vendredi 25 mai 2018

Loi anti-fake news : l'exécutif estime que «la capacité de discernement des citoyens ne suffit plus»

Venue défendre devant l'Assemblée nationale le projet de loi du gouvernement contre les fausses informations, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a été interpellée par plusieurs députés, qui s'interrogent sur le bien-fondé d'une telle mesure.

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Lentement mais sûrement, le dispositif législatif relatif à la lutte contre les fausses informations, ou fake news, poursuit son petit bonhomme de chemin dans le circuit de la création législative. Ce 22 mai 2018, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, était auditionnée par la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale.

Alors que la loi devrait être examinée en séance le 30 mai prochain, plusieurs députés ont fait part de leurs réserves, à l'instar du Conseil d'Etat. Aussi, le talon d'Achille de cette loi de censure de l'information jugée fausse, avec pour cible internet et les réseaux sociaux, réside-t-il toujours dans l'établissement de la preuve de l'intentionnalité de nuire. Comment distinguer entre une information erronée, mais publiée de bonne foi, et une information «de faussaire», pour reprendre l'idée du «fake» qui signifie tout à la fois «faux» et «fabriqué».

Lors de la séance de question réponses, la députée Brigitte Kuster (Les Républicains - LR) a interpellé la ministre. «Le conseil d'Etat souligne qu'en elle-même, la notion de fausse information [telle que définie dans le projet de loi] ne révèle aucune intentionnalité», a-t-elle souligné. Et Brigitte Kuster de rappeler : «L'intention de nuire devrait pourtant être l'élément caractéristique de l'infraction, ce qui n'est pas le cas dans la proposition de loi.» Outre ce flou juridique laissant une large part à la subjectivité et à l'interprétation mais aussi à une instrumentalisation politique visant à disqualifier un discours importun, la députée a également souligné la faiblesse, à ses yeux, de la procédure de référé permettant à l'autorité judiciaire de statuer sur la nature même – vraie ou fausse – d'une information.

Ecueils techniques et juridiques, flou de la notion de «fake news»

«Good luck !», a pour sa part lancé ironiquement le député socialiste Hervé Salignac, pointant du doigt les écueils techniques de la future loi. «Je suis persuadé que si on devait confronter les bonnes intentions de ce texte à la réalité et aux compétences techniques des spécialistes de la fausse information, ils démonteraient ligne après ligne cette proposition de loi», a-t-il objecté.

Ex-ministre des Outre-mer et députée socialiste, George Paul-Langevin s'est quant à elle interrogée sur l'absence d'évaluation du dispositif législatif déjà existant. De fait, la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse permet déjà de réprimer les propos diffamatoires ou erronés. Autre exemple, le code électoral propose un cadre censé garantir la bonne tenue d'une élection en luttant notamment contre la diffusion de fausses nouvelles.

«Les chaînes d’information pilotées par des Etats étrangers» dans le viseur

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Dans sa présentation du projet de loi, Françoise Nyssen s'est contentée de dérouler les arguments de l'exécutif en matière de censure de l'information qu'il juge fausse. «La capacité de discernement des citoyens ne suffit plus», a-t-elle argumenté devant la commission. Et d'ajouter, rendant hommage aux initiatives de contrôle développés par des organes de presse tels que le Décodex du quotidien Le Monde ou le Check News de Libération : «Il faut former les citoyens.»

«Nous ne pouvons pas laisser des entreprises faire de l’argent sur le dos des démocraties», a-t-elle martelé, faisant apparemment référence aux réseaux sociaux. Mais les géants du net ne sont pas les seuls dans le collimateur.

Sans désigner (comme l'avait fait Emmanuel Macron en mai 2017) nommément les groupes médias publics russes RT et Sputnik, la ministre a ainsi également mentionné «les chaînes d’information pilotées par des Etats étrangers».

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Se faisant plus claire, Françoise Nyssen a rappelé qu'Emmanuel Macron comptait évoquer le sujet lors de son prochain voyage à Moscou, à l'occasion du Forum économique international de Saint-Pétersbourg qui aura lieu du 24 au 26 mai 2018. Pour désigner la Russie sans la nommer, Françoise Nyssen a pu compter sur l'aide du député de La République en marche (LREM) Pierre-Alexandre Anglade. «La dissémination de fausses informations ne se fait pas au hasard [...] Elle répond souvent à une véritable stratégie politique, financée parfois par des Etats tiers à la frontière orientale de l'Union européenne, visant à diviser nos sociétés [et] à affaiblir le projet européen», a-t-il fait valoir devant la commission parlementaire ce même jour.

En vue des élections européennes de 2019, sur fond de crise et de contestation contre les élites dans des pays comme l'Italie, l'exécutif voudrait-il contrôler l'offre d'information dont disposent les électeurs ? Reste à savoir comment le tri sera fait, et par qui.

https://francais.rt.com/france/50911-loi-fake-news-capacite-discernement-citoyen-suffit-plus

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Il faut former les citoyens qu'elle dit !!!
Cela est fortement inspiré de 1984, ça !!
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Et ne pas oublier que cette ministre, Nyssen, n'est française que depuis une vingtaine d'années,
ce qui ne serait pas important si....
Elle fait partie de ce qui est considéré comme une secte, l'antroposophie.
C'est un courant de pensée né en Allemagne et principalement développé par Steiner.

"Peu après la nomination de Françoise Nyssen au ministère de la Culture, Jean-Luc Mélenchon la décrit à l'occasion d'un interview à BFM TV comme « une ministre de la Culture qui est plus ou moins liée aux sectes »14. Cette déclaration fait référence à l'éventuel lien de Françoise Nyssen avec l'anthroposophie, un courant de pensée mystique né dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, dont les différentes ramifications modernes ont été plusieurs fois critiqués par la mission interministérielle de lutte contre les sectes [https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_Nyssen]
Et voilà ce que Steiner pensait du Français et de la France :


« Naturellement, il y a dans l'élément espagnol et italien quelque chose de plus vital que dans le français. Le français est, parmi les peuples latins d'Europe, celui qui porte le moins de vie. La langue française est, parmi toutes les langues qui peuvent être apprises en Europe, celle qui, si je peux m'exprimer ainsi, pousse l'âme des hommes à la surface, à la surface la plus extrême de l'être humain. Elle serait celle qui peut conduire l'homme à mentir de la manière la plus honorable à la plus frivole. Elle se prête d'autant plus à cela qu'on peut y mentir de manière spontanée et loyale, parce qu'elle n'a plus aucun lien juste avec l'intériorité des hommes. Elle est parlée tout à fait à la surface de l'homme. Ainsi de la langue française, et donc de l'être français, découle l'attitude psychique telle que l'âme est commandée par la langue française. Alors qu'en allemand, l'âme, dans la puissance de l'élément volontaire, a la configuration interne de la langue, et la forme plastique de l'être de la langue, la langue française rencontre un engourdissement, et c'est elle qui commande. C'est une langue tyrannisant l'âme et par là elle crée ce qui la conduit au vide, de sorte que la culture française tout entière est, sous l'influence de sa langue, une culture qui vide l'âme. Celui qui a une sensibilité pour de telles choses peut toujours ressentir qu'aucune âme, réellement, ne parle à partir de l'Être français ; seule, une culture formelle et figée en émane. La différence est, à proprement parler, que l'on est conduit, en français, à se laisser commander par la langue. Cette liberté infinie que l'on a en allemand – et que l'on devrait revendiquer plus que cela n'est fait – de pouvoir placer le sujet à un endroit quelconque, en fonction de sa vie intérieure, cela, on ne l'a pas en français. »

Alors, si Macron la voulait absolument à côté de lui, le poste de ministre de la culture en France est vraiment le plus mal choisi.
Et ce n'est donc pas ce genre de personnage qui doit nous dire ce que l'on doit penser ou croire !
Qu'elle reste dans sa secte si cela peut lui faire du bien, mais qu'elle ne nous oblige pas à rentrer dans celle de la pensée unique !


