lundi 6 août 2018

Entretien avec Kévin Boucaud-Victoire sur Orwell

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TL ORWELL BOUCAUD

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samedi 21 juillet 2018

Adrien Quatennens : "Un discours d'indépendance n'est pas un discours d'isolement"

TL QUATENNENS UE

Alors que les élections européennes n'auront lieu qu'en mars 2019, la France insoumise est déjà vivement critiquée par les autres leaders de gauche pour ses positions souverainistes. Le député insoumis Adrien Quatennens répond aux questions de "Marianne" sur le sujet, et s'explique également sur la stratégie "populiste" de son mouvement.

La bataille des européennes commence déjà, à une année du scrutin. A gauche, les fractures sont profondes sur ce sujet : la France insoumise (FI) propose de renégocier les traités et menace de quitter l’Union européenne (UE) en cas d’échec [1], alors que le Parti socialiste (PS), les écologistes et Génération.s refusent catégoriquement d’envisager un « Frexit ». Invité de Franceinfo le 12 juillet, Benoît Hamon a lancé une charge contre Jean-Luc Mélenchon, jugeant que la stratégie d’opposition à l’Union européenne des Insoumis relevait du « nationalisme de gauche » une tendance qui finirait irrévocablement selon lui « en nationalisme tout court ». L’ex-candidat du PS à la présidentielle a acté un « désaccord stratégique sur la question européenne » entre la France insoumise et son mouvement, Génération.s. Au Parti communiste (PCF) également, les critiques fusent, un cadre du parti ayant par exemple décrit la ligne des Insoumis comme "nationaliste ou chauviniste" au Figaro.

En position de force par rapport aux autres partis de gauche dans les intentions de vote, les Insoumis apparaissent cependant isolés dans leur camp, s’attirant de sévères critiques en raison de leur ligne souverainiste. Le député LFI Adrien Quatennens a répondu aux questions de Marianne – et à ces remises en cause – en marge de l’université d’été du média « Le Vent Se Lève», à laquelle il participait.

Sur la question européenne, la France insoumise propose une stratégie dite du « plan A – plan B » : changer les traités ou quitter l’UE. Cette ligne a été violemment critiquée par Benoît Hamon, et est rejetée par les socialistes et les écologistes. Que leur répondez-vous ?

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Adrien Quatennens : Je rappelle que la stratégie « plan A – plan B » a été pensée dans le cadre d'une conquête du pouvoir national, c'est-à-dire la campagne présidentielle. La campagne des élections européennes ne se jouera pas uniquement sur cet enjeu, mais le débat concernera tout de même la vision européenne en tant que telle, il est donc légitime.

Pour résumer à grands traits ce que nous disons : l'Europe est une réalité géographique, il ne s'agit pas de dire qu'on va décrocher la France du continent et la faire partir ! Nous dénonçons une certaine construction politique, qui donc, par définition, peut être changée : l'Union européenne telle qu'elle fonctionne aujourd'hui. Nous sommes passés d'un idéal de coopération entre les peuples à des traités qui ont été refusés démocratiquement, en violation de la souveraineté populaire. Or cette souveraineté populaire est notre boussole absolue, notre principale motivation d'action. Le cadre des traités de l'UE ne laisse plus de place à une souveraineté pleine et entière des peuples. [2] J'en veux pour preuve la déclaration de Jean-Claude Juncker selon laquelle il ne "peut pas y avoir de démocratie contre les traités européens". Y a-t-il une démocratie possible dans le cadre de ces traités ? Nous pensons qu'elle est très limitée.

Changer l'Europe, c'est une vieille antienne à gauche. Comment la France insoumise compte-elle s'y prendre ?

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On a des pays qui ne sont pas harmonisés socialement, pas harmonisés fiscalement, qu'on a empaquetés dans ces traités et à qui on a dit "battez-vous et que le meilleur gagne", dans le cadre d'une compétition généralisée. Comme la compétition - la concurrence libre et non faussée - se fait notamment sur l'argument du prix, le plus compétitif équivaut presque toujours au moins-disant social et environnemental. Un programme comme le nôtre n'est donc pas compatible avec les traités puisqu'il a des objectifs très ambitieux et très hauts, en matière de planification écologique et de partage des richesses.

A traités constants, on ne peut pas avoir de politique progressiste ambitieuse. A gauche, cela fait trente ans que certains disent "on veut l'Europe sociale, on veut l'Europe environnementale" : c'est de l'incantation. Il s'agit véritablement d'être conséquents dans la manière de faire les choses. La stratégie « plan A – plan B », traduit cela, mais elle est mal comprise. Le plan A, c'est essayer de convaincre par une renégociation l'ensemble de nos partenaires, c'est essayer de faire autrement avec tout le monde, sur un certain nombre de sujets : évasion fiscale, Smic européen, protectionnisme solidaire... Les autres pays de l’UE doivent pouvoir entendre raison, y compris l'Allemagne, qui n'a pas intérêt à ce que la France sorte. Si ce n'est pas le cas, si on doit choisir entre la souveraineté populaire et l'Union européenne à tout prix, on choisira l'application de notre programme avec les pays qui partagent nos objectifs. [3]

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C'est pour cela que l'on construit des alliances à l'échelle européenne (les Insoumis ont créé une alliance qui comprend Podemos en Espagne, le Bloco au Portugal, mais également des formations de gauche au Danemark, en Finlande et en Suède, ndlr) : un des arguments de l'adversaire, qui va devoir travailler un peu car ce n'est pas assez lourd, est de dire "vous êtes seuls, isolés". On veut faire la démonstration qu'un discours d'indépendance n'est pas un discours d'isolement.

Vous êtes isolés au sein de la gauche française, en tout cas. Mais la notion de gauche, qui n’est pas utilisée dans vos discours, veut-elle encore dire quelque chose pour la France insoumise ?

C'est une notion pertinente, au sens où l'on sait ce qu'elle a voulu dire et quel espace elle représente, mais aujourd'hui ce qui nous intéresse n'est pas d'exister au sein d'un espace politique mais de convaincre la majorité pour que nos idées puissent gouverner. Nous sommes ouverts à la discussion avec tout le monde. Contrairement à ce que peuvent percevoir ses potentiels partenaires à gauche, qui la regardent comme un mouvement venu pour les humilier, les écraser, s'exonérer de discuter avec eux, la France insoumise est assise sur un programme et une stratégie et est ouverte à la discussion. Mais notre objectif est de fédérer le peuple, pas de rassembler un camp - la gauche.

Ce dialogue serein a-t-il vraiment lieu ?

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On sait bien comment c'est. J'ai eu un débat au Parlement européen avec Guillaume Balas (proche de Benoît Hamon membre de Génération.s, ndlr) et je me suis rendu compte que vous avez beau essayer de convaincre quelqu'un, s'il a besoin pour exister politiquement de faire la démonstration d'un clivage... Tactiquement, ils ont besoin d'appuyer les désaccords. C'est tout. Mais je ne désespère pas, j'ai confiance en notre capacité à convaincre !

Tout cela donne quand même un drôle de spectacle. Dans les sondages, la gauche est représentée par une addition de formations aux scores très faibles, dont la somme atteint à peine 30% des suffrages potentiels...

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Je suis très lucide sur le paysage à gauche. Quand la gauche atteignait 40-41% dans ce pays, c'était déjà la débandade et on s'inquiétait. Et aujourd'hui elle pèse à peine 30%. Cela pose question, pour toutes et tous. Mais si nous n'avions pas fait la France insoumise, on aurait eu un vrai risque d'un paysage à l'italienne où tout disparaît. Le choix de la FI a permis l'existence d'une opposition populaire, écologiste et humaniste. Ce que j'ai envie de dire au PS, à Génération.s, aux écologistes, c'est que la France insoumise est passée devant la social-démocratie en 2017. Le rapport est de 1 à 3 maintenant. Je ne les contrains à rien, mais il faut peut-être qu'ils s'interrogent eux-mêmes. J'ai un profond respect pour eux dans les discussions ; s'ils sont en désaccord, ils n'ont pas à venir, c'est la noblesse de la politique de respecter les divergences. Nous ne faisons pas de l'unité un objectif en soi. Mais je veux savoir si au moins ils ont compris ce qu'on faisait. Il y en a plein qui ont tellement vécu la FI comme un mouvement qui cherchait juste à les écraser qu'ils n'ont même pas fait l'analyse de notre stratégie. Vu le paysage politique, vaut-il mieux continuer à nous détester et organiser les conditions d'une concurrence où ils pèsent peu, ou travailler en commun sur des bases opérationnelles ?

Votre position sur l'Europe s'apparente à du souverainisme. Peut-on défendre de telles idées à gauche sans subir l'accusation infamante de nationalisme ?

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Evidemment ! Il y a une confusion entre les fins et les moyens. Pour accomplir un programme comme le nôtre, il faut récupérer des leviers, dont nous sommes privés par les traités actuels. Une fois qu'on a récupéré des leviers, il y a la question du projet politique. Certaines forces politiques dans ce pays, très minoritaires comme Les Patriotes ou l'UPR, font exclusivement campagne sur la récupération de leviers face à l'Union européenne, et prônent le Frexit. [4]  A aucun moment ils ne disent quel est leur projet politique une fois les leviers repris. On ne fait pas de la récupération de leviers une fin en soi, mais on en a besoin pour appliquer un programme. Qui peut penser raisonnablement que certains partis qui se revendiquent du nationalisme aujourd'hui poursuivent un objectif humaniste, écologiste et social ? Il suffit de les écouter pour comprendre que ce n'est pas le cas. Mais je n'ai pas de mal à assumer que nous sommes souverainistes, au sens de la souveraineté populaire. C'est le peuple qui doit pouvoir décider, y compris en Europe quand il se prononce et qu'on bafoue son choix, comme on l'a vu en Grèce en 2015. Le mot m'intéresse en vérité moins que le contenu qu'on lui donne.

Un autre mot chargé d'enjeux est celui de "populisme". La France insoumise est souvent décrite comme mettant en œuvre une stratégie populiste. En quoi cela consiste-t-il ?

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Pour nous, le populisme consiste à coller aux intérêts du peuple, ni plus ni moins. Ce mot est souvent dévoyé pour rassembler les "extrêmes" et mettre dans le même panier la France insoumise et l'extrême droite. Il y a de ce point de vue une vraie confusion avec le terme de "démagogie", notamment entretenue dans les médias. On ne théorise pas notre stratégie populiste, mais on assume notre analyse : dans la théorie marxiste, il y avait deux classes, celle de ceux qui détiennent les moyens de production et celle de ceux qui ne les détenant pas n'ont que leur force de travail. Pour nous, aujourd'hui, il y a le 1% des possédants et le 99% de la grande masse du peuple. Il inclut la classe ouvrière, mais ne s'y résume pas.

Mais est-il possible de défendre les intérêts de 99% de la population ?

