mardi 19 juin 2018

La Colombie, les escadrons de la mort et les droits de l’homme vus par les USA

TRIBUNE LIBRE / Par Dan Kovalik
Paru sur RT sous le titre Colombia, the death squads & the US’ human rights double standard

TL COLOMBIE PROPAGANDE US

Presque quotidiennement, nous sommes bombardés par des « informations » sur des problèmes au Venezuela. Et de fait, problèmes il y a, par exemple des pénuries de nourriture et de médicaments, et une inflation galopante. Mais quelque chose est occulté.

Ce qui est occulté par la presse est l’impact des sanctions sur la situation au Venezuela et la façon dont ces sanctions empêchent le Vénézuela de résoudre ces problèmes.

Ce que la presse omet aussi est que la voisine de palier du Venezuela, la Colombie, fait face à des problèmes humanitaires encore plus pressants. C’est la première alliée des USA dans la région et, étrangement, la toute nouvelle « partenaire mondiale » de l’OTAN en Amérique Latine. Et, les USA sont très largement responsables de ses problèmes aussi, mais de façons différentes.

TOUS LES JOURS

La fait est que, sur plusieurs plans, la Colombie connaît l’une des pires situations quant aux droits de l’homme de la planète, mais vous ne le sauriez jamais en regardant vos infos du soir à la télé.

D’abord, la Colombie détient le record des personnes disparues de toutes les Amériques – même plus que tous les pays du Cône Sud conjugués au cours des années de la « Guerre sale » – à plus de 60 000 personnes.

De plus, la Colombie compte le plus grand nombre de personnes déplacées par des conflits de la Terre, à plus de 7 millions – juste derrière la Syrie. Et un nombre disproportionné de ces personnes déplacées sont indigènes ou afro-descendantes.

Ajoutons que la Colombie se classe cinquième dans le monde pour le nombre d’enfants déplacés par des conflits, avec deux millions de filles et de garçons déplacés. De façon choquante, elle se classe 3ème dans le monde pour le nombre d’enfants assassinés, avec 715 enfants tués au cours de la seule année dernière. Ces statistiques ont mené l’organisation Save the Children à conclure que la Colombie est « l’un des pires pays au monde où être un enfant ou un adolescent ».

Amerique_du_Sud

La Colombie compte aussi parmi les pires pays au monde pour y être un activiste tel qu’un défenseur des droits de l’homme, un leader de syndicat, un chef indigène ou un chef afro-colombien. Ainsi, même après la signature d’un traité de paix entre le gouvernement colombien et les guérilleros des FARC en 2016, des activistes sont assassinés à un rythme alarmant. Plus de 200 activistes ont été tués depuis janvier 2017. En outre, 2017 a été la pire année de l’histoire du pays pour les militants des droits de l’homme en Colombie, avec un nombre record de 120 meurtres.

Bien sûr, les USA portent une lourde responsabilité dans cette horrible situation, parce qu’ils ont été les commanditaires de la guerre brutale de la Colombie contre son propre peuple, pendant des décennies, et qu’ils ont fourni des milliards de dollars en aides matérielles à cet effort de guerre. De fait, depuis 2000, les USA ont donné 10 milliards de dollars à la Colombie, principalement en assistance militaire, dans le cadre de son programme de contre-insurrection connu sous le nom de ‘Plan Colombia’. Au cours des années du Plan Colombia, l’armée colombienne a tenté de drainer plus d’assistance militaire américaine en massacrant des civils et en les faisant ensuite passer pour des guérilleros d’extrême gauche. Selon de récentes évaluations, l’armée aurait massacré 10 000 civils dans cette macabre opération de « faux positifs ».

ESCADRONS DE LA MORT 1

Mais les USA sont également derrière une force encore plus sombre que l’armée colombienne – à savoir, les escadrons de la mort paramilitaires colombiens. Bien que ceux qui vivent dans les endroits reculés de la Colombie soient douloureusement conscients de la présence et de la brutalité des paramilitaires, ces derniers sont aujourd’hui un secret bien gardé dans les zones plus aisées des grandes villes de Colombie et encore plus hors des frontières de la Colombie. De fait, les gouvernements américain et colombien démentent l’existence même de ces groupes paramilitaires, et la presse complice se fait également fort de garder le secret.

Récemment, le défenseur des droits de l’homme le plus important de Colombie, le Père Javier Giraldo (Compagnie de Jésus), a parlé du phénomène paramilitaire, dont il est expert. Comme il l’explique, « Nous avons des bras clandestins ou semi-clandestins de l’État, qui sont ces groupes paramilitaires. Aujourd’hui, il n’est plus toléré d’en faire mention en tant que tels, mais je continue de les appeler paramilitaires, parce que c’est le terme approprié. »

ESCADRONS DE LA MORT 2

Le Père Giraldo décrit les origines des escadrons de la mort paramilitaires, une force développée par les USA avant même l’émergence des guérilleros d’extrême gauche en 1964. Comme il l’explique :

« En 1962, quand Guillermo León Valencia était président, une mission de l’armée des USA, d’une école militaire spéciale de Caroline du Nord, est arrivée en Colombie… Ils ont analysé la situation en Colombie et laissé des instructions secrètes, qui donnaient l’ordre au gouvernement colombien de commencer à entraîner des groupes mixtes de civils et de militaires, et de les préparer à des activités terroristes paramilitaires pour combattre les sympathisants du communisme. *

«…  Le président Valencia, le jour de Noël 1965, a édicté le Décret 3398 qui changeait le nom du Ministère de la guerre en Ministère de la défense et autorisait la formation de milices civiles comme auxiliaires des forces armées. C’est la base légale des paramilitaires. »

« … Les États-Unis ont commencé à diriger tout l’appareil de sécurité de la Colombie et de ses agences… d’abord avec 400 officiers de l’armée des USA, aujourd’hui avec au moins 800. Les milices paramilitaires créées à cette époque, avec tous leurs soutiens légaux, ont été réaffirmées. »

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Bien sûr, comme le Père Giraldo l’a expliqué en de nombreuses occasions, les « sympathisants du communisme » ciblés par les paramilitaires sont les leaders syndicaux, les défenseurs de droits de l’homme, les leaders paysans et les prêtres catholiques qui prennent la défense des pauvres. Pour les prêtres catholiques, plus de 80 d’entre eux ont été assassinés depuis 1984 pour le crime d’avoir pris le parti des pauvres.

A cause de l’augmentation des meurtres de ces leaders sociaux et des déplacements forcés de masse après le désarmement des FARC, il devient plus évident que jamais que les paramilitaires ont la part du lion des violations des droits de l’homme en Colombie. Mais encore une fois, vous n’en sauriez rien en lisant votre presse habituelle ou en regardant les infos du soir à la télévision. Et les Colombiens qui souffrent sous le joug de ces paramilitaires sont douloureusement conscients de l’omerta dont ils font l’objet.

Encore récemment, quand j’étais en Colombie pour le premier tour des élections présidentielles, notre délégation a rencontré des résidents de la bourgade de Suarez (Département Cauca), qui venaient de perdre trois des leurs à cause de la violence paramilitaire. Un des membres de la communauté nous a demandé d’un ton désespéré, « Qu’est-ce que nous pouvons faire pour que le monde soit au courant de la poursuite de l’existence des paramilitaires ? » Je lui ai répondu que c’est ce que nous tentons de faire, mais que peu de gens nous écoutent.

