samedi 21 octobre 2017

Washington reconnaît l'usage d'armes chimiques par des djihadistes issus du Front Al-Nosra

Dans un texte de recommandations à destination de ses ressortissants, le département d'Etat américain signale que le groupe Hayat Tahrir al-Cham, rassemblant notamment les combattants de l'ex-Front Al-Nosra, employait des armes chimiques.

59e9f01f488c7b09178b4567Le porte-parole du ministère de la Défense russe, le général Igor Konachenkov a pointé du doigt, le 20 octobre, un texte publié par le département d'Etat américain, exprimant pour la première fois, selon le militaire russe, la reconnaissance par Washington de l'utilisation d'armes chimiques par les djihadistes de l'ex-Front Al-Nosra.

Dans ce texte à destination des ressortissants américains en Syrie, le département d'Etat fait un tour d'horizon de la situation du pays. Evoquant les agissements du groupe Hayat Tahrir al-Cham, né de la fusion de plusieurs groupes rebelles djihadistes syriens dont le Fatah Al-Cham (ex-Front Al-Nosra, issu d'Al-Qaïda), l’institution précise que ce groupe a consolidé son pouvoir dans la province d'Idleb à partir de juillet 2017.

«Les tactiques de l'Etat islamique, Hayat Tahrir al-Cham et d'autres groupes extrémistes violents incluent l'usage d'attaques suicides, d'enlèvements, d'armes lourdes et légères, d'explosifs artisanaux et d'armes chimiques», peut-on lire sur le site officiel du ministère américain des Affaires étrangères. Pour les autorités russes, il s'agit d'une première reconnaissance des crimes de guerre commis par les djihadistes de l'ex-Front Al-Nosra.

«C'est la première reconnaissance officielle du département d'Etat [américain], pas simplement de la présence, mais, je le souligne, de l'usage d'armes chimiques par les terroristes du Front Al-Nosra dans cette partie de la Syrie pour commettre des attaques terroristes, ce que nous avons maintes fois dénoncé», a ainsi déclaré le général russe, non sans rappeler au passage que le seul cas d'usage d'armes chimiques connu dans la province d'Idleb était celui de Khan Cheikhoun, en avril 2017.

Or, cet incident chimique, qui a causé la mort d'environ 80 personnes, a été imputé à l'armée syrienne par les Etats-Unis, mais aussi ultérieurement par une commission d'enquête de l'ONU. En réaction, bien avant la publication des résultats de cette enquête et sans fournir de preuves sur l'origine de cette attaque, les Etats-Unis avaient tiré 59 missiles Tomahawk sur la base aérienne syrienne d’Al-Chaayrate, près de Homs. 

Le gouvernement syrien avait pourtant formellement démenti être l'auteur de ce drame, accusant par la suite les enquêteurs de l'ONU de se baser sur «des témoins, des victimes, des membres de services de secours et des médecins», venant de la province d'Idleb contrôlée par les islamistes du Front Fatah Al-Cham.

Une collusion entre les services américains et les djihadistes d'Al-Nosra ?

La Russie a dénoncé à plusieurs reprises une certaine tolérance, voire des formes de collusions, entre Washington et les islamistes du Front Al-Nosra ou assimilés. Le 20 octobre 2017, le chef de l’état-major russe, Sergueï Roudskoï avait, par exemple, accusé les services américains d'avoir planifié une offensive très importante des djihadistes du Front Fatah Al-Cham et d'autres groupes sur les troupes gouvernementales dans la province d'Idleb.

Le 26 juin à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'était déjà étonné d'une relative tolérance des Etats-Unis envers le groupe terroriste.

«Nous avons la très forte impression, dans notre combat quotidien contre le terrorisme en Syrie, que les Etats-Unis épargnent le Front Al-Nosra, ou peu importe son nom actuel», avait-il déclaré lors d'une conférence de presse.

https://francais.rt.com/international/44788-departement-detat-americain-a-reconnu-al-nusra-utilise-armes-chimiques-selon-moscou


 

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vendredi 20 octobre 2017

Gabriel Galice: « Il faut soutenir Astana, ramener la paix. Les Occidentaux n’en ont pas été capables »

Alors que la bataille de Rakka touche à sa fin, qu’avec la perte annoncée de Mayadine l’Organisation de l’État islamique (OEI) n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut, nous avons souhaité obtenir les analyses de Gabriel Galice – spécialiste, entre autres, des conflits – sur les événements qui agitent la région du Levant, et les idées qui gravitent autour du concept de Grand Moyen-Orient.

VID GALICE CDVCe dernier a mis à jour, à travers la théorie du chaos qui lui fut associée, les thèses défendues , entre autres, par le think tank néoconservateur Project for the New American Century (PNAC) [1] à partir de sa création en 1997, mis en avant par l’administration Bush au sommet du G8 de Sea Island en 2004, et intégrés à la doctrine Bush définie dans le rapport The National Security Strategy of the United States of America [2].

Passé par l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble, et docteur de l’université de Grenoble, Gabriel Galice est économiste et politologue. Ses thèmes de prédilection sont la nation, l’Europe, ainsi que les questions tournant autour de la guerre et de la paix. Il est auteur ou directeur de plusieurs ouvrages et articles, notamment La guerre est-elle une bonne affaire ? (L’Harmattan, 2008) [3], Les causes des guerres à venir(L’Harmattan, 2009) [4] ou encore Penser la République, la guerre et la paix sur les traces de Jean-Jacques Rousseau (Slatkine, 2012). Il a été Conseiller régional de la région Rhône-Alpes de 1986 à 1992, chercheur puis directeur au GIPRI [5], qu’il préside actuellement.

Le GIPRI est l’Institut international de recherches pour la paix à Genève, un institut de recherche et une fondation indépendante qui réunit toutes celles et ceux qui ont la paix à cœur, en tentant d’en clarifier les enjeux.

[1] Le rapport Rebuilding America’s Defenses est un document de 90 pages portant sur la stratégie militaire des États-Unis et présentant la doctrine du PNAC.

[2] The National Security Strategy of the United States of America, septembre 2002.

[3] La guerre est-elle une bonne affaire ? aux éditions L’Harmattan.

[4] Les causes des guerres à venir aux éditions L’Harmattan.

[5] Site internet et page wikipédia du GIPRI.

[6] Grand Moyen-Orient sur wikipédia.

[7] Tempête sur le Grand Moyen-Orientprésentation du livre de Michel Raimbaud par Gabriel Galice sur Le Monde diplomatique et livre disponible aux éditions Ellipses.

Source: http://www.cercledesvolontaires.fr/2017/10/14/grand-moyen-orient-gabriel-galice/

Voir la vidéo:

Entretien avec Gabriel Galice réalisé par Cercle des volontaires  

ou aussi:

Moyen-Orient - Entretien avec Gabriel Galice

Ajoutée le 14 oct. 2017
https://www.youtube.com/watch?v=uNUTGTrqIfI

http://arretsurinfo.ch/gabriel-galice-il-faut-soutenir-astana-ramener-la-paix-les-occidentaux-nen-ont-pas-ete-capables/

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mardi 17 octobre 2017

«Un esprit malin» : les services de renseignement voulaient recruter le terroriste Mohammed Merah

L'ex-patron du renseignement intérieur toulousain a expliqué devant la cour d'assises de Paris, où comparait le frère du djihadiste Mohammed Merah, que sa direction centrale imaginait recruter le terroriste un mois avant qu'il ne passe à l'action.

ACT PROCES MERAHC'est après un voyage de Mohammed Merah au Pakistan, entre août et octobre 2011, que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) avait voulu voir le jeune Toulousain pour parler de son précédent parcours  en Afghanistan, selon l'ex-directeur de l'antenne du renseignement intérieur de Toulouse lors de son audition le 16 octobre au cours du procès du frère de Mohammed Merah pour complicité d'acte de terrorisme.

Mohammed Merah, fiché comme son frère Abdelkader par les services de renseignement depuis 2006, avait déjà fait l'objet d'une enquête après son arrestation par la police afghane le 22 novembre 2010 à Kandahar.

Convoqué le 14 novembre pour un «débriefing préventif», Mohammed Merah est alors interrogé par deux spécialistes parisiens. Mais rien de suspect ne ressort des deux heures trente d'entretien. 

«Son caractère dangereux n'est pas paru évident. Il leur a semblé naturel et ils ont jugé que l'on pouvait s'orienter, compte-tenu de son esprit curieux et voyageur, vers un recrutement», a expliqué à l'audience le policier, précisant que le terme alors utilisé était celui «d'approche».

L'ex-policier a confié avoir été en désaccord avec cette analyse, estimant que Mohammed Merah restait troublé. 

Les deux examinateurs emportent le dossier et promettent une note d'expertise, qui sera remise le 21 février 2012, un mois avant le premier assassinat de Mohammed Merah.

«Mohammed Merah a un esprit ouvert, malin»

Il y est notamment écrit : «Mohammed Merah a un esprit ouvert, malin. Il n'entretient aucune relation avec un réseau terroriste, il a un profil voyageur.» La note se conclut par une demande de vérification de la fiabilité de Merah.

«C'est une approche de recrutement», a décrypté le témoin, ajoutant : «Mon refus a été net et catégorique et j'en ai fait part à ma hiérarchie.»

Après deux assassinats de militaires et une tentative d'assassinat à Montauban le 15 mars, du fait de Mohammed Merah, l'ex-patron du renseignement toulousain explique avoir alerté sa hiérarchie à plusieurs reprises de sa conviction qu'il s'agissait d'un acte djihadiste.

Il donne les noms de 12 suspects potentiels dont celui de Mohammed Merah mais il n'est pas écouté, la piste d'un acte commis par un groupe d'extrême droite étant alors privilégiée.

Il faudra attente les quatre assassinats de l'école juive le 19 mars pour que la piste salafiste soit enfin prise au sérieux.

https://francais.rt.com/france/44637-merah-a-esprit-malin-dcri-recruter-terroriste-toulouse

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dimanche 15 octobre 2017

Lafarge en Syrie : Fabius pourrait être entendu par la justice pour son «éventuelle responsabilité»

Des anciens salariés de Lafarge ont demandé que l’ancien ministre des Affaires étrangères français soit auditionné par la justice dans le cadre des affaires que le cimentier faisait avec Daesh en Syrie.

ACT FABIUS 1

Représentés par l’ONG Sherpa, qui a mis en lumière le scandale de la collaboration du cimentier franco-suisse Lafarge avec l’Etat islamique en Syrie, des anciens employés de l’entreprise ont demandé que Laurent Fabius, alors en responsabilité, soit entendu par la justice afin de déterminer son éventuelle implication dans ce dossier.

D’après France info, qui a révélé cette information, l’organisation souhaite aussi faire entendre deux anciens ambassadeurs de France en Syrie.

«La justice française ne doit oublier aucun acteur dans cette affaire. […] L’Etat doit être exemplaire, les juges doivent donc rechercher son éventuelle responsabilité», a déclaré Marie-Laure Guislain, à propos de l’ex-ministre des Affaires étrangères français.

Plusieurs responsables ont pointé la responsabilité de la diplomatie française dans le maintien du cimentier en Syrie après la prise de contrôle du territoire où se trouvait l’usine par l’Etat islamique. Lafarge aurait versé à l’organisation terroriste 20 000 euros par mois contre  un laisser-passer pour ses camions.

«Le quai d’Orsay nous dit qu’il faut tenir, que ça va se régler […] On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie et personne ne nous a dit : « Maintenant il faut que vous partiez »», avait relevé devant les enquêteurs Christian Herrault, ex-directeur général adjoint opérationnel.

Mais, d’après France info, le ministère contesterait cette information. «Nous avons alerté le groupe Lafarge sur les risques encourus à rester en Syrie», a-t-on déclaré à la radio d’Etat.

L’information judiciaire ouverte pour financement d’une organisation terroriste devrait permettre d’y voir plus clair.

RT – 13 oct. 2017

http://arretsurinfo.ch/lafarge-en-syrie-fabius-pourrait-etre-entendu-par-la-justice-pour-son-eventuelle-responsabilite/

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mercredi 11 octobre 2017

Gauche révolutionnaire : la grande manipulation

Depuis une dizaine d’années, les courants libertaires, trotskistes, «antifas» qui forment la gauche révolutionnaire ont été retournés pour servir des objectifs de guerre.

Vincent Lenormant | 4 Octobre 2017

 

ARG ANTIFA JIHAD BREIZLa gauche révolutionnaire désigne l’ensemble des formations politiques qui sont en principe favorables à une révolution pour mettre fin au capitalisme, en s’appuyant sur des précédents historiques comme la Commune de Paris ou la Guerre d’Espagne ; en France, ces groupes se nomment NPA, Alternative Libertaire, CNT, Fédération Anarchiste… Leurs militants ne sont pas très nombreux, mais ils bénéficient d’une bonne image chez toute une population sensible aux idées libertaires, trotskistes, antifascistes, révolutionnaires. Nous allons voir comment ces groupes ont été manipulés, épurés, restructurés pour servir des objectifs de guerre, de la simple propagande jusqu’au recrutement de combattants.

La guerre en question, c’est avant tout celle de Syrie, qui a commencé par ce qu’on n’ose plus appeler « Printemps Arabe », tant ces événements furent une catastrophe pour le monde Arabo-musulman, avec l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans en Tunisie et en Egypte et la destruction de la Lybie et du Yémen. Au début des années 2000, la gauche révolutionnaire était encore fidèle à ses positions traditionnelles : anti-capitalisme, anti-impérialisme, anti-sionisme. La guerre d’Iraq en 2003 avait été l’occasion de manifestations qui la dénonçaient pour ce qu’elle était : une guerre d’agression, sous des prétextes mensongers. Et les manifestants ne se faisaient traiter d' »Husseinistes », d’admirateurs de Saddam, que par les néoconservateurs habituels. En 2004, le journal d’Alternative Libertaire dénonçait les projets étasuniens pour le « Grand Moyen-Orient », c’est-à-dire « la déstabilisation, la chute des régimes locaux, et un « remodelage » des territoires. Citation : «Bush a précisé la portée de la guerre qui se préparait : “ Un Irak libéré pourra montrer comment la liberté peut transformer cette région qui revêt une importance extrême, en apportant espoir et progrès à des millions de personnes (…) Pour d’autres nations de la région, un nouveau régime en Irak servirait d’exemple spectaculaire et impressionnant de la liberté. En ce qui concerne les pouvoirs en place, l’avertissement est clair : […] La question qui se pose maintenant est “qui sera le suivant ?”  L’extrême droite chrétienne milite pour un règlement définitif de la question palestinienne qui passe par l’installation de régimes à la botte des USA en Syrie et au Liban, et qui donne carte blanche à la droite israélienne pour organiser la purification ethnique des territoires occupés. »

Un tel article serait aujourd’hui inimaginable dans ce journal, son auteur serait traité de conspirationniste, d’ami des dictateurs, de « rouge-brun » ou carrément de fasciste. En 2004 toujours, le même journal dénonçait un début de collusion entre extrême-gauche et « islamisme », sans vraiment comprendre toutefois ce que signifiait cet « islamisme ». Ce mot est utilisé par ceux qui ne comprennent pas la nature du phénomène, comme par ceux qui veulent semer la confusion entre l’islam et la secte wahhabite. Le wahhabisme a été rendu tout-puissant au cours du XXème siècle par les Etats-Unis, qui ont fait de la famille Saoud leur principal allié arabe au Moyen-Orient. Dans le silence général en Occident, les Saoud ont cherché à se poser en leader du monde arabo-musulman ; ils ont construit des mosquées dans le monde entier où est enseignée leur doctrine obscurantiste et dévoyée, leur logique sectaire. Depuis des décennies, ils modifient les consciences, détruisent les cultures. Cela n’a rien à voir avec la religion : il s’agit d’impérialisme culturel et de fascisme.

