mercredi 3 janvier 2018

2017: l'État de droit comme réalité

Les années se suivent, et en règle générale se ressemblent. Les ruptures de continuité sont rares. Mais non complètement inexistantes. L'année 2017 en a connu une importante: elle concerne l'État de droit.

TL DROIT

L'État de droit a toujours été quelque chose de très fragile, pour ne pas dire d'aléatoire. C'est, certes, une barrière contre l'arbitraire, mais une barrière que l'arbitraire, justement, n'a pas trop de peine à franchir lorsqu'il l'estime nécessaire (par exemple, quand les intérêts supérieurs des dirigeants sont en jeu). Simplement cela ne se dit pas. Les juristes s'activent pour sauver les apparences, et en règle générale y parviennent: Les apparences sont sauves. Sauf que, depuis un certain temps, les dirigeants ne se donnent même plus la peine de sauver les apparences.

On l'a vu en 2015 déjà, lorsque Mme Merkel, s'affranchissant des textes européens relatifs à l'immigration, a décidé d'ouvrir toutes grandes ses frontières à deux millions de migrants, répétant ainsi le geste de son lointain prédécesseur Bethmann-Hollweg, qui, en 1914, avait justifié l'invasion de la Belgique en comparant les traités internationaux garantissant la neutralité belge à un chiffon de papier. Mme Merkel n'a pas exactement dit que les Accords de Dublin étaient un chiffon de papier, elle a simplement dit qu'elle ne voulait plus les appliquer. Nuance.

Encore une fois, les dirigeants ont toujours fait tout ce qu'ils voulaient. Toujours, ou presque. Parfois, il est vrai, ils renoncent à faire certaines choses. Ou en font d'autres qu'ils ne voudraient pas faire. Cela arrive. Si les dirigeants faisaient toujours tout ce qu'ils voulaient, cela leur porterait à la longue préjudice. Les gens finiraient par se dire qu'on n'est plus en démocratie. Ou encore, comme Emmanuel Todd dans son dernier livre, que la démocratie libérale est un «concept creux, vidé de ses valeurs fondatrices, que furent la souveraineté du peuple, l'égalité des hommes et leur droit au bonheur» [1]. Certains le disent déjà. Mais ils pourraient être beaucoup plus nombreux à le dire. Le régime a beau faire la sourde oreille à ce genre de critiques: à la longue, ne contribuent-elles pas à le fragiliser? Les dirigeants se retiennent donc d'aller trop loin dans cette direction. Ils ne font pas toujours tout ce qu'ils veulent, juste presque toujours. Ce qui nous ramène au droit.

Fondamentalement parlant, le droit est un instrument de pouvoir: un instrument de pouvoir entre les mains du pouvoir, lui permettant de faire oublier qu'il est le pouvoir. Telle est son utilité. Or ce qui est apparu en 2017, c'est que le pouvoir se sentait désormais assez fort pour, justement, se passer de cet instrument de pouvoir. Le pouvoir continue, certes, à fabriquer du droit, à en fabriquer, même, en grande quantité. Mais le droit qu'il fabrique n'a plus grand-chose à voir avec le droit.

On l'a vu par exemple cet automne avec l'espèce de frénésie qui l'a conduit à inventer de nouveaux délits en lien avec le «harcèlement», les «comportements inappropriés», les «violences faites aux femmes», etc. Avec le renversement de la charge de la preuve, l'extension indéfinie des délais de prescription, d'autres atteintes encore aux principes généraux du droit, on sort ici clairement du cadre de l'État de droit. On a encore affaire, si l'on veut, à du droit, mais le droit ne masque ici plus rien. Il ne fait plus rien oublier. L'arbitraire, autrement dit, se donne ici directement à voir.

2017, on le sait, a aussi été l'année où le gouvernement français a normalisé l'état d'urgence en en transférant les principales dispositions dans le droit ordinaire. Il faut bien voir la portée d'une telle mesure. Les dirigeants se sont toujours considérés comme au-dessus des lois. Ils se sont aussi toujours comportés en conséquence. Mais cette fois c'est la loi elle-même qui le dit. C'est la loi elle-même qui dit que les dirigeants sont au-dessus des lois. D'une certaine manière, l'état d'urgence le disait déjà. Mais pour un temps limité seulement. L'état d'urgence trouvait son modèle dans l'institution du dictateur à l'époque romaine. Nommé pour six mois, il avait tous les pouvoirs. Mais pour six mois seulement. Après, on revenait à la normale. Or, dans le cas qui nous occupe, la voie du retour à la normale est barrée. La dictature n'est plus ici l'exception qui confirme la règle, elle se pérennise elle-même pour devenir elle-même la règle.(...)

Quand, par conséquent, les dirigeants français actuels reprochent à leurs homologues polonais de porter atteinte à l'indépendance de la justice, au motif que l'actuelle majorité parlementaire en Pologne aurait édicté une loi soumettant la nomination des juges polonais à l'approbation du pouvoir exécutif, on pense irrésistiblement à la parabole de la paille et de la poutre: car eux-mêmes, à y regarder de près, vont beaucoup plus loin encore dans ce domaine. En Pologne, les juges sont peut-être nommés par le pouvoir exécutif, mais au moins continue-t-on à leur demander leur avis pour savoir si quelqu'un doit ou non être embastillé. Alors qu'en France, dans les affaires de terrorisme tout au moins, non: c'est le pouvoir exécutif qui dit si quelqu'un doit ou non être embastillé. Lui et lui seul. Il n'y a pas, en France, de contrôle judiciaire dans les affaires de terrorisme. Or, comme on le sait, il est très facile aujourd'hui de se voir étiqueter de «terroriste». Le terme est élastique à souhait.

En cette fin d'année 2017, la Commission européenne a engagé une procédure visant à priver la Pologne de son droit de vote dans les conseils européens pour atteinte à «l'État de droit». Des sanctions à son encontre sont également envisagées. Mme Merkel et M. Macron font chorus en demandant à la Pologne de rentrer dans le droit chemin. Ils invoquent les «valeurs européennes». C'est l'hôpital qui se moque de la charité.

NOTE
  1. Emmanuel Todd, Où en sommes-nous? Une esquisse de l'histoire humaine, Seuil, 2017, p. 12.

Source: Antipresse/ENFUMAGES par Eric Werner

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dimanche 31 décembre 2017

Les USA entraîneraient des anciens combattants de l’Etat islamique afin de déstabiliser la Syrie

Par Jason Ditz le 27 décembre 2017 | Antiwar

Pendant longtemps, la Russie et les États-Unis ont divergé sur les stratégies en Syrie et se sont vus tenter délibérément de saper les efforts de l’autre. Le chef d’état-major de Russie, le général Valery Gerassimov, voit un tel effort de la part des États-Unis à partir de la base frontalière d’Al-Tanf.

TL GUERRE SYRIE US

Lors d’une interview, le général Gerassimov a accusé les Etats-Unis d’utiliser la base de Tanf comme un « trou noir » pour que les anciens combattants de l’Etat islamique soient formés par les Etats-Unis en tant que membres de nouvelles factions militantes islamistes.

La base du Tanf a longtemps été un mystère, les Etats-Unis déployant de grands efforts pour établir une base à la frontière entre la Jordanie, l’Irak et la Syrie, y installant une faction rebelle qui n’est pratiquement présente nulle part ailleurs que dans cette base. Cette faction sort parfois pour attaquer les forces syriennes qui se trouvent près de la zone.

À un moment donné, les États-Unis présentaient la base comme leur base d’opérations contre l’Etat islamique, mais depuis que ce dernier a été expulsé de la quasi-totalité du territoire syrien, Tanf est à la limite du territoire tenu par le gouvernement syrien.

Il n’est pas rare que les Russes accusent les Etats-Unis de « soutenir l’Etat islamique » ou d’anciens membres […]; les opérations de contrebande d’armes de la CIA ont donné à l’Etat islamique une énorme puissance de feu […]

Cela cadre parfaitement avec la stratégie américaine pour la Syrie, mise au point par l’administration Obama, qui consistait à maintenir la guerre en soutenant suffisamment de rebelles pour empêcher la victoire d’Assad, mais pas assez pour qu’ils puissent l’emporter face aux troupes du gouvernement syrien.

Depuis que le président Trump a pris ses fonctions, les déclarations sur la stratégie syrienne ont toujours été axées sur la « victoire », même si ce n’est pas toujours clair. Cependant, si ce que le commandant russe dit est vrai, la stratégie américaine pourrait être celle d’une guerre permanente.

Original:http://news.antiwar.com/2017/12/27/russia-us-training-former-isis-fighters-to-destabilize-syria/

Traduit en français par: La gazette du citoyen

http://arretsurinfo.ch/les-usa-entraineraient-des-anciens-combattants-de-letat-islamique-afin-de-destabiliser-la-syrie/

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De bien sombres perspectives pour 2018. Espérons que des hommes d'Etat d'envergure sauront faire prévaloir la sagesse et le respect du droit international, c 'est en tous cas le souhait que nous formulons en ce dernier jour de 2017.

Bonne année à tous!   P.G.

