mardi 24 octobre 2017

Malte : «Un gang criminel a pris le contrôle de l’Etat»

Une semaine après l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia, qui dénonçait la corruption, la société civile est sous le choc. Les soupçons pèsent tantôt sur le gouvernement, tantôt sur le parti d’opposition. Une marche lui a rendu hommage dimanche à La Valette.

1066492-candles-burn-to-commemorate-the-killed-investigative-journalist-daphne-caruana-galizia-in-berlin«J’ai pleuré.»Manuel Delia raconte avec émotion le moment où il a appris la mort de Daphne Caruana Galizia. «Elle a longtemps été une héroïne pour moi. Depuis quelques mois, elle était devenue un mentor», confie le blogueur, venu jeudi à La Valette, la capitale de Malte, prendre part à une manifestation de plusieurs dizaines de journalistes pour le respect de la liberté d’expression. A côté de lui, face aux hautes colonnes du tribunal de Malte, un parterre de bouquets et de bougies rend hommage à Daphne Caruana Galizia, morte dans l’explosion de sa voiture dans l’après-midi du 16 octobre. Vers 15 heures, la journaliste maltaise de 54 ans, mère de quatre enfants, n’a le temps de faire que quelques mètres sur la route depuis son domicile, dans le village de Bidnija, avant qu’une bombe placée sous la voiture, très sûrement commandée par un téléphone portable, ne mette feu à son réservoir d’essence. Son fils, Matthew, arrive peu après la police sur les lieux. «Je n’oublierai jamais quand, courant autour de ce brasier infernal, […] j’ai essayé de trouver un moyen d’ouvrir la portière, le klaxon de la voiture hurlant toujours, criant à deux policiers, venus avec un seul extincteur, de l’utiliser, raconte le jeune homme sur Facebook. J’ai regardé au sol et il y avait des morceaux de ma mère partout autour de moi.»

«Mafieux»

Daphne Caruana Galizia était une personnalité à part dans le pays. Issue de la haute société et mariée à un avocat de renom, elle devient l’une des premières éditorialistes politiques à Malte dans les années 90. En 2008, frustrée par les limites imposées par les médias conventionnels, elle crée son blog, Running Commentary. Avec 400 000 pages vues par jour, son audience atteint celle des sites des plus grands journaux de l’île. Libre dans le ton comme dans la forme, la blogueuse alterne enquêtes fouillées sur la corruption, le trafic d’êtres humains ou de pétrole, et commentaires mondains sur la tenue d’un tel ou la liaison extraconjugale d’un autre. Elle disait s’appuyer sur un «réseau d’espions». Une de ses cibles préférées : le Premier ministre, Joseph Muscat, et son Parti travailliste (centre gauche), à la tête du pays depuis 2013.

En 2016, dans le cadre des Panama Papers, Daphne Caruana Galizia révèle l’existence de sociétés offshore détenues par Keith Schembri, le chef de cabinet du Premier ministre, et par Konrad Mizzi, le ministre de l’Energie. En avril 2017, elle accuse cette fois la femme de Muscat d’être la bénéficiaire d’une société-écran domiciliée au Panamá, sur les comptes de laquelle un million de dollars aurait été versé par la fille du président du régime ultra-autoritaire azerbaïdjanais, Ilham Aliyev.

Le couple Muscat dément, accusant la journaliste d’avoir été manipulée par une lanceuse d’alerte russe travaillant dans la banque par où aurait transité l’argent. La justice ouvre alors une enquête, et Muscat convoque des législatives anticipées, qu’il remporte de nouveau en juin. Entre-temps, la lanceuse d’alerte a quitté le pays après avoir témoigné devant la justice. Et lundi, Daphne Caruana Galizia a été tuée…

Aujourd’hui, alors que les fourgons et les hommes en combinaison blanche de la police scientifique ont quitté les lieux, le cratère provoqué par la violence de l’explosion est toujours visible sur le sol de cette région aride du nord de Malte. Malgré ce drame, les manifestations populaires en hommage à la blogueuse ont été rares dans ce pays de 450 000 habitants. Le sujet a rapidement été récupéré dans des joutes politiques entre les partisans des deux principales formations politiques : le Parti nationaliste (NP, de centre droit et membre du Parti populaire européen) et le Parti travailliste. Daphne Caruana Galizia étant ouvertement une supportrice du premier*, les leaders du NP n’ont pas hésité à reprendre les propos de la famille de la journaliste et accusé le gouvernement d’être un «Etat mafieux», responsable, selon eux, et au moins indirectement, de l’assassinat de la quinquagénaire. «La corruption est largement répandue dans les plus hautes sphères de l’Etat, confie Michael Briguglio, sociologue, conseiller local NP et tête de proue du Réseau société civile. A Malte, nous ne sommes pas habitués à ce genre de violence. Mais l’an dernier, nous avons eu cinq explosions de voiture de ce type. Le gouvernement actuel ne protège pas les citoyens, mais seulement un gang de politiciens au pouvoir.»

«Sorcière»

En riposte, l’exécutif accuse ses opposants d’accentuer les divisions dans la société, que beaucoup caractérisent déjà de «tribale», à un moment où l’unité devrait sinon primer, du moins s’afficher. Dans les magnifiques bâtiments de l’auberge des chevaliers de Castille, qui abrite les bureaux du Premier ministre, Kurt Farrugia, son directeur de la communication n’hésite pas à avancer : «Depuis quelques mois, Daphne Caruana Galizia avait commencé à publier des articles à charge contre le nouveau leader du Parti nationaliste (NP), Adrian Delia, l’accusant d’être mêlé à des réseaux de prostitution à l’étranger ainsi qu’à du blanchiment d’argent.» Il y a quelques semaines, la journaliste a déclaré recevoir des menaces de membres du NP et a demandé une protection policière. Sans succès.

«Nous savions que Daphne Caruana Galizia pouvait être attaquée à cause de ce qu’elle écrivait, nous recevons tous des menaces. Mais je n’aurais jamais pensé que ça pourrait aller aussi loin», soupire Saviour Balzan, journaliste et cofondateur du média Malta Today, qui se décrit lui-même comme un des plus anciens critiques de la blogueuse. «Elle s’est fait beaucoup d’ennemis car elle n’hésitait pas à attaquer personnellement les gens, moi y compris, raconte-t-il. Elle lançait parfois des rumeurs sans fondement. La dernière fois que je l’ai vue, l’an dernier, elle est venue à mon bureau pour s’excuser de ce qu’elle avait écrit sur ma famille et moi.» Sa mort brutale stupéfie autant que la personnalité de la blogueuse, sous le coup de 42 procès pour diffamation, divise. «Personne n’aimait tout ce qu’elle écrivait, mais beaucoup de gens reconnaissent le rôle important qu’elle jouait, dit à Libération Justin Borg-Barthet, professeur maltais de droit européen à l’université d’Aberdeen en Ecosse, qui a travaillé à plusieurs reprises avec Daphne Caruana Galizia. Elle se voyait comme au service de la population et n’hésitait pas à révéler la corruption autour du gang criminel qui a pris le contrôle de l’Etat

Corruption. Le mot arrive toujours très rapidement dans les conversations sur l’île. Selon un sondage Eurobarometer de 2013, 83 % des répondants maltais considèrent la corruption largement répandue dans le pays, et 29 % assurent que cela les touche dans leur vie quotidienne. Marco, accoudé au bar de son restaurant dans le centre de La Valette, le reconnaît, à sa manière : «Bien sûr qu’il y a de la corruption, mais dans les deux partis et on ne peut rien y faire. En tant que citoyen maltais, que le Premier ministre reçoive des pots-de-vin de dirigeants étrangers ne me concerne pas. Ce n’est pas l’argent public qui est gaspillé.» En 2014, un rapport de la Commission européenne a laissé entendre l’ampleur du phénomène. Entre 1995 et 2014, Malte aurait ainsi perdu, tous les ans, au moins 11,67 % de son PIB, soit 1,25 milliard de dollars à cause de la corruption. Et l’économie parallèle représenterait un cinquième du PIB.

Ce sont ce type de fraudes qui ont poussé Marlene Farrugia à quitter en 2015 le Parti travailliste, pour lequel elle avait pourtant été candidate. «Le gouvernement de Muscat utilise tous les moyens possibles pour obtenir des votes, comme délivrer des permis de construire et des emplois publics juste avant les élections, assure la députée, qui a fondé, en 2016, le Parti démocratique. Leur machine de propagande est très puissante. J’ai été violemment attaquée personnellement, par un membre du cabinet du Premier ministre sur son site web. Comme Daphne, j’ai été traitée de sorcière La femme politique, par ailleurs dentiste, a aussi reçu de nombreuses menaces. «Vous avez peut-être en face de vous une femme bientôt morte, mais cela ne me fait pas flancher, lance Marlene Farrugia, assise dans le hall du Parlement maltais. Le gouvernement a démantelé les institutions de notre pays. Depuis 2013, cinq commissaires de police ont démissionné ou été renvoyés. Les contre-pouvoirs sont anesthésiés Au début du mois, le plus haut magistrat de Malte, Silvio Camilleri, a justement accusé le ministre de la Justice et la police de ne pas faire respecter l’Etat de droit. Le Premier ministre a répondu n’être «pas d’accord avec son interprétation».

Récompense

Une semaine après le meurtre de Daphne Caruana Galizia, les fleurs s’accumulent toujours devant le tribunal de La Valette. L’enquête n’a pas apporté d’indices à ceux qui dénoncent un crime politique. Avec l’aide d’agents du FBI, de Scotland Yard, de la police danoise, et bientôt d’Europol, les enquêteurs maltais tentent de reconstituer les dernières minutes avant que la journaliste ne monte dans sa voiture de location.

Pour prouver sa volonté de faire avancer cette «affaire d’une extraordinaire importance», le Premier ministre a promis une récompense d’un million d’euros à qui apporterait des informations significatives aux enquêteurs. De son côté, David Thake, un journaliste proche de Daphne Caruana Galizia, a lancé une campagne de crowdfunding pour tenter de rémunérer des gens susceptibles de lui donner des informations sur l’assassinat de son amie. Après quatre jours de collecte, il avait réuni 26 500 dollars (environ 22 500 euros). Dimanche, à l’appel de la société civile, des médias et des différents partis qui promettent de ne pas politiser l’occasion, une grande marche a rassemblé des milliers de Maltais dans les rues de La Valette. Avec ce slogan, brandi sur les pancartes et à la une des journaux : «Daphne, ta plume a été réduite au silence mais ta voix survivra.»

Aude Massiot Envoyée spéciale à Malte

http://www.liberation.fr/planete/2017/10/22/malte-un-gang-criminel-a-pris-le-controle-de-l-etat_1604971


 

*Donc, contrairement à ce qu'affirme Libé, Daphne Caruana Galizia n'était pas si favorable au NP que ça puisqu'elle craignait des représailles de ce côté également. Elle agissait tout simplement en femme libre et en vraie journaliste...P.G.

FREXIT CLAVIER

Posté par UPR Creuse à 09:06 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Macron hilare quand son chien se soulage sur les meubles de l'Elysée

L'Elysée est le symbole de la présidence de la République, lieu où le président, représentant du peuple par excellence, doit défendre ce dernier au jour le jour, et défendre l'image de la France à l'international. Que le chien de Macron urine sur les meubles de l'Elysée, voilà donc tout un symbole de la considération du locataire de l'Elysée pour la fonction. D.P.


Animal. Le labrador noir croisé griffon du couple présidentiel a bruyamment interrompu la réunion entre le président de la République et trois membres du gouvernement.

SIPA_00820346_000010Il semblerait que le chien présidentiel, Nemo a l'habitude d'assister aux réunions de son maître. Il est même capable de les interrompre, à sa manière.

Alors qu'Emmanuel Macron s'entretenait avec trois membres de son gouvernement (Benjamin Griveaux, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, et Brune Poirson, secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire), son labrador noir a décidé de se soulager sur…une cheminée de l'Élysée.

“Il est en train de faire un truc assez  extraordinaire”

Face à cette scène, captée par les caméras de TF1 et publiée ce dimanche 22 octobre par LCI, Emmanuel Macron a eu une étonnante réaction. Au lieu de gronder l'animal, le chef de l'Etat s'est mis à rire avec ses ministres. “Alors... il est en train de faire un truc assez  extraordinaire...”, s'est-il exclamé comme si son chien avait fait un tour impressionnant. “Cela arrive souvent ?”, a demandé Julien Denormandie. Le chef de l'Etat a assuré : “Vous avez déclenché chez mon chien un comportement totalement inhabituel”. Reste à espérer, pour les meubles historiques du palais de l'Elysée, que ce soit vraiment le cas… 

https://www.valeursactuelles.com/politique/video-macron-hilare-quand-son-chien-se-soulage-sur-les-meubles-de-lelysee-89979

Posté par UPR Creuse à 08:31 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

La frontière, le Système et le porno

Article suggéré par S.R. (UPR 87)


«...Il y a 420 millions de pages porno sur internet,
4.2 millions de sites Web porno (12% du total),
et 68 millions de requêtes porno dans les moteurs de recherches chaque jour.»

ARG FRONTIERES CELLULESDans cette grande entreprise d’abolition de l’Homme qui définit notre contre-civilisation, la frontière est l’ennemi.
Pas seulement la frontière qui dessine les contours de la Nation,mais la frontière au sens large, qui différencie le beau du laid, le bon du mauvais, le bien du mal. La frontière aussi quand elle se fait membrane autour des cellules, où se niche le plus intime de la Vie.
La frontière encore entre la chair et la technologie, entre l’homme et la machine. Toutes ces frontières subissent les assauts haineux du Système néolibéral dans sa volonté de tout niveler, de tout soumettre. Mais c’est probablement la frontière entre les genres, en tant qu’ultime verrou à l’atomisation complète de la société, qui subit l’attaque la plus massive, la plus dévastatrice, la plus prometteuse en matière de désintégration du corps social. Libération détournée de la femme, théorie du genre, culture porno : ou comment il ne sera bientôt plus possible aux hommes et aux femmes de s’aimer, pour le plus grand profit du Marché.
Petit essai.

