mercredi 23 mai 2018

"Il n'y aura pas de remise en cause" du statut des fonctionnaires (Olivier Dussopt)

Alors que les fonctionnaires étaient appelés mardi à une journée de grève et de manifestations sur les salaires, le secrétaire d'Etat à la Fonction publique, Olivier Dussopt, assure que le gouvernement ne remettra pas en cause le statut des fonctionnaires.

ACT FP MANIF GOUV

Le secrétaire d'Etat à la Fonction publique, Olivier Dussopt, assure lundi dans Libération que le gouvernement ne remettra pas en cause le statut des fonctionnaires, à la veille de la troisième journée de grève depuis le début du quinquennat. "Il y aura des ajustements, une modernisation mais pas de remise en cause", a expliqué Olivier Dussopt.

A l'appel unitaire des syndicats de la fonction publique, les fonctionnaires étaient appelés mardi à une journée de grève et de manifestations sur les salaires, les effectifs et les réformes en cours. Les organisations syndicales dénoncent les orientations du gouvernement, qui constituent selon elles une "attaque" du statut de fonctionnaire: simplification du dialogue social, extension du recours aux contractuels, part accrue de rémunération au mérite et accompagnement des mobilités de carrière, y compris vers le secteur privé.

Un rapport explosif attendu

OUTIL GOPE SILENCE

Les orientations du gouvernement, qui doivent déboucher sur un projet de loi au 1er semestre 2019 et auxquels s'ajoutent les inquiétudes entourant le futur rapport d'experts CAP 22, qui dégagera  des pistes d'économies, ont continué d'attiser la tension qui règne depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. Concernant CAP 22, Olivier Dussopt s'attend à "un certain nombre de propositions, plus ou moins disruptives" mais "ce rapport n'engage pas le gouvernement et une phase de concertation avec les différentes parties prenantes s'ouvrira à la remise de celui-ci".

"Ces dernières années, à chaque fois qu'un gouvernement a initié une réforme de la fonction publique, il l'a fait uniquement avec un prisme budgétaire. Du coup, toute réforme en la matière devient anxiogène. Mais je le répète : nous ne remettrons pas en cause le statut des fonctionnaires", a martelé le ministre.

https://www.latribune.fr/economie/france/il-n-y-aura-pas-de-remise-en-cause-du-statut-des-fonctionnaires-olivier-dussopt-779070.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180521

mardi 22 mai 2018

Le socialisme autogestionnaire, l’héritage oublié de 1968 ?

TRIBUNE LIBRE / Par le 11 mai 2018

HIST MAI68 AUTOGESTION

Les premiers perçoivent mai 68 comme une révolution culturelle, à l’origine d’une libération des mœurs, qui aurait permis le triomphe du néolibéralisme dans la décennie qui suit. Les seconds préfèrent voir dans les événements la plus grande grève générale qui a débouché, dans la continuité de 1936, sur des conquêtes sociales pour les travailleurs. Les uns comme les autres semblent pourtant oublier que le « moment 68 » fut également celui d’une critique radicale du capitalisme en rupture avec le marxisme officiel de l’époque.

Bien loin de la faculté de Nanterre, c’est à l’université de Strasbourg qu’une réelle mise en cause du capitalisme voit le jour dès 1966. Sous l’influence de l’Internationale Situationniste (IS) fondée neuf ans plus tôt par Guy Debord, se développe un courant socialiste libertaire anti-étatique dit conseilliste car il considère les conseils ouvriers comme la base de l’insurrection et de la société post-capitaliste. La branche locale de l’UNEF fait publier une brochure intitulée « De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économiques, politiques, psychologiques, sexuels et notamment intellectuels et de quelques moyens pour y remédier » qui constitue une critique radicale du capitalisme et de toute forme de bureaucratie. En 1968 cette critique anti-autoritaire du capitalisme se fera dans le langage de l’autogestion.

L’autogestion et l’émancipation, mots-dordre de 1968

La réflexion sur l’autogestion traduit le souci d’une partie du mouvement de 1968 de ne pas se limiter aux revendications sociales mais de dessiner des alternatives en posant la question politique, comme le rappelle Ludivine Bantigny dans son livre 1968, de grands soirs en petits matinsElle exprime l’aspiration à l’autonomie des travailleurs, à une société moins centralisée, plus démocratique, émancipée, ainsi que le souci de la décision prise à la base. La revue Autogestion, fondée en 1966 et dans laquelle on trouve les plumes d’Henri Lefebvre ou René Laurau, s’inscrit dans la tradition de Mikhaïl Bakounine, Charles Fourier et Pierre-Joseph Proudhon. Elle s’ancre également dans des expériences historiques allant de la commune paysanne russe jusqu’aux soviets de 1905 et 1917, les conseils ouvriers de la révolution allemande (1918-1919) et hongroise (1956) ou encore les commissions ouvrières italiennes (1919-1920) et de l’Espagne révolutionnaire (1936-1939). Dans un contexte de crise du communisme et du marxisme officiel, l’autogestion est vue ici comme une alternative contre l’étatisation et la centralisation stalinienne.

L’autogestion ne fait pas consensus et se retrouve surtout chez les représentants de la “deuxième gauche” comme la CFDT et le PSU. Toutefois, les débats ne se réduisent pas au clivage entre la CGT et la CFDT mais portent sur le flou qui entoure la notion d’autogestion. Aux yeux de ses partisans, il s’agit d’un collectif de travail organisé avec une propriété collective des moyens de production qui permettrait à terme de se passer des patrons. Une confusion va pourtant s’opérer avec l’idée de cogestion où les travailleurs participent à la vie de l’entreprise mais dans un système reposant toujours sur des rapports de propriété, d’exploitation et où la course aux profits reste la norme. Le régime gaulliste évoque, de son côté, de plus en plus l’idée de “participation” dans l’entreprise. Ce débat fait évoluer le Mouvement du 22 Mars qui souligne que l’autogestion peut apparaître comme une “mystification”, dès lors que le terme est employé par tout le monde, « de Lapalisse à de Gaulle, de la CFDT aux anarchistes« , chacun lui donnant un sens différent. Est également évoquée l’utilisation de l’“autogestion” par les nouveaux courants du training group et des techniques psychosociologiques visant à développer les performances individuelles pour mieux servir la compétitivité des entreprises… « Autogérer une entreprise capitaliste ? C’est ce que font les entreprises américaines de pointe (Boeing) » fait remarquer un participant à l’occasion d’une rencontre entre des étudiants de différentes universités, des ouvriers de Renault, Peugeot et d’Hispano-Suiza. Dès 1968, les plus fervents partisans de l’autogestion ont déjà conscience des risques d’un dévoiement du concept au profit d’un plan technocratique ou encore d’une auto-exploitation des travailleurs.

Les partisans de l’autogestion, à l’image du syndicat CFDT de Renault Billancourt, sont pourtant catégoriques :  l’autogestion doit permettre un passage progressif du contrôle ouvrier sur l’entreprise à la gestion pleine et entière par les travailleurs eux-mêmes ; elle n’a rien à voir avec la participation gaulliste ou la cogestion telle qu’elle se pratique en Allemagne de l’Ouest (RFA). La seule entreprise qui se livre en 1968 à une réelle expérience autogestionnaire est la CSF-Thomson à Brest. Ludivine Bantigny souligne l’existence de “commissions ouvrières” accueillant aussi bien des ouvriers, des employés que des ingénieurs, initiant une véritable communauté qui met en cause les hiérarchies. L’autogestion implique de s’attaquer véritablement à la nature du pouvoir économique et politique pour que tout soit contrôlé par les travailleurs et d’établir des liens étroits entre les usines autogérées, lesquelles ne sauraient rester isolées.

Pour une organisation non-capitaliste de la vie

Parce qu’elle suspend le temps et offre la possibilité de questionner le monde, la grève générale de 1968 est également l’occasion d’imaginer une société libérée du profit et de proposer “une organisation non capitaliste de la vie”. À Lille, le comité d’action ouvriers-étudiants envisage une transformation des structures de l’échange, par le biais de mutuelles et de coopératives qui échapperaient à l’emprise des intermédiaires : grossistes, agents de bourse, banquiers… Quant au comité de Censier, il imagine la fin de l’économie concurrentielle, qui rendrait alors inutile la publicité. Comme le rappelle l’historienne, " les entreprises de séduction périraient et, de leurs cendres, naîtrait un autre goût de la beauté. L’information sur les produits viendrait des producteurs eux-mêmes, tandis que les consommateurs seraient formés à sa conception comme à sa critique" . Une véritable critique culturelle du capitalisme et de la société de consommation se déploie. Le partage des richesses est vu comme un moyen de ne plus faire reposer la reconnaissance sociale sur la seule possession et, par conséquent, de libérer la créativité des individus ; la réduction du temps de travail doit permettre de dépasser l’opposition entre manuels et intellectuels en proposant d’autres apprentissages moins clivés.

