vendredi 6 juillet 2018

« La dette, la dette, la dette ! »

Cet argument antisocial que l’on vous rabâche est bidon

TL DETTE MACRON LE MAIRE

Voici pourquoi les partisans du remboursement de la dette par l’austérité budgétaire sont des charlatans.

"Parce que la dette" . Tel est l’argument absolu des partisans des politiques anti-services publics et anti-protection sociale.

Première lame des ciseaux : ils s’en servent pour refuser toute mesure de justice sociale. Par exemple, si vous expliquez qu’un tiers du personnel hospitalier est en risque de burn-out (source: ANFH) et qu’il est donc urgent de recruter davantage, ils vous répondront que c’est impossible « parce que la dette »

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Seconde lame : ils s’en servent pour présenter leurs réformes antisociales comme des mesures inévitables de saine gestion. Par exemple, si vous rappelez que les aides sociales sont indispensables pour limiter la pauvreté, puisque sans elles la pauvreté toucherait 24% des Français au lieu de 14% (Eurostat), ils vous répondront qu’il faut quand même les baisser « parce que la dette ». Ainsi essaient-ils d’enfermer le débat politique dans une camisole de fer : si vous êtes d’accord avec eux vous êtes un gestionnaire vertueux; si vous n’êtes pas d’accord vous êtes un panier percé irresponsable.

Cette argumentation est pourtant fallacieuse, pour plusieurs raisons.

D’abord, leur façon de compter la dette des Etats est absurde. « Dette de la France à 98% du PIB ! » « Bientôt 100% ! » De bonne foi, le public non-spécialiste va s’imaginer que si l’on dépasse 100% c’est forcément une catastrophe. Il va donc se résigner d’autant plus facilement à des saignées dans nos dépenses sociales. Or, le PIB est la richesse totale produite par le pays sur 1 an; et l’Etat français, actuellement, rembourse ses prêteurs au bout d’un peu plus de 7 ans. En toute rigueur, si l’on compare notre dette publique au PIB du pays sur 7 ans, cela donne alors 14%, et non pas 98%. La baudruche de « l’apocalypse de la dette » se dégonfle immédiatement.

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Ensuite, il faut rappeler que la garantie ultime de la dette d’un Etat, ce n’est pas la richesse produite par le pays tout entier sur 1 an. La garantie ultime, c’est l’existence ou pas d’un patrimoine public total supérieur à la dette, car cela signifie que l’Etat détient davantage qu’il ne doit. C’est d’ailleurs la raison fondamentale pour laquelle la France, pays doté d’un très vaste patrimoine public (infrastructures, immobilier, entreprises publiques…), est considérée par les prêteurs comme un emprunteur sûr, alors que des Etats pauvres qui n’ont quasiment pas de patrimoine public sont considérés comme des emprunteurs risqués. L’incurie des partisans des politiques antisociales « parce que la dette » éclate alors au grand jour : alors que c’est notamment l’existence d’un puissant patrimoine public qui fait de la France un emprunteur solide, les mêmes ne cessent d’affaiblir cette garantie en multipliant les privatisations ! C’est la vieille histoire du pompier pyromane.

Enfin et surtout, l’idée qu’on puisse rembourser la dette publique grâce à d’énormes saignées dans nos dépenses publiques est en soi une idiotie. A titre d’exemple, si la France arrivait, au prix d’une austérité sans précédent, à dégager un excédent budgétaire d’environ 1% du PIB et le consacrait à rembourser sa dette publique, cela prendrait environ…100 ans ! Qui peut croire sérieusement à pareil scénario ? Cela suffit à prouver que les partisans du remboursement par l’austérité budgétaire sont des charlatans.

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Il y a une alternative. La dette publique de la France, et plus largement celle des pays de la zone euro, peuvent parfaitement être résorbées sans politiques antisociales d’austérité. Il suffit pour cela que la Banque centrale européenne (BCE) rachète les dettes aux prêteurs grâce à la création monétaire (la « planche à billets »); et qu’une fois rachetées, elle les efface. C’est légal, car la BCE a déjà le droit de racheter des dettes publiques à des créanciers : elle l’a d’ailleurs déjà fait ces dernières années. Dans un scénario maximaliste, à raison d’une création monétaire de 960 milliards d’euros par an, l’intégralité de la dette publique de la zone euro pourrait ainsi disparaître en une dizaine d’années, sans subir ni la vente à la découpe du patrimoine public, ni des saignées dans nos dépenses sociales. Pour mémoire, la BCE a déjà créé rien qu’en 2017, 720 milliards d’euros pour soutenir les banques privées : cet ordre de grandeur n’est donc pas choquant. Et de toute façon, l’on peut aussi imaginer un scénario intermédiaire, qui résorberait une grande partie de la dette publique de la zone euro mais pas sa totalité.

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Le grand argument habituel contre cette alternative est bien connu : « la planche à billets provoquera de l’hyperinflation ! ». En réalité, c’est faux. Tant qu’elle garde des proportions maîtrisées, la création monétaire ne provoque pas d’hyperinflation : en l’occurrence, même le scénario maximaliste que j’évoque accroîtrait la masse monétaire de seulement 4%, et à un rythme assez lent. De surcroît, dans l’économie telle qu’elle est et pas telle qu’on la fantasme, ce qui provoque l’hyperinflation, c’est l’écroulement de la confiance des ménages et des investisseurs dans l’économie du pays, qui se traduit par la fin de la confiance dans la valeur de la monnaie elle-même. Par exemple, dans le cas sans cesse invoqué des brouettes de billets de banque de l’Allemagne de Weimar pour aller acheter du pain, c’est l’écroulement de la confiance collective dans l’économie allemande qui a provoqué l’hyperinflation; et non pas une politique préexistante de création monétaire.

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Jadis Molière décrivait les médecins de son époque comme des charlatans cachant leur ignorance derrière des formules obscures en latin, et qui n’étaient bons qu’à multiplier les saignées sur les malades au risque de les tuer. Mutatis mutandis, les partisans des privatisations, des politiques anti-services publics et des politiques anti-protection sociale sont les médecins de Molière d’aujourd’hui : eux aussi justifient des mesures mortifères avec du charabia pseudo-expert; et eux aussi sont de dangereux charlatans.

Thomas Guénolé, Coresponsable de l’école de la France insoumise, politologue et essayiste

Vidéo:

Notre modèle social est en cours de destruction et tout est fait pour vous empêcher de réagir

https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=klGq4TKUlLo

GUENOLE ANTISOCIAL

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Reste à Thomas Guénolé à lire les traités européens: il constatera que l'indépendance de la banque centrale est incompatible avec ses propositions, et qu'aucune politique de création monétaire ne peut être mise en oeuvre sans souveraineté...Il n'y a que dans ses rêves qu'un hypothétique "gouvernement de la zone euro" prendrait de telles mesures totalement contraires à l'esprit même des traités depuis l'origine!   P.G.

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mercredi 20 juin 2018

Quel plan de sortie de l’euro pour l’Italie ?

Source : Hypotèses, 06-06-2018

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L’actualité remet sur le devant de la scène le problème de la sortie de l’euro de l’Italie. SI les bienfaits d’une telle sortie, notamment en termes de possibilité de faire baisser le taux de change de la nouvelle monnaie et ainsi de stimuler la croissance, sont clairement identifiés[1][2], il faut se poser la question de la mise en place concrète de ce projet.

Les mini BOTS en question

Des économistes proches du nouveau gouvernement italien ont parlé de mettre en circulation comme une monnaie les bons du trésor italien.[3] Ainsi une nouvelle monnaie existerait en parallèle de l’euro et serait directement placée sous le contrôle du Trésor italien, ce qui pourrait éventuellement servir à remplacer l’euro si la BCE décide de couper l’alimentation en euro des banques italiennes.

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Cependant, comme l’a montré Jacques Sapir[4], l’existence de cette monnaie parallèle, quand bien même elle serait reconnue par l’Etat, ne garantirait pas qu’elle puisse se substituer à l’euro, car pour cela il faudrait qu’elle circule dans l’économie italienne, ce qui est la caractéristique et la fonction d’une monnaie. Les mini BOTS, s’ils étaient mis en place, fonctionneraient en effet comme une nouvelle monnaie, mais sur un plan différent de l’euro, car ils ne seraient rien d’autre que des promesses d’euros, sur le modèle des actifs financiers qui sont tous des promesses de paiement. Mais tout comme les actifs financiers ne circulent bien qu’en période de confiance, et tendent à disparaître en période de turbulence et de crise, ces mini BOTS auraient certainement du mal à s’imposer par eux-mêmes comme une monnaie utilisée par tous. De plus dans leur essence, ils ne se substitueraient pas à l’euro puisqu’ils seraient en fait des promesses d’euro. Paradoxalement, Ils auraient donc en fait besoin de l’euro pour fonctionner, et c’est là une faiblesse en cas de coupure brutale de l’alimentation en euros par la BCE. Ils fonctionneraient un peu à l’image des billets au temps de l’étalon-or, au long du 18e et du 19e siècle, quand les billets étaient en fait la matérialisation de promesses de paiement en monnaie métallique réellement existante dans les banques. Ces billets étaient en fait des promesses de paiement en monnaie métallique, leur solidité dépendait donc de la monnaie métallique elle-même, même si des siècles d’utilisation et de confiance ont fini par les faire considérer comme une monnaie eux-mêmes, ce qu’ils n’étaient pas à l’origine. Mais cette mutation s’est produite dans le temps long et dans une période de confiance, et l’on peut donc dire que les mini-BOTS seraient une bonne idée pour le moyen et long terme, mais ne seraient peut-être pas suffisamment solides pour se substituer à l’euro à court terme.

Les deux sources d’alimentation de la monnaie : le crédit bancaire et les dépenses du Trésor public

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A court terme en effet, les deux fonctions que doit impérativement remplir une monnaie si elle veut circuler immédiatement, sont celles de satisfaire le crédit et les dépenses de fonctionnement de l’Etat. La monnaie, on ne le dira jamais assez, est créée avant tout par les banques privées lorsqu’elles accordent des crédits, aux particuliers et aux entreprises. Lorsqu’elle accorde un crédit, une banque émet une créance à son actif et crée de la monnaie ex nihilo sur le compte en banque de son client au passif. La différence entre la masse des crédits anciens remboursés et la masse des crédits nouveaux accordés constitue donc la masse monétaire en circulation dans une économie donnée, à l’image d’un bain qui contient une quantité d’eau donnée en fonction d’une arrivée d’eau et d’une évacuation d’eau. L’arrivée d’eau, ce sont les crédits nouveaux, l’évacuation d’eau, ce sont les crédits anciens remboursés, la quantité d’eau, c’est la masse monétaire. C’est donc le besoin de crédit de l’économie qui est à l’origine de la circulation de la monnaie. Or, ce qui va se passer si l’Italie subit la même attaque qu’a subie la Grèce en 2015, c’est justement que la BCE va couper cette alimentation en crédit des banques en les empêchant de se refinancer elles-mêmes auprès de la BCE. La BCE coupe l’arrivée d’eau du bain, et fait immédiatement se vider l’eau du bain. Voilà ce qui est arrivé à la Grèce en 2015. Dans ces conditions, il est impossible à une économie de fonctionner et tout s’arrête de façon dramatique. Les banques ferment, la monnaie cesse de circuler, l’économie s’asphyxie littéralement.

