lundi 9 juillet 2018

L'autre Tour de France

ARCHIVES 1Alors qu'on apprend ce matin qu'une nouvelle grève se prépare dans ce secteur avant- garde de "l'ubérisation de la société", voici un article de nos archives, publié le 20 juillet 2017. P.G.

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Photo : CC Gustave Deghilage

Ubérisation : l’immense peloton des livreurs à vélo se lance dans la course pour le respect de leurs droits

https://www.bastamag.net/Uberisation-l-immense-peloton-des-livreurs-a-velo-se-lance-dans-la-course-pour

 

 Ils acheminent des repas à domicile, en bicyclette, pour le compte des nouvelles applications de livraison sur smartphone : Deliveroo, foodora ou UberEATS. Ils seraient 10 000 à circuler, à toute allure, dans les villes de France. Depuis quelques mois, des coursiers à vélos se révoltent, dans le sillage de la lutte des chauffeurs VTC.

Mis en concurrence, payés à la tâche, soumis à des cadences infernales, exposés aux dangers routiers...

Comment surmontent-ils leur condition de travailleurs ultra-précarisés, pour se mobiliser collectivement ? Les coursiers à vélos ouvrent une étape vers de nouvelles formes de résistance au travail à l’ère de l’ubérisation. Enquête.

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Ils avaient la tête dans le guidon, ils la relèvent. Le tout récent Collectif des livreurs autonomes à Paris (Clap [1]) proclame sur sa banderole rose et bleu turquoise, lors leur première sortie en manifestation le 1er mai : « La rue est notre usine ». La rue est leur usine, et le vélo leur atelier. Un atelier mobile et utra-rapide. Smartphone fixé sur l’avant-bras, maillot fluorescent et dos cassé par un gros sac en cube, ces livreurs jouent un contre-la-montre permanent pour acheminer burgers, pizzas ou lasagnes commandés par les clients dans leur restaurant préféré, via une application mobile comme Deliveroo, foodora ou UberEATS.

Leur dos courbé sous leur sac de livraison leur donne davantage le profil d’un escargot que celui d’un sprinteur du Tour de France. Mais un escargot 2.0, très rapide et véloce. Ils traversent le dédale urbain à toute vitesse, slaloment entre les voitures, grillent les feux, frôlent les bus, évitent les piétons. Des étapes quotidiennes sans finish ni podium. Mais depuis plusieurs mois, ces avaleurs de bitume anonymes descendent aussi de vélo pour protester contre les tenants de cette économie dite de la « foodtech ». Ils rejoignent les chauffeurs VTC dans le peloton des luttes contre la précarisation à marche forcée qui caractérise l’ubérisation de certains secteurs de l’économie. De Bordeaux à Lyon, de Toulouse à Paris, de Rennes à Marseille, autant de villes où ces drôles de coureurs cyclistes en ont ras-la-pédale.

« Tisser des liens entre ubérisés »

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A Paris, le mouvement remonte au 15 mars 2017. Un appel à la « déconnexion massive » des plateformes numériques est d’abord lancé par le collectif des coursiers de Bordeaux, ainsi que par les Fusées vertes de Lyon, deux groupes formés après la faillite de Take Eat Easy, une start-up belge de livraison de repas, à l’été 2016. L’action mobilise peu. Le Clap voit cependant le jour quelques semaines plus tard.

« On a tiré les leçons de cet échec, et on a cherché à tisser des liens entre ubérisés », explique Erwan [2], membre du Clap. Il y a onze mois que cet étudiant de dix-neuf ans en anthropologie joue les coursiers à pédales pour l’entreprise Deliveroo. Plutôt méfiant à l’égard de ces boîtes nouvelle génération, Erwan y trouve néanmoins son compte après avoir déposé sans succès des CV un peu partout. La flexibilité des horaires du job s’adapte à ceux de ses cours.

Aux heures du déjeuner et du dîner, il s’inscrit sur les « shifts », ces créneaux horaires sur lesquels les places sont limitées. Il attend ensuite que l’algorithme lui attribue une commande. Les mieux notés, les plus rapides, sont prioritaires : « Pendant trois mois, je suis resté connecté huit heures par jour pour une seule commande », peste le Clapiste. Avec un revenu de 7,50 euros de l’heure – en plus des deux à quatre euros la livraison selon l’ancienneté – plus quelques primes pour les week-ends et les intempéries, Erwan se dégage un « gros Smic » horaire.

Tenir les délais de livraison incite à prendre tous les risques

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A l’automne 2016, Deliveroo annonce le passage à une rémunération à la course, autour de cinq euros la livraison. Fini le revenu fixe, place au variable. Les primes en tous genres se font de plus en plus rares. Voyant leur flotte de livreurs s’agrandir, notamment après le faillite de Take Eat Easy, les plateformes auraient levé le pied sur les petites incitations financières à travailler. Ils sont donc peu nombreux à toucher les « plus de 2000 euros » par mois avancés par le directeur et fondateur de foodora, Boris Mittermüller.

« On risque de devenir comme les chauffeurs VTC », travaillant 70 heures par semaine pour à peine un Smic, s’inquiète Arthur Hay, fondateur en mars du syndicat CGT des coursiers à vélo de Gironde. « La décision de Deliveroo a été le déclencheur du mouvement, mais pas du mécontentement », précise le nouveau cégétiste.

En décembre, alors qu’il est actif dans le collectif local, Arthur Hay organise avec plusieurs confrères une « opération escargot » : « Ils avaient baissé le bonus pluie, la veille d’une grosse tempête classée orange... » Objectif ? Assurer les livraisons tout en respectant le code de la route. « Je peux assurer qu’ainsi, on va beaucoup moins vite ! », raille ce diplômé en gestion humanitaire. Tenir les délais de livraison en trente minutes chrono incite à prendre tous les risques [3]. Et les accidents sont fréquents. « À quand le premier mort ? » s’inquiètent certains.

Des « libres entrepreneurs » fliqués et sanctionnés au moindre écart

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En tant qu’auto-entrepreneurs, les livreurs ne sont pas couverts en cas d’accident. Un récent décret issu de la loi Travail oblige les plateformes à souscrire une assurance responsabilité civile. Néanmoins, cette assurance ne couvre que les dommages causés à un tiers, et non ceux subis par les travailleurs. Ne cotisant qu’au régime des indépendants (RSI), ils n’ont droit ni au chômage, ni aux congés payés. D’autant que tout est à la charge de ces forçats du pavé : achat du vélo, frais d’entretien, forfait téléphonique, cotisation RSI...

