vendredi 22 juin 2018

« Démondialisation et déprofitation = baisse des marchés ! »

TRIBUNE LIBRE /  | 20 Juin 2018 |

TL CS MONDIALISATION DEPROFITATION

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Au début, on pouvait se poser des questions.

Trump va-t-il ou pas appliquer réellement son programme protectionniste ?
Trump va-t-il réellement démondialiser l’économie et tenter de freiner, voire d’inverser la globalisation ?
Trump va-t-il réellement mettre fin à l’immigration ou la freiner considérablement ?
Trump pourra-t-il et aura-t-il les moyens de mettre en place sa politique souverainiste et nationaliste, « populiste » diront certains ?

Pour le moment, la réponse est oui.

Comme toute inflexion majeure en politique et en économie, le mouvement est progressif et itératif. Cela se fait par étapes, graduellement, avec des avancées et des reculs.

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Mais ne nous y trompons pas, depuis deux ans de présidence Trump, le monde change considérablement et l’on voit chaque jour les effets des « idées trumpiennes ».

Le tableau d’ensemble est sans équivoque, les forces de rappel, extrêmement fortes également. La mondialisation fait gagner beaucoup d’argent à de grandes multinationales qui produisent pas cher en Asie pour nous revendre très cher en Occident.

Tout a été délocalisé.

Quand je dis tout, c’est tout.

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La production, le savoir-faire, les compétences mais également la… pollution ! Si nous pouvons avoir des normes environnementales en France, en Europe, c’est parce que nos productions/consommations polluent en Asie.

La mondialisation a entraîné des effets pervers très importants qu’il convient dans tous les cas de corriger. Dire cela ne signifie pas se transformer en Corée du Nord au moment où Trump, d’ailleurs, semble obtenir l’ouverture de l’un des derniers pays fermés.

En attendant, c’est la « guerre commerciale »…

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… Et Trump menace de taxer 200 milliards de dollars d’importations chinoises, en tous cas, voici ce qu’en dit Le Figaro.

Le président des États-Unis a demandé à ce que soit préparée une nouvelle liste de produits chinois importés, à hauteur de 200 milliards de dollars. Pékin a d’ores et déjà annoncé son intention de répliquer.

Donald Trump tente de faire monter la pression sur la Chine. En réaction à la riposte proportionnée et immédiate de Pékin à sa menace de sanctions de 50 milliards de dollars détaillées la semaine dernière, le président des États-Unis demande maintenant à son négociateur commercial, Robert Lighthizer, de préparer une nouvelle liste de 200 milliards de dollars de produits chinois importés. Ce qui correspond à un doublement du montant potentiel de sanctions supplémentaires initialement prévues par Washington.
« Des initiatives supplémentaires doivent être prises pour encourager la Chine à changer ses pratiques déloyales, ouvrir son marché aux biens américains et accepter une relation commerciale plus équilibrée », affirme Donald Trump dans un communiqué. Peu après, le ministère chinois du Commerce a répliqué que la Chine prendrait des mesures « qualitatives et quantitatives » pour se défendre si ces nouvelles menaces américaines étaient mises en œuvre.

La mondialisation, ça rapporte aux sociétés cotées en Bourse !

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N’y allons pas par 4 chemins. Ceux qui pourfendent comme moi le totalitarisme marchand, l’optimisation fiscale qui n’est qu’une fraude légalisée, ou encore ces multinationales sans morale ni éthique, ne peuvent pas se satisfaire de la mondialisation telle qu’elle est.

Y mettre fin nécessite de s’attaquer de front à des profits monstrueux et plantureux. Il y a de quoi se faire beaucoup d’ennemis évidemment, et ceux qui détiennent et gagnent beaucoup d’argent sont ces grandes multinationales qui profitent à plein de cette globalisation et de l’absence de contre-pouvoir et d’entraves.

La Bourse, sans pour autant s’effondrer, réagit nettement plus aux risques de guerre commerciale et donc de démondialisation, ce qui implique une immense « déprofitation » pour les grosses entreprises cotées sur les grands marchés financiers mondiaux.

L’ère de la « déprofitation ».

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Je sais, ce mot n’existe pas, mais j’invente les mots que je veux inventer, enfin pas tout à fait, nos amis antillais comprendront encore plus vite, eux qui parlent de « profitation » ils m’ont inspiré ce terme ! Et vous allez très vite piger, j’en suis certain ! La déprofitation est un phénomène économique qui correspond à une baisse structurelle et de très longue durée des profits des entreprises.

