jeudi 7 juin 2018

Sous Trump, le lobby israélien s’est mué en hydre à plusieurs têtes

TRIBUNE LIBRE / par Jonathan Cook

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Depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, le lobby israélien a mobilisé quatre autres puissants lobbies : les évangéliques chrétiens, la droite alternative, le complexe militaro-industriel et l’Arabie saoudite.

Les récentes mesures prises par l’administration Trump dans le conflit israélo-palestinien vont à coup sûr dissiper le moindre doute quant à l’énormité et la dangerosité de l’influence du lobby israélien à Washington.

Sous Trump, ce lobby a démontré un pouvoir d’influence sans précédent – même par rapport à ses propres normes – au mépris flagrant de toutes les plus évidentes priorités américaines.

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On a d’abord eu droit, en mai, au déménagement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, non pas dans la plus grande discrétion, mais lors du 70eanniversaire du jour le plus sensible du calendrier palestinien : la Nakba. Ce jour-là, les Palestiniens commémorent leur expulsion massive de leur patrie en 1948.

En déplaçant l’ambassade, Trump a donné la bénédiction officielle des États-Unis pour mettre en pièces un processus de paix de 25 ans – et en choisissant la date de la Nakba pour organiser le transfert, il a provoqué les Palestiniens et, par extension, le monde arabe tout entier, en leur rappelant cruellement leur défaite.

Puis, la Maison-Blanche en a rajouté en félicitant les tireurs d’élite israéliens qui, le même jour, venaient de massacrer des dizaines de Palestiniens sans armes, qui protestaient contre la clôture du périmètre autour de Gaza. Il n’est pas exclu qu’une série de déclarations émanant de la Maison-Blanche ait été dictée par le Premier ministre israélien d’extrême droite, Benyamin Netanyahou lui-même.

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Aux Nations unies, les États-Unis ont bloqué une résolution du Conseil de sécurité réclamant que ce massacre fasse l’objet d’une enquête, tandis que Nikki Haley, l’envoyé de Trump à l’ONU, faisait observer aux autres délégués : « Aucun pays dans cette assemblée n’agirait avec plus de retenue qu’Israël ».

Aucune de ces mesures ne servait la moindre priorité nationale américaine, pas plus que la décision prise par Trump la semaine précédente de déchirer l’accord nucléaire de 2015 avec l’Iran – depuis longtemps critiqué par le gouvernement israélien.

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En fait, c’est tout le contraire : ces actions risquent d’enflammer les tensions jusqu’à provoquer une guerre régionale entraînant rapidement les grandes puissances, ou motiver des attaques terroristes sur le sol américain.

Mur du silence

Rappelons-nous qu’il y a deux décennies, il était impossible de suggérer l’existence d’un lobby israélien à Washington sans être taxé d’antisémite.

Paradoxalement, les partisans d’Israël ont exercé ce pouvoir même dont ils niaient l’existence, et soumis leurs opposants par l’intimidation, tout en prétendant que toute évocation d’un lobby israélien ne reposait que sur des « tropes* » antisémites du pouvoir juif.

Le mur du silence n’a été brisé qu’avec la publication en 2006 d’un essai fondateur – publié en livre par la suite – de deux éminents universitaires américains, John Mearsheimer et Stephen Walt.

Or, ces deux auteurs n’ont pas réussi à trouver un seul éditeur aux États-Unis, ce qui atteste de l’implacable emprise de ce lobby, alors même qu’on venait de le sortir de l’ombre. Pour trouver ses lecteurs, l’essai a dû être publié de l’autre côté de l’Atlantique, par la prestigieuse, quoique confidentielle, London Review of Books. L’un de ces écrivains, Stephen Walt, a publiquement admis que sa carrière en avait pâti.

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Il se présente depuis une petite marge de manœuvre sur le sujet. Même le chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman, ardent défenseur d’Israël, a reconnu l’existence du lobby.

En 2011, il a expliqué un rituel bien établi, quoique stupéfiant, de la politique américaine : à chaque visite aux États-Unis d’un Premier ministre israélien, le Congrès l’accueille avec plus de ferveur que le président américain lui-même. Friedman fit observer : « J’espère que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, comprend que, s’il a été gratifié de l’ovation reçue au Congrès cette année, ce n’était pas pour sa politique. Son ovation a été achetée et payée par le lobby israélien ».

Intimidation du Congrès

Friedman faisait allusion au réseau d’organisations du leadership juif et des comités d’action politique aux États-Unis, tous agressivement pro-israéliens, qui, au moment des élections, envoient régulièrement d’importantes sommes d’argent pour soutenir ou desservir tel ou tel candidat du Congrès.

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Non que ces organisations pro-israéliennes contrôlent le Congrès, mais elles maîtrisent les techniques d’intimidation politique. Elles comprennent et exploitent les failles du système américain où s’engouffrent les lobbies et leurs moyens financiers pour dicter les programmes de la plupart des législateurs américains. Chacun des membres du Congrès est vulnérable – non seulement parce qu’il risque de perdre de généreux donateurs, mais de se retrouver aussi face à un adversaire généreusement financé.

Le principe de « suivre la trace de l’argent » ne trouve pas meilleure illustration que dans le cas de Trump. Au début de sa course vers l’investiture du parti républicain pour la présidentielle – dans laquelle si peu d’observateurs lui donnaient une chance qu’il en était réduit à financer sa campagne sur ses deniers personnels – il tenait des propos relativement critiques à l’égard d’Israël.

Aussi difficile à croire que cela puisse paraître aujourd’hui, il avait promis de rester « neutre » sur la question israélo-palestinienne. Il avait exprimé des doutes quant l’opportunité et la logique d’offrir à Israël des milliards de dollars par an en aide militaire, soutenu une solution à deux États et refusé de s’engager à reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

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Tout cela a été abandonné dès qu’il a eu besoin de gros bailleurs de fonds pour mener jusqu’au bout sa candidature présidentielle. Le faiseur de rois du parti républicain, c’est Sheldon Adelson, milliardaire des casinos et champion de la politique israélienne ultranationaliste et anti-arabe, dans laquelle excelle Netanyahou. Adelson aime tellement Netanyahou qu’il lui a même acheté un journal, Israel Hayom, qu’Adelson a développé au point d’en faire le quotidien le plus diffusé en Israël.

Tout compte fait, Adelson a soutenu la campagne électorale de Trump à hauteur de 35 millions de dollars. C’est parce qu’il avait besoin du soutien d’Adelson que Trump a nommé David Friedman – bienfaiteur de longue date des colonies juives illégales en Cisjordanie – au poste (supposé non partisan) d’ambassadeur des États-Unis en Israël. Et lors de l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem la semaine dernière, Adelson faisait partie des invités d’honneur.

Le vilain petit canard de l’antisémitisme

Ceux qui accusent d’antisémitisme quiconque ose soulever la question du lobby israélien, soit comprennent de travers ce qui est revendiqué, soit en donnent, intentionnellement, une représentation fallacieuse.

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Personne, hormis les antisémites haineux, facilement identifiables, ne se livre à la réactualisation des Protocoles centenaires des Sages de Sion – un faux document célèbre rédigé par les partisans du tsar russe, censé prouver que ‘’les juifs’’ cherchaient à dominer le monde en faisant main basse sur banques et médias.

Pour commencer, l’argument sur l’existence d’un lobby israélien ne fait aucunement référence aux personnes juives. Est en cause un pays, Israël, et son influence démesurée sur les politiques nord-américaines.

D’autres pays ou groupes de citoyens américains tentent d’exercer ce genre d’influence, soit par le biais de lobbies similaires, soit en recourant à divers subterfuges.

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Personne n’oserait nier l’existence du lobby cubain – ce groupe de pression qui a contribué à orienter la politique américaine et cherché à évincer le leader révolutionnaire Fidel Castro. Encore actuellement, la quasi-totalité des législateurs américains écument de rage devant ce qu’ils interprètent comme des manœuvres occultes déployées par la Russie en vue d’orienter la politique américaine dans le sens de Moscou.

Pourquoi devrait-on croire qu’il en va tout autrement d’Israël ? La question n’est pas de savoir si le lobby existe, mais pourquoi le système politique américain ne fait rien pour se soustraire à son ingérence.

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Si la prétendue main invisible du leader russe Vladimir Poutine s’ingérant dans les affaires américaines fait peser une telle menace, pourquoi celle d’Israël serait-elle au-delà de tout soupçon ?

Cinq lobbies en un

Plutôt que démasquer et affronter le lobby israélien, les présidents américains se sont généralement volontiers ralliés à sa cause. Ce qui s’est clairement vu, entre autres, lorsque Barack Obama a rétropédalé lors de sa première confrontation avec Netanyahou, à qui il demandait de limiter l’expansion des colonies juives illégales en Cisjordanie.