Suite à plusieurs actions de ce type, Arthur se fait « remercier » par Deliveroo au mois de mars. Et il n’est pas le seul : Jérôme Pimot, pionnier de la lutte des cyclo-coursiers, s’est vu désactiver son compte après avoir témoigné de ses conditions de travail dans une émission de radio. Officiellement pour absence de port de l’uniforme de la marque au kangourou. Un comble pour ces entrepreneurs « indépendants ». Ils ont beau être à leur compte, ils ne décident de rien. La plateforme leur impose tout, à commencer par les tarifs, les factures, ou le choix des courses. Tracés, fliqués, sanctionnés au moindre écart, ces « libres entrepreneurs » ont tout du salarié subordonné, mais sans les droits associés.

« Ça a commencé sur un banc de la place Bellecour »

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Mis en concurrence, isolés sur leur selle, payés à la tâche, éjectables d’un jour sur l’autre... La condition du coursier moderne ne favorise pas l’organisation collective. « Il y a 200 ans, quand les ouvriers ont commencé à s’organiser, ils bénéficiaient d’une unité de lieu. Aujourd’hui c’est compliqué, mais nous avons d’autres outils », analyse Erwan. Les temps d’attente des commandes devant les restaurants, les regroupements improvisés entre deux bips sur les téléphones, deviennent des instants propices à l’échange, à la prise de contacts.

Aussi informels soient-ils, ces lieux et temps de sociabilité sont autant de prémices à l’action commune. On s’y croise, on s’y reconnait, on s’y retrouve. Ainsi est né le groupe des coursiers lyonnais. « Ça a commencé sur un banc de la place Bellecour. On se regroupait entre deux livraisons et on se donnait des conseils de réparation, des astuces, et on s’est rendu compte des différences de rémunération », se souvient Mike. Du haut de ses 23 ans, et de ses deux ans et demi de métier dans les mollets, celui-ci fait figure d’ancien, passant de foodora à Stuart, de Deliveroo à UberEATS, comme il change de vitesse.

Étudiants précaires, étrangers et jeunes banlieusards

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Très vite, les discussions se poursuivent sur Internet. Les chaînes WhatsApp, les groupes Facebook et autres forums de discussion sont autant de caisses de résonance pour les griefs des livreurs. On y cause dérailleur, chambre à air, tarifs des courses, et parfois défense des droits. Et l’on y poste de temps à autre les consignes reçues sur son téléphone, comme autant de traces écrites qui pourront se retourner contre l’entreprise le moment venu. A chacun sa révolution numérique…

« Notre outil de travail est devenu une arme », constate Jérôme Pimot, qui a porté plainte en justice contre son premier employeur-client, Tok Tok Tok, pour « salariat déguisé ». Cet ancien animateur périscolaire de 47 ans a monté plusieurs collectifs de coursiers, avant de participer à la formation du Clap.

Mais il n’est pas toujours évident de mobiliser les virtuoses du guidon. D’abord peuplée par la « communauté fixie », adeptes urbains du pignon fixe tendance plus ou moins hipster, la faune des livreurs est désormais composée d’étudiants précaires, d’étrangers parlant peu français, ou de jeunes banlieusards. Une population hétérogène, mouvante, parfois rompue à un certain fatalisme et se renouvelant fréquemment. « On essaie de fédérer une communauté ingouvernable », s’amuse Jérôme Pimot.

Collectif, association, ou syndicat ?

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D’où l’intérêt d’un collectif autonome plutôt que d’un syndicat, organe traditionnel de défense des travailleurs ? « Nous ne sommes pas anti-syndicaux, précise Erwan. Le Clap est plutôt inter-syndical. Nous sommes plusieurs à avoir des engagements chez Sud ou à la CGT, mais nous voulons que l’outil dépasse les sensibilités personnelles. Certains coursiers pourraient avoir peur d’un syndicat et de son image un peu vieillotte. » Pour attirer davantage de membres, le Clap organise aussi des événements festifs, des ateliers réparation, histoire de faire vivre « l’esprit vélo » et de bâtir des solidarités.

A Bordeaux, Arthur Hay a fait le chemin inverse. Lassé par le « manque de dynamisme » du collectif local, il est allé frapper à la porte de la CGT. « Je me suis dit “le syndicat est peut-être old school, mais il possède l’expérience”. On nous dit partout que le droit du travail relève de l’Antiquité, mais qu’est-ce qu’il y avait avant ? On était tous mis en concurrence, on nous virait comme un rien. Les syndicats se sont battus pour qu’il y ait un cadre juridique, une couverture sociale. Dès qu’il y a un problème sur une plateforme, je me fais connaître pour entendre les revendications des livreurs ». La CGT Coursiers compte aujourd’hui 14 syndiqués « fidèles ».

Syndicat ou association ? L’interrogation a aussi traversé le mouvement des chauffeurs VTC. Leur lutte a montré la légitimité des associations à siéger à la table des négociations. Un collectif historique de la lutte, CAPA-VTC, vient tout de même de s’affilier à Force Ouvrière. Au grand étonnement d’Arthur Hay, à qui FO aurait claqué la porte au nez.

Des actions victorieuses

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Peu importe la structure, « nous gagnerons une légitimité par des actions victorieuses », veut croire Erwan. Des exemples ? Les blocages de restaurants comme à Marseille. « On a vu l’échec des déconnexions massives : elles n’incitent pas à la mobilisation car elles donnent plus de courses à ceux qui ne font pas grève », poursuit le membre du Clap. En mars, une poignée de coursiers de la cité phocéenne ont empêché la livraison de plats déjà commandés. Ce qui a conduit les plateformes à rembourser les clients.

Dans les jours suivants, une délégation de coursiers était reçue par la direction de Deliveroo. Les améliorations des conditions de travail obtenues grâce aux luttes des coursiers au Royaume-Uni et en Italie, appuyées par des syndicats, sont aussi un motif d’espoir et une source d’inspiration.

Concilier indépendance et protection sociale ?

Comme les VTC, les livreurs multiplient les terrains de luttes. Plusieurs procédures judiciaires de requalification de prestations de service en contrat de travail ont été intentées. Notamment par les livreurs laissés sur le bord de la route lors du dépôt de bilan de Take Eat Easy. De là à devenir tous salariés comme ils l’étaient avant l’arrivée des plateformes ? Pas vraiment. Ces procédures sont plutôt une façon de faire reconnaître un préjudice moral et financier. C’est une « arme de dissuasion », souligne Jérôme Pimot, contre les entreprises qui seraient tentées de ne pas respecter les droits sociaux. Étonnamment, la CGT Coursiers ne demande pas à ce que ces auto-entrepreneurs basculent sous contrat salarié. Elle lutte en faveur d’une réglementation pour une juste rémunération, et pour le droit à s’organiser collectivement.

