lundi 6 août 2018

Obama sent le vent tourner et dénonce l’instrumentalisation de l’immigration par la « nouvelle élite internationale »

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TL OBAMA MIGRANTS

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jeudi 19 juillet 2018

Communautarisme: lorsque la « Presse » fait du zèle et que la gauche signe son arrêt de mort.

TRIBUNE LIBRE /  Jacques Cotta • Actualités • Mercredi 11/07/2018

TL REPUBLIQUE COMMUNAUTARISME

Il est coutumier de dire que les phénomènes qui se produisent outre-Atlantique ne sont que le prélude de ce qui nous attend ici, avec un décalage dans le temps plus ou moins important. La mondialisation n’épargnant aucun domaine, les questions idéologiques, identitaires, civilisationnelles y sont soumises. Et la presse avec. Ainsi, au lendemain des assassinats de Charlie Hebdo en 2015, un journaliste noir américain de « The Atlantic », Ta-Nehisi Coatesde, par ailleurs militant noir des « black Panthers », interroge « Libération » sur la présence [absence] de journalistes arabes dans sa rédaction. La question semble tout autant anodine que les conseils proférés. « Aux Etats-Unis, il y avait un manque, mais il y avait des Latinos, des Noirs, dans toutes les rédacs » indique le confrère. Ce qui pouvait passer pour une simple réflexion anecdotique il y a trois ans, sans conséquence, a fait son chemin. En cet été 2018 le journal « Libération » nous indique que « cette question a été un sujet réel de réflexion au sein de la direction du journal ces dernières années ». « Sommes-nous une rédaction blanche »? Et comme si cela était un drame, le journal d’indiquer « on l’a été, on l’est encore. Ça a changé un peu. On part de loin ». La démarche est pour le moins étrange.

Recensement ethnique et communautarisme

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Pour répondre, le journal s’engage dans ce qui ressemble à un début de recensement ethnique. Voilà donc un des principaux quotidiens parisiens, chantre de « l’antiracisme », prêt à fustiger par exemple Robert Ménard le maire de Bézier lorsqu’il engage un décompte ethnique dans les écoles de la ville, qui lui emboite le pas sans même sembler s’en rendre compte. Mais quel est donc le cadre idéologique et intellectuel qui permet aux racistes et antiracistes d’afficher les mêmes méthodes ? Derrière l’anecdote, ce sont des choses très sérieuses qui sont en jeu.

Le Communautarisme s’appuie en général sur des faits précis, réels, qu’il ne s’agit pas de nier, mais dont l’exploitation à des fins politiques revient à la remise en cause des règles républicaines qui permettent de vivre ensemble. Les exemples abondent. La tyrannie que subissent des filles dans certains quartiers doit-elle être l’affaire de la seule « communauté féminine » ? L’homophobie que subissent certains jeunes doit-elle être la seule question de la « communauté homo » ? La discrimination que connaissent certains Noirs ou Algériens doit-elle être réduite aux seules « communautés noires et arabes » ?

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Évidemment, lorsque l’idéologie fascisante que porte notamment l’islamisme politique dans les quartiers frappe, c’est toute la république qui est concernée et ses principes universalistes qui sont attaqués. Cela pour les filles, les homos ou plus généralement pour l’embauche qui organise la discrimination au compte du capital. Contrairement à la République, les communautarismes enferment dans des ghettos les catégories concernées, tout en dénonçant la situation dans laquelle ils les ont eux-mêmes placées. La République a des règles qui permettent de vivre ensemble. Elle ne définit pas les citoyens en fonction de leurs différences mais en fonction des droits et devoirs qu’il leur revient de partager.

La démarche du journaliste américain et la préoccupation de Libération sont révélatrices d’une mise à mal de la tradition universaliste française, de la vie républicaine malmenées au profit d’un communautarisme qui pointe et qui progresse chaque jour. En réalité « Libération » répond aux attaques récurrentes qu’on peut entendre ici ou là, notamment dans les milieux d’une certaine « gauche », qui mettent en cause « cet odieux entre-soi d'ignobles petits blancs frileux qui refusent de se faire enrichir culturellement ». La problématique communautariste n’est pas de savoir combien il y a de journalistes dans une rédaction, ce que sont leurs compétences, la ligne éditoriale qui les conduit, les choix rédactionnels qui sont faits, mais leur sexe ou la couleur de leur peau. Le journaliste américain poursuit d’ailleurs de façon non équivoque. L’absence des Arabes et des Noirs dans les rédactions parisiennes serait un élément clé permettant de comprendre et d’expliquer « Je suis Charlie ». « Je suis Charlie » exprimait une détermination opposée à l’islamisme politique auteur des assassinats du journal satirique. Cette détermination était donc, à en croire la démarche de notre confrère américain, une affaire de Blancs. Sans l’écrire explicitement, un journaliste arabe aurait sans doute mieux compris la démarche des assassins. La question politique était donc reléguée en arrière-plan. Voilà une des premières conséquences de ce communautarisme étranger à nos traditions républicaines qui substitue aux qualités, aux positions, aux compétences la couleur de peau, sujet politiquement correct, dans les milieux de « gauche » notamment, et qui revient au fond à tempérer la critique des actes criminels, et à trouver une explication « raciale » à leurs auteurs.

Comment en est-on arrivé là ?

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Comment donc le pays de 1789 peut-il se trouver si perméable à ce qui est étranger à ses principes, à ses règles, à sa devise ?
Il existe une relation étroite entre la politique mise en œuvre et l’idéologie qui s’impose. Peu à peu, sous le coup de la destruction du bien commun, derrière les exigences du capital pour qui « le pognon » mis dans les aides sociales est une dépense superflue, ce sont les valeurs de solidarité, de fraternité, d’égalité qui ont été saccagées. Sans doute imparfaites jusque-là, ces valeurs avaient toutefois prise sur la société, incarnaient une conception de la vie commune. Aujourd’hui leur ont été substitués un individualisme forcené, un chacun pour soi et surtout personne pour les autres.

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Le mode de production capitaliste a transformé nos sociétés en sociétés d’individus, cherchant à atomiser toute problématique pour laisser le sujet seul face au corps dominant. Seul, donc impuissant. La question n’est plus, ne doit surtout plus être le rassemblement des opprimés contre leurs oppresseurs. L’individualisme revendiqué aboutit à exploser les communautés humaines. Tous les secteurs de la vie courante sont concernés. Sur le plan intime, la famille patriarcale par exemple est fustigée par tous ceux qui considèrent que cela coûte trop cher, que ça constitue une entrave à la mobilité et la flexibilité dont le capitalisme a toujours besoin, que ça incarne un lieu de solidarité contraire aux lois du marché idéal. Sur le plan social, l’individualisation est directement prônée contre le tout collectif. Les « lois Travail » de Hollande et Macron qui détruisent les conventions collectives, qui limitent les cadres de représentation des personnels, qui limitent ou liquident les garanties minimales n’ont d’autre but que de livrer le travailleur au bon vouloir de l’employeur, sans résistance collective possible. L’objet n’est plus l’antagonisme de classe entre capital et travail. Le salarié n’a plus comme ennemi que son collègue de travail. Pour tout « dégraissage », la question se résume à « qui passera à la trappe ». Le « lean-management », inventé dans le secteur automobile américain, et depuis propagé par la mondialisation dans tous les secteurs, revient à faire décider par un collectif de travail qui doit être viré. Telle est la loi du capital.

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Avec les valeurs, c’est le cadre national lui-même qui doit être balayé. La bouillie intellectuelle dominante aboutit à assimiler les nations aux nationalismes et à leur faire porter la responsabilité de tous les maux de la société. Elles seraient responsables, donc doivent être détruites. En Yougoslavie « les bombardements humanitaires » ont fait leur œuvre. Comme en Libye ou en Syrie. Le capital opère jusque dans les détails. Les langues sont bouleversées au profit du « Globish », expression du politiquement correct à la mode américaine dont le dernier avatar est l’écriture inclusive qui exprime une conception étrange de l’égalité homme femme, et qui rend tout texte illisible.

Le communautarisme ennemi de la communauté politique

Les revendications les plus absurdes mêlées à cette idéologie, produit de la mondialisation capitaliste, donnent naissance à ce communautarisme étranger à nos valeurs, mortifère pour la République elle-même. Dans les cantines scolaires on réclame du Halal ou du Casher, du végétarien ou du Vegan… La différence dés le plus jeune âge, plus rien de commun, voilà la consigne ! Le séparatisme et le différentialisme doivent ainsi s’imposer au républicanisme et à l’universalisme, érigeant les droits de l’individu-roi contre la communauté politique. Les exemples abondent. On pourrait ainsi parler des minorités sexuelles, des gays, des lesbiennes, des trans, des bi, et maintenant, dernier terme à la mode pour exprimer cette décomposition, des « genrés », des « cis », des « trans »… Une fois encore il ne s’agit pas ici de nier le malaise que peut connaitre un individu ou un autre sur toute question, alimentaire, identitaire, sexuelle. Mais de comprendre où nous mène la considération de catégories à part au-dessus de la communauté politique.