Sous Trump, en revanche, le lobby israélien en est venu à exercer un pouvoir sans égal, parce qu’on a affaire désormais à bien plus qu’un seul et unique lobby. Il s’agit d’une hydre à cinq têtes, digne de la mythologie grecque, et une seule d’entre elles relève directement d’Israël ou des juifs américains organisés.

En fait, le pouvoir du lobby n’émane désormais plus d’Israël principalement. Depuis l’élection de Trump, le lobby israélien a réussi à absorber et à mobiliser quatre puissants lobbies supplémentaires – et ce dans des proportions inédites : les évangéliques chrétiens, la droite alternative, le complexe militaro-industriel et le lobby de l’Arabie saoudite.

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La victoire électorale de Trump dans son propre pays dépendait de sa capacité à rallier à sa cause deux groupes profondément engagés en faveur d’Israël, tout en étant largement indifférents, voire activement hostiles, aux juifs de ce pays.

Les dirigeants de l’extrême droite américaine – coalition peu structurée de groupes suprématistes blancs et néonazis – se sont entichés d’Israël, mais n’aiment généralement pas les juifs. Ce sentiment a été résumé par le leader d’extrême droite, Richard Spencer, qui se qualifie lui-même de « sioniste blanc ».

Bref, la droite alternative chérit Israël parce que ce pays a réussi à perpétuer un modèle, depuis longtemps décrié, de forteresse patriotique raciste et belliqueuse. Elle voudrait que les États-Unis deviennent un pays exclusivement réservé à une communauté « blanche » fantasmée, tout comme Israël se veut l’incarnation d’une communauté exclusivement juive.

Trump s’appuie sur le vote de l’extrême droite, comme en témoigne la nomination précipitée à son administration de plusieurs personnalités associées à ce courant, dont Steve Bannon, Stephen Miller, Michael Flynn, Julia Hahn et Sebastian Gorka.

Réaliser la prophétie divine

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Toutefois, le rôle des évangéliques est encore plus déterminant. C’est ainsi que le fervent chrétien Mike Pence a été désigné colistier de Trump. Son équipe avait compris que les voix de dizaines de millions d’Américains lui seraient acquises si Trump se conformait à leurs préjugés.

Pour le plus grand bonheur de Netanyahou, leur plus grand parti-pris se traduit par un soutien fanatique à Israël, non seulement à l’Israël restreint à l’intérieur de ses frontières actuelles internationalement reconnues, mais surtout au Grand Israël, qui englobe des dizaines de colonies juives illégales construites sur des terres palestiniennes.

Les sionistes chrétiens croient que les juifs doivent être regroupés au sein de leur patrie biblique afin que s’accomplisse la prophétie divine qui provoquera la seconde venue du Messie.

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C’est surtout par souci de plaire aux sionistes chrétiens que Trump a transféré l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Et c’est aussi pourquoi deux pasteurs évangéliques connus pour leurs propos antisémites, John Hagee et Robert Jeffress, ont été appelés à gratifier de leurs bénédictions la cérémonie d’ouverture.

Trump est redevable envers les évangéliques – on a donc motif à s’inquiéter de sa politique dans la région. Les sionistes chrétiens ne s’intéressent pas aux principes d’équité, de justice ou de droit international. Ils sont au contraire prêts à attiser les tensions au Moyen-Orient – et même à déclencher l’Armageddon lui-même – s’ils y voient un moyen de renforcer Israël et de réaliser la prophétie divine.

Mise en garde d’Eisenhower

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Le complexe militaro-industriel jouit d’une influence de bien plus longue date, quoique plus masquée, sur la politique américaine. Déjà en 1961, un ancien général de l’armée américaine devenu président, Dwight Eisenhower, avait mis en garde contre la menace imminente d’un secteur privé de plus en plus envahissant, et dont les marges bénéficiaires sont tributaires de l’ampleur des guerres.

Depuis, le pouvoir de ces grandes sociétés s’est accru et étendu, exactement comme le craignait Eisenhower. Pour le plus grand bonheur d’Israël.

Dans son livre The Fateful Triangle, publié au début des années 1980, Noam Chomsky, intellectuel américain dissident, observait qu’Israël et États-Unis ne partageaient pas les mêmes perceptions du Moyen-Orient.

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Les États-Unis incarnaient alors ce que Chomsky appelait le « pouvoir du statu quo », avant tout soucieux de préserver l’ordre régional existant. Israël, au contraire, s’employait à la déstabilisation de la région – sa balkanisation – et en a fait sa stratégie, en vue d’étendre son hégémonie sur des États voisins divisés, chacun d’entre eux en proie à de constantes querelles intestines.

On constate sans peine aujourd’hui quelle vision du Moyen-Orient a prévalu. Les industries de guerre dont le siège social est aux États-Unis font pression en faveur d’une « guerre mondiale permanente contre le terrorisme », gourmande en jouets meurtriers coûteux – dont elles ont déjà largement profité. L’Occident a même réussi à présenter ses guerres d’agression contre d’autres États souverains sous l’étiquette « humanitaire ».

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Les avantages qu’en retire le complexe militaro-industriel se traduisent par les profits exponentiels enregistrés ces dix dernières années par les grands marchands de canons américains comme Lockheed Martin ou Raytheon.

Entretenir les peurs

Israël n’a pas seulement bénéficié des sanctions contre ses rivaux régionaux et de leur démembrement – Syrie, Irak et Iran – mais a également saisi cette occasion pour se rendre indispensable à la prospérité de ces industries de guerre.

Il a, par exemple, été la cheville ouvrière du développement et du perfectionnement de nouvelles façons d’exploiter la culture de la peur – dont la plus importante, l’industrie toujours en pleine expansion de la « sécurité intérieure ».

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Israël se sert des territoires palestiniens occupés à des fins d’expérimentation et s’est spécialisé dans le développement de nombreuses technologies : surveillance et biométrie, méthodes létales et non létales de contrôle des foules, systèmes complexes d’incarcération, profilage psychologique des populations assujetties, et redéfinitions très douteuses du droit international visant à la levée des sanctions en vigueur en cas de crimes de guerre et guerres d’agression.

Cette situation s’avère incommensurablement bénéfique aux industries militaires qui cherchent à tirer profit des nouvelles guerres et occupations au Moyen-Orient. De plus, l’expertise d’Israël en la matière s’en trouve désormais très recherchée par les élites politiques et sécuritaires américaines qui souhaitent pacifier et contrôler des populations nationales agitées.

La déstabilisation du Moyen-Orient encouragée par Israël fait peser de nouvelles menaces sur les États-Unis – protestations, immigration et terrorisme – pour lesquelles Israël fournit alors des solutions clé en main.

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Israël a contribué à rationaliser la militarisation des forces de police aux États-Unis et ailleurs, et assure leur formation. Il a aussi progressivement introduit – aux États-Unis comme dans d’autres pays occidentaux – le type de profilage racial et politique qui est, depuis longtemps, la norme en Israël.

C’est la raison pour laquelle l’universitaire israélien Jeff Halper vient de tirer la sonnette d’alarme : la « guerre contre le terrorisme » pourrait, en fin de compte, faire de nous tous des Palestiniens.

Alliance avec l’Arabie saoudite

Mais le plus gros coup de pouce qui a renforcé la puissance d’Israël à Washington est sans doute sa nouvelle alliance, à peine dissimulée, avec l’Arabie saoudite.

Pendant des décennies, le lobby pétrolier américain fut perçu comme contrepoids au lobby israélien. C’est pourquoi les partisans d’Israël ont toujours conchié le Département d’État américain, perçu comme l’incarnation d’un avant-poste arabisant.

Plus maintenant. Trump, en homme d’affaire fidèle à lui-même, a cultivé des liens encore plus étroits avec les Saoudiens dans l’espoir que les ventes d’armes et de technologies revitaliseront l’économie des États-Unis et feront advenir leur renaissance politique.

Lors d’une visite du prince héritier Mohammed ben Salmane aux États-Unis en mars, M. Trump a précisé : « L’Arabie saoudite, nation très riche, va, nous l’espérons, faire bénéficier les États-Unis d’une partie de son abondance, sous la forme d’emplois et en acquérant les meilleurs équipements militaires au monde ».

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Or, les liens étroits qu’entretiennent Washington et les Saoudiens ressemblent de plus en plus à une aubaine pour Israël, plutôt qu’à un obstacle. Ces deux pays se sont trouvé une cause commune : ils s’opposent fébrilement à l’Iran et à ses alliés chiites en Syrie et au Liban, et ils sont déterminés à les empêcher d’acquérir encore plus de pouvoir dans la région.

Israël est en quête d’une hégémonie militaire sur le Moyen-Orient, et l’Iran risque de la compromettre. De son côté, Riyad a besoin d’une hégémonie idéologique et financière, que l’Iran a les moyens de contrarier.

Quant aux Palestiniens – la seule question qui continue de diviser profondément Israël et l’Arabie saoudite – ils sont de plus en plus perçus par ben Salmane comme une pièce de jeu d’échecs qu’il est tout disposé à sacrifier en échange de la destruction de l’Iran.