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Les Fusées vertes et le collectif des coursiers lyonnais revendiquent en ce sens l’élaboration d’un tarif minimum de vingt euros bruts de l’heure, hors week-end et intempéries. Même son de cloche chez les conducteurs VTC qui revendiquent le droit de fixer eux-même leur prix comme de véritables indépendants. Avec la mise en place d’un « seuil de dignité » tarifaire, horokilométrique, comme chez les taxis. Une sorte d’embryon de convention collective ? « On ne tranche pas la question salarié ou autonome, mais on veut la même protection sociale », nuance le Clap. L’enjeu étant de concilier niveau de vie, protection sociale et indépendance.

Projet de coopérative

Au delà des diverses revendications, l’idée de se réapproprier l’outil de travail émerge. « Sur le long terme, la seule issue pour obtenir des conditions de travail décentes est la création d’une Scop de livreurs », écrivent Les Fusées Vertes. Créer une application numérique libre de droit soucieuse de ses utilisateurs, et respectueuse des droits sociaux, c’est précisément le projet que porte Coopcycle. La coopérative solidaire de livreurs parisiens fonctionnera en Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC), avec un collège de livreurs, de clients et un autre de restaurants. Elle assurerait aux coursiers les demandes de livraison, et la commission prélevée sur chaque course financerait des caisses de secours, de soins et autres dédommagements. Ce modèle initié à Paris pourrait s’étendre dans chaque ville, avec des partenariats locaux coordonnés par une instance nationale. « On passerait d’une économie collaborative à coopérative », lance Jérôme Pimot.

A l’heure où l’auto entrepreneuriat touche de plus en plus de secteurs, les mobilisations des ubérisés à deux et quatre roues lancent un nouveau défi aux syndicats et invitent à repenser les formes traditionnelles de résistances au travail. Un peu comme le propose un nouveau site de lutte Blablagrève, dont le slogan est « ubérisons la grève, pas le travail ! »

Ludo Simbille

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jeudi 29 mars 2018

Dans le quartier Ozanam de Carcassonne, le souvenir d’une chapelle vandalisée

En 2013, la chapelle d’Ozanam, quartier sensible de Carcassonne où vivait Radouane L., avait été visée par un incendie d’origine criminelle. Cinq ans plus tard, la question du dialogue interconfessionnel reste d’une actualité brûlante dans cette cité en difficulté.

ACT OZANAM

Depuis l’attentat de Trèbes (Aude) vendredi 23 mars, le quartier d’Ozanam à Carcassonne est au centre des attentions. C’est dans ces tours HLM d’après-guerre que vivait l’auteur des attentats de l’Aude, Radouane L.. Dans ce quartier populaire de 600 âmes, les patrouilles de police se sont intensifiées depuis le week-end dernier. À Ozanam, les riverains sont habitués aux tensions du quotidien. Mais il s’agit plus souvent de petite délinquance que d’acte terroriste.

Une chapelle incendiée en 2013

En effet, fin novembre 2013, cette cité avait déjà été médiatisée. La chapelle Saint-Vincent-de-Paul d’Ozanam était alors la cible d’un incendie. Le chœur et la sacristie avaient été endommagés, ainsi que des objets de liturgie détruits par les flammes. Certains éléments de l’enquête avaient permis d’envisager la piste criminelle, notamment la porte principale de l’édifice forcée à plusieurs endroits. Malgré l’enquête, les motifs de cet acte n’ont jamais été précisément établis.

D’après Yasmine Mamou, conseillère municipale UDI de Carcassonne et déléguée aux quartiers prioritaires, il s’agirait là d’un « geste qui n’a rien d’antichrétien. C’était plus un acte de vandalisme commis par des jeunes inconscients de ce qu’ils faisaient ». À l’époque, le père Didier Escouperié qui officie dans la chapelle tous les jeudis soir, avait déclaré à La dépêche du Midi, que « cette église n’avait jamais fait l’objet de menace particulière ». Quelques jours après le sinistre, les responsables diocésains avaient lancé un appel à la solidarité pour nettoyer l’édifice. Appel entendu par une vingtaine de personnes dont une majorité de jeunes musulmans. Le père Jean de Soos, présent à cette opération de nettoyage, souligne ce « signe très fort » et précise : « Il y a la bêtise de quelques-uns et il y a la communion des autres ».

Un quartier fondé par des groupes catholiques

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Pour les deux prêtres, il est essentiel de maintenir l’activité de cette chapelle, aujourd’hui rénovée et qui n’accueille qu’une petite dizaine de fidèles à chaque office. « Cette messe, c’est vraiment la mémoire de ce quartier ». Le nom « Ozanam » fait référence à un personnage du christianisme social, Frédéric Ozanam fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul et béatifié par le pape Jean-Paul II en 1997. Il a donné une impulsion catholique au quartier construit dans les années 1950, à l’initiative d’un groupe de catholiques, afin de loger des personnes en grande précarité. La chapelle Saint-Vincent-de-Paul a été bâtie à cette même période. Désormais, ce sont essentiellement des populations marocaines qui habitent ces résidences et de nombreux migrants. « Le souci aujourd’hui, c’est qu’il manque un cadre religieux qui existait au temps des Sœurs blanches implantées à Ozanam. De même, il n’y a pas de lieu de culte musulman ni de maison de quartier comme dans d’autres secteurs sensibles de la ville, à Saint-Jacques au Viguier. Ozaman est un quartier livré à lui-même face à ses problèmes », déplore le père de Soos.

L’objectif principal : le dialogue interreligieux

Le dialogue interreligieux est un des objectifs de travail des collectivités et communautés religieuses locales. « Ces actes de vandalismes assez mineurs il y a quelques années, prennent aujourd’hui une autre ampleur », indique Yamina Mamou. « Il y a un manque de communication, une précarité à tous les niveaux, à la fois intellectuel et cultuel. Il est nécessaire que l’État reprenne les choses en main et entame un travail commun avec toutes les communautés », poursuit-elle. Selon elle, le premier plan d’action devrait être le désenclavement d’Ozanam afin que les jeunes générations « en perte de repère » soient « intégrées à la société dans laquelle ils vivent ».

