dimanche 17 juin 2018

L’ouverture internationale n’est pas facteur de paix [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

Extrait d'un article, un des plus importants et visionnaires de Keynes, et qui date de 1933. Le texte original, “National Self-Sufficiency”, a été publié par The Yale Review, vol.22, n˚ 4 (juin 1933), p. 755-769..

hist keynes

Toute ressemblance avec une situation existante ne serait nullement fortuite.

Pour télécharger l'article complet, voici le lien : ce texte en pdf ici

L’ouverture internationale n’est pas facteur de paix

D’abord, la question de la paix. Nous sommes aujourd’hui pacifistes avec une telle force de conviction que si les tenants de l’internationalisme économique pouvaient l’emporter sur ce point, ils retrouveraient vite notre appui. Mais il n’est pas évident que concentrer ses efforts sur la conquête de marchés étrangers, introduire dans les structures économiques d’un pays les ressources et l’influence de capitalistes étrangers et dépendre étroitement des politiques des autres pour sa propre vie économique garantisse la paix entre les nations. L’expérience et la prévoyance nous permettraient même d’affirmer le contraire. La protection par un pays de ses intérêts à l’étranger, la conquête de nouveaux marchés, le développement de l’impérialisme économique, sont les éléments incontournables de la politique de tous ceux qui veulent maximiser la spécialisation internationale et la diffusion géographique du capital, où que soit installé celui qui le possède. Si l’on pouvait éviter les fuites de capitaux, les politiques intérieures seraient plus faciles à déterminer. Il y a un véritable divorce entre les propriétaires et les vrais gestionnaires lorsque, par suite de la forme juridique des entreprises, leur capital est réparti entre d’innombrables individus qui achètent des actions aujourd’hui, les revendent demain et n’ont ni la connaissance ni la responsabilité de ce qu’ils ne possèdent que peu de temps. C’est déjà grave à l’intérieur d’un pays, mais les mêmes pratiques étendues à l’échelle internationale deviennent intolérables en période de tension – je ne suis pas responsable de ce que je possède et ceux qui gèrent mon bien n’ont pas de comptes à me rendre. Un calcul financier peut montrer qu’il est avantageux pour moi d’investir quelque part dans le monde où l’efficacité marginale du capital est maximale ou bien le taux d’intérêt le plus élevé. Mais on voit à l’expérience que le fait que le propriétaire soit éloigné de la gestion est préjudiciable aux relations entre les hommes, et que cela provoque tôt ou tard des tensions et des inimitiés qui finissent par réduire à néant les calculs financiers.

KEYNES 2

Je me sens donc plus proche de ceux qui souhaitent diminuer l’imbrication des économies nationales que de ceux qui voudraient l’accroître. Les idées, le savoir, la science, l’hospitalité, le voyage, doivent par nature être internationaux. Mais produisons chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible, et surtout faisons en sorte que la finance soit nationale. Cependant, il faudra que ceux qui souhaitent dégager un pays de ses liens le fassent avec prudence et sans précipitation. Il ne s’agit pas d’arracher la plante avec ses racines, mais de l’habituer progressivement à pousser dans une direction différente.

Pour toutes ces raisons, j’ai donc tendance à penser qu’après une période de transition, un degré plus élevé d’autosuffisance nationale et une plus grande indépendance économique entre les nations que celle que nous avons connue en 1914 peuvent servir la cause de la paix, plutôt que l’inverse. De toute façon, l’internationalisme économique n’a pas réussi à éviter la guerre, et si ses défenseurs répondent qu’il n’a pas vraiment eu sa chance, son succès ayant toujours été incomplet, on peut raisonnablement avancer qu’une réussite plus achevée est fort improbable dans les années qui viennent.

(...)

Autres chapitres à lire:

Coûts et avantages du patriotisme économique

Les méfaits de la course à la rentabilité à tout prix

John Maynard Keynes, 1933

https://www.les-crises.fr/de-l-autosuffisance-nationale/

Keynes CIT 1

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dimanche 22 avril 2018

Limoges : une fabrique de porcelaine contrôlée par des oligarques d'Azerbaïdjan

À Limoges (Haute-Vienne), un PDG vient de découvrir que sa PME est en fait contrôlée par des oligarques venus d'Azerbaïdjan. L'enquête du Daphne Project révèle qu'une banque maltaise peu scrupuleuse s'est chargée du rachat de cette fabrique de porcelaine de luxe en toute discrétion.

