vendredi 22 juin 2018

« Démondialisation et déprofitation = baisse des marchés ! »

TRIBUNE LIBRE /  | 20 Juin 2018 |

TL CS MONDIALISATION DEPROFITATION

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Au début, on pouvait se poser des questions.

Trump va-t-il ou pas appliquer réellement son programme protectionniste ?
Trump va-t-il réellement démondialiser l’économie et tenter de freiner, voire d’inverser la globalisation ?
Trump va-t-il réellement mettre fin à l’immigration ou la freiner considérablement ?
Trump pourra-t-il et aura-t-il les moyens de mettre en place sa politique souverainiste et nationaliste, « populiste » diront certains ?

Pour le moment, la réponse est oui.

Comme toute inflexion majeure en politique et en économie, le mouvement est progressif et itératif. Cela se fait par étapes, graduellement, avec des avancées et des reculs.

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Mais ne nous y trompons pas, depuis deux ans de présidence Trump, le monde change considérablement et l’on voit chaque jour les effets des « idées trumpiennes ».

Le tableau d’ensemble est sans équivoque, les forces de rappel, extrêmement fortes également. La mondialisation fait gagner beaucoup d’argent à de grandes multinationales qui produisent pas cher en Asie pour nous revendre très cher en Occident.

Tout a été délocalisé.

Quand je dis tout, c’est tout.

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La production, le savoir-faire, les compétences mais également la… pollution ! Si nous pouvons avoir des normes environnementales en France, en Europe, c’est parce que nos productions/consommations polluent en Asie.

La mondialisation a entraîné des effets pervers très importants qu’il convient dans tous les cas de corriger. Dire cela ne signifie pas se transformer en Corée du Nord au moment où Trump, d’ailleurs, semble obtenir l’ouverture de l’un des derniers pays fermés.

En attendant, c’est la « guerre commerciale »…

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… Et Trump menace de taxer 200 milliards de dollars d’importations chinoises, en tous cas, voici ce qu’en dit Le Figaro.

Le président des États-Unis a demandé à ce que soit préparée une nouvelle liste de produits chinois importés, à hauteur de 200 milliards de dollars. Pékin a d’ores et déjà annoncé son intention de répliquer.

Donald Trump tente de faire monter la pression sur la Chine. En réaction à la riposte proportionnée et immédiate de Pékin à sa menace de sanctions de 50 milliards de dollars détaillées la semaine dernière, le président des États-Unis demande maintenant à son négociateur commercial, Robert Lighthizer, de préparer une nouvelle liste de 200 milliards de dollars de produits chinois importés. Ce qui correspond à un doublement du montant potentiel de sanctions supplémentaires initialement prévues par Washington.
« Des initiatives supplémentaires doivent être prises pour encourager la Chine à changer ses pratiques déloyales, ouvrir son marché aux biens américains et accepter une relation commerciale plus équilibrée », affirme Donald Trump dans un communiqué. Peu après, le ministère chinois du Commerce a répliqué que la Chine prendrait des mesures « qualitatives et quantitatives » pour se défendre si ces nouvelles menaces américaines étaient mises en œuvre.

La mondialisation, ça rapporte aux sociétés cotées en Bourse !

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N’y allons pas par 4 chemins. Ceux qui pourfendent comme moi le totalitarisme marchand, l’optimisation fiscale qui n’est qu’une fraude légalisée, ou encore ces multinationales sans morale ni éthique, ne peuvent pas se satisfaire de la mondialisation telle qu’elle est.

Y mettre fin nécessite de s’attaquer de front à des profits monstrueux et plantureux. Il y a de quoi se faire beaucoup d’ennemis évidemment, et ceux qui détiennent et gagnent beaucoup d’argent sont ces grandes multinationales qui profitent à plein de cette globalisation et de l’absence de contre-pouvoir et d’entraves.

La Bourse, sans pour autant s’effondrer, réagit nettement plus aux risques de guerre commerciale et donc de démondialisation, ce qui implique une immense « déprofitation » pour les grosses entreprises cotées sur les grands marchés financiers mondiaux.

L’ère de la « déprofitation ».

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Je sais, ce mot n’existe pas, mais j’invente les mots que je veux inventer, enfin pas tout à fait, nos amis antillais comprendront encore plus vite, eux qui parlent de « profitation » ils m’ont inspiré ce terme ! Et vous allez très vite piger, j’en suis certain ! La déprofitation est un phénomène économique qui correspond à une baisse structurelle et de très longue durée des profits des entreprises.

La déprofitation est la petite sœur de la démondialisation.

Si vous démondialisez, vous allez déprofiter et les dividendes du CAC 40 risquent d’être moins plantureux. Vous allez baisser les marges de production, inciter à la relocalisation, vous pouvez même déclencher une inflation sur les salaires si l’emploi repart.

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Pourquoi avons-nous de la déflation ? Parce que les salaires ne peuvent pas progresser depuis plus de 20 ans. Sans progression des salaires et de l’emploi, c’est tout le système qui s’effondre. Remettre les choses dans le bon sens est une bonne chose.

Les Chinois vont couiner, les grandes entreprises, aussi.

Au bout du compte, on se rendra compte d’une chose.

La primauté va au pouvoir politique. L’économie n’est que de l’intendance.

Nous avons juste laissé aux affaires des politiciens affairistes et plus ou moins vendus ou achetés, y compris les syndicats, d’ailleurs vous avez dans cette édition un article consacré aux nouvelles fonctions de l’ancien patron du syndicat FO. Stupéfiant.

Le véritable pouvoir est le pouvoir régalien. Encore faut-il avoir le courage, la volonté et l’indépendance de l’exercer pour le bien des nations et des peuples.

En attendant, si la démondialisation se poursuit, il y aura un mouvement concomitant de déprofitation. S’il y a moins de profits, de rendement et de dividendes, le cours action chutera et prendra en considération les nouvelles perspectives économiques. L’ajustement se fera à la baisse sur les actions, mais si c’est bien fait, les États ne tomberont pas dans l’insolvabilité, et mieux vaut un énorme krach boursier que des faillites d’États en chaîne.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/demondialisation-et-deprofitation-baisse-des-marches-ledito-de-charles-sannat/

mercredi 20 juin 2018

«Il faut prévoir un mécanisme de sortie de l’euro pour l’Italie»

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Les temps changent: de plus en plus de spécialistes découvrent ce que l'UPR explique depuis sa création en 2007, tout en essayant d'éviter le pire (de leur point de vue): une décomposition de l'Union européenne.  P.G.

TRIBUNE LIBRE / Source : Le Matin Dimanche, Nicolas Pinguely, 10-06-2018

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(...)Rencontre avecl’ancien banquier Jean-Michel Naulot,  un spécialiste de la finance, auteur du livre «Éviter l’effonrdrement» (Éd. Seuil), qui a également rempli deux mandats au Collège de l’AMF, l’autorité française de contrôle des marchés.

L’Italie inquiète les investisseurs. Est-ce une menace pour l’euro ?

La situation s’est passablement détériorée en matière d’endettement en Italie. Ça ne pourra pas durer comme cela. La dette publique du pays atteint l’équivalent de 135% du PIB. Comme l’a dit le président de la Banque centrale eiuopéenne (BCE), il faut ajouter à cela l’équivalent de 20% du PIB correspondant aux encours italiens «Target 2» qui sont dus à la BCE. Ces montants ont plus que doublé depuis la dernière crise de l’euro, passant de 200 à 440 mtlliards d’euros. Et la Banque centrale allemande en est le principal bailleur de fonds.

Que préconisez-vous ?

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À l’image du récent appel de 154 professeurs d’économie allemands, je pense qu’il faut prévoir un mécanisme de sortie de la zone euro. Une procédure de sortie à froid de l’euro, que Valéry Giscard d’Estaing avait lui-même envisagé avec sa formule «une sortie amicale de la zone». C’est une erreur fondamentale de ne pas l’avoir prévue à l’origine. Un pays ne respectant pas les règles de la zone devrait pouvoir être sorti pa les autres membres. Un pays qui voudrait retrouver de la flexibilité économique devrait aussi être autorisé à sortir. L’Italie pourrait en bénéficier si elle en faisait la demande.

