mardi 27 mars 2018

«Cassez-vous, je vais vous tuer» : des journalistes agressés dans la cité de Radouane Lakdim

Au lendemain des attentats de l'Aude plusieurs équipes de télévision ont voulu mener leur enquête de voisinage dans le quartier Ozanam de Carcassonne où habitait l'auteur des faits. Agressés et pourchassés en voiture, ils ont dû rebrousser chemin.

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«C'était vraiment très tendu» témoigne un reporter de la télévision suisse italienne cité par Le Figaro. Au lendemain de la prise d'otages du Super U de Trèbes, plusieurs équipes de journaliste ont voulu prendre la température dans la cité Ozanam de Carcassonne, où résidait Radouane Lakdim, l'auteur des trois attaques qui ont fait quatre morts et plusieurs blessés le 23 mars 2018 dans l'Aude.

Mais l'hostilité à l'égard des journalistes était plus que palpable. Une équipe de France 3 a notamment été violemment prise à partie par des habitants du quartier. Dans la vidéo diffusée par France 3 Languedoc-Roussillon, on voit deux jeunes agresser les journalistes et l’un d’eux dire : «Casse-toi, casse-toi je vais t’éclater, cassez-vous ou je vais vous tuer»Le preneur de son prend alors un coup. Selon France 3, le matériel de tournage a été en partie endommagé.

Le directeur du réseau régional de France 3, Olivier Montels, a apporté son soutien aux journalistes. «Rien n'arrêtera la liberté d'informer», a-t-il martelé sur Twitter.

Dans la cité, où les caméras étaient manifestement indésirables, des journalistes de BFMTV et de la télévision suisse ont également dû fuir les lieux, poursuivis en voiture par leurs assaillants. «Ils ont commencé à nous bousculer et à prendre nos pieds de caméras en les lançant sur nous», rapporte Marc Dana, envoyé spécial de France 3 et témoin de la scène.

https://francais.rt.com/france/49157-cassez-vous-je-vais-vous-tuer

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«Rien n'arrêtera la liberté d'informer»: celui- là au moins devrait commencer par balayer devant sa porte... En tous cas, voilà des incidents qui devraient ralentir les ardeurs de certains journalistes si prompts à défendre une "culture de l'excuse" systématique pour les délinquants et à pourchasser toute critique d'un islam politique agressif assimilée à de "l'islamophobie" et toute critique géopolitique accusant certains de semer le chaos au Moyen et Proche Orient...     P.G.

Terrorisme-et-médias

Est- on encore dans le "politiquement correct" dans l'emploi de cette curieuse expression? :


 

Attentat dans l’Aude : le gendarme Arnaud Beltrame est mort poignardé au cou

 

L’autopsie du gendarme, qui s’est substitué vendredi au dernier otage dans le Super U de Trèbes (Aude), a révélé des lésions mortelles à l’arme blanche. L’officier a également été touché par balles.

Les conditions du décès du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame se précisent. L’autopsie réalisée sur le corps de l’officier de gendarmerie a révélé des «lésions mortelles» à l’arme blanche au niveau du cou, selon des sources concordantes. Cet officier supérieur, dont l’action héroïque a été saluée par le chef de l’Etat, serait donc mort poignardé à la gorge.

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Il a également été blessé par des tirs d’arme à feu. Son assassin, Radouane Lakdim, un djihadiste âgé de 25 ans qui s’était rué à l’assaut du magasin après avoir tiré sur des automobilistes et un policier de CRS, était muni d’un poignard et d’un pistolet 7.65, arme de petit calibre. L’arme de service du gendarme, de calibre 9 mm, a également été découverte à proximité de son corps. On ignore encore l’ordre précis des coups de poignard et des tirs. Les coups de feu ont provoqué l’intervention de l’antenne du GIGN, qui, en riposte, a tué l’assaillant.

En différents points du magasin, Lakdim avait disposé des explosifs artisanaux, reliés à un système de mise à feu, mais ils n’ont pas détonné.

Deux personnes toujours en garde à vue

Autopsie, auditions tous azimuts, expertises informatiques : une centaine d’enquêteurs de la Sous direction antiterroriste de la police judiciaire et de la DGSI (renseignement intérieur) déroulent leurs investigations. Deux personnes sont toujours en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte notamment pour «assassinats en relation avec une entreprise terroriste» coordonnée par le parquet antiterroriste de Paris. Il s’agit de la compagne et d’un ami de Radouane Lakdim. Ces témoins clés n’ont pas fait valoir leur droit au silence : ils s’expriment en audition.

Magistrats et policiers n’ont plus de doutes sur les références idéologiques du djihadiste puisqu’ils ont découvert dans son appartement de Carcassonne des écrits faisant allusion à Daech, pouvant s’apparenter à un testament. L’attaque, qui a fait quatre morts au total, a été revendiquée par le groupe terroriste via son agence de propagande. Les expertises informatiques lancées en urgence visent à déterminer avec qui il était en relation.

http://www.leparisien.fr/faits-divers/le-lieutenant-colonel-arnaud-beltrame-est-mort-poignarde-25-03-2018-7628190.php

 

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lundi 26 mars 2018

Accusé d'avoir cautionné l'agression d'étudiants grévistes, le doyen de la fac de Montpellier démissionne

Philippe Pétel avait semblé prendre la défense des individus cagoulés - évoquant des "étudiants" dont il était "fier" - qui avaient attaqué les grévistes de la faculté de droit, ce 23 mars. Egalement accusé d'avoir laissé entrer les agresseurs dans l'amphithéâtre de l'université de Montpellier, il a démissionné quelques heures plus tard.