 

 D’une frontière à l’autre

 

Régis Debray a dit quelque chose de magnifique sur la frontière: «La frontière n’est pas du tout la fermeture angoissante. La frontière est une marque de modestie. Je ne suis pas partout chez moi. Il y a une ligne au-delà de laquelle il y a d’autres personnes que je reconnais comme autres.»

La sagesse de ces paroles nous semble faire sens pour la frontière sous toutes ses formes. Car la frontière au sens large, loin d’être la «fermeture angoissante» donc, permet la richesse des cultures, permet de préserver la vie et l’humanité dans leur diversité, permet la radicale et sublime séparation des genres, et donc leur bouleversante conjugaison.

 
Mais vu du Marché, il est clair que 
toutes ces frontières sont surtout des freins.
 

La frontière entre les nations d’abord, qui préserve les cultures, les identités, le lien à la terre, le sentiment d’appartenance, freine l’expansion du Marché, l’avènement de son gouvernement mondial des 1% ; ralentit les flux migratoires destinés à tout niveler, à commencer par les revenus, et empêche l’avènement de cet homme nomade globalisé sans racines ni histoire, tout occupé à consommer, à dé-penser.

La membrane des cellules aussi, comme frontière protectrice du patrimoine génétique 
des espèces,

freine l’invasion du Marché à l’intérieur du Vivant,
l’empêche de le manipuler et de le privatiser.
 

La frontière entre l’Homme et la Machine encore, freine l’ultime infestation de la technologie dans la chair humaine qui doit permettre aux apôtres hallucinés du transhumanisme 1 de devenir Dieu, de vaincre la mort elle-même et de donner naissance à leur Surhomme, googelisé et connecté jusqu’au trognon, mais enfin libéré de sa pesante humanité.

 

Quant à la destruction de toutes frontières entre le bien et le mal, le bon et le mauvais, le beau et le laid, elle dit l’essence profondément malsaine du Système néolibéral, son amoralisme absolu, sa volonté d’abolir toute référence, toute possibilité de jugement par un relativisme radical qui vise à formater le corps social pour le reconfigurer en un agglomérat de dociles consommateurs débarrassés de toutes volontés autres que celle de jouir d’eux-mêmes, pour eux-mêmes.

 

Séparer l’homme de la femme

 

Après ce préambule un peu bavard, venons-en donc au cœur du sujet, c’est-à-dire à l’assaut du système dirigé contre la frontière qui se fait différence entre les genres, dualité des sexes, qui est peut-être la plus importante de toutes.
La plus importante car c’est de cette frontière, de cette différence que vient cette irrésistible attirance qui fait naître dans le cœur de l’Homme l’amour, la bravoure, la grandeur d’âme, la générosité, l’envie de beau et de bon, le désintéressement, le désir authentique et fécond, le désir d’enfant et donc nécessairement le désir de Foi, à cause de l’enfant justement dont on peut éventuellement se résoudre à concevoir la fin, mais jamais la disparition.
C’est le noyau de la première Patrie, celle de la famille, à la fois refuge et tremplin, sur laquelle s’appuie tout l’édifice d’une construction sociale structurante.

 

Autant de vertus donc qui élèvent, fortifient, enracinent l’Homme dans cette Tradition honnie qui contrarie tant le projet d’une société néolibérale réduite à la gestion juridico-marchande d’une addition d’égoïsmes concurrents. Autant de vertus qui freinent bien sûr accessoirement l’accès du Marché au très juteux monopole de la procréation.

 

Détachez l’homme de la femme, abattez la frontière, non qui les sépare mais qui les pousse dans les bras l’un de l’autre, nourrissez la rivalité et la discorde entre eux, la corrosion, et c’est alors tout l’ordre ancien qui bascule, laissant le champ absolument libre à l’avènement d’une société monstrueuse et glacée faite d’individus détachés de leur réalité, obsédés par eux-mêmes et donc livrés pieds et poings liés au Marché.

 

La libération par le cul

 

La postmodernité aura donné un coup d’accélérateur phénoménal à cette entreprise de séparation des hommes et des femmes.
Sous le masque habituel de la vertu progressiste si chère à la pègre néolibérale dirigeante, la femme a ainsi été poussée à conduire une guerre de conquête sans merci à une gent masculine trop heureuse de se soumettre dans un premier temps. Il faut dire que la stratégie choisie au tournant de la révolution bourgeoise de mai ’68, la libération par le cul donc, avait de quoi susciter la curiosité d’un regard masculin jusque-là habilement frustré.

 

Dans l’effervescence d’une époque qui s’était faite religion d’interdire d’interdire et de jouir de tout sans entraves, la femme a ainsi été instrumentalisée et trompée pour servir les intérêts du Marché désormais aux commandes.

 

Sous couvert de progrès social, elle fut donc rapidement amenée à s’exposer, à s’exhiber, sommée de tout montrer, de tout dé-voiler 2 sous l’impératif post-moderne et marchand de la surenchère transgressive, impératif nécessaire à la stimulation sans fin du désir.

 

Une société crypto-pédophile

 

En quelques décennies, l’industrie de la mode a ainsi affublé les femmes des accoutrements les plus provocants, les plus courts, fins, collants, moulant jusqu’à leurs plis et fentes les plus intimes ainsi exposés au regard de tous, déclinant cette vulgarité y compris pour les âges les plus tendres.

 

On notera au passage que cette surenchère a donc rapidement conduit à sexualiser les enfants comme elle a conduit à infantiliser le corps de la femme, notamment par une épilation intégrale devenue une autre marque obligatoire d’émancipation (pratique désormais quasi généralisée chez les hommes également). Prétendument rétive à la pédophilie, la société occidentale en multiplie pourtant les signes d’apologie avec une intensité qui devrait la questionner, si le questionnement y était encore possible.

 

Et puis à l’exhibition forcée de cette femme 2.0 − pour faire moderne − s’est conjugué un autre impératif post-soixante-huitard que permettait alors la contraception : la libération de ses mœurs avec affirmation obligatoire de ses appétits sexuels les plus débridés, appétits assortis d’une exigence de jouissance sans appel. Une révolution accompagnée et soutenue depuis dans un même élan par toute la caste dirigeante et sa merdia-sphère. Quel titre de la presse dite féminine se risquerait par exemple aujourd’hui à faire la moindre une sans un sujet sur le sexe, sujet nécessairement abordé sous un angle transgressif : adultère, pratiques déviantes, gadgets sexuels, culture porno etc…

 

Le porno, marqueur du progrès social

 

Grâce à l’avènement d’internet, la culture porno est d’ailleurs venue porter l’estocade dans les esprits déjà largement fragilisés par cette mutation. Par ordinateurs, tablettes et smartphones interposés, elle propage désormais y compris chez les enfants l’image d’une sexualité réduite à un sport de combat sur le ring duquel l’homme ne peut sortir que vidé, perdant, perdu, la queue entre les jambes donc, renvoyé à sa naturelle faiblesse face à un adversaire anatomiquement imbattable 3.

 

Le porno occupe ainsi une place de plus en plus importante dans l’entreprise de destruction des rapports hommes-femmes. De marché de niche, il est devenu produit de masse 4, grappillant ses parts de marché aux heures de grande écoute, s’imposant dans la mode, le cinéma et même les séries télévisées où se multiplient les scènes les plus osées, encore hypocritement «déconseillées au moins de dix ans» aux travers de logos dont on ne sait pas très bien s’ils sont dissuasifs ou incitatifs.

 

Faisant écho aux chaînes musicales adolescentes où le porno-soft est devenu la norme (voir les clips de rap notamment), les radios jeunes y vont bien sûr aussi de leur contribution sous prétexte d’éduquer, en proposant un discours de plus en plus trash sur la sexualité, banalisant les pratiques les plus extrêmes comme fun, et relevant bien entendu de la seule liberté et des goûts de chacun.
En réalité, tout est fait pour favoriser l’expansion d’une culture porno devenue une sorte de marqueur du progrès social occidental.

 

Le porno, trash, soft, chic ou à tendance crypto-pédophile (top-modèles de plus en plus jeunes et dénudés), est désormais imposé partout dans la Cité par la publicité ou les modes, inonde les foyers à travers le petit écran et/ou internet, et s’est aussi rendu accessible aux plus jeunes grâce aux smartphones. Au point que certains auteurs parlent désormais de pornocratie, la forme de gouvernement finalement «la mieux adaptée à l’ère ultralibérale en tant qu’elle utilise l’État résiduel [et ses merdias] pour dispenser et propager le commandement [ultime] : Jouis !» 5

 

Sauf que dans sa tentative d’érotiser le sadisme jusqu’à la nausée, 
la culture porno est d’abord une culture de mort.
Comme le dit si justement Chris Hedges, «le porno, comme le capitalisme mondial,
c’est là où les êtres humains sont envoyés pour mourir»
.

 

Le porno fonctionne en effet sur l’exact modèle des drogues dures, qui imposent l’augmentation des doses et de la force du produit pour produire l’excitation initiale toujours recherchée par le consommateur, avec comme corollaire la banalisation de pratiques toujours plus déviantes et dégradantes, toujours plus spectaculaires, toujours plus violentes (surtout pour les femmes d’ailleurs), là encore sous l’impératif de la surenchère transgressive inhérente à la gestion marketing du désir 6

 

En deux décennies, la culture porno a fait remonter ses codes, ses comportements et banalisé son sadisme dans le grand-public. La totale liberté voulue par les pouvoirs publics pour l’industrie porno, conjuguée aux progrès technologiques, a aussi permis aux pratiques les plus délirantes de faire désormais partie du paysage mental normal des jeunes d’aujourd’hui, au moment où ils construisent leur modèle sexuel.

L’âge du premier baiser est ainsi devenu celui de la première fellation 7, et des psychologues sont maintenant appelés à la rescousse dans des écoles pour des cas de fellations collectives 8. Les viols d’enfants par d’autres enfants font même leur apparition 9

Malgré tout, le porno reste «cool» dans nos sociétés occidentales libérées, et tout politicien qui prétend vouloir en questionner les nuisances est dénoncé comme un puritain coincé ou un dangereux censeur par les merdias pornocrates de la gauche libérale dominante.

Pour clore ce chapitre, on soulignera enfin que cette culture porno s’inscrit désormais dans un phénomène d’obscénité généralisée qui touche d’autres supports que le sexe. On peut ainsi parler de pornographie pour la musique lorsqu’elle se résume, comme dans les rave party d’Ibiza ou d’ailleurs, à une simple pulsation dont la seule fonction est de permettre de «jouir en tas», selon la formule de Philippe Muray. De même, cette culture porno fait également écho à la montée en puissance de cette pornographie de la mort à laquelle on assiste dans nos sociétés où les cadavres, les décapitations et autres boucheries de masse sont montrés désormais en boucle sur tous les écrans possibles, ce qui conduit l’auteur de La Cité perverse à noter ingénument qu’il a dû «se passer quelque chose dans le monde», car ce qu’on cachait hier, le sexe et les cadavres, aujourd’hui «on les montre. Cela s’exhibe».

On pourrait même conjecturer qu’il existe finalement une forme de continuité entre l’industrie porno, Daesh et ses snuff-movies.

Le sexe est partout, mais il n’y a plus de genre

Au milieu de toute cette poisse, la promotion de la théorie du genre, de même que la surreprésentation 10 des lobbies LGBTQ dans l’espace public et les écoles 11 (sous prétexte de lutte contre les discriminations évidemment), achève de brouiller les derniers ou plutôt les premiers repères des nouvelles générations.

L’hétérosexualité est ainsi en train de devenir un concept conservateur, has been, voire rétrograde, qui n’est au mieux qu’une orientation parmi d’autres forcément cool dont on ne manque pas d’assurer en permanence la visibilité et la promotion tapageuses, y compris et même surtout auprès des enfants désormais.

En Allemagne, sous la pression des associations LGBTQ, des collégiens pourraient ainsi être invités à simuler des sodomies en cours 12

De la demi-molle à l’impuissance

En toute logique, après des décennies d’exhibition, vingt ans de culture porno à hautes doses, d’impératifs de performances et de brouillage des identités sexuelles, la lassitude et la crainte se sont progressivement insinuées dans le regard d’un homme 2.0 plus que jamais désorienté.

À l’érection primesautière d’une époque de nudité vaguement joyeuse à ses débuts a donc tranquillement succédé la demi-molle d’une usure teintée de crainte, préfigurant l’impuissance généralisée en marche.
Les consultations pour les problèmes de couples ont ainsi explosé, comme le pourcentage de divorcés et de célibataires.

Aujourd’hui, au lieu de la découverte touchante et hésitante des corps lors des premiers émois, des études montrent que l’usage du Viagra s’est banalisé chez les jeunes mâles tétanisés par les exploits auxquels ils se sentent contraints pour satisfaire les exigences supposées de leur partenaire 13. Avec pour conséquence que, de plus en plus, la femme postmoderne libérée devra en réalité sa jouissance davantage à l’industrie pharmaceutique qu’au réel désir de partenaires pour lesquels l’acte sexuel est peu à peu ressenti comme une épreuve.

Cette pornocratie occidentale aura ainsi réussi à tout voler, à tout violer de la femme sans coup férir, à lui imposer que la généreuse visibilité et la disponibilité de son cul représentent de facto les seules preuves recevables de son émancipation, lui volant jusqu’à l’authenticité du désir qu’elle pense susciter, la renvoyant ainsi probablement à la condition la plus dégradante qu’elle ait jamais connue depuis l’aube des temps, et tout cela à l’insu de son plein gré.

