dimanche 7 janvier 2018

Pas de «regime change» à Téhéran

Donald Trump a beau assurer que « l’Iran échoue à tous les niveaux », que « le grand peuple iranien est réprimé depuis des années », qu’il a « faim de nourriture et de liberté », qu’il est « temps que ça change » et qu’il « soutiendra le peuple iranien le moment venu », c’est peine perdue. Ces proclamations grandiloquentes n’auront aucun effet sur le cours des choses. Déchaîné contre Téhéran, Washington veut saisir le conseil de sécurité. Mais la Chine et la Russie s’opposeront à toute forme d’ingérence. Il n’y aura ni mandat onusien torpillant un Etat souverain au nom des « droits de l’homme », ni « zone d’interdiction aérienne », ni « droit de protéger ». Que les bellicistes se fassent une raison : l’Iran ne connaîtra pas le sort de la Libye, détruite par l’OTAN en 2011.

tl bg IRAN TRUMP

Le châtiment venu du ciel étant décidément impraticable, Washington a joué la carte de la déstabilisation interne. Pour y parvenir, ses stratèges ont déployé toute la gamme des moyens disponibles : avalanche de propagande antigouvernementale financée par la CIA (notamment par les stations de radio émettant en persan vers l’Iran), agents de tous poils infiltrés dans les manifestations populaires, appui donné à toutes les oppositions sur place ou en exil. Incapable de procéder au « regime change » par le haut, la Maison-Blanche a tenté de l’obtenir par le bas. Prémuni contre le « hard power » US par sa propre force militaire (et par ses alliances) le « régime des mollahs » a été directement ciblé par le « soft power » made in USA. La Maison-Blanche a fait tourner les rotatives de la désinformation, mais le résultat n’était pas garanti sur facture. C’est le moins qu’on puisse dire.

Pour abattre un régime qui leur déplaît, les « neocons » de Washington ont classiquement besoin de différents types de munitions. L’expérience montre qu’il leur faut détenir au moins deux des trois atouts suivants : une forte opposition interne chez l’adversaire, une soldatesque de supplétifs, une capacité d’intervention directe. En Iran, ils ne disposaient clairement d’aucun de ces trois atouts. L’opposition interne existe, mais c’est moins une opposition au régime qu’une opposition au gouvernement. Le système politique lui donne libre cours à travers le processus électoral. La dialectique entre « conservateurs » et « réformateurs » structure le débat, favorisant l’expression des contradictions internes sans mettre en péril le régime issu de la révolution de 1979.

C’est pourquoi les masses n’ont pas investi la rue, et la grogne qui s’y exprime pour des raisons économiques ne génère pas, sauf exception, une contestation du régime politique. Il est significatif que la propagande occidentale se livre, une fois de plus, à de grossières manipulations. On a même vu le directeur général de « Human rights Watch », Kenneth Roth, utiliser une photo des manifestations pro-gouvernementales pour illustrer le « soulèvement populaire » contre le régime. En croyant voir dans des rassemblements de mécontents le prélude à un changement de régime, Washington a pris deux fois ses désirs pour des réalités : la première, en confondant mécontentement et subversion dans les manifestations antigouvernementales ; la seconde, en refusant de voir que les manifestations pro-gouvernementales étaient au moins aussi importantes.

Cet espoir d’un « regime change » à Téhéran est d’autant plus illusoire que Washington ne détient pas davantage le deuxième atout : des hordes de mercenaires pour faire le sale boulot. Les frontières étant surveillées de près par l’armée iranienne, la réédition d’un scénario à la syrienne est impossible. En Syrie, les miliciens wahhabites furent importés en masse avec la complicité de l’OTAN, et il a fallu six ans au peuple syrien pour s’en débarrasser sérieusement. En Iran, aucun indice ne permet de penser qu’une telle invasion ait seulement eu lieu. Quelques individus ont dû passer à travers les mailles du filet, mais leur capacité de nuisance est limitée. Depuis la déroute de Daech, l’internationale takfiriste est aux abois. Le dernier carré d’Al-Qaida finira coincé dans la poche d’Idlib. L’armée syrienne avance, elle reconquiert le territoire national, et le « regime change » à Damas n’est plus à l’ordre du jour.