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vendredi 22 décembre 2017

L’affaire Lafarge dévoile les liens entre Daesh et l’élite dirigeante française

L’enquête sur le financement de Daesh (l’Etat islamique) par LafargeHolcim souligne le caractère frauduleux de la lutte antiterroriste prétendument menée par la France et ses alliés de l’Otan. Elle laisse entrevoir un financement délibéré sur cinq ans par une entreprise du CAC 40 d‘organisations terroristes responsables d‘attentats dans toute l‘Europe, notamment en France.

TL LAFARGE FABIUS JIHAD

Elle pose directement la question du rôle joué par l’Etat et le gouvernement PS de François Hollande. Le PS a réagi aux attentats meurtriers de janvier et novembre 2015 en France en imposant l’état d’urgence et il a promu le FN en invitant Marine Le Pen à l’Elysée. L’état d’urgence a fourni un faux prétexte à la répression brutale de manifestations contre la loi travail du PS, à savoir, que ces luttes gênaient le travail de police nécessaire à la lutte contre le terrorisme et à l’unification de la France autour d’un projet sécuritaire et une lutte contre l’islamisme.

Or, selon les informations ressorties lors de la mise en examen ces deux dernières semaines de six dirigeants du cimentier – dont l’ex-PDG de LafargeHolcim, Bruno Lafont et l’ex-directeur général du groupe, Éric Olsen – Lafarge finançait le milieu des milices terroristes en Syrie à l’époque où celles-ci commettaient les attentats qui ont servi de prétexte à l’état d’urgence.

Le Monde a traité la mise en examen des patrons de Lafarge de «coup de tonnerre». «C‘est la première fois qu’un patron du CAC 40 est mis en cause pour une infraction terroriste» écrit ce journal.

De plus, Lafarge aurait eu recours au mensonge et à la production de faux pour justifier son financement des groupes terroristes. Le Service national de douane judiciaire (SNDJ), qui a mené les interrogatoires des cadres de Lafarge ayant conduit à leur mise en examen a estimé que la direction française du groupe avait «validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables».

Les informations fournies par Lafarge invalident son alibi précédent, à savoir que le groupe n’avait versé ces sommes aux milices terroristes que parce que le groupe devait se plier à un «racket» de Daesh afin de protéger son usine de ciment située près de Raqqa, dans le nord de la Syrie.

Un rapport de la société d’audit londonienne PricewaterhouseCoopers (PWC), commandité par Lafarge, précise que le groupe aurait versé 13 millions de dollars entre 2011 et 2015 aux diverses milices islamistes en Syrie. Selon ce rapport, ce financement a continué jusqu’en 2015, bien après la fermeture de l’usine en septembre 2014.

Selon les avocats de Sherpa – l‘association qui s‘est portée partie civile dans cette affaire en 2016 pour «mise en danger de la vie d‘autrui» et a ainsi déclenché l’enquête pour «financement d‘entreprise terroriste» menée par trois juges des pôles antiterroriste et financier de Paris – une grande partie de cet argent est allé, indirectement ou directement, dans les poches de Daesh.

Un autre rapport rédigé par le cabinet d‘expertise américain Baker McKenzie, lui aussi missionné par Lafarge, révèle que la filiale syrienne de Lafarge aurait à elle seule versé de juillet 2012 à septembre 2014 près de 5,6 millions de dollars aux milices, dont plus de 500.000 dollars à Daesh. Le fils de l‘ex-ministre de la Défense syrien, Firas Tlass, aurait servi d’intermédiaire.

Ainsi, alors même que la classe politique française débattait en 2014 et 2015 de l‘opportunité ou non de bombarder Daesh en Syrie, Lafarge finançait la milice terroriste. Le gouvernement Hollande a ordonné le premier bombardement des positions de Daesh en Syrie juste après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Jusqu’alors, la France ne bombardait que les positions irakiennes de Daech et gardait ainsi la possibilité de profiter des actions de Daesh en Syrie.

L‘image ressortant de l’enquête n‘est pas celle d‘une entreprise ayant voulu rester en Syrie pour y représenter la France ou encore rentabiliser un des plus gros investissements français hors pétrole au Moyen Orient, et aurait donc accepté le «racket» de Daesh, comme l’ont prétendu les cadres incriminés. C‘est plutôt celle du financement délibéré d’organisations terroristes que le PS présentait alors comme des forces légitimes dans sa guerre, menée en alliance avec Washington, pour renverser le gouvernement de Bachar al-Assad.

Une lutte intense se poursuit à l’intérieur des milieux officiels français à propos de cette affaire, que suivent manifestement de près les milieux financiers et judiciaires anglo-américains.

Cette semaine, Sherpa a demandé au parquet de lancer une enquête «pour entrave à l’exercice de la justice» et accusé Lafarge d‘avoir voulu «acheter le silence» des six cadres mis en examen et ainsi «devancer les interrogations qui pourraient leur être soumises».

L‘association a réitéré sa demande que les investigations ne se limitent pas à Lafarge mais qu‘elles fassent aussi la lumière sur le rôle des autorités françaises de l’époque. Son porte-parole a évoqué «la frilosité, la complaisance, voire la complicité» des ces autorités. «Qui nous dit qu’entre-temps, une partie de l’argent versé à l’EI (Daesh) n’a pas servi à financer un attentat en France?» s’est interrogée son avocate Marie Dosé.

En fait, l’affaire Lafarge soulève le rôle non seulement de la France, mais des gouvernements de toutes les grandes puissances de l’Otan. A partir de 2011, ces puissances ont organisé avec les monarchies du Golfe le financement de milices islamistes en Syrie à la hauteur de milliards de dollars. Cette guerre a dévasté la Syrie, fait des centaines de milliers de morts, et forcé plus de 10 millions de Syriens à fuir leurs foyers.

Les médias et les responsables politiques des pays de l’Otan ont tenté de cacher autant que possible le caractère politiquement criminel de cette guerre, et notamment le fait que les alliés de l’Otan en Syrie, comme dans la guerre de 2011 en Libye, étaient des milices terroristes liées à Al Qaïda.

L’affaire Lafarge montre aussi le rôle réactionnaire et mensonger des groupes de la pseudo gauche petite-bourgeoise, comme le Nouveau parti anticapitaliste en France, qui ont été des partisans et des complices de l’impérialisme dans ces conflits. Ils ont présenté éhontément les groupes djihadistes anti-Assad comme l‘émanation d‘une révolte populaire. Alors que le CAC-40 finançait les différentes milices islamistes sur le terrain en Syrie, ils prétendaient que cette opération était une révolution démocratique syrienne.

Dans ces conditions, il faut poser la question: pourquoi les responsables du gouvernement PS ne sont-ils pas entendus – a commencer par l’ex-président Hollande, qui a décidé en 2012 de reconnaître les milices d’opposition en tant que gouvernement de la Syrie? La «demande d‘acte» de Sherpa en octobre avait d’ailleurs exigé que les ambassadeurs français en Syrie et l‘ex-ministre PS des Affaires étrangères Laurent Fabius soient entendus. Toutefois, les médias et la classe politique française font le silence sur cet aspect central de l‘affaire.

Par Francis Dubois et Alexandre Lantier
18 décembre 2017

Source: http://www.wsws.org/fr/articles/2017/12/18/lafa-d18.html

http://arretsurinfo.ch/laffaire-lafarge-devoile-les-liens-entre-daesh-et-lelite-dirigeante-francaise/

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Précision: le site wsws.org est un site "trotskyste", d'où la diatribe (justifiée de mon point de vue) envers le NPA et le vocabulaire utilisé.  P.G.

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lundi 18 décembre 2017

Brèves d'antipresse

TECHNOLOGIE | La Silicon Valley protège ses enfants, elle!

MC ECOLE SYRIE DEC17

Le journaliste qui a découvert, tout à fait par hasard, que Steve Jobs ne laissait pas ses gosses utiliser l’iPad, en est resté bouche bée :

«“Alors, vos enfants adorent surement l'iPad?", ai-je demandé à M. Jobs, en essayant de changer de sujet. La première tablette de l'entreprise venait juste de sortir. “Ils ne l'ont jamais utilisé“, m'a-t-il dit. “Nous limitons la quantité de technologie que nos enfants utilisent à la maison."»

Depuis lors, les gouvernements ont massivement équipé les écoles de tablettes, les enfants sans smartphone se sont faits rares (et bizarres), mais les parents de la Silicon Valley ont continué de faire exception.

Même les enfants de Sergey Brin, de Google, grandissent avec un temps d’écran strictement limité, affirme leur maman, Anne Wojcicki, fondatrice de l’entreprise de testes génétiques 23andMe.

Le tout dernier exemple vient de Chamath Palihapitiya, ancien cadre de Facebook et poids lourd dans les investissements technologiques, dont les enfants n’ont aucun accès du tout aux écrans!

«Palihapitiya dit que ses trois enfants, âgés de 5 à 9 ans, «le demandent tout le temps parce que leurs amis l'ont tout le temps». Mais il assure qu'il ne cède jamais, sauf occasionnellement pour un film.»

Il ajoute encore que les médias sociaux sont en train de «démolir» la société.