Quant aux hommes, à qui l’on demande de surcroît d’être aujourd’hui des femmes comme les autres 14. De plus en plus nombreux sont ceux qui cherchent leur salut dans l’industrie pharmaceutique voire dans la poudre d’escampette, ou qui se contentent désormais de pornographie en rêvant des progrès forcément prometteurs de la robotique du plaisir.

L’objectif est donc en vue pour le Système.

Les rapports hommes-femmes deviennent de plus en compliqués, corrosifs, et s’acheminent graduellement vers l’impossibilité, laissant la voie libre au Marché pour s’intercaler définitivement entre eux, gérer leur misère sexuelle et affective en leurs proposant comme palliatifs l’excitation permanente, tournante et virevoltante de leur Ego, excitation ponctuée comme il se doit d’actes − orgasmiques ? − d’achat répétés.

Conclusion

La guerre totale du Système contre la frontière sous toutes ses formes vise à l’oblitération du monde ancien, à permettre l’infestation du Vivant par le Marché et la technologie, à créer cette Grande Société Unique composée de consommateurs nomadisés, atomisés et maladivement égocentriques.

Dans cette immense entreprise de nivellement et d’anéantissement, abattre la frontière entre les hommes et les femmes, les rendre semblables et donc concurrents «au point qu’il ne leur sera plus possible de s’aimer», vise l’éclatement du corps social en brisant le lien premier, originel, traditionnel, qui cimente encore la société.

Une fois ce lien brisé, tout aura alors été aboli de l’ordre ancien, de l’ordre naturel, et nous pourrons alors entrer dans cette ère de glaciation − façon Gattaca −les rapports humains seront exclusivement fondés sur la gestion juridico-marchande d’égoïsmes concurrents, y compris entre des genres alors standardisés.

Il ne restera plus à l’Homme, comme choix, que de s’en remettre à la pharma et à la Silicon Valley − c’est-à-dire au Marché − pour lui greffer la sonde anale ultime qui lui permettra de devenir enfin ce Surhomme photoshopé et hyper-connecté, capable de surperformer dans une réalité forcément augmentée, mais définitivement déshumanisée.

Entrefilets

  1. «En 2050, les gens avec moins de 150 de QI ne serviront à rien»
  2. Risquons-nous à proposer d’éclairer sous cet angle l’hystérie anti-burkini qui agite les promoteurs de la laïcité, qui se trouvent être aussi souvent ceux de la pornocratie. Car c’est un lieu commun de dire que l’exhibition permanente tue le désir de l’objet exhibé. Et que peut-être, confusément, inconsciemment, la pudeur d’un burkini leur fait peut-être craindre moins une régression comme ils disent, qu’une concurrence pour ainsi dire déloyale vis-à-vis de la femme moderne exhibée en ce qu’il, le burkini, rallumerait soudain quelque chose d’oublié dans le regard éteint de l’homme blasé, quelque chose qui aurait à voir avec l’envie de mystère, l’envie de respect, la dignité, bref, le désir, allez savoir…
  3. La pornographie c’est ce à quoi ressemble la fin du monde (Chris Hedges)
  4. Comme le souligne Dany-Robert Dufour dans La Cité perverse, l’industrie du porno et du para-porno génère aujourd’hui plus de 1 000 milliards de dollars de revenus annuel dans le monde, soit plus que l’armement et la pharma réunis. Il y a 420 millions de pages porno sur internet, 4 2 millions de sites Web porno (12% du total), et 68 millions de requêtes porno dans les moteurs de recherches chaque jour
  5. La Cité perverse, Dany-Robert Dufour
  6. Le porno postmoderne n’a plus rien à voir avec le porno de papa. Surenchère transgressive oblige, ce sont les coups, étouffements, dilatations, strangulations, triple-pénétrations, viols collectifs, vomi, simulations de meurtres et autres délires que les actrices ne peuvent parfois affronter que gavée de tranquillisants et/ou d’analgésiques. C’est cela qui fleurit sur les smartphones de nos enfants aujourd’hui.
  7. L’âge du premier baiser devenu celui de la première fellation
  8. Quand le porno éduque nos enfants
  9. Il serait d’ailleurs intéressant qu’une étude évalue les effets de cette culture porno généralisée sur cette frange d’individus qui, dans toutes sociétés, sont affectés d’une disposition à l’extrême perversion (comme les pédophiles par exemple), et chez qui cette stimulation permanente doit certainement favoriser le passage à l’acte. Combien d’enlèvements, de viols, de meurtres?
  10. En France par exemple, la proportion d’homosexuels est ultra-minoritaire avec environ 1% des hommes et femmes (0,6% des couples), alors que la question de l’homosexualité (et par extension LGBTQ) occupe une place inversement proportionnelle dans le débat sociétal, au cinéma, dans les médias, etc…
  11.  Quand le mouvement LGBT s’invite à l’école !
  12. Allemagne : les collégiens devront-ils bientôt simuler des sodomies en cours ?
  13. Génération Viagra : 20 ou 30 ans et déjà addicts à la petite pilule bleue
  14.  La féminisation de la société a certainement atteint l’un de ses sommets comiques lorsque, pour protester contre les agressions sexuelles de Cologne, les mâles allemands ont pris le taureau par les cornes et défilé…. en mini-jupes.

vendredi 20 octobre 2017

Non à l’autorisation d’un nouvel insecticide « tueurs d’abeilles », le #sulfoxaflor !

Alors que les Etats généraux de l’alimentation battent leur plein, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire Environnementale (ANSES) vient d’accorder en tout discrétion une autorisation d’utilisation d’un nouvel insecticide « tueurs d’abeilles » de la famille des néonicotinoides.

ACT SULFAX MAFIACette décision est inacceptable et incompréhensible* car les parlementaires ont adopté, il y a plus d’un an, le principe d’une interdiction des insecticides néonicotinoïdes en 2018. Accorder une nouvelle autorisation comme le fait l’ANSES est donc une décision qui arrive à contre-temps et méprise les objectifs inscrits dans la loi.

LE SULFOXAFLOR… HAUTEMENT TOXIQUE POUR LES ABEILLES !

L’Agence européenne de sécurité sanitaire (peu connue pour sa proximité avec les écologistes…) a pourtant qualifié l’insecticide de « hautement toxique pour les abeilles ».

Alors… :

  • qu’une nouvelle étude vient de confirmer que 80% des insectes auraient disparu en Europe en 30 ans,
  • qu’une autre enquête a mis en évidence la contamination de la quasi-totalité des miels aux insecticides néonicotinoides,

… l’autorisation d’un nouvel insecticide « tueurs d’abeilles » est scandaleuse !

Chaque année, ce sont 300 000 colonies d’abeilles domestiques et des pans entiers de populations d’insectes pollinisateurs sauvages qui disparaissent en France, effondrement essentiellement dû à l’utilisation des pesticides en général et aux insecticides « tueurs d’abeilles » en particulier.

Interpellez le ministre de l’Agriculture et celui de l’Ecologie afin d’obtenir le retrait immédiat de ce nouvel insecticide, le sulfoxaflor.


https://stop-sulfoxaflor.agirpourlenvironnement.org/

Nonausulfoxaflor_FB

Voir aussi:

L’Europe autorise un nouveau pesticide toxique pour les abeilles

Le Sulfoxaflor, pesticide autorisé en Europe depuis juillet, vient d’être interdit dans une grande partie des Etats-Unis suite à une plainte des associations de protection de l’environnement et des pollinisateurs, à cause de ses dégâts alarmants sur les abeilles. Les autorités sanitaires européennes laissent pourtant deux ans à l’agrochimie pour prouver le contraire : deux ans pendant lesquels le produit sera commercialisé, et les abeilles décimées.

En juillet dernier, la Commission européenne autorisait l’utilisation d’un nouveau pesticide sur les cultures en Europe, le sulfoxaflor. Cette nouvelle substance active est un insecticide neurotoxique très similaire à l’action des pesticides néonicotinoïdes. Une autorisation étonnante compte tenu du moratoire en cours sur trois néonicotinoïdes (Clothianidine, Thiametoxame, et Imidaclopride), notoirement responsables de la disparition massive des abeilles en Europe et dans le monde.

Autorisation encore plus surprenante au regard du rapport de l’EFSA, l’autorité sanitaire européenne chargée d’évaluer la toxicité des substances pour décider de leur mise sur le marché : l’institution émet un avis positif… tout en reconnaissant « un risque élevé pour les abeilles »…

Quand la porte se ferme, l’industrie agrochimique passe par la fenêtre

Petit rappel. En 2013, trois substances sont rendues coupables par des centaines d’études scientifiques indépendantes de décimer les populations d’abeilles. Face à ce constat, et poussée par les associations et les citoyens, la Commission Européenne décide d’interdire partiellement et provisoirement ces substances : un moratoire qui prend fin en décembre prochain.

Une fois encore, l’industrie a un coup d’avance. Elle obtient la mise sur le marché de nouvelles substances très proches des néonicotinoïdes, encore sous-étudiées par la communauté scientifique, mais dont même les autorités sanitaires reconnaissent la dangerosité pour les abeilles.

Le sulfoxaflor : un nouveau pesticide toxique pour les abeilles autorisé en Europe - Photo : S. Caza

Le sulfoxaflor : un nouveau pesticide toxique pour les abeilles autorisé en Europe – Photo : S. Caza

 

L’EFSA a annoncé qu’elle donnait deux ans à Dow AgroSciences, l’entreprise qui commercialise le sulfoxaflor, pour prouver son innocuité sur les abeilles. Il s’agit donc d’autoriser un produit, de le laisser faire des dégâts irréparables sur les pollinisateurs et l’environnement, et faire ce constat dans deux ans et le retirer du marché…

Abeilles décimées aux Etats-Unis, le sulfoxaflor interdit

Deux ans, c’est le temps qu’il a fallu aux organisations apicoles et citoyennes américaines pour faire reconnaître la dangerosité du sulfoxaflor, et faire annuler son autorisation de mise sur le marché.

En 2013, l’EPA, l’autorité sanitaire américaine, autorisait cette substance sans en analyser l’impact sur les abeilles. Apiculteurs, citoyens, et défenseurs de l’environnement tirent la sonnette d’alarme, et s’organisent pour attaquer la décision de l’EPA en justice.

Un procès qu’ils viennent de remporter, puisqu’une cour d’appel américaine vient de faire annuler l’autorisation de mise sur le marché du sulfoxaflor, en estimant que l’EPA avait violé la loi fédérale en autorisant cette substance sans disposer d’études sur son impact sur les abeilles.

Gagnons deux ans pour nos abeilles

De toute évidence, la procédure suivie par l’EFSA en Europe est tout aussi irrégulière que celle de son homologue américaine l’EPA.

A moins d’une mobilisation rapide et massive, le scénario américain laisse présumer de ce qu’il va se passer dans les deux prochaines années : le sulfoxaflor sera utilisé massivement sur les cultures, causant des dégâts irréparables sur les abeilles et autres pollinisateurs essentiels pour l’agriculture, les apiculteurs vont tirer la sonnette d’alarme, suivis par les citoyens, les scientifiques, les associations concernées… Il faudra se battre pour obtenir le retrait de ces pesticides, l’industrie agrochimique, qui aura engrangé des bénéfices sur un pesticide reconnu comme dangereux dès le départ, résistera avec la force qu’on lui connait et en 2017, lorsque l’EFSA demandera des comptes, s’engagera une bataille scientifique comme celle qui est actuellement en cours concernant les trois autres néonicotinoïdes en passe d’être interdits.

(...)

Références :

EFSA (European Food Safety Authority), 2014. Conclusion on the peer review of the pesticide risk assessment of the active substance sulfoxaflor. EFSA Journal 2014;12(5):3692, 170 pp. doi:10.2903/j.efsa.2014.3692
Data gaps were identified in the Section on ecotoxicology. With the available assessments a high risk to bees was not excluded for field uses. A high long-term risk was indicated for the small herbivorous mammal scenario for field uses in vegetables and in cotton.

Décision de la cour d’appel américaine : http://earthjustice.org/sites/default/files/files/sulfoxaflor-opinion.pdf

Fiche technique du sulfoxaflor : http://www.mda.state.mn.us/chemicals/pesticides/regs/~/media/Files/chemicals/reviews/nair-sulfoxaflor.pdf

http://www.pollinis.org/shame-europe/


 

BASE 14 995X225*"Cette décision est inacceptable et incompréhensible" : seulement pour ceux qui ne comprennent pas comment fonctionne l'Union européenne, et notamment les manoeuvres des puissants lobbies, faute de pouvoir se mettre d'accord entre états ayant des intérêts nationaux et des agendas divergents. Alors bien sûr, on peut signer des pétitions, interpeler des élus, organiser des manifestations, tout cela n'est pas inutile, mais il faudra bien un jour aller plus au fond des choses: interroger la validité même d'une construction européenne qui fait la preuve année après année, de son incapacité à protéger les populations, tant en matière économique qu'environnementale. Nicolas Hulot mange déjà son chapeau, comme tant d'autres avant lui...

P.G.

Posté par UPR Creuse à 07:24 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

jeudi 19 octobre 2017

L’Europe choquée après l’assassinat d’une journaliste à Malte

MALTE (paradis fiscal de l'Union européenne)

ACT MAFIA DELPHINEL’assassinat de Daphne Caruana Galizia, la journaliste d’investigation maltaise notamment à l’origine d’accusations de corruption qui avaient provoqué des élections anticipées en juin, provoque une vague d’indignation en Europe.

Daphne Caruana Galizia était la journaliste la plus engagée dans la lutte contre la corruption à Malte. Elle avait été impliquée dans les révélations des Panama papers. Son blog, Running Commentary, était considéré par de nombreux journalistes comme la meilleure source d’information sur son pays.

