dimanche 17 juin 2018

Italie: Commedia dell’Arte? [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

TRIBUNE LIBRE / Fernand Le Pic

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L’Italie, qui est tout entière une base militaire américaine, peut-elle se payer le luxe d’un gouvernement antisystème? Peut-être, si les intérêts de l’Alliance sont préservés et si les fameux 2% du budget alloués à la Défense sont maintenus. Mais alors, que restera-t-il des ambitions frondeuses de la coalition gagnante? Ne s’agirait-il que d’une Commedia dell’Arte?

Le dimanche 4 mars 2018, les eurosceptiques faisaient le plein des voix en Italie. Dans ce scrutin à un tour, le mouvement «5 étoiles» devenait le premier parti du pays avec 32,6% des voix. Pour mémoire, un an plus tôt en France, Macron n’avait obtenu que 24% des voix au premier tour.

Chronologie d’une ascension, ou l’intenable déni de démocratie

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S’associant à la coalition menée par la Ligue (ex-Ligue du Nord) totalisant 37% des voix, le mouvement pouvait entamer les tractations pour former un gouvernement. Elles furent longues et difficiles. Elles aboutirent tout de même, comme on le sait, le 27 mai. Mais le Président de la République Sergio Mattarella mit son véto. Motif: le professeur Paolo Savona, proposé au poste de ministre de l’économie, était soupçonné de vouloir faire sortir l’Italie de la zone Euro, alors même que l’intéressé s’était fendu de plusieurs communiqués assurant du contraire.

Giuseppe Conte, le premier ministre désigné de la coalition et novice en politique, démissionnait, tandis que Sergio Mattarella nommait dans la foulée un ancien fiscaliste en chef du FMI pour composer un gouvernement «technique». On partait donc pour de nouvelles élections possibles dès l’été voire l’automne, que le président suggéra même de ne tenir qu’au début 2019. On criait avec raison au déni de démocratie, au coup d’État et, en exagérant un peu, à la haute trahison. La coalition, disposant d’une majorité de près de 70% au parlement, menaça même d’engager une procédure de destitution du président présenté comme un agent des banques et de Berlin.

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Histoire d’enfoncer le clou, Bruno Lemaire, ministre français à veste réversible, expliquait déjà aux Italiens que si leur vote souverain était certes respectable, les impératifs européens le surpassaient quoi qu’il arrive. En d’autres termes, un vote n’est pour lui que l’expression d’une opinion mais non d’une décision opposable à Bruxelles. On retiendra. Et comme si cela ne suffisait pas, le commissaire européen au budget Günther Oettinger ajouta que la réaction négative des marchés au résultat du vote italien devait absolument se comprendre «comme un signal pour ne pas faire entrer des populistes de droite ou de gauche au gouvernement».

Bref, on était bien parti pour un coup de sang populaire. Mais voilà que le président Mattarella lui préféra un coup de théâtre. Le jeudi 31 mai, il acceptait finalement d’avaliser le même gouvernement présenté par la coalition gagnante après que Paolo Savona eut accepté de se voir reléguer au ministère des Affaires européennes, un poste qu’il occupa déjà sous le gouvernement Berlusconi de 2005. On le remplaçait à l’économie par le professeur Giuseppe Tria, moins offensif sur l’Euro, tandis que le très européen Enzo Moavero Milanesi était maintenu aux Affaires étrangères.

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Un président à l’ombre du Gladio

Mais était-ce bien là le véritable enjeu?

Le président d’un système parlementaire, censé rester en dehors des arbitrages politiques, aura certainement outrepassé ses droits en refusant un ministre pour des motifs qui sont justement politiques. Est-ce à dire qu’il ne dispose d’aucune prérogative politique? Ce serait faux de le croire. Il est un domaine où l’article 87 de la constitution italienne lui confère un pouvoir politique direct, c’est celui des Forces armées. Il en est le chef et préside en outre le Conseil suprême de défense. Et le président Mattarella n’est pas un nouveau venu dans cette arène. Premier vice-président du Conseil (du 21 octobre 1998 au 22 décembre 1999), officieusement chargé des questions de renseignement, c’est lui qui mena les négociations, conjointement avec le ministre de la défense de l’époque, Carlo Scognamiglio, visant à installer en Italie une chaîne de montage du F–35 produit par l’avionneur américain Lockheed Martin. Un choix qui continue de peser lourdement sur les finances italiennes puisqu’on évalue l’investissement local à environ 14 milliards de dollars pour la fabrication d’un total de 30 F–35B italiens et 60 F–35A italiens, ainsi que 29 F–35A pour la Royal Netherlands Air Force. Un avion coûteux et de surcroît peu fiable.

Ce qui nous intéresse ici, c’est que grâce à cette expérience aéronautique, Mattarella a pu construire une relation très solide avec les États-Unis.

Les bases US-OTAN en Italie

Il fut d’ailleurs aussi ministre de la Défense en titre (du 22 décembre 1999 au 11 juin 2001) dans les gouvernements D’Alema et Amato. Au cours de son mandat, il transforma les carabinieri en une force paramilitaire autonome et fit abolir le service militaire. Or, on sait que le passage aux armées professionnelles, qui devint le nouveau standard européen, fut le préalable indispensable à la projection de troupes en terres étrangères. Il préparait en fait l’Italie à intégrer les nouvelles missions de l’OTAN, déguisées en opérations de maintien de la paix, notamment en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo et dans l’ex-République yougoslave de Macédoine, opérations dont il fut un ardent promoteur. Il se retrouva d’ailleurs à devoir rendre des comptes en justice sur la mort de soldats italiens contaminés par l’uranium appauvri des bombes sales américaines lâchées sur l’ex-Yougoslavie. Oui, les États-Unis ont bien fait la guerre à l’Europe qui ne leur plaît pas, et Sergio Mattarella en sait donc quelque chose. C’est sans doute pour cela qu’il mentit effrontément à la cour d’appel de Rome déclarant que les soldats étaient prévenus et protégés, ce qui s’est avéré totalement faux.

Le Sicilien Mattarella est en réalité un fidèle et zélé serviteur de l’OTAN, qui peut toujours compter sur lui. Pourtant, il aurait bien pu lui en vouloir après l’élimination de son frère aîné Piersanti Mattarella, président de la région Sicile, criblé de balles à Palerme le 6 janvier 1980.

Récemment, le procureur général de Palerme,Roberto Scarpinato, expliquait publiquement que l’assassinat de ce disciple d’Aldo Moro, éliminé lui-même deux ans plus tôt sur ordre des Américains, impliquait les mêmes commanditaires, liés au réseau Gladio. A l’avant-garde de la lutte contre la mafia, Piersanti se déclarait favorable à une alliance politique avec les communistes, lesquels s’opposaient notamment au déploiement des Euromissiles américains sur la base encore américaine de Comiso, en Sicile. Leur chef local, Pio La Torre, fut lui aussi assassiné en 1982.

Aldo Moro et Piersanti Mattarella

Lorsqu’il se murmure que Sergio doit son destin politique au fait d’avoir accepté la mort de son frère sans avoir posé de questions, cela mérite en effet réflexion. Et que l’OTAN voie d’un très mauvais œil l’arrivée d’authentiques eurosceptiques au gouvernement italien, cela n’a rien de surprenant. Même si certains doutent que les concernés en soient vraiment et considèrent que «5 étoiles» pourrait servir de tête de pont aux réseaux Soros[1].

Le budget militaire comme baromètre

En premier lieu, l’OTAN veut le maintien et l’entretien des 113 bases et autres champs de tir et dépôts d’armes incluant entre 60 et 90 têtes nucléaires B–61, que l’alliance et les États-Unis en propre se partagent sur la Péninsule.

En fait, l’Italie en soi est une immense base militaire américaine, les méga-installations d’Aviano, de Naples, de Bari ou de Sigonella n’étant que les parties émergées de l’iceberg.

Ensuite l’Italie s’est engagée à respecter le quota de 2% de dépenses militaires dans son budget, voulu par l’OTAN depuis le sommet d’Irlande en 2014 et martelé par Donald Trump. Le chef du Pentagone James Mattis est d’ailleurs venu le rappeler en personne à Mme Roberta Panetti, ministre de la défense italienne, à Rome. C’était le 12 février 2018. Une visite qui certes n’a pas fait la une des grands médias, mais en pleine campagne électorale, le symbole était fort. D’autant que la précédente législature avait déposé un projet de loi visant à augmenter les pouvoirs du chef d’État-major italien et l’interopérabilité sur fond de croissance budgétaire garantie aux armées, et qu’il fallait s’assurer de son maintien à l’ordre du jour.

Idem pour les visites répétées en Italie de Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN. Il ne faudrait tout de même pas oublier que l’Italie dirige aussi en 2018 la «Spearhead Force», c’est-à-dire le fer de lance de la force de réaction rapide de l’OTAN.

On rappelle enfin avec insistance dans les cénacles militaires qu’il ne faudrait pas non plus que les eurosceptiques se trompent de camp s’agissant de la Russie.

Elisabetta Trenta en uniforme (FINUL Liban)

Tout cela pèsera sur les épaules dElisabetta Trenta, la nouvelle ministre de la Défense. Cette spécialiste du renseignement et officier de réserve cumule les diplômes et les formations militaires. Elle a été notamment formée dans les écoles de l’OTAN aux opérations post-conflits, c’est-à-dire essentiellement à des opérations psychologiques («Psyops») destinées à faire croire que l’on va «reconstruire». Polyglotte, elle parle cependant le russe et se débrouille en arabe. Si on garde à l’esprit que le chef des armées reste le fidèle Sergio Mattarella, c’est en surveillant de près les options du ministère de la Défense, notamment quant à la poursuite du programme F35 et à la hausse du budget militaire en direction des 2%, que l’on saura si la dramatisation du véto sur Paolo Savona n’était qu’un écran de fumée destiné à poursuivre le military business as usual, ou non.

NOTE

  1. Voir notamment l’intérêt que lui porte Jamie Bartlett, le patron de Demos, une filiale de recherche d’Open Society.

 

https://medium.com/antipresse/italie-coup-detat-ou-co%C3%BBt-d-otan-affeac07f612

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samedi 16 juin 2018

Europe : Jupiter, sacré Charlemagne ! [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

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Voici un article de fond qui a le mérite de la lucidité et qui fait le point sur l'audace peu réaliste du projet macronien de "souveraineté européenne". Même si l'auteur semble s'accrocher malgré tout au "rêve européen", la longue liste des difficultés à affronter se suffit à elle- même pour en démontrer l'inanité. Et comme en plus, c'est plutôt bien écrit, on tirera quelques profits de cette réflexion en forme de "point d'étape" à un moment crucial pour l'histoire de ce "machin" comme l'appelait De Gaulle.   P.G.

TL EUROPE SOUVERAINTE

TRIBUNE LIBRE / Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 21-05-2018

« La constance d’une habitude est d’ordinaire en rapport avec son absurdité » nous rappelle Marcel Proust dans la Prisonnière ! S’il y a bien un sujet de politique internationale sur lequel le président est constant, c’est bien celui de la construction européenne. Un an après sa prise de fonctions, il en est déjà à son quatrième discours, sa quatrième homélie sur le sujet, son cheval de bataille sur la scène extérieure : Athènes (Pnyx), Paris (Sorbonne)1, Strasbourg (parlement européen)2 et, dernière en date, Aix-la Chapelle pour y recevoir, le 10 mai 2018, le prestigieux prix Charlemagne destiné à récompenser sa foi européenne et cela des mains de la chancelière allemande, Angela Merkel3 (cette distinction n’était-elle pas prématurée en raison du peu d’échos de ses propositions précédentes ?).

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Il y reprend ses thèmes favoris avec le pouvoir de conviction d’un curé en chaire. Malheureusement, en dépit de la brièveté relative de son nouveau sermon, les officiants sont de moins en moins croyants, de plus en plus agnostiques dès qu’il s’agit d’aller de l’avant dans le perfectionnement du projet européen : « une Union européenne sans cesse plus étroite ». La foi n’y est plus. En dépit d’un propos plus ramassé, le discours d’Aix-la-Chapelle demeure un radotage stérile de banalités qui suscite une grande réserve de nos partenaires européens, faute d’un grand débat stratégique conduit sur le long terme et dans la plus grande discrétion.