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La preuve par l’absurde. Nous sommes sur le plateau de Daniel Schneiderman. Celui-ci fait une émission sur les LGTB et remarque l’absence de femmes parmi ses invités qui rassemblent quatre représentants de ladite communauté gay.
- Je ne suis pas un homme, je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme, mais je ne suis pas un homme, le coupe un barbu.
- L’apparence ?
- Il ne faut pas confondre identité de genre et expression de genre. Je refuse qu’on
me genre comme un homme. Je suis non binaire. Ni masculin, ni féminin.
Pour sa couleur de peau, l’homme se dira contre toute évidence « non blanc » car à moitié libanais.
Ainsi, partant d’un malaise personnel – indiscutable – et qu’il ne s’agit pas de nier, le malaise de s’être vu attribuer par la nature un sexe que l’on refuse, nous voilà sommés de ne « pas genrer » les individus, de ne pas reconnaitre un homme ou une femme là ou pourtant l’affaire ne fait pas de doute. Bref, de réduire le cadre collectif qui gère la communauté politique à une multiplicité de volontés individuelles.

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Curieusement le communautarisme réclame l’ouverture à l’autre alors qu’il n ‘est d’abord ouvert qu’à lui-même. Il en est ainsi des « racisés » nouveau terme à la mode, employé ici ou là, dont les porte-paroles seraient le CRAN, (conseil représentatif des associations noires) ou encore le PIR (le parti des indigènes de la république). Il y a là une des expressions les plus nettes de la décomposition politique. On commence par se victimiser, puis on fait haro sur le Blanc, coupable de porter sur ses épaules le colonialisme… Sur le plan pratique, c’est pour cette raison que sont organisées des « journées d’études décoloniales » patronnées par des universitaires, interdites aux Blancs. On y trouve des militants du NPA, du PCF, et parfois même de la FI. Expression d’une décomposition intellectuelle qui renoue avec le gauchisme soixante-huitard qui prônait la nécessité de gagner les prétendues « nouvelles avant gardes » dont la caractéristique était d’abord d’être étrangères au processus de production, aux salariés, aux ouvriers.

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Les dirigeants du PIR profèrent les plus abominables slogans racistes, revendiquent leur antisémitisme, les pétitionnaires attitrés n’y ont jamais trouvé à redire et pas un tribunal n’a eu à les juger. La remise au goût du jour des critères « raciaux » et le développement d’une « haine des blancs » qui serait nécessaire pour en finir avec l’oppression coloniale, tout cela ne gêne nullement le gratin du gauchisme universitaire. L’« intersectionnalité des luttes », c’est cette étrange alliance des LGBT, des « racialisés », et de tous les groupes porteurs des lubies du moment, totalement indifférents à la situation de la grande masse du peuple, satisfaits de la marginalisation et de la division du mouvement ouvrier et tout fiers de leur auto-promotion au rôle de nouvelle avant-garde de l’histoire.  Une farce qui accompagne le macronisme dont elle est l’autre visage.

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La dislocation du bien commun au profit du capital financier a besoin de ces leurres que le système exploite à merveille. Tout ce qui s’oppose à la nation, à la république, aux lois communes est élevé au rang de nouveau mouvement révolutionnaire. Ainsi, Edwy Pleynel qui dirige Mediapart s’est-il fait le chantre de Tariq Ramadan pendant que Houria Bouteldja, la « camarade » responsable du PIR se réjouissait des pendaisons d’homosexuels à Téhéran tout en recevant le soutien de groupes pro LGBT comme le NPA ou encore d’une frange au sein de la FI. Cette incroyable confusion – qui est sans doute une des formes de « l’intersectionnalité des luttes » – repose sur des mots d’ordre communs : feu sur la république, feu sur la laïcité, feu sur la liberté de penser et la raison, feu sur la nation. Mots d’ordre évidemment inoffensifs pour les classes dominantes mais qui entrent parfaitement dans leurs vues. N’y a-t’il d’ailleurs pas là une des faiblesses d’un mouvement défini comme gazeux, qui tolère en son sein des positions tellement diverses qu’elles peuvent aboutir à l’arrivée à une grande confusion et à quelques dramatiques contradictions.

Jacques Cotta
Le 10 juillet 2018

http://la-sociale.viabloga.com/news/republicanisme-et-universalisme-ou-communautarisme-et-differentialisme

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samedi 14 juillet 2018

Identité, narcissisme et le besoin de souveraineté

TL SAPIR GAUCHE IDENTITAIRE

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

La question de l’identité, réduite au narcissisme le plus nu, traverse les foules quand elles ne sont plus citoyennes. Ce constat, je l’écrivais il y a plus de deux ans[1]. Une nouvelle preuve nous est donnée par les dérives de ce que l’on peut appeler la « gauche identitaire » mais aussi de certains « intellectuels ». C’est le fruit amer des dénis de souverainetés successifs que notre pays a connu ces dernières années, dénis qui ont conduit à une remise en cause des fondements de la démocratie c’est à dire la capacité de tous de participer, d’élaborer et de discuter un projet commun. L’éclatement et la fragmentation de la société, processus dont le montée des fanatismes religieux mais aussi des mouvements cherchant à revendiquer à tout prix une « différence » sont des symptômes de la perte de ce sens du bien commun. Il est significatif que ceci ait touché la « gauche », avec l’émergence de la « gauche identitaire », alors qu’elle se caractérisait jusque là par son adhésion à l’universalisme. Mais, ceci ne doit pas faire oublier non plus le développement des formes du fanatisme religieux qui se prétendent, à un titre ou à un autre, des « dépassements » de la Nation et de la Démocratie. Il faut donc identifier avec précision le phénomène si on veut pouvoir y formuler des parades et des réponses.

Qu’appelle-t-on la « gauche identitaire » ?

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Le terme de « gauche identitaire » a été formulé par Alexis Carré dans une récente interview qu’il a donnée au Figaro[2]. Pour lui, cela désigne cette frange militante qui s’inspire des idées développées aux Etats-Unis dans les années 1990. On y trouve tant des militantes d’une féminisme que l’on peut trouver extrémiste que les militants dits « décoloniaux »[3]. Il s’agit d’une reformulation d’un terme que les analyses de Laurent Bouvet avaient mis sur le devant de la scène[4]. Mais, dans ce dernier contexte, le terme de « gauche identitaire » servait plus à désigner des militants de gauche acceptant de parler de la notion d’identité[5].

Dans l’interview d’Alexis Carré, il s’agit donc des militants de cette nouvelle forme d’activisme qui est d’abord apparue sur les campus universitaires américains. Cela a produit une génération de militants qui sont moins préoccupés par l’exercice du pouvoir que par la critique de la domination et la défense (ou plus exactement la pseudo-défense) des minorités dominées. J’y avais été d’ailleurs confronté lors d’une série de conférences donnée, à l’invitation du regretté Moshe Levine, à l’Université de Philadelphie au début des années 1990[6].

Ce mouvement, que l’on peut appeler le «progressisme identitaire» et qui prétend s’inspirer des travaux de Michel Foucaud, a également engendré une stratégie électorale particulière. Celle-ci a été illustrée en France par le fameux rapport Terra Nova de 2011[7]. Dans ce document, Olivier Ferrand, Romain Prudent et Bruno Jeanbart constataient l’érosion du soutien des classes populaires à l’égard du parti socialiste. Le constat était exact, mais les causes de ce désamour n’étaient pas analysées. Car, ce désamour provenait du ralliement progressif de la Social-démocratie, en France comme ailleurs, au néo-libéralisme. Il suffit d’ailleurs de voir les trajectoires hier du PASOK grec, et aujourd’hui du PD italien et du SPD allemand. Il s’aggravait de son comportement particulier qui l’avait conduit à s’opposer à la volonté populaire clairement affirmée dans le référendum de 2005[8], et de sa collusion avec la droite pour faire passer en Congrès à Versailles le Traité de Lisbonne qui reprenait largement le texte rejeté lors du référendum. Les auteurs de ce rapport invitaient donc le PS à se reconstituer une majorité par l’agrégation de segments électoraux minoritaires rassemblés autour de problèmes identitaires et sociétaux (multiculturalisme, mariage homosexuel, droits des femmes etc.) De fait, cela ouvrait aussi la porte à un clientélisme municipal éhonté qui fut analysé dans le premier livre de Céline Pina[9].

Les dangers de cette « gauche identitaire »

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Les dangers de cette prétendue « gauche identitaire » sont évidents, et sont bien analysés par Alexis Carré. Ils l’avaient été avant par Fatiha Agag-Boudjahlat dans son ouvrage Le Grand Détournement dont j’ai rendu compte en novembre 2017[10]. Alexis Carré montre en particulier que les mouvements ou partis progressistes ont, dans les faits, beaucoup soufferts de la présence ou de leur association avec ces nouvelles formes militantes. Ces dernières ont, petit à petit monopolisé l’attention et surtout le thème symbolique de la « contestation ». Ces associations, qu’il s’agisse de certains des « décoloniaux » ou du PIR voire du CCIF[11], dont les aspects néo-racistes du discours ont été établis[12], ont paralysé la capacité à organiser et à participer à des délibérations démocratiques en vue de diriger une véritable action collective. Elles ont construit en réalité une nouvelle forme de segmentation des espaces politiques, qui s’est traduite progressivement en une véritable ségrégation. Or, l’expérience des luttes sociales montre que la segmentation et la ségrégation profite toujours, en dernière analyse, aux dominants et aux forces sociales qui se tiennent du côté des exploiteurs.