La diminution du temps de travail est également mise en avant, mais est-ce acceptable si cela conduit à consommer moins? En 1968, il ne faut pas oublier que le souvenir des privations et des rationnements, notamment pendant la guerre, reste très présent et que posséder quelques bien hors de l’ordinaire est perçu comme une réelle nouveauté. Cela n’empêche pas une réflexion sur le bien commun, la pensée de l’utile contre la futilité du gadget et de la publicité ou encore l’expérience de la gratuité. Les débats touchent également à la propriété. Si d’aucuns prônent une forme de communisme qui s’inspireraient de la république des Guaranis aux XVIIe et XVIIIe siècles, d’autres estiment que la mise en commun de tous les biens n’est pas une nécessité et qu’une chose est d’avoir un logement, une autre est d’en posséder dix pour en louer neuf : « On peut souhaiter comme statut de la propriété que les biens de consommation restent la propriété des individus ; que les moyens de production soient entre les mains des travailleurs intéressés ; que les richesses naturelles soient à l’ensemble de la collectivité« .

Si les expériences du passé constituent toujours une référence, à l’image de la Commune de Paris incarnant l’idéal d’une démocratie directe et auto-organisée, tous ces projets témoignent d’une volonté de partir des revendications les plus élémentaires, en se détachant des modèles. Les utopies qui s’y développent sont des utopies concrètes, accessibles et qui partent toujours de problèmes présents. Enfin, Ludivine Bantigny souligne la manière dont à mesure que le mot “révolution” se répand, celui-ci se vide de plus en plus de son sens : " La torsion du mot ouvre de nouveaux emplois : n’importe quoi pourra bientôt apparaître “révolutionnaire” dans les slogans publicitaires" .

Les acteurs de 1968 ont conscience de la manière dont le capitalisme possède la capacité de digérer et récupérer les critiques, même les plus déterminées, Hebert Marcuse soulignant que " le succès le plus caractéristique de la société industrielle avancée est justement sa propre capacité à intégrer les opposants" . Quarante ans plus tard, Luc Boltanski et Eve Chiappalo analyseront comment des éléments issus de la critique de l’aliénation de la vie quotidienne par l’alliance du capital et de la bureaucratie seront récupérés au profit d’un " nouvel esprit du capitalisme" . Sans doute faut-il voir dans cette “capacité étonnante de survie” du système, par ingestion de la contestation, la principale leçon de Mai 68.

https://comptoir.org/2018/05/11/le-socialisme-autogestionnaire-lheritage-oublie-de-1968/

lundi 21 mai 2018

Les abeilles meurent par millions, en Creuse comme ailleurs

ACT ABEILLES CREUSE

Le printemps sera bientôt silencieux, vidé de ses oiseaux dont 30 % ont disparu dans nos campagnes, silencieux aussi du bourdonnement des abeilles, domestiques ou sauvages, dont les colonies s’effondrent de manière spectaculaire depuis 25 ans. Cette année, l’hécatombe est d’une telle ampleur qu’elle dépasse la seule possibilité d’une conjoncture malheureuse ; l’empoisonnement massif semble ne plus faire de doute.

« Ça fait 70 ans que je m’occupe de mes ruches. Jamais j’ai vu ça. » A 86 ans, Robert Charles vit un de ses pires printemps d’apiculteur. Sur les cinquante ruches installées dans son verger qui jouxte sa maison à Chiron-Poty, il n’en reste que sept ou huit vivantes. « Vivantes mais fragiles ». Les butineuses sont réduites à peau de chagrin à l’entrée de leur ruche et on peine à entendre le moindre bourdonnement.

« Elles sont mortes, elles ont disparu, on ne sait même pas comment et celles qui restent, elles végètent, comme une personne malade », explique Robert en ouvrant ses ruches vidées de leurs abeilles. « Elles ne sont pas mortes de faim, les cadres sont pleins de miel », nous montre l’apiculteur, certaines ont même des couvains (des larves et nymphes) morts eux-aussi.

Depuis sept décennies qu'il entretient ses ruches, Robert Charles n'a jamais vu autant de mortalité. Il a perdu 80% de ses abeilles entre le mois de mars et aujourd'hui. @Mathieu Tijeras

« D’habitude, on perd 10% de ruches par an, c’est normal », il y a des reines qui ne se renouvellent pas, une mortalité naturelle des abeilles d’hiver dont la brève vie de 3 à 4 mois n’a pour rôle que de tenir les couvains au chaud, des années où la météo n’y met pas du sien, des parasites, des maladies... Mais rien à voir avec l’hécatombe de cette année. « Elles sont parties à la sortie de l’hiver et ne sont jamais revenues », soupire Robert. Toute sa vie, ce vieux Creusois a posé des nichoirs, fait du miel. Ce printemps, tout est vide, « il n'y a rien ».

Ce printemps, la surmortalité des abeilles est très médiatisée et commence à sensibiliser le grand public mais le phénomène dure depuis 25 ans, depuis l'introduction de néonicotinoïdes dans les pratiques culturales. @ Mathieu Tijeras 

Un triste tour du propriétaire : Au milieu de ses deux rangées de ruches décimées, Robert reste sans réponse.
 Quand je suis venu les vérifier une par une, elles étaient toutes mortes, je me suis demandé ce qu’il se passait, je me suis dit qu’on me les avait empoisonnées... En en parlant avec d’autres apiculteurs, j’ai vu que c’était pareil pour eux. »
Il continue la triste revue de son cimetière : « Celle-là est morte ou est en train de mourir. Voyez-donc, tout ça c’est du miel, des alvéoles pleines », au bout de son opinel, mais aucune trace d’abeille. « Le verger était tout en fleurs, elles pouvaient vivre tranquille là et ben voilà... »

A Felletin, à 30 kilomètres de là, David Tournois dresse le même constat : des ruches vides d’abeilles, pleines de miel qui, il y a deux mois, étaient encore bourdonnantes.

Sur le terrain de sa maison, sept ruches : « Je les ai regardées sans les ouvrir au mois de mars, j’en avais cinq vivantes sur sept, et elles rentraient du pollen. Trois semaines plus tard, elles étaient toutes mortes. 100 % de mortalité, j’ai du mal à croire que ce soient des conséquences naturelles... » D’autant que l’apiculteur n’a que des abeilles noires, réputées pour leur rusticité et resistance, « pas d’espèces hybridées ou importées », plus fragiles.

A Felletin, David Tournois aussi a retrouvé ses ruches qui bourdonnaient en mars, décimées en mai, les cadres pleins de miel et quelques cadavres d'abeilles autour @ Mathieu Tijeras

Depuis huit ans qu’il est installé, lui non plus n’a jamais vu pire hécatombe. « Sur mes 80 ruches, 80 % sont mortes. Mes pires années, c’était 30 %. J’ai toujours eu une mortalité dans la moyenne creusoise, mais là. Je me suis posé des questions sur mes compétences, si j’avais fait des erreurs mais en voyant que je ne suis pas le seul... ». 

Ni en Creuse, ni en France. En Limousin, 50 à 100% des ruches sont mortes ce printemps. Un tiers des abeilles ont disparu en Bretagne. La Dordogne, le Doubs, l’Aisne, la Charente-Maritime rapportent des situations catastrophiques inédites.

Probablement empoisonnées par les néonicotinoïdes

« L’hiver a été long mais elles en ont vu d’autres. En mai dernier, il a gelé deux nuits de suite, ça a ruiné toutes les fleurs et les reines avaient coupé leurs pontes mais ça ne les tue pas », souligne David, qui essaie de trouver des explications à cet effondrement des colonies. Ici non plus, pas de frelon asiatique, de varroa, de nosémose ou de loque américaine. Quelques abeilles mortes au fond des ruches, mais pour la plupart, tout simplement évaporées. 

« Les abeilles meurent. C’est un signal ça, mais ils ne s’arrêtent pas pour autant avec leurs produits. Ils les ont encore autorisés quelque temps et les gens vont en faire des provisions »

Robert Charles (Apiculteur à Chiron-Poty, près d'Issoudin-Létrieix en Creuse)

David Tournois s'est lancé il y a huit ans, cette hécatombe a emporté 80% de ses ruches, il ne peut pas, financièrement, repartir de zéro @ Mathieu Tijeras

Pour les apiculteurs d’ici et d’ailleurs, pas de certitude mais de forts soupçons sur les origines de cette surmortalité dont les chiffres grossissent d’année en année : une intoxication massive aux produits phytosanitaires, notamment aux néonicotinoides. Cette famille d’insecticides, les plus utilisés dans le monde par l’agriculture mais aussi les particuliers, agissent sur le système nerveux des insectes, sans distinction. Les abeilles, domestiques comme sauvages, qui butinent les cultures, sont empoisonnées de la même façon que les insectes ciblés : si elles ne meurent pas paralysées, elles meurent d’épuisement, leurs capacités cognitives annihilées par la molécule les rendent incapables de retrouver leur ruche.

