lundi 6 août 2018

Entretien avec Kévin Boucaud-Victoire sur Orwell

Le site Frexit-Limousin.fr déplace désormais ses publications vers son blog alternatif. Pour lire l'article, merci de vous rendre sur le lien ci- dessous (il suffit de cliquer).

TL ORWELL BOUCAUD

Afin d'éviter la procédure, vous pouvez placer le nouveau site dans vos favoris et même vous abonner si vous le souhaitez (c'est gratuit) si vous souhaitez être informé des nouvelles publications.

https://frexitlimousin.wordpress.com/

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lundi 28 mai 2018

Vidéos du jour

L’entretien libre : Alain Deneault, par Aude Lancelin

VID LANCELIN DENAULT

Source : Le Média, Aude Lancelin, 30-04-2018

Aude Lancelin reçoit Alain Deneault, philosophe québécois, auteur de “La Médiocratie” et “Le totalitarisme pervers”.

L'ENTRETIEN LIBRE #11 : AUDE LANCELIN / ALAIN DENEAULT

https://www.youtube.com/watch?time_continue=18&v=Zq9cqddCm24

Commentaire recommandé

ZX // 27.05.2018 à 08h41

Les cinq caractéristiques de l’extrême centre de Macron, selon Alain Deneault :
1) Favoriser les multinationales
2) Favoriser les dividendes pour les actionnaires
3) Donner accès aux paradis fiscaux
4) Réduire les services publics
5) Réduire les droits des travailleurs.

Autrement dit si “Macron varie, bien fol est qui s’y fie” (dixit Olivier Berruyer dans une interview sur RT), ce n’est que dans sa communication, pensant, peut-être, qu’il faut toujours dire ce que l’autre veut entendre pour mieux le manipuler. Mais son idéologie, et les actes qui la trahissent, est aussi fixe et immobile que la pierre : tout pour ceux qui ont, ou qui sont, tout, rien pour ceux qui n’ont, ou ne sont, rien. Car pour le “philosophe de l’Élysée” être et avoir c’est la même chose.

https://www.les-crises.fr/video-lentretien-libre-alain-deneault-par-aude-lancelin/

OUTIL GOPE SILENCE

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"Si la République en Marche s'appelait "le Capital en marche", les Républicains "les Capitalistes", les socialistes "les sociaux- capitalistes"..."

Des réflexions intéressantes sur la manipulation des idées, sur le rôle de l'affect contre la Raison.

Malheureusement, il y a toujours un débat absent à gauche, celui qui porte sur le rôle de la "construction européenne" et la possibilité de s'en émanciper. Ce serait pourtant une bonne première étape pour ceux qui aspirent à changer la société...

 

Voir aussi:

Natacha Polony réfléchit sur la violence et la politique (avant sa revue de presse début mai): ça tombe bien, à l'UPR, nous n'avons aucune complaisance envers la violence politique, et nous ne proposons pas d'imposer une autre Europe par la force, ou de "désobéir aux traités", mais d'en sortir pacifiquement et légalement, par l'article 50 du TUE (FREXIT).   P.G.

NATACHA VIDEO

"Mélenchon est Piégé" N. Polony Analyse Parfaitement la Situation entre Macron et Mélenchon

https://www.youtube.com/watch?v=lXglaPiI8Yo

vendredi 25 mai 2018

Alain Badiou : « à bas les privatisations »

Je suggère, au cas où vous approuveriez ce texte, au moins dans ses grandes lignes, que vous le diffusiez, lui ou toute variante conforme à vos appréciations, en tous lieux et mouvements qui vous paraissent concernés
par le mot d’ordre :

« à bas les privatisations ».

Merci en tout cas de votre attention.

ALAIN BADIOU

fl mise en garde

Sur ce site, nous allons publier ce texte, mais en exprimant notre désapprobation!  P.G.


TRIBUNE LIBRE /

POUR UNE « CONVERGENCE » DOTÉE D’UN CONTENU

Depuis quelques longues semaines, divers mouvements, accompagnés d’occupations et de blocages, animent le monde étudiant, cependant que des grèves tenaces paralysent en partie le secteur des transports. Tout cela est à vrai dire au relais dans notre pays de mouvements antérieurs, avec occupations de places, qui ont eu lieu dans les dernières années, et qui mettaient en cause la "loi travail ». Mais tout cela peut aussi s’inscrire, à échelle historique, dans ce qu’a ouvert le « printemps arabe »,[1]  lequel vit en particulier des saisies populaires de lieux publics aussi massives que durables.

Force est de constater que pour le moment, aucun de ces mouvements n’a entraîné de modification positive de la situation, pas même de la situation subjective, plutôt marquée, un peu partout, par de sensibles progrès des fascismes identitaires, qu’ils soient nationalistes, religieux, ou les deux en même temps. [2] Le plus fort mouvement de tous, la mobilisation égyptienne, n’a produit que le retour au pouvoir des militaires sous une forme encore plus agressive. Les occupations de place en Turquie ont consolidé la mainmise d’Erdogan sur le pays. Mais on peut aussi voir ici même qu’après Nuit debout et la loi travail, la France a hérité du gouvernement stipendié et ouvertement antipopulaire de Macron.

L’analyse générale de toutes ces « mobilisations » met très vite en évidence la faiblesse de leur unité apparente, et leur absence de mots d’ordre positifs. « Moubarak dégage » peut rassembler des foules, mais qui ne sont nullement d’accord sur la force politique qui doit remplacer Moubarak. « Faire la fête à Macron » ne dit rien de ce qu’un nouveau pouvoir devrait faire dans les conditions du moment.

On parle de « convergence des luttes ». Mais sur quoi convergent-elles ? L’hostilité aux réformes menées au pas de charge par le gouvernement Macron désigne bien un adversaire commun, mais aucunement une conviction affirmative commune. Et mettre à l’ordre du jour cette difficulté diviserait aussitôt le mouvement, chose considérée – à mon avis à tort – comme dangereuse. Le résultat est que la seule idée avancée pour que les luttes convergent est… le mot d’ordre purement tactique, et en réalité vide, de « convergence des luttes ». Cette tautologie est forcément inactive.

Je voudrais ici contribuer à la recherche d’un point d’unité plus réel, d’un mot d’ordre en prise sur la situation, qui sans doute introduirait une division politique dans les mouvements dispersés actuels, mais produirait un corps de combat autrement actif et durable.

Un mot d’ordre unificateur doit proposer un contenu positif effectivement commun aux forces qu’il s’agit d’unifier. Or, qu’y a-t-il de commun entre le mouvement étudiant, la grève à la SNCF, et les mouvements divers dans les institutions du service public, comme les hôpitaux ou la poste ? Le point commun est que tous sont affectés par les projets, en cours de réalisation ou à venir, de privatisation générale de tout le domaine qui relève encore de l’espace public. Certes, ces projets et réalisations ne datent pas d’aujourd’hui, et la gauche comme la droite y ont, dès 1983, activement participé. Mais aujourd’hui, la généralisation de tout cela est le cœur de l’action de Macron. [3]Les étudiants peuvent voir que l’installation d’une sélection à l’entrée des Universités est la porte d’entrée pour un système inégalitaire d’universités privées ; les cheminots peuvent voir que sous couvert d’ouverture à la concurrence, on prépare dans l’ombre et le mensonge un dépeçage de la SNCF au profit de compagnies privées ; les employés des hôpitaux publics peuvent voir qu’après la privatisation des services annexes et l’installation de cliniques privées dans les hôpitaux publics, la privatisation de l’ensemble hospitalier est à l’ordre du jour. Les postiers peuvent envisager qu’après la privatisation du téléphone et compte tenu de la puissance privée des compagnies qui régentent Internet, on brade le courrier ordinaire en en faisant comme ailleurs une annexe des supermarchés ou des épiceries. Et tout le reste à l’avenant.

OUTIL GOPE SILENCE

Le mot d’ordre unificateur qui s’impose est : Non aux privatisations, quelles qu’elles soient. Non seulement à celles que veut Macron, mais à celles qui se sont constamment suivies depuis les années quatre-vingt, et qui ont préparé le démantèlement de tout ce qui se présente comme un service public.

On dira que ce mot d’ordre est lui aussi négatif. Mais ce n’est qu’une apparence : il ouvre aussitôt à la question de savoir ce qui va venir à la place des services privatisés, et quelle sera la doctrine générale qui gouvernera ce changement. Le mot de « nationalisation » est à cet égard étroit et inopportun. La « nation » n’a rien à voir dans cette affaire. [4] C’est la dimension collective de l’appropriation qui compte, au regard de l’appropriation privée. La formule positive du mot d’ordre pourrait être : Appropriation collective et désintéressée de tout ce qui relève du bien public. Prioritairement : enseignement, santé, transports autres que familiaux, ports, aéroports, autoroutes, routes et chemins, moyens de communication (poste, téléphone et réseaux internet), énergie et eau potable.

Rappelons au passage que Marx, dans la définition très précise qu’il donne du communiste, ce qui veut dire du militant au service du bien public, lui attribue trois capacités quand il participe à un mouvement contre « l’ordre politique et social existant »  : il veille à ce qu’aucun intérêt strictement national et chauvin ne vienne dominer la destination universelle de l’action (internationalisme) [5] ; il prend soin de l’ensemble du mouvement et des étapes à venir, et non pas seulement des buts tactiques immédiats (vision stratégique) ; et il situe l’action au regard de la question fondamentale de la propriété. Marx ajoute que ceci doit être fait « quel que soit le degré auquel est parvenu cette question » (communisme réel).

Aujourd’hui, pour nous, le « degré » en question est fixé par la vague continue de privatisations. C’est avec ce critère en tête que, dans tous les mouvements actuels, nous devons agir et faire des propositions.

Ma proposition est la suivante : Nous connaissons l’existence historique d’un « ministère de l’économie, des finances et de la privatisation ». Nous savons aussi qu’existe un « comité de privatisation », défini comme l’organe technique qui assiste le Gouvernement « dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de la politique des entreprises publiques » [6]. Il est tout de même frappant que les « penseurs » de la politique des entreprises publiques soient réunis dans un « comité de privatisation » !

 

Je propose qu’une manifestation, faisant converger tous ceux qui, dans tous les secteurs concernés, ont des raisons fortes de s’opposer aux privatisations, se dirige vers le ministère des finances et y proclame ses impératifs :

 

  • La disparition générale, dans tout ce qui concerne la « politique des entreprises publiques », du mot « privatisation », la dissolution de tout organisme afférent, et l’arrêt immédiat de tous les projets relevant d’une privatisation.

  • Le réexamen de toutes les « privatisations » opérées depuis la deuxième moitié des années quatre-vingt.

  • La création d’un comité de vigilance sur cette question, travaillant notamment sur les diverses formes possibles de l’appropriation collective.