Quelques croyances antroposophiques :

Les blonds ont une intelligence cosmique.
Ceux qui ont beaucoup de taches de rousseur étaient des imbéciles dans leur précédente incarnation.
L'organe sexuel du futur sera le larynx.

S.R.

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samedi 19 mai 2018

Biohacking : Trois vaches viennent de se faire poser un implant d’un nouveau type, et bientôt, ce sera vous ?

Livestock Labs, une start-up américaine, teste actuellement sur 3 vaches d’une ferme de l’Utah un dispositif sous-cutané qui permet de surveiller l’état de santé et l’activité des animaux. Ses créateurs ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin, et ils espèrent que les prochains êtres qu’ils pourront “pucer” seront humains.

ACT PUCE MAIN

EmbediVet se compose d’une puce recouverte d’une résine transparente qui est installée dans le maxillaire inférieur de l’animal. Elle contient des trackers qui utilisent le Bluetooth pour transmettre des informations sur la fréquence de mastication des ruminants, leur température et leurs déplacements autour de la ferme. Le dispositif est alimenté par une pile bouton dont la durée de vie est estimée à trois ans.

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MediVet tracker de Livestock Labs. La partie arrondie est un peu plus grande que le quart

 

 

Des données pour alimenter une intelligence artificielle

Les 3 vaches pionnières de cette technologie fournissent à leur insu des données qui contribueront à créer une intelligence artificielle qui aidera les éleveurs à détecter rapidement et facilement les animaux malades, ou présentant un comportement déviant au sein de très vastes cheptels.  Les capteurs RFID embarqués et autres trackers sont utilisés depuis longtemps dans le bétail, mais généralement, ils ne visent qu’à permettre d’identifier chaque animal.

ImplediVet est implanté au moyen d’une intervention chirurgicale sous anesthésie locale, et Livestock Labs promet que le dispositif est mieux toléré par son  porteur qu’un dispositif “wearable”, tout en étant potentiellement plus puissant pour recueillir des données utiles au fil du temps. La puce doit respecter plusieurs contraintes. Elle doit impérativement rester en place, surtout lorsque les porteurs sont destinés à la consommation humaine, et en dépit du fait que ceux-ci peuvent avoir tendance à se gratter. Hors de question que la vache se retrouve au centre d’un hamburger commandé dans un fastfood…

La question du coût est également sensible dans les secteurs de la production laitière et bovine, où les marges sont faibles.

D’autres cobayes à terme : les humains

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Mais les créateurs de ce système de suivi sous-cutané ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin, et ils espèrent que les prochains êtres qu’ils pourront “pucer” seront humains.

Pendant des années, au sein de leur ancienne société, Grindhouse, le CEO (PDG) Tim Cannon et son équipe ont expérimenté plusieurs capteurs, y compris un appareil appelé Circadia, destiné à détecter certaines maladies. Mais ce projet s’est heurté à un obstacle majeur : la réticence généralisée à l’égard des implants corporels non nécessaires sur le plan médical. En conséquence, ce n’était pas rentable. Mais Cannon est certain que ces réserves seront progressivement levées et, qu’un jour, il pourra proposer des capteurs pour les humains.

Les Suédois à l’avant-garde

SUEDE PUCE CANAL

Et ce jour n’est peut-être pas si lointain. Sur les trois dernières années, près de 3 000 Suédois se sont fait implanter une puce de la taille d’un grain de riz sur le dos de la main pour remplacer les cartes d’identification, leurs clés ou les billets de train conventionnels.

Il y a 4 ans, la firme suédoise de biologie participative (ou “biohacking”) Bionyfiken a commencé à organiser des “implant parties” dans plusieurs pays (USA, Royaume-Uni, Allemagne, France, et Mexique), des événements au cours desquels les participants se faisaient “pucer” en masse. Mais les Suédois, très à l’aise avec les technologies numériques, semblent être les citoyens du monde les plus ouverts à ces techniques.

« La prochaine grande plateforme »

Le fondateur de Bionyfiken est d’ailleurs convaincu qu’elles sont l’avenir, et même, la “nouvelle grande plateforme”, comme il l’avait confié à Business Insider en 2015 : « Le corps humain est la nouvelle grande plateforme. Le corps connecté est déjà un phénomène. (…) Qui veut transporter un smartphone encombrant ou une montre intelligente alors qu’il est possible de les avoir dans son ongle ? Je pense que c’est la direction que nous sommes en train de prendre. »

 

Microchip implant - Main - Hand

 


 

Source :

https://www.embedivet.com/

http://uk.businessinsider.com/heres-why-body-hacking-is-taking-off-2015-7

http://hplusmagazine.com/2013/10/21/grinder-update-tim-cannon-implants-circadia-1-0/

https://www.technologyreview.com/s/611144/cyborg-cows-are-coming-to-a-farm-near-you/

http://www.businessinsider.fr/us/swedish-people-embed-microchips-under-skin-to-replace-id-cards-2018-5

https://fr.express.live/2017/04/05/societes-commencent-a-implanter-puces-electroniques-a-leurs-employes/

https://fr.express.live/2018/05/17/trois-vaches-viennent-de-se-faire-poser-un-implant-dun-nouveau-type-et-bientot-ce-sera

http://www.wikistrike.com/2018/05/trois-vaches-viennent-de-se-faire-poser-un-implant-d-un-nouveau-type-et-bientot-ce-sera-vous.html

https://aphadolie.com/2018/05/18/biohacking-trois-vaches-viennent-de-se-faire-poser-un-implant-dun-nouveau-type-et-bientot-ce-sera-vous/

lundi 14 mai 2018

La Syrie attaquée par des ovnis

TRIBUNE LIBRE / par Richard Labévière

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 07-05-2018

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Dès janvier 2011, c’était mal parti avec la résurgence de mouvements anciens, complexes et changeants, mais aussitôt qualifiés par les observateurs pressés de « révolutions arabes ». Révolutions, carrément ! Il se trouva même deux anciens militants trotskistes – Benjamin Stora (spécialiste de l’Algérie) et Edwy Plenel (spécialiste de tout) – pour commettre un livre : Le 89 arabe – Réflexions sur les révolutions en cours. Un livre à ouvrir dès qu’on est un peu mélancolique, tant ses contes et légendes sont à mourir de rire.

