vendredi 25 mai 2018

Alain Badiou : « à bas les privatisations »

Je suggère, au cas où vous approuveriez ce texte, au moins dans ses grandes lignes, que vous le diffusiez, lui ou toute variante conforme à vos appréciations, en tous lieux et mouvements qui vous paraissent concernés
par le mot d’ordre :

« à bas les privatisations ».

Merci en tout cas de votre attention.

ALAIN BADIOU

fl mise en garde

Sur ce site, nous allons publier ce texte, mais en exprimant notre désapprobation!  P.G.


TRIBUNE LIBRE /

POUR UNE « CONVERGENCE » DOTÉE D’UN CONTENU

Depuis quelques longues semaines, divers mouvements, accompagnés d’occupations et de blocages, animent le monde étudiant, cependant que des grèves tenaces paralysent en partie le secteur des transports. Tout cela est à vrai dire au relais dans notre pays de mouvements antérieurs, avec occupations de places, qui ont eu lieu dans les dernières années, et qui mettaient en cause la "loi travail ». Mais tout cela peut aussi s’inscrire, à échelle historique, dans ce qu’a ouvert le « printemps arabe »,[1]  lequel vit en particulier des saisies populaires de lieux publics aussi massives que durables.

Force est de constater que pour le moment, aucun de ces mouvements n’a entraîné de modification positive de la situation, pas même de la situation subjective, plutôt marquée, un peu partout, par de sensibles progrès des fascismes identitaires, qu’ils soient nationalistes, religieux, ou les deux en même temps. [2] Le plus fort mouvement de tous, la mobilisation égyptienne, n’a produit que le retour au pouvoir des militaires sous une forme encore plus agressive. Les occupations de place en Turquie ont consolidé la mainmise d’Erdogan sur le pays. Mais on peut aussi voir ici même qu’après Nuit debout et la loi travail, la France a hérité du gouvernement stipendié et ouvertement antipopulaire de Macron.

L’analyse générale de toutes ces « mobilisations » met très vite en évidence la faiblesse de leur unité apparente, et leur absence de mots d’ordre positifs. « Moubarak dégage » peut rassembler des foules, mais qui ne sont nullement d’accord sur la force politique qui doit remplacer Moubarak. « Faire la fête à Macron » ne dit rien de ce qu’un nouveau pouvoir devrait faire dans les conditions du moment.

On parle de « convergence des luttes ». Mais sur quoi convergent-elles ? L’hostilité aux réformes menées au pas de charge par le gouvernement Macron désigne bien un adversaire commun, mais aucunement une conviction affirmative commune. Et mettre à l’ordre du jour cette difficulté diviserait aussitôt le mouvement, chose considérée – à mon avis à tort – comme dangereuse. Le résultat est que la seule idée avancée pour que les luttes convergent est… le mot d’ordre purement tactique, et en réalité vide, de « convergence des luttes ». Cette tautologie est forcément inactive.

Je voudrais ici contribuer à la recherche d’un point d’unité plus réel, d’un mot d’ordre en prise sur la situation, qui sans doute introduirait une division politique dans les mouvements dispersés actuels, mais produirait un corps de combat autrement actif et durable.

Un mot d’ordre unificateur doit proposer un contenu positif effectivement commun aux forces qu’il s’agit d’unifier. Or, qu’y a-t-il de commun entre le mouvement étudiant, la grève à la SNCF, et les mouvements divers dans les institutions du service public, comme les hôpitaux ou la poste ? Le point commun est que tous sont affectés par les projets, en cours de réalisation ou à venir, de privatisation générale de tout le domaine qui relève encore de l’espace public. Certes, ces projets et réalisations ne datent pas d’aujourd’hui, et la gauche comme la droite y ont, dès 1983, activement participé. Mais aujourd’hui, la généralisation de tout cela est le cœur de l’action de Macron. [3]Les étudiants peuvent voir que l’installation d’une sélection à l’entrée des Universités est la porte d’entrée pour un système inégalitaire d’universités privées ; les cheminots peuvent voir que sous couvert d’ouverture à la concurrence, on prépare dans l’ombre et le mensonge un dépeçage de la SNCF au profit de compagnies privées ; les employés des hôpitaux publics peuvent voir qu’après la privatisation des services annexes et l’installation de cliniques privées dans les hôpitaux publics, la privatisation de l’ensemble hospitalier est à l’ordre du jour. Les postiers peuvent envisager qu’après la privatisation du téléphone et compte tenu de la puissance privée des compagnies qui régentent Internet, on brade le courrier ordinaire en en faisant comme ailleurs une annexe des supermarchés ou des épiceries. Et tout le reste à l’avenant.

OUTIL GOPE SILENCE

Le mot d’ordre unificateur qui s’impose est : Non aux privatisations, quelles qu’elles soient. Non seulement à celles que veut Macron, mais à celles qui se sont constamment suivies depuis les années quatre-vingt, et qui ont préparé le démantèlement de tout ce qui se présente comme un service public.

On dira que ce mot d’ordre est lui aussi négatif. Mais ce n’est qu’une apparence : il ouvre aussitôt à la question de savoir ce qui va venir à la place des services privatisés, et quelle sera la doctrine générale qui gouvernera ce changement. Le mot de « nationalisation » est à cet égard étroit et inopportun. La « nation » n’a rien à voir dans cette affaire. [4] C’est la dimension collective de l’appropriation qui compte, au regard de l’appropriation privée. La formule positive du mot d’ordre pourrait être : Appropriation collective et désintéressée de tout ce qui relève du bien public. Prioritairement : enseignement, santé, transports autres que familiaux, ports, aéroports, autoroutes, routes et chemins, moyens de communication (poste, téléphone et réseaux internet), énergie et eau potable.

Rappelons au passage que Marx, dans la définition très précise qu’il donne du communiste, ce qui veut dire du militant au service du bien public, lui attribue trois capacités quand il participe à un mouvement contre « l’ordre politique et social existant »  : il veille à ce qu’aucun intérêt strictement national et chauvin ne vienne dominer la destination universelle de l’action (internationalisme) [5] ; il prend soin de l’ensemble du mouvement et des étapes à venir, et non pas seulement des buts tactiques immédiats (vision stratégique) ; et il situe l’action au regard de la question fondamentale de la propriété. Marx ajoute que ceci doit être fait « quel que soit le degré auquel est parvenu cette question » (communisme réel).

Aujourd’hui, pour nous, le « degré » en question est fixé par la vague continue de privatisations. C’est avec ce critère en tête que, dans tous les mouvements actuels, nous devons agir et faire des propositions.

Ma proposition est la suivante : Nous connaissons l’existence historique d’un « ministère de l’économie, des finances et de la privatisation ». Nous savons aussi qu’existe un « comité de privatisation », défini comme l’organe technique qui assiste le Gouvernement « dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de la politique des entreprises publiques » [6]. Il est tout de même frappant que les « penseurs » de la politique des entreprises publiques soient réunis dans un « comité de privatisation » !

 

Je propose qu’une manifestation, faisant converger tous ceux qui, dans tous les secteurs concernés, ont des raisons fortes de s’opposer aux privatisations, se dirige vers le ministère des finances et y proclame ses impératifs :

 

  • La disparition générale, dans tout ce qui concerne la « politique des entreprises publiques », du mot « privatisation », la dissolution de tout organisme afférent, et l’arrêt immédiat de tous les projets relevant d’une privatisation.

  • Le réexamen de toutes les « privatisations » opérées depuis la deuxième moitié des années quatre-vingt.

  • La création d’un comité de vigilance sur cette question, travaillant notamment sur les diverses formes possibles de l’appropriation collective.