Pourquoi les concepteurs de l’euro ne l’ont pas prévu ?

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Il s’agissait au départ d’une position idéologique, et non pas économique. C’est un problème aujourd’hui car la réalité économique a repris le dessus. Prenez la production industrielle depuis le début des années 2000 : en Allemagne elle est en augmentation de 35%, alors qu’une contraction de près de 210% est survenue» en Italie. Dès lors, il faut soit prévoir des transferts financiers pour amortir le choc, comme dans n’importe quelle zone monétaire, soit envisager d’autres solutions pour que l’Italie retrouve de la souplesse budgétaire et de la compétitivité.

L’Allemagne acceptera difficilement de financer la Péninsule. Un retour de la lire, qui signifierait au passage une dévaluation de 30% doit-il être envisagée à brève échéance ?

Il est probablement trop tôt pour cela, à moins qu’une violente crise ne survienne dans la zone euro. A court terme, je pense qu’il est indispensable que l’Europe redonne une liberté d’action budgétaire à Rome. On verra par la suite ce qui adviendra.

Une dévaluation n’augmenterait-elle pas mécaniquement la dette italienne ?

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Je pense qu’on laisserait les encours de type «Target 2», représentant 440 milliards d’euros, se résorber avec le temps. Avec la dévaluation, l’Italie trouverait un nouvel équilibre, surtout si, comme il se doit, la BCE jouait pleinement son rôle de Banque centrale en assurant la stabilité fmancière. Il appartient aux gouvernements de faire de la politique, pas à la Banque centrale. Le devoir de cette dernière est d’assurer la liquidité du système bancaire en toutes circonstances, quelle que soit l’orientation du gouvernement. Ce qui n’a pas été le cas pendant la crise grecque en juin 2015.

Quid de la dette publique de plus de 2250 milliards d’euros ?

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Même s’il y a parfois débat, j’estime que la Lex monetae devrait s’appliquer pour la dette publique. Cela signifie que le remboursement se ferait dans la devise du pays. La dette serait donc transformée en lires et remboursée en lires. Cela serait d’ailleurs facilité par le fait que la dette italienne est essentiellement détenue par des banques et investisseurs locaux.

Les taux d’intérêt italiens ont grimpé de 1,8% à plus de 3% ces dernières semaines,en parallèle avec l’arrivée d’un gouvernement populiste. Inquiétant ?

Ce phénomène est naturellement inquiétant car un envol des taux vers 5% provoquerait vite l’asphyxie de l’économie. De manière plus globale, une gigantesque bulle s’est gonflée sur les marchés obligataires.

Comment s’est gonflée cette bulle ?

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Ma conviction est qu’il y a eu trop de laxisme monétaire. Les taux sont restés trop bas trop longtemps, et ce des deux cotés de l’Atlantique, ce qui a poussé les acteurs publics et privés à se surendetter. Il est parfaitement absurde d’avoir des taux à zéro OU négatifs en Europe alors que la croissance avoisine 2%. Lorsque les taux sont à zéro on ne peut que faire des bêtises. Ce n’est pas tout. Aux Etats-Unis, la politique de relance par le déficit de Trump, à hauteur de 600 milliards de dollars, qui survient en fin de cycle, est très inquiétante. Elle est mise en place au moment où la Banque centrale américaine va commencer à délester son bilan de 600 milliards de dollars.

Quel est le risque ?
Les taux vont prendre l’ascenseur. Les États-Unis vont devoir trouver de nouveaux investisseurs pour 1200 milliards de dollars. En vertu de l’offre et de la demande, les taux d’intérêt américains ne peuvent que monter. Comme les marchés sont interconnectés, les taux européens vont suivre. Une hausse du loyer de l’argent n’est pas une bonne nouvelle pour les possesseurs d’obligations (ndlr ; le prix des obligations évolue inversement auc taux). La bulle obligataire risque alors d’éclater, ce qui serait aussi très négatif pour des marchés actions se retrouvant entraînés dans la crise.

https://www.les-crises.fr/il-faut-prevoir-un-mecanisme-de-sortie-de-leuro-pour-litalie-par-jean-michel-naulot/

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dimanche 3 juin 2018

Un « risque d’accaparement des terres agricoles » en France

Le dernier bilan des marchés fonciers ruraux de la FNSafer dénonce une « tendance à l’agglomération de grandes surfaces au sein d’un nombre limité d’exploitations ».

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Les terres agricoles françaises sont très convoitées. Les récents exemples illustrant la pression sur ce patrimoine nourricier ont marqué les esprits. Que ce soit la bataille autour du projet Europacity, prévoyant la transformation 280 hectares de terres agricoles du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise) en un complexe commercial et touristique. Ou la prise de contrôle de 1 700 hectares de terres céréalières berrichonnes par une société chinoise. Suivie par l’achat de deux sociétés agricoles dans l’Allier par un entrepreneur pékinois. Ou encore le grappillage de plus de 140 châteaux dans le vignoble bordelais par des investisseurs de l’ancien empire du Milieu.

Les ventes de surfaces ont atteint un niveau record

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Le bilan 2017 des marchés fonciers ruraux, publié jeudi 31 mai par la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (FNSafer), le prouve. Sur l’année écoulée, les ventes de surfaces ont atteint un niveau record. Le nombre de transactions progresse de 7,6 %, à 86 260, pour un montant qui bondit, lui, de 15,5 %, à 4,6 milliards d’euros. Au total, 381 000 hectares ont changé de mains.

Mais dans quelles mains sont-ils passés ? Depuis l’entrée en vigueur de la loi d’avenir pour l’agriculture, en 2016, les projets de vente de parts sociales ou d’actions de sociétés agricoles doivent être portés à la connaissance des Safer. Des transactions qui échappaient jusqu’alors à ses radars, alors même que les formes sociétaires ne cessent de se développer. Que ce soient des sociétés de portage du foncier (GFA, SCI agricoles, etc.), d’exploitation agricole (GAEC, EARL, SCEA, SA ou SARL) ou de groupement forestier.

En 2017, 6 900 projets de cession de parts sociales ou d’actions de sociétés agricoles ont été notifiés aux Safer. Ils représentent un volume de vente de 1,3 milliard d’euros. Et pèsent près de 20 % du marché du foncier agricole. A priori, les achats bouclés par les étrangers sont peu importants. Ils sont évalués à 122 millions d’euros et sont essentiellement le fait d’Européens. Toutefois, ces montants ne prennent pas en compte les achats faits par des sociétés immatriculées en France, mais dont le capital pourrait être détenu par des étrangers.

« La vitalité des territoires est en péril »

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« Ces chiffres prouvent la réalité de la financiarisation et du risque d’accaparement des terres. »affirme Emmanuel Hyest, président de la FNSafer, qui tire la sonnette d’alarme. « La vitalité des territoires est en péril. », estime l’organisme. « La tendance à l’agglomération de grandes surfaces au sein d’un nombre limité d’exploitations agricoles se développe. Cette concentration est préjudiciable aux transmissions, aux installations et à la consolidation des exploitations. Elle s’accompagne souvent d’une diminution de la valeur ajoutée et de l’emploi. »

La question de la pérennité du modèle d’agriculture familiale, marque de fabrique française, et de la préservation des paysages se posent. D’autant plus que le renouvellement des générations sera l’un des grands enjeux des dix prochaines années.

Un marché non régulé

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Or, comme le rappelle la FNSafer, ce 1,3 milliard d’euros de ventes de parts sociales et d’actions est un marché non régulé. Une partie du texte introduit dans la loi Sapin 2 de 2016, sous l’impulsion de Dominique Potier, député PS de Meurthe-et-Moselle, pour accroître la transparence sur ce marché et renforcer le pouvoir de régulation de la FNSafer, a été retoqué par le Conseil d’Etat. M. Hyest, qui prône un renforcement législatif, met en exergue une des failles du dispositif actuel : « Il suffit pour les investisseurs de racheter 99 % des parts d’une société agricole et de laisser 1 % à l’ancien exploitant pour éviter que la Safer puisse faire jouer son droit de préemption. »

Le président Emmanuel Macron a promis une loi sur le foncier agricole début 2019. Une mission d’information de l’Assemblée nationale, présidée par le député LRM des Hautes-Pyrénées Jean-Bernard Sempastous, et dont les deux rapporteurs sont M. Potier et Anne-Laurence Petel (LRM), élue des Bouches-du-Rhône, planche sur le sujet. Leurs conclusions doivent être présentées à la fin de l’été.