UN RADOTAGE STÉRILE DE BANALITÉS

Emmanuel Macron « remplace l’exercice effectif du pouvoir par l’exercice symbolique du pouvoir basé sur sa communication, sa prestance, son autorité et son image à l’international… Dans le cas de Macron aussi les slogans prennent souvent le pas sur l’action réelle »4. Tel est le cas de son brillant discours lyrique à Aix-la-Chapelle sur le plan rhétorique. Comment le président de la République déroule-t-il son raisonnement devant ce parterre d’éminentes personnalités toutes acquises de manière inconditionnelle à la cause européenne ? De manière assez classique pour tout diplomate confronté à un problème auquel il doit tenter d’apporter une réponse, la moins mauvaise à défaut de la meilleure. Comme disait Goethe, « le but, c’est le chemin ».

Le constat : le mal européen du doute

Fort justement, Emmanuel Macron part d’une réflexion de bon sens. Depuis longtemps, l’Europe vit sur un mythe, un rêve, celui selon lequel elle nous a permis de vivre le miracle de 70 ans de paix entre les ennemis héréditaires d’hier. Cette pétition de principe doit être tempérée. D’une part, parce que cette période ne fut pas toujours un long fleuve tranquille pour certains peuples confrontés à la guerre, à la guerre civile, au génocide, au totalitarisme, au nationalisme, à la sujétion militaire ou politique. D’autre part, parce que le mythe de ces 70 ans de paix suppose une Europe parfaite « dont nous n’aurions qu’à soigner l’héritage ». Or, il n’en est rien tant notre continent est « toujours traversé par l’histoire et par le tragique de l’histoire ».

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À l’inertie de la routine, il faut, sans cesse, opposer le mouvement de la volonté afin de réinventer l’espérance dans l’idéal européen, celui du premier récipiendaire du prix Charlemagne en 1950, Richard de Coudenhove-Kalergi qui avait dit de l’Europe qu’elle était le « retour du rêve carolingien » : unité voulue, concorde conquise sur les différences et vaste communauté évoluant dans la même direction. Or, ce beau rêve est aujourd’hui rongé par le doute. Ce qui nous conduit à effectuer un choix : « le faire vivre ou le laisser mourir ».

Les remèdes : le volontarisme de l’intelligence

En fin lettré qu’il est, le président de la République propose quatre réponses à ce mal, réponses qu’il qualifie de « convictions, de commandements, d’impératifs catégoriques d’action ». Nous sommes à la fois dans le dogme, la philosophie et le religieux.

La première est ne soyons pas faibles et ne subissons pas. Il appartient aux dirigeants européens de ne pas fuir leurs responsabilités, de ne pas accepter « la tyrannie des évènements ». Emmanuel Macron revient, une fois encore, à l’idée qui lui tient à cœur, celle de l’autonomie de l’Union qui a pour nom « souveraineté européenne ». Cette capacité de choix autonome s’impose dans le domaine numérique (le chef de l’État en profite pour saluer l’adoption par le parlement européen d’un règlement général sur les données personnelles) ; le domaine climatique (cela suppose un politique ambitieuse et coopérative pour ne pas laisser le soin à d’autres de décider à notre place de l’avenir de la planète) ; dans le domaine du multilatéralisme international dont les Européens sont co-dépositaires(ils ne doivent pas céder à la menace de ceux qui souhaitent en redéfinir la grammaire) ; la paix et la stabilité au Proche et Moyen-Orient (l’Europe a fait le choix de la construire face à ceux qui ne respectent pas leur parole) ; les défis migratoires qu’il nous appartient de relever grâce à une politique européenne ambitieuse (concertée avec les pays du sud de la Méditerranée et d’Afrique)… Pour toutes ces raisons, le président de la République insiste sur l’importance de la souveraineté européenne pour faire de l’Europe « une puissance géopolitique, commerciale, climatique, économique, alimentaire, diplomatique propre » afin de ne pas laisser d’autres puissances y compris alliées de décider à notre place ce que doivent être notre sécurité et notre diplomatie.

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La deuxième est ne nous divisons pas. Face à la tentation, grande en cette période de trouble, de repli sur soi et de nationalisme, il importe de réagir collectivement après le coup de semonce que fut le Brexit et la musique du nationalisme que l’on entend en Pologne, en Hongrie, en Italie5. Luttons collectivement contre les fractures entre le nord et le sud, l’est et l’ouest ! Notre solution, c’est l’unité mais aussi la voie de la réforme, celle qui a si bien réussi à l’Allemagne mais que la France emprunte désormais contrairement à ce qui est dit. La France fait ses réformes « tant et tant attendues » et elle continuera de les faire. L’Europe ne peut plus se permettre le luxe de vivre sous le règne « d’hégémonies successives ». Elle doit s’engager sur la voie de la solidarité avec une zone euro plus forte, plus intégrée avec un budget propre permettant les investissements et la convergence. Sur ce sujet, reconnaissons-le humblement, Emmanuel Macron fait preuve de constance dans la défense de ses idées.

La troisième est n’ayons pas peur du monde dans lequel nous vivons, n’ayons pas peur de nos principes. La pire des réponses aux colères des peuples consisterait à céder les valeurs de l’état de droit qui fondent le Conseil de l’Europe et l’Union européenne. Nous devons rester fidèles à « la volonté de l’intelligence, à la volonté de la culture ». À cet égard, le président de la République propose la création d’une « Académie européenne de la culture », le combat pour des universités européennes. Selon lui, l’Europe doit avoir une dimension esthétique, intellectuelle et critique sur laquelle nous sommes attendus par le Proche et le Moyen-Orient et l’Afrique. L’Europe ne doit pas se contenter d’une souveraineté européenne mais elle doit porter le multilatéralisme, les règles pour le monde entier. Elle doit avoir une vision du monde qu’elle porte en son sein. L’Europe nouvelle et plus forte doit porter cette part d’universel qui est aujourd’hui entre ses mains. Face à Angela Merkel qui le recevait, le principal message du chef de l’État était adressé à la chancelière allemande qu’il a exhorté à l’appuyer dans son projet ambitieux de réforme de l’Europe.

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Il est revenu sur son idée maîtresse : Berlin doit accepter un budget de la zone euro et à sortir du « fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux parce qu’ils sont toujours faits aux dépens ce certains autres »6. Le moins que l’on puisse dire est que le propos est u peu inélégant pour la chancelière qui l’accueillait sur le territoire allemand7. Selon le volatil, il en aurait rajouté une couche lors de son séjour au fort de Brégançon : « Il faut secouer le cocotier. Il faut même secouer le ministre des Finances (Olaf Scholz), pourtant social-démocrate mais qui ne nous aide pas beaucoup. Lui aussi est dans le fétichisme des excédents ! ».

La quatrième est n’attendons pas. La procrastination serait la pire des solutions dans le contexte actuel. Le choix de l’Europe que nous ferons sera aussi celui de l’Occident. Jupiter se livre à un vibrant plaidoyer pour une Europe aux règles claires qui permette à ceux qui le souhaitent d’avancer sur la base du plus grand dénominateur commun et non celle du plus petit à la dernière minute. C’est ainsi que sera renouvelée l’Europe qui protège ses citoyens8. Osons faire ce choix qui sera à la hauteur de nos histoires. En un mot, Emmanuel Macron privilégie le volontarisme à l’inertie mortifère en cette période de repli sur soi.

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Pour conclure son propos, le président de la République invite à faire vivre cette utopie qu’est l’Europe et à dessiner dès maintenant les trente années à venir. L’Union est tout sauf une évidence en raison de sa fragilité. Continuons à écrire cette partition inachevée qui est la nôtre. Le lyrisme est toujours au rendez-vous avec Jupiter.

UNE GRANDE RÉSERVE DE NOS PARTENAIRES

A l’inventaire à la Prévert du discours de la Sorbonne, Jupiter privilégie à Aix-la-Chapelle, le discours de la méthode cher à René Descartes. Comme toujours dans les relations internationales, il existe un fossé important entre idée généreuse et action concrète.

Une réserve de principe : l’Europe à la française

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Le moins que l’on puisse dire est que le projet macronien – dans ses différentes versions – ne suscite pas l’enthousiasme des 27/28 tant la logique qui le sous-tend n’est pas partagée par nos partenaires. Ils y décèlent une volonté française d’imposer ses idées (celle d’une « Europe puissance », terme employé à Aix-la-Chapelle) et son leadership (en lieu et place du couple franco-allemand). Ils estiment, par ailleurs, que le temps n’est pas venu de procéder à une réforme de telle ampleur au moment où les eurosceptiques tiennent le haut du pavé, l’Union est fracturée entre le nord et le sud, l’est et l’ouest. À la limite, les partenaires de la France préféreraient une pause destinée à s’entendre sur la finalité du projet (Europe zone de libre-échange à l’anglo-saxonne ou Europe puissance à la Française) et la méthode choisie pour y parvenir (fédérale ou non). Or, nous en sommes loin. De sommet européen en sommet européen, les questions fondamentales sont mises sous le tapis et l’on continue à se quereller sur des vétilles.

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C’est le poids de la photo de famille et le creux des mots tant les désaccords sont profonds entre les membres de ce cénacle ingouvernable tant fait défaut l’affectio societatis. Or, le discours d’Emmanuel Macron – si brillant et si lyrique soit-il – ne répond pas de manière concrète à toutes ces questions existentielles que soulève son projet de réforme chez nos partenaires. La réforme de l’Europe ne pourra pas se faire sans compromis, telle est la réalité diplomatique dans ce qu’elle a de plus crue9. L’objectif premier de la réforme est de rétablir la confiance entre Européens par la voie du dialogue et non par celle du soliloque. Si initiative franco-allemande, il doit y avoir – ce qui est loin d’être assuré -, elle devra impérativement tenir compte des intérêts et des avis des autres partenaires. La verticalité du pouvoir au niveau hexagonal atteint rapidement ses limites au niveau européen. Elle est même un facteur jouant en la défaveur de la France dans son projet de porter les réformes de l’Union.

Des réserves ponctuelles : l’Europe n’a pas soif d’Europe

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Des obstacles juridiques. Le principal tient au concept défendu par Emmanuel Macron, celui de « souveraineté européenne ». Or, quoi qu’en dise Jupiter, l’Union européenne n’a ni les structures, ni le rôle d’un État et ne peut donc pas exercer une souveraineté sur les États membres. Par ailleurs, le titre premier de la Constitution française du 4 octobre 1958, qui comporte trois articles, est intitulé : « De la souveraineté ». L’article 3 est ainsi libellé : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». L’article 5 prévoit que :

« Le Président de la République veille au respect de la Constitution ».

La conséquence est qu’un État ne peut exister et vivre sous une double souveraineté puisqu’elle est, selon les termes du Petit Robert « le caractère d’un État ou d’un organe qui n’est soumis à aucun autre État ou organe ». Aucune ambiguïté, s’il persiste dans son idée de « souveraineté européenne », le président devra rapidement faire modifier la Constitution (par voie référendaire ou par celle du Congrès avec une majorité qualifiée). Si tel était le cas – à notre connaissance, une telle disposition ne figure pas dans le projet de réforme constitutionnelle – la France appartiendrait aux « États-Unis d’Europe »10. Comme dirait Jean-Jacques Bourdin, les Français veulent savoir !

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On comprend que l’obstacle juridique est de taille. Aucun de nos partenaires européennes n’a donné son accord à pareil saut qualitatif dans la construction européenne. Dont acte ! À titre d’exemple, le secrétaire d’État irlandais auprès du ministre des Finances s’oppose à une harmonisation de la fiscalité (voulue par la France à propos des géants du numérique dont le siège est à Dublin) rappelle fort justement que « la fiscalité relève de la compétence nationale, pas de la commission européenne… Encore une fois, il y va de la souveraineté nationale »11. L’Union européenne voit ses compétences définies par des traités internationaux ratifiés par les parlements et non par des chimères, fussent-elles jupitériennes ! Notre brillant chef de l’État envisage-t-il de faire modifier les traités européens afin de les mettre en cohérence avec ses idées baroques ? Lé réponse est dans la question. En France même, l’idée européenne inspire de plus en plus de réticences de la part des citoyens12. Sans parler de Berlin qui se méfie d’une France qui est réticente à se réformer et à remettre de l’ordre dans ses finances publiques13.