.
Merci en tout cas de votre attention

 

ALAIN BADIOU

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/05/alain-badiou-a-bas-les-privatisations.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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[1] Ce qu'on a appelé "printemps arabes" fut bien souvent une opération de déstabilisation typique de la stratégie du "regime change" orchestrée par les Etats- Unis et leurs alliés. Pas étonnant que l'auteur reprenne l'expression, puisqu'on connait maintenant le rôle de certains courants de gauche dite "radicale" pour orienter et manipuler le mécontentement populaire dans le sens de certains intérêts géopolitiques, ou tout simplement vers de fausses alternatives.

[2]"un peu partout, par de sensibles progrès des fascismes identitaires, qu’ils soient nationalistes, religieux, ou les deux en même temps": quel rapport avec les mouvements sociaux? Qui est responsable de la montée des "extrêmes" ou du développement du fondamentalisme musulman?

[3] " la généralisation de tout cela est le cœur de l’action de Macron": peut- on parler de généralisation alors que cette politique est la même depuis des décennies? Et pourquoi l'auteur ne mentionne- t-il pas la cohérence de ces politiques dans l'ensemble de l'Union européenne, parce qu'inscrites dans le marbre des traités? La logique de privatisations des services publics est inscrite dans l'article 106...depuis les traités de Maastricht et de Lisbonne (1992/2008)...

[4] On comprend mieux où l'auteur veut en venir avec la formule "Le mot de « nationalisation » est à cet égard étroit et inopportun. La « nation » n’a rien à voir dans cette affaire.": empêcher la seule vraie solution pour mettre fin à ces politiques imposées par une domination étrangère: la sortie de l'Union européenne et de l'euro (le FREXIT). Nous avons donc bien affaire selon moi  à une énième manipulation en vue de détourner les luttes sociales d'une possible victoire.

[5] (Le militant communiste) "il veille à ce qu’aucun intérêt strictement national et chauvin ne vienne dominer la destination universelle de l’action (internationalisme)": en quoi la défense des services publics relève- t-elle d'un intérêt "strictement national et chauvin"? Ici, l'utilisation quasi- religieuse d'une formule à des fins de manipulation rappelle bien des heures sombres, de mon point de vue...

[6] "Nous savons aussi qu’existe un « comité de privatisation », défini comme l’organe technique qui assiste le Gouvernement « dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de la politique des entreprises publiques": ce comité a un autre nom: la Commission européenne! Mais il ne faut pas le dire...

Extrait de sa fiche wikipedia (ça vaut ce que ça vaut, mais pour ceux qui ne connaissent pas...):

Militant politique, Badiou a été l’un des dirigeants du maoïsme français (militant à l'Union des communistes de France marxiste-léniniste), comme d'autres normaliens célèbres (Benny Lévy, Guy Lardreau, le linguiste Jean-Claude Milner, les lacaniens Jacques-Alain et Gérard Miller, qui, eux, militaient à la Gauche prolétarienne, etc.). Il ne renie ensuite rien ou presque de cet héritage. Alain Badiou considère que les phénomènes comme le goulag et la Révolution culturelle ne doivent pas conduire, concernant le communisme, à « jeter le bébé avec l'eau du bain ». Il affirme aussi qu'« aujourd'hui, la démocratie n'est rien d'autre qu'un outil de propagande du capitalisme ».

Revenant sur ces années d'engagement politique au sein de l'UCFml, le philosophe et écrivain Bernard Sichère, qui fut l'un de ses membres, la décrit comme « une organisation sectaire », note la discipline (le « style militaire ») qu'y faisait alors régner Alain Badiou convaincu, selon lui, de détenir seul la vérité. Il critique sévèrement « un homme qui aime dominer les autres », « son incapacité à la moindre mise en cause de sa personne et de sa pensée » et ironise sur la radicalité de son discours qui serait celle d'un « révolutionnaire en chambre ».

En janvier 1979, au moment de la guerre entre le Cambodge et le Viêt Nam, et alors que le monde entier découvre l'ampleur des crimes de Pol Pot et de ses Khmers rouges, il proteste dans une tribune publiée dans Le Monde contre l'« invasion du Cambodge par cent vingt mille Vietnamiens » et prend la défense de Pol Pot et des Khmers rouges (...).

P.G.

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«Qu'ils aillent mille fois en enfer» : le message d'un ministre israélien à l'Union européenne

Le ministre israélien de l'Energie, Yuval Steinitz, n'a pas apprécié l’appel de l'Union européenne à une enquête sur les violences perpétrées par l'armée israélienne envers des manifestants arabes. Et il n'a pas mâché ses mots.

ACT ISRAEL MINISTRE

Au cours d'une interview accordée ce 23 mai à la chaîne Radio 103, le ministre israélien de l’Energie, Yuval Steinitz, a fait savoir ce qu'il pensait de l'appel, formulé la veille par l’Union européenne, à l’ouverture d'«une enquête rapide» sur la répression violente par l’armée israélienne de manifestations à Haïfa les 18 et 20 mai. Les manifestants, en majorité des arabes israéliens selon le journal Haaretz, protestaient notamment contre les violences qui ont endeuillé Gaza, où 62 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, le 14 mai.

«Qu'ils aillent mille fois, mille fois, en enfer», a lâché le ministre, au sujet de l'Union européenne (UE), selon des propos rapportés par Haaretz. «L'UE lèche maintenant les bottes de l'Iran et va aider [Téhéran] contre les sanctions américaines», a poursuivi Yuval Steinitz, accusant Bruxelles de «harceler» Israël.

«L'Iran se livre à des exécutions, torture les homosexuels, viole les droits des femmes, soutient le terrorisme et [Bachar el-]Assad, qui utilise des armes chimiques contre son peuple», a estimé le ministre israélien.

Jugeant que l'UE «ne représent[ait] pas réellement les nations européennes», il a estimé : «C'est une organisation que personne ne dirige et qui est moins favorable à Israël que les Etats européens eux-mêmes.» 

Le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, cité par Haaretz, estime lui aussi que l’Etat hébreu n'a «pas besoin [...] d'avertissements moralisateurs d'un organe partial et obsessionnel comme l'UE»

L'Union européenne avait fait part de son opposition au transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, estimant que cette initiative, prise par Donald Trump en décembre dernier, compromettrait sérieusement le processus de paix dans la région.

https://francais.rt.com/international/50934-mille-fois-enfer-

Edouard Philippe annule sa visite en Israël

Le Premier ministre a informé les autorités israéliennes qu'il annulait sa visite dans l'Etat hébreu, prévue les 31 mai et 1er juin prochains. Matignon met en avant un agenda intérieur monopolisé par plusieurs réformes, dont celle de la SNCF.

«La visite du Premier ministre français [Edouard Philippe en Israël, prévue les 31 mai et 1er juin] est annulée côté français pour des raisons intérieures», a rapporté le ministère israélien des Affaires étrangères, dans un bref communiqué publié le 23 mai.

Edouard Philippe devait notamment inaugurer le 1er juin à Jérusalem avec son homologue israélien Benjamin Netanyahou, la Saison croisée France-Israël, une série d’événements culturels et économiques qui se dérouleront simultanément dans les deux pays entre juin et novembre 2018. 

De son côté, Matignon a confirmé le report de la visite, faisant notamment référence à la série de réformes en cours. Edouard Philippe est notamment en première ligne sur la réforme de la SNCF, qui fait face à une vive contestation depuis plusieurs semaines. Selon Le Figaro, le locataire de Matignon «ira évidemment» en Israël, mais aucune date n'a pour l'heure été avancée. 

Une relation franco-israélienne sous tension ?

Sur Twitter, le député UDI Meyer Habib, fervent soutien du gouvernement israélien, a fait part de son regret : «Une occasion manquée de réchauffer les relations bilatérales après les condamnations décevantes de la France et le lynchage médiatique d'un Israël en légitime défense.» 

L'annulation de la visite du Premier ministre intervient dans un contexte de tension des relations entre la France et Israël après les récentes violences survenues dans bande de Gaza où 62 Palestiniens ont été tués et des centaines blessés par des tirs israéliens, le 14 mai, alors qu’ils protestaient contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.