La déprofitation est la petite sœur de la démondialisation.

Si vous démondialisez, vous allez déprofiter et les dividendes du CAC 40 risquent d’être moins plantureux. Vous allez baisser les marges de production, inciter à la relocalisation, vous pouvez même déclencher une inflation sur les salaires si l’emploi repart.

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Pourquoi avons-nous de la déflation ? Parce que les salaires ne peuvent pas progresser depuis plus de 20 ans. Sans progression des salaires et de l’emploi, c’est tout le système qui s’effondre. Remettre les choses dans le bon sens est une bonne chose.

Les Chinois vont couiner, les grandes entreprises, aussi.

Au bout du compte, on se rendra compte d’une chose.

La primauté va au pouvoir politique. L’économie n’est que de l’intendance.

Nous avons juste laissé aux affaires des politiciens affairistes et plus ou moins vendus ou achetés, y compris les syndicats, d’ailleurs vous avez dans cette édition un article consacré aux nouvelles fonctions de l’ancien patron du syndicat FO. Stupéfiant.

Le véritable pouvoir est le pouvoir régalien. Encore faut-il avoir le courage, la volonté et l’indépendance de l’exercer pour le bien des nations et des peuples.

En attendant, si la démondialisation se poursuit, il y aura un mouvement concomitant de déprofitation. S’il y a moins de profits, de rendement et de dividendes, le cours action chutera et prendra en considération les nouvelles perspectives économiques. L’ajustement se fera à la baisse sur les actions, mais si c’est bien fait, les États ne tomberont pas dans l’insolvabilité, et mieux vaut un énorme krach boursier que des faillites d’États en chaîne.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/demondialisation-et-deprofitation-baisse-des-marches-ledito-de-charles-sannat/

lundi 4 juin 2018

« Trump ne veut plus aucune Mercedes sur la 5ème Avenue ! Il déclare la guerre à l’Europe !! »

TRIBUNE LIBRE / par | 1° Juin 2018

TL CS MERCEDES

Ha, Trump, mon bon Trump, mon brave Trump… Je sais, on n’a pas le droit de faire des compliments au président américain que l’on se doit d’insulter et de traiter d’abruti et de populiste pour être bien vu dans les médias.

D’une part, les « médias » ne demandant pas mon avis, ce qui me laisse une immense liberté de parole dont je ne peux que les remercier, et étant d’autre part très versé aussi bien dans la doctrine de Sun Tzu que de Machiavel, et n’ayant pas la moindre crainte à évoquer la raison d’État (et je parle du nôtre), je dois vous avouer que les dernières saillies (économiques et pas avec les call-girls) du président américain me ravissent l’esprit.

Vous connaissez l’adage « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ».

En voici une version moderne et adaptée avec le trio USA-Allemagne-France.

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais les hauts fourneaux dans notre pays se font plutôt rares, et puis l’acier français n’est plus ce qu’il était… Demandez à Monsieur Mittal qui fait du métal avec Arcelor. Non, la hausse des taxes sur l’acier européen aux États-Unis ne va pas provoquer chez nous des insomnies irréparables.

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Allons même un poil plus loin. Comme nous n’avons pas de Mercedes, et qu’il n’y a bien que le Mentalist pour rouler aux États-Unis dans une voiture française (de collection et des années 60), notre auguste industrie automobile est largement à l’abri des droits de douane de la seigneurie de la Maison Blanche !

En revanche, la grosse Bertha d’outre-Rhin fait grise mine, et c’est là que je me marre !

Charles arrête d’écrire de cette façon-là, ce n’est pas sérieux, me glisse ma tendre épouse dans l’oreille. Je sais, je sais, mais j’aime parler de sujets très sérieux de manière fort badine. Cela dédramatise les choses pourtant importantes pour notre avenir collectif.

Trump à Macron !

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« Trump aurait déclaré à Macron qu’il s’emploierait à ce que plus aucune Mercedes ne roule sur la Cinquième Avenue à New York, selon un hebdomadaire économique allemand. Si l’enquête demandée mi-mai par le président américain sur les importations automobiles débouchait sur une augmentation de 25 % des droits de douane, comme le craignent notamment les constructeurs allemands, cela pourrait provoquer pour la voiture haut de gamme allemande, une charge de 4,5 milliards d’euros.