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Cette paralysie a donc pris plusieurs formes, correspondant à des « stades » dans la progression de cette « gauche identitaire ». Dans un premier temps, comme le fait remarquer Alexis Carré « ces mouvements n’ont accordé leur soutien aux partis traditionnels qu’en échange de mesures dont leurs adversaires conservateurs ne pouvaient accepter l’application sans se couper de leur base ». De fait, si le point de départ de certaines mesures peut être juste (par exemple dans la revendication de droits démocratiques), elles dérivent rapidement vers des mesures bien plus contestables (le trop fameux « droit à l’enfant » opposé aux droits de l’enfant) voire condamnables (comme la GPA qui fait de l’humain une marchandise). Dans les pays où de tels compromis ont été passés apparaissent alors de nouvelles formations et un nouveau personnel politique qui cristallise l’opposition à ces réformes. Ce phénomène de bipolarisation fait alors disparaître les problèmes réels qui sont ceux du chômage, de la ségrégation sociale et territoriale. Ces problèmes ne trouvent plus dans la « gauche institutionnelle » les porteurs d’une contestation. Les populations concernées accélèrent alors leur désamour vis-à-vis des partis traditionnels et se tournent vers des partis qualifiés de « populistes », qu’ils soient de gauche ou de droite. On en voit un exemple parfait dans l’Italie actuelle, ou la « gauche » se trouve dévalorisée et réduite à une position qui consiste à taxer de « fascistes » ces dits mouvements, sans comprendre pourquoi ils l’ont supplanté.

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Pour Alexis Carré, ceci fut aggravé par « le langage accusateur et agressif, essentiellement anti-pluraliste, dans lequel étaient exprimées les revendications progressistes ». Il faut ici faire une mise au point. Si certaines des revendications portées par cette « gauche identitaire » sont effectivement progressistes, une autre partie, et qui tend à devenir majoritaire, est en réalité régressive, quand elle n’est pas extraordinairement réactionnaire. Si cette rhétorique a garanti aux tenants de la gauche identitaire bien des succès d’opinion auprès d’une partie de la population qui était plutôt urbaine, diplômée et cosmopolite, elle a rendu impossible à ceux qui étaient exclus (les déclassés et les ruraux) d’envisager avec elle une action, des intérêts ou un destin communs. De fait, l’action et la rhétorique de la gauche identitaire constituent fondamentalement une antipolitique qui divise au lieu d’unir. Mais, cette antipolitique ne tombe pas du ciel. Elle découle de la substitution de la morale au politique qui caractérise nos sociétés en proie au néo-libéralisme[13]. En fait, il vaudrait mieux parler d’une « pseudo-morale », d’une idéologie donc, qui ne recouvre à peine que l’expression la plus crue des intérêts des puissants. Et qui dit idéologie dit aussi les idéologues du pouvoir qui s’entendent à diffuser cette pseudo-pensée.

Le populisme est-il une réponse à cette « gauche identitaire » ?

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Michel Wieviorka, dans une interview donnée au journal Avanguardia et reproduite sur son carnet de recherches (ce qui ne lui a pas attiré les même foudres que moi pour avoir fait la même chose comme il convient de le souligner) présente alors ce qu’il prétend être un « constat » : « Ces forces populistes, nationalistes ou d’extrême-droite trouvent une bonne partie de leur clientèle électorale dans des secteurs que l’ouverture économique au monde contribue à décomposer ou à affaiblir, ou qu’elle inquiète confusément : ouvriers dont les usines ont fermé les unes après les autres, couches moyennes en chute sociale, et découvrant que les enfants vivront moins bien que les parents, jeunes pour qui l’accès aux études risque d‘être fermé, etc. Elles détestent les élites, qu’elles associent aux images de la globalisation, et sont convaincues que les migrants sont source de leur malheur; elles transforment leurs peurs et leurs difficultés économiques en hantise pour leur identité culturelle. Et leur poids politique est considérable. On leur doit le Brexit, la présidence de Trump, avec son hostilité aux migrants et la taxation de certaines importations, et divers régimes liés à l’extrême-droite en Europe centrale et, désormais en Italie.[14] »

Il identifie bien les catégories qui sont frappées par le choc de la mondialisation et qui se révoltent. Mais, si ces catégories détestent les élites, elles ne font pas des « migrants » la seule source de leur malheur. Par contre, elles associent bien le phénomène des migrations de masse à la mondialisation qu’elles rejettent. L’incapacité de Michel Wieviorka à comprendre que les « migrants » ne sont en tant que phénomène de masse qu’une main-d’œuvre à bas coûts, taillable et corvéable à merci que les élites mondialisées cherchent à importer dans leurs pays est frappante[15].

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Jean-Luc Mélenchon, lui, l’a compris, qui, dans la plate-forme électorale de la France Insoumise, a fait écrire : « Émigrer est toujours une souffrance pour celui qui part, (…). La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi. » Pour cela, le candidat propose rien de moins qu’« arrêter les guerres, les accords commerciaux qui détruisent les économies locales, et affronter le changement climatique »[16].

En associant « populisme » et « nationalisme » à « extrême-droite », de plus Michel Wieviorka fait une faute, qui ne peut être attribuée à l’ignorance. Les travaux d’Ernesto Laclau ont montré les racines d’un populisme de gauche, qui s’appuie aussi sur la question nationale[17]. Que le populisme soit par ailleurs complexe, et puisse sous certaines formes, dériver vers des structures très autoritaires, est une évidence[18]. Mais, cela ne peut suffire à la classer à l’extrême-droite. On ne veut pas croire que ce grand sociologue ait oublié ce que Max Weber écrivait[19]. Faut-il qu’il soit bien aveuglé par l’idéologie et le fanatisme dans un combat politique douteux pour qu’il méprise ce que toute une tradition de la sociologie (et de la sociologie politique en particulier) avait établi.

Mais, il n’est pas le seul à sombrer dans le fanatisme. Il faut maintenant étudier la question des mouvements identitaires religieux.

L’identitarisme religieux, autre face de la gauche identitaire

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Car, Alexis Carré, et on peut le regretter, ne pousse pas son raisonnement jusqu’au bout de sa logique. La revendication des « identités » peut aussi avoir une autre forme, dont les conséquences aboutissent à mettre en cause tout aussi radicalement l’idéal républicain et démocratique. Et, cette limite dans son raisonnement vient du fait qu’il méconnait ou minimise la dimension narcissique dans la revendication identitaire.

Ainsi, les jeunes qui se tournent vers la religion, et pour certains vers un fanatisme monstrueux et criminel, révèlent en réalité une montée de ces affirmations identitaires et narcissiques. Au « nous » qui était proposé par la République, mais qui perd progressivement de sa crédibilité car la République n’est plus souveraine et la souveraineté du peuple ouvertement bafouée, se substitue tout d’abord le « je ». Mais, devant la vacuité de ce « je », devant aussi son impuissance, on cherche à reconstruire un « nous », mais un « nous » particulier, excluant les autres. On se cherche alors des traits communs au plus proche, et très souvent dans l’apparence. L’affirmation identitaire et narcissique fait ici le lit du fondamentalisme. Ainsi, derrière l’apparence d’une montée de la religiosité, c’est en réalité à une montée des affirmations identitaires et narcissiques que l’on assiste. Car, la connaissance des textes, des exégèses, est ici réduite au plus simple appareil d’une lecture littérale. Les crispations autour des tabous alimentaires et vestimentaires, sur les signes extérieurs (comme la question du voile chez les musulmans) ont avant tout pour but d’identifier brutalement un groupe pour que ce dernier puisse se constituer en une communauté. Cette affirmation sert aussi à le séparer du reste de la population et à l’enfermer sur des références mythifiées pour le plus grand profit de quelques uns.

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Ces pratiques, qui produisent naturellement des mouvements de réactions, font en réalité progresser la division des individus entre eux au lieu d’y mettre fin. Dans la quête de la pureté, et toute religion distingue le « pur » de « l’impur », il ne peut y avoir de mouvement collectif, si ce n’est celui de petites communautés en proie aux réactions violentes d’autres communautés. On croit ainsi se protéger de l’anomie et l’on s’y précipite tête baissée.