Les Occidentaux se sont alliés aux Saoud car ils étaient les plus anti-communistes, les plus fanatiques, les plus à même de mettre les musulmans au pas, et les plus serviles. Parallèlement, les Frères Musulmans et Al Qaïda, tous deux liés à la CIA, ont tissé un réseau international, politique pour le premier et militaire pour le second. Les Frères Musulmans sont une sorte de franc-maçonnerie musulmane, ils ont été abondamment financés par le Qatar et la Turquie (Erdogan lui-même en est membre).

On peut se gratter la tête et traiter de fou celui qui dénonce la collusion entre les groupes terroristes pseudo-islamistes et le Pentagone, tant les media dominants font tout pour nous empêcher de comprendre, mais au bout d’un moment les faits et les preuves s’accumulent, et la plus évidente est la complicité et l’alliance totale entre l’OTAN, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et Israël (les Saoud et Israël ne font même plus semblant de ne pas s’entendre), sous le commandement des Etats-Unis. Les militants dévoyés de la pseudo-gauche ont adopté le réflexe de protéger les Etats-Unis en disant que la Russie ou la Chine sont, eux aussi, des pays impérialistes, et qu’ils ne sont pas moins dangereux. C’est tout simplement faux. Le budget militaire des Etats-Unis est égal à la somme de tous les budgets militaires de tous les autres pays du monde. Ils possèdent des bases partout (plus de 800 hors de leur territoire), et il serait bon de prendre conscience qu’ils mettent le monde à feu et à sang, qu’ils sont les seuls à avoir utilisé l’arme atomique, qu’ils n’hésitent pas à utiliser des armes chimiques ou radioactives, et que rien que depuis les début les années 2000 ils ont détruit des pays, massacré des millions de personne, pour le seul profit de l’oligarchie qui contrôle l’armée impériale qu’est l’OTAN. Ils ont clairement la prétention de dominer le monde et ils ont clairement choisi la guerre comme moyen d’y parvenir. Et pourtant en France les gens ne tremblent pas d’effroi à la simple évocation de la CIA. Le mot «CIA» évoque le mystère, le cinéma, le complot et immédiatement l’autocensure vient : il ne faut pas croire aux théories du complot. Il s’agit de conditionnement et de contrôle de la pensée. Personne ne veut s’avouer manipulé, même si tout le monde peut comprendre l’intérêt du «neuro-marketing» par exemple, et assister à sa mise en œuvre.

Il va de soi que les gens qui nous gouvernent et les chefs militaires s’intéressent de près à la manipulation des consciences et des opinions, et qu’ils financent la recherche scientifique allant dans ce sens. La guerre mondiale en cours au Moyen-Orient est l’occasion pour eux de faire des essais grandeur nature. Certaines choses ont marché, en particulier l’autocensure qu’ils ont réussi à installer au sein de la gauche révolutionnaire.

PHASE I : L’EPURATION

5 ans après les articles précités, en 2009, Alternative Libertaire avait adopté une nouvelle ligne : la tendance était à "la chasse aux «conspis". Le journal publie donc une série d’articles désolants d’ignorance et/ou de mauvaise foi, dans lesquels sont amalgamés les gens qui remettent en cause la version officielle du 11 septembre et ceux qui croient aux illuminatis ou aux extra-terrestres : tous des imbéciles qui dérivent vers l’extrême-droite.

A cette époque, de nombreux sites apparaissent, des sites étranges qui dressent des listes. Le mouvement «antifa», bizarrement, ne s’intéresse plus vraiment au FN ou aux néo-nazis, mais décide d’opérer un tri au sein de la gauche ; des gens comme Etienne Chouard, Michel Collon, Annie Lacroix-Riz ou Jean Bricmont sont soudainement considérés comme des fascistes, les «antifas» viennent faire le coup de poing lors de leurs apparitions publiques, ils sont calomniés, leurs auditeurs insultés et ridiculisés, traités de «conspirationnistes», «confusionnistes», «campistes», «rouge-bruns», «amis des dictateurs»… Le point commun entre toutes les personnalités incriminées, c’est bien sûr leur anti-impérialisme et leur critique des media dominants. Dans une logique pour le coup véritablement confusionniste, les faux «antifas» vont répandre l’idée que si vous vous opposez à la guerre en Libye, c’est que vous êtes un admirateur de Qadhafi. Si vous n’êtes pas avec les «rebelles syriens», c’est que vous adorez Assad. Si vous critiquez les Etats-Unis, vous êtes un idolâtre de Poutine. Dans tous les cas vous êtes assimilé au fascisme. Le site « confusionnisme.info » va exceller dans ce registre, jusqu’à ce que l’UPR, cible de leurs calomnies, révèle le vrai visage de l’animatrice de ce site, et sa proximité avec les néoconservateurs étasuniens.

Il a suffi aux manipulateurs d’aller dans le sens d’un sectarisme déjà présent dans ces milieux : «pas de dialogue avec l’extrême-droite». C’est un véritable terrorisme intellectuel qui fut instauré, et internet a été très utilisé dans ce but ; il est certainement moins cher et plus simple de troller des forums que d’infiltrer des agents. Résultat : toute parole dissidente fut assimilée à l’extrême-droite. C’est une stratégie de la boule puante. Le dialogue devint impossible, et de nombreux militants furent mis de côté, tandis que les autres surveillaient leur langage. Sur les forums internet affiliés à la gauche révolutionnaire, comme le forum anarchistele forum anarchiste révolutionnairele forum libertaire, la chasse était ouverte. Bientôt le simple fait d’évoquer la CIA devint impossible ; ça tombait bien : la guerre allait commencer.

On pourra objecter que c’est une vision complètement farfelue et paranoïaque d’imaginer que la CIA ou d’autres puissent s’intéresser aux groupuscules libertaires français, qui ne représentent que quelques centaines de militants. Mais si on considère le projet global, qui est de faire passer des guerres d’agression impérialistes pour des révolutions, on comprend mieux l’intérêt : il s’agit de prendre le contrôle de tous les groupes de gauche révolutionnaire, dans tous les pays occidentaux, pour y rendre inaudible l’anti-impérialisme et, par solidarité révolutionnaire, leur faire applaudir la guerre. Car le mouvement révolutionnaire brise un tabou intéressant : il rend acceptable le fait que dans un pays, une minorité prenne le pouvoir par la violence. La violence et la destruction y sont considérés comme un mal nécessaire pour passer à une société censée être plus juste. Quant à savoir si les responsables de cette manipulation sont la CIA, le Mossad, le MI6 ou tout simplement les Opérations Psychologiques de l’armée étasunienne (qui ne cachent pas du tout leurs buts et leurs moyens), impossible de le savoir, mais c’était dans l’intérêt de l’alliance OTAN/Saoud/Israël qui a provoqué cette guerre.

 

ob_7e81fb_buck2Au sujet du 11 septembre, est-il vraiment si farfelu de se demander pourquoi les États-Unis maintiennent avec l’Arabie Saoudite des liens aussi étroits, alors que toute l’enquête incrimine ce pays ? Et pourquoi l’ensemble des pays occidentaux qui se prétendent en « guerre contre le terrorisme » ne cessent d’étaler leur amitié et de vendre des armes au principal pourvoyeur idéologique et financier du terrorisme pseudo-islamiste ?

PHASE II : LA RÉVOLUTION DES FRÈRES MUSULMANS

L’immolation par le feu d’un commerçant tunisien en décembre 2010 est-elle le fruit d’un complot ? Sans doute pas, mais ce qui est sûr et certain, c’est que ce fut le prétexte au lancement d’une opération préparée de longue date (le remodelage du Grand Moyen-Orient, comme le dénonçait Alternative Libertaire en 2004). Toute la pseudo-gauche, du PS à la Fédération Anarchiste, va s’enthousiasmer pour le « Printemps Arabe ». Seuls quelques grincheux déjà mis au ban de la gauche, ostracisés, ridiculisés, vont être sceptiques, se demander si les États-Unis ne seraient pas encore en train de rejouer l’air des Révolutions de Couleur (Ukraine, Géorgie, Kirghizistan…). Et ceux, très rares, qui comprenaient un peu ce que signifiait l’«islamisme», ne pouvaient que craindre l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans ou d’autres forces alliées au fascisme wahhabite.

Les groupes de gauche révolutionnaire, NPA et Alternative Libertaire en tête, ne vont pas se contenter d’applaudir les révolutions, ils vont réclamer une solidarité internationale et distiller une propagande insidieuse. Comme pour Milosevic, Hussein, Qadhafi il s’agit d’abord de faire passer Bachar al-Assad, l’ophtalmologue, pour le nouvel Hitler, un sadique prenant plaisir à mutiler des enfants. Il suffira pour cela d’emboîter le pas à la gigantesque machine de propagande destinée au grand public, à partir d’attentats sous faux drapeau, d’images fabriquées… Ce n’est pas l’objet de cet article de décortiquer la fabrication du récit officiel de la guerre syrienne, cet article-là s’y intéresse plus en profondeur.

Dans les media de la gauche révolutionnaire, la propagande va s’articuler autour de plusieurs idées-force :

1) La banalisation des Frères Musulmans et la relativisation de la menace sectaire.

Pour les besoins de la propagande, il va falloir dire que les Frères Musulmans ne sont pas si dangereux, qu’ils peuvent même être des alliés. En mars 2011, dans un article hallucinant avec le recul historique, Alternative Libertaire nous apprend qu’ils «semblent aujourd’hui sur la voie sinon d’une sécularisation, du moins d’une scission très nette entre démocrates et partisans d’un mouvement islamiste plus strict». En Egypte et en Tunisie, les Frères sont présentés comme composante indispensable de la révolution, tiraillés entre conservatisme et démocratie. Alternative Libertaire accepte et fait accepter l’idée que les Frères peuvent faire partie d’un révolution démocratique, sociale et libertaire.

Il est bon de rappeler que dans les années 70, ils ont mené une vaste campagne de terrorisme en Syrie, faisant des centaines de morts. C’était déjà l’expression de l’impérialisme des Etats-Unis et des Saoud. La réponse du pouvoir au début des années 80 syrien fut brutale : c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le massacre de Hama. Une note de la DIA évoque 2000 victimes dans les rangs des Frères Musulmans, mais les chiffres ont été gonflés pour les besoins de la propagande de guerre. Les propagandistes vont donc régulièrement parler du massacre de Hama comme du massacre de 40000 civils, par sadisme de la part du pouvoir syrien, sans jamais évoquer les crimes des Frères Musulmans qui en sont la cause : « Hama, ville syrienne, théâtre en 1982 d’un massacre de sa population perpétré par Hafedh El Assad », « Le régime de Bachir al Assad utilise tous les moyens, militaires et policiers, pour liquider les opposants, comme à Hama en 1982 », etc, etc… Comment dire que les Frères étaient « individuellement présents » mais « discrets » au début des événements alors qu’il s’agissait de la principale force d’opposition dans le pays, une force internationale avec des financements internationaux ? Fin 2012, alors que les djihadistes ont depuis longtemps fait leur apparition en Syrie, le NPA dira encore que « les islamistes ou frères musulmans » n’ont que « peu d’écho et de présence militante sur le terrain. »

Certains auteurs n’hésiteront pas à qualifier d’« islamophobes » ceux qui pointent du doigt le danger pseudo-islamiste, et Gillbert Achcar, en 2013, ira jusqu’à dire que « même si le soulèvement était guidé par des forces islamiques, cela ne devrait pas changer notre position ». Voilà le NPA prêt à soutenir la victoire des barbus.

Rappelons-nous que la Syrie n’est pas peuplée uniquement de sunnites, mais que sa population est une mosaïque de peuples et de croyances diverses, Chiites, Druzes, Chrétiens… Par conséquent l’arrivée d’un pouvoir religieux et sectaire serait une catastrophe pour les Syriens. Dès 2012, à Alep, les « insurgés » ont mis en place des tribunaux islamiques. Quel peut-être le sort d’un chrétien devant un tribunal d’inspiration wahhabite ? Combien de Chiites, d’Alaouites, de Chrétiens ont été massacrés par les « rebelles » ?

Dans une stratégie de renversement de situation qui est une constante pour les propagandistes, ils ont également cherché à dire que le sectarisme était du côté du pouvoir baathiste, et ils ont même martelé qu’Assad était allié à Daech pour écraser la révolution. La libération de prisonniers politiques issus des Frères par Assad, à des fins de négociation, a été l’occasion pour eux de dire qu’Assad avait créé de toutes pièces le djihadisme. Sur le site Juralib, un article totalement halluciné présentera Daech comme une création d’Assad et de Poutine, tout en regrettant que la France n’ait pas participé à la Guerre d’Iraq. Rappelons que Daech a commencé à perdre du terrain seulement au moment ou l’armée russe est venue en aide à la Syrie, en septembre 2015. Jusque là, la Coalition menée par les États-Unis n’a rien fait contre eux, ils ont été soignés par Israëlsoutenus quasi-ouvertement par la Turquie elle même membre de l’OTAN, et il y a de plus en plus de preuves de la complicité entre les forces spéciales américaines et Daech.

Cette stratégie d’inversion des faits a atteint son paroxysme dans une interview de Robin Yassin Kattab où celui-ci dit en substance :
géopolitique = conspirationnisme.
Impérialisme = Russie et Iran.
Dire que la rébellion syrienne c’est Al Qaida = islamophobie.
Lutter contre le terrorisme = être de droite. Anti-impérialisme = soutien aux dictatures. Révolution syrienne = guerre d’Espagne. Assad = djihadisme = fascisme. Dans la même publication, sur le site Lundi Matin, on pourra lire également qu’Assad est pire que Daech. Il faudra le demander aux Syriens confrontés aux attentats aveugles qui ensanglantent tous les jours leur pays.