Le président américain Donald Trump, engagé dans une lutte sans merci contre son déficit commercial, a dit en avril à son homologue français Emmanuel Macron qu’il interdirait les voitures de luxe allemandes aux États-Unis, écrit le Wirtschatswoche jeudi, citant plusieurs diplomates américains et européens. »

C’est d’ailleurs quasi-officiel avec à la manœuvre des fuites « franco-américaines », toujours cette histoire de « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », et les relations internationales mes amis, sont très retors !

Angela la mondialiste face à Trump le souverainiste !

Souvenez-vous, il y a quelques mois, quand Trump accédait à la Maison Blanche sous les huées et les quolibets de l’élite mondialiste mondiale (je sais, c’est un tantinet redondant) la Merkel, la grande, la belle mondialiste devenait la héro.e (mon écriture inclusive pointe juste le ridicule de l’écriture inclusive) en étant bombardée de facto « leader du monde libre ».

Oui, vous comprenez mes amis, il y a le monde libre, le nôtre. Il y a donc par opposition le monde occupé… par des forces d’occupation je suppose, vu que si on est occupé c’est par une force d’occupation, Français et Allemands en sachant quelque chose. Je pense que ceux qui occupent le monde occupé sont les souverainistes, les nationalistes et par-là même disons-le les fascistes xénophobes et atteints de toutes les phobies les plus terribles, ayant appris récemment par notre Schiappa nationale que certains de mes compatriotes souffraient d’une pathologie appelée « transphobie ». Oui sont transphobes les parents d’enfants dont on a annoncé un lundi que le mardi il conviendrait d’appeler Monsieur le prof de français, Madame la prof de français, ce qui n’est pas la manière la plus diplomate et la plus fine d’annoncer un changement de sexe. C’est ce qui arrive quand on fait de l’idéologie et des actes militants au lieu d’actes de bienveillance, de générosité et d’amour, mais l’amour du prochain est une idée nauséabonde.

Bref, tu t’égares, me susurre ma moitié, reviens à tes moutons.

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Mes moutons, enfin plutôt ceux de Merkel, qui est UNE mondialiste par opportunisme et parce qu’elle représente l’une des nations qui gagne le plus depuis 20 ans dans la mondialisation actuelle.

La fin du modèle allemand, c’est le début de la fin de la crise pour la France.

Pour nos politiquement corrects cucul-gnangnan qui ne comprennent rien, j’aime l’Allemagne, les Allemands et leur sublime culture.

Mais de la même manière qu’Obama ou Trump n’ont jamais été autre chose que les présidents des États-Unis d’Amérique, servant les intérêts exclusifs des États-Unis d’Amérique et de leur toute-puissance, Merkel, la chancelière allemande, n’est pas au service de l’Europe, pas plus qu’elle n’est au service des Français.

Angela Merkel poursuit une politique au service exclusif de la nation allemande et des intérêts de l’industrie et de l’économie allemande, avec une volonté farouche d’asseoir la domination germanique et son leadership sur l’Europe.

Ce sont les faibles qui hurlent « l’Europe, de l’Europe, il nous faut plus d’Europe », les faibles dirigeants français qui ont la trouille au ventre de devoir prendre de vraies décisions et de mener une véritable politique pour la nation française.

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Merkel, elle, fait vendre ses produits partout dans le monde en ayant annihilé les capacités industrielles des autres pays européens en les étouffant à petits et grands feux avec la monnaie unique, la force de l’euro, par une utilisation habile des institutions européennes et de la doctrine de libre-échange.

Les Allemands n’ont plus de concurrents à part la Chine.

Je pensais que la fin de l’industrie allemande viendrait de la montée en gamme de la Chine, ce qui est déjà le cas, avec depuis 1 an, les Chinois qui rachètent les entreprises allemandes.

Et ne voilà-t-y pas que le Donald s’y met aussi ! Qu’il vient donner le coup de pied au cul de l’âne à la Merkel en lui expliquant que ses Mercedes vont devoir payer 25 % de droits de douane.

