jeudi 21 juin 2018

Vidéos


https://www.youtube.com/watch?v=SyB8VPufB-s

 

Poutine est il prêt à utiliser l'arme nucléaire ? Son avis sur une troisième guerre mondiale

https://www.youtube.com/watch?v=twhubuy8mN8

 

 

SAPIR

Jacques Sapir à propos de la position de F. Asselineau sur l'élection Italienne sur TVL (16/06/18)

https://www.youtube.com/watch?v=DcbBnnfXMWc

 

 

 

 

vue autrement

VINCENT LAPIERRE sur l'UPR : La VÉRITÉ

https://www.youtube.com/watch?v=ow3qM7JWefE

 

 

 

 

TF MAMOUDOU

Mamoudou Gassama : La Gonzolitique en action !

https://www.youtube.com/watch?v=E7ZH24wtuoE

 

A l'UPR c'est tous des FACHOS !

https://www.youtube.com/watch?v=mg33nwVMrPc

 

 

LORDON FRANCE CUL

Frédéric Lordon sur la même ligne que l' UPR et François Asselineau

https://www.youtube.com/watch?v=7Q3nma2V6jU

 

 

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mardi 10 avril 2018

Brèves d'antipresse + entretien avec Slobodan Despot.

NP HUMOUR ANTIPRESSE

GB | Pinocchio ministre

La nouvelle a mis en ébullition les réseaux sociaux cette semaine, cependant que les médias de grand chemin la commentaient le sphincter serré: le laboratoire officiel chargé d’analyser la substance qui a empoisonné les Skripal s’est dit incapable de démontrer son origine russe.

L’aveu était d’une inconcevable impolitesse à l’égard de M. Boris Johnson, le ministre des Affaires étrangères, qui venait d’affirmer que les chimistes avaient été «catégoriques» et n’avaient «aucun doute» sur la provenance russe de l’agent neurotoxique.

L’amateurisme et l’improvisation dont fait montre le montage «Skripal» témoignent d’une surprenante fébrilité au Services des Affaires sordides et des Coups tordus de Sa Majesté. La perfide Albion nous avait habitués à mieux…

http://log.antipresse.net/post/gb-pinocchio-ministre?mc_cid=b1487ef156&mc_eid=3a5e263339

CULTURE | L’Antiquité intéresse les jeunes… mais pas les écoles

Passionnant dossier dans The Conversation sur l’engouement pour l’Antiquité qui se fait jour dans les jeunes générations. Aidé, il faut bien le dire, par quelques héros de fiction comme Harry Potter ou… Astérix. Dont le dernier album, Astérix et la Transitalique, a crevé le plafond des best-sellers de BD avec 10 millions d’exemplaires. Outre le dépaysement, les jeunes y trouvent aussi des valeurs que le monde actuel ne semble plus leur fournir:

«Les héros épiques, Ulysse, Jason ou Hercule étaient des modèles pour les jeunes grecs qui écoutaient et lisaient leurs aventures avec admiration. Pour les jeunes d’aujourd’hui, identification et fascination se mêlent, car ils découvrent, à travers la mythologie, un monde a priori différent du leur, un univers où les normes ne sont pas celles de leur quotidien. La possibilité que les dieux interviennent directement dans le monde lorsqu’on a besoin d’eux satisfait un désir de protection. De même, les héros peuvent paraître rassurants : ils représentent un monde où dominent des valeurs de bravoure et de courage.»

Au même moment, les systèmes scolaires abolissent à tour de bras les cours de langues et d’histoire anciennes. Au rebut, ces vieilleries poussiéreuses, et faisons table rase…

http://log.antipresse.net/post/culture-lantiquite-interesse-les-jeunes-mais-pas-les-ecoles?mc_cid=b1487ef156&mc_eid=3a5e263339

MEDIAS | Un dossier à ne pas manquer

Le magazine suisse Immorama publie un dossier original et étayé sur les coulisses des médias d’aujourd’hui, leurs grandes manœuvres de concentration, leurs difficultés et leur désemparement face aux nouveaux modes d’information et de communication. Le magazine fait bon accueil aux médias alternatifs comme l’Antipresse. En plus, il est entièrement accessible en ligne.

Avec, notamment, des interviews de Guy Mettan, Jacques Pilet et Slobodan Despot (celle-ci reproduite in extenso sur notre blog Medium).

http://log.antipresse.net/post/medias-un-dossier-a-ne-pas-manquer?mc_cid=b1487ef156&mc_eid=3a5e263339

Entretien avec Slobodan Despot, éditeur, écrivain et fondateur du site «Antipresse.net» (Immorama n° 42, Printemps 2018)

Le concept de «média alternatif» semble avoir été créé pour vous. Que pensez-vous de l’essor de ce nouveau modèle de communication et de débat?

  • Il y a deux raisons à ce développement d’un nouveau type de média. La première est tout simplement technique et opérationnelle: il n’était pas imaginable, ou en tout cas pas facile, avant Internet, de diffuser un journal, une revue ou même un bulletin de paroisse qui touche un assez grand nombre de destinataires. Cela impliquait une mise de fond, l’intervention de professionnels du graphisme, de l’imprimerie. De nos jours, n’importe qui peut créer un site — on serait étonné de découvrir que certains médias du Web couronnés de succès sont l’œuvre d’une ou deux personnes — et on peut estimer que dans le cas d’espèce, l’organe crée la fonction! Second motif de cet élan: l’évidence de l’insatisfaction croissante du public à l’égard de ce que j’appelle les médias de grand chemin, les médias institutionnels si l’on préfère. Sans même parler du biais politique de certains, il est étonnant que tous les journaux, stations, agences — y compris du service public — ne soient ouvertement plus intéressés que par leur rentabilité, leurs parts de marché publicitaire, et plus du tout par leur contenu ou leur lectorat. Ils ont perdu le contact avec leurs lecteurs et finissent, comme de juste, par devenir les valets de ceux qui les financent.

Votre principale motivation, pour vous lancer dans l’aventure d’«Antipresse», était-elle d’ordre politique?