.
Merci en tout cas de votre attention

 

ALAIN BADIOU

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/05/alain-badiou-a-bas-les-privatisations.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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[1] Ce qu'on a appelé "printemps arabes" fut bien souvent une opération de déstabilisation typique de la stratégie du "regime change" orchestrée par les Etats- Unis et leurs alliés. Pas étonnant que l'auteur reprenne l'expression, puisqu'on connait maintenant le rôle de certains courants de gauche dite "radicale" pour orienter et manipuler le mécontentement populaire dans le sens de certains intérêts géopolitiques, ou tout simplement vers de fausses alternatives.

[2]"un peu partout, par de sensibles progrès des fascismes identitaires, qu’ils soient nationalistes, religieux, ou les deux en même temps": quel rapport avec les mouvements sociaux? Qui est responsable de la montée des "extrêmes" ou du développement du fondamentalisme musulman?

[3] " la généralisation de tout cela est le cœur de l’action de Macron": peut- on parler de généralisation alors que cette politique est la même depuis des décennies? Et pourquoi l'auteur ne mentionne- t-il pas la cohérence de ces politiques dans l'ensemble de l'Union européenne, parce qu'inscrites dans le marbre des traités? La logique de privatisations des services publics est inscrite dans l'article 106...depuis les traités de Maastricht et de Lisbonne (1992/2008)...

[4] On comprend mieux où l'auteur veut en venir avec la formule "Le mot de « nationalisation » est à cet égard étroit et inopportun. La « nation » n’a rien à voir dans cette affaire.": empêcher la seule vraie solution pour mettre fin à ces politiques imposées par une domination étrangère: la sortie de l'Union européenne et de l'euro (le FREXIT). Nous avons donc bien affaire selon moi  à une énième manipulation en vue de détourner les luttes sociales d'une possible victoire.

[5] (Le militant communiste) "il veille à ce qu’aucun intérêt strictement national et chauvin ne vienne dominer la destination universelle de l’action (internationalisme)": en quoi la défense des services publics relève- t-elle d'un intérêt "strictement national et chauvin"? Ici, l'utilisation quasi- religieuse d'une formule à des fins de manipulation rappelle bien des heures sombres, de mon point de vue...

[6] "Nous savons aussi qu’existe un « comité de privatisation », défini comme l’organe technique qui assiste le Gouvernement « dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de la politique des entreprises publiques": ce comité a un autre nom: la Commission européenne! Mais il ne faut pas le dire...

Extrait de sa fiche wikipedia (ça vaut ce que ça vaut, mais pour ceux qui ne connaissent pas...):

Militant politique, Badiou a été l’un des dirigeants du maoïsme français (militant à l'Union des communistes de France marxiste-léniniste), comme d'autres normaliens célèbres (Benny Lévy, Guy Lardreau, le linguiste Jean-Claude Milner, les lacaniens Jacques-Alain et Gérard Miller, qui, eux, militaient à la Gauche prolétarienne, etc.). Il ne renie ensuite rien ou presque de cet héritage. Alain Badiou considère que les phénomènes comme le goulag et la Révolution culturelle ne doivent pas conduire, concernant le communisme, à « jeter le bébé avec l'eau du bain ». Il affirme aussi qu'« aujourd'hui, la démocratie n'est rien d'autre qu'un outil de propagande du capitalisme ».

Revenant sur ces années d'engagement politique au sein de l'UCFml, le philosophe et écrivain Bernard Sichère, qui fut l'un de ses membres, la décrit comme « une organisation sectaire », note la discipline (le « style militaire ») qu'y faisait alors régner Alain Badiou convaincu, selon lui, de détenir seul la vérité. Il critique sévèrement « un homme qui aime dominer les autres », « son incapacité à la moindre mise en cause de sa personne et de sa pensée » et ironise sur la radicalité de son discours qui serait celle d'un « révolutionnaire en chambre ».

En janvier 1979, au moment de la guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam, et alors que le monde entier découvre l'ampleur des crimes de Pol Pot et de ses Khmers rouges, il proteste dans une tribune publiée dans Le Monde contre l'« invasion du Cambodge par cent vingt mille Vietnamiens » et prend la défense de Pol Pot et des Khmers rouges (...).

P.G.

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mercredi 23 mai 2018

Pourquoi la gauche devrait se rallier au Brexit

TRIBUNE LIBRE / Source : Jacobin, 29-04-2018

TL BREXIT GAUCHE PEUR

Les partisans du maintien dans l’UE prétendent que Brexit sera une apocalypse économique. Mais il donne aussi l’occasion d’une rupture radicale avec le néolibéralisme.

Rien ne reflète mieux la confusion mentale de la gauche européenne dominante que sa position sur le Brexit. Chaque semaine on voit apparaître un nouveau chapitre de l’effrayante histoire du Brexit : le retrait de l’UE sera une catastrophe économique pour le Royaume-Uni ; des dizaines de milliers d’emplois seront perdus ; les droits de l’homme seront massacrés ; les principes de protection du justiciable, de liberté d’expression et de droit du travail seront tous menacés. En résumé, le Brexit transformera la Grande-Bretagne en une dystopie, un État en déliquescence – ou pire, un paria international – coupé du monde civilisé. Dans ce contexte, on comprend aisément pourquoi le leader du Parti travailliste Jeremy Corbyn est souvent critiqué pour sa réticence à adopter un programme pro-maintien dans l’UE.

L’hystérie anti-Brexit de la gauche, cependant, repose sur un mélange de mauvaise économie, de mauvaise compréhension de l’Union européenne et de manque d’imagination politique. Non seulement il n’y a aucune raison de penser que le Brexit serait une apocalypse économique, mais, plus important encore, l’abandon de l’UE offre à la gauche britannique – et plus généralement à la gauche européenne – une occasion unique de montrer qu’une rupture radicale est possible avec le néolibéralisme et avec les institutions qui le soutiennent.

Modéliser la dystopie

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Pour comprendre pourquoi la position anti-Brexit de la plupart des progressistes européens est infondée, et même nuisible, il faut commencer par examiner le mythe le plus répandu lié au Brexit : l’idée qu’il conduira à un apocalypse économique. Pour de nombreux critiques, il s’agit d’une affaire entendue, prouvée tout simplement en citant un rapport très médiatisé qui a fuité du Département pour la sortie de l’Union européenne (DExEU) du gouvernement britannique. Le document conclut que, quelle que soit la forme prise par le Brexit, qu’il s’agisse de rester dans le marché unique, d’un accord de libre-échange ou de l’absence d’accord, il y aurait un coût pour le Royaume-Uni en termes de PIB. Les estimations pour les quinze prochaines années vont d’une baisse de 2 % du PIB et 700 000 emplois à une baisse de 8 % du PIB et 2,8 millions d’emplois.

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Cette argumentation figure dans un article récent du commentateur anti-Brexit Will Denayer, pour qui le fait que le rapport ait été produit par un « gouvernement pro-Brexit » est une preuve de sa fiabilité. Toutefois, il ne reconnaît pas que ces prévisions souffrent d’un biais néolibéral qui est intégré dans les modèles de prévision eux-mêmes. Les modèles mathématiques utilisés par le gouvernement britannique sont très complexes et abstraits, et leurs résultats sont sensibles au calibrage numérique des relations dans les modèles et aux hypothèses faites sur, par exemple, les effets des progrès technologiques. Les modèles sont notoirement peu fiables et facilement manipulables pour atteindre n’importe quel résultat désiré. Le gouvernement britannique a refusé de publier les aspects techniques de leur modélisation, ce qui suggère qu’ils ne veulent pas que des analystes indépendants examinent les hypothèses de leur « boîte noire ».

Les préjugés néolibéraux intégrés à ces modèles comprennent l’affirmation selon laquelle les marchés se régulent automatiquement et que leur efficience est optimale quand ils ne sont pas entravés par l’intervention publique ; que le « libre-échange » est sans ambiguïté positif ; que la capacité de financement public est restreinte ; que les facteurs liés à l’offre sont beaucoup plus importants que ceux liés à la demande ; et que les individus fondent leurs décisions sur des « attentes rationnelles » au vu des variables économiques, entre autres. Bon nombre des hypothèses clés utilisées pour construire ces simulations n’ont aucun rapport avec la réalité. En termes simples, les modèles de prévision – à l’instar de la macroéconomie en général – reposent sur une série de mythes interdépendants. Paul Romer, qui a obtenu son doctorat en économie dans les années 1980 à l’Université de Chicago, le temple de l’économie néolibérale, a récemment lancé une attaque cinglante contre sa propre profession dans un article intitulé The Trouble With Macroeconomics, [Le problème avec la macroéconomie]. Romer décrit les approches de modélisation standard utilisées par les économistes traditionnels – qu’il appelle « post-réelles » – comme le point final d’une régression intellectuelle de trois décennies.

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Il n’est donc pas surprenant que ces modèles aient échoué à prédire la crise financière et la Grande Récession, et qu’ils ne parviennent pas aujourd’hui à produire des prévisions fiables sur quoi que ce soit. Le Brexit en est un exemple évident. Dans les mois qui ont précédé le référendum, le monde a été noyé sous les avertissements – du FMI, de l’OCDE et d’autres bastions de l’économie contemporaine – affirmant qu’un vote en faveur de la sortie de l’UE au référendum aurait des conséquences apocalyptiques immédiates pour le Royaume-Uni, qu’il provoquerait un effondrement financier et plongerait le pays dans une profonde récession. La prévision la plus embarrassante sur « l’impact économique immédiat pour le Royaume-Uni d’un vote pour quitter l’UE » a été publiée par le gouvernement conservateur. L’objectif de « l’étude » en question, publiée en mai 2016 par le Trésor britannique, était de quantifier « l’impact… sur la période immédiate de deux ans suivant un vote en faveur du Brexit ».

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Dans les deux ans suivant un tel vote, le Trésor a prédit que le PIB chuterait de 3,6 à 6 % et que le nombre de chômeurs augmenterait de 820 000. Les prévisions de « l’étude » de mai 2016 semblaient terribles et visaient clairement à avoir le maximum d’impact sur le vote qui allait se tenir un mois plus tard. Quelques semaines avant le référendum, le chancelier de l’époque, George Osborne, a cité le rapport pour avertir que « un vote en faveur du Brexit représenterait un choc immédiat et profond pour notre économie » et que « le choc entraînerait notre économie en récession et conduirait à une augmentation du chômage d’environ 500 000 personnes ».

Néanmoins, la majorité des électeurs ont opté pour le Brexit. Ce faisant, ils ont prouvé, une fois de plus, que les économistes avaient tort, car aucun des scénarios catastrophes prédits avant le référendum ne s’est produit. Larry Elliott, rédacteur de la rubrique économie du Guardian, a écrit : « L’Armageddon post-Brexit était une perspective terrifiante – mais cela ne s’est tout simplement pas produit ». Alors que près de deux ans se sont écoulés depuis le référendum, les données économiques provenant du Royaume-Uni tournent en dérision ces avertissements pessimistes – et en particulier le rapport gouvernemental susmentionné. Les données de l’Office for National Statistics (ONS) montrent que fin 2017, le PIB britannique était déjà plus élevé de 3,2 % par rapport à son niveau au moment du vote – bien loin de la profonde récession à laquelle on nous avait préparés.