C’est donc à une course non vers l’autre mais à la revendication de soi que l’on assiste. Et l’on comprend bien que, dans cette course effrénée, les principes eux-mêmes sont manipulés, instrumentalisés, sacrifiés et perdus. Les fameuses « réformes sociétales », aujourd’hui promues au rang de substitut des réformes sociales par ceux-là mêmes qui ne font que pousser à la roue du « froid paiement au comptant » et de l’idéologie de marché[20], se font alors que dans la société un certain nombre de droits fondamentaux régressent. Le narcissisme forcené se révèle à chaque étape de ce que l’on veut nous présenter comme une lutte émancipatrice et qui n’est qu’une parade des intérêts individuels de certains. Ce n’est donc pas dans la parade des identités camouflée sous le masque du religieux (ou d’un athéisme militant), que l’on trouvera un principe permettant à des populations de faire cause commune; bien au contraire.

De fait, la forme politique de revendication du narcissisme identitaire n’est autre que l’acceptation d’une société anomique. Il faut donc reprendre les notions et les concepts que prétendent utiliser ceux qui se font les fourriers de cette anti-société.

L’imaginaire d’une société divisée

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Ceci implique de revenir sur la nature de la société que nous préparent, et pour certains nous promettent, les tenants de ces divisions et de ce « multiculturalisme » qui s’oppose en fait à la constitution d’une culture réellement nationale[21].

Il convient, tout d’abord, de revenir sur les notions d’Ethnie et de tribu, notions dont même la publicité s’est emparée. « Rejoignez votre tribu » disait une publicité des années 1990 pour un ancêtre du SMS et des réseaux sociaux, reprise maintes fois aujourd’hui.

Ce ne sont pas des faits « objectifs » qui amènent à la constitution d’une Ethnie, d’une Tribu ou d’un Peuple comme on le croit bien souvent mais des principes politiques. Ceci a été montré par un grand anthropologue, Maurice Godelier, dans son étude sur les Baruya[22]. Il insiste sur l’origine historique des clans et des ethnies. La définition ethnique n’est pas la solution à la constitution de la société : «L’ethnie constitue un cadre général d’organisation de la société, le domaine des principes, mais la mise en acte de ces principes se fait dans une forme sociale qu’on reproduit et qui vous reproduit, qui est la forme tribale »[23]. La distinction entre « tribu » et « ethnie » est essentielle si l’on veut comprendre comment se constituent les peuples. Avec la tribu nous sommes de plein pied dans des formes politiques d’organisation de la société. Et il faut rappeler l’étymologie du mot « tribun », un mot qui de nos jours désigne une personne douée pour les discours politiques, mais qui renvoyait autrefois à une réalité plus complexe. Ce mot renvoie en effet, dans la Rome républicaine, à la division politique de la société en « tribus »[24]. Or, ces « tribus » renvoient elles-mêmes plus à des divisions sociales qu’ethniques ou territoriales : la plèbe contre les patriciens.

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Il faut cependant faire une distinction nécessaire entre l’imaginaire et le symbolique pour ce qui est la constitution historique de ce corps social. Dans le domaine du symbolique, il apparaît l’importance de la part du dit corps dans la constitution de ce sujet social et sur la distinction entre les choses que l’on vend, les choses que l’on donne et celles qu’il ne faut ni vendre ni donner mais transmettre. On retrouve ici l’importance des règles, qu’elles soient explicites ou implicites, et qu’elles soient ou non adossées à un tabou. Si les règles symboliques, du fait de l’importance qui leur est conférée, ont bien un effet objectif (nul ne peut s’abstraire sans conséquences des liens familiaux particuliers ni rompre un tabou) leur origine est purement sociale (établir une domination ou organiser des formes de coopération). Le processus d’autonomisation par rapport aux conditions d’émergence et de production est bien de l’ordre du réel, et la situation créée par l’existence d’un mode symbolique en surplomb du monde réel constitue bien une contrainte pour la totalité des acteurs. Pourtant, cela n’empêche pas qu’historiquement, ce qui prime est le processus d’engendrement et de production de ces mêmes règles sociales. La vie en société est donc en réalité antérieure à la construction de l’ethnie. L’ethnie est une construction sociale[25] et non une réalité biologique, et il s’agit parfois d’un mythe discursif utilisé pour séparer une population d’une autre. C’est dans ce sens d’ailleurs que le terme ethnie est utilisé par les racistes de tout poil…

Retour à la question politique

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On voit ce qui est en jeu, tant dans les pratiques et le discours de la « gauche identitaire » tout comme dans les pratiques et les discours des autres identitaires ou des séparatistes religieux : c’est l’imposition d’une société divisée, obéissant à des règles morales, dont la contestation deviendrait dès lors impossible car relevant de la représentation du bien et du mal imposée aux individus par ces idéologies. On peut le constater avec la dernière décision du Conseil Constitutionnel[26]. Cette décision est scandaleuse car elle fait entrer un principe directement, sans médiation, dans le corps de la loi. La fraternité, principe fondateur de la République, ne peut être présentée sans médiations. Ainsi, la liberté, autre principe fondateur, est toujours accompagnée de médiations diverses qui permettent au Droit de s’en saisir. La plus célèbre d’entres elles étant bien entendu que la liberté individuelle s’arrête ou commence celle d’autrui. A vouloir établir la fraternité en principe non intermédié, le Conseil Constitutionnel risque de se trouver devant le cas suivant : une personne offre un logement gratuitement à des individus, exprimant ainsi sa fraternité ; ces individus commettent un crime dont la personne les logeant a connaissance ; cet individu ne pourrait donc être poursuivi. Tel est le risque de résultat paradoxal que le Conseil Constitutionnel a pris en faisant de la « morale » là ou on ne lui demandait de faire que du Droit. Et, cette évolution, quoi que typique de l’évolution de notre société, pose le problème de la légitimité du Conseil Constitutionnel[27]. Dans une telle société, la politique n’a plus sa place, et donc, naturellement, la souveraineté n’est plus nécessaire.

La souveraineté donc ; on a commencé par cela et c’est par cela que l’on finit. Une société privée de la souveraineté dépérit en tant que société. Dépérissant en tant que société, elle condamne les individus qui y vivent à la misère la plus atroce. Elle n’est plus capable de construire des « buts communs », ces « buts » qui ne préexistent pas aux êtres humains mais qui se définissent au travers des conflits sociaux, dans des débats sociaux, débats auxquels il convient d’associer tous les membres responsables de cette société. C’est ici que la Démocratie s’affirme comme un bien précieux. Mais, cette Démocratie ne saurait exister sans la souveraineté ni sans les frontières. Cela fut réaffirmé dans le droit de la Révolution française[28]. Un espace démocratique implique en effet que soit précisé qui et « dedans » et qui en est « dehors ».

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Cette question est trop souvent ignorée. L’existence d’une Démocratie implique les frontières pour que le corps politique souverain puisse fonctionner sans risque de dilution qu’il ne contrôlerait pas. Cela implique que puisse se constituer cette culture politique commune sans laquelle le débat ne peut fonctionner. Car, la culture fonctionne comme un langage ; c’est elle qui nous fait comprendre quand un locuteur dit une chose quelle est cette chose. Et, point encore plus important, qui nous permet de décrypter le non-dit des acteurs, de ne pas avoir besoin de communication explicite pour nous comprendre dans un certain nombre de cas. C’est aussi pour cela que le multiculturalisme, opposé à la pluralité des cultures d’origine, est un poison pour la démocratie. Quelles que soient nos cultures d’origines, avec lesquelles nous entretenons des liens d’ailleurs plus ou moins forts, il ne peut exister qu’une culture politique dans un pays donné.

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Il faut donc ici affirmer que l’enjeu du combat est essentiel : la survie de la démocratie dans un cadre souverain. Mais, ce combat peut passer par la réappropriation de formes dites « populistes ». A un espace segmenté et fragmenté par de petites communautés en conflit les unes avec les autres, ce que fut le système féodal au tant de la micro-seigneurie, le populisme oppose la constitution raisonnée de but communs capables d’unifier cet espace. C’est pourquoi on est en droit de considérer les formulations à l’emporte-pièce qui prétendent établir une identité entre extrême-droite et populisme comme une forme particulièrement pernicieuse de mensonge politique.

Revenons un instant sur la question du narcissisme. Il est fondamentalement un symptôme d’une société que se défait. Mais, il peut être aussi un facteur agissant de ce processus de destruction. C’est pourquoi, tout ce qui l’encourage est à proscrire. Au-delà, la « stigmatisation » du populisme par certains révèle une dangereuse complaisance envers les formes les plus mortifères de ce narcissisme. Cette complaisance peut être perçue comme un encouragement aux forces qui cherchent à défaire aujourd’hui la société.

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Contre ces forces, il faut « faire de la politique » et ne pas se placer sur le terrain de la morale, ce qui reviendrait à reconnaître leur victoire. Faire de la politique implique chercher à convaincre, passer des accords, autour de buts communs. Mais, la définition de ces derniers relève, elle, du politique, autrement dit de l’affrontement entre « eux et nous », qui implique une définition précise tant du « eux » que du « nous ». On peut considérer que font partie du « eux » tous ceux qui nient la souveraineté, qu’ils soient acteurs, théoriciens ou idéologues. Cela définit alors dans le « nous », tous ceux qui se fondent sur cette notion si importante de la souveraineté.