ACT PORCELAINE MAFIA LIMOGES

De la porcelaine de Limoges (Haute-Vienne) en réalité détenue par des hauts dignitaires d'Azerbaïdjan. En faillite en 2014, l'usine a été rachetée par l'entreprise Héritage Collection. À l'époque, le nouveau directeur se félicitait de sauver les emplois. L'argent utilisé par le repreneur proviendrait directement d'Azerbaïdjan. C'est ce que révèle l'enquête du collectif Daphne Project, qui reprend le travail de la journaliste Daphne Caruana Galizia, assassinée à Malte alors qu'elle s'apprêtait à révéler un vaste système de corruption au plus haut niveau du pouvoir.

[voir notre publication L’Europe choquée après l’assassinat d’une journaliste à Malte. http://www.frexit-limousin.fr/archives/2017/10/19/35785911.html]

Combien d'entreprises françaises dans le même cas ?

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L'argent d'oligarques azerbaïdjanais aurait transité par une banque maltaise puis par le Luxembourg avant d'être utilisé pour racheter l'entreprise de porcelaine de Limoges. Ce vendredi 20 avril au matin, le chef d'entreprise peine à y croire. De l'argent en provenance d'un pays autoritaire et politiquement instable. Des questions demeurent encore : s'agit-il d'argent sale ? Combien d'autres entreprises françaises sont dans le même cas que cette usine de porcelaine ?

https://www.francetvinfo.fr/economie/industrie/limoges-une-fabrique-de-porcelaine-controlee-par-des-oligarques-d-azerbaidjan_2715358.html

Le PDG des Porcelaines JL Coquet : « On gagne notre vie de manière naturelle, avec des idées et un savoir-faire »

Suite à la parution d'une enquête menée par un groupe de 18 médias sur la corruption à Malte, le nom de l'entreprise de porcelaine JL. Coquet, basée à Saint-Léonard-de-Noblat est ressorti. Son PDG, Christian Lepage a répondu à nos questions. 

En s'attaquant à la corruption qui règne sur l'île de Malte et à son opacité financière, un groupe de journalistes a mis en avant la façon dont les enfants de hauts dignitaires d'Azerbaïdjan ont réussi à investir en France pour blanchir leur argent. Tout au bout de la chaine, après la Nouvelle-Zélande, Malte, le Luxembourg et la France, figure la manufacture de porcelaine JL. Coquet, basée à Saint-Léonard-de-Noblat. Son PDG Christian Lepage se pose en victime collatérale dans cette affaire. Entretien.  

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Après ces révélations, quel sentiment règne dans l'entreprise ?

Christian Lepage : Je n'ai pas encore entendu mes salariés. Je ne pense pas que cela crée des tensions. Les salariés sont déjà passés par plein de choses, une reprise notamment. Aujourd'hui, c'est l'argent qui a permis de maintenir leurs emplois que l'on est en train de remettre en question. Après, il a été dit sur France Inter « qu'après cette affaire, les investisseurs ne continueront peut-être pas à investir ». Cela peut générer une inquiétude.

Qu'est-ce que vous reprochez à cet article ?

Christian Lepage : Moi, je voudrais comprendre comment un assassinat à Malte, celui d'une journaliste, peut avoir des conséquences immédiates sur trois entreprises, qui n'enrichissent personne, qui ont des savoir-faire reconnus*. Surtout que depuis un certain temps, on ne vit pas avec l'argent de ces gens-là. On vit avec nos assurances (depuis l'incendie en 2017 N.D.L.R.). Cette année, on n'a jamais eu un aussi bon premier trimestre. Les responsables, ce sont les décideurs et ce ne sont plus les mêmes dans l'entreprise. Ils sont partis. À la place, on fait payer des braves gens qui ont un boulot. Ici, on gagne notre vie de manière naturelle, avec des idées et un savoir-faire.

Comment s'est passée la reprise de JL Coquet par Héritage Collection, société elle aussi cité dans l'article ?