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L’auteur de ces lignes se souvient d’une confrontation télévisée avec Samir Aïta – éternel courtisan de tous les défecteurs syriens, de Rifaat al-Assad à Moustapha Tlass en passant par Abdel Halim Khaddam – dont l’obsession est de devenir ministre, un jour… Ceint d’une écharpe rouge, rouge comme celle de Christophe Barbier (révolutionnaire en chef de L’Express), le sieur Aïta ne cessait d’invoquer – trémolos dans la voix – la « révolution » syrienne ! A la dixième évocation récurrente du même type, votre serviteur se permet de mettre en garde l’imprécateur contre l’abus textuel du terme ! Réponse courroucée du pré-ministre : « mais vous, jeune homme qu’est-ce que vous pouvez bien connaître des révolutions ? »

IL ETAIT UNE FOIS LA REVOLUTION

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Quelle grande joie de pouvoir retorquer que – comme jeune reporter – j’avais eu la chance de pouvoir couvrir la chute d’Anastasio Somoza au Nicaragua et de travailler, quelque temps, avec les plus hauts responsables du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), précisant que « la révolution sandiniste » fut marquée par : une réforme agraire, la nationalisation des grandes exploitations de la United Fruit Company et la promotion des droits des femmes. Une vraie révolution, de vraies ruptures avec l’ordre économique, social et politique d’une sanglante dictature soutenue par les Etats-Unis. Je concluais en n’observant rien de tel dans la prétendue « révolution » syrienne, sinon les crimes d’une bande de jihadistes cherchant à détruire l’Etat-nation syrien, avec l’aide des puissances occidentales, des pays du Golfe et d’Israël. Samir Aïta faillit défaillir…

Complaisamment relayée par la presse occidentale, l’autre fable « révolutionnaire » consista à répéter que, de mars à juillet 2011 s’était développé un « mouvement social » pacifique, parti de la ville frontalière (avec la Jordanie) de Deraa, s’étendant « spontanément » à l’ensemble du pays… Rien n’est plus faux ! Après trois années de sécheresse, la révolte de Deraa a mis, immédiatement, aux prises plusieurs milliers de journaliers agricoles (originaires du nord-ouest du pays) aux forces de l’ordre locales, avec l’appui de groupes armés des Frères musulmans venus de Jordanie.

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L’auteur de ces lignes a pu visionner des images recueillies par un service européen de renseignement sur lesquelles on peut voir trois hommes masqués – armés de M-16 – tirer sur un poste de police de Deraa depuis les toits plats de la Médina. Cette séquence date du 23 mars 2011. Certes, cette explosion sociale a été durement réprimée, mais elle a été – dés le début – un mouvement de confrontation directe avec les autorités légales, confrontation soutenue et nourrie par les Frères musulmans syriens, basés en Jordanie, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. La suite est connue !

Par conséquent et dès le début, les événements de Syrie ont été, inconsciemment ou délibérément, mal compris ! A Paris, sur le plan de l’instrumentalisation construite à dessein, trois chantres de la « révolution syrienne » ont, abondamment donné de leur personne : un historien auto-proclamé ayant un compte personnel à régler avec les autorités syrienne1 ; une chercheuse de la Fondation Ford, ayant traîné la diplomatie française dans la boue durant des années, mais décorée de la Légion d’honneur par François Hollande ; et, un très pâle ambassadeur de France en Syrie (2006 – 2009), tellement bon à Damas qu’il a terminé sa carrière à … Berne.

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Dans un contexte où les droits de l’homme ont pu tenir lieu de politique étrangère, il n’en fallait pas moins pour qu’Alain Juppé prenne la décision hallucinante de fermer l’ambassade de France à Damas en mars 2012. A un moment où il était absolument vital de maintenir un canal de communication avec les autorités et les services spéciaux syriens (plus d’un millier de jeunes français tentaient de gagner le jihad syro-irakien par Istanbul), le maire de Bordeaux rompait des relations diplomatiques ancestrales au nom de valeurs morales plus ou moins bien exprimées. Ce faisant, Alain Juppé prenait la responsabilité d’inscrire la crise syrienne dans la séquence chargée d’un totémisme diplomatique dont nous sommes loin d’être sortis !

TOTEMS ET GRANDS PRÊTRES

LA VERITE EST AILLEURS

Devenus totems en effet, il est de grands dossiers internationaux qui ne peuvent plus relever – désormais – de l’analyse rationnelle, historique, sinon scientifique. D’abord le conflit israélo-palestinien : critiquer Israël, ses politiques coloniales, économiques et migratoires est devenu mission impossible, voire un délit… Manuel Vals, puis Emmanuel Macron et d’autres ayant assimilé l’antisionisme à l’antisémitisme. Vient ensuite le génocide rwandais. Assimilé à l’Holocauste, cette tragédie génère, elle-aussi, un totémisme dualiste : ceux qui n’acceptent pas qu’on associe structurellement la France et ses forces armées aux massacres de la région des Grands Lacs puis du Zaïre, sont automatiquement traités de « négationnistes ». La même géométrie frappe actuellement toute espèce de recherches et discours critiques engagés dans l’intelligence de l’un des conflits post-Guerre-froide les plus complexes, anomiques et globaux.

Ce processus de totémisation de la guerre civilo-globale de Syrie aboutit à trois types de rationalités, étant entendu – comme le démontrait Spinoza dans l’Ethique – que « les idées fausses et inadéquates peuvent s’enchaîner aussi nécessairement que les idées justes et adéquates » : 1) l’émergence d’une caste de grands prêtres ; 2) la multiplication d’une série de disciples plus ou moins convaincus ; 3) enfin, un retour plus ou moins perceptible de la censure.

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Les grands prêtres accèdent à ce statut, adoubés par les médias privés et publics. Ils présentent un profil caractéristique : parler de tout et n’importe quoi avec la même ferveur ; passer d’un plateau télé à un studio radio et aux colonnes des gazettes avec grande dextérité, fluidité et certitude ; détruire tout obstacle et contradiction. Celui qui tient actuellement la corde n’est autre qu’un ancien militant du Betar (mouvement de l’extrême-droite pro-israélienne). Il peut dire les oracles sur la Syrie bien-sûr, mais aussi sur l’Iran, l’Arabie saoudite, le Yémen, le Soudan, Israël, Emmanuel Macron et le mouvement « végan ». Parfois, on a droit à une prêtresse de zone inférieure : une consultante « spécialiste des Proche et Moyen-Orient » qui peut tout dire et son contraire en fonction de deux principes intangibles : le client est toujours roi et « j’ai des enfants à nourrir ».

La classe des sous-grands prêtres fait plutôt appel à des « spécialistes » des Etats-Unis. S’occupant de l’hyperpuissance, ils sont automatiquement habilités à pouvoir parler, eux-aussi, de tous les dossiers possibles et inimaginables. Les connaisseurs des arcanes de la Maison Blanche, du Congrès et du Conseil national de sécurité sont partout chez eux, en toutes choses et toutes crises. Vient ensuite, le troisième cercle, celui des consultants, des experts militaires et des différents instituts de recherche. Contrairement aux laboratoires américains et aux grandes fondations allemandes, les IRIS, IFRI, IREMO et autres FRS français crèvent la dalle ! Leurs dirigeants passent leur temps à chercher de l’argent, étant bien entendu que la provenance des fonds influence plus ou moins directement les travaux commandés. Faut bien vivre !!!