2) L’appel à la violence, le refus du dialogue

Dès le mois d’avril 2011, sur le site du NPA, on pourra lire que « certains opposants et observateurs estiment qu’il est trop tard pour ces tentatives [de dialogue]. » « La population ne se laissera plus amadouer par la dictature en place, alors même qu’une partie du peuple syrien se méfiait jusqu’ici de la perspective d’une révolution violente ». Pas de place pour le dialogue donc, la gauche révolutionnaire veut que le sang coule en Syrie. Les éditorialistes ne vont cesser de nous dire ce que veut le peuple syrien : la chute du régime. Le peuple n’a plus peur, il accepte de verser son sang. « Ceux qui sont aujourd’hui dans la rue ne reviendront jamais en arrière et ne veulent rien négocier. Pour eux, le seul mot d’ordre reste «le peuple veut la fin du régime». A partir de là, les propagandistes vont demander des armes pour les « rebelles » : « nous avons besoin d’armes, d’entraînement aussi « , mais il faudra éviter de dire d’où viennent ces armes et à qui exactement elles vont être distribuées. Fin 2012, alors que des dizaines de milliers de djihadistes du monde entier affluent vers la Syrie, qu’ils sont entraînés aux frontières turques et jordaniennes, le NPA dira que " Les prétendues aides militaires ne proviennent que du Qatar, d’Arabie saoudite et de la Libye. Elles sont infimes et destinées aux petits groupes «islamistes» marginalisés" . La CIA vient tout juste d’arrêter son programme d’aide aux « rebelles », et quand bien même évoquer ce programme était impossible à cette époque sans être taxé de conspirationnisme, c’est à présent tout à fait officiel. Mais nous sommes en 2012 et le NPA veut des armes pour les « rebelles » : « On ne saurait pas être contre, à condition toutefois de préciser certaines conditions. […] Des systèmes d’armement sophistiqués exigent parfois un personnel hyperspécialisé et créent donc une forme de dépendance extérieure. Ce n’est pas ce que demandent les rebelles syriens, qui ont avant tout besoin d’armes antichar et de missiles antiavions pour se protéger des assauts meurtriers de l’artillerie et des avions de chasse du régime. Ces conditions étant précisées, on pourra dire: chiche! »

Chiche. Les armes ont été livrées, les « rebelles » entraînés, la guerre de Syrie atteint les 500000 morts. Le NPA est-il satisfait ? En 2014, Gilbert Achcar, celui qui sait mieux ce que « le peuple veut » que les Syriens eux-mêmes, va se lancer dans un appel à la guerre totale : en Syrie selon lui,
« 
il est illusoire d’espérer provoquer le renversement du despote par de simples manifestations « , la famille régnante « ne peut être renversée que par les armes ». Il faut donc « une révolution qui l’emporte au moyen d’une insurrection populaire armée débouchant sur une guerre civile avec formation de zones libérées qui s’étendent progressivement jusqu’à la victoire finale ». « La révolution syrienne ne pourra se développer qu’en se transformant en guerre civile ». « La grande faillite des démocrates et progressistes de l’opposition syrienne, c’est qu’ils n’ont pas saisi d’emblée l’inéluctabilité de la guerre civile« .


La guerre civile, la pire horreur qui puisse arriver à un pays, devient vertueuse dans la bouche d’Achcar. Il faudra lui payer un voyage à Alep, pour qu’il explique directement aux Syriens que c’était pour leur bien.

3) Protéger les Etats-Unis, Israël et les Saoud

Les propagandistes ont tout fait pour cacher et protéger les véritables responsables de la guerre, l’alliance OTAN/Israël/CCG. Au début des événements, ils ont d’abord voulu faire croire que celle-ci protégeait Assad, afin de semer la confusion chez les anti-impérialistes. Alternative Libertaire savait en 2011 que les puissances occidentales « ne maîtrisaient plus rien ». Le NPA, lui, nous expliquait « la relative prudence des puissances occidentales, des saoudiens et surtout d’Israël face aux événements. Pour eux, Assad est un « mal connu », et, malgré tout, un pilier de l’ordre régional. Ce qui peut venir après lui est beaucoup plus terrible pour eux« . Par conséquent, " le maintien du régime syrien est la meilleure option possible pour Israël" . Le NPA ira jusqu’à présenter ce mensonge comme une évidence : " pourquoi l’Occident et Israël craignent-ils tellement de perdre le régime de Bachar al-Assad? " . La réponse arrive quelques mois plus tard : " La victoire de la Révolution syrienne ouvrira un nouveau front de résistance contre les puissances impérialistes, alors que sa défaite les renforcerait" . Le mois suivant : " Sous prétexte qu’Assad s’est moins aligné sur les USA et Israël que d’autres régimes arabes […], ou craignant une montée de l’intégrisme religieux, certains à gauche ne soutiennent pas l’insurrection syrienne. C’est un contre-sens ! La place des anti-impérialistes et anticapitalistes, c’est d’agir aux côtés des révolutionnaires arabes" .

Achcar toujours, va prétendre en 2012 que « les événements en cours signalent un fort déclin de l’hégémonie américaine », " L’influence que peuvent avoir les États-Unis sur le processus en cours en Libye est très limitée " . L’année suivante, il déclare sans rire « Washington ne souhaite le démantèlement d’aucun Etat. Il veut une « transition ordonnée » – que le pouvoir change de mains, mais en garantissant la continuité fondamentale de la structure de l’Etat » (après que les États-Unis aient détruit les États somalien, afghan, iraquien, libyen…). Et bien sûr, " Les puissances occidentales ne vont apporter de soutien substantiel – en particulier militaire – à aucune force de l’opposition, parce qu’elles ne font confiance à aucune de ses composantes" .

Les auteurs précités ne sont évidemment pas tous des agents, même si en ce qui concerne Gibert Achcar, Ghayat Naisse, Joseph Daher ou l’hystérique Ziad Majed on est en droit de le penser. Ce qu’on peut constater et tenter d’étudier, avec le recul historique, c’est un édifice immense de contrôle de la pensée, d’interdiction de la parole dissidente par la censure et par l’autocensure, un édifice qui dépasse largement le cadre de notre étude (la gauche révolutionnaire en France), puisqu’il s’est avant tout manifesté dans les media dominants, à destination du grand public. C’est dans Le Monde qu’on trouvera la propagande la plus vile, en particulier sous la plume de Jean-Pierre Filiu, qui a par ailleurs écrit le scénario d’une bande dessinée de propagande (la bande dessinée est un bon angle pour toucher le public de gauche.) On sait maintenant que Le Monde prenait ses ordres directement de l’Élysée ou du quai d’Orsay, mais est-ce une surprise ? Un militant de gauche devrait pouvoir comprendre que les media subventionnés par l’État sont au service de l’État, et qu’en cas de guerre, la liberté de la presse n’a plus aucun sens puisque c’est la sécurité nationale et le secret défense qui priment.

Cela n’empêchera pas bien sûr les groupes de gauche révolutionnaire de se référer exclusivement aux media dominants pour étayer leur argumentation, et de rejeter tout point de vue alternatif. Chez le NPA, AL et consorts, il est de bon ton de considérer toute info provenant de Russia Today comme mensongère (la voix du Kremlin, quelle horreur !), mais de ne jamais douter d’une info provenant du Monde ou du New York Times.

Le paroxysme de l’absurdité a été atteint en décembre 2016, quand tous les media dominants ont hurlé au génocide de la population alépine par les sauvages armées « de Bachar et de Poutine ». A ce moment-là, Philippe Poutou lui-même a été mis a contribution pour s’indigner devant ce « massacre » : « les massacres ont commencé dans Alep-est. Toutes les informations sont concordantes. » Le NPA ne manquera de culpabiliser la gauche : « la vérité choquante est que le peuple syrien dans sa lutte pour son émancipation n’a pas trouvé une solidarité internationale à la hauteur de ses sacrifices. Il reste seul devant l’enfer des armes d’un régime sanguinaire, et il montre un courage extraordinaire, de ses jeunes, des masses populaires révoltées, qui font face à la barbarie extrême du régime et de ses alliés. » Ces jeunes, ces masses populaires révoltées, c’était en fait des milliers de djihadistes venus des quatre coins de la planète, qui tenaient la population d’Alep-Est en otage, avaient mis en place des tribunaux pseudo-islamiques, volé, violé, torturé, massacré, terrorisé. Mais pour le NPA, ce sont des « héros« . Il faudra donc aussi leur payer un voyage à Alep, pour qu’ils puissent demander directement aux Alépins s’ils regrettent le temps où des barbus semaient la terreur dans leurs quartiers et violaient leurs filles.

Le NPA, Alternative Libertaire mais aussi l’UJFP, Cedetim, Émancipation, Ensemble, le Forum Palestine Citoyenneté, L’Insurgé, Nasskoune, l’Union syndicale Solidaires se sont réunis en 2013 au sein d’un collectif : « Avec la Révolution Syrienne » afin d’aider activement les « rebelles syriens » qu’ils présentent comme des militants pacifiques et démocrates, alors que les combattants sont payés avec des fonds provenant de l’étranger, qu’ils possèdent des tanks, et que les plus puissants d’entre eux sont des djihadistes prêts à mourir pour Dieu. Le collectif ARS va répandre la bonne parole de propagandistes comme Joseph Daher pour faire croire à une administration libertaire des zones rebelles ; il faut pour cela réussir à imaginer des zones libres habités par des libertaires progressistes qui font vivre la démocratie directe en harmonie avec les djihadistes coupeurs de têtes qui les protègent.

C’est en 2013-2014 que l’idéologie communiste libertaire va commencer à être vraiment mise à contribution. Une certaine Leila « Shrooms » Shami, se présentant comme militante anarcho-féministe, va faire l’éloge d’Omar Aziz, présenté comme une anarchiste syrien ayant théorisé le fonctionnement de conseils locaux en s’inspirant de Rosa Luxembourg ou de la Commune de Paris. Pourtant, si on lit le texte en question, l’auteur reconnaît l’autorité du Conseil National Supérieur créé par les Frères Musulmans en Turquie, et demande aux conseils de s’y soumettre et de se mettre au service de l’Armée Syrienne Libre. On aura vraiment du mal à y trouver la moindre trace d’anarchisme. On trouve sur Youtube une interview où la caméra ne vient jamais filmer le visage de Leila Shami, mais on peut entendre sa voix, la voix d’une anglophone ne sachant pas prononcer l’arabe, aux côtés de Charles Lister, intermédiaire entre les Etats-Unis et les groupes armés rebelles d’une part et propagandiste dans toute la presse mainstream, lié au Qatar. Le mythe des conseils démocratiques des « rebelles modérés » sera répété sans cesse par le collectif ARS ainsi que par les media qui y sont liés. Le collectif tient ses conférence sous le drapeau de l’ASL, le drapeau du colonisateur français (les Français ont peut-être oublié les massacres commis par la France en Syrie au temps du mandat, mais pas les Syriens. Et il faut être bien mal avisé pour imaginer que les Syriens voient dans l’état français un « libérateur ».)

PHASE III : LE ROJAVA

A partir de 2014 une nouvelle opération est lancée : le Rojava. Les militants libertaires, sans abandonner leur soutien à la rébellion islamo-communarde, vont devenir fascinés par les Kurdes des YPG-YPJ, la branche syrienne du PKK. Le leader du PKK, en prison en Turquie, est censé avoir adopté l’idéologie communiste libertaire, un « municipalisme » dont l’inspirateur serait l’anarchiste étasunien Murray Bookchin. La rébellion Kurde déclare mettre en place dans ses territoires une société libertaire, égalitaire, anticapitaliste et écologique. Dès lors, il est urgent de les soutenir et d’inciter les gens à partir se battre. A partir de 2014, des anarchistes du monde entier affluent vers la Syrie, empruntant le même chemin que les djihadistes qui les ont précédés. Il est difficile d’imaginer que cela représente plus de quelques milliers de combattants, mais, comme pour les djihadistes, cela permet aux États d’origine de se débarrasser d’un certain nombre de radicaux et de mettre leur colère à profit.

Or il est évident que le Kurdistan n’est rien d’autre que le Plan B des États-Unis, après l’échec des djihadistes. Un Kurdistan indépendant en territoire syrien et iraquien leur permettrait de démembrer et donc d’affaiblir ces deux états, et mettre la main sur de gigantesques ressources énergétiques. L’Iran, qui héberge une large population kurde, serait menacé. Il faut absolument garder en tête que les habitants du nord de la Syrie ne sont pas majoritairement Kurdes. Le Rojava est en dehors du Kurdistan, les Kurdes se trouvant essentiellement en Turquie. En Iraq les Kurdes sont soutenus par Israël. On peut penser que la Turquie est opposée à la création d’un Kurdistan mais on peut aussi penser qu’il pourrait en profiter pour y déporter ses Kurdes tout en en repeuplant le sud de la Turquie avec les Syriens. Et effectivement les YPG/YPJ sont soupçonnés de procéder à des déplacements de population.

Pour brouiller les cartes, les États-Unis ont créé les Forces Démocratiques Syriennes qui regroupent les Kurdes avec des combattants arabes, mais concrètement les YPG/YPJ sont largement majoritaires et procèdent à une « kurdisation » forcée de la région. Le pouvoir est au parti, le PYD. Le paradis libertaire est censé régner dans des zones organisées depuis toujours de manière tribale, en guerre, sous le contrôle de soldats armés et commandés par les États-Unis. C’est dur à avaler et de nombreux articles vont tenter de faire passer la pilule, au nom du réalisme et au moyen, encore et toujours, de la culpabilisation : « Il est incroyablement facile — sinon honteux, à certains égards — de s’asseoir dans le confort de nos maisons occidentales et de critiquer la « trahison » d’un mouvement au nom de sa « collaboration » avec l’impérialisme lorsque la vie de tant de personnes est, littéralement, en jeu. […] Le révolutionnarisme et la solidarité de fauteuil, uniquement conditionnés par les notions de « pureté » n’ont aucun sens dans le monde réel », pourra-t-on lire dans Ballast.

Les États-Unis ont implanté une bonne dizaine de sites militaires au sein des communes libres du Rojava, ils ont pu envoyer des milliers de soldats : ils ont donc envahi la Syrie, en toute discrétion. Les derniers événements montrent clairement que les Kurdes sont actuellement plus en guerre contre l’État syrien que contre Daech. Ils ont réussi à reprendre de vastes territoires riches en pétrole à Daech sans que ceux-ci ripostent, afin d’empêcher l’armée syrienne d’en reprendre possession. Daech a ensuite lancée une grande offensive contre l’armée-syrienne, permettant aux Kurdes de s’emparer d’encore plus de puits de pétrole et de gaz. On a vu un chef de tribu auparavant daechiste se mettre au service des Kurdes. Il est encore trop tôt pour savoir ce qui se passe vraiment au Rojava, mais il y a de quoi se méfier et être prudent.

Les groupes de gauche révolutionnaire vont déclarer apporter un soutien critique, mais dans les faits, ils promeuvent ultra-activement les YPG/YPJ, par des levées de fond et une propagande incitant les militants à franchir le pas et passer à l’action : aller se battre en Syrie, tirer sur des Arabes avec des armes étasuniennes.

On pourra suivre les aventures d’un communiste libertaire dans les YPG, rêver en voyant des combattants poser devant tous les symboles de l’anarchisme et de l’antifascisme, les drapeaux rouges et noirs, les A cerclés… Le site Lundi Matin nous expliquera précisément la marche à suivre pour s’engager et rejoindre le front.

Voilà comment les États-Unis ont réussi à envoyer des anarchistes du monde entier se faire tuer en Syrie pour leurs intérêts. C’est un tour de force qui ne doit pas faire une grande différence sur le plan purement militaire, mais qui est très intéressante pour eux sur le plan psychologique : soutien de la gauche « radicale » à la création d’un « nouvel Israël » où le PKK deviendra peut-être « la gauche Kurde », mais où le pouvoir sera toujours au mains des atlantistes et sionistes.

Reste à savoir ce que signifie le retournement de la gauche révolutionnaire pour la France. Il n’est effectivement pas rassurant de voir un site de propagande comme Lundi Matin se faire passer pour la voix des anarchistes et appeler à l’émeute et à la violence. Cette violence éclatera tôt ou tard du fait de la situation désastreuse de la France, et il est évident que dans les tiroirs du Pentagone, des plans sont déjà prêts.

Vincent Lenormant | 4 Octobre 2017

Source: http://www.librairie-tropiques.fr/2017/10/gauche-revolutionnaire-la-grande-manipulation.html

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lundi 9 octobre 2017

Lafarge accablé pour ses arrangements avec Daesh en Syrie

 «On acceptait le racket ou on partait»

L’enquête continue sur le versement présumé d’importantes sommes par le géant du ciment à des groupes terroristes en Syrie, notamment en 2013, en pleine expansion de Daesh (*). Certains dirigeants mettent en avant des intérêts économiques supérieurs…

ARG LAFARGE TERRORISMEUn an après l’ouverture d’une enquête préliminaire en octobre 2016 par le parquet de Paris, puis d’une information confiée depuis à trois juges d’instruction en juin dernier, le dossier contre le cimentier Lafarge devient accablant. La direction, basée en France, est suspectée d’avoir eu connaissance et d’avoir validé des paiements effectués par sa filiale syrienne, Lafarge Cement Syria (LCS), à des groupes armés terroristes afin de pouvoir continuer à exploiter un site en Syrie. Les enquêteurs soupçonnent en outre le géant franco-suisse du ciment d’avoir produit de fausses pièces comptables.

