mercredi 23 mai 2018

“Le plus grand joueur de l’histoire mondiale”

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 01-05-2018

TL CHINE GEOPOL

John Mauldin nous livre une vision très pertinente de la Chine :

« Dans les années 1990, Robert Rubin, secrétaire au Trésor sous Bill Clinton, négociait les conditions d’admission de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. Mes sources disent qu’il demandait exactement les mêmes choses que Trump veut maintenant… Mais en 1998, au milieu du scandale Monica Lewinsky, Clinton voulait une “victoire” (un peu comme l’actuel président.) Et Rubin n’était pas à la hauteur de ses exigences en matière d’accès au marché et de garanties sur la propriété intellectuelle, etc. Clinton a ensuite retiré les négociations chinoises à M. Rubin et les a remises à la secrétaire d’État Madeleine Albright avec les instructions pour y parvenir.

N’étant pas un expert en commerce, Albright ne comprenait pas les problèmes sous-jacents. Les Chinois ont reconnu qu’elle n’avait rien dans son jeu et ils ont tenu bon. En résumé, mes sources disent qu’elle a effectivement cédé. Clinton a obtenu sa “victoire” et nous sommes restés coincés dans un mauvais accord commercial. Lorsque Trump prétend que nous avons été piégés dans le cadre d’un mauvais accord commercial, il a raison, même si je me demande s’il comprend l’histoire. Quelqu’un lui a peut-être donné le contexte, mais il n’en a jamais parlé dans ses discours. Cet accès à l’OMC, qui s’est finalement produit en 2001, a permis à la Chine de commencer à s’emparer des marchés par des moyens légaux et d’accéder à la propriété intellectuelle américaine sans payer pour cela…

usa-et-chine-prets-dialoguer-sur-leurs-differends

Est-ce que cela fait une différence maintenant ? Probablement pas… Mais on en arrive à la rivalité dont nous avons parlé plus haut. Est-il possible pour les États-Unis et la Chine de rester ensemble dans une organisation comme l’OMC ? Trump semble en douter, car il a menacé de se retirer de l’OMC. Un jour ou l’autre, nous pourrions considérer cette période où un seul organisme régit le commerce international comme une aberration – un beau rêve qui n’a jamais été réaliste. Si c’est le cas, préparez-vous à de grands changements. »

Cela va jusqu’au cœur de l’une des plus grandes questions géopolitiques auxquelles l’Europe et l’Amérique sont confrontées. Mauldin nous donne alors ce qui fait l’objet d’un consensus : « malgré certains de ses discours, je ne crois pas que [Trump] soit idéologiquement contre le commerce. Je pense qu’il veut juste une “victoire” américaine et qu’il est souple sur ce que cela signifie ». Oui, Trump pourrait bien finir par faire du « Clinton », mais l’Amérique a-t-elle une alternative réaliste, si ce n’est de s’accommoder de la montée de la Chine ? Le monde a changé depuis l’ère Clinton : il ne s’agit plus seulement de se disputer sur les termes de l’échange.

xijinping

Xi Jinping se trouve au sommet du système politique chinois. Son influence s’étend maintenant à tous les niveaux. Il est le leader le plus puissant depuis le président Mao. Kevin Rudd (ancien premier ministre de l’Australie, qui étudie la Chine depuis longtemps) note, « rien de tout cela n’est pour les timorés… Xi a grandi dans la politique du parti chinois telle qu’elle est menée aux plus hauts niveaux. Par l’intermédiaire de son père, Xi Zhongxun… il a reçu des “cours de maître” non seulement sur la façon d’y survivre, mais aussi sur la façon de l’emporter en son sein. Pour ces raisons, il s’est avéré être l’homme politique le plus redoutable de son temps. Il a réussi à devancer, à déborder, à dépasser, puis à éliminer chacun de ses adversaires politiques. Le terme poli pour cela est la consolidation du pouvoir. En cela, il a certainement réussi. »

Et voilà le hic : le monde que Xi envisage est totalement incompatible avec les priorités de Washington. Xi n’est pas seulement plus puissant que n’importe quel prédécesseur autre que Mao, il le sait et a l’intention de laisser sa marque dans l’histoire du monde. Une qui équivaut, voire surpasse, celle de Mao.

Lee Kuan Yew, qui, avant sa mort en 2015, était le premier observateur de la Chine, avait une réponse sans équivoque sur la trajectoire étonnante de la Chine au cours des 40 dernières années : « L’ampleur de la transformation de l’équilibre mondial dû à la Chine est telle que le monde doit trouver un nouvel équilibre. Il n’est pas possible de prétendre qu’il ne s’agit que d’un autre grand joueur. C’est le plus grand joueur de l’histoire du monde. »

L’année 2021 marque le centenaire de la fondation du Parti communiste chinois, et Xi a clairement l’intention qu’en 2021, la Chine présente les réalisations de ses objectifs du premier centenaire. D’ici là, la Chine espère être l’économie la plus puissante du monde (elle l’est déjà là – sur la base de la parité du pouvoir d’achat), et une puissance émergente de classe mondiale – tant sur le plan politique que militaire. Selon Richard Haas, président du US Council for Foreign Relations, « l’ambition à long terme [de la Chine] est de démanteler le système des alliances américaines en Asie, en le remplaçant par un ordre de sécurité régionale plus bienveillant (du point de vue de Pékin) dans lequel elle jouit d’une place de choix, et idéalement une sphère d’influence à la mesure de son pouvoir ». (mais pourtant, Haas sous-estime peut-être les choses).

640px-Flag_of_the_People's_Republic_of_China

Pour atteindre le premier des deux objectifs du centenaire (le deuxième se termine en 2049), la Chine a un volet économique majeur, un volet économique/politique et un volet politique/militaire à la réalisation de ses objectifs.

Le plan « Made in China 2025 » est une vaste politique industrielle qui bénéficie d’un financement public massif en R & D (232 milliards de dollars en 2016), y compris une intégration potentielle explicite à double usage dans l’innovation militaire. Son principal objectif, outre l’amélioration de la productivité, est de faire de la Chine le « leader mondial de la technologie » et de faire en sorte que la Chine devienne autosuffisante à 70% en matériaux et composants clés. C’est peut-être bien connu en théorie, mais peut-être que l’évolution vers l’autosuffisance de la Chine et de la Russie implique quelque chose de plus brutal. Ces États s’éloignent du modèle commercial libéral classique au profit d’un modèle économique fondé sur l’autonomie et une économie dirigée par l’État (comme le préconisent des économistes comme Friedrich List, avant d’être éclipsés par la prédominance de ceux qui pensent comme Adam Smith).

banks-financial-institutions-carbon-trading-350-550x400_c

Le deuxième volet de la politique est la fameuse initiative « Belt and Road » [Nouvelle route de la soie, NdT], qui reliera la Chine à l’Europe. Cependant, l’élément économique est souvent ramené en Occident à une « simple infrastructure » – bien qu’à grande échelle. Sa conception représente plutôt une attaque directe contre le modèle économique occidental hyper-financiarisé. Dans une célèbre remarque critique dirigée contre la forte dépendance de la Chine à l’égard d’une croissance de style occidental, axée sur la dette – un auteur anonyme (que l’on croit être Xi ou un proche collègue) a noté (avec sarcasme) l’idée que de grands arbres ne pouvaient être cultivés « en l’air ». Ce qui veut dire que les arbres doivent avoir des racines et pousser dans le sol. Au lieu de l’activité « virtuelle » et financiarisée de l’Occident, l’activité économique réelle découle de l’économie réelle, avec des racines plantées dans la terre. La « nouvelle route de la soie » n’est qu’un catalyseur majeur de l’économie réelle.

Son aspect politique, bien sûr, est évident : Il créera un immense bloc d’échange et d’influence (en renminbis) [Le yuan ou renminbi est la devise nationale de la Chine, NdT] et, étant basé sur la terre, déplacera le pouvoir stratégique de la domination occidentale via la puissance maritime vers des routes terrestres sur lesquelles la puissance militaire conventionnelle occidentale est limitée – tout comme, de la même manière, il transférera la puissance financière du système du dollar de réserve vers le renminbi et d’autres monnaies.

4479970_3_2e7f_le-president-russe-vladimir-poutine-et-le_e6e2847c5182c34200a189febd9d359d

L’autre aspect, qui a été beaucoup moins remarqué, est la façon dont Xi a réussi à harmoniser ses objectifs avec ceux de la Russie. D’abord prudent à l’égard du projet « nouvelle route de la soie » quand Xi l’a lancé en 2013, le Kremlin, s’est rapproché de l’idée dans la foulée du coup d’État occidental contre ses intérêts en Ukraine, et avec le projet conjoint de l’Amérique avec l’Arabie saoudite pour faire chuter le prix du pétrole (l’Arabie saoudite voulait faire pression sur la Russie pour qu’elle abandonne Assad, et les États-Unis pour affaiblir le Président Poutine, en affaiblissant le rouble et les finances du gouvernement).

Ainsi, en 2015, le président Poutine s’était engagé à lier l’Union économique eurasienne de la Russie et la ceinture économique de la Route de la soie de la Chine, et deux ans plus tard, Poutine était l’invité d’honneur du sommet « Une ceinture, une route », qui s’est tenu à Pékin.

463538252

Ce qui est intéressant, c’est la façon dont la Russie a intégré la vision de Xi dans sa propre pensée de la « Grande Eurasie », conçue comme l’antithèse centrale d’un ordre mondial financiarisé et dirigé par les Américains. Le Kremlin, bien sûr, comprend bien que dans le domaine du commerce et de la finance, la position de la Russie en Eurasie est beaucoup plus faible que celle de la Chine. (L’économie de la Chine est huit à dix fois plus importante que celle de la Russie).

Les forces cruciales de la Russie se situent traditionnellement dans les domaines politico-militaire et diplomatique. Ainsi, laissant les initiatives économiques à la Chine, Moscou s’efforce de jouer le rôle d’architecte en chef d’une architecture politique et de sécurité eurasienne, d’un concert de grandes puissances asiatiques et de producteurs d’énergie.

Le président Poutine a, dans un sens, trouvé la symétrie et la complémentarité de la politique de Xi en matière de routes et de couloirs (un équilibre asymétrique de la Russie, si l’on veut, à la force économique brute de Xi) dans sont livre One Map ; Three Regions’ politics [Carte unique ; politique des trois régions, NdT], Bruno Maçães a écrit :

outil échecs

En octobre 2017, Igor Sechin, directeur général de Rosneft, a pris la décision inhabituelle de présenter un rapport géopolitique sur les « idéaux de l’intégration eurasienne » devant un auditoire à Vérone, en Italie. L’une des cartes projetées à l’écran pendant la présentation montrait le supercontinent – ce que les cercles russes appellent « Grande Eurasie » – divisé en trois régions principales. Pour Sechin, la division cruciale n’est pas entre l’Europe et l’Asie, mais entre les régions de consommation d’énergie et les régions de production d’énergie. Les premières sont organisées sur les bords ouest et est du supercontinent : Europe, y compris la Turquie, et l’Asie-Pacifique, y compris l’Inde.

Entre elles, nous trouvons trois régions de production d’énergie : La Russie et l’Arctique, la Caspienne et le Moyen-Orient. Il est intéressant de noter que la carte ne sépare pas ces trois régions, préférant tracer une ligne de délimitation autour des trois. Elles sont contiguës, formant ainsi un seul bloc, du moins d’un point de vue purement géographique.

ue-chine-accord-reconnaissance-mutuelle-oea

La carte, note Maçães, « illustre un point important sur la nouvelle image d’elle même qu’à la Russie. Du point de vue de la géopolitique énergétique, l’Europe et l’Asie-Pacifique sont parfaitement équivalentes, fournissant des sources alternatives de demande en ressources énergétiques…. Et, si l’on considère les trois zones [délimitées sur la carte], il devient évident que deux d’entre elles sont déjà dirigées et organisées par un acteur de premier plan : L’Allemagne dans le cas de l’Europe ; et la Chine pour l’Asie-Pacifique ».

