samedi 16 juin 2018

Europe : Jupiter, sacré Charlemagne ! [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

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Voici un article de fond qui a le mérite de la lucidité et qui fait le point sur l'audace peu réaliste du projet macronien de "souveraineté européenne". Même si l'auteur semble s'accrocher malgré tout au "rêve européen", la longue liste des difficultés à affronter se suffit à elle- même pour en démontrer l'inanité. Et comme en plus, c'est plutôt bien écrit, on tirera quelques profits de cette réflexion en forme de "point d'étape" à un moment crucial pour l'histoire de ce "machin" comme l'appelait De Gaulle.   P.G.

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TRIBUNE LIBRE / Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 21-05-2018

« La constance d’une habitude est d’ordinaire en rapport avec son absurdité » nous rappelle Marcel Proust dans la Prisonnière ! S’il y a bien un sujet de politique internationale sur lequel le président est constant, c’est bien celui de la construction européenne. Un an après sa prise de fonctions, il en est déjà à son quatrième discours, sa quatrième homélie sur le sujet, son cheval de bataille sur la scène extérieure : Athènes (Pnyx), Paris (Sorbonne)1, Strasbourg (parlement européen)2 et, dernière en date, Aix-la Chapelle pour y recevoir, le 10 mai 2018, le prestigieux prix Charlemagne destiné à récompenser sa foi européenne et cela des mains de la chancelière allemande, Angela Merkel3 (cette distinction n’était-elle pas prématurée en raison du peu d’échos de ses propositions précédentes ?).

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Il y reprend ses thèmes favoris avec le pouvoir de conviction d’un curé en chaire. Malheureusement, en dépit de la brièveté relative de son nouveau sermon, les officiants sont de moins en moins croyants, de plus en plus agnostiques dès qu’il s’agit d’aller de l’avant dans le perfectionnement du projet européen : « une Union européenne sans cesse plus étroite ». La foi n’y est plus. En dépit d’un propos plus ramassé, le discours d’Aix-la-Chapelle demeure un radotage stérile de banalités qui suscite une grande réserve de nos partenaires européens, faute d’un grand débat stratégique conduit sur le long terme et dans la plus grande discrétion.

UN RADOTAGE STÉRILE DE BANALITÉS

Emmanuel Macron « remplace l’exercice effectif du pouvoir par l’exercice symbolique du pouvoir basé sur sa communication, sa prestance, son autorité et son image à l’international… Dans le cas de Macron aussi les slogans prennent souvent le pas sur l’action réelle »4. Tel est le cas de son brillant discours lyrique à Aix-la-Chapelle sur le plan rhétorique. Comment le président de la République déroule-t-il son raisonnement devant ce parterre d’éminentes personnalités toutes acquises de manière inconditionnelle à la cause européenne ? De manière assez classique pour tout diplomate confronté à un problème auquel il doit tenter d’apporter une réponse, la moins mauvaise à défaut de la meilleure. Comme disait Goethe, « le but, c’est le chemin ».

Le constat : le mal européen du doute

Fort justement, Emmanuel Macron part d’une réflexion de bon sens. Depuis longtemps, l’Europe vit sur un mythe, un rêve, celui selon lequel elle nous a permis de vivre le miracle de 70 ans de paix entre les ennemis héréditaires d’hier. Cette pétition de principe doit être tempérée. D’une part, parce que cette période ne fut pas toujours un long fleuve tranquille pour certains peuples confrontés à la guerre, à la guerre civile, au génocide, au totalitarisme, au nationalisme, à la sujétion militaire ou politique. D’autre part, parce que le mythe de ces 70 ans de paix suppose une Europe parfaite « dont nous n’aurions qu’à soigner l’héritage ». Or, il n’en est rien tant notre continent est « toujours traversé par l’histoire et par le tragique de l’histoire ».

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À l’inertie de la routine, il faut, sans cesse, opposer le mouvement de la volonté afin de réinventer l’espérance dans l’idéal européen, celui du premier récipiendaire du prix Charlemagne en 1950, Richard de Coudenhove-Kalergi qui avait dit de l’Europe qu’elle était le « retour du rêve carolingien » : unité voulue, concorde conquise sur les différences et vaste communauté évoluant dans la même direction. Or, ce beau rêve est aujourd’hui rongé par le doute. Ce qui nous conduit à effectuer un choix : « le faire vivre ou le laisser mourir ».

Les remèdes : le volontarisme de l’intelligence

En fin lettré qu’il est, le président de la République propose quatre réponses à ce mal, réponses qu’il qualifie de « convictions, de commandements, d’impératifs catégoriques d’action ». Nous sommes à la fois dans le dogme, la philosophie et le religieux.

La première est ne soyons pas faibles et ne subissons pas. Il appartient aux dirigeants européens de ne pas fuir leurs responsabilités, de ne pas accepter « la tyrannie des évènements ». Emmanuel Macron revient, une fois encore, à l’idée qui lui tient à cœur, celle de l’autonomie de l’Union qui a pour nom « souveraineté européenne ». Cette capacité de choix autonome s’impose dans le domaine numérique (le chef de l’État en profite pour saluer l’adoption par le parlement européen d’un règlement général sur les données personnelles) ; le domaine climatique (cela suppose un politique ambitieuse et coopérative pour ne pas laisser le soin à d’autres de décider à notre place de l’avenir de la planète) ; dans le domaine du multilatéralisme international dont les Européens sont co-dépositaires(ils ne doivent pas céder à la menace de ceux qui souhaitent en redéfinir la grammaire) ; la paix et la stabilité au Proche et Moyen-Orient (l’Europe a fait le choix de la construire face à ceux qui ne respectent pas leur parole) ; les défis migratoires qu’il nous appartient de relever grâce à une politique européenne ambitieuse (concertée avec les pays du sud de la Méditerranée et d’Afrique)… Pour toutes ces raisons, le président de la République insiste sur l’importance de la souveraineté européenne pour faire de l’Europe « une puissance géopolitique, commerciale, climatique, économique, alimentaire, diplomatique propre » afin de ne pas laisser d’autres puissances y compris alliées de décider à notre place ce que doivent être notre sécurité et notre diplomatie.

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La deuxième est ne nous divisons pas. Face à la tentation, grande en cette période de trouble, de repli sur soi et de nationalisme, il importe de réagir collectivement après le coup de semonce que fut le Brexit et la musique du nationalisme que l’on entend en Pologne, en Hongrie, en Italie5. Luttons collectivement contre les fractures entre le nord et le sud, l’est et l’ouest ! Notre solution, c’est l’unité mais aussi la voie de la réforme, celle qui a si bien réussi à l’Allemagne mais que la France emprunte désormais contrairement à ce qui est dit. La France fait ses réformes « tant et tant attendues » et elle continuera de les faire. L’Europe ne peut plus se permettre le luxe de vivre sous le règne « d’hégémonies successives ». Elle doit s’engager sur la voie de la solidarité avec une zone euro plus forte, plus intégrée avec un budget propre permettant les investissements et la convergence. Sur ce sujet, reconnaissons-le humblement, Emmanuel Macron fait preuve de constance dans la défense de ses idées.

La troisième est n’ayons pas peur du monde dans lequel nous vivons, n’ayons pas peur de nos principes. La pire des réponses aux colères des peuples consisterait à céder les valeurs de l’état de droit qui fondent le Conseil de l’Europe et l’Union européenne. Nous devons rester fidèles à « la volonté de l’intelligence, à la volonté de la culture ». À cet égard, le président de la République propose la création d’une « Académie européenne de la culture », le combat pour des universités européennes. Selon lui, l’Europe doit avoir une dimension esthétique, intellectuelle et critique sur laquelle nous sommes attendus par le Proche et le Moyen-Orient et l’Afrique. L’Europe ne doit pas se contenter d’une souveraineté européenne mais elle doit porter le multilatéralisme, les règles pour le monde entier. Elle doit avoir une vision du monde qu’elle porte en son sein. L’Europe nouvelle et plus forte doit porter cette part d’universel qui est aujourd’hui entre ses mains. Face à Angela Merkel qui le recevait, le principal message du chef de l’État était adressé à la chancelière allemande qu’il a exhorté à l’appuyer dans son projet ambitieux de réforme de l’Europe.

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Il est revenu sur son idée maîtresse : Berlin doit accepter un budget de la zone euro et à sortir du « fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux parce qu’ils sont toujours faits aux dépens ce certains autres »6. Le moins que l’on puisse dire est que le propos est u peu inélégant pour la chancelière qui l’accueillait sur le territoire allemand7. Selon le volatil, il en aurait rajouté une couche lors de son séjour au fort de Brégançon : « Il faut secouer le cocotier. Il faut même secouer le ministre des Finances (Olaf Scholz), pourtant social-démocrate mais qui ne nous aide pas beaucoup. Lui aussi est dans le fétichisme des excédents ! ».

La quatrième est n’attendons pas. La procrastination serait la pire des solutions dans le contexte actuel. Le choix de l’Europe que nous ferons sera aussi celui de l’Occident. Jupiter se livre à un vibrant plaidoyer pour une Europe aux règles claires qui permette à ceux qui le souhaitent d’avancer sur la base du plus grand dénominateur commun et non celle du plus petit à la dernière minute. C’est ainsi que sera renouvelée l’Europe qui protège ses citoyens8. Osons faire ce choix qui sera à la hauteur de nos histoires. En un mot, Emmanuel Macron privilégie le volontarisme à l’inertie mortifère en cette période de repli sur soi.

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Pour conclure son propos, le président de la République invite à faire vivre cette utopie qu’est l’Europe et à dessiner dès maintenant les trente années à venir. L’Union est tout sauf une évidence en raison de sa fragilité. Continuons à écrire cette partition inachevée qui est la nôtre. Le lyrisme est toujours au rendez-vous avec Jupiter.

UNE GRANDE RÉSERVE DE NOS PARTENAIRES

A l’inventaire à la Prévert du discours de la Sorbonne, Jupiter privilégie à Aix-la-Chapelle, le discours de la méthode cher à René Descartes. Comme toujours dans les relations internationales, il existe un fossé important entre idée généreuse et action concrète.

Une réserve de principe : l’Europe à la française

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Le moins que l’on puisse dire est que le projet macronien – dans ses différentes versions – ne suscite pas l’enthousiasme des 27/28 tant la logique qui le sous-tend n’est pas partagée par nos partenaires. Ils y décèlent une volonté française d’imposer ses idées (celle d’une « Europe puissance », terme employé à Aix-la-Chapelle) et son leadership (en lieu et place du couple franco-allemand). Ils estiment, par ailleurs, que le temps n’est pas venu de procéder à une réforme de telle ampleur au moment où les eurosceptiques tiennent le haut du pavé, l’Union est fracturée entre le nord et le sud, l’est et l’ouest. À la limite, les partenaires de la France préféreraient une pause destinée à s’entendre sur la finalité du projet (Europe zone de libre-échange à l’anglo-saxonne ou Europe puissance à la Française) et la méthode choisie pour y parvenir (fédérale ou non). Or, nous en sommes loin. De sommet européen en sommet européen, les questions fondamentales sont mises sous le tapis et l’on continue à se quereller sur des vétilles.

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C’est le poids de la photo de famille et le creux des mots tant les désaccords sont profonds entre les membres de ce cénacle ingouvernable tant fait défaut l’affectio societatis. Or, le discours d’Emmanuel Macron – si brillant et si lyrique soit-il – ne répond pas de manière concrète à toutes ces questions existentielles que soulève son projet de réforme chez nos partenaires. La réforme de l’Europe ne pourra pas se faire sans compromis, telle est la réalité diplomatique dans ce qu’elle a de plus crue9. L’objectif premier de la réforme est de rétablir la confiance entre Européens par la voie du dialogue et non par celle du soliloque. Si initiative franco-allemande, il doit y avoir – ce qui est loin d’être assuré -, elle devra impérativement tenir compte des intérêts et des avis des autres partenaires. La verticalité du pouvoir au niveau hexagonal atteint rapidement ses limites au niveau européen. Elle est même un facteur jouant en la défaveur de la France dans son projet de porter les réformes de l’Union.

Des réserves ponctuelles : l’Europe n’a pas soif d’Europe

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Des obstacles juridiques. Le principal tient au concept défendu par Emmanuel Macron, celui de « souveraineté européenne ». Or, quoi qu’en dise Jupiter, l’Union européenne n’a ni les structures, ni le rôle d’un État et ne peut donc pas exercer une souveraineté sur les États membres. Par ailleurs, le titre premier de la Constitution française du 4 octobre 1958, qui comporte trois articles, est intitulé : « De la souveraineté ». L’article 3 est ainsi libellé : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». L’article 5 prévoit que :

« Le Président de la République veille au respect de la Constitution ».

La conséquence est qu’un État ne peut exister et vivre sous une double souveraineté puisqu’elle est, selon les termes du Petit Robert « le caractère d’un État ou d’un organe qui n’est soumis à aucun autre État ou organe ». Aucune ambiguïté, s’il persiste dans son idée de « souveraineté européenne », le président devra rapidement faire modifier la Constitution (par voie référendaire ou par celle du Congrès avec une majorité qualifiée). Si tel était le cas – à notre connaissance, une telle disposition ne figure pas dans le projet de réforme constitutionnelle – la France appartiendrait aux « États-Unis d’Europe »10. Comme dirait Jean-Jacques Bourdin, les Français veulent savoir !

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On comprend que l’obstacle juridique est de taille. Aucun de nos partenaires européennes n’a donné son accord à pareil saut qualitatif dans la construction européenne. Dont acte ! À titre d’exemple, le secrétaire d’État irlandais auprès du ministre des Finances s’oppose à une harmonisation de la fiscalité (voulue par la France à propos des géants du numérique dont le siège est à Dublin) rappelle fort justement que « la fiscalité relève de la compétence nationale, pas de la commission européenne… Encore une fois, il y va de la souveraineté nationale »11. L’Union européenne voit ses compétences définies par des traités internationaux ratifiés par les parlements et non par des chimères, fussent-elles jupitériennes ! Notre brillant chef de l’État envisage-t-il de faire modifier les traités européens afin de les mettre en cohérence avec ses idées baroques ? Lé réponse est dans la question. En France même, l’idée européenne inspire de plus en plus de réticences de la part des citoyens12. Sans parler de Berlin qui se méfie d’une France qui est réticente à se réformer et à remettre de l’ordre dans ses finances publiques13.