«Soit on acceptait le racket, soit on partait», a fait valoir en guise de défense un responsable de Lafarge, anonymement cité par l’AFP. Mais l’argument paraît un peu court, les auteurs dudit racket n’étant pas de simples voyous mais des terroristes de l’organisation Daesh. Ce qui ferait techniquement de l’entreprise Lafarge un soutien du terrorisme islamique. Même ligne de défense un peu surréaliste de la part de l’ex-président du groupe de 2007 à 2015, Bruno Lafont, aux enquêteurs des douanes judiciaires. «Pour moi, les choses étaient sous contrôle. Si rien ne me remontait, c’est que rien de matériel ne se produisait», assurait-il en janvier 2017, selon une source proche du dossier.

Mauvais timing

Tout commence en 2010, avant le début de la guerre civile en Syrie et l’extraordinaire émergence de l’Etat islamique. En octobre de cette année, Lafarge inaugure l’usine flambant neuve de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, qui lui a coûté 680 millions de dollars. Un investissement a priori sûr dans une république laïque dont les liens commerciaux avec la France sont anciens. Mais à peine six mois plus tard, les premiers troubles, prémices du chaos dans lequel allait être plongée la Syrie, éclatent.

A partir de 2013, la production de la cimenterie s’effondre et Daesh, en pleine expansion territoriale depuis son berceau irakien, devient incontournable dans la région. Mais contrairement au pétrolier Total ou à d’autres multinationales, le cimentier décide de rester.

Un seul intermédiaire entre Lafarge et Daesh

Cependant, pour se maintenir dans le pays, le cimentier va devoir mettre la main à la poche. Pour assurer la sécurité de ses employés – et donc maintenir l’exploitation de son site – LCS verse à un intermédiaire, «entre 80 000 et 100 000 dollars» par mois, d’après Bruno Pescheux, ex-directeur de la cimenterie entre 2008 et 2014. Mais l’intermédiaire n’est pas un simple porteur de valises. Il s’agit en effet d’un ex-actionnaire minoritaire de l’usine, un certain Firas Tlass. Celui-ci répartit ensuite les fonds entre différentes factions armées, toujours selon Bruno Pescheux. La part du gâteau pour Daesh stricto sensu aurait ainsi représenté environ 20 000 dollars par mois.

En contrepartie, l’organisation d’Abou Bakr al-Baghdadi édite en mai 2014 un laissez-passer, avec la mention suivante : «Prière d’autoriser le ciment venant de Lafarge à passer les barrages». Le 29 juin de la même année, le jour-même où l’organisation autoproclame «le califat» et devient un quasi-Etat, une rencontre aurait même été organisée entre un de ses cadres et le responsable de la sécurité de la cimenterie.

Bénédiction du Quai d’Orsay ?

Selon les révélations de l’enquête, l’affaire remonte même jusqu’au sommet de l’Etat. Cette volonté de rester aurait reçu l’aval des autorités françaises, alors que Laurent Fabius était ministre des Affaires étrangères. «Le quai d’Orsay nous dit qu’il faut tenir, que ça va se régler […] On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie et personne ne nous a dit : « Maintenant il faut que vous partiez »», a plaidé un autre dirigeant de Lafarge, Christian Herrault, ex-directeur général adjoint opérationnel.

D’autres responsables, d’après l’AFP, auraient en outre souligné l’importance de conserver un avantage stratégique afin d’être en première ligne pour participer à la reconstruction de la Syrie une fois la guerre terminée. Ces dirigeants pensaient-ils que les multinationales étaient au-dessus des lois contre le financement du terrorisme, lesquelles ne concerneraient que les particuliers ?

RT – 6 oct. 201

[*] Ndlr: Le groupe terroriste Daesh est issu de l’État islamique d’Irak (EII) créé en 2006; il a commencé à s’étendre et sévir en Syrie en 2013 sous l’appellation État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Et dès juin 2014 sous l’appellation Etat islamique

Lire aussi: http://arretsurinfo.ch/un-ancien-dirigeant-de-lafarge-reconnait-avoir-finance-letat-islamique-avec-laval-de-la-france/

Source: https://francais.rt.com/economie/44262-on-acceptait-racket-ou-on-partait-lafarge-daesh-syrie

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Brèves d'antipresse

UE | Main basse sur l’épargne

Ce fut pendant longtemps un dada des sites conspirationnistes, mais voici que la rumeur se retrouve confirmée par le petit télégraphe de la finance, le quotidien Le Temps: des lois sont votées en Europe permettant de saisir une partie de l’épargne afin de renflouer les institutions financières.

MC SUISSE FAMILLECertes, on invoque le surendettement irrattrapable des Etats et sa conséquence «ubuesque»: l’apparition des taux d’intérêts négatifs, mais la révolution fondamentale n’est pas nommée: l’abolition de la propriété privée et l’autorisation du pillage.

Autrement dit: la «poire pour la soif» que vous avez minutieusement mise de côté sur vos 30’000 euros annuels hors impôts en rognant sur la moindre dépense pourra désormais légalement être prélevée pour éponger les spéculations erratiques des princes de la finance qui gagnent autant chaque jour

http://log.antipresse.net/post/ue-main-basse-sur-lepargne


 

La Suisse, avec son armée de milice, est l’un des pays les plus armés au monde.

Pratiquement chaque foyer y abrite une arme de guerre. Pourtant, les fusillades de masse y sont rarissimes et la criminalité par armes à feu très contenue. Pourquoi? Contrastant avec le militantisme anti-armes pavlovien à feu de certains médias de service public suite au massacre de Las Vegas, Le Temps publie une analyse équilibrée de la culture des armes en Suisse en interrogeant le criminologue Martin Killias ainsi que le président de la Société suisse des officiers, Denis Froidevaux. Comme aux Etats-Unis, il existe dans ce pays une culture des armes, mais son esprit et diamétralement opposé.

«La culture des armes en Suisse, dont les vecteurs sont l’histoire, la tradition, les sociétés de tir et l’armée de milice, est fondamentalement différente de celle des Etats-Unis. La responsabilité individuelle donnée à un jeune de 20 ans à qui l’on remet une arme de service n’est certainement pas étrangère à ces chiffres.» (Denis Froidevaux)

http://log.antipresse.net/post/armes-pourquoi-les-suisses-tuent-si-peu


 

SUISSE | Sus au whiskyslamisme!

La presse internationale le rapporte avec délices: un habitant de Zurich a été interpellé par ses voisins pour avoir arboré un drapeau de l’Etat Islamique à sa fenêtre, flanqué même d’un drapeau… italien.

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«“Devons nous avoir peur ? D’abord ce drapeau italien, puis ce drapeau noir. Êtes-vous un sympathisant de l’État islamique ?", a-t-il pu lire dans un message signé par “des voisins inquiets".»

La Suisse, on le sait, la vigilance «citoyenne» rend les services de renseignement pratiquement inutiles (ce qu’ils s’attachent à prouver de temps en temps). En l’occurrence, il y a eu un petit bug: c’est un drapeau d’une célèbre marque de bourbon qui a été confondu avec celui des coupeurs de têtes. C’est vrai, quoi: quelle idée a-t-il eu, ce Jack Daniel, de choisir un drapeau noir et blanc comme le fanion islamiste?

http://log.antipresse.net/post/suisse-sus-au-whiskyslamisme

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mardi 3 octobre 2017

Crise des Rohingya: pourquoi le Myanmar n’est pas la Syrie

De nombreux analystes et commentateurs de géopolitique ont noté pas mal de similitudes valables entre la crise syrienne et celle qui se déroule maintenant au Myanmar (ex- Birmanie), dans l’Asie du Sud-Est. Toutefois, les différences sont aussi importantes que les similitudes entre ces deux crises. « Aider les lecteurs à comprendre les différents aspects de la crise actuelle au Myanmar en comparant ces différents aspects au conflit toujours en cours en Syrie peut être instructif. Cependant, tirer des conclusions complètes sur les enjeux du conflit du Myanmar en supposant simplement qu’il s’agit d’une répétition des opérations occidentales en Syrie, c’est se tromper fondamentalement », indique Tony Cartalucci.


 

ARG ROYINGAS OBJECTIONLes similitudes

Une attention particulière s’est portée sur les preuves émergentes que l’Arabie saoudite, alliée des Etats-Unis, servait d’intermédiaire pour alimenter des militants dans l’Etat de Rakhine, à l’ouest du Myanmar.

Toutefois, ces militants ne sont qu’un groupe armé, financé et encadré de l’étranger et ils ne constituent qu’une minorité numérique négligeable au regard de la population Rohingya qu’ils prétendent représenter. En fait, ils ne représentent pas plus le peuple Rohingya que les militants d’Al Qaeda ou du soi-disant « Etat islamique » représentent les populations sunnites de Syrie ou d’Irak.

Il est évidemment crucial de pointer la nature de ce financement étranger d’une milice qui tente de coopter la minorité Rohingya au Myanmar. Mais il est tout aussi important de comprendre précisément comment ce financement s’inscrit dans des plans plus larges de l’Arabie saoudite et en fin de compte, de son sponsor étasunien.

Autre similitude soulignée par les analystes : l’instrumentalisation d’associations financées par les Etats-Unis et l’Union européenne et présentées comme des ONG.   Cela comprend notamment des organisations plus importantes comme Amnesty International et Human Rights Watch, ainsi que des organisations sur le terrain au Myanmar et financées par la National Endowment for Democracy (NED) et ses diverses filiales, notamment l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute (NDI), la Freedom House, USAID et l’Open Society.

Ces organisations cherchent intentionnellement à contrôler le récit des faits. Elles tendent à enflammer la situation plutôt qu’a chercher un apaisement. Au final, elles visent à créer un prétexte pour une intervention plus large et plus directe des nations occidentales dans la crise du Myanmar.

Mais les analystes et les commentateurs ne peuvent pas s’arrêter là. Ils doivent faire preuve du même soin pour décortiquer ce qui se cache derrière le gouvernement du Myanmar : qui les a assistés pour prendre le pouvoir lors des récentes élections de 2016, qui a construit leur réseau politique à travers le pays au cours des dernières décennies, et quel rôle jouent-ils dans les projets occidentaux à court et moyen terme pour la nation.

Les différences

Le gouvernement syrien est l’incarnation et la perpétuation d’intérêts spéciaux bien localisés, soutenus par diverses alliances allant de l’Union soviétique d’antan à la Russie, l’Iran et dans une moindre mesure la Chine d’aujourd’hui.

Les États-Unis et leurs partenaires arabes – en particulier l’Arabie saoudite – ont manipulé des milices le long et à l’intérieur des frontières syriennes à partir de 2011 dans le but explicite de renverser le gouvernement et de diviser ce qui reste de la nation entre les marionnettes et les régimes-clients contrôlés par Washington, Londres et Bruxelles.

Au Myanmar, alors que les États-Unis et leurs partenaires saoudiens alimentent apparemment des milices parmi la population Rohingya, ce sont les États-Unis qui ont construit depuis des décennies les réseaux politiques du régime actuel. Avec une Aung San Suu Kyi créée de toutes pièces par le story-telling des médias occidentaux, une campagne de financement énorme et un appui politique. Une façade a été soigneusement établie pour cacher au public la véritable nature nationaliste et même génocidaire de ces « bouddhistes nationalistes » qui sont censés constituer la base du soutien à Suu Kyi.

Un rapport détaillé de 2006 publié par la Campagne Birmanie (Royaume-Uni) révélait comment pratiquement chaque facette du gouvernement actuel du Myanmar a été créée à partir de soutiens politiques et financiers occidentaux. (Note : Les Etats-Unis et le Royaume-Uni continuent souvent à se référer au Myanmar par son ancien nom colonial britannique, « Birmanie »).

Le rapport exposait cela en détail, indiquant : « Restaurer la démocratie en Birmanie et un objectif politique prioritaire pour les Etats-Unis dans l’Asie du Sud-Est. Pour atteindre cet objectif, les États-Unis ont constamment soutenu les militants de la démocratie et leurs efforts à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la Birmanie … Aborder ces besoins exige de la flexibilité et de la créativité. Malgré les défis qui se sont présentés, les ambassades américaines à Rangoon et à Bangkok, ainsi que le consulat général de Chiang Mai, participent pleinement aux efforts pour la démocratie. Les États-Unis soutiennent également les organisations, telles que la National Endowment for Democracy, l’Open Society Institute (nb aucun soutien fourni depuis 2004) et Internews qui travaillent à l’intérieur et à l’extérieur de la région sur un large éventail d’activités de promotion de la démocratie. Les radiodiffuseurs américains fournissent des nouvelles et des informations aux Birmans qui ne disposent pas d’une presse gratuite. Des programmes américains financent également des bourses pour les Birmans qui représentent l’avenir de la Birmanie. Les États-Unis s’engagent à travailler pour une Birmanie démocratique et continueront à utiliser divers outils pour aider les militants de la démocratie. »

Le rapport de 36 pages énumère en détail les programmes américains et européens – allant de la création et du financement de médias, à l’organisation de partis politiques et à l’élaboration de stratégies de campagne pour les élections. On trouve même de bourses d’études à l’étranger pour endoctriner toute une classe de mandataires politiques qui s’avèrera bien utile dans le futur pour transformer la nation en un Etat-client. Durant les dernières décennies, presque chaque aspect de la vie au Myanmar a été ciblé et modelé par des réseaux soutenus par l’Occident et une quantité incalculable de fonds étrangers.

Des preuves similaires révèlent que bon nombre de ces soit-disant groupes de « bouddhistes » nationalistes jouissent également de liens étroits avec des intérêts étasuniens et européens, et qu’ils ont joué un rôle-clé pour porter Suu Kyi au pouvoir.

De plus, de nombreux membres du gouvernement actuel de Suu Kyi sont les bénéficiaires de formations financées par les Etats-Unis. Ainsi, des récits concernant la crise des Rohingyas sont élaborés par le ministre de l’information de Suu Kyi, Pe Myint.

Pe Myint a été exposé dans un article de 2016 du Myanmar Times intitulé «Qui est qui : le nouveau cabinet du Myanmar». Il a participé à une formation financée par le Département d’Etat américain. L’article signalait (c’est nous qui soulignons) : « Anciennement médecin diplômé de l’Institut de médecine, U Pe Myint a changé de carrière après 11 ans et a reçu une formation de journaliste à la Fondation Indochina Media Memorial à Bangkok. Il s’est ensuite engagé dans une carrière d’écrivain, accouchant de dizaines de romans. Il a participé au programme de rédaction international de l’Université de l’Iowa en 1998 et a également été rédacteur en chef du People’s Age Journal. Il est né dans l’État de Rakhine en 1949. »

La Fondation Indochina Media Memorial apparaît dans un câble diplomatique US publié par Wikileaks comme entièrement financée par le Département d’Etat américain par le biais d’intermédiaires divers et familiers. Le câble intitulé «Vue d’ensemble des organisations médiatiques birmanes basées dans le nord de la Thaïlande » indique très clairement (c’est nous qui soulignons) :  » D’autres organisations, dont certaines ont une portée au-delà de la Birmanie, offrent également des opportunités éducatives aux journalistes birmans. Par exemple, la Fondation Indochina Media Memorial, basée à Chiang Mai, a proposé l’année dernière des formations pour les journalistes de l’Asie du Sud-Est qui comprenaient des participants birmans. Les principaux bailleurs de fonds pour les programmes de formation en journalisme dans la région comprennent la NED, l’Open Society Institute (OSI) et plusieurs gouvernements et organismes de bienfaisance européens… »

Evoluant parmi ces « ONG » financées par les Etats-Unis, beaucoup de ceux qui s’opposent au gouvernement de Suu Kyi sont en fait des anciens étudiants qui ont suivi les mêmes programmes made in US que de nombreux membres du gouvernement actuel.