Clotilde Costil
https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/quartier-Ozanam-Carcassonne-souvenir-dune-chapelle-vandalisee-2018-03-27-1200927140?from_univers=lacroix&utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180327&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=971807&PMID=ac29e5cafb071c987471f76e2c454018

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"il s’agirait là d’un « geste qui n’a rien d’antichrétien. C’était plus un acte de vandalisme commis par des jeunes inconscients de ce qu’ils faisaient": on suppose que s'il s'était agi d'une synagogue, on n'y aurait pas vu le moindre geste antisémite...Ce n'est pourtant pas faire de l'amalgame que de constater qu'il existe, dans certaines cités, un islamisme politique agressif, fût- il minoritaire, comme l'attestent les derniers évènements. Et si l'enquête sur cet incendie n'a pas abouti, rien ne permet d'affirmer que l'acte aurait été commis par des "jeunes inconscients"! On est donc dans de la pure propagande, l'objectif étant visiblement de minimiser la dimension politique et/ou religieuse du phénomène. Si on peut comprendre la volonté de certains "acteurs de terrain" d'apaiser les tensions, il n'est pas sûr que ce déni de réalité soit le meilleur moyen de régler le problème. On pourrait peut- être, au contraire, envisager de mobiliser toutes les "comminautés" dans une lutte commune et lucide...       P.G.

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mercredi 28 mars 2018

Baromètre social des Assises du journalisme : moins de monde, plus de précarité

Un moment important des annuelles Assises du journalisme organisées par Jérôme Bouvier est la présentation très professionnelle du Professeur Jean-Marie Charon du Baromètre social de la profession. Cette synthèse a été réalisée avec la collaboration de la Commission de la Carte des journalistes professionnels, la Correspondance de la Presse, du SNJ, de la CFDT,du SNJ-CGT, de l’Observatoire des Métiers de l’Audiovisuel et Audiens.

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Un nombre moins élevé de journalistes, plus précaires

35047 cartes de presse ont été attribuées en 2017 contre 37307 en 2009 soit une diminution de 6%. Parallèlement la précarité augmente avec une proportion de pigistes (payés à la pièce) + chômeurs qui augmente de près de 4% en onze ans. Bien plus, de nombreuses entreprises contournent le statut de pigiste via la micro entreprise voire le métier d’intermittent du spectacle ou encore par les droits d’auteur. Si l’on élargit aux emplois tous confondus de la presse écrite (mise en pages, administration, impression, distribution etc) la presse écrite dans son ensemble a perdu 28% de ses effectifs entre 2006 et 2017. La féminisation de la profession se poursuit avec près de 47% des cartes de presse féminines.

En parallèle les CLP (correspondants locaux de presse), payés au lance pierres, ayant parfois mais pas toujours un deuxième métier, sont plus de 26.000. Combien peuvent être assimilés à des journalistes ? Sans compter les rédacteurs dépendant de la convention Syntec, qui sont plusieurs centaines.

Licenciements : moins chez les quotidiens, plus chez les magazines

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Si La Voix du Nord va de restructuration en réorganisation (plus de cent postes supprimés au total) et si le quotidien communiste La Marseillaise semble très mal en point, en dehors de L’Équipe (25 départs de techniciens) il n’y a pas eu de grands plans de diminution des effectifs dans les quotidiens. Ce n’est pas le cas dans les magazines, tour à tour Causette, Les Inrocks, L’Obs (45 journalistes en moins), Marianne ont subi des baisses d’effectifs.

Dans les médias radio-télé Euronews a enregistré 80 « départs volontaires », Radio Orient s’est séparé de la moitié de ses effectifs, Radio France a vu des transferts importants vers France Info. La chaîne martiniquaise ATV (54 salariés) est en redressement judiciaire alors que Sport365 et Campagne TV ont cessé d’émettre.

Départ de trentenaires

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Alors que les diminutions d’effectifs touchaient traditionnellement les plus âgés, une proportion croissante de jeunes journalistes font le choix de quitter leur entreprise soit pour créer leur média soit pour un autre secteur, illustrant le raccourcissement des carrières (15 ans en moyenne) et souvent une déception de la pratique de leur métier.

Synthèse

Carrières plus courtes, moins rémunérées, augmentation de la « zone grise » des statuts incertains (et ne subissant pas de charges sociales), concentration aux mains de milliardaires vivant paradoxalement des subventions publiques pour leurs activités médias, tous ces éléments n’incitent ni à l’indépendance d’esprit, ni à l’exercice serein de la profession. Un jeune journaliste sait qu’il peut être remplacé du jour au lendemain, un moins jeune tient à son poste et à son évolution de carrière, avec de brillantes exceptions certes, mais l’exception n’infirme pas la règle, elle la confirme.

https://www.ojim.fr/barometre-social-des-assises-du-journalisme-par-jean-marie-charon-moins-de-monde-plus-de-precarite/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-03-27

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vendredi 23 mars 2018

Mondialisation : les Français toujours inquiets

Grégoire Normand

@gregoirenormand

Selon un sondage OpinionWay, 60% des personnes interrogées ont une image négative de la mondialisation. Il semble que les inégalités engendrées par ce phénomène contribuent à exacerber les craintes.

La mondialisation tracasse les Français. Selon les derniers résultats du sondage OpinionWay pour le Printemps de l'économie, 6 personnes interrogées sur 10 ont une mauvaise opinion de ce phénomène et 14% en ont une très mauvaise opinion. Les Français sont avant tout inquiets pour leur avenir dans le contexte de la mondialisation. Alors que les populismes continuent de progresser en Europe et notamment en Italie, les effets de la mondialisation restent au centre des préoccupations des citoyens.

Des effets économiques contestés

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Les retombées économiques de la mondialisation ne semblent pas partagées par les Français. Pour les interrogés, il existe clairement des vainqueurs et des perdants dans le processus de globalisation à l'échelle de la planète. Certaines régions ont réussi à tirer leur épingle du jeu et à bénéficier d'effets positifs de la globalisation comme l'Asie (pour 55% des personnes interrogées) et l'Amérique du Nord (51%).

Les Français se montrent plus partagés concernant les effets de ce phénomène sur l'Europe. 47% des personnes questionnées jugent qu'elles a eu des effets négatifs contre 39% pensent qu'elle eu des effets positifs. Les conséquences sont également perçus en demi-teinte pour la Russie (36% positifs, 39% négatifs) et pour l'Océanie (29% positifs, 41% négatifs). À l'opposé, certaines régions ont souffert d'effets néfastes liés à ce phénomène comme l'Afrique (55%) et l'Amérique du Sud (50%). Au regard des résultats, des disparités apparaissent en fonction des catégories socioprofessionnelles. Les répondants appartenant aux catégories populaires sont bien plus critiques sur les effets de la mondialisation dans les différentes régions du monde.

"Pour chacune des régions testées, moins de la moitié considèrent que les effets de la mondialisation ont été positifs, alors que 56% des personnes issues des catégories favorisées jugent les effets positifs en Asie et 54% en Amérique du Nord. "

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L'échantillon considère également que l'éradication de la faim, la baisse des inégalités ou la préservation de l'environnement semblent être des objectifs peu compatibles avec ce phénomène. Pour les interrogés, seule l'innovation technologique profiterait des effets de tous ces échanges.