Des obstacles diplomatiques. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont nombreux. Outre, le chacun pour soi, qui semble être le principe cardinal du mode de fonctionnement de l’Union européenne, et sans parler du déficit de consensus entre Berlin et Paris14, le molosse bruxellois est divisé, fracturé sur tous les grands sujets qu’il doit traiter : périmètre et identité de l’Europe ; statut de la zone euro qui oppose Allemagne et France ; circulation des personnes en lien avec la crise migratoire ; Europe de la défense et de la sécurité, taxation des GAFA15

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Pour ce qui est de la sphère proprement diplomatique, nous touchons au summum du vide de la pensée et de l’action avec l’existence d’une transparente ministre européenne des Affaires étrangères à la tête d’un pléthorique service européen d’action extérieure (SEAE). Hubert Védrine résume à la perfection le défi insurmontable que l’Europe doit relever en la matière : « En attendant Godot, nos jeunes et brillants diplomates filent vers un ‘service diplomatique européen’ richement doté, mais chargé d’une tâche surhumaine : assumer l’action extérieure d’une Union sans positions communes, sans armées et sans idéal. Sous l’égide d’une non-personnalité »16. N’a-t-on jamais vu les membres de l’Union européenne adopter une position commune sur les relations avec les États-Unis (sur le commerce, l’accord nucléaire iranien, la défense en rapport avec l’OTAN…), avec la Russie (sur la Syrie) et la Chine (sur le protectionnisme), sur le conflit en Syrie, sur le conflit israélo-palestinien… et la liste n’est pas exhaustive ?

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Dernier exemple en date, l’Union européenne est apparue désunie sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël à tel point que des diplomates européens étaient présents à l’inauguration de l’ambassade américaine dans cette ville le 14 mai 201817. À quoi peuvent donc bien servir les innombrables réunions du COPS, du RELEX, du COREPER et autres bidules qui prolifèrent comme du chiendent à Bruxelles sans parler des réunions des ministres des Affaires étrangères et de leurs collaborateurs en charge des questions européennes. Une machine qui tourne à vide et qui ne fait que de la procédure, faute de pouvoir traiter sérieusement des questions de fond.

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Et même des sommets informels des chefs d’État et de gouvernement, le dernier en date étant celui de Sofia (16-17 mai 2018) ! Il se murmure que les propos contre les États-Unis après leur retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et la menace de sanctionner les sociétés européennes intervenant en Iran auraient été virils : « À voir les dernières décisions du président Trump, on pourrait penser qu’avec des amis pareils (l’Europe) n’a pas besoin d’ennemis. À vrai dire, il faudrait le remercier : grâce à lui, nous sommes débarrassés de nos illusions…» a déclaré le président du Conseil européen, le polonais, Donald Tusk. Mais, le président de la Commission européenne, le luxembourgeois, Jean-Claude Juncker de tempérer aussitôt les ardeurs de son collègue : « Il ne faut pas se voiler la face, nos moyens sont limités »18. Quant à l’Allemagne, première économie exportatrice de l’Union, elle serait tétanisée par les risques d’une guerre commerciale et privilégierait la voie du compromis, pour ne pas dire celle de la compromission.

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Le plan B européen sur l’Iran (création d’une chambre de compensation en euros), ce n’est pas encore pour demain en dépit des coups de menton de la girouette qui a pour nom Bruno Le Maire19. Comme dirait l’autre, courageux mais pas téméraires les Européens dans leur immense majorité. Même si l’on nous annonce que la Commission européenne active le 18 mai 2018 un processus de blocage des sanctions américaines (le « blocking status » de 1996, créé à l’origine pour contourner l’embargo sur Cuba). Étant précisé que des doutes subsistent sur son efficacité. Si au moins, toute cette mauvaise farce avait fait découvrir à l’Union européenne l’existence d’un nouvel État voyou ayant pour nom États-Unis20.

Emmanuel Macron a dans la foulée salué l’unité et la fermeté des Européens. En Iran, « notre intérêt premier n’est pas un intérêt commercial ou d’entreprises, il n’est pas de prendre parti pour tel ou tel camp, il est d’assurer la stabilité », a insisté le président français. La volonté française d’élargir l’accord de 2015 pour traiter la question du nucléaire après 2025, le programme balistique et l’influence régionale de l’Iran est partagée par les Européens, a-t-il ajouté. « Nous n’allons pas enclencher une guerre stratégico-commerciale avec les Etats-Unis sur le cas de l’Iran », a-t-il poursuivi. « On ne va pas sanctionner ou contre-sanctionner des entreprises américaines pour répondre sur ce sujet-là, ça n’aurait pas de sens (…) parce que l’objectif final est quand même d’avoir cet accord large ». Emmanuel Macron a, dans le même temps, reconnu que les décisions américaines vis-à-vis de l’Iran et des entreprises européennes qui y opèrent « vont favoriser la position russe et chinoise dans la région »21. Jupiter déclare, une fois de plus tout et son contraire.

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Il faut se rendre à l’évidence, les Européens n’ont jamais voulu et ne veulent toujours pas d’une « Europe puissance » à la française22, surtout s’il lui venait la bonne idée de se lancer dans un bras de fer sur la durée avec l’Amérique. Force est de reconnaître que cette posture est un leurre, une fuite irréversible dans l’utopie. Elle relève principalement de la gesticulation et de la communication. L’heure de vérité est proche. Nous y sommes presque et l’atterrissage risque d’être brutal dans un avenir proche dans un contexte de repli sur soi et de défiance croissante vis-à-vis de l’Europe. Telle est la dure réalité à laquelle il convient de s’atteler au plus vite au lieu de galoper dans les nuages.

« Emmanuel Macron prétendait être le héraut de l’Europe en marche ; il incarne de plus en plus l’Europe en panne »23.

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On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. L’ancien président de la République, François Hollande croque parfaitement le personnage de son successeur au moment où il lui passe le relais : « Je sens qu’il croit à son étoile. C’est toujours une force de disposer d’une grande confiance en soi, de sa capacité, jusqu’au moment où elle ne suffit plus. L’audace est un atout précieux mais elle ne doit jamais se départir de la luciditéEmmanuel Macron se fera fort ensuite de modifier la position américaine. Pour lui, une volonté clairement affirmée et beaucoup de séduction pourvoient à tout. C’est sa méthode »24. On a vu ce qu’il en est advenu lorsqu’il s’est agi de convaincre Donald Trump le pyromane de ne pas s’écarter de l’accord sur le climat et de celui sur le nucléaire iranien. Il est difficile d’imaginer, aujourd’hui du moins, comment le pouvoir de séduction d’Emmanuel Macron parviendra à surmonter les réticences nombreuses de ses partenaires sur l’essence même de son projet de refondation présentée à la Sorbonne. À ce jour, les réactions sont au mieux prudentes, au pire très réservés25.

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Si le président de la République entend redonner à la France toute sa place dans le concert des nations – qui pourrait l’en blâmer -, on ne saisit pas encore autour de quoi et contre quoi, il entend porter son projet européen26. Comment entend-il « structurer l’avenir » comme se plait à le souligner Dominique de Villepin ? On ne distingue pas encore les soutiens dont il dispose pour l’épauler dans son difficile combat contre l’inertie27. Un an après que l’Ode à la joie ait retenti dans la cour du Louvre, l’Europe ne pourrait-elle pas devenir le talon d’Achille d’Emmanuel Macron tant il a pris du retard sur tous les chantiers de sa refondation sorbonienne ?28

Dans l’entourage proche du président de la République, on explique que l’attribution de ce prix Charlemagne doit être considérée comme un « encouragement à agir »29. Dont acte ! Mais, il faut en finir avec le déni de réalité et en revenir au réel. « C’est tout simplement l’heure de vérité démocratique pour un projet historique qui court à sa perte s’il n’est pas fondamentalement redéfini »30. On ne saurait mieux dire. Il ne suffit pas que Jupiter enfile l’habit européen et soit sacré Charlemagne pour que sa réforme soit automatiquement portée sur les fonts baptismaux de l’église bruxelloise.

Guillaume Berlat
21 mai 2018

1 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
2 Guillaume Berlat, Jupiter souverain européen en son royaume, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 avril 2017.
3 Transcription du discours du Président de la République, Emmanuel Macron lors de la cérémonie de remise du prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, 10 mai 2018, www.elysee.fr , 11 mai 2018.
4 Marcel Gauchet (propos recueillis par Alexandre Devecchio), « L’article un du macronisme, c’est l’européisme », La Figaro Magazine, 11 mai 2018, pp. 42 à 45.
5 Éditorial, Italie : un nouveau défi mortifère posé à l’Europe, Le Monde, 18 mai 2018, p. 20.
6 Alexis Fertchak, Macron exhorte Merkel à réformer l’Europe, Le Figaro, 11 mai 2018, p. 5.
7 Sacré Charlemagne, Le Canard enchaîné, 16 mai 2018, p. 2.
8 Hervé Nathan, L’Europe piégée, Marianne, 4-10 mai 2018, p. 22.
9 Janis Emmanouilidis, La réforme de l’Europe ne pourra se faire sans compromis, Le Monde, 3 mai 2018, p. 7.
10 Francis Demay, La souveraineté européenne n’existe pas, Marianne, 4-10 mai 2018, p. 59.
11 Michael d’Arcy, « L’Europe risque de déclencher une guerre fiscale », La Croix, 14 mai 2018, p. 12.
12 Mathilde Siraud, Quand Édouard Philippe défend l’Europe face à un public sceptique, Le Figaro, 27 avril 2018, p. 3.
13 Nicolas Barotte, UE : le plan de Macron à l’épreuve de Berlin, Le Figaro, 19 avril 2018, p. 6.
14 Cécile Ducourtieux/Thomas Wieder, Europe : la tentation allemande du chacun pour soi. L’Allemagne lâche-t-elle la France sur l’Europe ?, Le Monde, Économie & Entreprise, 5 mai 2018, pp. 1 et 3.
15 A.G., L’Europe divisée sur la taxation des GAFA défendue par la France, Le Figaro économie, 30 avril 2018, p. 17.
16 Hubert Védrine, Compte à rebours, Fayard, 2018, pp. 55-56.
17 Jean-Pierre Stroobants, L’UE désunie sur la reconnaissance de Jérusalem, Le Monde, 16 mai 2018, p. 3.
18 Cécile Ducourtieux/Jean-Pierre Stroobants, Les Européens déterminés à tenir tête à l’allié américain, Le Monde, 18 mai 2018, p. 3.
19 Dominique de Rambures, Iran : un plan B pour les Européens, Le Monde, Économie & entreprises, 18 mai 2018, p. 7.
20 Jack Dion, Le jour où l’Europe a découvert l’Amérique, Marianne, 18-24 mai 2017, p. 54.
21 Iran : l’UE s’apprête à lancer un processus de blocage des sanctions américaines, www.lefigaro.fr , 17 mai 2018
22 Hubert Védrine, « Travaillés par le remords, les Européens ont peur de la puissance », Le Figaro, 26 avril 2018, p. 14.
23 Nicolas Baverez, Europe : le rêve brisé d’Emmanuel Macron, Le Figaro, 23 avril 2018, p. 19.
24 François, Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, pp. 16 et 17.
25 Alexis Feertchak, Un chef de l’État en attente de résultats sur l’Europe, Le Figaro, 12-13 mai 2018, p. 2.
26 Guillaume Roquette, Un an après, on ne distingue pas encore la vraie ambition d’Emmanuel Macron pour le pays, Le Figaro Magazine, 4 mai 2018, p. 4.
27 Nicolas Prissette, Europe, qui veut bien être l’ami de Macron ?, Marianne, 27 avril-3 mai 2018, pp.18-19-20.
28 Jean-Jacques Mével, Macron passé au crible. Union européenne : un président français en panne d’Europe, Le Figaro, 5-6 mai 2018, p. 5.
29 Vite dit !, Le Canard enchaîné, 16 mai 2018, p. 8.
30 Hubert Védrine, Comptes à rebours, Fayard, 2018, p. 223

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 21-05-2018

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jeudi 14 juin 2018

Surprise : la facture de vaisselle de l'Elysée ne serait pas de 50 000 euros... mais de 500 000

Si le Journal du Dimanche a révélé le coût du nouveau service de table de l'Elysée dans un article publié le 10 juin, le Canard enchaîné a produit une contre-analyse et estimé que cette vaisselle coûterait en réalité dix fois plus cher.

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Dans son édition du 13 juin, Le Canard enchaîné affirme que les chiffres communiqués par les services de l'Elysée au Journal du dimanche concernant le prix du nouveau service de table (1 200 assiettes) par le «Château» (l'Elysée) sous-estiment grandement la facture réelle : «La douloureuse devrait atteindre, voire dépasser, le demi-million d'euros, au vu des tarifs courants affichés par la manufacture.»

La communication élyséenne portée à la connaissance du JDD et publiée dans son édition du 10 juin faisait valoir que la facture ne serait pas réglée par le palais présidentiel, dont le budget est très encadré.

Cependant, le taquin palmipède précise bien dans son article que le contribuable français sera indirectement ponctionné pour ces frais de représentation : «C'est quand même bien le budget de l'Etat qui régale, par le biais de subventions de fonctionnement et d'investissement». Dans sa contre-analyse, le Canard rappelle également que «l'Elysée contourne les nouvelles règles de transparence [...] qui imposent au Château de ne plus faire prendre en charge ses dépenses par d'autres institutions».

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Prix de la bagatelle : «400 euros pièce pour les assiettes les plus simples et à partir de 500 euros pour les modèles contemporains», selon l'article dont l'auteur s'amuse également du nom de la collection : «"Bleu Elysée", une référence toute monarchique au "bleu de Sèvres", utilisé jadis pour la porcelaine fournie à la famille royale.»

https://francais.rt.com/france/51562-surprise-facture-vaisselle-elysee-ne-serait-pas-50000-mais-500000-euros

Voir aussi:

La vaisselle à 500 000 euros du couple Macron ou le retour à l’Ancien Régime

La vie du couple Macron à l’Elysée prend décidément une teinte de plus en plus monarchique. Après avoir refusé la visite d’enfants de Seine-Saint-Denis pour ne pas être dérangés dans « leur » palais, voici que Brigitte et Emmanuel Macron ont décidé de commander un service de vaisselle dont le prix avoisinerait voire dépasserait les 500 000 euros selon le Canard enchaîné. Ils ont en effet décidé de se procurer 1 200 assiettes de la manufacture de Sèvres pour un prix à la pièce de 400 à 500 euros selon l’hebdomadaire.