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le regain d’intérêt et l’intervention de la Russie au Moyen-Orient. En consolidant les trois régions productrices d’énergie sous sa direction, la Russie peut être un véritable égal de la Chine dans l’élaboration du nouveau système eurasien. Ses intérêts se situent maintenant plus résolument dans l’organisation d’une volonté politique commune pour la région centrale de production d’énergie, que dans la récupération des »”vieux désirs » de faire partie de l’Europe.

maoamo

Et la ‘volonté politique’ est aussi le projet de Xi : Alors qu’après que la révolution culturelle de Mao a essayé d’effacer le passé ancien de la Chine et de le remplacer par le « nouvel homme socialiste » du communisme, Xi a de plus en plus dépeint le parti comme l’héritier et le successeur d’un empire chinois vieux de 5 000 ans que seul l’Occident maraudeur a abaissé, écrit Graham Allison, auteur de Destined for War : Can America and China Escape Thucydides’s Trap ? Ainsi, le Parti a évoqué les humiliations passées aux mains du Japon et de l’Occident « pour créer un sentiment d’unité qui s’était fracturé, et pour définir une identité chinoise fondamentalement en désaccord avec la modernité américaine ».

Enfin, Xi s’est engagé à rendre sa puissance à la Chine. Il croit qu’une armée « capable de se battre et de gagner des guerres » est essentielle pour réaliser toutes les autres composantes de la « régénération » de la Chine. L’Amérique a davantage d’organisation militaire que la Chine, cependant que Moscou dispose d’armes technologiquement meilleures – mais la Chine rattrape aussi rapidement l’Occident à cet égard. La coopération militaire stratégique directe entre la Chine et la Russie (la Chine soutenait militairement et politiquement la Russie) était évidente dans la récente poussée de propagande américaine et britannique – Skripal et armes chimiques en Syrie – contre la Russie. Cette coopération agit comme un moyen de dissuasion contre l’entreprise d’une action militaire américaine contre l’un ou l’autre État.

1035486285

À Washington, contrairement à Pékin, il y a différentes voix qui tentent de définir comment l’Amérique devrait interagir avec la Chine. Trump a parlé le plus fort, cependant les idéologues sont là aussi, réclamant un réajustement fondamental des termes du commerce et des droits de propriété intellectuelle. Mais l’armée américaine est également convaincue que les États-Unis doivent rester l’hégémon militaire dans la région Asie-Pacifique et que la Chine ne doit pas être autorisée à repousser l’Amérique vers le large. Il y a, cependant, une rare unité à Washington – parmi les « groupes de réflexion » et entre les deux principaux partis politiques – sur un point et un seul : la Chine constitue la menace « numéro un » pour l’ordre mondial « fondé sur des règles » dirigé par les Américains… et devrait être remise à sa place.

Mais quels sont – parmi les objectifs de la Chine décrits ci-dessus – ceux sur lesquels les États-Unis pensent pouvoir d’une manière ou d’une autre « revenir en arrière » et réduire plus substantiellement le poids de la Chine – ce sans entrer en guerre ?

file6yk3kaku3j51ly7s5f2x

En réalité, Xi peut accorder à Trump suffisamment de concessions mineures (c’est-à-dire sur les questions de prévalence et de propriété intellectuelle) pour permettre à Trump de revendiquer une « victoire » (c’est-à-dire de refaire un coup à la « Clinton »), et d’acheter quelques années de paix économique frileuse, tandis que les États-Unis continuent d’accumuler les déficits commerciaux et budgétaires. Mais en fin de compte, l’Amérique devra décider de s’adapter à la réalité, ou risquer au mieux la régression, ou la guerre au pire.

Cela sera difficile à la fois économiquement et géopolitiquement, d’autant plus que ceux qui prétendent connaître Xi semblent convaincus qu’en plus de vouloir faire de la Chine le « plus grand acteur de l’histoire du monde », Xi aspire aussi à être celui qui, enfin, réunifiera la Chine : non seulement le Xinjiang et le Tibet sur le continent, mais aussi Hong Kong et Taïwan. L’Amérique peut-elle encaisser culturellement l’idée que Taïwan « démocratique » soit militairement unifiée à la Chine ? Pourrait-elle l’échanger contre une solution nord-coréenne ? Cela semble improbable.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 01-05-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/le-plus-grand-joueur-de-lhistoire-mondiale-par-alastair-crooke/

mardi 22 mai 2018

Les Etats-Unis et l'abus de droit

TRIBUNE LIBRE / Daniel Fortin / Rédacteur en chef

TL TRUMP SOUVERAINETE

Les nouvelles menaces de sanctions contre les entreprises commerçant avec l'Iran montrent la faiblesse de l'Europe face à l'impérialisme juridique américain.

L' « Oracle » Trump a parlé et voici les entreprises françaises - comme du reste leurs homologues étrangères et américaines -  sommées de quitter l'Iran avant le 4 novembre prochain sous peine de lourdes sanctions financières et/ou de rétorsions commerciales. La décision prise par Washington de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 rouvre ainsi de façon spectaculaire le débat sur l'impérialisme juridique des Etats-Unis, autorisés à imposer leurs règles partout où ils le souhaitent hors de leurs frontières.

souverainet-europenne

Vu d'Europe, on ne peut qu'être choqué par l'ingérence de l'ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, sommant mardi les entreprises allemandes de cesser « immédiatement » leurs activités en Iran. Et l'on est abasourdi par l'incapacité européenne à s'opposer à la toute-puissance d'un droit américain que Donald Trump a choisi d'utiliser pour ce qu'il est, c'est-à-dire une redoutable arme économique.

On aura beau jeu de s'indigner contre cette confiscation des règles du commerce international au profit d'une seule puissance, fût-elle la plus grande du monde. Ce serait oublier que le principe d'extraterritorialité du droit américain n'est pas nouveau et que Donald Trump ne l'a pas inventé. Faut-il rappeler ici que c'est sous le mandat du modéré Barack Obama que BNP Paribas s'est vu infliger en 2014  une amende de 8,9 milliards de dollars pour avoir violé l'embargo américain contre Cuba, le Soudan et - déjà - l'Iran entre 2002 et 2009 ?

OUTIL STRATAGEME

Renault, PSA, Total ou Airbus, qui s'étaient à nouveau ouvert le marché iranien, n'ont évidemment pas attendu le verdict de Washington pour prévoir une révision de leurs engagements. Mais à quel prix ? Et combien de temps l'Europe laissera-t-elle ses fleurons industriels à la merci de règles léonines dont la brutalité prend toute son ampleur lorsqu'un président sans scrupule est installé à la Maison-Blanche ? Il y a six mois, Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, avait invité l'Europe à se doter d'outils susceptibles de résister à l'emprise de la législation américaine sur le commerce mondial. Tout en admettant que la réflexion sur ce sujet était « embryonnaire ». C'est bien tout le problème.

Daniel Fortin
https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301659363583-les-etats-unis-et-labus-de-droit-2174945.php

citation-dieu-se-rit-des-hommes-qui-se-plaignent-des-consequences-alors-qu-ils-en-cherissent-les-causes-jacques-benigne-bossuet-165383

dimanche 20 mai 2018

La culture des massaïs en péril.

Pour encaisser des devises, la Tanzanie joue la carte du tourisme. Quitte à chasser tout un peuple de ses terres ancestrales.

tl massais

La nuit tombe vite près de l’équateur. Alors que les masses de nuages qui apparaissent à l’horizon prennent un ton orange tandoori, des enfants font rentrer les chèvres à l’intérieur d’enclos formés d’épineux pour les protéger des léopards. Sur le sentier qui gravit la colline, un vieux Massaï passe, grimpant la côte à grandes enjambées, sans effort. Un tissu rouge l’enveloppe des épaules aux genoux. D’une main, il tient une lance. De l’autre, il pianote sur un téléphone portable. Je peux sentir la fumée des feux du village massaï voisin, sur lesquels les habitants préparent le dîner : soirée ordinaire sur les hauts plateaux d’Afrique de l’Est.

Etrangement, je viens de recevoir un texto me souhaitant la bienvenue aux Emirats arabes unis (EAU). “Nous vous souhaitons un agréable séjour !” peut-on y lire. L’explication se trouve là-bas, juste en haut de la colline, à un endroit que les autochtones appellent “Arabiya”. C’est une sorte de camp touristique constitué d’une imposante résidence, d’une piste d’aviation capable d’accueillir de gros jets, d’une flotte de véhicules tout-terrain et d’une agence de télécommunications à l’enseigne de l’opérateur des Emirats arabes unis. On y trouve également le siège d’Ortelo Business Corporation (OBC), une entreprise peu connue (elle ne fait pas de publicité) qui organise des safaris de luxe. Fondée en 1993 par un ministre de la Défense des EAU proche de la famille royale de Dubaï, elle propose aux cheikhs et aux millionnaires du Golfe de venir faire des séjours agréables dans la nature. Son champ d’action : une région appelée Loliondo, plus vaste que le Hampshire.

elevage-serengeti

Cette étendue de coteaux et de savane ne constitue que l’une des innombrables terres que le gouvernement tanzanien, avide de dollars, a abandonnées aux investisseurs étrangers. En vertu de la “stratégie de développement” adoptée par le gouvernement, la Tanzanie doit attirer 1 million de touristes depuis 2010 et les dirigeants semblent prêts à tout pour y parvenir. Rappelons qu’un quart du territoire est protégé à des fins de “conservation”. En règle générale, cela signifie qu’on y développe un tourisme du type safari et que les personnes qui vivent sur ces terres se font expulser par le gouvernement.

A quelques kilomètres d’Arabiya, dans les collines, se trouve un autre établissement, d’un genre un peu différent. L’Enashiva Nature Refuge est un complexe avec hôtel et camping, installé sur un domaine de près de 5 000 hectares. Il appartient à une société d’écotourisme américaine, primée pour son travail : Thomson Safaris. Si cette entreprise se vante de sa philanthropie, les Massaïs l’accusent de les avoir privés, eux et leurs troupeaux, des terres où ils venaient chercher de l’eau et des herbages. Thomson Safaris conteste ces accusations : Les gardiens de troupeaux ont toujours eu accès à une source pendant la saison sèche.” Or le plus important, pour ces bergers semi-nomades, c’est de pouvoir déplacer leurs troupeaux sur différentes zones de pâture au fil des saisons. Thomson discute actuellement de ce point avec un comité de sages locaux. Cela fait deux ans que les frontières d’Enashiva sont le théâtre de violentes confrontations, parfois accompagnées de coups de feu, entre les bergers, les gardes de Thomson et la police.

carte-tanzanie

On assiste ici, dans le nord de la Tanzanie, à ce qui peut être décrit comme la destruction systématique de la culture et des moyens de subsistance de la tribu la plus emblématique d’Afrique. Elégants, intelligents et insoumis, les Massaïs fascinent les aventuriers depuis le milieu du XIXe siècle. Avec leurs pommettes hautes et leur code de guerre chevaleresque, ces nomades forment la toile de fond d’une kyrielle de fictions africaines imaginées par des figures du monde blanc, du romancier Ernest Hemingway au photographe Peter Beard. Mais, aujourd’hui, les Massaïs sont en train de se faire ghettoïser, jugés indésirables au sein des nouveaux Disneyland d’Afrique. Parmi les nombreuses entreprises touristiques étrangères, certaines se font complices du gouvernement, qui distribue à qui mieux mieux les terres sur lesquelles les Massaïs ont vécu pendant des siècles. Selon des ONG, des centaines de fermes massaïs ont été incendiées par la police, en juillet-août dernier, lorsque des bergers, frappés par la sécheresse, ont amené leur bétail sur des terres louées par l’Etat à l’OBC.
“Un Massaï, c’est bien pour les photos des touristes, c’est aussi utile pour porter vos sacs jusqu’au camp, et peut-être pour vous guider et vous aider à voir des animaux”, explique Moringe Ole Parkipuny, un vieux défenseur des droits des Massaïs, qui siège au Parlement tanzanien. “Mais, en fin de compte, les animaux ont bien plus de valeur que les personnes.” S’il faut une preuve de ce sombre constat, elle se trouve dans le nord de la Tanzanie, dans une région qui attire les touristes comme le miel attire les abeilles, le massif du Ngorongoro. Là, le gouvernement expulse les Massaïs par dizaines de milliers pour la sauvegarde de vingt-cinq rhinocéros, l’attraction phare du cratère du Ngorongoro.

masai

Ololosokwan est le village le plus proche d’Arabiya. A notre arrivée les conversations battent leur plein. D’après la rumeur, l’émir de Dubaï en personne doit arriver au ranch dans les jours qui viennent. Sa venue imminente explique la présence d’un groupe d’hommes arabes à l’air sévère, que certains ont aperçu dans un 4 x 4 dépourvu d’immatriculation, à côté de la cafétéria qui borde la route. Visibles aussi, les bérets rouges de la Full Force, la police spéciale de Tanzanie, que la population redoute. Lorsque des figures éminentes arrivent au camp – si l’on en croit ce qu’on raconte ici –, un tapis est déroulé tout le long du chemin qui sépare la piste d’atterrissage de la résidence.