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"La démission du doyen est un premier élément qui doit contribuer à l'apaisement du site". Par cette déclaration, le président de l'université de Montpellier Philippe Augé a bien résumé à quel point la situation de Philippe Pétel était devenue intenable. Accusé d'avoir laissé se produire une agression en règle d'étudiants grévistes et d'avoir défendu ces actes de violence dans un entretien télévisé surréaliste, le doyen de la faculté de droit a démissionné ce vendredi 23 mars au soir.

Rappel des faits : dans la nuit du jeudi au vendredi, des étudiants grévistes occupent un amphithéâtre et décident d'y rester toute la nuit avant une assemblée générale, dans le cadre de manifestations contre le nouveau système d'orientation Parcoursup. Soudain, un groupe de dix individus cagoulés, encore non identifiés, munis de bâtons et de palettes de bois, pénètrent dans l'enceinte et frappent les grévistes qui quittent l'amphithéâtre en catastrophe. Plusieurs sont hospitalisés. Dans ce sinistre règlement de comptes, le rôle du doyen est trouble : plusieurs étudiants l'ont accusé d'avoir laissé entrer les agresseurs, avant de fermer les portes de l'université aux forces de l'ordre.

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Les soupçons de l'implication de Philippe Pétel ont été nourris par l'interview télévisée qu'il a accordée à France 3, dans laquelle Philippe Pétel nie avoir fait entrer les étudiants "qui ont voulu se défendre", refuse de les condamner... et semble les féliciter : "Les étudiants ont voulu se défendre, je ne peux pas les en blâmer. Les étudiants en droit qui étaient là étaient tous contre l'occupation. (...) Je suis assez fier de mes étudiants. Je les approuve totalement", avait-il déclaré. Si le montage opéré par France 3 ne permet pas de comprendre s'il parle bien de l'agression en elle-même, le doyen de l'université ne condamne en tout cas absolument pas les violences dont d'autres étudiants ont été victimes.

Cautionner l'expédition punitive d'une milice contre des grévistes pacifiques n'était sans doute pas la meilleure idée pour apaiser les esprits... ni pour rester en poste à l'université. L'affaire est désormais entre les mains de la justice : le président de l'université de Montpellier a porté plainte contre X, et le parquet a ouvert une enquête pour "faits de violence en réunion avec arme". Les circonstances de l'intrusion devront également être élucidées. La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal, après avoir condamné "avec la plus grande fermeté ces actes de violence", a quant à elle dépêché une équipe de l'Inspection générale qui doit se rendre sur place ce lundi.

https://www.marianne.net/societe/accuse-d-avoir-cautionne-l-agression-d-etudiants-grevistes-le-doyen-de-la-fac-de-montpellier

 

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Attentat de Trèbes : le gendarme qui avait remplacé une otage est mort de ses blessures

Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui s'était proposé comme otage auprès du terroriste auteur des attaques dans l'Aude, est mort des suites de ses blessures dans la nuit du 23 au 24 mars.

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Il s'était livré au ravisseur en échange de la libération d'otages : le lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame a payé de sa vie l'héroïsme dont il a fait preuve pendant la prise d'otages de Trèbes, dans le sud de la France.

Grièvement blessé par l'assaillant, cet officier de 45 ans est décédé le 24 mars. «Jamais la France n'oubliera son héroïsme, sa bravoure, son sacrifice», a tweeté le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb.

Le président Emmanuel Macron lui a également rendu hommage, déclarant qu'il était «tombé en héros» et méritait «l'admiration de la nation tout entière». Sur place, un premier hommage a déjà été rendu à Arnaud Beltrame, dès le lendemain de sa mort, devant la gendarmerie où il officiait. Les drapeaux ont été mis en berne.

Alors que l'assaillant venait d'abattre deux personnes dans un supermarché de la région de Carcassonne, «au péril de sa vie», il a fait le choix de prendre la place des otages retenus à l'intérieur du supermarché, a expliqué le procureur de la République de Paris François Molins lors d'une conférence de presse.

«[Le gendarme] avait laissé son téléphone ouvert sur la table [...] et c'est lorsque nous avons entendu les coups de feu que le GIGN est intervenu» et a abattu l'auteur de l'attaque, qui se réclamait de l'Etat islamique, avait auparavant détaillé à la presse le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb.

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Il a été blessé par balle à deux reprises et a reçu plusieurs coups de couteau par l'assaillant, a expliqué à l'AFP une source proche de l'enquête. «Un acte d'héroïsme comme en sont coutumiers les gendarmes, les policiers qui s'engagent au service de la Nation», a conclu le ministre.

Nommé officier adjoint au commandement du groupement de gendarmerie de l'Aude en 2017, Arnaud Beltrame a été commandant de la compagnie d'Avranches jusqu'en 2014, avant de devenir conseiller auprès du secrétaire général du ministère de l’Ecologie. Il a accédé au rang de lieutenant-colonel en 2016. Marié, sans enfant, l'officier est décoré de l'ordre national du Mérite.

Fait prémonitoire : en décembre 2017, il avait participé à un exercice simulant une tuerie de masse dans un supermarché de la région, selon le quotidien régional La Dépêche du Midi. Les forces de l'ordre procèdent régulièrement à ce type d'entraînement pour améliorer leur mode d'intervention en cas d'attentat.

https://francais.rt.com/france/49103-mort-pour-patrie-gendarme-qui-avait-remplace-otage-succombe-blessures

L'ex-candidat LFI qui s'était réjoui de la mort du gendarme Arnaud Beltrame placé en garde à vue

(...)

Stéphane Poussier, cet ancien candidat de la France insoumise aux législatives dans le Calvados qui avait publié plusieurs messages sur Internet dans lesquels il se réjouissait du décès du gendarme Arnaud Beltrame, a été placé en garde à vue, selon une information de franceinfo ce 25 mars. Il est poursuivi pour «apologie du terrorisme».