COLOMBIE ELECTIONS 1

Pendant notre séjour en Colombie, un coordinateur de campagne pour un candidat à la présidence, Gustavo Petro, a été assassiné par des paramilitaires à la veille des élections. Le groupe paramilitaire connu sous le nom « Aguilas Negras » (les aigles noirs) avait menacé les partisans de la candidature de Petro quelques jours avant le vote du 27 mai.

Si la crise humanitaire et politique recevait ne fût-ce qu’une partie de l’attention portée par les médias à son voisin, le Venezuela, les gouvernements des États-Unis et de la Colombie auraient au moins une motivation pour améliorer la situation et poursuivre les groupes paramilitaires qui continuent de hanter le pays. Le silence presque complet sur le degré affolant de violence en Colombie est l’une des clés de la perpétuation de cette violence. De fait, les paramilitaires ont toujours dépendu de leur capacité à opérer dans l’ombre, et la presse occidentale se fait un devoir de les aider à cet égard.

Dan Kovalik enseigne le Droit humanitaire international à université de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Il a écrit ‘The Plot to Attack Iran.’

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay

* Note de la traduction : La tactique des milices paramilitaires a été appliquée par les USA contre le « communisme » ailleurs en Amérique du Sud. Par exemple, en Bolivie, dans les années 1970-80, l’un de ces groupes paramilitaires (et de trafiquants de drogue, tout comme en Colombie) était dirigé par un nom bien connu en France, l’ancien chef de la Gestapo de Lyon Klaus Barbie, qui avait été exfiltré en Argentine, puis en Bolivie après la guerre. Voir l’article Cocaïne : Klaus Barbie, les USA et la connexion nazie

http://www.entelekheia.fr/2018/06/09/la-colombie-les-escadrons-de-la-mort-et-les-droits-de-lhomme-vus-par-les-usa/

dimanche 17 juin 2018

Anastasie au pays des Lumières [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

La loi sur les fausses informations portée par le gouvernement Philippe va loin. Entre la suppression du dialogue et le règne du subjectivisme généralisé, l’essayiste Jean Bricmont estime qu’une telle mesure mènera à un «totalitarisme de la naïveté».

TL BRICMONT LOI FAKE NEWS

TRIBUNE LIBRE / Jean Bricmont
Publié le 7 juin 2018 sur Russia Today 

Le gouvernement a décidé d’introduire une nouvelle loi pour combattre la diffusion de fausses informations («fake news» en franglais).  Il existe déjà dans la loi sur la presse de 1881 des dispositions réprimant l’insulte, la diffamation et le fait de provoquer des paniques artificielles. Mais aujourd’hui le gouvernement veut aller beaucoup plus loin, puisqu’il définit les «fausses informations» comme une «allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable». Ce projet va en effet très loin.

Exit

 

Psychanalyse

Tout d’abord, un sceptique pourrait demander quels sont les « éléments vérifiables » prouvant l’existence de Dieu, de la vie après la mort ou de l’efficacité des prières. Exit les religions. Qu’en est-il des « éléments vérifiables » rendant vraisemblable l’efficacité de l’homéopathie, ou les prédictions de l’astrologie ? Exit les pseudo-sciences. Bien avant Michel Onfray, de nombreux scientifiques se sont posés des questions sur les «éléments vérifiables» qui justifieraient la psychanalyse et, en général, ils n’en ont pas trouvés. Faut-il aussi la bannir au nom de la lutte contre les fausses nouvelles?

Mais que faire alors du plus gros de la philosophie française contemporaine dont le plus illustres représentants (Derrida, Foucault, Althusser, Badiou, Bernard-Henri Lévy et même Bouveresse) ont eu en général une attitude favorable à la psychanalyse et qui, même quand ils étaient critiques vis-à-vis de celle-ci (Deleuze et Guattari) ne l’étaient pas sur la base d’absence éléments vérifiables en sa faveur mais en proposant d’autres théories tout aussi peu justifiées ?

Ce n’est pas tout. Que faire des théories scientifiques qui sont avancées sans s’appuyer sur des éléments vérifiables ? On peut penser à la théorie des cordes en physique ou à diverses hypothèses en cosmologie.

Impossibilité du dialogue

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Finalement, qu’en est-il de la presse «mainstream» ? Dans toutes les affaires récentes (affaire Skripal, usage de gaz en Syrie, «meurtre» en Ukraine du journaliste russe Babtchenko, ou encore responsabilité du tir de missile ayant abattu un avion malaisien au-dessus de l’Ukraine en juillet 2014), il y a un conflit entre le point de vue dominant en Occident et le point de vue russe ou malaisien ou syrien, lesquels sont partagés par une bonne partie du reste du monde.

On en est peut-être plus à «vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà»,mais au moins à «vérité d’un côté de la Méditerranée,erreur de l’autre» ou «vérité en deçà de la frontière russo-polonaise, erreur au-delà» ce qui, en quelques siècles, ne nous a pas fait fort avancer vers l’universel. La seule façon de résoudre nos différents avec le reste du monde, c’est la discussion libre. Comme la loi contre les fausses nouvelles a, semble-t-il, pour but principal de contrer ce que le gouvernement considère comme de la propagande pro-russe, il y a fort à craindre qu’elle ne fasse que renforcer la frontière mentale «russo-polonaise».

Il a suffi que le journaliste un peu hétérodoxe André Bercoff pose des questions à propos du sauvetage providentiel de l’enfant suspendu à un balcon par Mamadou Gassama pour que le CSA soit saisi, qu’il soit mis en accusation par Laurent Joffrin pour «susciter des doutes» et quasiment convoqué pour se justifier de l’accusation de  «complotisme» devant son (en principe) confrère Jean-Marc Morandini.

 

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D’abord il est assez extraordinaire de reprocher à un journaliste le fait de poser des questions et d’inciter au doute. Indépendamment de cette affaire de sauvetage, il me semblait naïvement que c’était justement cela une des fonctions principales du journalisme. Et que la démarche rationnelle et scientifique pourrait se résumer ainsi : de même qu’il vaut mieux avoir dix coupables en liberté qu’un innocent en prison, il vaut mieux avoir dix doutes excessifs qu’un dogme infondé.

Par ailleurs, il est vrai que ce que les médias dominants appellent les «théories du complot», et qui vont d’interrogations légitimes sur les récits médiatiques et sur les assertions gouvernementales aux spéculations les plus fantaisistes, prolifèrent sur les réseaux sociaux. Mais existe-t-il une seule personne sensée qui peut croire que cette façon de traiter monsieur Bercoff va en quoi que ce soit faire reculer cette prolifération ?

Totalitarisme de la naïveté

 

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Finalement, la ministre de la culture, madame Françoise Nyssen, souhaite faire de l’audiovisuel public un média engagé qui permettra de combattre les idées «hautement réactionnaires» des Français, entre autre concernant la diversité. Tout d’abord, ce que LREM considère comme réactionnaire (défendre les services publics ou la souveraineté nationale) est exactement ce qui aurait été considéré comme progressiste il y a quelques décennies, ce qui fait que le terme mériterait d’être défini. Mais plus fondamentalement, est-il légitime de demander à des adultes de payer des impôts ou des redevances pour être rééduqués ?

Loin de moi l’idée que le gouvernement veuille consciemment instaurer un régime totalitaire. Le problème vient plutôt du subjectivisme généralisé de la culture contemporaine où les discours sur les valeurs ont permis de mettre de côté les questions touchant aux faits et à l’objectivité. On le voit assez dans la méfiance généralisée face aux progrès scientifiques et techniques. Certes, le droit n’a pas le même type d’objectivité que les sciences naturelles. Mais il cherche à établir des règles fondées en raison qui permettent de protéger l’individu face à l’arbitraire du pouvoir. Toute la réflexion classique sur la liberté d’expression, remontant au XVIIIe siècle, repose sur cette idée.