Des obstacles diplomatiques. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont nombreux. Outre, le chacun pour soi, qui semble être le principe cardinal du mode de fonctionnement de l’Union européenne, et sans parler du déficit de consensus entre Berlin et Paris14, le molosse bruxellois est divisé, fracturé sur tous les grands sujets qu’il doit traiter : périmètre et identité de l’Europe ; statut de la zone euro qui oppose Allemagne et France ; circulation des personnes en lien avec la crise migratoire ; Europe de la défense et de la sécurité, taxation des GAFA15

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Pour ce qui est de la sphère proprement diplomatique, nous touchons au summum du vide de la pensée et de l’action avec l’existence d’une transparente ministre européenne des Affaires étrangères à la tête d’un pléthorique service européen d’action extérieure (SEAE). Hubert Védrine résume à la perfection le défi insurmontable que l’Europe doit relever en la matière : « En attendant Godot, nos jeunes et brillants diplomates filent vers un ‘service diplomatique européen’ richement doté, mais chargé d’une tâche surhumaine : assumer l’action extérieure d’une Union sans positions communes, sans armées et sans idéal. Sous l’égide d’une non-personnalité »16. N’a-t-on jamais vu les membres de l’Union européenne adopter une position commune sur les relations avec les États-Unis (sur le commerce, l’accord nucléaire iranien, la défense en rapport avec l’OTAN…), avec la Russie (sur la Syrie) et la Chine (sur le protectionnisme), sur le conflit en Syrie, sur le conflit israélo-palestinien… et la liste n’est pas exhaustive ?

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Dernier exemple en date, l’Union européenne est apparue désunie sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël à tel point que des diplomates européens étaient présents à l’inauguration de l’ambassade américaine dans cette ville le 14 mai 201817. À quoi peuvent donc bien servir les innombrables réunions du COPS, du RELEX, du COREPER et autres bidules qui prolifèrent comme du chiendent à Bruxelles sans parler des réunions des ministres des Affaires étrangères et de leurs collaborateurs en charge des questions européennes. Une machine qui tourne à vide et qui ne fait que de la procédure, faute de pouvoir traiter sérieusement des questions de fond.

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Et même des sommets informels des chefs d’État et de gouvernement, le dernier en date étant celui de Sofia (16-17 mai 2018) ! Il se murmure que les propos contre les États-Unis après leur retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et la menace de sanctionner les sociétés européennes intervenant en Iran auraient été virils : « À voir les dernières décisions du président Trump, on pourrait penser qu’avec des amis pareils (l’Europe) n’a pas besoin d’ennemis. À vrai dire, il faudrait le remercier : grâce à lui, nous sommes débarrassés de nos illusions…» a déclaré le président du Conseil européen, le polonais, Donald Tusk. Mais, le président de la Commission européenne, le luxembourgeois, Jean-Claude Juncker de tempérer aussitôt les ardeurs de son collègue : « Il ne faut pas se voiler la face, nos moyens sont limités »18. Quant à l’Allemagne, première économie exportatrice de l’Union, elle serait tétanisée par les risques d’une guerre commerciale et privilégierait la voie du compromis, pour ne pas dire celle de la compromission.

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Le plan B européen sur l’Iran (création d’une chambre de compensation en euros), ce n’est pas encore pour demain en dépit des coups de menton de la girouette qui a pour nom Bruno Le Maire19. Comme dirait l’autre, courageux mais pas téméraires les Européens dans leur immense majorité. Même si l’on nous annonce que la Commission européenne active le 18 mai 2018 un processus de blocage des sanctions américaines (le « blocking status » de 1996, créé à l’origine pour contourner l’embargo sur Cuba). Étant précisé que des doutes subsistent sur son efficacité. Si au moins, toute cette mauvaise farce avait fait découvrir à l’Union européenne l’existence d’un nouvel État voyou ayant pour nom États-Unis20.

Emmanuel Macron a dans la foulée salué l’unité et la fermeté des Européens. En Iran, « notre intérêt premier n’est pas un intérêt commercial ou d’entreprises, il n’est pas de prendre parti pour tel ou tel camp, il est d’assurer la stabilité », a insisté le président français. La volonté française d’élargir l’accord de 2015 pour traiter la question du nucléaire après 2025, le programme balistique et l’influence régionale de l’Iran est partagée par les Européens, a-t-il ajouté. « Nous n’allons pas enclencher une guerre stratégico-commerciale avec les Etats-Unis sur le cas de l’Iran », a-t-il poursuivi. « On ne va pas sanctionner ou contre-sanctionner des entreprises américaines pour répondre sur ce sujet-là, ça n’aurait pas de sens (…) parce que l’objectif final est quand même d’avoir cet accord large ». Emmanuel Macron a, dans le même temps, reconnu que les décisions américaines vis-à-vis de l’Iran et des entreprises européennes qui y opèrent « vont favoriser la position russe et chinoise dans la région »21. Jupiter déclare, une fois de plus tout et son contraire.

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Il faut se rendre à l’évidence, les Européens n’ont jamais voulu et ne veulent toujours pas d’une « Europe puissance » à la française22, surtout s’il lui venait la bonne idée de se lancer dans un bras de fer sur la durée avec l’Amérique. Force est de reconnaître que cette posture est un leurre, une fuite irréversible dans l’utopie. Elle relève principalement de la gesticulation et de la communication. L’heure de vérité est proche. Nous y sommes presque et l’atterrissage risque d’être brutal dans un avenir proche dans un contexte de repli sur soi et de défiance croissante vis-à-vis de l’Europe. Telle est la dure réalité à laquelle il convient de s’atteler au plus vite au lieu de galoper dans les nuages.

« Emmanuel Macron prétendait être le héraut de l’Europe en marche ; il incarne de plus en plus l’Europe en panne »23.

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On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. L’ancien président de la République, François Hollande croque parfaitement le personnage de son successeur au moment où il lui passe le relais : « Je sens qu’il croit à son étoile. C’est toujours une force de disposer d’une grande confiance en soi, de sa capacité, jusqu’au moment où elle ne suffit plus. L’audace est un atout précieux mais elle ne doit jamais se départir de la luciditéEmmanuel Macron se fera fort ensuite de modifier la position américaine. Pour lui, une volonté clairement affirmée et beaucoup de séduction pourvoient à tout. C’est sa méthode »24. On a vu ce qu’il en est advenu lorsqu’il s’est agi de convaincre Donald Trump le pyromane de ne pas s’écarter de l’accord sur le climat et de celui sur le nucléaire iranien. Il est difficile d’imaginer, aujourd’hui du moins, comment le pouvoir de séduction d’Emmanuel Macron parviendra à surmonter les réticences nombreuses de ses partenaires sur l’essence même de son projet de refondation présentée à la Sorbonne. À ce jour, les réactions sont au mieux prudentes, au pire très réservés25.

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Si le président de la République entend redonner à la France toute sa place dans le concert des nations – qui pourrait l’en blâmer -, on ne saisit pas encore autour de quoi et contre quoi, il entend porter son projet européen26. Comment entend-il « structurer l’avenir » comme se plait à le souligner Dominique de Villepin ? On ne distingue pas encore les soutiens dont il dispose pour l’épauler dans son difficile combat contre l’inertie27. Un an après que l’Ode à la joie ait retenti dans la cour du Louvre, l’Europe ne pourrait-elle pas devenir le talon d’Achille d’Emmanuel Macron tant il a pris du retard sur tous les chantiers de sa refondation sorbonienne ?28

Dans l’entourage proche du président de la République, on explique que l’attribution de ce prix Charlemagne doit être considérée comme un « encouragement à agir »29. Dont acte ! Mais, il faut en finir avec le déni de réalité et en revenir au réel. « C’est tout simplement l’heure de vérité démocratique pour un projet historique qui court à sa perte s’il n’est pas fondamentalement redéfini »30. On ne saurait mieux dire. Il ne suffit pas que Jupiter enfile l’habit européen et soit sacré Charlemagne pour que sa réforme soit automatiquement portée sur les fonts baptismaux de l’église bruxelloise.

Guillaume Berlat
21 mai 2018

1 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
2 Guillaume Berlat, Jupiter souverain européen en son royaume, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 avril 2017.
3 Transcription du discours du Président de la République, Emmanuel Macron lors de la cérémonie de remise du prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, 10 mai 2018, www.elysee.fr , 11 mai 2018.
4 Marcel Gauchet (propos recueillis par Alexandre Devecchio), « L’article un du macronisme, c’est l’européisme », La Figaro Magazine, 11 mai 2018, pp. 42 à 45.
5 Éditorial, Italie : un nouveau défi mortifère posé à l’Europe, Le Monde, 18 mai 2018, p. 20.
6 Alexis Fertchak, Macron exhorte Merkel à réformer l’Europe, Le Figaro, 11 mai 2018, p. 5.
7 Sacré Charlemagne, Le Canard enchaîné, 16 mai 2018, p. 2.
8 Hervé Nathan, L’Europe piégée, Marianne, 4-10 mai 2018, p. 22.
9 Janis Emmanouilidis, La réforme de l’Europe ne pourra se faire sans compromis, Le Monde, 3 mai 2018, p. 7.
10 Francis Demay, La souveraineté européenne n’existe pas, Marianne, 4-10 mai 2018, p. 59.
11 Michael d’Arcy, « L’Europe risque de déclencher une guerre fiscale », La Croix, 14 mai 2018, p. 12.
12 Mathilde Siraud, Quand Édouard Philippe défend l’Europe face à un public sceptique, Le Figaro, 27 avril 2018, p. 3.
13 Nicolas Barotte, UE : le plan de Macron à l’épreuve de Berlin, Le Figaro, 19 avril 2018, p. 6.
14 Cécile Ducourtieux/Thomas Wieder, Europe : la tentation allemande du chacun pour soi. L’Allemagne lâche-t-elle la France sur l’Europe ?, Le Monde, Économie & Entreprise, 5 mai 2018, pp. 1 et 3.
15 A.G., L’Europe divisée sur la taxation des GAFA défendue par la France, Le Figaro économie, 30 avril 2018, p. 17.
16 Hubert Védrine, Compte à rebours, Fayard, 2018, pp. 55-56.
17 Jean-Pierre Stroobants, L’UE désunie sur la reconnaissance de Jérusalem, Le Monde, 16 mai 2018, p. 3.
18 Cécile Ducourtieux/Jean-Pierre Stroobants, Les Européens déterminés à tenir tête à l’allié américain, Le Monde, 18 mai 2018, p. 3.
19 Dominique de Rambures, Iran : un plan B pour les Européens, Le Monde, Économie & entreprises, 18 mai 2018, p. 7.
20 Jack Dion, Le jour où l’Europe a découvert l’Amérique, Marianne, 18-24 mai 2017, p. 54.
21 Iran : l’UE s’apprête à lancer un processus de blocage des sanctions américaines, www.lefigaro.fr , 17 mai 2018
22 Hubert Védrine, « Travaillés par le remords, les Européens ont peur de la puissance », Le Figaro, 26 avril 2018, p. 14.
23 Nicolas Baverez, Europe : le rêve brisé d’Emmanuel Macron, Le Figaro, 23 avril 2018, p. 19.
24 François, Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, pp. 16 et 17.
25 Alexis Feertchak, Un chef de l’État en attente de résultats sur l’Europe, Le Figaro, 12-13 mai 2018, p. 2.
26 Guillaume Roquette, Un an après, on ne distingue pas encore la vraie ambition d’Emmanuel Macron pour le pays, Le Figaro Magazine, 4 mai 2018, p. 4.
27 Nicolas Prissette, Europe, qui veut bien être l’ami de Macron ?, Marianne, 27 avril-3 mai 2018, pp.18-19-20.
28 Jean-Jacques Mével, Macron passé au crible. Union européenne : un président français en panne d’Europe, Le Figaro, 5-6 mai 2018, p. 5.
29 Vite dit !, Le Canard enchaîné, 16 mai 2018, p. 8.
30 Hubert Védrine, Comptes à rebours, Fayard, 2018, p. 223

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 21-05-2018

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mercredi 13 juin 2018

Engie : les tarifs réglementés du gaz pourraient augmenter de 6,5% en juillet

La Commission de régulation de l'énergie (CRE) recommande au gouvernement d'augmenter de 6,5% le tarif réglementé du gaz naturel à compter du 1er juillet. Une hausse justifiée par l'augmentation des coûts de production.... et la baisse du nombre de clients d'Engie.