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Trump a déchiré, avec l’enthousiasme incendiaire que l’on sait, l’accord nucléaire conclu entre Obama et l’Iran parce que ses deux alliés du Moyen-Orient le lui ont conjointement réclamé.

Et tout indique qu’il pourrait faire pire encore – jusqu’à attaquer l’Iran – si la pression d’Israël et des Saoudiens atteignait une masse critique.

L’heure est à un peu plus d’humilité

Tous ces différents lobbies exercent depuis longtemps un pouvoir considérable à Washington, mais ils restent profondément divisés. Ces dernières années, en revanche, leurs intérêts se sont considérablement entremêlés, de sorte qu’Israël devient de plus en plus incontournable en politique américaine.

Sous Trump, leurs priorités ont si bien convergé que ce lobby multicéphale a capté la présidence sur les questions qui le concernent le plus, et d’autant plus efficacement qu’il joue collectif.

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Je ne dis pas que le lobby israélien est à l’avenir à l’abri de tout défi. D’autres menaces émergent en réaction au pouvoir irresponsable du lobby israélien : notamment, les voix progressistes sur la scène politique américaine qui, pour la première fois, rompent avec le caractère, de longue date, bipartisan du débat sur Israël.

La progression inattendue de Bernie Sanders dans la course à l’investiture démocrate pour la présidentielle, la montée en puissance du mouvement international Boycott, désinvestissement et sanction (BDS), la désaffection croissante des jeunes juifs américains envers Israël, et la dénonciation grandissante des crimes israéliens par l’opinion publique américaine sur les réseaux sociaux sont autant de signes révélateurs de tendances lourdes, qu’Israël aura du mal à contrer ou à inverser.

Israël est en train d’obtenir en ce moment ce qu’il recherche depuis toujours. Mais contre le péché d’orgueil, nous avons été mis en garde depuis l’époque de la Grèce antique.Israël pourrait en venir à un peu plus d’humilité – par la manière forte.

Jonathan Cook

Jonathan Cook est un journaliste anglais basé à Nazareth depuis 2001. Il a écrit trois ouvrages sur le conflit israélo-palestinien et remporté le prix spécial de journalisme Martha Gellhorn. Vous pouvez consulter son site web et son blog à l’adresse suivante : www.jonatthan-cook.net.

Article original traduit par Dominique Macabies.

https://arretsurinfo.ch/sous-trump-le-lobby-israelien-sest-mue-en-hydre-a-plusieurs-tetes/

*TROPE, subst. masc.

A. − RHÉTORIQUE

1. [Dans l'anc. rhét.] Figure par laquelle un mot prend une signification autre que son sens propre. Les Tropes sont certains sens plus ou moins différens du sens primitif, qu'offrent, dans l'expression de la pensée, les mots appliqués à de nouvelles idées (P. Fontanier, Les Figures du disc., Paris, Flammarion, 1968, [1821], p. 39). (...)http://www.cnrtl.fr/definition/trope

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mardi 5 juin 2018

Irak après les élections… Les communistes en tête

et les communistes vainqueurs des élections de 2018 en

ACT IRAL ELECTIONS

Moqtada Al-Sadr, le dirigeant chiitequi a scellé une alliance inédite avec les communistes au sein de la coalition “Sairoun”, avec un programme axé sur la réforme de l’État, pour la justice sociale, contre la corruption et le confessionnalisme et pour le renouvellement politique,  est arrivé en tête aux dernières élections.

Coiffé du turban noir des descendants du Prophète, défenseur d’un islam puritain et très impliqué dans l’action sociale, Al-Sadr a pu compter sur une base dévouée dans les quartiers chiites défavorisés de Bagdad et des provinces du sud du pays, qui voient en lui l’héritier naturel du courant « sadriste » depuis la mort de son père, le grand ayatollah Mohammed Sadiq Al-Sadr, assassiné sous Saddam Hussein en 1999.

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L’invasion de l’ Irak par les États-Unis en 2003 l’avait propulsé à la tête de l’insurrection chiite contre la troupe américaine. Puis sa milice, l’Armée du Mahdi, avait pris une part majeure à la guerre civile contre les sunnites de 2006 à 2008. Son mouvement défendait des positions très réactionnaires et sectaires. Mais, avec l’expansion de l’OEI en 2014, Moqtada Al-Sadr a adopté une ligne politique anti-confessionnelle et patriotique. Lorsqu’ est né, à l’été 2015, un vaste mouvement populaire de contestation contre la corruption et pour la réforme de l’État, son courant et le Irakien ont progressivement fait alliance.

C’est cette “Alliance des révolutionnaires réformistes” qui a gagné les dernières législatives.

 Le parti communiste irakien.

La fin des années 1970 a vu le Parti Baath, mené par Saddam Hussein, tenter encore une fois d’écraser le Parti Communiste : en mai 1978, 31 membres et sympathisants étaient exécutés, accusés d’activisme politique dans l’armée.

Pendant la campagne systématique de répression et de terreur qui a suivi, des dizaines de milliers de communistes et de sympathisants ont été détenus, torturés et exécutés. Le PCI a été interdit et avoir la carte du Parti était passible de la peine capitale. Le Parti a continué le travail clandestin. Le PCI était impliqué activement dans les efforts pour unir les forces patriotiques dans une large alliance pour mettre fin à la guerre Irak-Iran et pour renverser la dictature.

Le parti s’est opposé fermement aux guerres d’agression criminelles et aventureuses de Saddam, y compris la guerre sanglante Irak-Iran (1980-1988) et l’invasion du Koweït (1990), qui  ont servi les intérêts de l’impérialisme américain et de ses plans pour le Moyen-Orient.

Le PCI s’est opposé aux sanctions économiques sévères imposées par le Conseil de Sécurité de l’ONU à l’Irak après l’invasion du Koweït par Saddam. Il a appelé à la levée immédiate des sanctions pesant sur le peuple Irakien et à l’intensification de la lutte pour mettre fin à la dictature.

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À sa 5ème Conférence Nationale, qui s’est tenue au Kurdistan Irakien en 1993, le PCI a adopté la politique de « La Démocratie et du renouveau » .  Le PCI s’est opposé à la guerre américaine en Irak, tout en rejetant la dictature de Saddam et en s’efforçant de la renverser. Le mot d’ordre « Non à la guerre – Non à la dictature » a résumé la position du parti. Il a considéré que la voie juste menant à la construction d’un Irak fédéral unifié et démocratique était de renverser la dictature à travers l’unité des forces patriotiques dans une large alliance, basée sur un programme clair pour mobiliser le peuple, et jouissant d’un soutien et d’une solidarité internationale légitimes.

Le PCI s’est opposé ouvertement et a rejeté les politiques bellicistes et hégémoniques des États-Unis. Il s’est opposé à la guerre, à l’invasion et l’occupation impérialistes renforçant ainsi sa crédibilité auprès du peuple.

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Dans la situation unique et extrêmement complexe qui s’est développée après la guerre, à la suite de la chute de Saddam Hussein, avec l’effondrement de l’État Irakien, le PCI a eu recours à la lutte politique comme forme principale de lutte contre l’occupation, pour recouvrer la souveraineté et l’indépendance du pays. C’est donc sur cette base que le PC Irakien a passé alliance avec Al-Sadr.

Maintenant les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement sont en cours. Al-Sadr a déclaré “que le nouveau gouvernement ne serait “pas sunnite, chiite, arabe, kurde, nationaliste ou sectaire, mais un vrai gouvernement irakien avec une véritable opposition [au parlement]”.

Reste à observer l’attitude de l’impérialisme étasunien et de l’ Iran dans un contexte proche-oriental extrêmement tendu du fait de la politique belliciste de la Maison-Blanche.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/international/irak-apres-les-elections-les-communistes-en-tete/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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dimanche 27 mai 2018

Irlande : 60% des électeurs pour le «oui» au référendum sur l'avortement

Selon des premiers résultats officiels partiels, le «oui» l'aurait emporté à 60% des voix au référendum sur l'avortement organisé le 25 mai, en Irlande.

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Près de 3,5 millions d'Irlandais étaient appelés aux urnes le 25 mai de 7h à 22h pour se prononcer sur la suppression de l'interdiction constitutionnelle de l'avortement, au cours d’un référendum historique. Les premiers résultats officiels partiels publiés le 26 mai donnent le «oui» vainqueur à 60% des voix. 

Même si les deux camps ont mené campagne jusqu’au dernier moment, la mobilisation pour l’autorisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en Irlande semble avoir porté ses fruits, le «oui» paraissant l'emporter d'après les premiers résultats officiels. Dans les rues de Dublin, le badge ou le tee-shirt «Yes» était ainsi arboré par de nombreuses personnes favorables à l’IVG. Pour la première fois depuis 35 ans, le pays peut entrevoir l’autorisation de l'avortement sans conditions jusqu’à 12 semaines de grossesse, interdit jusqu’ici par le 8e amendement de la Constitution, sauf en cas de danger pour la vie de la mère.