  • Plus précisément, nous souhaitions lutter contre un nivellement par le bas de toutes les opinions, de tous les points de vue. Chacun sait aujourd’hui qu’on a toujours l’impression de lire le même journal, ou d’écouter les mêmes commentaires, non seulement sous des titres différents, mais dans des langues et des pays différents!La réalité est évidemment plus vaste, plus nuancée, plus complexe que ce que veulent bien nous en dire même les grands journaux supposés les plus sérieux; il y a des domaines explorés par tous les médias, puis abandonnés, tandis que d’autres sont carrément ignorés. J’ai beaucoup étudié la période soviétique, notamment sous l’angle de la presse du régime. Depuis des années, nos journaux occidentaux paraissent avoir adopté une attitude similaire à leurs homologues sous Brejnev: le système est conscient que son fonctionnement ne peut mener à l’avenir promis, ni même perdurer très longtemps; les médias entretiennent une sorte de réalité virtuelle, amusent et tranquillisent le bon peuple. Les voix exposant les failles menaçantes, ne serait-ce que du système financier, semblent résonner dans le désert.

Qualifieriez-vous «Antipresse» de site de réinformation?

  • La plupart des altermédias revendiquent cette vocation. Ils entendent démontrer la fausseté des «fake news» dont les médias classiques sont les plus grands diffuseurs, consciemment ou non (tout en faisant mine de les combattre), ou mettre en exergue des faits dont personne ne parle. Nous nous plaçons plutôt dans l’école du regard, non dans l’information directe, à l’exception de quelques enquêtes. Il s’agit de déployer une autre manière de voir les choses, manière différente de celle de la presse ordinaire. Nous essayons d’apporter nos propres conclusions et manions volontiers l’ironie.

Justement, à la lecture d’«Antipresse», on se prend à se demander où vous classer politiquement et quels lecteurs sont susceptibles de vous suivre sans être heurtés dans leurs convictions…

  • En effet! Lorsque j’ai créé «Antipresse» en 2015, j’étais encore collaborateur extérieur du conseiller d’État valaisan Oskar Freysinger. Bien que je n’aie jamais fait partie de l’UDC, on m’y a immédiatement associé et nous avons compté beaucoup d’abonnés fidèles à ce parti… qui ont parfois été déçus et nous ont quittés assez fâchés! Il y a eu ensuite notre passage, voilà quelques mois, à la version payante. Autant dire qu’aujourd’hui, celles et ceux qui sont abonnés à «Antipresse» sont des gens intéressants, qui ont une culture, une ouverture d’esprit et pas de préjugés. La réalité n’a pas d’étiquette, tel est notre principe! Nous disposons d’un fichier d’abonnés qui comprend des adresses américaines (plusieurs centaines), japonaises et naturellement de nombreux pays francophones. Nous préférons l’influence à l’affluence et n’accordons pas grand intérêt au nombre de connexions; l’objectif n’est pas de prêcher des convaincus et d’entretenir un circuit fermé de ronchonneurs. Nous visons les gens qui réfléchissent.

Les réalistes ouverts d’esprit, cultivés et intelligents ne sont sans doute pas légion par les temps qui courent…

  • Pour être réaliste, pour comprendre la réalité et y réfléchir, il faut en effet une culture générale et notre époque ne facilite pas cette approche «universelle». La plupart des gens, notamment ceux nourris d’Internet, n’acquièrent qu’une culture partielle. Le Web tend à vous pousser vers des chapelles, des communautés, des réseaux où l’on se conforte dans ses passions, dans ses opinions. Le terrain du réel reste en friche et si quelqu’un a le malheur de s’en occuper, il est immédiatement classé: extrémiste, complotiste, etc. Pire: prenez le cas d’Eric Zemmour, par exemple. Il a exprimé certains faits réels, mais peu agréables à entendre; vite considéré comme infréquentable, il s’est retrouvé entouré de soutiens… venus à lui pour de mauvaises raisons. Le cercle vicieux était refermé. Aujourd’hui, un pays ou une collectivité dirigée par des gens réalistes et honnêtes, c’est difficile à trouver!

Souffrez-vous d’un déficit de notoriété?

  • On ne nous cite pas dans les revues de presse. Mais le bouche-à-oreille fonctionne bien. Lors de notre lancement, nous avons eu droit à quelques articles, mais notre développement régulier tient aux réseaux sociaux, aux citations (quand la source est mentionnée!) et aux recommandations de lecteurs à leurs amis. Plus tard, nous envisageons de lancer une version sur papier, pour exercer notre modeste influence sur le monde réel! «Antipresse», en tout cas, ne recourra pas aux systèmes de publicité Google ou à des sponsorings de contenu. Nos abonnés détermineront eux-mêmes les moyens et la forme de notre développement, en parfaite transparence. En un peu plus de deux ans, nous avons réuni par pollinisation quelques milliers de lecteurs solidaires de notre expérience: réfuter la loi de la quantité et affirmer celle de la qualité. Les médias de grand chemin sont enfermés dans l’entre-soi, dans une sorte de tour d’ivoire. Nous savons tous que les tours d’ivoire se construisent, puis s’écroulent. •

https://medium.com/antipresse/antipresse-linfluence-plut%C3%B4t-que-l-affluence-772c560d646f

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dimanche 4 février 2018

Vidéos du jour

Le Brexit expliqué avec Pascale Joannin

VID FS UE

Quand la directrice de la Fondation Shuman expliquait doctement que la sortie de la Grande Bretagne de l'UE aurait pour conséquence...qu'elle ne serait plus membre de l'UE! Et qu'elle terminait sa brillante démonstration par la nécessité de ne pas faire la même erreur que David Cameron: un réferendum. Heureusement, ça ne dure que 10 minutes. A destination de celles et ceux qui découvrent le fascisme européiste.

https://www.youtube.com/watch?v=sqQL1qhurjg&feature=youtu.be

Si ce genre de vidéo vous a énervé (comme mon fils qui m'a envoyé ce lien), vous avez largement de quoi décompresser avec ceci:

Conférence de François Asselineau à sciences po Lille - 31 janvier 2018

VID FA LILLE

L'image n'est pas géniale (c'est un smartphone qui est utilisé) mais le son est assez correct. Du grand Asselineau, comme d'habitude. Et il fait en plus bien rire la salle à la fin.

https://www.youtube.com/watch?v=O52uZWSAqxk

 

 


 

A voir aussi;

Pierre Yves Rougeyron : Janvier 2018

TL PIERRE YVES JANVIER 2018

Fake News, féminisme, Maurras, Céline, vaccins, souveraineté...

https://www.youtube.com/watch?v=diN2xx7dFyQ

A propos de l'Ecole de la République: "Une société libérale qui s'interdit un certain nombre de transmissions de vertus: elle ne transmet que des valeurs, c'est à dire rien: les valeurs, ça fluctue par nature..." .