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Christian Lepage : Devant le tribunal de commerce de Limoges en 2014, il y a eu une reprise par l'offre de M. Philippe N'Guyen. Celle-ci s'appuyait sur son fonds d'investissement (IPE) et la constitution d'un groupe avec acquisitions de PME ayant beaucoup de savoir-faire, d'histoire. Il y avait la volonté de pérenniser ces marques pour faire un groupe basé sur l'humain et qui sortait de l'ordinaire des groupes de luxe. Quand un monsieur, passé par de grandes écoles, proche de certains pouvoirs, ayant une idée précise, arrive avec des fonds et reprend tout le monde, le tribunal n'allait pas dire non. Les autres propositions ne reprenaient pas tous les salariés.

« En 2014, on ne pensait pas à tout cela »

Quelle vision aviez-vous du groupe Héritage Collection à cette époque ?

Christian Lepage : Au-dessus de Coquet, il y a une première holding (celle que j'ai créée et qui a été reprise). Puis il y avait Héritage Collection qui a repris Coquet. Si vous pouvez me dire que la banque à qui vous avez emprunté votre argent peut vous décrire le nombre d'actionnaires qu'elle a, allons-y. C'est le même cas de figure.

Quand vous êtes devant le tribunal et qu'il y a une belle offre, le procureur est là, le président est là, il y a un juge commissaire. Donc pour nous, le repreneur d'Héritage Collection est arrivé avec un fonds et a fait son boulot. Après pour tous les groupes de luxe de ce monde, qui sont les clients qui achètent leurs produits ? Leur argent est-il propre ? On va demander des comptes à ces marques-là ?

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Avez-vous le sentiment d'avoir été trompé ceux qui ont repris votre groupe ?

Christian Lepage : Pas du tout. Au départ, je pense que la démarche de M. N'Guyen était profondément honnête, il le faut pour acheter des nappes et des tissage de draps. Des assiettes, de la broderie fait main à Cambrai (Nord), je ne pense pas que pour blanchir leur argent, cela excite des milliardaires de trente ans en Azerbaïdjan. Il n'y a pas d'autre manière de blanchir de l'argent ? Comment voulez-vous imaginer que des gens d'une dictature, qui ont mis de l'argent à Malte, puis qui sont passés par le Luxembourg investissent chez nous de cette façon?

En 2014, on ne pensait pas à tout cela. Quant à l'argent, est-il ce que l'on dit ? Pour moi, cette affaire est entachée d'une seule chose extrêmement grave, c'est le sang d'une journaliste à Malte. Mais notre argent qui vient de Londres est-il plus douteux qu'un autre ? Je ne le sais pas. On vend nos assiettes à des Russes. Nos concurrents à des présidents en Afrique ? On peut jouer à ce jeu-là dans tout le domaine du luxe et de la porcelaine.

Redoutez-vous des conséquences pour l'entreprise ?

Christian Lepage : Pourquoi la banque Tarneaud, qui nous suit depuis des décennies, a décidé de ne plus avoir Coquet dans ses comptes ? Il y avait de l'argent, une activité, un bon premier trimestre, une fin d'année pas mauvaise. Il n'y avait aucune raison à cela. Si ce n'est pas JL. Coquet la cause, ça vient du dessus, et on se rend compte que cette fermeture des comptes intervient lors du changement de président d'Héritage Collection.

En réfléchissant à tout cela, on se dit que la banque a réagi en fonction des problèmes d'Héritage Collection et qu'il y avait une enquête. Cela ne nous a pas empêché de trouver une autre banque.

Par ailleurs, cette affaire peut entraîner une déstabilisation dans les grands magasins. Puis, quand on passe des contrats de sous-traitance, si on écrit dans la presse qu'il y a de l'argent sale, c'est terminé.

Propos recueillis par Pierre Vignaud

https://www.lepopulaire.fr/saint-leonard-de-noblat/economie/faits-divers/2018/04/19/le-pdg-des-porcelaines-jl-coquet-on-gagne-notre-vie-de-maniere-naturelle-avec-des-idees-et-un-savoir-faire_12819393.html

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Une seule chose à dire :

Article 63 du TFUE !!

  "Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de

capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites."

La morale et l'UE ne font pas bon ménage !!!    S.R.