Source: Office of National Statistics [Bureau des statistiques nationales] et calculs de l’auteur.

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En fait, entre juin 2016 et janvier 2018, le taux de chômage a chuté de 4,9 % à 4,3 %, tandis que le nombre de chômeurs a baissé de 187 000, atteignant son plancher depuis quarante-trois ans. Le nombre des inactifs – qui ne travaillent pas et qui ne cherchent pas d’emploi – a connu sa baisse la plus massive depuis près de cinq ans et demi. Voilà pour ce qui est des innombrables travailleurs qui étaient censés perdre leur emploi suite au vote sur le Brexit.

Les données sur l’industrie britannique, au cours des deux dernières années, sont particulièrement embarrassantes pour ces prophètes de malheur professionnels. Malgré l’incertitude concernant les négociations avec l’UE, « l’industrie manufacturière connaît sa plus forte croissance depuis la fin des années 1990 », selon The Economist ainsi que selon la Fédération Britannique des Industries (EEF). Cela s’explique en grande partie par une demande croissante à l’exportation, dynamisée par la baisse de la livre sterling et l’amélioration de la situation économique mondiale. Selon un rapport de l’aéroport de Heathrow et du Centre for Economics and Business Research (CEBR), les exportations britanniques atteignent leur sommet depuis 2000. Comme The Economist l’a publié récemment : « Les industriels britanniques, après une longue période de souffrance, bénéficient d’un boom qui n’arrive qu’une fois en une génération », car les changements consécutifs au Brexit engendrent un « rééquilibrage » bien nécessaire de la croissance, depuis les services financiers vers l’industrie manufacturière. Cela stimule également l’investissement. La dépense totale d’investissement au Royaume-Uni – publics plus privés – a crû en 2017 plus que dans aucun autre pays du G7 : +4% par rapport à l’année précédente.

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Les prédictions selon lesquelles une victoire du vote pro-Brexit broierait l’économie britannique suite à un effondrement du cours de la livre sterling se sont révélées tout aussi infondées : oui, la livre sterling a effectivement perdu du terrain par rapport aux autres grandes monnaies depuis le référendum, mais non seulement cela n’a pas détruit l’économie britannique – bien au contraire, en fait, comme nous l’avons vu – mais son cours est à nouveau à la hausse depuis début 2017.

Le Saint marché unique

Donc, puisque rien n’est venu confirmer que le Brexit pouvait déclencher un effondrement économique, qu’est-ce qui se cache derrière la certitude aveugle des commentateurs de l’actualité ? Un élément important de l’idéologie qui sous-tend l’ensemble du débat sur le Brexit est l’idée que la Grande-Bretagne a tiré d’énormes avantages économiques de son adhésion à l’UE (ou CEE comme on l’appelait en 1973). Cette affirmation est-elle étayée ? Comme le montre une étude récente du Centre for Business Research (CBR) de l’Université de Cambridge (voir graphique ci-dessous), « La croissance du PIB britannique par habitant après 1973 n’a pas été supérieure à celle des décennies précédentes. En fait, le PIB par habitant a augmenté bien plus lentement après l’adhésion qu’au cours de la décennie précédant l’adhésion ».

Source : Centre de recherche sur le commerce, Université de Cambridge.

Les chercheurs concluent que « rien ne prouve que l’adhésion à l’UE a amélioré le taux de croissance économique au Royaume-Uni ». L’établissement du sacro-saint marché unique, en 1992, n’a pas changé les choses – ni pour le Royaume-Uni ni pour l’UE dans son ensemble. Même lorsque nous nous limitons à évaluer le succès du marché unique sur la base de paramètres économiques généraux – productivité et PIB par habitant – il y a très peu de raisons de penser qu’il a tenu les promesses de ses partisans ou les prévisions officielles. Le graphique suivant fournit une comparaison à long terme entre l’UE-15 et les États-Unis en termes de PIB par heure travaillée (une mesure de la productivité du travail) et de PIB par habitant.

Source: US Conference Board [Fédération patronale des USA, NdT], Total Economy Database.

Les données montrent clairement que non seulement le marché unique (à partir de la ligne verte) n’a pas réussi à améliorer les économies de l’UE15 par rapport aux États-Unis, mais qu’il semble même les avoir pénalisées.

Plus intéressant encore, la création du marché unique n’a même pas stimulé les échanges au sein de l’UE. Le graphique suivant montre le pourcentage que représentent les exportations entra pays de l’UE et l’UEM [l’Union monétaire européenne, qui se développe dans la zone euro] rapportées aux exportations totales de l’UE et de l’UEM. Après avoir connu une hausse régulière tout au long des années 1980, cette proportion a effectivement stagné entre la création du marché unique au milieu des années 1990 et le milieu des années 2000, puis a suivi une tendance à la baisse (avec une légère reprise après 2014). Une note de Bruegel ajoute que « la zone euro a suivi à peu près le même schéma que l’Union européenne dans son ensemble, ce qui donne à penser que la monnaie commune n’a peut-être pas eu l’effet escompté sur le commerce entre membres de la zone euro ».

Fonds monétaire International, Direction des statistiques du Commerce

Il en va de même pour la part des exportations britanniques vers l’UE et l’UEM, qui stagne depuis la création du marché unique et décline même depuis le début des années 2000 (retour au niveau du milieu des années 1970), les marchés d’exportation hors UE croissant beaucoup plus rapidement que celle vers l’UE et la zone euro.

Fonds monétaire International, Direction des statistiques du Commerce et calculs de l’auteur

Comme le notent les chercheurs de l’Université de Cambridge, cela suggère « un bénéfice négligeable, pour le Royaume-Uni, à être membre de l’UE ». En outre, cela montre que la Grande-Bretagne diversifie ses exportations depuis un certain temps et qu’elle dépend beaucoup moins de l’UE aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente ans. Une autre observation tirée de la base de données de la Direction des Statistiques du Commerce du FMI est que, alors que les exportations mondiales ont quintuplé depuis 1991 et que celles des économies avancées ont été multipliées par 3,91, les exportations de l’UE et de l’UEM n’ont augmenté que d’un facteur 3,7 et 3,4 respectivement.

Ces résultats sont cohérents avec d’autres études qui montrent que la libéralisation des tarifs douaniers, en elle-même, ne favorise pas la croissance, ni même le commerce. En fait, le contraire est souvent vrai : comme l’a montré l’économiste de Cambridge Ha-Joon Chang, tous les pays riches d’aujourd’hui ont développé leur économie à l’abri de mesures protectionnistes. Cela jette de sérieux doutes quant à l’affirmation largement répandue selon laquelle quitter le marché unique signifierait nécessairement « une productivité plus faible et un niveau de vie plus bas ». Il révèle également comme totalement « invraisemblable », selon les mots des chercheurs de Cambridge, l’affirmation du Trésor selon laquelle la Grande-Bretagne a connu une augmentation de 76 % de ses échanges commerciaux en raison de l’adhésion à l’UE, tendance qui pourrait s’inverser en quittant l’UE. Les économistes de Cambridge concluent que les tarifs douaniers moyens sont déjà si bas pour les pays non membres de l’UE qui cherchent à commercer au sein de l’UE que, même dans le cas d’un « Brexit dur », les pertes commerciales seraient vraisemblablement limitées et temporaires.

La gauche et la libéralisation

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Cela rend encore plus ridicule le soutien de la gauche contemporaine en faveur du « libre-échange ». Nous devrions frémir à l’idée que les historiens du futur se feront des aberrations telles que la campagne du Parti Travailliste en faveur du marché unique, celle de ses alliés Yanis Varoufakis avec son groupe DiEM25. Surtout si l’on considère que même les économistes orthodoxes, comme Dani Rodrik, disent maintenant explicitement que la libéralisation du commerce « cause plus de problèmes qu’elle n’en résout », qu’elle est l’une des causes profondes des réactions anti-establishment qui se développent en Occident, et que le moment est venu de « mettre des grains de sable dans les roues de la mondialisation ». En ce sens, on s’attendrait à ce que la gauche voie dans le Brexit une opportunité parfaite de « réécrire[les] règles multilatérales », comme le conseille Rodrik, au lieu de s’accrocher bec et ongles à un système en faillite.

En outre, on oublie souvent dans le débat sur Brexit que le marché unique dépasse largement la simple libéralisation du commerce. L’un des principes fondamentaux du marché unique était la déréglementation des marchés financiers et l’abolition du contrôle des capitaux, non seulement entre les membres de l’UE, mais aussi entre les membres de l’UE et d’autres pays. Comme nous le soutenons dans notre récent livre, Reclaiming the State [Réhabiliter l’État, NdT], cet aspect du marché unique reflète le nouveau consensus qui avait émergé, même au sein de la gauche, dans les années 1970 et 1980. Selon ce consensus, l’internationalisation économique et financière – ce que nous appelons aujourd’hui « mondialisation » – a rendu l’État de plus en plus impuissant face aux « forces du marché ». Dans cette lecture, les pays n’avaient donc pas d’autre choix que d’abandonner les stratégies économiques nationales et tous les instruments traditionnels d’intervention dans l’économie, et d’espérer, au mieux, des formes transnationales ou supranationales de gouvernance économique.

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Il en est résulté une dépolitisation progressive de la gestion de l’économie, qui a été un élément essentiel du projet néolibéral, en visant, d’une part, à établir des barrières étanches entre les politiques macroéconomiques et les aspirations de la population et, d’autre part, à éliminer les obstacles aux flux de capitaux. Le marché unique a joué un rôle crucial dans la néolibéralisation de l’Europe, ouvrant la voie au traité de Maastricht, qui a fait pénétrer le néolibéralisme au sein même de l’Union européenne. Ce faisant, il a établi de facto un ordre constitutionnel supranational qu’aucun gouvernement, seul, n’est en mesure de changer. En ce sens, il est impossible de séparer le marché unique de tous les autres aspects négatifs de l’Union européenne. L’UE est de nature structurellement néolibérale, antidémocratique et néocoloniale. Elle est politiquement dominée par son membre le plus important et les politiques qu’elle a menées ont eu des effets sociaux et économiques désastreux.

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Alors pourquoi la gauche de gouvernement a-t-elle tant de mal à accepter le Brexit ? Les raisons, comme nous l’avons noté, sont nombreuses et liées les unes aux autres : la croyance fausse, à gauche, selon laquelle l’ouverture et le commerce apportent la prospérité ; son acceptation des mythes économiques dominants, en particulier en ce qui concerne les déficits et les dettes publiques ; son incapacité à comprendre la véritable nature du marché unique et de l’Union européenne en général ; l’illusion que l’UE peut être « démocratisée » et réformée dans une direction progressiste ; l’idée, erronée, que la souveraineté nationale n’est plus pertinente dans une économie internationale de plus en plus complexe et interdépendante, et que le seul espoir d’obtenir un changement significatif est que les pays “mettent en commun” leur souveraineté et la transfèrent à des institutions supranationales.