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Les gens qui nous parlent sans arrêt de leurs valeurs ne font en réalité que mettre en avant leur propre supériorité morale. Et c’est bien cela qui est à la base de la corruption du droit à laquelle on assiste dans l’affaire de la loi sur les fausses nouvelles, des réactions hystériques face au «complotisme» de monsieur Bercoff,  et de la bonne conscience de madame Nyssen. A partir du moment où un groupe d’individus se persuade qu’il incarne le Bien à cause de ses «valeurs», il ne perçoit même plus les limites légitimes que l’on peut mettre à son pouvoir. C’est ce qu’on pourrait appeler le totalitarisme de la naïveté.

Par Jean Bricmont

Docteur en sciences et essayiste belge, Jean Bricmont est professeur à l’Université catholique de Louvain. Il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages dont La république des censeurs, Impostures intellectuelles (avec Alan Sokal).

https://arretsurinfo.ch/anastasie-au-pays-des-lumieres/

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jeudi 14 juin 2018

Bezons : une plaque commémorative de la «Nakba» suscite la fureur du Crif, qui exige son retrait

Une plaque commémorant ce que les Palestiniens appellent la «Catastrophe», c'est à dire l'exode qui a suivi la création de l'Etat d'Israël, suscite l'ire du Crif. En cause, le qualificatif de «criminel de guerre» dont est affublé David Ben Gourion.

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Dominique Lesparre, maire communiste de Bezons, en région parisienne, a inauguré ce 11 juin deux plaques temporaires, en français et en arabe, commémorant la Nakba («catastrophe» en arabe), synonyme d'exode pour des centaines de milliers de Palestiniens lors de la première guerre israélo-arabe qui a suivi la création d'Israël en 1948.

Cette inauguration symbolique, annoncée dans la revue municipale, s'est tenue à l'initiative de l'association bezonnaise West Bani Zaid (du nom d'une localité palestinienne avec laquelle Bezons est jumelé). Sur la plaque dévoilée est écrit : «En mémoire des 800 000 Palestiniens et de la destruction des 532 villages en 1948 par le criminel de guerre David Ben Gourion pour la création de l'Etat d'Israël».

Un encouragement à l'antisémitisme, selon le Crif

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Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a vivement réagi ce 11 juin. Dans un communiqué publié sur son site, il qualifie de «choquantes et inacceptables» les inscriptions de la plaque et notamment la qualification de «criminel de guerre» employée pour désigner David Ben Gourion, l'un des fondateurs de l'Etat d'Israël. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) estime également «historiquement faux» la description des événements de 1948 mentionnés sur la plaque. Pour son président Francis Kalifat, ces déclarations «encouragent les violences antisémites qui sévissent actuellement en les justifiant historiquement». Demandant son retrait immédiat, il a pris contact ce 12 juin avec le chef de cabinet du ministère de l'Intérieur. Le préfet du Val d'Oise a alors contacté le maire de Bezons, et lui a intimé de retirer les plaques dès la réception du courrier, au motif notamment qu'il a rompu avec le «principe de neutralité républicaine dans le domaine international». Le Crif fait savoir sur son site internet que les plaques seraient retirées dans l'après-midi.  

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Le député des Français de l'étranger Meyer Habib, dont la circonscription comprend Israël, a également partagé sur Facebook son indignation. Fustigeant l'insulte faite selon lui à David Ben Gourion, «père fondateur de l'Etat d'Israël», il explique dans une anaphore ce qu'est selon lui la Nakba. «La vraie Nakba [...] c’est cette gauche, mais aussi certains dans les rangs de LREM, qui flirte avec l’islamisme et exploite la détestation d’Israël à des fins électorales [...] C’est cette génération « Dieudonné » dans les quartiers, habitée par un imaginaire islamiste, antirépublicain et antisémite», lance-t-il.

«La vraie Nakba, c’est qu’un rappeur comme Médine qui s’auto-proclame "islamo-racaille" et titre son album Jihad puisse être programmé au Bataclan presque trois ans jour pour jour après que 90 innocents y ont été massacrés par la barbarie djihadiste», écrit-il encore, en référence à la polémique qui entoure la programmation du rappeur dans la salle de spectacle du Bataclan.

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Ces derniers mois, les Palestiniens ont manifesté pour le droit au retour des Palestiniens qui ont fui ou ont été chassés en 1948, alors qu'Israël célébrait les 70 ans de sa création. Depuis mars, cette «Marche du retour» a coûté la vie à plus de 120 Gazaouis, visés par des tirs israéliens. Des milliers de manifestants ont en outre été blessés par les balles de Tsahal.

https://francais.rt.com/france/51535-bezons-plaque-commemorative-nakba-fureur-crif-exige-retrait

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samedi 2 juin 2018

Le ridicule ne tue pas, Emmanuel Macron peut le certifier

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir,

TL SAPIR MACRON MATTARELLA

Le ridicule ne tue pas. Du moins, c’est habituellement ce que l’on dit…

Emmanuel Macron, notre Président de la République, s’était réjoui du véto mis par le Président italien, M. Mattarella, sur le nom d’un eurosceptique notoire, M. Paolo Savona qui devait figurer dans le gouvernement proposé par M. Giuseppe Conte. Cela apparaissait comme un coup d’arrêt donné aux deux partis, le M5S et la Lega, qui étaient sortis gagnants de l’élection du 4 mars 2018. Il avait même salué le « courage » et le « sens des responsabilités » de Mattarella[1]. Et tout ce beau monde des européistes béats, ceux que l’on surnomme en Italie les « euroïnomanes », de se réjouir du geste de Mattarella.

Las, le jeudi 31 mai en début de soirée, l’homme désigné par Mattarella pour former un autre gouvernement renonçait, et Mattarella n’avait d’autre choix que d’accepter à nouveau Giuseppe Conte, qui proposait un gouvernement, où figurait Paolo Savona….

Le Président de la République italienne, M. Mattarella

Il a l’air malin, Emmanuel Macron, et il doit se mordre les doigts de ses déclarations intempestives. Oh, si cela peut le consoler, il ne sera pas le seul. On a, parmi ceux qui se sont révélés odieux dans leur attitude ouvertement anti-démocratique le commissaire européen au Budget, Günther Oettinger qui a avait déclaré «Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter» dans une interview à la radio publique allemande Deutsche Welle[2]. On a aussi eu Markus Ferber, député au Bundestag de la CSU, le parti allié à Mme Merkel, qui déclarait quant à lui que la « Troïka » (de sinistre mémoire en Grèce) devrait sans doute envahir l’Italie et prendre le contrôle du Trésor italien[3]. Bref, entre les apôtres d’une tyrannie des marchés et les nostalgiques de l’opération Alaric (la prise de contrôle par les armées du IIIème Reich de l’Italie en septembre 1943), Emmanuel Macron est en bonne compagnie.

Ce que signifie le retournement du jeudi soir

Il faut cependant revenir à ce que signifie le retournement de situation de jeudi soir. Il était évident, dès le départ, que Carlo Cottarelli, ancien haut responsable du FMI et l’homme désigné par Mattarella pour succéder à Conte, n’avait aucune chance d’être investi par le Parlement. Dans ces conditions, un retour devant les urnes était certain. Sauf que de nouvelles élections auraient donné encore plus de sièges au M5S et à la Lega, peut-être même les deux-tiers. Certains, à Bruxelles comme à Rome ont donc du faire leurs comptes. Mattarella a dû se rendre à l’évidence, et accepter le gouvernement Conte. En un sens, le Président, comme jadis Mac Mahon, s’est soumis.