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Source :

http://www.bvoltaire.fr/terres-agricoles-loffensive-chinoise-france/

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/05/31/un-risque-d-accaparement-des-terres-agricoles-en-france_5307597_3234.html

https://www.terre-net.fr/actualite-agricole/economie-social/article/les-terres-agricoles-de-plus-en-plus-convoitees-202-117699.html

https://aphadolie.com/2018/05/31/un-risque-daccaparement-des-terres-agricoles-en-france/

jeudi 31 mai 2018

95 suppressions de postes annoncées chez Anovo à Brive

L'entreprise Anovo, spécialisée dans les outils de communication et la maintenance téléphonique, basée à Brive, est à nouveau dans la tourmente. Un plan social prévoyant 95 suppressions de postes sur 182 a été annoncé à Paris.

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Chez Anovo, les échos n'étaient pas bons depuis plusieurs mois.

L'entreprise spécialisée dans les outils de communication a annoncé vouloir se séparer de 95 salariés comme nous l'a confirmé l'un d'entre eux.

La décision a été annoncée en CCE extraordinaire (comité central d'entreprise) ce mardi matin à Paris.

Aujourd'hui, l’entreprise de Brive recense 182 salariés qui ont appris avec stupeur le lancement d'un plan social. "Nous savions qu'il allait se passer quelque chose mais quand nous avons appris pour les 95 postes, ça a été un choc", confie une salariée du site.

Les salariés brivistes ont appris qu'ils étaient les seuls touchés par cette procédure sur les 4 sites français du groupe. Le site de Saint-Augustin ne serait pas concerné.

Le directeur des ressources humaines France, Philippe Albert, n'a pas souhaité faire de déclaration ce mardi soir.

Employant plus de 300 personnes avant son rachat en 2011 par Butler Capital, Anovo est entré dans le giron d'Ingram Micro en 2015. Le site briviste comptait alors 210 personnes.

"On fait le dos rond et ça continue"

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Ce n'est pas la première fois qu'Anovo est dans la tourmente. En 2015, une cinquantaine de postes avaient été supprimés suite à la perte d'un gros client. Etaient à cette éqoque concernés les deux sites corréziens, celui de Brive et celui de Saint-Augustin.

"J'ai connu le redressement judiciaire, les rachats, les plans sociaux...On fait des efforts, le dos rond et ça continue", lâche, fataliste, la salariée.

C'est un nouveau coup dur pour l'entreprise et pour le bassin de Brive après la fermeture annoncée en début d'année du site d'Euralis.

Laetitia Soulier et Emilie Auffret

https://www.lamontagne.fr/brive-la-gaillarde/economie/social/2018/05/29/95-suppressions-de-postes-annoncees-chez-anovo-a-brive_12865584.html

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La mondialisation heureuse, qu'ils disaient !!

Anovo, une entreprise française créée à Beauvais en 1987.
Anovo, racheté en 2011 par Butler capital partners, une société d'investissements française qui pratique le LBO (beurk).
Butler capital partners a été créée par Walter Butler, américain-Brésilien-Français ; énarque, il patauge au milieu des politiques (de Villepin,  Léotard, Jean-Marie Messier), participe à la privatisation de TF1, puis est embauché par... et oui, goldman sachs et puis créé son entreprise.
Puis racheté par Ingram Micro en 2015.
Ingram Micro racheté par le conglomérat chinpois HNA Group.
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Comme on le constate, les entreprises ne sont que des boîtes à finance, le capital humain n'étant qu'une variable d'ajustement !   S.R.

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mercredi 30 mai 2018

Des échos transalpins

TL TROPIQUES MACRON MATTARELLA

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Qu'est-ce qu'ils se racontent ?

Des histoires d'ex-fondés de pouvoir de banques, évidemment... mais aussi des histoires de Présidents de la République - qu'ils sont devenus l'un et l'autre, au gré des particularités locales des institutions de leurs États respectifs, et des modalités propres à leurs classes dirigeantes.

Alors ? à quoi ça peut bien ressembler ce genre d'histoire ?

Eh bien naturellement au genre d'histoire qui se raconte dans les journaux pour ex-fondés de pouvoirs de banque devenus Présidents de la république... comme par exemple  "Les Echos". Or, sauf à considérer "Les Echos" comme relevant de la presse complotiste, populiste et europhobe, on pourra juger qu'au moins leur éditorialiste ne se cache pas derrière son petit doigt pour résumer les événements, tels que vus du point de vue de la bourgeoisie affairiste, des intérêts du patronat, de la classe dirigeante et plus généralement de "l'Empire du bien"... en marche :

L'ACTUALITÉ DU JOUR PAR Daniel Fortin @dafortin

Divorce à l'italienne

D'un côté, les marchés, leur toute puissance, leurs agents comme le président italien Sergio Mattarella, qui vient d'écarter le candidat Premier ministre de la coalition extrémiste majoritaire au Parlement pour lui substituer un ancien dirigeant du FMI. De l'autre, le peuple, outragé, pris en otage, qui n'aura de cesse de reconduire encore plus puissante l'improbable coalition Ligue-M5S lors des prochaines législatives prévue au plus tard pour début 2019. Tels sont les termes du "débat" qui agite aujourd'hui une Italie aux prises avec l'une des pires crises politiques de son histoire, excepté l'épisode mussolinien. Pendant ce temps, la bourse de Milan s'écroule, les taux obligataires italiens remontent, les actions des banques dégringolent et les capitaux s'enfuient... Les marchés finissent toujours par avoir le dernier mot.

Carlo Cottarelli a travaillé plusieurs années au FMI. Il était jusqu'à présent directeur de l'Observatoire des comptes publics. - Andreas SOLAhttp

//www.librairie-tropiques.fr/2018/05/des-echos-transalpins.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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mercredi 23 mai 2018

“Le plus grand joueur de l’histoire mondiale”

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 01-05-2018

TL CHINE GEOPOL

John Mauldin nous livre une vision très pertinente de la Chine :

« Dans les années 1990, Robert Rubin, secrétaire au Trésor sous Bill Clinton, négociait les conditions d’admission de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. Mes sources disent qu’il demandait exactement les mêmes choses que Trump veut maintenant… Mais en 1998, au milieu du scandale Monica Lewinsky, Clinton voulait une “victoire” (un peu comme l’actuel président.) Et Rubin n’était pas à la hauteur de ses exigences en matière d’accès au marché et de garanties sur la propriété intellectuelle, etc. Clinton a ensuite retiré les négociations chinoises à M. Rubin et les a remises à la secrétaire d’État Madeleine Albright avec les instructions pour y parvenir.

N’étant pas un expert en commerce, Albright ne comprenait pas les problèmes sous-jacents. Les Chinois ont reconnu qu’elle n’avait rien dans son jeu et ils ont tenu bon. En résumé, mes sources disent qu’elle a effectivement cédé. Clinton a obtenu sa “victoire” et nous sommes restés coincés dans un mauvais accord commercial. Lorsque Trump prétend que nous avons été piégés dans le cadre d’un mauvais accord commercial, il a raison, même si je me demande s’il comprend l’histoire. Quelqu’un lui a peut-être donné le contexte, mais il n’en a jamais parlé dans ses discours. Cet accès à l’OMC, qui s’est finalement produit en 2001, a permis à la Chine de commencer à s’emparer des marchés par des moyens légaux et d’accéder à la propriété intellectuelle américaine sans payer pour cela…

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Est-ce que cela fait une différence maintenant ? Probablement pas… Mais on en arrive à la rivalité dont nous avons parlé plus haut. Est-il possible pour les États-Unis et la Chine de rester ensemble dans une organisation comme l’OMC ? Trump semble en douter, car il a menacé de se retirer de l’OMC. Un jour ou l’autre, nous pourrions considérer cette période où un seul organisme régit le commerce international comme une aberration – un beau rêve qui n’a jamais été réaliste. Si c’est le cas, préparez-vous à de grands changements. »

Cela va jusqu’au cœur de l’une des plus grandes questions géopolitiques auxquelles l’Europe et l’Amérique sont confrontées. Mauldin nous donne alors ce qui fait l’objet d’un consensus : « malgré certains de ses discours, je ne crois pas que [Trump] soit idéologiquement contre le commerce. Je pense qu’il veut juste une “victoire” américaine et qu’il est souple sur ce que cela signifie ». Oui, Trump pourrait bien finir par faire du « Clinton », mais l’Amérique a-t-elle une alternative réaliste, si ce n’est de s’accommoder de la montée de la Chine ? Le monde a changé depuis l’ère Clinton : il ne s’agit plus seulement de se disputer sur les termes de l’échange.