La zone est fermée aux journalistes et aux ONG. Et l’OBC n’a pas cru bon de répondre à notre demande d’entretien. Les villageois, qui ont été avertis par la police qu’ils auraient des ennuis s’ils parlaient de l’OBC à des étrangers, osent cependant nous parler – discrètement – des “Arabes” et de leur bizarre colonisation du district de Loliondo. Ils racontent que, pendant six mois, chaque année, ils sont contraints d’obéir aux managers arabes, qui leur disent où mener leurs troupeaux, et par quel chemin. Si les villageois se disputent avec l’OBC à propos des terres, la police tanzanienne les punit et les frappe.

Les bergers ont commencé à être expulsés en 1959

ill_4601620_1f20_2015032845

L’été dernier, un Massaï de 29 ans est mort écrasé accidentellement par un véhicule touristique arabe, selon les autorités. Mais les bergers qui se trouvaient avec lui n’en démordent pas : il s’est d’abord fait tirer dessus, et ensuite le véhicule est passé intentionnellement sur son corps. Et ils ne se fient guère au rapport d’autopsie. Cependant, aucune preuve ne permet de valider leurs affirmations.

L’OBC, de son côté, fait valoir ses actions caritatives. En mai 2009, elle a distribué des sacs de maïs dans le cadre d’un programme de lutte contre la famine, à Loliondo. De plus, pour dédommager certains villages des désagréments causés par la chasse, elle a proposé de verser 25 millions de shillings tanzaniens (près de 13 000 euros) à chacun. Le village d’Ololosokwan, lui, a refusé l’argent. “Nous n’avons pas été consultés lorsqu’on a donné aux Arabes cette zone de chasse”, explique Kirando Ole Lukeine, un des anciens. “Le village ne veut rien avoir à faire avec cela. On nous a dit que nous devions obéir au gouvernement. Mais ce n’est qu’une manœuvre de plus pour nous confisquer nos terres.” Conclusion d’un autre aîné : “Nous nous sentons comme des réfugiés dans notre propre pays.”

tanzanie-parcs

La Tanzanie, qui, en 2008, était classée 102e sur 180 sur la liste des pays les moins corrompus du monde, a encaissé 9,3 millions de dollars [6,6 millions d’euros] en 2002 grâce à la vente de permis de chasse. Mais la part qui revient aux communautés des zones qui accueillent les chasseurs est infime. La pauvreté y atteint un des pires niveaux parmi les pays d’Afrique de l’Est.

En Tanzanie, les bergers ont commencé à être expulsés des plaines en 1959, lorsque le gouvernement colonial britannique a transformé l’océan d’herbe du Serengeti – en langue massaï, ce nom signifie “plaine infinie” – en une réserve naturelle interdite aux humains. Le gouvernement a alors passé un accord avec les Massaïs, un accord plutôt honnête comparé à tous ceux qui ont suivi. Les clans ont accepté de quitter la plaine et de s’installer sur les hauts plateaux volcaniques adjacents, célèbres pour le gigantesque cratère du Ngorongoro et ses rhinocéros. Les administrateurs coloniaux avaient expliqué aux Massaïs qu’ils pourraient y vivre perpétuellement, en disposant de l’eau et des herbages à leur guise.

1309283381_Tanzanie_masai_1

Après l’indépendance, en 1961, le gouvernement tanzanien a créé de nouveaux parcs naturels, ce qui a entraîné d’autres vagues d’expulsions. En 1973, le gouvernement de Julius Nyerere, qui est revenu sur l’accord conclu entre les Massaïs et les Britanniques, a chassé les bergers du cratère. D’après la conception socialiste qu’avait Julius Nyerere de la propriété terrienne, toute terre devait être productive. Or les bergers, même s’ils produisaient la majorité de la viande de bœuf de la nation, n’étaient pas productifs au sens de l’agriculture moderne. Selon lui, ils étaient “paresseux, ingouvernables et sauvages”. Le gouvernement a donc interdit leur langue (elle est toujours bannie des écoles, ce qui explique entre autres le fort niveau d’analphabétisme chez les Massaïs) et leurs costumes. Julius Nyerere est même allé jusqu’à ordonner aux femmes de porter des sous-vêtements.

inyati-safari-game-drive-590x390

Le peuple qui possède ces terres perçoit très peu de bénéfices du tourisme. Dans la zone de conservation du Ngorongoro, jamais un de ses membres n’a obtenu le moindre emploi dans les services du parc. Les Massaïs ont seulement le droit de vendre des perles et de danser pour les touristes. De nos jours, 70 % de la communauté vit au-dessous du seuil de pauvreté et 15 % des enfants n’atteignent pas l’âge de 5 ans. Et pourtant, plus de 300 000 touristes visitent leur région chaque année, rapportant au parc géré par le gouvernement la bagatelle de 10 millions de dollars [7 millions d’euros].

L’immensité de plaines et de collines d’Ololosokwan et de Loliondo est l’un des endroits les plus isolés sur terre. Il faut par exemple rouler huit heures en 4 x 4 pour atteindre la route goudronnée la plus proche. L’espace semble donc suffisant pour tout le monde. Mais, en réalité, les Massaïs se retrouvent douloureusement pris en étau entre les parcs nationaux et les terrains détenus par des investisseurs étrangers. La concession de Dubaï, dangereuse pour les bêtes pendant les six mois que dure la saison de la chasse, ne se trouve qu’à quelques kilomètres du parc national du Serengeti, où la moindre vache égarée sera automatiquement saisie par les autorités. Sans oublier les terres de Thomson Safaris, que l’entreprise a rebaptisées Enashiva Nature Refuge. En massaï, enashiva signifie “bonheur”. Les autochtones ne peuvent retenir un sourire devant une telle ironie.

 

CA-Tanzanie-safari-cheval-Makoa-Meru-16

Liz McKee, une Britannique responsable de la Tanzanie chez Thomson Safaris, me confie qu’il y aurait des emplois à pourvoir sur le site d’Enashiva, qui devait amorcer ses activités début 2010. Elle me rappelle que les groupes de protection de la nature ne tarissent pas d’éloges envers Thomson et son tourisme éthique. De fait, au début de l’année 2009, la société a été couronnée par le National Geographic comme l’une des dix meilleures entreprises de voyages d’aventure de la planète. Thomson a même sponsorisé une conférence sur le tourisme philanthropique. Liz McKee m’a invité à visiter Enashiva et à interviewer son manager local, Daniel Yamat. Avant de m’y rendre, j’ai demandé à Lesingo Ole Nanyoi, un des bergers des environs, s’il aimerait avoir un travail bien rémunéré dans l’hôtel. “Non”, m’a répondu cet homme grand, à la peau très foncée, solennel et calme. “Ce ne serait pas possible.” La diction de Lesingo est lente et difficile à comprendre. Lors d’affrontements à Enashiva, en avril 2008, lorsque des gardes de sécurité et des policiers ont tenté de confisquer le troupeau de sa famille, il a été touché par une balle de la police, qui lui a brisé la mâchoire. La blessure lui a laissé un enchevêtrement de vilaines cicatrices au menton, et sa mâchoire est encore trop faible pour qu’il puisse mâcher. “La vie d’un Massaï, c’est son troupeau, assure-t-il. Le troupeau nous donne tout ce dont nous avons besoin, notre nourriture, un abri. Arrêter de garder du bétail, c’est mourir !”

Lesingo et d’autres bergers expliquent que des heurts avec les gardes de Thomson, qui ne sont pas armés, éclatent sans cesse.

215668

Souvent, les gardiens confisquent des vaches pour une journée. Et lorsqu’ils appellent la police en renfort, les bergers se font arrêter et sont obligés de verser des pots-de-vin pour être libérés.

Les trois villages isolés qui bordent Enashiva ont eux aussi leur lot d’histoires à raconter. Deux femmes nous confient qu’elles ont été battues lors d’échauffourées, il y a deux ans. Toutes deux étaient enceintes et ont perdu leur bébé. Un matin, nous partons avec un membre d’une ONG locale, le Women Pastoralists Committee [Comité des femmes éleveuses], pour les interviewer. Mais, à mi-chemin, la personne qui nous accompagne reçoit un appel de son chef sur son téléphone portable, qui lui dit de faire demi-tour : “C’est trop dangereux !” D’après James Lembikas, chef du village de Soitsambu, le respect des limites des terres et la fermeture des chemins de pâturage traditionnels des Massaïs par Thomson ont détruit des vies dans les trois villages adjacents à ses terrains. Jusqu’à 4 000 personnes ont vu leur existence bouleversée. Les enfants ne peuvent plus aller à l’école et un millier de familles ont dû déplacer leurs bêtes vers des herbages excessivement sollicités, près de la limite avec la zone de chasse émirienne.

snakedance

James Lembikas accepte de nous accompagner pour visiter les trois villages délabrés, mais il change d’avis après avoir reçu un coup de téléphone de Daniel Yamat, le manager de Thomson à Enashiva. Nous appelons donc le manager et fixons un rendez-vous au Nature Refuge. Mais Daniel Yamat nous dit d’emblée qu’il ne peut rien nous montrer ni répondre à aucune question. Nous n’avons plus qu’à repartir. Mais voilà que nous sommes arrêtés sur la route, dix minutes plus tard, par la police tanzanienne, qui nous emmène au bureau du commissaire du district. Celui-ci nous prend nos passeports et veut nous faire escorter par un policier armé jusqu’à Arusha, la capitale de la région, afin qu’une enquête soit menée. Son secrétaire nous explique que ces mesures font suite à une plainte déposée par Thomson à propos de nos questions. Deux jours plus tard, à Arusha, un responsable de l’immigration finit par nous rendre nos passeports et nous présenter des excuses. “Ces fonctionnaires, là-bas, ils ne connaissent rien au droit. Tout ce qu’ils font, c’est pour des raisons politiques.”

Des militants massaïs sont régulièrement arrêtés et menacés

sukuma2

Un journaliste d’Arusha, qui a eu le courage de couvrir les événements liés à l’installation de Thomson et de l’OBC, nous explique que la seule façon de visiter les lieux est de le faire en secret, une fois la nuit tombée. Il nous avertit par ailleurs que des militants massaïs sont régulièrement arrêtés et menacés. Un chef massaï, qui avait protesté contre Thomson auprès du président tanzanien est décédé alors qu’il était entre les mains de la police. Après sa mort, un journaliste néo-zélandais, Trent Keegan, a interviewé en 2008 des victimes massaïs du service d’ordre de Thomson. Quelques jours plus tard, il a lui aussi été assassiné lors d’un simulacre de vol, à Nairobi. Selon ses proches, sa disparition est liée à son travail d’investigation, mais aucune preuve ne permet d’étayer leurs soupçons.

lance

Lorsque j’évoque notre expulsion du district devant Liz McKee, elle m’assure d’un air catégorique que Thomson ne verse pas d’argent à la police ni aux autorités. “Ça ne rentre pas dans mon budget”, plaisante-t-elle. Et si elle reconnaît que des tensions regrettables existent, elle soutient que les violences ne viennent que du côté adverse. Elle assure aussi que les Massaïs ont lancé des flèches empoisonnées sur des touristes, accusation que Lesingo Ole Nanyoi et d’autres Massaïs contestent fermement. Liz McKee admet que les griefs des Massaïs à propos des terres ont leurs raisons d’être. Mais elle estime que le gouvernement, qui a vendu le ranch à Thomson, est responsable du problème.