Elle a été assassinée juste après avoir posté un dernier article sur son blog, dans lequel elle estimait la situation « désespérée » et reformulait des accusations contre des personnalités importantes du gouvernement, lorsque sa voiture a explosé. La force de l’explosion a projeté hors de la route son véhicule, qui a fini réduit en miettes dans un champ.

Dans la soirée, des milliers de personnes se sont spontanément rassemblées à Sliema, près de La Valette, lors d’une veillée, bougies à la main, pour rendre hommage à la journaliste.

« Tout le monde sait que j’ai été vivement critiqué par Mme Caruana Galizia, à la fois politiquement et personnellement », a rappelé le Premier ministre maltais, Joseph Muscat (centre gauche), lors d’un point de presse durant lequel il a dénoncé un acte « barbare » et ordonné aux forces de l’ordre de concentrer toutes leurs ressources pour que son ou ses auteurs soient traduits en justice.

« Ce qui s’est passé aujourd’hui est inacceptable à de nombreux niveaux. Aujourd’hui est une journée noire pour notre démocratie et notre liberté d’expression », a-t-il déclaré. « Je n’aurai de cesse que justice soit faite. »

Selon Malta Television, la journaliste aurait averti la police qu’elle était visée par des menaces de mort il y a deux semaines, sans donner davantage de précisions.

Début juin, Joseph Muscat avait remporté une large victoire lors d’élections législatives anticipées convoquées à la suite d’une série de scandales impliquant plusieurs de ses proches. La journaliste avait joué un rôle central dans cette affaire.

Michelle Muscat, l’épouse du Premier ministre, a ainsi été accusée d’avoir ouvert un compte au Panama pour y abriter, entre autres, des pots-de-vin versés par l’Azerbaïdjan en échange de l’autorisation donnée à une banque azérie de travailler à Malte. Le chef de cabinet du Premier ministre et son ministre à l’Énergie avaient aussi été accusés de détenir des sociétés-écrans non déclarées au Panama. Ils ont tous deux été défendus par Joseph Muscat.

« Le plus gros mensonge de l’histoire politique maltaise », avait alors réagi Joseph Muscat, tout en promettant de démissionner si les faits étaient avérés à la suite d’une enquête qu’il a lui-même réclamée.

D’autres États européens soupçonnent en outre les services financiers maltais de  faciliter l’évitement fiscal. Les autorités allemandes enquêtent actuellement sur quelque 2 000 firmes maltaises ayant des liens avec des entreprises allemandes.

La sphère politique européenne n’a pas tardé à réagir à l’assassinat de Daphne Caruana Galizia. Le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, s’est ainsi déclaré « choqué et scandalisé » : « si les journalistes sont réduits au silence, notre liberté est perdue », a-t-il tweeté.

Le commissaire européen maltais Karmenu Vella (pêche et environnement) a pour sa part dénoncé « une attaque contre notre démocratie ».

Les drapeaux devant la Commission sont en berne en mémoire de la journaliste.

Joseph Daul, qui dirige le Parti populaire européen (PPE) a salué « une des meilleures journalistes d’investigation» et a encensé son travail sur les Panama papers, qui ont fait du monde « un endroit plus transparent et plus juste ».

Même choc du côté du groupe GUE/NGL. L’eurodéputé allemand Fabio De Masi (Die Linke) s’est souvenu du travail de Daphne Caruana Galizia dans le cadre de la commission PANA sur le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et l’évitement fiscal.

Sven Giegold, du groupe Verts/ALE, également membre de la commission PANA, a estimé que la journaliste « avait joué un rôle d’une importance cruciale avec ses dénonciations sérieuses sur le blanchiment d’argent et la corruption à Malte, qui ciblaient notamment des personnalités importantes du gouvernement ».

« Il est trop tôt pour savoir la cause de l’explosion, mais nous nous attendons à une enquête minutieuse, a-t-il ajouté.

http://www.euractiv.fr/section/medias/news/murder-of-maltas-top-investigative-journalist-provokes-shock-and-outrage/


La belle hypocrisie que voilà! Le premier ministre maltais et la "sphère politique européenne" se disent indignés et choqués. Les larbins de l'oligarchie versent des larmes de crocodiles (et parmi eux, sans doute, les commanditaires de cet assassinat) dans l'indifférence générale, comme d'habitude. D'autres sont sincèrement peinés, sans réaliser sans doute que leur soutien à un édifice conçu pour une oligarchie impitoyable peut avoir ce type de conséquences: on ne s'attaque pas impunément à un paradis fiscal et à des politiciens corrompus.

Elle s'appelait Daphne Caruana Galizia, et on ne l'oubliera pas.

BASE 14 995X225P.G.

Posté par UPR Creuse à 18:37 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

La Fondation Clinton refuserait de rendre les 100 000 euros de dons d'Harvey Weinstein

Alors que le scandale de harcèlement sexuel d’Harvey Weinstein fait rage, les associations caritatives se demandent si elles doivent restituer les dons de l’agresseur présumé. La fondation Clinton aurait confié vouloir conserver les fonds reçus.

59e4b671488c7b20398b4567Que feront les bonnes œuvres ou les fondations des encombrantes sommes qu’a données le producteur hollywoodien Harvey Weinstein, accusé de harcèlement sexuel par une quarantaine d’actrices et de jeunes femmes ? Selon le Daily Mail, la fondation Clinton aurait déjà dépensé la somme que lui avait offert le magnat du cinéma, soit au moins 100 000 dollars, et ne compterait pas les rembourser. 

Depuis le scandale déclenché par les révélations de victimes présumées d'Harvey Weinstein, la décision de la fondation Clinton au sujet des donations du producteur était très attendue. Vice-présidente de la fondation, Chelsea Clinton, la fille de Bill et Hillary Clinton, aurait décliné les questions du reporter du Daily mail qui souhaitait l’interroger alors qu’elle assistait le 15 octobre à une rencontre de la fondation à la Northeastern Université à Boston. 

Le Daily Mail annonce en revanche avoir réussi à interroger un porte-parole de la fondation qui lui aurait confié que l’organisation ne rendrait pas la somme, estimée entre 100 000 et 250 000 dollars. Le dernier don du producteur aurait été fait en 2014. Il aurait servi à financer des programmes de la fondation et autres opérations caritatives, comme sur les traitements contre le virus du Sida ou l’aide aux femmes ou aux petites filles.

Les réactions sur Twitter ne se sont pas fait attendre, évoquant de l'argent sale ou la nécessité de rétrocéder la somme.

La fondation Clinton a été plusieurs fois la cible de controverses en acceptant des sommes de l’étranger.

Durant les élections américaines en 2015, alors qu’elle était encore secrétaire d’Etat, Hillary Clinton avait accepté des donations de gouvernements étrangers comme le Qatar, destinés à sa fondation. En 2006, la fondation avait par ailleurs accepté 25 000 dollars d'une fondation dirigée par Jeffrey Epsteinqui avait été arrêté l'année précédente après un dépôt de plainte concernant un abus sexuel présumé en Floride dont aurait été victime une mineure de 14 ans.

Dans une interview à la chaîne américaine CNN le 11 octobre, Hillary Clinton, qui avait bénéficié pour sa campagne présidentielle de dons du producteur américain, avait déclaré : «Mes collègues [du parti démocrate] ont annoncé qu'il allaient reverser cet argent à des associations, bien sûr je vais faire de même.»

https://francais.rt.com/france/44636-fondation-clinton-refuserait-rendre-250-millions-dollars


 

Bizarre, on n'en a pas trop parlé dans nos médias bien- pensants, soutiens indéfectibles du clan Clinton pendant l'élection présidentielle américaine. Que du beau monde autour de cette femme admirable, qui, elle, savait s'entourer, contrairement à ce rustre de Trump...

BASE 14 995X225P.G.

Posté par UPR Creuse à 09:38 - - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Soros a transféré 18 milliards d'euros de sa fortune personnelle vers sa fondation Open Society

Contesté notamment en Hongrie, mais aussi aux Etats-Unis, où il ne cache pas son activisme contre Donald Trump, l'homme d'affaires, dont l'ONG Open Society intervient dans la vie politique de nombre de pays, traverse une période difficile.

ACT SOROSA 87 ans passés, le milliardaire américain George Soros a transféré 18 milliards de dollars à sa fondation Open Society, soit l'essentiel de sa fortune. Un simple jeu d'écriture, toutefois, puisque l'argent passe de la Soros Fund Management, le fonds d'investissement qui gère les intérêts du milliardaire ainsi que ceux de l'Open Society Foundations (OSF), directement à cette dernière. Sur le papier, la quasi-totalité des avoirs de Georges Soros, moins un bas de laine estimé à 7 milliards d'euros, appartient désormais en propre à OSF, qui irrigue à son tour une pléthore d'associations. Ce qui en fait par ailleurs la seconde ONG la plus riche aux Etats-Unis après celle de Bill Gates et de son épouse, la Bill and Melinda Gates Foundation.

Mesure de précaution ?

Si l'âge venant, l'homme d'affaires d'origine hongroise, qui a fait fortune notamment en pariant contre la livre britannique en 1993, a possiblement pris ses dispositions face à l'inévitable, la généreuse donation de son vivant intervient alors que l'OSF traverse des temps difficiles. Montrée du doigt pour son rôle dans les révolutions dites de couleur, entretenant des relations troubles avec l'agence de développement international des Etats-Unis (USAID), la fondation est, entre autres, mise en cause en Hongrie. Budapest l'accuse notamment de promouvoir l'accueil de migrants dans l'Union européenne.

En juin 2017, dénonçant l'ingérence dans la vie démocratique du pays d'origine de George Soros et de son réseau d'associations tentaculaire, le parlement hongrois votait une loi visant à renforcer le contrôle sur les ONG étrangères en Hongrie. Dans le collimateur de Budapest également, l'Université d'Europe centrale (CEU), financée par George Soros, accusée d'influencer les élites du pays, ainsi que le fonctionnement de ses institutions démocratiques. «Il soutient tout ce qui affaiblit la nation, tout ce qui modifie le mode de vie traditionnel européen», avait déclaré Viktor Orban dans une interview radiophonique accordée à la radio Kossuth en 2016.

Ingérence de George Soros... aux Etats-Unis ?

Mais l'OSF est également pointée du doigt aux Etats-Unis depuis l'élection de Donald Trump. Malgré le résultat des urnes, George Soros reste droit dans ses bottes, dans le camp des détracteurs du successeur de Barack Obama. Parmi les partenaires solidaires du mouvement «Women's march», qui avait rassemblé contre Donald Trump des millions de personnes dans la rue en janvier 2017, on trouve ainsi plusieurs ONG ayant reçu des fonds de l'OSF de George Soros, dont la célèbre Human Rights Watch.

En mars 2017, des membres du Congrès américain écrivaient au secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson pour dénoncer les pratiques d'ingérence de la fondation de George Soros, pointant du doigt son activité d'agitation et de propagande en Macédoine, en vue, selon eux, d'un changement de régime. Les mêmes élus soupçonnent également George Soros d'avoir voulu influencer l'élection présidentielle américaine, puis d'avoir déclaré la guerre à Donald Trump, une fois ce dernier élu. En clair, de réunir les conditions d'une révolution colorée aux Etats-Unis-mêmes.

Dernier embarras en date pour le milliardaire né en 1930, une pétition ouverte en septembre 2017 demande le classement de l'ONG de George Soros comme organisation terroriste a réuni à ce jour plus de 150 000 signatures. Le texte, s'appuyant sur le droit de pétition garanti par la Constitution américaine, appelle à saisir les biens du milliardaire.

https://francais.rt.com/international/44721-soros-a-transfere-18-milliards-fortune-personnelle-open-society

Posté par UPR Creuse à 08:33 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Sept idées fausses sur les médias

Les gardiens de nos médias CAC 40 ont une rhétorique bien rodée pour se garder de toute critique, et continuer à passer pour des héros des libertés publiques tout en oeuvrant à verrouiller le système d’information français. Demi-vérités, mythes éculés ou mensonges éhontés, certains de leurs arguments s’avèrent hélas encore très efficaces auprès du public. Voici comment s’armer intellectuellement contre ces pseudo-évidences en sept leçons.

ARG LIBERTE PRESSELes journalistes ont-ils trahi, au sens où Julien Benda pu parler en son temps d’une trahison des clercs ? On pourrait le penser, à voir avec quelle ardeur certains d’entre eux défendent les pouvoirs en place, mordent les mollets des quelques réfractaires, et se satisfont globalement d’un fonctionnement où leurs seuls interstices de liberté sont pourtant condamnés à demeurer sans vraie portée. L’idée de trahison est toutefois peu adaptée, la plupart des journalistes n’ayant pas une claire conscience de l’idéal professionnel qu’ils sacrifient en se faisant les défenseurs d’un système des médias devenu profondément vicieux dans son fonctionnement, et dangereux dans ses implications démocratiques. La plupart n’agissent pas avec l’intention de nuire. Eux-mêmes sont en effet devenus, via l’instruction reçue dans les écoles de journalisme, ou la formation sur le tas dans les open spaces des rédactions contemporaines, le produit d’une vision javélisée de ce métier qui ne leur permet plus d’accéder au sens que celui-ci pouvait avoir, lorsque la grande presse d’opinion existait encore. Accompagnateurs enthousiastes de la ruine de leur profession, beaucoup de journalistes ont l’impression sincère de défendre un système actionnarial certes pas parfait, mais suffisamment bon, au sens où la psychanalyste Mélanie Klein, parlait de soins maternels suffisamment bons pour ne pas trop amocher un psychisme. Lorsqu’ils interviennent dans l’espace public pour patrouiller en faveur de leurs actionnaires, qualifier de complotistes les détracteurs d’un système d’information gardienné dans sa quasi-totalité par les entreprises du CAC 40, et certifier la liberté d’expression dont ils jouissent, certains d’entre eux ont même réellement le sentiment de s’inscrire dans un glorieux combat historique en faveur de la vérité des faits. Si on les attaque, n’est-ce pas d’ailleurs le signe qu’ils gênent ? Si on les malmène dans les meetings, si on les insulte sur les réseaux, n’est-ce pas la preuve qu’ils ont mis leurs pas dans les traces des deux Albert, Londres et Camus ?