 

Notes

[1] Sapir J, Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

[2] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/07/03/31002-20180703ARTFIG00205-comment-le-langage-de-la-gauche-identitaire-detruit-le-bien-commun.php

[3] Voir Verschuur C. et Destremau B., « Féminismes décoloniaux, genre et développement: Histoire et récits des mouvements de femmes et des féminismes aux Suds » in Revue Tiers Monde, 2012/1, n°209, pp. 7-18.

[4] Bouvet L., L’Insécurité culturelle : sortir du malaise identitaire français, Paris, Fayard, 2015.

[5] http://www.liberation.fr/france/2015/02/06/la-gauche-identitaire_1197259

[6] Je me souviens ainsi qu’à la fin de ma quatrième conférence destinée à des étudiants en Master2 et en thèse, l’un d’entre eux s’était levé pour me demander combien d’étudiants LGBT assistaient à mes cours à Paris. Je lui avais répondu que je ne savais pas, n’étant pas d’usage à ce que l’on demande aux étudiants leur orientation sexuelle, ni d’ailleurs à ce que les étudiants en fassent mention dans le cadre universitaire. La réaction outragée de l’étudiant nous avait beaucoup amusée Moshe Levine et moi….

[7] http://tnova.fr/rapports/gauche-quelle-majorite-electorale-pour-2012

[8] Voir Sapir J., Le fin de l’Eurolibéralisme, Paris, Le Seuil, 2006.

[9] Pina C., Silence Coupable, paris, Editions Kero, 2016. J’en ai rendu compte sur mon carnet RussEurope à l’époque : https://russeurope.hypotheses.org/4909

[10] Voir Agag-Boudjahlat, Fatiha, Le grand retournement, Paris, Le Cerf, 2017, et la recension : https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-detournement-de-sens-par-jacques-sapir/

[11] https://jean-jaures.org/nos-productions/radiographie-de-la-mouvance-decoloniale-entre-influence-culturelle-et-tentations

[12] https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/261117/thomas-guenole-denonce-le-racisme-de-houria-bouteldja-et-du-pir , https://www.marianne.net/societe/interdit-aux-blancs-le-camp-d-ete-decolonial-remet-ca , http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/08/10/31003-20170810ARTFIG00080-un-camp-decolonial-interdit-aux-blancs-se-tient-a-nouveau-dans-l-indifference-generale.php

[13] Bellamy R., « Dirty Hands and Clean Gloves: Liberal Ideals and Real Politics », European Journal of Political Thought, Vol. 9, No. 4, pp. 412–430, 2010

[14] https://wieviorka.hypotheses.org/912

[15] Voir à ce sujet l’interview donnée par Diego Fusaro dans Le Figaro, http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/06/15/31001-20180615ARTFIG00394-entretien-avec-diego-fusaro-l-homme-qui-murmure-a-l-oreille-de-di-maio-et-salvini.php

[16] https://avenirencommun.fr/app/uploads/2017/03/Livret-migrations_vdef.pdf

[17] Laclau E., Politics and ideology in Marxist theory : capitalism, fascism, populism, Londres, LNB, 1977. Idem, La raison populiste, Paris, Le Seuil, 2008.

[18] Meny Y. et Surel Y., “The constitutive ambiguity of populism”, in Yves Meny et Yves Surel Democracies and the Populist Challenge, Londres, Palgrave, 2002.

[19] Et en particulier dans Weber M., Économie et société. Les catégories de la sociologie, Paris, Plon, [1921] 1995. Les notions de pouvoir charismatique et de patrimonialisme sont traitée aux pages 285-336

[20] Comme par exemple la Fondation Terra Nova

[21] https://russeurope.hypotheses.org/4960

[22] Godelier M., « Ethnie-tribu-nation chez les Baruya de Nouvelle-Guinée», in Journal de la Société des océanistes, N°81, Tome 41, 1985. pp. 159-168. Idem, La production des grands hommes : pouvoir et domination masculine chez les Baruya de Nouvelle-Guinée, Paris, Fayard, 1982.

[23] Godelier M., « Ethnie-tribu-nation chez les Baruya de Nouvelle-Guinée», op.cit., p. 163.

[24] Lanfranchi T., Les tribuns de la plèbe et la formation de la République romaine : 494-287 avant J.-C., Rome, École française de Rome, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome » (no 368), 2015, 822 p.

[25] Isajiw W.W., « Definition of Ethnicity » in Goldstein J.E. et R. Bienvenue (edit.), Ethicity and Ethnic relations in Canada, Butterworths, Toronto, 1980, pp. 1-11.

[26] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/07/07/31003-20180707ARTFIG00103-migrants-le-conseil-constitutionnel-en-guerre-contre-la-souverainete-populaire.php

[27] Favoreu L., « La légitimité du juge constitutionnel » in Revue internationale de droit comparé, 1994, Vol : 46-2 pp. 557-581

[28] Carré de Malberg écrit que L’apport majeur de la Révolution française, est d’avoir consacré le principe de la souveraineté nationale. CARRÉ DE MALBERG R., Contribution à la théorie générale de l’État, 2tomes, Paris, 1920 et 1922, Librairie du Recueil Sirey (réimprimé par les éditions du CNRS en 1962) ; voir aussi Maulin E., « Carré de Malberg et le droit constitutionnel de la Révolution française », in Annales historiques de la Révolution française, n° 328 | avril-juin 2002, p. 5-25.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-identite-narcissisme-et-le-besoin-de-souverainete-par-jacques-sapir/

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Une illustration de cette "gauche identitaire" dans cet enregistrement où François Asselineau est vivement interpelé par une "politologue":

France Maghreb 2 - Le Grand Forum le 11/07/18 : Fatima Ouassak, Nadir Kahia et François Asselineau

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https://www.youtube.com/watch?v=2QdKerEwlDg

P.G.

vendredi 13 juillet 2018

«Le politiquement correct se radicalise au rythme où la société diversitaire se décompose»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Dans une charge contre le multiculturalisme et le politiquement correct, le sociologue québécois puise dans l'actualité récente des exemples éloquents : suppression du mot «race» de la Constitution, passages piétons aux couleurs de la gay pride à Paris... Un entretien sans concession.


Mathieu Bock-Côté est sociologue et chargé de cours à HEC Montréal. Il a publié Le Multiculturalisme comme religion politique (Éditions du Cerf, 2016).


FIGAROVOX.- Sur fond de moralisation de la question migratoire et de radicalisation féministe, les députés ont voté en commission le retrait du terme «race» de l'article 1er de la Constitution et y ont également introduit l'interdiction de «distinction de sexe». Que cela vous inspire-t-il?

Mathieu BOCK-CÔTÉ.- Cela faisait un bon moment que la proposition d'un retrait du terme «race» de la Constitution traînait dans le paysage politique. On rappelle avec raison que François Hollande en avait fait la promesse lors de l'élection présidentielle de 2012. Le raisonnement est le suivant: si les races n'existent pas, comme on le dit aujourd'hui, pourquoi les mentionner? Ils y voient l'aboutissement constitutionnel d'un antiracisme authentique. Pourquoi pas?

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Mais il y a néanmoins un paradoxe étonnant sur lequel on doit se pencher: c'est au moment où on veut bannir le mot race que la question raciale resurgit au cœur de la vie politique, à travers l'action des groupuscules identitaires d'extrême-gauche, dont les Indigènes de la République sont emblématiques. La mouvance indigéniste entend achever la décolonisation en dénationalisant la France, ce qui implique à la fois sa soumission et sa conversion à un multiculturalisme qui veut non seulement réintroduire la race dans le débat public, mais qui veut en faire la catégorie fondatrice de la citoyenneté et de la représentation. Elle pousse à une racialisation des appartenances qui accule ensuite au séparatisme racial revendiqué, comme on le voit avec la multiplication des «rencontres non-mixtes pour personnes racisées» dans le milieu universitaire, pour emprunter les termes de la novlangue diversitaire. En fait, si on se penche un peu sur les textes de référence de cette mouvance, on constate qu'elle cultive un racisme antiblanc décomplexé. S'il y a une tentation raciste en France, elle vient de là. La mouvance indigéniste excite le repli communautariste et cherche à fissurer le noyau intime de la nation. Mais cela ne semble pas troubler exagérément les grands médias, qui accueillent les représentants de cette mouvance à la manière de grands démocrates. La haine raciale est officiellement proscrite, sauf lorsqu'elle vise ceux qu'on nous invite à appeler les «Blancs» parce qu'il s'agirait simplement d'une critique des «dominants» par les «racisés». La mauvaise conscience occidentale a de l'avenir.

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Qu'on me permette un mot sur cette sociologie racialiste qui s'impose de plus en plus dans l'université. Faut-il mettre le Français, l'Allemand, l'Écossais, l'Anglais, le Russe, le Letton, le Québécois et le Néerlandais dans la même catégorie parce qu'ils sont «Blancs»? Faut-il faire de même avec le Malien, l'Haïtien, le Kenyan et l'Afro-Américain parce qu'ils sont «Noirs»? Cette racialisation débile des appartenances est incroyablement régressive: elle pousse à l'abolition de l'histoire et de la culture pour naturaliser les groupes humains en grandes catégories zoologiques. Mais puisque cette proposition vient de la gauche, ou du moins, d'une certaine frange de la gauche radicale, on l'accueille favorablement, ou du moins, sans trop la condamner.