OVNIS IDEOLOGIQUEMENT IDENTIFIES

Notre deuxième rationalité de totémisation met en scène une kyrielle d’intellectuels organiques de provenances professionnelles très divers. Ils peuvent être journalistes, enseignants, médecins, humanitaires, comédiens ou diplomates… Tous, à un titre ou à un autre, se sentent « appelés » et dans l’obligation de répondre aux injonctions des prêtres : se prononcer, témoigner, communiquer…

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Ainsi dernièrement, dans l’émission de Frédéric Taddei sur Europe-1, on a pu entendre une espèce de bécassine insulter en direct l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud, auteur de plusieurs livres majeurs sur le Proche-Orient, devenus des classiques. Vérifications faites : cette parfaite inconnue, qui a dû franchir le boulevard périphérique deux fois dans sa vie, vient de commettre un opuscule intitulé – Sales guerres – De prof de philo à grand reporter -, comme s’il y avait des « guerres propres » ! Cette seule qualité permet à cette gamine hystérique d’affirmer qu’il y a bien eu attaque chimique à la Ghouta, que les bombardements occidentaux sont « justes » et que Bachar al-Assad doit passer sur la chaise électrique. Qui juge qui ???

Aussi peut-on voir quotidiennement, défiler sur le plateau de « 28 Minutes » (Bernard-Henri Lévy est président du Conseil de surveillance d’Arte-France depuis plus de 22 ans !), tous les petits chiens de garde de la bien-pensance parisienne avec, entre autres : Romain Goupil (réalisateur improbable), Ziad Majed (politologue libanais salarié du Qatar), Eric Naulleau (homme sandwich du PAF, pour tout ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour/c’est un métier !) et bien d’autres professionnels de l’indignation sélective mais compatissante.

Il est plus triste – mais cela correspond aux rouages de notre deuxième rationalité – de voir des gens ultra-compétents dans leur domaine initial, sombrer dans l’avis péremptoire sur des questions et dossiers qu’ils ne connaissent absolument pas. Ainsi, Jean Viard – sociologue respecté – spécialiste du territoire, de l’agriculture, de la paysannerie et des « temps sociaux » s’est senti, dernièrement, obligé de qualifier les bombardements occidentaux effectués en Syrie de « bonne et juste actions ». On a très envie de lui dire : mon cher Jean, tu n’a jamais mis un bout d’orteil en Syrie, alors retourne à tes champs de blé… »

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Dans cette constellation d’un crétinisme infinitésimal, les OVNIS évoluent en escadrilles serrées. Objets/sujets volants non identifiés, parce qu’on ne comprend pas pourquoi ils accompagnent à ce point et aussi spontanément les injonctions du clergé de la bien-pensance, leurs ressorts idéologiques – à défaut d’être raisonnables – sont néanmoins plus claires : détruire l’Etat-nation syrien, contribuer à faire de ce pays ce qui a été fait de l’Irak et de la Libye ! Haïr l’Etat-nation en général !

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En ces temps de commémoration du cinquantenaire de Mai-68, tous ces idiots utiles, qui se sentent irrésistiblement « appelés » à soutenir les bombardements occidentaux de Syrie, feraient bien de lire ou relire la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary. Le regretté Guy Hocquenghem y explique par le menu (1986) comment les révolutionnaires peau d’lapin comme Daniel Cohn-Bendit ou Serge July et tous les autres sont passés de leurs démangeaisons petites bourgeoises à l’apologie du capitalisme le plus libéralement sauvage, comment ils ont cultivé et propagent aujourd’hui une haine de soi devenue la plus belle affirmation d’un individualisme consumériste, destructeur et impérial.

Comme a eu l’occasion de la dire récemment (miraculeusement !) sur l’antenne d’une radio de service public l’anthropologue Emmanuel Todd, les derniers bombardements occidentaux effectués en Syrie ont, surtout atteint nos propres valeurs, celles du patriotisme, de la laïcité et l’égalité hommes/femmes.

LA CENSURE, C’EST COMME LES TRAINS…

Ca peut en cacher d’autres ! Sans surprise, notre troisième rationalité de totémisation de la crise syrienne produit de la censure, de différentes formes et procédures. Il y a d’abord les petits censeurs aux ciseaux de bois, comme par exemple Nicolas Truong, le commissaire politique des pages débats/opinions du Monde, qui publie systématiquement le moindre ressenti de Bernard-Henri Lévy en première page (Bernard-Henri siège aussi aux conseils de surveillance du Monde et de Libération), tandis que ses contradicteurs se voient opposer toujours la même réponse : « pas de chance, y’a plus de place… »

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Il y a, ensuite les Tweets de Bruno Tertrais – autre exemple – et d’autres policiers de la pensée qui font annuler des colloques ouverts et pluralistes sur la Syrie et d’autres dossiers. L’année dernière aurait dû se tenir une conférence sur la crise syrienne au Mémorial de Caen avec différents chercheurs, journalistes et députés. Quelques injonctions numériques ont suffi à faire annuler la réunion. Reprogrammée à la Sorbonne, puis à l’Assemblée nationale, celle-ci a pu se tenir – finalement – dans les sous-sols de l’Eglise russe ! Et c’est bien une preuve supplémentaire qu’il fallait l’interdire. Justement, un colloque qui devait se tenir sur la Russie actuelle vient d’être annulé – lui-aussi – au dernier moment.

Ne parlons pas des pressions régulièrement exercées sur les intervenants qui acceptent de se rendre sur le plateau de Russia-Today-France et des papiers russophobes que publient régulièrement L’Express et d’autres gazettes. Ne parlons-pas, non plus, des humeurs fatiguées de Sylvie Kauffmann « directrice éditoriale du Monde », régulièrement déconstruites par notre collaborateur Etienne Pellot !

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Tout cela n’est ni très sain, ni rassurant sur l’état de santé de la démocratie française. Ecoutant le président de la République clôturer les deux journées parisiennes consacrées à la lutte contre le financement du terrorisme (25 et 26 avril), l’auteur de ces lignes l’a entendu saluer une « France, patrie des droits de l’homme et protectrice de la liberté d’expression ». La parole est facile et souvent tout aussi totémique que celle dont nous venons de rappeler les sorties de route. Une incompressible réalité pèse maintenant sur ce magistère de la communication souveraine : la censure s’exerce de nouveau en France !

Relatant la révolte syrienne (1924 – 1926) contre la France mandataire, Alice Poulleau – citoyenne française qui résidait alors à Damas – dit toute sa honte dans son livre-témoignage – A Damas sous les bombes. Suite à la participation française aux derniers bombardements occidentaux effectués en Syrie, nous ressentons aujourd’hui le même sentiment et ne trouvons pas les mots à dire aux patriotes syriens, ni pour expliquer, ni pour excuser ces attaques d’OVNIS. Celles-ci ne changeront rien, ni à l’évolution des combats qui perdurent sur le terrain, ni aux blocages diplomatiques, ni à la nouvelle guerre que les Etats-Unis, Israël et l’Arabie saoudite préparent contre l’Iran.

Bonne lecture et, néanmoins bonne semaine.

Richard Labévière
7 mai 2018

1 Voir prochetmoyen-orient.ch du 15 août 2016 : Syrie, réponse à un historien auto-proclamé !

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 07-05-2018

https://www.les-crises.fr/la-syrie-attaquee-par-des-ovnis-par-richard-labeviere/

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Commentaire sur le site (extrait):

Fritz // 09.05.2018 à 06h04

Sept ans après, France Cul entretient le mensonge de la “révolution syrienne” :
https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees/le-journal-des-idees-du-lundi-05-mars-2018
« On l’a oublié aujourd’hui mais cette guerre contre les civils qui se poursuit en Syrie est venue écraser dans l’œuf une authentique révolution, un véritable printemps du peuple. »

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jeudi 19 avril 2018

Le « misérable petit ver » Assange devrait se rendre, déclare un sous-secrétaire d’État britannique

ACT ASSANGE UK JUSTICE

LONDRES (Reuters) – Julian Assange a été qualifié de « misérable petit ver » mardi par un sous-secrétaire aux affaires étrangères du gouvernement britannique, qui a déclaré que le fondateur de WikiLeaks devrait quitter l’ambassade équatorienne à Londres et se livrer à la justice britannique.