A cela, ajoutons que l’idée de traîtrise ne convient pas davantage à la sociologie nouvelle de ce métier, aux nouvelles lignes de front que celle-ci commence malgré tout à esquisser, et aux espoirs qui peuvent tout de même en naître. Plutôt que des Judas, beaucoup de journalistes sont en effet désormais des estropiés de ce système. Si on laisse de côté la fine pellicule des éditorialistes surpayés et fanatiquement dévoués à la perpétuation de ce dernier, la précarisation galopante de la profession est désormais une réalité. Il s’agit désormais d’un milieu où, pour parler crûment, on peut obtenir la sacro-sainte « carte de presse », et donc être déclaré journaliste professionnel, pour un revenu mensuel correspondant à la moitié d’un Smic. Lorsque l’on sait que, malgré cela, le nombre de cartes de presse a pour la première fois reculé en France depuis 2015, cela en dit long sur la réalité salariale d’un métier que la destruction en cours du code du travail va bien sûr encore considérablement contribuer à dégrader. Ainsi beaucoup de journalistes sont-ils en train de changer de classe, c’est un fait. Seulement voilà, même chez ces gens-là, et à cet égard la puissance de l’idéologie ne laisse pas d’impressionner, vous en trouverez encore très peu à cette heure pour remettre en question le système général de possession des médias pourtant en grande partie responsable de leur situation. Ou pour quitter le domaine de la plainte purement locale, et réclamer autre chose que des « chartes éthiques », c’est-à-dire de bonnes paroles de leurs actionnaires, des promesses vertueuses de non-intervention, et autres airs de flûte grandioses qui n’engagent que ceux qui les écoutent.

Autant de raisons pour lesquelles, aujourd’hui, il est plus que jamais important d’identifier les différentes idées fausses qui empêchent le public de prendre conscience de la nécessité de s’emparer de la question des médias, et d’en faire une question politique prioritaire. Ces verrous-là, je viens de le dire, ils sont souvent entretenus par les journalistes eux-mêmes. Parfois ce sont de pseudo-évidences en réalité erronées, parfois des mensonges éhontés, parfois des mythes consolateurs pour la profession, mais tous ont en tout cas un très fort pouvoir de neutralisation, et entretiennent le public dans l’idée que finalement, il y a quelques brebis galeuses dans ce métier, mais que globalement tout ne va pas si mal, que tout pourrait même être pire, et surtout que l’on ne voit pas comment cela pourrait aller beaucoup mieux. J’en ai listé sept au total. Il est absolument indispensable d’avoir ces sept idées trompeuses en tête, et de s’armer intellectuellement face à elles. Car désormais, c’est bien le drame, nous ne retrouverons pas une véritable vie démocratique tant que, d’une façon ou d’une autre, la situation dans les médias n’aura pas été déverrouillée.

1/ Première idée fausse : les actionnaires de médias « n’interviennent » pas

Ils n’exigent rien des directeurs de rédaction, qu’ils ont pourtant choisis pour la plupart, parmi les plus zélés du cheptel. Ils découvrent donc dans le journal, comme n’importe quel lecteur, le travail de leurs soutiers qui, par une espèce d’harmonie préétablie leibnizienne, se trouve être à l’unisson de leur vision du monde. Ainsi les actionnaires de médias, Bernard Arnault, Xavier Niel, Patrick Drahi et les autres, seraient donc les seuls actionnaires, tout secteur confondu, à n’attendre aucun retour sur investissement d’aucune nature, et ce en dépit d’injections substantielles de fonds dans une activité notoirement déficitaire.

Alors évidemment, c’est une insulte à l’intelligence des gens. Mais c’est pourtant un discours couramment tenu, et pas seulement par les managers de ces groupes, par les journalistes eux-mêmes, dont certains ferraillent dur sur les réseaux sociaux pour défendre l’incorruptibilité de leurs patrons. Ainsi, pour ne prendre que des exemples récents, on a pu entendre le directeur général de BFM TV expliquer dans une récente édition de « Complément d’enquête » sur France 2 qu’il avait rencontré une seule fois Patrick Drahi dans sa vie. Etait-ce vraiment la question ? Ou encore, on a pu voir le responsable du Decodex au journal « le Monde », sorte d’index Vatican mis au point par un organe de presse privé pour trier les sites fréquentables des poubelles de l’information, expliquer que les actionnaires ne les appelaient pas, je cite, avant la parution des papiers, affirmation à la fois peu contestable et puissamment comique. Mais l’on a pu aussi voir le même personnage batailler inlassablement sur les réseaux pour se porter garant du fait qu’aucun de ses patrons n’avaient jamais soutenu publiquement la candidature de Jupiter redux Macron (ce qui est factuellement faux), et que des chartes d’indépendance intraitables leur servaient en tout état de cause de ceinture de chasteté éditoriale (ce qui est simplement ridicule). Il semblerait en tout cas que cela suffise à rassurer pleinement ledit responsable du Décodex quant à la marche vertueuse du système, ce qui au minimum ne témoigne pas d’une grande curiosité de la part d’un « décodeur » professionnel.

L’actuel directeur de la rédaction de ce même quotidien, « Le Monde », a aussi pu, dans un éditorial publié à l’occasion de la mort d’un de ses actionnaires, Pierre Bergé, assimiler les gens qui prêtaient la moindre influence sur la ligne aux actionnaires à des « complotistes ». Face à ce verrou-là, les gardiens des médias ne prennent même pas la peine de répondre par des arguments. Ils se bornent à discréditer les personnes, voire à les psychiatriser. Car qu’est-ce qu’un complotiste sinon un paranoïaque et un malade mental à la fin des fins ? On voit en tout cas à quel point il est important pour le système de neutraliser tout individu cherchant à révéler au public le poids que pèsent les actionnaires de médias sur la vie d’un journal, et le genre de catastrophe démocratique qu’ils peuvent organiser à l’échelle d’un pays quand leurs vues convergent, c’est-à-dire très souvent, notamment quand le coût du travail est en jeu. Il est pourtant assez évident que dans une société démocratique, où le suffrage universel existe encore, et cela même s’il est en passe de devenir une farce organisant l’impuissance collective, le contrôle capitalistique des médias est une question politique cruciale. Il est évident que ce constat-là n’a rien à voir avec un propos conspirationniste, et que prêter des arrière-pensées aux géants des télécoms quand ils investissent dans les médias n’a rien à avoir avec le fait d’être agité par les Illuminati ou une quelconque autre société secrète horrifique du type Skulls and Bones. Celui qui ne comprend pas cela, le responsable du Decodex par exemple, est-il équipé dans ces conditions pour décoder quoi que ce soit au champ de pouvoir capitalistique extraordinairement violent dans lequel il se meut semble-t-il en toute inconscience? On peut au moins se poser la question.

Tout cela est d’autant plus inquiétant à observer que ce qui se passe chez nous aujourd’hui s’est produit il y a exactement vingt ans aux Etats-Unis avec des conséquences dramatiques quant à l’indépendance de la presse et à la persistance même de l’existence d’un espace public. L’ex-rédacteur en chef du « Chicago Tribune », James Squires, un ancien Prix Pulitzer qui rompit avec le système et en fit un livre (1), soutenait ainsi en 1993, que la prise de contrôle intégrale des médias par les grandes compagnies états-uniennes avait entraîné la « mort du journalisme », je cite ses mots. En deux décennies, ainsi qu’il l’établissait, la mainmise de la « culture Wall Street » sur les médias, soit l’équivalent de notre presse CAC 40, avait réussi à détruire entièrement les pratiques et l’éthique de ce métier, réduisant les responsables de journaux à être des cost killers plutôt que des intellectuels, des managers plutôt que des artisans de l’intelligence collective. James Squires, un autre indécrottable paranoïaque sans doute.

Je citerai pour finir sur ce point Robert McChesney, autre spécialiste de ces questions aux Etats-Unis, notamment auteur d’un texte aussi alarmant qu’important paru en 1997, qui s’intitulait « Les géants des médias, une menace pour la démocratie ». McChesney y énonçait la chose suivante, dont on aimerait qu’elle devienne un jour une évidence, au moins pour les gens de bonne volonté: « L’idée que le journalisme puisse en toute impunité présenter régulièrement un produit contraire aux intérêts primordiaux des propriétaires des médias et des annonceurs est dénuée de tout fondement. Elle est absurde ».

2/ Deuxième idée fausse : on ne peut pas se passer de ces grands capitaux privés

Ils ont même sauvé la presse, entend-on ad nauseam, dans la bouche des factoctums qui sont leurs relais dans les médias. Seule l’injection massive de capitaux qu’ils ont pratiquée était en mesure de venir à bout des gouffres financiers créés par le journalisme, corporation inefficace et passéiste. Dans le même ordre d’idées, on vous dira que ça se passe pareil à l’étranger. Regardez les Etats-Unis, voyez Jeff Bezos qui a racheté le Washington Post, impossible de ne pas en passer par là, on vous le dit. Or tout cela est en réalité inexact. Et l’on oublie aussi soigneusement au passage de rappeler que ledit patron d’Amazon a commencé à s’intéresser au vénérable Post quand il s’est trouvé dans le viseur de l’administration fédérale, autant pour sa sale manie de contourner l’impôt, qu’en raison des pratiques monopolistiques de sa compagnie.

L’irruption d’Internet, de Google et autres Gafas, a bien sûr changé les équilibres financiers de la presse, c’est une évidence. Mais elle n’a pas créé les problèmes financiers de la presse. Il faut en avoir conscience, le financement a toujours été un problème pour cette dernière : le web n’a rien introduit de nouveau sur ce point, contrairement à ce qu’on tente de faire croire au public pour justifier l’injustifiable, à savoir le contrôle intégral de l’espace public par de grands conglomérats. Ainsi « l’Humanité » fondée en 1904 avait déjà des problèmes d’argent, et plus tard, aux lendemains de la guerre, « Le Monde » et « Combat » connurent eux aussi régulièrement de très mauvaises passes financières. Leurs fondateurs allèrent-ils pour autant se jeter aux pieds des grands industriels, tendirent-ils la sébile auprès de banquiers d’affaires déjà à l’affût de leur dépouille ? Evidemment non, je les citerai sur ce point. Jaurès au sujet de « l’Humanité » : « Toute notre tentative serait vaine si l’entière indépendance du journal n’était pas assurée et s’il pouvait être livré, par des difficultés financières à des influences occultes ». Notons au passage que celui-ci, pour qualifier les intérêts industriels pesant sur la presse parlait « d’influences occultes ». Sans doute Jaurès était-il la proie de tentations complotistes, écrirait aujourd’hui le directeur du Monde. Mais l’on pourrait aussi citer Hubert Beuve-Méry, exactement dans la même veine, cinquante ans plus tard: « Bien que les journaux ne soient pas toujours prospères, tant s’en faut, l’argent sous une forme ou sous une autre, ne cesse d’affluer. Comment expliquer que tant de gens aient tant d’argent à perdre, et d’où peut donc provenir cet argent ? ». On sent également derrière cette dernière formule interrogative une forte pente au complotisme le plus débridé, soupçonneraient aujourd’hui les nouveaux responsables de son propre journal.

Ainsi, si les géants des télécoms, Xavier Niel et Patrick Drahi, ont désormais élu pour terrain de jeu les médias depuis les années 2010, ce n’est pas parce qu’eux seuls étaient en état de supporter les coûts soi-disant astronomiques de la presse. C’est parce qu’ils y avaient un intérêt stratégique majeur, et que, avec la complicité du pouvoir politique, et à la faveur d’un affaiblissement de la culture démocratique chez les journalistes autant que chez les citoyens, ils ont commis un véritable raid sur la circulation des opinions dans notre pays. Là encore, tournons nos regards vers les Etats-Unis, où les géants des télécoms comptent également parmi les groupes de pression les plus redoutés et les plus influents de tous ceux qui cherchent à avoir les faveurs du Capitole. Une fois encore, je le répète, nous vivons avec vingt ans de retard le désastre du journalisme américain, et nous en franchissons patiemment toutes les étapes, commettant les mêmes erreurs.

Dernière remarque sur cette affaire de financement. Pour ce qui est de la faisabilité de lancer un titre sans ces magnats des télécoms, du béton ou de la banque d’affaires, nul besoin d’épiloguer davantage. Après tout, la création d’entreprises de presse en ligne comme Mediapart, devenu en moins de dix ans l’une des plus lucratives et actives rédactions du pays, est de facto une preuve que le désir des lecteurs peut suffire à faire vivre un titre, même si cela ne va pas sans épreuves. La liberté ne va jamais recréer sans ses propres servitudes.

3/ Troisième idée fausse : critiquer les médias c’est attaquer les personnes

On connaît cette forme de chantage grossier, hélas très commun, j’en rappellerai la teneur. Dès que les médias se voient mis en cause, ils brandissent le rayon paralysant: les journalistes font de leur mieux, certains travaillent très bien, avec les meilleures intentions du monde, si vous persistez à dénoncer agressivement le système de financement des médias, vous aurez des journalistes agressés sur la conscience demain. Variante de l’argument : critiquer les médias, c’est déjà avoir un pied dans le fascisme ou le bolivarisme – vice politique presque plus grave encore.

Ce chantage est inacceptable pour plusieurs raisons.