Les témoignages de pulvérisations en plein jour, sur des arbres en fleurs, des épandages sur des prairies elles aussi fleuries, vont dans le sens d’un empoisonnement massif. Et qu’importe si l’épandage est ponctuel, le produit reste actif dans le sol, les eaux et les organismes plusieurs années.

« C’est déprimant, confie David, en regardant son terrain. Les pissenlits ont explosé d’un coup, tout est sorti et il n’y a rien dessus. Rien… On a beau interdire ces produits, il y en a autant qui arrivent aussitôt sur le marché. J’entends souvent : “Ça change petit à petit”, “les gens sont de plus en plus sensibilisés”… Ça fait 25 ans qu’on dit que les abeilles meurent et rien ne change ! Au contraire, ça empire. »

Dans un verger devenu muet, devant ses ruches décimées et sa dizaine de nichoirs vides, Robert, vieux passionné de nature nous confie être bien triste pour les générations qui lui succèdent. « Ils ne verront pas beaucoup de choses dans la nature, ils n’écouteront pas beaucoup chanter les oiseaux… Dans le temps on travaillait la terre, il n’y avait pas de produits chimiques, il y avait des abeilles, des oiseaux, maintenant, il n’y a plus rien ! ».

Ce vieux sage n’espère qu’une chose : « Qu’ils arrêtent tous les produits chimiques… S’ils m’entendent. La nature, il ne faut pas essayer de la modifier, elle est bien comme elle est, on veut tout contrôler, modifier et on fait des conneries. »

Sans abeille, fini les légumes, les fruits ou les graines

Ces dernières années, le débat autour de l'interdiction des néonicotinoïdes a divisé la société et le monde agricole. Leur très haute toxicité pour la biodiversité, l’environnement mais aussi l’homme motive plus que jamais une interdiction totale tandis que les agriculteurs martèlent ne pas pouvoir faire sansPourtant, sans abeille, pas de récolte. La pollinisation est indispensable à l’agriculture et au maraichage : plus du tiers de l’alimentation mondiale dépend des insectes pollinisateurs.

D'autres facteurs participent à la disparition des abeilles, des pollinisateurs et plus généralement, des insectes et autres espèces animales de la biodiversité française. Les pratiques d’agriculture intensive participent à l’effondrement des populations. Les épandages de produits phytosanitaires ne sont pas toujours faits dans les conditions qui préserveraient la faune, et ne prennent en compte ni la floraison, ni la météo, ni les vents. Le désherbage se fait parfois en dépit du bon sens, sur des prairies en fleurs qui concentrent alors le plus de biodiversité.

Une triste image : des ruches aux entrées désertes et silencieuses ce printemps @ Mathieu Tijeras

L’élimination systématique des fleurs des champs par exemple, ou des prairies de luzerne et de sainfoin, prive ainsi les insectes butineurs de nourriture entre la floraison du colza, au printemps et celle du tournesol fin juillet, et provoquent des carences alimentaires qui affaiblissent les colonies. Robert Charles en a l'exemple très précis à côté de chez lui : « J’ai un voisin qui a six hectares de luzerne... C’est magnifique. Et bien quand elle est en fleurs, il la fauche avec des rotatives, c’est-à-dire que l’herbe est broyée, si des abeilles butinent, ça passe tout dedans...  ». 

Il y aussi des responsabilités, à conséquences plus restreintes, à trouver du côté des apiculteurs, certains abusent de pratiques qui ont l'effet inverse que celui escompté sur leurs colonies : l’hybridation et l'importation de reines issues de sous-espèces venues d'Italie ou de Grèce, qui promettent un meilleur rendement mais emmènent souvent avec elles des pathogènes inconnus de notre abeille noire endémique. Ces abeilles venues du sud sont également mal adaptées à nos écosystèmes, aux fleurs présentes qui n'ont pas les même périodes de floraison que sur le pourtour méditéranéen. Fragilisées, ces colonies deviennent plus vulnérables aux parasites et aux maladies qui, dans le même temps, deviennent plus résistants.

Les enjeux liés à la disparition des abeilles

  • Pollinisateurs indispensables

Le miel n’est pas le seul produit de notre consommation quotidienne qui risque de disparaître avec les abeilles et les insectes pollinisateurs : elles garantissent un tiers de la reproduction d’espèces végétales de l’alimentation mondiale et 84 % des cultures européennes. Un service gratuit que l’Inra évalue à 153 M€ par an dans le monde.
 Parmi les ruches qui ont résisté à l'hécacatombe, les colonies, très fragilisées ont perdu de nombreuses butineuses @ Mathieu Tijeras

  • Disparition massive et mondiale

13 millions de ruches ont disparu en Europe. En 1990, avant l’usage des néonicotinoïdes, la mortalité annuelle s’élevait à 5 %. On arrive à 80 % actuellement.
En Chine, l’usage intensif de ces produits a mené à la disparition totale de l’espèce. Les agriculteurs doivent aujourd’hui polliniser à la main.

  • Pesticides hautement toxiques

La très haute toxicité des néonicotinoïdes, utilisés dans les grandes cultures, de céréales, fruits et légumes, est signalée par les chercheurs depuis des années.
Leurs propriétés systémiques font qu’ils sont présents dans toutes les parties de la plante traitée mais aussi dans le sol, l’air, l’eau et dans les organismes qui y vivent.
Leur persistance et leur forte affinité avec l’eau les maintiennent actifs sur plusieurs années et sur une large zone.


Les chercheurs ont établi des liens entre ces pesticides et les maladies du spectre autistique, les malformations cardiaques, ce sont également des perturbateurs endocriniens et des molécules cancérigènes.

  • Interdictions ambigues

Le 27 avril, 15 des 28 états de l’UE ont voté l’interdiction totale de trois néonicotinoïdes (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame) considérés comme dangereux pour les abeilles et déjà soumis à restrictions d’usage depuis 2013. D’autres, comme le sulfoxaflor, restent autorisés au sein de l’UE.
Dans le cadre de la loi pour la reconquête de la biodiversité 2016, la France a ajouté quatre autres néonicotinoides à cette liste qui seront interdits à partir du 1er septembre 2018. Des dérogations seront néanmoins possibles sur certains usages jusqu’au 1er juillet 2020, s’il est considéré qu’il n’y a pas d’alternative possible.

80 % des insectes volants ont disparu en 25 ans

L’Union nationale de l’apiculture française rappelle un chiffre qui se passe de commentaire : 80 % des insectes volants ont disparu en 25 ans. Depuis 25 ans, André Couty, président de l’Abeille creusoise, se bat pour que les apiculteurs soient enfin entendus. « Ça fait 25 ans qu’on voit que les abeilles meurent. Je suis heureux qu’on en parle cette année, qu’il y ait une prise de conscience et que les gens s’intéressent enfin aux abeilles. On commence à nous écouter », confie le président du syndicat apicole de la Creuse, membre de l’Unaf.
 

Les ruches sont vides d'abeilles mais pleine de miel, saines, sans parasites. Les abeilles intoxiquées par le pollen sont parties mourir hors de leur ruche ou ne l'ont tout simplement pas retrouvée (les néonicotinoïdes agissent sur les capacités cognitives des abeilles et les désoriente) @ Mathieu Tijeras

« Expliquez-moi pourquoi les ruchers qui sont situés dans des zones où il n’y a aucun épandage de pesticides, on a des mortalités très restreintes de l’ordre de 6 % et que sur celles qui sont près des zones de cultures ou d’exploitation agricoles, on a 60 à 80 % de pertes ! »

André Couty (président de l'Abeille creusoise)

Cette surmortalité des abeilles n’est pas nouvelle pour André Couty. « Ça nous est déjà arrivé, simplement, on ne nous entendait pas. » Pour lui pas de doute, les phytosanitaires sont les premiers responsables. « À l’automne, les abeilles font des réserves de pollen pour le printemps. Elles butinent sur des prairies qui viennent d’être traitées avant l’hiver. Ce pollen, elles ne le consomment pas, il leur sert à nourrir leur couvain qui va éclore fin février, début mars, explique l’apiculteur. Elles prédigèrent ce pollen pour nourrir leurs larves et s’empoisonnent. » Le reste de l’année, elles s’intoxiquent en continu, ce qui fragilise les colonies, qui sont alors plus vulnérables aux maladies et parasites. Notamment au varroa dont les traitements existants ne sont plus suffisants.