PHOTO DU FICHIER : Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, peut être aperçu sur le balcon de l’ambassade de l’Équateur à Londres, en Grande-Bretagne, le 19 mai 2017. REUTERS/Peter Nicholls

Assange vit à l’intérieur de l’ambassade depuis juin 2012, depuis le jour où il est entré dans le bâtiment afin d’éviter d’être extradé vers la Suède en vue d’être interrogé sur des allégations d’agressions sexuelles, qu’il a toujours niées.

L’enquête suédoise a été abandonnée en mai de l’année dernière, mais Assange, qui était en liberté sous caution au moment où il est entré dans l’ambassade, risque d’être arrêté par les autorités britanniques pour avoir enfreint les conditions de sa liberté sous caution s’il sortait.

« Il est très regrettable que Julian Assange reste dans l’ambassade de l’Équateur », a déclaré le sous-secrétaire d’État Alan Duncan lors d’une séance de questions-réponses sur les affaires étrangères à la Chambre des communes du Parlement, en réponse à une question sur Assange.

« Il est temps que ce misérable petit ver sorte de l’ambassade et se rende à la justice britannique. »

Assange a répondu au commentaire de Duncan par un tweet.

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« En tant que prisonnier politique détenu pendant huit ans sans avoir été inculpé, en violation de deux décisions de l’ONU, je suppose que je dois être “misérable” ; mais rien de mal à être quelqu’un de “petit” bien que je sois plutôt grand ; et mieux vaut être un “ver”, une créature saine qui vivifie le sol, qu’un serpent », a-t-il dit.

Assange dit que la véritable raison de ses problèmes juridiques est le fait que WikiLeaks a publié des secrets diplomatiques et militaires américains, et craint que s’il quitte l’ambassade, il risque d’être extradé vers les États-Unis.

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Il se considère comme étant en détention arbitraire à l’ambassade équatorienne – une description de sa situation que les autorités britanniques rejettent en disant qu’il est entré volontairement dans le bâtiment et qu’il pourrait en sortir à tout moment s’il était prêt à faire face aux conséquences de ses actes.

« Étant donné le temps que j’ai passé en prison et en résidence surveillée, j’ai déjà purgé en entier toute peine théorique (je n’ai pas été inculpé) associée à la “violation des conditions de ma liberté sous caution”. Alors pourquoi y a-t-il un mandat d’arrêt contre moi ? » a-t-il dit dans un courriel adressé à Reuters.

Le mois dernier, un juge britannique a refusé de suspendre les poursuites judiciaires contre Assange pour avoir enfreint sa liberté sous caution et a déclaré qu’il était « un homme qui veut imposer ses conditions sur le cours de la justice ».

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La police britannique a mis fin à sa garde permanente de l’ambassade en octobre 2015, mais a alors déclaré qu’elle maintiendrait des « opérations en secret » pour arrêter Assange s’il essayait de quitter les lieux. À l’époque, la police a reconnu que 12,6 millions de livres (17,8 millions de dollars) avaient été dépensés pour garder l’ambassade.

Source : Reuters, Estelle Shirbon, 27-03-2018.

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

https://www.les-crises.fr/le-miserable-petit-ver-assange-devrait-se-rendre-declare-un-sous-secretaire-detat-britannique-par-estelle-shirbon/

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vendredi 13 avril 2018

Vidéos du jour

La réalité du conflit syrien face à Bourdin, par une experte en géopolitique ! (12/04/18)

VID BOURDIN SYRIE

https://www.youtube.com/watch?v=nbOlS0Ms978

Une fois n'est pas coutume, voilà que des thèses jadis considérées comme "complotistes" se font entendre sur un média de l'oligarchie euro- atlantiste. Certes, au milieu d'un flot d'informations qui récitent la position habituelle en boucle, mais c'est déjà ça! Signe des temps? Prise de conscience de certains que la pillule est cette fois- ci trop grosse à avaler?

Quoiqu'il en soit, cette vidéo complète notre publication : Pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie.

Docteur en sciences politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d’intelligence stratégique Planeting. Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a notamment publié Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014).

Bonus:

L'horrible accueil de l'armée syrienne/russe par la population, après avoir libéré Douma ! (12/04)

VID LIBERATION DOUMA

https://www.youtube.com/watch?v=2xHoUi7ggcg

La joie de la population après la libération de la ville syrienne de Douma, et ses remerciements au "régime" et à ses alliés russes...

P.G.

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lundi 26 mars 2018

Lucie Aubrac, héroïne de la Résistance

L'une des dernières grandes figures de la Résistance est morte mercredi 14 mars dans la région parisienne à l'âge de 94 ans. Elle avait été un élément clé du mouvement Libération à Lyon et joué un rôle majeur dans l'évasion de son mari lors d'un transfert, après son arrestation avec Jean Moulin et d'autres chefs de la Résistance.

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L'une des dernières grandes figures de la Résistance, Lucie Aubrac, est morte mercredi 14 mars dans la région parisienne à l'âge de 94 ans. Sa vie, marquée par un engagement de tous les jours, et plus précisément durant les années noires de l'Occupation, aura définitivement fait d'elle une incarnation du courage et de la capacité à se révolter. Son action en 1943 à Lyon, alors capitale de la Résistance, a été portée à l'écran en 1997 par Claude Berri dans Lucie Aubrac, jouée par Carole Bouquet. Un film qui restitue bien l'arrestation à Caluire des dirigeants de la Résistance – dont Jean Moulin et Raymond Aubrac, le mari de Lucie –, mais donne peu de renseignements sur la biographie de cette femme de tête née le 29 juin 1912 dans une famille de vignerons mâconnais modestes.

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Lucie Bernard, son nom de jeune fille, n'avait pourtant pas attendu les heures sombres pour prendre conscience de la montée des fascismes en Europe. Excellente élève, passionnée d'histoire, elle devient professeur agrégée dans les années 1930. Dès cette époque, elle est spontanément, naturellement une militante. Inscrite aux Jeunesses communistes, son engagement est total.

Lorsque la guerre éclate, elle est en poste à Strasbourg. Elle vit avec un jeune ingénieur des ponts et chaussées issu de la bourgeoisie juive, Raymond Samuel. Ce dernier a fait une partie de ses études aux Etats-Unis, pays qu'il apprécie tout en restant très proche des analyses marxistes. Ils se marient le 14 décembre 1939 alors que la France s'est installée dans la drôle de guerre.

A l'heure de la défaite de juin 1940, quand Raymond Samuel se retrouve prisonnier de l'armée allemande, Lucie parvient une première fois à le libérer de la prison de Sarrebourg (Moselle), en août, profitant d'une confusion générale. Tous deux gagnent alors Lyon.