En bref, la principale différence entre le Myanmar et la Syrie, c’est qu’en Syrie, les Etats-Unis alimentent des milices pour renverser un gouvernement qui échappe à son influence. Au Myanmar, les Etats-Unis manipulent une nation entière à travers deux vecteurs qu’ils contrôlent totalement – des militants qui se développent d’un côté, et un establishment politique qu’ils ont créé de toutes pièces de l’autre.

 

Aller au-delà de l’analyse par analogies

 

Aider les lecteurs à comprendre les différents aspects de la crise actuelle au Myanmar en comparant ces différents aspects au conflit toujours en cours en Syrie peut être instructif. Cependant, tirer des conclusions complètes sur les enjeux du conflit du Myanmar en supposant simplement qu’il s’agit d’une répétition des opérations occidentales en Syrie, c’est se tromper fondamentalement.

Les États-Unis cherchent à diviser et à détruire tout l’Etat syrien. Au Myanmar, leurs efforts sont concentrés sur l’Etat occidental de Rakhine. Compte tenu de la démographie du Myanmar, les risques de propagation de la crise sont très faibles. C’est aussi précisément dans l’Etat de Rakhine que la Chine a investi massivement pour son projet de Nouvelle Route de la Soie avec un port de mer à Sittwe, des routes, des voies ferrées, des projets de pipeline qui devrait s’étendre jusqu’à la frontière chinoise et éventuellement jusqu’à Kunming.

L’opposition, sous la forme d’ONG locales financées par l’argent du Département d’Etat US, ou les violences secrètement appuyées par les Etats-Unis et leurs intermédiaires, ont systématiquement tenté de troubler les projets d’infrastructures chinois à travers le monde, y compris au Myanmar. Dans ce pays, les barrages de fabrication chinoise se heurtent à l’opposition de réseaux d’ONG financés par les Etats-Unis. Des groupes de militants, accusés d’avoir reçu le soutien des Etats-Unis, ont attaqué des projets chinois à travers tout le pays. Et le conflit actuel dans l’Etat de Rakhine, alimenté des deux côtés par les Etats-Unis, menace non seulement de faire dérailler les futurs projets chinois, mais pourrait aussi servir de prétexte pour positionner des forces occidentales au Myanmar, un pays frontalier de la Chine.

Placer les forces américaines – à quelque titre que ce soit – le long des frontières de la Chine, est un objectif à long terme avoué par les décideurs américains depuis des décennies. Des Pentagone Papers datant de la Guerre du Vietnam au rapport des années 2000 du PNAC intitulé «Reconstruire les défenses de l’Amérique», en passant par la politique du « Pivot asiatique » de l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton, le même thème revient sans cesse : encercler et contenir la Chine, soit en s’appuyant sur des Etats-clients obéissant à Washington, soit en créant le chaos tout autour de la Chine.

Il est clair que les projets américains en Syrie et au Myanmar utilisent des réseaux et des tactiques similaires. Il est clair également que les deux conflits s’inscrivent dans une stratégie mondiale plus vaste. Il existe sans aucun doute des sujets familiers qui émergent de ces deux conflits. Cependant, ce qui est différent entre la Syrie et le Myanmar est tout aussi important.

Les analystes et les commentateurs doivent tenir compte des décennies de financement US et européen qui ont placé le gouvernement actuel du Myanmar au pouvoir. Ils doivent tenir compte de la nature chirurgicale de la déstabilisation confinée à l’Etat de Rakhine au Myanmar. Rien à voir avec la déstabilisation totale alimentée en Syrie. Il faut également identifier les motifs qui sous-tendent les projets américains au Myanmar.

On ne peut pas supposer simplement que les militants soutenus par les États-Unis et les Saoudiens visent à renverser le gouvernement plutôt que de graisser les rouages d’un autre objectif, plus indirect – qui peut-être vise même à préserver le gouvernement actuel du Myanmar plutôt que de le renverser en attaquant le pouvoir de l’armée nationale, encore puissante et indépendante. Ce genre de suppositions ne fera qu’aider l’injustice, plutôt que de l’entraver. Les analogies tirées des deux différents conflits ne sont utiles que pour simplifier des explications et des conclusions déjà amenées par des recherches plus approfondies.  

 

Source originale: Land Destroyer

Traduit de l’anglais par Investig’Action

Source: Investig’Action

http://www.investigaction.net/fr/33064/

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lundi 2 octobre 2017

Le double jeu US en Syrie: pourquoi les actions s’écartent des discours

Alors que la Russie mène depuis deux ans une opération antiterroriste en Syrie, Washington affirme que la lutte contre le terrorisme est l’objectif primordial des États-Unis. Néanmoins, les déclarations du Pentagone diffèrent de ses actions. Les experts militaires reviennent sur ce sujet pour commenter à Sputnik ce «double jeu» américain en Syrie.

1033032989Prônant la lutte antiterroriste sur le territoire syrien comme étant l'une des priorités de la politique des États-Unis, Washington semble agir à l'inverse de ses déclarations. Moscou a maintes fois dénoncé le «double jeu» des autorités américaines en Syrie, notamment en publiant récemment des clichés attestant de la présence, confirmée par des photos aériennes prises dans la région de Deir ez-Zor, des Forces démocratiques syriennes (FDS) et d'unités spéciales américaines dans des zones contrôlées par Daech. À l'occasion des deux ans des opérations antiterroristes russes en Syrie, les experts militaires expliquent à Sputnik les raisons de cette politique de Washington.

«Amitié avec tout le monde»

«C'est la base de la politique américaine au Proche Orient, soutenir les uns et les autres. Le résultat, premièrement, c'est qu'ils créent un système de charges et de contrepoids lorsque les alliés sont bien tenus, tandis que les structures d'opposition ne gagnent pas en puissance. Dans le cas d'un soutien à l'opposition intérieure à un État, ils ne cherchent qu'une chose. Lorsque l'un de ces régimes tombe, ils ont déjà une certaine structure qui, étant favorable aux Américains, va prendre la relève et diriger le pays. Ce qui compte le plus pour eux, c'est la loyauté à leur égard dans la région», a expliqué à Sputnik le spécialiste de l'Académie russe de l'économie nationale, Sergueï Demidenko.

Cette même idée est partagée par la conseillère du directeur de l'Institut russe des recherches stratégiques, Elena Souponina.

«La Russie est beaucoup plus intéressée que les États-Unis par le règlement du conflit syrien, c'est évident. Officiellement, les Américains mènent également une lutte contre le terrorisme dans ce pays. Cependant, Washington n'a pas oublié l'objectif de renversement du pouvoir en Syrie. C'est pour cette raison que les Américains sont en coquetterie avec les autres forces, y compris radicales, en espérant les utiliser dans l'avenir contre le gouvernement de Bachar el-Assad», a-t-elle affirmé, à son tour.

«Avec la disparition de Daech, l'idée persiste toujours»

Malgré tous ces obstacles, qui compliquent le règlement de ce conflit de longue haleine, de plus en plus de Syriens reprennent le rythme normal de leur vie, oublié pendant toutes ces années, lorsque le pays était sous l'emprise de Daech.

Mais malgré le nombre de victoires significatives faisant reculer les djihadistes, les experts restent plutôt sceptiques à ce sujet.

Ainsi, selon Mme Souponina, la défaite de Daech ne mettra pas fin au terrorisme en Syrie.

«Il y a d'autres organisations terroristes comme le front al-Nosra qui garde le contrôle sur la province d'Idlib, la lutte avec ce groupe nécessitera des efforts supplémentaires», a-t-elle argumenté.

En outre, l'experte est persuadée que les djihadistes de Daech se sont préparés à ces défaites, en élaborant leur stratégie.

«Malheureusement, ce ne sont pas tous les terroristes de cette organisation qui vont être éliminés, beaucoup d'entre eux vont s'installer dans d'autres pays, y compris en Europe. L'organisation terroriste perd une partie de ses points stratégiques en Syrie mais, à mon avis, il serait encore trop optimiste de parler d'extermination totale», a-t-elle poursuivi.

C'est par ailleurs le même constat fait par Sergueï Demidenko, en soulignant que «si ce n'est pas Daech, ce sera bien quelqu'un d'autre».

«Même avec la disparition de Daech, son idéologie persistera toujours. L'islam radical attire des individus qui estiment que le monde n'est pas fait de la façon dont il devrait être…. Tous ces frustrés se regroupent sous les drapeaux de l'islam radical et plaident en faveur de leurs droits puisque l'islam officiel s'associe pour eux avec la corruption, la trahison, etc.», a-t-il relaté.

Dans le même temps, M.Demidenko n'exclut pas une nouvelle spirale de la guerre civile après «la défaite d'un ennemi commun en la personne de Daech».

«On ne peut pas encore, bien évidemment, parler de règlement politique total… Le Front al-Nosra, Ahrar al-Cham, Jaych al-Islam, ne pourront pas coexister avec le régime de Bachar el-Assad», a-t-il conclu.

Le 30 septembre 2015, les forces aérospatiales russes ont réalisé leurs premières frappes contre les positions du groupe terroriste Daech en Syrie. En deux ans, l'aviation russe a effectué plus de 30.000 sorties, portant plus de 92.000 frappes aériennes. Ceci a permis de libérer plus de 89% du territoire syrien.

https://fr.sputniknews.com/international/201709301033267761-syrie-daech-usa/

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dimanche 1 octobre 2017

Jean-Loup Izambert – 56

Après Trump face à l’Europe, le journaliste Jean-Loup Izambert revient avec un nouveau livre, 56, en deux tomes dont je vous propose de découvrir le premier. L’auteur n’y va pas par quatre chemins et donne le ton en quatrième de couverture. « Dirigeants politiques et hauts fonctionnaires à la tête de l’État français, ils soutiennent des criminels et des terroristes. Hier ils ont protégé certains d’entre eux des recherches d’Interpol, aujourd’hui ils en soutiennent d’autres pour renverser le gouvernement syrien ».

ARG IZAMBERT TERRORISMECe livre est une mise en accusation de l’État français dans cette guerre en Syrie. Il articule des retours historiques avec des notes d’informations et des documents officiels d’Interpol pour étayer son argumentaire. L’auteur montre comment notre État cultive littéralement des souches islamistes pour en envoyer les fruits empoisonnés au Moyen-Orient déstabiliser les pays du monde arabe qui ne sont pas alignés sur l’atlantisme revendiqué par certaines élites parisiennes. On retrouve par exemple des informations historiques étonnantes comme des camps d’entraînement en France, organisés déjà par les nazis avec les Frères musulmans pour lutter contre les partisans en Yougoslavie. Un journaliste allemand a été condamné récemment à six mois de prison pour avoir publié la photo d’Hitler avec le grand mufti de Jérusalem – comme quoi la vérité est toujours aussi mal venue quand elle gêne les puissants.

Jean-Loup Izambert nous fait voyager à travers toute l’Europe et le Moyen-Orient à la poursuite d’une incroyable liste d’acteurs de l’ombre à cheval entre religion, grand banditisme et terrorisme politique. Il explique à chaque fois le parcours de l’individu, ses liens avec la mouvance islamiste, ses contacts avec les États, notamment la France où des terroristes seront reçus à l’Élysée par François Hollande ou encore à l’Assemblée nationale, en toute décontraction.

L’élément le plus caricatural est sans doute ce fameux Observatoire syrien pour les droits de l’homme où quelques personnes, dont un certain Ali Suleiman alias Rami Abdel Rahmane, en Angleterre, soutenu par le MI6 qui prétend donner la vérité depuis un bureau à Londres sur la situation très complexe en Syrie, le tout repris complaisamment par l’AFP ou Reuters.

On peut voir aussi apparaître tous les États impliqués dans cette guerre, la Turquie, l’Arabie saoudite, les USA, la Russie, Israël et tant d’autres sans compter les tribus locales, les Kurdes, des querelles de personnes, des réseaux mafieux, l’histoire du panarabisme, l’ombre de la guerre des Six jours.

Les dernières années du conflit ont montré un virage notable avec la livraison d’armes aux djihadistes en ligne quasi directe du « Camp du Bien », notamment de la France, au mépris total du droit international. Il faudra beaucoup de temps et de patience pour reconstruire le droit international si tant est qu’on puisse le faire tant le concept de guerre éternelle semble devenue la norme dans certains milieux.

C’est un livre extrêmement riche en noms, en détails opérationnels, en descriptions de réseaux. Pour ceux qui suivent la situation d’un peu loin, vous y trouverez beaucoup d’informations pour vous convaincre de la réalité de ce qui se passe dans l’ombre. La simple énonciation de ces détails dans les médias de masse suffirait à ébranler l’État français, on comprend que l’accès à ces médias soit verrouillé à double tour.

Interview de Jean-Loup Izambert du 20 septembre 2017

– Bonjour Mr Izambert. On vous connaît sur notre site avec la présentation de votre précédent ouvrage, Trump face à l’Europe. Comment ce livre 56 est-il lié au précédent ?

Jean-Loup Izambert : – J’ai écrit Trump face à l’Europe entre les deux tomes de 56 et ces trois ouvrages sont liés. L’actualité, avec l’élection de Donald Trump, m’y a poussé. Il était nécessaire de rappeler la réalité de la politique étasunienne contre l’Europe comme la nature du pouvoir politique de Washington. Trump face à l’Europe traite des guerres menées par « le pays de la guerre » contre l’Europe pour empêcher le versant Ouest de la petite Union dite « européenne » de retrouver son grand espace, son cœur, sa pleine puissance continentale. Depuis 1990, les dirigeants étasuniens ont la hantise de voir l’Europe occidentale et centrale développer leurs liens naturels, géographiques, historiques, culturels, politiques, économiques avec la première puissance en devenir de  notre continent qu’est la Fédération de Russie.

C’est la raison pour laquelle ils mènent de front plusieurs guerres – économique, financière, médiatique, diplomatique, militaire – contre les principaux pays d’Europe, de Paris à Moscou, de Stockholm à Athènes. Les flux migratoires qu’ils ont favorisés en ouvrant par la guerre deux corridors de déportation de populations, la « filière Méditerranée » au sud suite à la guerre contre la Libye, la « filière des Balkans » à l’est par le Kosovo avec la guerre contre la Syrie, participent à la déstabilisation des principaux pays de la petite Union « européenne ». Les dirigeants atlantistes au pouvoir en France non seulement s’alignent sur cette politique destructrice mais y contribuent politiquement, économiquement, diplomatiquement et militairement. À cette fin, les dirigeants de ces pays instrumentalisent également des groupes terroristes pour détruire les États qui s’opposent au pillage de leurs richesses. Les deux tomes de 56 traitent plus particulièrement du rôle joué par des dirigeants français, tantôt pour protéger, tantôt pour soutenir des organisations criminelles.