Pierre- Yves, fidèle à lui- même.

Sur la querelle UPR/ Les Patriotes, il a sa propre vision, et ne souhaite pas prendre parti. C'est son droit.

(Mais il ne peut pas nier le fait que le parti de Philippot ne souhaite pas la sortie de l'OTAN, ce n'est pas un fantasme de l'UPR...).

Il se réjouit de l'avancée de l'idée de souveraineté à gauche, et soutient nos amis de Ruptures.

On enchaîne ensuite sur d'autres sujets. Bon visionnage!  P.G.

 

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jeudi 11 janvier 2018

Encore un livre prémonitoire, hélas

CANNIBALE LECTEUR de Pascal Vandenberghe

Encore un livre prémonitoire, hélas

Il est assez rare qu'un roman francophone contemporain soit l'objet de cette chronique. Une fois n'est pas coutume, dit-on. Mais là, c'est un livre épatant dont je vais me faire un plaisir de vous faire la promotion (du bas latin [1350] promotio, de promovere).

TL HOMM SURNUM

Est-ce que cela vous est déjà arrivé? Vous lisez un roman (de la fiction, donc), et pendant la lecture de ce livre, une information vous tombe dessus qui est exactement ce que l'auteur du livre que vous êtes justement en train de lire a imaginé comme futur plus ou moins proche. Expérience douloureuse, dès lors qu'on est dans une «utopie négative»...

J'étais donc en train de lire L'Homme surnuméraire de Patrice Jean (Éditions rue fromentin, 2017) lorsque je tombai [1], dans Courrier international, sur une polémique qui agita la Grande-Bretagne en novembre dernier: «Faut-il interdire La Belle au bois dormant?». Une «mère de famille» (je les adore [2] !) britannique (ça, elle n'y peut rien, la pauvre), avocate de surcroît (je cache ma joie [3]...) découvrit (horrifiée, of course) que son fils Ben, âgé de six ans, lisait le célèbre conte La Belle au bois dormant dans le cadre des recommandations de lecture scolaire. Et que raconte ce conte, parmi les plus célèbres au monde [4] ? Qu'un prince – ou un quidam, qu'importe? démocratie oblige... – peut embrasser une princesse ENDORMIE. Donc NON CONSENTANTE! Mais quelle horreur! Oui, quelle horreur: jusqu'où ira la chasse à l'homme? Il paraît que «la parole se libère»! La connerie aussi, semble-t-il.

Mais revenons à nos moutons – ah, panurgisme, quand tu nous tiens par la moumoute... tout un programme – et à L'homme surnuméraire. Je ne suis pas un grand lecteur de la catégorie «roman francophone contemporain». Explication sur chacun de ces trois termes:

1/ « roman»: j'appartiens à la catégorie des lecteurs «utilitaristes». Lire un roman me paraît parfois du temps perdu. J'aime bien que mes lectures m'instruisent, me construisent, me fassent réfléchir; ça en exclut d'office des tonnes. Au bas mot. Et mon temps de lecture étant limité, il faut bien faire des choix.

2/ « francophone»: souvent nombriliste et «autofictionnel» le roman francophone bien souvent me tombe des mains. Quand on n'y parle pas de soi, on y parle de son père (de préférence un prolétaire violeur), de sa mère (femme de ménage et alcoolique, ça vous va?), voire de son frère ou de sa sœur (inceste de citron), soyons fous! Ou alors des «beaux quartiers»; c'est encore pire. J'exagère? À peine. Je caricature? Certes.

3/ « contemporain»: faut-il vraiment que j'explique pourquoi? Rien que le mot, déjà... Moi qui ne suis pas sur facebook, instagram, twitter... Je n'ai ni «amis» ni followers. Quelle tristesse [5] ! Ô misère!

Mais je m'égare... Patrice Jean, pourtant écrivain de «romans francophones contemporains», passe la rampe. Ça démarre de façon «moderne». Premier chapitre, un homme, Serge Le Chenadec, marié, père de deux enfants – adolescents, je ne vous dis que ça – vit une crise de couple. D'un banal. Mais pourquoi est-ce que je perds mon temps à lire ce livre, me dis-je in petto? Deuxième chapitre: on passe à la première personne. Et l'on comprend que le narrateur, Clément, chômeur impénitent, partage la vie d'une jeune femme qui est l'amie de l'auteur du livre qui fait l'objet du premier chapitre. Vous me suivez? Ça commence à devenir intéressant (j'adore les mises en abyme... quand c'est bien fait). Ça le devient encore plus quand Clément, grâce à l'entregent de sa compagne – jeune universitaire draguée copieusement par un «mandarin» de l'université – est engagé par une maison d'édition pour participer à la «purge morale» qui s'impose – indéniablement – des grands classiques de la littérature. Ce grand projet éditorial s'appelle la «Littérature humaniste». Comme le dit Langlois (le patron de la maison d'édition éponyme) : « [...] de grands écrivains ont écrit des choses qui, aujourd'hui, ne sont plus du tout en phase avec les valeurs de notre société, et sont même en opposition totale avec elles.» Nietzsche, Baudelaire, Céline, tous y passent! Grand succès de librairie, notamment pour la version «expurgée» du Voyage au bout de la nuit. Tellement expurgée qu'elle ne fait plus que vingt pages. Mais enfin moralement acceptable, et donc «grand public». Ouf!

Mais après les classiques, pourquoi ne pas s'attaquer aux auteurs contemporains? C'est ainsi que Clément se voit chargé de proposer à Patrick Horlaville, l'auteur de L'Homme surnuméraire, le livre qui démarre le livre et se poursuit dans des chapitres intercalés avec ceux de Clément, de faire entrer son livre dans cette collection de «Littérature humaniste», afin de le rendre «moralement irréprochable», et peut-être aussi commercialement acceptable – car le livre est un «bide». Or l'auteur, Patrick Horlaville, après moult hésitations, pose une condition: réécrire la fin du livre. Car dans la version originale, il avait laissé cette fin en suspens, laissant au lecteur la liberté d'imaginer la fin. Mais je ne vous en dévoilerai pas plus, je préfère vous laisser découvrir cette fin. C'est jubilatoire, jouissif, bref du grand art! Et très bien écrit, ce qui est exceptionnel dans le «roman francophone contemporain», qui privilégie «l'histoire» – au demeurant souvent fort insipide – au détriment du style, qui est à mes yeux primordial. Sans quoi le terme de «littérature» est vide de sens, non?