(...)

Alex Renton
https://www.courrierinternational.com/article/2010/02/11/vous-ne-partirez-plus-en-safari

BASE 14 995X225

Nos politiques (dont beaucoup sont corrompus en étant au service de la finance et des multinationales) nous vantent la mondialisation, affirmant même que nous serons obligés d'y entrer !

Mai n'est-ce pas plutôt un tsunami dévastateur qui balaie toute la richesse, la beauté et la diversité du monde au profit d'une très très petite minorité ?   S.R.

Posté par UPR Creuse à 09:35 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

mardi 15 mai 2018

Le Brexit fait bondir les exportations de « British mozzarella »

Le boom de la demande en Chine et la baisse de la livre provoquée par les incertitudes liées au Brexit ont fait bondir de 23 % les exportations de fromages « made in UK » l'an dernier.

ACT CHEDDAR UK

C'est une conséquence inattendue  du Brexit  : la baisse de la livre provoquée par les incertitudes sur les conditions de la sortie de l'UE a dopé l'an dernier... les exportations de fromages britanniques ! Selon les statistiques des douanes de sa très Gracieuse Majesté, relayées la semaine dernière par  le « Guardian » , leur valeur a bondi de 23 %, à 615 millions de livres sur l'année, la baisse du sterling rendant le Stilton ou encore le Cheddar plus compétitifs.

La hausse des exportations en valeur est aussi liée à la hausse des prix sur le marché mondial, la demande en fromage continuant de progresser alors même que la production a baissé en Europe. La demande explose ainsi en Asie et en particulier en Chine, où les exportations de fromages britanniques sont passées de 49 tonnes seulement en 2015, à 786 tonnes l'an dernier !

Fromages en poudre ou râpés

12044551

Cette demande ne porte pas toujours sur les fromages britanniques les plus fins : plus de la moitié des fromages « made in UK » exportés en Chine sont en poudre ou râpés, autrement dit destinés à être utilisés dans des plats cuisinés. Les ventes de fromages britanniques font aussi un bond de 27 % en valeur aux Philippines.

Le Cheddar représente à lui seul pas moins de 40 % des exportations de fromage du Royaume-Uni. Plus surprenant, la forte progression de la mozzarella et des fromages frais - comme le fromage blanc égoutté (« cottage cheese ») ou celui à base de lait caillé (« curds ») - avec dans un cas comme dans l'autre des exportations en hausse de 14 % en volume l'an dernier.

Attitude plus positive des acheteurs français

Les exportations de « British mozzarella » vers les Etats-Unis ont ainsi grimpé de 43 % ! Les ventes britanniques de ce fromage destiné pour l'essentiel à la confection de pizza ont aussi progressé à Hong Kong, en Espagne, aux Pays-Bas, au Danemark et au Pakistan.

La-démocratie-et-la-liberté-dexpression-en-France-au-quotidien

Autre explication à ce boom des exportations britanniques : selon Jason Hinds, un exportateur de fromage anglais interrogé par le « Guardian », les acheteurs français auraient aussi une attitude plus positive à l'égard des fromages étrangers de qualité, et  en particulier à l'égard de ceux fabriqués outre-Manche . Qui a dit que la Hollande était l'autre pays du fromage ?

https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301666333502-ca-se-passe-en-europe-le-brexit-fait-bondir-les-exportations-de-british-mozzarella-2175611.php

BASE 14 995X225

Et dire que le Brexit devait ruiner la Grande Bretagne et la faire se refermer sur elle-même  !!!!
Donc, pour redresser l'économie française, vendre nos fromages, nos vins et tous nos produits de qualité, Macron doit nous sortir de l'UE !
A moins que... sa mission ne consiste pas à redresser la
France... S.R.

Posté par UPR Creuse à 07:44 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

vendredi 4 mai 2018

Affaire Bolloré Vivendi Havas..., à qui profite le crime ?

BASE 14 995X225

L'affaire Bolloré vue sous un autre angle: ça n'exonère pas le groupe oligarchique mais c'est à inclure dans notre réflexion, surtout quand la presse euro- atlantiste hurle avec les loups. La guerre économique fait rage et les manipulations de toute sorte en font partie. Rien n'est jamais simple...   P.G.


 

Nous avons rendu compte le 24 avril 2018 de la mise en garde à vue de Vincent Bolloré, propriétaire d’Havas et de nombreux intérêts en Afrique, soupçonné d’avoir utilisé son agence pour favoriser ses affaires dans des concessions portuaires au Togo et en Guinée. Bolloré qui est aussi un homme de médias à travers Vivendi qui contrôle Canal+, et CNews.

TL OJIM BOLLORE GUERRE ECO

Après 60 heures de garde à vue l’homme d’affaires a été mis en examen le 25 avril pour corruption d’agent public étranger, complicité d’abus de confiance, faux et usage de faux. Il a été laissé en liberté sans contrôle judiciaire.

Les concurrents chinois

La présence de Bolloré en Afrique est massive et requiert de lourds investissements : ports aménagés pour recevoir des maxi conteneurs sous régime de la concession. Sur le plan ferroviaire Bolloré rénove et construit la voie ferrée Abidjan-Ouagadougou-Cotonou, 1200 kms de voies à construire, 1800 kms à rénover. Un projet estimé autour de 3 milliards d’euros et bloqué depuis 2016 par le Bénin. En mars 2018 Patrice Talon, Président du Bénin, a clairement indiqué sa préférence pour un projet porté par les chinois.

En parallèle GVA (Group Vivendi Africa) veut construire un vaste réseau de fibre optique suivant la voie ferrée, apportant le haut débit à l’intérieur du continent africain. Là aussi les groupes chinois sont à l’affût. Dans le cadre du projet de la route de la soie, la Chine veut arrimer le continent à la route de la soie maritime par le biais des côtes somaliennes mais aussi par le canal de Suez. Et sa politique de non-ingérence dans les affaires intérieures ne déplaît pas aux africains.

AFRIQUE GUERRE COMMERCIALE 1

Les Américains en embuscade

Barack Obama avait annoncé le 21 septembre 2016 un nouveau plan d’investissement de 9 milliards de dollars pour l’Afrique. Cette annonce avait été faite lors du Forum d’affaires Afrique États-Unis, à New York, en marge de l’assemblée générale de l’ONU. Il avait précisé que les investissements privés américains en Afrique se montaient à 15 milliards de dollars pour les deux années précédant le Forum. Obama s’était bien gardé de citer les montants de l’USAID où la NSA et la CIA sont comme des poissons dans l’eau : 10 milliards de dollars par an sans oublier le plan Power Africa d’électrification de l’Afrique subsaharienne. Sans oublier non plus que les États-Unis disposent dans le continent d’une soixantaine de bases, camps et autres installations de défense.

Si la diplomatie de Trump semble plus dirigée vers l’Asie, l’Amérique latine ou le Moyen-Orient, ce serait une erreur de croire que l’Afrique est délaissée. Le 20 septembre 2017 Trump recevait plusieurs chefs d’État africains à la Trump Tower. Parmi ces derniers, le Président guinéen Alpha Condé. Celui là même que les juges soupçonnent d’avoir été acheté par Havas pour favoriser les affaires de Bolloré dans son pays. Début mars 2018, le secrétaire d’État américain de l’époque Rex Tillerson, entreprenait un voyage d’une semaine visitant le Nigéria, le Tchad, le Kenya et l’Ethiopie.

Si Bolloré chute en Afrique, les remplaçants sont tout trouvés, Américains et Chinois doivent se frotter les mains.

(...)

https://www.ojim.fr/affaire-bollore-vivendi-havas-a-qui-profite-le-crime/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-05-03

Posté par UPR Creuse à 08:44 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mercredi 2 mai 2018

[RussEurope-en-Exil] Mondialisation, démondialisation, et les dérives d’une idéologie [réédition]

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

TRIBUNE LIBRE / J. SAPIR

TL SAPIR MONDIALISATION

Le livre de Philippe Moreau Defarges[1] entend nous brosser un tableau général des logiques de mondialisation et de démondialisation. Le débat est important, voire d’actualité. Un sondage d’OpinionWay vient en effet d’être réalisé sur la « mondialisation » et ses résultats sont sans appels[2]. Les français rejettent dans leur grande majorité cette « mondialisation » et se prononcent même, à près de 66%, pour une forme de retour au protectionnisme. Ce livre, pourtant, se présente comme un mélange étrange d’histoire, de réflexions pertinentes et d’idéologie.

Mondialisation et Démondialisation

Moreau Defarges, et il faut l’en remercier, a écrit un livre dense, qui entend brasser les différents problèmes issus de la dynamique de la mondialisation. Il commence son livre par une analyse des différences qui existent entre l’alter-mondialisme et les discours de démondialisation. Cette distinction est importante. Elle permet de cerner ce qui sépare ceux qui contestent l’état actuel des processus de mondialisation et ceux qui considèrent que le processus lui-même est, sans doute, arrivé au bout de ses possibilités. De ce point de vue, l’articulation entre les situations présentes et les processus, entre le « statique » et la « dynamique » est, naturellement, au cœur du débat. De fait, nul ne nie l’ampleur des interactions économiques et politiques, ni ne veut revenir à des Etats ne fonctionnant que sur leurs ressources nationales, un rêve autarcique qui n’a jamais existé.

Ce qui oppose les altermondialistes et les partisans de la démondialisation n’est pas non plus le constat des effets néfastes de la mondialisation. C’est, plutôt, l’analyse des constantes politiques. Le fonctionnement des organisations et des forums internationaux renvoie toujours aux Etats qui y adhèrent. Et il n’y a pas de « souveraineté » mondiale, dont on comprend bien que la base ne pourrait être que biologique, en raison de l’extrême différence des cultures politiques des différents peuples. Le discours de la démondialisation, du moins celui auquel il est raisonnable d’adhérer, prend acte de ces distinctions et, plutôt que de chercher à les nier, entend les coordonner. Mais, pour qu’une coordination soit possible, il faut que la souveraineté des Etats soit respectée.

aigle-américain

C’est, d’emblée, l’un des points sur lesquels on se sépare de la thèse centrale de ce livre. Car, Moreau Defarges a écrit une mise en garde contre la démondialisation. Et, cette démondialisation pour lui, s’incarne dans le personnage du Président des Etats-Unis, Donald Trump. Que ce dernier s’oppose au cadre actuel est une évidence. Mais, on peut se demander s’il représente une rupture aussi radicale que Moreau Defarges le prétend. En effet, tous les présidents américains depuis, et y compris, Bill Clinton, ont cherché à s’abstraire du droit international ou à le reformuler suivant les principes des seuls Etats-Unis. Il faut, sur ce point, rappeler la guerre du Kosovo, qui fut une rupture nette du droit international, tout comme le fut l’invasion de l’Irak en 2003 par George W. Bush[3]. Ajoutons y les mesures légales prises par les Etats-Unis qui aboutissent à donner une extra-territorialité aux lois américaines. Ces politiques, qui furent poursuivies par Barack Obama, ont entraîné la dislocation du cadre légal qui aurait pu permettre, peut-être, de construire des formes différentes de coordination. De fait, on peut avancer l’hypothèse que nul ne croit dans cette grande entité que serait une « humanité politique », mais que sont nombreux ceux qui s’en servent pour avancer, de manière cachée, leurs projets étatiques.

