matraquer, se rendit à la télévision pour capituler devant les revendications étudiantes. C’est là qu’à mon sens se situe la grande bifurcation entre le mai étudiant qualifié à juste titre par Michel Clouscard de « 14 juillet des couches moyennes » et le « Mai ouvrier » proprement dit. La classe ouvrière au sein de laquelle, quoi qu’on en dise aujourd’hui, le PCF et la CGT étaient hégémoniques, se mit en mouvement pour profiter de la faiblesse ponctuelle du pouvoir. Elle organise une grève générale aussi massive que stupéfiante. Malgré toutes les incantations gauchistes, il n’y aura jamais de convergence entre les ouvriers et les étudiants, les grilles des usines leur resteront fermées.

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La petite bourgeoisie va patauger pendant quelques semaines. Ses représentants politiques, de François Mitterrand à Pierre Mendès France en passant par Edmond Maire organisant conférences de presse absurdes et meetings hétéroclites vont manœuvrer et finasser pour tenter de restaurer ce parlementarisme propice aux arrangements dont ils raffolaient. En tenant soigneusement à l’écart les ouvriers et leurs organisations. Ils vont se ridiculiser. Lassés, les étudiants quitteront les facultés occupées et rentreront chez eux pour vaguement préparer les examens et surtout organiser les vacances d’été. Les gauchistes les plus obtus, rejoints parfois par un lumpen violent, poursuivront encore quelque temps leurs délires infantiles.

Charles de Gaulle avait rappelé le 30 mai quel était le rapport de force, les choses se sont donc remises en place avec la chambre introuvable de la fin du mois de juin. Le mouvement ouvrier, quant à lui, sachant qu’il ne devait rien attendre des phraseurs et ne pouvait compter que sur lui-même, entendit profiter de ce qu’il avait gagné et ne pas s’exposer à l’affaiblissement de ses forces politiques et syndicales. Le résultat de Jacques Duclos à la présidentielle de 1969 fut de ce point de vue une démonstration. Je fus personnellement impressionné par cette force et cette intelligence politiques et c’est ce constat qui a déterminé mes choix pour la suite. Qui se déduisent de ce que rien ne peut se faire sans les couches populaires, c’est-à-dire essentiellement les ouvriers et désormais les salariés d’exécution des services. Et qu’il n’y a rien à attendre, aujourd’hui comme hier, de ce gauchisme infantile, et de ces petits-bourgeois phraseurs et inconséquents.

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Je les ai tous connus, les Cohn-Bendit, les Goupil, les Glucksmann, les Kessler, les Kouchner, les Geismar, les July, les Plenel, et tant d’autres (1). Je les ai tous entendus ceux qui plastronnent aujourd’hui, petits valets du néolibéralisme, néoconservateurs militants, soutiens indéfectibles de la piraterie américaine au Moyen-Orient. Ayant fait pour certains, de leur vilain métier un apanage héréditaire. Qu’on ne vienne pas me dire qu’ils ont changé, ils ont toujours été comme ça, du côté du manche, pratiquant le diptyque rodé : provocation puis trahison. Le pire étant qu’ils sont tous devenus va-t-en-guerre et réclament régulièrement à grands cris le bombardement et le massacre de populations civiles. Beaucoup de photos de manifestations de 68 ressortent actuellement et j’invite à procéder à un petit jeu amusant. Essayer de reconnaître parmi ceux qui criaient le plus fort, qui encensaient la révolution culturelle, et vous donnaient des leçons de marxisme-léninisme toute la sainte journée, ceux qui ont accompli ensuite les trajectoires les plus goulues.

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Alors aujourd’hui, pendant ce conflit des cheminots qui se battent pour le service public de tous, ce combat des employés de Carrefour qui relèvent la tête, quand j’entends ces appels à la « convergence », quand je vois ces petits-bourgeois fragiles et pleurnicheurs, en appeler à la police qu’ils vilipendent par ailleurs, lorsqu’ils aperçoivent le front bas d’un identitaire, j’ai vraiment du mal. Quand j’entends leurs discours débiles, leurs revendications et leurs slogans ineptes, les mêmes que ceux leurs aînés, cela ne me rajeunit pas, mais je suis contraint de constater que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il n’y a rien à attendre de ces gens-là, parce que je sais bien qu’on les retrouvera dans quelques années aux places occupées par tous les imposteurs joufflus qu’on nous ressort des tiroirs pour le 50eanniversaire.

L’opportunisme politique petit-bourgeois serait-il génétique ?

(1) À la notable et respectable exception d’Alain Krivine. Qui n’aura servi à rien mais sera resté fidèle.

Source : Vu du droit, Régis de Castelnau

https://www.les-crises.fr/mai-68-gauchisme-infantile-et-imposteurs-joufflus-par-regis-de-castelnau/

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vendredi 11 mai 2018

Diplomatie : pour Macron, "l’heure est aux actes"

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Les convictions ultra européistes de ce diplomate dans l'entretien qui suit nous montrent à quel point la crise morale et patriotique de la France est profonde après des décennies de "construction européenne", jusqu'aux plus hauts sommets de l'Etat.  P.G.

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[Un an de présidence Macron] Le candidat Macron avait promis de repenser en profondeur la diplomatie – notamment économique – de la France afin de revitaliser sa réputation et son influence sur la scène internationale. Le président est-il en passe de réussir son pari, au-delà des effets d’image ? Claude Martin, ancien ambassadeur en Chine et en Allemagne, brosse un tableau contrasté, et attend du chef de l’État qu’il passe des paroles aux actes.

LA TRIBUNE - Les promesses de campagne d'Emmanuel Macron avaient créé l'espérance d'une action singulière sur le front diplomatique, en premier lieu pour restaurer une légitimité délitée sur l'échiquier international. Un an plus tard, a-t-il réussi ? Quels faits saillants peut-on mettre au crédit et au débit de la politique et des actes du nouveau président de la République ?