118 000 personnes se sont inscrites sur les listes électorales en vue de ce référendum. De nombreux citoyens ont témoigné de leur passage aux urnes au cours de la journée. Certains pour le «oui»...

...tandis que d'autres affichent leur soutien au maintien de l'interdiction.

Selon la loi irlandaise, pour être autorisé à voter, il faut être présent sur le territoire. Un vaste mouvement de retour au pays s’est orchestré parmi la diaspora irlandaise pour voter en masse. Les Irlandais expatriés ont largement fait part de leur voyage sur Twitter, à grand renfort de hashtags #HomeToVote. Ils ont déclenché une vague de sympathie internationale d'internautes déclarant être émus aux larmes par cet élan citoyen.    

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Jusqu’ici, les Irlandaises qui avortaient encouraient jusqu’à 14 ans de prison. Depuis l'adoption du 8e amendement dans la Constitution en 1983, 168 000 femmes se sont rendues à l'étranger pour avorter, ce qui équivaut à 13 femmes par jour. 

Le gouvernement irlandais, dirigé par le parti de centre droit Fine Gael, avait décidé en janvier de remettre en question cette loi très restrictive, sous l’impulsion du Premier ministre Leo Varadkar. Le parti avait dû faire alliance avec un bloc de députés indépendants pour s'assurer d’un soutien majoritaire dans sa démarche du référendum. Une campagne moderne et très active sur les réseaux sociaux avec #Repealthe8th, «rejet du 8e amendement» et #TogetherforYes, «ensemble pour le oui», avait dès lors battu son plein pour convaincre les Irlandais d’assouplir la loi.

https://francais.rt.com/international/51016-engouement-populaire-irlande-pour-referendum-sur-l-avortement

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Une "démocratie" à géométrie variable:

Le référendum constitutionnel irlandais, tenu le 12 juin 2008, avait pour objet la ratification du Traité de Lisbonne. Celui-ci a été rejeté par 53,4 % des voix contre 46,6 %.

Techniquement le référendum portait sur le vingt-huitième amendement à la Constitution, projet de loi déposé par le Gouvernement irlandais en 2008 destiné à amender la Constitution de l'Irlande dans le but de pouvoir ratifier le Traité de Lisbonne relatif aux institutions de l'Union européenne.

Le premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré : « Le référendum en Irlande ne disqualifie pas le traité de Lisbonne. L’Europe trouvera un moyen de le faire entrer en vigueur7 ».

Le premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero : « Il n’est pas possible que l’Irlande, avec tout le respect pour son choix démocratique, puisse stopper un projet aussi nécessaire8 ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_irlandais_de_2008_sur_le_trait%C3%A9_de_Lisbonne

Un référendum constitutionnel a eu lieu en Irlande le 2 octobre 2009 pour rendre possible la ratification du traité de Lisbonne, après le rejet lors du référendum constitutionnel irlandais de 2008.

Techniquement, ce second référendum porte comme le précédent sur le vingt-huitième amendement à la Constitution, projet de loi déposé par le Gouvernement irlandais le 8 juillet 2009 destiné à amender la Constitution de l'Irlande dans le but de pouvoir ratifier le traité de Lisbonne relatif aux institutions de l'Union européenne.

RESULTATS 2 REFRENDUM EIREhttps://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_irlandais_de_2009_sur_le_trait%C3%A9_de_Lisbonne

A quand un 2° referendum sur l'avortement en Irlande? ....P.G.

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Les racines du sionisme chrétien américain

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Un article intéressant pour mieux comprendre certains aspects importants de la culture américaine. Trop long pour être reproduit ici, je ne vous en livre que quelques extraits mais ceux qui s'intéressent aux racines culturelles, philosophiques et religieuses des peuples tireront profit, à mon avis, de sa lecture intégrale.  P.G


 

Par Christopher Pisarenko

TL SIONISME CHRETIEN

 

Bien avant que John Locke ne commence à écrire ses œuvres à la fin du XVIIe siècle qui ont jeté les bases du libéralisme politique dans le monde anglo-saxon (et l’Occident), il existait déjà les opinions religieuses profondément enracinées de Martin Luther et Jean Calvin. Les œuvres de ces deux pères fondateurs du protestantisme ont beaucoup influencé la Weltanschauung spirituelle, culturelle, politique, sociale et économique des Américains, beaucoup plus que tout écrit de Locke ou de l’un des autres philosophes du contrat social des Lumières (par exemple Hobbes, Rousseau, Kant, etc). Cette vision américaine unique du monde, ou plus spécifiquement de sa culture-âme, apparue sur les côtes rocheuses de la Nouvelle Angleterre durant la première moitié du XVIIe siècle, peut en effet être qualifiée de « calviniste » car elle présente de nombreux traits calvinistes tels que l’Éthique protestante, l’individualisme acharné, une obsession pour le concept du peuple élu de Dieu, la croyance en l’exceptionnalisme, une mission mondiale universelle, etc.

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Cependant, il existe un catalyseur idéologique spécifique au sein du calvinisme, qui a jeté les bases de la tradition du sionisme chrétien − une tradition qui a fleuri en Amérique du Nord pendant les 400 dernières années et qui prospère aujourd’hui comme jamais auparavant parmi les chrétiens évangéliques, les néoconservateurs et une variété d’autres groupes. Le catalyseur idéologique auquel il est fait allusion est l’interprétation de la prophétie judéo-centrique. Sans ce catalyseur idéologique fondamental fermement implanté (tel qu’il l’était dans la théologie protestante primitive), il est hautement douteux que la doctrine subséquente du sionisme chrétien soit jamais apparue − une doctrine qui a eu une énorme influence non seulement sur la religion et la politique mais aussi sur la culture et l’identité américaines.

Sans aucun doute, les plus ardents défenseurs du sionisme chrétien aux États-Unis aujourd’hui sont des chrétiens évangéliques. Ici, il est important de comprendre que les évangéliques ne sont pas seulement un groupe religieux, mais qu’ils sont un bloc politique très mobilisé qui jouit d’un énorme soutien national (surtout dans le Sud et le Midwest), et qu’ils exercent donc une grande puissance politique.

(...)

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En tout cas, au milieu du XVIIIe siècle, après plus d’un siècle d’endoctrinement judéo-centrique et de propagande basée sur la chaire, les colons anglais d’Amérique du Nord (et surtout ceux de Nouvelle-Angleterre) commencèrent à se considérer comme juifs, c’est-à-dire ils ont commencé à s’identifier fortement comme un deuxième Israël. Cette conviction est particulièrement forte dans les années qui ont précédé la guerre d’Indépendance américaine − pour former ce que l’historien Nathan Hatch appelle le millénarisme civil. Ce que Hatch entend par « millénarisme civil », c’est que l’idée de devoir civique ou patriotique et d’engagement politique a finalement coagulé avec la prophétie millénariste pour créer un système de croyance civique dans lequel l’identité politique et nationale se combine avec ses croyances religieuses. Et en effet, c’était un phénomène qui s’est produit énormément en Nouvelle-Angleterre et, par extension, dans toutes les autres colonies. Par rapport à toutes les autres colonies, la Nouvelle-Angleterre dominait en termes d’influence intellectuelle. Il est donc important que le lecteur comprenne que pratiquement toutes ces idées et ces premières œuvres « américaines » ont leur origine dans les esprits des zélateurs religieux les plus importants de la Nouvelle-Angleterre, depuis longtemps décédés.

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Ainsi, alors que nous entrons dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, lorsque le gouvernement britannique a intensifié sa « tyrannie » contre les coloniaux libres et très prospères (via la loi sur le timbre, la loi sur le thé, etc.), la tradition de l’interprétation de la prophétie judéo-centrique (ainsi que la croyance ancestrale dans l’Antéchrist « turco-catholique ») était facilement combinée avec le millénarisme civil américain de manière à dépeindre le gouvernement britannique − et l’incarnation de ce gouvernement, le Roi George III − comme étant l’Antéchrist ou Satan incarné. Naturellement alors, la guerre éventuelle contre la Grande-Bretagne est apparue à beaucoup de ceux qui descendaient de la race puritaine comme une grande lutte cosmique et apocalyptique entre les forces du Bien et du Mal.

Bien sûr, beaucoup d’historiens américains traditionnels aiment souligner l’opinion dominante selon laquelle les fondateurs des États-Unis étaient de grands admirateurs et adeptes des idées de John Locke, et qu’ils croyaient tous fermement aux principes « libertariens » qui incluent la tolérance religieuse entre autres points de vue éclairés tels que la liberté d’expression ; les droits civils ; le gouvernement limité ; les droits de propriété, etc. Cependant, cette opinion dominante n’est pas du tout exacte. La vérité est que l’influence du puritanisme millénariste (alias le judéo-centrisme alias le sionisme chrétien) sur les fondements idéologiques des États-Unis est grossièrement sous-estimée et sous-représentée dans l’historiographie de l’expérience américaine. C’est une tradition qui nie fondamentalement la tolérance religieuse, nie les droits des minorités et nie la liberté d’expression. Et c’est la tradition sur laquelle les États-Unis sont véritablement fondés.