La naturalisation des processus

corporateearth2

Ce discours de la mondialisation opposé à celui de la démondialisation met en évidence la différence entre les constats, que l’on peut partager, et les représentations. On peut regretter que ce discours ne s’accompagne pas de la distinction nécessaire entre le mouvement des flux de marchandises et de capitaux, flux qui sont une réalité, mais qui ont connu de nombreuses évolutions dans l’Histoire, et l’idéologie de la mondialisation. A cela, il y a une raison évidente : Philippe Moreau Defarges reprend en réalité très souvent de manière a-critique ce discours idéologique dont il ne se distingue pas assez.

Revenons un instant sur la distinction entre l’alter-mondialisme et la démondialisation. La première accepte la mondialisation non comme un fait social mais comme un fait naturel. Elle s’inscrit en réalité dans une logique de naturalisation des processus que l’on peut appeler de « mondialisation ». En ce sens, l’alter-mondialisme, tel qu’il s’exprimait à la fin des années 1990 et au début des années 2000, est bien partie-prenante de l’idéologie de la mondialisation.

dyn005_original_320_213_jpeg_2649248_dec94bbe8c4a1fa19cdf56c360c0798f

Les altermondialistes entendent mettre en place de nouvelles formes de mondialisation mais jamais il ne s’interrogent sur ce que représentent socialement et politiquement ces processus car ils considèrent que ces processus sont « naturels ». Or, de ce point de vue, il y a bien communauté avec le discours des « pro-mondialisation » qui eux aussi affectent de considérer ces processus comme « naturels ». On le voit bien dans le discours que tient Moreau Defarges qui donne une place décisive aux techniques et aux technologies, présentés littéralement comme des Deus ex-Machina qui échapperaient aux actions humaines[4]. De même construit-il tout un chapitre (le chapitre 2) autour de l’idée d’une « réunification biologique ». Mais, les sociétés humaines, sauf dans les délires des racistes, ne sont jamais des réalités biologiques mais toujours au contraire des réalités sociales, politiques et culturelles. Connaissant Moreau Defarges, il n’est pas dans mes intentions de l’accuser de racisme, car je sais qu’il est fort éloigné de cette idéologie nauséabonde qui lui fait profondément horreur. Mais, on doit constater que l’idéologie de la mondialisation, et plus précisément la volonté de construire un cadre idéologique naturalisant les phénomènes qui peuvent relever de ce que l’on appelle la « mondialisation », aboutit à mobiliser des concepts et des notions qui elles renvoient à un imaginaire raciste débridé. Disons-le, c’est le cas de toute tentative pour « naturaliser » des phénomènes qui sont tout saufs « naturels ». Car, cette naturalisation, par contre, elle est bien à l’œuvre dans le livre. Ainsi, il y a dans les propos écrits par Moreau Defarges comme une résurgence des discours techniciste de naturalisation du social tels qu’ils étaient constitués dans le socialisme soviétique de la fin des années 1950 et des années 1960.

CollLH38-Mondialisation

Plus globalement, Moreau Defarges soutient que les hommes sont mus par des forces qui leurs sont étrangères. Or, et sauf à vouloir donner une place dominante à la biologie – avec tous les risques de dérive que cela entraînerait – il convient de rappeler que l’histoire de l’humanité est une histoire essentiellement sociale et politique ; c’est l’histoire des institutions que les hommes se sont donnés. Alors, que cette histoire ne corresponde pas aux intentions des acteurs, que ses résultats soient souvent paradoxaux (les « ruses de l’histoire »[5]), bref que les hommes ne sachent pas quelle histoire ils font, et qu’ils passent une histoire différente de celle qu’ils ambitionnaient de faire, est une évidence. Mais les hommes sont la force motrice et ne sont pas des atomes mus par des forces qui les dépassent. Il y a là une divergence majeure et fondamentale avec le livre de Moreau Defarges.

Une vision largement idéologique

Quand Moreau Defarges parle donc des discours de la démondialisation (et ces discours peuvent être divers) il les assimile à des discours idéologiques, autrement dit à des représentations mystifiées du monde réel. Libre à lui de défendre cette position. Mais, pour être un petit peu crédible, il faudrait d’une part l’établir de manière rigoureuse et d’autre part que lui-même ne sombre pas dans un discours largement idéologique. Ainsi, l’identification de la démondialisation avec la « fermeture » et le « repli » est à l’évidence une construction idéologique. Les discours critiquant le libre échange et l’idéologie de la « mondialisation » appellent à des formes de maîtrise des mouvements de biens et de capitaux, et nullement à l’interruption totale de ces derniers. Cette confusion idéologique, car c’est bien de cela qu’il s’agit, renvoie à la confusion entre protectionnisme et autarcie. Il s’agit pourtant de processus très largement différents, et bien distincts. La confusion entre les deux signe la nature idéologique du livre.

QUIZ_Les-personnages-romains-dAsterix_3528

De même, les repères temporels qu’il se donne (XVème-XXIème siècles) sont hautement discutables. Les échanges internationaux existaient sous la Rome impériale, voire bien avant. Les cités italiennes furent à la pointe tant du commerce international que des pratiques bancaires. Il y a donc quelque chose de profondément faux dans la manière qu’à Moreau Defarges de segmenter l’Histoire, de ne retenir que ce qu’elle peut fournir à l’appui de ses thèses sans reconnaître la présence d’éléments pouvant tout aussi bien nourrir les thèses inverses.

Un autre problème se pose quand il s’agit de mobiliser des références historiques pour soutenir sa thèse. Ainsi, il n’hésite pas à présenter le Nazisme comme une force en apparence rationnelle, réagissant à l’interruption des échanges. Manière de dire que le Nazisme est le produit du protectionnisme. Mais, cette thèse fait fi des recherches récentes sur la question. On peut discuter de l’assimilation du nazisme aux discours nationalistes, et de ces discours nationalistes aux discours socialistes[6]. Toute une série de travaux montrent que le nazisme était tout le contraire d’un nationalisme. Le point est ici important car, outre un argument relevant à l’évidence du « point Godwin », il y a une profonde incompréhension dans la radicalité particulière de l’Allemagne hitlérienne. La caractéristique du comportement de Hitler mais aussi des autres chefs nazis résulte du filtre « racial »[7]. L’État Nazi régresse alors vers un modèle archaïque, semi-féodal[8], alors qu’il doit gérer une économie et un système militaire développés. De ce point de vue, il est important de noter que si l’Allemagne nazie a pu donner l’illusion avant 1939 d’être un système « rationnellement organisé » pour faire la guerre[9], cette perception de la réalité a été mise à mal par les travaux exploitant les archives et les témoignages des acteurs. De ce point de vue, le travail de Berenice Caroll[10], a été pleinement confirmé par les recherches historiographiques des trente dernières années.

ob_145daf_nazisme

Le système nazi n’était pas seulement monstrueux par sa finalité, il l’était dans son fonctionnement quotidien, qui est profondément pathologique. On est en présence d’une régression vers une forme étatique et administrative « pré-moderne » (au sens de Max Weber) appliquée sur une société et une économie « moderne ». Cette dimension pathologique du système nazi (dont Hitler est une des sources, mais qui va largement au-delà de la personne du dictateur) a été bien analysée par Ian Kershaw, aujourd’hui reconnu comme la référence sur Hitler[11]. L’Allemagne nazie n’est nullement une suite, radicalisée de l’Allemagne de Guillaume II. En réalité le nationalisme allemand s’est effondré quand il a capitulé devant l’idéologie raciale du national-socialisme[12].

La manière dont Moreau Defarges traite (et maltraite) l’Histoire, et il y en a de multiples exemples dans son livre, est ici révélatrice de son projet global : déconsidérer les discours de démondialisation. Alors, peut-on sérieusement faire le reproche d’idéologie à ces discours quand on est soi-même si profondément et si complètement au cœur d’une idéologie ?

De la mondialisation au mondialisme

marianne-france

On trouve dans ce livre un a-priori très négatif tant à l’égard de la Nation que du nationalisme. Mais, dans le cas français, il semble ignorer la profondeur du sentiment national qui s’exprime de Jeanne d’Arc[13] à Valmy, en passant par Henri IV et le combat de Fontaine-Française[14]. Il méconnait l’histoire même de la constitution symétrique de la Nation et du Peuple[15]. De fait, cela interdit à Moreau Defarges toute intelligence du processus révolutionnaire français qui opposa une haute noblesse cosmopolite au sentiment national. Cela lui interdit aussi de comprendre comment l’ancienneté de la construction de la Nation dans le cas français va de pair avec celle du peuple compris non pas comme une communauté raciale ou religieuse, mais comme une communauté politique et culturelle.

18_Slab

On comprend alors qu’il ne soit pas à l’aise avec les concepts de souveraineté, d’Etat Souverain, et de souveraineté populaire[16]. Pourtant, ces concepts sont fort anciens[17]. On les retrouve à l’œuvre dans la formule de la République Romaine Senatus Populus Que Romanum. Les différents contresens que l’on trouvera dans l’ouvrage renvoient tous à un problème bien plus général : l’ignorance de l’importance et de l’autonomie du politique. C’est la conséquence naturelle du discours de naturalisation des processus de mondialisation. Cela conduit alors Moreau Defarges à porter des jugements que l’on peut trouver comme relevant pour le moins d’une grande légèreté et plus probablement comme traduisant une forme de mépris produits d’une vision autocentrée, sur des pays comme le Japon[18] ou la Russie[19]. Et l’on est alors conduit au paradoxe suivant : l’auteur défend la « mondialisation » mais sur la base d’a-priori culturels que ne renieraient pas le plus endurcis et le plus arriérés des nationalistes. C’est le prix à payer pour ce mépris de l’instance politique, mais aussi de l’instance culturelle. Car, en réalité, les deux sont intimement liées. On ne peut avoir de conscience politique sans une conscience culturelle, et cette dernière intègre, en réalité, l’histoire inconsciente des luttes et des compromis politiques passés.

f4720-imperial101

On comprend bien ici ce qui est en jeu. Dans le discours idéologique du « mondialisme », discours qui correspond à la naturalisation des processus réels de mondialisation, deux agents opposés se voient attribuer des caractéristiques très particulières : l’élite financière et économique, apatride et mondialisée, et la plèbe, elle aussi mondialisée, mais sur la base d’une perte radicale de sa culture et de son identité politique. De fait, suivant les points de vue, on mettra l’accent sur l’une et sur l’autre, sans comprendre que la première n’est que la reformulation de la haute noblesse d’ancien régime et que l’autre est une masse qui a été privée de sa culture politique et qui se raccroche, et on peut le comprendre sans pour cela l’approuver, à des éléments religieux, comme c’est le cas avec l’islamisme.

Libre-échange, mondialisation et développement économique

multinationales

Il reste la dimension économique de la mondialisation. Ici encore, l’affirmation selon laquelle la compétition a toujours été un facteur de progrès est, pour le moins, rapide[20]. On pourrait conseiller à Moreau Defarges de lire l’ouvrage publié par Bruno Amable et Ivan Ledezma[21]. Il est vrai que l’on a pu avoir en l’impression, et peut-être l’illusion, que c’était par l’abolition des barrières aux échanges que l’on avait obtenu la croissance très forte. Des travaux, parmi lesquels on doit inclure ceux de Dollar, en 1992[22], de Ben-David, en 1993[23], de Sachs et Warner, en 1995[24], et de Edwards en 1998[25], ont cherché à établir ce fait.

Mais, de manière générale, les tests statistiques et économétriques pratiqués donnent des résultats qui sont pour le moins très ambigus. On peut en déduire que, pour certains pays, l’ouverture a eu des résultats positifs, mais non pour d’autres. Cependant, on peut aussi en déduire que si une politique qui associe l’ouverture à de bonnes mesures macroéconomiques est meilleure qu’une politique associant le protectionnisme à des mauvaises mesures macroéconomiques, ceci tient bien plus à la qualité des dites mesures macroéconomiques qu’à celle de l’ouverture[26]. De fait, les pays qui ont associé des politiques protectionnistes à des bonnes politiques macroéconomiques connaissent des taux de croissance qui sont largement supérieurs à ceux des pays plus ouverts, ce qui invalide le résultat précédent sur l’ouverture[27]. Ceci nous ramène à la problématique du développement, qui s’avère être autrement plus complexe que ce que les partisans d’un libre-échange généralisé veulent bien le dire.