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On dira, et ce n’est pas faux, que ce n’est pas exactement le même gouvernement et que Conte a transigé. Si Paolo Savona figure bien en son sein, c’est cette fois en temps que Ministre des Affaires Européennes, et non plus comme Ministre des finances. Ce dernier poste est dévolu à Giovanni Tria, un homme connu pour ses positions économiques plutôt orthodoxes. Mais, il faut noter qu’il a soutenu l’idée d’un fort déficit budgétaire, directement financé par la BCE, pour relancer l’économie italienne, et qu’il est, dans le contexte actuel, opposé à plus d’austérité. Ce sont des positions qui vont directement à l’encontre des recommandations de Bruxelles et Francfort. Dans un autre sens, la nomination de Enzo Moavero Milanesi, un ancien responsable de l’UE et un ancien Ministre de Mario Monti comme Ministre des affaires étrangères, est de nature à rassurer certains à Bruxelles comme à Francfort. Mais, telle est peut-être justement le but de cette nomination.

Car, dans le même temps que se déroulaient ces péripéties au Quirinal, on apprenait que deux institutions financières parapubliques italiennes s’étaient mises à racheter systématiquement des bons du Trésor italien. C’est, peut-être, une réponse devant les spéculations sur les marchés financiers, mais peut-être aussi le début de la construction d’instruments pour parer au choc financier d’une sortie de l’Euro, voire mettre en place une monnaie parallèle à l’Euro.

Les ambiguïtés italiennes

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Il est donc clair que la défaite du Président Mattarella reste entourée d’un certain nombre d’ambiguïtés quant à la volonté de Conte, mais surtout de Luca di Maio et Matteo Salvini, d’engager un bras de fer décisif avec Bruxelles et Francfort. Car, et il n’en faut pas douter, nous allons connaître une longue période de tensions entre Rome et Bruxelles, mais aussi Francfort. Cependant, sauf à avoir dans ses tiroirs un plan d’ores et déjà prêt pour une sortie de l’Euro, cette ambiguïté est nécessaire. Surtout si, dans les semaines qui viennent, se précise la possibilité d’utiliser les bons du Trésor comme un instrument de paiement, ceci débouchant sur l’établissement d’une monnaie parallèle en Italie avec l’Euro. C’est une route sur laquelle les difficultés seront nombreuses, il n’en faut pas douter[4].

Il convient donc de prendre ce gouvernement comme il est. Il sera jugé sur ses actes.

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Mais, sa formation représente, déjà, une première victoire de la démocratie sur les pratiques anti-démocratiques du Président Mattarella. Ces pratiques ont été dénoncées en France, mais aussi dans la presse internationale[5]. Elles font ressortir d’autant plus le ridicule du soutien emphatique d’Emmanuel Macron au Président italien.

Pour la suite, on peut regretter que l’on n’aille pas à de nouvelles élections, qui auraient pu être organisées à la fin du mois d’août ou au début de septembre. Elles auraient clarifié la situation, et sans doute donné à la coalition M5S-Lega une légitimité incontestable, tout comme le nombre requis de députés, pour changer la Constitution, ce qui aurait considérablement réduit les possibilité d’actions de ceux que l’on nomme les « euroïnomanes ».

Notes

[1] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/05/28/97001-20180528FILWWW00171-macron-salue-le-courage-du-president-mattarella.php

[2] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/29/la-gaffe-du-commissaire-allemand-gunther-oettinger-qui-enflamme-l-italie_5306622_3214.html

[3] http://www.dailymail.co.uk/news/article-5790389/German-MEP-says-Brussels-control-Italys-finances.html

[4] Sur la question des monnaies parallèles voir ma contribution à l’ouvrage collectif de Beker V. et Moro B., Sapir J., « Parallel currencies, Varoufakis’ plan B and the ongoing debate on euro » in Beker V. et Moro Beniamino, The European Crisis, WEA Book n°7, College Publications, Londres, 2016.

[5] https://www.telegraph.co.uk/business/2018/05/28/europes-soft-coup-detat-italy-watershed-moment/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-ridicule-ne-tue-pas-emmanuel-macron-peut-le-certifier-par-jacques-sapir/

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lundi 28 mai 2018

Gaza, de la Marche du retour à l’État unique

TRIBUNE LIBRE / Le chirurgien Christophe Oberlin a effectué à Gaza en avril 2018 une mission médicale.

TL OBERLIN GAZA

Avec les manifestations pacifiques le long de la frontière qui sépare Gaza d’Israël, les Palestiniens sont en passe de réussir une couteuse mais efficace campagne de communication. Alors qu’Israël réagit de manière disproportionnée et fait usage d’armes prohibées, se précise l’objectif à long terme d’un Etat unique et démocratique sur l’ensemble de la Palestine.

Liban, 1992

Il y a 25 ans, le 15 décembre 1992, Itzhak Rabin déportait au Sud Liban 400 sympathisants du Hamas et du Jihad islamique. Le Premier ministre pensait ainsi éloigner définitivement les plus fermes opposants aux futurs accords d’Oslo dont les négociations secrètes venaient de commencer. Mais les déportés refusaient d’entrer au Liban et s’installaient tant bien que mal à quelque distance en contrebas du dernier check point israélien (Israël occupait alors le Sud Liban). Désormais chaque semaine les déportés allaient s’ébranler symboliquement en « Marches du retour » depuis leurs camps de toile vers la frontière, manifestant pacifiquement la volonté des Palestiniens de revenir sur leur terre. Ils essuyaient alors des tirs des soldats israéliens, l’un eut le visage emporté. Mais, bien avant l’heure d’internet, les images de leur détresse faisaient un « buzz » mondial, l’illégalité de leur expulsion était clamée par l’ONU. Neuf mois plus tard Israël cédait et les déportés rentraient chez eux.

Palestinien handicapé - Balle explosive

 

Les Marches du retour, version 2018

En 2018, les déportés, les assiégés, ne sont pas quatre cent, mais près de deux millions. Sans drapeaux partisans et sans armes, ils manifestent dans un espace vital pour eux : la zone frontalière sur laquelle Israël s’arroge le droit de vie et de mort ; un kilomètre de large sur quarante kilomètres de long, et qui correspond aux dernières terres agricoles de l’enclave. En déclarant ce territoire « zone tampon », ce sont trois mille hectares de terres agricoles sur laquelle Israël tire à vue. Au cours de l’année 2017, vingt-cinq Palestiniens ont été les cibles. Et voilà que ce ne sont plus de jeunes agriculteurs qui sont là, mais des familles entières, hommes femmes et enfants, des poussettes. Tous les vendredis, après l’heure de la prière, on piquenique en famille. Du nord au sud de la Bande de Gaza, cinq villages de tentes sont dressés avec des stands, des buvettes, des falafels, des podiums. Pour un de mes amis Francilien : « C’est la fête de l’Humanité avec beaucoup plus de monde ! »