CLAUDE MARTIN - Emmanuel Macron a hérité d'une France peu visible et peu audible, affaiblie ces dix dernières années par sa situation économique - manque de compétitivité, instabilité politique et sociale -, par une vision erratique de sa politique à l'extérieur, par la santé vacillante de l'Europe. Ce contexte leste une autre réalité, elle, invariable : mener une action d'envergure est nettement plus difficile sur la scène internationale que sur le plan domestique. En politique étrangère, il faut faire preuve non seulement d'imagination et de volontarisme, mais aussi de clairvoyance, de compétence, de connaissance du terrain, et définir une stratégie. En la matière, il est encore trop tôt pour saisir les intentions et les dispositions du président de la République. Les premiers signes - discours à la Sorbonne et devant l'Acropole démontrant sa détermination européenne ; restauration du dialogue avec la Russie ; prises de position objectives à l'égard des États-Unis - ont été encourageants, car fondés sur le principe, essentiel en diplomatie, du réalisme. Il n'est pas dans le registre de ses deux prédécesseurs qui, en « choisissant » leurs interlocuteurs en fonction de leur degré de « fréquentabilité », ont affaibli l'influence internationale de la France. Dorénavant, l'heure est aux actes, et notamment dans le domaine de l'Europe. La France doit agir comme un guide. C'est véritablement « maintenant » que l'action d'Emmanuel Macron doit s'exprimer et va être jugée.

Vous avez exercé cinquante ans au Quai d'Orsay, et y avez cultivé une grande proximité avec la conception « gaulliste » de la politique internationale de la France. Les premiers pas diplomatiques d'Emmanuel Macron s'en inspirent-ils ?

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Le général de Gaulle l'a parfaitement incarné - et cela demeure une règle immuable - : l'Europe, c'est avant tout et fondamentalement un contrat entre la France et l'Allemagne, mobilisant les autres pays moteurs sur une stratégie axée autour de trois objectifs : une politique d'intégration des économies européennes, une politique de défense de l'identité et des spécificités de l'Europe, enfin une politique d'organisation de l'ensemble européen, dont l'élargissement a affaibli la cohésion. Il faut à l'Europe des politiques communes volontaristes. Une Europe de l'action contre celle de l'abstraction.

L'Europe porte des valeurs qui lui sont propres. Les Européens ont en commun une certaine conception de la démocratie, de l'ordre juridique et de la cohésion sociale, ou de la justice. Ils se distinguent par un attachement commun très fort à la nature, à l'environnement, à un art de vivre, qui se reflète jusque dans leur relation à la nourriture. Dans les négociations extérieures de l'Union, avec le Canada ou avec le Mercosur, certains éléments de cette « identité européenne » sont mis en cause. Faut-il y renoncer, pour nous fondre doucement dans le moule mondialiste ? Ou préserver ce qui fait notre différence, une différence à laquelle les Français et les Allemands notamment restent, dans leur majorité, très attachés ? C'est la question qui nous est posée, et à laquelle Emmanuel Macron doit apporter une réponse.

Que doivent entreprendre Angela Merkel et Emmanuel Macron pour que l'axe franco-allemand exerce pleinement son  rôle ?

Outre-Rhin, la fragile coalition au pouvoir et ce qu'incarne l'impressionnante poussée de l'extrême droite (l'AFD est la troisième formation au Bundestag) peuvent-ils, paradoxalement, le consolider ?

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Cette irruption de l'AFD au parlement allemand traduit une montée des peurs, mais surtout une frustration. Les citoyens de tous les pays craignent de perdre, au sein de l'Europe, leur identité. L'Union doit trouver la réponse appropriée à ces craintes, en permettant aux peuples européens de cultiver à la fois une fierté nationale et une fierté européenne, qui ne peut exister que si l'Union développe des politiques mettant en valeur une « identité européenne ». Identité nationale et identité européenne doivent pouvoir se compléter. Si l'Union ne parvient pas à créer un espace dans lequel les Européens éprouvent un sentiment d'appartenance à une même communauté de destin, c'est dans la seule revendication d'identité nationale que les citoyens chercheront refuge.

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Le « moteur » franco-allemand a très mal fonctionné depuis dix ans, et il faudra sans doute beaucoup plus que des déclarations chaleureuses pour le relancer. La France doit reconquérir toute sa place dans un tandem où elle n'était plus qu'un partenaire secondaire. Le déséquilibre qui n'a cessé de se creuser cette dernière décennie au fur et à mesure que l'économie allemande prenait le dessus sur sa voisine nous a placés dans une position d'infériorité. Les réformes institutionnelles catastrophiques opérées par le traité de Lisbonne et le « grand élargissement » ont fait le reste : dans le jeu européen, la France pèse aujourd'hui bien moins lourd que l'Allemagne, adossée aux petits pays européens du Nord. Il faut revenir à la parité entre Paris et Berlin, et reconstituer - notamment en rétablissant une relation de confiance avec l'Italie - un équilibre Nord-Sud sans lequel l'Union se brisera tôt ou tard. On ne pourra le faire sans tensions avec l'Allemagne, et le président français devra, pour replacer notre pays au cœur du dispositif européen, aller si nécessaire jusqu'à la crise. Y est-il préparé ? Les mois qui viennent permettront de mesurer sa détermination.

Partout en Europe progressent des mouvements eurosceptiques voire europhobes. Ils ont obtenu la sécession en Grande-Bretagne, sont au pouvoir en Autriche, en Pologne, en Hongrie, possiblement en Italie, constituent respectivement les deuxième et troisième forces politiques en France et en Allemagne. La pensée politique « européenne » d'Emmanuel Macron semble singulièrement isolée...

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La construction européenne a été imaginée en deux phases principales : celle d'abord de l'union économique, celle ensuite, à partir de 1973, d'une ouverture à des compétences nouvelles, notamment dans le domaine de la politique étrangère et de la défense. L'union économique peut se construire entre pays ayant, sur le plan politique intérieur, des sensibilités et des pratiques différentes, sous couvert d'un attachement de principe commun à la démocratie. L'union politique et diplomatique suppose un degré beaucoup plus élevé de convergence sur les « valeurs » et sur le fonctionnement concret du système constitutionnel des pays participants. On peut faire une union économique avec beaucoup de partenaires, mais une union politique ne peut s'envisager qu'avec peu de partenaires. L'erreur du traité de Maastricht a été de vouloir réunir les deux démarches dans une seule construction et de rassembler dans une seule maison des partenaires qui ne voulaient pas, selon les sujets, la même chose. L'élargissement aux pays de l'Est a encore aggravé la situation. On a admis au sein de l'Union, dans la précipitation, pour des raisons « morales », des pays qui n'étaient pas prêts à réaliser l'union économique telle que nous l'entendions, et qui étaient encore moins prêts à accepter les valeurs communes nécessaires à la construction de l'union politique. Il existe deux Europe, séparées par les différences d'histoires et de cultures politiques. Ce qui n'est pas pour arranger la vision et l'action européennes d'Emmanuel Macron.