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Alors devant cela, je me demande quel est le sens de ce vote des députés, qui me semblent incroyablement détachés du réel politique, auquel ils devraient pourtant porter attention. Que pensent les députés qui se sont ralliés à cet amendement de cette effrayante racialisation des appartenances?

Ce progressisme langagier peut-il vraiment réduire ou corriger les injustices et les inégalités?

Allons-y d'une évidence: le langage évolue, et d'une époque à une autre, il y a une forme de tri naturel qui n'est rien d'autre qu'un mouvement de civilisation des mœurs. Dans notre monde, on ne dit plus nègre, on ne dit plus rital, on ne dit plus youpin, et globalement, c'est très bien. L'histoire de la politesse nous rappelle que ce qui peut se dire ou ne pas se dire d'une époque à l'autre varie et on peut se réjouir que certaines insultes hier prisées méritent aujourd'hui à ceux qui les emploient une très mauvaise réputation. Il arrive aussi que ce souci de «politesse» bascule dans l'euphémisation du réel, lorsque le sourd devient le malentendant ou l'aveugle, le non-voyant. On ne sait pas trop ce qu'on gagne à parler ainsi, sinon à déréaliser le langage et à l'enfermer dans un univers autoréférentiel.

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Mais ce n'est plus de cela dont il s'agit ici dans cette orwellisation du langage qui caractérise aujourd'hui la langue médiatique. Souvent, il s'agit de masquer le réel, tout simplement, comme c'est le cas avec la référence obsédante au vivre-ensemble, au moment même où la société se décompose et s'effiloche. Il peut aussi inverser le sens du réel. Il faudrait se souvenir de Jacqui Smith, l'ancienne ministre de l'intérieur britannique, qui en 2008, avait affirmé qu'il fallait parler non plus d'attentats islamistes, mais anti-islamiques, parce qu'ils seraient contraires à la vocation naturellement pacifique de l'islam. De la même manière, quand un homme comme Jacques Toubon joue avec les chiffres et les définitions pour laisser croire que l'immigration massive n'a pas eu lieu en France depuis 40 ans, comme on l'a vu récemment, il s'engage dans un travail de falsification de la réalité qui pousse le commun des mortels à croire que les autorités cherchent moins aujourd'hui à agir sur le réel qu'à le dissimuler. Cette idéologisation du langage devrait nous pousser à relire Milosz et Koestler, qui ont consacré des pages lumineuses à l'aveuglement idéologique.

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La guerre culturelle, qui s'est substituée à la lutte des classes, est d'abord une bataille pour déterminer la signification de notre univers symbolique et pour transformer les codes et repères qui constituent le monde commun. On veut déterminer les paramètres de la perception commune et décider quels phénomènes sociaux ou aura le droit de voir ou non. Comment se représente-t-on la société? Comment a-t-on le droit de la représenter? En fait, le politiquement correct est un dispositif inhibiteur installé au cœur de l'espace public qui a pour fonction de refouler dans ses marges ceux qui affichent leur dissidence avec l'orthodoxie diversitaire. Et le politiquement correct se radicalise au rythme où la société diversitaire se décompose, comme s'il fallait à tout prix empêcher qu'on en tienne compte. De ce point de vue, le multiculturalisme est un régime idéocratique et autoritaire.

Je vous donne un exemple: on parle beaucoup, depuis quelques années, d'une «libération de la parole xénophobe» et il est bien vu de s'en inquiéter. Il y aurait même une montée de l'intolérance en Europe, et la démocratie serait mise en péril par la tentation du repli identitaire - on connaît ce lexique. Mais on peut voir les choses autrement: depuis une quarantaine d'années, on a assisté à la criminalisation progressive du sentiment national, au point où même la forme la plus bénigne de patriotisme a été assimilée à une inquiétante dérive nationaliste. À travers cela, c'est le besoin d'enracinement qu'on a moralement disqualifié. Il n'est plus légitime, pour un peuple, de vouloir assurer sa continuité historique ou de défendre ses frontières devant l'immigration massive sans qu'on présente de telles aspirations comme autant de symptômes de la progression de l'extrême-droite dans la vie publique.

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Alors s'agit-il vraiment d'une libération de la parole xénophobe, ou du simple éclatement d'une digue idéologique et médiatique qui censurait le sentiment national? S'agit-il d'un retour du racisme 70 ans après la deuxième guerre mondiale ou d'un refus enfin affirmé de xénophobiser tout ce qui relève de près ou de loin de la nation? À tout le moins, on comprend que toute bataille politique suppose une bataille pour définir la réalité, mais celle-ci n'est pas infiniment malléable et elle finit par regagner ses droits, que nous la regardions en face ou non.

Plus anecdotique, Anne Hidalgo a décidé d'installer de manière permanente des passages piétons LGBT après qu'un passage piéton «arc-en-ciel» a été recouvert d'insultes homophobes. Dans le même temps, l'Assemblée nationale est pour la première fois pavoisée aux couleurs LGBT. Cette politique en direction des minorités, sous prétexte de lutte contre les discriminations, ne trahit-elle pas finalement l'idéal égalitaire et anti-communautaire républicain?

Je ne suis pas certain que cela soit si anecdotique. Ces insultes contre les homosexuels sont inadmissibles, évidemment, et il est bien qu'on le dise, qu'on le répète, même. Ils relèvent d'une bêtise crasse, abjecte et militante qui devrait avoir honte d'elle-même.

Mais on voit ici comment le politiquement correct récupère ces insultes pour les instrumentaliser: on cherche ainsi à faire croire qu'elles seraient symptomatiques d'une renaissance du démon de l'homophobie qui hanterait la France. Il faudrait urgemment se mobiliser contre lui pour le chasser de la cité. Cela correspond à la sociologie diversitaire qui soutient que les sociétés occidentales se définiraient aujourd'hui essentiellement par une structure patriarcale, homophobe, raciste et sexiste qu'il faudrait faire tomber urgemment. Pouvons-nous raison garder? On constate ici que le système médiatique est prêt à récupérer n'importe quel événement pour maintenir en vie ce grand récit de l'hostilité occidentale à la différence.

Et cela peut aller plus loin. Si la France suit la pente nord-américaine, c'est au nom de la lutte contre l'homophobie, et demain, contre la transphobie, qu'on voudra de nouveau la convertir à la théorie du genre ou qu'on militera pour la reconnaissance d'un troisième sexe normalisé dans les formulaires administratifs, et cela, pour en finir avec la représentation binaire de la différence sexuelle. Et comme on doit s'y attendre, à ce moment, ceux qui ne participeront pas aux applaudissements obligatoires seront rangés dans le camp des réactionnaires. Cela devrait nous amener à réfléchir à la «lutte contre les discriminations», à laquelle en appellent tous les politiques, sans prendre la peine de réfléchir au cadre théorique dans lequel elle s'inscrit et qui la justifie. La moindre différence est désormais pensée comme une discrimination illégitime à combattre.

Autre chose. Il faudrait se questionner sur ce qui, dans le logiciel médiatique, permet de transformer un fait divers en fait politique. Ces insultes sont comprises comme un événement politique exigeant une réponse politique. Mais quelle est la matrice idéologique qui transforme les faits divers en faits politiques, et comment fonctionne-t-elle? Pourquoi, par exemple, le scandale de Telford est-il traité comme un fait divers n'ayant aucune signification particulière? Pourquoi avons-nous parlé avec tant de pudeur des agressions sexuelles à grande échelle de Cologne? Pourquoi la hausse de l'insécurité causée par l'immigration massive est-elle tue, ou même niée, au point même où ceux qui en font mention passent pour des agitateurs racistes et des prêcheurs de haine?

En fait, tout ce qui remet en question la grandeur de la société diversitaire est abordé avec une gêne extrême: on craint que si l'information se rend au peuple, ce dernier n'en tire des conclusions indésirables. Alors on ira même jusqu'à criminaliser les porteurs de mauvaises nouvelles, comme on le voit avec les procès idéologiques à répétition, qu'ont subi bien des intellectuels et journalistes français ces dernières années.

De manière plus large, est-on en train d'assister en France à un nouveau tournant politiquement correct? Régis Debray a-t-il raison de parler d'américanisation de l'Europe?