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Il y a la nécessité de résoudre un certain nombre de contradictions au sein de ces 99%. Comment le faire ? En aidant à déterminer ce qu'est l'intérêt général. On en a un exemple avec la question écologique : que vous soyez cadre supérieur d'une boîte ou en situation de grande précarité, la question du climat fait le lien entre vous. C'est pareil pour les désaccords religieux, dépassés par l'intérêt général humain qui lui ne connaît pas de frontière. Cette manière de voir les choses nous a permis de rompre une barrière, et de permettre à des gens qui se reconnaissent dans nos idées mais pas dans "la gauche" de voter pour nous. Glorifier certains codes ne nous intéresse plus. Nous voulons incarner le grand mouvement de l'intérêt général.

Cependant, lors des débats sur la loi Asile et immigration ou concernant la réforme de la sélection à l'université, on a parfois eu l'impression que la France insoumise renouait avec certains réflexes de la gauche contestataire...

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Ce n'est pas parce que certaines actions ou manières de faire sont associées à une certaine symbolique que nous allons y renoncer. On ne doit pas rompre avec tout, il ne s'agit pas de mettre à la poubelle tout ce qui nous a précédé mais de trouver la bonne recette ici et maintenant. Sur les deux thèmes que vous évoquez, nous avons été clairs et rassembleurs. Concernant l'université, la proportion de jeunes qui s'inscrivent en fac est la même depuis des années, mais le boom démographique du début des années 2000 n'a pas été anticipé. Le gouvernement s'emploie à adapter le nombre d'étudiants au nombre de places disponibles, alors que nous voudrions adapter le nombre de places au nombre d'étudiants. Sur la question migratoire, nous sommes les seuls à insister sur les deux piliers : l'organisation de façon coordonnée de l'accueil de ceux qui se présentent à nos portes, mais aussi l'angle mort des causes : comment faire en sorte que les gens ne soient pas obligés de partir de leur pays.

Quoi qu'il en soit, les "99%" semblent plus divisés sur ces sujets que sur l'écologie...

Sans doute. Notre devoir est de résoudre ces contradictions par l'action politique, par l'argumentation.

Cela peut-il passer par le fait de prendre des positions iconoclastes à gauche ?

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Il ne s'agit pas de dire le contraire de ce que nous voulons faire. Vous ne nous ferez pas dire qu'on doit renoncer à l'accueil des gens qui se présentent à nos portes ! Sur l'Aquarius, la majorité des Français était opposée à l'accueil d'après un sondage (56% de Français estiment que le gouvernement a fait le bon choix en n'offrant pas l'accueil à l'Aquarius d'après un sondage d'Opinionway, ndlr). Mais c'est quoi notre but, toujours coller à la majorité ou faire entendre raison au plus grand nombre ? C'est justement la différence entre démagogie et populisme.

Le discours des partis de gauche a parfois semblé déconnecté des aspirations des personnes issues des classes populaires...

Nous essayons de renouer ce lien. Dans les méthodes d'action, nous ne sommes pas dans une logique où le parti injecte la conscience dans le peuple, comme l'avait théorisé Lénine. Nous considérons que la conscience découle de la détermination d'intérêts communs. Nous essayons de coller aux aspirations du peuple, pas de former une avant-garde révolutionnaire. Il y a une disponibilité dans le pays, notre but est d'accompagner ce mouvement. Quand on parle du dégagisme, ce n'est pas nous qui le faisons émerger : il est là, il est présent dans la société. On tient compte d'un fait pour l'épouser.

Cette volonté d'écoute des aspirations populaires se traduit par l'adoption d'un langage assez dur, voire violent, dans l'opposition à Emmanuel Macron et sa politique...

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Et c'est ainsi que nous sommes considérés comme la première opposition de France dans l'opinion. Une fois que le vote est tranché, la dispute continue. Par ailleurs, la conflictualité crée de la conscience. En réalité, si tous les acteurs politiques se succèdent sur un plateau de télévision à raconter la même chose sur la même tonalité dans la même ambiance climatisée, on va s'endormir très vite, y compris pour des gens qui sont éloignés de la politique. La dispute (pas la violence), la polémique, la mise en scène d'une conflictualité d'idées, permet une meilleure détermination. Mais elle n'est jamais vaine, et assise sur autre chose que sur la crédibilité. Nous assumons les contradictions qu'il y a dans la société, mais nous proposons des contre-solutions crédibles.

https://www.marianne.net/politique/adrien-quatennens-un-discours-d-independance-n-est-pas-un-discours-d-isolement?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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[1] "la France insoumise (FI) propose de renégocier les traités et menace de quitter l’Union européenne (UE) en cas d’échec": ça commence mal: nous avons démontré à plusieurs reprises que le "Plan B" de Mélanchon ne constitue en aucun cas une volonté de quitter l'Union européenne...(voir par exemple nos publications La rupture avec l’UE, oui mais comment ? La France Insoumise ne sait toujours pas... / Assemblée : finalement, Jean-Luc Mélenchon accepterait un drapeau européen... à 29 étoiles  / Jean-Luc Mélenchon : « Je suis un indépendantiste français »  etc.)

[2] "Le cadre des traités de l'UE ne laisse plus de place à une souveraineté pleine et entière des peuples." : ceci laisse entendre qu'à l'origine, la souveraineté des peuples n'était pas menacée; c'est une différence majeure entre la FI et l'UPR: nous expliquons pour notre part que dès le départ, l'objectif délibérément caché aux peuples était d'en finir avec la souveraineté des nations européennes, car tel était l'objectif géopolitique des véritables concepteurs du projet au lendemain de la guerre, les Etats- Unis, ce qu'avaient très bien dénoncé d'ailleurs à l'époque les gaullistes et les communistes...Par ailleurs, l'assertion de Quatennens semble ignorer que la constitution d'un "marché commun" était déjà problématique en terme de souveraineté économique, en tous cas pour une partie de la gauche de l'époque.

[3] "on choisira l'application de notre programme avec les pays qui partagent nos objectifs.": voilà qui laisse supposer que d'autres pays membres de l'UE se laisseraient tenter par l'aventure de la désobéissance mélanchonnienne, mais en admettant que ce soit réaliste, ça ne répond pas à la question: pourquoi rester dans le cadre de l'UE, qui présente une contrainte maximale, alors qu'il serait plus simple d'en sortir? Et au bout du compte, pourquoi vouloir à tout prix un projet alternatif en Europe au détriment d'autres projets possibles de coopération? Le monde est vaste...

[4] "Certaines forces politiques dans ce pays, très minoritaires comme Les Patriotes ou l'UPR, font exclusivement campagne sur la récupération de leviers face à l'Union européenne, et prônent le Frexit." : Quatennens reprochait à ses amis "de gauche" de ne pas avoir analysé la stratégie de la FI, mais il n'a visiblement pas lu le programme de l'UPR. Celui de F. Asselineau pour la Présidentielle est disponible sur notre chaîne You Tube, il fait plus de 5 heures et ne se limite pas à la "triple sortie"... par ailleurs, si nous mettons l'accent sur le FREXIT, c'est parce que sans cet impératif, AUCUN programme autre que celui de la Commission européenne n'est applicable. La stratégie de "désobéissance aux traités" n'a pas de sens selon nous dans la mesure où il existe une porte de sortie juridique des traités: l'article 50 du TUE. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire plus simple? Si M. Quatennens et ses amis sont en manque de "mise en scène de la conflictualité", qu'ils observent ce qu'il se passe à propos du Brexit: même dans un cadre légal respectueux du droit international, les occasions ne manquent pas pour que certains rendent l'affaire très compliquée...   P.G.

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samedi 14 juillet 2018

Que vive la République!

Vidéo

ARCHIVES 2

 Régis Debray et Alain Finkielkraut - La République est-elle en train de mourir?

https://www.youtube.com/watch?v=kQ3pBbMBfV8

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Autour du livre de Régis Debray: Que vive la République!

§ La République, après avoir vaincu l'alliance du Trône et de l'Autel, est menacée par une autre alliance, celle de l'Image (le spectacle) et de l'Argent.

Cette alliance contredit les principes fondamentaux de la République: l'Egalité et la Connaissance (l'Ecole).

§ Primat de l'économique sur le politique. Subordination de la conscience à l'intérêt ou de la Loi au pouvoir de fait= subversion.

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§ La République n'est pas égalitariste: elle entend donner aux inégalités d'autres causes: ne plus les fonder sur l'hérédité ou la fortune mais sur le travail ou le talent ou le mérite. Cela suppose d'abord l'égalité devant la loi, et l'égalité devant le savoir. C'est ce qui rend la République une et indivisible: elle ne l'est plus quand elle devient une oligarchie.

§ Depuis 1984, l'éventail des revenus a augmenté.Si on peut admettre une hiérarchie des revenus de 1 à 5 ou de 1 à 10, une hiérarchie de 1 à 50 met en question le pacte républicain.

§ Pour servir l'intérêt général, il vaut mieux être désintéressé...Ne pas être aimanté, fasciné ou indexé dans la considération publique sur son niveau de revenus. Le service de la République, c'est l'abnégation.

§ L' Image contre la Connaissance.L'image comme facteur de séduction et non d'instruction.

§ La démocratie passe par l'éducation du Peuple. L'école laïque ne donne pas au gens une opinion, mais les moyens d'avoir une opinion: elle développe leurs facultés critiques, l'aptitude à distinguer le vrai d'avec le faux.

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§ Gambetta: "je lis et je vous souhaite d'en faire autant".La République est fondée sur la lecture, sur les journaux d'opinion, et non pas sur le spectacle qui tend à réduire la Culture au divertissement. Il n'y a pas un marché de la connaissance: l'école est gratuite en France quand elle est publique.

§ La République est une culture délibérative: ça consiste à discuter de façon argumentée et rationnelle; la culture de l'image est une culture de révérence: martèlements, vérités assénées, posées de façon dogmatique.

§ La culture de l'image est une culture individualiste. Sur un écran de télévision, il n'y a pas de place pour le Peuple.Le culte de l'image est un culte anti- républicain.

§ L'école enseigne en français, la République est liée à la Nation.L'image est transnationale.

§ Subversion par l'affairisme, l'obsession américaine de l'argent et le culte du vedettariat.

§ Les professeurs et instituteurs font état d'ne concurrence déloyale entre la connaissance et l'image. La civilisation de l'audio- visuel fonctionne au pathos et à la nouveauté constante, à l'éphémère alors qu'eux font référence à l'ancien. Malaise. On leur répond: "votre souffrance est une chimère".

§ L'école veut former l'Homme et le Citoyen (Condorcet, Alain...): le trésor des humanités ne doit pas être réservé à une élite sociale, ni même intellectuelle.

etc.

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Le ton est donné. L'occasion de se pencher sur les fondements de ce régime politique somme toute relativement stable mais si souvent trahi, né dans la douleur et maintenu dans les soubresauts et les incertitudes de l'histoire, avec différentes versions plus ou moins réussies et un avenir incertain dans sa dissolution progressive au sein d'un ensemble supranational, dont les principes sont de plus en plus visiblement contradictoires avec ses idéaux d'origine...A quoi sert la République sans souveraineté? Faut- il reprocher à Macron d'être un monarque comme le font certains (comme si on était encore au temps du Général) ou d'être un pantin au service d'intérêts géopolitiques étrangers et d'une oligarchie financière hostile aux fondements républicains de notre Nation?