Alors retour à la case départ: c'est exactement ce que nous propose notre avocate britannique politiquement correcte avec La Belle au bois dormant. Mais elle a raison: tout, dans ce conte, repose sur le baiser (non consenti). Pas possible, par conséquent, de le réécrire. Il vaut mieux en interdire purement et simplement la lecture aux bambins – mâles – qui vont sinon devenir des machos, des violeurs, des abuseurs. C'est d'ailleurs certainement la lecture de La Belle au bois dormant qui explique Weinstein, DSK et autres furieux du sexe non consenti. D'ailleurs, si j'étais son avocat, au Weinstein, je la tiendrais ma plaidoirie: «Votre Honneur, mon client a lu La Belle au bois dormant quand il avait six ans. La faute de ses actes incombe donc à Charles Perrault et aux frères Grimm! Acquittement pour lui! Censure pour eux, les vrais coupables!»

Et puisque je suis dans ma période «j'adore ce nouveau monde dans lequel on vit», et même si ça n'a rien à voir avec la littérature pour l'instant (mais ça viendra sans doute dans la foulée, un peu de patience...), avez-vous vu cette magnifique intervention d'une sénatrice (orthographe inclusive, quand tu nous tiens!) PS de la Sarthe, Nadine Grelet-Certenaise, qui a interpellé en novembre dernier (décidément, il y eut une conjonction astrale particulière ce mois-là) à l'Assemblée nationale la ministre française de la santé sur une interdiction de la cigarette dans les films? Statistiques à l'appui: «Je pense par exemple au cinéma qui valorise la pratique. La Ligue contre le cancer démontre dans une étude que 70 % des nouveaux films français mettent à l'image au moins une fois une personne en train de fumer. Ça participe peu ou prou à banaliser l'usage, si ce n'est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment», ajoute-t-elle, accusant le cinéma de faire de «la publicité détournée pour la consommation de tabac ». Bien évidemment, la ministre abonda dans son sens. Une bonne loi devrait remédier à cette incongruité, cette immoralité, ce dévoiement de notre jeunesse...

Et par la suite, les «nouvelles technologies» devraient permettre de nettoyer les films anciens de toutes ces cigarettes qui les ont hantés et ont perverti des générations de cinéphiles. Vous imaginez un chef-d'œuvre comme Les choses de la vie de Claude Sautet (tiré du livre éponyme de Paul Guimard), remastérisé pour faire en sorte que Michel Piccoli et Romy Schneider n'y toraillent plus à longueur de pellicule? On a bien remplacé la clope de Lucky Luke par une brindille d'herbe dans les rééditions de tous ses albums. C'est un bon début.

Bon, je vous laisse: je m'en rallume une de ce pas!

Source: Antipresse

NOTES
  1. La France (ce grand pays) envisageant le plus sérieusement du monde d'abandonner l'enseignement et l'usage du passé simple (qui n'est déjà plus enseigné dans le cycle primaire), car jugé trop «littéraire et discriminant» (sic), j'ai de mon côté décidé d'en faire désormais un usage immodéré. Non mais!
  2. Private joke!
  3. Private joke, one more time. Mais je la partage volontiers: j'ai été marié à une avocate (ouille!), mais pas trop longtemps (ouf).
  4. Les premières versions connues remontent au XIVe siècle. On en connaît surtout les versions ultérieures de Charles Perrault (de 1697) et des frères Grimm (de 1812).
  5. Je n'ai pas non plus à mon actif la moindre plainte pour harcèlement sexuel. Pppppff, un vrai has been, pas du tout dans le trend, le gars!


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Patrice Jean : L’Homme surnuméraire répond-t-il aux attentes du président Macron ?

Quand notre jeune président hors-sol parle des hommes « qui ne sont rien », le romancier Patrice Jean préfère, lui, écrire sur les hommes qui se sentent de trop ; et décrire leur trajectoire dans un livre dense, drôle, percutant, jouissif à force d’être incorrect, L’Homme surnuméraire, qui constitue la réponse de la littérature à M. Macron, la seule qui vaille.

PUB HOM SURNUM



L’Homme surnuméraire met en scène Serge Le Chenadec, un agent immobilier, méprisé par sa femme et ses enfants ; au tournant de sa vie, lui qui n’avait d’autre idéal que d’être un bon père et un bon mari, se rend compte que, à l’heure de Conchita Wurst et de la GPA, son ambition n’est pas assez transgenre.
Sa femme, Claire Le Chenadec, le pense aussi : elle se laisse embabouiner par sa meilleure amie, une insupportable volaille prénommée Bérangère, qui la convainc que la fidélité est ringarde, qu’elle doit "vivre sa vie" et "faire de nouvelles expériences".

Le roman aurait pu se satisfaire de ce début, qui piétine joyeusement le sous-féminisme de Elle, les clichés sur le "développement personnel" et les préjugés de Marlène Schiappa. Or il rebondit avec un nouveau personnage, d’une importance égale, Clément Artois, un jeune homme qui, peut-être de peur d’être traité de "fainéant" par M. Macron, accepte un poste dans une maison d’édition, où il devra "nettoyer" les classiques, créer une "littérature humaniste" aux romans "rectifiés", c’est-à-dire supprimer les passages jugés moralement douteuxoù l’on voit que la même source puritaine irrigue les cœurs des censeurs, qu’ils soient religieux ou athées, pour qui seul compte, non la vérité ni la beauté, mais la vertu, c’est-à-dire l’idée qu’ils s’en font.

On ne gâchera pas le plaisir du lecteur en dévoilant la savante construction romanesque, et la remarquable mise en abyme, qui font se rejoindre Serge et Clément. On insistera surtout sur l’art de portraitiste, qui est aussi celui d’un satiriste, de Patrice Jean, car ce roman regorge de personnages touchants, risibles, pénibles : Chantal Beucher, figure héroïque de sainte dans un monde sans héroïsme ni sainteté, vouée à la "sexualité de compassion" ; Étienne Weil, philosophe bonhomme et sans illusions ; le vaniteux universitaire Corvec ; Léa Lili, l’idiote "lanceuse d’alerte" ; Cornevain, l’auteur de polars, un Daeninckx aussi méprisable que le vrai ; et tant d’autres, qui forment un plan de coupe du monde d’aujourd’hui.