1029134438

Les travaux d’Alice Amsden[28], Robert Wade[29] ou ceux regroupés par Helleiner[30] montrent que dans le cas des pays en voie de développement le choix du protectionnisme, s’il est associé à de réelles politiques nationales de développement et d’industrialisation[31], fournit des taux de croissance qui sont très au-dessus de ceux des pays qui ne font pas le même choix. Le fait que les pays d’Asie qui connaissent la plus forte croissance ont systématiquement violé les règles de la globalisation établies et codifiées par la Banque mondiale et le FMI est souligné par Dani Rodrik[32].

En fait, le protectionnisme s’avère bien souvent une voie plus efficace et plus rapide vers la croissance que le libre-échange et, ce point est d’ailleurs régulièrement oublié par les thuriféraires du libre-échange, c’est la croissance dans chaque pays qui porte le développement des échanges internationaux et non l’inverse. De même, quant on regarde les suites de la crise de 1929, il est souvent affirmé que les mesures de sauvegarde monétaires et commerciales prises à la suite de la crise de 1929 ont contribué à aggraver celle-ci en provoquant un effondrement du commerce international[33]. La contraction de ce dernier est une évidence, mais elle succède à la contraction de la production qui se manifeste dès le choc de la crise boursière au lieu de la précéder. La crise qui affecte l’économie et entraîne une baisse de la production, qui engendre alors une baisse du volume du commerce international. Par ailleurs, les causes de la chute de ce dernier sont nettement plus complexes que ce qui est généralement affirmé. Une étude systématique des données réalisées par des chercheurs du National Bureau of Economic Research (NBER) montre que les droits de douane (le protectionnisme) n’ont eu pratiquement aucun rôle dans l’effondrement du commerce international à partir de 1930. Ces mêmes chercheurs indiquent que les deux facteurs déterminants dans son effondrement furent l’accroissement des coûts de transport et l’instabilité monétaire[34]. La hausse des coûts de transport est par ailleurs signalée dans une autre étude comme l’un des facteurs ayant eu une responsabilité importante dans la contraction du commerce international[35]. Il convient de souligner le rôle de la contraction de la liquidité internationale dans la contraction du commerce international. Foreman-Peck montre bien que la contraction du crédit est une cause majeure de contraction du commerce. Les faillites bancaires ont aussi atteint les compagnies d’assurance. Les conditions d’assurance du trafic maritime se sont détériorées et les moyens financiers des négociants maritimes se sont contractés brutalement. La question de la liquidité, et non celle d’un retour au protectionnisme, fut donc bien centrale[36].

globalization

La légèreté avec laquelle Philippe Moreau Defarges traite de l’Histoire, que ce soit l’Histoire économique ou l’Histoire politique et sociale, est le signe le plus évident et le symptôme le plus robuste du caractère profondément idéologique de son argumentation. On ajoutera, mais la faute là en incombe à son éditeur, que ce livre apparaît à de nombreuses reprises comme une sorte de brouillon, voire des têtes de chapitres qui ne sont pas développés, avec des retours en arrière qui en rendent la lecture difficile. Ajoutons une bibliographie générale mais aucune note de bas de page. Les arguments des ouvrages cités à la fin du livre sont rarement repris et discutés, ce qui est plus que gênant dans le cas d’un essai. La question des conséquences écologiques des processus de mondialisation est ainsi largement passée sous silence, alors qu’elle constitue un des arguments les plus importants des partisans de la démondialisation.

Notes

[1] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation (XVème-XXIème siècles), Paris, Odile Jacob, mars 2018.

[2] https://www.opinion-way.com/fr/component/edocman/opinionway-pour-le-printemps-de-l-economie-les-francais-et-la-mondialisation-mars-2018/viewdocument.html?Itemid=0

[3] Sapir J., Le Nouveau XXIè siécle, Paris, le Seuil, 2009.

[4] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 37 et 150.

[5] Voir G.F.W. Hegel, La Raison dans l’histoire, Paris, UGE, 1965, p. 129. Ou encore Nicolas Machiavel : Le Prince, Paris, PUF 2000

[6] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 18.

[7] Burleigh M. et W. Wippermann, “The Racial State – Germany 1933-1945”, Cambridge University Press, 1991.

[8] Koehl R., “Feudal Aspects of National-Socialism”, in American Political science Review, vol. 54, 1960, n°3, pp. 921-33.

[9] Thèse défendue par O. Nathan, “The Nazi Economic System”, Duke University Press, Durham, NC., 1944, et par L. Hamburger, “How Nazi Germany has Controlled Business”, The Brookings Institution, Washington, D.C., 1943.

[10] Caroll B.A., “Design for Total War”. Arms and Economics in the Third Reich, Mouton, The Hague, 1968.

[11] Kershaw I., Hitler, a Profile in Power, Londres, 1991 ; Nazi Dictatorship : problems and Perspectives of Interpretation, Londres Oxford UP, 1993 ; “Working towards the Führer”, in I. Kershaw et M. Lewin (eds.) Stalinism and Nazism – Dictatorships in Comparison, Cambridge Univ. Press, 1997.

[12] W. Sheridan Allen, “The Collapse of Nationalism in Nazi Germany”, in J. Breuilly (ed), The State of Germany, Londres, 1992.

[13] Bensaïd D., Jeanne de guerre lasse, Paris, Gallimard, « Au vif du sujet », 1991.

[14] Berger H., Henri IV à la bataille de Fontaine-Française, Dijon, 1958. Et l’on se souvient de l’apostrophe d’Henri IV dans le courrier qu’il envoya au Duc de Biron « pends toi, brave Biron… ».

[15] Flori J., Philippe Auguste – La naissance de l’État monarchique, éditions Taillandier, Paris, 2002.

[16] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation, op.cit., p. 163 et suivantes.

[17] Carré de Malberg R., Contribution à la Théorie Générale de l’État, Éditions du CNRS, Paris, 1962 (première édition, Paris, 1920-1922), 2 volumes.

[18] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 60.

[19] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 100.

[20] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 151.

[21] Amable B. et Ledezma I., LIBÉRALISATION, INNOVATION ET CROISSANCE , Paris, Editions Rue d’Ulm, 2015.

[22] Dollar D., « Outward-Oriented Developeng Economies Really Do Grow More Rapidly: Evidence From 95 LDC, 1976-1985 », Economic Developemnt and Cultural Change, 1992, p. 523-554.

[23] D. Ben-David, « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », Quarterly Journal of Economics, vol. 108, n° 3, 1993.

[24] Sachs J., A. Warner, « Economic Reform and The Process of Global Integration », Brookings Paper on Economic Activity, n° 1, 1995, p. 1-118.

[25] Edwards S., « Opennes, Productivity and Growth: What We Do Really Know? », Economic Journal, vol. 108, mars 1998, p. 383-398.

[26] Voir Ben-David D., « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », op. cit.

[27] Voir Chang H.-J., « The Economic Theory of the Developmental State » in M. Woo-Cumings (dir.), The Developmental State, Ithaca, Cornell University Press, 1999 ; Kicking away the Ladder: Policies and Institutions for Development in Historical Perspective, Londres, Anthem Press, 2002.

[28] Amsden A., Asia’s Next Giant, New York, Oxford University Press, 1989.

[29] Wade R., Governing the Market, Princeton (N. J.), Princeton University Press, 1990.

[30] Helleiner G. K. (dir.), Trade Policy and Industrialization in Turbulent Times, Londres, Routledge, 1994.

[31] Voir C.-C. Lai, « Development Strategies and Growth with Equality. Re-evaluation of Taiwan’s Experience », Rivista Internazionale de Scienze Economiche e Commerciali, vol. 36, n° 2, 1989, p. 177-191.

[32] Rodrik D, « What Produces Economic Success? » in R. Ffrench-Davis (dir.), Economic Growth with Equity: Challenges for Latin America, Londres, Palgrave Macmillan, 2007. Voir aussi, du même auteur, « After Neoliberalism, What? », Project Syndicate, 2002 (www.project-syndicate.org/commentary/rodrik7).

[33] C’est la thèse de C. P. Kindleberger, « Commercial Policiy Between the Wars » in P. Mathias, S. Pollard (dir.), The Cambridge Economic History of Europe, vol. 8, Cambridge, Cambridge University Press, 1989 ; et de H. James, The End of Globalization: Lessons from the Great Depression, Cambridge, Harvard University Press, 2001.

[34] Estevadeordal A., B. Frants, A. M. Taylor, « The Rise and Fall of World Trade, 1870-1939 », NBER Working Papers Series, n° 9318, Cambridge, National Bureau of Economic Research, 2002.

[35] Findlay R., K. H. O’Rourke, « Commodity Market Integration: 1500-2000 » in M. D. Bordo, A. M. Taylor, J. G. Williamson (dir.), Globalization in Historical Perspective, Chicago, University of Chicago Press, 2003.

[36] Foreman-Peck J., A History of the World Economy: International Economic Relations since 1850, New York, Harvester Wheatsheaf, 1995, p. 197.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-mondialisation-demondialisation-et-les-derives-dune-ideologie-par-jacques-sapir/

vendredi 23 mars 2018

Mondialisation : les Français toujours inquiets

Grégoire Normand

@gregoirenormand

Selon un sondage OpinionWay, 60% des personnes interrogées ont une image négative de la mondialisation. Il semble que les inégalités engendrées par ce phénomène contribuent à exacerber les craintes.

La mondialisation tracasse les Français. Selon les derniers résultats du sondage OpinionWay pour le Printemps de l'économie, 6 personnes interrogées sur 10 ont une mauvaise opinion de ce phénomène et 14% en ont une très mauvaise opinion. Les Français sont avant tout inquiets pour leur avenir dans le contexte de la mondialisation. Alors que les populismes continuent de progresser en Europe et notamment en Italie, les effets de la mondialisation restent au centre des préoccupations des citoyens.

Des effets économiques contestés

KF_integrer_ecole_de_commerce-493x328

Les retombées économiques de la mondialisation ne semblent pas partagées par les Français. Pour les interrogés, il existe clairement des vainqueurs et des perdants dans le processus de globalisation à l'échelle de la planète. Certaines régions ont réussi à tirer leur épingle du jeu et à bénéficier d'effets positifs de la globalisation comme l'Asie (pour 55% des personnes interrogées) et l'Amérique du Nord (51%).

Les Français se montrent plus partagés concernant les effets de ce phénomène sur l'Europe. 47% des personnes questionnées jugent qu'elles a eu des effets négatifs contre 39% pensent qu'elle eu des effets positifs. Les conséquences sont également perçus en demi-teinte pour la Russie (36% positifs, 39% négatifs) et pour l'Océanie (29% positifs, 41% négatifs). À l'opposé, certaines régions ont souffert d'effets néfastes liés à ce phénomène comme l'Afrique (55%) et l'Amérique du Sud (50%). Au regard des résultats, des disparités apparaissent en fonction des catégories socioprofessionnelles. Les répondants appartenant aux catégories populaires sont bien plus critiques sur les effets de la mondialisation dans les différentes régions du monde.

"Pour chacune des régions testées, moins de la moitié considèrent que les effets de la mondialisation ont été positifs, alors que 56% des personnes issues des catégories favorisées jugent les effets positifs en Asie et 54% en Amérique du Nord. "

afrique-coca-cola

L'échantillon considère également que l'éradication de la faim, la baisse des inégalités ou la préservation de l'environnement semblent être des objectifs peu compatibles avec ce phénomène. Pour les interrogés, seule l'innovation technologique profiterait des effets de tous ces échanges.