Le régime de Vichy s'est installé, la collaboration s'impose violemment et le premier statut contre les juifs est adopté. Le couple, qui dispose de deux visas, pourrait partir aux Etats-Unis. Ce serait la sagesse : ils sont fichés comme communistes et il est juif. Ils refusent ce confort, non par défi mais par patriotisme. Par esprit de résistance.

Ils seront parmi les premiers en France à constituer un réseau d'entraide solide, à rédiger des tracts et à les distribuer. A l'automne 1940, Lucie Samuel rencontre Emmanuel d'Astier de la Vigerie, fondateur du réseau clandestin Libération. Ils décident de lancer ensemble un journal. C'est durant ces rencontres que Lucie et Raymond Samuel deviennent insensiblement des clandestins. Elle est professeur et mère de famille; elle est aussi complètement impliquée dans la vie du mouvement Libération.

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En 1941, tous leurs efforts sont tournés vers la rédaction et l'impression du journal, arme de propagande. En 1942, ils cherchent à élargir leur réseau et à trouver des armes, de l'argent, des caches. Le tout avec un mélange d'improvisation et d'organisation. De sang-froid et de fièvre.

Pour tout le monde, ils s'appellent Lucie et Raymond Samuel. Ils donnent le change. Leurs voisins ne se doutent de rien. Elle part chaque jour donner ses cours au lycée de jeunes filles Edgard Quinet; lui travaille assidûment. Mais en réalité, les contacts rapides, les rendez-vous clandestins se multiplient. Sous le nom de François Vallet, Raymond Samuel est arrêté le 15 mars 1943 alors qu'il va rencontrer un camarade, Maurice Kriegel Valrimont, alias Maurice Fouquet, dans un appartement de Lyon. Dans le même coup de filet, une vingtaine de personnes sont arrêtées. La police française ne parvient pas à percer la véritable identité de Raymond Samuel. Il explique qu'il se livre au marché noir (achat et revente illégaux de sucre). Le juge signe une ordonnance de libération le 10 mai 1943.

Mais ce qu'ignore Raymond Samuel à ce moment-là, c'est le rôle de sa femme. Lucie s'est rendue en personne chez le procureur pour lui tenir ce langage : "Je représente ici l'autorité du général de Gaulle, qui est le chef de Vallet. Si demain, au palais de justice, vous ne signez pas favorablement sa mise en liberté, si le 14 au matin Vallet n'est pas libre, vous ne verrez pas le soleil se coucher le 14 au soir." Une dizaine de jours plus tard, le mouvement Libération, avec un commando intégrant Lucie et Raymond, libérera plusieurs autres résistants de ce groupe : Kriegel Valrimont, Serge Ravanel et François Morin, en se faisant passer pour des agents de la Gestapo. A chaque fois, Lucie Aubrac manifeste un courage et un esprit de décision exemplaires.

"Il faut savoir être fou", disait-elle. Il lui arrivait aussi d'ajouter : "Sans les femmes, la Résistance ne pouvait rien faire." Elle en était un élément de preuve. La Résistance pouvait en tout cas prendre les couleurs d'un "grand jeu enfantin et mortel", selon la formule de d'Astier de la Vigerie.

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Lors de l'arrestation de Caluire, près de Lyon, le 21 juin 1943, quand Jean Moulin, chef de la Résistance fut arrêté avec sept autres dirigeants dont Raymond Aubrac, l'aspect mortel l'emporta. Mais encore une fois, Lucie parvient, après quatre mois de patience, à faire libérer son mari au cœur de Lyon.

Le couple vit alors de cache en cache, recherché, traqué. Lucie Aubrac parvient, grâce à ses contacts, à gagner Londres le 8 février 1944 avec son petit garçon. Elle accouche d'une petite fille quelques jours plus tard. Son combat aurait pu s'arrêter là. Mais Lucie Aubrac participa à la Libération et siégera à l'Assemblée consultative. Par la suite, elle ne cessa jamais de militer, d'enseigner, de faire la pédagogie de ce que furent l'ignominie de la collaboration et la fraternité de la Résistance. De sa voix forte, avec une détermination inoxydable, elle racontait, expliquait. Devenue militante d'Amnesty international, prenant cause pour les sans papiers, elle résumait son credo d'une phrase : "Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent."

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2007/03/15/lucie-aubrac-heroine-de-la-resistance-est-morte_883263_3382.html#PuRHEVBQI57VoxgM.99

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dimanche 25 mars 2018

Corée du Sud : Quand les robots recrutent les employés

Quand les robots recrutent les humains

ACT ROBOTS COREE DU SUD

 

Plusieurs entreprises sud-coréennes commencent à confier à des robots la tâche de recruter leurs employés.

Le conglomérat sud-coréen Lotte recrute 800 employés en ce mois de mars et il se fait aider par une intelligence artificielle pour analyser les milliers de CV et de lettres de motivation envoyés par les candidats. Et cette tendance est en plein essor en Corée du Sud.

En janvier 2018, les candidats à un emploi chez le géant sud-coréen des processeurs, SK Hynix, avaient déjà vu leur lettre de motivation être évaluée par une intelligence artificielle. Une technologie similaire à celle utilisée par l’entreprise Lotte qui a tout de même précisé que ce serait un recruteur humain qui prendrait la décision finale, après entretien.

La startup sud-coréenne Midas IT, elle, a justement présenté début mars un système d’entretien d’embauche mené par un ordinateur : le candidat est face à son écran, il répond à des questions, joue à des jeux, tandis que le robot analyse ses réponses, la tonalité de sa voix, et même ses expressions faciales. L’entreprise s’est servie de ce système l’année dernière pour choisir ses employés parmi 10 000 candidats. Elle assure que son intelligence artificielle permet de déterminer quel type de poste convient le mieux à chaque employé.

Réduire la discrimination à l’embauche

La méthode commence à s’internationaliser. Depuis l’année dernière, la multinationale anglo-néerlandaise Unilever utilise également un système similaire pour la première étape de son processus de recrutement. Les candidats passent un entretien préliminaire automatisé, via leur smartphone ou leur tablette, avant une éventuelle rencontre avec un recruteur humain.

Le premier avantage pour les entreprises, ce sont les gains de coût et d’argent que ces technologies permettent : une intelligence artificielle peut analyser en quelques heures des milliers de CV et de lettres de motivation.

Selon leurs concepteurs, ces robots recruteurs permettraient aussi de réduire la discrimination à l’embauche : Unilever embaucherait ainsi des employés d’origines plus diverses depuis qu’elle a recours à ce système.

Penser comme un robot…

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En Corée du Sud, on évoque tout de même les inconvénients suscités par ces méthodes. « Des candidats interviewés par des robots racontent être mal à l’aise quand ils parlent à un ordinateur, et disent que l’expérience est ‘pénible et pas naturelle’. », souligne le quotidien sud-coréen Joongang Ilbo.

La Corée du Sud est aussi une société où la différence est peu valorisée, la pression pour agir et penser comme les autres est intense. On a du mal à voir comment un logiciel pourra évaluer positivement un candidat créatif, qui pense de façon originale. Pour se faire recruter, il faudra littéralement penser comme un robot.