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Le montant de la facture de gaz de certains particuliers pourrait prochainement décoller. La Commission de régulation de l'énergie (CRE), chargée chaque année de transmettre un avis au gouvernement sur la question, préconise d'appliquer une hausse de 6,5% sur le tarif réglementé du gaz naturel à partir du 1er juillet. Les ministères de la Transition écologique et de l'Economie devront rapidement trancher. Si cette augmentation est effective, chaque consommateur moyen se chauffant au gaz chez Engie pourrait voir sa facture annuelle augmenter de 80 euros en moyenne, selon la Commission.

Cet avis, transmis ce lundi 11 juin au gouvernement, devra faire l'objet d'un arrêté ministériel pour pouvoir entrer en vigueur au 1er juillet. Mais selon Le Figaro, qui rapporte l'information, l'exécutif serait tenté de mettre en place cette hausse "après quatre années de tarifs particulièrement bas", selon une source gouvernementale citée par le quotidien. L'an dernier, pour comparaison, la CRE avait recommandé de baisser ces tarifs de 4,3%. Un avis qui avait été suivi.

Un volume de vente en berne

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La CRE justifie l'éventualité de cette "hausse importante" par l'augmentation cumulée des "principaux postes de coûts d'utilisation des infrastructures (transports, stockage, distribution)" supportés ces derniers mois par Engie, le fournisseur référent du gaz au tarif réglementé. Mais aussi par la "hausse des prix constatée sur les marchés mondiaux" et des coûts de commercialisation du gaz.

De plus, le volume de vente du gaz distribué par Engie ne cesse de s'écrouler. La CRE anticipe une baisse de 24% entre 2018 et 2019, après celle de 14,6% entre 2017 et 2018. Une phénomène provoqué par l'érosion de sa clientèle : aujourd'hui sous la barre des 4 millions de clients, Engie devrait descendre sous les 3 millions dès l'année prochaine selon la CRE. La commission note que, depuis 2015, sur un total de 11,5 millions de sites résidentiels et professionnels alimentés au gaz, "6,6 millions ont quitté ces tarifs pour des offres de marché, soit près de 60%".

Fin programmée des tarifs réglementés

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Depuis l'ouverture du marché à la concurrence initiée en 2007, les ménages se tournent en effet de plus en plus vers d'autres fournisseurs d'énergie (Direct Energie, Dyneff, etc.). Un phénomène qui ne devrait qu'être renforcé si cette augmentation du tarif est confirmée !

Cette libéralisation du marché devrait toutefois aboutir, à l'horizon 2023, à la suppression de ces tarifs réglementés. Le Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte), projet de loi qui doit être présenté en Conseil des ministres la semaine prochaine, doit acter ce principe dans ce délai. Autrement dit, l'Etat ne fixera plus par arrêté les tarifs qu'Engie doit proposer aux consommateurs, pour laisser totalement libre la concurrence entre fournisseurs d'énergie.

 

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Une décision qu'espérait Bruxelles de longue date. En 2007, l'ouverture du marché à la concurrence avait été lancée à partir de ses préconisations. Dix ans plus tard, la Commission européenne exigeait de la France de passer à l'étape suivante en supprimant purement et simplement les tarifs réglementés du gaz. Une recommandation basée sur l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) qui les qualifiait d'"entrave à la réalisation d'un marché concurrentiel". Quelques mois plus tard, le Conseil d'Etat s'alignait sur cet arrêt, pointant ces tarifs comme "non-conformes" au droit européen.

https://www.marianne.net/societe/engie-les-tarifs-reglementes-du-gaz-pourraient-augmenter-de-65-en-juillet?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

AFFICHE SOUVENEZ VOUS

jeudi 7 juin 2018

Espagne: le gouvernement pro-européen et majoritairement féminin de Sanchez devant le roi

Le gouvernement pro-européen et majoritairement féminin du socialiste espagnol Pedro Sanchez, arrivé au pouvoir après la chute du conservateur Mariano Rajoy, doit prêter serment jeudi devant le roi Felipe VI.

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Avec 11 femmes et six hommes, dont un astronaute au ministère des Sciences, ce gouvernement est le plus féminin que l'Espagne ait jamais connu.

C'est aussi le plus minoritaire depuis le rétablissement de la démocratie et il n'ira probablement pas jusqu'au bout de la législature en 2020. Pedro Sanchez a d'ailleurs remercié son équipe d'avoir "accepté de servir pendant les prochains mois".

Le Parti Socialiste ne dispose en effet que de 84 députés sur 350 et aura la marge de manoeuvre que voudront bien lui laisser le parti de gauche "radicale" Podemos, les nationalistes basques et les indépendantistes catalans, qui ont soutenu vendredi la motion de censure contre M. Rajoy. 

En pleins préparatifs du Brexit au Royaume-Uni, et alors que l'Italie vient de se doter d'un gouvernement eurosceptique, l'exécutif espagnol a volontairement un caractère pro-européen marqué.

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Pedro Sanchez, 46 ans et sans expérience du pouvoir, a ainsi nommé l'ancien président du parlement européen Josep Borrell aux Affaires étrangères et l'actuelle directrice du budget de l'UE Nadia Calviño à l'Economie. 

La composition de ce gouvernement est "le reflet du meilleur de la société" espagnole, "paritaire, intergénérationnel et ancrée dans l'UE", a-t-il déclaré.

Accordant une place prépondérante aux femmes, M. Sanchez a nommé Carmen Calvo, 60 ans, ancienne ministre de la Culture (2004-2007), comme vice-présidente du gouvernement. Elle dirigera un ministère de l'Egalité, une question prioritaire pour le gouvernement, trois mois après une "grève générale féministe" d'ampleur inédite le 8 mars.

L'ancienne procureure antiterroriste Dolores Delgado arrive à la Justice et l'ancienne juge de la Cour suprême Margarita Robles à la Défense. Isabel Celaa sera chargée de l'Education, Magdalena Valerio du Travail, Carmen Montón de la Santé.

Les femmes se sont vu confier tant de maroquins que la presse espagnole se demande si le Conseil des "ministros" (ministres au masculin) ne devrait pas être rebaptisé des "ministras" (au féminin).

- Respect des engagements -

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A côté de Nadia Calviño à l'Economie, Maria Jesus Montero prend le portefeuille des Finances. Assumant déjà cette responsabilité au gouvernement régional de l'Andalousie, elle avait ainsi dû pratiquer dans sa région les coupes claires dans les dépenses publiques ordonnées par le gouvernement conservateur*.

Cette équipe devra respecter les "engagements européens" en matière de déficit public, qui doit être ramené cette année à 2,2% du PIB. Au nom de "la stabilité", Pedro Sanchez s'est engagé à conserver le budget de l'Etat 2018 élaboré par les conservateurs, en passe d'être examiné par le Sénat.

"L'Espagne croît de 3% (par an) mais ne répartit pas la richesse", a souligné M. Sanchez en promettant de lutter pour l'égalité et contre la pauvreté infantile. 

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Sortie de la crise fin 2014, l'Espagne a enchaîné quatre ans de croissance supérieure à la moyenne de la zone euro mais son taux de chômage à 16,7% n'est dépassé que par celui de la Grèce. Et elle détient le record de contrats temporaires de l'UE (26,8% des emplois selon Eurostat).

Autre figure pro-européenne, le chef de la diplomatie, Josep Borrell, 71 ans, est un Catalan opposé fermement à l'indépendance de sa région. A l'étranger, il aura à contrer ce qu'il appelle "la propagande" des indépendantistes catalans.

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En interne, une autre Catalane sera chargée de dialoguer avec le gouvernement indépendantiste de Quim Torra: Meritxell Batet, Barcelonaise de 45 ans, nommée ministre de l'Administration territoriale.

Une nomination surprise, le ministère de l'Intérieur est confié au magistrat basque Fernando Grande-Marlaska, qui a instruit des dossiers contre l'organisation indépendantiste armée ETA.

https://actu.orange.fr/monde/espagne-le-gouvernement-pro-europeen-et-majoritairement-feminin-de-sanchez-devant-le-roi-CNT0000013Or53/

 

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*"les coupes claires dans les dépenses publiques ordonnées par le gouvernement conservateur"= la feuille de route habituelle de l'Union européenne (GOPE), ce que reconnait le journaliste dans le paragraphe suivant: "cette équipe devra respecter les "engagements européens" en matière de déficit public, qui doit être ramené cette année à 2,2% du PIB. Au nom de "la stabilité", Pedro Sanchez s'est engagé à conserver le budget de l'Etat 2018 élaboré par les conservateurs, en passe d'être examiné par le Sénat."

Pour résumer, un gouvernement minoritaire avec à sa tête un clone de Macron/Renzi/Tsipras/Trudeau... avec une tête de gendre idéal, qui mènera la même politique que l"équipe précédente, avec quelques changements superficiels et des effets d'annonce, la démocratie européenne telle qu'on la conçoit à Bruxelles, Paris & Berlin...   P.G.

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samedi 2 juin 2018

Les grandes dates de la retraite en France

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Le parti pris de cet article est de présenter des faits de manière neutre, ce qui, de toute évidence, est une tromperie: il laisse entendre que les différentes réformes ont été mises en place pour des raisons techniques (vieillissement de la population, problèmes de financement...) et bien sûr, aucune mention n'est faite de la responsabilité des traités européens, qui devient écrasante à partir de 1991-92, date de l'entrée en vigueur du traité de Maastricht.   P.G.

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Sommaire

1. Introduction à l'histoire de la retraite en France

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En France, l'apparition du premier système de retraite est celui des marins. Si certaines tentatives de développement d'une assurance-vieillesse ont eu lieu au début du siècle dernier, il faudra attendre 1945 et la création de la Sécurité sociale pour que le système de retraite se développe réellement.

Le régime général des salariés du privé est alors créé. Certaines professions s'organisent également de leur côté et développent leur propre régime de retraite.

Depuis, l'assurance-retraite est devenue une institution obligatoire et encadrée qui a beaucoup évolué au fil des décennies. Découvrez les grandes dates et les réformes qui ont marqué son histoire et devenez incollable sur la retraite en France !

2. Les grandes dates qui ont marqué l'histoire de la retraite en France

    • Avant 1945 : les premiers régimes de retraite

      Le premier régime de retraite, celui des marins, remonte à Louis XIV. Il faudra attendre 1910 pour que l'on s'efforce, sans succès, d'établir en France un régime de retraite pour les plus démunis.

      De 1928 à 1930, de nouvelles impulsions iront dans ce sens, sans résultat non plus. Une décennie plus tard, en 1941, une allocation aux vieux travailleurs salariés est créée. Elle s'inscrit aujourd'hui comme l'ancêtre du minimum vieillesse, qui existe encore actuellement.

      A partir de 1945, plusieurs régimes professionnels commencent à coexister mais de façon disparate. La majorité de la population n'est pas encore réellement couverte face au risque-vieillesse.

    • 1945 : naissance de la Sécurité sociale

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      Les ordonnances d'octobre 1945 créent la Sécurité sociale, dont l'assurance-vieillesse constitue l'une des principales branches (avec la maladie, la famille et les accidents du travail).

      C'est alors la naissance du régime général des retraites, qui s'applique à l'époque à tous les salariés du secteur privé, hors agriculture. Le principe de fonctionnement du régime est de créer un système qui fonctionne par répartition : les cotisations des actifs servent à financer la même année les pensions des retraités.