 

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En fait, c’est le millénarisme civil, en particulier, qui a été le moteur idéologique de la « révolution » américaine (guerre d’indépendance). Puis, à l’Indépendance, l’idée millénariste civile s’est intégrée dans l’identité et la conscience nationales américaines. En d’autres termes, elle est devenue une partie de ce que signifie être « américain ». Ainsi, de plus en plus d’Américains, après l’indépendance, se sont vus comme le Nouvel Israël, le Nouveau Peuple élu, les détenteurs d’une autre alliance avec Dieu, la nation rédemptrice, le dernier bastion de la liberté sur terre, etc., etc. La « boule de neige » a commencé à dévaler la pente, pour ainsi dire. Il ne faut donc pas de grands efforts pour voir comment ce genre de système de croyances millénaristes a conduit à la religion civique moderne de l’exceptionalisme américain et à la vision manifestement fausse et hypocrite selon laquelle l’Amérique est synonyme « de liberté et de démocratie » dans le monde.

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http://lesakerfrancophone.fr/les-racines-du-sionisme-chretien-americain-12

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samedi 26 mai 2018

Philip Roth et le judaïsme, l’histoire d’un malentendu

ARG PHILIP ROTH

L’écrivain américain est mort mercredi 23 mai à l’âge de 85 ans. Son œuvre colossale est marquée par le milieu juif, qu’il dépeint fréquemment et sans concession, et avec lequel il aura suscité maintes controverses et tensions.

Philip Roth chez lui en septembre 2005 à Warren aux Etats-Unis. 

Philip Roth chez lui en septembre 2005 à Warren aux Etats-Unis. / Douglas Healey/AP

Petit-fils d’immigrés juifs d’Europe de l’Est, Philip Roth n’aura néanmoins pas manqué d’être conspué par une partie des juifs aux États-Unis. Sa description de la judéïté, en filigrane de nombre de ses romans, ne témoigne pas d’une particulière bienveillance à l’égard du milieu dans lequel il a grandi, certains y voyant même de l’antisémitisme.

Deux de ses ouvrages en particulier ont suscité la controverse : Goodbye, Columbus (1959) et Portnoy et son complexe (1969). Le premier est aussi son tout premier livre. C’est en réalité un recueil de nouvelles, dont l’une est le point de départ des relations houleuses de l’écrivain avec d’autres juifs. Intitulée Défenseur de la foi et publiée dans le New Yorker, elle a provoqué une avalanche de lettres de lecteurs, pour la plupart hostiles. De nombreux rabbins à New York ont conspué le texte dans leurs sermons. « N’y a-t-il donc personne pour réduire cet homme au silence ? Les Juifs du Moyen Âge auraient su quoi faire de lui », a écrit l’un d’eux dans une lettre à la Ligue Antidiffamation.

 

Le communautarisme et ses dérives exposés

Pourquoi tant de violence contre ce texte ? La nouvelle raconte l’histoire d’un jeune soldat juif qui cherche à obtenir des faveurs d’un frère d’arme, au nom de leur religion commune. Ce qui gêne alors, explique Marc Knobel, historien et directeur des études au Crif, c’est que Philip Roth évoque directement « la question du communautarisme juif aux États-Unis et la question de la solidarité communautaire, en plus du rapport de la laïcité avec des pratiques religieuses spécifiques ».

Philip Roth est accusé par certains de ses détracteurs de « faire autant de mal avec « Défenseur de la foi » que toutes les organisations antisémites pour faire croire que tous les juifs sont des menteurs et des voleurs ». Le texte de l’auteur américain est la cible d’une critique au premier degré qui ne prend pas en compte l’aspect volontairement caricatural de ses personnages. Pour Marc Knobel, la simple lecture d’« Elie le fanatique », autre nouvelle du recueil, « suffit à balayer les accusations d’antisémitisme. L’histoire : des Juifs très intégrés tentent de convaincre un vieux coreligionnaire de cesser de porter son habit traditionnel en public. Le personnage principal, qui fait partie du groupe, se mettra finalement au terme du livre à porter lui-même ces vêtements.

« Un écrivain libre »

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Dix ans plus tard, nouveau vent de polémique avec la parution de son troisième roman « Portnoy et son complexe ». À nouveau, son style cru et sans concession navigue entre son expérience personnelle et la fiction la plus imaginaire, pour servir un récit traitant d’un avocat juif new-yorkais aux obsessions sexuelles marquées. Un mélange des genres qui choque, et soulève une fois encore des critiques, ses détracteurs accusant Philip Roth de véhiculer les pires clichés antisémites.

Pour l’historien Marc Knobel, ce qui suscite un tel malaise des milieux juifs envers Philip Roth est l’incompréhension face à « un écrivain totalement libre. Ils ont pris sa liberté pour de l’antisémitisme ». Récusant ces accusations, l’écrivain a aussi toujours refusé d’être catalogué « écrivain juif », marquant clairement son indépendance.

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« Il s’accorde le droit de caractériser les choses qui lui tiennent à cœur, » décrypte encore l’historien. « D’ailleurs, il n’est pas dur qu’avec les juifs. Il est avant tout dur avec l’Amérique ». Son regard acerbe et sa plume désopilante teintée de caricature se portent sur toute la société, avec le refus marqué d’être limité par la bienséance. « Je ne suis pas certain que Philip se rende toujours compte qu’il est scandaleux, » avait déclaré à son compte le Prix Nobel de littérature Saul Bellow. « C’est un radical. Il estime qu’il doit traiter le bizarre comme si c’était tout à fait normal ».

L’écrivain a beau être sulfureux et se heurter à un certain puritanisme américain, cette totale liberté lui vaudra aussi son succès, en témoigne le fameux « Portnoy et son complexe ». À sa publication, il écoula 275 000 exemplaires en seulement 48 heures.

Joséphine Kloeckner
https://www.la-croix.com/Religion/Judaisme/Philip-Roth-judaisme-lhistoire-dun-malentendu-2018-05-23-1

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mardi 17 avril 2018

Ce qu’a dit Emmanuel Macron face à Bourdin et Plenel

Syrie, mouvements sociaux, laïcité… Dimanche 15 avril, le chef de l’État a abordé de nombreux sujets lors d’une interview télévisée de près de trois heures sur BFMTV, RMC et Mediapart.

ACT MACRON PLENEL BOURDIN

Frappes en Syrie

Emmanuel Macron a justifié les frappes menées dans la nuit de vendredi à samedi 14 avril contre des sites présumés liés à des armes chimiques en Syrie par la nécessité de « reconquérir » une légitimité notamment vis-à-vis « des Russes », « qui ont construit méthodiquement l’impuissance de la communauté internationale ». « C’est se mettre en capacité de dire :”les démocraties et la communauté internationale ne sont pas du côté des faibles” ». Le chef de l’État a toutefois affirmé que la France n’avait « pas déclaré la guerre au régime » syrien.

► SNCF

Emmanuel Macron a refusé l’idée d’une « coagulation des mécontentements » (des cheminots, des zadistes, des étudiants, du personnel hospitalier…). C’est « un amalgame de choses différentes (…) Les un(e) s sont lié(e) s à des décisions prises, les autres à un mal-être qui existait avant mon élection », a-t-il défendu. Au sujet de la grève des cheminots, « c’est une colère que je comprends, que je respecte, mais qui est liée à une décision que nous prenons, que j’assume, une réforme que nous mènerons jusqu’au bout » a-t-il déclaré, confirmant que l’État reprendrait « progressivement » une partie de la dette de la SNCF « à partir du 1er janvier 2020 ».

► Étudiants et zadistes

« J’entends toutes les colères », a dit Emmanuel Macron, qui a toutefois jugé « illégitime » celle des opposants à l’évacuation de la Zad de Notre-Dame-des-Landes : « Je considère que cette colère n’est pas légitime. (…) Il y a des gens qui n’aiment pas l’ordre républicain. » Idem pour celle qui s’exprime dans les universités bloquées, où « les étudiants sont bien souvent minoritaires, ce sont des groupes qui ne sont pas des groupes étudiants qui viennent et ce sont ceux dont j’ai dit »qu’ils étaient « des professionnels du désordre ».

 

► Fiscalité

« Il n’y aura pas de création d’un nouvel impôt local ni d’un impôt national. » Interrogé sur sa réforme de l’ISF, Emmanuel Macron a dit « assumer totalement les gestes fiscaux lorsqu’il (l’argent) est réinvesti dans l’économie, dans le but de garder les talents et d’en attirer ». Il a en outre promis d’être « intraitable » sur la fraude fiscale et a défendu le « verrou de Bercy »(c’est-à-dire le monopole du ministère du budget en matière de poursuites pour fraude – NDLR), interrogeant seulement la création d’« un seuil au-delà duquel, de manière systématique, on transmet les dossiers à la commission d’infraction fiscale », dans un souci de « transparence ».