Israël aggrave son cas

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Mais voilà que des jeunes s’approchent de la barrière, cette fois-ci sous les yeux du monde entier. Des centaines de portables diffusent en direct les images. Une fois de plus Israël réagit de la pire des façons, blesse et tue sans honte : « Nous savons où va chaque balle ». Mais en face une autre défense est organisée, non violente celle-là. Sur le terrain, dans les postes de secours, les ambulances, à l’entrée des services d’urgences des hôpitaux, dans les blocs opératoires, c’est toute une escouade formée au recueil de preuves médicolégales qui s’active sans relâche. En décembre dernier Ibrahim Abu Thuraya, handicapé amputé des deux jambes, a été tué d’une balle en plein front. Mais les témoins ont témoigné, les films sont là, et la balle extraite du crane est bien israélienne. Au soir du premier vendredi des Marches du retour, qui a fait 17 morts, ce sont plus de deux cent mandats des familles qui ont été recueillis et abondent les signalements déjà parvenus à la Cour pénale internationale. A tel point que la Procureure, fait totalement inédit dans l’histoire de la Cour, a fait savoir publiquement que ces actes « étaient susceptibles de relever de sa compétence ». Mais les soldats israéliens n’utilisent pas seulement les fines balles qui transpercent des enfants ou des journalistes. Je peux en témoigner. J’ai opéré à l’hôpital Shifa, le principal hôpital de la Bande de Gaza, du 8 au 15 avril. Les soldats israéliens utilisent aussi les « soft-nose bullets », ces balles à effet explosif qui font éclater les os, transforment en une bouillie sanglante l’intérieur des cranes, broient les corps en y laissant des cratères où l’on peut passer le poing. Et ils utilisent aussi les gaz. Des attaques chimiques comme celles, simultanée sur le nord et le sud de la Bande de Gaza qui ont laissé au sol des dizaines de blessés inconscients et agités de convulsions pendant de longues minutes. Des convulsions qui se reproduisent régulièrement chez les victimes hospitalisées dans les services de soins intensifs. Des gaz neurotoxiques. D’autres gaz, de couleur différente, produisent vomissements et diarrhées sanglantes. A la Cour, le dossier israélien pèse de plus en plus lourd.

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Les commentaires habituellement lisses des médias occidentaux commencent à se fissurer. Certes persistent quelques rapports « équilibrés », présentant à égalité oppresseur et victime. On évoque le pathétique ou le dérisoire à la vue de ces jeunes qui jouent avec leur vie sans objectif réaliste, ou qui seraient « manipulés par le Hamas ». On se désole de ces images de violence qui se répandent sur internet et ne constitueraient que d’autres appels à la violence. Mais n’est-ce pas justement parce que la réaction israélienne provoque des morts qu’on en parle ? Quelle relation a-t-on fait des centaines de milliers de Gazaouis qui manifestent régulièrement contre ce siège ? Evoque-t-on la misère massive qui s’est abattue sur Gaza sans eau potable ni électricité ? Sont-ce les Palestiniens qui ont besoin de martyrs, ou les médias occidentaux qui ont besoin d’images de sang et de morts pour animer la Une ? Alors quelques journalistes occidentaux, très peu, s’enhardissent à se glisser dans la Bande de Gaza. Et voilà même que le discours de tel ou tel responsable politique du parti diabolisé, le Hamas, se retrouve sur nos ondes aux heures de grande écoute. Avec quelle revendication ? Un objectif à long terme qu’il est bien difficile d’argumenter en contre : un Etat unique sur toute la Palestine, où tous jouiraient des mêmes droits : juifs, chrétiens et musulmans. Mais combien de Marches d’ici là ?

Pr Christophe Oberlin

 

Pr Christophe Oberlin - 1

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Oberlin

https://blogs.mediapart.fr/christophe-oberlin/blog/220418/gaza-de-la-marche-du-retour-letat-unique

http://www.france-irak-actualite.com/2018/04/gaza-balles-a-effet-explosif-et-gaz-neurotoxiques-la-guerre-d-israel-contre-les-civils-pacifistes.html

https://aphadolie.com/2018/05/27/gaza-munitions-illegales-handicapantes-utilisees-par-larmee-israelienne-bullet-soft-nose-pr-christophe-oberlin/

Voir aussi la vidéo:

VIDEO OBERLIN GAZA

Gaza : Munitions illégales handicapantes utilisées par l’armée israélienne (Bullet Soft Nose) – Pr Christophe Oberlin

https://www.youtube.com/watch?v=ZeYEBkElx2Y

vendredi 25 mai 2018

Alain Badiou : « à bas les privatisations »

Je suggère, au cas où vous approuveriez ce texte, au moins dans ses grandes lignes, que vous le diffusiez, lui ou toute variante conforme à vos appréciations, en tous lieux et mouvements qui vous paraissent concernés
par le mot d’ordre :

« à bas les privatisations ».

Merci en tout cas de votre attention.

ALAIN BADIOU

fl mise en garde

Sur ce site, nous allons publier ce texte, mais en exprimant notre désapprobation!  P.G.


TRIBUNE LIBRE /

POUR UNE « CONVERGENCE » DOTÉE D’UN CONTENU

Depuis quelques longues semaines, divers mouvements, accompagnés d’occupations et de blocages, animent le monde étudiant, cependant que des grèves tenaces paralysent en partie le secteur des transports. Tout cela est à vrai dire au relais dans notre pays de mouvements antérieurs, avec occupations de places, qui ont eu lieu dans les dernières années, et qui mettaient en cause la "loi travail ». Mais tout cela peut aussi s’inscrire, à échelle historique, dans ce qu’a ouvert le « printemps arabe »,[1]  lequel vit en particulier des saisies populaires de lieux publics aussi massives que durables.

Force est de constater que pour le moment, aucun de ces mouvements n’a entraîné de modification positive de la situation, pas même de la situation subjective, plutôt marquée, un peu partout, par de sensibles progrès des fascismes identitaires, qu’ils soient nationalistes, religieux, ou les deux en même temps. [2] Le plus fort mouvement de tous, la mobilisation égyptienne, n’a produit que le retour au pouvoir des militaires sous une forme encore plus agressive. Les occupations de place en Turquie ont consolidé la mainmise d’Erdogan sur le pays. Mais on peut aussi voir ici même qu’après Nuit debout et la loi travail, la France a hérité du gouvernement stipendié et ouvertement antipopulaire de Macron.

L’analyse générale de toutes ces « mobilisations » met très vite en évidence la faiblesse de leur unité apparente, et leur absence de mots d’ordre positifs. « Moubarak dégage » peut rassembler des foules, mais qui ne sont nullement d’accord sur la force politique qui doit remplacer Moubarak. « Faire la fête à Macron » ne dit rien de ce qu’un nouveau pouvoir devrait faire dans les conditions du moment.

On parle de « convergence des luttes ». Mais sur quoi convergent-elles ? L’hostilité aux réformes menées au pas de charge par le gouvernement Macron désigne bien un adversaire commun, mais aucunement une conviction affirmative commune. Et mettre à l’ordre du jour cette difficulté diviserait aussitôt le mouvement, chose considérée – à mon avis à tort – comme dangereuse. Le résultat est que la seule idée avancée pour que les luttes convergent est… le mot d’ordre purement tactique, et en réalité vide, de « convergence des luttes ». Cette tautologie est forcément inactive.

Je voudrais ici contribuer à la recherche d’un point d’unité plus réel, d’un mot d’ordre en prise sur la situation, qui sans doute introduirait une division politique dans les mouvements dispersés actuels, mais produirait un corps de combat autrement actif et durable.