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Je sais, il ne faut pas se moquer des malheurs des autres, ce n’est pas très charitable, mais que voulez-vous, les Allemands vont trouver nettement moins drôle la mondialisation en se faisant tailler des croupières par les Chinois et en se faisant taxer leurs exportations par les Américains.

À titre personnel, je trouve cela exquis. Il est essentiel de rééquilibrer les déséquilibres ! Sauf que pour ceux qui se font rééquilibrer, les rééquilibrages sont toujours des moments pénibles à vivre.

Ce Trump a quand même quelques bons côtés !

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Je sais, on n’a pas le droit de dire cela, mais même Macron le pense au moment où j’écris ces lignes (mais il ne le dira pas comme ça). Pensez donc, Macron, il se marre dans le Palais. Trump vient de lui servir sur un plateau d’argent de quoi négocier avec Merkel qui ne négocie jamais rien avec la France, tant le différentiel de puissance est évident.

Si Merkel veut des sanctions contre les USA, il faudra l’aval de Macron !!!

Voilà donc notre petit Manu qui a enfin autre chose qu’une main faible dans cette effroyable partie de poker menteur qui se joue en Europe et dans le monde !

Savoir ce qu’il en fera est une autre question.

Dernier élément de réflexion, le titre de cet article, vous l’aurez compris, est en réalité erroné. Trump n’a pas déclaré la guerre à l’Europe, il a déclaré la guerre commerciale à l’Allemagne. Et je crois que je vous l’ai déjà dit, mais « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » !

Vive la France.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/trump-ne-veut-plus-aucune-mercedes-sur-la-5eme-avenue-il-declare-la-guerre-a-leurope-ledito-de-charles-sannat/

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dimanche 29 avril 2018

Le naufrage de l’ordre libéral mondial

LOGO LE VILAIN PETIT CANARD

Note de la traduction : pour ce texte, j’ai suivi l’exemple d’Emmanuel Todd, qui dans une récente interview, substitue avec justesse le mot « populaire » à « populisme », un terme employé par les médias grand public, au mépris total de sa définition, pour désigner la démagogie. Comme l’auteur, un Russe, ne dénigre en aucune façon le populisme (qui a une place historique particulière dans la genèse du socialisme de l’Union Soviétique, et qu’il emploie dans son sens originel de discours politique favorable au peuple), j’espère qu’il ne m’en voudra pas. Ainsi donc, dans le texte, le mot « populaire » remplace « populisme ».


TRIBUNE LIBRE / Par Leonid Savin

TL NAUFRAGE OCCIDENT


Paru sur Oriental Review sous le titre The Death Of The Liberal World Order


Il y a quelques semaines, le président du think tank Council on Foreign Relations, Richard Haass, a publié un article intitulé « Ordre mondial libéral, RIP ». Il y établit que la menace actuelle contre l’ordre mondial libéral ne provient pas d’Etats-voyous, de régimes totalitaires, de fanatiques religieux ou de gouvernements obscurantistes (des termes spéciaux employés par les libéraux en référence à des pays qui ne s’alignent pas sur le modèle de développement capitaliste), mais de son architecte principal – les États-Unis d’Amérique.

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Haass écrit : « Le libéralisme recule. Les démocraties ressentent les effets de la montée des mouvements populaires. Les partis des extrêmes politiques gagnent du terrain en Europe. Le vote britannique en faveur de la sortie de l’Union atteste de la perte d’influence de l’élite. Même les USA subissent des attaques sans précédent de la part de leur propre président contre les médias du pays, les cours de justice et les institutions de maintien de l’ordre. Les systèmes autoritaires, y compris la Chine, la Russie et la Turquie ont acquis de l’influence. Des pays comme la Hongrie et la Pologne semblent indifférents au sort de leurs jeunes démocraties…"

« Nous assistons à l’émergence d’ordres régionaux. Les tentatives de construction de cadres mondiaux sont en train d’échouer. »

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Haass avait déjà publié des affirmations alarmistes, mais cette fois, il emploie cette rhétorique pour souligner la nature mondiale du phénomène. Bien qu’entre les lignes, on puisse aisément lire, d’abord un certain degré d’arrogance – l’idée que seuls les libéraux et les mondialistes savent vraiment comment administrer la politique étrangère – et ensuite, un certain complotisme.