La thèse que les apiculteurs touchés ne seraient pas compétents, André Couty ne veut pas l’entendre. « Je voudrais bien mais expliquez-moi pourquoi les ruchers qui sont situés dans des zones où il n’y a aucun épandage de pesticides, je pense au plateau de Millevaches, à celui de Gentioux, on a des mortalités très restreintes de l’ordre de 6 % et que sur celles qui sont près des zones de cultures ou d’exploitation agricoles, on a 60 à 80 % de pertes ! » Sachant qu’une abeille butine à environ 2 km de sa ruche.

« Pour moi, on ne va nulle part. On vient d’en interdire trois, mais ils en ont trois autres derrière pour les remplacer, ils changent juste le nom.  »

André Couty

L’Unaf a envoyé des abeilles mortes pour analyses dans un laboratoire. « Pas en France », « dans un laboratoire vraiment indépendant » précise André Couty. «Bizarrement, ici, vous pouvez enduire une abeille de pesticide et la leur envoyer, ils ne trouveront pas de trace de pesticide ! ».  L’interdiction des néonicotinoïdes, il n’y croit pas vraiment. On est trop petits, on gêne l’agriculture, pas les agriculteurs parce qu’ils n’emploient que ce qu’on leur permet d’employer, mais on n’a pas voix au chapitre, on n’est pas assez puissants pour faire respecter la loi. »

Papillons, abeilles, bourdons, etc., toutes les populations d'insectes pollinisateurs sont en nette diminution. @ Julie Ho Hoa

Une zone BZZZ ?


Pour donner un coup de pouce aux abeilles et aux autres insectes pollinisateurs, vous pouvez participer à l'action d'Agir pour l'environnement et créer une zone BZZZ, sur votre balcon, dans un jardin, une école, un pied d'immeuble ou ailleurs. Le tout est que cet espace soit semé de fleurs nectarifères et mellifères et que tout produit chimique soit proscrit.  
En 2017, plus de 3.000 zones de BZZZ ont été créées en France. L'opération est renouvelée cette année et vous pouvez vous y associer en cliquant ici : (https://fr.ulule.com/zonedebzzz-saison2)


Vous pouvez aussi tout aussi bien laisser à la nature son petit coin de nature dans votre jardin en épargnant quelques endroits stratégiques. Ne tondez pas les abords immédiats d'une haie par exemple, laissez une plate-bande sauvage où pousseront des fleurs sauvages, l'endroit permettra aux insectes pollinisateurs mais aussi aux oiseaux et aux hérissons de se nourrir et de se cacher.
Optez pour une partie en prairie fleurie, du plus bel effet visuel mais aussi très favorable à la biodiversité en général. Vous pourrez la faucher en juin et en octobre, une fois que les fleurs sont montées en graines, ce qui fournira de la nourriture aux insectes comme aux oiseaux toute la saison. 
Les pissenlits, le trèfle, les orties ou les épiaires ajoutent un peu de couleur et surtout de vie aux jardins, ayez la main douce avec elles, elles vous le rendront au centuple en accueillant les insectes pollinisateurs et se croqueront même en soupe ou en salade !

Julie Ho Hoa
julie.hohoa@centrefrance.com

https://www.lamontagne.fr/gueret/economie/agroalimentaire/2018/05/14/les-abeilles-meurent-par-millions-en-creuse-comme-ailleurs_12841056.html

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Bon, il fait quoi Moreau, parce que là, on ne va pas passer des mois, voire des années à attendre que les technocrates de l'UE prennent une décision, qu'ils ne prendront pas d'ailleurs puisque l'UE est au service des lobbys !
Et est-ce que l'empoisonnement massif est la seule cause ?
Car la Creuse et la Haute-Vienne ne sont pas des départements particulièrement touchés par une agriculture intensive et utilisatrice de ces produits chimiques !
Mais a t-on vraiment envie de savoir pourquoi les abeilles disparaissent ?   S.R.

Voir aussi notre publication: L'hécatombe des oiseaux de nos campagnes s'accélère en Limousin (http://www.frexit-limousin.fr/archives/2018/04/25/36346452.html)

jeudi 17 mai 2018

NON À LA PASTEURISATION DU CAMEMBERT DE NORMANDIE D’APPELLATION D’ORIGINE !

ACT CAMEMBERT

Le plus populaire des fromages tricolores, le camembert, né dans les limbes de la Révolution française au cœur du bocage normand, va basculer dans la pasteurisation. Autant dire qu’il va perdre son caractère et sa typicité, pour devenir une vulgaire pâte molle sans goût. Ce n’est plus du camembert !

Honte, scandale, imposture… les mots ne sont pas assez forts pour dénoncer la forfaiture dont la France, créatrice du système des appellations d’origine qu’elle brandit partout en modèle, sera accusée d’avoir commis si les Français ne protestent pas. Au nom de la loi économique, fallait-il sacrifier le vrai camembert qui doit sa singularité au lait cru (non chauffé) et au moulage à la louche, seuls aptes à développer une intensité et une complexité aromatiques et à restituer le terroir normand ? Cela ressemble à un mauvais rêve qui se répète. Mais cette fois-ci, on se réveille avec la gueule de bois.

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Le 21 février dernier, sous l’égide de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), les poids lourds du secteur ont remporté le morceau. Un accord entre tous les fabricants a ouvert la voie à la pasteurisation et plus seulement au lait cru, dans un cahier des charges de l’appellation d’origine protégée (AOP) « Camembert de Normandie ».

Notre symbole national si populaire, le « véritable camembert de Normandie » sera un produit de luxe, réservé aux initiés, tandis que la masse des consommateurs devra se contenter d’un ersatz fabriqué selon les méthodes industrielles. Pour les uns, le lait cru, moulé à la louche, aux arômes complexes. Pour les autres, un plâtre pasteurisé mais pouvant néanmoins se réclamer d’une appellation d’origine protégée (AOP) Camembert de Normandie. Voilà ce que les « sages » de l’Inao appellent un bon accord !

À quoi sert l’Inao ?

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Il est en principe chargé d’être le garant des usages « ancestraux, loyaux et constants, », ces valeurs sont les piliers des signes de qualité. Le lait cru vivant et savoureux est de toute évidence un marqueur de ce patrimoine fromager à préserver. Or, sous couvert de protéger une zone géographique « Normandie », le compromis rédigé au burin techno-bureaucratique consacre deux versions de camembert. L’une respecte la tradition et le palais du consommateur ; l’autre, de piètre qualité gustative, a pour vertu essentielle d’être adaptée au modèle économique mortifère de la grande distribution, autant dire 9 camemberts sur 10 (60 000 tonnes contre 5 400 tonnes). L’original sera englouti dans un océan de médiocrité.

À quoi sert l’Inao si un signe de qualité cautionne l’original et sa copie ?

Tous les fromages d’appellation qui ont choisi la voie de la pasteurisation, ont dégradé la qualité tout en ne réglant rien à la question de la rémunération des producteurs laitiers. Seuls les grands groupes y ont prospéré. Certaines AOP ne comptent presque plus de fabrications artisanales. La cohabitation lait cru – lait pasteurisé, pratiquée dans plus de 50 % des AOP nationales – pont-l’évêque, neufchâtel, livarot, ossau-iraty, cantal, fourmes d’Ambert et de Montbrison, bleu d’Auvergne, époisses, maroilles, munster... Le bleu des Causses AOP ne compte plus aucun fermier. Demain, ce sera le brie de Meaux, l’autre pâte molle, qui pasteurisera sans états d’âme ! Puis le reblochon…

La France, reconnue comme le pays du fromage, serait-elle à contre-courant ? Le fromage au lait cru se développe partout, même aux États-Unis !

Si les géants industriels veulent bénéficier de l’image de l’appellation d’origine, qu’ils se mettent à faire de la qualité en fabriquant exclusivement au lait cru, l’incomparable exception française.

Nous réclamons le droit au bien-manger pour tous dans la République française.