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Je ne suis pas particulièrement porté à l'anti-américanisme mais je constate qu'il est aujourd'hui nécessaire de critiquer une nouvelle forme d'impérialisme idéologique qui vient d'Amérique et qui pousse chaque nation à la déculturation. Ce n'est pas être anti-américain que de ne pas vouloir devenir américain et de ne pas vouloir plaquer sur la France des catégories historiques et sociologiques qui n'ont rien à voir avec elle. Pour parler du politiquement correct, on pourrait peut-être même parler, pour s'inscrire dans l'histoire culturelle américaine, d'une forme de puritanisme idéologique, qui consiste à vouloir purger une société de toutes ses aspérités culturelles et symboliques, pour les rendre conformes au dogme diversitaire. Il faut refouler les mauvais sentiments que nous inspire la postmodernité et envoyer sans cesse à ses contemporains des signes ostentatoires de vertu, pour emprunter la formule de Vincent Trémolet de Villers. On le fera en dénonçant rituellement, et sur une base quotidienne, s'il le faut, les phobies qui polluent notre monde, quitte à en inventer des nouvelles, comme la grossophobie! Ceux qui prendront la peine de s'intéresser à ce que devient aujourd'hui l'université américaine et aux types de controverses qui l'animent seront sincèrement horrifiés.

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Mais on peut aussi voir dans l'idéologie diversitaire qui a fait du politiquement correct son régime de censure médiatique une poursuite de la tentation totalitaire qui hante la modernité et qui se présente aujourd'hui sous un nouveau visage. De nouveau, on rêve à un monde réconcilié, réunifié et absolument transparent à lui-même. Un monde sans identités, mais aussi sans carnivores, sans fumeurs, sans buveurs, sans dragueurs, sans aventuriers et sans relations particulières, c'est-à-dire un monde sans amitié, absolument programmé, lisse, amidonné - un monde qui aurait fait mourir d'ennui un Joseph Kessel et qui donnerait des envies d'exil à un Sylvain Tesson. Nous recommençons à rêver de l'homme nouveau, mais il s'agit cette fois de l'homme sans préjugés, délivré de ses appartenances, de sa culture, de ses désirs et du vieux monde auquel il était encore lié. Le politiquement correct a pour vocation d'étouffer la part du vieux monde encore vivante en lui pour lui permettre d'enfin renaître après son passage dans la matrice diversitaire, purifié et prêt à embrasser une nouvelle figure de l'humanité, délivrée de cette préhistoire morbide qu'aura été l'histoire de l'Occident. Car pour que l'humanité nouvelle advienne, on doit d'abord en finir avec l'Occident en général et l'Europe en particulier. Si on ne comprend pas cela, on ne comprend fondamentalement rien au progressisme d'aujourd'hui.

Ce politiquement correct a été embrassé depuis longtemps en Amérique du Nord. Quand est-il né exactement? Comment a-t-il imposé son hégémonie culturelle?

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En un mot, il naît sur les campus américains, à partir de la fin des années 1960, et se développe jusqu'aux années 1980, où il commence à s'institutionnaliser dans l'université, avant de devenir médiatiquement hégémonique avec les années 2000. C'est le fruit des Radical Sixties et d'un croisement bien particulier entre le néomarxisme et les formes les plus toxiques de la contre-culture. Très schématiquement, il repose sur une critique radicale de la civilisation occidentale, accusée d'avoir construit une figure aliénante de l'homme, qu'il faudrait déconstruire en s'appuyant sur les différentes minorités qui auraient subi son hégémonie. Il faut dès lors attaquer ou censurer ce qui était encore hier la norme majoritaire de nos civilisations, et valoriser ce qui était marginalisé ou laissé de côté. Sur le plan philosophique, le politiquement correct repose sur une inversion radicale du système normatif de notre civilisation, qui doit désormais neutraliser et déconstruire son noyau existentiel, pour se définir désormais à partir de ceux et celles qu'elle aurait historiquement exclu, qui sont désormais investis d'une charge rédemptrice quasi-religieuse.

Concrètement, le politiquement correct repose aujourd'hui sur une culture de la surveillance généralisée: tout ce qui entre en contradiction avec l'orthodoxie diversitaire est dénoncé et monté en scandale par des groupuscules à la psychologie milicienne qui se comportent comme des professionnels de l'indignation - et il s'agit d'une profession rentable. Pas une semaine ne se passe sans qu'on ne dénonce telle ou telle rémanence du vieux monde et sans qu'on nous répète que nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour accoucher de la société diversitaire idéale. Le politiquement correct carbure aux scandales, de temps en temps réels, la plupart du temps artificiels, qu'il sait mettre en scène pour garder la société vigilante contre l'éternel retour du monde d'hier, même sous la forme apparemment neutralisée de la nostalgie. Jamais il ne baisse la garde, jamais il ne veut la baisser. Souvent, il devient ridicule, comme on l'a vu avec la controverse de l'écriture inclusive, et alors, il feint de s'arrêter, mais c'est pour reprendre sa croisade dès que le cycle de l'actualité a repris son cours. De ce point de vue, toute critique du politiquement correct implique une critique du fonctionnement du système médiatique et une explicitation de ses biais inavoués.

N'a-t-il pas été ébranlé par l'élection de Donald Trump? La gauche intellectuelle américaine a-t-elle entamé un début d'auto-critique sur ce sujet?

Au contraire. La gauche intellectuelle américaine se radicalise. Elle ne doute plus d'elle-même. Devant Trump, qui incarne de manière caricaturale et convenons-en, souvent détestable tout ce qu'elle exècre, elle est ivre de vertu et fait valoir encore plus sa splendeur morale. Jamais elle n'a moins douté que maintenant. Avec un grand esprit de sérieux, elle se demande doctement si l'Amérique ne bascule pas vers le fascisme. On devrait être capable de critiquer la présidence souvent inquiétante de Trump sans verser dans une telle outrance - mais la gauche idéologique est-elle capable de s'imaginer un adversaire qui ne soit pas un ennemi du genre humain? Sa tentation, à laquelle toujours elle cède, c'est la croisade morale pour chasser de la cité ceux qui ne souscrivent pas à ses dogmes. Elle ne croit pas au pluralisme politique: elle distingue entre l'avant-garde, qu'il faut célébrer, et dans laquelle elle se reconnaît, et l'arrière-garde, assimilée au bois-mort de l'humanité, dont il ne faut pas s'encombrer et qui est de toute façon condamnée par le sens de l'histoire. Au fond d'elle-même, elle croit à la vertu politique de l'ostracisme. Ce qui la menace, toutefois, c'est qu'une part de plus en plus importante de la population se fiche désormais des campagnes de salissage médiatique. Plus encore: plus les médias désignent à la vindicte publique un homme ou une idée, plus cette frange de la population s'y identifie. La société se polarise comme jamais.

Cette idéologie étrangère à la culture européenne, en particulier française, peut-elle s'imposer durablement sur le vieux continent? Ne risque-t-elle pas de nourrir, comme aux États-Unis, une réaction «populiste»?

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On sous-estime le poids de la révolte contre le politiquement correct dans ce qu'on appelle la poussée populiste contemporaine. Le commun des mortels s'exaspère avec raison contre le contrôle tatillon du langage, contre le culte immodéré des minorités quelles qu'elles soient, contre les délires idéologiques comme l'écriture inclusive, contre un certain féminisme radical qui n'en finit plus d'en appeler à la charge contre le patriarcat alors que nos sociétés n'ont jamais été aussi égalitaires, contre la mouvance trans et queer qui veut déconstruire les fondements même de la différence sexuelle, et ainsi de suite. Le commun des mortels sent qu'on veut transformer radicalement sa culture et naturellement, il se braque. Il y a des limites à faire semblant de rien devant un tel matraquage idéologique. Nos sociétés, avec raison, sont prêtes à s'ouvrir à une pluralité de modes de vie, c'est la grandeur des sociétés libérales, mais n'ont pas particulièrement envie d'être transformées en un grand camp de rééducation idéologique à ciel ouvert avec des sermonneurs sur toutes les tribunes qui les accusent d'être arriérées. Permettez-moi aussi une petite réflexion sur le «populisme». Le «populisme» est un gros mot, très rarement défini, dont on fait usage pour disqualifier moralement et politiquement ceux qui affichent leur dissidence avec l'orthodoxie diversitaire. On s'alarme de sa montée sans jamais nous dire exactement de quoi il s'agit. Et on peut croire que la dénonciation désormais rituelle du populisme dans les médias contribue à cette exaspération populaire, qui pousse aux révoltes électorales comme l'élection de Trump, le Brexit ou l'élection italienne.

Alain Finkielkraut insiste sur la nécessité de refuser «le politiquement correct» sans pour autant verser dans «le politiquement abject». Dans un contexte de crise de l'Occident, cet équilibre va-t-il devenir de plus en plus précaire? Comment le préserver malgré tout?

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Je partage le même souci qu'Alain Finkielkraut. Le politiquement correct comme le politiquement abject sont les deux faces d'une même médaille et ils s'expriment souvent d'une manière absolument détestable sur les médias sociaux. Mais je vous avouerai mon pessimisme: je crois de moins en moins en l'avenir de la courtoisie démocratique, nécessaire à la conversation civique, même si je la crois absolument nécessaire. Pour que la politique soit civilisée, ou du moins, pour qu'on contienne sa charge polémique, elle doit s'inscrire dans un monde commun, qui transcende nos désaccords les plus profonds. Ce cadre, c'était la nation. Quand elle se décompose, c'est une psychologie de guerre civile qui remonte à la surface. Je ne suis pas certain que nous puissions contenir, du moins pour un temps, la radicalisation de la rhétorique politique. Sur internet, je l'ai dit, plusieurs se complaisent dans la fange. La vie publique devrait exiger une certaine décence. Elle suppose aussi une pluralité légitime de points de vue: aucun camp ne devrait réclamer pour lui le monopole du vrai, du bien et du juste.