Dans un tweet, Stéphane Poussier avait écrit : «À chaque fois qu'un gendarme se fait buter, et c'est pas tous les jours, je pense à mon ami Rémi Fraisse, là c'est un colonel, quel pied ! Accessoirement, un électeur de Macron en moins.»

Ces propos de Stéphane Poussier avaient suscité une très vive indignation et une condamnation unanime. La France insoumise avait immédiatement réagi. «Les propos honteux et abjects de Stéphane Poussier n'ont rien à voir avec la France insoumise. Nous les condamnons fermement. Nous avons immédiatement retiré cette personne de la plate-forme de la France insoumise», avait écrit La France insoumise dans un tweet relayé par Jean-Luc Mélenchon.

https://francais.rt.com/france/49124-ex-candidat-lfi-qui-etait-rejoui-mort-gendarme-arnaud-beltrame-place-garde-vue

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samedi 24 mars 2018

Que sait-on de Redouane Lakdim, l'auteur des attentats de Carcassonne ?

Au moins trois personnes sont mortes dans une série d'attaques qui ont eu lieu le 23 mars à Trèbes et à Carcassonne. L'assaillant, qui se revendiquait de Daesh, a été tué aux alentours de 14h30 au terme d'une prise d'otages meurtrière.

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Au moins trois personnes ont été tuées dans des attaques à Carcassonne et à Trèbes, le vendredi 23 mars. L'assaillant serait un Marocain d'environ 25 ans.

Selon plusieurs médias, l'individu était suivi par les services de renseignement depuis 2013 et aurait fait un bref séjour en prison en 2016 pour des faits de droit commun. Il aurait été fiché au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Cependant Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur prenant le parole depuis Trèbes assure que «c'était plutôt un petit délinquant qui à un moment est passé à l'acte. [...] On ne pouvait pas dire qu'il pouvait être un radical passant à l'acte dans les moments qui venaient. [...] C'était plutôt quelqu'un qui était un petit dealer.»

Selon des sources proches de l'enquête, dont les propos ont été relayés par l'AFP, il aurait d'abord volé une voiture dans la ville de Carcassonne, tuant le passager et blessant le conducteur. Il aurait ensuite pris pour cible quatre CRS qui faisaient leur jogging non loin de là. L'un d'eux a été touché à l'épaule, mais ne serait pas blessé grièvement.

«Je vais tous vous tuer»

L'individu aurait ensuite été pris la fuite à bord d'un véhicule en direction de Trèbes. Là, il est entré dans un supermarché Super U et aurait pris plusieurs personnes en otages. Selon le parquet, il aurait crié «Allah Akbar, je vais tous vous tuer» en pénétrant dans le magasin. Selon Le Figaro, l'homme était armé de couteaux, d'une arme de poing et de grenades. Lors de cette prise d'otages, deux personnes ont été tuées. 

Redouane Lakdim aurait par ailleurs demandé la libération de Salah Abdeslam. Durant la prise d'otage, un lieutenant-colonel de 45 ans s'est proposé en échange contre un otage. Il a été ensuite blessé lors de l'assaut donné par les forces de l'ordre contre le supermarché vers 15h et au terme duquel le terroriste a été abattu. Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a salué «l'acte d'héroïsme» du lieutenant-colonel de gendarmerie qui s'est livré au suspect en échange d'un otage.

Il a emmené sa petite sœur à l’école avant l’attaque

Redouane Lakdim vivait avec ses parents et ses trois ou quatre sœurs, dans un appartement de Carcassonne, perquisitionné ce vendredi en début d’après-midi. Contactée par Le Parisien, une voisine expliquait que le suspect a été vu ce vendredi matin accompagnant sa petite sœur à l’école…

Une autre voisine, qui connaît très bien la famille, décrit ce garçon comme quelqu’un de «calme», «sympa», avec «toujours un mot gentil». La même personne explique aussi que le jeune homme fréquentait régulièrement la mosquée.

https://francais.rt.com/france/49091-que-sait-on-redouane-lakdim-auteur-attentat-carcassonne

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Une fois de plus, un auteur d'attentat connu des services de renseignements (depuis 2013!), et un ministre qui nous déclare qu'on ne pouvait pas anticiper...

Affaire à suivre.  P.G.

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jeudi 15 mars 2018

À Mayotte, l’éternel débat sur le droit du sol

Le gouvernement réfléchit à la possibilité de donner à la maternité de Mamoudzou un statut extraterritorial, pour limiter la possibilité de devenir français en naissant dans le département d’outre-mer

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Alors que Mayotte est agitée depuis trois semaines par un mouvement social pour protester contre l’insécurité, sa maternité se trouve au centre des débats. La saturation de ce service de l’hôpital de Mamoudzou, qui a enregistré 9674 naissances en 2017, illustre en effet à la fois très forte pression démographique subie par l’île et l’importance de l’immigration dans ce département d’outre-mer.

Une partie de la population et des élus locaux dénoncent régulièrement la présence au centre hospitalier de très nombreuses femmes originaires des Comores voisines, qui viennent y accoucher. Cette situation aboutit, selon eux, au fait que le système hospitalier est débordé. Par ailleurs, aux yeux de bien des Mahorais, ces mères sont attirées par l’espoir de donner à leurs enfants la possibilité d’acquérir la nationalité française, au nom du droit du sol.

Le gouvernement « réfléchit » aux différentes possibilités

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À son tour, le premier ministre Édouard Philippe a évoqué le sujet en répondant au Sénat, jeudi 8 mars, à une question du sénateur LREM de Mayotte Thani Mohamed Soilihi. « Est-ce qu’on s’autorise à travailler sur un nouveau statut de cette maternité ? Est-ce qu’on réfléchit aux transformations qu’il faudrait apporter en matière de droit et d’accès la nationalité à cet endroit ? Je mets tout sur la table », a-t-il déclaré.