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Xi Jinping se trouve au sommet du système politique chinois. Son influence s’étend maintenant à tous les niveaux. Il est le leader le plus puissant depuis le président Mao. Kevin Rudd (ancien premier ministre de l’Australie, qui étudie la Chine depuis longtemps) note, « rien de tout cela n’est pour les timorés… Xi a grandi dans la politique du parti chinois telle qu’elle est menée aux plus hauts niveaux. Par l’intermédiaire de son père, Xi Zhongxun… il a reçu des “cours de maître” non seulement sur la façon d’y survivre, mais aussi sur la façon de l’emporter en son sein. Pour ces raisons, il s’est avéré être l’homme politique le plus redoutable de son temps. Il a réussi à devancer, à déborder, à dépasser, puis à éliminer chacun de ses adversaires politiques. Le terme poli pour cela est la consolidation du pouvoir. En cela, il a certainement réussi. »

Et voilà le hic : le monde que Xi envisage est totalement incompatible avec les priorités de Washington. Xi n’est pas seulement plus puissant que n’importe quel prédécesseur autre que Mao, il le sait et a l’intention de laisser sa marque dans l’histoire du monde. Une qui équivaut, voire surpasse, celle de Mao.

Lee Kuan Yew, qui, avant sa mort en 2015, était le premier observateur de la Chine, avait une réponse sans équivoque sur la trajectoire étonnante de la Chine au cours des 40 dernières années : « L’ampleur de la transformation de l’équilibre mondial dû à la Chine est telle que le monde doit trouver un nouvel équilibre. Il n’est pas possible de prétendre qu’il ne s’agit que d’un autre grand joueur. C’est le plus grand joueur de l’histoire du monde. »

L’année 2021 marque le centenaire de la fondation du Parti communiste chinois, et Xi a clairement l’intention qu’en 2021, la Chine présente les réalisations de ses objectifs du premier centenaire. D’ici là, la Chine espère être l’économie la plus puissante du monde (elle l’est déjà là – sur la base de la parité du pouvoir d’achat), et une puissance émergente de classe mondiale – tant sur le plan politique que militaire. Selon Richard Haas, président du US Council for Foreign Relations, « l’ambition à long terme [de la Chine] est de démanteler le système des alliances américaines en Asie, en le remplaçant par un ordre de sécurité régionale plus bienveillant (du point de vue de Pékin) dans lequel elle jouit d’une place de choix, et idéalement une sphère d’influence à la mesure de son pouvoir ». (mais pourtant, Haas sous-estime peut-être les choses).

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Pour atteindre le premier des deux objectifs du centenaire (le deuxième se termine en 2049), la Chine a un volet économique majeur, un volet économique/politique et un volet politique/militaire à la réalisation de ses objectifs.

Le plan « Made in China 2025 » est une vaste politique industrielle qui bénéficie d’un financement public massif en R & D (232 milliards de dollars en 2016), y compris une intégration potentielle explicite à double usage dans l’innovation militaire. Son principal objectif, outre l’amélioration de la productivité, est de faire de la Chine le « leader mondial de la technologie » et de faire en sorte que la Chine devienne autosuffisante à 70% en matériaux et composants clés. C’est peut-être bien connu en théorie, mais peut-être que l’évolution vers l’autosuffisance de la Chine et de la Russie implique quelque chose de plus brutal. Ces États s’éloignent du modèle commercial libéral classique au profit d’un modèle économique fondé sur l’autonomie et une économie dirigée par l’État (comme le préconisent des économistes comme Friedrich List, avant d’être éclipsés par la prédominance de ceux qui pensent comme Adam Smith).

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Le deuxième volet de la politique est la fameuse initiative « Belt and Road » [Nouvelle route de la soie, NdT], qui reliera la Chine à l’Europe. Cependant, l’élément économique est souvent ramené en Occident à une « simple infrastructure » – bien qu’à grande échelle. Sa conception représente plutôt une attaque directe contre le modèle économique occidental hyper-financiarisé. Dans une célèbre remarque critique dirigée contre la forte dépendance de la Chine à l’égard d’une croissance de style occidental, axée sur la dette – un auteur anonyme (que l’on croit être Xi ou un proche collègue) a noté (avec sarcasme) l’idée que de grands arbres ne pouvaient être cultivés « en l’air ». Ce qui veut dire que les arbres doivent avoir des racines et pousser dans le sol. Au lieu de l’activité « virtuelle » et financiarisée de l’Occident, l’activité économique réelle découle de l’économie réelle, avec des racines plantées dans la terre. La « nouvelle route de la soie » n’est qu’un catalyseur majeur de l’économie réelle.

Son aspect politique, bien sûr, est évident : Il créera un immense bloc d’échange et d’influence (en renminbis) [Le yuan ou renminbi est la devise nationale de la Chine, NdT] et, étant basé sur la terre, déplacera le pouvoir stratégique de la domination occidentale via la puissance maritime vers des routes terrestres sur lesquelles la puissance militaire conventionnelle occidentale est limitée – tout comme, de la même manière, il transférera la puissance financière du système du dollar de réserve vers le renminbi et d’autres monnaies.

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L’autre aspect, qui a été beaucoup moins remarqué, est la façon dont Xi a réussi à harmoniser ses objectifs avec ceux de la Russie. D’abord prudent à l’égard du projet « nouvelle route de la soie » quand Xi l’a lancé en 2013, le Kremlin, s’est rapproché de l’idée dans la foulée du coup d’État occidental contre ses intérêts en Ukraine, et avec le projet conjoint de l’Amérique avec l’Arabie saoudite pour faire chuter le prix du pétrole (l’Arabie saoudite voulait faire pression sur la Russie pour qu’elle abandonne Assad, et les États-Unis pour affaiblir le Président Poutine, en affaiblissant le rouble et les finances du gouvernement).

Ainsi, en 2015, le président Poutine s’était engagé à lier l’Union économique eurasienne de la Russie et la ceinture économique de la Route de la soie de la Chine, et deux ans plus tard, Poutine était l’invité d’honneur du sommet « Une ceinture, une route », qui s’est tenu à Pékin.

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Ce qui est intéressant, c’est la façon dont la Russie a intégré la vision de Xi dans sa propre pensée de la « Grande Eurasie », conçue comme l’antithèse centrale d’un ordre mondial financiarisé et dirigé par les Américains. Le Kremlin, bien sûr, comprend bien que dans le domaine du commerce et de la finance, la position de la Russie en Eurasie est beaucoup plus faible que celle de la Chine. (L’économie de la Chine est huit à dix fois plus importante que celle de la Russie).

Les forces cruciales de la Russie se situent traditionnellement dans les domaines politico-militaire et diplomatique. Ainsi, laissant les initiatives économiques à la Chine, Moscou s’efforce de jouer le rôle d’architecte en chef d’une architecture politique et de sécurité eurasienne, d’un concert de grandes puissances asiatiques et de producteurs d’énergie.

Le président Poutine a, dans un sens, trouvé la symétrie et la complémentarité de la politique de Xi en matière de routes et de couloirs (un équilibre asymétrique de la Russie, si l’on veut, à la force économique brute de Xi) dans sont livre One Map ; Three Regions’ politics [Carte unique ; politique des trois régions, NdT], Bruno Maçães a écrit :

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En octobre 2017, Igor Sechin, directeur général de Rosneft, a pris la décision inhabituelle de présenter un rapport géopolitique sur les « idéaux de l’intégration eurasienne » devant un auditoire à Vérone, en Italie. L’une des cartes projetées à l’écran pendant la présentation montrait le supercontinent – ce que les cercles russes appellent « Grande Eurasie » – divisé en trois régions principales. Pour Sechin, la division cruciale n’est pas entre l’Europe et l’Asie, mais entre les régions de consommation d’énergie et les régions de production d’énergie. Les premières sont organisées sur les bords ouest et est du supercontinent : Europe, y compris la Turquie, et l’Asie-Pacifique, y compris l’Inde.