C’est un processus en cours depuis les années quatre-vingt dix que je qualifie d’« amitiés franco-terroristes ». Bien évidemment, vous y retrouvez la présence des dirigeants de Washington, pliés de rire de voir leurs homologues français faire le « sale boulot » à leur place. Pour s’approprier de « nouveaux territoires économiques », les sociétés transnationales ont besoin de l’intervention de l’État, avec leur armée en dernier recours si nécessaire, afin d’abattre les gouvernements qui entravent leur pillage. Bien entendu, dans ce système économique qui ne repose que sur l’accumulation de profits par la caste mondiale des ultra-riches, elles se livrent entre elles à d’autres guerres afin de se disputer la plus belle part du « gâteau » pour lequel elles sont en concurrence. Je décris ce processus dans Trump face à l’Europe avec plusieurs témoignages et exemples. Dans les deux tomes de 56 je m’arrête plus particulièrement  sur l’instrumentalisation du terrorisme par des dirigeants français.

– Vous liez le réseau des Frères musulmans dans les années 1990 à une forme de pillage via un néocolonialisme. Est-ce que cette notion de pillage ne sur-détermine pas l’histoire des implications occidentales au Moyen-Orient depuis le XIXe siècle?

Oui, les dirigeants des Frères musulmans ouvrent les portes du monde arabe au pillage des sociétés transnationales occidentales. Pour comprendre comment et pourquoi, il faut s’arrêter sur l’historique du développement de leurs réseaux, y compris en Europe. Sans entrer ici dans les détails comme l’ont fait différents chercheurs et historiens arabisants tels Olivier Carré et Gérard Michaud dans leur ouvrage Les Frères musulmans (Editions Gallimard) ou le journaliste Ian Johnson avec son investigation Une mosquée à Munich (Editions JC Lattès), qui sont ces Frères musulmans qui se prétendent « au service de l’Islam » ?

Leurs premières organisations ont vu le jour à partir de l’Égypte où est né leur mouvement en 1928 pour lutter contre le colonialisme anglais, les répressions et la misère. Agissant sous la bannière de la religion musulmane, ils vont progressivement s’implanter dans tous les pays arabes. Mais, ils vont très vite devenir une organisation politique qui, forte de son influence dans les couches les plus pauvres de la société, va d’abord composer et louvoyer avec les bourgeoisies nationales puis, plus tard, tenter de s’emparer du pouvoir par la force pour imposer leur dictature religieuse. Dès 1929, les premiers dons qu’ils reçoivent en Égypte viennent de la Compagnie du Canal par laquelle les Anglais contrôlent le canal de Suez. Par la suite, nombre de leurs principaux dirigeants, exceptions faite de certains d’entre eux comme le Syrien Issam al-Attar, se mettront toujours au service des impérialistes.

Mais ce sont les années 1945-1950 qui commenceront de mettre à jour la duplicité des dirigeants des Frères musulmans. Publiquement, ils appellent les masses à se révolter contre l’injustice et l’occupant étranger, dans la coulisse ils pactisent avec les bourgeoisies des puissances impérialistes contre les peuples arabes. Cette condamnation des traîtres à la « nation arabe » ne doit pas nous faire oublier que des musulmans comme le Tatar Mirsaid Sultan Galiev ont été des révolutionnaires dont la pensée continue de faire débat près de quatre-vingt ans après leur mort. N’oublions pas non plus que communistes et musulmans manifestaient ensemble dans les années 1920 puis, plus tard, en 1948 en Égypte, face au parti Wafd, contre la gouvernement et les Anglais.

Entre temps, lors de la Seconde Guerre mondiale ils collaboreront avec les Allemands. Leur premier grand recrutement, organisé par les Frères, se fera avec les nazis pour former une division SS de vingt et un mille soldats musulmans venus de plusieurs pays arabes et des Balkans encadrée par des mollahs et des imams, la division Waffen SS Handschar. Regroupée en France dans le Massif  central dans un premier temps, elle sera répartie sur les départements du Puy-de-Dôme, du Cantal, de la Haute-Loire, de l’Aveyron, de la Lozère et de la Corrèze où ses combattants seront entrainés. Puis elle sera ensuite exportée sur les Balkans où elle se livrera à des crimes de masse et tentera, sans succès, de venir à bout de la résistance communiste. À la fin de la guerre, refusant de coopérer avec les autres forces sociales engagées dans la lutte anti-impérialiste et révolutionnaire, la plupart des dirigeants des Frères musulmans se mettront au service de la CIA contre l’influence grandissante des mouvements communistes et nationalistes arabes.

Instrumentalisant leurs dirigeants, les services étasuniens les conduiront à s’opposer aux forces révolutionnaires de peur qu’un front commun avec celles-ci ne les chasse des pays dont ils convoitent les richesses. C’est la période de leur implantation en Europe à partir de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la Suisse. Le second grand recrutement sera celui opéré dès la première guerre d’Afghanistan, de 1979 à 1992, pour mettre des troupes de dizaines de milliers de combattants au service des occidentaux afin d’abattre la République démocratique d’Afghanistan. Un troisième recrutement sur plusieurs pays arabes aura lieu à la fin des années 1980, essentiellement avec le soutien de l’Arabie saoudite, pour mettre des groupes de combattants à disposition des milices politico-mafieuses de l’UCK. Il s’agit alors, avec le soutien de la CIA et de l’OTAN, d’éclater la République fédérative socialiste de Yougoslavie en plusieurs États. Le quatrième grand recrutement sera celui opéré en 2010-2011 pour former des brigades de mercenaires afin de renverser le gouvernement libyen, puis le gouvernement syrien. Les services étasuniens, anglais, français, turcs, jordaniens seront, avec ceux des dictatures du golfe Persique, les principaux acteurs de ces deux guerres d’agression. Depuis les années 1940, à qui ont profité toutes ces guerres dans lesquelles ils jouent à la fois le rôle de recruteurs et de martyrs en répandant la terreur et la mort ? Certainement pas aux peuples mais aux anciennes puissances coloniales et à leurs sociétés transnationales. Partout où vous avez eu les Frères musulmans au pouvoir dans des pays du Proche-Orient, même peu de temps comme en Tunisie ou en Égypte, les peuples ont rapidement régressé, la misère déjà grande s’est encore accrue tandis que les sociétés transnationales occidentales se sont enrichies et que les bases militaires US se sont implantées.

– Faut-il parler de pillage ou peut-on aussi parler de capitalisme et du fait « que la terre (les ressources) appartient à qui en tire le meilleur rendement » comme le dit justement Hervé Juvin dans son livre « La grande séparation » ?

Ce pillage est le résultat de décisions planifiées par les directoires des sociétés transnationales occidentales pour s’approprier ce qu’elles appellent de « nouveaux territoires économiques ». Elles ont besoin à cette fin de l’intervention de l’État qui peut aller d’actions diplomatiques à la guerre en passant par des sanctions économiques et financières et autres opérations de déstabilisation. Je traite de ces plans préparés longtemps à l’avance dans Trump face à l’Europe avec les témoignages de plusieurs intervenants, notamment celui de John Perkins qui fut l’un des ces « assassins financiers » au service de transnationales étasuniennes ou de celui du professeur Michel Chossudovsky directeur du Centre de recherche sur la mondialisation (www.mondialisation.ca). « Le meilleur rendement », mais comment et au profit de qui ? Pour les grands propriétaires privés de la finance et de l’économie, « le meilleur rendement » est le seul rendement financier, celui qui leur permet d’assurer leur enrichissement colossal et de préserver leur système et leurs privilèges. Peu importe les conséquences de leur course effrénée au profit maximum immédiat, qu’elles soient humaines, environnementales ou autres. Il leur faut détruire systématiquement toutes les structures étatiques qui s’opposent à leurs pillages.

A l’opposé, dans une société socialiste, « le meilleur rendement » est celui qui permet l’exploitation des ressources de la planète, la mobilisation des intelligences, du potentiel créatif, du Capital au service de l’intérêt général. Le critère financier n’est plus le seul à être pris en considération et la satisfaction des besoins du peuple, de l’intérêt général, l’emporte sur celui des intérêts privés des grands possédants. Cela suppose la démocratie politique directe et la démocratie économique, en premier lieu dans la gestion des entreprises financières, des banques, des grands moyens de production et d’échange. Cette démocratie ne peut être réalisée que par des peuples conscients des objectifs politiques à réaliser pour décider de l’utilisation des richesses et être ainsi maîtres de leur avenir.

Deux exemples si vous voulez bien, qui illustrent, l’un qu’il est possible pour un État seul de s’opposer à ce pillage et de se développer au profit de l’intérêt général, l’autre qui pose la question essentielle de la conscience politique nécessaire pour sortir de la crise capitaliste : Cuba, pays qui subit le blocus des États-Unis depuis février 1962 est aujourd’hui un exemple mondial en matière de santé publique. Non seulement la médecine y est pratiquement gratuite – y compris des traitements lourds comme ceux pour lutter contre le cancer ou le SIDA – mais depuis sa première promotion en 2005 la nouvelle école latino-américaine de médecine de La Havane a formé plus de quinze mille médecins d’une trentaine de pays, y compris des États-Unis. Ceux-ci travaillent aujourd’hui dans quatre-vingt pays. Cuba compte aujourd’hui 7 médecins pour 1000 habitants quand la France n’en a plus que 3 ! De même, les chercheurs cubains sont à l’avant-garde dans le traitement de nombreuses maladies. Par exemple, ils viennent de mettre au point le premier vaccin contre le cancer du poumon. Comment et pourquoi cela a-t-il été possible dans un petit État sans grandes ressources qui subit l’un des plus longs et durs blocus imposé à un peuple par les impérialistes ? Parce que le gouvernement révolutionnaire cubain accorde la priorité à l’éducation, à la santé et à la recherche scientifique. Il a fait de la santé une question nationale en développant, non pas la privatisation des structures de la santé au profit de transnationales de l’industrie pharmaceutique et autres, mais les centres de santé publique dans tous les secteurs d’activité, de la médecine de prévention à la recherche.

Deuxième exemple, à l’opposé de celui-ci : lors de la campagne des élections présidentielles française, exception faite de l’UPR, aucun des candidats n’a fait de proposition concrète, nécessaire et suffisante pour que la France retrouve totalement le contrôle de sa stabilité monétaire et financière. Aucun parti n’a abordé concrètement  la question de la place de la banque et de la finance dans la société, la question de la restructuration du secteur bancaire et de sa gestion. Or, prétendre vouloir changer les choses comme l’ont déclaré Monsieur Mélenchon, Madame Le Pen et les candidats des autres partis sans traiter réellement et à fond de ces questions, c’est tromper le peuple ; c’est le conduire dans l’impasse comme l’a fait le mouvement Syriza et le gouvernement Tsipras en Grèce. Il s’agit là d’une question primordiale qui doit faire l’objet d’un vaste débat national, non seulement pour les secteurs bancaire et financier mais pour tous les secteurs clés de l’économie. Avez-vous vu des partis politiques ou des centrales syndicales mener campagne sur cette question ? Ne pas les aborder revient à mettre le peuple dans la situation d’une ménagère qui irait faire ses courses sans son porte-monnaie. Une fois seulement cette question débattue et les propositions politiques indispensables pour rompre avec le système élaborées et soutenues par un vaste mouvement majoritaire à la conscience civique, le « meilleur rendement » peut être réalisé, non plus au profit d’une minorité d’accapareurs mais de l’intérêt général du peuple. Là, est la grande séparation. Tout le reste n’est que discours qui ignore l’essentiel.

– Pour en revenir au livre, et sans dévoiler le tome 2, à qui profite ce double jeu au plus haut sommet de l’État français ?

Ce jeu profite comme je l’ai dit aux grands propriétaires privés de la finance et de l’économie. Les individus placés à la tête de l’État sont, pour la plupart, tous issus des mêmes écoles dans lesquelles ils ont été formatés pour assurer la continuité du système. Ce sont, pour reprendre l’expression d’Hervé Sérieyx, universitaire, ancien haut fonctionnaire, dirigeant d’entreprise et chercheur en organisation d’entreprise, dans son très bon essai « Alerte sur notre contrat social » (Editions Eyrolles), des « compteurs de petits pois », des esprits qui se ferment accrochés aux institutions et aux idées d’hier dans un monde qui s’ouvre, innovant et interactif. Dans son ouvrage sur « Le nouveau capitalisme criminel », paru aux éditions Odile Jacob, Jean-François Gayraud, haut fonctionnaire de la police nationale, décrit cette hybridation entre les cercles financiers et l’appareil d’État : « Il s’agit, analyse-t-il, d’un capitalisme de connivence, aux pratiques quasi mafieuses, régi par une supra-classe qui s’accommode parfaitement d’une  démocratie  de  basse  intensité : votez pour qui vous voudrez, cela est indifférent, puisqu’au final, c’est le marché et non le Parlement qui décide. L’aristocratie financière aux commandes est servie à la fois par une classe politique aux ordres, constituée de débiteurs, et par un nouveau clergé, non plus catholique, mais médiatique, disant le bien et le mal et lui conférant sa légitimité. »

Des zones de non-droit se sont ainsi installées au plus haut sommet de l’État. Et, plus la crise capitaliste s’aggrave, plus le pouvoir politique se criminalise. Il se criminalise financièrement sous la pression des groupes financiers et des réseaux des anciens des grandes écoles qui, par opportunisme carriériste, frayent avec les milieux du grand patronat financier et leurs exécutants politiques. Ce n’est pas, contrairement à son discours, pour rétablir l’autorité de l’État que l’ancien président Sarkozy a voulu dépénaliser le droit des affaires mais bien pour laisser un peu plus les mains libres au clan des grands propriétaires privés de la finance et de l’économie. Toutes les mesures qui ont été prises par les différents gouvernements et le sont aujourd’hui par le gouvernement Philippe – destruction du Code du travail, quasi-suppression de l’impôt sur la fortune, démembrement des territoires de la République, subventions d’État annuelles moyennes de plus de 140 milliards d’euros et exonérations fiscales aux plus importantes sociétés transnationales capitalistes, aggravation des conditions de vie des retraités, etc. – tendent au même objectif : protéger le clan des ultra-riches auquel ils sont redevables de leur mise en scène et de leur pouvoir. Mais le régime se criminalise aussi politiquement. Il ne s’agit pas seulement d’affaires qui surgissent ici et là au gré de la criminalisation financière du pouvoir politique mais d’un processus continu qui monte en puissance jusqu’à gangréner l’appareil d’État.

Les « amitiés franco-terroristes » ne sont pas les relations d’un soir de quelques politiciens véreux avec quelques criminels pour favoriser des intérêts particuliers. C’est le développement de relations suivies, sur le long terme, entre des dirigeants politiques français, tous liés, comme par hasard, au milieu atlantiste, avec des organisations criminelles dont plusieurs membres ont été ou sont impliqués dans des organisations terroristes. Il faut bien comprendre que le terrorisme n’est que l’outil du système politique pour assurer sa survie alors qu’il est en voie d’implosion. C’est la raison pour laquelle il faut identifier et désigner ceux qui sont derrière les tueurs. À la lecture des deux tomes de 56 dans lesquels je publie divers documents, les lecteurs pourront se faire une idée de l’hypocrisie de certains politiciens français. Voir, par exemple, Monsieur Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Philippe, se rendre à Barcelone, au mois d’août 2017, pour pleurer sur les victimes d’attentats et appeler à lutter contre le terrorisme est une vraie mascarade. Ce ministre n’a-t-il pas lui-même, sur ordre de l’ancien président Hollande, fait organiser des livraisons de matériel militaire et d’armes dans la plus complète illégalité, en bafouant notamment le Traité international sur le commerce des armes (TCA) et la Position commune européenne, au profit de groupes irréguliers et criminels de la même idéologie théocratique que les auteurs de ces attentats ?