P.G.

Identité, narcissisme et le besoin de souveraineté

TL SAPIR GAUCHE IDENTITAIRE

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

La question de l’identité, réduite au narcissisme le plus nu, traverse les foules quand elles ne sont plus citoyennes. Ce constat, je l’écrivais il y a plus de deux ans[1]. Une nouvelle preuve nous est donnée par les dérives de ce que l’on peut appeler la « gauche identitaire » mais aussi de certains « intellectuels ». C’est le fruit amer des dénis de souverainetés successifs que notre pays a connu ces dernières années, dénis qui ont conduit à une remise en cause des fondements de la démocratie c’est à dire la capacité de tous de participer, d’élaborer et de discuter un projet commun. L’éclatement et la fragmentation de la société, processus dont le montée des fanatismes religieux mais aussi des mouvements cherchant à revendiquer à tout prix une « différence » sont des symptômes de la perte de ce sens du bien commun. Il est significatif que ceci ait touché la « gauche », avec l’émergence de la « gauche identitaire », alors qu’elle se caractérisait jusque là par son adhésion à l’universalisme. Mais, ceci ne doit pas faire oublier non plus le développement des formes du fanatisme religieux qui se prétendent, à un titre ou à un autre, des « dépassements » de la Nation et de la Démocratie. Il faut donc identifier avec précision le phénomène si on veut pouvoir y formuler des parades et des réponses.

Qu’appelle-t-on la « gauche identitaire » ?

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Le terme de « gauche identitaire » a été formulé par Alexis Carré dans une récente interview qu’il a donnée au Figaro[2]. Pour lui, cela désigne cette frange militante qui s’inspire des idées développées aux Etats-Unis dans les années 1990. On y trouve tant des militantes d’une féminisme que l’on peut trouver extrémiste que les militants dits « décoloniaux »[3]. Il s’agit d’une reformulation d’un terme que les analyses de Laurent Bouvet avaient mis sur le devant de la scène[4]. Mais, dans ce dernier contexte, le terme de « gauche identitaire » servait plus à désigner des militants de gauche acceptant de parler de la notion d’identité[5].

Dans l’interview d’Alexis Carré, il s’agit donc des militants de cette nouvelle forme d’activisme qui est d’abord apparue sur les campus universitaires américains. Cela a produit une génération de militants qui sont moins préoccupés par l’exercice du pouvoir que par la critique de la domination et la défense (ou plus exactement la pseudo-défense) des minorités dominées. J’y avais été d’ailleurs confronté lors d’une série de conférences donnée, à l’invitation du regretté Moshe Levine, à l’Université de Philadelphie au début des années 1990[6].

Ce mouvement, que l’on peut appeler le «progressisme identitaire» et qui prétend s’inspirer des travaux de Michel Foucaud, a également engendré une stratégie électorale particulière. Celle-ci a été illustrée en France par le fameux rapport Terra Nova de 2011[7]. Dans ce document, Olivier Ferrand, Romain Prudent et Bruno Jeanbart constataient l’érosion du soutien des classes populaires à l’égard du parti socialiste. Le constat était exact, mais les causes de ce désamour n’étaient pas analysées. Car, ce désamour provenait du ralliement progressif de la Social-démocratie, en France comme ailleurs, au néo-libéralisme. Il suffit d’ailleurs de voir les trajectoires hier du PASOK grec, et aujourd’hui du PD italien et du SPD allemand. Il s’aggravait de son comportement particulier qui l’avait conduit à s’opposer à la volonté populaire clairement affirmée dans le référendum de 2005[8], et de sa collusion avec la droite pour faire passer en Congrès à Versailles le Traité de Lisbonne qui reprenait largement le texte rejeté lors du référendum. Les auteurs de ce rapport invitaient donc le PS à se reconstituer une majorité par l’agrégation de segments électoraux minoritaires rassemblés autour de problèmes identitaires et sociétaux (multiculturalisme, mariage homosexuel, droits des femmes etc.) De fait, cela ouvrait aussi la porte à un clientélisme municipal éhonté qui fut analysé dans le premier livre de Céline Pina[9].

Les dangers de cette « gauche identitaire »

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Les dangers de cette prétendue « gauche identitaire » sont évidents, et sont bien analysés par Alexis Carré. Ils l’avaient été avant par Fatiha Agag-Boudjahlat dans son ouvrage Le Grand Détournement dont j’ai rendu compte en novembre 2017[10]. Alexis Carré montre en particulier que les mouvements ou partis progressistes ont, dans les faits, beaucoup soufferts de la présence ou de leur association avec ces nouvelles formes militantes. Ces dernières ont, petit à petit monopolisé l’attention et surtout le thème symbolique de la « contestation ». Ces associations, qu’il s’agisse de certains des « décoloniaux » ou du PIR voire du CCIF[11], dont les aspects néo-racistes du discours ont été établis[12], ont paralysé la capacité à organiser et à participer à des délibérations démocratiques en vue de diriger une véritable action collective. Elles ont construit en réalité une nouvelle forme de segmentation des espaces politiques, qui s’est traduite progressivement en une véritable ségrégation. Or, l’expérience des luttes sociales montre que la segmentation et la ségrégation profite toujours, en dernière analyse, aux dominants et aux forces sociales qui se tiennent du côté des exploiteurs.

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Cette paralysie a donc pris plusieurs formes, correspondant à des « stades » dans la progression de cette « gauche identitaire ». Dans un premier temps, comme le fait remarquer Alexis Carré « ces mouvements n’ont accordé leur soutien aux partis traditionnels qu’en échange de mesures dont leurs adversaires conservateurs ne pouvaient accepter l’application sans se couper de leur base ». De fait, si le point de départ de certaines mesures peut être juste (par exemple dans la revendication de droits démocratiques), elles dérivent rapidement vers des mesures bien plus contestables (le trop fameux « droit à l’enfant » opposé aux droits de l’enfant) voire condamnables (comme la GPA qui fait de l’humain une marchandise). Dans les pays où de tels compromis ont été passés apparaissent alors de nouvelles formations et un nouveau personnel politique qui cristallise l’opposition à ces réformes. Ce phénomène de bipolarisation fait alors disparaître les problèmes réels qui sont ceux du chômage, de la ségrégation sociale et territoriale. Ces problèmes ne trouvent plus dans la « gauche institutionnelle » les porteurs d’une contestation. Les populations concernées accélèrent alors leur désamour vis-à-vis des partis traditionnels et se tournent vers des partis qualifiés de « populistes », qu’ils soient de gauche ou de droite. On en voit un exemple parfait dans l’Italie actuelle, ou la « gauche » se trouve dévalorisée et réduite à une position qui consiste à taxer de « fascistes » ces dits mouvements, sans comprendre pourquoi ils l’ont supplanté.

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Pour Alexis Carré, ceci fut aggravé par « le langage accusateur et agressif, essentiellement anti-pluraliste, dans lequel étaient exprimées les revendications progressistes ». Il faut ici faire une mise au point. Si certaines des revendications portées par cette « gauche identitaire » sont effectivement progressistes, une autre partie, et qui tend à devenir majoritaire, est en réalité régressive, quand elle n’est pas extraordinairement réactionnaire. Si cette rhétorique a garanti aux tenants de la gauche identitaire bien des succès d’opinion auprès d’une partie de la population qui était plutôt urbaine, diplômée et cosmopolite, elle a rendu impossible à ceux qui étaient exclus (les déclassés et les ruraux) d’envisager avec elle une action, des intérêts ou un destin communs. De fait, l’action et la rhétorique de la gauche identitaire constituent fondamentalement une antipolitique qui divise au lieu d’unir. Mais, cette antipolitique ne tombe pas du ciel. Elle découle de la substitution de la morale au politique qui caractérise nos sociétés en proie au néo-libéralisme[13]. En fait, il vaudrait mieux parler d’une « pseudo-morale », d’une idéologie donc, qui ne recouvre à peine que l’expression la plus crue des intérêts des puissants. Et qui dit idéologie dit aussi les idéologues du pouvoir qui s’entendent à diffuser cette pseudo-pensée.

Le populisme est-il une réponse à cette « gauche identitaire » ?

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Michel Wieviorka, dans une interview donnée au journal Avanguardia et reproduite sur son carnet de recherches (ce qui ne lui a pas attiré les même foudres que moi pour avoir fait la même chose comme il convient de le souligner) présente alors ce qu’il prétend être un « constat » : « Ces forces populistes, nationalistes ou d’extrême-droite trouvent une bonne partie de leur clientèle électorale dans des secteurs que l’ouverture économique au monde contribue à décomposer ou à affaiblir, ou qu’elle inquiète confusément : ouvriers dont les usines ont fermé les unes après les autres, couches moyennes en chute sociale, et découvrant que les enfants vivront moins bien que les parents, jeunes pour qui l’accès aux études risque d‘être fermé, etc. Elles détestent les élites, qu’elles associent aux images de la globalisation, et sont convaincues que les migrants sont source de leur malheur; elles transforment leurs peurs et leurs difficultés économiques en hantise pour leur identité culturelle. Et leur poids politique est considérable. On leur doit le Brexit, la présidence de Trump, avec son hostilité aux migrants et la taxation de certaines importations, et divers régimes liés à l’extrême-droite en Europe centrale et, désormais en Italie.[14] »

Il identifie bien les catégories qui sont frappées par le choc de la mondialisation et qui se révoltent. Mais, si ces catégories détestent les élites, elles ne font pas des « migrants » la seule source de leur malheur. Par contre, elles associent bien le phénomène des migrations de masse à la mondialisation qu’elles rejettent. L’incapacité de Michel Wieviorka à comprendre que les « migrants » ne sont en tant que phénomène de masse qu’une main-d’œuvre à bas coûts, taillable et corvéable à merci que les élites mondialisées cherchent à importer dans leurs pays est frappante[15].

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Jean-Luc Mélenchon, lui, l’a compris, qui, dans la plate-forme électorale de la France Insoumise, a fait écrire : « Émigrer est toujours une souffrance pour celui qui part, (…). La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Pour cela, le candidat propose rien de moins qu’« arrêter les guerres, les accords commerciaux qui détruisent les économies locales, et affronter le changement climatique »[16].

En associant « populisme » et « nationalisme » à « extrême-droite », de plus Michel Wieviorka fait une faute, qui ne peut être attribuée à l’ignorance. Les travaux d’Ernesto Laclau ont montré les racines d’un populisme de gauche, qui s’appuie aussi sur la question nationale[17]. Que le populisme soit par ailleurs complexe, et puisse sous certaines formes, dériver vers des structures très autoritaires, est une évidence[18]. Mais, cela ne peut suffire à la classer à l’extrême-droite. On ne veut pas croire que ce grand sociologue ait oublié ce que Max Weber écrivait[19]. Faut-il qu’il soit bien aveuglé par l’idéologie et le fanatisme dans un combat politique douteux pour qu’il méprise ce que toute une tradition de la sociologie (et de la sociologie politique en particulier) avait établi.