Un mot d’ordre unificateur doit proposer un contenu positif effectivement commun aux forces qu’il s’agit d’unifier. Or, qu’y a-t-il de commun entre le mouvement étudiant, la grève à la SNCF, et les mouvements divers dans les institutions du service public, comme les hôpitaux ou la poste ? Le point commun est que tous sont affectés par les projets, en cours de réalisation ou à venir, de privatisation générale de tout le domaine qui relève encore de l’espace public. Certes, ces projets et réalisations ne datent pas d’aujourd’hui, et la gauche comme la droite y ont, dès 1983, activement participé. Mais aujourd’hui, la généralisation de tout cela est le cœur de l’action de Macron. [3]Les étudiants peuvent voir que l’installation d’une sélection à l’entrée des Universités est la porte d’entrée pour un système inégalitaire d’universités privées ; les cheminots peuvent voir que sous couvert d’ouverture à la concurrence, on prépare dans l’ombre et le mensonge un dépeçage de la SNCF au profit de compagnies privées ; les employés des hôpitaux publics peuvent voir qu’après la privatisation des services annexes et l’installation de cliniques privées dans les hôpitaux publics, la privatisation de l’ensemble hospitalier est à l’ordre du jour. Les postiers peuvent envisager qu’après la privatisation du téléphone et compte tenu de la puissance privée des compagnies qui régentent Internet, on brade le courrier ordinaire en en faisant comme ailleurs une annexe des supermarchés ou des épiceries. Et tout le reste à l’avenant.

OUTIL GOPE SILENCE

Le mot d’ordre unificateur qui s’impose est : Non aux privatisations, quelles qu’elles soient. Non seulement à celles que veut Macron, mais à celles qui se sont constamment suivies depuis les années quatre-vingt, et qui ont préparé le démantèlement de tout ce qui se présente comme un service public.

On dira que ce mot d’ordre est lui aussi négatif. Mais ce n’est qu’une apparence : il ouvre aussitôt à la question de savoir ce qui va venir à la place des services privatisés, et quelle sera la doctrine générale qui gouvernera ce changement. Le mot de « nationalisation » est à cet égard étroit et inopportun. La « nation » n’a rien à voir dans cette affaire. [4] C’est la dimension collective de l’appropriation qui compte, au regard de l’appropriation privée. La formule positive du mot d’ordre pourrait être : Appropriation collective et désintéressée de tout ce qui relève du bien public. Prioritairement : enseignement, santé, transports autres que familiaux, ports, aéroports, autoroutes, routes et chemins, moyens de communication (poste, téléphone et réseaux internet), énergie et eau potable.

Rappelons au passage que Marx, dans la définition très précise qu’il donne du communiste, ce qui veut dire du militant au service du bien public, lui attribue trois capacités quand il participe à un mouvement contre « l’ordre politique et social existant »  : il veille à ce qu’aucun intérêt strictement national et chauvin ne vienne dominer la destination universelle de l’action (internationalisme) [5] ; il prend soin de l’ensemble du mouvement et des étapes à venir, et non pas seulement des buts tactiques immédiats (vision stratégique) ; et il situe l’action au regard de la question fondamentale de la propriété. Marx ajoute que ceci doit être fait « quel que soit le degré auquel est parvenu cette question » (communisme réel).

Aujourd’hui, pour nous, le « degré » en question est fixé par la vague continue de privatisations. C’est avec ce critère en tête que, dans tous les mouvements actuels, nous devons agir et faire des propositions.

Ma proposition est la suivante : Nous connaissons l’existence historique d’un « ministère de l’économie, des finances et de la privatisation ». Nous savons aussi qu’existe un « comité de privatisation », défini comme l’organe technique qui assiste le Gouvernement « dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de la politique des entreprises publiques » [6]. Il est tout de même frappant que les « penseurs » de la politique des entreprises publiques soient réunis dans un « comité de privatisation » !

 

Je propose qu’une manifestation, faisant converger tous ceux qui, dans tous les secteurs concernés, ont des raisons fortes de s’opposer aux privatisations, se dirige vers le ministère des finances et y proclame ses impératifs :

 

  • La disparition générale, dans tout ce qui concerne la « politique des entreprises publiques », du mot « privatisation », la dissolution de tout organisme afférent, et l’arrêt immédiat de tous les projets relevant d’une privatisation.

  • Le réexamen de toutes les « privatisations » opérées depuis la deuxième moitié des années quatre-vingt.

  • La création d’un comité de vigilance sur cette question, travaillant notamment sur les diverses formes possibles de l’appropriation collective.

.
Merci en tout cas de votre attention

 

ALAIN BADIOU

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/05/alain-badiou-a-bas-les-privatisations.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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[1] Ce qu'on a appelé "printemps arabes" fut bien souvent une opération de déstabilisation typique de la stratégie du "regime change" orchestrée par les Etats- Unis et leurs alliés. Pas étonnant que l'auteur reprenne l'expression, puisqu'on connait maintenant le rôle de certains courants de gauche dite "radicale" pour orienter et manipuler le mécontentement populaire dans le sens de certains intérêts géopolitiques, ou tout simplement vers de fausses alternatives.

[2]"un peu partout, par de sensibles progrès des fascismes identitaires, qu’ils soient nationalistes, religieux, ou les deux en même temps": quel rapport avec les mouvements sociaux? Qui est responsable de la montée des "extrêmes" ou du développement du fondamentalisme musulman?

[3] " la généralisation de tout cela est le cœur de l’action de Macron": peut- on parler de généralisation alors que cette politique est la même depuis des décennies? Et pourquoi l'auteur ne mentionne- t-il pas la cohérence de ces politiques dans l'ensemble de l'Union européenne, parce qu'inscrites dans le marbre des traités? La logique de privatisations des services publics est inscrite dans l'article 106...depuis les traités de Maastricht et de Lisbonne (1992/2008)...

[4] On comprend mieux où l'auteur veut en venir avec la formule "Le mot de « nationalisation » est à cet égard étroit et inopportun. La « nation » n’a rien à voir dans cette affaire.": empêcher la seule vraie solution pour mettre fin à ces politiques imposées par une domination étrangère: la sortie de l'Union européenne et de l'euro (le FREXIT). Nous avons donc bien affaire selon moi  à une énième manipulation en vue de détourner les luttes sociales d'une possible victoire.

[5] (Le militant communiste) "il veille à ce qu’aucun intérêt strictement national et chauvin ne vienne dominer la destination universelle de l’action (internationalisme)": en quoi la défense des services publics relève- t-elle d'un intérêt "strictement national et chauvin"? Ici, l'utilisation quasi- religieuse d'une formule à des fins de manipulation rappelle bien des heures sombres, de mon point de vue...

[6] "Nous savons aussi qu’existe un « comité de privatisation », défini comme l’organe technique qui assiste le Gouvernement « dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de la politique des entreprises publiques": ce comité a un autre nom: la Commission européenne! Mais il ne faut pas le dire...

Extrait de sa fiche wikipedia (ça vaut ce que ça vaut, mais pour ceux qui ne connaissent pas...):

Militant politique, Badiou a été l’un des dirigeants du maoïsme français (militant à l'Union des communistes de France marxiste-léniniste), comme d'autres normaliens célèbres (Benny Lévy, Guy Lardreau, le linguiste Jean-Claude Milner, les lacaniens Jacques-Alain et Gérard Miller, qui, eux, militaient à la Gauche prolétarienne, etc.). Il ne renie ensuite rien ou presque de cet héritage. Alain Badiou considère que les phénomènes comme le goulag et la Révolution culturelle ne doivent pas conduire, concernant le communisme, à « jeter le bébé avec l'eau du bain ». Il affirme aussi qu'« aujourd'hui, la démocratie n'est rien d'autre qu'un outil de propagande du capitalisme ».