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Il est vrai qu’alors que le chômage est reparti à la hausse au premier trimestre, l’urgence pour notre pays est évidemment de s’assurer que le président et sa compagne puissent manger dans de belles assiettes qui soient dignes de leur rang. Certes, ils en avaient déjà. Mais elles ne leur plaisaient pas. Choisies par René Coty et Jacques Chirac, elles commençaient à être un peu démodées. Et, surtout, à présenter des signes d’usure. Malheur ! Notre président et sa chère femme que « les Français adorent » et qui « semble fasciner le monde » (selon le Journal de France) méritent mieux. Mais rassurez-vous : il ne leur en coûtera pas un sou. Car bien sûr, ce service ne sera pas payé de leur poche. Il ne le sera même pas par le budget de l’Elysée. Non, en fait c’est en quelque sorte nous tous qui allons faire aux Macron ce beau cadeau. Car c’est la manufacture de Sèvres, désormais nommée « Cité de la céramique-Sèvres et Limoges », qui prend en charge l’ardoise. Un établissement public dont l’essentiel du budget est financé par des subventions de l’Etat, c’est à dire notre argent.

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Décidément, nous voici revenus à l’Ancien Régime : le peuple paie pour le roi, la reine et les privilégiés. Pour nous, la hausse de la CSG, la baisse des APL, la suppression de plus de 100 000 emplois aidés, la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires. Pour le roi et la reine Macron, la vaisselle toute neuve à 500 000 euros. Pour les privilégiés ultrariches, la suppression de l’impôt sur la fortune, la suppression de l’exit tax (qui luttait contre l’évasion fiscale) et la mise en place de la flat tax(pour taxer moins les revenus de la spéculation boursière).

Vivement les Etats Généraux !

https://le-bon-sens.com/2018/06/13/la-vaisselle-a-500-000-euros-du-couple-macron-ou-le-retour-a-lancien-regime/

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La critique était prévisible, et on se demande si ce n'est pas fait exprès: peut- être un signal lancé aux mouvements sociaux, et une arrogance monarchique à destination des "marchés" et de l'Union européenne: pendant que d'autres jouent les fortes têtes, regardez comme la France est sous contrôle... Une occasion aussi pour certains de se refaire à bon compte une image "de gauche"...    P.G.

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Populisme en Europe, libre-échange, Russie... Le groupe Bilderberg s'est réuni en Italie

Des personnalités des univers politique, industriel, médiatique ou de la finance ont participé à la 66e réunion Bilderberg. Fondé dans un contexte de guerre froide, le groupe caractérisé par son opacité suscite régulièrement la controverse.

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131 noms figuraient sur la liste des participants prévus à l'occasion de la 66e réunion du groupe Bilderberg qui s'est tenue à Turin, en Italie, du 7 au 10 juin 2018. Parmi ceux-ci on retrouve le ministre français de l'Education Jean-Michel Blanquer, le Premier ministre belge Charles Michel, ou encore le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg. L'ancien conseiller américain à la sécurité nationale Henry Kissinger était lui aussi présent, au côté de José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne passé chez Goldman Sachs et du PDG de Total Patrick Pouyanné.

Au cours de ces quatre jours, 12 sujets ont été abordés. Dans l'ordre de présentation mis en avant sur le site du Bilderberg, les thématiques étaient les suivantes : le populisme en Europe, l'enjeu de l'inégalité, l'avenir du travail, l'intelligence artificielle, les Etats-Unis avant les élections de mi-mandat, le libre-échange, le leadership mondial des Etats-Unis, la Russie, l'informatique quantique, Arabie saoudite et Iran, le monde «post-vérité», les événements d'actualité.

Comme ce fût le cas l'année précédente, la réunion a été présidée par le français Henri de Castries, patron d'Axa et du think tank Institut Montaigne.

Parmi les enjeux majeurs, le développement d'un monde multipolaire ?

Simultanément à cette réunion à huis clos, dont les discussions sont donc nappées de secret, deux sommets internationaux d'importance majeure dans les relations internationales, celui de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et celui du G7, avaient lieu.

Le premier, qui s'est déroulé du 9 au 10 juin 2018 à Qingdao, en Chine, a confirmé le rapprochement entre Pékin et Moscou, qui ont affiché leur unité, signe peut-être de l'émergence progressive d'un monde multipolaire. L'événement chevauchait le sommet du G7 qui s'est tenu du 8 au 9 juin à la Malbaie, au Canada. Réunissant les plus grandes puissances économiques occidentales du monde, cette rencontre s'est terminée sur une note amère, après que les Etats-Unis ont retiré leur soutien au communiqué final du sommet.

Ces deux événements ont-ils été suivis de près lors de la réunion Bilderberg ? La liste des points abordés à Turin, comme «le libre-échange», «le leadership mondial des Etats-Unis», «la Russie» ou encore de façon plus générale «les événements d'actualité», le laissent penser.

Bilderberg, enfant de la guerre froide ?

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Fondé par le banquier David Rockefeller, le prince Bernhard de Hollande, l'homme politique britannique Denis Healey et le diplomate polonais Joseph Retinger, le groupe qui se réunit tous les ans depuis 1954 a longtemps cultivé l'art du secret, faisant son possible pour ne pas médiatiser ses conférences, ne dévoilant ni le nom des participants, ni les thèmes abordés. Mais, devant des protestations de plus en plus nombreuses face à cette opacité ces dernières années, le groupe s'est finalement résolu à faire filtrer quelques informations sur la teneur de ses discussions.

Si le cas de la Russie a été abordé par les participants de la réunion de 2018, il est à noter que le sujet est régulièrement au menu des discussions du groupe Bilderberg. L'an passé, il avait déjà été abordé sous l'angle : «La Russie dans l'ordre international».

https://francais.rt.com/international/51527-populisme-europe-libre-echange-russie-reunion-groupe-bilderberg-2018-turin-italie

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A croire qu'ils prennent plaisir à alimenter toutes les "théories du complot"! A quoi peut bien servir ce genre de réunion, symbole de connivence, d'opacité et d'arrogance oligarchique?   P.G.

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mercredi 13 juin 2018

Grande victoire en Belgique contre les « fonds vautours »

En Belgique, les personnes mobilisées contre les « fonds vautours » peuvent souffler. Le recours introduit devant la Cour Constitutionnelle par le fonds NML Capital Ltd pour demander l’annulation de la loi anti-spéculation adoptée le 12 juillet 2015, a été rejeté ! Pour le CADTM (Comité pour l’annulation de la dette dans le tiers monde), qui a été en première ligne pour défendre le texte depuis plusieurs mois, la victoire est « totale ». Et la loi inédite en la matière, qui s’en voit renforcée, pourrait désormais inspirer d’autres pays de l’Union européenne. Explications.

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Les fonds vautours sont des sociétés privées – dont le siège social se trouve généralement dans un paradis fiscal – et dont l’activité économique consiste à viser spécifiquement des États qui rencontrent des difficultés financières, c’est-à-dire qui accumulent les dettes. La dette collective devient ainsi un produit financier de spéculation. En rachetant une dette d’un pays à des prix aussi bas que possible avant de la revendre pour des montants nettement supérieurs, ces fonds spéculatifs engrangent des bénéfices importants sur le dos des contribuables sans véritablement sortir le pays de la crise. Bien au contraire. Et la pratique, encore méconnue, n’est pas nouvelle : avant la Grèce, la République démocratique du Congo, l’Argentine, la Zambie, le Vietnam ou encore le Liberia avaient déjà été victimes de telles manœuvres.

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Le business sale mais juteux de la spéculation sur la dette

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Concrètement, les fonds vautours rachètent de manière ciblées et à moindre prix des titres de dette publique d’États qui ont fait défaut ou qui risquent de faire défaut. Ensuite, ces fonds ouvrent des procédures juridiques à l’encontre des pays ciblés dans l’objectif de se faire rembourser l’intégralité de la valeur de ces titres, y compris les intérêts et les pénalitésOn parle donc de sommes véritablement astronomiques. Renaud Vivien, membre bénévole du CADTM en qualité de juriste spécialisé dans le droit international nous expliquait il y a quelques mois que c’est un procédé qui consiste à  « prospérer sur la misère des populations en tirant parti d’une crise financière ». 

Selon le CADTM, ces manœuvres permettent aux créanciers de faire des bénéfices compris entre 300 et 2000 % de la valeur initiale des titres achetés. En Grèce, par exemple, toujours selon le CADTM, le fond ThirdPoint a racheté une créance grecque à 170 millions de dollars avant que cette créance ne soit remboursée à cette société 670 millions de dollars par le pays ! Il ne s’agit que d’un exemple parmi tant d’autres.

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Ce sont les citoyens et les citoyennes qui sont les victimes et qui portent les conséquences de ces manœuvres loin de toute moralité. En situation d’insolvabilité, les pays attaqués consacrent l’essentiel de leurs finances au remboursement de la dette (ainsi que des intérêts et des pénalités) auprès des spéculateurs, délaissant les services publics, que ce soit dans le domaine de la santé, celui de l’éducation ou de la culture. Ainsi, les fonds vautours ont pour conséquence directe d’accélérer la casse des droits sociaux et l’austérité généralisée tout en générant des bénéfices records pour certains acteurs économiques peu scrupuleux. Les États « ne peuvent plus accomplir leur première obligation », explique Renaud Vivien, « celle de satisfaire les besoins primaires de la population ».

Concrètement, ce sont les services collectifs aux citoyens qui se dégradent et des vies qui sont mises en péril pendant que la précarité et les inégalités explosent. Si l’on reprend l’exemple de la Grèce (qui a également subi une cure d’austérité imposée par les institutions de l’Union européenne), « On n’assiste pas seulement à une crise sociale, mais surtout à une crise humanitaire ». D’aucuns diraient que c’est la démocratie elle-même qui est en danger, alors que le principe du remboursement de la dette n’est que rarement débattu. D’autant que, aujourd’hui, en Grèce, les créanciers ont un droit de regard sur les projets de loi avant que ces derniers ne soient votés au Parlement…

 

Démocratie - Ereur 404

Les fonds vautours échouent à défaire la loi belge

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Afin de lutter contre ces pratiques, le parlement Belge a adopté le 12 juillet 2015 une loi ambitieuse unique en son genre. Le texte empêche d’une part qu’un fond vautour ayant saisi un tribunal Belge puisse obtenir plus que la valeur du rachat des dettes. D’autre part, il fait obstacle à ce qu’un fond vautour puisse s’adresser aux tribunaux du pays pour faire exécuter des jugements rendus à l’étranger, si la demande émane d’un créancier spéculateur qui chercherait à obtenir un « avantage illégitime ». Ce dernier élément est caractérisé lorsqu’il est constaté qu’il existe une disproportion manifeste entre le prix auquel les créances ont été rachetées et la valeur effective du remboursement demandé. Le texte pionnier avait été décrit comme exemplaire et pris comme modèle par l’ONU. Peu étonnant donc de voir les fonds vautours tenter de défaire la loi Belge et d’introduire un recours en justice contre elle. Cependant, NML capital, auteurs de la saisine a été débouté par la plus haute juridiction du pays qui a rejeté tous les arguments présentés le 31 mai dernier.

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À défaut de régler définitivement le problème, la décision rendue par la Cour Constitutionnelle belge est au moins encourageante : la justice n’a pas cédé devant la pression et les intérêts financiers d’une société domiciliée aux Îles Caïmans et dont les actionnaires restent inconnus. À sa tête, Paul Singer, figure économique, médiatique et politique aux Etats-Unis, et l’un des principaux financeurs du parti des Républicains s’est d’ailleurs distingué pendant les dernières décennies, notamment pour son rôle joué dans les attaques contre l’Argentine. Désormais, la voie est donc ouverte pour aller plus loin se réjouit le CADTM, qui rappelle que le Parlement européen a publié une résolution allant en ce sens le 17 avril dernier. Mais les pays membres auront-ils le courage de suivre l’exemple de leur voisin Belge ? Rien n’est moins sûr… en particulier en France où le président Emmanuel Macron, ex-banquier d’affaires chez Rothschild & Cie, ne semble pas prêt de vouloir s’attaquer aux dérives du secteur financier.

Paradis fiscal - Enfer hôpital

 


 

Source :

http://www.cadtm.org/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonds_vautour

https://www.facebook.com/stopfondsvautours

https://mrmondialisation.org/grande-victoire-en-belgique-contre-les-fonds-vautours-les-quoi/

https://aphadolie.com/2018/06/12/au-festin-des-rapaces-les-fonds-vautours-video/

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vendredi 8 juin 2018

Facebook a (encore) partagé vos données

Apple, Samsung, BlackBerry et des dizaines d’autres fabricants de téléphones ou tablettes auraient accédé aux données personnelles des utilisateurs de Facebook.

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Le scandale «Cambridge Analytica» à peine retombé, Mark Zuckerberg est à nouveau dans la tourmente. Son réseau social aurait échangé les données de ses utilisateurs avec des dizaines de fabricants de téléphones et de tablettes.

Ces partenariats auraient été établis bien avant que les applications Facebook ne déferlent sur les téléphones portables. Le réseau social offrait aux constructeurs non seulement des données sur l’utilisateur, mais aussi leurs amis. Le problème, c’est que ces derniers croyaient parfois avoir interdit tout partage de leurs données.

Ashkan Soltani, chercheur et consultant en protection de la vie privée, explique au «New York Time», que «c’est comme si on fait installer des serrures, mais on se rend compte que, sans vous demander la permission, le serrurier a donné un double à tous ses amis pour qu’ils puissent venir fouiller dans vos affaires».

Les données valent de l’or

Parmi les données que récoltaient les fabricants de téléphone: situation matrimoniale, religion, tendance politique ou événements à venir. L’ampleur de ce partage de données n’avait jamais été révélée, selon le journal new-yorkais.