Vous êtes un grand spécialiste de la diplomatie économique. Son passé professionnel, son ADN, sa pensée et ses inspirateurs politiques, enfin son passage à Bercy donnent d'Emmanuel Macron l'image d'un président en rupture avec ses prédécesseurs et plutôt pertinent dans ce domaine. La réalité correspond-elle à l'hypothèse ?

Qu'est-ce que la « diplomatie économique » ? Elle fait distinguer clairement le rôle de l'État et celui de l'entreprise. Le rôle de l'État (et donc de la diplomatie) est d'évaluer les intérêts politiques, économiques, culturels du pays dans le monde. Sur cette base, le ministère des Affaires étrangères et les ambassades apportent aux entreprises françaises un éclairage sur les situations et l'environnement des pays où elles ambitionnent d'investir ; mais ensuite, aux actionnaires et au management des entreprises - et à eux seuls - de décider de leur stratégie dans lesdits pays. Il est d'autant plus essentiel de respecter cette discipline qu'aujourd'hui la notion d'« intérêt national » est complexe à délimiter. Ainsi, ce dernier est-il de favoriser Renault, dont une partie des véhicules est fabriquée en Turquie, ou Toyota, qui investit massivement à Valenciennes ? Est-il de tout entreprendre pour aider au développement international de grandes marques « françaises » de luxe, dont les produits sont partiellement fabriqués hors de nos frontières et dont les propriétaires sont souvent installés à l'étranger ? Ce dilemme, entre la défense de l'emploi en France et la défense d'entreprises porteuses d'une image de la France mais ne participant pas à l'effort national, complique la réflexion. Tout concourt à la même conclusion. Plutôt que de se substituer aux entreprises, il faut les laisser agir. Nicolas Sarkozy et François Hollande ont commis l'un et l'autre l'erreur, pendant leurs déplacements en Chine, de bousculer les dirigeants d'entreprise qui les accompagnaient, pour que ceux-ci signent des contrats prématurés ou risqués. Lors de son voyage en Chine début janvier, Emmanuel Macron a heureusement rompu avec ces pratiques, s'abstenant d'interférer dans les négociations menées par les industriels.

Justement, son savoir-faire en matière nucléaire constitue un élément clé de la stratégie diplomatique de la France. Les vicissitudes financières, judiciaires et technologiques d'Orano (ex-Areva) - qui pénalisent l'ensemble de la filière nucléaire française - l'affectent-elles significativement ?

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C'est incontestable. Pourquoi, à l'origine, la Finlande a-t-elle jeté son dévolu sur l'EPR plutôt que sur la technologie russe ? Parce qu'il s'agissait d'un projet franco-allemand. La technologie de l'EPR devait beaucoup aux ingénieurs de KWU, c'est-à-dire de Siemens, fort prisés à Helsinki. Nicolas Sarkozy a tout entrepris pour que Siemens sorte du capital d'Areva, et nous nous sommes retrouvés seuls à porter le projet, face à des Finlandais un peu surpris et certainement amers. Nos divisions internes ont fait le reste. La guerre entre Areva et EDF, notamment sur les projets chinois, s'est développée, et EDF a peu à peu conçu, contre Areva, une stratégie d'alliance avec les partenaires chinois, qu'elle a amenés avec elle sur les projets britanniques. L'éclatement d'Areva, qui a payé les erreurs de gestion d'Anne Lauvergeon, laisse la place libre à une EDF aujourd'hui fortement liée à la Chine. Et en même temps, sur la partie conventionnelle des centrales, Alstom, également démantelé, a cédé ses turbines à General Electric plutôt qu'à Siemens, Une grande ambition européenne s'est évanouie.

Au-delà du nucléaire, comment jugez-vous les premiers pas d'Emmanuel Macron dans cette Chine culturelle, politique, diplomatique que vous connaissez si bien ? La visite qu'il a effectuée en janvier dernier annonce-t-elle un changement profond ou simplement cosmétique des rapports de la France avec Pékin ?

Un simple souvenir. C'était lors du Sommet du G20 à Hangzhou, en 2016. Sur la photo officielle, qui posait aux côtés de Xi Jinping ? Le représentant de la France, qui fut avec éclat le premier grand pays occidental à tendre la main et à sortir la Chine de son isolement ? Non. Le président chinois était entouré d'Angela Merkel, de Recep Tayyip Erdoğan et de Vladimir Poutine. François Hollande étant relégué plus loin. Le président français, m'a-t-on rapporté, en avait été blessé. Voilà la réalité dont hérite Emmanuel Macron. La France vue de Pékin pèse peu. Et elle est seule. Elle n'a pas su établir avec l'Allemagne, l'Italie, la Grande-Bretagne (qui reste, malgré le Brexit, un membre important de notre famille) le « pacte européen » qui nous permettrait de peser, ensemble, dans ce très grand pays.

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Emmanuel Macron peut-il rétablir la situation ? Pour l'heure, sa politique à l'égard de la Chine n'est pas lisible. Le voyage officiel qu'il a effectué en janvier était une prise de contact - généreusement couverte dans la presse française, au contraire de la presse chinoise. Il faudra de la part du nouveau président des paroles fortes, des actes concrets, des initiatives visibles, pour que les Chinois renouent avec la France un vrai dialogue stratégique.

Les propos d'Emmanuel Macron lors de ce premier déplacement laissent toutefois quelques raisons d'espérer : son attitude, donc, sur le dossier nucléaire ; son intention annoncée de mieux contrôler les investissements chinois dans les secteurs stratégiques ; sa prudence sur le projet des « nouvelles routes de la soie » dans lequel il a choisi, malgré les conseils de certains, de ne pas se précipiter, attendant que les modalités de mise en œuvre et les modalités de financement soient mieux connues. Tout cela reflète une lucidité, utile pour dialoguer sereinement avec Pékin.

Le tour de force constitutionnel de Xi Jinping, dorénavant « autorisé » à régner sans limite au-delà de son mandat actuel, peut-il modifier la stratégie diplomatique de la France à l'égard de la Chine et de ses autres partenaires ?