Emmanuel Macron avait alors «condamné les violences et souligné l’importance de la protection des populations civiles et du droit à manifester pacifiquement».

https://francais.rt.com/france/50920-edouard-philippe-annule-visite-israel

AFFICHE GAZA MASSACRE

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mardi 22 mai 2018

Massacre colonial pour un « jour de gloire »

TRIBUNE LIBRE / Bruno Guigue

TL MASSACRE COLONIAL BG

52 morts et 2400 blessés dont 1200 par balles.. C’est le dernier bilan de la sanglante journée du 14 mai 2018 dans la bande de   Mais pour Netanyahou, c’est un “jour glorieux”. Lors de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, il a remercié Donald Trump avec des trémolos dans la voix. “Quel jour glorieux ! Souvenez-vous toujours de ce moment, c’est un jour historique. C’est un grand jour pour Jérusalem et pour l’État d’. Un jour qui restera dans nos mémoires pour des générations et des générations”. Cette journée restera dans les mémoires, en effet, mais pour ce qu’elle est vraiment : un nouveau massacre colonial.

Déversant un déluge de feu sur des manifestants palestiniens désarmés, l’appareil répressif israélien s’est surpassé dans l’horreur. Où sont ses laudateurs habituels, toujours prompts à répéter le laïus officiel sur cette vertueuse armée israélienne pénétrée d’impératifs moraux et soucieuse d’épargner les civils ? On ne les entend guère, ils rasent les murs. Quand les courageux pionniers de l’idéal sioniste se livrent à un pogrom en direct, ces imposteurs abonnés aux plateaux-télé ont la mine basse et le regard chafouin.

Mais peu importe. D’autres se mettent à l’ouvrage, bien décidés à maquiller la scène de crime. Hypocrites, les médias français prennent le relais, nous expliquant du bout des lèvres que “les tensions sont vives” et qu’il y a des “affrontements à la frontière”. Quel sens de l’euphémisme ! On se demande bien, d’ailleurs, de quelle frontière il s’agit, car Israël n’en a aucune. La bande de Gaza est un morceau libéré – et assiégé – de la Palestine historique. Lorsque ses habitants veulent se rendre dans une autre région de la Palestine, ils rentrent chez eux, tout simplement. Parler de frontière, c’est faire comme si l’occupation était légale, c’est joindre le mensonge à la justification du forfait colonial.

Cette journée du 14 mai est la plus meurtrière depuis la guerre de l’été 2014 contre Gaza. Mais une fois de plus, dès qu’il s’agit de nommer l’oppression subie par les Palestiniens, les mots sont démonétisés, vidés de leur substance, frappés par une censure invisible. On connaît la rengaine : “Israël a le droit de se défendre”, les colonies sont des “implantations », les résistants des “terroristes”, le mur de séparation “un mur de sécurité”, Israël une “démocratie”, les manifestants de Gaza des “provocateurs” et des “extrémistes”. Dans cette novlangue invasive, les expressions apparemment les plus anodines sont trompeuses.

Au nom de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, par exemple, appelle “toutes les parties à agir avec la plus grande retenue, afin d’éviter des pertes de vies humaines supplémentaires”. On savait déjà que l’UE ne servait à rien, mais il faut avouer que cette inutilité finit par se voir de très loin. Dans le même registre, “la France, elle, appelle l’ensemble des acteurs à faire preuve de responsabilité afin de prévenir un nouvel embrasement au Proche-Orient”, déclare le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Sournoises à l’excès, ces formules laissent entendre que deux peuples s’affrontent sur le champ de bataille, alors qu’il s’agit de la révolte d’un peuple colonisé contre le colonisateur. Elles font comme si le conflit provenait d’une double intransigeance et qu’il suffisait, au fond, de ramener à la raison les forces antagonistes pour rétablir la paix. On sait ce que signifie cet angélisme de façade : il s’agit d’obtenir la reddition de ceux qui protestent contre l’occupation. D’une lutte de libération, cette rhétorique lénifiante fait une obscure querelle. Son artifice, dans le meilleur des cas, consiste à renvoyer dos-à-dos l’occupant et l’occupé, comme si les responsabilités étaient partagées.

En attendant, la débauche de violence de l’occupant fait renaître l’atmosphère sanguinaire des pires massacres coloniaux. Enracinée dans les esprits par une idéologie raciste, la diabolisation du Palestinien autorise toutes les transgressions. Des citoyens israéliens s’installent sur les miradors pour assister en direct aux tirs à balles réelles sur cibles humaines. Quel beau spectacle ! Après tout, les héros de “Tsahal” excellent dans leur spécialité. Flinguer des civils, hommes, femmes et enfants confondus, c’est quand même plus facile que vaincre le Hezbollah au Liban-Sud ou aller chercher le combattant palestinien, à la baïonnette, dans les ruelles obscures de Gaza.

“Nos soldats défendent nos frontières”, déclare Netanyahou. Va-t-il également proclamer l’époustouflante victoire de sa vaillante armée ? Déjà, durant l’été 2014, le bombardement massif et meurtrier d’un immense camp de réfugiés était censé relever, dans la novlangue sioniste, du paradigme de la victoire militaire. Comme si le bilan de ce bain de sang perpétré à distance pouvait s’apparenter à celui d’une guerre remportée à la loyale, sur un champ de bataille, face aux soldats d’une armée digne de ce nom, l’Etat-colon se vantait de ses turpitudes. Aujourd’hui encore, comme un serial killer de série B, il se regarde dans son miroir, fasciné par sa propre image mortifère.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/billet-rouge-2/massacre-colonial-pour-un-jour-de-gloire-par-bruno-guigue/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

AFFICHE GAZA MASSACRE

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vendredi 18 mai 2018

Quand Gaza fait irruption au Festival de Cannes

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, un formidable documentaire animé, Samouni Road, de Stefano Savona, revient sur la mort de 29 membres d’une famille gazaouie en 2009.

ACT SOUMANI FILM

Samouni Road ***
de Stefano Savona
Film franco-italien, 2 h 10
Quinzaine des réalisateurs

Le Festival de Cannes présente souvent des films en prise avec les tourments du monde. Mais il aura rarement été rattrapé de façon si tragique par l’actualité du moment. Pour la première fois présent sur la Croisette cette année, le pavillon de la délégation palestinienne, drapeau en berne, était en deuil.

Réunis en cercle, les festivaliers présents, parmi lesquels on comptait les membres du jury. Un certain regard, la comédienne française Virginie Ledoyen, l’acteur portoricain Benicio del Toro, et la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir, ont observé une minute de silence en mémoire des 60 Gazaouis tués lors d’une manifestation lundi 14 mai.

Quelques minutes plus tôt, lors d’une discussion organisée dans le cadre du marché du film autour de Samouni Road, documentaire sur la bande de Gaza présenté à la Quinzaine des réalisateurs, l’un des membres de la délégation disait son espoir qu’un tel film ait le pouvoir de guérir les blessures de la guerre.

Son réalisateur, l’Italien Stefano Savona, est moins optimiste, mais aspire tout de même à un travail de mémoire salutaire. Il passe dans son film par la restitution de la façon la plus fidèle possible de la terrible histoire de la famille Samouni, paisibles paysans vivant dans le nord de la bande de Gaza, non loin de la frontière israélienne. Certains travaillent à Tel-Aviv, parlent hébreu et gardent leur distance avec les partis politiques rivaux.

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En janvier 2009, pourtant, lors de l’opération israélienne à Gaza baptisée « Plomb durci » visant à mettre fin aux tirs de roquettes du Hamas, 29 membres de cette famille sont tués par des soldats de l’État hébreu. Stefano Savona, qui venait de filmer la guerre au jour le jour, les rencontre à la fin de l’intervention militaire.