Mais, il n’est pas le seul à sombrer dans le fanatisme. Il faut maintenant étudier la question des mouvements identitaires religieux.

L’identitarisme religieux, autre face de la gauche identitaire

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Car, Alexis Carré, et on peut le regretter, ne pousse pas son raisonnement jusqu’au bout de sa logique. La revendication des « identités » peut aussi avoir une autre forme, dont les conséquences aboutissent à mettre en cause tout aussi radicalement l’idéal républicain et démocratique. Et, cette limite dans son raisonnement vient du fait qu’il méconnait ou minimise la dimension narcissique dans la revendication identitaire.

Ainsi, les jeunes qui se tournent vers la religion, et pour certains vers un fanatisme monstrueux et criminel, révèlent en réalité une montée de ces affirmations identitaires et narcissiques. Au « nous » qui était proposé par la République, mais qui perd progressivement de sa crédibilité car la République n’est plus souveraine et la souveraineté du peuple ouvertement bafouée, se substitue tout d’abord le « je ». Mais, devant la vacuité de ce « je », devant aussi son impuissance, on cherche à reconstruire un « nous », mais un « nous » particulier, excluant les autres. On se cherche alors des traits communs au plus proche, et très souvent dans l’apparence. L’affirmation identitaire et narcissique fait ici le lit du fondamentalisme. Ainsi, derrière l’apparence d’une montée de la religiosité, c’est en réalité à une montée des affirmations identitaires et narcissiques que l’on assiste. Car, la connaissance des textes, des exégèses, est ici réduite au plus simple appareil d’une lecture littérale. Les crispations autour des tabous alimentaires et vestimentaires, sur les signes extérieurs (comme la question du voile chez les musulmans) ont avant tout pour but d’identifier brutalement un groupe pour que ce dernier puisse se constituer en une communauté. Cette affirmation sert aussi à le séparer du reste de la population et à l’enfermer sur des références mythifiées pour le plus grand profit de quelques uns.

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Ces pratiques, qui produisent naturellement des mouvements de réactions, font en réalité progresser la division des individus entre eux au lieu d’y mettre fin. Dans la quête de la pureté, et toute religion distingue le « pur » de « l’impur », il ne peut y avoir de mouvement collectif, si ce n’est celui de petites communautés en proie aux réactions violentes d’autres communautés. On croit ainsi se protéger de l’anomie et l’on s’y précipite tête baissée.

C’est donc à une course non vers l’autre mais à la revendication de soi que l’on assiste. Et l’on comprend bien que, dans cette course effrénée, les principes eux-mêmes sont manipulés, instrumentalisés, sacrifiés et perdus. Les fameuses « réformes sociétales », aujourd’hui promues au rang de substitut des réformes sociales par ceux-là mêmes qui ne font que pousser à la roue du « froid paiement au comptant » et de l’idéologie de marché[20], se font alors que dans la société un certain nombre de droits fondamentaux régressent. Le narcissisme forcené se révèle à chaque étape de ce que l’on veut nous présenter comme une lutte émancipatrice et qui n’est qu’une parade des intérêts individuels de certains. Ce n’est donc pas dans la parade des identités camouflée sous le masque du religieux (ou d’un athéisme militant), que l’on trouvera un principe permettant à des populations de faire cause commune; bien au contraire.

De fait, la forme politique de revendication du narcissisme identitaire n’est autre que l’acceptation d’une société anomique. Il faut donc reprendre les notions et les concepts que prétendent utiliser ceux qui se font les fourriers de cette anti-société.

L’imaginaire d’une société divisée

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Ceci implique de revenir sur la nature de la société que nous préparent, et pour certains nous promettent, les tenants de ces divisions et de ce « multiculturalisme » qui s’oppose en fait à la constitution d’une culture réellement nationale[21].

Il convient, tout d’abord, de revenir sur les notions d’Ethnie et de tribu, notions dont même la publicité s’est emparée. « Rejoignez votre tribu » disait une publicité des années 1990 pour un ancêtre du SMS et des réseaux sociaux, reprise maintes fois aujourd’hui.

Ce ne sont pas des faits « objectifs » qui amènent à la constitution d’une Ethnie, d’une Tribu ou d’un Peuple comme on le croit bien souvent mais des principes politiques. Ceci a été montré par un grand anthropologue, Maurice Godelier, dans son étude sur les Baruya[22]. Il insiste sur l’origine historique des clans et des ethnies. La définition ethnique n’est pas la solution à la constitution de la société : «L’ethnie constitue un cadre général d’organisation de la société, le domaine des principes, mais la mise en acte de ces principes se fait dans une forme sociale qu’on reproduit et qui vous reproduit, qui est la forme tribale »[23]. La distinction entre « tribu » et « ethnie » est essentielle si l’on veut comprendre comment se constituent les peuples. Avec la tribu nous sommes de plein pied dans des formes politiques d’organisation de la société. Et il faut rappeler l’étymologie du mot « tribun », un mot qui de nos jours désigne une personne douée pour les discours politiques, mais qui renvoyait autrefois à une réalité plus complexe. Ce mot renvoie en effet, dans la Rome républicaine, à la division politique de la société en « tribus »[24]. Or, ces « tribus » renvoient elles-mêmes plus à des divisions sociales qu’ethniques ou territoriales : la plèbe contre les patriciens.

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Il faut cependant faire une distinction nécessaire entre l’imaginaire et le symbolique pour ce qui est la constitution historique de ce corps social. Dans le domaine du symbolique, il apparaît l’importance de la part du dit corps dans la constitution de ce sujet social et sur la distinction entre les choses que l’on vend, les choses que l’on donne et celles qu’il ne faut ni vendre ni donner mais transmettre. On retrouve ici l’importance des règles, qu’elles soient explicites ou implicites, et qu’elles soient ou non adossées à un tabou. Si les règles symboliques, du fait de l’importance qui leur est conférée, ont bien un effet objectif (nul ne peut s’abstraire sans conséquences des liens familiaux particuliers ni rompre un tabou) leur origine est purement sociale (établir une domination ou organiser des formes de coopération). Le processus d’autonomisation par rapport aux conditions d’émergence et de production est bien de l’ordre du réel, et la situation créée par l’existence d’un mode symbolique en surplomb du monde réel constitue bien une contrainte pour la totalité des acteurs. Pourtant, cela n’empêche pas qu’historiquement, ce qui prime est le processus d’engendrement et de production de ces mêmes règles sociales. La vie en société est donc en réalité antérieure à la construction de l’ethnie. L’ethnie est une construction sociale[25] et non une réalité biologique, et il s’agit parfois d’un mythe discursif utilisé pour séparer une population d’une autre. C’est dans ce sens d’ailleurs que le terme ethnie est utilisé par les racistes de tout poil…

Retour à la question politique

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On voit ce qui est en jeu, tant dans les pratiques et le discours de la « gauche identitaire » tout comme dans les pratiques et les discours des autres identitaires ou des séparatistes religieux : c’est l’imposition d’une société divisée, obéissant à des règles morales, dont la contestation deviendrait dès lors impossible car relevant de la représentation du bien et du mal imposée aux individus par ces idéologies. On peut le constater avec la dernière décision du Conseil Constitutionnel[26]. Cette décision est scandaleuse car elle fait entrer un principe directement, sans médiation, dans le corps de la loi. La fraternité, principe fondateur de la République, ne peut être présentée sans médiations. Ainsi, la liberté, autre principe fondateur, est toujours accompagnée de médiations diverses qui permettent au Droit de s’en saisir. La plus célèbre d’entres elles étant bien entendu que la liberté individuelle s’arrête ou commence celle d’autrui. A vouloir établir la fraternité en principe non intermédié, le Conseil Constitutionnel risque de se trouver devant le cas suivant : une personne offre un logement gratuitement à des individus, exprimant ainsi sa fraternité ; ces individus commettent un crime dont la personne les logeant a connaissance ; cet individu ne pourrait donc être poursuivi. Tel est le risque de résultat paradoxal que le Conseil Constitutionnel a pris en faisant de la « morale » là ou on ne lui demandait de faire que du Droit. Et, cette évolution, quoi que typique de l’évolution de notre société, pose le problème de la légitimité du Conseil Constitutionnel[27]. Dans une telle société, la politique n’a plus sa place, et donc, naturellement, la souveraineté n’est plus nécessaire.

La souveraineté donc ; on a commencé par cela et c’est par cela que l’on finit. Une société privée de la souveraineté dépérit en tant que société. Dépérissant en tant que société, elle condamne les individus qui y vivent à la misère la plus atroce. Elle n’est plus capable de construire des « buts communs », ces « buts » qui ne préexistent pas aux êtres humains mais qui se définissent au travers des conflits sociaux, dans des débats sociaux, débats auxquels il convient d’associer tous les membres responsables de cette société. C’est ici que la Démocratie s’affirme comme un bien précieux. Mais, cette Démocratie ne saurait exister sans la souveraineté ni sans les frontières. Cela fut réaffirmé dans le droit de la Révolution française[28]. Un espace démocratique implique en effet que soit précisé qui et « dedans » et qui en est « dehors ».

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Cette question est trop souvent ignorée. L’existence d’une Démocratie implique les frontières pour que le corps politique souverain puisse fonctionner sans risque de dilution qu’il ne contrôlerait pas. Cela implique que puisse se constituer cette culture politique commune sans laquelle le débat ne peut fonctionner. Car, la culture fonctionne comme un langage ; c’est elle qui nous fait comprendre quand un locuteur dit une chose quelle est cette chose. Et, point encore plus important, qui nous permet de décrypter le non-dit des acteurs, de ne pas avoir besoin de communication explicite pour nous comprendre dans un certain nombre de cas. C’est aussi pour cela que le multiculturalisme, opposé à la pluralité des cultures d’origine, est un poison pour la démocratie. Quelles que soient nos cultures d’origines, avec lesquelles nous entretenons des liens d’ailleurs plus ou moins forts, il ne peut exister qu’une culture politique dans un pays donné.

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Il faut donc ici affirmer que l’enjeu du combat est essentiel : la survie de la démocratie dans un cadre souverain. Mais, ce combat peut passer par la réappropriation de formes dites « populistes ». A un espace segmenté et fragmenté par de petites communautés en conflit les unes avec les autres, ce que fut le système féodal au tant de la micro-seigneurie, le populisme oppose la constitution raisonnée de but communs capables d’unifier cet espace. C’est pourquoi on est en droit de considérer les formulations à l’emporte-pièce qui prétendent établir une identité entre extrême-droite et populisme comme une forme particulièrement pernicieuse de mensonge politique.

Revenons un instant sur la question du narcissisme. Il est fondamentalement un symptôme d’une société que se défait. Mais, il peut être aussi un facteur agissant de ce processus de destruction. C’est pourquoi, tout ce qui l’encourage est à proscrire. Au-delà, la « stigmatisation » du populisme par certains révèle une dangereuse complaisance envers les formes les plus mortifères de ce narcissisme. Cette complaisance peut être perçue comme un encouragement aux forces qui cherchent à défaire aujourd’hui la société.