D’abord, il est pernicieux de faire reposer sur des individus, leur résistance et leur intégrité isolées, le devoir de contrebalancer la puissance de groupes entiers. Quand le CAC 40 a fait main basse sur les médias, quand toutes les chaînes d’informations en continu pesant de tout leur poids sur une présidentielle sont entre les mains d’un Drahi et d’un Bolloré, on ne peut pas se contenter de dire : il y a des petites mains qui travaillent très bien dans leur coin, certains journalistes ont une vraie éthique, il n’y a pas que des idiots utiles ou des vendus. Nul n’en doute à vrai dire, mais ce n’est pas la question. On ne peut pas tabler sur l’héroïsme ordinaire d’un salarié, si tant est qu’il soit praticable, pour aller à l’encontre de l’orientation politique générale de ses employeurs, supérieurs hiérarchiques et autres bailleurs de fond. D’autant moins que les réductions d’effectifs drastiques dans la presse, en dégradant le marché de l’emploi pour les journalistes, ont totalement déséquilibré le rapport de force avec les directions. Là encore, comme aux Etats-Unis dans les années 90, l’autonomie de la profession est en passe d’être détruite par le chantage à l’emploi.

C’est donc au niveau systémique qu’il faut agir, les individus ne peuvent rien seuls contre des forces aussi écrasantes. Une poignée de journalistes, même de valeur, est nécessairement impuissante face à la marée montante de leurs confrères qui, eux, acceptent les règles du jeu, et produisent un journalisme insipide défendant les intérêts de l’oligarchie. Tout au plus cette petite poignée de gens à la sensibilité politique différente peut-elle ponctuellement servir d’alibi, mais elle est en réalité toujours maintenue dans la position du minoritaire. Or, par définition, un alibi ne débloque jamais le système. Tout au contraire, il sert de force d’ajustement pour empêcher que le système ne soit un jour débloqué.

Ensuite, ce sont précisément dans les pays où l’on a laissé la culture démocratique se dégrader constamment, que les journalistes se voient aujourd’hui emprisonnés, comme en Turquie, victimes « d’agressions de rue », comme on dit pudiquement en Russie, voire d’assassinats. C’est justement dans les pays où le despotisme de l’argent et de l’Etat a à ce point gagné la bataille qu’il n’a plus rien à redouter de la justice, que ces choses-là arrivent. A l’inverse de ce qu’on nous raconte pour dissuader toute critique, c’est donc précisément afin de garantir à l’avenir la sécurité des personnes qu’il faut se battre aujourd’hui pour sauver l’indépendance des médias.

 4/ Quatrième idée fausse : la diversité existe, « les médias » ça n’existe pas

Combien de personnes pour vous dire hardiment, et parfois même de bonne foi : on peut tout de même choisir entre « le Figaro », « les Echos » ou « Libération », et leurs lignes ne sont pas les mêmes, voyons ! Ou encore : « Moi je pioche ici et là, je fais mon marché à différentes sources, je suis informé de manière tout à fait pluraliste ». Les mêmes vous diront généralement qu’ils le sont au demeurant gratuitement. Et les journalistes d’abonder : « les médias » en soi ça n’existe pas, entre autres bla-blas. Evidemment c’est illusoire là encore. Il y a même ici plusieurs erreurs encastrées l’une dans l’autre à vrai dire.

Première remarque à ce sujet : si vous ne payez pas, c’est que quelqu’un d’autre, quelque part, paye à votre place pour que vous ayez ce que vous lisez sous le nez, et il s’agit généralement d’annonceurs. Or les annonceurs ont tendanciellement les mêmes intérêts politico-oligarchiques que les actionnaires des médias. Donc il se trouve qu’en vous informant uniquement à l’oeil, non seulement vous détruisez les chances de survie d’un journalisme de qualité, mais en plus vous contribuez à renforcer l’homogénéité idéologique de l’information produite.

Plus généralement, lorsque les médias appartiennent à des groupes d’affaires, il existe toutes sortes de sujets sur lesquels leur communauté de vue est totale. Sur la loi Travail XXL par exemple, vous n’aurez pas de vision différente si vous lisez les « Echos » de Bernard Arnault, ou « le Figaro » de Serge Dassault, ou « L’Obs » de Monsieur Niel, ou « le Point » de Monsieur Pinault, hebdomadaire de la droite libérale dont l’un des éditoriaux de rentrée commençait par la phrase suivante : « Emmanuel Macron est notre dernier espoir ». Tous propagent comme par enchantement les mêmes idées quand la restriction du droit des salariés et le montant des dividendes actionnarial est en jeu. L’existence même d’un phénomène politique comme Emmanuel Macron, véritable media darling de toute cette presse CAC 40 pendant la présidentielle, prouve que ce qu’on appelle la « diversité » idéologique de ces titres est bidon. La possibilité même de quelque chose comme le macronisme a révélé la vérité définitive sur cette affaire : la droite LR et la gauche PS étaient en réalité deux factions d’un même « parti des affaires » qui vient officiellement de se réunifier.

On pourrait bien sûr citer d’autres exemples que celui de la réforme du code du travail pour illustrer le fait que, via leurs médias, les milieux d’affaires réussissent à vitrifier l’opinion publique sur certains sujets cruciaux lorsqu’ils le veulent. Ainsi en France après 2005, on a assisté à une neutralisation complète de la question européenne après le référendum, où le peuple s’était pourtant prononcé clairement. L’euroscepticisme, invariablement criminalisé dans l’ensemble des médias, a rendu cette discussion entièrement « taboue » dans le débat public, au mépris de la démocratie la plus élémentaire. C’est la raison pour laquelle lorsque, participant à certains plateaux de télévision, vous entendez des journalistes entièrement ventriloqués par ces mêmes milieux CAC 40, aller jusqu’à remettre en question l’idée d’un « système » médiatique, et qualifier bien sûr au passage cette représentation de « complotiste », il y a là de quoi rire longtemps, et même très longtemps.

Autre argument fréquemment entendu pour ménager l’idée de pluralité et démentir le fait que les journalistes pencheraient systématiquement du côté de la ligne néolibérale de leurs actionnaires… L’idée selon laquelle les journalistes seraient plutôt spontanément rebelles à l’ordre établi. L’idée selon laquelle les journalistes auraient des affinités électives « de gauche », et seraient notoirement « liberals » comme on dit aux Etats-Unis. Ce point est important, car il constitue également un verrou très puissant du système. La perversité de la chose c’est bien sûr de faire mine de confondre les opinions sociétalement de gauche, mollement pro-migrants, favorables aux libertés publiques, ou encore gay friendly, et les opinions politiquement de gauche, anticapitalistes, « radicals » comme on dit aux Etats-Unis.

Les premières ne gênent en rien l’actionnariat, qui aura plutôt tendance à les encourager. Cette comédie du journalisme spontanément « de gauche » est même nécessaire à la bonne marche du système. Elle fournit en effet, je citerai une fois encore Robert McChesney sur ce point, l’apparente « preuve de l’existence d’une opposition loyale ». L’illusion qu’il existe encore un journalisme combatif, animé par de puissantes valeurs démocratiques. Ainsi a-t-on pu voir au cours de l’été 2017 pas moins de 20 sociétés des rédacteurs, parmi lesquelles les plus macroniennes d’entre toutes, s’assembler bruyamment pour se plaindre du fait que l’Elysée entendait désormais choisir les reporters embedded avec le Président Macron. Quels maquisards ! Quelle prise de risque ! Il fallait certes le faire, marquer le coup, mais typiquement c’est le genre de posture qui non seulement ne nuit en rien au système général, mais induit à tort l’idée que les journalistes restent des vigies de la démocratie. Je laisserai chacun juge de la réalité sur ce point.

Dans le même esprit qui prête aux journalistes des médias mainstream une vision culturellement « de gauche » sur le plan des libertés publiques, vous trouverez bien sûr aussi toute la droite dure, leurs trolls et leurs pantins médiatiques, qui voient derrière chaque journaliste, homme ou femme, une « gauchiasse » ou une « journalope », oeuvrant dans les « merdias » contre les intérêts supérieurs de la nation. Chacun a déjà croisé ce vocabulaire délicieux sur les réseaux sociaux. Evidemment, il s’agit là encore d’un leurre complet. Dans cette affaire, la droite extrême joue ni plus ni moins que le rôle « d’idiote utile » du milieu des affaires. Ainsi les Zemmour, Finkielkraut ou les Elisabeth Lévy vous expliqueront que tous les journalistes sont de gauche. Ce n’est même pas un mensonge dans leur bouche. C’est une croyance qu’ils ont. Une persistance rétinienne, résistant à toute expérience. Il est vrai que, vu du Sirius réactionnaire, toute personne qui ne milite pas pour jeter les Arabes à la mer est à mettre dans la catégorie « gauchiasse ». De Jean-Luc Mélenchon à Pierre Arditi en passant par Harlem Désir, le monde est ainsi peuplé de « gauchiasses ». Sauf qu’il est bien évidemment grotesque de soutenir en 2017 que la population journalistique penche massivement à gauche.

Bien au contraire, on ne compte quasiment plus aucun journaliste « radical » au sens américain dans ce pays. Ils ont tous été éliminés, placardisés, et l’on trouve même toutes sortes de tricoteuses sur les réseaux sociaux pour trouver ça parfaitement normal puisque ce sont, je cite, des « extrémistes ». Cette affaire de journalistes aux humeurs spontanément « de gauche » est donc une commode imposture, qui arrange en réalité beaucoup de monde. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si beaucoup de salariés de la presse la plus néolibérale exhibent fièrement ces insultes comme une légion d’honneur sur les réseaux sociaux – retweetant même frénétiquement la moindre injure à eux adressée par le plus insignifiant troll lepéniste. Cette comédie flatte leur amour-propre et, au passage, protège leurs actionnaires.

5/ Cinquième idée fausse : les journalistes doivent être neutres

C’est le premier commandement enseigné dans les écoles de journalisme. Au harem des idées, le journaliste est nécessairement cantonné dans le rôle de l’eunuque. Il doit rester neutre. Sinon c’est un militant, et ce n’est pas bon pour son avancement, pas du tout même. Militant, ça sent le couteau entre les dents, l’intransigeance, voire l’agenda secret. Si le journaliste a des combats, ça ne peut donc être soit que de grandes généralités concernant les libertés publiques, qui souvent hélas ne mangent pas de pain, soit le fact checking compulsif qui tient trop souvent lieu de seule colonne vertébrale aujourd’hui à la profession, de « Décodeurs » en « Désintox ». Entre les deux, on observe un véritable trou noir des combats admissibles. Alors ce point-là est évidemment très important. Et mon propos ne sera pas en la matière de renvoyer chacun à « sa » vérité, ou à sa commune absence d’objectivité. D’abord parce que la vérité est une, factuellement parlant, il faut tout de même partir de là. Ensuite parce que c’est un très mauvais angle d’attaque sur cette question. Ce dont il faut se convaincre, au contraire, c’est que l’on peut à la fois respecter scrupuleusement les faits et avoir des combats véritables. On met dans la tête du public et des journalistes en formation que c’est inconciliable, qu’engagement et scrupule factuel sont incompatibles. Mais ce puissant verrou mental-là, il faut le faire sauter d’urgence justement. Seule notre presse contemporaine, revenue peu à peu dans le poing du capital depuis la Libération, tend à rendre ces deux choses inconciliables.

J’en appellerai à nouveau sur ce point au Jaurès de « l’Humanité ». Ce qui frappe en relisant son premier éditorial, c’est de quelle façon sa très haute conception du journalisme nouait le souci de l’exactitude factuelle à la radicalité de l’engagement, sans que les deux choses apparaissent nullement comme contradictoires. Extrait : « La grande cause socialiste et prolétarienne n’a besoin ni du mensonge, ni du demi-mensonge, ni des informations tendancieuses, ni des nouvelles forcées ou tronquées, ni des procédés obliques ou calomnieux. Elle n’a besoin ni qu’on diminue et rabaisse injustement les adversaires, ni qu’on mutile les faits. Il n’y a que les classes en décadence qui ont peur de toute la vérité. » Il n’y a que les classes en décadence en effet qui diabolisent les adversaires, qui trafiquent la vérité continûment sous couvert de chasse aux fake news, qui parlent Venezuela quand on leur parle droit du travail. Ce texte d’il y a plus de cent ans devrait être une source d’inspiration constante, aux antipodes de l’idéologie journalistique contemporaine qui revendique à l’inverse une neutralité absolue, une absence totale d’engagement partisan. La chose dissimulant au demeurant le plus souvent la mise en place d’un contrôle politique violent.

Je terminerai sur ce point en rappelant que cette idéologie de la neutralité a une histoire qui est consubstantielle à celle de la presse sous perfusion capitalistique. Aux Etats-Unis, elle naît avec les écoles de journalisme, et cela dès les années 1920. Le journaliste professionnel diplômé est censé acquérir un système parfaitement « neutre » de valeurs – mais évidemment, la grande maestria de ces écoles, c’est d’arriver à faire passer les médias « capitalistes friendly » pour la seule source objective, et de leur fournir au passage les petits soldats adéquats à cette tâche. Il faut observer que ce journalisme-là a pleinement et activement contribué à la dépolitisation entière de la société américaine. Lorsque vous videz de tout contenu politique un journal télévisé, par exemple, vous le rendez ennuyeux et indéchiffrable, simple litanie d’anecdotes sans intérêt ni sens quelconque.

Notons aussi, pour finir, qu’en période de mobilisation guerrière aux Etats-Unis, prenons par exemple le cas de la première Guerre du Golfe ou celui de l’invasion de l’Irak en 2003, on a pu voir de quel genre de respect viscéral des faits le journalisme « neutre » et strictement « objectif » était en réalité animé.