Revenant sur ces années d'engagement politique au sein de l'UCFml, le philosophe et écrivain Bernard Sichère, qui fut l'un de ses membres, la décrit comme « une organisation sectaire », note la discipline (le « style militaire ») qu'y faisait alors régner Alain Badiou convaincu, selon lui, de détenir seul la vérité. Il critique sévèrement « un homme qui aime dominer les autres », « son incapacité à la moindre mise en cause de sa personne et de sa pensée » et ironise sur la radicalité de son discours qui serait celle d'un « révolutionnaire en chambre ».

En janvier 1979, au moment de la guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam, et alors que le monde entier découvre l'ampleur des crimes de Pol Pot et de ses Khmers rouges, il proteste dans une tribune publiée dans Le Monde contre l'« invasion du Cambodge par cent vingt mille Vietnamiens » et prend la défense de Pol Pot et des Khmers rouges (...).

P.G.

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«Qu'ils aillent mille fois en enfer» : le message d'un ministre israélien à l'Union européenne

Le ministre israélien de l'Energie, Yuval Steinitz, n'a pas apprécié l’appel de l'Union européenne à une enquête sur les violences perpétrées par l'armée israélienne envers des manifestants arabes. Et il n'a pas mâché ses mots.

ACT ISRAEL MINISTRE

Au cours d'une interview accordée ce 23 mai à la chaîne Radio 103, le ministre israélien de l’Energie, Yuval Steinitz, a fait savoir ce qu'il pensait de l'appel, formulé la veille par l’Union européenne, à l’ouverture d'«une enquête rapide» sur la répression violente par l’armée israélienne de manifestations à Haïfa les 18 et 20 mai. Les manifestants, en majorité des arabes israéliens selon le journal Haaretz, protestaient notamment contre les violences qui ont endeuillé Gaza, où 62 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, le 14 mai.

«Qu'ils aillent mille fois, mille fois, en enfer», a lâché le ministre, au sujet de l'Union européenne (UE), selon des propos rapportés par Haaretz. «L'UE lèche maintenant les bottes de l'Iran et va aider [Téhéran] contre les sanctions américaines», a poursuivi Yuval Steinitz, accusant Bruxelles de «harceler» Israël.

«L'Iran se livre à des exécutions, torture les homosexuels, viole les droits des femmes, soutient le terrorisme et [Bachar el-]Assad, qui utilise des armes chimiques contre son peuple», a estimé le ministre israélien.

Jugeant que l'UE «ne représent[ait] pas réellement les nations européennes», il a estimé : «C'est une organisation que personne ne dirige et qui est moins favorable à Israël que les Etats européens eux-mêmes.» 

Le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, cité par Haaretz, estime lui aussi que l’Etat hébreu n'a «pas besoin [...] d'avertissements moralisateurs d'un organe partial et obsessionnel comme l'UE»

L'Union européenne avait fait part de son opposition au transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, estimant que cette initiative, prise par Donald Trump en décembre dernier, compromettrait sérieusement le processus de paix dans la région.

https://francais.rt.com/international/50934-mille-fois-enfer-

Edouard Philippe annule sa visite en Israël

Le Premier ministre a informé les autorités israéliennes qu'il annulait sa visite dans l'Etat hébreu, prévue les 31 mai et 1er juin prochains. Matignon met en avant un agenda intérieur monopolisé par plusieurs réformes, dont celle de la SNCF.

«La visite du Premier ministre français [Edouard Philippe en Israël, prévue les 31 mai et 1er juin] est annulée côté français pour des raisons intérieures», a rapporté le ministère israélien des Affaires étrangères, dans un bref communiqué publié le 23 mai.

Edouard Philippe devait notamment inaugurer le 1er juin à Jérusalem avec son homologue israélien Benjamin Netanyahou, la Saison croisée France-Israël, une série d’événements culturels et économiques qui se dérouleront simultanément dans les deux pays entre juin et novembre 2018. 

De son côté, Matignon a confirmé le report de la visite, faisant notamment référence à la série de réformes en cours. Edouard Philippe est notamment en première ligne sur la réforme de la SNCF, qui fait face à une vive contestation depuis plusieurs semaines. Selon Le Figaro, le locataire de Matignon «ira évidemment» en Israël, mais aucune date n'a pour l'heure été avancée. 

Une relation franco-israélienne sous tension ?

Sur Twitter, le député UDI Meyer Habib, fervent soutien du gouvernement israélien, a fait part de son regret : «Une occasion manquée de réchauffer les relations bilatérales après les condamnations décevantes de la France et le lynchage médiatique d'un Israël en légitime défense.» 

L'annulation de la visite du Premier ministre intervient dans un contexte de tension des relations entre la France et Israël après les récentes violences survenues dans bande de Gaza où 62 Palestiniens ont été tués et des centaines blessés par des tirs israéliens, le 14 mai, alors qu’ils protestaient contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.

Emmanuel Macron avait alors «condamné les violences et souligné l’importance de la protection des populations civiles et du droit à manifester pacifiquement».

https://francais.rt.com/france/50920-edouard-philippe-annule-visite-israel

AFFICHE GAZA MASSACRE

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mardi 22 mai 2018

Massacre colonial pour un « jour de gloire »

TRIBUNE LIBRE / Bruno Guigue

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52 morts et 2400 blessés dont 1200 par balles.. C’est le dernier bilan de la sanglante journée du 14 mai 2018 dans la bande de   Mais pour Netanyahou, c’est un “jour glorieux”. Lors de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, il a remercié Donald Trump avec des trémolos dans la voix. “Quel jour glorieux ! Souvenez-vous toujours de ce moment, c’est un jour historique. C’est un grand jour pour Jérusalem et pour l’État d’. Un jour qui restera dans nos mémoires pour des générations et des générations”. Cette journée restera dans les mémoires, en effet, mais pour ce qu’elle est vraiment : un nouveau massacre colonial.

Déversant un déluge de feu sur des manifestants palestiniens désarmés, l’appareil répressif israélien s’est surpassé dans l’horreur. Où sont ses laudateurs habituels, toujours prompts à répéter le laïus officiel sur cette vertueuse armée israélienne pénétrée d’impératifs moraux et soucieuse d’épargner les civils ? On ne les entend guère, ils rasent les murs. Quand les courageux pionniers de l’idéal sioniste se livrent à un pogrom en direct, ces imposteurs abonnés aux plateaux-télé ont la mine basse et le regard chafouin.

Mais peu importe. D’autres se mettent à l’ouvrage, bien décidés à maquiller la scène de crime. Hypocrites, les médias français prennent le relais, nous expliquant du bout des lèvres que “les tensions sont vives” et qu’il y a des “affrontements à la frontière”. Quel sens de l’euphémisme ! On se demande bien, d’ailleurs, de quelle frontière il s’agit, car Israël n’en a aucune. La bande de Gaza est un morceau libéré – et assiégé – de la Palestine historique. Lorsque ses habitants veulent se rendre dans une autre région de la Palestine, ils rentrent chez eux, tout simplement. Parler de frontière, c’est faire comme si l’occupation était légale, c’est joindre le mensonge à la justification du forfait colonial.