Vendredi 9 mars, la ministre des outre-mer Annick Girardin a précisé que le gouvernement réfléchit à l’idée d’un « hôpital extraterritorial, pas que pour Mayotte, aussi pour la Guyane ». Il s’agirait d’un « hôpital où quand on y naît, on est ensuite déclaré (pour l’état civil) soit côté français, soit côté Comores, soit côté Madagascar ». « C’est une réflexion que nous avons depuis quelques mois mais c’est un cadre juridique très particulier », a-t-elle poursuivi.

Une « absurdité juridique »

Un service public doté de l’extraterritorialité dans un département français ? « Cela ne me paraît pas faisable, il y a quand même de fortes chances que cela soit jugé inconstitutionnel, commente Serge Slama, professeur de droit public à Grenoble. On ne peut pas déclarer une partie du territoire comme ne faisant plus partie de la République. »

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Ce n’est en tout cas pas la première fois que cette piste est mise « sur la table ». Elle avait été par exemple discutée en 2010 à l’occasion des débats à propos de la loi Besson sur l’immigration. Pour Serge Slama, en plus d’être « une absurdité juridique », cette « fausse bonne solution est aussi une aberration humaine ». « Si cela se faisait, on ferait prendre de risques sanitaires à des femmes qui iraient accoucher en dehors de la maternité », ajoute-t-il.

Laurent Wauquiez veut remettre en cause le droit du sol

La possibilité de modifier les conditions d’accès à la nationalité française à Mayotte est un serpent de mer, que Laurent Wauquiez, l’actuel président des Républicains, vient de réveiller lors de sa visite sur place. « Quand un enfant naît ici de deux parents clandestins, il ne doit pas pouvoir être français », a-t-il lancé.

François Baroin avait déjà avancé cette idée en 2005, quand il était chargé de l’outre-mer dans le gouvernement. Un de ses successeurs à ce poste, Christian Estrosi, avait fait de même en 2008. Mais ce qui paraissait éventuellement envisageable d’un point de vue juridique quand Mayotte était une simple collectivité est aujourd’hui exclu pour un territoire devenu un département en 2011. À moins de modifier la Constitution.

Le droit du sol n’est pas absolu

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Certes, son article 73 prévoit que les lois applicables dans les départements et régions d’outre-mer peuvent faire l’objet « d’adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités ». Mais la Constitution « ne paraît pas autoriser, en l’état, la mise en place de règles dérogatoires en matière de droit de la nationalité », avait déjà conclu en 2006 une commission d’enquête du Sénat.

Au passage, les parlementaires avaient rappelé un autre principe de droit : contrairement à ce qui est souvent énoncé, le droit du sol n’est pas absolu en France et le simple fait de naître dans la maternité de Mayotte ne suffit pas à faire d’un nouveau-né un « petit Français ». Un enfant mineur né en France de parents étrangers peut réclamer la nationalité française seulement à partir de treize ans et à la condition qu’il y ait eu sa résidence habituelle pendant cinq ans, à partir de l’âge de huit ans.

https://www.la-croix.com/France/Immigration/A-Mayotte-leternel-debat-droit-sol-2018-03-10-1200919700?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180312&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=952976&PMID=ac29e5cafb071c987471f76e2c454018

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lundi 12 mars 2018

Mayotte : la mobilisation contre l'insécurité ne faiblit pas, Girardin va se rendre sur place

Grève générale, barrages routiers, menace des élus sur la tenue de législatives : les habitants de Mayotte poursuivent leur mobilisation contre l'insécurité et espèrent faire bouger l'exécutif. La ministre de l'Outre-mer s'y rend ce jour.

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Trois semaines après avoir commencé, la mobilisation ne faiblit pas à Mayotte, où la population continue de manifester contre l'insécurité grandissante sur l'île. La grève générale se poursuit et de nouveaux barrages ont été érigés le 8 mars pour bloquer les routes du département, alors qu'une mobilisation avait rassemblé la veille des milliers de personnes dans le chef-lieu de l'île, Mamoudzou. [préfecture, NdR]

Parlementaires, maires et élus départementaux se sont également joints au mouvement, précisant dans un communiqué que «les collectivités locales [seraient] fermées jusqu'à nouvel ordre».

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Plusieurs maires ont par ailleurs déjà annoncé leur refus d'organiser l'élection législative partielle des 18 et 25 mars. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a cependant fait savoir le 7 mars que «l’Etat pourvoira au fait que nous puissions organiser matériellement et opérationnellement le scrutin» et ce «même si les 17 maires refusent d’organiser l’élection».

Parallèlement aux barrages de la population, les gendarmes sont intervenus pour lever des barrages «sauvages» qui avaient été érigés par des jeunes parfois violents, comme à Koungou et à Tsoundzou.

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Conséquence des barrages routiers, le service des consultations externes du Centre hospitalier de Mayotte a été fermé le 8 mars «par manque de personnels», selon le service communication de l'hôpital.

Faire «réagir l'exécutif»

Excédés par l'insécurité qui règne sur l'île, sujette à une forte pression migratoire en provenance des Comores voisines, les habitants comptent ainsi faire «réagir l'exécutif», comme l'a confié Foumo Silahi un des porte-paroles du mouvement, cité par Mayotte Hebdo. Discrète sur la situation jusqu'à présent, avec simplement la promesse d'organiser une «conférence sur l'avenir de Mayotte», la ministre de l'Outre-mer Annick Girardin s'est engagée le 9 mars sur RMC à se rendre sur place rapidement. «Je suis prête à partir. Je pars à Mayotte, si le dialogue est possible, je suis toujours là où je peux être la plus utile», a-t-elle soutenu.