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L’une des raisons essentielles du ralliement de la gauche à la panique anti-Brexit a été la diversion qui a opportunément permis de ne pas s’atteler à un problème plus substantiel : le système économique qui sous-tend l’Occident en général est en grave déclin. Une autre étude de la CBR de l’Université de Cambridge a révélé que l’impact du Brexit serait probablement beaucoup plus limité que prévu par le gouvernement « même dans l’hypothèse où le Royaume-Uni n’obtiendrait pas d’accord de libre-échange ni d’accès privilégié au marché unique de l’UE » – c’est-à-dire même dans le cas d’un « Brexit dur ». Dans l’ensemble, les chercheurs de Cambridge ont trouvé :

Les perspectives économiques sont en demi-teinte plutôt que sombres, mais cela aurait été le cas, à notre avis, même sans Brexit. La réalité, plus profonde, est la poursuite d’une croissance faible, tant de la production que de la productivité qui a marqué le Royaume-Uni et d’autres économies occidentales depuis la crise bancaire. La croissance lente du crédit bancaire, dans un contexte d’endettement déjà élevé et d’austérité du secteur public, empêche la demande globale de croître significativement.

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En d’autres termes, le Royaume-Uni continue d’être confronté à de graves problèmes économiques – demande intérieure insuffisante, bulle de la dette privée, infrastructures sur le déclin et désindustrialisation – qui n’ont rien à voir avec Brexit, mais qui résultent plutôt des politiques économiques néolibérales menées par les gouvernements britanniques successifs au cours des dernières décennies, y compris le gouvernement conservateur actuel.

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Ces idées néolibérales sont ancrées tellement profondément qu’elles ne pourront être remises en question que par une révolution démocratique dans la politique britannique – mais là encore, le débat sur le Brexit a bridé tout progrès, et révélé une profonde défiance à l’égard de la démocratie. Ceci est illustré par les affirmations selon lesquelles, sans la « protection » du marché unique, le Royaume-Uni sombrerait dans un cauchemar dystopique, où il aurait à faire face à « des aliments génétiquement modifiés, du poulet au chlore et à la privatisation des secteurs protégés comme les soins de santé » et où, comme l’écrit Denayer, les droits de l’homme seraient réduits à la portion congrue, et les « principes de procès équitables, de liberté d’expression et de normes de travail décentes » seraient compromis. S’il est vrai que, dans certains domaines, les précédents gouvernements britanniques, de droite, ont été contrariés – dans le bon sens – par l’UE dans leurs tentatives de déréglementation et de marchandisation, l’idée que le peuple britannique est incapable de défendre ses droits en l’absence d’une certaine forme de “contrainte extérieure” est condescendante et réactionnaire.

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Tout comme les déboires économiques actuels de la Grande-Bretagne ont beaucoup plus à voir avec les politiques économiques nationales qu’avec le résultat du référendum, l’avenir du pays dépendra largement des politiques nationales suivies par les futurs gouvernements britanniques, et non du résultat des négociations du Royaume-Uni avec l’UE. Comme l’écrit John Weeks, professeur émérite à l’Université de Londres : « La douloureuse vérité est que la grande majorité des ménages britanniques seront mieux lotis hors de l’Union européenne avec un gouvernement travailliste dirigé par Jeremy Corbyn que dans l’Union européenne sous le joug d’un gouvernement conservateur dirigé par n’importe qui. »

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En effet : un gouvernement socialiste démocratique dirigé par Corbyn est la meilleure option pour la majorité des citoyens britanniques et pour l’économie du pays. D’où une conclusion évidente : pour un gouvernement travailliste dirigé par M. Corbyn, ne pas être membre de l’Union européenne « résout plus de problèmes qu’il n’en crée », comme le fait remarquer M. Weeks. Il fait référence au fait que de nombreux aspects du programme de Corbyn – tels que la renationalisation des services postaux, des chemins de fer et des entreprises du secteur de l’énergie, ainsi que le soutien au développement de certaines entreprises – ou d’autres politiques qu’un futur gouvernement travailliste pourrait décider de mettre en œuvre, comme l’adoption de contrôles des capitaux, seraient difficiles à mettre en œuvre en vertu du droit communautaire et seraient presque certainement contestées par la Commission européenne et la Cour de justice des Communautés européennes. Après tout, l’UE a été créée avec l’intention précise d’interdire définitivement des politiques aussi « radicales ».

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C’est pourquoi Corbyn doit résister aux multiples pressions – d’abord et avant tout au sein de son propre parti – qui l’incitent à soutenir un « Brexit doux ». Au contraire, il doit trouver tisser autour du Brexit une histoire radicalement progressiste et émancipatrice. Une fenêtre de tir unique s’est ouverte pour la gauche britannique – et la gauche européenne en général – pour montrer qu’une rupture radicale avec le néolibéralisme, et avec les institutions qui le soutiennent, est possible. Mais elle ne restera pas ouverte éternellement.

Thomas Fazi est écrivain, journaliste, traducteur et chercheur. Il est le coauteur de Reclaiming the State : A Progressive Vision of Sovereignty for a Post-Neoliberal World [Réhabiliter l’État : une vision progressiste de la souveraineté pour un monde post-néolibéral] (Pluto Press ; 2017).

William Mitchell est le co-auteur de Reclaiming the State : A Progressive Vision of Sovereignty for a Post-Neoliberal World (Pluto Press ; 2017). Il est professeur d’économie et directeur du Centre of Full Employment and Equity [Centre de plein emploi et d’équité] à l’Université de Newcastle, en Australie.

Source : Jacobin, Thomas Fazi & William Mitchell, 29-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/pourquoi-la-gauche-devrait-se-rallier-au-brexit/

mardi 22 mai 2018

Le socialisme autogestionnaire, l’héritage oublié de 1968 ?

TRIBUNE LIBRE / Par le 11 mai 2018

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Les premiers perçoivent mai 68 comme une révolution culturelle, à l’origine d’une libération des mœurs, qui aurait permis le triomphe du néolibéralisme dans la décennie qui suit. Les seconds préfèrent voir dans les événements la plus grande grève générale qui a débouché, dans la continuité de 1936, sur des conquêtes sociales pour les travailleurs. Les uns comme les autres semblent pourtant oublier que le « moment 68 » fut également celui d’une critique radicale du capitalisme en rupture avec le marxisme officiel de l’époque.

Bien loin de la faculté de Nanterre, c’est à l’université de Strasbourg qu’une réelle mise en cause du capitalisme voit le jour dès 1966. Sous l’influence de l’Internationale Situationniste (IS) fondée neuf ans plus tôt par Guy Debord, se développe un courant socialiste libertaire anti-étatique dit conseilliste car il considère les conseils ouvriers comme la base de l’insurrection et de la société post-capitaliste. La branche locale de l’UNEF fait publier une brochure intitulée « De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économiques, politiques, psychologiques, sexuels et notamment intellectuels et de quelques moyens pour y remédier » qui constitue une critique radicale du capitalisme et de toute forme de bureaucratie. En 1968 cette critique anti-autoritaire du capitalisme se fera dans le langage de l’autogestion.

L’autogestion et l’émancipation, mots-dordre de 1968

La réflexion sur l’autogestion traduit le souci d’une partie du mouvement de 1968 de ne pas se limiter aux revendications sociales mais de dessiner des alternatives en posant la question politique, comme le rappelle Ludivine Bantigny dans son livre 1968, de grands soirs en petits matinsElle exprime l’aspiration à l’autonomie des travailleurs, à une société moins centralisée, plus démocratique, émancipée, ainsi que le souci de la décision prise à la base. La revue Autogestion, fondée en 1966 et dans laquelle on trouve les plumes d’Henri Lefebvre ou René Laurau, s’inscrit dans la tradition de Mikhaïl Bakounine, Charles Fourier et Pierre-Joseph Proudhon. Elle s’ancre également dans des expériences historiques allant de la commune paysanne russe jusqu’aux soviets de 1905 et 1917, les conseils ouvriers de la révolution allemande (1918-1919) et hongroise (1956) ou encore les commissions ouvrières italiennes (1919-1920) et de l’Espagne révolutionnaire (1936-1939). Dans un contexte de crise du communisme et du marxisme officiel, l’autogestion est vue ici comme une alternative contre l’étatisation et la centralisation stalinienne.

L’autogestion ne fait pas consensus et se retrouve surtout chez les représentants de la “deuxième gauche” comme la CFDT et le PSU. Toutefois, les débats ne se réduisent pas au clivage entre la CGT et la CFDT mais portent sur le flou qui entoure la notion d’autogestion. Aux yeux de ses partisans, il s’agit d’un collectif de travail organisé avec une propriété collective des moyens de production qui permettrait à terme de se passer des patrons. Une confusion va pourtant s’opérer avec l’idée de cogestion où les travailleurs participent à la vie de l’entreprise mais dans un système reposant toujours sur des rapports de propriété, d’exploitation et où la course aux profits reste la norme. Le régime gaulliste évoque, de son côté, de plus en plus l’idée de “participation” dans l’entreprise. Ce débat fait évoluer le Mouvement du 22 Mars qui souligne que l’autogestion peut apparaître comme une “mystification”, dès lors que le terme est employé par tout le monde, « de Lapalisse à de Gaulle, de la CFDT aux anarchistes« , chacun lui donnant un sens différent. Est également évoquée l’utilisation de l’“autogestion” par les nouveaux courants du training group et des techniques psychosociologiques visant à développer les performances individuelles pour mieux servir la compétitivité des entreprises… « Autogérer une entreprise capitaliste ? C’est ce que font les entreprises américaines de pointe (Boeing) » fait remarquer un participant à l’occasion d’une rencontre entre des étudiants de différentes universités, des ouvriers de Renault, Peugeot et d’Hispano-Suiza. Dès 1968, les plus fervents partisans de l’autogestion ont déjà conscience des risques d’un dévoiement du concept au profit d’un plan technocratique ou encore d’une auto-exploitation des travailleurs.

Les partisans de l’autogestion, à l’image du syndicat CFDT de Renault Billancourt, sont pourtant catégoriques :  l’autogestion doit permettre un passage progressif du contrôle ouvrier sur l’entreprise à la gestion pleine et entière par les travailleurs eux-mêmes ; elle n’a rien à voir avec la participation gaulliste ou la cogestion telle qu’elle se pratique en Allemagne de l’Ouest (RFA). La seule entreprise qui se livre en 1968 à une réelle expérience autogestionnaire est la CSF-Thomson à Brest. Ludivine Bantigny souligne l’existence de “commissions ouvrières” accueillant aussi bien des ouvriers, des employés que des ingénieurs, initiant une véritable communauté qui met en cause les hiérarchies. L’autogestion implique de s’attaquer véritablement à la nature du pouvoir économique et politique pour que tout soit contrôlé par les travailleurs et d’établir des liens étroits entre les usines autogérées, lesquelles ne sauraient rester isolées.

