samedi 23 juin 2018

Migrations et droit d'ingérence humanitaire

Dans son célèbre discours devant l'Assemblée générale de l'Onu lors de sa 70ème session en septembre 2015, Vladimir Poutine avait rappelé aux européens, les conséquences auxquelles ils allaient s’exposer en continuant de s’aligner, comme ils l’ont fait pourtant, sur la politique unilatérale, impérialiste et belliciste des États Unis.

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« Nous comptons sur le fait que la communauté internationale parvienne à élaborer une stratégie globale de stabilisation politique et de rétablissement socio-économique au Proche-Orient. Alors, chers amis, il ne sera plus nécessaire de construire des camps pour les réfugiés. Les personnes contraintes de quitter leur terre natale ont d’abord afflué dans les pays alentour et ensuite en Europe. Ils se comptent par centaines de milliers, voire par millions. Il s’agit au fond d’une nouvelle grande migration amère et d’une dure leçon pour nous tous, y compris pour l’Europe.
J’aimerais souligner que les réfugiés ont évidemment besoin de compassion et de soutien.

Cependant, on ne pourra résoudre définitivement ce problème qu’en rétablissant la structure étatique là où elle a été détruite, en renforçant les institutions gouvernementales là où elles existent encore ou sont en train d’être reconstruites, et en fournissant une aide multiforme – militaire, économique et matérielle – aux pays en difficulté et, bien sûr, aux gens qui, malgré toutes les épreuves, ne sont pas partis de chez eux.

Il va sans dire que toute aide aux États souverains ne doit pas être imposée mais proposée, et ce dans le strict respect de la Charte de l’ONU. Tout ce qui est fait et sera fait dans ce domaine conformément aux normes du droit international doit être soutenu par notre organisation, et tout ce qui contreviendra à la Charte devra être rejeté.
Le plus important est, selon moi, de contribuer au rétablissement des structures étatiques en Libye, de soutenir le nouveau gouvernement irakien, et d’apporter une aide multilatérale au gouvernement syrien légitime.»

Vladimir Poutine devant l'AG des Nations Unies
28 septembre 2015

TRIBUNE LIBRE / Dominique Mazuet (Librairie Tropiques)

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La crise migratoire actuelle, se différencie des grands épisodes de transfert de population qui ont émaillé l’histoire et singulièrement l’histoire contemporaine, par le fait qu’elle n’est plus seulement occasionnée par l’appauvrissement misérable que subissent une grande partie des populations du globe mais qu’elle est volontairement provoquée et aggravée par un impérialisme qui prétend s’imposer à l’échelle mondiale et qui n’hésite devant aucun moyen, notamment la destruction physique des nations, pour asservir celles qu’il juge néfastes ou menaçantes pour ses intérêts économiques et politiques.

Le problème des vieilles nations européennes, désormais complètement aliénées aux intérêts capitalistes étasuniens, c’est que, comme l’annonçait Poutine tout ça finit évidemment par se retourner contre les fautifs mais que le principal responsable et coupable demeure tout aussi peu menacé qu’il le fut lors des deux grands conflits qui bouleversèrent le 20ème siècle.

Ainsi, les guerres de « proxy » que suscitent, soutiennent et arment les Etats Unis (et que finance leur déficit abyssal) ont un peu la même fonction et les mêmes avantages pour eux que les sanctions économiques dont ils accablent leurs adversaires désignés.

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Il s’agit toujours de détruire les peuples et les nations qui leur résistent où qu’ils jugent menaçants pour leurs intérêts mais... aux frais des autres.

Pour "eux" c’est sans grand risque puisque, hormis les mexicains, nulle population n’est susceptible de se déverser anarchiquement sur leur territoire, avec les conséquences que nous observons désormais à grande échelle et sur une durée qui sera longue. De même les sanctions économiques n’affectent nullement le business etasunien mais bien les populations des pays visés et symétriquement les nations européennes et leurs entreprises, travailleurs, agriculteurs, etc. qui commerçaient avantageusement avec les pays sanctionnés.

Avec l’affaire iranienne et celle des "migrants", il devient difficile de ne pas prendre la mesure de tout ça et des contradictions que doivent maintenant affronter les euro-atlantistes du fait de leur soumission intéressée à l’économie américaine et à son bras armé l’OTAN.

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Le seul moyen d’inverser ces flux migratoires irrépressibles, c’est évidemment d’en combattre la cause, mais la cause … c’est nous …notre politique, notre stratégie.

C’est d’abord la stratégie du chaos, dont nous fumes activement complices avec la destruction de la Lybie, de l’Irak, de la Syrie, de l’Ukraine, etc.

L' « avantage compétitif » fourgué en échange comme pacotille - encore assez bonne pour les classes dirigeantes et complaisantes des tribus de l’U.E.- était, sur le modèle américain des « wet back » mexicains, de se pourvoir en main d’œuvre docile et bon marché dans les secteurs où les européens désormais « manquent de bras » du fait de la forte pression sur le "coût du travail". Une variante de la traite occidentale, remise au goût du jour.

On voit le résultat …

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Le problème est d’autant plus impossible à évacuer qu’il n’a pas de solution, dans l’état de soumission politique, social, économique où se sont mises les nations de l’OTAN et de l’U.E. Vis à vis de leur « partenaire » américain.

Naturellement la crise migratoire est de loin la plus lourde des conséquences à court et moyen terme ; et les prétendues "plate-formes de triage" proposées par ces "conciles de Pampelune" européens , sont parfaitement insignifiantes. Chacun sait d'ailleurs qu'elles ont déjà été invalidées par les faits, en Lybie, comme en Turquie, en Italie, en Grèce et ailleurs.

On a vu par exemple ce que donnaient les « hot spots » les « pôles migrants »  et les diverses formules de gestion « créative et innovante » de cette nouvelle forme de traite d’esclaves, consistant à en sous-traiter l’intendance aux pires mafieux du moment …

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Quant à la "réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures" c'est simplement la reconnaissance de l'échec européen, désormais acté.

Mais, maintenant, impossible de faire marche arrière … car le mentor étasunien a brûlé nos vaisseaux ! Il abandonne ses alliés coalisés de la vieille Europe à leur triste sort démographique, économique et social ; et, tel Teddy Roosevelt, il ajoute un nouveau corollaire à la "Doctrine Monroe" : désormais, vu que les choses se compliquent, ce sera « chacun pour soi et Dieu pour tousmais nous d’abord. »

Résultat : nos appareils d’État naviguent sans boussole, et leurs Princes sont tels des rois nus, face à ce chaos devenu ingérable.

Les dirigeants européens sont en effet dans une impasse totale, contraints d’opérer un impossible et complet renversement d’alliances, de posture diplomatique, de stratégie militaire, de politique et de rhétorique économique et sociale, etc.

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Un renversement qui signerait leur fin, en même temps que celle de "l’Europe du Volapuk", celle des "cabris", c'est à dire l’Europe de Schengen et Maastricht, de la circulation libérale et de la concurrence totalement biaisée, de tous contre tous.

Un renversement qui, ultime outrage, accomplirait le triomphe du populisme et du totalitarisme honnis, du « repli sur soi » et de « l’insulte à l’avenir radieux » promis par l’Empire du bien et son nouvel ordre mondial…

Les responsables de ce gachis ont donc de sérieuses raisons d’être inquiets... et nous avec eux, car ce sont quand même... nos dirigeants, « démocratiquement élus »!


http://www.librairie-tropiques.fr/2018/06/migrations-et-esclavagisme-post-modernise.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

jeudi 24 mai 2018

La nouvelle campagne de Trump contre l’Iran n’atteindra pas ses objectifs

TRIBUNE LIBRE /  Moon of Alabama

TL IRAN US GUERRE

Publié le 21 Mai 2018 sous le titre Trump’s New Campaign Against Iran Will Not Achieve Its Aims

L’administration Trump a dit clairement aujourd’hui qu’elle avait l’intention de provoquer un changement de régime en Iran par tous les moyens possibles.

Dans un discours à la Heritage Foundation qui a fait grand bruit, le secrétaire d’État Pompeo a présenté douze demandes à l’Iran. Il l’a menacé « des sanctions les plus sévères de l’histoire » si ces exigences n’étaient pas satisfaites.