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Mais cette situation de crise, qui, on le voit, est une action politique scandaleuse et illégale de la BCE, est paradoxalement une opportunité pour un gouvernement préparé et déterminé. Car alors l’euro cesse de remplir son rôle, il ne répond plus au besoin de crédit courant, il laisse la place vacante pour une autre monnaie. Mais pour fonctionner, c’est-à-dire pour circuler, cette monnaie doit répondre au besoin de crédit courant, et c’est pourquoi Jacques Sapir insiste sur la nécessité de la faire passer par le système bancaire[5]. L’institution-clé est alors toute trouvée, elle a un nom, une adresse, et une organisation administrative bien huilée : c’est la Banque d’Italie, située à Rome au Palais Koch, et dirigée par son gouverneur Ignazio Visco[6]. Il est à noter que ce gouverneur est nommé par le Parlement et qu’Ignazio Visco devrait justement arriver à la fin de son mandat, ce point risque d’avoir une grande importance. La Banque d’Italie, pour l’heure, fait certes partie de l’euro-système, mais il est clair qu’en cas d’agression de la BCE visant à le briser politiquement, le gouvernement italien serait tout à fait fondé à réaffirmer son autorité sur la Banque d’Italie pour assurer le fonctionnement normal du système bancaire, et notamment le refinancement des banques privées, c’est-à-dire la réouverture du robinet monétaire. Du moment que cette décision est prise et que son bon déroulement est assuré en termes administratifs, une monnaie circulerait de nouveau dans le système bancaire et dans l’économie italienne, mais de façon indépendante par rapport à la BCE. Qu’on appelle une telle monnaie euro, lire ou n’importe quel autre nom, que les pays la reconnaissent ou non, et que son statut juridique soit fixé ou non, toutes ces choses n’auront plus grande importance au plan économique, car de ce point de vue elle sera de facto, la monnaie souveraine de l’Italie.

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Mais il y a un deuxième canal par lequel une monnaie est indispensable et peut circuler rapidement entre les acteurs, ce sont les dépenses de fonctionnement courant de l’Etat, et notamment la paye des fonctionnaires. Ces dépenses courantes relèvent du Trésor public italien, institution qui a également une adresse et une organisation administrative bien établie. A l’heure actuelle, depuis le traité de Maastricht justement et l’introduction de l’euro, le Trésor est obligé de financer sa dette en ayant recours aux marchés financiers obligataires, ce qui lui oblige à payer de forts taux d’intérêts, matérialisés par les fameux spreads qui semblent gouverner l’Italie. Mais il est à noter qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Avant le traité de Maastricht, le Trésor avait la possibilité, tout comme une banque privée, de se refinancer auprès de la banque centrale à un taux proche de zéro, même si cette possibilité n’était pas toujours activée. Aussi les taux d’intérêts payés sur la dette publique pouvaient-ils être plus faibles et payés directement à la banque centrale, ce qui limitait le pouvoir des marchés sur la vie économique du pays. De ce point de vue les dépenses du Trésor pouvaient en fait être une forme de création monétaire, et la collecte des impôts par ce même Trésor était une forme de destruction monétaire. C’est d’ailleurs pourquoi on considérait le Trésor comme étant en partie une banque.

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Dans le cas d’une agression de la BCE, le Trésor Public italien peut donc être un important levier de circulation d’une nouvelle monnaie si on l’autorise de nouveau à se refinancer auprès de la Banque d’Italie. Concrètement, si la BCE coupe l’alimentation du pays en euro, il faut autoriser le Trésor à assurer ses dépenses courantes, ce qui introduira naturellement de façon assez massive une circulation monétaire dans le pays à travers les salaires des fonctionnaires et les subventions de fonctionnement des administrations publiques. Comme pour le crédit des banques privées, si une telle monnaie circule dans les administrations publiques et dans les comptes des fonctionnaires, elle comblera un vide et deviendra la monnaie souveraine de l’Italie de facto. Cependant, si seul le Trésor assure cette circulation sans l’appui du crédit des banques privées, un biais important favorisera à l’excès les fonctionnaires et les administrations publiques, ce qui pourrait créer des distorsions dramatiques entre les Italiens.

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En cas d’agression de la BCE, la question stratégique pour le gouvernement italien sera donc en priorité le contrôle et la bonne gestion de la Banque d’Italie, puis du Trésor Public comme force d’appoint essentielle, afin de faire circuler une monnaie efficacement et souverainement, et ainsi la substituer à l’euro dont la place aura été laissée vacante par la politique antidémocratique de la BCE.

Le bras de fer à venir peut donc être celui de tous les dangers, mais aussi celui de toutes les opportunités pour le nouveau gouvernement italien.

[1] Voir l’étude de Philippe Murer, Jacques Sapir et Cédric Durand : Les scenarii de dissolution de l’euro, https://www.fondation-res-publica.org/etude-euro/#.WxqyD2VMf-Y

[2] Voir l’article d’Alberto Bagnai sur son blog : http://goofynomics.blogspot.com/2015/06/nominal-devaluation-and-real-wages.html

[3] https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0301706243001-italie-la-tentation-des-mini-bots-2177702.php

[4] Voir sa dernière note sur son carnet : https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-litalie-et-la-question-des-monnaies-paralleles-une-voie-de-sortie-de-leuro-par-jacques-sapir/

[5] Voir sa dernière note sur son carnet : https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-litalie-et-la-question-des-monnaies-paralleles-une-voie-de-sortie-de-leuro-par-jacques-sapir/

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_d%27Italie

Source : Hypotèses, 06-06-2018

https://www.les-crises.fr/quel-plan-de-sortie-de-leuro-pour-litalie-par-hypotheses/

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«Il faut prévoir un mécanisme de sortie de l’euro pour l’Italie»

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Les temps changent: de plus en plus de spécialistes découvrent ce que l'UPR explique depuis sa création en 2007, tout en essayant d'éviter le pire (de leur point de vue): une décomposition de l'Union européenne.  P.G.

TRIBUNE LIBRE / Source : Le Matin Dimanche, Nicolas Pinguely, 10-06-2018

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(...)Rencontre avecl’ancien banquier Jean-Michel Naulot,  un spécialiste de la finance, auteur du livre «Éviter l’effonrdrement» (Éd. Seuil), qui a également rempli deux mandats au Collège de l’AMF, l’autorité française de contrôle des marchés.

L’Italie inquiète les investisseurs. Est-ce une menace pour l’euro ?

La situation s’est passablement détériorée en matière d’endettement en Italie. Ça ne pourra pas durer comme cela. La dette publique du pays atteint l’équivalent de 135% du PIB. Comme l’a dit le président de la Banque centrale eiuopéenne (BCE), il faut ajouter à cela l’équivalent de 20% du PIB correspondant aux encours italiens «Target 2» qui sont dus à la BCE. Ces montants ont plus que doublé depuis la dernière crise de l’euro, passant de 200 à 440 mtlliards d’euros. Et la Banque centrale allemande en est le principal bailleur de fonds.

Que préconisez-vous ?

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À l’image du récent appel de 154 professeurs d’économie allemands, je pense qu’il faut prévoir un mécanisme de sortie de la zone euro. Une procédure de sortie à froid de l’euro, que Valéry Giscard d’Estaing avait lui-même envisagé avec sa formule «une sortie amicale de la zone». C’est une erreur fondamentale de ne pas l’avoir prévue à l’origine. Un pays ne respectant pas les règles de la zone devrait pouvoir être sorti pa les autres membres. Un pays qui voudrait retrouver de la flexibilité économique devrait aussi être autorisé à sortir. L’Italie pourrait en bénéficier si elle en faisait la demande.

Pourquoi les concepteurs de l’euro ne l’ont pas prévu ?

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Il s’agissait au départ d’une position idéologique, et non pas économique. C’est un problème aujourd’hui car la réalité économique a repris le dessus. Prenez la production industrielle depuis le début des années 2000 : en Allemagne elle est en augmentation de 35%, alors qu’une contraction de près de 210% est survenue» en Italie. Dès lors, il faut soit prévoir des transferts financiers pour amortir le choc, comme dans n’importe quelle zone monétaire, soit envisager d’autres solutions pour que l’Italie retrouve de la souplesse budgétaire et de la compétitivité.

L’Allemagne acceptera difficilement de financer la Péninsule. Un retour de la lire, qui signifierait au passage une dévaluation de 30% doit-il être envisagée à brève échéance ?

Il est probablement trop tôt pour cela, à moins qu’une violente crise ne survienne dans la zone euro. A court terme, je pense qu’il est indispensable que l’Europe redonne une liberté d’action budgétaire à Rome. On verra par la suite ce qui adviendra.

Une dévaluation n’augmenterait-elle pas mécaniquement la dette italienne ?

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Je pense qu’on laisserait les encours de type «Target 2», représentant 440 milliards d’euros, se résorber avec le temps. Avec la dévaluation, l’Italie trouverait un nouvel équilibre, surtout si, comme il se doit, la BCE jouait pleinement son rôle de Banque centrale en assurant la stabilité fmancière. Il appartient aux gouvernements de faire de la politique, pas à la Banque centrale. Le devoir de cette dernière est d’assurer la liquidité du système bancaire en toutes circonstances, quelle que soit l’orientation du gouvernement. Ce qui n’a pas été le cas pendant la crise grecque en juin 2015.

Quid de la dette publique de plus de 2250 milliards d’euros ?

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Même s’il y a parfois débat, j’estime que la Lex monetae devrait s’appliquer pour la dette publique. Cela signifie que le remboursement se ferait dans la devise du pays. La dette serait donc transformée en lires et remboursée en lires. Cela serait d’ailleurs facilité par le fait que la dette italienne est essentiellement détenue par des banques et investisseurs locaux.

Les taux d’intérêt italiens ont grimpé de 1,8% à plus de 3% ces dernières semaines,en parallèle avec l’arrivée d’un gouvernement populiste. Inquiétant ?

Ce phénomène est naturellement inquiétant car un envol des taux vers 5% provoquerait vite l’asphyxie de l’économie. De manière plus globale, une gigantesque bulle s’est gonflée sur les marchés obligataires.

Comment s’est gonflée cette bulle ?

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Ma conviction est qu’il y a eu trop de laxisme monétaire. Les taux sont restés trop bas trop longtemps, et ce des deux cotés de l’Atlantique, ce qui a poussé les acteurs publics et privés à se surendetter. Il est parfaitement absurde d’avoir des taux à zéro OU négatifs en Europe alors que la croissance avoisine 2%. Lorsque les taux sont à zéro on ne peut que faire des bêtises. Ce n’est pas tout. Aux Etats-Unis, la politique de relance par le déficit de Trump, à hauteur de 600 milliards de dollars, qui survient en fin de cycle, est très inquiétante. Elle est mise en place au moment où la Banque centrale américaine va commencer à délester son bilan de 600 milliards de dollars.