AFFICHE FL EEM

Le Véritable camembert au lait cru ne doit pas être réservé à une certaine catégorie de consommateurs, mais un produit fier de ses origines populaires et rustiques. Durant toute la Première Guerre mondiale, il nourrissait les soldats dans les tranchées, il était fabriqué dans toutes les régions de France, il trônait sur les tables paysannes et embaumait les cuisines. Les étiquettes en témoignent. Vouloir en faire un produit de luxe est une injustice et une insulte à l’histoire.

https://www.change.org/p/c-est-le-camembert-de-normandie-au-lait-cru-aop-que-l-on-assassine

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dimanche 13 mai 2018

Démocratie, despotisme et libre-échange : le livre de Savard-Tremblay

TRIBUNE LIBRE / par Jacques Sapir

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Le livre que Simon-Pierre Savard-Tremblay vient d’écrire sur le Despotisme sans frontières[1] est une contribution à l’analyse des ravages de l’idéologie libre-échangiste. Simon-Pierre Savard-Tremblay est économiste, mais il est aussi citoyen, c’est à dire un économiste engagé. Il le montre avec cet ouvrage qui revient sur différentes questions, de l’impact du CETA sur l’économie du Québec à la mise sous tutelle de la politique induite par le libre-échange.

Rappelons que Savard-Tremblay est, en même temps qu’il enseigne la sociologie à l’Université de Montréal, connu comme journaliste dans les médias depuis plusieurs années, et notamment dans le journal Le Devoir. Il est aussi blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur à la revue La Vie agricole. Il a reçu, en 2017, le prix du Patriote de l’année de la Société nationale des Québécois et des Québécoises de la Capitale. Il a publié en 2016 un ouvrage L’Etat Succursale qui démontrait la profondeur et la pertinence de ses analyses.

Le libre-échange contre la démocratie

La thèse de l’ouvrage est que le libre-échange induit fondamentalement une mise entre parenthèse des rapports politiques au profit d’une soi-disant « expertise » économique. De ce point de vue, le livre peut être lu comme une illustration de ce qu’écrivait au début des années trente Carl Schmitt. Cette évolution, si frappante depuis les années quatre-vingt, avait été anticipée par un grand juriste et philosophe du droit aux idées profondément réactionnaires, Carl Schmitt[2]. Ce dernier avait prédit que le libéralisme conduirait à la disparition du politique au profit de l’opposition technique/éthique. De fait, il articule une critique de la démocratie libérale qui porte[3].

Pour conduire sa critique de la démocratie, Schmitt entend enfermer les formes politiques présentes et passées dans quatre idéaux-types que sont l’État Législateur, l’État juridictionnel, l’État gouvernemental et l’État administratif. L’État législateur est alors défini comme la forme achevée d’expression de l’idée de normes générales et impersonnelles. Le pouvoir a cessé d’être celui des hommes pour devenir celui des lois, mais les lois ne “règnent” pas, elles s’imposent comme des normes générales. On est bien en présence d’une dépolitisation totale : “ Selon le principe fondamental de la légalité ou conformité à la loi, qui régit toute l’activité de l’État, on arrive en fin de compte à écarter toute maîtrise et tout commandement, car ce n’est que d’une manière impersonnelle que le droit positif entre en vigueur. La légalité de tous les actes d gouvernement forme le critère de l’État Législateur. Un système légal complet érige en dogme le principe de la soumission et de l’obéissance et supprime tout droit d’opposition. En un mot, le droit se manifeste par la loi, et le pouvoir de coercition de l’État trouve sa justification dans la légalité[4].

Simon-Pierre Savard-Tremblay montre alors que l’idéologie de l’extension intégrale du Libre-Echange, ce que l’on peut appeler le « mondialisme », porte à son achèvement la logique analysée par Schmitt. Fondée sur des fraudes langagières[5], mais aussi sur une confusion constante et volontaire entre le protectionnisme et l’autarcie[6], cette idéologie mondialiste répète en boucle l’idée qu’il ne peut y avoir d‘autre solution que dans le cadre du libre-échange, et que ce dernier est la nouvelle forme de citoyenneté[7].

Le despotisme sous le masque de l’Empire du Bien

On retrouve ici un certain nombre de formules qui n’auraient pas déparé chez Carl Schmitt. Schmitt concentre un certain nombre de critiques sur l’État Législateur, car pour lui ce dernier symbolise le point d’aboutissement des régimes de démocratie parlementaire et du libéralisme. Ces critiques révèlent une troisième opposition, qui s’explicite progressivement, celle entre légalité et droit, ou plus précisément entre légalité et légitimité, cette dernière notion renvoyant chez Schmitt à un droit naturel à l’évidence d’ordre transcendantal :…notre époque est fortement dominée par une fiction, celle de la légalité, et cette croyance dans un système de légalité rigoureuse s’oppose manifestement et d’une manière très nette à la légitimité de toute volonté apparente et inspirée par le droit[8]. Schmitt considère ainsi que le parlementarisme libéral crée les conditions pour que la légalité supplante la légitimité, et le pouvoir de la majorité, le droit. Le formalisme qui en découle est, selon lui, la manifestation de cette fiction de la légalité, et il aboutit à ruiner l’État législateur lui-même[9]. Et l’on retrouve cette logique dans le rôle politique des réglementations édictées soit dans les traités, comme le CETA, soit dans des organismes internationaux liés à l’idéologie du libre-échange, comme l’OMC.

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La critique en formalisme, en coupure avec le “monde réel”, constitue alors l’angle d’attaque contre la démocratie que Schmitt va privilégier. Mais, cette coupure avec le « monde réel » se manifeste avec une force toute particulière dans l’idéologie mondialiste ainsi que le montre Simon-Pierre Savard-Tremblay. Cette dernière vise à la mise sous-tutelle de l’Etat, en tant que représentant du politique [10]. Mais, cette mise sous-tutelle est aussi celle de la démocratie. C’est donc ainsi qu’avance l’idée d’un despotisme d’autant plus absolu qu’il se camoufle sous l’idée de l’universel. On voit qu’ici l’idéologie « mondialiste » réalise ce qui était le cauchemar de Carl Schmitt. Car, ce dernier anticipait les évolutions actuelles. Il envisageait les conceptions idéalistes de la démocratie parlementaire où domine l’idée de l’homogénéité et de la bonté des participants. Si tel était le cas, alors la question de la légitimité serait rapidement réglée. La légitimité est en effet importante car dans toute loi il y a à la fois une maxime de droit (un contenu) et un commandement, et ce dernier est un empiétement sur la liberté des individus. Une société où, effectivement, tous les participants seraient homogènes et bons, aurait par nécessité un législateur empreint de l’équité et de l’esprit de raison suffisant pour donner aux lois leur légitimité. Les résultats auxquels aboutit Savard-Tremblay sont en réalité les mêmes que ceux de mon ouvrage de 2002[11].

Retour à l’économie

Il faut cependant revenir à l’économie. Savard-Tremblay est économiste et sociologue. Et c’est donc naturellement qu’il se pose la question des fondements de cette idéologie du libre-échange. Le libre-échange prétend se fonder en théorie. Le modèle de Heckscher-Ohlin-Samuelson[12], qui est considéré comme le « modèle standard » est réputé fonder sa supériorité. Mais, ce modèle a été fortement contesté au sein même de ce monde universitaire, que ce soit à partir du « paradoxe de Leontief[13] » ou du fait de l’irréalité de ses hypothèses. Avec l’émergence de la nouvelle théorie du commerce international de Paul Krugman, on peut considérer que le protectionnisme a retrouvé en partie ses lettres de noblesse[14]. Paul Krugman lui-même a récemment reconnu que la globalisation pouvait bien, malgré tout, être considérée comme coupable[15]. Des phénomènes comme le recours massif à une sous-traitance étrangère n’avaient ainsi pas été prévus et ont considérablement modifié l’approche de la globalisation[16]. La globalisation marchande est bien loin d’avoir promu l’intérêt général ou l’intérêt des plus pauvres. Elle a été au contraire un moyen pour « tirer l’échelle » sur laquelle voulait monter les pays en développement[17].

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Savard-Tremblay montre bien que la mise en œuvre du libre-échange généralisé aboutit à l’appauvrissement du plus grand nombre. Il montre bien comment la logique légale des investissements directs étrangers aboutit alors à démanteler les capacités d’action des Etats, et s’attaque directement au principe de souveraineté [18]. Mais il n’y a rien d’étonnant ici. La loi, dans l’État-législateur libéral acquis au libre-échange, est l’équivalent du contrat parfait et complet du modèle walrasien en économie. Dans un tel modèle, les institutions comme les organisations sont inutiles et nuisibles. Voici donc pourquoi ce modèle de l’État-législateur est en réalité un anti-État, un système antipolitique. Le parallélisme entre pensée économique et pensée juridique ne s’arrête pas là. Il faut alors être conscient de l’importante similitude entre l’État Législateur schmittien et une économie monétaire parfaite. Les caractéristiques du système, en particulier la dépersonnalisation fondamentale de l’action et le rôle des normes, sont ici voisines de celles de l’économie monétaire parfaite décrite par G. Simmel[19]. D’une part la monnaie établit la possibilité de l’échange parfaitement impersonnel, une relation qui abolit la distinction ami/ennemi et fait de l'”étranger” le partenaire idéal [20]. D’autre part la monnaie engendre progressivement un système cohérent de normes qui la mettent au centre des représentations des acteurs, par sa capacité apparente à tout rendre équivalent. La fonction essentielle de la monnaie est ici celle de l’Unité de Compte.