6/ Sixième idée fausse : les journaux sont par définition des forces démocratiques, à défendre quoiqu’il arrive

Sinon c’est le Venezuela où l’on ferme des médias, sinon c’est le trumpisme où un Président injurie des éditorialistes, sinon c’est le poutinisme où l’on retrouve des journalistes morts dans leur cage d’escalier. Cette vision-là d’un journalisme « rempart de la démocratie » s’avère très utile pour couvrir toutes sortes de méfaits des médias dans des pays où les journalistes ne risquent nullement leur peau. Il s’agit vraiment d’un bouclier en carton, un peu obscène même car se cacher derrière des cadavres et des héros quand on ne risque rien est d’une obscénité avérée, mais redoutablement efficace. On l’utilise beaucoup contre la « France Insoumise » en ce moment, qui se serait rendue coupable d’attaques verbales innommables contre les lanceurs d’alerte nés que sont les journalistes français. L’un des rares programmes de la présidentielle à avoir proposé une refonte démocratique ambitieuse de tout le système des médias*, plutôt que de se borner à réclamer le pansement des chartes éthiques sur la jambe de bois des médias corporate, eh bien c’est justement ce programme-là, celui de la « France Insoumise », que l’ensemble la presse perfusée au CAC 40 a présenté comme potentiellement liberticide et menaçant. Ce retournement-là, aussi stupéfiant qu’il soit, est très classique en fait, là encore l’exemple américain nous précède.

Ainsi les journaux, quoiqu’ils fassent ou disent, revendiquent le statut de remparts démocratiques. L’expérience montre pourtant, à l’inverse, qu’ils peuvent ponctuellement devenir exactement l’inverse. A savoir de véritables nuisances démocratiques. Mais là encore, le mythe perdure, le public ayant soigneusement été entretenu dans cette idée depuis de longues années. Ainsi la majorité de la population croit-elle encore en l’existence d’une « presse libre ». Elle n’est presque jamais exposée dans l’espace public à un discours qui, au-delà de quelques attaques ad hominem contre certains éditorialistes, lui montre que l’information est faussée à la source par sa mise sous tutelle financière. En contribuant à décomposer l’espace public, ces médias-là préparent pourtant le terrain à de futures violences politiques. J’achèverai ce sixième point par une remarque de Noam Chomsky qu’il ne faut jamais perdre de vue, quand on essaie de se rassurer à peu de frais sur l’innocuité de la presse : « La propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à l’Etat totalitaire. » Lorsqu’une presse démocratique verse ouvertement dans la propagande, il n’y a donc aucune raison de ne pas en mener la critique impitoyable.

7/ Septième et dernière idée fausse : les médias ne peuvent pas grand-chose

Lorsqu’un éditocrate est totalement acculé, c’est généralement la dernière cartouche qu’il tire. Arrêtez avec « les médias » ! Les gens, on ne peut pas leur mettre n’importe quoi dans le crâne. Ils ont « leur libre arbitre » comme le disait un matin avec solennité la responsable de la revue de presse de France Inter, peu après l’élection de Macron. Là encore c’est du complotisme voyons, d’ailleurs « les médias » ça n’existe pas, et puis les médias vous le savez bien, ils sont très divers, et caetera, et caetera, et caetera. Evidemment, on reconnaîtra synthétisées ici, dans cette seule idée, toutes les idées fausses précédemment passées en revue.

Quel sens cela peut-il avoir pourtant de parler de « libre arbitre » pour des individus isolés qui subissent un tel tapis de bombes ? Où trouver les informations pour exercer son discernement quand de tels flux d’opinions vous sont infligés à de si hautes doses? Il existe certes une grande conscience chez toutes sortes de gens de la menace que fait peser sur leurs libertés un espace public dévitalisé, manœuvré en coulisses par toutes sortes de grandes fortunes du CAC 40 déguisées en philanthropes. Beaucoup plus que chez certains journalistes hélas. Mais au point où nous en sommes, cela ne suffit plus.

Abreuvés de rasades entières de mensonges, et de communication politique, les gens sont en proie à un sentiment d’immense découragement. Beaucoup retournent donc à leur « petite affaire » pour reprendre les mots de Gilles Deleuze (2), et tournent purement et simplement le dos à la politique. C’est ainsi que cinquante ans de luttes sociales peuvent se trouver arasées en un été, la machine médiatique étant là en appoint pour administrer une immense péridurale au pays, à base de boucles de langage vidées de sens, et autres héroïsation d’une fonction présidentielle en réalité dépassée. L’élection de Macron a donné le sentiment à beaucoup, en grandeur nature, de se trouver pris dans une gigantesque souricière. En amont les médias ont expliqué qu’il n’y avait d’autre choix possible que Macron, et qu’il serait antidémocratique de ne pas voter pour lui. En aval les médias ont expliqué qu’il n’y avait rien à faire contre les mesures de Macron, qu’il les avait au demeurant annoncées sans ambiguïté avant son élection, et qu’il serait donc antidémocratique de lutter contre elles. Donc oui les médias peuvent beaucoup, et même tout en réalité quand il s’agit de décourager les gens. Et oui, la presse indépendante peut un jour entièrement disparaître. Pas seulement parce qu’un Etat autoritaire fermerait les médias. Mais parce qu’une démocratie aurait laissé sa presse entièrement dévorée par les intérêts privés. Nous pouvons un jour tomber dans un coma semblable à celui des Etats-Unis. Être un journaliste ou un intellectuel de gauche là-bas ne relève même pas de l’héroïsme, plutôt de l’excentricité sans conséquence politique. Il est très difficile de ressusciter un espace intellectuel démocratique quand il a été entièrement dévasté, mieux vaut faire en sorte qu’il ne meure jamais. Il est grand temps.

Aude Lancelin | 11 octobre 2017

Ce texte est une version augmentée de l’intervention prononcée le 13 septembre 2017 au colloque « Penser l’émancipation », qui s’est tenu à l’université de Vincennes, sur le thème : « Médias, la nouvelle trahison des clercs ». Merci aux organisateurs de la revue Période.

 Notes

(1) “Read all about it ! The corporate takeover of America’s newspapers”, par James D. Squires, Random House (non traduit en français).

(2) ”L’Abécédaire”, par Gilles Deleuze et Claire Parnet, téléfilm produit par Pierre-André Boutang.

Source: https://audelancelin.com/2017/10/11/sept-idees-fausses-sur-les-medias/amp/

http://arretsurinfo.ch/sept-idees-fausses-sur-les-medias/


*"L’un des rares programmes de la présidentielle à avoir proposé une refonte démocratique ambitieuse de tout le système des médias", l'autre étant bien sûr le celui du candidat de l'Union populaire républicaine, qui, lui, contrairement à d'autres, n'a eu pratiquement aucun accès aux médias, sauf pendant la période dite d'"égalité du temps de parole", puisqu'on ne pouvait faire autrement, et ce sous forme caricaturale. Précisons que depuis l'élection, plus aucun média "CAC 40" ne lui donne la parole.

LOGO FL A5Cela étant, le prisme "de gauche radicale" de l'ensemble de l'article n'enlève rien à la force des arguments présentés ici. D'autant que l'auteur a la décence de mentionner le traitement de la question européenne, même si on aurait aimé des développements sur ledit traitement...

Nous pensons pour notre part que le traitement des questions économiques et celui de la question européenne sont consubstantiellement liés. Ce qui explique de mon point de vue pourquoi Jean- Luc Mélanchon, ou Marine Le Pen, disposent d'une tribune, quitte à être descendus en flèche, et pas François Asselineau, qui fait le lien, justement.

P.G.

mercredi 18 octobre 2017

Uber über alles !

La revue Eléments mérite vraiment qu’on en parle.

ARG ELEMENTS ROBOTSMieux, elle mérite d’être lue, partagée, et relue. Collectionnée peut-être. Alain de Benoist, le philosophe anarchiste*, bon bougre et mauvais coucheur, qui veille sur sa destinée et y produit tous les deux mois des éditos vengeurs et des articles ravageurs (et vice versa), a bien voulu répondre à quelques questions à peine orientées, suscitées par le solide dossier du dernier numéro sur l’ubérisation à marches forcées à laquelle on soumet aujourd’hui la société française mondialisée, et qui nous prépare de jolis lendemains qui chanteront faux.

Jean-Paul Brighelli. Voilà que vous détournez le « grand remplacement » ethnique cher à Renaud Camus par un « grand remplacement » économique : l’ubérisation de l’ensemble des sociétés libérales — française, entre autres. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste cette mutation ?

Alain de Benoist. Le « grand remplacement économique », ce n’est pas tant l’ubérisation que le remplacement de l’homme par la machine, voire par l’intelligence artificielle, à laquelle conduit l’évolution même du travail, évolution dont l’ubérisation ne représente qu’un aspect.

« On l’oublie trop souvent : le capitalisme, ce n’est pas seulement le capital, c’est également le salariat. C’est aussi le système qui repose sur la force de travail, base de la valorisation du capital, et la transformation du travail concret en travail abstrait, concomitante de la transformation de la valeur d’usage en valeur d’échange. La transsubstantiation du travail en argent, puis de l’argent en capital, produit l’autovalorisation de la valeur. Le travail au sens moderne est une catégorie capitaliste. La généralisation du salariat fut une révolution silencieuse, mais une mutation énorme. Hier on avait un métier, aujourd’hui on cherche un emploi. Le métier et l’emploi, ce n’est pas la même chose. L’avènement du marché où l’on peut vendre et acheter contre salaire de la force de travail implique à la fois la destruction des anciennes formes sociales et la séparation du travailleur d’avec les moyens de production.

« La contradiction principale à laquelle se heurte aujourd’hui le capitalisme est directement liée à l’évolution de la productivité. Cette contradiction est la suivante. D’un côté, le capital recherche en permanence des gains de productivité lui permettant de faire face à la concurrence, ce qui entraîne des suppressions d’emploi et une diminution du temps de travail global (on produit de plus en plus de choses avec de moins en moins d’hommes). De l’autre, il pose le temps de travail comme seule source et seule mesure de la valeur. La contradiction tient au fait que les gains de productivité aboutissent à supprimer des emplois, alors que c’est justement la forme « emploi » qui a permis au travail d’être le moteur de l’expansion du capital. La contradiction entre le marché actuel du travail et la production réelle de survaleur fait que le système capitaliste est aujourd’hui menacé, non pas seulement d’une baisse tendancielle du taux de profit, mais d’une dévalorisation généralisée de la valeur.

« Avec la révolution informatique et le développement de la robotique, la production de richesses se découple par ailleurs toujours davantage de la force de travail humaine, et pour la première fois on supprime davantage de travail qu’on ne peut en réabsorber par l’extension des marchés.

« L’argument libéral classique est de dire que tout cela n’a rien de nouveau, que le progrès technique a toujours détruit des emplois, mais qu’il en a créé d’autres. On cite l’exemple de la révolte des canuts lyonnais contre les métiers à tisser, celui des luddites anglais ou celui des tisserands silésiens de 1844. On rappelle aussi la façon dont les emplois du secteur tertiaire ont remplacé ceux des secteurs primaire et secondaire. C’est oublier qu’aujourd’hui tous les emplois ne sont pas substituables, et qu’ils le sont même de moins en moins compte tenu de l’importance prise par les connaissances et de l’inégale distribution des capacités cognitives. Si dans le passé un paysan a pu se reconvertir en ouvrier sans grand problème, un ouvrier du bâtiment aura beaucoup plus de mal à se reconvertir en programmateur informatique. C’est pourquoi la robotique détruit aujourd’hui plus d’emplois qu’elle n’en crée.

« Mais c’est oublier surtout que nous sommes en train de sortir de l’époque où les machines faisaient les choses aussi bien que l’homme pour entrer dans celle où les machines font beaucoup mieux. Cela change tout, car cela signifie que les machines peuvent désormais entrer en compétition avec des fonctions qui ne sont plus seulement manuelles ou répétitives, ce qui pose le problème de la décision : la machine est mieux placée pour décider puisqu’elle peut traiter mieux qu’un humain les informations dont elle dispose. C’est ce qu’avaient déjà biens vu Hannah Arendt et Günther Anders. Voilà pour le « grand remplacement » !

JPB. Vous reprenez le terme de « précariat », introduit en économie alternative par des alter-mondialistes et des anarchistes (italiens à l’origine) à la fin des années 1970 — quelques années à peine après le départ de la crise structurelle dont se nourrit depuis cette époque le libéralisme. En quoi consiste-t-il ?

AdB. La précarité, aujourd’hui, tout le monde la constate autour de soi. Face à la montée d’un chômage devenu structurel (et non plus seulement conjoncturel), la tendance actuelle, parallèlement au remplacement des activités productives par des emplois inutiles, qui sont en dernière analyse des emplois de contrôle, destinés à désamorcer les velléités de révolte sociale[1], est de chercher à diminuer le chômage en augmentant la précarité. C’est la mise en application du principe libéral : « Mieux vaut un mauvais travail que pas de travail du tout ». D’où l’idée de « flexi-sécurité », qu’il faut comprendre ainsi : la flexibilité c’est pour tout de suite, pour la sécurité on verra plus tard. Le refrain mille fois répété par le Medef est bien connu : plus on pourra licencier facilement, moins on hésitera à embaucher. Mais comment expliquer alors que la précarité ait constamment progressé en même temps que le chômage ?

« C’est cette montée de la précarité qui a abouti en Angleterre à la multiplication des « travailleurs pauvres » (working poors) et aux contrats « à zéro heure » (on en compte aujourd’hui plus de 1, 4 million), et en Allemagne, depuis les réformes Harz, aux « minijobs » (450 euros sans cotisations et sans couverture sociale) qui, en 2013, concernaient 7 millions de travailleurs, soit près de 20% de la population allemande active, parmi lesquels un grand nombre de retraités.