Quel est le risque ?
Les taux vont prendre l’ascenseur. Les États-Unis vont devoir trouver de nouveaux investisseurs pour 1200 milliards de dollars. En vertu de l’offre et de la demande, les taux d’intérêt américains ne peuvent que monter. Comme les marchés sont interconnectés, les taux européens vont suivre. Une hausse du loyer de l’argent n’est pas une bonne nouvelle pour les possesseurs d’obligations (ndlr ; le prix des obligations évolue inversement auc taux). La bulle obligataire risque alors d’éclater, ce qui serait aussi très négatif pour des marchés actions se retrouvant entraînés dans la crise.

https://www.les-crises.fr/il-faut-prevoir-un-mecanisme-de-sortie-de-leuro-pour-litalie-par-jean-michel-naulot/

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mardi 12 juin 2018

Italie : l’union par la souveraineté

TRIBUNE LIBRE/ Source : Monnaie Prix, 03-06-2018

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L’Italie s’est donc finalement dotée du gouvernement de coalition qu’on prétendait lui interdire. Ce gouvernement s’est finalement formé avec Paolo Savona, l’économiste anti-euro qui fut refusé par le Président Mattarella au poste de Ministre des Finances, qui a été nommé aux affaires européennes. Aux finances, c’est finalement Giovanni Tria, un économiste à l’origine assez libéral mais devenu euro-critique et favorable à une relance des investissements publics par le financement de la création monétaire, qui a été nommé. Tria, c’est vraiment le plus important, est tout à fait conscient du dysfonctionnement de l’euro, il a compris que l’euro désindustrialisait les pays qui l’ont adoptés au bénéfice de l’Allemagne, parce que ces pays ne peuvent plus ajuster leur compétitivité par le taux de change, comme il le faisaient avant le traité de Maastricht.

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Or l’Italie et la France, pour ne parler que de ces deux pays, ont un fonctionnement social très différent de l’Allemagne, et ont notamment une organisation plus favorable aux salariés. Cela ne les a pas empêché, jusque dans les années 90, de se développer aussi bien et même plus rapidement que l’Allemagne au plan industriel, parce que leur productivité était meilleure, et que, grâce à une monnaie un peu plus faible, leurs produits étaient plus compétitifs à l’étranger. Il faut souligner que le niveau d’une monnaie, son taux de change donc, n’a pas une cause unique. Il y a des avantages et des inconvénients à avoir une monnaie plus ou moins forte. Dans le cas de la France et de l’Italie, cela produisait un peu plus d’inflation qu’en Allemagne, avec des conditions sociales plus favorables aux salariés, et une meilleure compétitivité prix des produits. Fondamentalement, le niveau du taux de change était plus favorable à l’investissement et au développement industriel et moins favorable aux épargnants. Inversement, l’Allemagne menait et mène encore une politique moins favorable aux salariés, ce qui lui permet d’avoir moins d’inflation tout en restant compétitive au niveau des prix. C’est une politique plus favorable aux possesseurs de capital, et qui permet l’investissement seulement dans la mesure où elle gagne des parts de marché sur ses voisins. Avec l’euro qui empêche la régulation entre les pays par le taux de change, l’Allemagne l’emporte systématiquement sur ses voisins et défait donc l’équilibre économique et social européen qui prévalait jusque dans les années 90.

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Cela Tria l’a compris, aussi ne sera-t-il pas surpris que l’Allemagne défende bec et ongle l’euro, quitte à utiliser la BCE pour cela. On peut donc penser que Tria saurait répondre à une telle attaque, comme elle a eu lieu en Grèce en 2015, qui consiste, rappelons-le, à couper l’alimentation en euro d’un pays. Il est d’ailleurs possible que l’administration italienne ait déjà commencé à s’organiser pour répondre à une telle attaque en se préparant faire circuler les bons du trésor, c’est-à-dire la dette italienne, comme une monnaie nouvelle. C’est la philosophie des mini-BOTS, dont on a parlé en Italie pendant la campagne. Si cette méthode était mise en oeuvre de façon massive, elle permettrait de faire circuler une monnaie parallèle à l’euro à partir du Trésor public italien, qui se transformerait alors en banque, comme il l’a souvent été dans l’histoire des différents pays du monde. De plus dans ce cas, les investissements publics pourraient être naturellement financés à taux zéro, cela permettrait donc de déconnecter la dette italienne nouvellement émise des marchés financiers. Mais cette question ne se posera qu’au moment où les Italiens décideront de mettre en place une politique d’investissement contra-cyclique, ce qui est dans leur accord de gouvernement. Alors la crise de l’euro commencera, car ils devront défendre leur souveraineté face à l’Allemagne. Ce sera l’heure de vérité.

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Pour l’heure, c’est plutôt sur la politique migratoire que Matteo Salvini, le nouveau Ministre de l’Intérieur, ouvre un premier front en désirant remettre en cause l’accord de Dublin sur la politique migratoire de l’UE. Il affirme que pour sauver les vies en Méditerranée, il faut empêcher les départs de bateaux depuis le Maghreb, et augmenter le nombre de rapatriements d’illégaux, sauf pour les migrants venant de pays en guerre. Il veut réduire les fonds d’aide européens dédiés à l’accueil des migrants, et s’attaque aux ONG qu’il accuse d’être complices des passeurs. Sur ce dossier, il risque dores et déjà d’y avoir une première confrontation avec l’Allemagne, mais un compromis sera certainement trouvé, contrairement au problème de l’euro.

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Mais de façon intéressante, il faut noter l’excellent accueil qui est réservé à Salvini, l’ancien sécessionniste du Nord de l’Italie, en Sicile, en plein coeur de ce Mezzogiorno qu’il voulait « larguer » dans sa jeunesse, et qui a voté massivement pour le M5S. A Catane, Salvini a été accueilli par des foules compactes qui ont applaudi avec enthousiasme à ses discours. Cela n’est pas un fait anodin. A un moment où les régionalismes semblent plus puissants que jamais en Europe, que ce soit en Ecosse, en Catalogne ou en Corse, on constate que les deux Italie (pour ne pas parler de la troisième Italie entre Gênes et Rome) sont plus unies que jamais elles ne l’ont été depuis la fin de la guerre civile, depuis « la victoire mutilée » lors de la Première guerre Mondiale ou le Risorgimento et l’unification au 19ème siècle par Garibaldi et Cavour. Elle sont unies derrière ce gouvernement de coalition, à contre-courant de ce qui se passe en Europe, parce que ce gouvernement défend la souveraineté de l’Italie toute entière, face aux forces qui la remettent en question. Voilà une autre leçon, et pas la moindre, que nous adresse l’actualité en Italie : c’est la lutte pour la souveraineté et la justice sociale qui peuvent seules venir à bout des divisions politiques et culturelles du peuple.

Source : Monnaie Prix, 03-06-2018

https://www.les-crises.fr/italie-lunion-par-la-souverainete/

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On aimerait partager l'optimisme de l'auteur, mais le maintien de l'Italie dans l'UE et dans l'OTAN risque de montrer très vite les limites de la coalition, à moins que la confrontation ne les amène à tenter d'aller plus loin, mais à quel prix? Il y a une différence entre une sortie ordonnée et concertée et une sortie sur fond ce crise économique, financière, politique et géopolitique. D'autant qu'il n'y a pas, à ma connaissance, de "plan B"...   P.G.

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jeudi 7 juin 2018

L’Italie et la question des « monnaies parallèles » : une voie de sortie de l’Euro ?

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

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La politique de rachat massif de la dette publique italienne par des organismes publics, la Cassa Depositi e Prestiti (CDP) et Posta Italiana[1], ranime la possibilité de la mise en œuvre d’un scénario à deux monnaies pour ce pays. On sait que la question de la dette inquiétait beaucoup certains milieux[2]. Cette possibilité de sortir « en douceur » de la zone euro avait déjà été évoquée à de multiple reprise en Italie, et en particulier par Silvio Berlusconi[3]. Car, aujourd’hui, il n’en faut pas douter : le problème de l’Italie est bien l’Euro[4]. Au-delà de la question de l’Euro, on peut se demander si ce n’est pas tout simplement l’UE le véritable problème de l’Italie[5].

Il convient, alors, de rappeler que la possibilité de mettre en œuvre des devises parallèles avait déjà été présentée comme un outil pour résoudre le problème de la Grèce, tout en restant dans la zone euro ou pour gérer une éventuelle rupture avec la zone euro. Mais les devises parallèles ont une longue histoire en économie. Dans les temps historiques, les lingots émis par différents pays ont circulé librement dans un pays donné. La question a été soulevée en particulier lorsque le papier-monnaie a été introduit. Les expériences avec des monnaies parallèles ne sont pas abondantes au XXe siècle[6], et la dynamique d’un système à deux monnaies mérite attention[7].

L’exemple manqué de la Grèce en 2015

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Rappelons d’abord ce que voulait, ou prétendait vouloir, faire Yanis Varoufakis[8]. Un moyen possible d’éviter l’asphyxie de la Grèce en 2015 organisée par la Banque Centrale Européenne aurait pu reposer sur le fameux « plan B « de Varoufakis, plan qui a fait l’objet de nombreux débats depuis juillet 2015. Ce plan aurait impliqué la création d’un système de double circulation monétaire, avec la création d’une monnaie parallèle. L’intention n’était en aucun cas de sortir explicitement de l’Euro (ou plus précisément de l’Union monétaire européenne). Il est à rappeler que Yanis Varoufakis – et cela fait une grande différence avec d’autres économistes radicaux comme Costas Lapavitsas ou Heiner Flassbeck[9] – était, à l’époque, un fervent défenseur de l’euro. Cependant, une telle sortie aurait pu être envisagée à tout moment dans le cadre du dit « Plan B ».

Ce qui est ici intéressant est que le fameux “plan B” était assez sophistiqué et aurait induit des changements importants dans la situation de la Grèce. À ce stade, il est intéressant de voir ce que Varoufakis expliquait et ce qui a été dit lors de la discussion avec les gens de l’OMFIF sur ce plan[10]: «Ce que nous avions prévu de faire était le suivant. Il y a le site web du bureau des impôts, comme en Grande-Bretagne et partout ailleurs, où les citoyens – les contribuables qui vont sur le site – utilisent leur numéro de dossier fiscal et ils transfèrent des fonds bancaires du compte bancaire vers leur numéro de dossier fiscal afin de faire des paiements sur la TVA, sur l’impôt sur le revenu et ainsi de suite. Nous avions l’intention de créer, de façon clandestine, des comptes de réserve attachés à chaque numéro de dossier d’impôt sans en avertir qui que ce soit, juste pour que ce système fonctionne sous le boisseau. Au simple toucher d’un bouton, cela nous permettrait de donner des numéros d’identification aux détenteurs de numéros de fichiers d’impôt (contribuables). Prenons par exemple un cas où l’État devait un million d’euros à une société pharmaceutique pour des médicaments achetés pour le compte du National Health Service, nous pourrions immédiatement créer un virement dans ce compte de réserve du numéro de dossier fiscal de l’entreprise pharmaceutique, et leur fournir un numéro d’identification. Ils pourraient utiliser cela comme une sorte de mécanisme de paiement parallèle qui transfèrerait n’importe quelle partie de ces fonds numériques à n’importe quel numéro de dossier fiscal à qui ils devraient de l’argent. Ou alors, en effet, l’utiliser pour effectuer des paiements d’impôt pour l’Etat »[11].

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Il est évident que, dans l’esprit de Yanis Varoufakis, le système (appelé «Plan B») visait à alléger la pression de la Banque Centrale Européenne sur la Grèce et spécifiquement à résoudre la crise de liquidité orchestrée par la BCE par son «contrôle des capitaux» imposé. Ce plan qu’il avait élaboré avec Alexis Tsipras début décembre 2014, c’est-à-dire avant le succès de Syriza aux élections du 25 janvier 2015, a surtout été considéré comme une réponse technique à une éventuelle action de la BCE. Les implications politiques semblent être restées en grande partie tacites. Mais en réalité ce « plan B » allait bien plus loin que cela.