L'objet de la diplomatie est de servir l'intérêt du pays. La France ne peut définir son action extérieure en fonction des évolutions politiques ou constitutionnelles de ses partenaires. Elle doit considérer d'abord l'importance stratégique de chacun des États avec lesquels elle traite, son influence, ses poids économique, démographique, militaire, scientifique, culturel. Le Général de Gaulle s'est fixé cette règle de conduite dans les affaires internationales : la Chine est et restera, quel que soit son régime, un grand partenaire, parmi d'autres, dans un univers multipolaire.

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Or si la France a vu son influence décliner au cours des dernières années, c'est parce qu'elle a cessé de pratiquer ce jeu multipolaire, pour se ranger, comme au temps de la guerre froide, dans « un » camp. En se laissant entraîner dans la douteuse opération de « pacification » en Afghanistan, en réintégrant les structures militaires de l'Otan, en suivant plus souvent que nécessaire les initiatives de Washington, en s'amarrant à des « coalitions occidentales » mal définies, la France a renoncé à faire jouer à l'Europe un rôle spécifique. Et la voici aujourd'hui, en Corée ou ailleurs, enchaînée aux initiatives erratiques du président américain... Le retour à une véritable détente sur la planète passe par la reconstitution d'un monde véritablement multipolaire, dont l'Europe doit être un pilier essentiel. 

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Propos recueillis par Denis Lafay

https://www.latribune.fr/economie/international/diplomatie-pour-macron-l-heure-est-aux-actes-777484.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180507

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mardi 27 mars 2018

Mensonges et amalgames

TRIBUNE LIBRE / PRCF

TL CGT UE

Déclaration du PRCF.   23 mars 2018

La lecture d’un communiqué sur le site confédéral de la a heurté un grand nombre de militants et pas seulement au PRCF.

Si tout le monde comprend et approuve la dénonciation par la CGT des fascistes et de l’ extrême-droite, des racistes et des xénophobes, y compris leur exclusion manu militari des cortèges syndicaux par les S.O. ouvriers, il y a dans ce texte une formule inacceptable et un amalgame hallucinant.

Voici la phrase :

C’est dans ce contexte que du « Front National » aux « Patriotes », en passant par différents mouvements favorables au «  », des organisations identitaires, xénophobes et racistes se travestissent en pseudo-alliés et soutiens des travailleurs en lutte. ”

Comment mêler les fascistes et les organisations (sans aucune précision quand à l’orientation politique de celles-ci !) qui sont favorables au Frexit progressiste, c’est-à-dire antifasciste, patriotique, populaire et internationaliste, en vue de renationaliser les grandes entreprises stratégiques, d’étendre les droits des travailleurs, de développer la démocratie, de défendre la paix, de sortir de l’OTAN et des logiques de guerre, de relancer une véritable coopération internationale libérée de la « concurrence libre et non faussée » imposée par Maastricht ? Et cela la veille d’un mouvement social que nous souhaitons d’ampleur, alors que c’est l’ qui, avec sa directive ferroviaire et ses appels constants à la réduction des dépenses publiques, impose à la fois la privatisation du rail et la réduction de notre fonction publique territoriale, hospitalière et d’État? Mais il est vrai qu’en 2005 le bureau confédéral voulait voter oui à la constitution européenne avant d’être mis en minorité par le CCN de la CGT…

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Cet amalgame est doublement mensonger puisque le FN n’a jamais proposé le Frexit , au mieux l’inconsistante « sortie concertée de l’euro » qui, dans la dernière période, a été carrément abandonnée.

Enlisée dans un européisme vomi par l’immense majorité des travailleurs, effrayée par la montée des idées de Frexit progressiste dans le monde du travail et dans les syndicats de classe, la direction confédérale de la CGT étroitement soumise à la Confédération européenne des syndicats, cette courroie de transmission de Bruxelles, en devient aveugle et sourde, voire insidieusement menaçante à l’égard d’une série de progressistes, voire de syndicalistes CGT hostiles à l’UE.

Qui en est encore favorable à l’ UE ? En tous les cas pas les communistes. Communistes portugais, grecs, italiens, allemand, espagnols, britanniques, tous sont pour sortir de ce carcan mortifère qu’est l’ UE. L’UE et son euro de misère. De plus en plus de forces progressistes s’orientent vers une approche plus lucide et donc de classe de l’ UE.

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Ne reste pour défendre l’ UE et l’euro, que le traître Tsipras, le « progressiste radical » qui est en train d’interdire la grève en Grèce sur sommation explicite de l’UE, et P. Laurent, le secrétaire national de la section hexagonale du PGE, qui accepte d’un cœur léger que le Parti de gauche français quitte le PGE (parce qu’il refuse de siéger à côté de Tsipras) tout en acceptant Syriza, ce parti de briseurs de grève, dans la direction de la « Gauche » européenne…

Après ce que nous avons vu en Grèce, au Portugal, en Italie, en Allemagne, en Grande-Bretagne et ô combien chez nous, comment un syndicat ou un parti politique se réclamant de la gauche peuvent-ils continuer à bêler après “Europe sociale” au moment même où l’État-major du grand capital, à savoir l’ UE, impose ses diktats régressifs et son augmentation des budgets de guerre à tous les peuples européens ? Avec qui la direction de la CGT veut-elle défendre cette UE conçue contre le monde du travail ? Avec Barroso ? Avec Juncker ? Avec Orban ? Avec Merkel ? Avec le gouvernement autrichien à participation néonazie ? Les travailleurs ont déjà dit à toutes les élections ce qu’ils voulaient : sortir de l’ UE. Le Frexit par la porte de gauche, celle de l’indépendance nationale, de la coopération internationale, des renationalisations, de l’antifascisme et de l’antiracisme.

Nous posons d’ailleurs une question à la CGT : va-t-elle exclure à titre posthume Benoît Frachon, Marcel Paul, Georges Séguy, Henri Krazucki, qui ont combattu frontalement, sur des bases de classe anticapitaliste, la « construction » européenne et atlantique du capital en montrant qu’elle était entièrement antinomique de la paix, de la démocratie, de la souveraineté des peuples et du progrès social ?

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Qui ne voit, à part les auteurs de cette déclaration de chasse aux sorcières, que les forces ouvrières et populaires, syndicales et politiques, sont de jour en jour plus nombreuses à appeler, comme le fait le PRCF depuis sa fondation, à briser les chaînes de l’ UE ? Nous ne parlons évidemment pas des bureaucrates dont la survie financière est liée au financement européen. A moins évidemment que le honteux amalgame pré-maccarthyste de la confédération ne repose sur la prise de conscience effrayée que les idées de Frexit progressistes sont appelées à devenir majoritaire dans la classe travailleuse et qu’en conséquence, à défaut de combattre franchement l’euro-directive qui cadre la privatisation macronienne de la SNCF, le bureau confédéral ait avant tout décidé de « sanctuariser » la sacro-sainte « construction européenne », la monnaie unique et ce qui l’accompagne nécessairement : les critères d’austérité de Maastricht.