Mais ces demandes n’ont pas de sens. Elles ne font que démontrer l’incompétence de l’administration Trump. Les moyens que l’administration Trump a mis en place pour atteindre ses objectifs ne sont pas réalistes et, même s’ils étaient réalisables, ils seraient insuffisants pour atteindre les résultats souhaités.

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Il est demandé à l’Iran de cesser tout enrichissement d’uranium. Mais l’Iran ne peut pas arrêter l’enrichissement. Ce programme est un des fleurons de la politique iranienne et il bénéficie d’un large soutien public car il est considéré comme un attribut de sa souveraineté.

Pompeo exige que l’Iran ferme son réacteur à eau lourde. L’Iran ne peut pas fermer son réacteur à eau lourde. Il n’en a pas. Celui qu’il construisait à Arak a été rendu inutilisable du fait de l’accord nucléaire (JCPOA). Du béton a été coulé dans son noyau sous la supervision des inspecteurs de l’AIEA. Comment le secrétaire d’État des États-Unis peut-il faire une demande qui ne tient aucun compte de la réalité dans un discours préparé à l’avance ?

Une autre exigence est que l’Iran cesse de soutenir la résistance palestinienne. L’Iran ne cessera jamais de soutenir la Palestine tant que l’occupation israélienne se poursuit. Il est aussi demandé à l’Iran de ne pas développer de missiles « nucléaires ». L’Iran s’est déjà engagé à le faire dans le cadre du JCPOA que Trump a fait exploser. Une autre exigence est que l’Iran retire toutes ses troupes de Syrie et mette fin à toute ingérence en Irak, au Yémen, en Afghanistan et ailleurs.

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Tout cela exigerait un changement radical du caractère national et des politiques de l’Iran. Il faudrait qu’il devienne quelque chose comme le Lichtenstein. L’administration de Trump n’a aucun moyen de l’y contraindre.

A l’issue d’un dur labeur, l’administration Obama avait réussi à amener une grande partie du monde à accepter des sanctions contre l’Iran. Cela a été possible parce que les autres pays ont cru la promesse d’Obama d’honorer l’accord à venir et de négocier sérieusement. Il a fallu beaucoup d’unité et de confiance internationales pour parvenir à l’accord nucléaire.

Aujourd’hui, Trump exige beaucoup plus, mais il n’a pas de front international uni derrière lui. Personne ne croit en sa parole. Les Européens sont furieux que Trump les menace de sanctions secondaires s’ils s’en tiennent à l’accord qu’ils ont signé, et continuent de traiter avec l’Iran. Même s’ils finissent par plier et qu’ils cessent, dans une certaine mesure, de traiter avec l’Iran, ils essaieront de contourner les sanctions unilatérales des États-Unis.

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Ni la Chine, ni la Russie, ni l’Inde ne cesseront de faire des affaires avec l’Iran. En fait, les sanctions unilatérales américaines leur ouvrent de nouveaux marchés. La compagnie pétrolière française Total a annoncé qu’elle allait renoncer à son projet de développement du champ gazier iranien de South Pars afin d’éviter des sanctions américaines secondaires sur ses autres intérêts. La Chine a dit « merci » et a pris le relais. De même, la Russie poursuivra tout qu’elle le peut. Son industrie agricole fournira à l’Iran tout ce dont il a besoin. Elle continuera de vendre des armes à l’Iran. La Chine, l’Inde et d’autres continueront d’acheter du pétrole iranien.

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L’administration de Trump va provoquer quelques désordres économiques. Elle va également affaiblir les États-Unis et l’Europe et renforcer la Russie et la Chine. La menace de sanctions secondaires conduira à terme à la création d’une économie mondiale parallèle sécurisée. Le réseau d’échange d’informations financières SWIFT, qui achemine les paiements internationaux entre banques, peut être remplacé par des systèmes de pays à pays qui ne dépendent pas d’institutions sanctionnables. Au lieu du dollar étasunien comme moyen de change universel, on peut utiliser d’autres devises ou faire du troc. L’abus ridicule des sanctions économiques et financières finira par détruire la capacité des États-Unis à s’en servir comme outil de politique étrangère.

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Le discours de Pompeo va unir le peuple iranien. Les néolibéraux modérés qui entourent l’actuel président Rohani rejoindront les tenants de la ligne dure nationaliste dans la résistance. Les exigences étasuniennes dépassent largement ce qu’un gouvernement iranien quel qu’il soit peut assumer. Un Iran qui prend en compte la volonté de son peuple ne les acceptera jamais.

Le seul moyen pour l’administration Trump d’atteindre ses objectifs serait un changement de régime. Mais il y a déjà eu une tentative de changement de régime dans l’Iran actuel et elle a échoué. La « révolution verte » a été fortement soutenue par Obama. Mais elle a été aisément contrecarrée et elle a échoué. Il y a eu diverses campagnes d’assassinats en Iran, mais cela n’a pas changé sa politique. La taille et le relief de l’Iran rendent impossible une attaque militaire directe comme en Libye. L’Iran est en mesure de riposter contre une attaque en frappant des intérêts américains dans le Golfe.

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Les États-Unis peuvent, et vont sans doute, continuer à attaquer les forces et les intérêts iraniens en Syrie et ailleurs. Leur armée va s’efforcer de faire obstacle à l’Iran dans le Golfe. La CIA va essayer d’envenimer les dissensions iraniennes internes.  L’aggravation des sanctions portera préjudice à l’économie iranienne. Mais rien de tout cela ne pourra empêcher le sentiment national de l’Iran de se concrétiser dans sa politique étrangère, telle qu’elle est aujourd’hui.

Dans un an ou deux, l’administration Trump constatera que sa campagne de sanctions a échoué. Il y aura des pressions en faveur d’une attaque militaire directe contre l’Iran. Mais il y a déjà eu des plans pour attaquer l’Iran sous George W. Bush. À l’époque, le Pentagone avait indiqué qu’une telle guerre entraînerait de très graves pertes et échouerait probablement malgré tout. Je doute donc qu’elle ait jamais lieu.

Qu’est-ce que l’administration Trump pourra faire quand il s’avérera que le plan A qu’elle vient de rendre public a échoué ?

Moon of Alabama

Article original: Trump’s New Campaign Against Iran Will Not Achieve Its Aims

Traduction : Dominique Muselet

URL: https://arretsurinfo.ch/la-nouvelle-campagne-de-trump-contre-liran-natteindra-pas-ses-objectifs/

dimanche 20 mai 2018

Face aux sanctions américaines, l'Allemagne s'insurge, la France renonce

Le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier se dit prêt à répondre si les intérêts européens sont négligés par la politique américaine de sanctions, notamment contre la Russie. Mais Paris semble plus réticent à froisser les Etats-Unis...

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«En déclarant "l'Amérique d'abord" et en plaçant leurs intérêts économiques avant ceux des autres, les Etats-Unis doivent s’attendre à une riposte de l'Europe», a déclaré le ministre allemand de l'Economie et de l’Energie Peter Altmaier, dans un entretien accordé ce 18 mai à la chaîne de télévision publique allemande ARD.

Dans un contexte de sanctions américaines contre l’Iran, mais aussi contre la Russie, Peter Altmaier a attribué la volonté des Etats-Unis de bloquer la construction de Nord Stream 2, le nouveau gazoduc reliant la Russie et l'Allemagne sous la mer Baltique, à leur souhait de favoriser leurs intérêts économiques aux dépens de ceux de l'Europe.

«Ils ont une importante infrastructure de terminal de gaz naturel liquéfié dont ils veulent tirer profit […] mais leur GNL [gaz naturel liquéfié] sera nettement plus cher que celui du gazoduc ...», a ainsi expliqué le ministre allemand dans une allusion au terminal américain de Sabine Pass, administré par la société texane Cheniere et entré en service au début de l’année 2016.

Peter Altmaier a tenu ces propos alors que la chancelière allemande Angela Merkel se rend à Sotchi pour y rencontrer le président russe Vladimir Poutine ce même jour. Le sort du gazoduc Nord Stream 2, dont la construction a débuté le 15 mai en Allemagne, devrait occuper une place importante dans la conversation entre les deux dirigeants.