      A l'époque, l'âge minimum pour percevoir une retraite complète est alors fixé à 65 ans. A la création de ce régime, l'idée était de créer un régime unique pour tous. Cependant, certaines professions et organismes ont préféré conserver leur propre régime : c'est l'origine des régimes spéciaux.

    • 1947 : création de l'Agirc

      L'Association générale des institutions de retraite des cadres (Agirc) est créée en 1947 et suit également un fonctionnement par répartition. Ce régime complémentaire, dédié aux cadres, s'ajoute au régime de base de tous les salariés. La différence est qu'il fonctionne en points.

    • 1949 : création des caisses de retraite des professions indépendantes

      4 ans après la création du régime général des salariés du privé, les professions indépendantes se dotent de leur propre caisse de retraite :

      • La CNAVPL pour les professions libérales,
      • La Cancava pour les artisans,
      • L'Organic pour les commerçants et les industriels
    • 1956 : naissance du minimum vieillesse

      Afin d'assurer un revenu minimal aux personnes n'ayant pas suffisamment cotisé, le minimum vieillesse est créée en 1956. Ce dispositif est réservé aux personnes âgées de plus de 65 ans. Il est financé par l'impôt et géré à l'époque par le Fonds national de solidarité qui deviendra, en 1993, le Fonds de solidarité vieillesse (FSV).

    • 1961 : création de l'Arrco

      L'Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés (Arrco) coordonne désormais la retraite complémentaire pour l'ensemble des salariés, cadres et non-cadres. Les cadres conservent toujours une retraite complémentaire à l'Agirc.

      Comme pour l'Agirc, les pensions Arrco s'ajoutent à la retraite du régime de base et le régime fonctionne en points.

    • 1971 : réforme Boulin

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      Afin de mieux partager les fruits de la croissance des Trente Glorieuses, cette première réforme vise à relever sensiblement le niveau des pensions. Les règles de calcul des retraites du régime général sont modifiées :

      • La retraite complète à taux plein à 65 ans passe de 40 à 50 % du revenu des 10 meilleures années (et non plus des 10 dernières).
      • La durée d'assurance requise pour la pension complète est allongée de 30 à 37,5 ans (120 à 150 trimestres).
    • 1972 : La retraite complémentaire devient obligatoire

      Dès 1972, l'affiliation à un régime de retraite complémentaire (Arrco-Argic) devient obligatoire pour les salariés et anciens salariés de l'agriculture. La retraite obligatoire des salariés a désormais deux volets : la retraite de base et la retraite complémentaire.

    • 1982 : la retraite à 60 ans

      François Mitterrand instaure la retraite à 60 ans, contre 65 ans auparavant, sous réserve d'avoir cotisé 37,5 années. Pour rappel, le taux plein permet, à cette époque, de percevoir 50% des 10 meilleures années de salaire.

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    • 1991 : le livre blanc sur les retraites

      Le Livre blanc sur les retraites, préfacé par le Premier ministre de l'époque Michel Rocard, pose pour la première fois la question des conséquences du vieillissement de la population sur l'équilibre du système de retraite. Plusieurs pistes de réformes sont proposées :

      • allongement de la durée de cotisation,
      • allongement de la durée de référence pour le calcul des pensions (au-delà des 10 meilleures années),
      • indexation des pensions sur les prix,
      • création de mécanismes de retraite supplémentaire par capitalisation.

      Ces propositions ont toutes été mises en oeuvre par la suite et servent toujours de base à la réflexion lors de chaque nouvelle réforme du système des retraites.

    • 1993 : réforme Balladur

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      Cette réforme s'inscrit dans la continuité du « Livre Blanc » de 1991 et prévoit notamment pour les salariés du privé :

      • l'allongement progressif de la durée minimum de cotisation de 37,5 ans à 40 ans (soit 150 à 160 trimestres),
      • le changement du mode de calcul des pensions, dont la période de référence pour le calcul des retraites passe des 10 meilleures années de salaire aux 25 meilleures années,
      • l'indexation des pensions versées aux retraités sur les prix et non plus sur les salaires,
      • la création du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) qui prend en charge l'ensemble des dépenses de solidarité (minimum vieillesse, prise en compte des trimestres de chômage, majoration pour enfants à charge...).
    • 1999 : création du Fonds de réserve des retraites

      Le gouvernement Jospin crée le Fonds de réserve pour les retraites (FRR). Ce fonds d'investissement est destiné à aider le système des retraites à affronter le choc démographique du papy-boom. Il vise à assurer la pérennité du régime par répartition. Il est alimenté par une taxe sur les revenus du patrimoine et des placements, et par des dotations exceptionnelles.

    • 2000 : création du COR

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      Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a pour mission d'assurer le suivi du système des retraites et d'éclairer l'action publique par son expertise et ses propositions. Il est composé d'élus, d'experts, de représentants de l'Etat, des partenaires sociaux et de la société civile.

 

    • 2003 : réforme Fillon

      En 2003, cette réforme prévoit notamment :

      • l'allongement de la durée de cotisation à 41 ans (164 trimestres) en 2012,
      • l'alignement progressif de la durée de cotisation du public sur celle du privé,
      • l'instauration d'un système de surcote pour encourager le report de la date de départ en retraite,
      • la création de nouveaux produits d'épargne retraite par capitalisation (Perp, Perco, PERE),
      • la mise en place de rendez-vous réguliers tous les 4 ans pour décider de l'évolution future du système en fonction de l'accroissement de l'espérance de vie.
      • la création de la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP) qui sera mise en place en 2005.

 

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    • 2007 : réforme des régimes spéciaux

      La plupart des régimes spéciaux s'alignent progressivement sur le régime de la fonction publique :

      • la durée de cotisation est alignée sur celle du public,
      • un mécanisme de surcote / décote est instauré,
      • la période de référence pour le calcul de la pension devient les 6 derniers mois de carrière au lieu du dernier mois,
      • la revalorisation des pensions est indexée sur les prix et non plus sur les salaires.

 

    • 2010 : réforme Woerth

      Une nouvelle réforme est mise en place en 2010 pour 2 raisons :

      • les précédentes réformes n'ont pas permis de résorber le besoin de financement du système des retraites,
      • le déficit s'aggrave en 2010 (32 milliards d'euros) suite à la crise de 2008.

      De plus, la crise a généré de la part des acteurs internationaux [!!] une attente forte en matière de maîtrise des finances publiques. La réforme Woerth de 2010 prévoit donc :

      • l'allongement progressif de la durée d'assurance et un recul de l'âge de départ à 62 ans,
      • le report à 67 ans de l'âge automatique de la retraite à taux plein,
      • des restrictions sur les conditions d'accès au dispositif « carrière longue ».

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      Parallèlement, le COR publie 2 rapports importants début 2010 :

      • en janvier, son 7ème rapport est consacré aux différents scénarios possibles de remise à plat du système de retraites,
      • en avril, le 8ème rapport actualise les projections financières à l'aune des conséquences de la crise économique.

 

  • 2014 : réformes Ayrault et Touraine

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    Les réformes Ayrault et Touraine de 2014 prévoient :

    • l'instauration d'un compte pénibilité à points pour les emplois difficiles, permettant de partir plus tôt à la retraite,
    • un nouvel allongement progressif de la durée d'assurance,
    • l'abaissement de la valeur d'un trimestre à 150 fois le smic horaire brut,
    • de nouvelles possibilités de rachat de trimestres,
    • la fin de l'ouverture de nouveaux droits à la retraite issus des cotisations versées dans le cadre d'un cumul emploi-retraite.

https://www.la-retraite-en-clair.fr/cid3191514/les-grandes-dates-retraite-france.html

AFFICHE KESSLER

vendredi 1 juin 2018

Sylvie Kauffmann est très fatiguée…

TRIBUNE LIBRE / par Etienne Pellot

TL KAUFMANN

Source : Proche & Moyen-Orient, Etienne Pellot, 30-04-2018

Dans Le Monde du 26 avril dernier, Sylvie Kauffmann – directrice éditoriale de ce quotidien (ou plutôt de ce qu’il en reste) – fait, comme à son habitude, la leçon à ses lectrices et lecteurs, dans une laborieuse dissertation intitulée « La vérité, victime de guerre ». Accroché par ce titre déclamatoire, on s’attend, bien évidemment, à quelques révélations sur les derniers bombardements occidentaux censés répondre à l’attaque chimique présumée syrienne du 7 avril dernier.

Malheureusement, après avoir à nouveau tapé sur Russia-Today-France (c’est plus fort qu’elle !) et craché sur l’anthropologue Emmanuel Todd – ô surprise, la directrice éditoriale nous assène un cours sur les mécanismes de lutte contre les armes chimiques. On s’attend alors à découvrir et apprendre des choses oubliées… Profonde erreur, puisqu’elle fait remonter cette lutte à la création du Joint Investigative Mechanism (JIM/Mécanisme conjoint d’investigation), datant du … 7 août 2015 ! Fake news caractérisée, elle saute – tout simplement – à pieds joints par-dessus l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), créée le 29 avril 1997. Cet oubli est-il à mettre au compte d’une grande fatigue ou sur celui de son dogmatisme idéologique ?

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Toujours est-il que cette amnésie sélective lui évite de faire quelques rappels historiques qui ne sont pas très à l’honneur de ses amis américains. En effet, le premier directeur général de l’OIAC – le grand diplomate brésilien José Bustani – a été, proprement flingué par John Bolton – actuel conseiller à la sécurité nationale américaine, à l’époque secrétaire général-adjoint au désarmement -, en … 2002 ! Quel crime avait-il commis ? Il s’apprêtait à envoyer ses inspecteurs en Irak à la recherche des fameuses armes de destruction massive invoquées pour déclencher l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003.

En septembre 2017, prochetmoyen-orient.ch l’avait rencontré chez lui à Rio1. Nous écrivions alors : « c’est par acclamation qu’il a été élu premier directeur général de l’OIAC. « Mon mandat exigeait que je séduise le plus de pays possible au monde pour qu’ils accèdent à la convention sur l’interdiction des armes chimiques », se souvient José Bustani ; « de 1997 à 2002, j’ai ainsi pu augmenter le nombre des pays membres d’une bonne moitié… » Les plus récalcitrants se trouvaient dans le monde arabe, considérant l’arme chimique comme « le nucléaire du pauvre ». En multipliant les visites et les consultations, José Bustani arrive notamment à convaincre la Libye et l’Irak en 2001, ces deux Etats donnant leur feu vert au principe des inspections : « ces deux pays clefs pour le monde arabe ont, finalement, compris l’opportunité d’une telle démarche sur les plans de la sécurité et de leur crédibilité diplomatique », commente José Bustani ; « à ce moment-là, j’ai donc communiqué la bonne nouvelle aux membres de l’OIAC, dont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, indiquant que nous pouvions désormais compter sur deux nouveaux membres importants en matière de désarmement chimique : la Libye et l’Irak ».

 

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Mais plutôt que de féliciter le directeur général de l’OIAC, les Américains se fâchent et commencent à lui faire une guerre sans merci. En fait, si les inspecteurs de l’OIAC avaient pu se rendre en Irak, le monde se serait vite rendu compte qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive dans ce pays. Par conséquent le principal motif de guerre, invoqué par Washington et Londres contre Bagdad, tombait de lui-même rendant impossible l’expédition militaire projetée depuis plusieurs années. « En fait, l’acceptation de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques par la Libye et l’Irak enclenchait un processus très dangereux pour les Etats-Unis et Israël », explique José Bustani : « avec l’Irak, suivraient la Syrie et le Liban et tous les autres en isolant Tel-Aviv qui persistait à rejeter la convention de Vienne sur le nucléaire et, bien-sûr aussi, la convention sur l’interdiction des armes chimiques ». Furieux, les Israéliens s’opposent farouchement à l’acceptation de la convention de l’OIAC par l’Irak et saisissent le grand frère américain afin de bloquer l’initiative.