Aujourd’hui, avec le recul et les leçons qui peuvent être tirées de la « trahison » de Tsipras, il est évident que le principal échec de Tsipras et de Varoufakis fut de ne pas l’avoir compris. L’austérité était bien plus qu’une politique malavisée. L’austérité était le résultat d’un système de gouvernance qui était largement basé sur l’euro[12]. Quand ces deux hommes ont commencé à planifier un combat contre l’austérité, ils auraient dû comprendre immédiatement qu’un tel combat les mettrait en collision avec l’euro, ce que semblent avoir compris les responsables du nouveau gouvernement italien.

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A propos de la possibilité que le plan puisse conduire à une sortie de la Grèce de l’Euro Varoufakis devait ajouter: “Cela aurait créé un système bancaire parallèle alors que la banque était fermée suite à l’action agressive de la BCE pour nous donner un peu de répit[13]. On doit alors noter que ce dont il était question, du moins dans la conversation téléphonique avec les personnes de l’OMFIF, n’était pas techniquement une monnaie parallèle mais seulement un système bancaire parallèle. Cependant, dans le paragraphe suivant, Varoufakis admettait: “Et bien sûr, cela pourrait être libellé en euros, mais sur un claquement des doigts, il aurait pu être converti en une nouvelle drachme[14].

Il est alors clairement indiqué que le développement d’un système de paiement parallèle ne visait pas à sortir de l’UEM mais aurait pu devenir un instrument de cette sortie à court terme. Seulement, pour être prêt à le faire, le gouvernement grec, et en particulier Alexis Tsipras, aurait dû avoir compris ce qui était en jeu dès le départ, tant pour la Grèce que pour la zone euro. Le fait qu’il ne l’ait pas compris, ou qu’il n’ait pas voulu le comprendre, fait maintenant partie de l’histoire. Cependant, cela soulève bien sûr toute la question des devises parallèles et de leur rôle dans l’option possible d’un “Grexit”, et bien entendu aujourd’hui d’un « Italexit ».

La situation actuelle en Italie

Comme il a été dit en introduction, depuis la fin du mois de mai, deux organismes publics, la Cassa Depositi e Prestiti (CDP) et Posta Italiana rachètent massivement les bons du Trésor émis par le Trésor italien. Ces rachats sont effectués, pour ce qui concerne la Poste, par Poste Vita, le pôle assurance du groupe. Il faut savoir que Posta Italiana est un groupe qui dispose de beaucoup de liquidités et qui n’est pas soumis à la réglementation bancaire. Une explication possible est que le groupe entend profiter ainsi des prix bas, induits par la remontée des taux, pour investir la liquidité dont ils disposent[15]. Cette stratégie est aussi certainement liée à l’inquiétude des marchés financiers à la suite des péripéties qui ont entouré la constitution du gouvernement de M. Giuseppe Conte, un gouvernement soutenu par les deux partis dits « anti-système », le Movimenti Cinque Stelle et la Lega. Cette inquiétude et la spéculation qu’elle a engendrée ont été amplifiées par la décision de la Banque Centrale Européenne, de réduire de manière spécifique ses rachats sur le second marché, des titres publics italiens, comme l’indiquait une « Breaking News « du Financial Times. Ceci a fait l’objet d’une question écrite de deux députés italiens du parlement européen, MM. Marco Valli et Marco Zanni[16].

Document 1

 

On le sait, la dette italienne est aujourd’hui, en apparence, considérable. Elle atteint aujourd’hui autour de 130% du PIB.

 

 

 

Graphique 1

Source : Données du FMI

L’ampleur de cette dette est même selon Carmen M. Rheinart, sous-évaluée[17], car il faudrait lui ajouter la dette de la Banque Centrale d’Italie, qui peut être évaluée au travers du compte de compensation TARGET2. Madame Rheinart estime quant à elle la dette italienne à 160% du PIB. Ce compte montre en effet qu’il y a eu une fuite des capitaux hors de l’Italie, essentiellement vers l’Allemagne, fuite qui traduit les inquiétudes quant à la solidité des banques italiennes, mais aussi – et plus généralement – la méfiance de la grande bourgeoisie italienne par rapport aux institutions financières de son pays. Quant à savoir si, dans le cas d’une sortie de l’euro, l’Italie devrait rembourser ces sommes est là une question très théorique.

Graphique 2

Etat des comptes sur le système de compensation TARGET2

Source : BCE et Université d’Osnabruck

A l’inverse, on peut aussi considérer qu’il ne faudrait tenir compte que de la dette détenue par des agents non dépendant de l’Etat. Or, l’Etat (et la Banque Centrale italienne), détiennent une partie de cette dette. Le ratio, hors addition du solde TARGET2 se monterait alors à 105% et non autour de 130%, comme indiqué dans le graphique 1.

Mais, cette politique a aussi été interprétée comme le début d’une stratégie visant à promouvoir l’utilisation des bons du trésor comme un instrument de paiement.

On sait que plusieurs responsables italiens, le plus notoire étant M. Silvio Berlusconi, ont avancé l’idée d’une deuxième monnaie circulant en parallèle avec l’Euro en Italie. Dans son principe, le raisonnement est simple : les transactions immédiatement engendrées par l’activité économique, le paiement de salaires, les consommations intermédiaires des entreprises, mais aussi les loyers, et le paiement des impôts, pourrait se faire dans cette monnaie parallèle. Quand il faudrait recourir à un paiement transfrontière, cette monnaie serait convertie en Euro. L’idée sous-jacente est alors que le cours de la monnaie parallèle se déprécierait, évitant à l’Italie une pénible dévaluation interne car l’ensemble des paiements internes seraient alors dépréciés et non les seuls salaires et pensions. On doit noter que, ce dont il est question, n’est pas à strictement parler un « monnaie », car la question du crédit n’est pas posée, mais bien plus un système de transaction parallèle.

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Comment, et sur quelles bases, serait constituée cette « monnaie » parallèle ? Une possibilité, qui est discutée en Italie, serait d’utiliser les bons du trésor, soit des bons avec une valeur faciale importante, pour les règlements entre les entreprises, soit des bons avec une valeur faciale plus réduite, pour alimenter la consommation des ménages. Ces bons fonctionneraient comme des IOU[18]. On doit ici se rappeler que cette émission de IOU avait été aussi envisagée en Grèce au printemps 2015.

Le fait que deux organismes parapublics se soient mis à racheter des bons du trésor peut laisser penser qu’une stratégie de cette nature sera adoptée par le gouvernement italien. D’ailleurs, que ce soit Paolo Savona, le Ministre pressenti pour occuper le Ministère des Finances, et dont le nom avait été scandaleusement refusé par le Président Mattarella, ou que ce soit M. Tria, le Ministre des Finances actuel, tous les responsables conviennent que pour relancer l’économie un vaste plan de dépenses publiques concernant les infrastructures devra être établi. La tentation serait grande alors d’émettre des bons du trésor pour financer ce plan, et de les faire systématiquement racheter par la Cassa Depositi e Prestiti (CDP) et Posta Italiana, quitte à ce que ces organismes les proposent aux entreprises et particuliers quand ces derniers viendront retirer des fonds. Mais, si le mécanisme de mise en place de ce système parallèle de transaction peut s’imaginer facilement, il n’en va pas de même de la dynamique économique et monétaire qui pourrait être crée. Le problème central étant celui de la fongibilité[19] de ce nouvel instrument de transaction. A ce problème viendrait s’ajouter la question du rapport d’échange entre le nouvel instrument et l’Euro.

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Tout d’abord, les entreprises et les particuliers accepteraient-ils ces bons du trésor ? Il faudrait, à tout le moins, les qualifier de par la loi de moyens de circulation, en leur donnant la capacité de régler toute dette ou tout paiement à l’Etat (et en particulier les impôts). Mais, si la loi peut donner à n’importe quel papier le pouvoir de régler des paiements, elle ne peut obliger les agents à les utiliser, sauf si un monopole de transaction est institué. Mais, cela reviendrait à décréter le paiement en euros illégal en Italie… Si une loi se borne à garantir la capacité des bons du trésor à effectuer tout règlement, alors ces bons du trésor représenteraient un moyen de paiement créé à la discrétion de l’Etat tout comme les Euros sont émis à la discrétion de la BCE. Outre les problèmes politiques que cela provoquerait certainement, s’il y a une dépréciation de la valeurs des bons du trésor (libellés pourtant en euros) et l’Euro, verrait-on se manifester la « Loi de Gresham », et les bons du trésor rapidement évincer les euros dans la circulation monétaire, ou bien serait on confronté à un refus des agents économiques d’accepter ces bons du trésor ?

On le voit, les incertitudes économiques sont nombreuses, et cela sans même parler des incertitudes politiques. De fait, si l’on regarde les expériences historiques de systèmes monétaires avec des monnaies parallèles, on constate que les situations ont toujours été transitoires. Aucun système à monnaies parallèles n’a été stable dans le temps.

Les exemples historiques

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Un exemple qui est bien connu et très souvent cité dans la littérature économique d’un système de monnaies parallèles a été le système de coupons appelé «Dated Stamp Script», qui circulait concurremment avec les dollars canadiens, dans la province canadienne de l’Alberta en 1936-1937[20]. Cette tentative s’est soldée par un échec et la majeure partie de la population a refusé de l’utiliser ; le dollar canadien est donc resté la monnaie en circulation en circulation[21]. Toutefois, il est intéressant de le considérer car les problèmes économiques de l’Alberta reflétaient, à certains égards, ce qui se passe en Italie ou ce qui se passait en Grèce. L’Alberta avait connu sept années de dépression associées à la faiblesse des prix agricoles et aux mauvaises récoltes à la suite de la crise de 1929. Le chômage y était assez élevé en 1935. Le nouveau gouvernement élu aux élections provinciales n’était pas prêt à mettre en œuvre une réforme vraiment radicale, sur le modèle de la politique du New Deal de Roosevelt. Il a alors décidé de mettre en place un système de «timbres» afin de payer les travaux publics réalisés par des chômeurs, avec un délai de remboursement de deux ans. Mais, à la fin de 1936, il offrait aux Albertains la possibilité d’échanger leurs certificats contre des dollars canadiens[22], et la plupart des gens alors choisirent de le faire. C’était la preuve que la confiance dans ce système de paiement parallèle était assez faible. La raison principale de cette faible confiance était que la plupart des banques refusaient de prendre part à ce système. Irving Fisher avait prévu ce développement dans un livre qu’il avait écrit en 1933 sur le système des certificats ou des timbres[23]. En fait, nous étions confrontés à un type particulier de la loi de Gresham. Ce n’était plus le cas où la «mauvaise monnaie» chasse la bonne, mais au contraire un cas où la « mauvaise » monnaie est considérée si faible que l’on préfère s’en débarrasser. Coe lui-même est allé si loin pour écrire: «La mauvaise monnaie ne fait évidemment pas perdre beaucoup d’argent quand le gouvernement est prêt à racheter cette mauvaise monnaie avec beaucoup d’argent »[24].