La littérature saisit le monde d’une façon qui échappe totalement à notre président hors-sol, c’est entendu ; mais qui échappe aussi à la science, à la technologie, car il y a une façon proprement littéraire, esthétique, artistique, de saisir le monde ; cette idée, qui court tout au long du récit, L’Homme surnuméraire l’illustre avec brio, avec humour, sans le cul de plomb des romanciers autistes, dont la télévision du samedi soir nous propose désormais l’hystérie, au lieu de nous montrer Patrice Jean, le romancier des hommes en trop.

 

Bruno Lafourcade

Patrice Jean, L’Homme surnuméraire, éditions Rue Fromentin, août 2017, 275 p. - 20 euros

http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/roman/content/1946106-patrice-jean-l-homme-surnumeraire-repond-t-il-aux-attentes-du-president-macron

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De quoi 2017 est-il le nom? (2/2)

Que nous aura apporté l'année qui vient de s'écouler? Poursuite d'un inventaire sous forme de rêverie philosophique.

Tribune libre/ LE BRUIT DU TEMPS par Slobodan Despot

(...)

Les «fake news» en guise de matraque

TL ANTIPRESSE

L'année 17 a été marquée par une lutte titanesque. La corporation journalistique s'est dressée comme un seul homme contre le nouveau président des États-Unis, dont elle n'avait pas su anticiper ni par conséquent prévenir l'élection. Laquelle élection avait été un retentissant camouflet au système d'information global.

Le rouquin roublard lui a bien rendu son hostilité. S'en est suivie une empoignade, peut-être un peu mise en scène, dont la principale victime fut l'objectivité de l'information. Pour discréditer le président-voyou qui les vilipendait — et fédérait du même coup tous les «ennemis du système» — les médias de grand chemin lui ont collé ainsi qu'à ses alliés l'accusation de «fake news». Un peu comme si le patron d'un McDo dénonçait le kebab du quartier pour malbouffe.

Le «hashtag» #FakeNews est devenu le mantra d'un règlement de compte avec toute forme de pensée déviante. Le «journal de référence» français, Le Monde, a ainsi créé son «Décodex» un outil informatisé d'«évaluation» des sources d'information francophones (mais fourni par les laboratoires Google). Lancé en grande pompe, l'index du Monde s'est avéré un outil superficiel et calamiteux, éthiquement injustifiable et, de plus, contre-productif.

L'expérience est néanmoins représentative d'une double évolution des médias de grand chemin. D'une part, elle signe la transformation de leur mission d'information en une mission d'éducation. D'autre part, elle consacre le putsch des géants de l'informatique sur la scène médiatique et le remplacement à venir des rédacteurs humains — de plus en plus mentalement uniformisés — par des algorithmes d'intelligence artificielle. Étant progressistes par (dé)formation professionnelle, les zélateurs du système se sentent en devoir d'applaudir les outils de leur propre élimination.

La surréalité, c'est plus gérable

Le nivellement médiatique est le symptôme d'un processus plus profond initié depuis au moins une quarantaine d'années dans tout le monde industrialisé, URSS comprise. L'hypernormalisation — telle que décrite dans le documentaire exceptionnel d'Adam Curtis [1] est du reste un terme soviétique. Elle désigne la stabilisation d'une société en proie à une dérive foncièrement irrécupérable par l'élaboration d'un «clone» de réalité plus simple et plus maniable que la réalité brute. Ce qui implique avant tout le transfert du pouvoir des structures élues (et donc chaotiques) vers les technostructures rationnelles de l'argent et de l'information.

Le «management de la perception» prend donc le pas sur la politique. Les stratégies de communication prennent un rôle déterminant. Elles se sont particulièrement illustrées dans la gestion du phénomène majeur qui a frappé l'Europe ces dernières années: le flux migratoire.

Face à ce phénomène, on a vu se développer en Europe deux univers parallèles. D'un côté, la réalité: la raison froide, économique et démographique, justifiant cet apport de population, mais aussi le contexte stratégique de la déstabilisation du Moyen-Orient par le néocolonialisme occidental et les problèmes concrets posés par ce mélange forcé des populations et des mentalités. De l'autre, la surréalité: la construction d'un monde parallèle où ces nécessités et ces problèmes n'existent pas. Plus exactement: un monde où il est impossible — tout comme dans un rêve — de relier les effets à leurs causes évidentes.

La fracture s'est étendue à l'échelle des États. A l'est de Vienne: les partisans de la réalité, en gros réunis autour du «groupe de Višegrad». A l'ouest et au nord: les bâtisseurs de la surréalité.

Si les réalistes s'occupent avant tout de sauvegarder leurs repères à l'intérieur du périmètre qu'ils peuvent contrôler, les surréalistes, eux, s'attribuent une mission globale. On ne tolère aucune «altérité» à la surréalité.

L'importation de populations déracinées déborde les calculs socio-économiques qui l'ont initiée, notamment en Allemagne. Elle sert également de levier à un déracinement général portant sur tout ce qu'il y a en nous de déracinable. La propagande pro-migration se déploie partout, jusque sur les emballages de sucreries, sans qu'aucune limite n'y soit posée. L'ensemble du mobilier millénaire européen est retiré pour faciliter le flux. Comme le notait le grand metteur en scène (de gauche) allemand Botho Strauss, «grâce à l'arrivée en masse de déracinés, on met enfin un terme à la nation et, y compris, à une littérature nationale» [2]. Le conditionnement comportemental est si puissant qu'on ne songe même plus que d'autres attitudes face à cette nouvelle donne soient possibles, encore moins légitimes. «On nous ôte le pouvoir d'être contre», clame Botho Strauss. Le concept même d'opposition est en train de se vider de son sens, ainsi que le démontre la spectaculaire montée en insignifiance des partis d'opposition institutionnels.

La surréalité n'est pas un régime stable. Elle est dynamique, circulaire et exponentielle, telle une spirale. Elle remet sans cesse les mêmes sujets sur le tapis, mais d'une manière chaque fois plus appuyée. La migration n'est en l'occurrence que la tête de pont. Sur ses arrières, les populations hébétées découvrent tout l'arsenal du «reformatage» anthropologique auquel on entend les soumettre. Si l'an 1 vous avez été «sensibilisés» aux sexualités alternatives à l'école, vous serez invités l'an 2 à approuver leur mariage, on vous persuadera l'an 3 que l'adoption d'enfants est leur droit le plus élémentaire et, l'an 4, vous trouverez révoltant que des homosexuels à barbe n'aient pas le «droit» de porter des enfants.