Pour détruire le « régime des mollahs », Washington ne peut compter ni sur l’opposition interne, ni sur le mercenariat externe, ni sur une intervention militaire directe. L’opposition interne ne partage pas ses objectifs, le mercenariat étranger est une ressource en voie de disparition, et l’intervention militaire vouée à l’échec. Le « regime change » a réussi en Libye grâce au bombardement aérien. Il a échoué en Syrie malgré des hordes de mercenaires. Mais il n’a aucune chance de réussir en Iran. Le peuple iranien subit surtout les sanctions infligées par un Etat étranger qui lui donne des leçons de « droits de l’homme ». Que certaines couches sociales aspirent au changement est naturel, et tout dépendra de la réponse du pouvoir à leurs revendications. Le président Rohani a condamné les violences. Mais il a aussi admis la légitimité du mécontentement social, des mesures impopulaires ont été annulées, et le peuple iranien n’a pas l’intention de s’étriper pour faire plaisir au locataire de la Maison-Blanche.

La situation est difficile pour les plus pauvres, mais l’Iran est tout sauf un pays au bord de la faillite. Malgré les sanctions imposées par Washington, le pays a connu un développement notable en 2016. Son économie affiche un taux de croissance de 6,5% et l’endettement public est particulièrement faible (35% du PIB). Mais le taux de chômage est élevé (12,5%) et il frappe surtout les jeunes. Le pays connaît une crise de croissance qui avive les tensions sociales, soulignant les privilèges de la bourgeoisie marchande accentués par les réformes libérales voulues par le gouvernement. L’Iran exporte son pétrole, mais il manque de capitaux extérieurs. A l’affût de la moindre faiblesse, Washington rêvait d’un mouvement de grande ampleur, capable de faire vaciller le pouvoir. Visiblement, c’est raté, et l’agression US a manqué son objectif. Elle ne cessera pas pour autant, car l’Iran est depuis longtemps dans la ligne de mire des fauteurs de guerre.

Obsession des « neocons », la lutte contre Téhéran remonte aux origines de la République islamique (1979). Elle fut inaugurée par une attaque irakienne dont l’Occident fournit les armes et les pétromonarchies les moyens financiers (1980-1988). Elle s’est poursuivie avec les attentats du Mossad et de la CIA, infligeant aux Iraniens ce même « terrorisme » dont les accuse la propagande occidentale. Puis elle s’est amplifiée avec l’invention de la « menace nucléaire iranienne » au début des années 2000. Il est évident que Trump se soucie comme d’une guigne des droits de l’homme et que la question nucléaire est l’arrière-plan de la crise actuelle. A Washington, l’union sacrée s’est miraculeusement reconstituée contre l’Iran. Ce pays n’a jamais agressé ses voisins, mais la possibilité qu’il se dote d’un parapluie nucléaire entamant le monopole israélien dans la région est jugée intolérable. Le « regime change » a avorté, mais il est clair que Trump torpillera l’accord de 2015.

Article original sur la page Facebook de Bruno Guigue

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/pas-de-regime-change-a-teheran_859404085

jeudi 28 décembre 2017

La Syrie enjoint les troupes américaines et turques à quitter le pays au plus vite

L’ambassadeur de Syrie auprès des Nations unies, Bachar al-Jaafari, a demandé le 22 décembre aux troupes américaines et turques de quitter le pays au plus vite. Damas n'a jamais autorisé Washington ni Ankara à y déployer des forces militaires au sol.

ACT SYRIE US

Présent à Astana (Kazakhstan) le 22 décembre, afin de participer aux discussions sur le règlement politique à la crise syrienne, Bachar al-Jaafari, l'ambassadeur de la Syrie auprès de l'ONU, a prié les troupes américaines et turques de quitter le territoire syrien dans les plus brefs délais.

Damas dénonce en effet régulièrement leur déploiement qui n'a pas été autorisé par les autorités syriennes.

Le 17 mars, le président syrien Bachar el-Assad avait par exemple déclaré à l’agence chinoise Phoenix TV, citée par l'agence syrienne Sana : «Tous les militaires étrangers qui gagnent la Syrie sans invitation, consultation ou permission, qu’ils soient américains, turcs ou autres, sont des envahisseurs

En réaction au lancement d'une opération militaire turque en Syrie incluant des chars, le 12 octobre 2017, Mohamed Ramez Torjmane, le ministère syrien de l'Information, avait réclamé le départ immédiat de ces forces, invoquant une agression flagrante contre la souveraineté et l'intégrité territoriale du pays. La Turquie avait assuré opérer dans le cadre de la mise en application d'une «zone de désescalade», conformément aux accords d'Astana – une justification contestée par Damas. 