Pour une organisation non-capitaliste de la vie

Parce qu’elle suspend le temps et offre la possibilité de questionner le monde, la grève générale de 1968 est également l’occasion d’imaginer une société libérée du profit et de proposer “une organisation non capitaliste de la vie”. À Lille, le comité d’action ouvriers-étudiants envisage une transformation des structures de l’échange, par le biais de mutuelles et de coopératives qui échapperaient à l’emprise des intermédiaires : grossistes, agents de bourse, banquiers… Quant au comité de Censier, il imagine la fin de l’économie concurrentielle, qui rendrait alors inutile la publicité. Comme le rappelle l’historienne, " les entreprises de séduction périraient et, de leurs cendres, naîtrait un autre goût de la beauté. L’information sur les produits viendrait des producteurs eux-mêmes, tandis que les consommateurs seraient formés à sa conception comme à sa critique" . Une véritable critique culturelle du capitalisme et de la société de consommation se déploie. Le partage des richesses est vu comme un moyen de ne plus faire reposer la reconnaissance sociale sur la seule possession et, par conséquent, de libérer la créativité des individus ; la réduction du temps de travail doit permettre de dépasser l’opposition entre manuels et intellectuels en proposant d’autres apprentissages moins clivés.

La diminution du temps de travail est également mise en avant, mais est-ce acceptable si cela conduit à consommer moins? En 1968, il ne faut pas oublier que le souvenir des privations et des rationnements, notamment pendant la guerre, reste très présent et que posséder quelques bien hors de l’ordinaire est perçu comme une réelle nouveauté. Cela n’empêche pas une réflexion sur le bien commun, la pensée de l’utile contre la futilité du gadget et de la publicité ou encore l’expérience de la gratuité. Les débats touchent également à la propriété. Si d’aucuns prônent une forme de communisme qui s’inspireraient de la république des Guaranis aux XVIIe et XVIIIe siècles, d’autres estiment que la mise en commun de tous les biens n’est pas une nécessité et qu’une chose est d’avoir un logement, une autre est d’en posséder dix pour en louer neuf : « On peut souhaiter comme statut de la propriété que les biens de consommation restent la propriété des individus ; que les moyens de production soient entre les mains des travailleurs intéressés ; que les richesses naturelles soient à l’ensemble de la collectivité« .

Si les expériences du passé constituent toujours une référence, à l’image de la Commune de Paris incarnant l’idéal d’une démocratie directe et auto-organisée, tous ces projets témoignent d’une volonté de partir des revendications les plus élémentaires, en se détachant des modèles. Les utopies qui s’y développent sont des utopies concrètes, accessibles et qui partent toujours de problèmes présents. Enfin, Ludivine Bantigny souligne la manière dont à mesure que le mot “révolution” se répand, celui-ci se vide de plus en plus de son sens : " La torsion du mot ouvre de nouveaux emplois : n’importe quoi pourra bientôt apparaître “révolutionnaire” dans les slogans publicitaires" .

Les acteurs de 1968 ont conscience de la manière dont le capitalisme possède la capacité de digérer et récupérer les critiques, même les plus déterminées, Hebert Marcuse soulignant que " le succès le plus caractéristique de la société industrielle avancée est justement sa propre capacité à intégrer les opposants" . Quarante ans plus tard, Luc Boltanski et Eve Chiappalo analyseront comment des éléments issus de la critique de l’aliénation de la vie quotidienne par l’alliance du capital et de la bureaucratie seront récupérés au profit d’un " nouvel esprit du capitalisme" . Sans doute faut-il voir dans cette “capacité étonnante de survie” du système, par ingestion de la contestation, la principale leçon de Mai 68.

https://comptoir.org/2018/05/11/le-socialisme-autogestionnaire-lheritage-oublie-de-1968/

L’Union Européenne, en sortir pour s’en sortir ? La vidéo du débat PRCF PCF Attac FI FSC POID à l’Isle sur la Sorgue

TRIBUNE LIBRE / PRCF

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Ce 19 mai 2018 à l’Isle-sur-la-Sorgue, le PRCF 84 a organisé un large débat réunissant des représentants de plusieurs partis, organisations politiques et syndicats pour échanger autour de la question de l’Union Européenne. www.initiative-communiste.fr y était et a pu vous permettre des suivre en direct et en vidéo sur les réseaux sociaux les interventions des représentants du PRCF, du , d’, de la , du Front Syndical de Classe et du . Des interventions qui ont permis à la cinquantaine de personnes présentes, réunissant un large arc de sensibilité, des jeunes communistes à un militant de l’UPR en passant par des syndicalistes de la CGT à la confédération paysanne ou des militants de la campagne stop Linky, de prendre connaissance des positions, analyses et propositions des uns et des autres, et de nourrir le débat par leurs questions et propositions.Des questions de fond ont ainsi pu être posées et analysées permettant un débat très constructif et d’une grande richesse. Question de la souveraineté populaire, des leçons de la crise grec et des referendums bafoués de ces dernières années, question de la lutte contre la xénophobie et la fascisation, question de la conscience d’appartenance à la classe ouvrière, question de la Nation, du patriotisme et de l’internationalisme, question de la souveraineté populaire sur la monnaie, question de la lutte pour la paix et contre l’impérialisme, question du syndicalisme et des organisations politiques des travailleurs, question de la convergence des luttes face à la cohérence des directives européennes et du dumping social faisant voler en éclat les droits des travailleurs, les protections de l’environnement dans tous les secteurs (agriculture, éducation, la Poste …), question du danger d’un système capitaliste menant à l’exterminisme … [?] on ne peut citer ici et rendre compte de tout ce qui a été débattu en ces quelques lignes seulement.

Point de convergence de l’ensemble des participants, le plaisir de se retrouver ensemble pour débattre d’un sujet central –  celui de l’Union Européenne et de l’Euro, et de leur rôle dans la guerre de classe menée pour exploiter toujours plus les travailleurs – qui pour beaucoup a été bien trop longtemps un tabou et pour lequel le débat est indispensable. Point de convergence également que la condamnation unanime de l’Union Européenne et de ses politiques et structures ou institutions qui attaquent les travailleurs en France comme dans les autres pays de l’UE.

Benoit Foucambert, représentant le PRCF, a exposé en détail le pourquoi de la nécessité de la sortie de l’Union Européenne et de l’Euro, une sortie qui doit se conjuguer avec celle de la sortie de l’OTAN, et du Capitalisme.

Plus largement, la nécessité de débattre et d’agir ensemble, de se rassembler tous ensemble et en même temps à l’image de la dynamique à l’œuvre pour la grande journée nationale d’action du 26 mai prochain, dynamique dont participait également cette journée du 19 mai à l’Isle sur la Sorgue, a été soulignée par tous. Le PRCF 84 a remercié chaleureusement toutes les organisations qui ont répondu présent pour cette belle après midi de dialogue, de débat et – malgré les divergences – de rassemblement. Apportant la démonstration qu’il n’y a rien à craindre à ouvrir le débat sur l’Union Européenne et l’Euro, sur la possibilité et les moyens d’en sortir pour s’en sortir. Au contraire, loin de diviser, c’est un moyen d’unir et d’avancer, tous ensemble, en même temps.

Une journée et une initiative du PRCF 84 qui devrait se poursuivre à l’évidence dans d’autres lieux et également sur d’autres sujets, et qui ne devrait pas manquer d’inspirer bien au delà des rives de la Sorgues.

Retrouvez les interventions de chacune des organisations participantes, en intégralité et en vidéo

https://www.facebook.com/prcf.initiative.communiste/videos/1481935938584658

https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/lunion-europeenne-en-sortir-pour-sen-sortir-la-video-du-debat-prcf-pcf-attac-fi-fsc-poid-a-lisle-sur-la-sorgue/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

L'union Europeenne s'en sortir pour en sortir ? débat organisé par le PRCF 84

https://www.youtube.com/watch?time_continue=153&v=bPTYA0CiD_0

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J'invite nos militants à se rendre dans ce type de réunions, quels que soient les organisateurs, afin de tenter de faire comprendre à nos compatriotes l'intérêt d'une démarche de type "CNR" (un large rassemblement au- delà des clivages partisans) pour libérer la France. Dans cette réunion, il est question de "sortir par la gauche", et ils ne sont même pas d'accord entre eux... Cela dit, la vidéo est instructive, et on ne peut que regretter que la partie "débat avec le public" n'ait pas été présentée.    P.G.

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mercredi 16 mai 2018

Cahuzac n'ira pas en prison...

Jérôme Cahuzac condamné à 4 ans de prison, dont deux avec sursis, et 300 000 euros d'amende

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Jérôme Cahuzac, l'ancien ministre du budget de François Hollande, a été condamné ce 15 mai à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et 300 000 euros d'amende. Sa peine étant aménageable, il ne devrait pas aller en prison.

Il avait fini par démissionner du gouvernement en 2013 après la révélation par Mediapart fin 2012 de son compte caché. Jérôme Cahuzac, l'ancien ministre du Budget de François Hollande, a été condamné ce 15 mai par la cour d'appel de Paris à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, pour fraude fiscale et blanchiment. Cinq ans après avoir déclenché le plus retentissant scandale du quinquennat de François Hollande, l'ancien héraut de la lutte contre l'évasion fiscale, s'est également vu infliger une amende de 300 000 euros, assortie d'une peine de cinq ans d'inéligibilité.

Sa peine devrait être aménagée

Il n'ira sans doute pas en prison, toute peine allant jusqu'à deux ans d'emprisonnement offrant la possibilité d'un aménagement immédiat, en l'absence de récidive. Jérôme Cahuzac «ne mérite pas la prison», a affirmé, à la sortie de l'audience, son avocat Eric Dupond-Moretti, qui a également annoncé qu'il déposerait une demande d'aménagement de peine.

En février dernier, pendant son procès en appel, Jérôme Cahuzac avait fait savoir : « Je ne souhaite pas que ma mère et mes enfants me voient aller en prison. J’éprouve un sentiment assez banal, la peur. La peur d’aller en prison, j’imagine comme tout le monde.» Sa défense avait demandé une peine qui «n'accable pas plus que nécessaire un homme cassé», mettant en garde contre le risque de suicide de l'ancienne étoile montante socialiste.

Le jugement rendu ce 15 mai constitue un camouflet pour le Parquet national financier qui avait réclamé la confirmation des trois ans de prison ferme infligés à l'ancien ministre en première instance, en 2016, pour une faute «d'une exceptionnelle gravité».