Frappé par la qualité des témoignages des femmes et enfants rescapés, allant au-delà de la colère ou de l’affliction, il décide de revenir un an plus tard à l’occasion du mariage d’un jeune couple. Les Samouni font preuve d’une telle résilience que le cinéaste décide de raconter leur quotidien avant, pendant et après la perte de leurs proches mais aussi de leurs maisons.

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Pour pallier l’absence d’images, il se tourne vers le cinéma d’animation, après avoir découvert le travail de son compatriote Simone Massi, réalisateur de courts-métrages au style unique sur la de sa famille dans le centre de l’Italie. Grattant avec divers outils pointus du papier enduit de pastel noir, cet animateur fait surgir la lumière de l’obscurité, les souvenirs de l’oubli.

La première partie mêle avec une fluidité confondante dessins du passé (ré) animé et témoignages recueillis sur le vif lors des tâches ménagères quotidiennes ou des discussions à l’ombre des oliviers et amandiers encore debout après le passage des tanks.

La nuit d’angoisse à l’issue fatale est quant à elle restituée par une demi-heure d’animation dont le tremblement du trait accentue l’émotion et la tension du drame qui se noue. Cette séquence éprouvante donne également à voir des vues aériennes du village comme celles que peuvent en filmer les drones militaires. Cherchant à donner à comprendre plus qu’à juger, Stefano Savona a recoupé les témoignages avec les rapports de la Croix-Rouge et ceux de l’armée israélienne qui a diligenté une enquête sur ces exactions.

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Le réalisateur n’escamote pas non plus la réalité d’une société patriarcale avec son lot de mariages arrangés et d’épouses reléguées dans des positions subalternes. Il montre aussi les ferments de la vengeance semés dans l’esprit des jeunes garçons. Mais tout autant, dans le regard brillant d’Alma, petite fille de 10 ans sauvée des décombres trois jours après le bombardement de sa maison, la volonté de se reconstruire malgré le traumatisme.

Stéphane Dreyfus, à Cannes
https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Quand-Gaza-fait-irruption-Festival-Cannes-2018-05-16-

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iMAGES DU JOUR

Plutôt de l'humour noir cette semaine, pour la compilation du site "Les Crises", malheureusement.  P.G.

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mardi 15 mai 2018

52 Palestiniens tués par des tirs israéliens à Gaza, les autorités accusent Israël de «massacre»

Selon un bilan provisoire, 52 Palestiniens ont été tués et des centaines blessés par des tirs de soldats israéliens dans la bande de Gaza, où des milliers de personnes protestent contre le transfert à Jérusalem de l'ambassade américaine en Israël.

ACT NAQBA MANIF

La tension est de nouveau montée d'un cran dans la bande de Gaza où 52 Palestiniens ont été abattus par des tirs israéliens le 14 mai, selon un bilan provisoire fourni par les autorités gazaouies. L'ambasadeur palestinien à l'ONU a évoqué de son côté la mort de «huit enfants de moins de 16 ans» et au moins 2 000 blessés.

L'armée israélienne a en outre affirmé avoir mené des raids contre des cibles du Hamas, sans fournir de bilan de ces bombardements. Des milliers de personnes manifestent dans les territoires palestiniens contre le transfert de l'ambassade des Etats-Unis en Israël, de Tel-Aviv à Jérusalem.

Les autorités palestiniennes dénoncent un «horrible massacre»

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Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a dénoncé un «massacre» israélien. Qualifiant l'ambassade étasunienne de «nouveau poste avancé de la colonisation», Mahmoud Abbas a affirmé : «Les Etats-Unis ne sont plus un médiateur au Moyen-Orient.» Il a en outre annoncé trois jours de deuil dans les Territoires palestiniens et une grève générale le 15 mai.

Le porte-parole du gouvernement palestinien, Youssouf al-Mahmoud, a réagi dans un communiqué, réclamant une «intervention internationale immédiate pour stopper l'horrible massacre commis à Gaza par les forces occupantes israéliennes contre notre peuple héroïque». Amnesty International a pour sa part dénoncé une «violation abjecte» des droits de l'homme, accusant Israël de commettre des «crimes de guerre».

«Nous demandons à toutes les parties d'agir avec la plus grande retenue afin d'éviter des pertes de vie humaine supplémentaires», a pour sa part affirmé le chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini dans un communiqué.

L'armée israélienne avait largué auparavant des tracts mettant en garde les Gazaouis : «Vous prenez part à des rassemblements violents au péril de votre vie [...] Ne laissez pas le Hamas, de la manière la plus cynique, se servir de vous comme de ses jouets.» Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a prévenu que l'armée emploierait «tous les moyens» pour défendre la frontière, les soldats et les civils israéliens riverains de l'enclave.

Plus de 100 morts depuis le 30 mars

Ces décès portent à 106 le nombre de Palestiniens tués dans la bande de Gaza depuis le début d'un mouvement de protestation massif le 30 mars afin de réclamer l'application du droit au retour des Palestiniens, qui ont fui ou ont été chassés de leur terre en 1948 lors de la création de l'Etat hébreuLe 14 mai est la journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de 2014 dans l'enclave. 

En plus de leur opposition au transfert de l'ambassade, les Palestiniens protestent aussi contre le blocus de Gaza imposé par Israël et l'occupation militaire. L'armée israélienne a dénié le caractère pacifiste de la mobilisation, revendiqué par les participants, la qualifiant «d'opération terroriste» conduite par le Hamas, qui gouverne l'enclave palestinienne et auquel il a livré trois guerres.

Ivanka Trump représentera les Etats-Unis lors de la cérémonie du transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem

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L'ambassade des Etats-Unis en Israël a été officiellement inaugurée à Jérusalem le 14 mai en présence d'Ivanka Trump et Jared Kushner, la fille et le gendre du président américain qui sont aussi ses conseillers. La cérémonie concrétise l'une des promesses de campagne du président Donald Trump. La promesse avait déjà été faite par d'autres présidents américains, et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël ainsi que le principe du déplacement de l'ambassade des Etats-Unis sont l'objet d'une loi adoptée à une écrasante majorité par les deux chambres du Congrès en octobre 1995. 

Salué comme «historique» par Israël, ce déménagement est largement perçu comme un acte de défi envers la communauté internationale dans une période de grande inquiétude pour la stabilité régionale.

https://francais.rt.com/international/50660-dizaine-palestiniens-tues-ouverture-ambassade

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lundi 14 mai 2018

La Syrie attaquée par des ovnis

TRIBUNE LIBRE / par Richard Labévière

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 07-05-2018

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Dès janvier 2011, c’était mal parti avec la résurgence de mouvements anciens, complexes et changeants, mais aussitôt qualifiés par les observateurs pressés de « révolutions arabes ». Révolutions, carrément ! Il se trouva même deux anciens militants trotskistes – Benjamin Stora (spécialiste de l’Algérie) et Edwy Plenel (spécialiste de tout) – pour commettre un livre : Le 89 arabe – Réflexions sur les révolutions en cours. Un livre à ouvrir dès qu’on est un peu mélancolique, tant ses contes et légendes sont à mourir de rire.