En ce qui concerne les troupes américaines présentes sur le sol syrien – dont le nombre ne semble pas clair même pour les officiels américains – le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a fait savoir qu'il n'était pas prévu qu'elles partent pour l'instant. Selon lui, les forces de la coalition attendront pour se retirer que le processus de Genève – au point mort depuis plusieurs années – «ait progressé».

Les forces russes commencent à quitter le pays

L'appel de l'ambassadeur syrien à l'ONU intervient alors que la Russie a entamé, le 12 décembre, le retrait des troupes qu'elle avait commencé à déployer pour combattre Daesh il y a deux ans, à la demande du gouvernement syrien.

Sergueï Choïgou, ministre russe de la Défense, a annoncé ce jour que le retrait de ses unités des forces aériennes, de ses médecins militaires, de ses démineurs, d'un bataillon de police militaire, de 36 avions et de quatre hélicoptères était achevé.

Le 11 décembre, le président russe avait annoncé le début de ce retrait lors de sa visite surprise sur la base militaire de Hmeimim, estimant terminée la mission de soutien des troupes russes au gouvernement syrien. Quelques jours plus tôt, le 6 décembre, Moscou avait annoncé la libération totale de la Syrie des terroristes de Daesh.

La Russie va néanmoins conserver en Syrie son Centre de réconciliation des belligérants, trois bataillons de police militaire, la base aérienne de Hmeimim et la base militaire navale de Tartous, selon des déclarations du 22 décembre du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou. La veille, les députés russes avaient d'ailleurs ratifié un accord entre Moscou et Damas prévoyant l'agrandissement des installations portuaires militaires russes à Tartous.

https://francais.rt.com/international/46765-syrie-exhorte-troupes-us-turques-quitter-territoire

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vendredi 3 novembre 2017

La propagande au sujet de la propagande russe

Fin Octobre j’ai reçu un e-mail de « l’équipe de PropOrNot », qui se décrivait elle-même comme une « équipe nouvellement formée et indépendante d’ingénieurs informatiques, statisticiens, professionnels de la sécurité nationale, journalistes et activistes politiques, qui se consacre à identifier la propagande, particulièrement la propagande russe visant le public américain ». PropOrNot a indiqué avoir identifié deux cents sites web pouvant être qualifiés « d’organes de la propagande russe ». L’audience de ces sites était importante – ils sont lus par au moins quinze millions d’Américains. PropOrNot a indiqué avoir « transféré un rapport préliminaire à ce sujet au bureau du sénateur Ron Wyden (D-OR), et après avoir vu notre rapport, ils nous ont contacté et poussé à prendre contact avec vous pour en raconter l’histoire. »

ARG PROPAGANDE RUSSE

Lorsqu’on écrit sur les phénomènes d’internet, on apprend à se méfier des groupes anonymes qui offrent gratuitement le fruit de leurs recherches. J’ai dit à PropOrNot que j’étais trop occupé pour écrire un sujet, mais j’ai demandé à voir le rapport. En réponse, PropOrNot m’a demandé de mettre le groupe en relation avec des « gens du New York Times, du Washington Post, du Wall Street Journal ou de n’importe quel autre qui serait intéressé ». Étant en plein milieu d’un autre projet, je n’ai jamais donné suite.

PropOrNot s’est débrouillé pour contacter le Washington Post par eux-même. La semaine dernière, le Post a publié une histoire basée en partie sur les recherches du groupe PropOrNot. Intitulé « l’effort de propagande Russe a aidé à la diffusion de ’’fausses informations’’ durant les élections, selon des experts », le rapport soutenait que plusieurs chercheurs avaient découvert une « campagne sophistiquée de propagande Russe » qui diffusait des articles manipulés sur internet avec pour objectif d’affaiblir Hillary Clinton et d’aider Donald Trump. Les recherches de PropOrNot étaient mises bien en évidence. L’histoire a atteint la première place des articles les plus lus du Post, et a été largement partagée par des journalistes très en vue et des politiciens sur Twitter. Le précédent conseiller à la Maison-Blanche Dan Pfeiffer a twitté : « Pourquoi n’est ce pas la plus grosse nouvelle mondiale en ce moment ? »

L’affinité de Vladimir Poutine et de l’état Russe pour Trump a été assez largement rapportée. Durant la campagne, d’innombrables histoires ont spéculé sur les connexions entre Trump et Poutine, et affirmé que la Russie avait contribué à l’élection de Trump en usant de propagande et autres subterfuges. Clinton en a fait une de ses principales lignes d’attaque. Mais l’histoire du Post avait la force d’une révélation, en grande partie grâce à l’apparente caution scientifique du travail de PropOrNot : le groupe a publié un rapport de 32 pages détaillant sa méthodologie, et nommant expressément deux-cents organes d’information suspects. L’anonymat de l’organisation, qu’un porte parole a affirmé être due à la crainte de hackers russes, ajoutant encore une aura mystérieuse.