Bref, en tant que patriotes ET internationalistes, en tant que Résistants antifascistes et/ou fils et filles de Résistants antifascistes, en tant très souvent que MILITANTS SYNDICAUX, y compris pour beaucoup d’entre nous, adhérents de longue date de la CGT ou de la FSU, nous ne nous laisserons pas intimider. Nous avons même conscience de défendre l’honneur de la CGT en demandant qu’on arrête avec des amalgames scandaleux qui, pour défendre la funeste « construction » européenne, en arrivent sournoisement à appeler à la chasse aux sorcières dans les manifs. Toujours la fascisation prend pour prétexte l’exclusion des militants communistes et syndicalistes les plus conséquents, ceux qui ne pactisent pas avec une construction européenne qui menace désormais du dedans les confédérations syndicales.

Nous appelons les autres organisations de gauche favorables au Frexit progressiste à s’exprimer dans le même sens que nous ; virons le FN et ses surgeons philippiens des manifs, mais ne laissons pas criminaliser les tenants du Frexit progressiste.

Nous exigeons des éclaircissements et des excuses sur cet amalgame scandaleux de la direction de la CGT.


LE BUREAU CONFEDERAL CGT DOIT RESPECTER LE VOTE DE LA CGT ET DU PEUPLE ONTRE LE TRAITE CONSTITUTIONNEL EUROPEEN

Sous le titre juste “l’extrême droite n’a pas sa place ni dans les cortèges syndicaux, ni nulle part ailleurs”, le communiqué confédéral CGT du 21 mars 2018 fait un amalgame scandaleux entre d’une part “différents mouvements favorables au ‘frexit'” et d’autre part le “front national”/”les patriotes”/les “organisations identitaires, xénophobes et racistes (qui) se travestissent en pseudo-alliés et soutiens des travailleurs en lutte”. C’EST HONTEUX ET INACCEPTABLE.

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Est-ce ici l’occasion de revanche du Bureau Confédéral contre le vote pour le “frexit” au TCE du CCN de la CGT en 2005 ? Est-ce un gage de soumission de plus à cette antenne institutionnelle de la Commission Européenne et de la Table Ronde des Industriels Européens qu’est la CES ?

Sur quelle décision démocratique de la CGT se fonde cet amalgame entre fascisme pro-européen réel “des front national/patriotes/identitaires” et véritable position progressiste, révolutionnaire de classe pour la sortie de l’euro/UE/OTAN, position défendue par bon nombre de syndicalistes de classe au sein de la CGT ?

Le Bureau confédéral ose-t-il ranger parmi les fascistes le CCN qui a voté le “frexit” au TCE en 2005?

Qu’est ce donc ce soutien non assumé, donc hypocrite, à la construction du bloc impérialiste européen qui saccage par la guerre derrière l’impérialisme US des pays entiers (Irak, Libye, Syrie, etc), voire le continent africain (opération Barkhane sur tout le long du Sahara/Sahel), s’aligne systématiquement sur les crimes sans fin et sans nom du sionisme colonialiste israélien et détruit par les décisions de la commission européenne, caisse de résonance des grandes multinationales capitalistes européennes, tous nos conquis sociaux et démocratiques dans nos différents pays ?

Depuis quand fait-on passer subrepticement à la CGT des positions non débattues par les instances démocratiques ?

Est-ce là un alignement, non dit et non assumé, sur cette officine eurocratique appelée “confrontation” à laquelle certains dirigeants et ex-dirigeants jamais trop éloignés du Bureau Confédéral adhèrent pour faire “partager” au syndicalisme français l’horreur chauvine, raciste du projet fédéral européen comme moyen politique de construire un bloc impérialiste européen à la fois allié et concurrent des prédateurs US contre les peuples ?

Cela ne rappelle-t-il pas la sauvage domination criminelle du capitalisme, né en Europe, et exporté dans le monde à coups de génocide des Amérindiens, de traite des esclaves noirs et de colonialisme ?

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Ne voit-on pas ce que coûte aux travailleurs et aux peuples en Europe la dite construction de l’impérialisme européen : la faillite imposée à la Grèce, les politiques et lois anti-sociales des gouvernements de droite et de gauche qui se sont succédé depuis 1981, la montée électorale des fascistes, etc ?

IL FAUT QUE CESSE CET AMALGAME INFAMANT ENTRE LES FASCISTES ET LES DÉFENSEURS DU DROIT DE SORTIR DE CETTE PRISON DES TRAVAILLEURS ET DES PEUPLES QU’EST L’UNION EUROPÉENNE

Assumez un débat franc et net, au lieu de vous cacher derrière des amalgames perfides, sur l’impérialisme européen en construction et ses dégâts ici et partout ailleurs.

Diagne Roland, membre des CE : CGT Educ’Action Nord, FERC, UL CGT Tourcoing, UD CGT du Nord


Pour ceux qui douteraient de ce qu’est le rôle de l’Union Européenne, au moment où tous les syndicalistes, les cheminots de la CGT sont mobilisés contre la privatisation de la SNCF, la libéralisation du Rail, la suppression du statut, il est important et indispensable de rappeller que la réforme Borne Macron de la SNCF est la traduction de l’obligation de la transcription en droit français d’ici décembre 2018 des directives européennes du 4e paquet ferroviaire. D’où la méthode violente de la réforme par ordonnances pour tenir ce délais et éviter les sanctions de la Commission Européenne. Alors, privatisation de la SNCF et Union Européenne, ou Services Publics par le Frexit progressiste, les travailleurs peuvent faire leur choix !

L’achèvement de l’espace ferroviaire unique européen : le 4e paquet ferroviaire

L’objectif est de renforcer la compétitivité du transport ferroviaire et de faciliter la libre circulation des voyageurs et des services de transports avec l’achèvement de la mise en place de l’espace ferroviaire unique européen.