De leur côté, les manifestants menacent de durcir le mouvement dès le 12 mars, et prévoient notamment «l'encerclement de Mamoudzou», la plus grande ville de l'archipel, et, avec elle, les relais de l'Etat, comme la préfecture, ou encore l'aéroport.

https://francais.rt.com/france/48587-mayotte-mobilisation-contre-insecurite-ne-faiblit-pas-girardin-rendre-place

ALEX ALCUYET

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vendredi 2 février 2018

Marseille : des dealers squattent le ministère de la Justice

Les éducateurs de la PJJ, excédés, sont en grève.

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Un culot ou un sentiment d'impunité hors du commun : depuis cinq mois, c'est jusque dans l'enceinte du ministère de la Justice qu'un réseau de stupéfiants a pris ses habitudes, dans le quartier des Chutes-Lavie. En l'occurrence, sur les 9 hectares du verdoyant domaine de l'unité éducative de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). On trouve notamment dans cet ancien espace bastidaire du 13e un Centre éducatif fermé tout neuf, un foyer, des services d'insertion, etc.. Près de 80 éducateurs et autres intervenants, placés sous la tutelle du ministère de la Justice, y travaillent chaque jour auprès d'un public de mineurs délinquants.

Nombre d'entre eux ont justement connu le trafic de stupéfiants : le domaine de la traverse Sylvestre devrait être un havre où ils tentent de redresser des vies qui ont dévissé. Mais c'est justement dans cet espace de repli et de reconstruction que les dealers viennent "tenter de recruter les plus jeunes, livre, accablée, Isabelle Audureau, pour la CGT-PJJ. Ceux qui vendent sur ce plan stups ont sorti des braseros, des fauteuils, ils font comme s'ils étaient chez eux. Des clients débarquent carrément en voiture, en groupe, sur le site", s'étrangle la syndicaliste. Dans cette proximité avec le réseau et ses petits lieutenants, les fonctionnaires disent vivre "une contradiction insupportable entre leurs missions d'éducation, d'insertion et de prévention de la récidive, et le fait de laisser les jeunes témoins voire acteurs de ce trafic".

Ils seront en grève aujourd'hui pour le dire haut et fort.

Des hommes cagoulés encerclent l'éducatrice

Si cette situation est connue "de longue date", elle s'est dernièrement envenimée : "Les allées et venues des agents de la PJJ et des usagers du service sont désormais contrôlées par des personnes postées sur le site", décrit la CGT. Qui cite le cas de cette éducatrice, qui s'est ainsi vue cernée, un soir, par plusieurs hommes cagoulés. "À un autre collègue, ils ont dit, en gros : 'Ici, t'es chez nous'. On a dépassé là le sentiment d'insécurité. Les éducateurs ont la trouille, ils sont prêts à exercer leur droit de retrait", martèle Isabelle Audureau. Si la police n'a pas, pour sa part, constaté d'enracinement du trafic sur le site, elle reconnaît une situation de "porosité" avec les cités voisines, où les plans stups sont bien connus.

Le communiqué de la CGT PJJ ne mâche, en tout cas, pas ses mots : "Les personnels ont le sentiment d'être abandonnés au coeur d'un conflit de territoire et sont condamnés à l'immobilisme par peur de représailles." Le CHSCT de la PJJ va d'ailleurs être saisi "en urgence" par les syndicats, jugeant que "les risques psychosociaux n'ont jamais été aussi élevés sur le site".

Mesures de sécurité

Au plus haut de leur hiérarchie, avec qui les organisations syndicales ont eu plusieurs rencontres la semaine dernière, ces alertes sont prises "très au sérieux". Ouvert aux quatre vents, le portail, "point de fragilité", sera ainsi "fermé et gardienné", promet Franck Arnal, directeur interrégional adjoint de la PJJ. Le mur d'enceinte sera aussi relevé à deux mètres. Enfin, la tolérance accordée aux habitants de la cité mitoyenne et très enclavée des Marronniers, de traverser le domaine, sera retirée. "Je ne découvre pas les difficultés des quartiers Nord, souffle Franck Arnal. Cependant, nous n'avons pas la maîtrise de ces manifestations de violence et de territoire.Il nous faut pourtant réagir, sinon c'est l'État qui recule." Le symbole, en ce lieu, "serait fort" : un terrible constat d'échec dans la lutte pour reprendre le terrain et les jeunes au trafic de drogue.

http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/4814129/des-dealers-squattent-le-ministere-de-la-justice.html

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dimanche 15 octobre 2017

Quand la liberté s’éteint en silence

L’Assemblée nationale a adopté, mardi 3 octobre 2017, le projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. En faisant entrer dans le droit commun l’état d’urgence, une majorité de députés, socialistes compris, a ainsi choisi de sortir la France de l’État de droit.

 

ARG SECURITE LIBERTEUn État de droit est celui dont le droit protège n’importe lequel de ses résidents de l’arbitraire de l’État. C’est un État mis à l’abri de l’absolutisme administratif ou policier. C’est un État où l’État est subordonné à des règles de droit qui lui sont supérieures et qui s’imposent à son action. C’est un État dont les citoyens sont en sûreté parce qu’ils sont assurés de ne pas être livrés aux abus de pouvoir étatiques. C’est en somme un État où l’État ne fait pas la loi.

 

À cette aune, la France, depuis ce 3 octobre 2017, n’est plus un État de droit. Avec l’entrée dans le droit commun des principales dispositions dérogatoires aux droits fondamentaux et aux libertés essentielles qui caractérisaient l’état d’urgence, l’exception y est devenue la règle. Désormais, l’État, autrement dit ses préfets, son administration, sa police, pourra n’importe quand, n’importe où et contre n’importe qui, en prétextant du terrorisme, mettre en cause :

  • Notre liberté de circulation.
  • Notre liberté de culte.
  • Notre droit à l’inviolabilité du domicile.
  • Notre droit à l’égalité devant la loi.