Le conditionnement des masses est si efficace que des sujets à peine apparus dans le buzz médiatique deviennent des injonctions aussi naturelles que la loi de la gravité. Quelques semaines à peine séparent le lancement des hashtags #metoo ou #balancetonporc de la censure de La Belle au bois dormant ou de la réécriture de Carmen à l'opéra de Florence. Aucun pilier de notre héritage culturel n'est plus à l'abri des perquisitions policières. Aucune personnalité en vue n'est à l'abri d'inculpations ahurissantes devant le tribunal de meute des médias et des réseaux sociaux. La stupidité grégaire est devenue aussi obligatoire dans les fonctions publiques que l'était jadis la cravate.

Et alors?

(...)Il y a une dangereuse forme d'osmose à trop se pencher sur les «problèmes généraux» du monde: on finit par les intérioriser. Par transformer des craintes ou des possibilités en une réalité psychologique. Les «ingénieurs sociaux» des régimes totalitaires du XXe siècle auraient rêvé des outils de la technologie moderne. Le téléscripteur des guerres, des attentats et des catastrophes climatiques cliquette en permanence dans notre poche, sur nos tablettes ou nos ordinateurs. Le transformisme universel est un mouvement hypnotique. Il nous fait prendre la fabrication d'une réalité parallèle pour la vie elle-même. Si nous nous prenons au jeu, nous tombons en prostration.

C'est ce qui m'est arrivé ces dernières semaines. En réfléchissant par concepts, j'ai abouti à la post-humanité. Si j'avais réfléchi à partir de mon expérience personnelle, j'aurais conclu à un festival d'humanité. Durant l'année 2017, j'ai vécu l'aventure unique d'un mois de jeûne sur le lac Baïkal, découvert le vaste Orient russe, le cœur de l'Eurasie, la prodigieuse gentillesse empreinte de spiritualité des Bouriates. J'ai publié chez le meilleur éditeur un roman difficile et pourtant bien accueilli, récompensé même. J'ai aimé, ronchonné, fait la noce, voyagé, rêvé. J'ai entassé des bonnes bouteilles dans la cave d'un ami, «pour le cas où». Où que je sois allé, je n'ai vu que des humains, jamais des androïdes préconditionnés.

Les gens de mon entourage ne sont pas plus dupes que moi des illusions du temps. Mais ils leur accordent moins d'importance.

Car comme les ruisseaux de janvier continuent de chuinter sous leur croûte de glace, la vie continue. Qui se serait attendu à voir arriver en 2017 une œuvre littéraire aussi mûre, aussi puissante que l'Homme surnuméraire de Patrice Jean (présenté dans ce même numéro par le Cannibale lecteur), venant oblitérer des décennies de littérature onaniste? Qui aurait parié, au tournant du millénaire, sur la possibilité d'une agriculture non industrielle et d'un réel commerce de proximité?

Puis je songe à la vie que mènent mes filles et leurs amis, dans leur milieu ni défavorisé, ni surprotégé. Les années d'études se succèdent, les flirts d'adolescence se consolident en couples solides et respectueux, bientôt en mariages. On cherche un travail pas trop prenant pour se ménager une vie à soi. On entretient ses cercles d'amis. On regarde des séries, on joue de la musique, on économise pour voyager. On lit. Je découvre dans cette génération de surprenants témoignages de responsabilité et de miraculeuses zones de silence. Je comprends alors que leur indifférence aux idées est peut-être, comme sous l'ex-URSS, le signe d'une ironique sagesse. Cette folie passera elle aussi. On en viendrait à oublier que toutes les expériences de Frankenstein se heurtent à une limite infranchissable: l'imperfection de notre condition humaine et l'imprévisibilité du destin. (...)

NOTES
  1. Voir «Pourquoi il ne se passe rien?», Antipresse n° 101 du 5.11.2017.
  2. Botho Strauss, «Une tragédie qui enfle» (Anschwellender Bocksgesang), traduction exclusive dans l'Antipresse N° 14 du 6.3.2016.

Souce: Antipresse (Slobodan Despot)

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jeudi 4 janvier 2018

Vidéos du jour

Entretien avec Jean-Claude Michéa - Comédie du livre 2017

https://www.youtube.com/watch?time_continue=72&v=z_WvYnRjQWU

VID MICHEA ROUGEYRON

Animé par Régis Penalva, directeur littéraire de la Comédie du Livre. « Il est aujourd’hui plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. » Avec “Notre ennemi, le capital” (Climats), le philosophe Jean-Claude Michéa poursuit son travail de clarification et de démolition entrepris avec des livres aussi importants que “Orwell, anarchiste Tory”, “L’Empire du moindre mal” ou “La Double Pensée”. Mais est-il encore possible de « rassembler la grande majorité des classes populaires autour d’un programme de déconstruction graduelle du système capitaliste » ?

https://www.les-crises.fr/video-entretien-avec-jean-claude-michea-comedie-du-livre-2017/

Source : Comédie du livre, Youtube, 06-10-2017


 

L'état idéologique des élites françaises - Pierre-Yves Rougeyron

https://www.youtube.com/watch?v=XRoaUlro8WA
Ajoutée le 21 déc. 2017
Conférence de Pierre-Yves Rougeyron tenue à Nancy le Samedi 25 Novembre 2017 pour Le Club du Mercredi.
Son intervention résume "l'état idéologique des élites françaises". Pierre-Yves Rougeyron y aborde l'état de la France, de la politique française et de ses élites. Parmi celles-ci Macron, ses collaborateurs, mais aussi les influenceurs internationaux tels que les GAFA.

mercredi 3 janvier 2018

2017: l'État de droit comme réalité

Les années se suivent, et en règle générale se ressemblent. Les ruptures de continuité sont rares. Mais non complètement inexistantes. L'année 2017 en a connu une importante: elle concerne l'État de droit.