La résignation face à la combativité 

Les déclarations vives de Peter Altmaier à l’attention des Etats-Unis contrastent avec la position française exprimée la veille, le 17 mai, lors du sommet européen de Sofia en Bulgarie. S'exprimant sur un sujet différent mais impliquant les mêmes enjeux, celui des sanctions contre l'Iran, le président Emmanuel Macron, lauréat 2012 de la French American Foundation (comme son prédécesseur issu de la promotion 1996) avait adopté une position beaucoup plus conciliante à l’égard de la politique étrangère américaine et de ses conséquences pour les intérêts économiques européens. 

Excluant tout affrontement commercial avec Washington, il avait ainsi expliqué : «Notre intérêt premier n’est pas un intérêt commercial ou d’entreprises, […] il est d’assurer la stabilité.» Toute la différence entre la deuxième puissance exportatrice mondiale et l’avant-dernier de la classe en EuropeLa résignation dont témoigne le discours français contraste avec la pugnacité des propos tenus par Peter Altmaier le lendemain.

Les enjeux pour le commerce français en Iran ne sont pourtant pas des moindres. La veille, le géant pétrolier Total annonçait son retrait vraisemblable d’Iran si le groupe n'obtenait pas d'exemptions de la part de l'administration américaine. Si cette annonce ne remet pas en cause les capacités mondiales de production du groupe français, elle démontre toutefois que les intérêts stratégiques du commerce français subissent directement le contrecoup des décisions américaines. Depuis, le groupe énergétique semi-public français Engie a également annoncé son retrait. Son PDG, Isabelle Kocher, a déclaré lors d'une réunion des actionnaires ce 18 mai qu'Engie ne disposait pas d'infrastructures en Iran mais que des équipes d'ingénierie y travaillent pour ses clients.

Les plus grosses entreprises européennes annoncent déjà leur retrait d'Iran

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D'autres pays européens se trouvent dans la même situation. Le groupe danois Moller-Maersk, leader mondial du fret, a annoncé une décision similaire à celle de Total dans la foulée. Quant au sidérurgiste italien Danieli, son président Alessandro Trivillin a annoncé le 17 mai renoncer à 1,5 milliard d’euros de contrats remportés en Iran, faute d'avoir pu trouver pour eux une couverture financière.

Les propos d'Emmanuel Macron reflètent plus généralement une position partagée au sein même des institutions européennes reconnaissant la faible capacité du Vieux Continent à s’opposer au rouleau-compresseur de la justice extraterritoriale des Etats-Unis. Devant le Parlement européen, le 17 mai, le vice-président de la Commission européenne chargé des services financiers, Valdis Dombrovskis, avait ainsi admis que la réactivation du Règlement européen dit de «blocage» datant de 1996 n'aurait qu'une efficacité limitée «étant donné la nature internationale du système bancaire et en particulier l'exposition des grandes banques au système financier américain et aux transactions en dollars américains».

https://francais.rt.com/economie/50800-face-sanctions-americaines-allemagne-insurge-france-renonce

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Posté par UPR Creuse à 07:04 - - Permalien [#]
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En coulisses, la France reconnaît l’impuissance de l’UE face aux sanctions américaines contre l’Iran

L’Europe peut-elle résister aux sanctions américaines contre l’Iran ? Le risque pour les entreprises européennes de perdre leur accès au marché américain devrait primer sur les velléités de défendre une souveraineté plus que jamais illusoire.

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Cité par Reuters, un conseiller de la présidence de la République française a reconnu le 15 mai, lors d’une réunion avec des journalistes, qu’un mécanisme de financement en euros élaboré par les pays européens pour le commerce avec l’Iran serait insuffisant pour maintenir des liens économiques avec Téhéran dans le contexte des sanctions économiques américaines.

Il a ajouté que l’Europe avait besoin d’une «approche plus globale pour renforcer [son] arsenal légal» et défendre les entreprises du continent menacées par les sanctions unilatérales américaines. Ce 16 mai, les chefs d’Etat européens se retrouvaient justement à Sofia à l’occasion d’un sommet qui devait initialement être consacré au projet d’une «Europe numérique», mais qui fut très fortement bousculé par l’agenda international récent, comme l’avait résumé la veille dans un tweet le président du Conseil européen, Donald Tusk. Il annonçait ainsi la publication de sa lettre aux dirigeants de l'UE et appelait entre autres à «reconfirmer l’accord sur le nucléaire iranien et protéger les entreprises européennes», ainsi qu’à «rester accrochés à ses armes [stick to our guns] dans le commerce UE-Etats-Unis».

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Le même jour, les plus grands chefs d'entreprise français avaient rencontré des responsables du gouvernement alors qu’Emmanuel Macron pressait Washington de concéder des dérogations couvrant des sociétés telles qu'Airbus, Sanofi, Renault et le groupe PSA. Ces fleurons français ont beaucoup réinvesti en Iran depuis l'accord de 2015, qui a suspendu les sanctions en échange de la limitation des programmes nucléaires de Téhéran.

La France, l'Italie et l'Allemagne les plus sévèrement touchées

La France, l'Italie et l'Allemagne font partie des pays qui ont mis en place des mécanismes d'exportation destinés à éviter les transactions en dollars et à résister, par conséquent, au renouvellement anticipé des sanctions américaines. Mais le mécanisme français, administré par la banque publique d'investissement Bpifrance, a semble-t-il été récemment mis en attente, selon des sources reprises sous couvert d’anonymat par les agences de presse.

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Lors du briefing du 15 mai mentionné par Reuters, le conseiller de la présidence a martelé : «Il est important que nous développions des mécanismes nous permettant de contrer les lois extraterritoriales et un véhicule de financement tel que le BPI en fait partie […] Mais l'Iran est un cas particulièrement difficile et je ne suis pas sûr que le BPI seul permettra aux grandes entreprises d'aller investir en Iran.» Il a plus loin reconnu : «Nous n'avons pas grand-chose pour menacer les Américains : quand vous êtes un acteur économique et une multinationale avec des intérêts aux Etats-Unis qui travaillent en dollars, vous avez le choix et ce choix est fait rapidement»

Autrement dit, quelles que soient les mesures prises par l’Union européenne et les mécanismes de financement du commerce extérieur hors dollars qu’elle pourrait mettre sur pied comme l’ont déjà fait la France, l’Allemagne et l’Italie, les grandes entreprises ont le choix entre poursuivre leurs investissements en Iran ou continuer à profiter du débouché incomparable qu’offre le marché américain.

Un commerce transatlantique très bénéfique aux entreprises européennes

Or, en 2017, le commerce de biens entre les Etats-Unis et l’Union européenne a atteint un nouveau record à plus de 718 milliards de dollars (609 milliards d’euros) avec un excédent budgétaire de 151 milliards de dollars (128 milliards d’euros) au profit des entreprises du Vieux Continent – surtout allemandes. A elles seules,  elles représentent plus de la moitié de cet excédent. La tendance s’est encore accentuée au cours du premier trimestre 2018 avec un commerce Etats-Unis/UE en hausse de 12% par rapport au 1er trimestre 2017, toujours au bénéfice des entreprises européennes.

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Parmi les mesures couramment évoquées pour contourner l’embargo commercial contre l’Iran décidé par les Etats-Unis, figure l’idée d’un financement exclusif en euros des transactions réalisées entre les entreprises européennes et l’Iran. Jusqu’ici, le département de la Justice américain ne pouvait enclencher de poursuites judiciaires que lorsque des US persons, c’est-à-dire des personnes morales ou physiques américaines ou résidant sur le territoire américain, étaient impliquées ou que les échanges étaient libellés en dollars.

Mais il semble qu’en se retirant de l’accord, les Etats-Unis ont réduit à zéro la portée réelle de ces mécanismes de financement hors dollar. Dans une note intitulée «Comment l’Europe peut sauver l’accord sur le nucléaire iranien», publiée le 2 mai sur son site web, l’organisation indépendante pour la prévention des conflits, International Crisis group, avait interrogé plusieurs hauts responsables européens au cours du mois d’avril. L'un de ses interlocuteurs avait déclaré : «Nos entreprises ont expliqué sans détour qu'elles ne seraient pas en mesure de faire des affaires avec l'Iran si les sanctions étaient rétablies. Ce n'est pas comme les années 1990 ; toutes nos entreprises sont en contact avec les Etats-Unis et ont beaucoup à perdre.» 