Entre elles, nous trouvons trois régions de production d’énergie : La Russie et l’Arctique, la Caspienne et le Moyen-Orient. Il est intéressant de noter que la carte ne sépare pas ces trois régions, préférant tracer une ligne de délimitation autour des trois. Elles sont contiguës, formant ainsi un seul bloc, du moins d’un point de vue purement géographique.

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La carte, note Maçães, « illustre un point important sur la nouvelle image d’elle même qu’à la Russie. Du point de vue de la géopolitique énergétique, l’Europe et l’Asie-Pacifique sont parfaitement équivalentes, fournissant des sources alternatives de demande en ressources énergétiques…. Et, si l’on considère les trois zones [délimitées sur la carte], il devient évident que deux d’entre elles sont déjà dirigées et organisées par un acteur de premier plan : L’Allemagne dans le cas de l’Europe ; et la Chine pour l’Asie-Pacifique ».

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le regain d’intérêt et l’intervention de la Russie au Moyen-Orient. En consolidant les trois régions productrices d’énergie sous sa direction, la Russie peut être un véritable égal de la Chine dans l’élaboration du nouveau système eurasien. Ses intérêts se situent maintenant plus résolument dans l’organisation d’une volonté politique commune pour la région centrale de production d’énergie, que dans la récupération des »”vieux désirs » de faire partie de l’Europe.

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Et la ‘volonté politique’ est aussi le projet de Xi : Alors qu’après que la révolution culturelle de Mao a essayé d’effacer le passé ancien de la Chine et de le remplacer par le « nouvel homme socialiste » du communisme, Xi a de plus en plus dépeint le parti comme l’héritier et le successeur d’un empire chinois vieux de 5 000 ans que seul l’Occident maraudeur a abaissé, écrit Graham Allison, auteur de Destined for War : Can America and China Escape Thucydides’s Trap ? Ainsi, le Parti a évoqué les humiliations passées aux mains du Japon et de l’Occident « pour créer un sentiment d’unité qui s’était fracturé, et pour définir une identité chinoise fondamentalement en désaccord avec la modernité américaine ».

Enfin, Xi s’est engagé à rendre sa puissance à la Chine. Il croit qu’une armée « capable de se battre et de gagner des guerres » est essentielle pour réaliser toutes les autres composantes de la « régénération » de la Chine. L’Amérique a davantage d’organisation militaire que la Chine, cependant que Moscou dispose d’armes technologiquement meilleures – mais la Chine rattrape aussi rapidement l’Occident à cet égard. La coopération militaire stratégique directe entre la Chine et la Russie (la Chine soutenait militairement et politiquement la Russie) était évidente dans la récente poussée de propagande américaine et britannique – Skripal et armes chimiques en Syrie – contre la Russie. Cette coopération agit comme un moyen de dissuasion contre l’entreprise d’une action militaire américaine contre l’un ou l’autre État.

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À Washington, contrairement à Pékin, il y a différentes voix qui tentent de définir comment l’Amérique devrait interagir avec la Chine. Trump a parlé le plus fort, cependant les idéologues sont là aussi, réclamant un réajustement fondamental des termes du commerce et des droits de propriété intellectuelle. Mais l’armée américaine est également convaincue que les États-Unis doivent rester l’hégémon militaire dans la région Asie-Pacifique et que la Chine ne doit pas être autorisée à repousser l’Amérique vers le large. Il y a, cependant, une rare unité à Washington – parmi les « groupes de réflexion » et entre les deux principaux partis politiques – sur un point et un seul : la Chine constitue la menace « numéro un » pour l’ordre mondial « fondé sur des règles » dirigé par les Américains… et devrait être remise à sa place.

Mais quels sont – parmi les objectifs de la Chine décrits ci-dessus – ceux sur lesquels les États-Unis pensent pouvoir d’une manière ou d’une autre « revenir en arrière » et réduire plus substantiellement le poids de la Chine – ce sans entrer en guerre ?

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En réalité, Xi peut accorder à Trump suffisamment de concessions mineures (c’est-à-dire sur les questions de prévalence et de propriété intellectuelle) pour permettre à Trump de revendiquer une « victoire » (c’est-à-dire de refaire un coup à la « Clinton »), et d’acheter quelques années de paix économique frileuse, tandis que les États-Unis continuent d’accumuler les déficits commerciaux et budgétaires. Mais en fin de compte, l’Amérique devra décider de s’adapter à la réalité, ou risquer au mieux la régression, ou la guerre au pire.

Cela sera difficile à la fois économiquement et géopolitiquement, d’autant plus que ceux qui prétendent connaître Xi semblent convaincus qu’en plus de vouloir faire de la Chine le « plus grand acteur de l’histoire du monde », Xi aspire aussi à être celui qui, enfin, réunifiera la Chine : non seulement le Xinjiang et le Tibet sur le continent, mais aussi Hong Kong et Taïwan. L’Amérique peut-elle encaisser culturellement l’idée que Taïwan « démocratique » soit militairement unifiée à la Chine ? Pourrait-elle l’échanger contre une solution nord-coréenne ? Cela semble improbable.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 01-05-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/le-plus-grand-joueur-de-lhistoire-mondiale-par-alastair-crooke/

mardi 22 mai 2018

Les Etats-Unis et l'abus de droit

TRIBUNE LIBRE / Daniel Fortin / Rédacteur en chef

TL TRUMP SOUVERAINETE

Les nouvelles menaces de sanctions contre les entreprises commerçant avec l'Iran montrent la faiblesse de l'Europe face à l'impérialisme juridique américain.

L' « Oracle » Trump a parlé et voici les entreprises françaises - comme du reste leurs homologues étrangères et américaines -  sommées de quitter l'Iran avant le 4 novembre prochain sous peine de lourdes sanctions financières et/ou de rétorsions commerciales. La décision prise par Washington de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 rouvre ainsi de façon spectaculaire le débat sur l'impérialisme juridique des Etats-Unis, autorisés à imposer leurs règles partout où ils le souhaitent hors de leurs frontières.

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Vu d'Europe, on ne peut qu'être choqué par l'ingérence de l'ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, sommant mardi les entreprises allemandes de cesser « immédiatement » leurs activités en Iran. Et l'on est abasourdi par l'incapacité européenne à s'opposer à la toute-puissance d'un droit américain que Donald Trump a choisi d'utiliser pour ce qu'il est, c'est-à-dire une redoutable arme économique.

On aura beau jeu de s'indigner contre cette confiscation des règles du commerce international au profit d'une seule puissance, fût-elle la plus grande du monde. Ce serait oublier que le principe d'extraterritorialité du droit américain n'est pas nouveau et que Donald Trump ne l'a pas inventé. Faut-il rappeler ici que c'est sous le mandat du modéré Barack Obama que BNP Paribas s'est vu infliger en 2014  une amende de 8,9 milliards de dollars pour avoir violé l'embargo américain contre Cuba, le Soudan et - déjà - l'Iran entre 2002 et 2009 ?

OUTIL STRATAGEME

Renault, PSA, Total ou Airbus, qui s'étaient à nouveau ouvert le marché iranien, n'ont évidemment pas attendu le verdict de Washington pour prévoir une révision de leurs engagements. Mais à quel prix ? Et combien de temps l'Europe laissera-t-elle ses fleurons industriels à la merci de règles léonines dont la brutalité prend toute son ampleur lorsqu'un président sans scrupule est installé à la Maison-Blanche ? Il y a six mois, Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, avait invité l'Europe à se doter d'outils susceptibles de résister à l'emprise de la législation américaine sur le commerce mondial. Tout en admettant que la réflexion sur ce sujet était « embryonnaire ». C'est bien tout le problème.

Daniel Fortin
https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301659363583-les-etats-unis-et-labus-de-droit-2174945.php

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dimanche 20 mai 2018

La culture des massaïs en péril.