« Les autres grandes puissances d’aujourd’hui, y compris l’UE, la Russie, la Chine, l’Inde et le Japon pourraient être critiquées pour ce qu’elles font, pour ce qu’elles ne font pas ou pour les deux. »

Cette liste pourrait probablement s’étendre à un certain nombre de pays d’Amérique latine, plus à l’Égypte qui signe des contrats de ventes d’armes avec la Corée du Nord en violation des sanctions de l’ONU, et au nouvel axe chiite Iran-Irak-Syrie-Liban.

Mais Haass est navré parce que c’est Washington elle-même qui change les règles du jeu et semble totalement indifférente à ce que vont faire ses alliés, partenaires et clients dans divers coins du monde.

« La décision de l’Amérique d’abandonner le rôle qu’elle joue depuis sept décennies marque ainsi un tournant. L’ordre mondial libéral ne peut pas survivre de lui-même, parce que les autres manquent soit d’intérêt, soit de moyens de le maintenir en vie. Le résultat en sera un monde qui sera moins libre, moins prospère et moins paisible, pour les Américains comme pour les autres. »

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Un confrère de Haass au CFR, Stewart Patrick est d’accord avec lui sur le fait que les USA sont en train d’enterrer l’ordre mondial libéral. Ils ne le font toutefois pas seuls, mais avec la Chine. Si les USA avaient auparavant entretenu l’espoir que le processus de mondialisation allait graduellement transformer la Chine (et possiblement la détruire, comme dans le cas de l’Union Soviétique plus tôt), alors les Américains doivent avoir été très surpris de ce qui s’est en fait produit. Le pays s’est modernisé sans s’occidentaliser, une idée qui avait été également préconisée par le leader de la révolution islamique iranienne, l’Ayatollah Khomeini.

Aujourd’hui, la Chine étend son influence en Eurasie dans le respect de son modèle, et elle est généralement bien accueillie par ses pays partenaires.

Mais cela a été un processus douloureux pour les USA, parce qu’elle grignotait progressivement et irrévocablement son hégémonie.

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« Son ambition à long terme est de démanteler le système des alliances des USA en Asie, pour le remplacer par un ordre régional de sécurité plus bienveillant (dans la vision de Pékin), dans lequel elle aurait une place d’honneur, et idéalement une sphère d’influence proportionnelle à sa puissance. L’initiative Belt and Road (nouvelle Route de la soie) fait parie intégrante de cet effort, en offrant non seulement des investissements (hautement bienvenus) dans des infrastructures pour les pays voisins, mais aussi la promesse d’une plus grande influence politique dans le Sud-Est, le Sud et l’Asie Centrale. Sur un ton plus agressif, la Chine continue de réclamer scandaleusement pour elle-même la presque intégralité de la Mer de Chine méridionale, où elle continue à bâtir ses îles artificielles, et aussi à mener des actions de provocation contre le Japon dans la Mer de Chine orientale, » écrit Patrick.

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Quant aux USA, « Les États-Unis, pour leur part, sont un titan las, qui ne veut plus assumer la charge du leadership mondial, que ce soit économiquement ou géopolitiquement. Trump traite les alliances comme un racket mafieux de protection et l’économie mondiale comme une arène de compétition à somme nulle. Le résultat en est un effilochage de l’ordre libéral international sans champion prêt à investir dans le système lui-même. »

On peut tomber d’accord avec les analyses des deux auteurs sur le changement de comportement d’un secteur de l’élite américaine, mais il est lié à beaucoup plus que Donald Trump (qui est si imprévisible qu’il s’est entouré de créatures du marécage même qu’il disait vouloir drainer) ou la classe populaire nord-américaine. Il faut regarder bien au delà.

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Dans son livre Nation of Devils:  Democratic Leadership and the Problem of Obedience, Stein Ringen, un politicien norvégien fort d’une longue carrière dans des institutions internationales, note, « Aujourd’hui, l’exceptionnalisme démocratique américain est défini par un système qui est dysfonctionnel à tous les niveaux nécessaires à des règlements amiables et à la loyauté… Le Capitalisme s’est effondré dans une crise due à une orgie de dérégulations. L’argent s’ingère dans la politique et mine la démocratie elle-même. » Et, en citant son confrère Archon Fung de la Harvard Kennedy School, « La politique américaine n’est plus caractérisée par le vote de l’électeur moyen, si cela avait jamais été le cas. Aujourd’hui, dans l’Amérique contemporaine, le capitaliste moyen règne, et les partis démocrate et républicain ajustent leurs politiques à des intérêts d’argent pour les attirer. » Et finalement, Mr Ringen ajoute, « Les politiciens américains réalisent qu’ils ont sombré dans un bourbier de corruption, mais ils sont piégés. »