 

…Et le faire sans avoir à s’en justifier ou à en répondre devant un juge indépendant, dont la décision pourrait l’entraver ou le sanctionner.

Avec ce vote écrasant, à l’Assemblée nationale, d’une majorité de la peur (415 voix contre 127), il y a désormais une loi des suspects en France. Sur de simples soupçons policiers qui, dans un véritable État de droit, seraient totalement insuffisants pour qu’ils se le permettent, l’administration étatique et son bras armé policier pourront dorénavant s’en prendre à un individu, l’immobiliser, l’entraver, le cibler, l’isoler, le mettre à part et à l’écart, bref le persécuter. Seuls juges du prétexte, le terrorisme, ils pourront, demain, après-demain, en étendre la notion, sans entraves aucune, au gré des émotions populaires et des idéologies dominantes.

 

La loi votée autorise en effet l’État, son administration, sa police, en dehors de tout contrôle judiciaire, à obliger un individu à « résider dans un périmètre déterminé », c’est-à-dire à ne plus pouvoir en bouger, à le frapper d’une « interdiction de paraître » dans un lieu précis, à soumettre son intimité domestique et familiale à des « visites domiciliaires », soit des perquisitions permettant des saisies, à étendre contrôles d’identité, fouilles de bagages et de véhicules à de vastes « périmètres de protection », à fermer un lieu de culte au seul motif des « idées et théories » qui y seraient diffusées, etc. Et ce n’est là qu’un résumé succinct d’une loi, la douzième loi sécuritaire en quinze ans, qui pousse jusqu’à son terme la corruption du droit par la police et de la preuve par le soupçon.

Aussi inconscients qu’égoïstes, aveugles aux autres et ignorants du passé, les apprentis sorciers qui ont ouvert cette boîte de Pandore liberticide se rassurent en se disant non concernés. Après tout, ne s’agit-il pas de combattre le terrorisme, ses crimes et ses réseaux ? C’est l’argument de l’urgence qui, prise pour l’essentiel, en vient toujours à perdre de vue l’urgence de l’essentiel – autrement dit des principes. C’est surtout l’argument aussi éculé que lâche de la fin qui justifie les moyens, au nom duquel, sous toute latitude, tout régime et toute époque, les libertés ont toujours été passées par pertes et profits.

 

« Je considère que je n’ai pas à avoir peur des moyens de lutte contre le terrorisme parce que je ne me sens pas terroriste. », a tôt déclaré le porte-parole du gouvernement, l’ex-socialiste Christophe Castaner, dont l’ancien parti (à cinq prudentes abstentions près) a soutenu sans réserve cette perdition qu’il avait lui-même initiée sous la présidence de François Hollande. Phrase terrible, qui résume ce sacrifice de l’idéal démocratique sur l’autel du terrorisme. Phrase aveugle, de gouvernants prêts à piétiner les libertés des autres pour tenter de justifier leur pouvoir.

 

« Nous cajolons la bête immonde. », avertissait l’avocat François Sureau, défenseur intransigeant des libertés fondamentales, dans un entretien récent à Mediapart. Sous l’état d’urgence prolongé mis en place par le gouvernement de Manuel Valls depuis la fin 2015, rappelait-il, « il y a eu 6 000 perquisitions administratives pour 41 mises en examen. Et sur les 41 mises en examen, 20 sont des mises en examen pour apologie du terrorisme, c’est-à-dire des crimes d’ordres intellectuels. Au cours de ces 6 000 perquisitions, vous avez parfois bousillé la vie des gens, vous êtes intervenu dans leurs libertés individuelles de manière brutale pour un résultat extrême faible ».

 

Et qui ne se souvient de l’utilisation de l’état d’urgence en 2015 et 2016 contre la société tout entière, d’abord les activistes écologiques lors de la COP21, puis les manifestants contre la loi El Khomri ? Qui oserait garantir que, sous ce pouvoir ou, après lui, sous un autre, ajoutant à l’obsession sécuritaire des obsessions idéologiques, autoritaires, identitaires, xénophobes, discriminatoires, etc., ce ne seront pas les militants de toutes les causes minoritaires, dissidentes et nouvelles, celles où s’inventent et se revendiquent des droits nouveaux, qui seront les victimes indistinctes de cet état d’urgence devenu permanent ? Qui pourrait jurer que, demain, ce ne seront pas eux les nouveaux « ennemis de la nation », terroristes en puissance ou terroristes en théorie, selon l’infernale logique des forces conservatrices et rétrogrades, décidées à faire la guerre à la société, à sa richesse et à sa diversité, à son autonomie et à ses luttes ?

Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles

Nous connaissons évidemment la réponse, tant les gouvernants et les élus qui, aujourd’hui, sacrifient nos libertés ne sont que de passage. Irresponsables, ils sacrifient la longue durée d’une démocratie vivante, par conséquent exigeante avec elle-même, au court terme de leur survie. « Si ce projet de loi est adopté et que l’extrême droite arrive un jour au pouvoir, la France sera dans une situation extrêmement difficile en matière de libertés. Un tel pouvoir n’aurait absolument rien à ajouter à ce texte. », Christine Lazerges.

 

L’Histoire nous l’a appris, et notamment celle des circonstances – la guerre d’Algérie, guerre coloniale et guerre civile – où est né, en 1955, cet état d’urgence aujourd’hui définitivement légalisé et banalisé : l’introduction de dispositions liberticides est une gangrène qui finit par contaminer tout le corps légal, institutions, administrations, gouvernements. Nous venons de le vivre, en à peine deux ans : tout comme hier l’état d’urgence de 1955 avait débouché sur les pouvoirs spéciaux de 1956, où se déshonora une République tortionnaire, aujourd’hui l’état d’urgence prolongé de 2015 accouche sous nos yeux sidérés d’une remise en cause sans précédent de l’État de droit.