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Contre ces forces, il faut « faire de la politique » et ne pas se placer sur le terrain de la morale, ce qui reviendrait à reconnaître leur victoire. Faire de la politique implique chercher à convaincre, passer des accords, autour de buts communs. Mais, la définition de ces derniers relève, elle, du politique, autrement dit de l’affrontement entre « eux et nous », qui implique une définition précise tant du « eux » que du « nous ». On peut considérer que font partie du « eux » tous ceux qui nient la souveraineté, qu’ils soient acteurs, théoriciens ou idéologues. Cela définit alors dans le « nous », tous ceux qui se fondent sur cette notion si importante de la souveraineté.

 

Notes

[1] Sapir J, Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

[2] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/07/03/31002-20180703ARTFIG00205-comment-le-langage-de-la-gauche-identitaire-detruit-le-bien-commun.php

[3] Voir Verschuur C. et Destremau B., « Féminismes décoloniaux, genre et développement: Histoire et récits des mouvements de femmes et des féminismes aux Suds » in Revue Tiers Monde, 2012/1, n°209, pp. 7-18.

[4] Bouvet L., L’Insécurité culturelle : sortir du malaise identitaire français, Paris, Fayard, 2015.

[5] http://www.liberation.fr/france/2015/02/06/la-gauche-identitaire_1197259

[6] Je me souviens ainsi qu’à la fin de ma quatrième conférence destinée à des étudiants en Master2 et en thèse, l’un d’entre eux s’était levé pour me demander combien d’étudiants LGBT assistaient à mes cours à Paris. Je lui avais répondu que je ne savais pas, n’étant pas d’usage à ce que l’on demande aux étudiants leur orientation sexuelle, ni d’ailleurs à ce que les étudiants en fassent mention dans le cadre universitaire. La réaction outragée de l’étudiant nous avait beaucoup amusée Moshe Levine et moi….

[7] http://tnova.fr/rapports/gauche-quelle-majorite-electorale-pour-2012

[8] Voir Sapir J., Le fin de l’Eurolibéralisme, Paris, Le Seuil, 2006.

[9] Pina C., Silence Coupable, paris, Editions Kero, 2016. J’en ai rendu compte sur mon carnet RussEurope à l’époque : https://russeurope.hypotheses.org/4909

[10] Voir Agag-Boudjahlat, Fatiha, Le grand retournement, Paris, Le Cerf, 2017, et la recension : https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-detournement-de-sens-par-jacques-sapir/

[11] https://jean-jaures.org/nos-productions/radiographie-de-la-mouvance-decoloniale-entre-influence-culturelle-et-tentations

[12] https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/261117/thomas-guenole-denonce-le-racisme-de-houria-bouteldja-et-du-pir , https://www.marianne.net/societe/interdit-aux-blancs-le-camp-d-ete-decolonial-remet-ca , http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/08/10/31003-20170810ARTFIG00080-un-camp-decolonial-interdit-aux-blancs-se-tient-a-nouveau-dans-l-indifference-generale.php

[13] Bellamy R., « Dirty Hands and Clean Gloves: Liberal Ideals and Real Politics », European Journal of Political Thought, Vol. 9, No. 4, pp. 412–430, 2010

[14] https://wieviorka.hypotheses.org/912

[15] Voir à ce sujet l’interview donnée par Diego Fusaro dans Le Figaro, http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/06/15/31001-20180615ARTFIG00394-entretien-avec-diego-fusaro-l-homme-qui-murmure-a-l-oreille-de-di-maio-et-salvini.php

[16] https://avenirencommun.fr/app/uploads/2017/03/Livret-migrations_vdef.pdf

[17] Laclau E., Politics and ideology in Marxist theory : capitalism, fascism, populism, Londres, LNB, 1977. Idem, La raison populiste, Paris, Le Seuil, 2008.

[18] Meny Y. et Surel Y., “The constitutive ambiguity of populism”, in Yves Meny et Yves Surel Democracies and the Populist Challenge, Londres, Palgrave, 2002.

[19] Et en particulier dans Weber M., Économie et société. Les catégories de la sociologie, Paris, Plon, [1921] 1995. Les notions de pouvoir charismatique et de patrimonialisme sont traitée aux pages 285-336

[20] Comme par exemple la Fondation Terra Nova

[21] https://russeurope.hypotheses.org/4960

[22] Godelier M., « Ethnie-tribu-nation chez les Baruya de Nouvelle-Guinée», in Journal de la Société des océanistes, N°81, Tome 41, 1985. pp. 159-168. Idem, La production des grands hommes : pouvoir et domination masculine chez les Baruya de Nouvelle-Guinée, Paris, Fayard, 1982.

[23] Godelier M., « Ethnie-tribu-nation chez les Baruya de Nouvelle-Guinée», op.cit., p. 163.

[24] Lanfranchi T., Les tribuns de la plèbe et la formation de la République romaine : 494-287 avant J.-C., Rome, École française de Rome, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome » (no 368), 2015, 822 p.

[25] Isajiw W.W., « Definition of Ethnicity » in Goldstein J.E. et R. Bienvenue (edit.), Ethicity and Ethnic relations in Canada, Butterworths, Toronto, 1980, pp. 1-11.

[26] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/07/07/31003-20180707ARTFIG00103-migrants-le-conseil-constitutionnel-en-guerre-contre-la-souverainete-populaire.php

[27] Favoreu L., « La légitimité du juge constitutionnel » in Revue internationale de droit comparé, 1994, Vol : 46-2 pp. 557-581

[28] Carré de Malberg écrit que L’apport majeur de la Révolution française, est d’avoir consacré le principe de la souveraineté nationale. CARRÉ DE MALBERG R., Contribution à la théorie générale de l’État, 2tomes, Paris, 1920 et 1922, Librairie du Recueil Sirey (réimprimé par les éditions du CNRS en 1962) ; voir aussi Maulin E., « Carré de Malberg et le droit constitutionnel de la Révolution française », in Annales historiques de la Révolution française, n° 328 | avril-juin 2002, p. 5-25.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-identite-narcissisme-et-le-besoin-de-souverainete-par-jacques-sapir/

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Une illustration de cette "gauche identitaire" dans cet enregistrement où François Asselineau est vivement interpelé par une "politologue":

France Maghreb 2 - Le Grand Forum le 11/07/18 : Fatima Ouassak, Nadir Kahia et François Asselineau

FRANCE MAGHREB 2

https://www.youtube.com/watch?v=2QdKerEwlDg

P.G.

vendredi 13 juillet 2018

«Le politiquement correct se radicalise au rythme où la société diversitaire se décompose»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Dans une charge contre le multiculturalisme et le politiquement correct, le sociologue québécois puise dans l'actualité récente des exemples éloquents : suppression du mot «race» de la Constitution, passages piétons aux couleurs de la gay pride à Paris... Un entretien sans concession.


Mathieu Bock-Côté est sociologue et chargé de cours à HEC Montréal. Il a publié Le Multiculturalisme comme religion politique (Éditions du Cerf, 2016).


FIGAROVOX.- Sur fond de moralisation de la question migratoire et de radicalisation féministe, les députés ont voté en commission le retrait du terme «race» de l'article 1er de la Constitution et y ont également introduit l'interdiction de «distinction de sexe». Que cela vous inspire-t-il?

Mathieu BOCK-CÔTÉ.- Cela faisait un bon moment que la proposition d'un retrait du terme «race» de la Constitution traînait dans le paysage politique. On rappelle avec raison que François Hollande en avait fait la promesse lors de l'élection présidentielle de 2012. Le raisonnement est le suivant: si les races n'existent pas, comme on le dit aujourd'hui, pourquoi les mentionner? Ils y voient l'aboutissement constitutionnel d'un antiracisme authentique. Pourquoi pas?

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Mais il y a néanmoins un paradoxe étonnant sur lequel on doit se pencher: c'est au moment où on veut bannir le mot race que la question raciale resurgit au cœur de la vie politique, à travers l'action des groupuscules identitaires d'extrême-gauche, dont les Indigènes de la République sont emblématiques. La mouvance indigéniste entend achever la décolonisation en dénationalisant la France, ce qui implique à la fois sa soumission et sa conversion à un multiculturalisme qui veut non seulement réintroduire la race dans le débat public, mais qui veut en faire la catégorie fondatrice de la citoyenneté et de la représentation. Elle pousse à une racialisation des appartenances qui accule ensuite au séparatisme racial revendiqué, comme on le voit avec la multiplication des «rencontres non-mixtes pour personnes racisées» dans le milieu universitaire, pour emprunter les termes de la novlangue diversitaire. En fait, si on se penche un peu sur les textes de référence de cette mouvance, on constate qu'elle cultive un racisme antiblanc décomplexé. S'il y a une tentation raciste en France, elle vient de là. La mouvance indigéniste excite le repli communautariste et cherche à fissurer le noyau intime de la nation. Mais cela ne semble pas troubler exagérément les grands médias, qui accueillent les représentants de cette mouvance à la manière de grands démocrates. La haine raciale est officiellement proscrite, sauf lorsqu'elle vise ceux qu'on nous invite à appeler les «Blancs» parce qu'il s'agirait simplement d'une critique des «dominants» par les «racisés». La mauvaise conscience occidentale a de l'avenir.

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Qu'on me permette un mot sur cette sociologie racialiste qui s'impose de plus en plus dans l'université. Faut-il mettre le Français, l'Allemand, l'Écossais, l'Anglais, le Russe, le Letton, le Québécois et le Néerlandais dans la même catégorie parce qu'ils sont «Blancs»? Faut-il faire de même avec le Malien, l'Haïtien, le Kenyan et l'Afro-Américain parce qu'ils sont «Noirs»? Cette racialisation débile des appartenances est incroyablement régressive: elle pousse à l'abolition de l'histoire et de la culture pour naturaliser les groupes humains en grandes catégories zoologiques. Mais puisque cette proposition vient de la gauche, ou du moins, d'une certaine frange de la gauche radicale, on l'accueille favorablement, ou du moins, sans trop la condamner.

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Alors devant cela, je me demande quel est le sens de ce vote des députés, qui me semblent incroyablement détachés du réel politique, auquel ils devraient pourtant porter attention. Que pensent les députés qui se sont ralliés à cet amendement de cette effrayante racialisation des appartenances?

Ce progressisme langagier peut-il vraiment réduire ou corriger les injustices et les inégalités?

Allons-y d'une évidence: le langage évolue, et d'une époque à une autre, il y a une forme de tri naturel qui n'est rien d'autre qu'un mouvement de civilisation des mœurs. Dans notre monde, on ne dit plus nègre, on ne dit plus rital, on ne dit plus youpin, et globalement, c'est très bien. L'histoire de la politesse nous rappelle que ce qui peut se dire ou ne pas se dire d'une époque à l'autre varie et on peut se réjouir que certaines insultes hier prisées méritent aujourd'hui à ceux qui les emploient une très mauvaise réputation. Il arrive aussi que ce souci de «politesse» bascule dans l'euphémisation du réel, lorsque le sourd devient le malentendant ou l'aveugle, le non-voyant. On ne sait pas trop ce qu'on gagne à parler ainsi, sinon à déréaliser le langage et à l'enfermer dans un univers autoréférentiel.