Selon la convention de l’OIAC, un changement du directeur général doit être décidé par le conseil exécutif de l’organisation. Dans un premier temps, les envoyés de Washington essaient cette voie mais se cassent les dents : José Bustani est maintenu ! Dans un deuxième temps, et en flagrante violation de la convention, ils oeuvrent alors à la convocation d’une assemblée générale extraordinaire pour obtenir enfin la tête du Directeur général récalcitrant. Différents émissaires américains font le tour des ambassades à La Haye, jouant alternativement de la carotte et du bâton, promettant différentes aides financières et livraisons d’armes et infrastructures à plusieurs pays membres.

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Finalement l’assemblée extraordinaire se tient sous forte pression américaine. L’Amérique Latine et l’Afrique s’abstiennent, tandis que le Brésil ne soutient pas José Bustani, le président Cardoso ne voulant pas risquer d’indisposer Washington. S’alignant sur le diktat des Etats-Unis, les pays occidentaux votent massivement pour le départ du Directeur général. Seule, et à la surprise générale, la France s’abstient ! La Russie, la Biélorussie, l’Iran, le Mexique, Cuba et le Soudan appuient José Bustani. Autre surprise : l’Inde qui avait soutenu de bout en bout le maintien du directeur de l’OIAC fait défection au dernier moment ! On apprend quelques jours plus tard que Washington a livré à New Delhi des systèmes radar de nouvelle génération dont les Etats-Unis bloquaient la vente depuis plusieurs années.

Pour appuyer leur ignoble campagne, les Américains dénoncent la mauvaise administration de l’OIAC, moyen d’autant plus cocasse que c’est un haut-fonctionnaire de Washington qui est en charge de toute la logistique de l’organisation, comme c’est presque toujours le cas dans les agences onusiennes ! « En fait », souligne José Bustani, « mon travail et mon indépendance ulcéraient singulièrement les Américains qui voulaient que je les consulte en permanence ».

 

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La campagne anti-Bustani a été directement supervisée par Dick Cheney, vice-président des Etats-Unis (2001-2009) et principal superviseur de la guerre de 2003 contre l’Irak. Pour mettre fin aux fonctions du Directeur général de l’OIAC, Dick Cheney détache personnellement un envoyé spécial à La Haye en la personne de John Bolton. Ce farouche opposant aux missions américaines de maintien de la paix – légitimées ou non par l’ONU – a commencé à défrayer la chronique en 1993 en s’opposant à l’intervention humanitaire en Somalie.

En 1998, au côté de Richard Perle et d’autres, il est l’un des signataires de la lettre du Project for the New American Century, appelant Bill Clinton au renversement de Saddam Hussein. En mai 2001, George W. Bush le nomme au Département d’État chargé des questions de désarmement. En mai 2002, c’est lui qui signe la lettre au secrétaire général de l’ONU – Kofi Annan – indiquant que les États-Unis renoncent à toute participation à la Cour pénale internationale (CPI). John Bolton est également un farouche partisan de la guerre en Irak et du concept de guerre préventive. Le 7 mars 2005, ce détracteur intarissable de l’ONU sera pourtant choisi comme ambassadeur américain aux Nations unies par le président Bush.

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Aussitôt débarqué à La Haye, il entame la tournée des ambassades des pays les plus importants de l’OIAC, multipliant pressions, inconvenances et grossièretés les plus inacceptables. Il somme José Bustani de quitter la direction générale de l’OIAC dans les 24 heures. Ne se laissant pas impressionner, ce dernier refuse catégoriquement. Alors Bolton menace : « on connaît votre femme et vos enfants, dont certains vivent aux Etats-Unis. Ils pourraient connaître certaines difficultés… » Cette séquence qui semble tirée de l’un des "Parrain" de Francis Ford Coppola est pourtant bien réelle et illustre les pratiques en usage dans la diplomatie américaine.

Le sinistre Bolton ajoute que Washington s’est mis d’accord avec le gouvernement du Brésil pour « faire partir Bustani », ce que ce dernier récuse de toutes ses forces même s’il sait que Cardoso l’a effectivement lâché… Le jour même de ce vote manipulé, José Bustani quitte la direction générale de l’OIAC le lundi 28 avril 2002, remplacé quelques mois plus tard, par un Argentin aux ordres, nommé par le gouvernement de Carlos Menem. On doit à ce fonctionnaire argentin la paternité d’une citation historique sur la « liaison charnelle unissant les gouvernements de Washington et Buenos-Aires ».

Enfin, tout rentrait dans l’ordre américain, l’OIAC aussi !

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Initialement, l’OIAC disposait de 211 inspecteurs payés par l’Organisation sous la direction technique et politique du Directeur général. Désormais, les inspecteurs sont, majoritairement prêtés à l’Organisation et payés par leur gouvernement. En 2013, suite à l’accord noué par John Kerry et Sergueï Lavrov lors du G-20 de Saint-Pétersbourg sur le démantèlement des armes chimiques syriennes, l’OIAC aurait dû être l’acteur principal de sa mise en œuvre. Une fois encore Washington a tout fait pour que l’Organisation soit marginalisée alors que la Syrie avait – de fait – accepté la convention. Par conséquent, les inspections de l’OIAC auraient dû commencer dans ce pays, conformément à l’esprit et la lettre de la convention.

En violation avec la Convention qui stipule que les armes chimiques doivent être détruites sur le territoire même du pays concerné, les armes syriennes ont été – soit-disant – démantelées sur un bateau croisant en Méditerranée et rejetées à la mer en violation aussi de toutes les directives onusiennes de protection de l’environnement. Selon les procédures de l’OIAC, les armes chimiques doivent être détruites dans des installations ad hoc prévues à cet effet, en sachant que leur coût est supérieur à celui des armes elles-mêmes ! La question de la destruction des armes chimiques syriennes demeure des plus opaques, comme celle de leurs utilisations maintes fois dénoncées par Washington et ladite communauté internationale.

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Aujourd’hui, Washington et plusieurs rapports des Nations unies affirment que Damas détient toujours des armes chimiques et qu’elle les a encore utilisées en avril 2018. La presse dit tout et n’importe quoi sur le sujet, ne réussissant même pas à lire la Convention et à enquêter ni prouver quoique ce soit, sans rien dire de pertinent sur la marginalisation de l’OIAC ! Si l’armée syrienne avait utilisé massivement des armes chimiques comme l’affirme dernièrement un rapport des Nations unies sur les droits de l’homme (au moins 27 fois…), le nombre des victimes serait infiniment plus important que les chiffres avancés, estiment aujourd’hui les meilleurs experts.

Ni la presse, ni les rapports successifs n’ont éclairci les questions liées à l’usage présumé des armes chimiques en Syrie qui ressemblent davantage à l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo le 20 mars 1995, qu’à l’usage militaire de telles armes. « Les usages de composants chimiques en Syrie ressemblent davantage à des attentats terroristes qu’à des utilisations militaires massives », relèvent aujourd’hui les experts en armes chimiques.

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Voilà quelques éléments d’une vérité historique que Madame Kauffmann aurait pu rappeler à ses lectrices et lecteurs. Invoqué par la directrice éditoriale, le JIM (Mécanisme conjoint d’investigation) a effectivement été rejeté par…les Russes. Heureusement ! Ce mécanisme destiné à supplanter l’OIAC était essentiellement composé d’ « inspecteurs » majoritairement membres des services spéciaux américains et britanniques !

Au beau milieu de ce papier d’anthologie des Fake News, Madame Kauffmann, conspirationniste en diable et en chef, ose écrire : « la vérité n’est pas toujours à portée de micro ». Pour ce qui la concerne, on doit rajouter « à portée de plume » ! Relisant son tire – La vérité, victime de guerre -, on pourrait dire comme les enfants : c’est celui qui dit qui l’est ». En l’occurrence, Sylvie Kauffmann – lauréate du programme Young Leaders/1998 de la French-American Foundation – poursuit opiniâtrement, dans les colonnes du Monde, son travail d’influence, de désinformation et de propagande au profit de ses vrais patrons !

Alors, que cette bécassine idéologique cesse – s’il vous plait – d’invoquer « la vérité », qu’elle cesse de nous inonder de ses Fake News, qui devraient être relevées, sinon punies par les tribunaux !

Etienne Pellot
30 avril 2018

1 José Bustani : l’homme qui a dit non aux américains ! prochetmoyen-orient.ch, 11 septembre 2017.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Etienne Pellot, 30-04-2018

https://www.les-crises.fr/sylvie-kauffmann-est-tres-fatiguee-par-etienne-pellot/

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samedi 12 mai 2018

Festival de Cannes : Emmanuel Macron joue son propre rôle dans un film de Daniel Cohn-Bendit

La Traversée sera présentée hors compétition lors du Festival de Cannes. Particularité de ce film réalisé par les deux anciens leaders de la contestation en mai 68, Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit : le chef de l'Etat figure au casting.

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Daniel Cohn-Bendit, ancien leader étudiant de Mai 68 et désormais soutien d'Emmanuel Macron, présente au Festival de Cannes un film qu'il a coréalisé avec une autre figure de la contestation étudiante à l'époque, Romain Goupil. Particularité de ce «road movie sociétal» : le président de la République y joue son propre rôle.

Le film, intitulé La Traversée, présente les pérégrinations de Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil à travers la France, à la rencontre de ses habitants. L'un d'entre eux se trouve être le chef de l'Etat. Dans une séquence de sept minutes, Emmanuel Macron se livre à une discussion «totalement improvisée» avec les deux protagonistes. 

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La scène a été tournée en octobre 2017 dans un café de Francfort, en Allemagne. Les deux réalisateurs sont filmés en train de débattre de l'opportunité d'aller rencontrer le président à l'Elysée pour leur film. Un mouvement de caméra dévoile alors la présence, entre les deux hommes, du président de la République, qui attend que ceux-ci aient fini de se décider. Emmanuel Macron propose alors d'organiser cette rencontre dans un café. Une mise en abîme vertigineuse que Daniel Cohn-Bendit n'hésite pas à qualifier de «scène culte».

La Traversée sera présentée en séance spéciale et hors compétition. Il sera en outre diffusé sur France 5 le 21 mai prochain à 20h50.

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https://francais.rt.com/france/50565-festival-cannes-emmanuel-macron-joue-propre-role-film-daniel-cohn-bendit

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vendredi 11 mai 2018

Documentaire publicitaire de France 3 sur Macron : Bertrand Delais, communicant officiel du Suprême Leader

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Ceux qui doutent encore que de simples interviews agrémentées d’une voix off puissent véhiculer un message politique puissant devraient regarder Macron président, la fin de l’innocence, le documentaire diffusé par France 3 ce lundi 7 mai. Tout au long des 1h 26 de ce film de belle facture technique réalisé par le documentariste Bertrand Delais, le téléspectateur est transporté sur un nuage où le monde semble tourner beaucoup plus rond depuis le 7 mai 2017, date d’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Comparaisons royales, commentaires élogieux, extraits flatteurs : tout y est, dans cette œuvre où la voix off n’est bien souvent là que pour ponctuer les longues interventions du chef de l’Etat.

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Que le journaliste - qui semble se rêver en Serge Moati « nouveau monde » - manifeste son empathie pour Emmanuel Macron n’a rien d’étonnant : il n’a jamais caché être un proche du Président, présent à la Rotonde le soir du premier tour de la présidentielle. La majorité macroniste l’a d’ailleurs élu à la tête de La chaîne parlementaire (LCP), en mars dernier. Qu’une chaîne du service public se prête au jeu est en revanche difficilement compréhensible, sauf à y voir un hommage appuyé à l’ORTF, la chaîne unique au service du général de Gaulle dans les années 1960. Sur chaque thématique ou presque, le documentaire prend le chemin de l’hagiographie. Marianne vous a sélectionné trois moments parmi les plus spectaculaires. Nous aurions pu en choisir d’autres. Florilège.