Les règlements européens impuissants face à l'extraterritorialité de la justice américaine

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Interviewé sur RFI dans la matinée du 16 mai, l’avocat à la Cour franco-iranien Ardavan Amir-Aslani a estimé que l’accord sur le nucléaire iranien était «mort-né». De plus, il doute sérieusement des capacités de l'Union européenne a défendre les entrerprises du Vieux-Continent qui commercent avec l'Iran. «Cela ne marchera jamais… Est-ce que vous croyez que ça va empêcher les tribunaux américains de poursuivre les entreprises françaises ?», s'est-il demandé à propos des mesures de protection sur lesquelles planche l'UE. Et en particulier à propos de la réactivation du Règlement (décret du conseil européen) de blocage adopté en 1996 pour contrer les sanctions prévues par les lois américaines Helms-Burton (Cuban Liberty and Democratic Solidarity Act) et d’Amato-Kennedy (Iran and Libya Sanctions Act) adoptées la même année aux Etats-Unis.

Il n’a pas été plus optimiste au sujet du projet de fonds européen en euros pour financer le commerce avec l’Iran en expliquant : «La création de ce fonds souverain européen à un moment où la France, elle-même, dans le cadre d’une relation bilatérale avec l’Iran n’a pas réussi, à travers sa banque nationale BPI, à ouvrir des lignes de crédit pour le financement de projets en Iran après deux ans de discussions. Comment voulez-vous que le projet de fonds souverain européen puisse voir le jour rapidement ?»

Une sortie ordonnée du marché iranien

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Pourtant, la veille, le 15 mai, le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, avait déclaré devant les députés du Bundestag, la chambre basse du Parlement, que c'était un bon signe que les pays de l'Union européenne restent unis dans leur différend commercial avec les Etats-Unis et la rupture diplomatique afin de maintenir l'accord nucléaire avec l'Iran, ajoutant : «C’est une question de souveraineté européenne qui nous permet de nous défendre et d'exister.»

Des propos qui faisaient echo à ceux exceptionnellement vifs de Bruno Le Maire, le ministre français de l’Economie et des Finances, qui avait déclaré le 11 mai sur les ondes d’Europe 1 : «Voulons-nous être des vassaux des Etats-Unis ?»

Mais, à court terme, la France s'attache surtout à «assurer une sortie ordonnée du marché iranien» pour les entreprises qui cherchent désormais à se retirer, selon les propos rapportés par Reuters que le conseiller à la présidence avait tenus le 15 mai.

Les entreprise allemandes doivent quitter l'Iran «immédiatement» 

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D’ailleurs, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne, Richard Grenell, avait rappelé, le 8 mai, quelques heures seulement après avoir reçu sa lettre d’accréditation, le peu de cas que les Etats-Unis faisaient de cette prétendue souveraineté européenne en un seul tweet, demandant aux entreprises allemandes qui faisaient des affaires en Iran de les interrompre «immédiatement».

https://francais.rt.com/economie/50749-france-reconnait-impuissance-ue-sanctions-us-iran

samedi 19 mai 2018

Face à la politique de Donald Trump, l’Union européenne gronde mais a du mal à réagir

Le président de la Commission européenne a annoncé le 17 mai que « le processus de la loi de blocage » des sanctions américaines serait lancé le lendemain.

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Dénoncée pour son attitude « capricieuse », l’administration Trump se voit en réalité opposer peu de réponses tangibles pour lui fixer des limites.

Le président de la Commission européenne Donald Tusk s’exprime à Sofia le 17 mai. 

Le président du Conseil européen Donald Tusk s’exprime à Sofia le 17 mai. / LUDOVIC MARIN/AFP

L’Union européenne a-t-elle les moyens de faire les gros yeux face au président américain Donald Trump, sur l’accord nucléaire iranien, comme sur les exportations d’acier ? « Nous sommes témoins d’un nouveau phénomène, l’attitude capricieuse de l’administration américaine », a dénoncé le président du Conseil européen Donald Tusk mardi 15 mai à Sofia, où les 28 ont tenu un sommet sur le rapprochement de l’Union avec les Balkans.

Lors de cette rencontre, les Européens devaient afficher leur « approche unie » pour défendre leurs intérêts en Iran. Washington se retire unilatéralement du plan de non-prolifération, et menace ceux qui ne veulent pas suivre le mouvement. Le 17 mai, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a annoncé que « le processus de la loi de blocage » des sanctions américaines serait lancé le 18.

Un front uni mais des divergences entre États

« Politiquement, les Européens ont envoyé un signal fort aux États-Unis, mais économiquement, ils ont peu d’outils pour se faire entendre », résume Alexandra de Hoop Scheffer, directrice du German Marshall Fund à Paris. La spécialiste des relations transatlantiques estime en outre que le front uni affiché à Sofia masque difficilement les divergences entre États. « Pour l’Europe centrale et orientale la relation avec les États-Unis est trop vitale pour s’en démarquer. L’Allemagne est centrée sur la question de l’acier, tandis que la France a moins à perdre. Le Royaume-Uni, enfin, ne défend pas les blocages de sanctions, inutiles à ses yeux », résume-t-elle.

 

Les Européens ont mieux réussi à se coordonner pour défendre leurs exportations d’acier. L’UE n’a pour l’heure obtenu qu’une exemption provisoire, jusqu’à la fin du mois de mai, de cette taxe douanière américaine de 25 %. Dans son arsenal de réponses, elle dispose d’une liste de produits américains qu’elle pourrait elle aussi taxer lourdement comme les jeans, les motos ou le bourbon, si elle n’obtient pas une exemption permanente.

Les sociétés françaises font un pas en arrière

Concernant l’accord avec l’Iran, l’UE est moins bien armée. Les réponses évoquées sont en réalité des solutions de moyen ou de long terme peu adaptées pour répondre à l’urgence du dossier iranien, d’autant qu’elles nécessitent un consensus entre États. Le ministre des finances Bruno le Maire défend ainsi « la création d’un Ofac européen » (Office de contrôle des actifs étrangers américains) pour que l’UE puisse elle aussi décider de sanctions internationales.

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Le renfort du règlement de 1996 lancé par Jean-Claude Juncker, qui permet de contourner les sanctions extraterritoriales américaines, a l’avantage de plus de réactivité. Mais les entreprises européennes savent bien qu’elles s’exposent en retour à des sanctions secondaires des Américains. Les sociétés françaises ne s’attendent pas à faire le poids. Total s’apprête ainsi à renoncer à son projet gazier au large des côtes iraniennes au profit des Chinois, associés en mal d’hydrocarbures. Les banques, elles, ne veulent pas risquer des milliards d’amendes. Elles poussent leurs clients à mettre un terme à leurs activités en Iran, quitte à laisser leurs parts du marché.

« La désunion transatlantique profite à d’autres qui ont tout intérêt à s’engouffrer dans la brèche. La géopolitique se redessine sous nos yeux », confirme Alexandra de Hoop Scheffer. Devenu incontournable en Syrie et en Libye, Moscou avance ainsi ses pions en Iran. La Russie vient en effet, à travers l’Union économique eurasiatique qu’elle mène, de signer un accord, le 17 mai, qui élimine les droits de douane sur certains produits avec l’Iran, et ce pour trois ans. Objectif, créer à terme une vaste zone de libre-échange.

Jean-Baptiste François
https://www.la-croix.com/Monde/Face-politique-Donald-Trump-lUnion-europeenne-gronde-mal-reagir-2018-05-17-

OUTIL STRATAGEME

samedi 12 mai 2018

Total, Renault, PSA... les entreprises françaises dans la panade après le retrait des Etats-Unis de l'accord iranien

Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l'accord iranien, et avec lui le rétablissement des sanctions contre les entreprises qui continueront de commercer avec Téhéran. Les grands groupes français comme Renault, Total ou encore PSA en craignent les répercussions, comme les PME françaises installées en Iran.