– Comment obtient-on des fiches Interpol ? N’êtes-vous pas une forme de boîte aux lettres pour dévoiler ce que certains, intégrés dans les plus hautes instances de l’État, ne peuvent pas dire publiquement ?

Je n’ai pas vocation à être la boîte aux lettres de quiconque. Je produis en fin des deux tomes de 56 quelques uns des nombreux documents collectés au fil des mes enquêtes sur les « amitiés franco-terroristes ». Effectivement, j’ai constaté, au fil des ces années d’enquêtes, une évolution dans les milieux policier, du renseignement, de la justice, de la diplomatie, et pas seulement en France. De plus en plus de fonctionnaires, parfois très proches du pouvoir politique, sont en désaccord complet avec les décisions de leurs hiérarchies. Certains d’entre eux estiment aujourd’hui que la mission dans laquelle ils se sont engagés par vocation n’a plus rien à voir avec les ordres qu’ils reçoivent. Des fonctionnaires qui ont choisi de défendre leur pays n’acceptent plus d’exécuter des ordres contraires à leur mission, par exemple d’acheminer du matériel militaire et des armes à destination de groupes dont elles connaissent les ramifications avec des réseaux terroristes. Ils ont conscience que ces jeux dangereux ordonnés par des politiciens sans scrupules peuvent avoir de terribles conséquences. Les attentats qui se produisent actuellement en Europe en sont une illustration. Ce qui est nouveau, depuis quelques années, c’est qu’ils ne veulent plus laisser faire sans réagir d’une manière ou d’une autre.

Étant tenus à un devoir de réserve, certains confient parfois des informations, des pistes de recherche ou favorisent des contacts qui permettent de pousser plus loin l’investigation, de compléter ou vérifier des informations par différentes sources. C’est un fait très important car il faut souvent de longues semaines, voire parfois des mois pour vérifier l’exactitude de faits qui se passent parfois à des milliers de kilomètres. J’exerce mon métier depuis près de quarante-cinq années, suis connu et ne publierai jamais aucun document sans avoir procédé à sa vérification. Je pense que le respect de la parole donnée au fil des années a aussi favorisé des contacts de qualité que j’ai pu établir par des fonctionnaires ou des personnes proches des centres de décision et je les remercie de leur confiance. J’ai reçu quelques documents de manière anonyme, apparemment très intéressants, mais n’ai utilisé aucun d’eux n’ayant pu encore vérifier ni l’exactitude de leur source, ni la réalité des faits qu’ils contenaient. Pour ce qui est des notices rouges d’Interpol que je publie concernant des Frères musulmans recherchés un temps par l’Organisation internationale de la police criminelle et protégés par des dirigeants français, toutes ont été vérifiées.

Par ailleurs, j’ai complété ces données par de nouvelles enquêtes que j’ai menées, y compris à l’étranger, ce qui m’a permis de remonter certaines filières de leurs réseaux. À elle seule, la banque des Frères musulmans et sa nébuleuse dans laquelle se niche une multitude de sociétés implantées en Suisse, en Allemagne, en Angleterre et dans les places offshore est une véritable pieuvre aux multiples ramifications où se mêlent institutions caritatives et bancaires. Mais sachez également qu’Interpol dispose aujourd’hui d’un site Internet (www.interpol.com) par lequel il est possible de vérifier des informations et même de rechercher des individus impliqués dans différents crimes, de la pédophilie au terrorisme en passant par toutes sortes de crimes.

– Face à la propagande caricaturale à l’Ouest et en France en particulier, n’y a-t-il pas un risque pour nous de tomber dans une forme de contre propagande aussi manichéenne que l’autre ? Le père du président actuel avait mis en place une police politique assez féroce.

Il faut être d’autant plus vigilant que des politiciens et certains journalistes peu soucieux de la réalité des faits refont parfois l’histoire à leur manière. Par exemple, certains d’entre eux présentent la répression de Hama en février 1982 comme un crime du gouvernement syrien. Ceux-ci oublient juste de dire l’essentiel, à savoir ce qui a provoqué cette réaction du gouvernement de l’époque : depuis l’attentat que les Frères musulmans ont organisé contre l’école d’artillerie d’Alep en juin 1979, attentat dans lequel 83 élèves trouvèrent la mort, les Frères musulmans n’ont eu de cesse de répandre la terreur dans le pays à coups de bombes. Ils ont tenté à plusieurs reprises d’assassiner le président Hafez el-Assad, multiplié les attentats sauvages dans toutes les grandes villes de Syrie, appelé à l’insurrection depuis les mosquées qu’ils contrôlaient, attaqué les établissements publics, les coopératives de consommation, des écoles  et, d’une manière générale, s’en sont pris à tous les symboles de la république laïque. Mais qu’ont-ils fait d’autre dans tous les pays du Maghreb ? Qu’ont-ils fait d’autre à nouveau en République arabe syrienne, cette fois avec le soutien actif des États-Unis, de l’Angleterre et de la France ? Il est particulièrement grave de voir des dirigeants français apporter depuis des années un soutien continu à de tels groupes assassins par une véritable propagande de guerre, du matériel de guerre et des armes. Pour justifier leur engagement auprès de ces tueurs en série, les dirigeants français ont recouru aux pires mensonges : tantôt « Bachar faisait tirer sur le peuple par son armée », « le régime syrien » était présenté comme « une dictature sanglante », tantôt « les élections en Syrie ne sont pas valables » ou encore « l’armée syrienne utilise des armes chimiques ».

Mais, vous remarquerez que pratiquement personne en France, exception faite de quelques rares journalistes et spécialistes du Proche-Orient, n’a rendu compte de la réalité de la société syrienne ni des vrais responsables des massacres que sont les Frères musulmans au-travers d’organisations qu’ils contrôlent en sous-main. Comme vous avez pu le lire dans le document d’un service de renseignement, depuis les années quatre-vingt dix ceux-ci ont recouru au même plan pour tenter de s’emparer du pouvoir. Savez-vous, par exemple, que l’Armée syrienne libre (ASL) est une organisation armée qui a été constituée par des Frères musulmans infiltrés dans les rangs de l’armée ? Cette structure armée massivement par plusieurs pays, dont la France, est à l’origine du conflit qui a ensanglanté la Syrie, dés 2011, par des actions criminelles. Pour déclencher leur nouvelle guerre, ils ont envoyé des snipers embusqués tirer sur la population et sur les forces de l’ordre lors de manifestations pacifiques pour se présenter ensuite comme les martyrs victimes d’une « dictature sanglante ». Ils ne faisaient que suivre le mot d’ordre de Rached Ghannouchi, le dirigeant des Frères musulmans tunisiens, qui, dans des cassettes audio appelant à la violence dans les années quatre-vingt dix, se réjouissait du nombre de victimes tombées dans leurs provocations : « Nous nous  réjouissons du grand nombre de  victimes et de martyrs… (…) Nous considérons   de   bon   augure   l’accroissement   du   nombre   des victimes   et   des   martyrs.  Nous   voulons   des   martyrs. » Je produis des extraits de ces documents dans 56.

Puis cette organisation fut au cœur de la nouvelle tentative de coup d’État de juillet 2012 préparée par plusieurs services, dont la DGSE, qui échoua. Les médias français n’en parlent pas mais des milliers de combattants emmenés par camions jusque dans la banlieue de Damas durent battre en retraite devant la détermination, non seulement de l’armée syrienne mais également de la population organisée en Comités de défense populaires, qui les délogèrent quartier par quartier, faubourg par faubourg. Or, l’ASL n’est rien d’autre que la copie conforme de l’Armée pour la libération de la Syrie (ALS) qui fut, elle aussi, organisée par les Frères musulmans à partir des années 1980 avec les mêmes objectifs de répandre la terreur. Elle mena de nombreuses actions terroristes, notamment en 1982, qui firent des milliers de morts à travers tout le pays. De quel côté est la « férocité » ? Des services secrets syriens qui protègent la société ou des barbares qui tuent des innocents avec des bombes ? Dès cette époque les Frères musulmans ont été chassés de Syrie et la population, tout particulièrement la jeunesse, les a massivement rejetés. Ceux-ci n’ont pu continuer leur travail de sape contre la république syrienne que par les soutiens qu’ils ont reçus de l’étranger, principalement de leurs bailleurs de fonds des dictatures du golfe Persique dans un premier temps, puis des Occidentaux. Si vous menez aujourd’hui un véritable travail d’investigation journalistique sur les origines, la composition de ces organisations, les contacts de leurs dirigeants et sur les soutiens qu’elles reçoivent, vous vous apercevez que les « rebelles » et les « révolutionnaires » présentés par les dirigeants et médias français sont en réalité des « employés » de la CIA.

Mais en enquêtant sur ces faits vous mettez également à jour toute la campagne de propagande qui, année après année, a été orchestrée par des dirigeants occidentaux sur différents thèmes. Au fil de l’enquête et de la vérification des faits revisités, il apparait alors que bien des nouvelles diffusées à longueur de discours par des politiciens et des médias sont fausses. Ce rideau de fumée couvre une sinistre réalité : non seulement ces groupes terroristes bénéficient du soutien militaire US sur le terrain – pour ne pas parler de celui de la France et d’autres pays –, mais plusieurs des chefs et des groupes de ces « révolutionnaires » sont entraînés aux États-Unis même. C’est, par exemple, à la base militaire de Tampa, en Floride, que des centaines de chefs de gangs armés opérant en Syrie ont été formés et encadrés par les experts de l’US Special Operations Command (l’USSOCOM). Plus près de la Syrie, c’est en Jordanie, au King Adbullah II Special Operations Training Center (KASOTC) créé en 2009 à Yajooz, aux portes d’Amman, centre militaire étasunien dont j’évoque le rôle dans 56, qu’ils sont également formés pour attaquer la république syrienne. La CIA y travaille en collaboration étroite avec les services secrets jordaniens (General Intelligence Department – GID) et elle y recevait des groupes de l’ASL pour les former à répandre la terreur en Syrie.

De même, c’est de Turquie, à la base militaire d’Incirlik que la CIA supervise les livraisons d’armes et de matériels militaires destinés à ces groupes. Je rapporte sur ce point, dans le tome 2 de 56, le témoignage d’un fonctionnaire turc qui travaille avec le renseignement. Celui-ci explique comment, suite à l’installation des groupes terroristes le long de la frontière turco-syrienne à partir de 2011, toutes les frontières de la Turquie sont devenues poreuses. En Jordanie, vous vous retrouvez vite dans les réseaux des « amitiés franco-terroristes » puisque des militaires français participent également à la formation et à l’entraînement de ces groupes. C’est pourquoi en regard de la prétendue « férocité » des services secrets syriens, il faut mettre à jour la barbarie des crimes des Frères musulmans qu’ils n’ont pu commettre que grâce au soutien de leurs parrains. Il faut y ajouter les provocations, les opérations de propagande médiatique contre la République arabe syrienne, les blocus économique, financier, politique des États-Unis et de l’Union « européenne » depuis 2003. Et comment ne pas rappeler à ceux qui, comme le ministre des Affaires étrangères Le Drian, inversent les rôles, l’engagement important des forces de sécurité syriennes dans la lutte antiterroriste. En janvier 2013, un ancien officier de la DGSE de retour du Liban, indiqua que l’un de ces groupes a failli sévir en France avec des armes chimiques. Ce professionnel du renseignement militaire n’a pas oublié, contrairement aux dirigeants français, que la France a obtenu « grâce à la coopération avec la Syrie, de précieux renseignements qui nous ont conduits à déjouer, en 2008, un plan terroriste qui aurait fait des milliers de morts dans le métro de Paris. Les services de renseignement syriens ont obtenu leurs précieux renseignements après avoir arrêté, par le colonel Makhlouf, un groupe des plus dangereux terroristes d’Al-Qaïda (…) ».

Différents experts, y compris étasuniens, reconnaissent enfin aujourd’hui que depuis le milieu de l’année 2012, les milliers de tonnes d’armes livrées secrètement et massivement par la CIA et une quinzaine de services spéciaux occidentaux, dont la DGSE, en Turquie et en Jordanie équipent principalement les bandes de mercenaires importées sur la frontière turco-syrienne, dont des milices kurdes du YPG dirigées par le collaborateur de la CIA, Salih Muslim. Ainsi que l’a mis en évidence le journaliste indépendant Maxime Chaix, spécialisé dans les domaines du renseignement et des opérations clandestines, « supervisés par la CIA et quatorze autres services spéciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, le financement, la formation et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les territoires turc et jordanien ont profité à l’ensemble des groupes armés, y compris à Daech et au Front al-Nosra». Ce sont des individus issus de ces groupes qui reviennent aujourd’hui en Europe chez leurs « employeurs » après avoir été battus militairement. Ces quelques éléments que je viens de citer ne sont pas de la contre-propagande mais simplement des faits bruts, historiques, vérifiables et vérifiés qui contredisent le discours, de propagande lui, tenu par des dirigeants occidentaux, notamment étasuniens, anglais et français. Ce soutien massif à des groupes criminels pour opérer le crime d’agression contre la république syrienne par procuration n’aurait pu être commis sans chloroformer l’opinion publique occidentale par une succession de campagnes de propagande.

Téléguidées depuis Washington, celles-ci s’appuient essentiellement sur des centres de communication financés à coups de dizaines de millions de dollars et sur l’instrumentalisation des médias ainsi que je le décris dans mon enquête Trump face à l’Europe. Face à cette propagande de masse, comment réagir ? Comme journaliste je n’ai pas à faire prévaloir mon opinion. Je travaille avec des faits, je vais les chercher sur « le terrain », les vérifier et les fais connaître. J’ai vu des journalistes professionnels, présenter ces bandes de tueurs comme des « révolutionnaires ». Pourquoi ? Parce qu’ils méconnaissent souvent l’histoire de la République syrienne, des Frères musulmans et de ces groupes et qu’ils se sont fait manipuler à la frontière turco-syrienne. Résultat : les films qu’ils ont réalisés comportent des témoignages partiaux, de nombreuses contre-vérités et ont ainsi alimenté les campagnes de propagande médiatique contre la Syrie. Ils ont été abusés, sans même s’en rendre compte et pour une raison simple : ils s’y sont rendus en croyant a priori au discours officiel des politiciens et de certains intermédiaires sans imaginer un seul instant que la réalité des faits pouvait être bien différente et, surtout, travestie à ce point.

Et je ne parle pas de ceux qui font un autre choix, loin de notre métier, et vagabondent sur les trottoirs de la désinformation contre quelques subsides versés par la DGSE, la CIA ou le Mossad israélien en se planquant derrière le titre d’un média. Le lecteur lira à ce sujet l’exemple vécu que je donne dans 56 sur l’un d’entre eux qui fut présenté pendant des années dans les médias français comme le « spécialiste du Proche-Orient et du terrorisme » de Paris-Match et qui n’était qu’une « petite main », tantôt de la DGSE, tantôt du Mossad. Ceux-là se sont tout particulièrement distingués dans certaines salles de rédaction lorsque le pouvoir a voulu, par trois opérations politico-médiatiques, faire porter à l’armée syrienne la responsabilité de l’usage d’armes chimiques afin de pouvoir obtenir du Parlement de mener une guerre de plus grande ampleur. Ainsi que l’expliquent dans 56 différents intervenants, ces montages largement diffusés aux médias se sont avérés par la suite tous faux et préparés par des services placés sous la responsabilité des Premiers ministres Jean-Marc Ayrault et Bernard Cazeneuve. Les difficultés pour obtenir ou vérifier certaines informations laissent également le champ libre à la propagande du « pays de la guerre » que sont les États-Unis. Des interventions répétées auprès de magistrats français comme le juge Alain Marsaud, d’avocats, mais également de représentations diplomatiques (République arabe syrienne, Égypte, Fédération de Russie), d’organisations comme le ministère de l’Intérieur de la République arabe syrienne, Interpol ou l’Union Africaine, resteront sans suite.