TL DROIT

L'État de droit a toujours été quelque chose de très fragile, pour ne pas dire d'aléatoire. C'est, certes, une barrière contre l'arbitraire, mais une barrière que l'arbitraire, justement, n'a pas trop de peine à franchir lorsqu'il l'estime nécessaire (par exemple, quand les intérêts supérieurs des dirigeants sont en jeu). Simplement cela ne se dit pas. Les juristes s'activent pour sauver les apparences, et en règle générale y parviennent: Les apparences sont sauves. Sauf que, depuis un certain temps, les dirigeants ne se donnent même plus la peine de sauver les apparences.

On l'a vu en 2015 déjà, lorsque Mme Merkel, s'affranchissant des textes européens relatifs à l'immigration, a décidé d'ouvrir toutes grandes ses frontières à deux millions de migrants, répétant ainsi le geste de son lointain prédécesseur Bethmann-Hollweg, qui, en 1914, avait justifié l'invasion de la Belgique en comparant les traités internationaux garantissant la neutralité belge à un chiffon de papier. Mme Merkel n'a pas exactement dit que les Accords de Dublin étaient un chiffon de papier, elle a simplement dit qu'elle ne voulait plus les appliquer. Nuance.

Encore une fois, les dirigeants ont toujours fait tout ce qu'ils voulaient. Toujours, ou presque. Parfois, il est vrai, ils renoncent à faire certaines choses. Ou en font d'autres qu'ils ne voudraient pas faire. Cela arrive. Si les dirigeants faisaient toujours tout ce qu'ils voulaient, cela leur porterait à la longue préjudice. Les gens finiraient par se dire qu'on n'est plus en démocratie. Ou encore, comme Emmanuel Todd dans son dernier livre, que la démocratie libérale est un «concept creux, vidé de ses valeurs fondatrices, que furent la souveraineté du peuple, l'égalité des hommes et leur droit au bonheur» [1]. Certains le disent déjà. Mais ils pourraient être beaucoup plus nombreux à le dire. Le régime a beau faire la sourde oreille à ce genre de critiques: à la longue, ne contribuent-elles pas à le fragiliser? Les dirigeants se retiennent donc d'aller trop loin dans cette direction. Ils ne font pas toujours tout ce qu'ils veulent, juste presque toujours. Ce qui nous ramène au droit.

Fondamentalement parlant, le droit est un instrument de pouvoir: un instrument de pouvoir entre les mains du pouvoir, lui permettant de faire oublier qu'il est le pouvoir. Telle est son utilité. Or ce qui est apparu en 2017, c'est que le pouvoir se sentait désormais assez fort pour, justement, se passer de cet instrument de pouvoir. Le pouvoir continue, certes, à fabriquer du droit, à en fabriquer, même, en grande quantité. Mais le droit qu'il fabrique n'a plus grand-chose à voir avec le droit.

On l'a vu par exemple cet automne avec l'espèce de frénésie qui l'a conduit à inventer de nouveaux délits en lien avec le «harcèlement», les «comportements inappropriés», les «violences faites aux femmes», etc. Avec le renversement de la charge de la preuve, l'extension indéfinie des délais de prescription, d'autres atteintes encore aux principes généraux du droit, on sort ici clairement du cadre de l'État de droit. On a encore affaire, si l'on veut, à du droit, mais le droit ne masque ici plus rien. Il ne fait plus rien oublier. L'arbitraire, autrement dit, se donne ici directement à voir.

2017, on le sait, a aussi été l'année où le gouvernement français a normalisé l'état d'urgence en en transférant les principales dispositions dans le droit ordinaire. Il faut bien voir la portée d'une telle mesure. Les dirigeants se sont toujours considérés comme au-dessus des lois. Ils se sont aussi toujours comportés en conséquence. Mais cette fois c'est la loi elle-même qui le dit. C'est la loi elle-même qui dit que les dirigeants sont au-dessus des lois. D'une certaine manière, l'état d'urgence le disait déjà. Mais pour un temps limité seulement. L'état d'urgence trouvait son modèle dans l'institution du dictateur à l'époque romaine. Nommé pour six mois, il avait tous les pouvoirs. Mais pour six mois seulement. Après, on revenait à la normale. Or, dans le cas qui nous occupe, la voie du retour à la normale est barrée. La dictature n'est plus ici l'exception qui confirme la règle, elle se pérennise elle-même pour devenir elle-même la règle.(...)

Quand, par conséquent, les dirigeants français actuels reprochent à leurs homologues polonais de porter atteinte à l'indépendance de la justice, au motif que l'actuelle majorité parlementaire en Pologne aurait édicté une loi soumettant la nomination des juges polonais à l'approbation du pouvoir exécutif, on pense irrésistiblement à la parabole de la paille et de la poutre: car eux-mêmes, à y regarder de près, vont beaucoup plus loin encore dans ce domaine. En Pologne, les juges sont peut-être nommés par le pouvoir exécutif, mais au moins continue-t-on à leur demander leur avis pour savoir si quelqu'un doit ou non être embastillé. Alors qu'en France, dans les affaires de terrorisme tout au moins, non: c'est le pouvoir exécutif qui dit si quelqu'un doit ou non être embastillé. Lui et lui seul. Il n'y a pas, en France, de contrôle judiciaire dans les affaires de terrorisme. Or, comme on le sait, il est très facile aujourd'hui de se voir étiqueter de «terroriste». Le terme est élastique à souhait.

En cette fin d'année 2017, la Commission européenne a engagé une procédure visant à priver la Pologne de son droit de vote dans les conseils européens pour atteinte à «l'État de droit». Des sanctions à son encontre sont également envisagées. Mme Merkel et M. Macron font chorus en demandant à la Pologne de rentrer dans le droit chemin. Ils invoquent les «valeurs européennes». C'est l'hôpital qui se moque de la charité.

NOTE
  1. Emmanuel Todd, Où en sommes-nous? Une esquisse de l'histoire humaine, Seuil, 2017, p. 12.

Source: Antipresse/ENFUMAGES par Eric Werner

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De quoi 2017 est-il le nom?

(...)

TL CERVEAU

Il neige comme rarement sur mes Alpes et l'Amérique de Nord est envahie d'une vague de froid sans précédent. On nous assure néanmoins — sans préciser les conditions de mesure — que 2017 fut l'année la plus chaude jamais enregistrée. Nous n'en savons rien. Sur ce chapitre comme sur tous les autres, les faits de base sont controversés.

Sur ce chapitre comme sur tous les autres, nous sommes bombardés d'affirmations officielles contrebalancées par des contre-affirmations officieuses. Les médias tendent à réduire cette bataille de l'information à une querelle sur les «faits», or c'est d'un enjeu bien plus profond qu'il s'agit: d'une empoignade dont l'enjeu est la faculté de penser elle-même.