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Trump ne fait que refléter la dysfonction et les contradictions internes de la politique américaine. C’est le Gorbachev américain, mais qui a lancé la perestroïka au mauvais moment. Il doit être malgré tout concédé que si Hillary Clinton était devenue présidente, l’effondrement des USA n’en aurait été que plus douloureux, surtout pour les citoyens du pays. Nous aurions vu des réformes encore plus calamiteuses, un afflux accru de migrants, un déclin encore plus prononcé de la base industrielle du pays, et encore plus d’incitations à de nouveaux conflits. Trump tente de garder le corps de la politique nationale américaine à peu près en vie à l’aide de rustines, mais ce qu’il lui faut est une restructuration majeure, avec des réformes politiques de grande portée qui permettraient à ses citoyens de penser qu’ils peuvent jouer un rôle dans la destinée du pays.

Ces développements se sont étendus à de nombreux pays d’Europe, un continent qui, à cause de son engagement transatlantique, était déjà vulnérable et susceptible de turbulences géopolitiques dans le contexte actuel – dont l’émergence, au passage, est une des principales conséquences des politiques néolibérales elles-mêmes.

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Stein Ringen continue sur ce sujet, « Les services financiers mondiaux exercent un pouvoir de monopoles sur les politiques nationales, sans une seule entrave de la part de la moindre apparence de pouvoir politique mondial. La confiance s’évapore, l’Union Européenne, la plus grande expérience historique en démocratie supranationale, est en train d’imploser… »

Il est intéressant de noter qu’une panique s’est emparée l’Europe de l’Ouest et les USA – la maison-mère de l’atlantisme, bien que diverses versions de cette recette de libéralisme aient été appliquées dans d’autres régions – par exemple, Singapour et le Brésil. Mais ils ne semblent pas aussi paniqués là-bas que dans l’Occident. C’est probablement parce que le modèle occidental de néolibéralisme n’accorde pas de liberté réelle de commerce, d’expression ou d’activité politique, mais impose plutôt un régime de soumission inscrit dans un cadre clairement défini. De sorte que la destruction du système actuel implique la perte de tous les dividendes précédemment acquis par les élites politiques libérales de l’Occident, qu’elles obtenaient en spéculant en bourse, par les mécanismes des paiements en devises étrangères (le système du dollar) et à travers les instruments des institutions supranationales (l’ONU, l’OMC et la Banque mondiale). Et, bien sûr, il y a des différences fondamentales dans la variété des cultures mondiales.

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Dans son livre Le Dieu caché, Lucien Goldmann tire quelques conclusions intéressantes, qui suggèrent que les fondations de la culture occidentale ont des origines rationalistes et tragiques, et qu’une société immergée dans ces concepts qui a « aboli Dieu et la communauté… [voit rapidement]… la disparition de toutes les normes externes qui peuvent guider l’individu dans sa vie et ses actions ». Et, parce que de par sa nature intrinsèque, le libéralisme doit continuer, mécaniquement, à « libérer » l’individu de toute forme de structure (classes sociales, église, famille, société et genre, jusqu’à libérer l’homme de sa propre individualité), en l’absence de normes communes dissuasives, il est très logique que le monde occidental ait été destiné à se trouver en crise. Et la montée de mouvements populaires, de mesures protectionnistes et des politiques conservatrices dont Haass et d’autres mondialistes libéraux parlent ne sont rien de plus que des exemples de l’instinct d’auto-préservation de ces nations.

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Aucun besoin de concocter des théories du complot sur l’ingérence de la Russie ou de Poutine dans les élections américaines (que Donald Trump a également niée, se contentant de noter que le seul soutien de la Russie s’est porté sur Hillary Clinton, et il est absolument vrai qu’une partie de son financement provenait de Russie). Les décisions politiques prises par l’Occident obéissent à la logique interne de la crise actuelle : comme toujours, les élites occidentales ont besoin d’un bouc émissaire. Ce bouleversement géopolitique a commencé en Occident à cause de la nature du projet occidental lui-même, qui portait les germes de sa propre destruction.