Le quatrième « paquet ferroviaire » se compose de six textes présentés par la Commission européenne en janvier 2013. Trois textes concernent le volet technique . Les autres textes constituent le « volet politique » en raison des questions de gouvernance et d’ouverture à la concurrence qu’elles traitent.

Le pilier technique a été publié le 26 mai 2016 au Journal officiel de l’Union européenne.

Le pilier politique a été publié le 23 décembre 2016 au Journal officiel de l’Union européenne.

Le pilier politique : ouverture à la concurrence de toute l’activité transport de voyageurs

Cet ensemble de textes législatifs européens orientera les évolutions du système de transport ferroviaire pour les prochaines années, puisqu’il parachève la libéralisation des marchés ferroviaires en prévoyant l’ouverture à la concurrence de l’ensemble des services domestiques de transport ferroviaire de voyageurs et en réformant les règles de gouvernance des groupes ferroviaires et de régulation des marchés ferroviaires.

Le pilier politique traite principalement de deux aspects :

  • la gouvernance des groupes ferroviaires, avec notamment des mesures de sauvegarde de l’indépendance du gestionnaire d’infrastructure plus fortes et de nouveaux pouvoirs donnés au régulateur ;
  • l’ouverture à la concurrence des services de transport domestique de voyageurs, en 2021 au plus tard pour les services commerciaux et fin 2023 au plus tard pour les services conventionnés.

Les dispositions concernant la gouvernance et l’ouverture à la concurrence des services commerciaux doivent être transposées d’ici décembre 2018.

Les dispositions concernant la mise en place d’appels d’offre systématiques pour les contrats de service public, elles, sont directement applicables dès décembre 2023.

Le pilier technique

Ce pilier s’intéresse à l’interopérabilité et à la sécurité ferroviaire, ainsi qu’à l’Agence de l’UE pour les chemins de fer (ancienne Agence ferroviaire européenne) qui devient un acteur clé des dispositifs d’autorisation des matériels roulants et des entreprises ferroviaires.

Il renforce l’harmonisation européenne des procédures d’autorisation portant sur les matériels et sur les opérateurs en confiant dès 2019 de nouvelles missions à l’Agence de l’Union européenne pour les chemins de fer (règlement n°2016/796). Il s’agit notamment de réduire les formalités administratives liées aux procédures d’autorisation et leurs coûts, tout en préservant le haut niveau de sécurité atteint .

L’interopérabilité ferroviaire (directive n02016/797) repose sur la mise en place de procédures d’autorisation des véhicules ferroviaires, la fixation d’exigences essentielles à respecter, qui se traduisent sous la forme de règles détaillées que l’on appelle des « spécifications techniques d’interopérabilité ». L’interopérabilité ferroviaire requiert également de limiter au strict nécessaire l’existence de règles nationales pour des raisons historiques ou liées à la spécificité d’un ou plusieurs réseaux sur un territoire national. Enfin l’interopérabilité ferroviaire est également garantie par des procédures de vérification et d’évaluation de la conformité pour différents sous-systèmes ou constituants d’interopérabilité en déterminant les organismes et les procédures afférents.

La sécurité ferroviaire (directive n°2016/798) repose sur la mise en place de procédures d’autorisation des entreprises ferroviaires et des gestionnaires d’infrastructures, la définition du partage des responsabilités entre les différents acteurs, la mise au point d’objectifs, d’indicateurs et de méthodes dites de « sécurité communes » pour limiter là aussi les règles nationales au strict nécessaire, l’existence d’autorités nationales de sécurité et d’organismes chargés des enquêtes sur les incidents et accidents et la définition de principes communs pour la gestion et la surveillance de la sécurité ferroviaire.

L’Agence ferroviaire européenne, jusqu’ici dotée principalement de missions d’assistance technique pour la Commission européenne, devient l’autorité responsable :

  • de la délivrance des autorisations liées à l’interopérabilité et à la sécurité ferroviaires
  • du système européen gestion du trafic ferroviaire (ERTMS)
  • de la réduction du nombre de règles nationales techniques et/ou de sécurité
  • de la mise en place à terme d’un registre européen des véhicules

https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/mensonges-et-amalgames/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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samedi 24 mars 2018

Hué, insulté, conspué : Olivier Faure et des militants du PS obligés de quitter la manifestation

Venus avec leurs drapeaux, un groupe de militants du Parti socialiste et leur futur premier secrétaire Olivier Faure ont été abondamment sifflés lors de la manifestation des cheminots à Paris.

ACT FAURE MANIF

«Traitres !», «T’étais où l’année dernière ?», et autres «Casse-toi enc*** !» faisaient partie des invectives qui ont accueilli Olivier Faure et un groupe de militants du PS venus à la manifestation des cheminots du 22 mars à Paris. Pendant plusieurs minutes, le nouveau patron du PS et ses sympathisants ont avancé sous les sifflets et les quolibets en longeant les groupes de manifestants, avant de devoir quitter la manifestation.

Parmi les socialistes présents figuraient le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, le coordinateur du PS Rachid Temal, les anciens candidats au poste de premier secrétaire Luc Carvounas et Emmanuel Maurel, et l’ancien député Jean-Marc Germain.

Imperturbable, le président du groupe PS à l’Assemblée a continué de répondre aux questions des médias, ne se montrant pas surpris de cet accueil. «Nous savons d’où nous venons, nous avons fait 6% à l’élection présidentielle, donc personne ne peut imaginer un accueil avec un tapis rouge», a-t-il constaté.

«Ce n’est pas forcément agréable de venir et d’être sifflé. Mais malgré cela [...] nous continuerons à manifester, manif après manif, sur ce sujet-là, parce que nous considérons que notre place est dans ce mouvement-là et que nous avons nous-mêmes à faire entendre un message qui est un message commun avec beaucoup d’autres, même si certains ne le comprennent pas encore aujourd’hui. Mais comme dirait René Char "à nous regarder, ils s’habitueront"», a-t-il poursuivi.

Sur le compte twitter d'Olivier Faure, on ne retrouve aucune mention de ces incidents. Cependant, dans un tweet, le futur dirigeant du PS se veut philosophe : «L'essentiel était de montrer que nous étions là [...]»

Le mouvement social d'envergure autour de la loi travail, dite loi El-Khomri, est encore frais dans les mémoires. Au pouvoir de 2012 à 2017, le PS est vu par beaucoup de militants de gauche et de syndicalistes comme responsable d'un certain nombre de remises en question des acquis sociaux.