Pour encaisser des devises, la Tanzanie joue la carte du tourisme. Quitte à chasser tout un peuple de ses terres ancestrales.

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La nuit tombe vite près de l’équateur. Alors que les masses de nuages qui apparaissent à l’horizon prennent un ton orange tandoori, des enfants font rentrer les chèvres à l’intérieur d’enclos formés d’épineux pour les protéger des léopards. Sur le sentier qui gravit la colline, un vieux Massaï passe, grimpant la côte à grandes enjambées, sans effort. Un tissu rouge l’enveloppe des épaules aux genoux. D’une main, il tient une lance. De l’autre, il pianote sur un téléphone portable. Je peux sentir la fumée des feux du village massaï voisin, sur lesquels les habitants préparent le dîner : soirée ordinaire sur les hauts plateaux d’Afrique de l’Est.

Etrangement, je viens de recevoir un texto me souhaitant la bienvenue aux Emirats arabes unis (EAU). “Nous vous souhaitons un agréable séjour !” peut-on y lire. L’explication se trouve là-bas, juste en haut de la colline, à un endroit que les autochtones appellent “Arabiya”. C’est une sorte de camp touristique constitué d’une imposante résidence, d’une piste d’aviation capable d’accueillir de gros jets, d’une flotte de véhicules tout-terrain et d’une agence de télécommunications à l’enseigne de l’opérateur des Emirats arabes unis. On y trouve également le siège d’Ortelo Business Corporation (OBC), une entreprise peu connue (elle ne fait pas de publicité) qui organise des safaris de luxe. Fondée en 1993 par un ministre de la Défense des EAU proche de la famille royale de Dubaï, elle propose aux cheikhs et aux millionnaires du Golfe de venir faire des séjours agréables dans la nature. Son champ d’action : une région appelée Loliondo, plus vaste que le Hampshire.

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Cette étendue de coteaux et de savane ne constitue que l’une des innombrables terres que le gouvernement tanzanien, avide de dollars, a abandonnées aux investisseurs étrangers. En vertu de la “stratégie de développement” adoptée par le gouvernement, la Tanzanie doit attirer 1 million de touristes depuis 2010 et les dirigeants semblent prêts à tout pour y parvenir. Rappelons qu’un quart du territoire est protégé à des fins de “conservation”. En règle générale, cela signifie qu’on y développe un tourisme du type safari et que les personnes qui vivent sur ces terres se font expulser par le gouvernement.

A quelques kilomètres d’Arabiya, dans les collines, se trouve un autre établissement, d’un genre un peu différent. L’Enashiva Nature Refuge est un complexe avec hôtel et camping, installé sur un domaine de près de 5 000 hectares. Il appartient à une société d’écotourisme américaine, primée pour son travail : Thomson Safaris. Si cette entreprise se vante de sa philanthropie, les Massaïs l’accusent de les avoir privés, eux et leurs troupeaux, des terres où ils venaient chercher de l’eau et des herbages. Thomson Safaris conteste ces accusations : Les gardiens de troupeaux ont toujours eu accès à une source pendant la saison sèche.” Or le plus important, pour ces bergers semi-nomades, c’est de pouvoir déplacer leurs troupeaux sur différentes zones de pâture au fil des saisons. Thomson discute actuellement de ce point avec un comité de sages locaux. Cela fait deux ans que les frontières d’Enashiva sont le théâtre de violentes confrontations, parfois accompagnées de coups de feu, entre les bergers, les gardes de Thomson et la police.

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On assiste ici, dans le nord de la Tanzanie, à ce qui peut être décrit comme la destruction systématique de la culture et des moyens de subsistance de la tribu la plus emblématique d’Afrique. Elégants, intelligents et insoumis, les Massaïs fascinent les aventuriers depuis le milieu du XIXe siècle. Avec leurs pommettes hautes et leur code de guerre chevaleresque, ces nomades forment la toile de fond d’une kyrielle de fictions africaines imaginées par des figures du monde blanc, du romancier Ernest Hemingway au photographe Peter Beard. Mais, aujourd’hui, les Massaïs sont en train de se faire ghettoïser, jugés indésirables au sein des nouveaux Disneyland d’Afrique. Parmi les nombreuses entreprises touristiques étrangères, certaines se font complices du gouvernement, qui distribue à qui mieux mieux les terres sur lesquelles les Massaïs ont vécu pendant des siècles. Selon des ONG, des centaines de fermes massaïs ont été incendiées par la police, en juillet-août dernier, lorsque des bergers, frappés par la sécheresse, ont amené leur bétail sur des terres louées par l’Etat à l’OBC.
“Un Massaï, c’est bien pour les photos des touristes, c’est aussi utile pour porter vos sacs jusqu’au camp, et peut-être pour vous guider et vous aider à voir des animaux”, explique Moringe Ole Parkipuny, un vieux défenseur des droits des Massaïs, qui siège au Parlement tanzanien. “Mais, en fin de compte, les animaux ont bien plus de valeur que les personnes.” S’il faut une preuve de ce sombre constat, elle se trouve dans le nord de la Tanzanie, dans une région qui attire les touristes comme le miel attire les abeilles, le massif du Ngorongoro. Là, le gouvernement expulse les Massaïs par dizaines de milliers pour la sauvegarde de vingt-cinq rhinocéros, l’attraction phare du cratère du Ngorongoro.

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Ololosokwan est le village le plus proche d’Arabiya. A notre arrivée les conversations battent leur plein. D’après la rumeur, l’émir de Dubaï en personne doit arriver au ranch dans les jours qui viennent. Sa venue imminente explique la présence d’un groupe d’hommes arabes à l’air sévère, que certains ont aperçu dans un 4 x 4 dépourvu d’immatriculation, à côté de la cafétéria qui borde la route. Visibles aussi, les bérets rouges de la Full Force, la police spéciale de Tanzanie, que la population redoute. Lorsque des figures éminentes arrivent au camp – si l’on en croit ce qu’on raconte ici –, un tapis est déroulé tout le long du chemin qui sépare la piste d’atterrissage de la résidence.

La zone est fermée aux journalistes et aux ONG. Et l’OBC n’a pas cru bon de répondre à notre demande d’entretien. Les villageois, qui ont été avertis par la police qu’ils auraient des ennuis s’ils parlaient de l’OBC à des étrangers, osent cependant nous parler – discrètement – des “Arabes” et de leur bizarre colonisation du district de Loliondo. Ils racontent que, pendant six mois, chaque année, ils sont contraints d’obéir aux managers arabes, qui leur disent où mener leurs troupeaux, et par quel chemin. Si les villageois se disputent avec l’OBC à propos des terres, la police tanzanienne les punit et les frappe.

Les bergers ont commencé à être expulsés en 1959

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L’été dernier, un Massaï de 29 ans est mort écrasé accidentellement par un véhicule touristique arabe, selon les autorités. Mais les bergers qui se trouvaient avec lui n’en démordent pas : il s’est d’abord fait tirer dessus, et ensuite le véhicule est passé intentionnellement sur son corps. Et ils ne se fient guère au rapport d’autopsie. Cependant, aucune preuve ne permet de valider leurs affirmations.

L’OBC, de son côté, fait valoir ses actions caritatives. En mai 2009, elle a distribué des sacs de maïs dans le cadre d’un programme de lutte contre la famine, à Loliondo. De plus, pour dédommager certains villages des désagréments causés par la chasse, elle a proposé de verser 25 millions de shillings tanzaniens (près de 13 000 euros) à chacun. Le village d’Ololosokwan, lui, a refusé l’argent. “Nous n’avons pas été consultés lorsqu’on a donné aux Arabes cette zone de chasse”, explique Kirando Ole Lukeine, un des anciens. “Le village ne veut rien avoir à faire avec cela. On nous a dit que nous devions obéir au gouvernement. Mais ce n’est qu’une manœuvre de plus pour nous confisquer nos terres.” Conclusion d’un autre aîné : “Nous nous sentons comme des réfugiés dans notre propre pays.”

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La Tanzanie, qui, en 2008, était classée 102e sur 180 sur la liste des pays les moins corrompus du monde, a encaissé 9,3 millions de dollars [6,6 millions d’euros] en 2002 grâce à la vente de permis de chasse. Mais la part qui revient aux communautés des zones qui accueillent les chasseurs est infime. La pauvreté y atteint un des pires niveaux parmi les pays d’Afrique de l’Est.