Mais comme des scénarios de développement alternatifs existent, ils érodent le système actuel. Et d’autres projets politiques commencent à remplir le vide idéologique qui résulte de l’échec de la vision libérale – à la fois dans la forme et sur le fond.

Il est donc assez probable que la crise actuelle du libéralisme enterrera définitivement le système de l’hégémonie unipolaire occidentale.

Et les mouvements populaires naissants, et le protectionnisme régional peuvent servir de base à un nouvel ordre mondial multipolaire.

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/le-naufrage-de-lordre-liberal-mondial_58648333

Traduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia

mardi 13 mars 2018

Le « péril protectionniste » menace : l’UE est prête à « réagir fermement »

Jeudi 1er mars, Donald Trump a annoncé une taxe de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium. Cette déclaration s’inscrit dans son programme protectionniste. Le locataire de la maison blanche cherche en effet à relancer l’industrie sidérurgique de son pays.

TL TRUMP JUNCKER

Alors que l’an passé, les Etats-Unis ont connu leur plus haut déficit commercial de la décennie (évalué à 566 milliards de dollars pour l’année 2017), l’initiative du président américain vient confirmer le slogan « America first », un des axes majeurs de sa campagne présidentielle. Par définition, le protectionnisme consiste à mener une politique économique dans le but de protéger les producteurs locaux contre la concurrence des fabricants étrangers.

L’annonce de Washington a immédiatement fait réagir nombre de ses partenaires commerciaux, dont l’Union européenne. En marge d’une réception à Hambourg vendredi 2 mars, après avoir brandi la menace d’une réaction ferme, Jean-Claude Juncker a évoqué une potentielle contre-offensive douanière sur des marques américaines telles que Harley-Davidson, Levi’s ou encore sur le Bourbon (dans ce dernier cas, un vrai crève-cœur pour Jean-Claude, si l’on en croit les mauvaises langues).

Dans cette « escalade des tensions », Donald Trump s’est quant à lui fendu d’un nouveau tweet dans lequel il a menacé de « simplement taxer les voitures européennes » si Bruxelles souhaitait entraver « le business des compagnies américaines en Europe » !

On comprend ô combien la contrariété de Bruxelles face à cette arrogante insulte adressée au religieux concept d’une concurrence libre et non-faussée. On conçoit d’autant plus la frustration de l’élite européenne qu’elle tentait elle-même, quelques semaines plus tôt à Davos, de relancer l’idée d’un prétendu regain d’enthousiasme planétaire pour la mondialisation. Visiblement conscient de l’entrain limité des peuples européens sur ce point, Emmanuel Macron avait d’ailleurs cyniquement rappelé à ses semblables, l’enjeu essentiel du XXIème siècle : « Il faut convaincre la classe laborieuse que la mondialisation est bonne pour elle. »

Après la sortie des Etats-Unis du TPP (l’accord de partenariat transpacifique) début 2017, Donald Trump touche donc une nouvelle fois au cœur le club des « libre-échangistes » avec une nouvelle offensive protectionniste. Face aux valeurs de la « mondialisation heureuse », il serait en effet inacceptable de vouloir protéger les producteurs/travailleurs ! A ce sujet, les chantres du CETA ont d’ailleurs fait part de leurs craintes :

« Il n’y aura que des perdants » s’était immédiatement affolé Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie et des Finances.

« Une mesure inacceptable [qui pourrait avoir des conséquences] importantes et graves » avait quant à lui déploré Justin Trudeau, Premier ministre du Canada.

Si de telles déclarations se sont multipliées après l’annonce de Donald Trump, rappelons que, sur le Vieux continent, les Etats membres de l’UE n’ont, eux, aujourd’hui aucune possibilité de prendre un tel tournant protectionniste, même s’ils le souhaitaient. Du fait des traités européens, ils ne peuvent légiférer en matière douanière dans leur cadre national respectif car il s’agit d’un domaine de compétence exclusif de la commission européenne.