Les parents ordinaires, impuissants face à l’addiction de leurs enfants à la technologie, seront rassurés d’apprendre que les barons de la Silicon Valley protègent aussi bien leur progéniture contre les drogues qu’ils vendent au reste du monde.

http://log.antipresse.net/post/technologie-la-silicon-valley-protege-ses-enfants-elle?mc_cid=c9010debfb&mc_eid=3a5e263339

USA | Quand le « Russiagate » débouche en… Israël

L’Amérique est tout entière suspendue aux résultats de l’enquête sur le Russiagate. Jusqu’ici ni la meute des limiers des agences de renseignement, ni celle des journalistes branchés sur l’affaire du siècle, ni les recherches du procureur spécial Robert Mueller n’ont fourni la preuve d’une collusion de l’équipe de Trump avec le Kremlin pour manipuler l’élection présidentielle. Mais les récents aveux du Général Michael Flynn ont au moins révélé une chose et la preuve est là : il y a eu effectivement collusion! Non pas avec la Russie, mais avec Israël, pour mettre en échec une résolution des Nations Unies condamnant la politique de colonisation en Cisjordanie!

«Jusqu’à ce que Mueller publie son rapport final, nous pouvons tous nous mettre d’accord sur nos désaccords au sujet de la collusion ou non entre la campagne électorale de Trump et la Russie. Pour le moment, toutefois, ce que nous savons avec certitude et qui semble indiscutable, c’est que Flynn et Kushner sont entrés en collusion avec Netanyahu et Dermer, sur l’ordre de Trump, pour rendre l’Amérique non pas great again, mais bien moins sûre.»

«Pourquoi cela ne fait pas la une des nouvelles?» se demande avec une fausse candeur The Intercept. La réponse est toute trouvée: c’est qu’il n’y a pas là de quoi fouetter un chat.

http://log.antipresse.net/post/usa-quand-le-russiagate-debouche-en-israel?mc_cid=c9010debfb&mc_eid=3a5e263339

FRANCE | Apprend-on encore à lire à l’école?

Pendant que la nation pleurait la mort de deux géants de sa culture, Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday, un avis de décès moins spectaculaire mais plus affligeant encore passait inaperçu: celui de l’alphabétisation au pays de Jules Ferry!

Les conclusions de l’enquête Pirls sur les niveaux scolaires dans 50 pays sont affligeantes pour la France, qui tombe à l’avant-dernier rang européen, tout juste devant la Belgique!

«Les écoliers français se classent 34e sur 50 en compréhension en lecture, avec 511 points. Ils sauvent tout juste l'honneur, en dépassant de peu le dernier pays européen, la Belgique francophone (497 points).»

En quinze ans, seuls la France et les Pays-Bas ont régressé en matière d’apprentissage de la lecture, tandis que la Belgique, en queue de peloton, consolide son bonnet d’âne. Il faudra nommer une commission interdisciplinaire de haut niveau pour essayer de comprendre pourquoi…

http://log.antipresse.net/post/france-apprend-on-encore-a-lire-a-lecole?mc_cid=c9010debfb&mc_eid=3a5e263339

SYRIE | Au fait, QUI a vaincu Daech?

Pendant que nos médias s’indignent de l’«appropriation» de la victoire contre Daech en Syrie par Vladimir Poutine, on apprend tout de même que «l’aide militaire fournie aux rebelles syriens a indirectement contribué à armer l’EI». Une aide militaire qui, entendons-nous bien, n’a pas été fournie par la Russie, mais bien par les Occidentaux. Lesquels ont également — c’est désormais confirmé — conclu un accord secret avec les djihadistes à Raqqa, qui a «boosté la lutte des Etats-Unis contre les forces du président syrien Bashar al-Assad». Lequel accord avait pour but de permettre auxdits djihadistes d’évacuer la ville et aller combattre le gouvernement de M. Assad ailleurs en Syrie.

Quels mythomanes, ces Russes! Aller prétendre qu’ils ont éliminé l’EI tout seuls avec Bashar!

http://log.antipresse.net/post/syrie-au-fait-qui-a-vaincu-daech?mc_cid=c9010debfb&mc_eid=3a5e263339

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samedi 9 décembre 2017

Lafarge en Syrie : trois cadres mis en examen pour "financement d'une entreprise terroriste"

Trois cadres du cimentier Lafarge, soupçonnée d'avoir indirectement financé des organisations jihadistes, dont le groupe Etat islamique, pour continuer à faire fonctionner sa cimenterie de Jalabiya dans le nord de la Syrie malgré la guerre, ont été mis en examen vendredi 1er décembre, a appris France Inter de source judiciaire.

ACT LAFARGE SYRIE

Bruno Pescheux, directeur de l'usine de 2008 à 2014, et Frédéric Jolibois, éphémère directeur de l'usine à partir de l'été 2014, pour les chefs de "financement d'une entreprise terroriste", "violation de la réglementation relative aux relations financières avec l'étranger" et "mise en danger de la vie d'autrui".

Jean-Claude Veillard, directeur sûreté chez Lafarge, est lui mis en examen pour "financement d'une entreprise terroriste" et "mise en danger de la vie d'autrui".

Bruno Pescheux a reconnu avoir indirectement versé de l'argent à des groupes armés

Jean-Claude Veillard et Frédéric Jolibois ont été placés sous contrôle judiciaire, tout comme Bruno Pescheux qui a fourni un cautionnement à hauteur de 150 000 euros. Ce dernier est un des rares dans ce dossier à avoir reconnu avoir indirectement versé de l'argent à des groupes armés.

Le groupe Lafarge est soupçonné d'avoir versé de l'argent au groupe Etat islamique pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014 son usine de Jalabiya, dans le nord de la Syrie. Depuis juin 2017, trois juges - un juge antiterroriste et deux magistrats du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris - enquêtent sur ces soupçons de financement du terrorisme et sur une possible mise en danger de la vie d'autrui des salariés.

https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/offensive-jihadiste-en-irak/lafarge-en-syrie-un-cadre-mis-en-examen-

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jeudi 23 novembre 2017

Syrie, Russie et Iran font de la diplomatie, Washington et ses alliés poussent à la guerre

Alors que des pourparlers ont lieu à Sotchi en vue d'une résolution politique de la crise syrienne, le journaliste Finian Cunningham s'inquiète de l'implantation militaire toujours plus envahissante de Washington dans la région.

ARG POUTINE BACHAR US OTAN

Pendant cette grande semaine de négociations de paix concernant la Syrie, le président Assad a été accueilli par le président russe Vladimir Poutine à Sotchi, où doivent aussi se rendre les dirigeants iranien et turc. A cette occasion, les Etats-Unis n’ont pas eu leur mot à dire quant à la reprise des efforts destinés à instaurer la paix en Syrie.

Poutine a déclaré qu’avec la défaite, quasiment acquise, de l’Etat islamique (Daesh) et des autres groupes terroristes en Syrie, les parties au conflit devaient être en faveur d'une voie politique pour restaurer la paix. Il faut noter que les négociations qui se déroulent dans la station balnéaire de Sotchi, sur la mer Noire, entérinent l’accord précédemment signé à Genève et qui confirme le président Bachar el-Assad et son gouvernement de Damas comme autorité souveraine en Syrie.

L'exigence de Washington et ses alliés européens de voir Assad quitter le pouvoir a disparu. Ceci constitue une reconnaissance tacite du fait que la guerre qui dure depuis presque sept ans en Syrie dans le but d’un changement de régime a échoué.

L’absence de représentants officiels des Etats-Unis et des pays européens aux négociations de paix de Sotchi cette semaine est très révélatrice de leur rôle pernicieux dans la guerre en Syrie.*

Pendant que la Syrie, la Russie, l’Iran et la Turquie s’efforcent de reprendre les négociations de paix il est révélateur que James Mattis, le chef du Pentagone, ait dit la semaine dernière que les troupes américaines continueraient à s’implanter en territoire syrien.

La réticence des troupes américaines à quitter la Syrie malgré la disparition des groupes terroristes doit être avant tout perçue comme une composante de la résurgence de la présence militaire américaine dans la région. Sous le président Trump – et ce malgré ses promesses de campagne – la quantité de forces américaines aura substantiellement augmenté en Afghanistan et en Irak, et le déploiement en Syrie s’inscrit dans le cadre d’une montée en puissance au niveau régional.

Le renforcement de la puissance militaire américaine dans la région met aussi en évidence les pressions omniprésentes de l’Arabie Saoudite et d’Israël, dont l’hostilité à l’encontre de l’Iran et du Liban ne fait que croître.

La semaine dernière, James Mattis a déclaré que les forces américaines resteraient en Syrie malgré la débâcle des groupes terroristes. Les requêtes de Mattis pour faire en sorte que les forces américaines aient un mandat officiel de l’ONU pour leur présence en Syrie ont été rejetées par la Russie et la Syrie qui ont invoqué une interprétation biaisée du droit international.

Mais même en prenant en compte son irrecevable raisonnement, les demandes de Mattis sont suspectes. Si les troupes américaines avaient un mandat leur permettant d’être en Syrie pour combattre les terroristes, comme ils l’ont prétendu, alors pourquoi y sont-ils, étant donné que les terroristes ont déjà clairement été défaits ?