Tout le film tourne autour d’une idée, résumée par la voix off de Bertrand Delais dès la deuxième minute : « Emmanuel Macron apparaît comme le dernier responsable politique à croire au poids de l’histoire ». Cette affirmation péremptoire a le bon ton de placer de prime abord le président de la République au-dessus de la mêlée des politiques. Dans la suite du documentaire, le réalisateur tente de démontrer en quoi Emmanuel Macron est un chef de l’Etat différent de ses prédécesseurs, comprendre plus profond et plus habité par sa fonction.

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Pour l’occasion, l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée est revisitée, pour la délester des circonstances favorables - retrait de François Hollande, affaire Fillon - qui ont porté l’énarque au pouvoir. Au commentaire de ce moment politique, le journaliste convoque d’ailleurs…. le chef de l’Etat lui-même, qui a tout le loisir de décrire un vote consciemment historique des Français plutôt qu’un choix un peu confus dicté par les circonstances :« C’est les Français qui ont décidé. Ils sont quand même étonnants. Ce peuple que tout le monde regardait comme fatigué, impossible à réformer (…) s’est réveillé un beau matin et a décidé que ce serait quelqu’un qu’il ne connaissait pas deux ans plus tôt, qui a 39 ans, qui allait les diriger. Comment voulez-vous qu’on n’aime pas le peuple français ? »

Personne ne vient contextualiser cette version des faits, qui est donc validée. La scène suivante montre en effet Emmanuel Macron marchant seul dans la cour du Louvre, le soir de son élection. Commentaire en voix off : « Il emprunte à une histoire qu’on avait fini par oublier. Celle de nos monarques présidents ». L’analyse qui suit, signée Richard Werly, grand reporter au Temps, est dithyrambique. Extrait : « Cela incite surtout au respect. Le type, il est tout seul. Il a gagné tout seul, il marche tout seul et il prend la présidence de la France tout seul. »

L'"intellectuel en politique"

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Le documentariste dissémine à plusieurs endroits du film des références à l’intellect supposément supérieur du Président. Il revient ainsi sur l’épisode des « fainéants »… pour rendre grâce au chef de l’Etat. Pour rappel, Emmanuel Macron fait une déclaration tapageuse, le 8 septembre, à Athènes : « Je ne céderai rien, ni aux fainéants ni aux cyniques ni aux extrêmes. » Une phrase qui visait les « rois fainéants », fera ensuite savoir son entourage. L’explication n’est pas évidente.

Pour l’écrivain Sophie de Thalèse, seule à réagir sur le sujet dans le documentaire, la méprise s’explique tout simplement par… la pensée trop complexe du Président, pas adaptée à celle manifestement plus simpliste de la « génération Twitter » : « Il a parlé de fainéants et pas de feignants. Donc fainéants, c’est le terme un petit peu vieilli. Et surtout, fainéant faisait écho aux rois fainéants, aux Mérovingiens, et surtout aux hommes politiques des trente dernières années qui ont fait preuve de paresse (…) La pensée complexe, à l’heure de Twitter, elle n’est pas toujours bien reçue ».

Quelques minutes plus tard, l’éditorialiste Alain Duhamel enfonce le clou : « Il réfléchit comme Disraeli (Premier ministre du Royaume-Uni en 1868, ndlr.), c’est-à-dire un intellectuel en politique, et il fonce comme un rhinocéros. C’est assez inhabituel. Un rhinocéros intellectuel, c’est assez inhabituel ».

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Le film prend le parti de ne rien taire des colères auxquelles est confronté Emmanuel Macron. L’auteur appelle ça « les fractures françaises », desquelles le Président n’est pas responsable. A chaque fois, les résistances qui s’opposent au chef de l’Etat sont cependant balancées par… un récit de la manière dont le locataire de l’Elysée les surmonte.

La mort de Johnny Hallyday fournit un exemple un rien lunaire. Emmanuel Macron explique qu’il a d’abord été sifflé, le 9 décembre dernier, lors des funérailles du chanteur : « Au moment où je prends la parole, la réaction est négative ». Suivent des images des débuts de huées essuyées par le Président ce jour-là. Heureusement, il ne va écouter que son courage… et parvenir à retourner la foule : « Ça ne passe que parce que je raconte au début du discours ce que chacun qui a participé à un concert de Johnny Hallyday a vécu, c’est-à-dire cette espèce de litanie des temps qu’il organisait dans un discours, la montée de l’émotion et de la sensualité qui était la sienne. »

L’écrivain Sophie de Thalès est immédiatement convoquée pour confirmer et appuyer ce propos présidentiel : « Il s’adressait vraiment aux Français, pour ensuite évoquer ce qu’on appelle une hypotypose. C’est un procédé qui consiste à faire revivre quelqu’un ou une scène mais avec un luxe de détails. Là c’était très fort. (…) Le public était complètement ébahi en visualisant, par une sorte d’hallucination, Johnny qui arrivait… Il a réussi même à faire revivre Johnny pendant ce discours. » A croire que Bruno Roger-Petit avait raison en évoquant la thaumaturgie d’Emmanuel Macron…

Histoire de convaincre les derniers récalcitrants, Betrand Delais redonne la parole à Emmanuel Macron, qui commente positivement son propre discours : « Les gens s’étaient habitués à ce que les dirigeants ne vivent plus les émotions du pays (…) Dire "je suis triste avec vous, je sais votre peine, en voilà la couleur et en voilà les mots", c’est quelque chose qui a énormément soulagé ». L’éditorialiste Alain Duhamel confirme tout en sobriété, quelques secondes plus tard :« Il était à la fois le roi de France et le roi des Français ». Tout est dit.

https://www.marianne.net/politique/documentaire-publicitaire-de-france-3-sur-macron-bertrand-delais-communicant-officiel-du?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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En pleine remise du prix Charlemagne, Macron tente de faire pression sur Merkel pour réformer l'UE

Décidés à refonder une UE post-Brexit, Angela Merkel et Emmanuel Macron peinent à s'entendre. Alors qu'il recevait le prix Charlemagne des mains de celle-ci, le chef de l'Etat a eu des propos sévères contre son «fétichisme» de l'excédent budgétaire.

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Alors qu'il recevait à Aix-la-Chapelle ce 10 mai le prix Charlemagne des mains de la chancelière allemande Angela Merkel, Emmanuel Macron a tenté d'influencer celle-ci à propos de la réforme de l'Union européenne qu'il juge nécessaire – et dont il espère être l'incarnation sur la scène internationale.

«N'attendons pas. Agissons maintenant !», a lancé le président français, comme pour mieux souligner l'immobilisme qui semble caractériser le leadership allemand sur la scène européenne depuis une décennie. Se fendant d'une pique à l'égard du «fétichisme» allemand des excédents budgétaires, le chef de l'Etat a ainsi tenté de placer son homologue face à ses responsabilités... devant une foule de journalistes qui n'étaient initialement pas venus écouter un discours critique vis-à-vis de Berlin.

Alors qu'approche le sommet des dirigeants européens qui doit permettre de lancer une refondation de l'Union, européenne (UE) post-Brexit en juin prochain, Emmanuel Macron et Angela Merkel ne sont toujours pas parvenus à s'entendre sur le cap à suivre : les discussions achoppent notamment sur les propositions françaises visant à doter la zone euro d'un budget d'investissement pour doper la croissance. Une option que Berlin rechigne à considérer, tant il lui semble qu'elle se ferait au détriment des finances allemandes et au profit des pays du Sud.

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«Ne soyons pas faibles et choisissons», a martelé Emmanuel Macron lors de son discours. Nouveau récipiendaire du prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle (Internationaler Karlspreis der Stadt Aachen, depuis 1988 Internationaler Karlspreis zu Aachen) récompensant chaque année des «personnalités remarquables qui se sont engagées pour l'unification européenne», le président français a poursuivi son allocution sur un ton étonnement sévère à l'encontre de celle qui venait de lui remettre la récompense.

«Je crois à un budget européen beaucoup plus ambitieux, je crois à une zone euro plus intégrée, avec un budget propre», a-t-il insisté. Dans des propos inhabituellement durs, Emmanuel Macron s'en est ensuite pris à la timidité de l'Allemagne concernant les dépenses et l'investissement. «En Allemagne, il ne peut y avoir un fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux, car ils sont faits aux dépens des autres», a-t-il lancé.

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En réalité, le volontarisme affiché par Emmanuel Macron est avant tout une tentative de faire peser la responsabilité de la stagnation des discussions avec l'Allemagne sur les seules épaules d'Angela Merkel. Objectif du président français : s'arroger le rôle du réformateur ambitieux, à un an des élections européennes, et faire passer la chancelière allemande pour l'incarnation du conservatisme frileux. «Nous avons des cultures politiques et des manières d'approcher les sujets européens différentes», a diplomatiquement et sobrement commenté cette dernière.

https://francais.rt.com/international/50545-pleine-remise-prix-charlemagne-macron-tente-faire-pression-merkel-reformer-union-europeenne

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Diplomatie : pour Macron, "l’heure est aux actes"

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Les convictions ultra européistes de ce diplomate dans l'entretien qui suit nous montrent à quel point la crise morale et patriotique de la France est profonde après des décennies de "construction européenne", jusqu'aux plus hauts sommets de l'Etat.  P.G.

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[Un an de présidence Macron] Le candidat Macron avait promis de repenser en profondeur la diplomatie – notamment économique – de la France afin de revitaliser sa réputation et son influence sur la scène internationale. Le président est-il en passe de réussir son pari, au-delà des effets d’image ? Claude Martin, ancien ambassadeur en Chine et en Allemagne, brosse un tableau contrasté, et attend du chef de l’État qu’il passe des paroles aux actes.

LA TRIBUNE - Les promesses de campagne d'Emmanuel Macron avaient créé l'espérance d'une action singulière sur le front diplomatique, en premier lieu pour restaurer une légitimité délitée sur l'échiquier international. Un an plus tard, a-t-il réussi ? Quels faits saillants peut-on mettre au crédit et au débit de la politique et des actes du nouveau président de la République ?

CLAUDE MARTIN - Emmanuel Macron a hérité d'une France peu visible et peu audible, affaiblie ces dix dernières années par sa situation économique - manque de compétitivité, instabilité politique et sociale -, par une vision erratique de sa politique à l'extérieur, par la santé vacillante de l'Europe. Ce contexte leste une autre réalité, elle, invariable : mener une action d'envergure est nettement plus difficile sur la scène internationale que sur le plan domestique. En politique étrangère, il faut faire preuve non seulement d'imagination et de volontarisme, mais aussi de clairvoyance, de compétence, de connaissance du terrain, et définir une stratégie. En la matière, il est encore trop tôt pour saisir les intentions et les dispositions du président de la République. Les premiers signes - discours à la Sorbonne et devant l'Acropole démontrant sa détermination européenne ; restauration du dialogue avec la Russie ; prises de position objectives à l'égard des États-Unis - ont été encourageants, car fondés sur le principe, essentiel en diplomatie, du réalisme. Il n'est pas dans le registre de ses deux prédécesseurs qui, en « choisissant » leurs interlocuteurs en fonction de leur degré de « fréquentabilité », ont affaibli l'influence internationale de la France. Dorénavant, l'heure est aux actes, et notamment dans le domaine de l'Europe. La France doit agir comme un guide. C'est véritablement « maintenant » que l'action d'Emmanuel Macron doit s'exprimer et va être jugée.

Vous avez exercé cinquante ans au Quai d'Orsay, et y avez cultivé une grande proximité avec la conception « gaulliste » de la politique internationale de la France. Les premiers pas diplomatiques d'Emmanuel Macron s'en inspirent-ils ?

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Le général de Gaulle l'a parfaitement incarné - et cela demeure une règle immuable - : l'Europe, c'est avant tout et fondamentalement un contrat entre la France et l'Allemagne, mobilisant les autres pays moteurs sur une stratégie axée autour de trois objectifs : une politique d'intégration des économies européennes, une politique de défense de l'identité et des spécificités de l'Europe, enfin une politique d'organisation de l'ensemble européen, dont l'élargissement a affaibli la cohésion. Il faut à l'Europe des politiques communes volontaristes. Une Europe de l'action contre celle de l'abstraction.