On le voit, le petit livre de Simon-Pierre Savard-Tremblay touche juste. Les passages constants qu’il fait entre la logique économique et la logique politique sont pleinement justifiés. La lecture de cet ouvrage est donc hautement à recommander, que ce soit au Québec, au Canada, ou ici même, en France.

Notes

[1] Savard-Tremblay S-P, Le Despotisme sans frontières, Montréal, VLB éditeur, 2018.

[2] Voir, C. Schmitt, Légalité, Légitimité, traduit de l’allemand par W. Gueydan de Roussel, Librairie générale de Droit et Jurisprudence, Paris, 1936; édition allemande, 1932.

[3] Voire la discussion sur la pertinence actuelle de la pensée de Schmitt in C. Mouffe, “Schmitt’s Challenge”, in C. Mouffe, (ed.), The Challenge of Carl Schmitt, Verso, Londres, 1999, pp. 1-6.

[4] idem, p. 40

[5] Savard-Tremblay S-P, Le Despotisme sans frontières, op.cit., p. 21.

[6] Savard-Tremblay S-P, Le Despotisme sans frontières, op.cit., p. 25.

[7] Savard-Tremblay S-P, Le Despotisme sans frontières, op.cit., p. 30.

[8] C. Schmitt, Légalité, Légitimité, op.cit., p. 46.

[9] Idem, pp. 50-51.

[10] Savard-Tremblay S-P, Le Despotisme sans frontières, op.cit., p. 37.

[11] Sapir J., Les économistes contre la démocratie, Paris, Albin Michel, 2002.

[12] Sous sa forme originelle, ce modèle date de 1933. L’intégration de la démonstration de Samuelson date de 1941. Voir B. Ohlin, Interregional and International Trade, Cambridge, Harvard University Press, 1933 ; W. Stomper, P. Samuelson, « Protection and Real Wages », Review of Economic Studies, n° 9, novembre 1941, p. 58-67.

[13] Voir F. Duchin, « International Trade: Evolution in the Thought and Analysis of Wassily Leontief », 2000, disponible sur www.wassily.leontief.net/PDF/Duchin.pdf, p. 3.

[14] Voir A. MacEwan, Neo-Liberalism or Democracy?: Economic Strategy, Markets and Alternatives For the 21st Century, New York, Zed Books, 1999.

[15] P. Krugman, « A Globalization Puzzle », 21 février 2010, disponible sur krugman.blogs.nytimes.com/2010/02/21/a-globalization-puzzle.

[16] Voir R. Hira, A. Hira, avec un commentaire de L. Dobbs, « Outsourcing America: What’s Behind Our National Crisis and How We Can Reclaim American Jobs », AMACOM/American Management Association, mai 2005; P. C. Roberts, « Jobless in the USA », Newsmax.com, 7 août 2003, www.newsmax.com/archives/articles/2003/8/6/132901.shtml.

[17] Voir H.-J. Chang, Kicking Away the Ladder: Development Strategy in Historical Perspective, Londres, Anthem Press, 2002.

[18] Savard-Tremblay S-P, Le Despotisme sans frontières, op.cit., p. 53 et suivantes.

[19] G. Simmel, Philosophy of Money, Routledge, Londres, 1978; publié originellement sous le titre Philosophie des Geldes, 1900.

[20] Idem, p. 227.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-democratie-despotisme-et-libre-echange-le-livre-de-savard-tremblay-par-jacques-sapir/

samedi 12 mai 2018

Festival de Cannes : Emmanuel Macron joue son propre rôle dans un film de Daniel Cohn-Bendit

La Traversée sera présentée hors compétition lors du Festival de Cannes. Particularité de ce film réalisé par les deux anciens leaders de la contestation en mai 68, Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit : le chef de l'Etat figure au casting.

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Daniel Cohn-Bendit, ancien leader étudiant de Mai 68 et désormais soutien d'Emmanuel Macron, présente au Festival de Cannes un film qu'il a coréalisé avec une autre figure de la contestation étudiante à l'époque, Romain Goupil. Particularité de ce «road movie sociétal» : le président de la République y joue son propre rôle.

Le film, intitulé La Traversée, présente les pérégrinations de Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil à travers la France, à la rencontre de ses habitants. L'un d'entre eux se trouve être le chef de l'Etat. Dans une séquence de sept minutes, Emmanuel Macron se livre à une discussion «totalement improvisée» avec les deux protagonistes. 

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La scène a été tournée en octobre 2017 dans un café de Francfort, en Allemagne. Les deux réalisateurs sont filmés en train de débattre de l'opportunité d'aller rencontrer le président à l'Elysée pour leur film. Un mouvement de caméra dévoile alors la présence, entre les deux hommes, du président de la République, qui attend que ceux-ci aient fini de se décider. Emmanuel Macron propose alors d'organiser cette rencontre dans un café. Une mise en abîme vertigineuse que Daniel Cohn-Bendit n'hésite pas à qualifier de «scène culte».

La Traversée sera présentée en séance spéciale et hors compétition. Il sera en outre diffusé sur France 5 le 21 mai prochain à 20h50.

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https://francais.rt.com/france/50565-festival-cannes-emmanuel-macron-joue-propre-role-film-daniel-cohn-bendit

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Les sorties scolaires organisées dans les magasins Apple proscrites par l'Education nationale

Des sorties scolaires organisées dans les magasins Apple avaient créé la polémique début avril. Joint par nos soins, le ministère de l'Education nationale dit les avoir désormais interdites.

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Fini, les jeux sur Ipad et les formations de code des enfants dans les Apple Store. Les sorties de classe dans les magasins Apple n'auront plus lieu, promet le ministère de l'Education Nationale, car ces dernières contreviennent au "principe de neutralité du service public". Le 3 avril dernier, un reportage du 20 heures de France 2 démontrant les coulisses de sorties scolaires proposées gratuitement par la marque à la pomme avait créé la polémique."Le ministre a fermement condamné ces sorties scolaires dans les magasins Apple", explique-t-on à Marianne à quelques semaines de la fin de l'année scolaire.

Sur son site français, bien en évidence, l'entreprise américaine vante pourtant toujours "l'imagination et le travail d'équipe" qu'elle entend susciter chez les enfants grâce à des sorties dans ses magasins. Une manière, assure-t-elle de "faire vivre une expérience d’apprentissage inédite" aux élèves et enseignants grâce à des "sessions pratiques" qui "leur permettront de découvrir comment se servir des produits Apple pour les mettre au service de leur imagination." Pour s'inscrire, il suffit de sélectionner l'un des vingt apple stores répartis sur le territoire, d'inscrire l'identité de l'enseignant, le nombre de participants et les technologies utilisées en classe (Mac ? iPad ? Tablette ? PC ?... ou aucune ?) et le tour est joué.

Le ministère de l'Education nationale évoque des "évènements isolés"

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Officiellement, la marque organise ici des sessions d'initiation au code informatique, propose des cours de création de podcast ou d'affiche ou encore d'améliorer les compétences des élèves en lecture et écriture à l'occasion de sorties scolaires de soixante à quatre-vingt-dix minutes. Mais dans le reportage diffusé sur France 2, réalisé en caméra cachée, les élèves de CM2 étaient accueillis… exactement comme des clients. Pendant la suite de la visite, ils recevaient un tee-shirt et une clé USB, tous deux ornés du logo d'Apple. Une sacré technique commerciale, qui était même reconnue par l'un des formateurs de l'entreprise : "Ça fait une super pub pour nous. Si jamais ça peut déboucher sur des ventes d’iPad pour les classes, pourquoi pas. Forcément, c’est une vitrine pour nos produits", reconnaîssait-il derrière son visage flouté et sa voix modifiée.

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A l'occasion de ces sorties, Apple ne parie pas seulement sur le pouvoir de prescription des enfants sur leurs géniteurs. Ces derniers sont obligés de signer une autorisation de participation disponible sur le site de la marque. En donnant leur accord, les parents permettent à Apple de réutiliser les images, les photos ou les enregistrements de leurs enfants à des fins promotionnelles.