La France loin d'être épargnée

Dans l'enquête menée par l'institut de sondages, les Français n'ont pas manqué de critiquer les effets de la mondialisation sur l'hexagone. Plus de 55% des interrogés jugent que dans le domaine économique et environnemental, la globalisation a eu des effets négatifs. Les personnes interrogées critiquent fortement ces effets sur les salaires (65%), l'emploi (64%) et le pouvoir d'achat (58%). Sur la croissance, les avis sont plus partagés. 49% considèrent que la mondialisation a eu une influence négative, tandis qu'un tiers des personnes interrogées lui attribuent des effets positifs.

Les Français inquiets pour leur avenir

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Pour les trois quart des interrogés, la mondialisation devrait continuer de s'étendre et devrait toucher à terme tous les secteurs de l'économie. L'uniformisation est également une crainte exprimée par 54% des Français tant au niveau du mode de vie que des pratiques culturelles similaires qui pourraient aboutir à ce que toutes les sociétés se ressemblent. Seule une minorité de Français (34%) jugent que la mondialisation favorisera la paix dans le monde et que les inégalités de revenus diminueront sous son influence. Au final, les Français sont plutôt pessimistes sur leur avenir dans le contexte de la mondialisation. Il s'inquiètent en particulier du futur des générations à venir.

"L'avenir de la France (67%) et du monde (65%) représentent également des sources d'inquiétude fortes et à leur échelle personnelle, les Français reconnaissent également être pessimistes pour leur propre avenir (63%)".

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Le niveau vie des interrogés semble également jouer un rôle primordial dans la perception de la mondialisation. Les catégories les plus défavorisées qui expriment le plus de critiques à l'égard de la mondialisation sont également celles qui se sentent le plus démunies pour l'avenir. Ainsi, 58% des interrogés issus des catégories populaires (contre 54% des personnes issues des catégories favorisées), 62% des personnes non diplômées (contre 46% des personnes ayant un diplôme du supérieur à bac+2) et 57% des personnes ayant un niveau de revenu inférieur à 2.000 euros par mois (contre 51% des personnes gagnant 3.500 euros par mois ou plus) déclarent être pessimistes sur ces perspectives d'avenir dans le cadre de la mondialisation.

(*) Cette étude a été réalisée auprès d'un échantillon de 1.002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d'âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d'agglomération et de région de résidence. Les interviews ont été réalisées par questionnaire autoadministré en ligne sur système CAWI (Computer Assisted Web Interview). Les interviews ont été réalisées du 14 au 16 février 2018.

https://www.latribune.fr/economie/france/mondialisation-les-francais-toujours-inquiets-771303.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180316

jeudi 22 mars 2018

Sanctions contre les chômeurs : le gouvernement annonce ses projets

Étape de la concertation avec les partenaires sociaux, le ministère du Travail a présenté le 19 mars de nouveaux axes de son projet de réforme de l’assurance chômage : plus de contrôles et des sanctions alourdies contre les chômeurs.

ACT GATTAZ GOPE

Partenaires sociaux, organisations patronales et syndicats qui gèrent l’Unédic ont été reçus au ministère du Travail, ce 19 mars, pour prendre connaissance des arbitrages du gouvernement sur l’assurance-chômage.

Le cabinet de la ministre Muriel Pénicaud dévoilait les grandes lignes du projet de «Loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel» qui doit être présenté mi-avril pour un vote au Parlement d’ici cet été. Il s’agissait principalement de notifier aux trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P) et aux cinq syndicats (CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC et FO) un renforcement des mesures de contrôle des demandeurs d’emploi qui avaient été annoncées pendant la campagne.

Selon les projets du gouvernement, refuser une «offre raisonnable d’emploi» ou l’insuffisance de recherche d’emploi seront désormais passibles de suspension d’allocations pendant un mois la première fois, deux mois la deuxième fois et quatre mois la troisième fois. Au deuxième et troisième manquement, l’allocation ne sera pas seulement suspendue mais définitivement amputée. Il s’agit donc surtout de modifications rendant plus sévères les sanctions déjà prévues par la loi de 2008, adoptée sous le deuxième gouvernement Fillon, qui avait déjà introduit la notion d’ «offre raisonnable d’emploi».

Triplement des agents pour contrôler les demandeurs d’emploi

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Parmi les mesures phares chères à Muriel Pénicaud : le triplement des agents de Pôle Emploi affectés au contrôle des demandeurs d’emploi. Ils devraient passer de 200 actuellement à 600 selon le projet de loi. Mais est-ce à cause d’un manque de moyens ou d’un manque de cas correspondants que la loi prévoyant les radiations a donné jusqu’ici peu de résultats ? Interviewé le jour même sur la chaîne Public Sénat, Hervé Chapron, ancien directeur général adjoint de Pôle Emploi, a rappelé que «Toutes les études avaient montré que 90% à 92% des demandeurs d’emploi cherchaient vraiment un travail. »; avant d’analyser : « Se focaliser sur le contrôle des chômeurs est une chose qui peut être intéressante médiatiquement mais qui […] ne rapportera pas l’équilibre des comptes

Toutefois, de nombreux points restent à préciser, comme les critères définissant les «offres raisonnables» qui doivent en partie être définis avec le demandeur d’emploi et être personnalisés. Parmi eux, la distance entre le domicile et le lieu de travail, mais aussi le salaire en deçà duquel un demandeur d’emploi peut refuser une offre. Il doit, actuellement être d’au moins 85% du salaire précédent dans une fonction comparable après six mois d’inscription à Pôle Emploi.

 

Dans une interview exclusive accordée au Parisien, il y a environ un an, le candidat Macron annonçait déjà un durcissement, en prévoyant d’abaisser ce seuil à 80%, voire 75%, sans parler d’attendre six mois : «Si des emplois décents correspondent à votre qualification et que le salaire n’est pas inférieur de plus de 20-25 % à votre ancien poste, vous ne pourrez pas refuser plus de deux offres. Sinon, vos indemnités seront suspendues. C’est ça la vraie révolution de la flexi-sécurité.»

A l’époque, Emmanuel Macron présentait ces nouvelles contraintes comme une «contrepartie» de l’extension des droits à l’allocation aux démissionnaires, mais aussi aux indépendants. En effet, ces derniers, auraient désormais droit, en cas de liquidation judiciaire, à une allocation de 800 euros par mois durant six mois, sous certaines  conditions. Mais aucune cotisation supplémentaire ne serait prélevée pour financer ce nouveau droit qui devrait donc alourdir la charge de l’assurance chômage. La logique peine toutefois à expliquer le lien entre le durcissement des contrôles pour des salariés devenus chômeurs et de nouveaux droits accordés aux indépendants et non financés au préalable.