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Mais ce n'est plus de cela dont il s'agit ici dans cette orwellisation du langage qui caractérise aujourd'hui la langue médiatique. Souvent, il s'agit de masquer le réel, tout simplement, comme c'est le cas avec la référence obsédante au vivre-ensemble, au moment même où la société se décompose et s'effiloche. Il peut aussi inverser le sens du réel. Il faudrait se souvenir de Jacqui Smith, l'ancienne ministre de l'intérieur britannique, qui en 2008, avait affirmé qu'il fallait parler non plus d'attentats islamistes, mais anti-islamiques, parce qu'ils seraient contraires à la vocation naturellement pacifique de l'islam. De la même manière, quand un homme comme Jacques Toubon joue avec les chiffres et les définitions pour laisser croire que l'immigration massive n'a pas eu lieu en France depuis 40 ans, comme on l'a vu récemment, il s'engage dans un travail de falsification de la réalité qui pousse le commun des mortels à croire que les autorités cherchent moins aujourd'hui à agir sur le réel qu'à le dissimuler. Cette idéologisation du langage devrait nous pousser à relire Milosz et Koestler, qui ont consacré des pages lumineuses à l'aveuglement idéologique.

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La guerre culturelle, qui s'est substituée à la lutte des classes, est d'abord une bataille pour déterminer la signification de notre univers symbolique et pour transformer les codes et repères qui constituent le monde commun. On veut déterminer les paramètres de la perception commune et décider quels phénomènes sociaux ou aura le droit de voir ou non. Comment se représente-t-on la société? Comment a-t-on le droit de la représenter? En fait, le politiquement correct est un dispositif inhibiteur installé au cœur de l'espace public qui a pour fonction de refouler dans ses marges ceux qui affichent leur dissidence avec l'orthodoxie diversitaire. Et le politiquement correct se radicalise au rythme où la société diversitaire se décompose, comme s'il fallait à tout prix empêcher qu'on en tienne compte. De ce point de vue, le multiculturalisme est un régime idéocratique et autoritaire.

Je vous donne un exemple: on parle beaucoup, depuis quelques années, d'une «libération de la parole xénophobe» et il est bien vu de s'en inquiéter. Il y aurait même une montée de l'intolérance en Europe, et la démocratie serait mise en péril par la tentation du repli identitaire - on connaît ce lexique. Mais on peut voir les choses autrement: depuis une quarantaine d'années, on a assisté à la criminalisation progressive du sentiment national, au point où même la forme la plus bénigne de patriotisme a été assimilée à une inquiétante dérive nationaliste. À travers cela, c'est le besoin d'enracinement qu'on a moralement disqualifié. Il n'est plus légitime, pour un peuple, de vouloir assurer sa continuité historique ou de défendre ses frontières devant l'immigration massive sans qu'on présente de telles aspirations comme autant de symptômes de la progression de l'extrême-droite dans la vie publique.

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Alors s'agit-il vraiment d'une libération de la parole xénophobe, ou du simple éclatement d'une digue idéologique et médiatique qui censurait le sentiment national? S'agit-il d'un retour du racisme 70 ans après la deuxième guerre mondiale ou d'un refus enfin affirmé de xénophobiser tout ce qui relève de près ou de loin de la nation? À tout le moins, on comprend que toute bataille politique suppose une bataille pour définir la réalité, mais celle-ci n'est pas infiniment malléable et elle finit par regagner ses droits, que nous la regardions en face ou non.

Plus anecdotique, Anne Hidalgo a décidé d'installer de manière permanente des passages piétons LGBT après qu'un passage piéton «arc-en-ciel» a été recouvert d'insultes homophobes. Dans le même temps, l'Assemblée nationale est pour la première fois pavoisée aux couleurs LGBT. Cette politique en direction des minorités, sous prétexte de lutte contre les discriminations, ne trahit-elle pas finalement l'idéal égalitaire et anti-communautaire républicain?

Je ne suis pas certain que cela soit si anecdotique. Ces insultes contre les homosexuels sont inadmissibles, évidemment, et il est bien qu'on le dise, qu'on le répète, même. Ils relèvent d'une bêtise crasse, abjecte et militante qui devrait avoir honte d'elle-même.

Mais on voit ici comment le politiquement correct récupère ces insultes pour les instrumentaliser: on cherche ainsi à faire croire qu'elles seraient symptomatiques d'une renaissance du démon de l'homophobie qui hanterait la France. Il faudrait urgemment se mobiliser contre lui pour le chasser de la cité. Cela correspond à la sociologie diversitaire qui soutient que les sociétés occidentales se définiraient aujourd'hui essentiellement par une structure patriarcale, homophobe, raciste et sexiste qu'il faudrait faire tomber urgemment. Pouvons-nous raison garder? On constate ici que le système médiatique est prêt à récupérer n'importe quel événement pour maintenir en vie ce grand récit de l'hostilité occidentale à la différence.

Et cela peut aller plus loin. Si la France suit la pente nord-américaine, c'est au nom de la lutte contre l'homophobie, et demain, contre la transphobie, qu'on voudra de nouveau la convertir à la théorie du genre ou qu'on militera pour la reconnaissance d'un troisième sexe normalisé dans les formulaires administratifs, et cela, pour en finir avec la représentation binaire de la différence sexuelle. Et comme on doit s'y attendre, à ce moment, ceux qui ne participeront pas aux applaudissements obligatoires seront rangés dans le camp des réactionnaires. Cela devrait nous amener à réfléchir à la «lutte contre les discriminations», à laquelle en appellent tous les politiques, sans prendre la peine de réfléchir au cadre théorique dans lequel elle s'inscrit et qui la justifie. La moindre différence est désormais pensée comme une discrimination illégitime à combattre.

Autre chose. Il faudrait se questionner sur ce qui, dans le logiciel médiatique, permet de transformer un fait divers en fait politique. Ces insultes sont comprises comme un événement politique exigeant une réponse politique. Mais quelle est la matrice idéologique qui transforme les faits divers en faits politiques, et comment fonctionne-t-elle? Pourquoi, par exemple, le scandale de Telford est-il traité comme un fait divers n'ayant aucune signification particulière? Pourquoi avons-nous parlé avec tant de pudeur des agressions sexuelles à grande échelle de Cologne? Pourquoi la hausse de l'insécurité causée par l'immigration massive est-elle tue, ou même niée, au point même où ceux qui en font mention passent pour des agitateurs racistes et des prêcheurs de haine?

En fait, tout ce qui remet en question la grandeur de la société diversitaire est abordé avec une gêne extrême: on craint que si l'information se rend au peuple, ce dernier n'en tire des conclusions indésirables. Alors on ira même jusqu'à criminaliser les porteurs de mauvaises nouvelles, comme on le voit avec les procès idéologiques à répétition, qu'ont subi bien des intellectuels et journalistes français ces dernières années.

De manière plus large, est-on en train d'assister en France à un nouveau tournant politiquement correct? Régis Debray a-t-il raison de parler d'américanisation de l'Europe?

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Je ne suis pas particulièrement porté à l'anti-américanisme mais je constate qu'il est aujourd'hui nécessaire de critiquer une nouvelle forme d'impérialisme idéologique qui vient d'Amérique et qui pousse chaque nation à la déculturation. Ce n'est pas être anti-américain que de ne pas vouloir devenir américain et de ne pas vouloir plaquer sur la France des catégories historiques et sociologiques qui n'ont rien à voir avec elle. Pour parler du politiquement correct, on pourrait peut-être même parler, pour s'inscrire dans l'histoire culturelle américaine, d'une forme de puritanisme idéologique, qui consiste à vouloir purger une société de toutes ses aspérités culturelles et symboliques, pour les rendre conformes au dogme diversitaire. Il faut refouler les mauvais sentiments que nous inspire la postmodernité et envoyer sans cesse à ses contemporains des signes ostentatoires de vertu, pour emprunter la formule de Vincent Trémolet de Villers. On le fera en dénonçant rituellement, et sur une base quotidienne, s'il le faut, les phobies qui polluent notre monde, quitte à en inventer des nouvelles, comme la grossophobie! Ceux qui prendront la peine de s'intéresser à ce que devient aujourd'hui l'université américaine et aux types de controverses qui l'animent seront sincèrement horrifiés.

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Mais on peut aussi voir dans l'idéologie diversitaire qui a fait du politiquement correct son régime de censure médiatique une poursuite de la tentation totalitaire qui hante la modernité et qui se présente aujourd'hui sous un nouveau visage. De nouveau, on rêve à un monde réconcilié, réunifié et absolument transparent à lui-même. Un monde sans identités, mais aussi sans carnivores, sans fumeurs, sans buveurs, sans dragueurs, sans aventuriers et sans relations particulières, c'est-à-dire un monde sans amitié, absolument programmé, lisse, amidonné - un monde qui aurait fait mourir d'ennui un Joseph Kessel et qui donnerait des envies d'exil à un Sylvain Tesson. Nous recommençons à rêver de l'homme nouveau, mais il s'agit cette fois de l'homme sans préjugés, délivré de ses appartenances, de sa culture, de ses désirs et du vieux monde auquel il était encore lié. Le politiquement correct a pour vocation d'étouffer la part du vieux monde encore vivante en lui pour lui permettre d'enfin renaître après son passage dans la matrice diversitaire, purifié et prêt à embrasser une nouvelle figure de l'humanité, délivrée de cette préhistoire morbide qu'aura été l'histoire de l'Occident. Car pour que l'humanité nouvelle advienne, on doit d'abord en finir avec l'Occident en général et l'Europe en particulier. Si on ne comprend pas cela, on ne comprend fondamentalement rien au progressisme d'aujourd'hui.

Ce politiquement correct a été embrassé depuis longtemps en Amérique du Nord. Quand est-il né exactement? Comment a-t-il imposé son hégémonie culturelle?

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En un mot, il naît sur les campus américains, à partir de la fin des années 1960, et se développe jusqu'aux années 1980, où il commence à s'institutionnaliser dans l'université, avant de devenir médiatiquement hégémonique avec les années 2000. C'est le fruit des Radical Sixties et d'un croisement bien particulier entre le néomarxisme et les formes les plus toxiques de la contre-culture. Très schématiquement, il repose sur une critique radicale de la civilisation occidentale, accusée d'avoir construit une figure aliénante de l'homme, qu'il faudrait déconstruire en s'appuyant sur les différentes minorités qui auraient subi son hégémonie. Il faut dès lors attaquer ou censurer ce qui était encore hier la norme majoritaire de nos civilisations, et valoriser ce qui était marginalisé ou laissé de côté. Sur le plan philosophique, le politiquement correct repose sur une inversion radicale du système normatif de notre civilisation, qui doit désormais neutraliser et déconstruire son noyau existentiel, pour se définir désormais à partir de ceux et celles qu'elle aurait historiquement exclu, qui sont désormais investis d'une charge rédemptrice quasi-religieuse.