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► Islam et islamisme

« Cette religion est nouvelle dans la République. » Interrogé sur l’islam, Emmanuel Macron a dit « constater » la peur suscitée par cette religion. Appelant à « pacifier le lien entre les religions », il a également affirmé mener un « travail de reconquête » des « enfants de la République qui sont prêts à céder à la tentation du djihad ».

► Port du voile

Emmanuel Macron a déclaré ne « pas avoir une réponse univoque sur ce point ». « Pourquoi le voile nous insécurise ? Cela n’est pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays. Nous sommes attachés à l’égalité entre l’homme et la femme. On doit l’expliquer, on doit convaincre. Je ne veux pas de loi qui l’interdise dans la rue, ce serait contre-productif. La société, elle n’est pas laïque et doit leur permettre de porter leur voile. Ce que je veux c’est qu’aucune femme ne soit obligée de porter le voile. C’est une bataille pour l’émancipation. »

► Europe

« Je veux en Europe que nous ayons une démocratie forte et vivante, c’est-à-dire que celui qui a un mandat, qu’il l’assume, qu’il décide. (Sinon), ceux qui sont aux franges de la démocratie (les démocraties illibérales) peuvent dire : ''vous le voyez bien, les démocrates sont des faibles''. Moi je pense qu’on peut être démocrate et fort. »

https://www.la-croix.com/France/Politique/Ce-qua-dit-Emmanuel-Macron-face-Bourdin-Plenel-2018-04-16-

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Passionnant! Je suis bien content d'avoir ignoré cette émission: outre les arguments de communication du type "en même temps" qui visent à sidérer l'opinion, je savais qu'un certain nombre de questions dérangeantes ne lui seraient pas posées, comme par exemple:

  

https://www.les-crises.fr/on-a-besoin-de-vous-questions-pour-un-macron/

Il y en a d'autres évidemment, comme par exemple:

"Comment conciliez- vous le concept de souveraineté européenne avec votre rôle constitutionnel qui fait de vous le garant de l'indépendance nationale? Allez- vous modifier la constitution?" Même type de question pour le drapeau européen etc.

P.G.

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jeudi 12 avril 2018

Quels effets aurait une intervention occidentale en Syrie ?

Quand le journal La Croix ("catholique") soutient une intervention militaire occidentale en Syrie; décryptage:

TL LA CROIX VIVE LA GUERRE

Quelques jours après une présumée attaque chimique dans la ville de Douma, les tensions internationales sont palpables ce mardi 10 avril. Les États-Unis et la France semblent en effet sur le point de mettre à exécution leurs menaces de frappes conjointes contre le régime de Damas.

La ville de Douma le 7 avril. ZOOM

La ville de Douma le 7 avril. / Stringer / AFP

Ce ne serait pas la première fois que le régime syrien franchit la ligne rouge de l’usage d’armes chimiques.

[affirmation mensongère: aucune preuve à ce jour!]

Mais, après l’attaque présumée « au gaz toxique » qui a fait des dizaines de mort à Douma samedi 7 avril, Paris et Washington ont promis cette fois-ci de répondre « avec force ». Une décision de la part des deux pays est attendue dans les heures à venir qui pourrait donner lieu à des frappes occidentales contre les positions du régime de Damas.

► Quelles pourraient être les conséquences diplomatiques de telles frappes ?

[La question en elle- même est révélatrice: on pourrait s'attendre, dans un journal "catholique", que la première question portât sur les conséquenes HUMAINES de telles frappes...]

« Cela dépend de la nature des frappes, estime Ziad Majed, politologue et professeur à l’université américaine de Paris.

[Un "expert" dont la neutralité est assurée d'emblée...]

S’il s’agit d’une petite frappe, comme l’année dernière avec l’envoi de missiles Tomahawks contre la base syrienne d’al-Chaaryate (après l’attaque chimique contre le village de Khan Sheikhun), ça n’aura pas de grandes conséquences. Le régime pourra continuer de crier au complot et les Russes en sortiront gagnants. Si les frappes sont d’envergure, le rapport de force ne va pas être modifié sur le terrain, mais cela pourrait pousser vers une sortie de crise. »

[Oui, vous avez bien lu, c'est un appel au meurtre, en toute tranquillité, présenté comme la solution à une "sortie de crise"!]

« Actuellement, les Russes ne rencontrent pas vraiment d’opposition armée sérieuse face à eux. Cette dernière n’a que des armes légères, ajoute Ziad Majed.

[traduisez: les jihadistes sont des amateurs, presque des touristes...]

Avec des frappes d’ampleur de la part des Américains et des Français, il y aurait un message comme quoi les choses ne peuvent pas continuer, que la guerre doit respecter certaines contraintes. Ils peuvent montrer qu’ils sont capables de fermeté s’ils le veulent. »

[Qu'importe le nombre de morts potentiel, l'important, c'est le message!]

Par le passé, plusieurs cas d’utilisation d’armes chimiques ont été imputés au régime de Damas. Après le massacre de la Ghouta en août 2013, les États-Unis et la France avaient failli intervenir, avant que les Américains ne fassent marche arrière. Bachar Al Assad avait nié avoir fait usage de gaz sarin, avant de finalement en livrer 1 million de tonnes à l’OIAC, dans le cadre d’un accord international. « Le régime en avait probablement gardé ou en a refait plus tard, poursuit Ziad Majed. Par la suite, il y a eu des attaques au chlore. Dans l’attaque du 7 avril, il semblerait qu’il s’agisse d’un mélange de chlore et de gaz sarin. »

[Attention, là, ce n'est pas du complotisme, c'est un universitaire qui parle!]

INFOGRAPHIE – Syrie : sept années d’impuissance internationale face aux armes chimiques

► Les Occidentaux ont-ils intérêt à attendre que la preuve soit faite de l’utilisation d’armes chimiques ?

L’intervention occidentale pourrait attendre le vote d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. La Russie, indéfectible soutien du régime de Damas, nie le fait qu’il y ait eu une attaque chimique et demande qu’une enquête soit effectuée. Elle a d’ailleurs rédigé son propre projet de résolution à l’ONU, en concurrence avec celui déposé peu avant par les États-Unis et qui vise à l’instauration d’un mécanisme d’enquête internationale sur le recours des armes chimiques en Syrie.

Moscou n’en est plus à une contradiction près, comme le rappelle Ziad Majed : « À cause du veto russe, le Mécanisme conjoint d’enquête sur l’utilisation présumée d’armes chimiques en Syrie (JIM) a été arrêté l’année dernière. Il avait prouvé la responsabilité du régime syrien dans les attaques chimiques précédentes. Maintenant, les Russes veulent une enquête. »

["Le JIM présente « des lacunes fondamentales », avec le recueil de témoignages douteux, des approximations dans le travail d'enquête, a rétorqué l'ambassadeur russe, Vassily Nebenzia/ http://www.rfi.fr/moyen-orient/20171117-syrie-onu-jim-enquetes-armes-chimiques-russie]

Et pour cause, ces derniers ont tout intérêt à jouer la montre : « En fait, cela leur servirait à gagner du temps et nourrir une théorie du complot comme ils en ont l’habitude, reprend le politologue. Les Russes, qui contrôlent le terrain, sont sûrement déjà en train de camoufler les preuves et de modifier la scène de crime. Les Occidentaux ont intérêt à agir au plus vite car, s’il faut attendre les résultats d’une commission d’enquête, ils montreront tout autre chose de la réalité. »

 

Le régime syrien a d’ailleurs invité l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) à venir enquêter sur les lieux de la supposée attaque chimique. « Je pense que les preuves de la responsabilité du régime syrien dans cette attaque existent déjà. Il a été prouvé qu’il avait déjà fait utilisation de gaz sarin par le passé et il est le seul à avoir une aviation qui survole cette zone. »

Eddie Rabeyrin
https://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/Quels-effets-auraient-intervention-occidentale-Syrie-2018-04-10-

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En résumé, pour faire passer un message (évangélique?), rien de tel que des frappes d'une "certaine ampleur", le plus vite possible, une version "moderne" et "progressiste" de la formule "aimez vous les uns les autres", sans doute.   P.G.

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dimanche 1 avril 2018

Pâques catholique et Pâque juive, des racines communes

Elles ont presque la même orthographe mais ne signifient pas tout à fait la même chose.

Les Pâques juives et chrétiennes sont célébrées à la même date en 2018. Zoom sur deux fêtes qui présentent des racines communes.

ACT PAQUES

Cette année, catholiques et juifs fêteront Pâque(s) en même temps : le dimanche 1er avril pour les premiers, et du vendredi 30 mars au samedi 7 avril pour les seconds.

L’an dernier déjà, les deux calendriers se superposaient. Cette année, le vendredi saint tombe le même jour que le début des festivités juives qui commencent le jour du sabbat, soit dès le vendredi soir. Une première depuis 2012.