Quelques jours avant que la cour d'appel ne rende son verdict, Jérôme Cahuzac patientait en Corse. Pour décrire l'attente de l'accusé, le magazine Paris Match s'est livré à un récit particulièrement lyrique le 11 mai, reprenant à l'envi les témoignages de son entourage.

https://francais.rt.com/france/50704-jerome-cahuzac-condamne-4-ans-prison-sursis-300-000-euros-amende

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Selon que vous serez puissant ou misérable, - Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Fables (1668 à 1694), Livre septième, I, les Animaux malades de la peste de Jean de La Fontaine

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mercredi 2 mai 2018

1968 dans le monde: une année brûlante (réédition)

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

L'année 1968 s'est traduite par une inflexion majeure dans l'hémisphère occidental comme dans l'hémisphère communiste. Gardons-nous de la réduire aux revendications sociétales des étudiants parisiens. À San Francisco, Berlin, Rome, Bruxelles, Pékin... comme à Paris, il y eut l'avant et l'après-68.

HIST 68 COHN BENDIT

En Europe comme en Amérique, l'opposition massive à la guerre du Vietnam domine la vie sociale et politique. Les États-Unis connaissent aussi, un siècle après l'abolition de l’esclavage, une soudaine exacerbation des tensions raciales. À l’Est, la contestation du communisme soviétique et la faillite du maoïsme ébranlent les régimes en place (*).

Brûlures

À l'aube de 1968, le monde entier bouillonne et frémit. Mais ce qui va déclencher les brûlures de 1968 tient principalement à un fait, la guerre du Viêt-nam

- Un tournant dans la guerre :

L'engagement américain au Viêt-nam s'est brutalement intensifié en 1966 avec le bombardement aérien des villes du Nord en 1966. Mais dans un premier temps, l'opposition à la guerre est restée cantonnée aux campus universitaires et auxmilieux intellectuels.

Capture d'un Vietcong près de l'ambassade américaine de Saigon (offensive du Têt, 1968) (DR)Tout bascule le 30 janvier 1968, quand les forces nord-vietnamiennes et vietcongs (communistes du sud-Viêt-nam) déclenchent l'offensive du Têt (Nouvel An vietnamien).

Une centaine de villes, dont Saigon et Hué, la capitale historique de l'Annam, sont simultanément assaillies par plusieurs centaines de milliers de combattants. Les Sud-Vietnamiens et leurs alliés américains se ressaisissent rapidement.

Échec militaire, l'offensive du Têt, menée en direct sous les caméras des journalistes occidentaux, n'en constitue pas moins pour les communistes un succès médiatique. Elle fait basculer l'opinion américaine contre la guerre. Les désertions se multiplient. Des dizaines de milliers de jeunes Américains s'établissent à l'étranger pour échapper à la conscription.

Les manifestations de protestation deviennent quasi-quotidiennes dans toutes les grandes villes étudiantes d'Amérique mais aussi d'Europe.

- L'opposition à la guerre traverse l'Atlantique :

En Italie, les étudiants dénoncent tout à la fois la guerre du Viêt-nam et la raréfaction des débouchés professionnels !... Ils se distinguent de leurs homologues français par le fait qu'ils réussissent dès le début de l'année 1968 la jonction avec les syndicats ouvriers et à mener de concert des grèves de solidarité autour de l'emploi et des conditions de travail.

Les premiers affrontements sérieux avec la police se produisent le 1er mars 1968 à Rome, dans le parc de la Villa Borghese, devant la faculté d'architecture dont les autorités ont ordonné la fermeture.

Cette agitation va faire plusieurs victimes et perdurer jusqu'à l'automne 1969, justifiant le qualificatif de « Mai rampant »...

À Berlin-ouest, l'opposition à la guerre  se manifeste dès le week-end des 16 et 17 février 1968 avec la tenue d'un Congrès international sur le sujet. Il rassemble trois mille délégués de différents pays à l'appel du syndicat des étudiants socialistes allemands (SDS) dirigé par Rudi Dutschke (28 ans), dit « Rudi le Rouge ».

Rudi Dutschke et Alain Krivine (à sa gauche) lors d'une manifestation à Berlin-Ouest les 16-17 février 1968 (DR)

Tout s'accélère le 11 avril 1968 quand Rudi Dutschke est atteint de deux balles dans la tête. Il va s'en tirer péniblement mais ses partisans mettent immédiatement en cause la presse populaire et conservatrice du groupe Axel Springer qui ne tarit pas d'insultes à son égard et a probablement influencé son meurtrier.

Dans toutes les villes allemandes se multiplent les manifestations dirigées contre le groupe de presse et les institutions américaines. Parmi les étudiants arrêtés par la police figure le fils du social-démocrate Willy Brandt, alors ministre des Affaires étrangères !

À Londres, le 17 mars 1968, 25 000 personnes marchent sur l'ambassade américaine en sautillant sur place et scandant : « Ho Ho Ho Chi Minh ! » Ils sont accueillis à coup de matraques par la police. Le meneur du mouvement est un étudiant pakistanais, Tariq Ali. 

Affiche de soutien au Vietnam (DR)Les manifestations vont se prolonger jusqu'à la fin de l'été, avec un facteur aggravant : la question raciale.

Le 20 avril 1968, en effet, Enoch Powell, un député conservateur de très grande érudition, prononce à Birmingham un discours magistral sur les méfaits présumés de l'immigration, resté connu sous le nom de Rivers of Blood speech (« Discours des Rivières de sang »).

En France, tout débute le 22 mars 1968 dans une faculté de la région parisienne, à Nanterre, avec l'arrestation de six militants du Comité Viêt-nam. La faculté est perturbée pendant quelques semaines, jusqu'à ce que son recteur prenne la décision de la fermer, le 2 mai 1968. Aussitôt, les étudiants se transportent au coeur de Paris, à la Sorbonne.

Les autorités, dans l'affolement, décident de fermer celle-ci. Il s'ensuit de violentes échauffourées avec la police. Le mouvement étudiant culmine en intensité et fait l'objet d'une tentative de récupération par l'opposition politique et les syndicats le 13 mai, dixième anniversaire du vrai-faux coup d'État qui a ramené le général de Gaulle au pouvoir.

Finalement, ce dernier, après avoir donné l'impression de défaillir, reprend les choses en main. Il annonce solennellement à la télévision la dissolution de l'Assemblée nationale. Aussitôt, le 30 mai, un million de ses partisans descendent en masse les Champs-Élysées. La fête est finie. On ne déplore que deux morts : un commissaire de police tué par un camion-bélier et un jeune manifestant tombé dans la Seine.

- La fracture raciale aux États-Unis :

La guerre du Viêt-nam a réveillé la fracture raciale aux États-Unis en dépit de l'abolition définitive des lois ségrégationnistes par le président Lyndon Baines Johnson.

C'est que les jeunes Noirs, du fait de leur condition modeste, sont en première ligne parmi les conscrits appelés à combattre en Indochine. Ils ont moins de facilités que les étudiants blancs des classes moyennes et supérieures à contourner la loi, se faire réformer ou  affecter dans la Garde nationale.

Martin Luther King pointe cette injustice. En avril 1967, devant une foule immense réunie à New York sur la place des Nations, il se demande pourquoi envoyer des jeunes Noirs défendre à 16 000 km de chez eux des libertés « qu'ils n'ont jamais connues dans le sud-ouest de la Géorgie et dans l'est de Harlem » et pourquoi envoyer des garçons blancs et noirs se battre côte à côte « pour un pays qui n'a pas été capable de les faire asseoir côte à côte sur les bancs des mêmes écoles » ?

C'est dans ce contexte que le pasteur est assassiné sur le balcon d'un motel à Memphis (Kentucky) un an plus tard, le 4 avril 1968. Son assassin se dénoncera plus tard. C'est un repris de justice blanc, James Earl Ray.

Révulsés par la mort du pasteur, les ghettos noirs des grandes villes américaines sombrent aussitôt dans des émeutes d'une extrême violence.

Cet Holy Week Uprising (« Soulèvement de la Semaine Sainte ») fait 39 morts et des dégâts comme les États-Unis n'en ont pas connu depuis la guerre de Sécession. Il est exploité par des extrémistes noirs adeptes de la violence et clairement racistes, tels les Black Panthers de Stokely Carmichael et Eldrige Cleaver.

Les enjeux raciaux prennent un tour inattendu aux Jeux Olympiques qui s'ouvrent à l'automne à Mexico.

Tommie Smith et John Carlos aux JO de Mexico le 17 octobre 1968 (DR)Le 17 octobre 1968, les athlètes américains Tommie Smith et John Carlos, respectivement 1er et 3e de l'épreuve du 200 mètres, baissent ostensiblement la tête et lèvent leur poing ganté de noir alors qu'ils sont sur le podium et que retentit l'hymne américain. Par ce geste de défi, ils affichent leur soutien aux Black Panthers !

Après Martin Luther King, voilà que les États-Unis pleurent également Robert Kennedy (43 ans).

Le populaire sénateur était donné favori pour les élections présidentielles de la fin de l'année. Le 5 juin 1968, alors qu'il sort d'un hôtel de Los Angeles où il vient de remporter les primaires démocrates de Californie pour les prochaines élections présidentielles, il est touché de deux balles tirées à bout portant par un jeune Palestinien, Sirhan Sirhan, qui lui reprochait son soutien à Israël.

- À l'Est et au Sud, ça bouge aussi mais pour d'autres raisons :

Au-delà du « rideau de fer » qui coupe l'Europe en deux, on ne se soucie ni du Viêt-nam ni des Afro-Américains mais l'on commence à penser que la tutelle soviétique a assez duré, d'autant que Moscou a perdu de sa superbe depuis la reculade de Cuba.

En Tchécoslovaquie, l'un des pays les plus étroitement soumis à Moscou depuis le « coup de Prague » de 1948, une révolution de palais survient le 5 janvier 1968 avec le remplacement d'Antonín Novotný par Alexander Dubcek (47 ans) au secrétariat général du Parti communiste tchécoslovaque.

Dès le mois d'avril, défiant les Soviétiques et poussé de l'avant par les milieux intellectuels, Dubcek tente d'instaurer un « socialisme à visage humain ». Il supprime la censure, autorise les voyages à l'étranger et fait même arrêter le chef de la police. Beaucoup de Tchécoslovaques se ruent à la découverte de l'Occident sans prendre garde aux manoeuvres prémonitoires du pacte de Varsovie.

Au matin du 21 août 1968, les Européens se réveillent en état de choc. Des troupes blindées d'un total de 300 000 hommes ont envahi le pays dans la nuit sur décision de l'autocrate soviétique Leonid Brejnev. Des dizaines de milliers de parachutistes ont aussi atterri sur l'aéroport de Prague. Fin du Printemps de Prague.

Sans qu'il y paraisse, les Polonais n'étaient pas en reste et les milieux intellectuels s'agitaient tout comme à Prague. Mais le secrétaire général du Parti ouvrier unifié polonais Władysław Gomułka ne se laisse pas faire. Classé comme réformateur et libéral à son accession au pouvoir en octobre 1956, il est prêt à toutes les compromissions pour conserver le soutien des Soviétiques. 