Mattis a affirmé que le nouveau but des troupes américaines était de prévenir l’apparition d’un Etat islamique 2.0. Et ce alors que les Américains ont rarement été engagés dans des combats contre l’Etat islamique, assurant en fait aux combattants, comme l’a rapporté la BBC, une évacuation en lieu sûr, avec notamment un transfert par hélicoptère pour les commandants.

Ce sont l’armée syrienne, la Russie, l’Iran et le Hezbollah qui ont fait le plus gros des efforts pour repousser les groupes terroristes armés et financés en secret par les Etats-Unis ainsi que par leurs alliés de l’OTAN et par les régimes de la région qui sont leurs clients. Daesh, Al-Nosra, et tous les autres groupes terroristes à sigles variés n’ont jamais été qu’un prétexte pour les Etats-Unis en vue de déployer leurs avions de combat et leurs forces spéciales en Syrie. Une présence qui constitue de fait une agression extérieure, comme le gouvernement syrien et la Russie l’ont constamment souligné.

Mattis prétend maintenant que les Etats-Unis ont vaincu l’Etat islamique en Syrie et prévient que le spectre de cette émanation américaine pourrait réapparaître en un Etat islamique 2.0. Cet ennemi fantôme des Américains a bon dos : il est doublement utile, puisqu’il permet de «légitimer» l’intervention américaine en Syrie et justifie le besoin des troupes américaines de rester sur place au moment même où les véritables vainqueurs des terroristes (la Syrie, la Russie et l’Iran) cherchent à démilitariser le pays.

Loin des caméras, les troupes américaines renforcent leur présence en Syrie, en Afghanistan et en Irak. Politico a qualifié cela de «farce officielle». L’administration Trump et le Pentagone agissent dans le dos du peuple américain et déploient des milliers d’hommes supplémentaires dans tout le Moyen-Orient.

Au grand déplaisir de Washington, la Turquie a révélé la semaine dernière que les Etats-Unis disposaient de 13 bases militaires en Syrie. La Russie, apparemment, n’en a que cinq, alors même que, depuis deux ans, elle a eu un impact militaire beaucoup plus significatif sur l’Etat islamique et les autres réseaux terroristes.

Une des bases américaines les plus importantes est celle de Kobani, à 140 kilomètres de la ville de Raqqa. Ce doit être la base à laquelle Mattis faisait allusion en disant, la semaine dernière, que les Etats-Unis s’implanteraient davantage. Elle a été nettement améliorée durant l’année écoulée pour passer de l’état d’aérodrome militaire réservé à certains types d’appareils sélectionnés à une base accessible à «tous types d’appareil» de la flotte du Pentagone, y compris les gros porteurs.

La base américaine de Kobani constitue aussi un maillon dans la chaîne de nouvelles bases reliant celle de Qayarrah ouest, au nord de l’Irak à celle du barrage de Taqba, au nord de Raqqa.

Officiellement il ne devait y avoir que 500 hommes en Syrie d’après la Politique de gestion des forces du Pentagone. Mais comme pour l’Afghanistan et l’Irak, le nombre réel devrait être bien supérieur à ce qui a été officiellement annoncé.

Une bonne partie de cette comptabilité erronée est due au fait que le Pentagone ne prend pas en compte les unités qui passent moins de 120 jours dans le pays. Ces unités comprennent des éléments du génie et des troupes chargés de construire des ponts, des routes et des pistes d’atterrissage.

On voit ici une claire similitude avec la façon dont les troupes des Etats-Unis et de l’OTAN avaient minimisé leurs effectifs en Baltique et dans la mer Noire en refusant arbitrairement de prendre en compte les troupes, appareils et navires considérés comme étant «en rotation». Mais si vous effectuez un roulement assez régulier, le niveau de présence devient permanent dans les faits et est donc bien plus important en pratique que ce qui est officiellement admis.

Par ailleurs, pour s’assurer que leurs proxys ne puissent pas revenir sous la forme d'un «Etat islamique 2.0» (voilà qui ne manque pas d'air !) Mattis a également dit que les troupes américaines, renforcées, étaient là pour garantir une relance des futurs pourparlers de paix de Genève, qui doivent reprendre le 28 novembre.

«Nous ne pouvons pas abandonner juste avant la reprise du processus de Genève», a déclaré Mattis la semaine dernière, lors d’une rencontre à Londres avec ses homologues britanniques.

Ce qui laisse penser que Washington se sert de son occupation militaire illégale du territoire syrien pour influer sur le processus politique. En se maintenant par la force sur le territoire syrien, Washington fait peut-être le calcul que le gouvernement d’Assad finira par céder à ses demandes ou laissera l’opposition vaincue participer à l’élaboration d’une nouvelle constitution.

Si les Etats-Unis sont réellement impliqués dans un processus politique en Syrie, dans ce cas, pourquoi leurs diplomates ne donnent-ils pas un coup de pouce aux négociations russes de Sotchi cette semaine en préparation du prochain sommet de Genève ?

Mais encore plus lugubre est le renforcement,  largement à l’insu du peuple américain, des troupes américaines dans cette vaste région. Avec les régimes clients de Washington, l’Arabie saoudite et Israël, qui poussent à une confrontation avec l’Iran, directement ou via le Liban et le Yémen, une présence militaire renforcée en Syrie montre que la guerre dans ce pays est loin d’être terminée. Au contraire, cela pourrait être le prélude à une conflagration bien plus dévastatrice pour la région.

https://francais.rt.com/opinions/45847-syrie-russie-iran-font-diplomatie-washington-poussent-guerre

Finian Cunningham a beaucoup écrit sur les relations internationales. Ses articles ont été publiés en plusieurs langues. Originaire de Belfast, en Irlande du Nord, il est titulaire d’un Master en chimie agricole et a travaillé en tant que rédacteur scientifique pour la Royal Society of Chemistry, à Cambridge, en Angleterre, avant de poursuivre une carrière en tant que journaliste de presse écrite. Depuis plus de 20 ans, il travaille en tant que rédacteur et écrivain dans les principaux médias britanniques et irlandais, dont The Mirror, The Irish Times et The Independent. Journaliste freelance basé en Afrique de l’Est, ses chroniques sont publiées par RT, Sputnik, Strategic Culture Foundation et Press TV.


 

BASE 14 995X225*L'absence des pays européens à Sotchi révèle une fois de plus à ceux qui feignent de l'ignorer la dépendance totale de l'UE envers les Etats- Unis et son bras armé, l'OTAN (art. 42 du TFUE).

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mardi 21 novembre 2017

Le sauvetage de l’État islamique à Raqqa par la coalition US est révélé

Un reportage d’investigation de la BBC intitulé « Le sale secret de Raqqa » confirme les accusations de l’Iran, de la Russie et du gouvernement syrien selon lesquelles le Pentagone aurait collaboré avec l’État islamique d’Irak et de Syrie (ÉI) pour l’évacuation des combattants de l’ÉI au milieu du siège de la ville par l’armée américaine.

ARG US DAECH

Le récit de la BBC, basée sur des entretiens avec certains de ceux qui ont organisé l’évacuation avec les chauffeurs de camion qui ont été amenés pour transporter les combattants et d’autres qui l’ont observé, décrit un convoi de quatre kilomètres de longue comprenant « 50 camions, 13 bus et plus de 100 véhicules appartenant au groupe État islamique. Les combattants de l’ÉI, les visages couverts, étaient assis avec défiance sur les toits certains des véhicules ».

Au total, le convoi, qui est parti le 12 octobre, a transporté quelque 4000 personnes – des combattants de l’ÉI et leurs familles – ainsi que des tonnes d’armes, de munitions et d’explosifs. L’armée américaine et sa force terrestre par procuration : les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, se sont assurées que les journalistes et les « cameramen » étaient tenus à l’écart de Raqqa afin d’empêcher que des images de la longue colonne de camions soient diffusées dans le monde.

Le récit a été largement ignoré par les médias américains. Cela va à l’encontre des déclarations répétées de hauts responsables américains qui jurent d’annihiler l’ÉI jusqu’au dernier homme en Irak et en Syrie et démystifie la plus grande affaire de fausses nouvelles du 21ᵉ siècle – la prétendue guerre américaine contre le terrorisme.

Face aux preuves découvertes par la BBC, le Pentagone a été obligé de reconnaître que l’évacuation avait eu lieu, tout en insistant sur l’idée que l’armée américaine n’était simplement qu’un spectateur innocent.

« Nous ne voulions pas que quelqu’un parte », a déclaré à l’agence de presse le colonel Ryan Dillon, porte-parole de l’Opération « Inherent Resolve ».

« Mais cela touche au cœur de notre stratégie “par, avec et à travers” les chefs locaux sur le terrain. Cela revient aux Syriens – ce sont eux qui se battent et qui meurent, ils prennent les décisions concernant les opérations », a-t-il dit.

C’est un non-sens patent.