Xavier Studer, blogueur indépendant spécialiste des nouvelles technologies, s’étonne, «bien qu’on découvre régulièrement ce que Facebook fait de nos données, à chaque fois c’est pire. Et ce n’est pas rassurant».

Si la plupart des partenariats sont encore d’actualité, Facebook aurait commencé à les réduire en avril dernier. Ses déboires en matière de gestion des données personnelles ont largement été mis en lumière depuis le début de l’année. Zuckerberg avait dû s’expliquer devant le Sénat américain. Il avait expliqué que les accès comme ceux utilisés par Cambridge Analytica avaient été coupés en 2015.

Deux poids, deux mesures

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Mais pas pour tout le monde apparemment. Et rien n’avait été révélé sur cette utilisation par les fabricants. Le patron du réseau social avait ensuite dû affronter l’Europe. Dans des documents soumis mi-mai au législatif allemand qui enquêtait sur les pratiques du géant bleu, seul un partenariat avec le fabriquant BlackBerry est évoqué par le réseau social. Pourtant cela concernerait une soixantaine de marques.

Le réseau social se défend en affirmant que ces partenariats sont légaux et qu’il n’a pas violé l’accord passé entre lui et la Federal Trade Commission (ndlr: agence gouvernementale dont la mission principale est l’application du droit des consommateurs).

Face aux critiques, il explique que seule une partie de celles-ci sont fondées. Il assure que ces accords ont été passés il y a plus de 10 ans, dans un but d’intérêt commun, «quand les App Stores n’existaient pas». Il annonce que 22 partenariats déjà ont été annulés.

Une révolte des utilisateurs

Pour les États qui seraient tentés d’intervenir, preuve en est que Facebook ne dit pas tout. La plus grosse pression pourrait venir d’actions privées. Perdre définitivement tous ses utilisateurs parait la seule menace pour le géant américain.

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Car ce sont eux les principaux concernés dans ces scandales. On estime que la moitié des Suisses est sur Facebook. «L’utilisateur moyen ne veut pas que ces données se retrouvent partout», constate Xavier Studer. Et pourtant, on accepte souvent les conditions d’utilisation, et ce qu’elles entraînent sans les lire. «On ne peut pas avoir un avocat sous la main à chaque fois qu’on coche «oui»», souligne l’expert.

Jusqu’où Facebook ira avant d’atteindre un point de non-retour? «Les réseaux sociaux sont tellement indispensables qu’ils ont encore beaucoup de marge», observe Xavier Studer. (Le Matin)

https://www.lematin.ch/monde/Facebook-a-encore-partage-vos-donnees/story/17375204

Le travail de Salim Virani que nous vous invitons à parcourir est remarquable parce qu’il a pris la peine de réunir et classer le très grand nombre de « petites » atteintes de Facebook à notre vie privée. Ce n’est donc pas ici une révélation fracassante mais une patiente mise en série qui constitue une sorte de dossier accablant sur Facebook et ses pratiques avouées ou inavouables. Vous trouverez donc de nombreux liens dans l’article et au bas de l’article, qui sont autant de sources.

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Si comme nous le souhaitons, vous avez déjà renoncé à Facebook, il est temps d’en libérer vos proches : les références et les faits évoqués ici par Salim Virani seront pour vous un bon réservoir d’arguments.

Par quoi remplacer Facebook lorsqu’on va supprimer son compte ? Telle est la question qui reste le point bloquant pour un certain nombre de personnes.  Bien sûr il existe entre autres Diaspora et ses divers pods (dont Framasphère bien sûr), mais Salim Virani répond plutôt : par de vrais contacts sociaux ! Avons-nous vraiment besoin de Facebook pour savoir qui sont nos véritables amis et pouvoir échanger avec eux ?

N’hésitez pas à nous faire part de votre expérience de Facebook et de ses dangers, dont le moindre n’est pas l’addiction. Saurons-nous nous dé-facebook-iser ?

Source de l’article : Get your loved ones off Facebook

Traduction Framalang : Penguin, mo, egilli, audionuma, goofy, lamessen, roptat, xXx, serici, Mika, jums, ratator, dodosan, mathis, mika, Lumibd, jums, ratator, Diane

Dites à ceux que vous aimez de laisser tomber Facebook

par Salim Virani

J’ai écrit ce qui suit pour ma famille et mes proches, afin de leur expliquer pourquoi les dernières clauses de la politique de confidentialité de Facebook sont vraiment dangereuses. Cela pourra peut-être vous aider aussi. Une série de références externes, et des suggestions pour en sortir correctement, se trouvent au bas de cet article.

Mise à jour 2017 : beaucoup des inquiétudes que j’avais se sont avérées fondées. Facebook a persévéré dans sa logique de mépris envers ses utilisateurs. J’ai actualisé cet article en y ajoutant quelques liens et arguments supplémentaires.

« Ah au fait, j’avais envie de te demander pourquoi tu quittes Facebook », telle est la question embarrassée qu’on me pose du bout des lèvres très fréquemment ces temps-ci. Genre vous savez plus ou moins que Facebook c’est mal, mais vous n’avez pas trop envie de savoir jusqu’à quel point.

J’ai été un grand supporter de Facebook – un des premiers utilisateurs de mon entourage à défendre ce moyen génial de rester en contact, c’était en 2006. J’ai fait s’inscrire ma mère et mes frères, ainsi qu’environ vingt autres personnes. J’ai même enseigné le marketing de Facebook à l’un des plus prestigieux programmes technologiques du Royaume-Uni, la Digital Business Academy. Je suis un technico-commercial – donc je peux voir les implications – et jusqu’à maintenant elles ne m’avaient pas inquiété plus que ça. Je ne prenais pas au sérieux les personnes qui hésitaient en invoquant des questions de vie privée.

Juste pour vérifier…

Pendant les vacances 2014/2015, j’ai voulu passer quelques minutes à vérifier les prochains changements dans la politique de confidentialité, avec une attitude prudente en me demandant « et si… ? ». Certaines éventualités étaient inquiétantes, en particulier concernant nos informations financières et de localisation, sans oublier tout le reste. En fait, ce que je soupçonnais a déjà eu lieu il y a deux ans, depuis 2011 ! Ces quelques minutes se sont changées en quelques jours de lecture. J’ai ignoré beaucoup d’affirmations qui, selon moi, peuvent être expliquées comme des accidents (« techniquement plausibles » ou « techniquement fainéantes »).
Après tout, je suis moi-même le fondateur d’une start-up, et je sais à quel point les questions techniques peuvent être complexes. Par exemple, les droits d’accès excessifs demandés par l’application Facebook pour Android proviennent d’un problème technique étroitement lié à Android. Mais il restait encore beaucoup de préoccupations concernant la protection de la vie privée, et j’ai croisé ces faits avec des techniques que je sais être standards dans le marketing basé sur les données.
Avec ces derniers changements de confidentialité le 30 janvier 2015, j’ai peur.

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Facebook a toujours été légèrement pire que toutes les autres entreprises technologiques avec une gestion louche de la confidentialité ; mais maintenant, on est passé à un autre niveau. Quitter Facebook n’est plus simplement nécessaire pour vous protéger vous-même, c’est devenu aussi nécessaire pour protéger vos amis et votre famille. Cela pourrait être le point de non-retour – mais il n’est pas encore trop tard pour reprendre le contrôle.

Une petite liste de pratiques de Facebook

Il ne s’agit plus simplement des informations que Facebook dit qu’il va prendre et ce qu’il va en faire ; il s’agit de tout ce qu’il ne dit pas, et qu’il fait tout de même grâce aux failles qu’ils se sont créées dans les Conditions de Service, et la facilité avec laquelle ils reviennent sur leurs promesses. Nous n’avons même plus besoin de cliquer sur « J’accepte ». Ils modifient simplement la politique de confidentialité, et en restant sur Facebook, vous acceptez. Et hop !

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Aucune de vos données sur Facebook n’est sécurisée ni anonyme, quels que soient vos paramètres de confidentialité. Ces réglages sont juste des diversions. Il y a des violations de confidentialité très sérieuses, comme la vente de listes des produits que vous recommandez à des annonceurs et des politiciens, le pistage de tout ce que vous lisez sur Internet, ou l’utilisation des données de vos amis pour apprendre des informations privées sur vous – aucune de ces pratiques n’a de bouton « off ». Pire encore, Facebook agit ainsi sans vous le dire, et sans vous révéler les dommages que vous subissez, même si vous le demandez.

Facebook donne vos données à des « tiers » via les applications que vous utilisez, puis il affirme que c’est vous qui le faites, pas eux. À chaque fois que vous utilisez une application connectée à Facebook, vous autorisez Facebook à échapper à sa propre politique de confidentialité avec vous et vos amis. C’est comme quand mon frère me forçait à me frapper moi-même, puis me demandait « Pourquoi tu te frappes tout seul ? ». Et il allait dire à ma mère que ce n’était pas de sa faute.

En creusant un peu, j’ai découvert tout le pistage que fait Facebook – et je l’ai vérifié avec des articles de sources connues et réputées, ainsi qu’avec des études qui ont été examinées minutieusement. Les liens sont dans la section Source à la fin de ce post.

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Ça semble fou quand on met le tout bout à bout !

  • Facebook crée de fausses recommandations de produits venant de vous pour vos amis – et ils ne vous le disent jamais.
  • Quand vous voyez un bouton « J’aime » sur le web, Facebook est en train de repérer que vous êtes en train de lire cette page. Il parcourt les mots-clés de cette page et les associe avec vous. Il sait combien de temps vous passez sur les différents sites et les différents sujets.
  • Ils lisent vos messages privés et le contenu des liens que vous envoyez en privé.
  • Ils ont mis en place des fonctionnalités qui allument le micro de votre téléphone – vu leurs antécédents de changement de paramètres de confidentialité, une surveillance audio peut très probablement commencer sans que vous le sachiez.
    Ils peuvent utiliser la reconnaissance faciale pour pister vos déplacements avec des photos, même celles qui ne sont pas sur Facebook (les photos prises depuis les téléphones contiennent des informations sur la date, l’heure et la localisation GPS).
  • Ils repèrent votre localisation et l’utilisent pour trouver des informations sur vous, si par exemple vous êtes malade (si vous êtes chez un médecin ou un spécialiste), avec qui vous couchez (qui est à vos côtés pendant la nuit), où vous travaillez, si vous êtes en recherche d’emploi (un rendez-vous d’une heure dans les bureaux de la concurrence), etc.
  • Ils ont organisé des campagnes de quasi-dénonciation pour inciter par la ruse les amis des gens à révéler des informations sur eux, alors qu’ils avaient décidé de les garder secrètes.
  • Ils utilisent l’énorme quantité de données qu’ils ont sur vous (avec vos « J’aime », ce que vous lisez, ce que vous écrivez mais que vous ne publiez pas) pour créer des profils très précis de qui vous êtes – même si vous faites tout pour garder ces choses secrètes. Il y a des techniques statistiques, qui existent depuis des décennies en marketing, pour trouver des modèles comportementaux en corrélant les actions et les caractéristiques d’une personne. Même si vous n’avez jamais publié quoi que ce soit, ils peuvent facilement déduire vos âge, sexe, orientation sexuelle et opinions politiques. Quand vous publiez, ils en déduisent beaucoup plus. Puis ils le révèlent aux banques, aux compagnies d’assurances, aux gouvernements et, évidemment, aux annonceurs.

« Je n’ai rien à cacher »

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Pourtant, beaucoup de gens ne s’en inquiètent pas, estimant qu’ils n’ont rien à cacher. Pourquoi s’intéresseraient-ils à ma petite personne ? Pourquoi devrais-je m’inquiéter de cela alors que je ne fais rien de mal ?

L’histoire est désormais célèbre : une adolescente enceinte a vu sa grossesse révélée au grand jour par le magasin Target, après que ce dernier a analysé ses données d’achat (sacs à main plus grands, pilules contre le mal de tête, mouchoirs…) et a envoyé par erreur un message de félicitations à son père, qui n’était pas au courant. Oups !

Il arrive la même chose à vos données, qui sont révélées à n’importe quelle entreprise sans contrôle de votre part. Et cela se traduit par les différentes manières dont vos données peuvent révéler des choses vous concernant à des entités que vous ne souhaitez pas mettre au courant.

L’un des problèmes les plus évidents ici concerne les compagnies d’assurance. Les données qu’elles récoltent sur vous sont exploitées pour prédire votre futur. Aimeriez-vous qu’on vous refuse une assurance santé sous prétexte qu’un algorithme a prédit à tort que vous aviez commencé à consulter un cardiologue ?

Et si votre employeur ou futur employeur savait que vous êtes peut-être enceinte ?

Aimeriez-vous que votre patron soit au courant quand vous n’êtes pas réellement cloué au lit, ou quand vous cherchez un autre job ?

Aimeriez-vous que n’importe qui soit au courant si vous avez des difficultés à payer votre prêt ? Si vous vendez votre maison, les acheteurs sauront qu’ils sont en position de force.

Ne confondez pas vie privée et secret. Je sais ce que vous faites dans la salle de bain, mais vous fermez quand même la porte. C’est parce que vous voulez de l’intimité, pas pour cacher un secret. (Extrait de Je n’ai rien à cacher, pourquoi devrais-je faire attention à ma vie privée en ligne ?)

Même si nous avons pour la plupart d’entre nous le sentiment que nous n’avons rien à cacher, nous nous retrouvons tous parfois dans des situations où nous avons besoin que certaines choses restent secrètes, au moins pendant un temps. Mais nous renonçons à cela – et pour quelle raison ?

Extraits des « Conditions d’utilisation » (et non « Politique de confidentialité », vous voyez l’astuce ?)

Vous nous donnez permission d’utiliser votre nom, image de votre profil, le contenu et les informations en lien avec des activités commerciales, soutiens sponsorisés et autres contenus (comme les marques que vous aimez), proposés ou mis en avant par nos soins.

Plus bas :

Par « information » nous voulons dire les données et autres informations qui vous concernent, ce qui inclut les faits et gestes des utilisateurs et des non-utilisateurs qui interagissent avec Facebook.