ACT IRAN US SANCTIONS

Cette fois, il n'y aura pas d'allers-retours avec le Congrès : Donald Trump a annoncé avoir déchiré l'accord iranien ce mardi 8 mai, retirant les Etats-Unis du texte signé en juillet 2015 à Vienne. C'est après son allocution, par l'intermédiaire de John Bolton, que les implications économiques d'une telle décision ont pris tout leur sens. Sa grande moustache blanche frémissante, le nouveau conseiller à la sécurité nationale a annoncé les sanctions auxquelles s'exposeront les entreprises qui garderont un lien avec Téhéran. Les quelque 300 entreprises françaises qui ont afflué à Téhéran depuis la signature de l'accord en 2015 sont en première ligne. Surtout, elles ont toutes en mémoire un souvenir douloureux : celui de la banque BNP-Paribas, qui, en 2014, est tombée sous le coup d'une amende de 9 milliards de dollars pour avoir contourné les précédentes sanctions américaines.

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Comme l'a expliqué John Bolton, ces sanctions seront "immédiates" pour les nouveaux contrats. Toute entreprise en lien avec les Etats-Unis tombera sous le couperet de lourdes amendes à la moindre signature d'un accord commercial avec l'Iran à partir de ce mardi 8 mai. Pour ce qui est des entreprises déjà en relation avec Téhéran, Bolton a précisé qu'elles bénéficieraient d'un peu de répit pour "sortir" de leurs engagements. La durée de ces "quelques mois" accordés par les Etats-Unis ? Une simple période de transition pouvant durer entre 90 et 180 jours, selon le Trésor américain. Mais le temps laissé par Washington n'est évidemment pas innocent. La machine législative américaine en a besoin pour se mettre en branle : "Il faut que le Congrès américain puisse revoter l'ensemble des sanctions qui avaient été prises par le passé, décrypte Régis Bismuth, professeur à l'école de droit de Sciences Po. Il sera nécessaire que les parlementaires adaptent les textes à la situation internationale actuelle… Tout ça va prendre du temps". D'autant que, comme Bolton l'a ajouté, les autorités américaines n'hésiteront pas à se pencher sur l'hypothèse de sanctions "beaucoup plus larges".

Une situation "très dangereuse" pour les grands groupes français

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En attendant, les entreprises françaises se retrouvent dans une position très délicate : depuis la signature de l'accord iranien, les projets d'exportation vers ce pays sont passés de 400 millions à 1,5 milliard d'euros selon un rapport de la banque publique d'investissement. Des fleurons français ont largement profité de l'opportunité de l'accord et sont aujourd'hui menacés : "Si les Américains vont au bout de leurs sanctions, la situation peut vite devenir très dangereuse pour des grands groupes français s'étant engouffrés dans l'accord", analyse Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran.

Au premier rang desquels l'avionneur européen Airbus : "Airbus a signé la vente d'une centaine d'avions à des compagnies iraniennes", rappelle Fereydoun Khavand, spécialiste des relations économiques internationales et maître de conférences à l'Université de Paris-V. De juteux contrats pour un coût total de 17,5 milliards de dollars… aujourd'hui compromis par les étroites relations de la firme européenne avec les Etats-Unis. Car depuis 2015, l'entreprise a implanté plusieurs usines d'assemblage dans le pays : "L'entreprise s'est mise singulièrement en danger, car les avions qu'elle livre sont dotés d'une technologie américaine : 10% des pièces qui les constituent viennent des Etats-Unis ! Elle tombe directement sous le coup des nouvelles sanctions", poursuit Fereydoun Khavand.

La tentative d'une dérogation pour le pétrolier Total

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Le pétrolier Total est également dans les entreprises visées par les sanctions : en juillet 2017, le groupe tricolore a conclu un contrat pour un investissement initial de 1,5 milliard de dollars visant à exploiter le plus grand gisement de gaz naturel au monde, South Pars. Un investissement total de 5 milliards a été avancé, dont l'entreprise française, avec ses 50,1% des parts (aux côtés du Chinois CNPC (30%) et de l'Iranien NIOC (19,9%)), devra payer la moitié. Plusieurs millions de dollars ont déjà été dépensés pour cette opération d'envergure, qui ne seront certainement pas remboursés à Total en cas de sanctions américaines : "Si Total, en dehors de la mise en oeuvre de sanctions du Conseil de sécurité (de l'ONU), annonce qu'il a l'intention de renoncer au contrat, aucun capital ne sera rendu à cette entreprise et aucune somme ne sera transférée à l'entreprise", avait déclaré Biian Zanganeh, ministre du pétrole iranien.

France-Usa-Iran

Le pétrolier se trouve donc entre le marteau et l'enclume : soit il continue de commercer avec l'Iran et subit les sanctions américaines, soit il arrête et perd l'ensemble de son investissement. L'entreprise compte néanmoins avoir une porte de sortie, à savoir une demande de dérogation auprès du gouvernement américain. Une solution que le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, avait déjà évoquée en mars dernier : "Total explique que, le contrat d'investissement s'étant conclu pendant la période de validité de l'accord iranien, il ne peut pas être considéré comme illégal par les Etats-Unis, et qu'ils devraient donc bénéficier d'une dérogation, explique Fereydoun Khavand. Mais rien n'est moins sûr".

Dans une moindre mesure, il en va de même pour l'hôtelier Accor. Le Français devra lui aussi choisir entre ses établissements américains et l'hôtel iranien qu'il a ouvert en 2015. Les groupes automobiles PSA et Renault sont eux aussi concernés : "Ces deux entreprises ont une longue histoire de commerce avec l'Iran, avec des liens commerciaux complexes", rappelle Fereydoun Khavand. Comme Airbus et Accor, les deux entreprises ont à la fois des intérêts en Iran et aux Etats-Unis. Renault a par exemple vendu plus de 160.000 véhicules l'an dernier sur le territoire iranien. Le groupe de Carlos Ghosn serait handicapé par les sanctions américaines, son partenaire, Nissan, étant implanté aux Etats-Unis. Son concurrent français ne s'en sort pas mieux : s'il s'est retiré du pays depuis 1991, il avait indiqué en janvier vouloir y retourner en 2016, dans un plan de reconquête étalé jusqu'en 2026. Mais PSA devra probablement renoncer à ce projet, alors que 30% de ses parts de marché dépendent de ses partenaires iraniens.

Les PME aussi touchées par les sanctions

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Les grands groupes français ne sont pas les seuls à être menacés par la décision des Etats-Unis. Dans l'administration française, sous couvert de off, on admet sentir le danger que peuvent courir les centaines de PME présentes actuellement sur le territoire iranien. "Le tableau d'Épinal que l'on dépeint souvent où seules les entreprises du CAC 40 sont mises en difficulté par les sanctions américaines est une illusion, surenchérit Régis Bismuth. Par obliques, les petites et moyennes entreprises présentes sur le territoire vont elles aussi être touchées : il suffira qu'elles fassent des affaires en Iran et que l'un de leurs fournisseurs ou clients soit américain pour qu'elles en subissent les conséquences". Dans quelle mesure pourraient-elles être affectées par d'éventuelles sanctions américaines ? Nul ne le sait. Chaque dossier, dit-on, devra être consulté au cas-par-cas.

La solution dans l'après-dollar ?

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Depuis de nombreuses années, Téhéran tente de marginaliser la devise américaine dans ses échanges commerciaux à l'international. Mais la majorité de ces échanges se fait toujours en dollar, ce qui les rend d'autant plus vulnérables aux sanctions américaines. L'Iran avait anticipé ces dernières semaines la décision de Donald Trump. Le 18 avril dernier, le conseil des ministres iranien a pris la décision d'utiliser l'euro à la place du dollar : "Ce remplacement peut être une solution pour se passer du dollar, remarque Fereydoun Khavand. Mais le processus risque d'être très long". Une autre piste de substitution est également envisagée par certains spécialistes : celle du yuan, la monnaie d'un des principaux partenaires commerciaux de l'Iran, la Chine.

https://www.marianne.net/economie/total-renault-psa-les-entreprises-francaises-dans-la-panade-apres-le-retrait-des-etats-unis?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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Il est tout de même surprenant que tant d'entreprises françaises n'aient pas anticipé cette décision de Trump qui avait clairement annoncé ses intentions pendant la campagne électorale américaine...   P.G.

lundi 4 décembre 2017

Les Etats-Unis continuent à développer une scission entre la Russie et l’Europe

Par Eberhard Hamer, professeur en économie, Allemagne

ARG UE US RUSSIE ALLEMAGNE

Récemment, le Département d’Etat américain a présenté une nouvelle liste des sanctions contre la Russie. Il remplit ainsi une exigence signée par le Président Trump le 2 août, intitulée CAATS (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Ce règlement prend effet le 29 janvier 2018 et comprend une nouvelle attaque de la guerre économique contre la Russie, concernant non seulement des entreprises russes, mais en premier lieu les entreprises européennes réalisant des affaires avec des entreprises russes sanctionnées.