« Mais la précarisation, c’est aussi de façon beaucoup plus générale la destruction de tout ce qui dans le passé était solide et durable, et se trouve aujourd’hui remplacé par de l’éphémère et du transitoire. Dans ce que Zygmunt Bauman a très justement appelé la société liquide, tout est à la fois liquéfié et liquidé. Que ce soit dans le domaine professionnel, sentimental, sexuel, éducatif, politique, social ou autre, nous vivons à l’ère du zapping : on « zappe » d’un partenaire à l’autre, d’un métier à l’autre, d’un parti politique à l’autre, comme on « zappe » d’une chaîne de télévision à une autre. Et dans tous les cas, le changement n’aboutit qu’à donner le spectacle du même. On est toujours déçu parce que, sous diverses guises, c’est toujours le même chose qui se donne à voir. L’idéologie du progrès joue évidemment son rôle : avant, par définition, c’était moins bien. Le politiquement correct (qu’il vaudrait mieux appeler l’idéologiquement conforme) joue le sien : en transformant les mots, la « novlangue » transforme les pensées. L’individualisme ambiant fait le reste.

JPB. Un chauffeur de taxi « ubérisé » gagne fort mal sa vie, en moyenne. Serait-ce là l’un de ces « bullshit jobs » nommés pour la première fois par David Graeber pour désigner des « boulots à la con » dans la sphère administrative (privée ou publique) et désormais étendus à l’ensemble de la sphère économique ? À une époque où les employés des grandes surfaces ne sont plus jamais embauchés à temps plein, afin de les tenir en laisse en les faisant vivre avec 800 euros par mois, où un prof débutant touche après 5 à 6 ans d’études 1400 euros par mois, en quoi la précarité concertée est-elle la solution la plus adaptée trouvée par le néo-libéralisme contemporain ?

AdB. Les promesses du « travail indépendant » (l’« ubérisation » de la société) sont de leur côté trompeuses, car la précarité y est la règle plus encore que dans le salariat. Dans le monde post-industriel, qui privilégie les connaissances plus que les machines, chacun se voit convié à « devenir sa propre entreprise » (à être « entrepreneur de soi-même ») pour valoriser ses « actifs incorporels », quitte pour les anciens salariés à devenir des travailleurs multitâches, courant d’une activité à l’autre, cherchant de nouveaux clients tout en s’improvisant juristes ou comptables. L’ubérisation n’est alors qu’un nouveau nom de la parcellisation et de l’atomisation du travail. La précarité devient la règle, car les résultats recherchés se situent sur un horizon de temps de plus en plus court. Plus que jamais, on perd sa vie en tentant de la gagner.
« Sous couvert de « flexibilité » on recherche des hommes taillables et corvéables à merci, qui doivent sans cesse s’adapter aux exigences d’une économie dont on estime qu’ils doivent être les serviteurs, sinon les esclaves. La généralisation de la précarité, c’est l’avènement de l’homme substituable, interchangeable, flexible, mobile, jetable. C’est l’entière réduction de la personne à sa force de travail, c’est-à-dire à cette part de lui-même qui peut être traitée comme une marchandise. C’est la soumission à l’impératif de rendement, la vente de soi s’étendant à tous les aspects de l’existence.

JPB. Sur l’ensemble du dossier présenté par votre revue, je vous trouve terriblement marxiste — « le facteur économique est bien déterminant en dernière instance ». Peut-on cependant tisser un lien entre la réalité économique à laquelle on est en train de convertir l’ensemble de l’économie mondialisée, et l’homo festivus inventé par Philippe Muray ? Ou si vous préférez, dans quelle mesure l’ubérisation tous azimuts se conforte-t-elle de la société du spectacle — et vice versa ?

AdB. Pas du tout marxiste, mais marxien pourquoi pas ! Deux cents ans après sa naissance, il serait peut-être temps de lire Marx en étant capable de faire le tri entre les nombreuses facettes de sa pensée – en oubliant les « marxismes » et les « antimarxismes » qui n’ont fait qu’accumuler les contresens sur son œuvre. La philosophie de l’histoire de Marx est assez faible, mais il n’y a pas besoin d’être marxiste pour constater, avec lui, que notre époque est tout entière plongée dans les « eaux glacées du calcul égoïste ». Marx est à la fois l’héritier d’Aristote et celui de Hegel. Il a tort de ramener toute l’histoire humaine aux luttes de classes, mais il décrit à merveille celles de son temps. Ce qu’il écrit sur le fétichisme de la marchandise, sur la « réification » des rapports sociaux, sur l’essence de la logique du Capital (sa propension à l’illimitation, au « toujours plus », qui n’est pas sans évoquer le Gestell heideggérien), sur la théorie de la valeur, va très au-delà de ce qu’on a généralement retenu chez lui.

« L’homo festivus dont parlait le cher Philippe Muray est en effet comme un poisson dans l’eau dans l’économie libérale aujourd’hui déployée à l’échelle mondiale. L’homo festivus ne cherche pas seulement à faire la fête tout en aspirant à se vider le crâne (il ne faut pas se prendre la tête !) grâce aux mille formes de distraction contemporaine, au sens pascalien du terme. Il est aussi celui qui a remplacé le désir de révolution par la révolution du désir, et qui pense que les pouvoirs publics doivent faire droit, y compris institutionnellement, à toute forme de désir, car c’est en manifestant ses désirs, quels qu’ils soient, que l’homme manifeste pleinement sa nature.

« Cela s’accorde parfaitement à l’idéologie libérale, qui conçoit l’homme comme un être présocial, cherchant à maximiser en permanence son seul intérêt personnel et privé. Comme l’a si bien montré Jean-Claude Michéa, c’est parce que le libéralisme économique et le libéralisme « sociétal » (ou libertaire) sont issus du même socle anthropologique qu’ils ne peuvent à un moment donné que se rejoindre. La société du spectacle, où le vrai n’est plus qu’un moment du faux et où lêtre s’efface totalement derrière le paraître, est le cadre idéal de cette rencontre.

C’est la société de l’aliénation volontaire, qui croit que les rapports sociaux peuvent être régulés seulement par le contrat juridique et l’échange marchand, mais qui ne débouche que sur la guerre de tous contre tous, c’est-à-dire sur le chaos.

JPB. Vous notez qu’Emmanuel Macron est le chantre de cette ubérisation généralisée. Mais comment diable l’a-t-on élu ? Par un malentendu ? Grâce à l’écran de fumée médiatique ? Par un désir profond d’en arriver à un salaire universel garanti (le seul candidat qui le proposait était Benoît Hamon : un hasard ?) qui permettrait de vivoter dans la précarité sans plus poser de problème à un capitalisme financiarisé qui pourrait alors s’épanouir ? Mais alors, qui achètera les merveilleux produits fabriqués demain par les quelques travailleurs encore en exercice et une noria de machines « intelligentes » ? Bref, l’ubérisation serait-elle le premier pas vers la fin du libéralisme — l’ultime contradiction interne du système ?

AdB. Dans une démocratie devenue elle aussi liquide, Macron a su instrumentaliser à son profit l’épuisement du clivage droite-gauche et l’aspiration au « dégagisme » d’un électorat qui ne supportait plus la vieille classe politique. Il a également compris que l’alternance des deux anciens grands partis de gouvernement ne mettait plus en présence que des différences cosmétiques, et que l’heure était venue de les réunir en un seul. C’est ce qui lui a permis de l’emporter avec au premier tour moins d’un quart des suffrages exprimés.

« Macron est avant tout un contre-populiste au tempérament autoritaire et à l’ego hypertrophié. Il reprend à son compte le clivage « conservateurs » contre « progressistes », mais c’est pour choisir la seconde branche de l’alternative : réunir les partisans de l’« ouverture » (en clair : les élites libérales de tous bords) contre les tenants de la « fermeture » (en clair : ceux qui s’opposent, instinctivement ou intellectuellement, à l’idéologie dominante). Contre ceux « d’en bas », il est le représentant de la Caste « d’en haut ». On voit bien aujourd’hui qu’il ne supporte pas qu’on lui résiste, qu’il n’aime pas les corps intermédiaires, qu’il est insensible aux aspirations populaires, qu’il n’a rien à dire à la France qui va mal. A un moment où les classes moyennes, menacées de déclassement et de paupérisation, sont en train de rejoindre les classes populaires, il démontre ainsi son intention de construire une « start up nation », en parfaite conformité avec une religion économique qui exige l’absorption du politique par la gouvernance. Cela augure plutôt mal de l’avenir. »

Alain de Benoist et Jean-Paul Brighelli

http://blog.causeur.fr/bonnetdane/


 

OUTIL LOGO FREXIT LIMOUSIN*"le philosophe anarchiste", voilà une étiquette audacieuse pour Alain de Benoist, qui ne me serait pas venue à l'idée de prime abord...Mais bon, comme je ne cesse de le répéter, les articles sont choisis pour leur intérêt, leur niveau académique, leur apport intellectuel sur des thématiques qui nous intéressent etc, quelles que soient les orientations idéologiques des auteurs, mais ils n'engagent que ceux- ci, dont nous respectons, par principe, le point de vue, dès lors qu'il est argumenté.

Par souci d'honnêteté envers nos lecteurs, surtout ceux qui ne connaîtraient pas cette école de pensée appelée "nouvelle droite" par la bien- pensance officielle, nous recommandons la fiche "wikipedia" d'Alain de Benoist (source qu'on ne pourra pas caractériser comme proche de nous), dont voici un extrait:

Parmi les fondateurs, en 1968, du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE), principal mouvement du courant que les médias ont baptisé « Nouvelle Droite », il a, entre autres, collaboré aux revues Nouvelle École, Éléments, Krisis (revue qu'il fonde en 1988 et se définissant7 comme « de gauche, de droite, du fond des choses et du milieu du monde », celle-ci pratiquant en effet l'ouverture vers plusieurs courants d'idées et penseurs extérieurs au milieu néodroitier, comme Jean Baudrillard, Régis Debray, Jean-François Kahn ou Michel Jobert, voire engagés au sein de la gauche antilibérale, tels Bernard Langlois et Ignacio Ramonet), ainsi qu'au Figaro magazine, qu'il dut quitter au début des années 1980.

Son livre Vu de droite obtient le grand prix de l'Essai en juin 1978 par l'Académie française.

De 1970 à 1982, il travaille également au Spectacle du Monde, et y collabore de nouveau épisodiquement depuis les années 2000. Alain de Benoist s'est aussi fait connaître en participant à l'émission Panorama sur France Culture de 1980 à 1992.

En 1986, le « chef de file » de la Nouvelle Droite publie Europe, Tiers monde, même combat — dont le bandeau donne à lire : « Décoloniser jusqu'au bout ! » —, ouvrage qui prône le soutien aux luttes pour l'autonomie des peuples du Tiers monde et l'alliance avec celui-ci8 contre l'impérialisme. Une vision déjà en germe dans les écrits antérieurs de l'auteur9 et qui restera la sienne. Pour Christian Savés (du CNRS), Alain de Benoist a en effet conduit une « remarquable entreprise de démystification » de l'« idéologie ethnocidaire de l'Occident10. »[pas clair] Il a par ailleurs été fortement influencé par les penseurs liés à la Révolution conservatrice allemande comme Ernst Jünger et Armin Mohler11."

 


 

[1] " remplacement des activités productives par des emplois inutiles, qui sont en dernière analyse des emplois de contrôle, destinés à désamorcer les velléités de révolte sociale": un des reproches majeurs que l'on peut faire à cette approche plus "marxiste" que "marxienne": une conception strictement utilitaire (et pas seulement en terme de "classes sociales") de l'économie: facile de tomber dans le piège de l'"économisme" sans parfois s'en rendre compte, et c'est de surcroît un point commun avec les libéraux (le "même socle anthropologique", comme dirait Michéa), qui m'a améné personnellement, à prendre mes distances avec ce type d'approche, même si c'est parfaitement valide à un certain niveau. Question bête, c'est quoi, un emploi inutile? Le débat est ouvert, à vos plumes les amis!

P.G.

Portrait vidéo : Laurent Joffrin, socialiste libéral compatible à tous les pouvoirs

Laurent Joffrin, de son vrai nom Laurent (André Marie Paul) Mouchard est né en juin 1952 à Vincennes. Il est le fils de Jean Mouchard, éditeur, propriétaire des Éditions François Beauval, devenu homme d’affaires, puis gestionnaire de fortune, aujourd’hui à la retraite, et de Chantal Michelet, décédée en 1955. Personnalité de la droite nationale, Jean Mouchard fut durant une dizaine d’années l’un des principaux collecteurs de fonds du Front National par le biais de la COTELEC (cotisation électorale). L’engagement de son père auprès de Jean-Marie Le Pen a renforcé les idées politiques de Laurent Joffrin, à l’opposé des siennes : « Entre l’âge de 12 et 18 ans, j’ai passé mon temps à convaincre mon père, à argumenter, à tenter de lui démontrer qu’il avait tort » (Le Nouvel Économiste, du 21 au 27 novembre 2003). Sa carrière se caractérise par des allers et retours incessant entre Libération et Le Nouvel Observateur.

VID JOFFRIN OJIMhttps://www.ojim.fr/portrait-video-laurent-joffrin-socialiste-liberal-compatible-a-tous-les-pouvoirs/?utm_source=Newsletter&utm_campaign=d4e148bdf8-mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_ca15a58a97-d4e148bdf8-71509009


Un portrait à charge, mais largement mérité de mon point de vue compte tenu de l'arrogance du personnage. Quelque soit l'angle idéologique qu'on adopte, force est de constater que certains "journalistes" ont trouvé le moyen de se faire cordialement détester! Je me souviens des critiques acerbes que Joffrin suscitait du temps de la splendeur du site "Acrimed" et de journaux comme PLPL, dans les années 90/2000, déjà...

P.G.

BASE 14 995X225

Posté par UPR Creuse à 07:45 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,