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Une autre expérience de monnaie parallèle avait eu lieu dans les années 1920 en Russie soviétique lorsque le gouvernement a introduit le Tchervonetz[25]. Cette monnaie était gagée sur la récolte de seigle. La réforme monétaire qui a eu lieu au début de la NEP est d’un point de vue théorique (et aussi d’histoire économique), très intéressante. Le gouvernement soviétique introduisit donc une monnaie parallèle, nommée “Tchervonetz”, en 1922. Cette monnaie n’avait pas au départ un cours légal mais pouvait être librement échangée contre le Rouble puis le SovZnak. L’introduction du Tchervonetz parallèle au “SovZnak” était en réalité une tentative de remédier à l’énorme crise d’hyperinflation à la fin de la guerre civile[26]. Cela a bien fonctionné et a certainement permis de contrôler cette hyperinflation. Le Tchervonetz a donc certainement permis le redémarrage de l’économie soviétique au début de la NEP, mais progressivement le “SovZnak” a disparu et le Tchervonetz a été appelé simplement le Rouble. La période de double circulation n’a guère durée plus de trois années et, si l’expérience du Tchervonetz peut être qualifiée de réussite par rapport aux objectifs macroéconomiques (fin de l’hyperinflation et redémarrage de l’économie) on ne peut en dire autant du point de vue de la constitution d’un double circuit monétaire comme forme stabilisée.

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L’idée de monnaie parallèle est réapparue à différents moments depuis la Seconde Guerre mondiale. On connaît l’épisode de la monnaie en paquets de cigarettes dans l’Allemagne vaincue de l’immédiat après-guerre. Mais les cas d’introduction ou de constitution de monnaies parallèles ont été essentiellement pensés comme une solution possible à l’hyperinflation ou à la dollarisation dans les économies émergentes[27]. Il faut y ajouter comme raisons du développement de marchés monétaires parallèles des situations allant de l’afflux soudain des envois de fonds des travailleurs migrants[28] au développement du trafic de drogue[29]. Un tel développement brouille fréquemment la différence entre le légal et l’illégal, et conduit à une énorme fragmentation de la circulation du capital et de la monnaie[30].

Tous les exemples connus soulignent alors que le développement des marchés monétaires parallèles et de monnaies parallèles constitue des situations très instables. La participation du système bancaire est une condition sine qua non à l’existence, même pour une période de courte durée, d’un système de monnaies parallèles qui soit opérationnel.

Retour sur la question des monnaies parallèles dans le contexte de l’Euro

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L’idée de monnaies parallèles est donc réapparue dans le contexte de la crise de la dette souveraine dans la zone euro[31]. Deux problèmes étaient en réalité mélangés. Le premier était de savoir comment éviter de s’engager dans une dévaluation interne douloureuse et peu efficace. C’est pourquoi les devises parallèles ont été principalement proposées aux pays de la zone euro «du Sud»[32], car ce sont ces économies qui ont été contraintes par l’Allemagne et par les institutions en dépendant de s’engager dans des politiques de dévaluation interne. Mais une seconde question s’est alors posée: l’euro pourrait-il être transformé en une sorte de monnaie supplémentaire, à utiliser uniquement avec les pays hors zone euro? C’est l’idée de la « monnaie commune », opposée à la pratique de la « monnaie unique » qui prévaut jusqu’aujourd’hui. De fait, dans une zone Euro à N membres, on aurait N+1 monnaies. Chaque pays récupérerait sa propre monnaie pour le commerce intérieur et le commerce inter-zone, et n’utiliserait l’euro que pour le commerce (en biens et opérations financières) avec des pays n’appartenant pas à la zone euro[33]. Cette idée est intellectuellement élégante. Mais, elle exige des institutions adaptées. En effet, la « monnaie commune » ne doit pas circuler en interne. Cela implique de limiter son usage à une forme d’unité de compte utilisée avec les autres pays, voire une monnaie de transaction, mais avec des règles strictes de transformation des encaisses dans la monnaie du pays participant à cette monnaie commune. Dès lors se pose la question du taux de change entre la monnaie de ce pays et la monnaie commune. Il faudrait, alors, revenir à des systèmes de change fixes entre deux ajustements, comme cela avait existé avant 1971. Ce n’est pas impossible, mais cela implique un contrôle étroit des mouvements de capitaux. Si Elizabeth Guigou avait tort de prétendre qu’une monnaie commune ne pourrait pas fonctionner, on doit reconnaître que pour qu’elle fonctionne il faudra des institutions particulières[34]. Or, il n’y a pas d’accord à l’heure actuelle, entre un groupe de pays pour adopter les institutions qui permettraient à cette « monnaie commune » de fonctionner à long terme.

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En fait, c’est la première option, celle d’une monnaie parallèle conçue pour éviter le choc d’une dévaluation interne, qui a surtout retenu l’attention. Un grand nombre d’auteurs qui envisagent une proposition de monnaie parallèle se concentrent actuellement sur un mécanisme qui facilitera la reprise économique dans les pays frappés par la crise. L’introduction de monnaies parallèles est considérée comme susceptible de stimuler l’activité économique intérieure et de réduire la dépendance à l’égard des importations[35]. On s’attend alors à ce que, en retour, les devises parallèles augmentent les performances à l’exportation et la compétitivité de ces pays. Certains auteurs voient également l’introduction de monnaies parallèles comme un moyen de permettre aux États affectés de réduire les taux d’intérêt pour les prêts et les investissements et d’augmenter systématiquement la circulation monétaire, tant pour les dettes publiques que pour le secteur privé[36]. Une partie des économistes qui se sont prononcés en faveur d’une monnaie parallèle considère qu’il s’agit d’un système permettant de libérer des capacités de production non utilisées[37]. Une opinion importante est que, compte tenu des situations économiques extrêmement différentes dans les États membres européens, les monnaies parallèles pourraient être un outil d’auto-assistance économique et un moyen de stimuler la reprise économique[38]. On le voit, les avis en faveur de l’introduction d’une monnaie « parallèle » sont effectivement nombreux. Mais cela signifie implicitement que pour un grand nombre d’économistes, il n’y a pas d’espoir de reprise économique dans le système actuel de l’Euro. En fait, la comparaison de l’Euro et du « bloc-Or » de la fin des années 1920 faite par un ancien membre du Collège de l’Autorité des marchés financiers, Jean-Michel Naulot, dit bien ce qu’il faut entendre par création d’une monnaie parallèle[39]. Ce système est une étape dans un démantèlement de l’Euro, et rares sont les économistes qui croient en la valeur autre que transitoire d’une monnaie parallèle.

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Enfin, l’idée de monnaie parallèle soulève la question de savoir comment et par qui elle doit être introduite. Une possibilité est bien sûr que la monnaie parallèle soit mise en circulation via les canaux habituels du système bancaire à deux niveaux. Mais cela implique que le système bancaire soit d’accord avec une telle idée ou soit contraint, par une décision du gouvernement, de l’appliquer. L’autre possibilité étant que l’Etat joue lui-même le rôle de banquier et joue le rôle d’émetteur. Dans la grande majorité des plans, nous assistons à un processus de mise en circulation de la monnaie parallèle sur la base de prêts. C’était le cas du plan B de Varoufakis et ces prêts auraient été, au moins au début, libellés en euros.

Il est entendu que l’État serait l’émetteur, comme dans la proposition de reconnaissance de dette en Grèce, la question du rôle du système bancaire serait toujours en suspens. En fait, dans le plan B de Varoufakis, l’État aurait joué le rôle principal parce que le système bancaire grec a été désactivé par les actions de la BCE. La solution logique aurait été de faire une «réquisition» (dans le cadre d’une situation d’urgence) pour assurer le contrôle de la Banque centrale de Grèce et de la plupart des banques commerciales. Cependant, il était clair dès le départ qu’une telle démarche équivalait à une déclaration de guerre contre la BCE.

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Comme indiqué ci-dessus, Varoufakis lui-même admettait que le résultat aurait pu être une sortie grecque rapide de la zone euro. La raison principale est que la mise en œuvre d’un système de monnaie parallèle impliquerait une certaine forme de contrôle de l’État sur le système bancaire grec. Mais, ce contrôle n’aurait pu être mis en œuvre sans mettre la BCE hors-jeu et ainsi la priver de son pouvoir sur le système bancaire grec. La BCE aurait alors très probablement réagi en qualifiant l’euro circulant en Grèce de «fausse monnaie» et en coupant toutes les transactions (comptes Target – 2) avec la Grèce. La seule solution possible aurait alors été de renommer la monnaie “drachme” pour contourner l’action de la BCE.

Pour tous ses intérêts, réels et supposés, un système de monnaie parallèle est à la fois très dépendant du système bancaire et très instable. S’il est soutenu par un gouvernement fort et déterminé, il fera de la «seconde monnaie» la première dans un temps donné. C’est une leçon que nous pourrions tirer de l’Alberta. Le seul avantage de la monnaie parallèle pour un pays comme la Grèce ou comme l’Italie serait de permettre une sortie de l’UEM de manière ordonnée, en offrant une période transitoire. Mais, cette période pourrait s’avérer pleine de dangers si la BCE et les autorités de la Zone Euro se décidaient à entrer dans une logique de conflit ouvert avec les autorités du pays concerné. De fait, si le conflit doit éclater entre la BCE et les autorités du pays, la période de transition devra être la plus courte possible. L’un des collaborateurs les plus proches de Varoufakis avoue avoir changé d’avis en faveur du “Grexit” à la suite de la crise de 2015[40]. C’est une des leçons que les responsables du nouveau gouvernement italien se doivent de garder en mémoire.

Notes

[1] http://www.finanzareport.it/Detail_News_Display/News-e-Analisi/spread-lo-scudo-della-cdp-si-sostituisce-agli-acquisti-bce-

[2] https://www.capital.fr/entreprises-marches/litalie-va-t-elle-sombrer-en-emportant-la-france-et-la-zone-euro-1272560

[3]http://www.repubblica.it/politica/2017/02/12/news/silvio_berlusconi_votare_adesso_e_da_irresponsabili_salvini_non_sara

[4] Alberto Bagnai , Brigitte Granville , Christian A. Mongeau Ospina, « Withdrawal of Italy from the euro area: Stochastic simulations of a structural macroeconometric model », in Economic Modelling , Volume 64, August 2017, Pages 524-538.

[5] Natixis, L’Europe est-elle le problème de l’Italie, FlashEconomie, n° 271, 18 mars 2018.

[6] Voir l’exemple canadien : Coe V-F, “Dated Stamp Scrip in Alberta”, Canadian Journal of Economics and Political Science/Revue canadienne de economiques et science politique, 4, 1938 pp 60-91.

[6] http://jpkoning.blogspot.fr/2015/05/alberta-prosperity-certificates-and.html

[7] Agénor, P-R., Parallel Curencies Market e in Developing Countries : Theory, Evidence and Policy Implications, Essays in International Finance, n° 188, novembre 1992, Princeton University, Pinceton, NJ. Cohen-Setton J., « The economics of parallel currencies », June 8th, 2015, http://bruegel.org/2015/06/the-economics-of-parallel-currencies/ .

[8] Son récit de l’affrontement avec les autorités de l’UE et de la Zone Euro, quoiqu’intéressant, doit être pris avec une grande prudence. Varoufakis, Y., Adults In The Room: My Battle With Europe’s Deep Establishment, Londres, Bodley Head, 2017.