L’accentuation de cette nouvelle guerre économique correspond entièrement à la devise trumpienne de l’«Amérique d’abord». S’agissant par exemple des sanctions contre les entreprises russes et allemandes participant à la pipeline North Stream, le but avoué est de couper l’Europe du gaz russe, afin de mieux lui imposer l’achat de gaz liquide américain plus cher, actuellement disponible en abondance mais sans aucun acheteurs trouvé. Il faut donc que le gazoduc North Stream soit interrompu à mi-chemin, tout en menaçant en même temps les entreprises allemandes impliquées, pour stopper leur participation.

Toutes les sanctions américaines sont punissables aux Etats-Unis, car la justice américaine soumet au droit américain toutes les affaires accomplies dans le monde entier et facturées en dollar ou effectuées à l’aide du dollar. Tout endroit, où le dollar est utilisé, est un territoire soumis à la juridiction et à l’hégémonie américaine. Cela permet aux Etats-Unis de condamner et d’exploiter à volonté les sociétés européennes. VW a déjà dû payer 25  milliards d’euros à la justice américaine à cause des normes US spécialement introduites contre les moteurs diesel. La Deutsche Bank, quant à elle, a dû régler plus de 10 milliards et d’autres multinationales européennes des montants de différentes hauteurs.

L’acte américain CAATS prévoit que toutes les sanctions doivent être harmonisées avec les partenaires étatsuniens. On ne peut donc guère l’exprimer plus ouvertement: les sanctions ne seront poursuivies que là où elles nuisent aux partenaires américains au niveau de la concurrence. Finalement, les entreprises américaines restent les instances décisionnelles des sanctions.

De cette manière, les Etats-Unis veulent non seulement isoler systématiquement la Russie de l’Europe et empêcher les sociétés russes de réaliser quelques affaires que ce soit avec l’Europe, mais ils veulent également menacer de peines (et d’exécution de peines) le reste du monde et notamment l’Europe, si un commerce a lieu avec des entreprises russes. Cela a des conséquences considérables en Europe, où le commerce avec le marché de l’avenir le plus optimiste (Russie) a diminué de 30% au cours des deux dernières années. Parallèlement à la réduction du commerce européen avec la Russie, le commerce américain avec ce pays a augmenté. Il ne s’agit donc non seulement de causer du tort à la Russie, mais aussi de soutenir l’idée «America first» [«Amérique d’abord»], c’est-à-dire empêcher l’Europe de faire des affaires avec la Russie, là où les entreprises américaines veulent et peuvent les accomplir.

Il est difficile de s’imaginer une manière plus brutale d’effectuer l’impérialisme économique américain au détriment de l’Europe. Non seulement les grandes entreprises n’osent plus faire du commerce avec la Russie ou participer à des investissements russes – mais également des centaines d’entreprises de grandeur moyenne, ayant jusqu’à présent bien commercé avec la Russie, n’osent plus continuer leurs affaires, parce qu’ils ne survivraient pas à des brutaux paiements de sanctions américaines.
Aux Etats-Unis se prépare encore un nouveau durcissement de la guerre économique contre la Russie: on veut interdire aux banques européennes et même à des privés de commercer ou de tenir des emprunts russes. Ainsi, on veut punir la Russie de ne plus vouloir accepter le dollar comme seul monnaie mondial, mais de vouloir imposer le rouble comme moyen de paiement international. En outre, on veut empêcher les marchés financiers européens d’utiliser le rouble au lieu du dollar et de ne plus du tout travailler avec des emprunts en roubles.

De telles mesures unilatérales nuisent à l’Europe et devraient être discutées avec les alliés européens. On aurait au moins pu s’attendre à des protestations de la part de la Commission européenne et du gouvernement fédéral allemand. Mais non, pas de réaction! L’UE cède sans broncher à la puissance coloniale, même là où cela fait mal.
Isoler la Russie de l’Europe est non seulement fatale à court terme pour une partie de notre économie, mais à long terme pour toute notre prospérité en Europe: la politique de l’«Amérique d’abord» au profit des sociétés américaines rend maintenant déjà tout commerce avec les Etats-Unis de plus en plus difficile et le réduit fortement. Cela aura des conséquences dramatiques, quand le système pourri du dollar des Etats-Unis surendettés s’effondra.

A long terme, la Russie va continuer à augmenter sa solvabilité, mais à l’avenir, elle aura également besoin de l’économie européenne. L’économie allemande continuera uniquement à croître jusqu’en 2050, si elle s’élargit vers l’Est. La Russie dispose de toutes les matières premières dont nous avons besoin et nous avons toutes les technologies dont la Russie a besoin. Pour les deux pays et pour l’Europe, cette coopération est décisive pour la prospérité durant un siècle.1 Si nous nous laissons évincer par les Etats-Unis, les entreprises américaines concurrentes vont conquérir ce marché et nous resterons les perdants.
Mais qui ose, en Allemagne ou en Europe, s’opposer au comportement arbitraire des Américains?    •

1] cf. Hamer, Eberhard, Visionen 2050. Wohin steuern wir? Trends und Prognosen für Deu

Source: Zeit-fragen

http://arretsurinfo.ch/les-etats-unis-continuent-a-developper-une-scission-entre-la-russie-et-leurope/

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Dire qu'on nous traite de "complotistes" parce qu'on explique depuis 10 ans que l'UE n'est qu'une entreprise de domination géopolitique américaine...  P.G.

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samedi 18 novembre 2017

Fraude fiscale : grâce à la loi Sapin 2, HSBC évite un procès en payant 300 millions d'euros

C'est la première fois que la loi Sapin 2 est appliquée : elle permet à la banque HSBC d'obtenir un non-lieu dans l'affaire de la liste de ses 3 000 clients suspectés d'évasion fiscale. La banque payera 300 millions d'euros pour éviter le procès.

ACT HSBC

La banque HSBC, qui a prospecté en 2006 et 2007 des clients contribuables en France pour leur proposer de dissimuler des avoirs au fisc (pour un total de 1,6 milliard d'euros), échappera au procès pour «démarchage bancaire et financier illicite» et «blanchiment aggravé de fraude fiscale». Si le parquet national financier (PNF) rappelle que la banque a agi «en toute connaissance de cause», la loi Sapin 2 lui permet néanmoins d'éviter la condamnation.

Au terme d'une procédure judiciaire qui aura duré huit ans, HSBC reconnaît la faute et ne la conteste pas. Mais la banque a signé le 14 novembre une «convention judiciaire d'intérêt public» avec la justice française. Celle-ci lui permet, en échange d'un versement de 300 millions d'euros à l'Etat français, de bénéficier d'un non-lieu.

Deux dirigeants sont encore poursuivis pénalement

Instaurée par la loi Sapin 2 du 9 décembre 2016, cette procédure de négociation directe entre la justice et les entreprises poursuivies pour corruption ou blanchiment de fraude fiscale connaît là sa première application. La banque UBS, qui est, elle aussi, visée par une enquête dans le cadre d'une affaire de complicité de fraude fiscale, avait également entamé des pourparlers en vue d'une convention. Ceux-ci ayant échoué, la banque devra comparaître en justice.

Cette disposition particulière du droit français vient rappeler une autre disposition dont la France est presque l'unique exemple dans le monde : le fameux «verrou de Bercy». Celui-ci réserve à l'administration fiscale le monopole des poursuites pénales en matière de fraude fiscale. Autrement dit, la justice ne peut engager de poursuites qu'avec l'accord préalable de Bercy.