Présentées comme "des évènements isolés" par le ministère de l'Education nationale, ces visites ont notamment été dénoncées sur Twitter par une maître de conférence à l'université Sorbonne Nouvelle de Paris, Céline Largier Vié. Deux jours après la diffusion du reportage de France 2, elle indiquait s'être opposée à ce que son fils se joigne à une sortie scolaire en Apple Store, organisée la semaine suivante.

Najat Vallaud Belkacem avait refusé de les interdire, en appelant à la "liberté pédagogique" des enseignants

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Deux jours plus tard, elle signalait, encore sur Twitter, que la sortie avait tout simplement été annulée. "Dans un échange de mails, l'académie a reconnu qu'il n'était pas souhaitable qu'une activité scolaire ait lieu dans des locaux commerciaux", a-t-elle expliqué à Marianne. A ce moment-là, la crainte de la polémique semble plutôt avoir été la raison première de l'annulation de la sortie : "La directrice de l'école m'a expliqué qu'un inspecteur académique leur avait demandé d'arrêter car ces sorties étaient trop présentes dans la presse, qu'elles faisaient trop de bruit," a-t-elle poursuivi. Le ministère nous assure donc désormais que cette interdiction est généralisée.

Le problème n'est pourtant pas nouveau. La marque fait la publicité de ces sorties depuis au moins huit ans et des polémiques ont déjà eu lieu. Paul Devin, inspecteur de l'Education nationale, avait lui manifesté sa désapprobation au détour d'un billet de blog en 2016 : "L’enseignant qui accepterait de mettre en œuvre (ces sorties) permet à Apple d'instrumentaliser la mission de service public d'enseignement aux fins d’un intérêt commercial particulier", dénonçait-il. Deux ans plus tard, il s'agace toujours aujourd'hui de l'existence de ces sorties sur le site de la marque : "Apple ne fait pas ici oeuvre de charité en accueillant ces enfants, s'étrangle-t-il auprès de Marianne. L'école n'est pas le lieu de la stratégie commerciale d'une entreprise !"

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Il n'était à l'époque pas le seul à s'inquiéter de ces sorties : en décembre 2016, Paul Vannier, secrétaire national du Parti de gauche et orateur national de la France insoumise, s'en était aussi indigné dans un billet de blog. Il avait demandé à la ministre de l'Education de l'époque, Najat Vallaud Belkacem, de les interdire. L'équipe de cette dernière lui avait répondu sur Twitter : "Les enseignants utilisent leur liberté pédagogique de façon pertinente pour éviter les pièges commerciaux. Faisons-leur confiance".

Le successeur de Najat Vallaud-Belkacem n'a visiblement pas le même avis sur la question : la nouvelle de leur interdiction est maintenant officielle. "Elle vient après le travail d'alerte fait par la France insoumise et c'est une décision sage", salue Paul Vannier.

Apple et les autres

Cette dernière ne se limite plus aux seules sorties Apple. Car des initiatives semblables existent chez d'autres géants du net : depuis 2012, Microsoft propose une "classe immersive" aux enseignants de "CE1 à la 3e qui souhaitent venir y faire cours et faire vivre aux élèves de nouvelles expériences pédagogiques". Comme Apple, l'entreprise en fait la publicité sur son site Internet. Désormais, la Direction numérique pour l'éducation "a informé les délégués numériques académiques de toutes les académies de ne pas conduire d'opérations similaires à celle faite avec Apple", indique le ministère de l'Education nationale.

"Il faut maintenant que le ministère mène un audit de toutes les entreprises qui ont un partenariat dans le domaine de l'Education pour poursuivre ses efforts au-delà du numérique, remarque Paul Vannier. Je pense notamment au partenariat de l'Education nationale avec Microsoft, qui avait dévoué en 2015 plusieurs aspects de la formation des enseignants à l'entreprise". Ce partenariat, assigné devant la justice par un collectif d'associations et d'entreprises, avait été jugé légal en 2016 : "Mais ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas être défait par une décision politique", réclame-t-il.

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MONTAGE VALLAUD APPLE

https://www.marianne.net/societe/les-sorties-scolaires-organisees-dans-les-magasins-apple-proscrites-par-l-education?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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lundi 7 mai 2018

French Days : une édition en 2019, mais des résultats couci-couça

Les commerçants en ligne français ont organisé la semaine dernière les French Days, qui se voulaient l'équivalent du Black Friday/Cyber Monday et autres journées Prime Day. Organisées du 27 avril au 1er mai, les French Days ont été l'occasion pour plus 200 marchands d'orchestrer des rabais plus ou moins intéressants.

ACT FRENCH DAYS

La bonne nouvelle, c'est qu'une édition 2019 est d'ores et déjà programmée, révèle LSA. Du moins pour les enseignes qui ont lancé cette initiative, qui toutes ont enregistré une hausse significative de leur activité pendant ces cinq jours.

Le chiffre d'affaires de trois des six enseignes à l'origine des French Days ont progressé : Rakuten a engrangé 45% de ventes supplémentaires par rapport à une journée normale ; Showroomprivé et BeautéPrivée ont connu une progression de respectivement 42% et 75% de leurs revenus par rapport à la même période l'an dernier.

Boulanger, Cdiscount et Fnac Darty, les trois autres sites d'e-commerce promoteurs de l'événement ne donnent pas de pourcentage de chiffre d'affaires, en revanche tout ce petit monde a enregistré plus de 43 millions de visites sur cinq jours. Rakuten a par exemple fait face à un afflux de visiteurs pendant la première journée : +35% par rapport à un jour normal.

Les internautes friands de bonnes affaires se sont surtout intéressés aux produits électroniques, au bricolage et au jardin. Alors, une réussite ces French Days ? Le comparateur de prix Idealo fait entendre un autre son de cloche : si la fréquentation est effectivement en hausse, les rabais n'ont pas été aussi intéressants qu'ils paraissaient.

Le trafic généré par cette opération commerciale s'est révélé bien moindre que la fréquentation d'un Black Friday :

Les consommateurs se sont donc intéressés à l'événement, mais c'est sans commune mesure face au rouleau compresseur qu'est le Black Friday. Idealo note néanmoins qu'une première édition ne saurait immédiatement devenir un événement référent.

(...)

https://www.macg.co/ailleurs/2018/05/french-days-une-edition-en-2019-mais-des-resultats-couci-couca-102225

Boycottons les pollueurs de langue (à propos des "French Days" – sic)

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TRIBUNE LIBRE / Par Floréal, PRCF

Après le « black Friday » repris tel quel des Américains, de grandes firmes comme Darty et la Redoute, accompagnées par de nombreuses grosses boîtes, invitent les « geekers » à « profiter » des « French Days ». Des « jours français », comme disent encore sottement les citoyens qui respectent encore vaguement leur langue maternelle, la Constitution (« la langue de la République est le français », art. II-a) et la loi Toubon d’août 1994 qui, à l’unanimité des groupes parlementaires, avait fait du français « la loi du travail, de la publicité et des échanges ».

Français et amis étrangers qui respectez la France et sa langue plus qu’elle ne le fait elle-même, vous tous qui en avez ras-le-bol des pollueurs de langue et de République, refusez vos achats et votre argent aux minables « communicants » qui vous prennent pour ce qu’ils sont déjà : des colonisés mentaux adeptes de la servitude volontaire, voire des « collabos de la pub et du fric », comme le dit avec force le philosophe Michel Serre.

Et tournez-vous avec force contre l’illégitime pouvoir macronien qui, par servilité totale envers l’UE anglomane et l’OTAN belliciste, est le premier à violer sans trêve la langue de la nation, premier service public de France et socle mondial de la Francophonie.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/billet-rouge-2/boycottons-les-pollueurs-de-langue-propos-des-french-days-sic-par-floral-prcf/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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dimanche 6 mai 2018

Pourvoi en cassation : un droit bientôt supprimé ?

TRIBUNE LIBRE / Par Pascal Lokiec , professeur de droit à Paris-I Panthéon-Sorbonne

TL COUR CASSATION

Sans faire de bruit, un projet adressé par le premier président de la Cour de cassation à la ministre de la Justice pourrait porter une atteinte sans précédent à l’accès au droit des justiciables. Il ambitionne de supprimer le droit qu’a chacun de former un pourvoi en cassation contre une décision de justice qu’il estime illégale au profit d’un système de sélection des pourvois sur la base de critères extrêmement restrictifs. Au lieu des quelque 20 000 affaires qu’elle examine chaque année, la Cour de cassation n’en traiterait plus qu’un petit nombre, celles présentant un intérêt pour le développement du droit ou l’unification de la jurisprudence, ou celles dans lesquelles serait constatée une atteinte grave à un droit fondamental.