Cela fait les bons comptes du Medef puisque cette mesure permet de précariser davantage les travailleurs en les obligeant à accepter toute forme d’emploi au rabais, sans quoi ces derniers se verraient supprimer leurs allocations.

Une stratégie qui permet dés lors de flexibiliser davantage le marché du travail, et qui permet également de faire baisser la courbe du chômage en faisant tout bonnement disparaître nombre de chômeurs des statistiques officielles.

Une baisse du taux de chômage par la radiation ou la précarisation.

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Muriel_Pénicaud

https://francais.rt.com/economie/48953-sanctions-contre-chomeurs-gouvernement-annonce-durcissement

https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=2002675F696E8AA92A78D674377C1C86.tplgfr30s_1?idArticle=LEGIARTI000006903813&cidTexte=LEGITEXT000006072050&dateTexte=20180319

https://aphadolie.com/2018/03/21/sanctions-contre-les-chomeurs-le-gouvernement-macron-annonce-ses-projets/

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mardi 13 mars 2018

Hôpital public : burn-out à tous les étages

« Madame la Ministre, les agents ne veulent plus parce qu’ils ne peuvent plus ! Ils ont peur de commettre l’irréparable. Les glissements de tâches sont institutionnalisés ». Faute d’avoir réussi à faire entendre la dégradation de leurs conditions de travail depuis 2013, la CFDT de l’hôpital de Périgueux (Périgord) a écrit cet automne à Agnès Buzyn, nouvelle locataire de l’avenue Duquesne. Ces deux pages serrées reflètent le même ras-le-bol qui s’exprime, partout en France, dans les blocages, les grèves et sur les réseaux sociaux à travers le hastag #BalanceTonHosto.

ACT HOPITAL BURN OUT

« Les effectifs journaliers ne correspondent pas aux besoins des services. Sans moyens en cohérence avec l’activité, les équipes continueront de souffrir », lâchent Corinne Gourvat et Catherine Autier, responsables CFDT. A l’hôpital de Périgueux, l’absentéisme de 8% chez le personnel soignant (soit 200 personnes absentes sur 2 400 tous les jours) désorganise constamment les équipes. Rappel incessant des agents chez eux « même la nuit », planning réécrit constamment, congés annulés, heures supplémentaires qui s’accumulent, mobilités imposées. Chaque jour, il alimente le même cycle de travail infernal et cette terrible impression de devoir faire « toujours plus avec moins », de ne parer qu’au plus pressé au détriment des malades. Sources d’épuisement et démotivation. Comme chez cette auxiliaire puéricultrice affectée, de nuit, auprès de nourrissons en néonatalogie, sans la formation demandée. Et aujourd’hui arrêtée.

Grève de la faim

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« On met les agents en difficulté, Cela alimente l’absentéisme. C’est un cercle sans fin », soufflent Corinne Gourvat et Catherine Autier, qui réclament juste que l’effectif minimum soit respecté, ne serait-ce que par le remplacement des agents en longue maladie (plus de deux mois) ou en congé maternité. Mais la direction du centre hospitalier, en déficit, diffère ces remplacements. « Elle est soumise à une injonction de l’Agence régionale de santé (ARS) d’économiser 3-4% annuels sur la masse salariale », poursuivent les syndicalistes.

A 100 kilomètres de là, dans la Haute-Vienne, les agents du CHU de Limoges, lui aussi en déficit, qui réclamaient les mêmes solutions minimales face au même mal (8% d’absentéisme) ont eu gain de cause. Mais au prix d’une grève de la faim, une semaine durant en mars 2017, de quatre agents CGT et SUD. Une première dans le milieu hospitalier. Le volume de remplacements obtenus (146) en dit long. « Mais la majorité des remplacements se font, au mois le mois », déplore Florence Metge, déléguée CGT.

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La masse salariale, principale variable d’ajustement

Certes, parmi les 830 centres hospitaliers publics dans l’Hexagone, la situation diffère d’un établissement à l’autre, certains manquent un peu de personnels, d’autres en ont terriblement besoin. Des services tournent en surchauffe, d’autres au ralenti. Reste que la masse salariale (l’hôpital public compte plus de 1 million d’agents dont près de 117 000 médecins), qui représente 70% en moyenne des dépenses des établissements, a été leur principale variable d’ajustement, depuis qu’ils se sont mis à partir de 2004 à l’heure de l’entreprise.

https://www.alternatives-economiques.fr/hopital-public-burn-out-a-etages/00083199

samedi 10 mars 2018

Les chômeurs européens de plus en plus pauvres, surtout les Allemands

La baisse du chômage en Europe, à son niveau le plus bas depuis la crise de 2008, cache des statistiques plus sombres : ceux qui restent à l’écart de l’emploi vivent de plus en plus mal, notamment en Allemagne, champion de la flexibilité du travail.

ACT PAUVRETE CHOMAGE UE

En Europe, les indicateurs du chômage sont au beau fixe. Selon la dernière livraison d’Eurostat, le bureau de statistiques basé au Luxembourg, le taux de chômage parmi les 28 a baissé de 8% de janvier 2017 à janvier 2018, pour s’établir à 7,3%. C’est son plus bas niveau depuis la crise financière de 2008. A 8,6 %, il est également en forte baisse dans les 19 Etats membres de la zone Euro.

Mais les quelque 18 millions de femmes et d’hommes sans travail dans l’Union européenne (UE) sont de plus en plus exposés au «risque de pauvreté». Un indicateur qui désigne un niveau de revenu équivalent à 60% du salaire médian, comparable au terme plus connu de «seuil de pauvreté».

Et sur ce point, la tendance est à l’aggravation continue depuis une quinzaine d’années. Selon une autre livraison statistique du même institut le risque de pauvreté est passé dans l’UE et la zone euro de respectivement 40% et 37% en 2005 à 48,7% dans les deux ensembles fin 2016.

Les chômeurs allemands sont les plus exclus d'Europe

En France, où il est parmi les plus bas d’Europe, il est passé de 29,5% en 2005 à 38,4% pendant la même période. Et en Allemagne ce taux a explosé et atteint aujourd’hui 70% (contre 20% pour l’ensemble de la population). Le record au sein de la zone euro !

Dans le domaine du chômage, le modèle d’outre-Rhin affiche donc des résultats contrastés, mais aussi inquiétants, pour les demandeurs d'emploi français. En effet, la paupérisation rapide des chômeurs en Allemagne a accompagné l’entrée en vigueur des lois de flexibilisation du travail de 2005, connues comme «réformes Hartz», avec les fameux «jobs à 1€ de l’heure», temps partiels non-voulus et autre emplois très précaires. 7,6 millions d'Allemands sont aujourd'hui concernés. Or ces réformes allaient dans le même sens que la loi Travail du gouvernement précédent et les ordonnances réformant le code du travail, signées en septembre 2017.