Mais je suis convaincu d'une chose: plus le discours dominant fonctionnera au déni de réel et plus il diabolisera ceux qui cherchent à en rappeler l'existence, plus il poussera à la révolte de grandes couches de la population et dégagera un boulevard pour des entrepreneurs politiques qui sauront canaliser cette exaspération. En fait, cette recomposition est déjà commencée. Reste à voir quel visage elle prendra.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/06/29/31003-20180629ARTFIG00371-bock-cote-le-politiquement-correct-se-radicalise-au-rythme-o-la-societe-diversitaire-se-decompose.php

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lundi 26 mars 2018

Le Canada bannit la formule de politesse «madame» et «monsieur» dans l’administration publique

Radio-Canada apprend que les employés de Service Canada, point d’accès unique vers l’administration, devront «utiliser un langage neutre au niveau du genre». Finies les expressions comme «madame», «monsieur», «père» et «mère». Décadence ou progrès ?

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C’est une nouvelle mesure inclusive que vient d’instituer le Canada. Après avoir réécrit les paroles de son hymne (en remplaçant des termes comme «fils» par «tous») ou instauré administrativement le genre «neutre» pour ceux (ou celles) qui le désirent, le gouvernement s’est lancé dans une nouvelle réforme sémantique.

Les employés de Service Canada, point d’accès unique vers les services et les prestations du gouvernement, doivent maintenant «utiliser un langage neutre au niveau du genre» : terminés les mots «monsieur», «madame», «père» et «mère» lors d’une première interaction avec les clients, apprend le média Radio-Canada le 21 mars.

Ainsi, Radio-Canada a obtenu copie d’une note destinée aux gestionnaires et chefs d’équipe qui doivent passer consigne aux personnels d’administration. La note précise ainsi le nouveau vocabulaire à employer. Ainsi la relation client ne devra plus débuter par «madame» ou «monsieur». Les fonctionnaires s’adresseront aux administrés par leur nom complet ou leur demander de « quelle façon ils préfèrent que l’on s’adresse à eux ». Quant aux termes «père» et «mère», il faudra dorénavant leur préférer le simple «parent».

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Le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social Jean-Yves Duclos, responsable de Service Canada, précise que, malgré tout, si le client le souhaite, il pourra toujours se faire appeler par «monsieur» ou «madame», le langage neutre étant, selon lui, une marque de respect.

Le service communication de Service Canada estime que ces ajustements étaient nécessaires pour « s’adapter aux réalités du XXIe siècle ».

Toutefois, des fonctionnaires, qui se sont déjà aventurés dans la pratique, ont été confrontés aux premières limites du dispositif :

« Certains clients se sentent moins respectés. », a fait savoir l’un d’eux sous couvert d’anonymat, dont les propos ont été relayés par Radio-Canada. « Des personnes d’un certain âge s’attendent à ce que nous soyons polis. Là, il faut les appeler par leur prénom et leur nom, et ça, ça les chicote. », poursuit-il.

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Et cette nouvelle langue a provoqué quelques imbroglios, selon ce fonctionnaire : « Ça nous arrive de parler à des gens et de dire : « Quel est le nom de votre parent numéro 1? » Et on a droit à des silences, les gens ne comprennent pas. »

Désormais, le service informatique de Service Canada doit aussi modifier les formulaires et les différents systèmes pour que les termes de l’ancien monde soient remplacés par ceux du monde d’un genre nouveau.

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Source :

https://www.marianne.net/monde/au-canada-termes-madame-et-monsieur-proscrits-service-public

https://www.ouest-france.fr/monde/canada/canada-les-termes-madame-ou-monsieur-exclus-du-service-public-5637970

https://francais.rt.com/international/49065-canada-bannit-formule-politesse-madame-monsieur-dans-l-administration-publique

https://aphadolie.com/2018/03/24/canada-les-termes-madame-et-monsieur-proscrits-du-service-public/

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lundi 8 janvier 2018

CSA : les personnes blanches sont toujours les plus représentées à la télé

J'ai toujours entendu que les statistiques ethniques étaient interdites dans la République française, que c'est considéré comme raciste, que c'est anticonstitutionnel, que c'est contraire à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, que le jour où l'on ferait cela, ce serait la "fin de l'Etat républicain".

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Et bien force est de constater que l'état républicain est bel et bien mort puisque le CSA - qui est une autorité administrative (faussement) indépendante- applique des statistiques ethniques en fixant des quotas pour afficher des personnes "non-blanches" à la télévision, ce qui me parait quand même à la base normal puisque la France est un pays européen et qu'historiquement, la France et les européens sont blancs de peau.

Ce serait comme si on s'offusquait que les asiatiques sont toujours majoritaires dans la télévision japonaise, ou que les noirs sont toujours majoritaires à la télévision sénégalaise. Ce serait con et choquant de s'en offusquer.

Mais en France, on a tellement la haine de nous mêmes et on veut tellement copier les USA, qui est un pays d'immigration alors qu'on n'a pas la même histoire, qu'on en récolte les défauts sans les qualités tout en niant notre propre histoire, notre propre identité et nos principes juridiques fondamentaux.

"Parmi les 50 000 personnes indexées dans plus de 1 000 heures de programmes diffusés par 17 chaînes, le CSA a recensé 19 % de personnes non-blanches, contre 16 % en 2015. Les personnes perçues comme blanches restent largement majoritaires (81 %).

« On a franchi un palier », a souligné Mémona Hintermann, conseillère du CSA en charge des questions de diversité. « Il y a un bond en termes de volume. Mais des problèmes persistent en termes de représentation »."

~Le Hussard

Sources :
http://www.programme-television.org/…/CSA-les-personnes-bla…

http://www.csa.fr/…/Les-resultats-de-la-vague-2017-du-barom…

J'ajouterai à ce commentaire de bon sens qu'on aimerait que le CSA se préoccupe davantage de la diversité des opinions dans les médias français...  P.G.


 

Le CSA a dévoilé ce jeudi 4 janvier 2018 les conclusions de son "baromètre 2017 de la diversité". Si la situation s’améliore légèrement, les personnes blanches restent majoritaires sur le petit écran français.

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17 chaînes différentes, 1 900 programmes, 1 068 heures de diffusion et 50 600 personnes recensées. C’est ce qu’a examiné le CSA pour son baromètre 2017 de la diversité sur le petit écran. Une étude, dont les conclusions ont été publiées ce jeudi 4 janvier 2018, qui montre une légère amélioration dans la représentation des minorités à la télévision. Alors qu’en 2016 il n’y avait que 16% de personnes "perçues comme non-blanches" dans les programmes – pour 84% de "personnes perçues comme blanches" selon les termes du CSA -, en 2017 cette part monte à 19%. Pas de quoi révolutionner le petit écran, mais c’est déjà une amélioration en soi.

La situation n’est pas la même dans tous les programmes. C’est dans les fictions que les personnes "non-blanches" sont les plus présentes avec 23% contre 17% en 2015. Une augmentation à relativiser car elle n’est pas le fait des programmes français. C’est du côté des fictions américaines qu’il faut aller chercher les raisons de cette hausse. Dans ces programmes, "les personnes non-blanches sont représentées à hauteur de 29% contre 20% dans les fictions françaises", écrit le CSA. Ces dernières représentent 16% des personnes vues dans les programmes d’information – contre 15% en 2015 – et 17% dans les magazines et documentaires (14% il y a deux ans).

Des héros majoritairement blancs

Autre constat mis en lumière par le CSA : 84% des héros vus sur le petit écran sont "perçus comme blancs". Un chiffre important mais en légère baisse puisqu’ils étaient 86% en 2015. Peu présentes dans la peau des héros, les personnes "perçues comme non-blanches" sont plus importantes dans la case "figurants" avec 24% (21% en 2015). Et ce n’est pas tout : le CSA affirme également avoir mis en évidence une "surreprésentation des personnes vues comme 'non-blanches' dans des rôles à connotation négative".

Les "personnes non-blanches" ne sont pas les seules à être peu représentées sur le petit écran. En 2017, les inactifs n’étaient présents qu’à hauteur de 11% à la télé (14% en 2015) et les CSP- (les catégories socio-professionnelles inférieures) à hauteur de 19%, la même proportion qu’il y a deux ans. Les personnes les plus âgées sont les moins visibles à la télé. Seuls 5% des individus observés avaient 65 ans ou plus (4% en 2015). Viennent ensuite les moins de 20 ans (9% en 2017, 8% en 2015), et la tranche 50 à 54 ans (22% en 2017 et 20% en 2015).

Pauline Hohoadji

http://www.programme-television.org/news-tv/CSA-les-personnes-blanches-sont-toujours-les-plus-representees-a-la-tele-4553885

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