Cette journée du 14 mai est la plus meurtrière depuis la guerre de l’été 2014 contre Gaza. Mais une fois de plus, dès qu’il s’agit de nommer l’oppression subie par les Palestiniens, les mots sont démonétisés, vidés de leur substance, frappés par une censure invisible. On connaît la rengaine : “Israël a le droit de se défendre”, les colonies sont des “implantations », les résistants des “terroristes”, le mur de séparation “un mur de sécurité”, Israël une “démocratie”, les manifestants de Gaza des “provocateurs” et des “extrémistes”. Dans cette novlangue invasive, les expressions apparemment les plus anodines sont trompeuses.

Au nom de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, par exemple, appelle “toutes les parties à agir avec la plus grande retenue, afin d’éviter des pertes de vies humaines supplémentaires”. On savait déjà que l’UE ne servait à rien, mais il faut avouer que cette inutilité finit par se voir de très loin. Dans le même registre, “la France, elle, appelle l’ensemble des acteurs à faire preuve de responsabilité afin de prévenir un nouvel embrasement au Proche-Orient”, déclare le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Sournoises à l’excès, ces formules laissent entendre que deux peuples s’affrontent sur le champ de bataille, alors qu’il s’agit de la révolte d’un peuple colonisé contre le colonisateur. Elles font comme si le conflit provenait d’une double intransigeance et qu’il suffisait, au fond, de ramener à la raison les forces antagonistes pour rétablir la paix. On sait ce que signifie cet angélisme de façade : il s’agit d’obtenir la reddition de ceux qui protestent contre l’occupation. D’une lutte de libération, cette rhétorique lénifiante fait une obscure querelle. Son artifice, dans le meilleur des cas, consiste à renvoyer dos-à-dos l’occupant et l’occupé, comme si les responsabilités étaient partagées.

En attendant, la débauche de violence de l’occupant fait renaître l’atmosphère sanguinaire des pires massacres coloniaux. Enracinée dans les esprits par une idéologie raciste, la diabolisation du Palestinien autorise toutes les transgressions. Des citoyens israéliens s’installent sur les miradors pour assister en direct aux tirs à balles réelles sur cibles humaines. Quel beau spectacle ! Après tout, les héros de “Tsahal” excellent dans leur spécialité. Flinguer des civils, hommes, femmes et enfants confondus, c’est quand même plus facile que vaincre le Hezbollah au Liban-Sud ou aller chercher le combattant palestinien, à la baïonnette, dans les ruelles obscures de Gaza.

“Nos soldats défendent nos frontières”, déclare Netanyahou. Va-t-il également proclamer l’époustouflante victoire de sa vaillante armée ? Déjà, durant l’été 2014, le bombardement massif et meurtrier d’un immense camp de réfugiés était censé relever, dans la novlangue sioniste, du paradigme de la victoire militaire. Comme si le bilan de ce bain de sang perpétré à distance pouvait s’apparenter à celui d’une guerre remportée à la loyale, sur un champ de bataille, face aux soldats d’une armée digne de ce nom, l’Etat-colon se vantait de ses turpitudes. Aujourd’hui encore, comme un serial killer de série B, il se regarde dans son miroir, fasciné par sa propre image mortifère.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/billet-rouge-2/massacre-colonial-pour-un-jour-de-gloire-par-bruno-guigue/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

AFFICHE GAZA MASSACRE

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vendredi 18 mai 2018

Quand Gaza fait irruption au Festival de Cannes

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, un formidable documentaire animé, Samouni Road, de Stefano Savona, revient sur la mort de 29 membres d’une famille gazaouie en 2009.

ACT SOUMANI FILM

Samouni Road ***
de Stefano Savona
Film franco-italien, 2 h 10
Quinzaine des réalisateurs

Le Festival de Cannes présente souvent des films en prise avec les tourments du monde. Mais il aura rarement été rattrapé de façon si tragique par l’actualité du moment. Pour la première fois présent sur la Croisette cette année, le pavillon de la délégation palestinienne, drapeau en berne, était en deuil.

Réunis en cercle, les festivaliers présents, parmi lesquels on comptait les membres du jury. Un certain regard, la comédienne française Virginie Ledoyen, l’acteur portoricain Benicio del Toro, et la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir, ont observé une minute de silence en mémoire des 60 Gazaouis tués lors d’une manifestation lundi 14 mai.

Quelques minutes plus tôt, lors d’une discussion organisée dans le cadre du marché du film autour de Samouni Road, documentaire sur la bande de Gaza présenté à la Quinzaine des réalisateurs, l’un des membres de la délégation disait son espoir qu’un tel film ait le pouvoir de guérir les blessures de la guerre.

Son réalisateur, l’Italien Stefano Savona, est moins optimiste, mais aspire tout de même à un travail de mémoire salutaire. Il passe dans son film par la restitution de la façon la plus fidèle possible de la terrible histoire de la famille Samouni, paisibles paysans vivant dans le nord de la bande de Gaza, non loin de la frontière israélienne. Certains travaillent à Tel-Aviv, parlent hébreu et gardent leur distance avec les partis politiques rivaux.

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En janvier 2009, pourtant, lors de l’opération israélienne à Gaza baptisée « Plomb durci » visant à mettre fin aux tirs de roquettes du Hamas, 29 membres de cette famille sont tués par des soldats de l’État hébreu. Stefano Savona, qui venait de filmer la guerre au jour le jour, les rencontre à la fin de l’intervention militaire.

Frappé par la qualité des témoignages des femmes et enfants rescapés, allant au-delà de la colère ou de l’affliction, il décide de revenir un an plus tard à l’occasion du mariage d’un jeune couple. Les Samouni font preuve d’une telle résilience que le cinéaste décide de raconter leur quotidien avant, pendant et après la perte de leurs proches mais aussi de leurs maisons.

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Pour pallier l’absence d’images, il se tourne vers le cinéma d’animation, après avoir découvert le travail de son compatriote Simone Massi, réalisateur de courts-métrages au style unique sur la de sa famille dans le centre de l’Italie. Grattant avec divers outils pointus du papier enduit de pastel noir, cet animateur fait surgir la lumière de l’obscurité, les souvenirs de l’oubli.

La première partie mêle avec une fluidité confondante dessins du passé (ré) animé et témoignages recueillis sur le vif lors des tâches ménagères quotidiennes ou des discussions à l’ombre des oliviers et amandiers encore debout après le passage des tanks.

La nuit d’angoisse à l’issue fatale est quant à elle restituée par une demi-heure d’animation dont le tremblement du trait accentue l’émotion et la tension du drame qui se noue. Cette séquence éprouvante donne également à voir des vues aériennes du village comme celles que peuvent en filmer les drones militaires. Cherchant à donner à comprendre plus qu’à juger, Stefano Savona a recoupé les témoignages avec les rapports de la Croix-Rouge et ceux de l’armée israélienne qui a diligenté une enquête sur ces exactions.

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Le réalisateur n’escamote pas non plus la réalité d’une société patriarcale avec son lot de mariages arrangés et d’épouses reléguées dans des positions subalternes. Il montre aussi les ferments de la vengeance semés dans l’esprit des jeunes garçons. Mais tout autant, dans le regard brillant d’Alma, petite fille de 10 ans sauvée des décombres trois jours après le bombardement de sa maison, la volonté de se reconstruire malgré le traumatisme.

Stéphane Dreyfus, à Cannes
https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Quand-Gaza-fait-irruption-Festival-Cannes-2018-05-16-

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iMAGES DU JOUR

Plutôt de l'humour noir cette semaine, pour la compilation du site "Les Crises", malheureusement.  P.G.

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https://www.les-crises.fr/miscellanees-du-17-05/

Posté par UPR Creuse à 04:15 - - Permalien [#]
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