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Donc cela inclut tout ce qu’ils collectent sur vous mais sans vous le dire. Tout ce que vous lisez sur Internet, tout ce qu’on a jamais publié à votre propos, toutes vos transactions financières privées.

De plus, vos données commencent à être combinées avec les données de vos amis pour faire un modèle encore plus précis. Il ne s’agit pas que de vos données, mais ce que l’on obtient quand on combine tout ensemble.

Le problème n’est pas ce que nous avons à cacher, il s’agit de garantir le droit fondamental à notre liberté – lequel est notre droit à la vie privée

L’article 12 de la Déclaration des Droits de l’homme de l’ONU indique :

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation.

Nous avons le droit de dire un mot sur la façon dont ces informations seront utilisées. Mais en utilisant Facebook, nous les abandonnons volontairement, pas seulement les nôtres mais aussi celle de nos amis, de notre famille !

Si vous admettez avoir commis quelque chose d’illégal dans les messages privés de Facebook, ou si vous avez simplement mentionné un soutien à une action politique, cela pourra être utilisé contre vous à l’avenir, tout particulièrement par un gouvernement étranger. Vous pouvez être arrêté simplement parce que vous étiez au mauvais endroit au mauvais moment, ou être mis à l’écart à l’aéroport un jour, pour risquer de la prison car vous avez révélé que vous avez fait quelque chose d’illégal il y a 5 ans. Un comédien New Yorkais a vu une équipe SWAT (un groupe d’intervention policière américaine musclé) entrer dans son appartement pour une blague sur Facebook. Les forces de l’ordre commettent souvent des erreurs, et vous leur donnez plus de pouvoir et plus de chance d’être dans l’erreur. Vous rechargez le fusil, le pointez sur votre tempe, et le donnez à n’importe quel « applicateur de la loi » à la gâchette facile capable d’acheter vos données personnelles.

Pas besoin de parler d’une hypothétique surveillance gouvernementale ici. L’un des premiers investisseurs de Facebook, Greylock, a un conseil d’administration en lien avec la CIA via une entreprise appelée In-Q-Tel. Selon leur site web, ils « identifient les technologies de pointe pour aider la CIA et plus largement le renseignement américain à poursuivre leur mission ». Et si vous n’êtes toujours pas au courant, il a été révélé que les données de Facebook ont été livrées directement au programme PRISM.

Les courtiers en données commerciales

Et comme je l’explique plus loin, ces informations se retrouvent de toute façon en grande partie publiquement accessible. Pas besoin des programmes de la NSA, les entreprises de données marketing s’en occupent, en dés-anonymisant toutes vos données pour les vendre encore et encore. C’est fait systématiquement et automatiquement. Il y a toute une industrie autour de ça. Il y a des places de marché pour acheter et vendre les données des consommateurs, qui étaient bâties originellement autour des agences de crédit et des entreprises de publipostage, puis qui ont évolué avec l’industrie de la barre d’outil de navigateur, quand Internet Explorer était répandu – maintenant il y a encore plus d’informations qu’avant. Un exemple récent est RapLeaf qui a collecté et publié des informations identifiables personnellement, y compris des identifiants Facebook et MySpace.
Ils ont arrêté suite à une sérieuse controverse, mais non seulement le mal avait été fait, mais il y a eu d’autres entreprises qui ont échappé à cette mauvaise publicité et ont continué ces pratiques. Il ne s’agit pas de la façon dont les commerciaux vous adressent des publicités ciblées : le problème, c’est que vos données sont achetées et vendues pour cela.

Dans quel pays envisagez-vous de partir en voyage ? Êtes-vous d’accord pour confier toutes ces informations sur vous aux forces de l’ordre de ce pays ? Parce que, sachez-le : elles les achètent.

Mise à Jour 2017 : Facebook a annoncé sa collaboration avec quatre des plus grands courtiers en données.

Intercepter vos communications

Le truc, c’est qu’il n’y a pas besoin d’approuver une théorie du complot pour être concerné. Mark Zuckerburg lui-même a été très clair publiquement avec ses investisseurs à propos de ses intentions :

1) Être l’intermédiaire de toutes les communications personnelles.

C’est pour cela qu’ils ont conçu Messenger et acheté WhatsApp, mais n’oubliez pas qu’ils ont essayé pire. Quand ils ont lancé les emails Facebook, ils ont profité des utilisateurs qui avaient synchronisé leurs contacts Facebook. Ils ont fait en sorte que l’adresse @facebook.com soit l’adresse par défaut pour tout le monde. Pourquoi ? Pour que vos amis vous envoient des e-mails sur votre adresse @facebook.com au lieu de votre adresse normale, ce qui leur permettra de lire vos correspondances.

2) Rendre publiques toutes les communications privées au fil du temps.

C’est pour cela qu’ils ont lentement changé les paramètres de vie privée par défaut vers "public", rendu les configurations de la vie privée de plus en plus difficiles à utiliser, et prétendent maintenant que leur outil d’aide à la vie privée va changer cela.

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En réalité, il y a une foule de violations de la vie privée qui ne peuvent être désactivées, comme permettre aux publicitaires d’utiliser votre liste de contacts, couper la façon dont Facebook suit ce que vous lisez sur Internet, ou empêcher Facebook de collecter d’autres informations sur vous. Vous ne pouvez pas les désactiver !

Facebook ne vous laisse pas partager ce que vous voulez

Même si vous n’avez rien à cacher, inquiétez-vous du contraire, ce que Facebook choisit de cacher quand vous souhaitez le partager. Ils vous filtrent.

« Je voulais te demander pourquoi tu quittes Facebook » arrive généralement après quelque chose comme « Tu n’as pas vu mon post la semaine dernière ? ».

Si vous avez déjà eu cette conversation, vous aurez noté qu’il y a une grande différence entre vos attentes lorsque vous communiquez sur Facebook et ce qui arrive réellement. En gros, Facebook filtre vos posts suivant que les utilisateurs utiliseront plus Facebook ou non s’ils ne le voient pas.

On a l’impression que Facebook est la seule manière de rester en contact. Avec les photos et les commentaires. On a l’impression que tout le monde y est et qu’on y voit une bonne partie de leur vie.

En fait, un grand nombre de vos messages ne sont jamais vus par personne !
Et vous en manquez plein aussi. Même si ceux de vos amis vous arrivent, cela ne veut pas dire que les vôtres leur parviennent.

Les messages privés puent aussi. Combien de messages Facebook envoyés sans réponse ? À combien de messages Facebook pensez-vous avoir oublié de revenir plus tard, combien en manquez-vous simplement ? Est-ce comme ça que vous voulez traiter vos amis ?

Facebook est un moyen vraiment peu fiable pour rester en contact.

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Le mois dernier (NdT : en 2015), j’ai simplement cessé d’utiliser Facebook. Quelque chose d’incroyable est arrivé. Les gens m’ont téléphoné, et on s’est vraiment donné de nos nouvelles. Ma famille était plus en contact. Mon frère m’a envoyé des courriels avec des nouvelles. Des amis sont venus chez moi me dire bonjour.
C’était, disons, social.

Censure politique

Facebook bloque des publications s’il y a du contenu politique qu’il n’aime pas. Ils ont bloqué des publications concernant Ferguson et d’autres manifestations politiques. Quand Zuckerberg a prétendument pété un câble et a banni les mots « vie privée » des réunions à Facebook, cela a aussi été censuré dans toutes les publications Facebook. Vous aviez juste un message d’erreur à propos de « contenu inapproprié ». Ouais, c’est ça ! Inapproprié pour qui ?

Pourtant, nous ne devrions pas être surpris. Facebook n’est pas une plate-forme neutre – nous devons être conscients des objectifs des gens qui sont derrière. Zuckerberg a révélé ses intentions publiquement. (...)

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Facebook va jusqu’à laisser des organisations politiques bloquer vos communications. Il suffit de quelques personnes pour classer comme offensant un article d’actualité, et il est supprimé du flux de tout le monde. Cette fonctionnalité est souvent détournée. Je peux bloquer n’importe quel article sur Facebook en convainquant quelques amis de le classer comme offensant. C’est de la censure facile et pas chère.

Mise à jour de 2017 : on a vu combien cela a affecté les élections des États-Unis. Les fils d’actualité des gens qui avaient des idées opposées étaient souvent filtrés, et pourtant des fausses actualités se sont facilement répandues facilement, parce que ces faux gros-titres renforcent nos convictions et nous sommes contents de les partager.

Tout cela confirme que c’est une mauvaise idée de compter sur Facebook pour communiquer avec des gens qui sont importants pour vous. Votre habitude d’utiliser Facebook implique que d’autres personnes doivent utiliser Facebook.

C’est un cercle vicieux.

En fait, cela nuit à vos relations avec beaucoup de gens, parce que vous pensez que vous êtes en contact avec eux, mais vous ne l’êtes pas. Au mieux, vous êtes en contact avec une version filtrée de vos amis. Ces relations s’affaiblissent, alors que vos relations avec des personnes qui publient du contenu qui plaît à Facebook prennent leur place.

Non seulement Facebook veut lire toutes vos communications, mais il veut aussi les contrôler.

Vous balancez vos amis

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Même si vous pensez que tout ça ne vous pose pas trop de problèmes, en utilisant Facebook, vous forcez vos amis et votre famille à accepter la même chose. Même ceux qui ne sont pas sur Facebook, ou qui vont jusqu’à utiliser des faux noms.

Si vous avez déjà utilisé la synchronisation des contacts Facebook, ou si vous avez déjà utilisé Facebook sur votre téléphone, alors Facebook a récupéré la totalité de votre liste de contacts. Les noms, les numéros de téléphone, les adresses, les adresses électroniques, tout. Puis ils utilisent tout ça pour créer des « profils fantômes » des gens que vous connaissez et qui ne sont pas sur Facebook. Les internautes qui n’utilisent pas Facebook s’en aperçoivent souvent en recevant des e-mails qui contiennent leurs informations personnelles de la part de Facebook. Les internautes qui utilisent Facebook s’en aperçoivent aussi quand ils publient une photo d’un ami qui n’est pas sur Facebook, et qu’elle se retrouve automatiquement taguée. Mon ami n’est pas sur Facebook, mais comme d’autres amis et moi avons utilisé Facebook sur nos téléphones, Facebook connaît son nom et ses informations de contact, et sait aussi qui sont ses amis, puisqu’il peut le voir dans leur liste de contacts et leur journal d’appel. Il suffit de publier quelques photos avec son visage (ils peuvent l’identifier sur des photos), et voilà, ils peuvent ajouter les données de géolocalisation tirées des photos à son profil fantôme. Beaucoup d’autres techniques de Facebook fonctionnent aussi avec les profils fantômes. Et par-dessus le marché, ils peuvent déduire beaucoup de choses sur lui très précisément en s’appuyant sur des similitudes statistiques avec ses amis.

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Donc en gros, on a tous balancé accidentellement nos amis qui voulaient préserver leur vie privée. Facebook nous a piégés.

Mais les pièges de Facebook vont encore plus loin.

La « vie privée » ne s’applique pas à ce que Facebook déterre

Tout comme les profils fantômes des gens, Facebook peut « deviner un like » en fonction d’autres informations qu’il possède sur vous, comme ce que vous lisez sur Internet ou ce que vous faites dans les applications quand vous vous y authentifiez avec Facebook ou ce qu’il y a sur votre facture de carte bleue (j’en parlerai davantage plus loin). Appelez cela un « like fantôme ». Cela leur permet de vous vendre à plus d’annonceurs.

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Il y a déjà une vaste documentation sur la collecte de ces informations par Facebook. La technique du « like fantôme » est simplement une utilisation standard des techniques statistiques en marketing de base de données. Si vous lisez beaucoup sur ce sujet, vous l’aimez probablement. Ce genre de chose. Ces techniques sont utilisées en marketing depuis les années 80 et vous pouvez embaucher des étudiants en statistiques pour le faire, même si bien sûr, Facebook embauche les meilleurs du domaine et cherchent à faire avancer l’état de l’art en intelligence artificielle pour cela. En Europe, Facebook est légalement obligé de partager toutes les informations qu’il a sur vous, mais il refuse. Donc il y a encore une autre action en justice contre eux.

Les permissions

Au travers de son labyrinthe de redéfinitions des mots comme « information », « contenu » et « données », vous permettez à Facebook de collecter toutes sortes d’informations sur vous et de les donner à des annonceurs. Avec votre permission seulement, disent-ils, mais la définition de « permission » contient l’utilisation d’une application ou qui sait quoi d’autre.

(...)

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Vous voyez comment ça marche ? Vous dites à Facebook que c’est « uniquement pour vos amis », mais vos amis peuvent le révéler à un « tiers ». Et la plupart des applications qu’ils utilisent sont des « tiers ».
Donc en fait, tout ce que vous marquiez en « amis seulement » n’a pas grande importance. En étant sur Facebook, il y a bien plus d’informations à votre propos qui sont collectées, combinées, partagées et utilisées.

Ils disent qu’ils « anonymisent » ça, mais en réalité il n’y a qu’une étape pour le dés-anonymiser. Beaucoup de données anonymes, comme ce que vous postez et quand, vos photos, votre localisation à tel moment est suffisant pour un grand nombre d’entreprises qui relient ces données anonymes à vous – et les revendent (c’est pour cela que ça n’a pas d’importance que vous utilisiez un faux nom sur Facebook, vos données sont comme une empreinte digitale et permettront de vous associer à votre vrai nom).

En plus, ils permettent à toutes les applications Facebook d’avoir un accès complet à vos informations – avec votre nom et tout. Et même si vous n’utilisez jamais d’application sur Facebook, vos amis le font. Lorsqu’ils utilisent ces applications, ces amis partagent toutes vos informations pour vous. Il y a toute une industrie derrière.

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Certaines choses ont bien un bouton « off », mais rappelez-vous que c’est temporaire, et comme Facebook l’a fait dans le passé, ils les réactiveront sans vous en avertir. Lorsque Facebook a démarré (et sans doute quand vous vous êtes inscrit) c’était clairement un endroit sûr pour partager avec vos amis. C’était leur grande promesse. Avec le temps, ils ont passé les paramètres de confidentialité à « public par défaut ». De cette façon, si vous vouliez toujours garder Facebook mais seulement pour vos amis, vous deviez trouver manuellement plus d’une centaine de paramètres sur d’innombrables pages cachées. Ensuite, ils ont abandonné ces paramètres pour forcer les informations à être publiques de toute façon.