Ces gens là ne répondent pas, même par la négative. Les uns ont trop de secrets ou de complicités à protéger, d’autres ont adopté la position de l’autruche comme mode de vie pour border leurs petites carrières au sein d’institutions. Il faut donc les contourner et aller chasser chez eux, en zone interdite comme dirait mon confrère Patrick de Carolis, par différents biais les informations recherchées auxquelles ils font obstacle. Les choses deviennent vite délicates et compliquées car dans ce genre d’investigation vous êtes confronté à des organisations, à des individus d’autres cultures, de plusieurs pays. De plus, on ne peut pas dire, de manière générale, que la communication soit un point fort des pays arabes. Il faut donc s’acharner sur les faits en cherchant à savoir ce qui se passe derrière les discours et les actes officiels, trouver le fil d’Ariane qui va permettre dans un environnement politique et médiatique enfumé de remonter aux origines du conflit et à la vérité vraie de son développement et de ses acteurs. Cela pour vous dire que la contre-propagande ne risque pas de devenir aussi manichéenne que celle mise en place par les États agresseurs dont les thèmes de campagne commencent à s’épuiser. Pour toutes ces raisons j’ai mené cette succession d’enquêtes selon la règle des trois principes de l’investigation : pas d’a priori, ne faire confiance à personne et vérifier toutes les informations recueillies. Ce n’est qu’à ce prix que l’on peut éviter de se faire manipuler et de tomber dans le piège que vous évoquez.

– Finalement, est-ce que les pays non alignés ne sont presque pas mécaniquement obligés d’utiliser les même méthodes pour durer face à l’agressivité de l’Empire. Ne faudrait-il pas écrire maintenant le livre noir de la vie politique syrienne ? Est ce que les populations ici et là-bas sont capables de prendre du recul sur leur histoire récente pour sortir de ces conflits par le haut ?

C’est une question importante rarement évoquée dans les médias français, même spécialisés. Avant d’écrire le livre noir de la vie politique syrienne, sans doute conviendrait-il d’écrire celui de la vie politique française. L’agresseur est l’Occident, principalement les États-Unis, l’Angleterre et la France et non la Syrie. Je mets à part les dictatures du golfe Persique qui ne sont que les exécutantes du plan ourdi à Washington pour ses seuls intérêts économiques et stratégiques. Pour ce qui est du recul sur l’Histoire, la population syrienne sait parfaitement à quoi s’en tenir sur ses agresseurs et leurs soutiens. Si tel n’était pas le cas, celle-ci n’aurait pas manifesté par millions contre la guerre et pour soutenir le gouvernement dans les rues de toutes les grandes villes de Syrie. Ces images, soit dit en passant, sont absentes des médias occidentaux mais vous avez vu en voir quelques échantillons en ouverture des deux tomes de 56. Si le peuple syrien n’avait pas conscience des enjeux en cours, il ne se serait pas organisé en Comités de défenses populaires pour résister et combattre aux côtés de son armée et des services de sécurité qui, si l’on en croit les politiciens français et certains médias, « tirent sur le peuple »… Avez-vous vu dans les médias occidentaux des images montrant les populations d’Alep, de Palmyre, de Mossoul, de Deir ez-Zor, la jeunesse accueillant son armée avec des fleurs ? Non. Avez-vous vu des images montrant, en pleine guerre et malgré les attentats, les menaces et les appels au boycott, le peuple syrien mobilisé pour débattre publiquement, amender et voter sa nouvelle Constitution le 27 février 2012 ? Non, parce qu’elles montrent que le peuple syrien est debout, résiste à tous les assauts et que la vie politique continue. Vous trouverez également ces images en ouverture de 56.

Il faut avoir un sacré recul sur l’Histoire quand on voit à quelles pressions médiatiques, politiques, diplomatiques, économiques est confronté le peuple syrien depuis quinze ans et comment, malgré ces pressions, il s’organise, se solidarise, se mobilise pour chasser l’agresseur étranger tout en préparant déjà l’avenir. Qui en France donne la parole à ces jeunes étudiants syriens qui quittent leurs études pour demander à recevoir une formation militaire afin de défendre leur pays ? Personne ! Je répondrai à la seconde partie de votre question par une autre question : avez-vous vu dans un pays occidental des millions de personnes manifester contre la guerre et pour la paix en Syrie ? Sortir du conflit par le haut, cela veut dire rétablir la paix. Et l’on ne peut faire la paix avec des pays comme les États-Unis ou la France dont les dirigeants, après avoir applaudi et activé la guerre, continuent de freiner le processus de paix jusqu’au sein de l’ONU. En ce qui me concerne, comme j’ai déjà pu le dire publiquement en 2013 lors d’une conférence à Paris, je n’ai aucun doute sur le fait que le peuple syrien n’a pas besoin de négociation de paix pour vaincre et sortir de cette guerre terrible plus fort et clairvoyant. L’épreuve qu’il traverse devrait l’inciter à construire son avenir sans les agresseurs occidentaux et du Golfe. Quel seront ses choix ? À lui d’y répondre avec les dirigeants qu’il se choisit.

Pour ce qui est des Français et plus généralement des peuples des États impliqués dans cette guerre, sans doute commencent-ils seulement à découvrir à quel point ils ont été trompés par leurs dirigeants et les médias. L’expulsion de François Hollande et du parti « socialiste » comme des Républicains des allées du pouvoir, l’abstention record lors des dernières élections présidentielles et la grande perte de confiance des Français dans les médias sont les signes d’un rejet du système politique, d’une manière de gouverner et des moyens d’information traditionnels. Concernant ces derniers, pour reprendre une expression devenue populaire, « ils disent tous la même chose », exception faite de quelques rares journaux, y compris les chaînes de France Télévision corsetées par l’État depuis Sarkozy. Les médias appartiennent tous à la même caste de milliardaires. Je parle des ultra-riches propriétaires de ces médias qui représentent 0,01% de l’ensemble des ménages français et qui dissimulent à eux seuls 140 milliards d’euros dans les paradis fiscaux, soit l’équivalent de 7% du PIB de la France. Je pense que les Français ont conscience d’avoir été écarté du politique depuis des décennies et qu’ils commencent, de manière confuse, à réfléchir à comment se le réapproprier pour aller vers une nouvelle démocratie. La question vaut aussi en Syrie. Mais là encore, qui en parle vraiment ? Comme le lecteur pourra l’apprendre en lisant les extraits de la nouvelle Constitution du 27 février 2012 que je publie, le peuple syrien s’est donné d’importantes avancées démocratiques.

Par exemple, l’article qui stipule que « la moitié au moins des membres de l’Assemblée du peuple doivent être des ouvriers et des  paysans », c’est-à-dire des représentants des forces vives du pays aux côtés des intellectuels, entrepreneurs et fonctionnaires, illustre cette soif de démocratie, d’une meilleure représentation de l’ensemble de la société à son Assemblée élue. Il y découvrira également que la nouvelle Constitution syrienne est la plus démocratique du monde arabe, ce que personne ne dit. Cette Constitution comporte même des dispositions comme celle que je viens de citer qui sont matière à réflexion pour la société française. Il reste maintenant aux Syriens à faire vivre le texte qu’ils ont débattu et voté pour faire de leur pays un État moderne, démocratique et progressiste. L’ancien Premier ministre Salah Jedid avait commencé à en ouvrir la voie par de grandes réformes entre 1966 et 1970 avant d’être renversé par un coup d’État dans une indifférence presque quasi-générale. Comme vous évoquez, avec raison, la manière dont les pays non-alignés doivent réagir face à l’agression impérialiste, il est clair que leur victoire dépendra de la capacité de ces peuples et de leurs dirigeants à créer un rapport de forces en leur faveur, non seulement sur le plan militaire mais également sur les plans politique et diplomatique. De ce point de vue, la Syrie me paraît bien en-dessous de ses possibilités, ne serait-ce que dans les relations qu’elle pourrait inaugurer avec l’Organisation de Coopération et de Sécurité.

Les lecteurs qui ont lu mon enquête Trump face à l’Europe comprendront tout de suite mon questionnement sur ce point. Les présidents russe et français, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, se sont dit prêts, le 15 septembre dernier lors d’un entretien téléphonique, à « intensifier leurs efforts conjoints en vue de régler la crise en Syrie, notamment dans le cadre du processus de Genève sous l’égide de l’ONU ». De mon avis, Vladimir Poutine a raison de faire systématiquement référence aux avancées diplomatiques obtenues afin de mettre en place une feuille de route vers la paix. L’essentiel est que le calendrier des négociations perdure sous l’égide de l’ONU jusqu’à ce que celui-ci soit devenu inutile. Car, d’une part, le règlement politique définitif de la crise en Syrie ne dépend pas de la bonne volonté d’un pays comme la France dont les dirigeants ont armé des organisations responsables de la guerre et du développement du terrorisme ; et, d’autre part, on ne voit pas ce que pourraient négocier les représentants du gouvernement légal de Damas avec les représentants d’une prétendue « opposition syrienne » pour sortir du conflit par le haut : ceux-ci n’ont aucune légitimité en Syrie et ne représentent qu’eux-mêmes pour avoir été mis en scène par les services occidentaux. La tutelle de l’ONU est importante pour « sécuriser » le processus de paix au plan diplomatique. Pour les autres aspects du conflit, l’organisation internationale a montré sa totale inefficacité dans le règlement de la plupart des conflits et guerres qui ont éclaté depuis les années cinquante.

Qu’il s’agisse de la libération du plateau du Golan occupé par l’armée israélienne depuis 50 ans, du blocus de Cuba depuis 55 ans, des guerres contre l’Afghanistan, la Yougoslavie, l’Irak, le Rwanda, la Libye, l’Ukraine, la Syrie ou le Yémen, pour ne parler que de quelques-unes des principales agressions occidentales, que fait l’ONU ? Son Assemblée générale vote des résolutions dont la plupart restent sans lendemain et le Secrétaire général se déclare régulièrement « préoccupé par l’urgence de la situation » tandis que les peuples crèvent sous les coups des impérialistes ! L’histoire des peuples nous enseigne que le règlement définitif d’un conflit, comme de tous ceux entamés par « le pays de la guerre », appartient au peuple mobilisé avec son armée ainsi que les peuples algérien, cubain, vietnamien ou angolais en ont fait la courageuse démonstration.

(...)

– En 2 mots, quelle est la teneur du tome 2 ?

Le tome 2 de 56 traite des principaux acteurs des « amitiés franco-terroristes » qui ont placé la France en pleine illégalité internationale. De même, j’y donne la parole a plusieurs acteurs du renseignement, français et étrangers qui combattent les réseaux terroristes, à des représentants de la Syrie démocratique et aborde une question qui reste encore sous le manteau du silence : le jugement des dirigeants politiques français qui ont violé le droit international en accordant des protections mais surtout des soutiens à des organisations irrégulières et criminelles. Le fait que certains d’entre eux aient été ou soient des dirigeants de l’État ne les place pas au-dessus des lois de la République ni du droit international. Cela vaut pour plusieurs traités que la France a signés comme, par exemple, le Traité sur le commerce des armes ou la Position commune du Conseil de l’Europe relative au contrôle des exportations de technologies et d’équipements militaires. Ces textes ont été régulièrement débattus et renforcés par de nombreuses mises à jour. Par ailleurs, le peuple de France qui a élu ces dirigeants ne leur a jamais donné mandat pour faire ces guerres et n’a jamais été consulté pour ces aventures qui engagent le pays avec les lourdes conséquences qui en résultent. Leurs auteurs devraient donc, s’il y avait encore une justice en France, être jugés par une juridiction criminelle.

Ainsi que l’explique, parmi d’autres intervenants dans 56, maître Roland Dumas, cette procédure à caractère exceptionnelle est rendue possible en application de la Convention portant statut de la Cour pénale internationale du 18 juillet 1998 intégrée dans le droit interne de la République française. Mais, au-delà du seul aspect juridique qui pose la question de l’efficacité du système judiciaire français et de son indépendance, l’important est de découvrir également comment ces « amitiés franco-terroristes » perdurent jusqu’au sein de l’ONU alors que les attentats frappent l’Europe. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, déclarait début septembre, je cite son intervention sur RTL, vouloir « établir un calendrier de transition politique qui permettra d’aboutir à une nouvelle constitution et des élections.» Monsieur Le Drian est visiblement d’un autre âge ou d’une autre planète. Il n’a pas encore compris qu’il appartient au peuple syrien et à personne d’autre, et surtout pas au gouvernement français, de décider de son avenir, de sa constitution comme de ses dirigeants. C’est du reste ce qu’il a déjà fait en votant sa nouvelle Constitution du 27 février 2012 et en réélisant le président Bachar el-Assad lors des élections présidentielles du 3 juin 2014.

C’est aujourd’hui Le Drian qui doit rendre des comptes pour avoir été l’un des principaux organisateurs du trafic de matériels militaires et d’armes au profit de groupes criminels dont s’inspirent ceux qui frappent aujourd’hui l’Europe. Il devrait réfléchir au fait que ses amis François Hollande, Laurent Fabius, Jean-Marc Ayrault, Alain Juppé et Manuel Valls qui, avec d’autres, rêvaient comme lui de mettre la république syrienne et ses dirigeants à genoux sont, eux, politiquement morts. Quel est aujourd’hui l’un des résultats des mensonges et crimes d’État de ces individus ? Lors de la quatrième Conférence de Moscou sur la sécurité internationale qui s’est tenue dans la capitale russe, le colonel-général Igor Sergun, alors Directeur  de  la Direction   générale   des   renseignements   de   l’État-major   des   forces armées russes (GRU), avait averti, des conséquences de ce soutien au terrorisme par des États occidentaux. Le lecteur trouvera des passages importants de son intervention dans 56, parmi lesquels celui-ci : « Nous devons donc nous attendre, pour le court terme, à ce que le niveau de menace terroriste  reste  assez  élevé.  Le  renforcement  des groupes extrémistes, à  l’instigation   des   États-Unis   et   de   leurs   alliés, surtout   au   Moyen-Orient et   en   Asie   centrale,   entraîne   une   réelle menace   d’exportation   du   terrorisme   vers   les   pays   européens,  les républiques du CIS (NdA : Communauté des États indépendants) et la région Asie Pacifique. »

C’était à la mi-avril 2015. Depuis, les attentats dans les villes européennes ont confirmé la justesse de son analyse. Le lecteur trouvera également dans l’épilogue de 56 titré « Le crime au cœur de l’État » des éléments sur la diplomatie de la terreur relayée par les représentants de la France à l’ONU. Ceux-ci ont continué de protéger ces groupes criminels alors que des victimes innocentes trouvaient la mort dans des attentats. Fahad al-Masri, le porte-parole de l’« opposition syrienne », avait qualifié dans plusieurs médias les attentats qui frappaient la Syrie, d’« opérations de qualité ». Le Premier ministre, les ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur français doivent dire si cette qualification attribuée à des crimes barbares par leur petit protégé qui vit en région parisienne vaut également pour les crimes qui ensanglantent l’Europe aujourd’hui.

Jean-Loup Izambert

 

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