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L’auteur de ces lignes se souvient d’une confrontation télévisée avec Samir Aïta – éternel courtisan de tous les défecteurs syriens, de Rifaat al-Assad à Moustapha Tlass en passant par Abdel Halim Khaddam – dont l’obsession est de devenir ministre, un jour… Ceint d’une écharpe rouge, rouge comme celle de Christophe Barbier (révolutionnaire en chef de L’Express), le sieur Aïta ne cessait d’invoquer – trémolos dans la voix – la « révolution » syrienne ! A la dixième évocation récurrente du même type, votre serviteur se permet de mettre en garde l’imprécateur contre l’abus textuel du terme ! Réponse courroucée du pré-ministre : « mais vous, jeune homme qu’est-ce que vous pouvez bien connaître des révolutions ? »

IL ETAIT UNE FOIS LA REVOLUTION

FSLN

Quelle grande joie de pouvoir retorquer que – comme jeune reporter – j’avais eu la chance de pouvoir couvrir la chute d’Anastasio Somoza au Nicaragua et de travailler, quelque temps, avec les plus hauts responsables du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), précisant que « la révolution sandiniste » fut marquée par : une réforme agraire, la nationalisation des grandes exploitations de la United Fruit Company et la promotion des droits des femmes. Une vraie révolution, de vraies ruptures avec l’ordre économique, social et politique d’une sanglante dictature soutenue par les Etats-Unis. Je concluais en n’observant rien de tel dans la prétendue « révolution » syrienne, sinon les crimes d’une bande de jihadistes cherchant à détruire l’Etat-nation syrien, avec l’aide des puissances occidentales, des pays du Golfe et d’Israël. Samir Aïta faillit défaillir…

Complaisamment relayée par la presse occidentale, l’autre fable « révolutionnaire » consista à répéter que, de mars à juillet 2011 s’était développé un « mouvement social » pacifique, parti de la ville frontalière (avec la Jordanie) de Deraa, s’étendant « spontanément » à l’ensemble du pays… Rien n’est plus faux ! Après trois années de sécheresse, la révolte de Deraa a mis, immédiatement, aux prises plusieurs milliers de journaliers agricoles (originaires du nord-ouest du pays) aux forces de l’ordre locales, avec l’appui de groupes armés des Frères musulmans venus de Jordanie.

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L’auteur de ces lignes a pu visionner des images recueillies par un service européen de renseignement sur lesquelles on peut voir trois hommes masqués – armés de M-16 – tirer sur un poste de police de Deraa depuis les toits plats de la Médina. Cette séquence date du 23 mars 2011. Certes, cette explosion sociale a été durement réprimée, mais elle a été – dés le début – un mouvement de confrontation directe avec les autorités légales, confrontation soutenue et nourrie par les Frères musulmans syriens, basés en Jordanie, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. La suite est connue !

Par conséquent et dès le début, les événements de Syrie ont été, inconsciemment ou délibérément, mal compris ! A Paris, sur le plan de l’instrumentalisation construite à dessein, trois chantres de la « révolution syrienne » ont, abondamment donné de leur personne : un historien auto-proclamé ayant un compte personnel à régler avec les autorités syrienne1 ; une chercheuse de la Fondation Ford, ayant traîné la diplomatie française dans la boue durant des années, mais décorée de la Légion d’honneur par François Hollande ; et, un très pâle ambassadeur de France en Syrie (2006 – 2009), tellement bon à Damas qu’il a terminé sa carrière à … Berne.

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Dans un contexte où les droits de l’homme ont pu tenir lieu de politique étrangère, il n’en fallait pas moins pour qu’Alain Juppé prenne la décision hallucinante de fermer l’ambassade de France à Damas en mars 2012. A un moment où il était absolument vital de maintenir un canal de communication avec les autorités et les services spéciaux syriens (plus d’un millier de jeunes français tentaient de gagner le jihad syro-irakien par Istanbul), le maire de Bordeaux rompait des relations diplomatiques ancestrales au nom de valeurs morales plus ou moins bien exprimées. Ce faisant, Alain Juppé prenait la responsabilité d’inscrire la crise syrienne dans la séquence chargée d’un totémisme diplomatique dont nous sommes loin d’être sortis !

TOTEMS ET GRANDS PRÊTRES

LA VERITE EST AILLEURS

Devenus totems en effet, il est de grands dossiers internationaux qui ne peuvent plus relever – désormais – de l’analyse rationnelle, historique, sinon scientifique. D’abord le conflit israélo-palestinien : critiquer Israël, ses politiques coloniales, économiques et migratoires est devenu mission impossible, voire un délit… Manuel Vals, puis Emmanuel Macron et d’autres ayant assimilé l’antisionisme à l’antisémitisme. Vient ensuite le génocide rwandais. Assimilé à l’Holocauste, cette tragédie génère, elle-aussi, un totémisme dualiste : ceux qui n’acceptent pas qu’on associe structurellement la France et ses forces armées aux massacres de la région des Grands Lacs puis du Zaïre, sont automatiquement traités de « négationnistes ». La même géométrie frappe actuellement toute espèce de recherches et discours critiques engagés dans l’intelligence de l’un des conflits post-Guerre-froide les plus complexes, anomiques et globaux.

Ce processus de totémisation de la guerre civilo-globale de Syrie aboutit à trois types de rationalités, étant entendu – comme le démontrait Spinoza dans l’Ethique – que « les idées fausses et inadéquates peuvent s’enchaîner aussi nécessairement que les idées justes et adéquates » : 1) l’émergence d’une caste de grands prêtres ; 2) la multiplication d’une série de disciples plus ou moins convaincus ; 3) enfin, un retour plus ou moins perceptible de la censure.

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Les grands prêtres accèdent à ce statut, adoubés par les médias privés et publics. Ils présentent un profil caractéristique : parler de tout et n’importe quoi avec la même ferveur ; passer d’un plateau télé à un studio radio et aux colonnes des gazettes avec grande dextérité, fluidité et certitude ; détruire tout obstacle et contradiction. Celui qui tient actuellement la corde n’est autre qu’un ancien militant du Betar (mouvement de l’extrême-droite pro-israélienne). Il peut dire les oracles sur la Syrie bien-sûr, mais aussi sur l’Iran, l’Arabie saoudite, le Yémen, le Soudan, Israël, Emmanuel Macron et le mouvement « végan ». Parfois, on a droit à une prêtresse de zone inférieure : une consultante « spécialiste des Proche et Moyen-Orient » qui peut tout dire et son contraire en fonction de deux principes intangibles : le client est toujours roi et « j’ai des enfants à nourrir ».

La classe des sous-grands prêtres fait plutôt appel à des « spécialistes » des Etats-Unis. S’occupant de l’hyperpuissance, ils sont automatiquement habilités à pouvoir parler, eux-aussi, de tous les dossiers possibles et inimaginables. Les connaisseurs des arcanes de la Maison Blanche, du Congrès et du Conseil national de sécurité sont partout chez eux, en toutes choses et toutes crises. Vient ensuite, le troisième cercle, celui des consultants, des experts militaires et des différents instituts de recherche. Contrairement aux laboratoires américains et aux grandes fondations allemandes, les IRIS, IFRI, IREMO et autres FRS français crèvent la dalle ! Leurs dirigeants passent leur temps à chercher de l’argent, étant bien entendu que la provenance des fonds influence plus ou moins directement les travaux commandés. Faut bien vivre !!!

OVNIS IDEOLOGIQUEMENT IDENTIFIES

Notre deuxième rationalité de totémisation met en scène une kyrielle d’intellectuels organiques de provenances professionnelles très divers. Ils peuvent être journalistes, enseignants, médecins, humanitaires, comédiens ou diplomates… Tous, à un titre ou à un autre, se sentent « appelés » et dans l’obligation de répondre aux injonctions des prêtres : se prononcer, témoigner, communiquer…

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Ainsi dernièrement, dans l’émission de Frédéric Taddei sur Europe-1, on a pu entendre une espèce de bécassine insulter en direct l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud, auteur de plusieurs livres majeurs sur le Proche-Orient, devenus des classiques. Vérifications faites : cette parfaite inconnue, qui a dû franchir le boulevard périphérique deux fois dans sa vie, vient de commettre un opuscule intitulé – Sales guerres – De prof de philo à grand reporter -, comme s’il y avait des « guerres propres » ! Cette seule qualité permet à cette gamine hystérique d’affirmer qu’il y a bien eu attaque chimique à la Ghouta, que les bombardements occidentaux sont « justes » et que Bachar al-Assad doit passer sur la chaise électrique. Qui juge qui ???