(...)

Vente de vos recommandations sans votre accord

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Vous avez sûrement déjà remarqué des publicités Facebook avec une recommandation de vos amis en dessous. En gros, Facebook donne aux annonceurs le droit d’utiliser vos recommandations, mais vous n’avez aucun contrôle dessus. Cela ne concerne pas simplement quand vous cliquez sur un bouton « J’aime ». Il y a des cas connus de végétariens qui recommandent McDonald’s, d’une femme mariée heureuse qui recommande des sites de rencontres, et même un jeune garçon qui recommande un sex club à sa propre mère !

Ces cas étaient si embarrassants que les personnes concernées s’en sont rendu compte. Les gens les ont appelés. Mais dans la plupart des cas, ces « recommandations » ne sont pas découvertes – les gens pensent qu’elles sont vraies. C’est encore plus effrayant, car Facebook est largement utilisé pour la promotion politique, et la recommandation de produits. Les gens savent que j’ai déjà collecté des fonds pour le soutien d’enfants malades du cancer, donc cela ne les étonnera peut-être pas de voir une publicité où je recommande un programme chrétien d’aide aux enfants pauvres en Afrique. Mais je ne soutiens absolument pas les programmes qui ont une tendance religieuse, car ils sont connus pour favoriser les gens qui se convertissent. Pire, des gens pourraient s’imaginer des choses fausses sur mes convictions religieuses à partir de ces fausses recommandations. Et je passe sur tous les trucs à la mode sur les startups que je ne cautionne pas !

Ils profitent de la confiance que vos proches ont en vous

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Nous n’avons aucun moyen de savoir si notre cautionnement a été utilisé pour vendre des conneries ineptes en notre nom. Je n’ai pas envie d’imaginer ma mère gâcher son argent en achetant quelque chose qu’elle pensait que je cautionnais, ou les investisseurs financiers de ma startup voir des publicités pour des produits inutiles avec mon visage en dessous.

Utiliser Facebook signifie que ce genre de chose se produit à tout moment. Les publicitaires peuvent acheter votre cautionnement sur Facebook et vos informations à des revendeurs de données extérieurs. Vous n’êtes jamais mis au courant de ça et vous ne pouvez pas le désactiver.

Les derniers changements en matière de vie privée

Finalement, je veux expliquer comment ce dernier changement dans nos vies privées engendre des choses encore pires, et la manière dont vous continuerez à en perdre le contrôle si vous restez sur Facebook.

L’usage de Facebook exige de vous suivre à la trace, de connaître ce que vous achetez, vos informations financières comme les comptes bancaires et les numéros de carte de crédit. Vous avez donné votre accord dans les nouvelles « conditions de service ». Ils ont déjà commencé à partager des données avec Mastercard. Ils utiliseront le fait que vous êtes restés sur Facebook comme « la permission » d’échanger avec toutes sortes de banques et institutions financières afin d’obtenir vos données d’eux. Ils diront que c’est anonyme, mais comme ils dupent vos amis pour qu’ils dévoilent vos données aux tiers avec des applications, ils créeront des échappatoires ici aussi.

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Facebook insiste aussi pour suivre à la trace votre emplacement via le GPS de votre téléphone, partout et tout le temps. Il saura exactement avec qui vous passez votre temps. Il connaîtra vos habitudes, il saura quand vous appelez au travail pour vous déclarer malade, alors que vous êtes au bowling. « Machin a aimé : « bowling à Secret Lanes a 14h. » ». Ils sauront si vous faites partie d’un groupe d’entraide de toxicomanes, ou allez chez un psychiatre, ou un médium, ou votre maîtresse. Ils sauront combien de fois vous êtes allé chez le médecin ou à l’hôpital et peuvent le partager avec d’éventuels assureurs ou employeurs. Ils sauront quand vous serez secrètement à la recherche d’un travail, et vendront votre intérêt pour des sites de recherche de travail à vos amis et collègues – vous serez dévoilé.

Ils sauront tout ce qui peut être révélé par votre emplacement et ils l’utiliseront pour faire de l’argent.

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Et – tout sera fait rétrospectivement. Si vous restez sur Facebook après le 30 janvier, il n’y a rien qui empêchera tous vos emplacements et vos données financières passés d’être utilisées. Ils obtiendront vos localisations passées avec vos amis vérifiés – donc avec vous, et les données GPS stockées dans les photos ou vous êtes identifiés ensemble. Ils extrairont vos vieux relevés financiers – ce médicament embarrassant que vous avez acheté avec votre carte de crédit il y a 5 ans sera ajouté à votre profil pour être utilisé selon les choix de Facebook. Il sera vendu à maintes reprises et probablement utilisé contre vous. Il sera partagé avec des gouvernements et sera librement disponible pour des tas d’entreprises « tierces » qui ne vendent rien que de données personnelles et éliminent irréversiblement votre vie privée.

Désormais c’est irréversible.

Les données relatives à votre géolocalisation et vos moyens financiers ne sont pas seulement sensibles, elles permettent à des entreprises tierces (extérieures à Facebook) de dés-anonymiser des informations vous concernant. Cela permet de récolter toutes sortes d’informations disponibles sur vous, y compris des informations recoupées que vous n’avez pas spécifiées. C’est un fait que même Facebook lui-même ne parvient pas à maintenir totalement le caractère privé des données – on ne peut pas dire que ça les préoccupe, d’ailleurs.

C’est sans précédent, et de même que vous n’avez jamais pensé que Facebook puisse revendre vos libertés lorsque vous vous êtes inscrits en 2009, il est trop difficile de prédire quels revenus Facebook et les vendeurs de données tiers vont tirer de cette nouvelle énergie dormante.

C’est simplement une conséquence de leurs nouveaux modèles économiques. Facebook vous vend au plus offrant, parce que c’est comme cela qu’ils font leur beurre. Et ils subissent des pressions monstrueuses de leurs investisseurs pour en faire plus.

Qu’est-ce que vous pouvez faire de plus à ce sujet ? Facebook vous offre deux possibilités : accepter tout cela ou sauter du bus Facebook.

(...)

Comment se tirer de ce pétrin

D’après la décision de justice rendue il y a quelques années par le FTC (Federal Trade Commission, NdT), après que Facebook a été poursuivi par le gouvernement des États-Unis pour ses pratiques en matière de vie privée, Facebook est « tenu d’empêcher que quiconque puisse accéder aux informations d’un utilisateur plus de 30 jours après que cet utilisateur a supprimé son compte ».

On peut l’interpréter de différentes façons. Certains disent qu’il faut supprimer chacune de vos publications, une par une ; d’autres disent qu’il faut supprimer votre compte, et d’autres disent qu’ils garderont vos données quand même – tout ce que vous pouvez faire, c’est arrêter de leur donner plus d’informations. Et puis, il y a les courtiers en données qui travaillent avec Facebook, qui ont déjà récupéré vos informations.

Donc supprimer votre compte Facebook (pas simplement le désactiver) est nécessaire pour arrêter tout ça, puis il y a quelques autres étapes à suivre pour tenter de réparer les dégâts :

Préparation (facultative)

  1. Utilisez l’outil « Créer mon archive » de Facebook
  2. Récupérez vos photos. J’ai utilisé cette application Android puisque l’outil Facebook ne vous permet pas de récupérer toutes vos photos, ni dans leur résolution maximale (j’ai aussi téléchargé la page avec ma liste d’amis, simplement en faisant défiler la page jusqu’en bas pour charger tout le monde, puis en cliquant sur Fichier -> Enregistrer. Honnêtement, je n’ai pas eu besoin du fichier jusqu’à présent. Il s’avère que je n’ai pas besoin d’un ordinateur pour savoir qui sont mes amis).
  3. Si vous voulez vraiment être minutieux, supprimez vos publications Facebook une par une, grâce à ce script. Cela peut être nécessaire, selon comment on interprète ce que Facebook peut conserver.
  4. Ensuite, il y a toutes les applications que vous avez utilisées. C’est l’une des plus grosses failles de Facebook, car cela leur permet de dire qu’ils ne peuvent pas contrôler ce que les applications font avec vos données une fois que vous les leur avez données. Du coup, j’ai sauvegardé sur mon disque dur la page de paramètres qui montre quelles applications j’ai utilisées, et j’ai désactivé l’accès de chacune d’elles manuellement. Chacune de ces applications a sa propre politique de confidentialité – la plupart sont une cause perdue et prétendent avoir des droits illimités sur mes informations, donc je les coupe simplement et je passe à autre chose.

Supprimer votre compte

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Supprimez carrément votre compte Facebook, ne laissez aucune chance à Facebook de réapparaître en utilisant seulement la fonction « Désactiver ».

Précautions supplémentaires

Facebook pourra toujours vous pister avec un « compte fantôme », mais cela peut-être bloqué.

Pour empêcher Facebook (et consorts) de surveiller ce que je lis sur internet (ils le font même si vous n’avez pas de compte), j’utilise Firefox avec l’option « Ne pas me pister » activée.

Si vous n’utilisez pas Firefox, EFF a un plugin pour votre navigateur appelé Privacy Badger (et pendant que l’on y est, l’EEF a fait en sorte que ce plugin génial choisisse automatiquement le serveur qui dispose de la connexion la plus sécurisée, cela rend plus difficile d’intercepter votre activité numérique pour l’industrie de l’information).

Il y a aussi les données qui ont été transmises illégalement aux « data brokers ». Vous pouvez demander que ces données soient retirées.

Comment remplacer Facebook ?

Mise à jour 2017 : au début, je pensais essayer des alternatives à Facebook. Je ressentais un besoin de remplacer Facebook par quelque chose de similaire comme Diaspora, mais l’e-mail et le téléphone se sont révélés bien meilleurs ! Après un mois sans Facebook, je n’ai plus ressenti le besoin de le remplacer. Les coups de téléphone ont suffi, figurez-vous. Tout le monde en a déjà un, et on oublie combien ils sont super faciles et pratiques à utiliser. Je vois moins de photos, mais je parle à des gens pour de vrai. Plus récemment, nous sommes tous allés sur un grand salon de messagerie instantanée. Je recommande actuellement Signal pour faire ça. Vous pouvez faire des appels, chatter et partager des photos de façon chiffrée, et très peu de choses sont stockées sur leurs serveurs. En fait, c’est bien mieux que Facebook, puisque c’est plus instantané et personnel.

Si vous avez d’autres idées ou conseils, merci de me joindre. Je considère ceci comme une étape responsable pour éviter qu’on me prive de ma liberté, et celle de ma famille et mes amis, et que nos relations personnelles en pâtissent.

Gardez bien à l’esprit que ce n’est pas juste une question technique. En restant sur Facebook, vous leur donnez l’autorisation de collecter et d’utiliser des informations sur vous, même si vous n’utilisez pas Internet. Et en y restant, les données qu’ils collectent sur vous sont utilisées pour créer des modèles sur vos amis proches et votre famille, même ceux qui ont quitté Facebook.

Internet est libre et ouvert, mais ça ne veut pas dire que nous acceptons d’être espionnés

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Pour finir, le monde est rempli de gens qui disent « ça n’arrivera jamais », et quand cela finit par arriver, cela se change en « on ne peut rien y faire ». Si, on peut. Internet a été décentralisé pendant 50 ans, et contient un tas de fonctionnalités faites pour nous aider à protéger nos vies privées. Nous avons notre mot à dire sur le monde dans lequel nous voulons vivre – si nous commençons par agir à notre niveau. Et en plus, nous pouvons aider tout le monde à comprendre, et faire en sorte que chacun puisse faire son propre choix éclairé.

Cet article a maintenant été lu par 1 000 000 personnes. C’est un signe fort que nous pouvons nous informer et nous éduquer nous-mêmes !

Merci de partager ceci avec les gens qui vous sont importants. Mais honnêtement, même si cet article est vraiment populaire, il est clair que beaucoup de gens pensent savoir ce qu’il contient. Partager un lien n’est jamais aussi efficace que de parler aux gens.

Si vous avez lu jusqu’ici et que vous voulez partager avec un proche, je vous suggère de faire ce que j’ai fait – décrochez votre téléphone.

Une question pour vous

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Cet article a été écrit en réaction à la politique de confidentialité de janvier 2015, il y a 2 ans. Ça a toujours été un article populaire, mais en janvier 2017, il a connu un pic de popularité. Je me demande bien pourquoi, et ça serait sympa si vous pouviez me dire ce que vous en pensez, par Twitter ou par e-mail.

Je me demande pourquoi mon article sur la vie privée sur Facebook (qui date de plusieurs années) subit une vague de popularité depuis la semaine dernière. Des idées ?
– Salim Virani (@SaintSal) 8 janvier 2017

Sources

Une petite note sur la qualité de ces sources : j’ai essayé de trouver des références dans des médias majeurs, avec tout un échantillon de biais politiques. Ces articles sont moins précis techniquement, mais on peut s’attendre à ce qu’ils soient plus rigoureux que les blogs pour vérifier leurs sources. Pour les aspects plus techniques, d’autres sources comme The Register sont certainement plus crédibles, et Techcrunch est notoirement peu fiable en matière de fact-checking. J’ai toutefois inclus certains de leurs articles, parce qu’ils sont doués pour expliquer les choses.

Articles en anglais

Articles en français (n’hésitez pas à allonger cette trop courte liste dans vos commentaires)

https://framablog.org/2017/01/23/si-on-laissait-tomber-facebook/

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Si vous aviez encore des doutes sur facebook malgré les récentes "affaires", après la lecture de cet énorme dossier de Salim Virani, il est certain que vous n'en aurez plus !!!

Et dire que Macron a reçu "en grandes pompes" ce type, le faux fondateur de fesse bouc !!!
Bon, on sait pourquoi il l'aime tant !!!
Ce système d'espionnage généralisé pourrait lui permettre de se faire réélire en 2022 s'il n'obtient pas un strapontin à l'UE ou plus !
Dans tous les cas, le flicage de la population lui est très utile pour que ses maîtres installent de façon encore plus poussée la dictature, un retour aux heures sombres !   S.R.

Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
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Parcoursup, c’est comme le jeu des osselets – Nicole Ferroni (Vidéo)

En quoi Parcoursup risque-t-il de bouleverser les fondements de l’apprentissage et de l’enseignement ? Réponse avec cette chronique bien sentie.

VID FERRONI PARCOURSUP

Humoriste et ex-prof de SVT en lycée, Nicole Ferroni est idéalement placée pour nous expliquer Parcoursup tout en nous faisant rire. Démonstration avec sa dernière chronique sur France Inter.

Plus qu’une méthode de sélection, Parcoursup aurait, selon l’humoriste, une fâcheuse tendance à bouleverser ce qui fait le fondement de l’apprentissage au lycée. Pourquoi ? Parce qu’il pousserait les élèves non plus à comprendre ce qu’on leur enseigne mais à engranger des points pour satisfaire un algorithme. Explication toute en humour et en ironie avec Nicole Ferroni.

Parcoursup, c'est comme le jeu des osselets - Le billet de Nicole Ferroni

https://www.youtube.com/watch?time_continue=205&v=jRO5ydXWmr4

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« Je ne vois pas le rapport. On ne te demande pas de comprendre, on te demande, à la fin, d’avoir une bonne note, un bon critère à mettre dans l’ordi de Parcoursup. »

« Est-ce qu’on a déjà vu un algorithme avec des bras pour tenir une lettre de motivation ? »

« Tu ne seras pas homme mon fils, tu seras plutôt le fruit d’un com… promis. »

Une nouvelle fois, par le rire et l’absurde, Nicole Ferroni pose les bonnes questions et encourage la réflexion.

Source :

https://www.parcoursup.fr/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Parcoursup

https://positivr.fr/parcoursup-nicole-ferroni-france-inter/

https://www.20minutes.fr/societe/2285107-20180606-parcoursup-grandes-disparites-entre-etablissements-regrettent-profs-lyon

https://aphadolie.com/2018/06/07/parcoursup-cest-comme-le-jeu-des-osselets-nicole-ferroni-video/

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
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jeudi 7 juin 2018

Espagne: le gouvernement pro-européen et majoritairement féminin de Sanchez devant le roi

Le gouvernement pro-européen et majoritairement féminin du socialiste espagnol Pedro Sanchez, arrivé au pouvoir après la chute du conservateur Mariano Rajoy, doit prêter serment jeudi devant le roi Felipe VI.

ACT SANCHEZ RAJOY

Avec 11 femmes et six hommes, dont un astronaute au ministère des Sciences, ce gouvernement est le plus féminin que l'Espagne ait jamais connu.

C'est aussi le plus minoritaire depuis le rétablissement de la démocratie et il n'ira probablement pas jusqu'au bout de la législature en 2020. Pedro Sanchez a d'ailleurs remercié son équipe d'avoir "accepté de servir pendant les prochains mois".

Le Parti Socialiste ne dispose en effet que de 84 députés sur 350 et aura la marge de manoeuvre que voudront bien lui laisser le parti de gauche "radicale" Podemos, les nationalistes basques et les indépendantistes catalans, qui ont soutenu vendredi la motion de censure contre M. Rajoy. 

En pleins préparatifs du Brexit au Royaume-Uni, et alors que l'Italie vient de se doter d'un gouvernement eurosceptique, l'exécutif espagnol a volontairement un caractère pro-européen marqué.

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Pedro Sanchez, 46 ans et sans expérience du pouvoir, a ainsi nommé l'ancien président du parlement européen Josep Borrell aux Affaires étrangères et l'actuelle directrice du budget de l'UE Nadia Calviño à l'Economie. 

La composition de ce gouvernement est "le reflet du meilleur de la société" espagnole, "paritaire, intergénérationnel et ancrée dans l'UE", a-t-il déclaré.

Accordant une place prépondérante aux femmes, M. Sanchez a nommé Carmen Calvo, 60 ans, ancienne ministre de la Culture (2004-2007), comme vice-présidente du gouvernement. Elle dirigera un ministère de l'Egalité, une question prioritaire pour le gouvernement, trois mois après une "grève générale féministe" d'ampleur inédite le 8 mars.

L'ancienne procureure antiterroriste Dolores Delgado arrive à la Justice et l'ancienne juge de la Cour suprême Margarita Robles à la Défense. Isabel Celaa sera chargée de l'Education, Magdalena Valerio du Travail, Carmen Montón de la Santé.

Les femmes se sont vu confier tant de maroquins que la presse espagnole se demande si le Conseil des "ministros" (ministres au masculin) ne devrait pas être rebaptisé des "ministras" (au féminin).

- Respect des engagements -

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A côté de Nadia Calviño à l'Economie, Maria Jesus Montero prend le portefeuille des Finances. Assumant déjà cette responsabilité au gouvernement régional de l'Andalousie, elle avait ainsi dû pratiquer dans sa région les coupes claires dans les dépenses publiques ordonnées par le gouvernement conservateur*.

Cette équipe devra respecter les "engagements européens" en matière de déficit public, qui doit être ramené cette année à 2,2% du PIB. Au nom de "la stabilité", Pedro Sanchez s'est engagé à conserver le budget de l'Etat 2018 élaboré par les conservateurs, en passe d'être examiné par le Sénat.

"L'Espagne croît de 3% (par an) mais ne répartit pas la richesse", a souligné M. Sanchez en promettant de lutter pour l'égalité et contre la pauvreté infantile. 

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Sortie de la crise fin 2014, l'Espagne a enchaîné quatre ans de croissance supérieure à la moyenne de la zone euro mais son taux de chômage à 16,7% n'est dépassé que par celui de la Grèce. Et elle détient le record de contrats temporaires de l'UE (26,8% des emplois selon Eurostat).

Autre figure pro-européenne, le chef de la diplomatie, Josep Borrell, 71 ans, est un Catalan opposé fermement à l'indépendance de sa région. A l'étranger, il aura à contrer ce qu'il appelle "la propagande" des indépendantistes catalans.

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En interne, une autre Catalane sera chargée de dialoguer avec le gouvernement indépendantiste de Quim Torra: Meritxell Batet, Barcelonaise de 45 ans, nommée ministre de l'Administration territoriale.

Une nomination surprise, le ministère de l'Intérieur est confié au magistrat basque Fernando Grande-Marlaska, qui a instruit des dossiers contre l'organisation indépendantiste armée ETA.

https://actu.orange.fr/monde/espagne-le-gouvernement-pro-europeen-et-majoritairement-feminin-de-sanchez-devant-le-roi-CNT0000013Or53/

 

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*"les coupes claires dans les dépenses publiques ordonnées par le gouvernement conservateur"= la feuille de route habituelle de l'Union européenne (GOPE), ce que reconnait le journaliste dans le paragraphe suivant: "cette équipe devra respecter les "engagements européens" en matière de déficit public, qui doit être ramené cette année à 2,2% du PIB. Au nom de "la stabilité", Pedro Sanchez s'est engagé à conserver le budget de l'Etat 2018 élaboré par les conservateurs, en passe d'être examiné par le Sénat."

Pour résumer, un gouvernement minoritaire avec à sa tête un clone de Macron/Renzi/Tsipras/Trudeau... avec une tête de gendre idéal, qui mènera la même politique que l"équipe précédente, avec quelques changements superficiels et des effets d'annonce, la démocratie européenne telle qu'on la conçoit à Bruxelles, Paris & Berlin...   P.G.

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mardi 5 juin 2018

Souveraineté nationale. A propos d’un épisode transalpin

TRIBUNE LIBRE / par Floréal (PRCF)

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De par sa constitution, le peuple italien est (censé être) souverain.

A quelques réserves près cependant, que l’UE, Frau Merkel, Sir Emmanuel Macron, la BCE, la quasi-totalité de la « libre presse » européenne et les sacro-saints « marchés » se sont vite chargés de rappeler aux électeurs transalpins :

  • tout d’abord, pas question de nommer au ministère des finances un adversaire de l’euro. Ce dangereux personnage devra donc se contenter d’un ministère sans portefeuille, voire d’un portefeuille sans ministère. [1]
  • le gouvernement devra solennellement annoncer qu’il ne désire quitter ni l’UE ni l’euro, ni l’OTAN. [2]
  • un ministre des affaires étrangères qui a fait toute sa carrière à Bruxelles (parle-t-il encore l’italien ?) garantira l’engagement total de l’Italie dans l’alliance atlantique et la politique de guerre et de surarmement qui est actuellement la sienne. On respire ! [3]
  • Enfin les quelques mesures sociales envisagées par ce gouvernement devront soigneusement se tenir dans les limites infranchissables du remboursement de la « dette » et des critères de gestion de l’euro. Faut pas rire, n’est-ce pas, avec la suprématie du deutsche Mark sur notre continent, pardon, avec les bienfaits universellement reconnus de la monnaie unique qui apporte aux travailleurs d’Europe, comme chacun sait, la croissance des salaires, la stabilité de l’emploi, la qualité des services publics, le progrès permanent des retraites et de la protection sociale…

Une fois ces concessions minimes acceptées par MM. Salvini et Di Maio, l’UE donne carte blanche à l’Italie pour… traquer les migrants. On ne badine pas avec les « valeurs » européennes dès lors qu’elles ne sont pas cotées en Bourse.

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Le gouvernement italien actuel est d’ultra-droite, voire fascisant. Celui du Grec Tsipras se réclamait de la « gauche radicale ». Qu’importe puisque, comme l’a dit M. Juncker, « il n’y a pas de démocratie contre les traités européens ». Et c’est si vrai que lorsque la France retoque un traité constitutionnel, non seulement on lui impose le traité de Lisbonne, qui est le clone du TCE, mais M. Macron, soutenu sur sa ligne politique par 18% des inscrits, va jusqu’à imposer l’hymne et le drapeau européens que Sarkozy avait prudemment ôtés du traité de Lisbonne. VOUS EN BOUFFEREZ !

Et c’est cette UE et son haut clergé totalitaire de dignitaires, de lobbyistes et d’oligarques méprisants que certains « patriotes » comme Le Pen ou Dupont-Aignan prétendent « renégocier du dedans » pour en tirer on ne sait quelle « Europe des nations » pendant que certains « progressistes » jurent de renégocier, toujours « du dedans », les traités supranationaux afin de « faire du social ».

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« L’émancipation nationale est le socle de l’émancipation sociale », disait Jean Jaurès. Et si enfin, certains « hommes de gauche » parvenaient enfin à saisir que l’humiliation nationale, que l’ « Europe » fait subir à jet continu aux peuples européens, est le terreau permanent des régressions sociales et des dérives fascisantes ?

https://www.initiative-communiste.fr/articles/billet-rouge-2/souverainet-nationale-a-propos-dun-pisode-transalpin-par-floral-prcf/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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[1] Paolo Savona, ancien dirigeant du "Medef" italien a évolué sur les questions monétaires et se dit opposé à l'euro, mais sans vouloir clairement sortir de l'UE, à ma connaissance.  Il prend le secrétariat aux "affaires européennes", ce qui n'est pas rien tout de même. En tous cas, le soutien qui lui est implicitement apporté ici montre une certaine ouverture d'esprit...

[2] Le nouveau gouvernement n'a pas fait campagne pour une quelconque sortie de l'UE ou de l'euro (et ne parlons pas de l'OTAN), cette obligation ne devrait donc logiquement pas le gêner.

[3] Bien vu: l'allégeance du nouveau gouvernement à l'OTAN a été peu relevée ces derniers temps. (Voir notre publication Italie: Commedia dell’Arte?)  P.G.

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samedi 2 juin 2018

Le ridicule ne tue pas, Emmanuel Macron peut le certifier

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir,

TL SAPIR MACRON MATTARELLA

Le ridicule ne tue pas. Du moins, c’est habituellement ce que l’on dit…

Emmanuel Macron, notre Président de la République, s’était réjoui du véto mis par le Président italien, M. Mattarella, sur le nom d’un eurosceptique notoire, M. Paolo Savona qui devait figurer dans le gouvernement proposé par M. Giuseppe Conte. Cela apparaissait comme un coup d’arrêt donné aux deux partis, le M5S et la Lega, qui étaient sortis gagnants de l’élection du 4 mars 2018. Il avait même salué le « courage » et le « sens des responsabilités » de Mattarella[1]. Et tout ce beau monde des européistes béats, ceux que l’on surnomme en Italie les « euroïnomanes », de se réjouir du geste de Mattarella.

Las, le jeudi 31 mai en début de soirée, l’homme désigné par Mattarella pour former un autre gouvernement renonçait, et Mattarella n’avait d’autre choix que d’accepter à nouveau Giuseppe Conte, qui proposait un gouvernement, où figurait Paolo Savona….

Le Président de la République italienne, M. Mattarella

Il a l’air malin, Emmanuel Macron, et il doit se mordre les doigts de ses déclarations intempestives. Oh, si cela peut le consoler, il ne sera pas le seul. On a, parmi ceux qui se sont révélés odieux dans leur attitude ouvertement anti-démocratique le commissaire européen au Budget, Günther Oettinger qui a avait déclaré «Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter» dans une interview à la radio publique allemande Deutsche Welle[2]. On a aussi eu Markus Ferber, député au Bundestag de la CSU, le parti allié à Mme Merkel, qui déclarait quant à lui que la « Troïka » (de sinistre mémoire en Grèce) devrait sans doute envahir l’Italie et prendre le contrôle du Trésor italien[3]. Bref, entre les apôtres d’une tyrannie des marchés et les nostalgiques de l’opération Alaric (la prise de contrôle par les armées du IIIème Reich de l’Italie en septembre 1943), Emmanuel Macron est en bonne compagnie.

Ce que signifie le retournement du jeudi soir

Il faut cependant revenir à ce que signifie le retournement de situation de jeudi soir. Il était évident, dès le départ, que Carlo Cottarelli, ancien haut responsable du FMI et l’homme désigné par Mattarella pour succéder à Conte, n’avait aucune chance d’être investi par le Parlement. Dans ces conditions, un retour devant les urnes était certain. Sauf que de nouvelles élections auraient donné encore plus de sièges au M5S et à la Lega, peut-être même les deux-tiers. Certains, à Bruxelles comme à Rome ont donc du faire leurs comptes. Mattarella a dû se rendre à l’évidence, et accepter le gouvernement Conte. En un sens, le Président, comme jadis Mac Mahon, s’est soumis.