Mêmes dates, même nom à une lettre près, la célébration de Pâque(s) pour ces deux communautés religieuses a de nombreux points communs… mais aussi quelques différences. Pour comprendre pourquoi ces deux fêtes se sont mutuellement influencées, rapportons-nous à leur étymologie et à leur histoire.

D’après le CNRTL*, Pâque(s) est d’abord orthographié au singulier. Une particularité qui tient à l’origine de la fête juive : la Pâque se dit aussi « Pessah » en Hébreu, qui signifie le « passage », en référence à un épisode de l’Ancien Testament dans lequel le peuple Hébreu d’Égypte traverse la mer Rouge sous la conduite de Moïse.

Près de 600 000 familles étaient alors sous le joug du Pharaon qui ne voulait pas les libérer. Pour protéger les Hébreux, Moïse reçoit des instructions divines : avant le départ, chaque famille doit tuer un agneau, en recueillir le sang et l’appliquer aux portes de sa maison. Pessah commémore la libération historique du peuple juif de l’esclavage et rappelle à chacun de s’ouvrir au monde.

 

Pour Pâques, calendriers catholique, orthodoxe et juif se superposent

La fête pascale catholique trouve son appui dans la fête pascale juive

Dans les Évangiles, l’apôtre saint Paul reprend l’image de l’agneau comme symbole de Pâques, écrit cette fois avec un « s ». Pour les catholiques, l’animal devient une représentation du Christ qui versa son sang pour le salut de l’Homme. La mort de Jésus le Vendredi Saint est directement associée à l’immolation des agneaux de la Pâque à Jérusalem.

De manière plus générale, pour les chrétiens, Pâques marque la fin du Carême et du jeûne de 40 jours et la résurrection du Christ.

Pour le père Jean Massonnet, prêtre au diocèse de Lyon et spécialiste des relations entre judaïsme et christianisme, la parenté de ces deux fêtes ne fait pas de doute : « La fête pascale catholique trouve son appui dans la fête pascale juive. Pour les premiers disciples, Jésus est en quelque sorte l’agneau pascal dont le sang a protégé les Hébreux dans le désert. Le sang c’est la vie, c’est la vie donnée », explique-t-il.

De même, le terme « Pessah » est pour lui symbolique : « Il suggère le passage de la mort à la vie, qui s’inscrit sur le passage de l’esclavage à la liberté dans l’exode juif. Pour les chrétiens, Jésus va accomplir toute l’espérance juive dans sa personne, jusqu’à la rédemption définitive ».

Finalement, constate-t-il, « c’est Jésus qui nous sépare de la religion juive mais en même temps, c’est aussi lui qui nous y ramène. »

Plusieurs orthographes à travers l’histoire

À travers l’histoire, la graphie alternera entre pluriel et singulier mais ce n’est qu’après le XVe siècle que la distinction sémantique naît entre Pasque (la fête juive) et Pasques (la fête chrétienne). Les deux orthographes actuelles apparaissent seulement à partir du XVIIIe siècle.

Les deux fêtes suivent chacune un calendrier précis. La Pâque juive commence le 14 nissan, soit le mois des épis et le jour de la première nouvelle lune après l’équinoxe de printemps.

Le jour de Pâques chez les chrétiens a aussi un lien avec la saison des beaux jours. Il a, en effet, été fixé lors du concile de Nicée, en 325, le premier dimanche suivant la pleine lune de l’équinoxe de printemps. Ainsi, les dates du calendrier grégorien sont comprises entre le 22 mars et le 25 avril.

La Pentecôte aussi fêtée dans les deux religions

Dans chacune des religions, la célébration de Pâque(s) suit un rituel précis, souvent en famille. Les juifs se retrouvent dès la veille au soir pour lire la Haggada, livre qui retrace l’exil des Hébreux, et l’on boit quatre coupes de vin lors des passages importants du récit.

Les chrétiens entament les célébrations dès le jeudi saint en souvenir de la Cène, puis le lendemain le vendredi saint rappelle la crucifixion et la mort de Jésus. Le samedi soir est un jour de silence et de recueillement, avant la veillée pascale. Enfin, le dimanche de Pâques commémore la Résurrection du Christ.

Cette ressemblance dans les célébrations doit se poursuivre jusqu’à la Pentecôte, aboutissement de la période pascale. « La Pâques ne se comprend pas sans la Pentecôte qui est l’accomplissement de la fête de Pâques chez les juifs. Les catholiques se concentrent d’avantage sur la résurrection du Christ et oublient parfois le pendant qui est le don de la parole au peuple dans la Pentecôte », souligne le père Jean Massonnet.

 

 

Clotilde Costil
https://www.la-croix.com/Religion/Paques-catholique-et-Paque-juive-des-racines-communes-2018

*Créé en 2005 par le CNRS, le CNRTL fédère au sein d’un portail unique, un ensemble de ressources linguistiques informatisées et d’outils de traitement de la langue.
Le CNRTL intègre le recensement, la documentation (métadonnées), la normalisation, l’archivage, l’enrichissement et la diffusion des ressources.

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Une interprétation qui ne fera peut- être pas l'unanimité...En tous cas, bonne fête aux croyants !      P.G.

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dimanche 4 mars 2018

Charles Quint (1500 - 1558) Fossoyeur malgré lui de l'unité européenne

Le futur empereur Charles Quint est né le 24 ou 25 février 1500 près de Gand avec le titre de duc de Brabant. Il va, au gré des héritages et alliances matrimoniales, réunir sur sa tête des couronnes de toute l'Europe qui en feront le souverain le plus prestigieux à défaut d'être le plus puissant.

HIST CHARLES QUINT

En naissant, il est déjà archiduc d'Autriche en qualité d'héritier de la famille des Habsbourg. Dans les années qui suivent, ill recueille l'héritage flamand des ducs de Bourgogne (Belgique et Pays-Bas actuels) puis les couronnes des rois de Castille et d'Aragon, y compris leurs possessions d'outre-mer.... Ainsi pourra-t-on dire que le soleil ne se couchait jamais sur ses possessions, celles-ci s'étendant sur toute la surface du globe.

Pour finir, il succède à son grand-père Maximilien 1er à la tête du Saint Empire romain germanique en se faisant élire sous le nom de Charles V (Charles Quint en vieux français).

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Malgré tous ces atouts, ou à cause d'eux, l'empereur va aller tout au long de sa vie de déconvenue en déconvenue jusqu'à son abdication, à l'âge canonique de 55 ans.

Marie Desclaux

Un bilan amer

Pour l'empereur, les complications commencent dès avant son élection par la Diète de Francfort à la tête du Saint Empire romain de la nation germanique («Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation» ou empire d'Allemagne pour faire plus court), le 28 juin 1519.

En concurrence avec le roi de France François 1er, il s'endette sans compter auprès des Fugger, une famille de banquiers, pour acheter les votes des grands Électeurs.

Ce faisant, il ne prête pas attention aux menées d'un moine du nom de Luther, qui répand en Allemagne des idées séditieuses et remet en cause l'autorité du pape, la hiérarchie religieuse et le dogme lui-même ! Quand le jeune empereur s'en préoccupera, il sera déjà trop tard et il devra jusqu'à la fin combattre les nobles allemands désireux de suivre la nouvelle foi luthérienne.

La rivalité avec le roi de France François 1er se ravive à propos du duché de Milan, dont l'un et l'autre revendiquent l'héritage. Elle va entraîner Charles Quint dans une autre série de guerres, principalement en Italie. Ces guerres ne donneront aucun résultat et l'on n'en retiendra que quelques manifestations odieuses comme la mise à sac de Rome, du 6 au 13 mai 1527, par les lansquenets allemands du connétable de Bourbon, aux ordres de l'empereur.

Pendant ce temps, le sultan Soliman le Magnifique bat les Hongrois à Mohacs, s'empare de la plus grande partie de la Hongrie et vient mettre le siège devant Vienne, capitale des Habsbourg...

Au bilan, voilà la Rome pontificale dévastée par des soudards et la chrétienté occidentale divisée entre catholiques et protestants et menacée jusqu'en son coeur par les Turcs musulmans ! Du côté hispanique, que dire ? Les tentatives d'implantation espagnole en Afrique du Nord aboutissent à l'enracinement des pirates barbaresques à Alger, sous l'autorité nominale des Turcs.

Outre-Atlantique, les conquistadors achèvent la conquête du Nouveau Monde, mais c'est au prix de la destruction des anciennes cultures indiennes et de la diffusion d'une économie prédatrice qui ruinera durablement le continent sud-américain...

Abdication résignée

Charles Quint (1500-1558), par Le Titien (1548)

À 55 ans, lassé de tout, malade et usé, Charles Quint est une nouvelle fois éprouvé par son échec face aux protestants d'Allemagne à Augsbourg.