Dans son plaidoyer Contre l’état d’urgence (Dalloz, 2016), le juriste Paul Cassia rappelait cette mise en garde lucide d’un membre du Conseil d’État, Roger Errera : « Dès qu’une atteinte aux libertés apparaît, elle fait tache d’huile, elle est progressivement appliquée au-delà des limites fixées au début, quelles que soient les promesses, les barrières et les hésitations, et à d’autres que ceux qui étaient initialement visés. Il arrive même qu’elle s’institutionnalise et que, fruit de l’urgence, elle devienne permanente. ».

 

C’était en 1975, il y a plus de quarante ans, et nous y sommes, hélas !

 

Qui plus est avec un État qui ne peut même plus compter sur la génération de ces hauts fonctionnaires à principes qui, ayant souvenir de Vichy ou de l’Algérie, savaient que la banalisation de l’état d’urgence était la brèche par laquelle le totalitarisme ou, du moins, ses pratiques niant les droits humains avaient fait leur chemin, sous couvert d’une administration ou d’un régime républicains. Dans son entretien à Mediapart, François Sureau soulignait ce terrible renoncement qui, depuis trois décennies, a progressivement gagné presque tout le spectre politique : « Les grandes voix du passé portaient un projet collectif de liberté, et pas seulement un projet individuel. »

Car comment ne pas interroger le silence pesant, abyssal, qui accompagne ce saut dans l’inconnu ? « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles » : attribué à l’écrivain suisse Max Frisch, ce constat n’a jamais été aussi pertinent. L’ensemble des défenseurs des droits humains, rassemblés dans ses locaux par la CNCDH, tout comme les experts qui en ont officiellement la charge aux Nations unies, se sont solennellement dressés contre cette dérive. Ces experts des droits de l’homme mandatés par l’ONU n’y ont pas été de main morte, estimant que « plusieurs dispositions du projet de loi menacent l’exercice des droits à la liberté et à la sécurité personnelle, le droit d’accès à la justice, et les libertés de circulation, d’assemblée pacifique et d’association, ainsi que d’expression, de religion ou de conviction. »

En vain, rien n’y a fait. Pas un écho, pas un regret, pas une nuance, pas une réserve, pas un recul. Pis, à l’Assemblée nationale, la majorité dévotement dévouée au président qui l’a fait élire s’est empressée de durcir les dispositions les plus controversées que le Sénat, dans sa vieille sagesse, avait tenté d’amoindrir. Cette prétendue société civile qui, surgie de nulle part, prétendait renouveler la politique, via la dynamique du mouvement En Marche ! Et de son dégagisme parlementaire revendiqué, se révèle sourde et aveugle à la société. Seule la gauche de la gauche – les députés communistes et insoumis reprenant le flambeau des six socialistes frondeurs (Pouria Amirshahi, Barbara Romagnan, Gérard Sebaoun) et écologistes isolés (Isabelle Attard, Sergio Coronado, Noël Mamère) qui, hier, avaient dit non à l’état d’urgence – aura sauvé l’honneur mais sans, pour autant, réussir à mobiliser la société.

Aussi ne pouvons-nous nous contenter d’accabler ceux qui ont commis cet attentat aux libertés. Nous devons aussi interpeller lindifférence, cette passivité massive, qui l’a permis. N’est-elle pas du même ordre que celle qui s’accommode de la détresse des migrants, réfugiés et autres exilés ? Cette indifférence, plus essentielle, à l’autre, au différent, au suspect, au musulman, bref au lointain, tandis que nous nous replions sur nous-mêmes ? Comme si nous n’étions pas concernés, sinon par le souci de nous protéger, coûte que coûte.

C’est ainsi que pas grand monde n’a sursauté en découvrant que cette loi dite antiterroriste entend faciliter, étendre, généraliser, bref banaliser encore plus les contrôles au faciès, cette discrimination quotidienne qui frappe la diversité de notre peuple, et notamment sa jeunesse. Même l’historien Patrick Weil, homme modéré par conviction autant que par métier, n’a pu réveiller l’opinion et les parlementaires en leur démontrant que « le projet de loi antiterroriste rappelait le code de l’indigénat » car, de fait, il destine son dispositif policier à la surveillance d’une population particulière, les Noirs et les Maghrébins, aggravant le champ des discriminations qui blessent l’égalité.

De grandes sagesses philosophiques nous ont pourtant enseigné, notamment après les catastrophes européennes du siècle passé, que le meilleur chemin vers le prochain, c’est le souci du lointain. Que :

 

Le souci de l’autre mène à soi-même.

 

Si je ne suis pas au rendez-vous des libertés des autres, je ne serai pas au rendez-vous des miennes.

 

Si je laisse mettre en cause des droits fondamentaux, au prétexte de prévenir une menace qui me serait étrangère, je découvrirai, un jour ou l’autre, que j’ai ainsi renoncé à mes propres droits.

 

 

Mediapart

Edwy Plenel

https://aphadolie.com/2017/10/11/quand-la-liberte-seteint-en-silence/

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lundi 2 octobre 2017

Le gouvernement envisagerait d'introduire les interdictions de manifester dans le droit commun

Selon plusieurs sources, le ministère de l'Intérieur aurait l'intention d'introduire dans le droit ordinaire une disposition prévue par l'état d'urgence permettant d'interdire à certains individus de manifester.

59cf507d09fac2af4f8b4567C'est une mesure d'exception que permettait la loi relative à l'état d'urgence : elle pourrait à l'avenir être intégrée au droit commun, selon des informations du Figaro et du Monde. Le ministère de l'Intérieur aurait en effet émis un avis favorable à l'instauration d'interdictions administratives de manifester.