Concrètement, le politiquement correct repose aujourd'hui sur une culture de la surveillance généralisée: tout ce qui entre en contradiction avec l'orthodoxie diversitaire est dénoncé et monté en scandale par des groupuscules à la psychologie milicienne qui se comportent comme des professionnels de l'indignation - et il s'agit d'une profession rentable. Pas une semaine ne se passe sans qu'on ne dénonce telle ou telle rémanence du vieux monde et sans qu'on nous répète que nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour accoucher de la société diversitaire idéale. Le politiquement correct carbure aux scandales, de temps en temps réels, la plupart du temps artificiels, qu'il sait mettre en scène pour garder la société vigilante contre l'éternel retour du monde d'hier, même sous la forme apparemment neutralisée de la nostalgie. Jamais il ne baisse la garde, jamais il ne veut la baisser. Souvent, il devient ridicule, comme on l'a vu avec la controverse de l'écriture inclusive, et alors, il feint de s'arrêter, mais c'est pour reprendre sa croisade dès que le cycle de l'actualité a repris son cours. De ce point de vue, toute critique du politiquement correct implique une critique du fonctionnement du système médiatique et une explicitation de ses biais inavoués.

N'a-t-il pas été ébranlé par l'élection de Donald Trump? La gauche intellectuelle américaine a-t-elle entamé un début d'auto-critique sur ce sujet?

Au contraire. La gauche intellectuelle américaine se radicalise. Elle ne doute plus d'elle-même. Devant Trump, qui incarne de manière caricaturale et convenons-en, souvent détestable tout ce qu'elle exècre, elle est ivre de vertu et fait valoir encore plus sa splendeur morale. Jamais elle n'a moins douté que maintenant. Avec un grand esprit de sérieux, elle se demande doctement si l'Amérique ne bascule pas vers le fascisme. On devrait être capable de critiquer la présidence souvent inquiétante de Trump sans verser dans une telle outrance - mais la gauche idéologique est-elle capable de s'imaginer un adversaire qui ne soit pas un ennemi du genre humain? Sa tentation, à laquelle toujours elle cède, c'est la croisade morale pour chasser de la cité ceux qui ne souscrivent pas à ses dogmes. Elle ne croit pas au pluralisme politique: elle distingue entre l'avant-garde, qu'il faut célébrer, et dans laquelle elle se reconnaît, et l'arrière-garde, assimilée au bois-mort de l'humanité, dont il ne faut pas s'encombrer et qui est de toute façon condamnée par le sens de l'histoire. Au fond d'elle-même, elle croit à la vertu politique de l'ostracisme. Ce qui la menace, toutefois, c'est qu'une part de plus en plus importante de la population se fiche désormais des campagnes de salissage médiatique. Plus encore: plus les médias désignent à la vindicte publique un homme ou une idée, plus cette frange de la population s'y identifie. La société se polarise comme jamais.

Cette idéologie étrangère à la culture européenne, en particulier française, peut-elle s'imposer durablement sur le vieux continent? Ne risque-t-elle pas de nourrir, comme aux États-Unis, une réaction «populiste»?

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On sous-estime le poids de la révolte contre le politiquement correct dans ce qu'on appelle la poussée populiste contemporaine. Le commun des mortels s'exaspère avec raison contre le contrôle tatillon du langage, contre le culte immodéré des minorités quelles qu'elles soient, contre les délires idéologiques comme l'écriture inclusive, contre un certain féminisme radical qui n'en finit plus d'en appeler à la charge contre le patriarcat alors que nos sociétés n'ont jamais été aussi égalitaires, contre la mouvance trans et queer qui veut déconstruire les fondements même de la différence sexuelle, et ainsi de suite. Le commun des mortels sent qu'on veut transformer radicalement sa culture et naturellement, il se braque. Il y a des limites à faire semblant de rien devant un tel matraquage idéologique. Nos sociétés, avec raison, sont prêtes à s'ouvrir à une pluralité de modes de vie, c'est la grandeur des sociétés libérales, mais n'ont pas particulièrement envie d'être transformées en un grand camp de rééducation idéologique à ciel ouvert avec des sermonneurs sur toutes les tribunes qui les accusent d'être arriérées. Permettez-moi aussi une petite réflexion sur le «populisme». Le «populisme» est un gros mot, très rarement défini, dont on fait usage pour disqualifier moralement et politiquement ceux qui affichent leur dissidence avec l'orthodoxie diversitaire. On s'alarme de sa montée sans jamais nous dire exactement de quoi il s'agit. Et on peut croire que la dénonciation désormais rituelle du populisme dans les médias contribue à cette exaspération populaire, qui pousse aux révoltes électorales comme l'élection de Trump, le Brexit ou l'élection italienne.

Alain Finkielkraut insiste sur la nécessité de refuser «le politiquement correct» sans pour autant verser dans «le politiquement abject». Dans un contexte de crise de l'Occident, cet équilibre va-t-il devenir de plus en plus précaire? Comment le préserver malgré tout?

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Je partage le même souci qu'Alain Finkielkraut. Le politiquement correct comme le politiquement abject sont les deux faces d'une même médaille et ils s'expriment souvent d'une manière absolument détestable sur les médias sociaux. Mais je vous avouerai mon pessimisme: je crois de moins en moins en l'avenir de la courtoisie démocratique, nécessaire à la conversation civique, même si je la crois absolument nécessaire. Pour que la politique soit civilisée, ou du moins, pour qu'on contienne sa charge polémique, elle doit s'inscrire dans un monde commun, qui transcende nos désaccords les plus profonds. Ce cadre, c'était la nation. Quand elle se décompose, c'est une psychologie de guerre civile qui remonte à la surface. Je ne suis pas certain que nous puissions contenir, du moins pour un temps, la radicalisation de la rhétorique politique. Sur internet, je l'ai dit, plusieurs se complaisent dans la fange. La vie publique devrait exiger une certaine décence. Elle suppose aussi une pluralité légitime de points de vue: aucun camp ne devrait réclamer pour lui le monopole du vrai, du bien et du juste.

Mais je suis convaincu d'une chose: plus le discours dominant fonctionnera au déni de réel et plus il diabolisera ceux qui cherchent à en rappeler l'existence, plus il poussera à la révolte de grandes couches de la population et dégagera un boulevard pour des entrepreneurs politiques qui sauront canaliser cette exaspération. En fait, cette recomposition est déjà commencée. Reste à voir quel visage elle prendra.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/06/29/31003-20180629ARTFIG00371-bock-cote-le-politiquement-correct-se-radicalise-au-rythme-o-la-societe-diversitaire-se-decompose.php

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samedi 7 juillet 2018

=Destruction de l'Etat français=méthodes=responsables=...

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Pierre Yves Rougeyron Qui veut la peau de l'Etat français Partie 1

https://www.youtube.com/watch?v=Qi8AlVDE2QU

Pierre Yves Rougeyron Qui veut la peau de l'Etat français Partie 2

https://www.youtube.com/watch?v=wZbr70N1Dh4

Pierre Yves Rougeyron Qui veut la peau de l'Etat français Partie 3

https://www.youtube.com/watch?v=6z-uaHc2wu0

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CNR 1

§ Détruire le socle intellectuel de l'Etat et de ses symboles

§ Attaques sur les institutions (Villepin supprime le Plan, premières attaques sous VGE...) le Plan remplacé par les "clubs" (think tanks)

§ Les économistes à gages en première ligne (Michel Godet, Alain Minc...)

§ Les destructeurs:

- à droite: 

Le Club de l'Horloge

Surrenchère entre RPR et FN sur le libéralisme

- à gauche

La 2° gauche

Alliance des "démocrates- Chrétiens" (chrétiens "de gauche") et des progressistes gauchistes

La gauche "anti- totalitaire" (BHL, Glucksman...)

CFTC, CFDT... Delors...

1982 Fondation St Simon, Pierre Rosanvallon, François Furet, Jacques Julliard...

Manifeste: "la République du Centre".

Rocard, Jospin, Straus- Kahn (le plus décomplexé), néo- libéralisme.

§ Les "évangélistes du Marché".

Jacques-Delors-709892

§ Les publicistes (la Presse se structure) vont attaquer l'Etat: Denis Olivennes, Nicolas Baverez...

§ Alain Minc, Michel Crozier, rapport Trilatérale, 1973.

-haine de l'inflation

-désengagement de l'Etat

§ Au cours des années 80, un autre groupe de "pantouflards": les Privatiseurs (Peyrelevade, Denis Kessler (ancien maoïste)...)

Dans les années 2000, vocabulaire de la gestion de fonds. La "compétitivité des territoires", cabinets d'audit et de conseil, ...

PROCEDURES

UE JUSTICE 1

-échelon communautaire (cf. Asselineau)

-échelon national:

§ Jean Pisani- Ferry: utilisation de l'Europe à des fins d'ajustement structurel.

§ L'UE comme croyance religieuse (pour contrer la perte de confiance).

§ La magistrature au service du droit européen, les cours nationales se rangent (double éthique).

§ Les Hauts fonctionnaires se rangent (les diplomates représentent désormais l'UE)

§ Le droit communautaire statue sur la règle ET sur le périmètre de juridiction.

§ CJCE (devenue la CJUE en 2009), arguties juridiques perverses...

§ Etat: en 1981, 700 Mds d'actifs contre 200 aujourd'hui.

EXTERNALISATIONS

§ Corruption intellectuelle et morale de nos élites, encouragée par l'UE qui se pense comme état fédéral.

METHODE MONNET

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§ Théorie de l'engrenage, un pas après l'autre."Vous avez renoncé à votre monnaie? On vous prend votre budget" [logique].

§ Monnet a trouvé le moyen de tuer l'Etat: il doit s'auto- détruire!

TECHNIQUES

§ RGPP / LOLF "une nouvelle manière de gérer" [Jospin] / Partenariats public/privé, New Public Management, Evaluation

§ L'Etat- entreprise: missions, programmes, indicateurs de performance

§ Utilisation des Droits de l'Homme à des fins libérales ("le droit à..."), l'individu se substitue au citoyen.

LA DETTE

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§ Destruction de l'Etat par l'endettement, théorie des "caisses vides": endetter l'Etat pour le contraindre. Logique de la dette et de la baisse d'impôts.

[Voir « La dette, la dette, la dette ! »]

"la dette resserre l'emprise du Capital sur l'Etat".

TERRITOIRE: démantèlements

§ Destruction des territoires, réformes territoriales, euro- régions...

§ désinvestissement étatique

§ destruction des tissus sociaux- économiques, droit d'établissement européen...

§ Abandon de territoires (Outre- mer...)

Conclusion:

L'Etat a été une oeuvre patiente de nos monarques et de nos républiques.

Il faut une théorie de l'Etat pour le XXI° siècle. Si on ne pense pas l'Etat, on ne pense pas le Politique.

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mardi 3 juillet 2018

Devoirs de vacances

ARCHIVES 1

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Norman Palma Penser avec Aristote

https://www.youtube.com/watch?v=4eP1EKTh6fA

 Chez Aristote, la monnaie c'est du droit objectivé, et le propre du droit c'est de se reproduire à partir de lui- même (jurisprudence), Le prêt avec intérêt, c'est la monnaie qui se reproduit elle- même, mais cette reproduction doit être encadrée par le droit ! D'où l'interdiction du taux d'usure dans les pays développés, inspirés par cette philosophie.