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Autre trajectoire franco-allemande inquiétante : en Allemagne les allocations chômage sont gérées et versées par l’Etat, ce qui permet de fixer le seuil et les conditions d’indemnisations sans passer par des négociations avec les partenaires sociaux, comme c’est encore le cas en France. Mais on sait que l’étatisation de l’assurance chômage est la conséquence la plus vraisemblable de la réforme pour laquelle les discussions ont été entamées l’hiver dernier avec les syndicats et qui devrait voir le jour d’ici le printemps.

https://francais.rt.com/economie/48551-chomeurs-europeens-plus-plus-pauvres

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Une baisse formelle donc, toute relative, qui masque une augmentation de la précarité et de la pauvreté, voilà le "modèle social" promu par l'Union européenne.  P.G.

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lundi 1 janvier 2018

PSA, Pimkie… Surprise, la loi Travail commence par supprimer des emplois !

À peine les décrets d'application signés que PSA et Pimkie se préparent à lancer des procédures de rupture conventionnelle collective. Un nouveau dispositif issu des ordonnances Travail moins contraignant qu'auparavant. Censée faciliter les embauches, la réforme commence donc par simplifier les licenciements.

ACT LOI TRAVAIL VIRE

À croire qu'ils étaient dans les starting-blocks. Ce jeudi 28 décembre, Le Parisien révèle que le groupe PSA se prépare à utiliser la nouvelle rupture conventionnelle collective, dispositif ouvert par la réforme du code du travail d'Emmanuel Macron, pour lancer un plan de licenciements dès la rentrée. Déjà Pimkie, l'enseigne de prêt-à-porter, avait convoqué ses quatre syndicats cinq jours avant le réveillon de Noël pour une réunion prévue le 8 janvier afin de présenter son propre projet de rupture conventionnelle collective.

Un empressement gourmand, puisque le décret d'application de cette mesure n'a été publié au Journal officiel que le 22 décembre... Pas le temps de niaiser, comme disent les Québécois ! Dans le document interne au groupe PSA que s'est procuré le quotidien, daté du 19 décembre soit trois jours avant la publication du décret au JO, la direction du groupe "invite" les syndicats de l'entreprise le 9 janvier à une réunion ayant pour ordre du jour la "négociation sur les ruptures conventionnelles collectives".

Selon Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central CGT du groupe PSA Peugeot-Citroën, interrogé par Le Parisien, "cela va lui permettre de faciliter les départs collectifs et ainsi poursuivre la fonte des effectifs en CDI dans les usines. C'est un recul supplémentaire pour les droits des travailleurs". De son côté, un porte-parole de l'entreprise se limite à expliquer que "ce sujet va être abordé lors du comité central d'entreprise et s'inscrit dans le cadre de notre DAEC 2018 (dispositif d'adéquation des emplois et des compétences) mis en place ces dernières années". Sans plus de détails. Pourtant, selon les chiffres du syndicaliste, le groupe a déjà effectué 3.000 suppressions d'emplois en 2017 et 25.000 depuis 2013.

Sauf que la nouvelle mesure de rupture conventionnelle collective permet de licencier à moindres frais. Comme le rappelait l'avocat Olivier Khatchikian à LCP lors de la présentation de la réforme du code du travail, "quand un employeur veut réduire les effectifs de manière collective, il doit observer les règles relatives aux licenciements économiques collectifs (...), il doit justifier d'un motif économique valable et favoriser le reclassement des salariés licenciés". Avec les ordonnances Travail, plus besoin : "Toutes ces obligations pour l’employeur vont disparaître ! Aucune nécessité de justifier d'une cause réelle et sérieuse ! Envolé, le lourd dispositif de prévention et d'accompagnement des licenciements économiques. La loi prévoit en effet une simple 'homologation' de la rupture conventionnelle, comme pour une rupture conventionnelle individuelle ordinaire…".

"C'est une fragilisation de tout le marché du travail"

Ce jeudi 28 décembre, Eric Coquerel, député de la France insoumise, a expliqué ne pas être surpris par ces annonces. "C'est évident, à partir du moment où la loi ne protège plus les salariés, ça les laisse à la merci d'un rapport de force (...) c'est évident que pour les employeurs, c'est tout bénéfice (...), ça va être dévastateur pour l'emploi", a-t-il réagi sur BFMTV.

Pour le député, PSA et Pimkie ne sont donc que les "premiers de cordée" d'un mouvement beaucoup plus général : "On s'aperçoit que c'est une fragilisation de tout le marché du travail, c'est ce qu'on dénonçait avec les ordonnances et c'est ce qui est en train de se réaliser".*

Muriel Pénicaud, la ministre du Travail qui a porté la réforme, répétait pourtant encore le 29 novembre sur RTL qu"il n'y a absolument aucune mesure dans les ordonnances qui va dans le sens de la précarisation. Évidemment, notre but, c'est l'inverse." Il lui faudra un sacré sens de la pédagogie pour l'expliquer aux futurs ex-PSA et Pimkie...

https://www.marianne.net/economie/psa-pimkie-surprise-la-loi-travail-commence-par-supprimer-des-emplois

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*Eric Coquerel et ses amis de la "France insoumise" omettent toujours de mentionner l'origine "européenne" de ces mesures, et pour cause...Et bien sûr, la fausse opposition est largement citée dans tous les médias de l'oligarchie. Le jeu de dupes continue, avec le faux clivage "gauche (droite? centre?) macroniste" contre "gauche radicale" ...jusqu'à quand?   P.G.

 

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Le blues des ex-ministres et députés confrontés à Pôle emploi

Après la vague de dégagisme qui a touché la classe politique, plusieurs figures de la hollandie peinent à retrouver un travail, révèle « Le Figaro ».

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jeudi 21 décembre 2017

[RussEurope en exil] Vers la fin de l’Ubérisation ? Par Jacques Sapir

On parle beaucoup, depuis ces dernières années de « l’uberisation ». Ce néologisme cherche à rendre compte d’une évolution importante dans le monde du travail : des plates-formes, utilisant des applications pour smartphones, mettent en contact ce qui est décrit comme des « particuliers » avec d’autres « particuliers » pour échanger des services ou acheter un service.