En juillet dernier, l'Assemblée nationale avait refusé la suppression de cette dernière particularité du droit français. Le groupe parlementaire La République en marche (LREM) était le seul à y être opposé, alors que droite et gauche confondues y étaient favorables.*

https://francais.rt.com/france/45605-premiere-application-loi-sapin2-pour-eviter-un-proces-hsbc-paiera-300-millions-euros#.WgyW4le2m-Y.facebook


 

BASE 14 995X225"Droite et gauche confondues": belle unanimité vertueuse! D'ailleurs, Sapin lui- même  était probablement opposé à cette loi...en son for intérieur!

P.G.

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samedi 11 novembre 2017

Le “flop” des experts chantres de la débâcle économique Russe ! L’ONU passe à l’explication de texte …

Nous nous chargeons ici de commenter les éléments-clefs d’un rapport officiel (ici le pdf), qui traite de l’effet des sanctions contre la Russie qui vient d’être rendu public en septembre 2017 dans une publication des Nations Unis. Notre analyse fait aussi référence à des travaux menés depuis plusieurs années en coopération avec les collègues de l’IPEN RAN1 de Moscou et qui ont donné lieu à différentes présentations académiques durant nos séminaires communs2.

ARG RUSSIE CHINE

Idriss Jazairy est un expert indépendant, il a été mandaté par le conseil des droits de l’homme de l’ONU. Suite à une visite faite en Russie en avril 2017, il a publié un rapport pour les Nations Unies. Il y évalue les aspects négatifs des mesures de coercition unilatérales imposées par les pays occidentaux à la Fédération de Russie (FR)…les fameuses « sanctions » destinées à amener ce pays souverain à se soumettre aux pressions occidentales.

Environ 36 pays3 ont décidé d’un commun accord d’imposer ces sanctions à la FR au regard de la situation dans le sud-est de l’Ukraine.


Il s’agit par ces mesures de faire pression sur la FR pour faire arrêter les hostilités dans l’Est de l’Ukraine, assurer une paix en maintenant l’intégrité du territoire de l’Ukraine. Ce dernier point revient à ignorer le referendum d’autodétermination des populations de la Crimée pour placer la région à nouveau sous injonctions et sous contrôle ukrainiens4.

Une série de sanctions a été promulguée à partir de mars 2014 en plusieurs étapes à laquelle se sont rajoutées en décembre 2016 des sanctions sensées punir l’ingérence russe, supposée, dans l’élection présidentielle américaine.

Ces mesures de coercitions revêtent plusieurs aspects :
-restrictions de déplacement et gel des avoirs et des ressources pour des individus
-sanctions sectorielles (finance, défense, énergie) contre des entités actives dans l’économie de la FR dont l’interdiction des investissements et la prohibition des transactions commerciales (import. et export.) portant sur certains biens et technologies.
-limitation des transactions financières.

A ces mesures, la FR a répondu par des contre-sanctions, des refus d’octroyer des visas à l’entrée du territoire à discrétion et un embargo ciblé interdisant l’importation en FR de certains produits alimentaires en provenance d’Australie, du Canada, de Norvège, des USA et de l’UE5

I Commentaire des éléments de premier plan :
Dans le paragraphe du rapport ONU centré sur l’évaluation des impacts des sanctions, soulignons d’abord les points placés en exergue et en finale par le rapporteur:

  • L’expert prend soin de souligner que les mesures coercitives sélectionnées par les pays occidentaux sont des mesures très classiques, appliquées habituellement en coercition contre les économies de pays en voie de développement ; elles sont, dans le cas qui nous occupe, appliquées à la FR, acteur de poids et d’importance stratégique dans la communauté internationale. L’auteur insiste sur le niveau élevé d’intégration de la FR dans l’économie globale – quid de l’isolement de la Russie tant affiché dans les médias?- , ainsi que sur la capacité de l’économie de la FR pour réagir immédiatement à un changement de réalité. Résilience et capacité de réaction sont présentées par l’observateur, comme les éléments qui ont fait de cette expérience un «cas unique».6. Ces commentaires tranchent avec les propos qui circulent communément sur le sujet et qui brouillent la lecture du réel. Des experts qui avaient bien vite pris le parti de clamer la « débâcle » de l’économie russe sur les ondes ont trop rapidement laissé de côté l’essentiel par manque de prudence.7. L’emprise des conventions avec ses partitions obligées pour être entendu et célébré dans les médias et sur le podium académique français a semble t-elle, une nouvelle fois, eu raison de la rigueur intellectuelle de beaucoup de collègues experts ex-Russie. Un triste constat.

Dans un contexte ainsi déterminé par l’aveuglement conventionnel professionnalisé, impossible de réaliser qu’il puisse y avoir un biais pervers d’appliquer des sanctions destinées à des pays en voix de développement à un pays de la nature de la Russie… Les experts comme les journalistes se sont trouvés être prisonniers de leur propre rhétorique. Les plus assurés et loquaces, allant même jusqu’à afficher leur scepticisme quant au positionnement de la Russie dans les BRICS, faute de succès économiques… Une façon de faire plaisir à l’arène politique en dénigrant toujours plus pour s’économiser de regarder le réel. Isolée et décadente tels devaient être les mots de conclusion du constat. Des mots/maux sans appel, promesses de tant de soubresauts printaniers, annoncés en cadence répétée dans des pages qui se seraient voulues bien plus prophétiques8. La légèreté et les erreurs d’analyse que le rapport de L’ONU met en lumière chez ces experts académiques « standards » ont pollué la réflexion jusqu’aux instances d’analyse et de conseil au service des professionnels français du business en Russie.9.

  • Le rapporteur pour l’ONU souligne aussi un point clef dans sa conclusion du paragraphe consacré à la liste des effets des sanctions : une réalité, observable aussi dans tous les pays qui ont subi des sanctions unilatérales, il s’agit de la réaction de “rally around the flag” (rassemblement sous le drapeau) qui permet à la population d’accepter les inconvénients causés par les sanctions. Dans la situation présente et compte tenu de l’histoire longue du peuple russe, cet effet s’est manifesté avec d’autant plus de force. Ensuite à mesure que la substitution aux importations fonctionnait et les produits russes envahissant les rayons alimentaires, c’est bien au contraire l’effet cumulatif qui a joué comme une affirmation de la capacité de réaction vitale du pays, source de fierté retrouvée.

Sur ce point encore comment pardonner les erreurs d’anticipation de nos experts proclamés? Sont-elles simplement de l’ignorance du contexte, de l’histoire et des mentalités du pays? L’économie est insérée dans une espace géopolitique de long terme, ceux qui se targuent d’ouverture institutionnaliste auraient du y être plus vigilants encore. Impossible scientifiquement de se contenter d’effets de com. et de conventions médiatisées lorsque l’on sait qu’en économie les mécanismes dynamiques comptent.10. Ils vont chercher leurs origines dans l’histoire, la géographie, en somme l’identité collective des peuples. Le courage n’est pas une donnée économique, il ne se modélise pas ; n’en déplaise à nos experts spécialistes es-russophobie qui croyaient pouvoir ainsi s’en passer doublement.

II Evaluation des sanctions et de leurs dérapages

  • Sanctions unilatérales vs biais concurrentiels chez les partenaires
    En matière d’application des sanctions et du contrôle, il a été noté que d’un pays à l’autre, la rigueur pouvait varier… La concurrence vive entre les USA et l’UE et celle pas moins acerbe au sein de l’UE ont renforcé les aléas. La Russie est devenue de plus en plus le champ de bataille de partenaires occidentaux surtout enclins à dérober des parts de marché aux plus intimidables. En ce qui concerne les acteurs français, le moment lourd de symboles et de conséquences fut celui de l’amende de 9 milliards qu’a du payer la BNP à la juridiction des USA11. Il a eu un effet dévastateur sur le moral des entreprises et des banques françaises. Cette situation d’incertitude a été aggravée pour nos entreprises quand L’Etat français a refusé de délivrer à la FR les navires de classe Mistral, annulant de ce fait une transaction qui était pourtant exclue du champs des sanctions. Le jeu d’intimidation entre concurrents des affaires avait ainsi trouvé un levier interne au pays pour se manifester avec plus de dureté. Les instances du business français en Russie subissaient de plein fouet l’intimidation politique et ne comprenant pas combien symbolique était ce sujet, elle furent plus que frileuses pour soutenir les pétitions en faveur de la livraison des navires . Le paradoxe est qu’ainsi, au lieu de soutenir la confiance des entreprises, elles ont alimenté la confusion, en créant un environnement « anti-business », qui a laissé la place libre aux concurrents de la France. Les firmes allemandes et italiennes ont pu profiter de cette concurrence faussée. Au grand jour, ces réalités relationnelles au sein de l’UE mais aussi au sein du business française se sont données à voir. Combien d’années seront nécessaires pour redresser réputation et confiance et engranger de nouveaux partenariats efficaces en Russie?12.