Justice

Suivant une vision particulièrement élitiste de la justice, le premier critère élimine toutes les affaires qui n’ont pas d’intérêt pour le droit ! Ne serait-ce qu’en droit du travail, le litige sur l’ubérisation ou sur les algorithmes passerait le filtre mais tous ceux portant sur de vulgaires problèmes de licenciements, de congés payés, de primes, d’heures supplémentaires, de travail dissimulé, de ruptures conventionnelles, d’intéressement, etc. ne mériteraient plus l’attention du juge de cassation. Le second critère ne vaut guère mieux. Il exclut la quasi-totalité du code du travail, dont seule une infime partie intéresse les droits fondamentaux (harcèlement, discrimination). A suivre une récente décision, les discriminations fondées sur l’âge pourraient même ne plus franchir les portes de la Cour de cassation puisqu’il vient d’être décidé qu’elles n’intéressent pas les libertés fondamentales au sens de la Constitution !

Inutile de dire que les litiges du travail seraient fortement touchés. Prenons deux exemples d’affaires jugées en mars 2018. La première concerne un pharmacien en difficultés économiques condamné en appel à 50 000 euros pour le licenciement sans cause réelle et sérieuse d’une vendeuse ; la seconde touche un conducteur routier auquel la cour d’appel refuse le paiement de ses heures supplémentaires sur plusieurs années. Dans ces deux affaires, la Cour de cassation censure les arrêts d’appel !

JUSTICE RENDUE OUTIL

Dans le système proposé par le premier président, le pharmacien aurait dû débourser les 50 000 euros sans aucune possibilité de recours et le salarié aurait été privé de ses heures supplémentaires. Ces affaires n’auraient pas passé le filtre car, d’une part elles ne présentent pas d’intérêt pour le développement du droit ou l’unification de la jurisprudence (un banal problème de licenciement ou d’heures supplémentaires dira-t-on demain !) et d’autre part elles ne mettent pas en jeu un droit fondamental. Le justiciable, salarié ou petit patron, n’aura que ses yeux pour pleurer. Il soutiendra que son affaire est essentielle pour lui ; on lui répondra qu’elle ne présente pas d’intérêt pour le droit ! Il soutiendra que le code du travail a manifestement été méconnu par les juges d’appel ou, pour les petites sommes, par le conseil de prud’hommes ; on lui répondra qu’aucun droit fondamental n’est en cause. Et ce sans possibilité de recours !

Le projet est particulièrement préoccupant en matière sociale, pour plusieurs raisons. D’abord, parce que le nombre d’affaires portées devant la chambre sociale de la Cour de cassation - autour de 8 000, c’est-à-dire plus d’un tiers du total des affaires - et le taux de cassation (1) - autour de 40 % - y sont particulièrement élevés. Ensuite, parce qu’en droit du travail, l’affaire ne serait jugée qu’une seule fois par des magistrats professionnels, les conseillers prud’homaux n’en étant pas !

Enfin, parce que ce projet est totalement incompatible avec les réformes qu’a connues le droit du travail ces dernières années.

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Les récentes ordonnances Macron entendent protéger les patrons de petites entreprises ; ils seront, avec les salariés, les premières victimes de cette réforme, ce d’autant plus que les employeurs auront les plus grandes peines à faire valoir l’atteinte à un droit fondamental ! Ces mêmes ordonnances entendent promouvoir les accords collectifs ; la Cour de cassation va devoir, si la réforme voit le jour, laisser filer les violations des accords collectifs, a fortiori des accords d’entreprise dont Emmanuel Macron a voulu faire le cœur du droit du travail, car, d’une part il est rarissime qu’ils intéressent les droits fondamentaux, d’autre part ils ne présenteront presque jamais un intérêt en termes de développement du droit et d’unification de la jurisprudence.

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Que cherche-t-on avec cette réforme ? Son ambition à peine voilée est de créer une Cour suprême à la française sur le modèle des Etats-Unis où seul un nombre infime d’affaires sont jugées par la Cour suprême. Parce que la France ne connaît pas le système du précédent qui, dans les pays de common law, garantit l’unité de la jurisprudence, la comparaison n’est pas viable !

Sous couvert de modernité, le projet pourrait faire renaître les ruptures d’égalité caractéristiques des Parlements d’Ancien Régime. Espérons donc, dans l’intérêt de tous, qu’il restera dans les tiroirs de la chancellerie !

(1) Il s’agit du pourcentage d’affaires pour lesquelles la Cour de cassation censure la décision qui lui est soumise.

http://www.liberation.fr/debats/2018/04/24/pourvoi-en-cassation-un-droit-bientot-supprime_1645618

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Si c'était Asselineau qui avait dit ça, on l'aurait encore traité de complotiste, voire d'anti- américaniste primaire! De toute évidence, une certaine prise de conscience se fait jour, les fameux petits bambous semés dont parlait notre président (entretiens d'actualité)?

P.G.

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jeudi 3 mai 2018

Avec la suppression de l'exit tax, Emmanuel Macron offre 800 millions d'euros aux ultra-riches

L'exit tax, c'est quoi ?

Créée sous Nicolas Sarkozy, en 2011, l'exit tax a pour objectif de freiner l’exil fiscal des entrepreneurs fortunés. Elle prévoit qu’en cas de transfert du domicile fiscal en dehors de la France, le contribuable doit acquitter une taxe sur ses plus-values mobilières égale à 34,5% (19% d'impôt de plus-value majoré de 15,50% de contributions sociales). Depuis la mise en place à l'automne 2017 du PFU, ce taux de 19% est passé à 12,8%.

ACT EXIT TAXE

Tous les résidents français qui déménagent à l’étranger ne sont évidemment pas concernés : la taxe touche seulement les contribuables qui détiennent un patrimoine mobilier supérieur à 800.000 euros ou au moins 50% du capital d’une entreprise. Concrètement, et depuis le PFU*, le citoyen en partance doit acquitter une taxe qui s’élève à 28,3% de la différence entre la valeur actuelle de ses actions et leur valeur d’achat.

Emmanuel Macron  “Le président des très riches” ?. Avec sa blagounette, François Hollande était en dessous de l’étiage. Forbes, magazine des millionnaires américains, le sacre en couv' “leader de l’économie de marché”. Avec la fin de l’exit tax en 2019, annoncée à l'occasion d'un entretien avec le mensuel libéral, ce mardi 1er mai, le Président fait surtout les affaires des ultra-riches. Le cadeau est sans précédent : il s'approche du milliard d'euros.

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Comme le montre un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, institution associée à la Cour des comptes, publié en janvier 2018, le rendement de l'exit tax s'est en effet élevé à 803 millions d’euros en 2016, selon les derniers chiffres officiels disponibles. Une peccadille pour Emmanuel Macron, semble-t-il. Auprès de Forbes, le chef de l'Etat a décrit un impôt... "pas particulièrement bénéfique pour les finances publiques".

Il est particulièrement intéressant de rapprocher ces 800 millions du nombre de personnes touchées par la taxe. Le Conseil détaille leur nombre entre 2011 et 2014 : selon les années, ces ménages désireux d'aller vivre sous des cieux fiscaux plus cléments étaient entre 200 et 400. La taxe a donc rapporté environ... deux millions d'euros par contribuable. Une vraie machine à sous d'ultra-riches ! Cet âge d'or est désormais révolu : les prochains foyers tentés par un déménagement à l'étranger garderont toutes leurs plus-values dans leur poche. Voilà qui rappelle le milliard des émigrés de la Restauration, quand Charles X avait indemnisé les nobles ayant fui la Révolution. En matière de “nouveau monde”, on repassera.

En l’occurrence, Emmanuel Macron est pourtant logique avec lui-même. Cette suppression est la conséquence prévisible de la fin de l’Impôt sur la Fortune (ISF), mise en œuvre dès son entrée à l'Elysée. Avec la fin de l’exit tax, le compteur des cadeaux aux bienheureux et aux biens nés se montera à 6 milliards en 2019.

Le président de la République assume. Fidèle à ses idées libérales, il voit en cette juteuse exit tax "une grave erreur pour nos start-up parce que nombre d’entre elles, quand elles considéraient la France moins attractive, décidaient de lancer leurs projets en partant de zéro à l’étranger dans le but d’éviter cet impôt". Un raisonnement particulièrement tordu qui voudrait qu'un entrepreneur décide de se lancer à l'étranger plutôt qu'en France où il risquait d'être taxé... s'il décidait, dans un second temps, de partir à l'étranger pour raisons fiscales !

*PFU = plan forfétaire unique

https://www.marianne.net/economie/suppression-de-l-exit-tax-emmanuel-macron-offre-800-millions-d-euros-aux-ultra-riches?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

CLIP 1°MAI 5

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