[9] Lapavitsas C., (eds) Crisis in the Eurozone, London, Verso, 2012; see also Lapavitsas C and Heiner Flassbeck, Against the Troika – Crisis and Austerity in the Eurozone, London, Verso, 2015

[10] Voir la conversation que Varoufakis a eu avec deux responsables du Official Monetary an Financial Institution Forum de Londres, Norman Lamont et David Marsh. Transcript ofTelephone conversation of July 16th, 2015, between Yanis Varoufakis and OMFIF senior adviser

[11] OMFIF Transcript of the phone conversation, page 3, §1

[12] Fusaro D., Il Futuro e Nostro, Milano, Bompiani, 2014.

[13] OMFIF Transcript of Varoufakis phone conversation, op.cit., page 3, §1.

[14] Idem.

[15] Rappelons que pour des obligations cotées comme les bons du trésor, la valeur de marché du titre baisse quand le taux s’élève, et inversement.

[16] Je remercie Marco Zanni de m’avoir transmis la copie de la question écrite.

[17] https://www.project-syndicate.org/commentary/italy-sovereign-debt-restructuring-by-carmen-reinhart-2018-05

[18] IOU pour I Owe You (Je vous doit).

[19] Notons la définition juridique de la fongibilité : on lit par dans des arrêts : ” si le caractère fongible d’un bien ne fait pas par lui-même obstacle à sa revendication, celle-ci ne peut aboutir que dans la mesure où le bien en cause n’a pas été confondu avec d’autres de même espèce ;”‘ chambre commerciale, 15 mai 2007, N° de pourvoi : 04-19418). https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/fongible.php

[20] Coe V-F, “Dated Stamp Scrip in Alberta”, op.cit..

[21] Fisher, I., Stamp Scrip, New York, Adelphi Company, 1933.

[22] http://jpkoning.blogspot.fr/2015/05/alberta-prosperity-certificates-and.html

[23] Fisher, I., Stamp Scrip, New York, Adelphi Company, 1933

[24] Coe V-F, “Dated Stamp Scrip in Alberta”, op.cit., p. 88.

[25] Fitzpatick S, A. Rabinowitch and R. Stites (eds.), Russia in the Era of NEP, Indiana University Press, Bloomington, 1991.

[26] Goland, Diskussii ob economicheskoi politike v gody denezhnoi reformy 1921–1924, Moscow, Magistr,

[27] Agenor P-R, « Parallel currency markets in developing countries », op.cit..

[28] Banuri T., « Black Markets, Openness and Central Bank Autonomy », World Institute for Development Economies Research (WIDER), Working Paper n°62, Helsinki, 1989.

[29] Thomas C.Y., « Foreign Currency Black Markets : Lessons from Guyana », University of West Indies, Kingston, Jamaique, 1989.

[30] Lindauer D.L., “Parallel, Fragmented or Black ? Defining Market Structure in Developping Economies », in World Development, n°17, December 1989, pp. 1871-1880.

[31] Andresen, T (2012) What if the Greeks, Portuguese, Irish, Baltics, Spaniards, and Italians did this: high-tech parallel monetary systems for the underdogs? In: real-world economics review, issue no. 59, March 12th, 2012, pp 105-112. http://www.paecon.net/PAEReview/issue59/Andresen59.pdf

[32] Butler, M., « Parallel currencies could boost euro ». Comment in Financial Times, 10 Janvier 2011. Accessible à: http://www.ft.com/intl/cms/s/0/fdafbb0e-1cee-11e0-8c86-00144feab49a.html

[33] Flandreau M., « Monnaie commune, décentralisation et inflation : Hujus Regio, Cujus Pecunia ? », Revue de l’OFCE, no 52,‎ janvier 1995, p. 29-47. Riboud J., Un mécanisme monétaire avec l’euro constant, Paris, Revue Politique et Parlementaire, PUF, décembre 1996

[34] Guigou E., « Monnaie unique ou monnaie commune » in Revue d’économie financière Année 1992 H-S 2 pp. 157-160.

[35] Vaubel, R (2011) Plan B für Griechenland. Working paper, 19 Oct 2011. Download: http://vaubel.unimannheim.de/publications/plan_b_fuer_griechenland_19_10_11.pdf

[36] Goodhart, C et Tsomocos, D, « The Californian Solution for the Club Med ». In: Financial Times, 24 janvier 2010.

[37] Schuster L., Parallel Currencies for the Eurozone, The Veblen Institute, http://www.veblen-institute.org/IMG/pdf/schuster_parallel_currencies_for_the_eurozone_final.pdf

[38] Butler, M., « Parallel currencies could boost euro ». Comment in Financial Times, 10 Jan 2011. Accessible à: http://www.ft.com/intl/cms/s/0/fdafbb0e-1cee-11e0-8c86-00144feab49a.html

[39] http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2017/04/07/31007-20170407ARTFIG00271-euro-pour-un-passage-de-la-monnaie-unique-a-la-monnaie-commune.php

[40] Daniel Munevar, http://www.socialeurope.eu/2015/07/why-ive-changed-my-mind-about-grexit/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-litalie-et-la-question-des-monnaies-paralleles-une-voie-de-sortie-de-leuro-par-jacques-sapir/

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mercredi 30 mai 2018

Paolo Savona : Le bras de fer

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Cet article est paru avant la décision de démission de Giuseppe Conte et le coup de force du Président de la République italienne. Il semble faire écho aux critiques que je formulais à propos de l'article Fascisation: Italie aujourd'hui...France demain?  A savoir une approche très idéologique empêchant de comprendre ce qui se joue réellement en Italie et en Europe: la question- clé de l'euro, socle de la dictature économique de l'oligarchie euro- atlantiste.      P.G.

TRIBUNE LIBRE / Source : Monnaie Prix, Paolo Savona, 25-05-2018

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Comme on pouvait s’y attendre, c’est donc autour de la nomination du Ministre des Finances que la formation du nouveau gouvernement italien semble bloquée. En effet, d’accord sur le programme de gouvernement et sur une liste de noms entrant au gouvernement, les deux partis ont chargé Giuseppe Conte, le nouveau Président du conseil de nommer Paolo Savona à ce poste stratégique. Or, Paolo Savona est un économiste euro-critique, c’est le moins que l’on puisse dire. Agé de 81 ans, ayant déjà été membre d’un gouvernement dans les années 90 comme Ministre de l’industrie, et ayant dirigé la cofindustria, le Medef italien, Paolo Savona est un homme d’expérience, très lié aux milieux d’affaire internationaux, et au commerce, disposant d’une expérience politique. La ritournelle qu’on entend monter dans la presse européenne sur l’inexpérience et l’impréparation du gouvernement, avec un tel homme, serait difficile à défendre, et c’est sans doute pour cela que les deux partis ont pensé à lui. Mais pas seulement. En effet, Paolo Savona est un économiste qui a compris, comme beaucoup d’économistes, l’inanité profonde de l’euro pour son pays. Dans une vidéo, il n’a pas hésité à dire que l’euro est la continuité du plan allemand nazi de 1936 de Funk, visant à développer l’industrie en Allemagne et à faire des autres pays des producteurs uniquement agricoles, Italie comprise. On voit donc à qu’il n’est pas homme à se laisser emberlificoter par la symbolique euro, qui emprisonne tant de militants, en particulier à gauche, dans l’impuissance politique.

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Certes, ces mêmes militants de gauche ne manqueront pas de souligner que Savona est un pur représentant de la bourgeoisie et pour le coup, ils auront raison. Mais un représentant de la bourgeoisie qui n’hésite pas à citer Marx et qui est prêt à combattre le principal verrou néolibéral de notre temps : l’euro. Aussi son soutien est-il bon à prendre. En vérité, des hommes comme Savona représentent un mouvement plus avancé en Italie qu’en France, et ce mouvement est la compréhension que l’euro dessert les intérêts de cette bourgeoisie nationale en détruisant la base de sa puissance à moyen terme. Certes, pour en arriver à cette analyse, il faut avoir un peu d’intelligence, pas trop d’idéologie et pas de volonté d’écraser le mouvement social à court terme, contrairement à de nombreux membres de cette bourgeoisie. Mais pour ceux qui répondent à ces conditions, la prise de conscience est possible et en fait évidente : l’euro tue l’économie italienne comme il tue l’économie française, et personne n’a intérêt à cela.

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Dans ce contexte, Paolo Savona, par son intelligence et sa lucidité sur l’euro, représente une grande force pour le gouvernement, parce qu’il le crédibiliserait, en même temps qu’il assurerait sa défense rationnelle en cas de crise, évitant ainsi la panique qui s’était emparée du gouvernemnt grec pendant l’agression de la BCE en 2015. Rappelons que pour tordre le bras au gouvernement grec, et en outrepassant de façon flagrante son mandat et sa pseudo indépendance, la BCE n’avait pas hésité à couper le robinet monétaire à la Grèce en 2015, provoquant immédiatement une panique bancaire qui avait conduit à la capitulation politique de Syriza. Face à une telle attaque, un gouvernement de combat doit nécessairement disposer d’un Ministre compétent et solide pour répondre en faisant circuler une monnaie, quelle qu’elle soit, et ainsi maintenir l’activité économique et sa liberté d’action politique. C’est pourquoi il est fondamental que le Ministre des Finances ait réfléchi à la question de l’euro et au moyen d’en sortir, comme Paolo Savona l’a vraisemblablement fait.

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C’est pourquoi également, l’Union européenne, par la voix de Sergio Mattarella, le Président italien, s’oppose vigoureusement à la nomination d’un tel Ministre des Finances. Voilà la raison profonde du temps que met à se constituer le gouvernement italien. En utilisant tous les moyens les moins légitimes qu’offre la légalité constitutionnelle formelle, Sergio Mattarella fait tout pour s’opposer à la seule chose qui l’intéresse : la nomination d’un économiste anti-euro au Ministère des Finances. Il est à noter que l’UE est parfaitement consciente, au contraire de nombreux militants de gauche sincères, ici en France, que la seule question qui importe est celle de l’euro, parceque c’est d’elle que procèderont toutes les autres. Sans sortir de l’euro, il est impossible d’apppliquer n’importe quel programme social, et les gens qui continuent en France, à tourner pudiquement la tête devant ce fait devraient observer attentivement l’attitude de l’Union Européenne sur ces questions. Pour elle, comme pour ses serviteurs, les choses sont claires, tout est du vent à part le problème de l’euro, parce que toute politique, aussi originale et progressiste semble-t-elle, peut être défaite par un simple assèchement des liquidités par la BCE, comme en Grèce en 2015, afin de briser un gouvernement politiquement. Ce point stratégique est indispensable à comprendre.