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On dira, et ce n’est pas faux, que ce n’est pas exactement le même gouvernement et que Conte a transigé. Si Paolo Savona figure bien en son sein, c’est cette fois en temps que Ministre des Affaires Européennes, et non plus comme Ministre des finances. Ce dernier poste est dévolu à Giovanni Tria, un homme connu pour ses positions économiques plutôt orthodoxes. Mais, il faut noter qu’il a soutenu l’idée d’un fort déficit budgétaire, directement financé par la BCE, pour relancer l’économie italienne, et qu’il est, dans le contexte actuel, opposé à plus d’austérité. Ce sont des positions qui vont directement à l’encontre des recommandations de Bruxelles et Francfort. Dans un autre sens, la nomination de Enzo Moavero Milanesi, un ancien responsable de l’UE et un ancien Ministre de Mario Monti comme Ministre des affaires étrangères, est de nature à rassurer certains à Bruxelles comme à Francfort. Mais, telle est peut-être justement le but de cette nomination.

Car, dans le même temps que se déroulaient ces péripéties au Quirinal, on apprenait que deux institutions financières parapubliques italiennes s’étaient mises à racheter systématiquement des bons du Trésor italien. C’est, peut-être, une réponse devant les spéculations sur les marchés financiers, mais peut-être aussi le début de la construction d’instruments pour parer au choc financier d’une sortie de l’Euro, voire mettre en place une monnaie parallèle à l’Euro.

Les ambiguïtés italiennes

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Il est donc clair que la défaite du Président Mattarella reste entourée d’un certain nombre d’ambiguïtés quant à la volonté de Conte, mais surtout de Luca di Maio et Matteo Salvini, d’engager un bras de fer décisif avec Bruxelles et Francfort. Car, et il n’en faut pas douter, nous allons connaître une longue période de tensions entre Rome et Bruxelles, mais aussi Francfort. Cependant, sauf à avoir dans ses tiroirs un plan d’ores et déjà prêt pour une sortie de l’Euro, cette ambiguïté est nécessaire. Surtout si, dans les semaines qui viennent, se précise la possibilité d’utiliser les bons du Trésor comme un instrument de paiement, ceci débouchant sur l’établissement d’une monnaie parallèle en Italie avec l’Euro. C’est une route sur laquelle les difficultés seront nombreuses, il n’en faut pas douter[4].

Il convient donc de prendre ce gouvernement comme il est. Il sera jugé sur ses actes.

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Mais, sa formation représente, déjà, une première victoire de la démocratie sur les pratiques anti-démocratiques du Président Mattarella. Ces pratiques ont été dénoncées en France, mais aussi dans la presse internationale[5]. Elles font ressortir d’autant plus le ridicule du soutien emphatique d’Emmanuel Macron au Président italien.

Pour la suite, on peut regretter que l’on n’aille pas à de nouvelles élections, qui auraient pu être organisées à la fin du mois d’août ou au début de septembre. Elles auraient clarifié la situation, et sans doute donné à la coalition M5S-Lega une légitimité incontestable, tout comme le nombre requis de députés, pour changer la Constitution, ce qui aurait considérablement réduit les possibilité d’actions de ceux que l’on nomme les « euroïnomanes ».

Notes

[1] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/05/28/97001-20180528FILWWW00171-macron-salue-le-courage-du-president-mattarella.php

[2] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/29/la-gaffe-du-commissaire-allemand-gunther-oettinger-qui-enflamme-l-italie_5306622_3214.html

[3] http://www.dailymail.co.uk/news/article-5790389/German-MEP-says-Brussels-control-Italys-finances.html

[4] Sur la question des monnaies parallèles voir ma contribution à l’ouvrage collectif de Beker V. et Moro B., Sapir J., « Parallel currencies, Varoufakis’ plan B and the ongoing debate on euro » in Beker V. et Moro Beniamino, The European Crisis, WEA Book n°7, College Publications, Londres, 2016.

[5] https://www.telegraph.co.uk/business/2018/05/28/europes-soft-coup-detat-italy-watershed-moment/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-ridicule-ne-tue-pas-emmanuel-macron-peut-le-certifier-par-jacques-sapir/

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Les grandes dates de la retraite en France

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Le parti pris de cet article est de présenter des faits de manière neutre, ce qui, de toute évidence, est une tromperie: il laisse entendre que les différentes réformes ont été mises en place pour des raisons techniques (vieillissement de la population, problèmes de financement...) et bien sûr, aucune mention n'est faite de la responsabilité des traités européens, qui devient écrasante à partir de 1991-92, date de l'entrée en vigueur du traité de Maastricht.   P.G.

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Sommaire

1. Introduction à l'histoire de la retraite en France

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En France, l'apparition du premier système de retraite est celui des marins. Si certaines tentatives de développement d'une assurance-vieillesse ont eu lieu au début du siècle dernier, il faudra attendre 1945 et la création de la Sécurité sociale pour que le système de retraite se développe réellement.

Le régime général des salariés du privé est alors créé. Certaines professions s'organisent également de leur côté et développent leur propre régime de retraite.

Depuis, l'assurance-retraite est devenue une institution obligatoire et encadrée qui a beaucoup évolué au fil des décennies. Découvrez les grandes dates et les réformes qui ont marqué son histoire et devenez incollable sur la retraite en France !

2. Les grandes dates qui ont marqué l'histoire de la retraite en France

    • Avant 1945 : les premiers régimes de retraite

      Le premier régime de retraite, celui des marins, remonte à Louis XIV. Il faudra attendre 1910 pour que l'on s'efforce, sans succès, d'établir en France un régime de retraite pour les plus démunis.

      De 1928 à 1930, de nouvelles impulsions iront dans ce sens, sans résultat non plus. Une décennie plus tard, en 1941, une allocation aux vieux travailleurs salariés est créée. Elle s'inscrit aujourd'hui comme l'ancêtre du minimum vieillesse, qui existe encore actuellement.

      A partir de 1945, plusieurs régimes professionnels commencent à coexister mais de façon disparate. La majorité de la population n'est pas encore réellement couverte face au risque-vieillesse.

    • 1945 : naissance de la Sécurité sociale

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      Les ordonnances d'octobre 1945 créent la Sécurité sociale, dont l'assurance-vieillesse constitue l'une des principales branches (avec la maladie, la famille et les accidents du travail).

      C'est alors la naissance du régime général des retraites, qui s'applique à l'époque à tous les salariés du secteur privé, hors agriculture. Le principe de fonctionnement du régime est de créer un système qui fonctionne par répartition : les cotisations des actifs servent à financer la même année les pensions des retraités.

      A l'époque, l'âge minimum pour percevoir une retraite complète est alors fixé à 65 ans. A la création de ce régime, l'idée était de créer un régime unique pour tous. Cependant, certaines professions et organismes ont préféré conserver leur propre régime : c'est l'origine des régimes spéciaux.

    • 1947 : création de l'Agirc

      L'Association générale des institutions de retraite des cadres (Agirc) est créée en 1947 et suit également un fonctionnement par répartition. Ce régime complémentaire, dédié aux cadres, s'ajoute au régime de base de tous les salariés. La différence est qu'il fonctionne en points.

    • 1949 : création des caisses de retraite des professions indépendantes

      4 ans après la création du régime général des salariés du privé, les professions indépendantes se dotent de leur propre caisse de retraite :

      • La CNAVPL pour les professions libérales,
      • La Cancava pour les artisans,
      • L'Organic pour les commerçants et les industriels
    • 1956 : naissance du minimum vieillesse

      Afin d'assurer un revenu minimal aux personnes n'ayant pas suffisamment cotisé, le minimum vieillesse est créée en 1956. Ce dispositif est réservé aux personnes âgées de plus de 65 ans. Il est financé par l'impôt et géré à l'époque par le Fonds national de solidarité qui deviendra, en 1993, le Fonds de solidarité vieillesse (FSV).

    • 1961 : création de l'Arrco

      L'Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés (Arrco) coordonne désormais la retraite complémentaire pour l'ensemble des salariés, cadres et non-cadres. Les cadres conservent toujours une retraite complémentaire à l'Agirc.

      Comme pour l'Agirc, les pensions Arrco s'ajoutent à la retraite du régime de base et le régime fonctionne en points.

    • 1971 : réforme Boulin

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      Afin de mieux partager les fruits de la croissance des Trente Glorieuses, cette première réforme vise à relever sensiblement le niveau des pensions. Les règles de calcul des retraites du régime général sont modifiées :

      • La retraite complète à taux plein à 65 ans passe de 40 à 50 % du revenu des 10 meilleures années (et non plus des 10 dernières).
      • La durée d'assurance requise pour la pension complète est allongée de 30 à 37,5 ans (120 à 150 trimestres).
    • 1972 : La retraite complémentaire devient obligatoire

      Dès 1972, l'affiliation à un régime de retraite complémentaire (Arrco-Argic) devient obligatoire pour les salariés et anciens salariés de l'agriculture. La retraite obligatoire des salariés a désormais deux volets : la retraite de base et la retraite complémentaire.

    • 1982 : la retraite à 60 ans

      François Mitterrand instaure la retraite à 60 ans, contre 65 ans auparavant, sous réserve d'avoir cotisé 37,5 années. Pour rappel, le taux plein permet, à cette époque, de percevoir 50% des 10 meilleures années de salaire.

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    • 1991 : le livre blanc sur les retraites

      Le Livre blanc sur les retraites, préfacé par le Premier ministre de l'époque Michel Rocard, pose pour la première fois la question des conséquences du vieillissement de la population sur l'équilibre du système de retraite. Plusieurs pistes de réformes sont proposées :

      • allongement de la durée de cotisation,
      • allongement de la durée de référence pour le calcul des pensions (au-delà des 10 meilleures années),
      • indexation des pensions sur les prix,
      • création de mécanismes de retraite supplémentaire par capitalisation.

      Ces propositions ont toutes été mises en oeuvre par la suite et servent toujours de base à la réflexion lors de chaque nouvelle réforme du système des retraites.

    • 1993 : réforme Balladur

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      Cette réforme s'inscrit dans la continuité du « Livre Blanc » de 1991 et prévoit notamment pour les salariés du privé :

      • l'allongement progressif de la durée minimum de cotisation de 37,5 ans à 40 ans (soit 150 à 160 trimestres),
      • le changement du mode de calcul des pensions, dont la période de référence pour le calcul des retraites passe des 10 meilleures années de salaire aux 25 meilleures années,
      • l'indexation des pensions versées aux retraités sur les prix et non plus sur les salaires,
      • la création du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) qui prend en charge l'ensemble des dépenses de solidarité (minimum vieillesse, prise en compte des trimestres de chômage, majoration pour enfants à charge...).
    • 1999 : création du Fonds de réserve des retraites

      Le gouvernement Jospin crée le Fonds de réserve pour les retraites (FRR). Ce fonds d'investissement est destiné à aider le système des retraites à affronter le choc démographique du papy-boom. Il vise à assurer la pérennité du régime par répartition. Il est alimenté par une taxe sur les revenus du patrimoine et des placements, et par des dotations exceptionnelles.

    • 2000 : création du COR

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      Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a pour mission d'assurer le suivi du système des retraites et d'éclairer l'action publique par son expertise et ses propositions. Il est composé d'élus, d'experts, de représentants de l'Etat, des partenaires sociaux et de la société civile.

 

    • 2003 : réforme Fillon

      En 2003, cette réforme prévoit notamment :

      • l'allongement de la durée de cotisation à 41 ans (164 trimestres) en 2012,
      • l'alignement progressif de la durée de cotisation du public sur celle du privé,
      • l'instauration d'un système de surcote pour encourager le report de la date de départ en retraite,
      • la création de nouveaux produits d'épargne retraite par capitalisation (Perp, Perco, PERE),
      • la mise en place de rendez-vous réguliers tous les 4 ans pour décider de l'évolution future du système en fonction de l'accroissement de l'espérance de vie.
      • la création de la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP) qui sera mise en place en 2005.

 

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    • 2007 : réforme des régimes spéciaux

      La plupart des régimes spéciaux s'alignent progressivement sur le régime de la fonction publique :

      • la durée de cotisation est alignée sur celle du public,
      • un mécanisme de surcote / décote est instauré,
      • la période de référence pour le calcul de la pension devient les 6 derniers mois de carrière au lieu du dernier mois,
      • la revalorisation des pensions est indexée sur les prix et non plus sur les salaires.

 

    • 2010 : réforme Woerth

      Une nouvelle réforme est mise en place en 2010 pour 2 raisons :

      • les précédentes réformes n'ont pas permis de résorber le besoin de financement du système des retraites,
      • le déficit s'aggrave en 2010 (32 milliards d'euros) suite à la crise de 2008.

      De plus, la crise a généré de la part des acteurs internationaux [!!] une attente forte en matière de maîtrise des finances publiques. La réforme Woerth de 2010 prévoit donc :

      • l'allongement progressif de la durée d'assurance et un recul de l'âge de départ à 62 ans,
      • le report à 67 ans de l'âge automatique de la retraite à taux plein,
      • des restrictions sur les conditions d'accès au dispositif « carrière longue ».

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      Parallèlement, le COR publie 2 rapports importants début 2010 :

      • en janvier, son 7ème rapport est consacré aux différents scénarios possibles de remise à plat du système de retraites,
      • en avril, le 8ème rapport actualise les projections financières à l'aune des conséquences de la crise économique.

 

  • 2014 : réformes Ayrault et Touraine

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    Les réformes Ayrault et Touraine de 2014 prévoient :

    • l'instauration d'un compte pénibilité à points pour les emplois difficiles, permettant de partir plus tôt à la retraite,
    • un nouvel allongement progressif de la durée d'assurance,
    • l'abaissement de la valeur d'un trimestre à 150 fois le smic horaire brut,
    • de nouvelles possibilités de rachat de trimestres,
    • la fin de l'ouverture de nouveaux droits à la retraite issus des cotisations versées dans le cadre d'un cumul emploi-retraite.

https://www.la-retraite-en-clair.fr/cid3191514/les-grandes-dates-retraite-france.html

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