La France loin d'être épargnée

Dans l'enquête menée par l'institut de sondages, les Français n'ont pas manqué de critiquer les effets de la mondialisation sur l'hexagone. Plus de 55% des interrogés jugent que dans le domaine économique et environnemental, la globalisation a eu des effets négatifs. Les personnes interrogées critiquent fortement ces effets sur les salaires (65%), l'emploi (64%) et le pouvoir d'achat (58%). Sur la croissance, les avis sont plus partagés. 49% considèrent que la mondialisation a eu une influence négative, tandis qu'un tiers des personnes interrogées lui attribuent des effets positifs.

Les Français inquiets pour leur avenir

5978a903488c7b4a0a8b4567

Pour les trois quart des interrogés, la mondialisation devrait continuer de s'étendre et devrait toucher à terme tous les secteurs de l'économie. L'uniformisation est également une crainte exprimée par 54% des Français tant au niveau du mode de vie que des pratiques culturelles similaires qui pourraient aboutir à ce que toutes les sociétés se ressemblent. Seule une minorité de Français (34%) jugent que la mondialisation favorisera la paix dans le monde et que les inégalités de revenus diminueront sous son influence. Au final, les Français sont plutôt pessimistes sur leur avenir dans le contexte de la mondialisation. Il s'inquiètent en particulier du futur des générations à venir.

"L'avenir de la France (67%) et du monde (65%) représentent également des sources d'inquiétude fortes et à leur échelle personnelle, les Français reconnaissent également être pessimistes pour leur propre avenir (63%)".

delocalisation1

Le niveau vie des interrogés semble également jouer un rôle primordial dans la perception de la mondialisation. Les catégories les plus défavorisées qui expriment le plus de critiques à l'égard de la mondialisation sont également celles qui se sentent le plus démunies pour l'avenir. Ainsi, 58% des interrogés issus des catégories populaires (contre 54% des personnes issues des catégories favorisées), 62% des personnes non diplômées (contre 46% des personnes ayant un diplôme du supérieur à bac+2) et 57% des personnes ayant un niveau de revenu inférieur à 2.000 euros par mois (contre 51% des personnes gagnant 3.500 euros par mois ou plus) déclarent être pessimistes sur ces perspectives d'avenir dans le cadre de la mondialisation.

(*) Cette étude a été réalisée auprès d'un échantillon de 1.002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d'âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d'agglomération et de région de résidence. Les interviews ont été réalisées par questionnaire autoadministré en ligne sur système CAWI (Computer Assisted Web Interview). Les interviews ont été réalisées du 14 au 16 février 2018.

https://www.latribune.fr/economie/france/mondialisation-les-francais-toujours-inquiets-771303.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180316

lundi 19 février 2018

Nestlé & Coca-Cola : Une longue histoire d’exploitation, de privatisation des ressources naturelles...

Nestlé & Coca-Cola : Une longue histoire d’exploitation, de privatisation des ressources naturelles et de dégradation de l’environnement.

Cet article complète notre publication du 15 février 2018

Coca-Cola et Nestlé vont privatiser la plus grande réserve d’eau de plusieurs pays d’Amérique du Sud

TL NESTLE COCA

2011 : Coca-Cola au centre de conflits sur l’eau en Inde

Le géant américain est accusé de vider les nappes phréatiques. LEtat du Kerala demande des compensations.

Le Parlement du Kerala, un Etat du sud de l’Inde, a voté, jeudi 24 février 2011, la mise en place d’un tribunal spécial pour statuer sur les demandes de compensation contre le géant américain Coca-Cola, accusé d’avoir pollué et surexploité des nappes phréatiques, mettant en danger la santé de milliers d’habitants. Pertes agricoles, pollution aquatique, maladies : le montant des dommages est évalué à 48 millions de dollars (34 millions d’euros).

L’usine en question a été construite en 2000 sur les terres cultivables de Plachimada, un bourg situé au milieu de rizières fortes consommatrices en eau. Quelques mois après le démarrage de l’activité de l’usine, des habitants ont commencé à se plaindre du goût de l’eau, puis de la baisse du niveau des nappes.

Chaque jour, 500 000 litres ont été puisés en moyenne et 150 000 litres d’eaux usées rejetées. L’usine a été fermée en 2004, à la suite de protestations des habitants et sur ordre du comité de contrôle de pollution du Kerala. Mais Coca-Cola revendique toujours le droit de l’exploiter et a porté l’affaire devant la Cour suprême, qui n’a pas encore tranché.

Les études scientifiques sont pourtant accablantes. Dès 2003, le professeur John Henry, alors toxicologue à la faculté de médecine de l’Imperial College, à Londres, avait prévenu « des conséquences dévastatrices des eaux usées pour la population des environs. ». Ces eaux contiendraient de fortes concentrations en chlore et en cadmium entraînant cancers, maladies cutanées et problèmes respiratoires.

Malgré des conclusions similaires dans l’enquête menée par le comité de contrôle antipollution du Kerala, Coca-Cola continue de nier ces accusations. La semaine dernière, le fabricant a « déploré » la création du tribunal spécial jugeant le texte de loi voté au parlement du Kerala « dépourvu de faits et de données scientifiques ».

 


 

Coca Cola & Nestlé

 

 

2013 : La face cachée des marques

Pendant plus d’un siècle, les entreprises du secteur agroalimentaire et des boissons les plus puissantes au monde se sont appuyées sur des terres et une main-d’œuvre bon marché pour créer des produits peu coûteux et dégager des bénéfices colossaux. Ces bénéfices se sont accumulés au détriment de l’environnement et des communautés locales dans le monde entier et ont joué un rôle dans la crise actuelle du système alimentaire.

Ce rapport se concentre sur dix des entreprises du secteur agroalimentaire les plus puissantes au monde : Associated British Foods (ABF), Coca-Cola, Danone, General Mills, Kellogg, Mars, Mondelez International (anciennement Kraft Foods), Nestlé, PepsiCo et Unilever, et vise à renforcer la transparence et la redevabilité de ces dix géants tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. « La face cachée de marques » passe au crible les politiques des entreprises dans sept domaines essentiels pour parvenir à une production agricole durable, mais historiquement négligés par l’industrie agroalimentaire : les femmes, les petits agriculteurs, les travailleurs agricoles, l’eau, la terre, le changement climatique et la transparence. Oxfam compare les politiques mises en œuvre par les différentes entreprises et encourage ces dernières à se lancer dans une « course à l’excellence » pour améliorer leurs performances sociales et environnementales. Voici les principaux constats du rapport « La face cachée des marques » :

  • Plusieurs des dix géants de l’agroalimentaire ont affirmé leur volonté de défendre les droits des femmes, mais aucun ne s’est engagé à mettre fin à la discrimination à l’égard des femmes dans leurs chaînes d’approvisionnement.
  • Aucune de ces sociétés ne s’est dotée de politiques permettant de protéger les communautés locales contre les accaparements de terres et d’eau. Pourtant, toutes achètent des matières premières – notamment huile de palme, soja et sucre – dont la production donne trop souvent lieu à des violations de droits fonciers. Aucun de ces groupes ne prône la tolérance zéro contre les accaparements de terres dans leurs chaînes d’approvisionnement.
  • Les dix sociétés restent excessivement opaques concernant leurs chaînes d’approvisionnement agricoles, ce qui rend leurs déclarations en matière de développement durable et de responsabilité sociale difficiles à vérifier. Nestlé et Unilever font preuve de la plus grande transparence quant aux pays dans lesquels elles s’approvisionnent. Cependant, aucune société ne fournit suffisamment d’informations sur ses fournisseurs.
  • Les dix sociétés étudiées réalisent en général des économies en eau, mais n’ont pour la plupart pas mis en place de politiques limitant leur incidence sur les sources d’eau locales. Seule Pepsi a publiquement reconnu l’eau comme un droit fondamental et s’est engagée à consulter les communautés locales. Nestlé a élaboré des directives sur la gestion de l’eau à l’intention de ses fournisseurs et se classe au premier rang pour ses politiques en la matière.
  • Toutes ces entreprises ont pris des mesures en vue de réduire leurs émissions directes de gaz à effet de serre, mais elles ne sont que cinq – Mondelez, Danone, Unilever, Coca-Cola et Mars – à rendre compte des émissions agricoles liées à leurs produits. Seule Unilever s’est engagée à réduire de moitié l’empreinte de ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020. Aucune n’a encore adopté de politiques visant à aider les agriculteurs qui font partie de leurs chaînes d’approvisionnement à mieux résister aux changements climatiques.
  • Aucune ne s’est engagée publiquement à payer un prix décent aux agriculteurs ou à leur accorder des conditions commerciales plus justes. Seule Unilever – la mieux classée s’agissant des relations avec les paysans – a établi à l’intention de ses fournisseurs des directives précises qui permettent d’aborder certaines problèmes majeurs auxquels sont confrontés les agriculteurs.

Oxfam publie également une note dénonçant l’inaction de Nestlé, Mondelez et Mars face aux inégalités rencontrées par les femmes qui cultivent le cacao utilisé dans leurs produits au chocolat. Ces trois entreprises achetant à elles trois plus de 30 % du cacao mondial, elles ont une capacité d’influence considérable sur ces inégalités.


 

Obésité - Mexique

 

2014 : Mexique – Coca-Cola et Nestlé coupables d’encourager l’obésité

Le gouvernement mexicain veut infliger des amendes à Coca-Cola, PepsiCo, Hershey’s, Nestlé et à une filiale locale d’Unilever, pour violation de la nouvelle réglementation pour les publicités sur les aliments encourageant l’obésité chez les jeunes.

La Commission fédérale pour la protection contre les risques sanitaires (Cofepris) a repéré six spots publicitaires ne respectant pas cette réglementation. Elle «a ordonné leur retrait immédiat et prépare des sanctions» contre les entreprises », a annoncé la Commission dans un communiqué.

Le français Nestlé est passible d’une amende pour un spot publicitaire de ses céréales chocolatés, tandis que les américains Coca-Cola et PepsiCo le sont pour la diffusion de publicités de leurs boissons gazeuses diffusées avant la projection de films pour enfants dans deux cinémas de Mexico.

Alvaro Perez, membre de la Commission, a déclaré à l’AFP que, sauf s’il existe «une preuve de non responsabilité directe», ces entreprises risquent des amendes allant de 10.000 à 85.000 dollars, qui seront fixées d’ici deux à trois semaines.

Il s’agirait des premières amendes infligées à une entreprise depuis que le gouvernement mexicain a décidé le 15 juillet dernier de restreindre les publicités sur les boissons et les aliments sucrés avant les programmes de télévision et les films destinés aux enfants, afin de lutter contre le surpoids et l’obésité qui touchent 30% des enfants du pays.

L’obésité est l’un des principaux problèmes de santé au Mexique, pays de 118 millions d’habitants. Selon des données officielles, quelque 70% des adultes et 30% des enfants sont concernés par le surpoids et l’obésité.

Le Mexique est le plus grand consommateur de boissons sucrées au monde, avec 163 litres par tête et par an. Le pays, dont l’alimentation comprend une forte proportion de plats frits, est le plus touché par le diabète parmi les 34 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Une réforme fiscale adoptée fin octobre a augmenté l’impôt sur les aliments hautement caloriques de 8% et mis en place un prélèvement d’un peso (0,06 euro) par litre de boisson sucrée vendue.

Coca Cola - Inde

 

 

2014 : Inde – Coca-Cola contraint de fermer une usine

Accusée d’utiliser trop d’eau, la société Coca-Cola a dû fermer une usine dans le nord de l’Inde. Une décision saluée par la population locale, qui lutte depuis longtemps contre la pénurie d’eau.

Coca-Cola a été obligé de fermer une usine en Inde, car la société aurait violé les réglementations environnementalesnote le Business Standard. Le quotidien économique de New Delhi explique que la fermeture de l’usine, située dans la ville de Bénarès (Etat de l’Uttar Pradesh), fait suite à une décision du conseil environnemental de la région.