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En Italie, cependant, il est bien possible que la situation politique soit trop avancée pour que le Président de la République, isolé face à une majorité parlementaire baroque mais semblant se souder de plus en plus face à l’adversité, soit en mesure de s’opposer à la nomination de Paolo Savona. Le bras de fer du Ministère des Finances, qui retarde la nomination définitive du nouveau gouvernement italien, pourrait bien être remporté par l’alliance populiste. Si c’est le cas, bien d’autres difficultés de bien plus grandes ampleurs attendront cette nouvelle équipe, mais au moins disposeront ils d’une formation armée techniquement et idéologiquement pour affronter l’union européenne et l’eurogroupe, bien plus que ne l’était la Grèce en 2015.

https://www.les-crises.fr/paolo-savona-le-bras-de-fer/

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jeudi 24 mai 2018

Le nouveau gouvernement italien et l’agonie de l’Union européenne

TRIBUNE LIBRE / par Jacques Sapir

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La constitution d’un gouvernement de coalition entre le M5S et la Lega est désormais chose quasiment faite. Ceci constitue un véritable cauchemar que ce soit pour les dirigeants de l’Union européenne, les Juncker et les Tusk, ou que ce soit pour les dirigeants des autres pays de l’UE qui s’affichent comme des européistes, et en premier lieu le Président Emmanuel Macron. Ce gouvernement, même s’il a accepté de mettre un peu de San Pellegrino dans son Chianti, sera un gouvernement ouvertement eurosceptique. Sa volonté de s’affranchir des règles budgétaires et financières imposées par l’UE, ce carcan qui s’appelle l’euro-austérité, en témoigne. Le poids de deux économistes connus pour leur farouche opposition tant à l’Euro qu’aux politiques d’austérité qui en découlent, mes collègues Bagnai et Borghi qui ont été élus sénateurs, dans la politique du gouvernement ne sera pas mince. Il est cependant clair que cela entraînera un conflit avec le Président de la République italienne, M. Mattarella, dont le pouvoir de nuisance est plus important que ce que l’on imagine ici en France.

Un nouveau front dans la crise de l’UE

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De fait, cela signifie l’ouverture d’un nouveau front dans la crise que connaît l’UE depuis des années, en fait depuis 2005. A vouloir systématiquement outrepasser le vote des électeurs quand ce dernier remettait en cause les constructions institutionnelles concoctées à Bruxelles ou à Francfort, nous sommes arrivés probablement à un point de non-retour. Après la fronde, et même la révolte, de pays comme la Hongrie, la Pologne, mais aussi la République Tchèque, nous avons eu le Brexit, et la décision de la Grande-Bretagne de quitter l’Union européenne. On l’oublie trop souvent, mais cette décision est largement majoritaire en Grande-Bretagne, et elle l’est en raison des empiètements constants de Bruxelles sur les libertés démocratiques britanniques.

 

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Après le référendum de 2016 qui conduisit au Brexit, après les élections en Autriche, après les élections en Hongrie, c’est donc un nouveau pays et non des moindres, un des pays du groupe fondateur qui signa en 1957 le Traité de Rome, qui est donc en passe de se doter d’un gouvernement « eurosceptique ». C’est un point important, et un point qui fragilise un peu plus la stratégie de notre Président Emmanuel Macron et ses tirades enamourées sur l’Union européenne ainsi que ses tentatives pour renforcer la dimension « fédérale » de l’UE. Une première leçon doit donc en être tirée. A trop vouloir se focaliser sur les aspects légaux, à trop s’appuyer sur la « légalité », l’Union européenne a oublié l’importance de la légitimité, qui fonde en réalité la dite légalité. A trop vouloir privilégier « l’état de droit », qui n’est pas sans mérite, on a oublié qu’il n’était pas l’achèvement de la démocratie. De fait, et on le sait bien depuis les études de cas qui proposées dans l’ouvrage de David Dyzenhaus The Constitution of Law[1] l’obsession pour la rule by law (i.e. la légalité formelle) et la fidélité au texte tourne bien souvent à l’avantage des politiques gouvernementales quelles qu’elles soient. À quelques reprises, l’auteur évoque ses propres analyses des perversions du système légal de l’Apartheid[2] en rappelant que cette jurisprudence avilissante tenait moins aux convictions racistes des juges sud-africains qu’à leur « positivisme»[3]. Il y a là une leçon importante pour tous les politiciens, et en particulier pour le Président de la République italienne, M. Mattarella.

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Cela montre que la montée désormais irréversible des opposants à « cette » Europe, c’est-à-dire à l’Union européenne, est un fait dont les politiques se doivent de tenir compte. L’Union européenne agonise, du moins dans sa forme actuelle, et toutes les tentatives pour en renforcer les pouvoirs au détriment des Etats qui la composent sont donc vouées à l’échec[4].

Mais, il y a aussi une dimension spécifiquement italienne dans la prise de conscience des électeurs de l’étouffement de leur pays par l’Union européenne.

Spécificité de la crise Italienne

La situation de l’Italie est importante dans l’Union européenne. Ce pays représente désormais, hors la Grande-Bretagne qui est en passe de sortir de l’UE, la troisième économie de l’Union. Tout le monde comprend bien qu’une crise entre Bruxelles et Rome pourrait bien provoquer la fin de l’Union européenne et l’éclatement de toute le « projet européen ». Pourtant, l’Italie passait, et ce jusqu’à ces dernières élections, pour un pays solidement amarré dans l’UE. L’Italie, il convient de la rappeler, était l’un des membres fondateurs de la Communauté Economique Européenne lors du Traité de Rome en 1957, le « marché commun » qui est l’ancêtre de l’UE. Mais, et cela a été oublié, par ignorance ou à dessein, tant par les politiciens que par les journalistes à gages, l’Italie souffre de l’Euro, et souffre de l’Union européenne, depuis le début des années 2000.

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L’impact de l’Euro sur l’économie italienne[5], qui était dans les années 1960 à 1990 une économie dynamique au point que l’on a pu parler d’un « miracle italien », a été terrible. L’impossibilité pour l’Italie de déprécier sa monnaie par rapport à l’Allemagne et aux pays de l’Europe du Nord, les fluctuations erratiques de l’Euro par rapport au Dollar des Etats-Unis, qui ont conduit à une surévaluation évidente de l’Euro, tout cela a eu un effet très délétère sur la croissance de l’Italie[6]. Les investissements[7] sont tombés en dessous de leur volume de 1994-1996 et sont, aujourd’hui, à un niveau proche de l’Espagne.

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Le PIB est retombé au niveau du début des années 2000, et le PIB par tête (PIB per capita) n’a cessé de baisser. Enfin, l’épargne elle-même est en train de s’effondrer depuis plusieurs années, car les mesures fiscales prises par les divers gouvernements sont devenues insupportables. Enfin, et cela est sans doute le plus inquiétant, la productivité du travail ne cesse de baisser en Italie.

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Ce pays souffre donc de l’Euro, mais il souffre aussi de l’Union Européenne. Cela s’est d’ailleurs traduit par l’imposition par le gouvernement Renzi du trop fameux « Job Act », modelé à Bruxelles et imité par les gouvernements français de Hollande à Macron, qui a abouti à une véritable catastrophe au point que de nombreuses voix désormais s’élèvent pour le faire supprimer.

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L’UE, pour l’Italie, depuis des années, cela signifie des restrictions à son commerce extérieur (en particulier avec la Russie, point sur lequel le futur gouvernement entend faire changer les choses) mais aussi le fait que ce pays a été laissé seul face à la vague migratoire venue de l’autre rive de la Méditerranée. L’Italie a été laissée sans aide face à une véritable catastrophe migratoire. Devant le désastre, le pays a bien réagi, et l’humanité des italiens n’est plus à démontrer. Mais, l’Italie ne peut faire face, dans le cadre des règles européennes. Cela, aussi, explique le désamour des italiens pour l’Union européenne.

Deux populismes ?

Il n’est pas étonnant qu’aux dernières élections deux partis, le M5S et la Lega aient rassemblé le plus de suffrages. Cette élection a d’ailleurs montré l’effondrement du « centre-gauche », représenté par le PD du très européiste Renzi, mais aussi l’effacement relatif du centre-droit de Berlusconi. Très clairement les électeurs italiens ont émis un vote de rejet des partis traditionnels qui – eux – s’affichaient clairement pour la continuité avec les pratiques pas toujours glorieuses de la classe politique italienne et pour l’Europe.

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Le M5S et la Lega sont, l’un et l’autre, des partis que l’on peut considérer comme populistes. Ils expriment ce rejet des élites corrompues de l’Italie, de ce système de connivence et de complaisance qui lie les uns et les autres et qui fait que rien ne bouge. Le M5S, créé par un homme, Beppe Grillo qui n’était pas du sérail, incarne plus directement cette ligne populiste. Il a été repris en mains par d’autres, dont les ambitions sont évidentes, et qui ont beaucoup fait pour gommer les aspects les plus « anti-système » de ce mouvement, pour le rendre plus présentable et plus compatible avec le cadre politique traditionnel, mais aussi avec le cadre européen. Le M5S a ainsi mis de côté sa proposition d’organiser un référendum sur l’Euro.

La Lega est, elle, issue d’un mouvement autonomiste du Nord de l’Italie, et peut être classée plus a droite que le M5S du moins en apparence. Mais, ces dernières années, ses dirigeants ont beaucoup fait pour transformer ce mouvement en un véritable parti national. Il a aussi radicalisé ses positions, que ce soit sur l’UE ou sur l’Euro, et cela explique en bonne partie ses récents succès. D’ailleurs, les sondages effectués après les élections, en avril et en mai, montrent une hausse constante de ce parti, au détriment du M5S. Il n’en reste pas moins que la répartition géographique des voix lors des dernières élections générales a montré une domination du M5S au sud de Rome et une domination de la Lega au nord.

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Ce point est important. L’Italie est une construction politique récente. Elle résulte de l’imposition des structures institutionnelles du Royaume du Piémont, et en particulier de sa monnaie. En un sens l’Italie a déjà connu l’expérience malheureuse d’une monnaie unique. De cette histoire découle la coupure entre deux Italie, coupure qui a pris la forme du problème du mezzogiorno dans les années 1950. Même l’émergence de la « troisième Italie », cette Italie des petites et moyennes entreprises de Toscane et de Vénétie, n’a pu combler le fossé. D’ailleurs, une partie de cette « troisième Italie » s’est ralliée à la Lega. On doit y ajouter l’inachèvement de l’Etat italien, qui dès la période de la royauté s’est constitué en « surplomb » par rapport à la société italienne. C’est ce qui explique en particulier l’épisode fasciste des années 1920 à 1943 où cette position en « surplomb » a été portée à sa quintessence.

L’alliance de ces deux partis était dans la logique des choses. De fait, les dirigeants du M5S se sont rendus compte que tel était le souhait d’une majorité de leurs électeurs. Mais cette alliance n’est pas sans soulever de nombreux problèmes.

Difficultés en vue

Le premier des problèmes qui se manifeste dès aujourd’hui tient aux pouvoirs accordés, dans la Constitution italienne, au Président de la République. Il n’est pas le strict homologue de nos Présidents de la IVème République qui, suivant l’expression consacrée, devaient se borner à « inaugurer les chrysanthèmes ». Le Président est le garant des traités et, à ce titre, des traités européens. On voit immédiatement tout ce qu’un europhile convaincu, et donc peu soucieux d’entendre la voix des électeurs, peut en tirer. D’où la difficulté pour l’alliance M5S-Lega de ne pas décourager les électeurs en rabotant par trop dans son programme les points anti-Euro et anti-UE, tout en passant sous les fourches caudines du Président, du moins tant qu’un référendum n’aura pas eu lieu. Cela explique les acrobaties, il n’y a pas d’autres mots, auxquelles se livrent Salvini pour la Lega et le dirigeant du M5S.