Ainsi, après la décision du locataire de la Maison-Blanche, c’est bien de Bruxelles qu’est annoncée une « riposte » : venant étoffer les propos de Jean-Claude Juncker, Cecilia Malmström, le commissaire européen au Commerce international, confirme pouvoir prendre des mesures de rétorsion. La liste de produits américains pouvant faire l’objet de sanctions douanières serait déjà établie depuis plus d’un an… La commission européenne se réunissait le 7 mars pour décider d’une contre-offensive qui pourrait également porter sur les importations métallurgiques et agricoles. Décidément, la concurrence libre et non-faussée est menacée, même par ses plus fervents défenseurs…

Fabien Rives

https://ruptures-presse.fr/actu/le-peril-protectionniste-menace-la-paie-juncker-est-pret-a-reagir-fermement/

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jeudi 25 janvier 2018

Donald Trump tire les premières salves contre les importations chinoises

La politique d'«America First» est en marche. L’administration Trump impose des mesures antidumping contre les panneaux solaires et les grandes machines à laver. Pékin a exprimé son «ferme mécontentement»

ACT XI TRUMP PANNEAUX

Lors de sa campagne électorale en 2016, le candidat Donald Trump avait promis une guerre commerciale contre la Chine, l’accusant de détruire les emplois américains. Dans la nuit de lundi à mardi, il est passé aux actes, imposant des droits de douane punitifs, dits «de sauvegarde», sur des panneaux solaires et sur les grandes machines à laver fabriqués en Chine, mais aussi en Corée du Sud, au Mexique, en Thaïlande et au Vietnam. Lundi, le président américain a également reçu un rapport d’une enquête sur l’aluminium importé de Chine à des prix inférieurs à leur coût de production. Il a trois mois pour décider d’une mesure antidumping. Bref, la guerre promise est lancée.

L’animosité est dans l’air depuis plusieurs mois. Les rencontres entre le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Donald Trump, une première fois en avril 2017 aux Etats-Unis, puis en novembre en Chine, n’ont pas suffi pour éviter les tensions. Le locataire de la Maison-Blanche, champion de «America First» maintient que les importations en provenance de la Chine se font au détriment de l’économie américaine. Par conséquent à la fin de l’année dernière, son administration a refusé d’octroyer le statut d’économie de marché à la Chine, alors même qu’un tel dispositif était prévu dans l’accord d’adhésion chinoise à l’Organisation mondiale du commerce en 2001.

Plus agressifs

«Il faut s’attendre à ce que les Etats-Unis deviennent encore plus agressifs sur les importations de l’acier chinois, anticipe un expert en relations sino-américaines qui préfère garder l’anonymat. Le président Trump doit répondre aux attentes des travailleurs de l’industrie métallurgique dans la ceinture d’acier (plus connue sous le nom de Rust Belt). Ces derniers souffrent de la concurrence chinoise et ont largement voté pour le président.» Selon cet expert, la Chine a effectivement créé une anomalie en produisant près de 60% de l’acier mondial.

Il relève aussi que les deux responsables politiques aux Etats-Unis – Wilbur Ross, secrétaire d’Etat au Commerce et Robert Lightizer, le chef négociateur commercial américain, sont issus de l’industrie de l’acier. En effet, certains produits en acier importés aux Etats-Unis font déjà l’objet des mesures antidumping.

Pékin n’a pas été surprise par la décision américaine et a immédiatement exprimé son «ferme mécontentement» et a promis des mesures «en concertation avec d’autres Etats». En réalité, les autorités chinoises ont monté le ton depuis plusieurs jours. Selon elle, la politique commerciale américaine viole non seulement les règles internationales, mais se fait aussi au détriment des industriels et des consommateurs américains. Dans son édition de lundi, le Global Times – la voix de Pékin destinée à l’étranger – relève que l’administration Trump bloque systématiquement des investissements chinois aux Etats-Unis. Selon le journal en ligne, 27 propositions ont été rejetées l’an dernier, y compris celle d’Ant Financial de reprendre les activités de Moneygram.

https://www.letemps.ch/economie/2018/01/23/donald-trump-tire-premieres-salves-contre-importations-chinoises

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Un peu gonflés, les Chinois, eux qui ne sont pas les derniers à défendre leurs intérêts commerciaux (à juste titre d'ailleurs) quand c'est nécessaire...Pour le reste, Trump applique son programme, la presse libre- échangiste s'inquiète, le spectre du "retour au protectionnisme" fait trembler certains intérêts, de quoi alimenter les "conversations" qui se déroulent en ce moment- même à Davos...   P.G.

Posté par UPR Creuse à 05:00 - - Permalien [#]
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