Le 30 janvier 1968, la police arrête à Varsovie une cinquantaine d'étudiants qui manifestaient contre l'interdiction d'une pièce du répertoire classique (Les Aïeux d'Adam Mickiewicz) pour cause d'allusions antirusses ! C'est le début d'une agitation estudiantine qui culmine en mars avec la grève des universités et des échauffourées dans les rues, tout cela pour réclamer des droits triviaux qu'au même moment les étudiants occidentaux vouent aux gémonies ! 

Dans un discours au Palais de la culture, le 19 mars, Gomulka organise la contre-offensive en mettant en cause les menées de quelques étudiants « sionistes » (juifs). Il va dès lors réveiller l'antisémitisme résiduel de la population polonaise en mettant à pied les professeurs juifs et en conseillant aux juifs qui « aimaient Israël » (autant dire tous les juifs) de quitter le pays. Enfin, en août, il participe à l'invasion de la Tchécoslovaquie. Ainsi sauve-t-il momentanément sa place.

Répression de Tlatelolco (Mexico, 2 octobre 1968)Le reste du monde n'est pas épargné par l'agitation, qu'il s'agisse du Japon ou du Mexique. C'est dans ce dernier pays que surviennent les événements les plus sanglants de l'année, guerres et invasions mises à part.

Le 2 octobre 1968, soit une dizaine de jours avant l'ouverture des Jeux Olympiques de Mexico (12-27 octobre), des étudiants manifestent au centre de la capitale mexicaine, sur la place des Trois Cultures et dans le quarter avoisinant, dit Tlatelolco.

Les policiers, de façon délibérée, ouvrent le feu. On compte une vingtaine de morts selon le gouvernement, plus sûrement quelques centaines. Par cette répression brutale, le président Díaz Ordaz a voulu mettre un terme aux manifestations estudiantines avant l'ouverture des Jeux.

Cendres brûlantes

L'amateur d'Histoire peut s'amuser d'un parallèle entre l'année 1848 et l'année 1968. La première a été marquée dans toute l'Europe par des révolutions autrement plus violentes et meurtrières qu'en 1968. Mais dans les deux cas, on retrouve les mêmes aspirations utopiques et généreuses... et les mêmes échecs. Partout le retour à l'ordre a prévalu.

Mais sous cet apparent retour à l'ordre, le « printemps des peuples » de 1848 a suscité des aspirations nationales inédites, autour du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » et de la réinvention des langues et des identités nationales.

Les contestations étudiantes de l'année 1968 ont tout autant changé les sociétés européennes et dans une moindre mesure le reste du monde développé.

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L'individu-roi soucieux de ses droits a supplanté le citoyen pénétré de ses obligations sociales. Il a entraîné les institutions traditionnelles dans un irrésistible déclin, qu'il s'agisse des Églises, des syndicats ou des partis politiques. Il s'est aussi accommodé de l'émergence d'une nouvelle doctrine économique, née à Chicago autour du professeur Milton Friedman, qui va déboucher sur le néolibéralisme et le désengagement des États de la régulation économique...

https://www.herodote.net/Une_annee_brulante-synthese-226-20.php

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jeudi 19 avril 2018

Union de la gauche ou populisme ? La France insoumise hésite et se déchire

TRIBUNE LIBRE / Par Hadrien Mathoux

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Au sein du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, deux lignes s'affrontent : quand les uns prônent l'union de la gauche en vue des échéances électorales, d'autres veulent faire de la France insoumise une force "populiste" qui renoncerait à toute référence à la gauche.

Il est très rare que Jean-Luc Mélenchon soit agacé par une référence empruntée à François Mitterrand. C'est pourtant arrivé le 7 avril, lors de la première assemblée représentative de la France insoumise (LFI), à La Chesnaie-du-Roy, en plein cœur du bois de Vincennes (Paris). Le mouvement social des opposants à la réforme de la SNCF a eu une conséquence politique visible, qui a forcé le chef de file des Insoumis à réagir : d'Olivier Besancenot à Benoît Hamon, en passant par Pierre Laurent, les têtes d'affiche de la gauche se retrouvent dans les cortèges… et s'affichent bras dessus bras dessous avec les députés Insoumis François Ruffin et Eric Cocquerel. De quoi faire ressusciter la fameuse "union de la gauche", qui avait permis à Mitterrand de prendre le pouvoir en 1981 ? Tout cela n'est pas du goût de Mélenchon, pourtant grand admirateur de "Tonton". Lui a fustigé la "gauche selfie" et tranché net : "L'unité comme prétexte à effacer les idées, c'est non."

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Une telle sortie, loin d'être anodine, reflète le bras de fer qui est en train de se nouer au sein de la France insoumise, où deux lignes s'affrontent en interne. Pour certains, la meilleure stratégie est celle qui a déjà fait ses preuves dans l'histoire : les Insoumis doivent chercher des convergences avec de potentiels alliés à gauche, comme le Parti communiste (PCF), Génération.s, voire le PS et les formations d'extrême gauche. Mais cette ligne ne convainc pas toute une mouvance, qui propose d'envoyer valdinguer le clivage gauche-droite ! L'idée serait de lui substituer une nouvelle manière d'envisager l'espace politique : pas à l'horizontale (gauche-droite), mais à la verticale. Le haut contre le bas, le peuple contre l'oligarchie. La France insoumise deviendrait, dans cette optique, un mouvement authentiquement "populiste" (le mot étant ici débarrassé de sa connotation péjorative), qui chercherait à agréger les suffrages d'actuels électeurs abstentionnistes, voire de soutiens du Front national.

Exit le drapeau rouge et l'Internationale

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De nombreux proches de Jean-Luc Mélenchon sont convaincus par cette deuxième stratégie, qui a déjà été largement mise en oeuvre lors de la campagne présidentielle de 2017. Première étape du raisonnement : la nécessité d'abandonner l'imagerie traditionnelle de l'extrême gauche, perçue comme contre-productive. "Nous voulons arrêter de revendiquer sans arrêt les codes de la gauche radicale", exposait le député Adrien Quattenens au JDD, considérant que "l'effet 'rassemblement de la gauche' est plutôt un repoussoir qu'une dynamique". Djordje Kuzmanovic, qui conseille Jean-Luc Mélenchon sur les questions de défense et d'international, est l'un des principaux tenants de cette stratégie populiste. Pour Marianne, il se fait incisif : "Toute une série de gens de gauche ont abandonné la réflexion sur l'accession et l'exercice du pouvoir pour se cantonner à une vision sans envergure de la politique, une posture de dénonciation, de témoignage. Cela consiste à tenir des discours toujours plus extravagants, qui se posent en incarnations absolues de l'émancipation et du progrès humain." Et qui, si on suit Djordje Kuzmanovic, tiendraient la France insoumise éloignée de son objectif ultime : prendre le pouvoir.

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Si le rejet est si violent, c'est parce que les partisans du dépassement populiste estiment que les codes traditionnels attachés à la gauche ont coûté cher à la France insoumise. Comme en témoigne cet extrait d'un article du Comptoir, une revue en ligne favorable aux Insoumis, et qui défend inlassablement la fin de l'union de la gauche : "C’est au nom de l’humanisme, du droit-de-l’hommisme, du progressisme, de l’internationalisme et de l’Europe que la gauche a choisi d’attaquer Mélenchon." D'après cet éditorial, pour améliorer "le quotidien des petites gens", les Insoumis devraient définitivement abandonner cet "humanisme déclaratif, abstrait et bourgeois". Et renoncer à toute alliance avec les communistes, trotskistes, socialistes en rupture de ban et autres progressistes. "Les gens n'attendent pas que du vieux bois mort se rassemble pour faire le radeau de la méduse, qu'on ait une soupe de logos et une belle guirlande colorée", argumente Adrien Quattenens.

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Loin d'être un simple mouvement d'humeur, la pensée "populiste" découle d'une réflexion théorique poussée. Dans le sillage de penseurs comme Chantal Mouffe ou Ernest Laclau, dont les écrits ont été popularisés ces dernières années, mais également du philosophe Jean-Claude Michéa, de nombreux hommes politiques ont fait le constat de l'essoufflement du clivage droite-gauche. L'un des premiers à l'avoir acté est Iñigo Errejón, l'un des leaders du parti Podemos en Espagne. "La principale frontière qui divise nos sociétés n’est pas celle qui sépare les sociaux-démocrates et les conservateurs, mais celle qui sépare ceux d’en haut du reste de la société", expose-t-il au média en ligne Le Vent Se Lève. "Ce reste de la société souffre du consensus néolibéral, des politiques technocratiques et des coupes budgétaires, appliquées tantôt par la gauche, tantôt par la droite." L'indifférenciation supposée entre centre-gauche et centre-droit une fois au pouvoir, voilà une thèse qui plaira à beaucoup d'Insoumis, qui se rêvent en parti représentant des classes populaires dans leur ensemble. "Le peuple, contrairement au peuple-de-gauche, n’est pas une abstraction, c’est une réalité sociologique, affirme Le Comptoir. Employés, ouvriers, chômeurs, artisans, petits commerçants, petits fonctionnaires, retraités et étudiants précaires, voilà le peuple." Et quoi de mieux pour les convaincre, donc, que le populisme, qui serait "d'une rare efficacité lorsqu’il s’agit de se débarrasser de ce boulet politique qu’est devenue la gôche (sic)".

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Concrètement, il s'agit d'abandonner les "grands discours théoriques" et politisés pour se concentrer sur les sujets du quotidien. "Plus qu'une question programmatique, le populisme est une méthode, nous explique Kévin Boucaud-Victoire, journaliste au Comptoir. Comment s'adresser à un nouveau public qui n'a pas les codes de la gauche, avec quelque chose de plus rassembleur que le marxisme, le drapeau rouge et l'Internationale". Autre volonté appuyée : mettre au second plan les sujets "sociétaux", qui auraient été "surinvestis par la social-démocratie pour faire oublier aux gagnants de la mondialisation qu'elle avait abandonné le social", d'après Djordje Kuzmanovic. La visée finale, évidemment, est sociologique et donc électorale. "Le populisme, c'est la gauche radicale qui essaie d'aligner la France de Johnny à celle de Booba, les classes populaires de la France périphérique à celle des banlieues", théorise Kévin Boucaud-Victoire.