TL SAPIR UBER PRECARITE

C’est ce que l’on appelle aussi l’économie « collaborative ». Cette économie recouvre des initiatives qui sont pour certaines très positives. Mais, elles recouvrent aussi des méthodes qui s’apparentent bien plus à l’extorsion d’une rente. J’ai consacré à cette question une émission sur Radio-Sputnik[1], avec Franck Dedieu délégué général de République Moderne, professeur à l’IPAG Business School et Sayah Baaroun, Secrétaire Général du Syndicat des Chauffeurs Privés VTC, émission qui a été diffusée le 15 décembre.

Le cas de la société UBER, dont la capitalisation en bourse est de plusieurs dizaines de milliards, est à cet égard exemplaire. UBER se prétend être une plateforme qui met en relation des chauffeurs, considérés comme des travailleurs indépendants, et des clients. L’outil de travail, le véhicule, appartient au chauffeur, mais l’application, qui permet la mise en relation avec les clients est la propriété d’UBER. Ce qui autorise d’ailleurs cette société à fixer le prix de la course faite par le chauffeur, et à imposer une certaine catégorie de véhicules. La rémunération d’UBER venant d’un pourcentage qu’elle prélève sur le prix de la course.

Depuis maintenant plusieurs mois les chauffeurs travaillant pour UBER se plaignent, et à juste raison, de la dégradation dramatique de leurs conditions de travail. Avec des semaines d’environ 70h il ne leur reste plus que 1000 euros à la fin du mois. Bien sûr, certains surnagent, ou survivent. Mais ils ne sont qu’une petite minorité.

Cette situation traduit, pour partie, la concurrence qui s’est instaurée, entre chauffeurs mais aussi, pour une autre partie, la concurrence entre sociétés gérant des applications, car UBER a bien entendu suscité des émules. Normalement, si l’on raisonne en termes « économiques », on considèrera qu’il y a un excès d’offre par rapport à la demande. D’ou le fait que les chauffeurs ne puissent gagner leur vie. Donc, dans ce raisonnement, un certain nombre de chauffeurs devraient sortir de cette activité économique, faisant baisser l’offre et conduisant progressivement à une hausse du revenu. Sauf, que la réalité est en fait bien plus complexe que la « théorie ». D’une part, le prix est fixé par les sociétés, et non par les chauffeurs. De ce point de vue, on est dans une situation étrange. D’autre part, les chauffeurs doivent s’endetter pour acheter le véhicule qui leur est imposé par UBER (ou par les autres sociétés). Cet endettement pèse lourdement sur leur équilibre financier. Alors, on va dire, pourquoi ces chauffeurs ne se retirent-ils pas de ces sociétés pour opérer comme de « vrais » indépendants ? C’est plus facile à dire qu’à faire. Pour se constituer en taxi, il faut une licence, et ces licences sont strictement contrôlées par la préfecture de police. Et, pour travailler comme VTC indépendant, il faut disposer déjà d’un carnet d’adresse et de clients réguliers. On voit donc que, derrière l’apparente promesse d’une « liberté » se profile une contrainte impitoyable qui enferme les chauffeurs d’UBER dans un carcan dont ils ne peuvent se délivrer.

Dans ce contexte, un nouvelle importante, et qui n’a pas été suffisamment relayée par la presse, nous est venue de Londres. C’est dans cette ville, capitale du Royaume-Uni, vous savez, ce pays que l’on décrit comme un temple du néolibéralisme et comme un enfer à la suite de sa décision de sortir de l’UE, qu’a été prise une décision qui fera date : la société UBER est sommée de requalifier les chauffeurs qui travaillent pour elle en « salariés ». Cette décision (en fait la première étape d’un processus judiciaire qui s’étendra durant tout le printemps prochain) fait suite d’ailleurs à des décisions analogues prises dans les grandes villes californiennes, au cœur même de ce que l’on appelle la « nouvelle économie ».

C’est une décision importante, car elle met fin à l’hypocrisie qui règne autour d’UBER, qui prétend n’être qu’une simple plate-forme mettant en contact des travailleurs indépendants et leurs clients. UBER, en effet, prétend ne pas être transporteur. Mais, alors, pourquoi UBER fixe-t-elle les prix qui peuvent être demandés par les chauffeurs ? On voit bien, ici, où le bat blesse. UBER prétend imposer des règles mais se refuse à assumer toute responsabilité. C’est pourquoi cette décision de la justice londonienne, et au-delà les plaintes qui devraient déboucher en justice en France à la fin du mois de mars 2018, invitent à se pencher sur ce que l’on appelle le « modèle économique » d’UBER .

L’idée qui a présidé à la création de cette société est ingénieuse, mais pas nécessairement morale. Elle revient, on l’a dit, à remplacer le contrat de travail par un contrat de location (de l’application UBER) et à prétendre que les travailleurs sont devenus des « auto-entrepreneurs ». On voit où se trouve l’avantage pour la société. Elle ne paye plus de charges sociales, et se désintéresse absolument de la situation dans laquelle elle met ses chauffeurs. Ce modèle a donné naissance au fantasme d’une économie dont le salariat aurait disparu, et avec lui les droits sociaux qui lui sont associés, pour être remplacé par une société d’entrepreneurs, de micro-entrepreneurs mêmes. Pourtant, des enquêtes montrent que ces statuts de micro-entrepreneurs ou d’auto-entrepreneurs, statuts qui sont tant vantés par notre Président de la République, Emmanuel Macron, recouvrent en réalité une dégradation non négligeable de la situation des travailleurs. On invitera ici nos lecteurs à se reporter à l’ouvrage de Sophie Vouteau Ma Vie d’Auto-entrepreneur qui vient juste de sortir[2].

Ce statut, dans de nombreux cas, et en particulier dans celui des chauffeurs d’UBER, ne fait que réactualiser un modèle économique des débuts du XIXème siècle : le travail à façons. Le donneur d’ordre passait distribuer les matières premières à ses travailleurs et repassait en fin de journée prendre le produit de leur travail, les payant donc à la pièce, sans contrat ni obligation. Le progrès serait-il de revenir aux heures les plus noires de la Révolution industrielle ? Ici, dans le cas d’UBER, on peut considérer que les inventeurs ou les détenteurs des droits d’une application sont de plus dans la situation du propriétaire foncier qui exploite, par la rente foncière, le paysan qui ne peut se constituer pleinement en « petit propriétaire ».

C’est pourquoi la décision du tribunal de Londres est-elle aussi importante. Il faut ici attendre ce que donnera au final cette procédure, et les résultats des procédures analogues qui ont été engagées en France.

Jacques Sapir

[1] https://fr.sputniknews.com/radio_sapir/201712151034354239-uberisation-esclavage/

[2] Aux éditions du Rocher, Paris-Monaco.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-vers-la-fin-de-luberisation-par-jacques-sapir/

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