En Tanzanie, les bergers ont commencé à être expulsés des plaines en 1959, lorsque le gouvernement colonial britannique a transformé l’océan d’herbe du Serengeti – en langue massaï, ce nom signifie “plaine infinie” – en une réserve naturelle interdite aux humains. Le gouvernement a alors passé un accord avec les Massaïs, un accord plutôt honnête comparé à tous ceux qui ont suivi. Les clans ont accepté de quitter la plaine et de s’installer sur les hauts plateaux volcaniques adjacents, célèbres pour le gigantesque cratère du Ngorongoro et ses rhinocéros. Les administrateurs coloniaux avaient expliqué aux Massaïs qu’ils pourraient y vivre perpétuellement, en disposant de l’eau et des herbages à leur guise.

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Après l’indépendance, en 1961, le gouvernement tanzanien a créé de nouveaux parcs naturels, ce qui a entraîné d’autres vagues d’expulsions. En 1973, le gouvernement de Julius Nyerere, qui est revenu sur l’accord conclu entre les Massaïs et les Britanniques, a chassé les bergers du cratère. D’après la conception socialiste qu’avait Julius Nyerere de la propriété terrienne, toute terre devait être productive. Or les bergers, même s’ils produisaient la majorité de la viande de bœuf de la nation, n’étaient pas productifs au sens de l’agriculture moderne. Selon lui, ils étaient “paresseux, ingouvernables et sauvages”. Le gouvernement a donc interdit leur langue (elle est toujours bannie des écoles, ce qui explique entre autres le fort niveau d’analphabétisme chez les Massaïs) et leurs costumes. Julius Nyerere est même allé jusqu’à ordonner aux femmes de porter des sous-vêtements.

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Le peuple qui possède ces terres perçoit très peu de bénéfices du tourisme. Dans la zone de conservation du Ngorongoro, jamais un de ses membres n’a obtenu le moindre emploi dans les services du parc. Les Massaïs ont seulement le droit de vendre des perles et de danser pour les touristes. De nos jours, 70 % de la communauté vit au-dessous du seuil de pauvreté et 15 % des enfants n’atteignent pas l’âge de 5 ans. Et pourtant, plus de 300 000 touristes visitent leur région chaque année, rapportant au parc géré par le gouvernement la bagatelle de 10 millions de dollars [7 millions d’euros].

L’immensité de plaines et de collines d’Ololosokwan et de Loliondo est l’un des endroits les plus isolés sur terre. Il faut par exemple rouler huit heures en 4 x 4 pour atteindre la route goudronnée la plus proche. L’espace semble donc suffisant pour tout le monde. Mais, en réalité, les Massaïs se retrouvent douloureusement pris en étau entre les parcs nationaux et les terrains détenus par des investisseurs étrangers. La concession de Dubaï, dangereuse pour les bêtes pendant les six mois que dure la saison de la chasse, ne se trouve qu’à quelques kilomètres du parc national du Serengeti, où la moindre vache égarée sera automatiquement saisie par les autorités. Sans oublier les terres de Thomson Safaris, que l’entreprise a rebaptisées Enashiva Nature Refuge. En massaï, enashiva signifie “bonheur”. Les autochtones ne peuvent retenir un sourire devant une telle ironie.

 

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Liz McKee, une Britannique responsable de la Tanzanie chez Thomson Safaris, me confie qu’il y aurait des emplois à pourvoir sur le site d’Enashiva, qui devait amorcer ses activités début 2010. Elle me rappelle que les groupes de protection de la nature ne tarissent pas d’éloges envers Thomson et son tourisme éthique. De fait, au début de l’année 2009, la société a été couronnée par le National Geographic comme l’une des dix meilleures entreprises de voyages d’aventure de la planète. Thomson a même sponsorisé une conférence sur le tourisme philanthropique. Liz McKee m’a invité à visiter Enashiva et à interviewer son manager local, Daniel Yamat. Avant de m’y rendre, j’ai demandé à Lesingo Ole Nanyoi, un des bergers des environs, s’il aimerait avoir un travail bien rémunéré dans l’hôtel. “Non”, m’a répondu cet homme grand, à la peau très foncée, solennel et calme. “Ce ne serait pas possible.” La diction de Lesingo est lente et difficile à comprendre. Lors d’affrontements à Enashiva, en avril 2008, lorsque des gardes de sécurité et des policiers ont tenté de confisquer le troupeau de sa famille, il a été touché par une balle de la police, qui lui a brisé la mâchoire. La blessure lui a laissé un enchevêtrement de vilaines cicatrices au menton, et sa mâchoire est encore trop faible pour qu’il puisse mâcher. “La vie d’un Massaï, c’est son troupeau, assure-t-il. Le troupeau nous donne tout ce dont nous avons besoin, notre nourriture, un abri. Arrêter de garder du bétail, c’est mourir !”

Lesingo et d’autres bergers expliquent que des heurts avec les gardes de Thomson, qui ne sont pas armés, éclatent sans cesse.

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Souvent, les gardiens confisquent des vaches pour une journée. Et lorsqu’ils appellent la police en renfort, les bergers se font arrêter et sont obligés de verser des pots-de-vin pour être libérés.

Les trois villages isolés qui bordent Enashiva ont eux aussi leur lot d’histoires à raconter. Deux femmes nous confient qu’elles ont été battues lors d’échauffourées, il y a deux ans. Toutes deux étaient enceintes et ont perdu leur bébé. Un matin, nous partons avec un membre d’une ONG locale, le Women Pastoralists Committee [Comité des femmes éleveuses], pour les interviewer. Mais, à mi-chemin, la personne qui nous accompagne reçoit un appel de son chef sur son téléphone portable, qui lui dit de faire demi-tour : “C’est trop dangereux !” D’après James Lembikas, chef du village de Soitsambu, le respect des limites des terres et la fermeture des chemins de pâturage traditionnels des Massaïs par Thomson ont détruit des vies dans les trois villages adjacents à ses terrains. Jusqu’à 4 000 personnes ont vu leur existence bouleversée. Les enfants ne peuvent plus aller à l’école et un millier de familles ont dû déplacer leurs bêtes vers des herbages excessivement sollicités, près de la limite avec la zone de chasse émirienne.

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James Lembikas accepte de nous accompagner pour visiter les trois villages délabrés, mais il change d’avis après avoir reçu un coup de téléphone de Daniel Yamat, le manager de Thomson à Enashiva. Nous appelons donc le manager et fixons un rendez-vous au Nature Refuge. Mais Daniel Yamat nous dit d’emblée qu’il ne peut rien nous montrer ni répondre à aucune question. Nous n’avons plus qu’à repartir. Mais voilà que nous sommes arrêtés sur la route, dix minutes plus tard, par la police tanzanienne, qui nous emmène au bureau du commissaire du district. Celui-ci nous prend nos passeports et veut nous faire escorter par un policier armé jusqu’à Arusha, la capitale de la région, afin qu’une enquête soit menée. Son secrétaire nous explique que ces mesures font suite à une plainte déposée par Thomson à propos de nos questions. Deux jours plus tard, à Arusha, un responsable de l’immigration finit par nous rendre nos passeports et nous présenter des excuses. “Ces fonctionnaires, là-bas, ils ne connaissent rien au droit. Tout ce qu’ils font, c’est pour des raisons politiques.”

Des militants massaïs sont régulièrement arrêtés et menacés

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Un journaliste d’Arusha, qui a eu le courage de couvrir les événements liés à l’installation de Thomson et de l’OBC, nous explique que la seule façon de visiter les lieux est de le faire en secret, une fois la nuit tombée. Il nous avertit par ailleurs que des militants massaïs sont régulièrement arrêtés et menacés. Un chef massaï, qui avait protesté contre Thomson auprès du président tanzanien est décédé alors qu’il était entre les mains de la police. Après sa mort, un journaliste néo-zélandais, Trent Keegan, a interviewé en 2008 des victimes massaïs du service d’ordre de Thomson. Quelques jours plus tard, il a lui aussi été assassiné lors d’un simulacre de vol, à Nairobi. Selon ses proches, sa disparition est liée à son travail d’investigation, mais aucune preuve ne permet d’étayer leurs soupçons.