Le siège de Raqqa a été organisé par l’armée américaine et mené au moyen d’une campagne impitoyable de frappes aériennes et de bombardements d’artillerie menée par les forces américaines qui ont fait des milliers de morts et blessés chez les civils et la majeure partie de la ville sous les décombres. La milice des « Forces de défense syrienne » opère sous la direction des États-Unis avec des troupes d’opérations spéciales américaines intégrées dans ses rangs.

La décision de transporter des combattants armés de l’État islamique en sécurité ailleurs en Syrie a été prise aux plus hauts échelons de l’appareil militaire et du renseignement américain et pour des raisons stratégiques évidentes.

En termes d’objectifs immédiats, Washington était impatient de terminer le siège de Raqqa afin de lancer une offensive rapide visant à battre l’armée syrienne pour le contrôle des champs de pétrole et de gaz stratégiquement vitaux dans la province orientale de Deir Ezzor en Syrie. Les FDS ont depuis capturé deux des plus grands champs pétroliers, Al-Tanak et al-Umar.

Plus largement, cependant, Washington a un intérêt important à voir l’ÉI vivre pour se battre un autre jour. L’existence continue de la milice islamiste fournit un prétexte à l’occupation permanente de la Syrie et de l’Irak au nom de la lutte contre le terrorisme.

Le secrétaire américain à la défense, le général James Mattis (surnommé Chien enragé), a directement exprimé ces objectifs lors d’un briefing lundi au Pentagone, déclarant que l’armée américaine resterait en Syrie pour combattre l’ÉI « tant qu’ils veulent encore se battre ».

Il a poursuivi en indiquant que les États-Unis avaient l’intention de continuer leur occupation militaire illégale du pays jusqu’à ce qu’il y ait un règlement politique mettant fin à la guerre que la CIA elle-même orchestrait pour effectuer un changement de régime en Syrie il y a cinq ans.

« Nous n’allons pas simplement partir maintenant sans que le processus de Genève ne soit en phase », a-t-il déclaré, faisant référence aux négociations longtemps interrompues entre le gouvernement du président Bachar al-Assad et les prétendus rebelles soutenus par la CIA, L’Arabie Saoudite et les autres pétromonarchies du Golfe.

L’ÉI est apparu comme une force majeure dans la région grâce à la guerre américaine pour le changement de régime, s’engraissant sur les milliards de dollars d’armes et d’aide acheminée en Syrie par la CIA et les alliés régionaux de Washington. Il a continué à bénéficier de ce soutien jusqu’à ce qu’il s’oriente vers l’est en Irak, acheminant les forces de sécurité irakiennes entraînées par les États-Unis à Mossoul et dans une grande partie de l’Irak en 2014.

À la suite de la défaite supposée de Daech et de la reprise de sa « capitale » Raqqa, ces mêmes forces peuvent être rebaptisées « rebelles » anti-Assad et utilisées dans la poursuite des objectifs de l’impérialisme américain de sécuriser le changement de régime en Syrie, préparer la confrontation militaire avec l’Iran et la Russie et affirmer l’hégémonie américaine au Moyen-Orient au moyen des forces armées.

Bill Van Auken | 16 novembre 2017

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Un nouveau récit européen ?

L’herméneutique est la science de l’interprétation des récits. Dans sa logique, aussi scientifique que l’est celle de l’astrologie, peu importe que le récit soit vrai, pourvu qu’il produise du sens, qu’il ait une valeur de vérité du point de vue de l’interprétation. Le maître à penser de Macron, Paul Ricoeur, est le grand théoricien en France de l’herméneutique, « science » qui doit son existence à nombre de philosophes allemands. Il vise à redonner du crédit, face à une approche réellement scientifique de la nature et de la société, à tout ce qui ne l’est pas : récit, métaphore, image, légende, parabole, mythe, « narrative », et autres « nobles mensonges ». Certains hommes politiques prisent particulièrement cette approche du « récit évocateur », notamment en temps de crise, pour amener le peuple, foule déraisonnable et mue par les passions (la « Bête » selon Macron), dans une direction choisie par la classe dirigeante, intellectuelle, autoproclamée compétente et rationnelle. « Ce qui est important c’est que, dans l’Histoire, on ait toujours cette part d »herméneutique, mais qu’elle ne vienne pas déconstruire ce rapport » déclarait Macron en prônant la construction d’un « récit national » [1]

ARG UE SYSTEME

L’attaque impérialiste de la Grèce contre Troie fut faite au nom du récit de l’enlèvement de la Belle Hélène, l’invasion de l’Algérie par l’armée colonisatrice française fut faite au nom du récit du coup d’éventail du Dey d’Alger au consul de France, l’attaque américaine de l’Irak au nom de la parabole du onze septembre et de la légende des armes de destruction massive découvertes par MM Powel et Bush… Ce dernier avait déclaré à un journaliste : « maintenant, nous sommes un empire, et c’est nous qui créons la réalité (« story telling »).

La CIA préconise l’emploi de « récits évocateurs », notamment en Union Européenne pour maintenir l’unité des espaces en crise. « Leur capacité à forger des récits évocateurs, des idéologies, à attirer l’attention, à cultiver la confiance et la crédibilité servira leurs intérêts et valeurs. » [2]

Ce lexique étranger au profane est tellement habituel aux dirigeants et lobbies européens qu’ils ne s’en cachent même plus : la France est paraît-il à la recherche d’un « récit » européen [3]. En 2013, lançant la campagne européenne « New narrative (nouveau récit) », Barroso déclare : « Nous devons continuer le récit, continuer à écrire le livre du présent et de l’avenir. C’est pourquoi il faut un nouveau récit (narrative) à l’Europe. » [4] Il a appelé artistes, chercheurs et intellectuels à réfléchir à un nouveau récit [5] .En août 2016, Donald Tusk, président du Conseil européen, aux côtés de Merkel, aurait appelé les 27 à se réunir à Bratislava, pour se mettre d’accord sur le nouveau récit.

L’ancien récit

La très bien informée fondation Carnegie, analyse ainsi ce tournant [6]. Plus personne en Europe ne croit en l’ancien récit européen : « l’UE-c’est-la-paix, l’UE-c’est-la-prospérité », antienne ânonnée depuis Maastricht, et qui a reçu un coup d’arrêt avec le Brexit et la montée en puissance des partis dits « populistes », c’est-à-dire anti-euro. Sans même parler de l’excursion yougoslave, l’ « arc de crise », qui entoure l’UE de l’Ukraine à la Libye rend difficilement crédible la vocation pacifiste de l’Union Européenne, de même que les bruits de botte qui se font entendre à la frontière russe.

Par ailleurs, l’érosion de la qualité et du niveau de vie des classes moyennes et des prolétariats européens ont accru le ressentiment vis-à-vis de la mondialisation. Les peuples d’Europe, hors oligarchie, sont les grands perdants de la mondialisation. Hormis les 10% des plus riches Européens, plus personne ne croit en l’Europe sociale ou en l’Europe puissance industrielle.
L’UE apparaît aujourd’hui comme une création au service des plus riches. Les super-riches, ont accru, depuis Maastricht, de façon phénoménale leur richesse et leur pouvoir : les dix premières fortunes de France ont vu leur patrimoine être multiplié par 30, de 10 milliards en tout en 1996, à 300 milliards aujourd’hui [7].

Un nouveau récit ?

Il aurait donc fallu changer de récit, faire croire autre chose à la foule incrédule. Après l’Europe-c’est-la-paix, place à L’Europe-qui-protège ! Le nouveau récit européen serait la lutte contre l’immigration, contre le terrorisme, et contre la mondialisation. « L’UE a changé son récit (narrative) pour se recentrer sur l’immigration, le terrorisme et la mondialisation » (Carnegie)

La question de l’immigration aurait été résolue de façon très brutale. L’UE a organisé des camps de détention (hotspots) où les migrants sont retenus, dans le but de sélectionner les réfugiés politiques des migrants économiques. Dans certains pays, comme la Libye, les migrants y subiraient un véritable calvaire. Les flux venant de Méditerranée ont, semble-t-il, fortement décru. [8]

Dans son discours d’Athènes, Macron a appelé a une souveraineté européenne pour lutter contre les autres grandes puissances, en première ligne les Etats-Unis, prétend-il.

Contre le terrorisme, une politique de défense européenne serait en construction. Le récent discours de Macron à la Sorbonne prônant la construction d’une défense européenne au nom de la lutte anti-terroriste témoigne de ce bouillonnement d’idées : parquet européen anti-terroriste, FBI européen, commissaire européen à la sécurité, fonds européen de défense au nom de la lutte contre le terrorisme, police européenne des frontières, appel de Macron aux volontaires européens à rejoindre l’armée française, rétablissement du service militaire obligatoire pour armer moralement les citoyens, projet d’un service militaire européen, rétablissement de la garde nationale, projet de transformer Sentinelle en une force d’intervention.