Car pour «se faire une idée», il ne suffit pas de disposer de faits solidement établis. Encore faut-il savoir les lire, autrement dit les lier. Les lier entre eux et les lier à l'ensemble de notre expérience. C'est ce terreau de la conscience souveraine qu'on appelle la culture. Et c'est précisément ce terreau qu'«on» est en train de nous assécher.

Privés de cet ancrage, nous ne pouvons plus rien conclure par nous-mêmes: il nous faut soit admettre sans réserve les vérités ambiantes, soit les rejeter a priori, non parce qu'elles sont douteuses en soi, mais parce que nous avons barré leur source, par expérience ou (plus souvent) par ouï-dire. Nous n'avons plus le temps d'ergoter au coup par coup. Nos maîtres non plus.

Vers une humanité hors sol

La complexification scientifique de notre univers a abouti à son plus grinçant paradoxe: à la simplification primitive de la pensée. Dans leurs tours d'ivoire, des millions d'ingénieurs, de spécialistes et d'experts produisent des «faits» pointus, chacun dans son domaine, ignorant tout de ce que font leurs voisins. Un système médiatique de plus en plus intégré et de plus en plus adossé à l'intelligence artificielle synthétise ces particules de savoir, les trie selon ses critères propres et les agglomère en garmonbozia pour les masses. Et les masses avalent la bouillie sans se poser de questions — ou se posent des questions mais ne savent plus où chercher d'autres nourritures.

Sans nous en rendre compte, nous entrons ainsi dans une forme de guerre civile cognitive. Une majorité crédule admet tout, une minorité suspicieuse rejette tout. Entre les deux, il n'y aura bientôt plus aucun terrain d'entente. Qui se fie à CNN abomine RT et vice versa. Les climatocorrects vouent au bûcher les climatosceptiques. Qui est pour le Bien excommunie ceux qui ne jurent que par le Vrai. Ces partages sont plus forts désormais que les différences confessionnelles ou nationales, et ils traversent les familles et les couples.

Ils sont d'autant plus violents qu'ils ne se fondent pas sur des convictions construites de manière autonome, avec les outils de la logique, de l'expérience et du savoir accumulé, mais sur des slogans. Les réseaux sociaux, tout comme une grande partie des médias de grand chemin, poussent leurs utilisateurs à se grouper en clans et en tribus avec ceux qui pensent comme eux. L'ouverture aux idées d'autrui, malgré le matraquage ambiant (ou à cause de lui) n'est plus du tout à l'ordre du jour. Le débat d'idées n'existe plus, il est remplacé par des guerres de religion.

Ces conflagrations elles-mêmes témoignent de la montée de générations entièrement dépendantes des systèmes d'information/conditionnement qui les entourent, chez qui l'idéal d'un jugement autonome n'est plus qu'un lointain souvenir. Des générations élevées non plus au soleil de la culture, mais sous les projecteurs des fermes d'élevage.

S'il me fallait résumer l'an dix-sept par une seule image, ce serait celle-là. La vision des tomates insipides et identiques cultivées hors-sol dans les serres stériles de Hollande en tant que destinée commune de l'humanité. Cette industrialisation du matériau humain ne date pas d'hier. Ce projet n'est rien moins que le frère jumeau escamoté de la Modernité elle-même. Mais l'an dix-septième du troisième millénaire aura été celui d'un brutal coup d'accélérateur dans ce sens. La tendance est devenue visible partout, mais on peut l'illustrer dans trois ou quatre domaines particulièrement sensibles.

L'école vacillait: aurait-elle basculé?

Le système scolaire, par son exigence et son austérité, compensait jadis la perpétuelle et frivole fuite en avant de la société de consommation. Or il a basculé: ce qui était un frein est devenu un accélérateur. Dans les pays du monde occidental, l'école ajuste de plus en plus ses critères de qualité à des critères d'«égalité», c.à.d. de bienséance morale. Nul besoin de préciser dans quel sens va l'ajustement. Les indicateurs objectifs deviennent impossibles à escamoter.

Dans le reste du monde, pratiquement partout, elle cède aux sirènes du digitalisme, cette nouvelle religion (identifiée par François de Bernard) qui prétend nous rendre plus intelligents avec des béquilles informatiques que nous ne l'étions sans elles. La distribution massive aux élèves de tablettes numériques — ces gadgets que leur inventeur, Steve Jobs, interdisait à ses propres enfants —, subordonne étroitement l'école aux multinationales de l'informatique. Elle s'accompagne d'une déclamation incantatoire d'une platitude confondante sur les bienfaits de la technologie.

Pour que l'école devienne une fabrique du crétin, il a d'abord fallu, bien en amont, que les gérants de l'usine soient eux-mêmes devenus des crétins ou des criminels. On l'oublie trop souvent. En 2017, des séries de signaux clairs sont venues confirmer le diagnostic pessimiste de Jean-Paul Brighelli. Le dernier en date est la dégringolade de la France, patrie de l'école pour tous, laïque et républicaine, dans les bas-fonds du classement des pays en fonction des aptitudes à la lecture de leurs élèves.

En même temps, cette Bérézina de l'enseignement a fini par susciter des prises de conscience et de lourdes révisions, comme celle qu'essaie d'entreprendre le nouveau ministre français de l'Education nationale*. Il est à craindre toutefois que le mal accompli par l'école post-soixante-huitarde ne soit irréversible.

/A suivre: Médias, surréalisme et quelques raisons de rester serein./Slobodan Despot.

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*Je ne suis pas bien sûr que le nouveau ministre essaie vraiment d'entreprendre quoique ce soit de sérieux, au- delà des effets d'annonce, mais on aura l'occasion d'y revenir...   P.G.

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mercredi 13 décembre 2017

Vidéos du jour

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VIDS 13DEC17 TF NATACHA

 

NATACHA POLONY : LE BOYCOTT UNE ARME CITOYENNE 👊 ?

"Le libre- échange n'est pas une fatalité"!
https://www.youtube.com/watch?v=psKBgK2EQg8
Ajoutée le 6 déc. 2017

Comment Macron nous entube : ISF, Flat Taxe, APL…

https://www.youtube.com/watch?v=DdMqSj1Gilw
Ajoutée le 11 déc. 2017

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