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Lorsque j’évoque notre expulsion du district devant Liz McKee, elle m’assure d’un air catégorique que Thomson ne verse pas d’argent à la police ni aux autorités. “Ça ne rentre pas dans mon budget”, plaisante-t-elle. Et si elle reconnaît que des tensions regrettables existent, elle soutient que les violences ne viennent que du côté adverse. Elle assure aussi que les Massaïs ont lancé des flèches empoisonnées sur des touristes, accusation que Lesingo Ole Nanyoi et d’autres Massaïs contestent fermement. Liz McKee admet que les griefs des Massaïs à propos des terres ont leurs raisons d’être. Mais elle estime que le gouvernement, qui a vendu le ranch à Thomson, est responsable du problème.

(...)

Alex Renton
https://www.courrierinternational.com/article/2010/02/11/vous-ne-partirez-plus-en-safari

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Nos politiques (dont beaucoup sont corrompus en étant au service de la finance et des multinationales) nous vantent la mondialisation, affirmant même que nous serons obligés d'y entrer !

Mai n'est-ce pas plutôt un tsunami dévastateur qui balaie toute la richesse, la beauté et la diversité du monde au profit d'une très très petite minorité ?   S.R.

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mardi 15 mai 2018

Le Brexit fait bondir les exportations de « British mozzarella »

Le boom de la demande en Chine et la baisse de la livre provoquée par les incertitudes liées au Brexit ont fait bondir de 23 % les exportations de fromages « made in UK » l'an dernier.

ACT CHEDDAR UK

C'est une conséquence inattendue  du Brexit  : la baisse de la livre provoquée par les incertitudes sur les conditions de la sortie de l'UE a dopé l'an dernier... les exportations de fromages britanniques ! Selon les statistiques des douanes de sa très Gracieuse Majesté, relayées la semaine dernière par  le « Guardian » , leur valeur a bondi de 23 %, à 615 millions de livres sur l'année, la baisse du sterling rendant le Stilton ou encore le Cheddar plus compétitifs.

La hausse des exportations en valeur est aussi liée à la hausse des prix sur le marché mondial, la demande en fromage continuant de progresser alors même que la production a baissé en Europe. La demande explose ainsi en Asie et en particulier en Chine, où les exportations de fromages britanniques sont passées de 49 tonnes seulement en 2015, à 786 tonnes l'an dernier !

Fromages en poudre ou râpés

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Cette demande ne porte pas toujours sur les fromages britanniques les plus fins : plus de la moitié des fromages « made in UK » exportés en Chine sont en poudre ou râpés, autrement dit destinés à être utilisés dans des plats cuisinés. Les ventes de fromages britanniques font aussi un bond de 27 % en valeur aux Philippines.

Le Cheddar représente à lui seul pas moins de 40 % des exportations de fromage du Royaume-Uni. Plus surprenant, la forte progression de la mozzarella et des fromages frais - comme le fromage blanc égoutté (« cottage cheese ») ou celui à base de lait caillé (« curds ») - avec dans un cas comme dans l'autre des exportations en hausse de 14 % en volume l'an dernier.

Attitude plus positive des acheteurs français

Les exportations de « British mozzarella » vers les Etats-Unis ont ainsi grimpé de 43 % ! Les ventes britanniques de ce fromage destiné pour l'essentiel à la confection de pizza ont aussi progressé à Hong Kong, en Espagne, aux Pays-Bas, au Danemark et au Pakistan.

La-démocratie-et-la-liberté-dexpression-en-France-au-quotidien

Autre explication à ce boom des exportations britanniques : selon Jason Hinds, un exportateur de fromage anglais interrogé par le « Guardian », les acheteurs français auraient aussi une attitude plus positive à l'égard des fromages étrangers de qualité, et  en particulier à l'égard de ceux fabriqués outre-Manche . Qui a dit que la Hollande était l'autre pays du fromage ?

https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301666333502-ca-se-passe-en-europe-le-brexit-fait-bondir-les-exportations-de-british-mozzarella-2175611.php

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Et dire que le Brexit devait ruiner la Grande Bretagne et la faire se refermer sur elle-même  !!!!
Donc, pour redresser l'économie française, vendre nos fromages, nos vins et tous nos produits de qualité, Macron doit nous sortir de l'UE !
A moins que... sa mission ne consiste pas à redresser la
France... S.R.

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vendredi 4 mai 2018

Affaire Bolloré Vivendi Havas..., à qui profite le crime ?

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L'affaire Bolloré vue sous un autre angle: ça n'exonère pas le groupe oligarchique mais c'est à inclure dans notre réflexion, surtout quand la presse euro- atlantiste hurle avec les loups. La guerre économique fait rage et les manipulations de toute sorte en font partie. Rien n'est jamais simple...   P.G.


 

Nous avons rendu compte le 24 avril 2018 de la mise en garde à vue de Vincent Bolloré, propriétaire d’Havas et de nombreux intérêts en Afrique, soupçonné d’avoir utilisé son agence pour favoriser ses affaires dans des concessions portuaires au Togo et en Guinée. Bolloré qui est aussi un homme de médias à travers Vivendi qui contrôle Canal+, et CNews.

TL OJIM BOLLORE GUERRE ECO

Après 60 heures de garde à vue l’homme d’affaires a été mis en examen le 25 avril pour corruption d’agent public étranger, complicité d’abus de confiance, faux et usage de faux. Il a été laissé en liberté sans contrôle judiciaire.

Les concurrents chinois

La présence de Bolloré en Afrique est massive et requiert de lourds investissements : ports aménagés pour recevoir des maxi conteneurs sous régime de la concession. Sur le plan ferroviaire Bolloré rénove et construit la voie ferrée Abidjan-Ouagadougou-Cotonou, 1200 kms de voies à construire, 1800 kms à rénover. Un projet estimé autour de 3 milliards d’euros et bloqué depuis 2016 par le Bénin. En mars 2018 Patrice Talon, Président du Bénin, a clairement indiqué sa préférence pour un projet porté par les chinois.

En parallèle GVA (Group Vivendi Africa) veut construire un vaste réseau de fibre optique suivant la voie ferrée, apportant le haut débit à l’intérieur du continent africain. Là aussi les groupes chinois sont à l’affût. Dans le cadre du projet de la route de la soie, la Chine veut arrimer le continent à la route de la soie maritime par le biais des côtes somaliennes mais aussi par le canal de Suez. Et sa politique de non-ingérence dans les affaires intérieures ne déplaît pas aux africains.

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Les Américains en embuscade

Barack Obama avait annoncé le 21 septembre 2016 un nouveau plan d’investissement de 9 milliards de dollars pour l’Afrique. Cette annonce avait été faite lors du Forum d’affaires Afrique États-Unis, à New York, en marge de l’assemblée générale de l’ONU. Il avait précisé que les investissements privés américains en Afrique se montaient à 15 milliards de dollars pour les deux années précédant le Forum. Obama s’était bien gardé de citer les montants de l’USAID où la NSA et la CIA sont comme des poissons dans l’eau : 10 milliards de dollars par an sans oublier le plan Power Africa d’électrification de l’Afrique subsaharienne. Sans oublier non plus que les États-Unis disposent dans le continent d’une soixantaine de bases, camps et autres installations de défense.

Si la diplomatie de Trump semble plus dirigée vers l’Asie, l’Amérique latine ou le Moyen-Orient, ce serait une erreur de croire que l’Afrique est délaissée. Le 20 septembre 2017 Trump recevait plusieurs chefs d’État africains à la Trump Tower. Parmi ces derniers, le Président guinéen Alpha Condé. Celui là même que les juges soupçonnent d’avoir été acheté par Havas pour favoriser les affaires de Bolloré dans son pays. Début mars 2018, le secrétaire d’État américain de l’époque Rex Tillerson, entreprenait un voyage d’une semaine visitant le Nigéria, le Tchad, le Kenya et l’Ethiopie.

Si Bolloré chute en Afrique, les remplaçants sont tout trouvés, Américains et Chinois doivent se frotter les mains.

(...)

https://www.ojim.fr/affaire-bollore-vivendi-havas-a-qui-profite-le-crime/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-05-03

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