Source :

https://www.ald.softbankrobotics.com/fr/robots/pepper

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180322-coree-sud-intelligence-artificielle

http://mashable.france24.com/tech-business/20180322-coree-du-sud-robots-recrutement-humains

https://www.theguardian.com/social-care-network/2017/oct/16/pepper-robot-southend-social-care-recruit

https://aphadolie.com/2018/03/24/coree-du-sud-quand-les-robots-recrutent-les-employes/

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lundi 19 mars 2018

Mounir Mahjoubi admet que RT ne relaie pas de «fake news» mais que son «état d'esprit» dérange

Alors que LREM accuse régulièrement RT France de fausses informations, le secrétaire d'Etat au Numérique avoue que c'est «plutôt un état d'esprit» qui dérange le parti présidentiel. Un «état d'esprit» qui serait trop «négatif» à l'égard du président.

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Dans une interview accordée à la chaîne Arte en début d'année dernière et diffusée le 13 mars dernier, Mounir Mahjoubi, responsable de la campagne numérique d'Emmanuel Macron à l'époque et désormais secrétaire d'Etat au Numérique, a livré sa vision de RT France. Si ces quelques mots sont passés relativement inaperçus, leur implication est pourtant considérable. Ils contredisent en effet les accusations répétées à l'envi par La République en marche (LREM) contre RT France depuis plus d'un an.

Alors que le journaliste, qui admet lui-même du bout des lèvres que les nombreuses accusations de mensonges portées contre RT ne correspondent pas à la réalité, demande à Mounir Mahjoubi s'il peut citer des exemples de «fake news» relayées par RT ou Sputnik, celui-ci répond : «C'est plus ensuite un état d'esprit permanent.» En d'autres termes, sans doute conscient qu'ils n'en ont jamais diffusées, Mounir Mahjoubi explique que les griefs que son parti nourrit contre les journalistes de RT ne concernent pas des fausses informations... mais une ligne éditoriale qui ne serait pas favorable au président.

Mounir Mahjoubi explique en effet : «Dans plus de 90% des cas, toutes les informations au sujet d'Emmanuel Macron vont montrer une perception négative ou sombre du candidat, et plus de 90% des informations qui vont concerner Marine Le Pen vont être des informations laudatives, qui vont la mettre en avant, montrer son courage». Derrière ces chiffres qui ne s'appuient sur rien d'autre que son propre sentiment, le reproche adressé à RT est donc bel et bien de ne pas relayer une image suffisamment positive à ses yeux d'Emmanuel Macron.

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Cet aveu est d'autant plus étonnant si on le confronte à la position de LREM en avril 2017, alors que des journalistes de RT venaient d'être interdits d'accès au QG de campagne d'Emmanuel Macron par son équipe. Un porte-parole du parti expliquait alors que le problème était bien la fabrication «méthodique» d'«informations mensongères» dont il était convaincu que RT était à l'origine. A l'époque, le fameux «état d'esprit» de RT, jugé trop peu macronien, ne semblait pas remettre en cause le droit de nos journalistes à exercer leur métier – «sinon on n’accréditerait pas Valeurs actuelles», allait jusqu'à préciser le porte-parole de LREM.

Résumons donc. D'un côté, Mounir Mahjoubi reconnaît que le défaut de RT France serait son «état d'esprit» trop négatif à l'égard du président, et non de la propagation de prétendues «fake news». De l'autre, LREM assure ne s'en prendre qu'aux propagateurs de «fake news» et non à ce qu'elle croit identifier comme un «état d'esprit» négatif à l'égard du président. Faut-il alors en conclure que LREM est désormais réconciliée avec RT France et reconnaît à ses journalistes le droit d'exercer librement leur profession ?

https://francais.rt.com/rt-vous-parle/48850-etat-desprit-mounir-mahjoubi-admet-rt-france-relaie-pas-fake-news-etat-esprit-derange

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vendredi 16 mars 2018

Fake news, les projets du gouvernement

TRIBUNE LIBRE / OJIM

Les effets de la farce des « Fake news », inventée par l’idéologie dominante pour donner une explication à des défaites électorales « immorales » pour la doxa en cours – nommément le Brexit et l’élection de Trump – ne cessent de se propager en cercles qui s’élargissent constamment. Une loi liberticide a déjà été mise en application en Allemagne, le gouvernement d’Édouard Philippe veut suivre la même voie en France. Pour aller où ?

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Censurer les réseaux sociaux

La ministre de la Culture Françoise Nyssen a présenté la future loi comme « nécessaire pour protéger notre démocratie contre les ingérences extérieures » faisant écho aux propos du Président Macron lors de ses vœux à la presse qui condamnait « les bobards inventés pour salir ». Le Président a confirmé ses intentions lors du dîner du CRIF du mercredi 7 mars 2018, parlant de « combattre les discours haineux ».

Le texte prévoirait une procédure judiciaire d’urgence lors des élections. Un juge pourrait en 48h faire cesser la diffusion de « fausses informations », ordonnant la « suppression du contenu », voire le « déréférencement d’un site » ou même la suppression d’un compte sur un réseau social.

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Ce qui implique la collaboration des GAFA et surtout ce qui les incite à produire en amont leurs propres instruments internes de censure ce qu’ils sont en train de faire à marche forcée. Les réseaux sociaux aussi bien que les fournisseurs d’accès et les plates-formes internet seraient tenus de proposer aux internautes un mécanisme de remontée des « fausses informations », ce que font déjà les polices médiatiques du type Decodex du Monde, financé par Google. Pire « toute personne ayant intérêt à agir » pourrait saisir le juge des référés ce qui permet d’imaginer une belle foire d’empoigne entre sycophantes* professionnels.

Surveiller et punir Russia Today

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Le texte prévoirait un renforcement de l’autorité du CSA sur les chaînes liées à un État étranger ce qui ne concerne en réalité que Russia Today (lancé en France en décembre 2017, jusqu’ici avec un succès limité) et la radio Sputnik tous deux liés à l’agence de presse nationale russe. La convention leur permettant d’émettre pourrait être « suspendue » lors des élections. Suspension veut dire interdiction d’émettre pendant plusieurs semaines.

Mais le CSA pourrait résilier unilatéralement la totalité de la convention qui permet d’émettre sur le câble. Comme la convention de RT signée en 2015 se termine en 2019, année électorale, on imagine que la direction de la chaîne russe sera particulièrement attentive. D’autant que le CSA pourra « tenir compte des contenus électroniques des filiales de la maison mère », autrement dit RT États-Unis.

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Enfin le Conseil d’État pourrait intervenir lorsque les chaînes passent par le satellite. Tout cet arsenal ne touchera en rien les grandes chaînes américaines grosses productrices de fausses nouvelles comme CNN. Cherchez l’erreur.

https://www.ojim.fr/fake-news-les-projets-du-gouvernement/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-03-13

*

A. − HIST. [Dans la Grèce antique, à Athènes] Dénonciateur professionnel qui assignait en justice des citoyens riches afin d'obtenir une part de leurs biens s'ils étaient condamnés. (Dict. xixeet xxes.).

B. − Littér. Calomniateur, délateur; p. ext., personnage hypocrite, fourbe. (...)

http://www.cnrtl.fr/definition/sycophante

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mercredi 14 mars 2018

Marre de Google et Facebook ? Des alternatives françaises existent

Le moteur de recherche Google et le réseau social Facebook jouissent d'un quasi-monopole dans leur domaine. Leur point commun ? Ils collectent massivement les données personnelles de leurs utilisateurs à des fins publicitaires. Mais quelques "irréductibles Gaulois" veulent construire un web plus éthique. Parmi eux, Qwant, Lilo ou encore Whaller promettent des services protecteurs de la vie privée.