Aussi peut-on voir quotidiennement, défiler sur le plateau de « 28 Minutes » (Bernard-Henri Lévy est président du Conseil de surveillance d’Arte-France depuis plus de 22 ans !), tous les petits chiens de garde de la bien-pensance parisienne avec, entre autres : Romain Goupil (réalisateur improbable), Ziad Majed (politologue libanais salarié du Qatar), Eric Naulleau (homme sandwich du PAF, pour tout ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour/c’est un métier !) et bien d’autres professionnels de l’indignation sélective mais compatissante.

Il est plus triste – mais cela correspond aux rouages de notre deuxième rationalité – de voir des gens ultra-compétents dans leur domaine initial, sombrer dans l’avis péremptoire sur des questions et dossiers qu’ils ne connaissent absolument pas. Ainsi, Jean Viard – sociologue respecté – spécialiste du territoire, de l’agriculture, de la paysannerie et des « temps sociaux » s’est senti, dernièrement, obligé de qualifier les bombardements occidentaux effectués en Syrie de « bonne et juste actions ». On a très envie de lui dire : mon cher Jean, tu n’a jamais mis un bout d’orteil en Syrie, alors retourne à tes champs de blé… »

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Dans cette constellation d’un crétinisme infinitésimal, les OVNIS évoluent en escadrilles serrées. Objets/sujets volants non identifiés, parce qu’on ne comprend pas pourquoi ils accompagnent à ce point et aussi spontanément les injonctions du clergé de la bien-pensance, leurs ressorts idéologiques – à défaut d’être raisonnables – sont néanmoins plus claires : détruire l’Etat-nation syrien, contribuer à faire de ce pays ce qui a été fait de l’Irak et de la Libye ! Haïr l’Etat-nation en général !

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En ces temps de commémoration du cinquantenaire de Mai-68, tous ces idiots utiles, qui se sentent irrésistiblement « appelés » à soutenir les bombardements occidentaux de Syrie, feraient bien de lire ou relire la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary. Le regretté Guy Hocquenghem y explique par le menu (1986) comment les révolutionnaires peau d’lapin comme Daniel Cohn-Bendit ou Serge July et tous les autres sont passés de leurs démangeaisons petites bourgeoises à l’apologie du capitalisme le plus libéralement sauvage, comment ils ont cultivé et propagent aujourd’hui une haine de soi devenue la plus belle affirmation d’un individualisme consumériste, destructeur et impérial.

Comme a eu l’occasion de la dire récemment (miraculeusement !) sur l’antenne d’une radio de service public l’anthropologue Emmanuel Todd, les derniers bombardements occidentaux effectués en Syrie ont, surtout atteint nos propres valeurs, celles du patriotisme, de la laïcité et l’égalité hommes/femmes.

LA CENSURE, C’EST COMME LES TRAINS…

Ca peut en cacher d’autres ! Sans surprise, notre troisième rationalité de totémisation de la crise syrienne produit de la censure, de différentes formes et procédures. Il y a d’abord les petits censeurs aux ciseaux de bois, comme par exemple Nicolas Truong, le commissaire politique des pages débats/opinions du Monde, qui publie systématiquement le moindre ressenti de Bernard-Henri Lévy en première page (Bernard-Henri siège aussi aux conseils de surveillance du Monde et de Libération), tandis que ses contradicteurs se voient opposer toujours la même réponse : « pas de chance, y’a plus de place… »

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Il y a, ensuite les Tweets de Bruno Tertrais – autre exemple – et d’autres policiers de la pensée qui font annuler des colloques ouverts et pluralistes sur la Syrie et d’autres dossiers. L’année dernière aurait dû se tenir une conférence sur la crise syrienne au Mémorial de Caen avec différents chercheurs, journalistes et députés. Quelques injonctions numériques ont suffi à faire annuler la réunion. Reprogrammée à la Sorbonne, puis à l’Assemblée nationale, celle-ci a pu se tenir – finalement – dans les sous-sols de l’Eglise russe ! Et c’est bien une preuve supplémentaire qu’il fallait l’interdire. Justement, un colloque qui devait se tenir sur la Russie actuelle vient d’être annulé – lui-aussi – au dernier moment.

Ne parlons pas des pressions régulièrement exercées sur les intervenants qui acceptent de se rendre sur le plateau de Russia-Today-France et des papiers russophobes que publient régulièrement L’Express et d’autres gazettes. Ne parlons-pas, non plus, des humeurs fatiguées de Sylvie Kauffmann « directrice éditoriale du Monde », régulièrement déconstruites par notre collaborateur Etienne Pellot !

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Tout cela n’est ni très sain, ni rassurant sur l’état de santé de la démocratie française. Ecoutant le président de la République clôturer les deux journées parisiennes consacrées à la lutte contre le financement du terrorisme (25 et 26 avril), l’auteur de ces lignes l’a entendu saluer une « France, patrie des droits de l’homme et protectrice de la liberté d’expression ». La parole est facile et souvent tout aussi totémique que celle dont nous venons de rappeler les sorties de route. Une incompressible réalité pèse maintenant sur ce magistère de la communication souveraine : la censure s’exerce de nouveau en France !

Relatant la révolte syrienne (1924 – 1926) contre la France mandataire, Alice Poulleau – citoyenne française qui résidait alors à Damas – dit toute sa honte dans son livre-témoignage – A Damas sous les bombes. Suite à la participation française aux derniers bombardements occidentaux effectués en Syrie, nous ressentons aujourd’hui le même sentiment et ne trouvons pas les mots à dire aux patriotes syriens, ni pour expliquer, ni pour excuser ces attaques d’OVNIS. Celles-ci ne changeront rien, ni à l’évolution des combats qui perdurent sur le terrain, ni aux blocages diplomatiques, ni à la nouvelle guerre que les Etats-Unis, Israël et l’Arabie saoudite préparent contre l’Iran.

Bonne lecture et, néanmoins bonne semaine.

Richard Labévière
7 mai 2018

1 Voir prochetmoyen-orient.ch du 15 août 2016 : Syrie, réponse à un historien auto-proclamé !

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 07-05-2018

https://www.les-crises.fr/la-syrie-attaquee-par-des-ovnis-par-richard-labeviere/

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Commentaire sur le site (extrait):

Fritz // 09.05.2018 à 06h04

Sept ans après, France Cul entretient le mensonge de la “révolution syrienne” :
https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees/le-journal-des-idees-du-lundi-05-mars-2018
« On l’a oublié aujourd’hui mais cette guerre contre les civils qui se poursuit en Syrie est venue écraser dans l’œuf une authentique révolution, un véritable printemps du peuple. »

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mardi 10 avril 2018

Evacuation à Notre-Dame-des-Landes : affrontements et journalistes tenus à l'écart

L'opération d'expulsion des occupants "les plus radicaux" de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a débuté ce lundi 9 avril aux alentours de 6 heures du matin. Au cours des affrontements entre zadistes et forces de l'ordre, un gendarme a été blessé à l’œil... Pendant que les journalistes ont été escortés en dehors de la zone et interdits de filmer.

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Trois mois après l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, place à l'évacuation d'une partie de la ZAD. Une opération d'expulsion des occupants "les plus radicaux", selon le communiqué du ministère de l'Intérieur, a débuté à l'aube, mobilisant 2.500 gendarmes mobiles. Au total, "une centaine de personnes" doivent être délogées. Peu avant 11h30, la préfète [sic] de la région Pays de la Loire a établi un premier bilan de dix squats démantelés "dont trois en cours" et de "six personnes expulsées sur un même squat". "Les autres étaient vides", a-t-elle indiqué, estimant que l'objectif d'une "quarantaine de squats démantelés" était "presque atteint".