La loi anti-terroriste fait passer dans le droit commun l’état d’urgence, avec perquisitions administratives, assignations à résidence, contrôles d’identité au faciès, dénoncés par Jacques Toubon comme visant exclusivement la minorité musulmane. Parallèlement des personnalités militaires comme le général Benoît Puga, ancien chef des forces spéciales, proche des intégristes catholiques, sont invitées à Bilderberg, ce qui est généralement un bon tremplin pour être propulsé à des fonctions clés (Macron en 2014, Philippe en 2016). Benoît Puga fut chef d’Etat Major particulier du président Sarkozy, puis du président Hollande, et est aujourd’hui grand chancelier de la légion d’honneur, et à ce dernier titre décora un prince saoudien…

Des diverses interprétations des récits

L’avantage de l’approche “herméneutique” des récits est que les interprétations des événements et des discours peuvent être diverses, laisser songeurs, laisser émerger des questions.

(...) Selon des sources bien informées, l’état profond américain – CIA, banques, complexe militaro-industriel – contrôlerait complètement l’UE et ses élites. Le journaliste allemand Udo Ufklotte dénonce ce contrôle sur les médias et les politiques européens. Dans son livre « Journalistes achetés » , (seule la version allemande, « Gekaufte journalisten » est disponible…), celui-ci expose la corruption totale des élites intellectuelles, politiques et médiatiques par les systèmes de renseignement occidentaux, l’oligarchie économique et la haute finance. Il expose aussi la totale intégration, dépendance de l’Allemagne envers cet Etat profond, avec ses organisations plus ou moins discrètes : « young leaders », « pont Atlantique », Bilderberg, fondations Soros, Carnégie et Rockefeller, prix divers, etc. Avec Macron, il semble que la France s’aligne totalement, et se fond dans cette « Europe Nouvelle », germano-US. Le discours anti-mondialisation n’est-il pas en fait avant tout dirigé contre la Chine ?

Concernant l’immigration, la soudaineté de la crise des migrants et sa mise en scène médiatique laissent également songeur. Des journaux autrichiens ont écrit que ces flux auraient été organisés par des agences américaines [9], Merkel ayant mis de l’huile sur le feu en appelant à la venue d’un million par an. En un an, l’immigration est devenue la préoccupation première des Européens selon les sondages [10]. Dans les discours des politiques, les « migrations » apparaissent comme un problème, un défi, et non plus comme une chance. Les partis dits populistes, comme le FN et l’AFD ont transformé leur discours anti-UE en discours identitaire anti-migrants et anti-islam. Les sorties de Macron sur l’immigration [11], les “huit enfants par femme africaines”, et sur les navires qui ramassent « du » comorien s’inscrivent dans cette dérive identitaire de l’Europe. En arrière-plan, se lit l’idée que l’immigration blanche et chrétienne ne posait pas les problèmes que posent les migrants Africains.

Cette crise, qu’elle fût subie ou déclenchée, n’a-t-elle pas été utilisée pour faire émerger le « sentiment d’un destin de communauté européen » (Tusk), d’une identité, d’une citoyenneté souveraine face à l’invasion arabo-musulmane ? La CIA regrette en effet que « L’Union n’ait pas su créer de sentiment de destin partagé chez ses citoyens » [12]. Ce stress n’a-t-il pas été utilisé pour vacciner les populations contre toute velléité de protestation anti-européenne ? Il faut rappeler que le mot « Européen » apparaît pour la première fois au 8è siècle dans le contexte de la lutte contre les invasions arabo-musulmanes [13].

De même, on peut avoir des réserves sur la sincérité de la lutte contre le terrorisme. Selon le juge Trévidic, c’est l’Occident qui fabrique l’islamisme. Un ministre russe déclare que la coalition emmenée par Washington détruit tout (infrastructures de l’Etat syrien surtout) sauf Daech [14]. Et notre ministre des affaires étrangères ne déclarait-il pas que al Nosrah (lié à al Qaida) faisait du « bon boulot » ?

On sait que les islamistes ont été utilisés en Libye, en Syrie et ailleurs. Les alliances objectives avec l’Arabie Saoudite et le Qatar sont de fait une alliance avec le wahhabisme.

Néanmoins, la lutte en Europe (réelle ou fictive) contre l’islamisme n’est-elle pas l’occasion rêvée pour souder une Europe en mal d’unité ? Une lutte coordonnée contre une minorité, devenue exécrée par un laisser-faire bien organisé envers les salafistes de tout acabit, frères musulmans en premier lieu, ne serait-elle pas le récit idéal pour faire naître la conscience d’une nation européenne ?

Prospective “herméneutique”

Ce nouveau récit, potentiellement musclé, est parfaitement compatible avec la doctrine de coeur de l’UE : le néo-libéralisme. Cette logique réserve à l’Etat les seules fonctions régaliennes, pouvant aller jusqu’à la dictature militaire, et abandonne les structures de l’économie aux banques et multinationales et les services publics aux religions et œuvres de charité [15].

De plus, ce récit n’est pas incompatible avec un éclatement des pays en grandes régions. Les mouvements indépendantistes catalans ont tiré profit du stress provoqué par l’attentat de Barcelone, du ressentiment face à l’immigration musulmane, notamment marocaine, et de l’impression partagée que Madrid ne les protégeait pas [16]. On peut imaginer qu’un attentat de même ampleur en Corse, au Pays basque ou ailleurs auraient des conséquences similaires. la dérive identitaire européenne est parfaitement compatible avec les régionalismes.

Le terme « terroriste » très vague pourrait aussi désigner d’autres ennemis de circonstance, comme par exemple les combattants du Dombass actuellement, et dans le cas d’une aggravation des tensions avec l’Eurasie tous ceux qui pourraient apparaître comme « anti-guerre », « pro-russe » ou « pro-Chinois »

Ce nouveau récit permettrait aussi de créer toutes les structures – renseignements, contrôles des médias, des frontières, militarisation de la population – pour préparer une guerre classique, ou poursuivre une guerre froide (médiatique, économique, politique et psychologique) contre les véritables ennemis de l’Occident et de la CIA : la Chine et la Russie.

L’Organisation de la Coopération de Shanghai est en train de devenir la première puissance au monde, ce que les Etats-Unis n’acceptent pas. Les avancées accomplies par la Chine dans tous les domaines scientifiques, industriels, techniques et financiers [17] laissent à l’OTAN une brève fenêtre avant de se faire totalement dépasser.

La liste des scénarios reste heureusement ouverte. C’est là un des grands avantages de la logique du récit (« narrative » selon les anglo-saxons) que chaque page de l’histoire écrite peut apporter un nouveau coup de théâtre…

Valentin Martin et Jacques Maillard
Du Bureau national du Comité Valmy
14 octobre 2017

Source :

Références

1. https://www.franceculture.fr/histoire/emmanuel-macron-le-recit-national-nest-pas-un-roman-totalitaire
2. Le Monde en 2035, Equateurs document, 2017
3. https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0345-la-france-a-la-recherche-d-un-recit-europeen
4. http://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-13-357_en.htm
5. https://ec.europa.eu/culture/policy/new-narrative_en
6. http://carnegieeurope.eu/strategiceurope/ ?fa=64604
7. « Challenge » de septembre 2017
8. https://www.la-croix.com/Monde/Europe/LEurope-ferme-portes-migrants-2017-08-27-1200872283
9. http://www.medias-presse.info/les-etats-unis-financent-limmigration-massive-vers-leurope-affirme-un-agent-des-services-de-renseignement-militaires-autrichiens/37181/
10. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/08/01/01016-20150801ARTFIG00099-l-immigration-principale-preoccupation-des-europeens.php
11. http://www.rfi.fr/afrique/20170829-terrorisme-migration-deux-priorites-africaines-macron
12. Le monde en 2035, p.181
13. Jean FLORI, La guerre sainte, la formation de l’idée de croisade dans l’Occident chrétien, Aubier, 2001
14. http://www.presstv.com/DetailFr/2017/10/11/538256/Walid-alMouallem-Sergue-Lavrov-terroriste-Damas-Syrie-Daech-tatsUnis-coalition-américaine
15. rapport EDORA de l’UE, disponible sur le site EPSON
16. http://www.huffingtonpost.fr/barbara-loyer/apres-les-attentats-la-catalogne-plus-divisee-que-jamais_a_23154885/
17.

Militairement déjà la Russie dépasse les USA sur nombre de points : croiseurs et brises glace à propulsion nucléaire, envoi d’hommes dans l’espace, cryptographie et piratage de logiciels (voir l’incident en mer noire avec un croiseur US), bombardiers supersoniques, système antiaérien S500…
Sur le plan financier : « Les structures qui pourraient chercher à réorienter la hiérarchisation du pouvoir incluent : la Nouvelle banque de développement créée par le BRICS, et la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures pilotées par la Chine (en complément de la BM et du FMI), l’Universal credit Rating group (en complément des agences de notation Moody et S&P, de China Union Pay (en complément de Mastercard et Visa), et du CIPS, système international chinois de paiement (en complément du réseau de paiement SWIFT) (Le paradoxe du progrès, 2017)

https://www.soverain.fr/nouveau-recit-europeen-valentin-martin-jacques-maillard/

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dimanche 12 novembre 2017

La bénédiction syrienne, par Michel Raimbaud

Durant ces interminables années de brouillard et d’enfer qu’a traversées la Syrie, qu’aurait été la vie sans l’espoir ? Pensons ici d’abord au peuple syrien martyrisé et exposé à un ethnocide, à son armée nationale qui aura payé un si lourd tribut à l’agression barbare lancée par le groupe de ses « amis », et aux responsables qui face à la « communauté internationale » ont dû porter à bout de bras l’Etat visé par un politicide…

ARG SYRIE VICTOIRE

On pensera aussi aux amis, défenseurs et partisans de la Syrie légale, tous ceux qui aimaient cette société plurielle, tolérante, aimable et hautement civilisée, et craignaient qu’elle ne disparaisse à jamais.