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« Big Brother is watching you ». À l'image du fameux roman 1984 de George Orwell, Google et Facebook semblent tout savoir de leurs utilisateurs. Âge, sexe, centre d'intérêts, orientation sexuelle... Autant de données personnelles massivement collectées par les deux géants américains à des fins publicitaires. À contre-courant, une poignée d'entreprises françaises veut conjuguer innovation et respect de la vie privée.

« Notre vie numérique devrait respecter nos libertés individuelles. Il ne faut plus chercher à faire comme les grands d'Internet : il faut faire différemment », martèle Thomas Fauré, président et fondateur du réseau social Whaller, startup de 10 employés.

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Lancée en 2013, cette plateforme « made in France » garantit la protection des données. « Nous n'exploitons aucune donnée à titre commercial. De plus, nous ne les revendons pas à des tiers », précise cet ingénieur de formation. Le tout sans aucune publicité. Pour autant, Whaller, qui se dit proche de l'équilibre, a généré un chiffre d'affaires de 500.000 euros en 2017 et ambitionne de passer le million cette année.

Le réseau social propose deux offres : un accès gratuit, dépourvu de certaines fonctions, et un accès payant entre 20 euros à 1950 euros hors taxe par mois. Car l'entreprise cible principalement les organismes, publics ou privés. Le réseau social est ainsi utilisé par HEC, Mc Donald's ou encore Action contre la faim. Au total, la startup revendique un peu moins de 200.000 utilisateurs - à titre de comparaison, 2,13 milliards d'internautes utilisent Facebook dans le monde.

Casser les monopoles

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Les usagers de Whaller sont répartis entre 8.000 réseaux - sa grande particularité. En effet, le réseau social fonctionne par sphères fermées. Ainsi, il est possible de créer un réseau pour sa famille, ses collègues ou encore son association. L'utilisateur peut donc partager une photo de soirée entre amis, sans que ses collègues ne soient au courant« Nous permettons d'avoir une multiplicité de réseaux, qui ne se mélangent pas - comme dans notre vraie vie finalement », souligne Thomas Fauré. En totale opposition à la philosophie initiale du web, qui plaidait pour un internet ouvert.

« L'Internet ouvert a été le meilleur terreau possible pour les monopoles. Aujourd'hui, notre web appartient aux GAFA américains (Google, Apple, Facebook, Amazon) et aux BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) », s'indigne Thomas Fauré. « Il faut casser les monopoles et redonner sa place à l'innovation. Pour faire de la qualité, nous devons retrouver une sécurité dans les outils que nous utilisons, car nous avons complètement perdu le contrôle des grandes plateformes. » Avec l'idée sous-jacente que l'internaute doit disposer d'une plus grande maîtrise sur sa vie privée.

Etre conscient de son pouvoir en tant qu'internaute, c'est aussi le mantra de Lilo. Ce moteur de recherche, qui compte une dizaine d'employés entre Paris et Nantes, a été créé en 2015. Son constat : « Grâce à ses requêtes sur Internet, chaque internaute génère en moyenne 30 euros de revenus aux moteurs de recherche, revendique Clément Le Bras, cofondateur et directeur de la startup. C'est donc lui qui devrait posséder le pouvoir ! », et avoir notamment un droit de regard sur la destination de l'argent généré.

Promouvoir un web éthique

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Lilo reverse 50% de son chiffre d'affaires à des projets sociaux-environnementaux. À chaque recherche, l'internaute gagne une goutte d'eau, enregistrée dans une cagnotte virtuelle. Il les reverse ensuite parmi les plus de 130 projets disponibles sur la plateforme.

Depuis sa création, la startup a déjà collecté près de 665.000 euros... Tout en parvenant à être rentable depuis 2016, un an seulement après sa création. Comment expliquer un tel modèle ? « Cela pose surtout la question des marges de Google !, rétorque Marc Haussaire, directeur technique et co-fondateur de Lilo. Le fleuron de la Silicon Valley a réalisé un chiffre d'affaires mondial de 100,9 milliards de dollars pour un bénéfice net de 12,6 milliards en 2017.

« Nous ne sommes pas dans une course à la croissance. Notre finalité n'est pas de générer du profit, mais d'avoir un impact positif », enchaîne Marc Haussaire.

La promotion d'un web éthique passe aussi par le respect de la vie privée. Ainsi, Lilo s'engage à ne pas collecter, exploiter ou revendre les données de ses utilisateurs. Les adresses IP, permettant l'identification d'un ordinateur, sont anonymisées. Des arguments qui ont déjà convaincu près de 680.000 utilisateurs - avec un rythme de 4.000 nouveaux utilisateurs par jour.

Protéger ses données, un souci d'initiés ?

C'est aussi ce qui fait le succès de Qwant, acteur historique en la matière. Lancé il y a 5 ans, le moteur de recherche revendique désormais 58 millions d'utilisateurs uniques par mois depuis janvier 2018 - contre 20 millions il y a un an. Et il enregistre « une croissance de 20% par mois », assure Eric Léandri, PDG et co-fondateur de Qwant, startup de 152 employés. Le profil type des addicts de Qwant sont des « gens entre 25 à 45 ans, qui sont très au point technologiquement ». La protection des données est-elle une préoccupation de quelques initiés ? Pas vraiment.

« Les pouvoirs publics sont très réceptifs et l'Europe a trouvé comment avancer, notamment avec le RGPD [Ndlr : règlement général sur la protection des données, applicable à partir du 25 mai]. Il y a une prise de conscience globale très importante », affirme Eric Léandri.

Reste à convaincre les investisseurs. « Ils ne sont pas encore sensibilisés à la question. Quand j'arrive en disant que je veux créer un anti-facebook, tout le monde rigole ! », raconte Thomas Fauré de Whaller.

Vers une souveraineté numérique ?

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Au-delà des investisseurs, les internautes sont aussi difficiles à convaincre. « Il y a un frein psychologique, presque une addiction. Quand les gens testent un autre moteur de recherches que Google, ils sont perdus, estime Clément Le Bras, président de Lilo. On ne s'en rend pas compte, mais cela fait 15 ans maintenant que des gens voient tous les jours la marque Google. Cela paraît anecdotique, mais très peu de marques ont sa visibilité. »

Pour lutter contre ce manque de notoriété, toutes ces entreprises développent des partenariats avec des entreprises et des organismes publics (écoles, ministères, universités...). « Le rôle de la société civile et politique est primordial. Il faut pousser à l'utilisation de plateformes françaises pour construire une souveraineté numérique », revendique Thomas Fauré. Une vision partagée par Eric Léandri, PDG de Qwant. « Maintenant, les petites et moyennes entreprises doivent commencer à basculer sur des solutions européennes. Lorsqu'elles le feront, le grand public va être touché. Si tous les matins, en allant au bureau, vous utilisez Qwant, alors pourquoi ne pas essayer aussi à la maison ? » Et de conclure : « Ce qui compte, c'est que tout le monde prenne sa petite part de responsabilité. »

https://www.latribune.fr/technos-medias/marre-de-google-et-facebook-des-alternatives-francaises-existent-771187.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180309

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"Maintenant, les petites et moyennes entreprises doivent commencer à basculer sur des solutions européennes": de quelle souveraineté s'agit- il, au bout du compte? Dans ce domaine comme dans d'autres, "Le rôle de la société civile et politique est primordial"...    P.G.

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