Le 25 octobre 1555, dans la grande salle du château de Bruxelles, devant les députés des dix-sept provinces bourguignonnes, ainsi que les chevaliers de l'ordre de la Toison d'Or et les ambassadeurs et représentants d'une grande partie de l'Europe, le souverain le plus richement doté d'Europe se dessaisit des États bourguignons en faveur de son fils Philippe. C'est ainsi que le 16 janvier suivant, Philippe devient roi des Espagnes et des Deux Siciles sous le nom de Philippe II.

Le 12 septembre 1556, Charles Quint cède à son frère Ferdinand les États autrichiens et le titre d'empereur d'Allemagne, soit tous les domaines et titres hérités des Habsbourg. Il se plie en cela à la règle de partage en vigueur dans le Saint Empire romain germanique.

Ferdinand était déjà roi de Bohème et de Hongrie depuis la mort du souverain de ces États à la bataille de Mohacs (1526).

Fin du rêve impérial

Le vieil empereur, déchargé de tous ses titres, se retire dans une résidence voisine du monastère de Yuste, en Estrémadure, où il mourra le 21 septembre 1558. Il emporte avec lui le rêve médiéval d'un empire chrétien universel. Désormais, en Europe, la paix dépendra de l'équilibre entre les États nationaux et non plus de l'autorité d'un empereur ou d'un pape.

https://www.herodote.net/Fossoyeur_malgre_lui_de_l_unite_europeenne-synthese-9-208.php

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Le rêve impérial fut repris par d'autres, et finit toujours en catastrophe...  P.G.

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jeudi 15 février 2018

Paix en Syrie : pourquoi Washington n'en veut pas

TRIBUNE LIBRE / Par John Laughland

«Washington s'apprête à poursuivre les combats pour renverser Bachar et défendre les intérêts d'Israël tels que Netanyahou les voit». L'historien John Laughland analyse la politique américaine après la tenue du Congrès du dialogue national syrien.

TL JL US SYRIE

L'ouverture des pourparlers de paix en Syrie à Sotchi, en Russie le 29 janvier, en présence du médiateur de l'ONU, Staffan de Mistura, souligne à quel point la Russie, avec ses alliés iranien et turc, entend façonner la paix après avoir gagné la guerre. Mais deux discours prononcés par les plus hauts responsables américains, les 17 et 22 janvier, montrent aussi comment Washington entend justement empêcher la Russie de réussir son pari.

Le 17 janvier, le secrétaire d'Etat américain, Rex Tillerson, a prononcé un long discours à l'Institut Hoover de l'Université de Stanford. Ce discours n'est rien d'autre que le dernier clou dans le cercueil du trumpisme en politique étrangère. Laissons de côté les nombreux mensonges recyclés par le nouveau secrétaire d'Etat que l'on a maintes fois entendus dans la bouche de son prédecesseur – que les manifestations anti-régime en Syrie de 2011 auraient été pacifiques ou que l'Iran veut la destruction de l'Etat d'Israël. Rex Tillerson ose même laisser entendre que le régime de Bachar el-Assad hébergerait sur son territoire «les éléments terroristes les plus radicaux de la région avec le but de les utiliser pour déstabiliser la région», alors que, justement, la Syrie combat et les terroristes et l'instabilité depuis bientôt sept ans.

Ce qui dérange encore plus dans ce discours, c'est l'abandon de toute prétention à réorienter la politique étrangère américaine vers un réalisme qui défend les seuls intérêts américains. Au lieu de présenter sa vision de l'«Amérique d'abord», et au lieu de prendre ses distances avec des interventions militaires à l'étranger qui poursuivent des objectifs infinis, comme l'avait fait le candidat Trump, le discours de son secrétaire d'Etat illustre un cas d'école de ce que les Américains appellent mission creep, c'est-à-dire la dérive des missions, lorsque le but stratégique d'une intervention à l'étranger est abandonné au profit d'un autre but sans rapport avec le premier et souvent impossible à atteindre.

Nous avons déjà observé un premier abandon solennel du trumpisme en août 2017 quand le nouveau président avait annoncé qu'il ne croyait plus au retrait des troupes américaines de l'Afghanistan auquel il s'était engagé plusieurs fois en tant que candidat. L'arrivée de 4 000 soldat américains supplémentaires, annoncée en août 2017 et qui s'est matérialisée en septembre, a encore enfoncé le pays dans davantage de sauvagerie, avec de récents attentats terroristes épouvantables dans la capitale Kaboul. Voici que Rex Tillerson annonce un deuxième abandon du trumpisme, cette fois dans l'autre grand théâtre de conflit qui est la Syrie.

Selon le secrétaire d'Etat américain, les Etats-Unis, dont les troupes se trouvent illégalement en Syrie, poursuivent désormais cinq buts dans ce pays : la défaite de l'Etat islamique ; le changement de régime en Syrie ; la réduction de l'influence iranienne dans ce pays ; le retour des réfugiés ; et l'absence d'armes de destruction massive. En réalité, ce sont les quatre derniers objectifs qui priment, le premier but, la destruction de l'EI, ayant été, à ses yeux, atteint.

Et parmi ces quatre objectifs, celui qui en réalité l'emporte sur tous les autres, c'est le combat contre l'Iran. Pour Rex Tillerson «la menace principale» en Syrie aujourd'hui, c'est l'Iran. Cette menace serait plus grave que celle que représentent l'Etat islamique et Al-Qaida. Et c'est cette priorité donnée au combat contre l'Iran qui lui permet d'expliciter la véritable raison de la dérive de la mission des Etats-Unis en Syrie : Israël. Il le dit noir sur blanc : «Comme nous l'avons vu par ses guerres par procuration et par ses prises de position publiques, l'Iran vise la domination du Moyen Orient et la destruction de notre allié, Israël. Etant un Etat déstabilisé qui est voisin d'Israël, la Syrie représente une opportunité que l'Iran n'est que trop désireux d'exploiter.» 

Certes, les Etats-Unis sont un allié très proche d'Israël depuis toujours. Mais pour bien comprendre le discours de Rex Tillerson, il faut le lire en conjonction avec celui prononcé par son collègue, le vice-président américain Mike Pence, devant le Knesset le 22 janvier. Rarement dans l'histoire des relations internationales, il y a eu une déclaration de soutien aussi inconditionnel d'un Etat à un autre. Mike Pence a non seulement réaffirmé le soutien traditionnel des Etats-Unis à l'Etat hébreu, qui remonte effectivement à 1948 quand les sionistes ont arraché leur indépendance, après de longues années de lutte terroriste, aux Britanniques. Il a aussi et surtout présenté une vision mystique du monde selon laquelle les intérêts des Israéliens et des Américains sont identiques car ces deux peuples seraient, au fond, un seul peuple qui partagent une seule vocation millénariste.

«Nous sommes avec Israël parce que votre cause est notre cause, vos valeurs sont nos valeurs, votre combat est notre combat. Nous sommes avec Israël parce que nous croyons au bien et non au mal, à la liberté et non à la tyrannie... Dans l'histoire des juifs, nous avons toujours vu l'histoire de l'Amérique. C'est une histoire d'exode, un voyage de la persécution vers la liberté, une histoire qui montre la puissance de la foi et la promesse de l'espoir», a expliqué le vice-président américain. 

Pour lui, en effet, les pères pèlerins étaient comme les juifs, «envoyés par la Providence pour construire la Terre Promise. Les chansons et les contes du peuple d'Israël étaient aussi les leurs, ils les ont fidèlement enseigné à leurs enfants, comme ils continuent à le faire aujourd'hui. Nos fondateurs ont puisé dans la Bible des Hébreux pour leur orientation et leur inspiration

Nous sommes ici loin, très loin, du vocabulaire des relations inter-étatiques. Mike Pence véhicule au contraire une vision apocalyptique des relations américano-israéliennes qui exclut toute nuance et tout réalisme. Les rapports entre ces deux Etats ne relèvent pas, pour lui, de la diplomatie mais de l'eschatologie. C'est sans doute ce messianisme qui a poussé Donald Trump à reconnaître Jérusalem comme la capitale israélienne. La ville est évoquée 16 fois dans son discours, et notamment pour sa signification biblique en tant que ville d'Abraham et du roi David. Les liens trimillénaires entre le peuple juif et cette ville sont la raison, selon lui, pour laquelle Israël a aujourd'hui le droit d'en faire sa capitale.

Plus banalement, l'engouement du président américain et de son équipe pour le parti du Likoud et son président, l'actuel premier ministre, Benjamin Netanyahou, dont les obsessions anti-iraniennes sont connues depuis bien des années, fait qu'au moment où la paix en Syrie est à portée de main, au grand dam des Américains qui sont exclus du processus, Washington s'apprête à poursuivre les combats pour renverser Bachar et défendre les intérêts israéliens tels que Netanyahou les voit. L'Iran doit être combattu non pas parce qu'il menace l'Amérique mais parce qu'il menacerait Israël. La politique étrangère de Donald Trump, ce n'est pas l'Amérique d'abord. C'est Israël d'abord.

https://francais.rt.com/opinions/48076-paix-syrie-pourquoi-washington-en-veut-pas

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