Le Financial Times, de son côté, ajoute que la société Hindustan Coca-Cola Beverages, une filière de Coca-Cola en Inde, aurait utilisé trop d’eau alors que « Le niveau de la nappe phréatique dans l’Uttar Pradesh est dangereusement bas depuis plus de dix ans ». Le journal économique anglais note que la décision fait suite à une campagne de protestation menée par la population locale, citant un militant qui estime que la décision représente « une énorme victoire et la confirmation très attendue que les communautés locales peuvent prendre à partie des entreprises puissantes. »

Le géant des sodas, de son côté, a rétorqué que les accusations sont “trompeuses” et “fausses”, et que son utilisation d’eau a été “responsable” et “judicieuse”. Depuis 2003, les sodas sont ouvertement critiqués en Inde, car ils contiendraient de nombreuses substances nocives (dont des pesticides). En 2006, le gouvernement du Kerala, dans le sud de l’Inde, a interdit la production de Coca-Cola, mais un tribunal a annulé cette décision.

Cela n’aura duré qu’un temps : quelques jours plus tard, un tribunal a permis la réouverture de l’usine.

 

Coca Cola - Sang

 

2016 : En Inde, Pepsi et Coca Cola soupçonnées de surexploiter les rivières en pleine sécheresse

 

Pepsi et Coca Cola sont accusés d’utiliser l’eau de rivières de l’Etat du Tamil Nadu à des fins commerciales alors que la population souffre d’une grave sécheresse.

Dans l’Etat du Tamil, à l’extrême sud de l’Inde, deux usines produisant des boissons pour Pepsi et Coca Cola ont dû fermer temporairement sur décision de la cour d’appel locale. La justice a accepté la plainte d’une association qui les accuse d’utiliser l’eau de la rivière locale à des fins commerciales alors que la population souffre d’une grave sécheresse depuis plus d’un an.

Les usines de sodas et les riziculteurs sont en concurrence pour l’eau

Cette sécheresse est due avant tout aux pluies très faibles depuis un an dans cette région tropicale du Tamil Nadu. La production agricole sur place se compose essentiellement de riz, les paysans inondent habituellement leurs champs grâce aux rivières ou au nappes phréatiques. Or, il y a tellement peu d’eau aujourd’hui que peu de paysans ont pu planter le mois dernier. Toute l’agriculture vivrière est donc menacée, et avec elle la survie de la population.

Les deux usines de Pepsi et Coca Cola sont celles qui consomment le plus d’eau dans la région. Elles entrent directement en concurrence avec les agriculteurs locaux puisque pour produire leurs sodas et leur eau en bouteille, elles utilisent les mêmes sources. « Nous n’avons même pas d’eau à boire, ce n’est pas normal qu’une entreprise s’en serve pour produire et vendre des sodas. » confie un plaignant.

L’intérêt général avant l’intérêt commercial

La haute cour de Madras a jugé qu’il était de l’intérêt général de protéger l’accès de l’eau à la population, en empêchant sa commercialisation par des sociétés privées. Elle a donc demandé la suppression de l’approvisionnement en eau des deux usines Coca Cola et Pepsi.

Ce n’est pas la première fois que les deux entreprises font face à une telle opposition. L’an dernier dans le même Etat, d’énormes manifestations ont empêché l’ouverture d’une usine Coca Cola. Les agriculteurs craignaient que les sources d’eau, déjà à un niveau critique, soient vidées. Le gouvernement local, qui avait pourtant déjà vendu le terrain, a dû faire marche arrière.

Il y a deux ans, L’extension d’une autre usine Coca Cola dans le nord de l’Inde a été refusée par les autorités. Elles ont considéré que les nappes phréatiques étaient déjà surexploitées. Il faut dire qu’un quart du territoire indien est en voie de désertification.

 

Map - Trust - Coca cola - Nestlé

 

 

Afrique - Coca Cola

Le continent africain est également surexploité par ces firmes

 


 

Nestlé & Coca-Cola pourvoyeurs de pauvreté, de dégradation de l’environnement et… de mort

 


 

Coca cola - Trinqué

 

Coca Cola - Mexique

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nestlé

https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Coca-Cola_Company

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/03/04/coca-cola-au-centre-de-conflits-sur-l-eau-en-inde_1488352_3244.html (2011)

https://www.oxfamfrance.org/rapports/face-cachee-des-marques/face-cachee-des-marques (2013)

https://www.20minutes.fr/planete/1108185-20130226-nestle-danone-coca-cola-accuses-nuire-a-environnement (2013)

https://www.20minutes.fr/economie/1421349-20140723-20140723-mexique-coca-cola-nestle-coupables-encourager-obesite (2014)

https://www.courrierinternational.com/article/2014/06/20/coca-cola-contraint-de-fermer-une-usine (2014)

http://www.altermondes.org/coca-cola-laisse-un-gout-amer-au-kerala/ (2016)

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/en-direct-du-monde/en-direct-du-monde-en-inde-pepsi-et-coca-cola-soupconnees-de-surexploiter-les-rivieres-en-pleine-secheresse_1945455.html (2016)

https://aphadolie.com/2018/02/18/nestle-coca-cola-une-longue-histoire-dexploitation-de-privatisation-des-ressources-naturelles-et-de-degradation-de-lenvironnement/

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , ,

dimanche 18 février 2018

Sortie de la France de la NASAN : l’agrobusiness n’est pas le remède contre la faim !

Action Contre la Faim, le CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France saluent la décision de la France de se retirer de la Nouvelle Alliance du G8 pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) annoncée ce jour à l’occasion de la réunion du conseil interministériel sur la coopération internationale et le développement.

TL NASAN CCFD

Lancée en 2012, cette initiative privilégie les intérêts des multinationales de l’agrobusiness au détriment du soutien à l’agriculture paysanne. Elle est dénoncée par des centaines d’organisations [1] pour ses impacts négatifs sur la sécurité alimentaire et les paysanneries des dix pays africains concernés [2]. L’enjeu du retrait de la France est maintenant de reconnaître que la recette « magique » mêlant partenariats publics privés et réformes législatives pour créer un environnement favorable aux investissements de multinationales, n’est pas la solution pour lutter contre la faim. Bien au contraire, elle va à l’encontre de l’intérêt des populations locales, elle marginalise les agricultures familiales, pourtant productrices de 70% de l’alimentation mondiale, au bénéfice de quelques multinationales à qui l’on donne toutes les facilités : financières, fiscales, foncières.

Nos organisations ont documenté à plusieurs reprises les conséquences négatives d’un tel système au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire : accaparements de terres, endettement de paysans, introduction des cultures OGM, mise en place de pôles de croissance véritables paradis fiscaux agricoles, etc. [3]

Ce retrait de la France devrait être pris en compte par les autres partenaires de la NASAN, tels que l’Union Européenne et les Etats africains. L’Allemagne, autre contributeur majeur de la NASAN, doit également annoncer son retrait. Cela ne dédouane pas pour autant l’ensemble de ces acteurs puisqu’ils restent responsables des impacts négatifs de cette initiative et doivent à ce titre s’assurer de les réparer.
Au-delà de la NASAN, la France doit tirer les leçons de cet échec et ne plus s’engager dans des initiatives ou projets d’investissement comportant les mêmes failles. L’exclusion des organisations paysannes de la gouvernance, l’absence de cadre de redevabilité et la priorisation des multinationales au détriment des acteurs locaux ne sont pas les remèdes de la lutte contre la faim.

Ainsi, alors que la faim dans le monde augmente [4], la sortie de la NASAN doit être le signal d’une réorientation réelle des soutiens mobilisés. En cohérence avec cette décision, les 400 millions d’euros annuels que la France consacre à la sécurité alimentaire dans les pays du Sud doivent être pleinement consacrés au développement de l’agroécologie paysanne. Nos organisations attendent que cela soit acté et mis en œuvre lors de la révision de la stratégie française et du cadre sectoriel de l’agence française de développement prévues ces prochains mois.

Notes aux rédactions  :
- 1) La NASAN en Afrique, une menace pour la sécurité alimentaire, mars 2015
- 2) Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Ghana, Mozambique, Tanzanie, Bénin, Malawi, Nigéria, Sénégal
- 3) Voir notamment le rapport "La faim, un business comme un autre - comment la nouvelle alliance du G8 menace la sécurité alimentaire en Afrique" , le bilan d’étape 2015 publié en amont du G7 de Schloss Elmau en 2015, le bilan d’étape 2016 et écouter l’émission Interception (France Inter) NASAN, le bu$iness de la faim
- 4) Selon le rapport Etat de l’insécurité alimentaire dans le monde publié par la FAO en septembre dernier, 815 millions de personnes souffraient de la faim dans le monde en 2016 soit 38 millions de personnes supplémentaires par rapport à l’année précédente.

https://ccfd-terresolidaire.org/espace-presse/sortie-de-la-france-de-6034

Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

jeudi 8 février 2018

La chute des Bourses mondiales en trois questions

Depuis la chute du Dow Jones américain, lundi 5 février, toutes les places financières du monde sont à la baisse, en raison d’une crainte de forte inflation.

ACT BOURSE CRISE

Quelle est la situation ?

Hong-Kong, New York, Londres, Paris, Amsterdam… Toutes les places boursières sont en chute après la plongée de Wall Street, lundi 5 février. En Europe, la Bourse de Paris a ouvert en baisse à – 3,43 %, celle de Londres à – 3,5 %, celle de Francfort à – 3,58 % et celle d’Amsterdam a connu le record de – 3,6 %.

Sur les marchés asiatiques, la situation n’était guère plus florissante. Tokyo a perdu 4,73 % mardi 6 février. Du jamais vu depuis l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche. Hong Kong a aussi perdu plus de 5 % en clôture et Shanghaï plus de 3 %.

► Pourquoi les Bourses sont-elles en chute ?

La publication du rapport mensuel sur l’emploi aux États-Unis a eu un effet négatif sur les marchés financiers, alors même que les nouvelles sont bonnes pour l’économie et l’emploi américains. Mais l’annonce d’une augmentation significative des salaires en janvier a ravivé les craintes d’inflation, et donc d’un resserrement monétaire américain à un rythme plus rapide que prévu.

Dans la foulée, les taux de rendement des bons du Trésor se sont enflammés et Wall Street a trébuché. Lundi, les pertes se sont accrues et l’indice vedette Dow Jones a chuté de près de 1 600 points en séance, avant de clôturer en baisse de 4,60 %.

« Les investisseurs sont convaincus que l’inflation revient et que les taux d’intérêt vont grimper plus haut que ce qui avait été anticipé », a résumé Stephen Innes, responsable des transactions Asie-Pacifique chez Oanda, interrogé par l’AFP. Après la fièvre qui s’était emparée des marchés ces dernières semaines, « cette soudaine baisse est un choc », a commenté Toshihiko Matsuno, de SMBC Nikko Securities.

► Faut-il s’attendre à un véritable krach ?

C’est la question que tout le monde se pose : la baisse est-elle passagère ou durable ? Selon les experts de Mirabaud Securities Genève, « la séance d’aujourd’hui sera extrêmement importante (peut-être la plus importante depuis le début de l’année), car elle va tester les nerfs des investisseurs et confirmer (ou non) si nous sommes rentrés » dans une phase de baisse du marché, « ce que nous ne pensons pas ».

Les analystes d’Aurel BGC sont également optimistes. S’ils estiment que « la baisse pourrait durer encore un peu d’ici à la fin de la semaine », ils jugent néanmoins que « les liquidités sont également abondantes et les investisseurs devraient rapidement juger que cette baisse est davantage saine que malsaine », ouvrant la voie à une stabilisation. « Évidemment, si de nouveaux signes tendent à confirmer que l’inflation accélère réellement aux États-Unis, la volatilité pourrait rester durablement plus forte », complètent-ils.

La Croix (avec AFP)
https://www.la-croix.com/Economie/Monde/chute-Bourses-mondiales-trois-questions-

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,