Cela n'a pas échappé aux partisans du populisme : le "peuple" qu'ils invoquent vote aujourd'hui largement à l'extrême droite, ou boude les urnes. D'après les données d'Ipsos, lors de la présidentielle de 2017, 29% des employés et des ouvriers se sont abstenus au premier tour. Parmi ceux qui ont voté, 37% des ouvriers et 32% des employés ont déposé un bulletin Marine Le Pen. Autre statistique qui confortera les tenants du nouveau clivage : 37% des électeurs qui se définissent eux-mêmes comme "ni de gauche, ni de droite" ont voté pour la candidate frontiste. C'est bien plus que pour Emmanuel Macron (17%) et Jean-Luc Mélenchon (16%). Et la conclusion est limpide : si le réservoir de voix pour les Insoumis se situe parmi le "peuple", cela implique forcément qu'il faudra séduire un électorat en grande partie conservateur. De là à épouser ses thèses ? "Il s’agit d’un combat fondamental entre démocratie et oligarchie", argumente Iñigo Errejón au Figaro Vox. "Et ce combat peut rassembler beaucoup de gens qui s’associent traditionnellement aux valeurs de la droite, ou à des valeurs conservatrices, mais qui commencent à percevoir qu’il n’y a rien à espérer des élites traditionnelles de leurs pays." Lui-même n'hésite pas, incidemment, à parler de "divorce entre le pays réel et le pays officiel", ou "d'élite cosmopolite", et à clamer que le populisme doit récupérer des symboles comme "la nation", "l'ordre" ou "le mérite".

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Djordje Kuzmanovic revendique de "ne pas s'interdire de parler à qui que ce soit, si on veut prendre le pouvoir, atteindre les 51% de la population". Lui est justement chargé de faire la promotion des idées insoumises auprès de catégories sociales traditionnellement marquées à droite : les militaires ou les catholiques. En août dernier, lors de l'université d'été de LFI à Marseille, le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon a fait un détour par la Sainte-Baume, pour y participer à un débat organisé par … le diocèse de Toulon-Fréjus, où il faisait notamment face à Christophe Billan, alors président de Sens Commun. "Je suis allé sur leurs bases à eux, en critiquant le libéralisme. Dans la Bible, le petit Jésus a l'air de préférer les pauvres aux riches ! A la fin, beaucoup de gens sont venus pour prendre contact avec moi." De cette expérience, Kuzmanovic tire un constat plus général : "Pour convaincre certaines personnes, cela implique d'aller sur le terrain de l'antilibéralisme, de la souveraineté, du patriotisme, des valeurs qui peuvent d'ailleurs être éminemment de gauche." L'éditorial du Comptoir va plus loin, appelant à "arrêter de se boucher le nez devant chaque revendication populaire qui ne serait pas de gauche", et même à "essayer de comprendre certaines demandes, notamment celles de l'électorat du FN".

Tensions dans la France insoumise

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C'est bien là le problème, pour tous ceux qui s'effraient d'un tel renversement populiste. En récupérant des valeurs d'habitude associées à la droite, en faisant des appels du pied à un électorat conservateur, en accordant des entretiens à des médias "de l'autre rive", les "populistes" braquent les partisans de l'union des gauches. "Ce qui pose problème à nombre de membres de La France insoumise, c’est de constater que Politis ou Libération sont plus mal vus au sein de la direction de leur mouvement que Causeur ou la revue Limite", synthétise le politologue Gaël Brustier dans Slate. C'est justement au magazine Politis que la députée LFI Clémentine Autain a accordé un entretien le 7 février dernier. En rupture avec la stratégie solitaire de Jean-Luc Mélenchon, elle y appelle à "agréger plus encore pour bâtir l’alternative à Macron". Et en creux, se dresse contre la stratégie populiste : "Une chose est de dire : on range les drapeaux rouges, c’est passé de mode. Une autre est de donner le sentiment qu’on jette dans les poubelles de l’histoire les acteurs et héritiers du mouvement ouvrier. Si le neuf doit dominer, l’histoire ne peut être balayée d’un revers de la main, et si l’on vise la constitution de majorités, aucune voix éprise de rupture sociale et écologiste ne peut manquer." Ces fortes réserves ont causé de sérieux remous au sein de la France insoumise, et Clémentine Autain, issue du PCF et du mouvement Ensemble !, serait de plus en plus isolée au sein du groupe de députés LFI.

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Certains sympathisants s'avouent franchement hostiles à un élargissement de la France insoumise qui irait au-delà de la gauche. C'est le cas de Jérémie Ferrer-Bartomeu, professeur d'histoire à l'université de Nanterre, qui suit de près les débats des Insoumis. "Le tournant populiste est une impasse, juge-t-il. Mélenchon est en train d'appauvrir la ligne de LFI. Il n'y a plus d'instance de consultation et de débats." Le chercheur s'inquiète surtout des nouveaux interlocuteurs récurrents des Insoumis, qu'il juge infréquentables : "Ils cherchent des alliés très à droite, la revue Limite, Natacha Polony, Olivier Berruyer (fondateur du site Les Crises, ndlr). Ce sont des signaux inquiétants." Les partisans inquiets de l'union des gauches observent également de près les choix éditoriaux du Média, la webtélé fondée par des proches de Jean-Luc Mélenchon. Récemment, l'essayiste Natacha Polony et le candidat à la présidentielle François Asselineau y ont été invités. L'économiste hostile à l'Union européenne Jacques Sapir a pris publiquement la défense de la web-TV. Autant de personnalités emblématiques du "dépassement populiste" pour les uns… et considérées comme infréquentables par les autres.

La crainte d'une jonction vers le FN

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La ligne de fracture la plus évidente entre les deux camps est ainsi celle sur laquelle s'écharpent depuis plusieurs mois Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Partisan de l'union de la gauche, Jérémie Ferrer Bartomeu fustige le fait que "les signaux envoyés par les Insoumis pour les élections européennes ne s'adressent pas à un électorat de gauche. Eux disent : 'nos buts convergent, on veut se débarrasser de la techno-structure européenne, peu importe si c'est avec le Front national." Et du côté des "populistes", Djordje Kuzmanovic répond que "ceux qui prétendent pouvoir appliquer leur très beau programme antilibéral dans le cadre des traités européens prennent les gens pour des imbéciles". On mesure le fossé. Un nouvel exemple en a été donné très récemment, puisque Benoît Hamon a choisi de soutenir l'intervention française en Syrie, quand Jean-Luc Mélenchon s'y est totalement opposé.

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La grande peur des militants d'une union de la gauche, qui analysent la politique à partir du clivage classique, est en fait que le tournant populiste de la France insoumise ne soit qu'une manière de camoufler une sorte de jonction des extrêmes : en somme, la France insoumise essaierait tant de répondre aux attentes d'un électorat tenté par le FN qu'elle en viendrait à furieusement ressembler au parti de Marine Le Pen. "Le problème de la stratégie de LFI, c'est qu'elle marche vite pour élargir son socle électoral, mais que pour aller plus loin, la transformation en Mouvement 5 étoiles (M5S) est la seule issue possible", tranche Jérémie Ferrer-Bartomeu. L'historien fait référence à la situation politique italienne, où le M5S, impossible à situer précisément sur l'échiquier droite-gauche, a fini premier des élections législatives… mais pourrait s'allier avec la Ligue, formation de droite dure, afin de gouverner. En Espagne, c'est Podemos, formation dont les cadres viennent de la gauche radicale, qui a expérimenté la stratégie populiste. Iñigo Errejón, son plus ardent défenseur, tient à distinguer les populismes "identifiés comme démocratiques ou progressistes" des "constructions populistes réactionnaires". Quand les premiers estiment que le peuple "repose sur une adhésion civique renouvelée de manière permanente", les seconds "se réfèrent à une forme d'identité essentielle et figée dans l'histoire". Une nuance pas forcément évidente pour le grand public, tout comme la stratégie populiste dans son ensemble. Difficile d'imposer une telle manière de voir la politique quand le clivage droite-gauche structure encore très largement les mentalités… "C'est là qu'est le défi politique, concède Djordje Kuzmanovic. Le but, c'est de montrer que le rôle de l'Etat, le rejet des politiques ultralibérales et le sens de l'universel peuvent parler à tout le monde". Aux partisans de Benoît Hamon, comme à ceux de Marine Le Pen. Il y a du boulot.

https://www.marianne.net/politique/union-de-la-gauche-ou-populisme-la-france-insoumise-hesite-et-se-dechire?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

samedi 24 mars 2018

Hué, insulté, conspué : Olivier Faure et des militants du PS obligés de quitter la manifestation

Venus avec leurs drapeaux, un groupe de militants du Parti socialiste et leur futur premier secrétaire Olivier Faure ont été abondamment sifflés lors de la manifestation des cheminots à Paris.

ACT FAURE MANIF

«Traitres !», «T’étais où l’année dernière ?», et autres «Casse-toi enc*** !» faisaient partie des invectives qui ont accueilli Olivier Faure et un groupe de militants du PS venus à la manifestation des cheminots du 22 mars à Paris. Pendant plusieurs minutes, le nouveau patron du PS et ses sympathisants ont avancé sous les sifflets et les quolibets en longeant les groupes de manifestants, avant de devoir quitter la manifestation.

Parmi les socialistes présents figuraient le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, le coordinateur du PS Rachid Temal, les anciens candidats au poste de premier secrétaire Luc Carvounas et Emmanuel Maurel, et l’ancien député Jean-Marc Germain.

Imperturbable, le président du groupe PS à l’Assemblée a continué de répondre aux questions des médias, ne se montrant pas surpris de cet accueil. «Nous savons d’où nous venons, nous avons fait 6% à l’élection présidentielle, donc personne ne peut imaginer un accueil avec un tapis rouge», a-t-il constaté.

«Ce n’est pas forcément agréable de venir et d’être sifflé. Mais malgré cela [...] nous continuerons à manifester, manif après manif, sur ce sujet-là, parce que nous considérons que notre place est dans ce mouvement-là et que nous avons nous-mêmes à faire entendre un message qui est un message commun avec beaucoup d’autres, même si certains ne le comprennent pas encore aujourd’hui. Mais comme dirait René Char "à nous regarder, ils s’habitueront"», a-t-il poursuivi.

Sur le compte twitter d'Olivier Faure, on ne retrouve aucune mention de ces incidents. Cependant, dans un tweet, le futur dirigeant du PS se veut philosophe : «L'essentiel était de montrer que nous étions là [...]»

Le mouvement social d'envergure autour de la loi travail, dite loi El-Khomri, est encore frais dans les mémoires. Au pouvoir de 2012 à 2017, le PS est vu par beaucoup de militants de gauche et de syndicalistes comme responsable d'un certain nombre de remises en question des acquis sociaux.

Rappelant la proximité idéologique du PS avec l'actuel président de la République, les internautes n'ont pas manqué de republier une déclaration d'Olivier Faure datant du 9 mai 2017, au lendemain de l'élection d'Emmanuel Macron, dans laquelle il affirmait vouloir «la réussite» du président:

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Olivier Faure, qui deviendra officiellement premier secrétaire du PS le 7 avril au cours du Congrès d’Aubervilliers, a fait part de sa volonté d’ouvrir «au lendemain du congrès un chantier sur la question européenne, qui doit nous permettre de retrouver un discours commun et ensemble d’envisager l’échéance européenne».

https://francais.rt.com/france/49082-hue-insulte-conspue-olivier-faure-militants-ps-obliges-quitter-manifestation

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Le PS va sûrement nous refaire le coup de "l'Europe sociale", un thème populaire dans toute la "gauche" qui devrait lui permettre de faire des alliances ...      P.G.

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