Certes, la flamme ne s’est jamais éteinte, mais il était permis aux plus optimistes de s’interroger parfois ou de douter de l’avenir face aux assauts d’une coalition islamo-israélo-occidentale abreuvée de centaines de milliards de pétrodollars et puisant ses combattants dans un vivier inépuisable de mercenaires venus de cent horizons. La Syrie tiendrait-elle, face à la meute féroce des puissances impériales – grandes, petites ou moyennes – de « l’Axe du Bien », contre la horde sauvage des djihadistes démocrates, des terroristes modérés, des révolutionnaires en peau de lapin ? Résisterait-elle aux cohortes de déserteurs, de transfuges qui se donnaient rendez-vous au sein d’une « armée libre » téléguidée par ses pires ennemis, aux ordres et à la botte des islamistes et de leurs parrains, faisant la roue pour séduire le ci-devant « ennemi sioniste »?

Comme tous les pays plongés dans des situations troubles, la Syrie a connu la fatalité des infidélités, des lâchetés, des compromissions, des corruptions petites ou grandes, mais son peuple, au sens noble du terme, a résisté vigoureusement, ses institutions sont restées debout et ses gouvernants ont tenu bon. Grâce à sa résilience étonnante, l’Etat syrien s’est fait des alliés solides qu’il a su fidéliser : la Russie et la Chine d’une part, l’Iran, le Hezbollah et ses alliés d’autre part. Une réalité qui allait interdire la répétition au « Pays de Cham » d’un scénario irakien, libyen ou yéménite.

Néanmoins, les « grandes démocraties » ne pouvaient que rester aveugles et sourdes à ces réalités dérangeantes et déplaisantes, la Syrie étant depuis la fin de la guerre froide un pays à détruire et à abattre. Les élites désormais acquises au néoconservatisme n’ont rien trouvé de mieux que de soumettre les « opinions » à un tapage médiatique sans précédent allant de pair avec une omerta sans faille et un lavage de cervelle ahurissant. En brèves de comptoir de « sciences-po » ou de « France désinfo », la doxa occidentale sur le conflit de Syrie s’est trouvée résumée dans une ou deux sentences lapidaires, symboles assez désolants de la subtilité réduite de nos dirigeants, de nos analystes et de nos penseurs, expressions de l’arrogance indécrottable des Occidentaux. « Bachar doit partir », « Pas de place pour Bachar dans l’avenir de la Syrie »…

C’est alors qu’intervient la « malédiction syrienne » qui aura sanctionné les décideurs, les faiseurs d’opinion, tous ceux qui avaient perdu une occasion de se taire. La liste est longue de ces imprécateurs qui expédiaient avec morgue Bachar Al Assad à La Haye, à Moscou, à six pieds sous terre, ou ailleurs, et qui concoctaient des plans sur la comète Syrie, en écrivant un avenir qu’ils ne verraient jamais. Combien ont répété la rengaine comme des perroquets des années durant avant d’être expédiés par les électeurs, par la providence ou par la justice immanente vers les poubelles ou les oubliettes de l’Histoire. Exit donc les innombrables bouffons et imposteurs « amis de la Syrie ».

Pour sa part, Bachar Al Assad est toujours là, incontournable, populaire chez lui comme bien d’autres en rêveraient…La Syrie, qui s’achemine vers une victoire décrétée « impensable » face à tant d’ennemis si puissants, est debout, alors que la discorde, fruit de la défaite, s’est installée dans le camp des agresseurs et que le chaos y règne en maître…

Pas besoin à la rigueur de croire au ciel pour admettre qu’il y a une « malédiction syrienne » qui a frappé et frappe les ennemis de cette « terre sainte » que « Dieu protège » (Allah hami-ha), mais il faut bien en tout cas parler d’une bénédiction syrienne. Ce qui est en train d’arriver est logique et juste, mais l’issue désormais attendue de cette guerre universelle constitue une sorte de miracle, même et notamment pour ceux qui ont eu foi en l’avenir.

Cette victoire, la Syrie l’aura amplement méritée ! Malgré tout ce que diront les esprits chagrins, quel peuple admirable, quelle armée d’exception ! Et on cèdera à la tentation de dire : s’il y a bien un homme d’Etat qui mérite d’être sur terre, c’est ce Président qui aura su incarner l’espoir, rester fidèle à ses alliances et conduire son pays vers la victoire.

La Syrie a, selon tous les augures, gagné la guerre. Il lui reste à gagner la paix. Mais le vaillant pays qui a combattu pour nous a certainement toutes les capacités requises pour relever avec succès ce nouveau défi afin que cette guerre n’ait pas été « une guerre pour rien ». Ce qu’à Dieu ne plaise ! Ce sera une rétribution qui, bien mieux que la vengeance, paiera le sacrifice des innombrables victimes, les morts comme les vivants.

Michel Raimbaud | 7 novembre 2017

Michel Raimbaud est ancien ambassadeur de France, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur.

Source: Michel Raimbaud

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Ces étranges événements qui hantent les nuits de Riyad

Difficile de ne pas conclure que la démission de Saad Hariri, la purge saoudienne et le missile tiré contre Riyad ce weekend sont étroitement liés.

ARG US ARABIE SAOUDITE

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a été bien occupé samedi soir. L’héritier du royaume, âgé de 32 ans, s’est surpassé. Il a surpassé l’immense chaos et la misère humaine qu’il avait déjà engendrés en tant que ministre de la Défense responsable du lancement de la campagne de bombardements aériens sur le Yémen.

Tout d’abord, il y a eu la démission soudaine du Premier ministre libanais, Saad Hariri, après seulement un an de mandat. Hariri a fait sa déclaration depuis Riyad, qui est un endroit curieux pour démissionner du poste de Premier ministre du Liban. Son discours était résolument orienté contre le Hezbollah et l’Iran, empreint d’une fermeté dont il n’avait pas fait preuve depuis des années.

Quelques jours auparavant, il n’avait pas laissé paraître que sa vie était menacée, ainsi qu’il l’a affirmé dans son discours. Il a laissé des employés de l’aéroport prendre des selfies avec lui et a quitté le Liban le moral au beau fixe et optimiste.

Saad Hariri pensait avoir survécu à la pression subie par son entreprise de construction, Saudi Oger, l’année dernière, et une rencontre avec le ministre délégué aux Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhan,s’était bien déroulée.

Al-Sabhan a tweeté que tous deux étaient d’accord sur « beaucoup de choses intéressantes ». Cependant, le ton du ministre a rapidement changé après la démission de Hariri. Il a alors tweeté : « Les mains de la trahison et de l’agression doivent être amputées », en référence au Hezbollah et à l’Iran.

Un commentateur saoudien bien informé mais anonyme, qui utilise le pseudo Mujtahidd sur Twitter, a écarté la théorie selon laquelle Hariri se sentait menacé d’assassinat par l’Iran. Il a affirmé que le Premier ministre libanais était davantage menacé par le groupe État islamique.

Mujtahidd a déclaré que Hariri était ressorti de ses derniers entretiens avec Ali Akbar Velayati, conseiller principal aux Affaires internationales du guide suprême iranien, de bonne humeur.

« La raison principale de son retour à Riyad est de le tenir captif avec le reste des princes détenus et des hommes d’affaires pour le faire chanter et le forcer à ramener les fonds qu’il détient à l’étranger, en particulier ceux qui ne sont pas liés au Liban. »

« La déclaration qu’il a lue a été écrite pour lui. Il n’était pas convaincu par celle-ci, que ce soit en ce qui concerne le contenu ou en ce qui concerne le fait de remettre sa démission depuis Riyad. Car comment est-il possible pour un responsable politique d’annoncer sa démission depuis la capitale d’un autre pays ? », a écrit Mujtahidd sur Twitter.

Hossein Sheikholeslam, conseiller principal du ministre iranien des Affaires étrangères, semble être d’accord avec Mujtahidd. Il a accusé le président américain Donald Trump et le prince héritier d’avoir fait pression sur Hariri pour le contraindre à démissionner : « La démission d’al-Hariri a été arrangée en coordination avec Trump et Mohammed ben Salmane afin de fomenter des tensions au Liban et dans la région », a déclaré Sheikholeslam.

Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a réagi calmement à la nouvelle dimanche. Il a blâmé les Saoudiens pour ce retrait de Hariri, qualifiant cette démission de violation de la souveraineté libanaise et d’atteinte à la « dignité de Hariri ».  Il a fait référence à Hariri comme « notre Premier ministre », et non, notre ancien Premier ministre.