L'Europe porte des valeurs qui lui sont propres. Les Européens ont en commun une certaine conception de la démocratie, de l'ordre juridique et de la cohésion sociale, ou de la justice. Ils se distinguent par un attachement commun très fort à la nature, à l'environnement, à un art de vivre, qui se reflète jusque dans leur relation à la nourriture. Dans les négociations extérieures de l'Union, avec le Canada ou avec le Mercosur, certains éléments de cette « identité européenne » sont mis en cause. Faut-il y renoncer, pour nous fondre doucement dans le moule mondialiste ? Ou préserver ce qui fait notre différence, une différence à laquelle les Français et les Allemands notamment restent, dans leur majorité, très attachés ? C'est la question qui nous est posée, et à laquelle Emmanuel Macron doit apporter une réponse.

Que doivent entreprendre Angela Merkel et Emmanuel Macron pour que l'axe franco-allemand exerce pleinement son  rôle ?

Outre-Rhin, la fragile coalition au pouvoir et ce qu'incarne l'impressionnante poussée de l'extrême droite (l'AFD est la troisième formation au Bundestag) peuvent-ils, paradoxalement, le consolider ?

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Cette irruption de l'AFD au parlement allemand traduit une montée des peurs, mais surtout une frustration. Les citoyens de tous les pays craignent de perdre, au sein de l'Europe, leur identité. L'Union doit trouver la réponse appropriée à ces craintes, en permettant aux peuples européens de cultiver à la fois une fierté nationale et une fierté européenne, qui ne peut exister que si l'Union développe des politiques mettant en valeur une « identité européenne ». Identité nationale et identité européenne doivent pouvoir se compléter. Si l'Union ne parvient pas à créer un espace dans lequel les Européens éprouvent un sentiment d'appartenance à une même communauté de destin, c'est dans la seule revendication d'identité nationale que les citoyens chercheront refuge.

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Le « moteur » franco-allemand a très mal fonctionné depuis dix ans, et il faudra sans doute beaucoup plus que des déclarations chaleureuses pour le relancer. La France doit reconquérir toute sa place dans un tandem où elle n'était plus qu'un partenaire secondaire. Le déséquilibre qui n'a cessé de se creuser cette dernière décennie au fur et à mesure que l'économie allemande prenait le dessus sur sa voisine nous a placés dans une position d'infériorité. Les réformes institutionnelles catastrophiques opérées par le traité de Lisbonne et le « grand élargissement » ont fait le reste : dans le jeu européen, la France pèse aujourd'hui bien moins lourd que l'Allemagne, adossée aux petits pays européens du Nord. Il faut revenir à la parité entre Paris et Berlin, et reconstituer - notamment en rétablissant une relation de confiance avec l'Italie - un équilibre Nord-Sud sans lequel l'Union se brisera tôt ou tard. On ne pourra le faire sans tensions avec l'Allemagne, et le président français devra, pour replacer notre pays au cœur du dispositif européen, aller si nécessaire jusqu'à la crise. Y est-il préparé ? Les mois qui viennent permettront de mesurer sa détermination.

Partout en Europe progressent des mouvements eurosceptiques voire europhobes. Ils ont obtenu la sécession en Grande-Bretagne, sont au pouvoir en Autriche, en Pologne, en Hongrie, possiblement en Italie, constituent respectivement les deuxième et troisième forces politiques en France et en Allemagne. La pensée politique « européenne » d'Emmanuel Macron semble singulièrement isolée...

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La construction européenne a été imaginée en deux phases principales : celle d'abord de l'union économique, celle ensuite, à partir de 1973, d'une ouverture à des compétences nouvelles, notamment dans le domaine de la politique étrangère et de la défense. L'union économique peut se construire entre pays ayant, sur le plan politique intérieur, des sensibilités et des pratiques différentes, sous couvert d'un attachement de principe commun à la démocratie. L'union politique et diplomatique suppose un degré beaucoup plus élevé de convergence sur les « valeurs » et sur le fonctionnement concret du système constitutionnel des pays participants. On peut faire une union économique avec beaucoup de partenaires, mais une union politique ne peut s'envisager qu'avec peu de partenaires. L'erreur du traité de Maastricht a été de vouloir réunir les deux démarches dans une seule construction et de rassembler dans une seule maison des partenaires qui ne voulaient pas, selon les sujets, la même chose. L'élargissement aux pays de l'Est a encore aggravé la situation. On a admis au sein de l'Union, dans la précipitation, pour des raisons « morales », des pays qui n'étaient pas prêts à réaliser l'union économique telle que nous l'entendions, et qui étaient encore moins prêts à accepter les valeurs communes nécessaires à la construction de l'union politique. Il existe deux Europe, séparées par les différences d'histoires et de cultures politiques. Ce qui n'est pas pour arranger la vision et l'action européennes d'Emmanuel Macron.

Vous êtes un grand spécialiste de la diplomatie économique. Son passé professionnel, son ADN, sa pensée et ses inspirateurs politiques, enfin son passage à Bercy donnent d'Emmanuel Macron l'image d'un président en rupture avec ses prédécesseurs et plutôt pertinent dans ce domaine. La réalité correspond-elle à l'hypothèse ?

Qu'est-ce que la « diplomatie économique » ? Elle fait distinguer clairement le rôle de l'État et celui de l'entreprise. Le rôle de l'État (et donc de la diplomatie) est d'évaluer les intérêts politiques, économiques, culturels du pays dans le monde. Sur cette base, le ministère des Affaires étrangères et les ambassades apportent aux entreprises françaises un éclairage sur les situations et l'environnement des pays où elles ambitionnent d'investir ; mais ensuite, aux actionnaires et au management des entreprises - et à eux seuls - de décider de leur stratégie dans lesdits pays. Il est d'autant plus essentiel de respecter cette discipline qu'aujourd'hui la notion d'« intérêt national » est complexe à délimiter. Ainsi, ce dernier est-il de favoriser Renault, dont une partie des véhicules est fabriquée en Turquie, ou Toyota, qui investit massivement à Valenciennes ? Est-il de tout entreprendre pour aider au développement international de grandes marques « françaises » de luxe, dont les produits sont partiellement fabriqués hors de nos frontières et dont les propriétaires sont souvent installés à l'étranger ? Ce dilemme, entre la défense de l'emploi en France et la défense d'entreprises porteuses d'une image de la France mais ne participant pas à l'effort national, complique la réflexion. Tout concourt à la même conclusion. Plutôt que de se substituer aux entreprises, il faut les laisser agir. Nicolas Sarkozy et François Hollande ont commis l'un et l'autre l'erreur, pendant leurs déplacements en Chine, de bousculer les dirigeants d'entreprise qui les accompagnaient, pour que ceux-ci signent des contrats prématurés ou risqués. Lors de son voyage en Chine début janvier, Emmanuel Macron a heureusement rompu avec ces pratiques, s'abstenant d'interférer dans les négociations menées par les industriels.

Justement, son savoir-faire en matière nucléaire constitue un élément clé de la stratégie diplomatique de la France. Les vicissitudes financières, judiciaires et technologiques d'Orano (ex-Areva) - qui pénalisent l'ensemble de la filière nucléaire française - l'affectent-elles significativement ?

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C'est incontestable. Pourquoi, à l'origine, la Finlande a-t-elle jeté son dévolu sur l'EPR plutôt que sur la technologie russe ? Parce qu'il s'agissait d'un projet franco-allemand. La technologie de l'EPR devait beaucoup aux ingénieurs de KWU, c'est-à-dire de Siemens, fort prisés à Helsinki. Nicolas Sarkozy a tout entrepris pour que Siemens sorte du capital d'Areva, et nous nous sommes retrouvés seuls à porter le projet, face à des Finlandais un peu surpris et certainement amers. Nos divisions internes ont fait le reste. La guerre entre Areva et EDF, notamment sur les projets chinois, s'est développée, et EDF a peu à peu conçu, contre Areva, une stratégie d'alliance avec les partenaires chinois, qu'elle a amenés avec elle sur les projets britanniques. L'éclatement d'Areva, qui a payé les erreurs de gestion d'Anne Lauvergeon, laisse la place libre à une EDF aujourd'hui fortement liée à la Chine. Et en même temps, sur la partie conventionnelle des centrales, Alstom, également démantelé, a cédé ses turbines à General Electric plutôt qu'à Siemens, Une grande ambition européenne s'est évanouie.

Au-delà du nucléaire, comment jugez-vous les premiers pas d'Emmanuel Macron dans cette Chine culturelle, politique, diplomatique que vous connaissez si bien ? La visite qu'il a effectuée en janvier dernier annonce-t-elle un changement profond ou simplement cosmétique des rapports de la France avec Pékin ?

Un simple souvenir. C'était lors du Sommet du G20 à Hangzhou, en 2016. Sur la photo officielle, qui posait aux côtés de Xi Jinping ? Le représentant de la France, qui fut avec éclat le premier grand pays occidental à tendre la main et à sortir la Chine de son isolement ? Non. Le président chinois était entouré d'Angela Merkel, de Recep Tayyip Erdoğan et de Vladimir Poutine. François Hollande étant relégué plus loin. Le président français, m'a-t-on rapporté, en avait été blessé. Voilà la réalité dont hérite Emmanuel Macron. La France vue de Pékin pèse peu. Et elle est seule. Elle n'a pas su établir avec l'Allemagne, l'Italie, la Grande-Bretagne (qui reste, malgré le Brexit, un membre important de notre famille) le « pacte européen » qui nous permettrait de peser, ensemble, dans ce très grand pays.

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Emmanuel Macron peut-il rétablir la situation ? Pour l'heure, sa politique à l'égard de la Chine n'est pas lisible. Le voyage officiel qu'il a effectué en janvier était une prise de contact - généreusement couverte dans la presse française, au contraire de la presse chinoise. Il faudra de la part du nouveau président des paroles fortes, des actes concrets, des initiatives visibles, pour que les Chinois renouent avec la France un vrai dialogue stratégique.

Les propos d'Emmanuel Macron lors de ce premier déplacement laissent toutefois quelques raisons d'espérer : son attitude, donc, sur le dossier nucléaire ; son intention annoncée de mieux contrôler les investissements chinois dans les secteurs stratégiques ; sa prudence sur le projet des « nouvelles routes de la soie » dans lequel il a choisi, malgré les conseils de certains, de ne pas se précipiter, attendant que les modalités de mise en œuvre et les modalités de financement soient mieux connues. Tout cela reflète une lucidité, utile pour dialoguer sereinement avec Pékin.

Le tour de force constitutionnel de Xi Jinping, dorénavant « autorisé » à régner sans limite au-delà de son mandat actuel, peut-il modifier la stratégie diplomatique de la France à l'égard de la Chine et de ses autres partenaires ?

L'objet de la diplomatie est de servir l'intérêt du pays. La France ne peut définir son action extérieure en fonction des évolutions politiques ou constitutionnelles de ses partenaires. Elle doit considérer d'abord l'importance stratégique de chacun des États avec lesquels elle traite, son influence, ses poids économique, démographique, militaire, scientifique, culturel. Le Général de Gaulle s'est fixé cette règle de conduite dans les affaires internationales : la Chine est et restera, quel que soit son régime, un grand partenaire, parmi d'autres, dans un univers multipolaire.

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Or si la France a vu son influence décliner au cours des dernières années, c'est parce qu'elle a cessé de pratiquer ce jeu multipolaire, pour se ranger, comme au temps de la guerre froide, dans « un » camp. En se laissant entraîner dans la douteuse opération de « pacification » en Afghanistan, en réintégrant les structures militaires de l'Otan, en suivant plus souvent que nécessaire les initiatives de Washington, en s'amarrant à des « coalitions occidentales » mal définies, la France a renoncé à faire jouer à l'Europe un rôle spécifique. Et la voici aujourd'hui, en Corée ou ailleurs, enchaînée aux initiatives erratiques du président américain... Le retour à une véritable détente sur la planète passe par la reconstitution d'un monde véritablement multipolaire, dont l'Europe doit être un pilier essentiel. 

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Propos recueillis par Denis Lafay

https://www.latribune.fr/economie/international/diplomatie-pour-macron-l-heure-est-aux-actes-777484.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180507

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