Rappelant la proximité idéologique du PS avec l'actuel président de la République, les internautes n'ont pas manqué de republier une déclaration d'Olivier Faure datant du 9 mai 2017, au lendemain de l'élection d'Emmanuel Macron, dans laquelle il affirmait vouloir «la réussite» du président:

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Olivier Faure, qui deviendra officiellement premier secrétaire du PS le 7 avril au cours du Congrès d’Aubervilliers, a fait part de sa volonté d’ouvrir «au lendemain du congrès un chantier sur la question européenne, qui doit nous permettre de retrouver un discours commun et ensemble d’envisager l’échéance européenne».

https://francais.rt.com/france/49082-hue-insulte-conspue-olivier-faure-militants-ps-obliges-quitter-manifestation

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Le PS va sûrement nous refaire le coup de "l'Europe sociale", un thème populaire dans toute la "gauche" qui devrait lui permettre de faire des alliances ...      P.G.

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mercredi 7 mars 2018

Des pions sur l’échiquier : une brève histoire de l’Amérique et des Kurdes

TRIBUNE LIBRE /  Ted Snider, Consortium News, 05-02- 2018

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Les Kurdes se retrouvent pris au milieu d’une lutte de pouvoir entre les États-Unis, la Russie, la Turquie, l’Iran et la Syrie – une situation familière qui fait suite à des décennies de conflits géopolitiques dans leur région, explique Ted Snider.

La seule chose qui ait jamais été fidèle aux Kurdes, c’est l’histoire : elle les a fidèlement, sans exception, trahis. Les Kurdes ont été plongés dans un rôle de pions dans les jeux d’échecs des pays puissants. Ils font une grande partie du dur boulot seulement pour être sacrifiés quand l’échec et mat est en vue.

Carte du Grand Kurdistan.

Plus récemment, les États-Unis ont redécouvert les Kurdes comme pions utiles dans la guerre contre l’État islamique. Mais, bien qu’étant l’une des forces les plus efficaces dans la lutte contre l’État islamique, maintenant que la fin est en vue, les Kurdes risquent à nouveau d’être abandonnés.

Contrairement à la Russie et à l’Iran, les États-Unis n’ont jamais été invités en Syrie. Les États-Unis ont toutefois insisté sur le fait qu’ils n’étaient là que pour sauver la Syrie de l’État islamique. Récemment, cependant, le secrétaire d’État Rex Tillerson a changé la donne américaine. L’Amérique n’a pas l’intention de quitter la Syrie une fois que l’État islamique sera maté, a-t-il dit. Les États-Unis resteront après la fin de la guerre, et ce séjour non sollicité concerne bien plus que le fait de contenir l’État islamique – il concerne le désir de tenir l’Iran à l’écart.

Conformément à l’axe stratégique actuel, qui va de la Syrie à l’Iran et au Hezbollah, le maintien des forces américaines en Syrie semble davantage orienté vers l’expulsion de l’Iran et son allié Bachar al-Assad hors de la Syrie plutôt que maintenir l’État islamique hors de la Syrie.

Mais pour faire échec à l’Ayatollah, l’Amérique doit employer ses pions, et ces pions, encore une fois, sont les Kurdes. La force frontalière de 30 000 soldats que les États-Unis déploieraient pour bloquer l’Iran serait composée principalement de Kurdes. Mais une présence kurde armée à la frontière nord avec la Turquie est une ligne rouge que, depuis longtemps, la Turquie a annoncé comme étant un pas qu’elle ne permettrait pas aux Kurdes de franchir. La décision américaine a donc provoqué la colère de la Turquie contre les Kurdes.

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Alors que la Turquie envahit et bombarde Afrin et les villages environnants, des experts de la région, comme Patrick Cockburn, préviennent que les villages kurdes seront « réduits à des amas de maçonnerie détruite ». Au fur et à mesure que le nombre de morts et de blessés augmente, et que les médecins de la région mettent en garde contre « une aggravation rapide de la situation humanitaire », le haut responsable politique kurde Aldar Khalil a déclaré que les États-Unis “doivent s’acquitter de leurs obligations envers cette force qui a coopéré avec eux”.

« Comment peuvent-ils rester là à regarder ? » a-t-il demandé.

Mais ce n’est pas la première fois que les Kurdes posent cette épineuse question. En mars 1975, les Kurdes désespérés ont supplié la Central Intelligence Agency : « Le sort de notre peuple fait face à un danger sans précédent. La destruction complète plane au-dessus de notre tête. Il n’y a aucune raison pour tout ça. Nous vous appelons, vous et le gouvernement américain, à intervenir selon vos promesses. »

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La promesse à laquelle ils faisaient référence était la promesse des États-Unis de soutenir les Kurdes s’ils fournissaient des troupes pour une action secrète contre Saddam Hussein – en fait s’ils seraient les pions du jeu des grandes puissances.

Dans les années 1970, l’Iran et l’Irak se querellaient à propos d’un certain nombre de litiges frontaliers. Dans l’espoir de garder les Irakiens préoccupés et occupés, le Shah a offert de l’argent et des armes aux Kurdes pour combattre Saddam Hussein. Mais les Kurdes, ne faisant pas confiance au Shah, ont subordonné leur acceptation à la garantie américaine que l’Iran ne détruirait pas la planche de salut du soulèvement kurde.

Selon l’expert iranien Trita Parsi, la CIA et le département d’État se sont prononcés contre cette action secrète en raison de l’inévitable trahison des Kurdes par le Shah. Mais Henry Kissinger a pris une position opposée et, à la suite d’une visite de Kissinger et du président Richard Nixon à Téhéran en 1972, les États-Unis ont promis le soutien des Américains au Shah pour les Kurdes : les Américains se sont engagés à soutenir les Kurdes.

Nixon a signé l’opération secrète le 1er août 1972; Kissinger a pris des dispositions pour cette guerre secrète et la CIA s’en est chargée. Le soutien a pris la forme de 5 millions de dollars et d’armes, mais l’année suivante, Kissinger a soutenu, et Nixon a approuvé, une aide accrue des États-Unis qui pourrait atteindre plus de 20 millions de dollars et plus de 1 250 tonnes d’armes et de munitions.