 (...)

Lire la suite sur le blog Viableco, Hélène Clément-Pitiot, 03-10-2017

https://www.les-crises.fr/le-flop-des-experts-chantres-de-la-debacle-economique-russe-lonu-passe-a-lexplication-de-texte-par-helene-clement-pitiot/

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jeudi 12 octobre 2017

Contre les sanctions internationales, la bataille de l’information

Pour Pierre Lévy du mensuel Ruptures, la banalisation des sanctions, armes de guerre dans les relations internationales, marque une régression vers les temps barbares de l’humanité et rend impérieuse l’existence d’une information à contre-courant.

ARG ONU INFOSS’il fallait récompenser le pire, il conviendrait d’inventer un nouveau Prix Nobel : celui des auteurs de sanctions internationales. Hélas, les lauréats potentiels ne manquent pas. Il ne se passe guère de mois sans qu’un pays ne soit «puni», ou que sa stigmatisation soit prolongée.

Ainsi, d’ici la fin de l’année, l’Union européenne devrait reconduire les mesures prises contre la Russie. Celles-ci furent initialement décidées en 2014, et sont renouvelées tous les six mois depuis lors. Mais ce n’est qu’un exemple. La mise en œuvre de sanctions s’est banalisée dans l’ordre mondial actuel. On peut même considérer que celles-ci en sont devenues une caractéristique structurelle majeure.

Les initiateurs de sanctions (diplomatiques, économiques, financières, commerciales, militaires…) se placent souvent sous couvert des Nations unies. La charte de celles-ci, en son chapitre VII, prévoit la possibilité d’actions coercitives (y compris armées, du reste) «en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression». En réalité, c’est peu de dire que l’interprétation de cette condition est de plus en plus extensive, pour ne pas dire fantaisiste.

En outre, diverses institutions, telles l’OTAN ou l’UE, ne rechignent pas à décréter leurs propres sanctions de manière discrétionnaire, que leurs Etats membres sont tenus de suivre.Pour ne prendre que le seul exemple de la France, celle-ci applique des restrictions contre près d’une trentaine de pays.

Les sanctions sont bien entendu dissymétriques, c’est-à-dire toujours exercées des forts sur les faibles. Elles sont souvent criminelles dans leurs conséquences ; toujours hypocrites dans leur justification ; et totalement illégitimes dans leur principe. Et ce, quelle que soient leurs formes, l’opinion qu’on a des régimes ciblés, ou les prétextes mis en avant.

Ajoutons qu’elles sont parfois inefficaces au regard des objectifs proclamés, et peuvent même s’avérer contre-productives en renforçant, sur le long terme, les pays visés. Mais sur ce point, on laissera leurs auteurs se débrouiller avec les effets boomerang qu’ils pourraient bien causer.

Dissymétriques ? Cela tombe sous le sens : personne n’imagine le Zimbabwe sanctionner les Etats-Unis, ni la Pridniestrovie (Transnistrie) mettre sous embargo l’Union européenne.

Criminelles ? Dans bien des cas, le mot n’est pas trop fort. Pour prendre le cas tout récent du garrot encore resserré sur la République démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), chaque litre de pétrole non livré à ce pays peut entraîner des dégâts mortels en matière d’alimentation et de santé. Et qui ne se souvient des sanctions infligées – sous couvert de l’ONU ! – à l’Irak ? On estime qu’elles causèrent la mort d’un demi-million d’enfants ; mais, au-delà de ce chiffre effroyable, qui évaluera les conséquences à moyen et long terme sur ce pays martyrisé ?

Hypocrites ? Fréquemment mises en œuvre au nom du «bien» proclamé (les droits de l’Homme, l’humanitaire, les «valeurs»…), elles constituent en réalité une arme de guerre, mais qui n’ose pas dire son nom. Ainsi, après l’échec retentissant de l’action militaire américaine contre Cuba (1961, débarquement de la Baie des cochons), Washington imposait, à peine quelques mois plus tard, un sévère embargo contre l’île rebelle – qui, pour une part, dure toujours.

Enfin – et surtout – les sanctions sont illégitimes dans leur essence même. Car elles constituent une pression visant à influer de l’extérieur sur la politique d’un pays, en foulant aux pieds le principe de souveraineté. Ce dernier donne à chaque peuple – et à lui seul – la légitimité pour décider de son avenir, de sa politique, de ses dirigeants.

La souveraineté nationale est comme le bannissement de la torture : dès lors qu’on accepte – toujours pour une «bonne» raison – de faire une exception, alors la porte est ouverte au pire.

Certes, la mise en œuvre de sanctions est aussi vieille que l’histoire de l’humanité : punitions collectives, vengeances tribales, menaces et diktats impériaux jalonnent les conflits depuis l’Antiquité.

Mais précisément, à travers un cheminement douloureux et jamais rectiligne, des règles émergeaient de nature à limiter progressivement la barbarie et la loi de la jungle. Les rapports internationaux incluaient petit à petit des principes acceptés par les uns et les autres. Les contradictions et conflits n’en étaient certes pas abolis, mais une conception plus civilisée des rapports internationaux ouvrait la voie à la coexistence, voire à la coopération, entre pays indépendamment de leur régime, de leur puissance et de leur taille.

A cet égard, le préambule de la Charte des Nations unies, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, posait l’un d’entre eux, fondamental : la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, c’est-à-dire, concrètement, la non-ingérence des plus puissants chez les plus modestes. Certes, il s’agissait d’une ligne d’horizon plus que d’un objectif réaliste à court terme. Mais il était fondateur.

Dans le monde post-guerre froide, la banalisation des sanctions représente une régression potentielle vers les temps barbares de l’humanité : on trouve à nouveau normal d’infliger des punitions collectives. Même si ces dernières ne menacent pas toutes ouvertement la vie de milliers de gens, cela ne change rien au principe : qu’un pays de la zone euro puisse se voir infliger une sanction en cas d’indiscipline budgétaire (et qu’on se soit habitué à cette épée de Damoclès) en dit long sur le retour en arrière civilisationnel.

Face à cela, la souveraineté nationale est d’abord la réponse à l’aspiration des peuples (au sens politique du terme) à décider eux-mêmes de leur avenir. Mais c’est aussi la pierre angulaire d’un ordre international plus stable et pacifique. Car dès lors que la menace, la force, le chantage (qui fonde toute sanction) prennent le pas sur la liberté des Etats et le respect de leur indépendance, c’est la loi de la jungle et le chaos mondial qui guettent. 

Cette loi de la jungle, c’est l’essence même de la mondialisation : pour le plus grand profit des multinationales et des oligarchies hors sol, et au détriment toujours plus brutal des peuples, et plus particulièrement, en leur sein, des salariés qui sont les véritables créateurs de richesses.

Cependant, régression, domination, sanctions et guerres – tout cela n’est pas inévitable. Face aux puissances qui disposent de ces armes mondialisées, la bataille de l’information peut être décisive, en rétablissant la vérité, en donnant du grain à moudre à l’esprit critique, en rappelant les enjeux.

Pour cela, on ne saurait évidemment s’en remettre aux médias dominants. Mais sans doute pas non plus aux projets de médias alternatifs, surtout s’ils se proposent d’être «humanistes», «antiracistes», «féministes», «écologistes»… et qu’ils omettent de faire allusion aux enjeux internationaux (cette lacune, incroyable mais significative, apparaît par exemple dans le «Manifeste pour la naissance d’un nouveau média citoyen» rédigé par un collectif de personnalités).

Face aux sanctions, aux guerres ouvertes ou insidieuses, à la soumission des peuples, la bataille de l’information et des idées ne fait que commencer.

Pierre Lévy

https://francais.rt.com/opinions/44412-contre-sanctions-internationales-bataille-information