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Le fait que le dirigeant de la Sinistra Italiana la « gauche italienne », Stefano Fassina, envisage de soutenir de manière critique cet hypothétique gouvernement de coalition[8] entre le M5S et la Lega indique bien un possible rassemblement des forces autour de la matrice souverainiste. Fassina tire la leçon du naufrage de la « gauche » italienne qui s’est perdue dans l’européisme. Il déclare ainsi, dans la revue Le vent se lève : « Pour nous, Sinistra Italiana était un nouveau départ. Nous voulu inscrire les intérêts nationaux au cœur du programme. L’adjectif « italiana » n’est pas dû au hasard. pour rappeler que nous souhaitons redonner des moyens d’intervention à l’Etat national, complètement sacrifié non seulement en Italie mais dans toute l’Europe, par l’orientation néolibérale des traités européens et de l’euro »[9]. Il ajoute sa volonté d’examiner une à une les propositions de lois de la coalition, et se réserve la possibilité de voter pour celles qui iraient dans un sens véritablement progressiste. Cette attitude pragmatique est à retenir. Elle tranche avec les partis pris que l’on peut entendre en France. Elle montre la voie pragmatique par laquelle pourra se construire un bloc souverainiste susceptible de s’opposer au bloc bourgeois-européiste qui s’est constitué dans de nombreux pays, ce bloc que des collègues italiens appellent les euronoïmanes

[1] Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, Cambridge University Press, Londres-New York, 2006

[2] Dyzenhaus D, Hard Cases in Wicked Legal Systems. South African Law in the Perspective of Legal Philosophy, Oxford, Clarendon Press, 1991.

[3] Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, op.cit., p. 22.

[4] J. Zielonka, Is the EU Doomed? Polity Press, Cambridge (2014)

[5] Voir Bagnai, A., Mongeau Ospina, C.A., 2014. « The a/simmetrie annual macroeconometric model of the Italian economy: structure and properties ». Working Papers Series 1405, Italian Association for the Study of Economic Asymmetries, Rome, Italy.

[6] Voir , Alberto Bagnai , Brigitte Granville , Christian A. Mongeau Ospina, « Withdrawal of Italy from the Euro area, Stochastic simulations of a structural macroeconometric model », in Economic Modelling, Volume 64, August 2017, Pages 524-538 , http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0264999316308689

[7] Voir NATIXIS, L’Europe est-elle le problème de l’Italie ? , Flash Economie, n°271, 12 mars 2018.

[8] Voir son interview dans Le vent se lève, http://lvsl.fr/14367-2

[9] Idem.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-nouveau-gouvernement-italien-et-lagonie-de-lunion-europeenne-par-jacques-sapir/

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vendredi 18 mai 2018

« L’ultimatum de la France à l’Allemagne sur l’euro. Historique »

TRIBUNE LIBRE / par | 17 Mai 2018 |

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Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

L’ultimatum de la France à l’Allemagne, Charles, vous racontez n’importe quoi, ni TF1, ni France 2 et encore moins BFM n’en ont parlé… Vous délirez ! Hélas, non. D’ailleurs, cela ne doit pas vous faire trembler de peur. Ce ne sera pas la fin du monde.

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Mais revenons à ce titre qui, encore une fois, n’est pas de moi, mais des très européistes journalistes du site Euractiv. L’ultimatum de la France à l’Allemagne sur l’euro. Sacrée information tout de même, passée (presque) sous silence parce que personne ne sait vraiment comment traiter une telle information.

N’imaginez pas que notre grande presse ne le sache pas, ou ne veuille que vous manipuler. Les choses sont parfois un tout petit peu plus complexes. En l’espèce, on ne vous annoncera pas comme cela la fin de l’euro. Il y aura une forme de travail préparatoire, il faudra que le système se mette d’accord sur la manière de gérer cette fin si elle se passe en bon ordre et pas sous forme d’un effondrement brutal lié à une crise. Dans le cadre d’une annonce, le système médiatique se verra attribuer un rôle qu’il remplira avec efficacité et « responsabilité ».

Ne sachant pas pour le moment quoi faire ou quoi dire, ni quel est son rôle, il est mutique. C’est une réaction parfaitement normale. N’attendez pas autre chose.

Pour autant, ce qui doit advenir adviendra.
Ce qui est inéluctable se produira.

Les choses, au bout du compte, sont toujours assez simples. L’euro ne fait pas exception à ces évidences.

Cet article est un article forcément plus long que d’habitude, mais il contient quelques perles dont vous devez absolument prendre connaissance, car cela va venir renforcer vos convictions et vos raisonnements sur ce qu’il convient de faire… ou ne pas ou ne plus faire.

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Mal construit, et mal utilisé, il pose désormais nettement plus de problèmes qu’il ne peut apporter de réponses, et comme disait le Général de Gaulle…

« Quand on est couillonné, on dit je suis couillonné et je fous le camp !! »

Et c’est peut-être ce que s’apprêteraient à comprendre et à faire nos mamamouchis nationaux et pour une fois, je dois bien l’avouer que si tel était le cas, j’applaudirais presque des deux mains… Je dis presque, car j’ai (presque) du mal à croire que l’on y arrive enfin…

Laissons la parole à Euractiv, notre « Pravda » européenne pour que vous puissiez juger par vous-mêmes !

« Budget propre ou fin de la zone euro : l’ultimatum de la France à l’Allemagne » (par Aline Robert du site Euractiv donc)

« La zone euro ne survivra pas à l’absence de réforme, assure le ministre de l’Économie français, faisant monter la pression sur l’Allemagne à quelques semaines d’un Conseil européen crucial.

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Une longue journée de travail attendait les ministres de l’Économie français et allemand, à Berlin, mercredi 16 mai. L’objet, la feuille de route pour la zone euro de demain qui doit être présentée fin juin lors du Conseil européen, est devenu une pomme de discorde entre la France et l’Allemagne. La France tente de jeter tout son poids politique dans la balance, et ce dans un langage de plus en plus cru.

« La zone euro ne résistera pas aux divergences économiques entre ses États-membres. Les différences fiscales sont devenues trop importantes pour une union monétaire », affirmait ainsi le 14 mai Bruno Le Maire, lors d’une rencontre avec des journalistes à Bercy…

Ouaaah… Je n’aurais pas mieux dit. Enfin si, mais là, l’important c’est de participer comme on dit, et de la bouche de notre ministre de l’Économie, ce n’est tout de même pas rien. Ne soyons donc pas trop exigeants !!

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« Pour la France, l’urgence de la réforme est dictée par la succession d’alertes électorales qui transfigure l’Europe politique en raison de la montée des forces centripètes. Le Brexit, les élections en Italie et la montée des extrêmes un peu partout devrait, selon l’équipe Macron, entraîner une réaction rapide pour donner des gages aux citoyens. Et ce, avant les élections européennes de 2019, pour se prémunir d’une prochaine crise à laquelle l’euro pourrait ne pas résister »…

Ouaaah… Vous savez l’euro qui est « irréversible » mais qui pourrait quand même ne pas résister…

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« C’est maintenant, ou jamais » résume le ministre français, en faisant référence à l’étroite fenêtre de tir qu’il reste : 5 semaines de discussion avant le Conseil européen des 28 et 29 juin. Il sera ensuite trop tard avant l’échéance électorale des européennes, en mai 2019.

Or, les discussions achoppent. « Réveillez-vous ! La France a changé », avait déjà prévenu Emmanuel Macron, le 10 mai à Aix-la-Chapelle, tout en insistant sur le fait qu’ « en Allemagne, il ne peut y avoir un fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux, car ils sont faits aux dépens des autres ».

Ouaaah… En disant cela, Macron n’a pas voulu dire que le bon élève qui travaille bien obtient ses bonnes notes au détriment des autres. Il a dit qu’en économie, et dans une zone monétaire unique et sans mécanisme d’ajustement monétaire, les bons seront encore meilleurs naturellement et les mauvais de plus en plus mauvais… naturellement.

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« Une analyse largement partagée par son ministre de l’Économie, qui reconnaît que les efforts de compétitivité représentent le premier lieu de convergence économique, mais qu’ils ne suffiront pas tant l’Allemagne a pris une longueur d’avance. »

Ouaaah… Relisez cet aveu fondamental et essentiel. Les efforts de compétitivité ne suffiront pas. C’est fini, c’est terminé, et c’est ce que je vous explique depuis des années sur les crétineries du type les « chocs de compétitivité », puisque la compétitivité est une chose relative.

Il faut donc soit beaucoup plus d’Europe, soit plus d’Europe du tout !!

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« Un sujet sur lequel il n’y a guère de débat de fond : les économistes s’accordent sur le fait que dans une zone monétaire intégrée, les excédents de l’un pèsent sur la capacité des autres à les rattraper, notamment parce que les financements vont en priorité aux profils moins risqués. Un cercle vicieux qui fait que l’Allemagne ne peut qu’améliorer ses performances économiques, en investissant plus et en exportant toujours plus, alors que les autres qui ne peuvent user de l’outil monétaire pour améliorer leur compétitivité ne font que rester à la traîne »…

Eh oui, l’euro c’est, depuis le départ, l’outil de domination des Allemands en Europe. Nous leur avons livré sur un plateau notre soumission économique.

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« Je ne ménagerai aucun effort pour parvenir à un accord fin juin pour une feuille de route pour la zone euro », insiste donc Bruno Le Maire, recruté au poste de ministre de l’Économie il y a un an par Emmanuel Macron pour sa germanophonie et germanophilie.

« Est-ce que l’Europe a la volonté politique d’affirmer sa souveraineté, politique, économique, financière ? Notre réponse est un oui massif », affirme-t-il, tout en interrogeant en creux la motivation allemande.

Le ministre insiste aussi sur la nécessaire réforme de la fiscalité internationale, alors que l’Allemagne hésite face à la proposition de la Commission européenne de taxer le chiffre d’affaires de GAFA actuellement en discussion.

« L’Europe est-elle capable de définir elle-même les règles qu’elle croit justes ou efficaces, ou doit-elle attendre pour le faire » interroge le ministre allemand qui refuse « la vassalisation de l’Europe » aux intérêts américains. Un sujet là encore sensible outre-Rhin, dont les exportations sont très dépendantes des États-Unis »…

L’Allemagne a-t-elle intérêt à plus d’Europe ? Non, elle va avoir intérêt à tuer l’euro

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Cela va créer de nouvelles fragilités pour un temps chez les plus faibles et permettre à l’Allemagne de gagner encore 10 ans de domination économique de l’Europe, le temps que nous nous remettions de cette terrible tragédie qu’aura été cette aventure monétaire qui ne pouvait pas marcher, comme l’ensemble de toutes les autres unions monétaires de l’histoire de l’humanité qui ont toutes, sans exception, toujours et systématiquement échoué.

Je me souviens. Nous étions en 1997. Et mon projet de fin d’études portait justement sur la mise en place de l’euro et l’histoire des unions monétaires précédentes. Ma conclusion était qu’aucune n’avait jamais fonctionné… et que l’espérance moyenne d’une monnaie est de 18 ans. Une union monétaire moins de 10 ans…

L’enfer est toujours ou presque pavé de bonnes intentions.

L’euro est condamné. L’euro va échouer. J’ai tout un dossier consacré à ce sujet (« Comment survivre à l’€urocalypse » soit le dossier seul ici, soit le dossier avec en plus l’abonnement complet à la lettre STRATÉGIES et tous les dossiers déjà édités ici) pour ceux qui veulent aller plus loin afin de se prémunir et se protéger concrètement. (...)

https://insolentiae.com/lultimatum-de-la-france-a-lallemagne-sur-leuro-historique-ledito-de-charles-sannat/

AFFICHE FETA A L EUROPE FL

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