Mais en 1975, le soulèvement kurde soutenu par les États-Unis était en difficulté. Les États-Unis sont finalement arrivés à la conclusion que les Kurdes ne pouvaient être sauvés que par une intervention militaire iranienne. Le Shah fournissait beaucoup plus d’argent que les Américains, mais il n’était pas prêt à engager ses forces armées. Il a refusé et, au lieu de cela, a commencé à négocier un arrangement frontalier avec Saddam Hussein. Le Shah a reçu un territoire en échange de la fin du soutien aux Kurdes. Selon le journaliste d’investigation Robert Fisk, c’est Kissinger – l’un des garants de la promesse de soutien aux Kurdes – qui a forgé cet accord entre le Shah et Saddam, abandonnant ainsi les Kurdes.

L’aide financière et les armes ont cessé de parvenir aux Kurdes, et Saddam Hussein a massacré peut-être jusqu’à 182 000 Kurdes. Beaucoup d’autres se sont réfugiés en Iran. C’est alors que le premier appel kurde de 1975 a été lancé aux États-Unis. Le leader kurde, le mollah Mustapha Barzani ferait personnellement appel à Kissinger, l’un des auteurs de la garantie américaine, « nous estimons que les États-Unis ont une responsabilité morale et politique envers notre peuple qui s’est engagé envers la politique de votre pays ».

Kissinger n’a jamais répondu, cependant, selon l’expert de la CIA John Prados, son responsable en poste à Téhéran a fait valoir qu’il le devrait et lui a donné des choix. Kissinger a abandonné les Kurdes avec le fameux rappel que « l’action secrète ne doit pas être confondue avec un travail de missionnaire ».

Plusieurs années plus tard, lors de la première guerre du Golfe, les États-Unis ont demandé aux Kurdes de se soulever une deuxième fois contre Saddam Hussein. Cette fois, la demande venait de la CIA. Et, encore une fois, les Kurdes ont été abandonnés par les Américains. Et, encore une fois, des milliers d’entre eux sont morts sous les représailles de Saddam, et des dizaines de milliers d’entre eux ont été contraints de fuir.

Cette trahison des Kurdes fait suite à une longue histoire. Les Kurdes ont d’abord reçu leur propre terre lorsqu’un petit morceau de ce qui avait été la Turquie leur a été donné en 1920. Ils l’ont rapidement perdu en faveur d’Ataturk et des Turcs, et la communauté internationale les a délaissés. Les Kurdes se sont retrouvés dans la position vulnérable dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui, dispersés à travers la Turquie, la Syrie, l’Iran et l’Irak.

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Depuis ces événements jusqu’à la situation actuelle en Syrie, l’Amérique utilise et abandonne ses pions kurdes dans un enchaînement continu. Des documents divulgués révèlent la volonté américaine d’acheter la coopération turque au détriment des intérêts et des vie kurdes.

Une fuite d’un câble de l’ambassade en 2006 a révélé que la secrétaire d’État Condoleezza Rice avait promis au gouvernement de Recep Tayyip Erdogan que « les États-Unis donneraient un nouvel élan aux discussions trilatérales (US-Turquie-Irak) sur la question (kurde) ». Le câble énumère plusieurs « efforts importants que le gouvernement américain entreprend pour améliorer la situation concernant la menace représentée par le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) ». Le câble s’enorgueillit de ce que « le partage de renseignements sensibles sur les activités du PKK en Turquie a permis le succès des opérations COIN (contre-insurrectionnelles). Il comprend également des opérations importantes telles que “les vols de surveillance au-dessus des camps du PKK dans le nord de l’Irak » et « une cellule de fusion des renseignements, qui se réunit chaque semaine à Ankara pour transmettre des informations aux militaires turcs sur les activités du PKK ». En d’autres termes, les États-Unis ont donné à la Turquie des renseignements à utiliser contre les Kurdes.

L’année suivante, en 2007, le président Bush « promettait de fournir à la Turquie des “renseignements exploitables” à utiliser contre le PKK » [Wikileaks CRS-RL34642]. Le même câble dit que les Turcs ont utilisé ce renseignement : « Depuis lors, les forces turques ont lancé des frappes aériennes et terrestres ciblées contre les camps du PKK et d’autres installations situées dans les montagnes du nord de l’Irak ». Il conclut avec cette phrase : « Ils se sont dits satisfaits des résultats. »

Selon John Prados, dès 1948, la CIA avait déclaré que « les tribus de montagne connues sous le nom de Kurdes sont et continueront d’être un facteur d’une certaine importance dans toute évaluation stratégique des événements au Proche-Orient ».

Soixante-dix ans plus tard, les Kurdes sont toujours déçus par la teneur des assurances américaines concernant les mesures prises sur la base de ces évaluations. On ne sait pas comment l’Amérique négociera d’être coincée entre son allié kurde dans la guerre en Syrie et son allié de l’OTAN en Turquie, mais l’histoire ne chuchote pas exactement des garanties à l’oreille des Kurdes.

Source : Ted Snider, Consortium News, 05-02- 2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/des-pions-sur-lechiquier-une-breve-histoire-de-lamerique-et-des-kurdes-par-ted-snider/

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Commentaires relévés sur le site d'Olivier Berruyer:

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« Rex Tillerson a changé la donne américaine. »

Il n’a rien changé, il a plutôt bêtement révélé ce qui avait toujours été prévu.

lire
Rex Tillerson a vendu la mèche

Rex Tillerson tipped the American hand
tip one’s hand, expression argotique, “to reveal a secret, often inadvertently”

La trahison US envers les Kurdes est en effet une constante, mais il y en a une autre qui n’est pas mentionée dans l’article: Le manque d’unité des Kurdes entre eux.
Entre les Kurdes des différents pays, les factions armées, les tendances politiques, les acronymes pleuvent. Parmis les YPG, Le PYD, Le PKK, les FDS, les PDK, les UPK, etc. on trouve un paquet de monde (armés pour beaucoup) qui ont un objectif commun mais qui ne se mettent jamais d’accord entre eux pour l’atteindre.
Alors évidemment que tous les autres protagonistes profitent de ces divisions.

@ sankukai. Accessoirement et même si ce n’est pas populaire de le dire on pourrait aussi mentionner les trahisons des kurdes eux mêmes envers leurs différents alliés de circonstance (les soldats syriens réfugiés à Afrin au début de la guerre et livrés aux jihadistes, les yazidis qu’une partie des kurdes à laissé crever avant qu’une faction concurrente fasse au contraire un exploit pour les sauver, sans compter le rôle joué par les kurdes d’Anatolie dans le génocide arménien). Il n’y a pas de gentils.

 

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