Le tout ne s'est pas fait sans violence. Des affrontements ont eu lieu entre zadistes et force de l'ordre. Un gendarme a été blessé à l’œil, touché par un tir d'artifice. Il a été transporté immédiatement au CHU de Nantes. Une personne a été interpellée sur le lieu-dit des "Fosses noires" pour des jets de projectiles.

Echanges de grenades et de projectiles

Selon la Place Beauvau, une "mission de maintien de l'ordre" a d'abord été lancée par les forces de police aux alentours de 3 heures du matin après que des barricades ont été incendiées par des zadistes, certainement alertés de l'opération à venir. Les militaires ont ensuite dégagé la RD 281 traversant le site, où des obstacles avaient été installés.

Face à eux, des dizaines d'occupants et certains de leurs soutiens appelés en renfort ont tenté d'empêcher l'opération par des tirs de projectiles. En réponse, les gendarmes ont usé de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes. Des tractopelles ont ensuite suivi pour détruire des logements illégaux installés sur place.

Invité de la matinale d'Europe 1 au même moment, Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, a assuré que des "consignes de retenue" avaient été données aux forces de l'ordre pour éviter toute flambée de violence. Les arrestations, selon lui, viseront les "individus auteurs de violence ou d'actes de rébellion".

Les médias tenus à l'écart

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Sur les réseaux sociaux, entre les deux camps, c'est aussi une bataille de l'image qui se dispute. Du côté des zadistes, via le compte Twitter de la zone, en plus des vidéos en direct montrant les expulsions, on joue de l'humour pour feinter une certaine sérénité face à cette intervention.

Côté gouvernement, l'atmosphère est nettement plus tendue, puisqu'on tente de verrouiller la couverture de l'évènement. En effet, plusieurs journalistes témoignent avoir été mis à l'écart par les forces de l'ordre. Le reporter du Monde Cédric Pietralunga indique que "le ministère de l'Intérieur a invité les journalistes sur place à 'ne pas gêner les manœuvres opérées par la gendarmerie', à rejoindre un 'espace presse' et propose aux rédactions des photos et vidéos de l'opération 'libres de droits'".

En clair, les médias sont interdits de filmer les affrontements, et doivent se contenter des images officielles fournies par les forces de l'ordre. Ils sont également escortés en dehors de la zone où ont lieu les heurts. Le journaliste de France Bleu Antoine Denéchère a indiqué que "la gendarmerie envo[yait] par mail les vidéos et photos de l'opération en cours". Il sera donc vraisemblablement difficile de se faire une idée pour l'observateur neutre : tandis que le porte-parole du ministère de l'Intérieur a évoqué des "affrontements peu intenses" entre les 2.500 gendarmes mobiles et 30 à 50 zadistes, les occupants de Notre-Dame-des-Landes ont tenu un point presse dans lequel ils déclarent ressentir une "vive émotion après cette opération brutale qui met à mal le dialogue qui commençait avec la préfecture."

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L'opération était prévue de longue date : le gouvernement avait annoncé le 17 janvier dernier son intention d'évacuer les "occupants illégaux de parcelles" à la fin de la trêve hivernale. En clair, ceux qui n'ont pas communiqué aux autorités un projet à vocation agricole pour ces terres, comme l'a rappelé le Premier ministre samedi dans une interview accordée au Parisien. La quasi-totalité des occupants ne l'ont pas fait, préférant une gestion collective du territoire et la possibilité de mener des projets non-agricoles.

Ce n'est pas la première tentative d'évacuation de la ZAD. En 2012, l'opération "César" s'était soldée par un échec cuisant. Les 300 occupants de l'époque avaient refusé de quitter les lieux malgré l'intervention policière musclée. Les zadistes avaient communiqué le chiffre d'une "centaine de blessés" dans des affrontements avec les gendarmes. Des violences qui ont coûté cher, en terme d'image, au gouvernement de Jean-Marc Ayrault et à la présidence de François Hollande. Un épisode que l'exécutif actuel veut certainement s'épargner, quitte à empêcher les journalistes d'en être témoins.

La préfète de la Loire-Atlantique et de la région Pays de la Loire Nicole Klein a tenu une conférence de presse ce lundi 9 avril dans
l'après-midi afin de livrer un compte-rendu des opérations de la matinée. Soulignant que l'intervention des forces de l'ordre, "menée avec discernement dans le plus strict respect du droit", n'était "en aucun cas une surprise", la préfète a donné quelques détails chiffrés : sept personnes ont été interpellées par les gendarmes, dont celle qui aurait "blessé légèrement"un gendarme à l’œil. 13 squats ont été évacués, dont six détruits. D'après la préfète, tous les occupants de la ZAD ne sont pas voués à être évacués : elle a affirmé que ceux qui avaient déposé un "projet agricole sérieux" à la préfecture n'étaient pas menacés. Nicole Klein a toutefois prévenu : "En cas de réoccupation, les forces de l’ordre interviendront sans délai. On ne laissera pas se recréer une zone de non droit. Le retour à l’état de droit est non négociable."

https://www.marianne.net/societe/evacuation-notre-dame-des-landes-affrontements-et-journalistes-tenus-l-ecart?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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Quand les adeptes de la censure se plaignent d'être censurés...Vous allez voir qu'ils vont nous faire le coup de la presse en danger. C'était bien la peine de faire la campagne de Macron, quel ingrat!   P.G.

 

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mercredi 4 avril 2018

Grèves SNCF : une cagnotte pour soutenir les cheminots et contrer les sanctions des grévistes

Une cagnotte lancée le 23 mars pour soutenir les cheminots en grève a déjà récolté plus de 115 000 euros et augmente d'heure en heure. La direction de la SNCF tente de pallier ce mouvement en prenant des mesures qui suscitent la polémique.

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«Nous avons de la sympathie pour les cheminots grévistes. Ils défendent un de nos biens communs, une entreprise de service public que le gouvernement cherche à transformer en "société anonyme"» ont écrit 32 intellectuels sur le blog des invités de Médiapart le 23 mars en initiant une cagnotte visant à indemniser financièrement, via des dons sur internet, les cheminots qui font grève à compter du 3 avril. Ce pot commun solidaire lancé sur le site de cagnotte en ligne Leetchi avait déjà récolté plus de 115 000 euros le 3 avril au soir, et ne cesse d'augmenter.

Le texte accompagnant le lancement de la cagnotte rappelle que, durant les grèves de 1995 et 1968, «la solidarité entre voisins et collègues [avait mis] en échec le calcul gouvernemental de dresser les usagers contre la grève [des cheminots]». Mentionnant le sacrifice financier des grévistes, le texte insiste sur la nécessité que le mouvement des cheminots dure «pour le succès de leurs revendications». 

En effet, la grève représente une coupe conséquente dans les salaires des personnes mobilisées. Dans un entretien accordé au Parisien le 2 avril, Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-cheminots, a expliqué que si les cheminots suivaient l’ensemble du mouvement, cela représenterait pour eux un tiers de salaire en moins.

Grèves SNCF : une cagnotte pour soutenir les cheminots et contrer les sanctions des grévistes© SNCF
Calendrier grève SNCF

Jours de repos décomptés

Pour tenter de contrer ce mouvement de grève dite «perlée» de deux jours sur cinq, qui devrait s'étendre jusqu'au 28 juin, la direction de la SNCF a recours à plusieurs tentatives : elle a d’abord annoncé qu'elle allait comptabiliser les jours de repos comme jours de grève. Cette mesure a été immédiatement dénoncée par les syndicats. L'Unsa, la CGT et la CFDT envisagent de saisir l'inspection du travail dans un premier temps avant un recours devant la justice si la SNCF s'obstinait à appliquer cette mesure. «Annoncer aux cheminots que les jours de repos ne seront pas payés, ça vise à les dissuader de faire grève, mais cette provocation va plutôt cristalliser le mécontentement dans le sens d'une plus grande mobilisation», a déclaré Roger Dillenseger, le responsable du syndicat Unsa férovière à l'Obs.