Prenez ces déclarations toutes ensemble, il est difficile de ne pas conclure que, lorsqu’il a quitté le Liban, Hariri n’avait pas l’intention de démissionner, qu’il ne savait pas qu’il démissionnerait et que sa démission lui a été imposée par les Saoudiens. Toutefois, selon mes informations, il n’a pas été arrêté.

Le deuxième événement a été, littéralement, une secousse dans la nuit. Elle est survenue quelques heures après le discours belliqueux de Hariri. Un missile à longue portée lancé par des rebelles houthis à des milliers de kilomètres, au Yémen, a atterri quelque part près de l’aéroport de Riyad, dans le nord de la capitale. Le missile aurait été intercepté par des missiles de défense antiaérienne saoudiens, mais des scènes de panique ont été signalées au sol.

Jusqu’à présent, les Houthis ont généralement ciblé Djeddah. Un missile à longue portée destiné à la capitale a été interprété par les Saoudiens comme un message clair de la part d’un intermédiaire de l’Iran : « Si vous accentuez la pression sur le Hezbollah, nous accentuerons la pression sur vous à Riyadh », semblaient vouloir dire les lanceurs du missile.

Le retour de McCarthy

Le troisième événement venant perturber la paix avait été bien planifié. La disparition du prince Mutaeb ben Abdallah avait été largement prédite. Il était en charge de la troisième force militaire du royaume, la garde nationale, et Mohammed ben Salmane avait pris le contrôle du ministère de la Défense et du ministère de l’Intérieur (après avoir évincé son cousin Mohammed ben Nayef). Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne scalpe Mutaeb et mette sous son contrôle les trois armées du royaume.

La garde nationale recrute historiquement au sein des tribus du royaume. Dimanche, les comptes bancaires des cheikhs tribaux impliqués dans l’armée ont été gelés et d’éminents cheikhs ont reçu l’interdiction de se rendre à l’étranger. Ils appartenaient principalement aux tribus Motair et Otaiba qui avaient été fidèles au défunt roi Abdallah. Cela a été fait pour réprimer la dissidence.

Nous n’avions pas prédit à quel point la réaction de ben Salmane face à Mutaeb serait brutale. Lui et son frère Turki ont été arrêtés et accusés de corruption. Son arrestation a été signalée par des sites proches de la Cour royale, qui l’ont diffusée les premiers et ont déclaré que la corruption était liée aux ventes militaires dans son ministère. Ils ont créé un hashtag spécial pour l’occasion qui disait : « Salmane s’attaque à la corruption ».

Al-Arabiya a annoncé que dix, puis onze princes avaient été arrêtés, ainsi que trente-huit hommes d’affaires et anciens ministres.

Dans un style de gouvernement unique au royaume, la décision d’effectuer cette purge semble avoir précédé l’annonce de la commission formée pour procéder à ces arrestations. C’est ainsi que le jeune prince agit, un homme que certains experts du Moyen-Orient persistent à qualifier de réformateur à l’occidentale. Il agit avec mépris total pour l’habeas corpus, la procédure régulière et l’État de droit. À ses yeux, les personnes arrêtées sont coupables avant même que leur culpabilité ne soit prouvée.

Cette commission est maccarthyste dans ses pouvoirs et sa portée. La première chose à noter dans le décret qui l’a mise en place, c’est qu’elle se situe au-dessus et au-delà de la loi. Le décret stipule que cette commission (présidée par ben Salmane) est « exemptée des lois, règlements, instructions, ordonnances et décisions lorsque la commission accomplira les tâches suivantes […] enquête, publication de mandat d’arrêt, imposition d’interdiction de voyager, divulgation et gel de comptes et de portefeuilles, suivi de fonds, d’actifs et prévention de leur remise ou transfert par des personnes et des entités, quelles qu’elles soient. La commission a le droit de prendre toutes les mesures de précaution qu’elle juge nécessaire jusqu’à ce qu’elles soient renvoyées aux autorités chargées de l’enquête ou aux organes judiciaires. »

En d’autres termes, le prince peut faire tout ce qu’il veut à quiconque, saisissant leurs biens dans et en dehors du royaume. Rappelons-nous simplement ce qu’il contrôle désormais. Le prince dirige les trois armées d’Arabie saoudite ; il dirige Aramco, la plus grande compagnie pétrolière du monde ; il dirige la commission chargée de toutes les affaires économiques qui est sur le point de lancer la plus grande privatisation que le royaume ait connue ; et il contrôle maintenant toutes les chaînes médiatiques saoudiennes.

Les barons des médias saoudiens arrêtés

Cela ressort de la liste des hommes d’affaires arrêtés. ART, MBC et Rotana Media dominent les médias arabes. Ces sociétés médiatiques saoudiennes représentent la majeure partie de ce qui est diffusé au Moyen-Orient, à l’exception des informations diffusées par Al Jazeera, détenue par le Qatar.

Leurs propriétaires respectifs, Saleh Kamel, Walid al-Ibrahim et le prince Al-Walid ben Talal sont derrière les barreaux. Leurs richesses ont également été vraisemblablement confisquées. Forbes évalue la fortune de ben Talal, président de la Kingdom Holding Company, à 18 milliards de dollars. Il détient des parts importantes dans de nombreuses sociétés, notamment Newscorp, Citigroup, 21st Century Fox et Twitter. Ces actions sont également sous une nouvelle direction. Le directeur de STC, le plus grand opérateur de téléphonie mobile en Arabie saoudite, a également été arrêté.

Si les initiatives précédentes de ben Salmane constituaient une prise de pouvoir, les initiatives de samedi ont été un accaparement des richesses.

Mis à part les dangers politiques qu’il y a à dépouiller tant de Saoudiens très riches de leurs richesses, c’est une manière bizarre d’encourager les étrangers à investir dans le royaume. Les actions de ben Salmane samedi semblaient être destinées à tous les effrayer.

L’économie est en récession et les réserves de change sont en train de s’épuiser. Ben Salmane vient de saisir les actifs des plus grands hommes d’affaires du royaume et a mis en place une commission qui peut saisir les actifs à volonté, en Arabie saoudite ou à l’étranger. Qu’est-ce qui l’empêcherait de faire de même pour les actifs des investisseurs étrangers qui se sont brouillés avec lui ?

La purge d’autres grands oligarques comme Bakr ben Laden, qui dirigeait la plus grande entreprise de construction du pays, aura également un effet d’entraînement sur le reste de l’économie. Le Bin Laden Group emploie des milliers de sous-traitants.  Les purges et les affaires ne se mélangent pas, comme le découvrira bientôt ben Salmane.

Fissures dans la famille royale

Une source fiable m’a dit que le prince Al-Walid ben Talal avait refusé d’investir dans Neom, la méga ville dont ben Salmane a annoncé la construction, et c’est la raison pour laquelle le prince héritier a renversé son cousin. Mais ben Talal s’était également disputé avec son cousin en appelant ouvertement à libérer ben Nayef de son assignation à résidence.

L’autre chose à noter, c’est que toutes les branches de la famille royale ont été affectées par cette purge, et d’autres qui l’ont précédée. Il suffit de regarder les noms des princes qui ont été éliminés : ben Talal, ben Fahd, ben Nayef, ben Muqrin. Ce dernier est mort dans un accident d’avion, apparemment en tentant de fuir le pays. Ces noms vous apprennent une chose : les fissures au sein de la famille royale sont étendues et profondes et s’étendent à son cœur même.

Tout cela serait-il arrivé sans un nouvel accord de Trump ? Il a tweeté hier qu’il « apprécierait beaucoup que l’Arabie saoudite procède à l’introduction en bourse d’Aramco sur le New York Stock Exchange, important pour les États-Unis ! » Trump a également appelé le roi Salmane, le félicitant pour tout ce qu’il a fait depuis son arrivée au pouvoir. Cette décision est survenue après la troisième visite de Jared Kushner au royaume cette année.

Si ce n’était pas encore évident pour tout le monde, cela doit sûrement l’être à présent. La capitale de l’insécurité au Moyen-Orient est Riyad, et les initiatives d’un prince âgé de 32 ans, en quête d’un pouvoir absolu, sont capables de déstabiliser les pays voisins et de destituer leurs Premiers ministres. Pire, ce prince semble être encouragé par un président américain qui ne sait pas ce qu’il fait.

Des dirigeants plus sages à Washington D.C., comme le secrétaire d’État Rex Tillerson ou le secrétaire à la Défense James Mattis, doivent s’arracher les cheveux – ou ce qu’il en reste. Cela ne m’étonnerait pas d’apprendre que Tillerson en a assez d’essayer d’éteindre les incendies que son président et son entourage immédiat continuent à déclencher.

David Hearst | 7 novembre 2017

David Hearst est rédacteur en chef de Middle East Eye. Il a été éditorialiste en chef de la rubrique Étranger du journal The Guardian, où il a précédemment occupé les postes de rédacteur associé pour la rubrique Étranger, rédacteur pour la rubrique Europe, chef du bureau de Moscou et correspondant européen et irlandais. 

Article original traduit par MEE

http://arretsurinfo.ch/ces-etranges-evenements-qui-hantent-les-nuits-de-riyad/

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