Le crédit encadré par le droit apparaît tardivement, car le crédit lui- même a été longtemps condamné par l'Eglise (jusqu'à la fin du XVIII°), d'après une interprétation erronée, selon l'auteur, d'Aristote précisément.

Celui- ci critiquait fermement l'usure, pas le crédit et surtout pas la monnaie; pour lui, il n'y a pas de vie sociale possible sans échanges dont la monnaie est la manifestation, le besoin que nous avons les uns les autres d'une mesure commune qui sauvegarde la vie sociale. (« Ethique à Nicomaque »).

Pour Marx, comme pour l'Eglise (!) au contraire, il faut détruire la monnaie, expression de la vénalité (valeur d'échange), Il faut revenir à la valeur d'usage.

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Pour Aristote, le social et l'économique sont des manifestations du Droit. Ce qui se déroule à la base du politique et de l'économique, selon lui, c'est l'éthique: le politique est un processus d'accomplissement; l'être humain est le seul animal capable d'avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l'injuste; c'est cette communauté de sentiments qui donne naissance à la famille et à la cité; l'éthique se manifeste dans le droit, qui par la suite se manifeste dans le politique et l'économie. Marx considère que c'est l'économie qui est le fondement du social [1] et que la politique et le droit font partie de la « superstructure ». Il n'y a pas pour Marx de processus d'accomplissement (qui doit aboutir par nature*), la négation de l'économie va donner la négation du droit (ou dépassement du droit bourgeois), la disparition de l'Etat etc.

Pour Aristote, l'idée fondamentale est la force de la justice; la justice s'objective dans le social d'abord sous la forme de justice corrective (droit civil, droit pénal...); par la suite la justice se manifeste au niveau de l'Etat et ça donne la justice contributive (contribution publique) et la justice distributive (aide sociale et dépense publique). Si on lit correctement Aristote, nous sommes égaux devant le droit, pas devant la chose publique: il est tout à fait normal qu'on ne paie pas tous la même chose. Il est normal de donner à ceux qui ont besoin, pas à ceux qui n'ont pas besoin. Il est logique de choisir les responsables selon leurs capacités à contribuer au bien- être général (critère éthique). Cette approche va inspirer bien des théories politiques et va favoriser des concepts à la base de la philosophie grecque, tels que « l'égalité en dignité » ou « égalité en puissance » (rapport singularité/universel) qui va justifier l'égalité en droit, qui va à son tour justifier l'égalité devant le Pouvoir (communauté d'égaux). Ce processus est au fondement de la démocratie grecque et apparaîtra progressivement dans la civilisation occidentale. Exemple: la déclaration des droits anglaise de 1689: « le roi n'est pas au- dessus des lois ». Pour Aristote, la communauté sociale existe en vue de l'accomplissement du Bien et non pas en vue de la vie en société [2]; et le bien n'est que le juste, c'est à dire l'intérêt général.

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L'esclavage comme « droit naturel »: encore un passage mal compris. Aristote explique que l'homme est par nature un animal politique en puissance*. Destiné à vivre normalement en société, c'est à dire à s'intégrer dans une communauté politique. Toutes les sociétés ont vocation à devenir des sociétés politiques. Il n'a jamais dit que toute une population était esclave par nature!

Les interprétations qui ont été données viennent de l'Ancien Testament, pas d'Aristote. Sont esclaves les hommes qui ne forment pas une société politique.

 *la nature d'une chose est sa fin. C'est donc à la fin que nous constatons de la chose ce qu'elle doit être; l'être humain accompli, c'est l'être adulte; la fin du politique, c'est un pouvoir d'hommes libres et égaux.

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En conclusion de ce petit résumé, l'objectif d'Aristote n'est donc pas la négation du droit et du politique, mais au contraire une réflexion sur l'accomplissement de ces derniers: l'état de justice.

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 A la mort d'Aristote, l'idée de « polis » (cité) va disparaître plus ou moins pendant des siècles, pour réapparaître avec la Renaissance, l'Humanisme et les Lumières, avec plus ou moins de bonheur selon les auteurs. D'où l'importance de se pencher sur ce grand philosophe pour enrichir notre propre réflexion, nous qui nous interrogeons sur le rapport entre monnaie et souveraineté autour de la question de l'euro, ou encore sur la problématique de l'indépendance nationale et de l'avenir de la cité...

Pour ceux qui souhaiteront raviver une querelle des anciens et des modernes, certains fustigeant un “idéalisme politique et philosophique” par essence “bourgeois”, rappelons que derrière la modernité d'apparence se cachent parfois des philosophies de l'histoire empreintes d'un millénarisme gnostique très ancien.

Les tragédies du XX° siècle ont fort heureusement ramené certains à plus de prudence, à défaut de modestie. L'heure n'est donc plus aux invectives, mais à une vraie réflexion car l'offensive que nous subissons est aussi culturelle et philosophique.    P.G.


[1] un préalable partagé par tous les courants du libéralisme...V. Jean- Claude Michéa (« l'Empire du moindre mal » et autres). Primauté de l'économie, du calcul égoïste, de l'intérêt...

[2] le « vivre ensemble » par exemple, dont on nous rebat les oreilles.

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samedi 30 juin 2018

Transhumanisme en Marche

ARCHIVES 1

 

116681191_oPublication: dimanche 16 juillet 2017

Débat M Onfray et L Ferry face à A Finkielkraut sur le transhumanisme

https://www.youtube.com/watch?v=z51J5ffG7FI

Ils remettent ça un an après! L'accélération de certaines innovations pose la question centrale du Politique: la régulation. Là, on ne peut qu'être d'accord!!! Mais pour Luc Ferry, la question de la “régulation nationale” n'a plus aucun sens (ce qui ne l'empêche pas de se contredire un peu plus tard, voir plus bas). Nous voilà rassurés sur nos capacités à contrer le transhumanisme. A moins d'un gouvernement mondial?

Soyons positifs, la vision terrifiante de Michel Onfray sur notre avenir probable, logique avec sa conception de la décadence des civilisations, peut aussi nous aider dans nos convictions de résistance, pour peu qu'on mesure les enjeux...

Une formule à retenir: l'ubérisation de la société, c'est le libéralisme augmenté!

Un passage politique intéressant de mon point de vue: Luc Ferry se dit libéral en économie et républicain en politique, et même gaulliste, lui qui a approuvé l'euro et le triomphe du marché, la mondialisation et ses dérégulations. Il trouve soudain des vertus à la régulation et au rôle de l'Etat tout en en trouvant aussi à l'ubérisation de la société. Mais il faut faire attention à la “marchandisation du monde”! Onfray le place devant ses contradictions. Au final, Ferry est d'accord avec tout le monde, un peu comme Macron...

Michel Onfray, Faut-il avoir peur du monde qui vient avec Luc Ferry et Alain Finkelkraut 04/06 2016

https://www.youtube.com/watch?v=zQv2ah05Jo0Luc Ferry: allons nous vivre 300 ans avec le transhumanisme ?

Luc Ferry: allons nous vivre 300 ans avec le transhumanisme ?

https://www.youtube.com/watch?v=Gk6r9rQ6Ki8

Pour ceux qui veulent mieux comprendre cette pensée “complexe”, à la fois pour et contre le transhumanisme, l'eugénisme, la marchandisation du monde, la mondialisation, la régulation... Quelques formules hautement philosophiques à méditer: “on ne pourra pas tout interdire, la régulation va être très difficile” , “un eugénisme qui corrige”, “quelques siècles de plus ça m'arrangerait” ( Dieu nous en préserve) etc. Et de s'extasier sur les souris transgéniques. Natacha Polony essaie de le pousser dans ses retranchements, lui parle de liens entre l'économie et le transhumanisme, de la vertu grecque de “juste mesure”, de “science sans conscience”...Notre philosophe reste imperturbable.

P.G.

vendredi 22 juin 2018

Une association voit le jour pour défendre le projet d'autoroute A147 entre Limoges et Poitiers

Le collectif "Unis pour entreprendre" passe à la vitesse supérieure et crée une association pour sensibiliser le grand public.

ACT AUTOROUTE LIMOGES POITIERS

« C'est le début d’une histoire, j’espère qu’on va pouvoir l’écrire en entier. En tout cas, on aura tout fait pour, et on ne lâchera rien… », explique Pierre Massy, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Limoges.

L’histoire, c’est celle du collectif Unis pour entreprendre, constitué en février 2018, qui a reçu le soutien de plus de 1.400 acteurs de l’économie locale et des élus locaux. Son combat : une autoroute concédée entre Limoges et Poitiers pour désenclaver le territoire.

La balle est dans le camp de l'État

Le collectif souhaite maintenant sensibiliser le grand public et passer à la vitesse supérieure. Il vient pour cela de créer l’association Autoroute A147-Grand Ouest.

La prochaine échéance ? « Rencontrer Elisabeth Borne, la ministre de la transition écologique et solidaire, chargée des transports, lors de sa venue à Limoges le 29 juin, et lui demander qu’elle lance le débat public, confie Pierre Massy qui présidera l’association avec la chambre d’agriculture et la chambre de métiers et de l’artisanat. On s’adaptera à son planning… On ne va pas faire le forcing, on va attendre qu’elle nous invite…

Mobiliser le plus largement possible

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Et après ? « On n’a malheureusement pas de calendrier… mais si les choses fonctionnent normalement, entre le lancement du débat public et le passage des premières voitures, c’est entre dix et douze ans. Cela veut dire qu’à l’échelle 2030 on peut imaginer être bien avancés… »

En attendant, l’association appelle les particuliers à se mobiliser à ses côtés. « Ce projet d’autouroute concédé, c’est bon pour le développement économique, pour le développement culturel mais aussi pour la sécurité, ajoute Christian Ducher, le président de l’Automobile Club du Limousin. On ne peut plus perdre de temps. Il faut donc confier au privé la réalisation de cette autoroute. » Une démarche sécuritaire que soutient également la Fédération française des motards en colère.

Anne-Sophie Pédegert /https://www.lepopulaire.fr/limoges/economie/transport/2018/06/18/une-association-voit-le-jour-pour-defendre-le-projet-d-autoroute-a147-entre-limoges-et-poitiers_12891947.html

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Ce président, il a oublié d'évoquer deux choses importantes :
- ce sera bon pour le porte-monnaie des entreprises privées qui obtiendront la concession type Vinci, Eiffage, etc !!
- et ce sera surtout encore une fois une privatisation de notre territoire au profit des parasites qui se gavent sur notre dos !
Rappelons que l'autoroute Bordeaux-Pau, qui a été privatisée, coûte, pour l'automobiliste, 27,60 euros pour 216km !
L'autoroute Limoges-Poitiers ferait environ 130 km ; le coût pour l'automobiliste approcherait donc les 20 euros, soit 40 euros aller et retour !!

Et comme dirait un maire UPR, "Non, Monsieur le président de la Chambre de Commerce, nos territoires et nos routes ne sont pas à vendre"
!   S.R..