Une prime de 150 euros tombe à point nommé

D'autre part, la SNCF a annoncé qu'une prime de 150 euros par mois serait accordée aux cadres pour conduire occasionnellement des trains. Pour les syndicats, il s’agit de «casser le mouvement de grève» avec une «carotte» afin d’inciter les cadres intermédiaires à remplacer les cheminots grévistes.

La SNCF s'est justifiée en expliquant que cette prime répondait à une revendication de longue date des cadres concernés qui effectuaient des remplacements sans bonus. «La concordance des dates est proprement scandaleuse», a dénoncé Rémi Aufrère-Privel, secrétaire général adjoint de la CFDT-cheminots sur franceinfo. «Nous considérons que c’est un moyen de briser la grève», a-t-il ajouté.

Selon Laurent Brun, de la CGT-cheminots, la direction de la SNCF a également envisagé de faire venir d’autres cheminots du Royaume-Uni et «étudierait la possibilité d’effectuer des réquisitions de cheminots, par exemple sur la ligne D du RER, quitte à aller les chercher avec les gendarmes», a-t-il encore affirmé, ajoutant que tout cela avait pour but de «casser la grève et traduisait une perte totale de sang-froid de la part de la direction».

Du côté du gouvernement, les éléments de langage fleurissent depuis le début de la grève. Dénonçant une «culture de la grève» et une «grève incompréhensible», de nombreux élus de la République en marche critiquent vertement le mouvement des cheminots. La ministre des transports, Elisabeth Borne, invitée de Jean-Jacques Bourdin le 3 avril a déclaré être dans une posture de dialogue et ne pas comprendre «cette posture de blocage».

https://francais.rt.com/france/49404-greves-sncf-cagnotte-pour-soutenir-gr%C3%A9vistes

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mardi 3 avril 2018

La puissance de l’ombre

On savait, depuis les attentats de janvier 2015, la France rongée par un mal souterrain. Les théories du complot, ces « ferments de haine et de désintégration de notre société », commencent à « miner notre jeunesse », disait-on alors (1). Un second ingrédient est venu s’ajouter à la menace : les fake news, ces « fausses informations » principalement diffusées sur Internet qui saperaient notre démocratie et nécessiteraient une mobilisation générale.

TL FAKE NEWS COMPLOT

Le tocsin fut sonné en janvier 2018 par la parution d’un sondage prétendant que « huit Français sur dix adhèrent à une théorie du complot ». Sa méthodologie est si discutable qu’il s’apparente lui-même à une fake news (lire « Un sondage sur mesure »). Peu importe : les journalistes s’engouffrent dans la brèche. « Fake news, théories du complot, comment lutter ? », s’interroge France Inter le 11 janvier 2018. « Fake news et théories du complot : et si elles nuisaient (aussi) à vos études ? », décline le magazine L’Étudiant (6 février 2018). L’affaire est jugée assez sérieuse pour que le président Emmanuel Macron envisage de « faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles (2) ». Et pour que l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), qui en connaît un rayon sur le sujet, publie un rapport sur « les fausses informations en ligne » et leurs « implications sécuritaires » (3). En ligne de mire, la Russie, accusée de vouloir déstabiliser l’Occident.

COMPLOTEUR ORDI

Il existe bien des raisons de combattre le conspirationnisme. Stérile sur le plan politique, l’adhésion aux bobards numériques témoigne des progrès d’un relativisme qui met dans le même sac des croyances alimentées par des marchands de peur et des connaissances scientifiques éprouvées ; des rumeurs propagées à la sauvette et des faits vérifiés, comparés, analysés ; des théories aux fondations bancales et des hypothèses rationnelles.

La soudaine passion médiatique pour la vérité peut toutefois surprendre. Après tout, les journalistes et les dirigeants politiques se sont longtemps accommodés de certains mensonges, du bourrage de crâne de la Grande Guerre aux armes de destruction massive de Saddam Hussein. Et ils s’en accommodent encore. En décembre 2016, le journal de France 2 « révélait » l’existence d’un bar interdit aux femmes à Sevran, générant d’interminables débats sur la montée du communautarisme, et des menaces de mort pour le gérant du lieu. Trois mois plus tard, un reportage du Bondy Blog démonte la supercherie (4) : l’établissement n’est pas un repaire d’islamistes, il sert de l’alcool et accueille des clientes — ce que confirment trois autres enquêtes, du Monde, d’Ouest-France, et de France Bleu.

Tant pis, l’« information » est dans la nature et chacun peut continuer de s’y référer. Ainsi, le 6 janvier 2018, Nathalie Saint-Cricq, chroniqueuse à France 2, évoquait toujours ce « café dans lequel les femmes n’ont pas le droit d’entrer ». C’était lors de la journée « Toujours Charlie » organisée par le Printemps républicain. Nombre de journalistes, de dirigeants politiques, d’intellectuels patentés étaient présents ; l’événement fut largement couvert. Mais personne ne dénonça un rassemblement de benêts crédules colportant des ragots.

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On observe le même déséquilibre avec l’accusation de complotisme. Depuis l’élection de M. Donald Trump, de vénérables journaux traquent à longueur de colonnes le moindre « détail troublant » susceptible d’accréditer l’idée d’une machination russe contre la démocratie américaine. Rien ne peut les convaincre. Si un élément vient affaiblir une de leurs théories, ils en échafaudent une nouvelle… comme les sceptiques quant à la « version officielle » du 11-Septembre (5). Qui accuse le New York Times, le Washington Post ou CNN de conspirationnisme ?

Ainsi va la vie des fausses informations sur lesquelles s’édifient des théories du complot. Si elles sont diffusées par des dirigeants politiques ou des journalistes autorisés, on les présente comme de simples erreurs ; on s’excuse, puis on oublie. Mais, quand le mensonge vient d’un obscur site Internet ou d’une officine jugée « extrême », il devient une menace pour la démocratie. On s’offusque de la naïveté d’individus peu éclairés et on leur enjoint de revenir dans le droit chemin.

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Or cette prétention à séparer le bon grain de l’ivraie constitue l’une des sources du problème. Depuis la fin de la guerre froide, les grands médias ont voulu s’arroger le monopole du discours légitime, imposer le cadre du débat, exclure de l’arène publique toute pensée critique, qualifier de populiste ou de démagogue quiconque remettait en cause l’ordre dominant. Ce magistère a fait son temps. Les connivences de plus en plus aveuglantes entre médias, pouvoir politique et milieux d’affaires ont fini par jeter le discrédit sur cette parole officielle. Si les journalistes se montrent empressés avec les puissants au point de taire leurs turpitudes, pourquoi ne mentiraient-ils pas sur autre chose — l’existence d’un vaste complot, par exemple ? Après tout, l’histoire contemporaine est parsemée de machinations véritables, et la vérité fut souvent tapie dans l’ombre…

Les receleurs de conspirations se nourrissent de cette méfiance pour propager leurs fariboles. Un nouveau cercle de la raison tracé par les pourfendeurs des « fausses informations » ne ferait qu’accroître le nombre de leurs clients.

Benoît Bréville

(1Propos tenus respectivement par Mme Fleur Pellerin, alors ministre de la culture, et par Mme Najat Vallaud-Belkacem, son homologue de l’éducation nationale.

(2Vœux à la presse, 3 janvier 2018.

(3« Digital Hydra : Security implications of false information online » (PDF), NATO Strategic Communications Centre of Excellence, Riga, novembre 2017.

(5Lire Aaron Maté, « Ingérence russe, de l’obsession à la paranoïa », Le Monde diplomatique, décembre 2017.

https://www.monde-diplomatique.fr/mav/158/BREVILLE/58515

Posté par UPR Creuse à 04:45 - - Permalien [#]
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