Si Le Monde évoque des «pistes de réflexion» suivies par la place Beauvau, Le Figaro rapporte, selon des sources au sein du ministère, que le projet serait déjà bien avancé. Il viserait prioritairement des individus faisant déjà l'objet d'un signalement pour des faits de violence. Cette mesure, qui contraint les fauteurs de trouble à émarger dans un commissariat à l'heure du rassemblement auquel ils n'ont pas le droit de participer, est déjà régulièrement utilisée depuis mai 2016, principalement pour des individus issus de la mouvance antifasciste.

Cependant, un tel dispositif n'est permis que par l'article 5 de la loi relative à l'état d'urgence, qui autorise le préfet à «interdire la circulation des personnes ou des véhicules dans les lieux et aux heures fixés par arrêté» ainsi qu'à «interdire le séjour dans tout ou partie du département à toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l'ordre publics». Son introduction dans le droit commun serait donc une nouveauté de taille. Elle conforterait sans doute dans leurs critiques les voix qui se font entendre depuis quelques semaines pour dénoncer une «dérive» lors de l'étude par les parlementaires de la loi antiterroriste, qui a suscité jusqu'aux inquiétudes de l'ONU.

 

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samedi 30 septembre 2017

Les députés adoptent l’obligation de déclarer tous ses identifiants électroniques

Les députés ont voté hier soir les mesures de contrôle et de surveillance individuelles. Dans le lot, a été adoptée l’obligation pour une personne au comportement suspect de fournir l’intégralité de ses identifiants aux autorités administratives.

COLLOMB ASSEMBLEELe projet de loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme poursuit sa route à l’Assemblée nationale. Les députés ont voté tard dans la nuit l’article 3 du projet de loi où se nichent les mesures de surveillance individuelle comme le port d'un bracelet électronique ou l’obligation de pointer une fois par jour au commissariat du coin, outre l'obligation de résider dans un périmètre déterminé. 

Une autre mesure concerne tout particulièrement le domaine des nouvelles technologies. C'est l’obligation de fournir ses identifiants. Comme relatée dans notre panorama, elle avait été prévue dès le projet de loi initial, mais avait sauté au Sénat. À l’Assemblée, en appui d’une confortable majorité, Gérard Collomb a réinjecté la mesure.

Cette contrainte pèsera là encore sur la personne « à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics ».

Ce n’est à dire vrai qu’une première condition puisque les autorités devront aussi démontrer que celle-ci est entrée « en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme » ou bien a soutenu, diffusé ou adhéré « à des thèses incitant à la commission d’actes de terrorisme ou faisant l’apologie de tels actes ».

Ceci fait, la personne au comportement et relations louches aura l’obligation de déclarer tous ses « identifiants techniques de tout moyen de communication électronique dont elle dispose ou qu’elle utilise ».

Un seul identifiant oublié, trois ans de prison et 45 000 euros d'amende

Le moindre oubli sera lourdement sanctionné : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Hier, en séance, un seul amendement sur le sujet a été examiné.

Déposé par des députés de la Gauche démocrate et républicaine il visait à supprimer cette déclaration au motif qu’elle « porte une forte atteinte aux libertés constitutionnelles : respect de la vie privée, secret des correspondances et droits de la défense ».

Selon ses auteurs, comme d’ailleurs les sénateurs, « nul n’est tenu de participer à sa propre incrimination ». Et ceux-ci de revenir sur la décision du Conseil constitutionnel du 4 novembre 2016 qui a rappelé « le principe selon lequel nul n’est tenu de s’accuser, dont découle le droit de se taire ».

Autre argument : cette mesure viendrait heurter le principe de nécessité puisque la loi sur le renseignement prévoit depuis le 24 juillet 2015 une armada de mesures pour « récupérer les identifiants techniques de connexion, sous le contrôle de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement ou du juge administratif, qu’il s’agisse de l’accès aux données de connexion (article L. 851‑1 du Code de la Sécurité intérieure) ou du recueil en temps réel des données de connexion (article L. 851‑2 du Code de la Sécurité intérieure) ».

Enfin, les députés GDR ont jugé « paradoxal » d’inscrire cette obligation dans le droit commun alors qu’elle n’est pas prévue dans le cadre de l’état d’urgence, censé être plus sécuritaire.

Une obligation adoptée « pour des raisons opérationnelles »

En fin de route, vers une heure du matin, le rapporteur a exprimé un « avis défavorable » expliquant rapidement que l’obligation devait être adoptée « pour des raisons opérationnelles ». Et Gérard Collomb de se délester d'un même « avis défavorable », sans autre explication.

La commission des lois avait déjà expliqué que ces informations, qui ne concernent pas les mots de passe, seront « très utiles aux services de renseignement » puisque ces derniers pourront alors suivre à la trace et en temps réel les personnes concernées. Soit un véritable pont dressé avec la loi sur le renseignement.

En séance, juste avant le vote rejetant cet amendement de suppression, Ugo Bernalicis (FI) a fait cette mise au point : « Donc, je résume : on est suspect, on n’a pas de preuve, on est suspect. On peut se voir poser un bracelet avec le consentement, on doit sinon pointer une fois par jour et puis en plus, on doit communiquer ses identifiants, numéro de téléphone, etc. (…) C’est aller très loin dans la remise en cause des libertés individuelles (...) ou alors les principes évoqués de se taire (…) ne veulent plus rien dire dans cette ère d’infrasoupçon ». (3:46:00 de la vidéo).

https://www.nextinpact.com/news/105265-les-deputes-adoptent-lobligation-declarer-tous-ses-identifiants-electroniques.htm?skipua=1

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