Mais une observation détaillée du rapport à montré qu’il s’agissait d’un travail inorganisé. « Pour être honnête cela a l’air d’un travail d’amateur », m’a indiqué Eliot Higgins, un chercheur respecté qui a enquêté pendant des années sur les fausses informations russes sur son site Bellingcat. « Je pense qu’il n’y aurait jamais dû y avoir le moindre article à ce sujet ».

Le problème le plus frappant est l’utilisation de critères trop vagues pour identifier quels sites ont diffusé la propagande. Selon le rappel de PropOrNot concernant sa méthodologie, la troisième étape consiste à vérifier si un site dans le passé « a fait écho à la propagande Russe », y compris faire l’éloge de Poutine, Trump, Bachar El-Assad, la Syrie, l’Iran, la Chine, et des « partis politiques radicaux aux États-Unis et en Europe ». S’il n’y a pas d’éloges , la propagande Russe inclut la critique des États-Unis, de Barack Obama, Clinton, de l’Union Européenne, d’Angela Merkel, de l’OTAN, l’Ukraine, « les Juifs », les alliés des États-Unis, les médias mainstream, les démocrates et le « centre-droit ou centre-gauche », et des modérés en tous genres.

Ces critères, bien sûr, pourraient inclure non seulement les médias contrôlés par l’état russe, comme Russia Today, mais pratiquement tous les médias d’information dans le monde, en incluant le Post lui-même. Pourtant PropOrNot affirme ne pas être intéressé à faire la différence entre les organisations qui sont explicitement des outils de l’état russe et les soit-disant « idiots utiles » qui répètent la propagande Russe sur la base d’opinions sincères. « Nous nous concentrons sur le comportement, pas les motivations », ont ils écrit.

Pour PropOrNot, le simple fait d’exprimer un ensemble de convictions hors du courant politique dominant est suffisant pour risquer d’être qualifié de « propagandiste russe ». En fait, la liste des médias de propagande inclut des médias sympathisants de gauche respectés tels CounterPunch et TruthDig, ainsi que le monstre sacré de droite Drudge Report. La liste est si large qu’elle ne révèle rien sur la structure ou l’omniprésence de la propagande russe. « Ça tire dans toutes les directions », m’a dit Higgins. Si vous avez publié une seule fois un commentaire pro-russe sur votre site, c’en est fait, vous êtes un propagandiste russe. Dans un démontage cinglant sur The Intercept, Glenn Greenwald et Ben Norton ont écrit que PropOrNot « incarne la nature toxique de Joseph Mc Carthy, sans avoir le courage de nommer les individus sur sa liste noire ».

(...)

Lors d’un entretien téléphonique, un porte-parole de PropOrNot a balayé les critiques : « S’il y a sur la durée un modèle d’activité, surtout s’il est combiné avec du bavardage technique sous-jacent, alors oui, nous allons le révéler ». Il affirme que la désinformation russe est un énorme problème qui appelle une confrontation directe. « Il apparaît clairement que depuis un moment, la Russie est un petit peu plus courageuse, plus agressive, plus désireuse de pousser les limites de ce qui était auparavant acceptable ». Il dit que pour éviter de décrire les publications de manière trop grossière, le groupe emploie une analyse sophistiquée qui ne s’appuie pas sur un unique critère isolé.

Cependant, quand on lui demande plus de détails sur les modèles techniques qui ont amené PropOrNot à classer Drudge Report en tant que propagande russe, il n’a pu mentionner qu’une sensation générale de biais dans le contenu du rapport. « Ils agissent comme des répéteurs, sur une grande échelle, en renvoyant leur audience sur des sortes de trucs russes », dit-il. « Il n’y a a priori aucune raison, avec du recul, pour qu’un site d’information conservateur se fie à tant de sources d’information russes. Qu’est ce que cela veut dire ? » J’ai demandé à voir les données brutes que PropOrNot avait utilisé pour déterminer que Drudge Report faisait de la propagande russe. Le porte-parole a dit que le groupe finirait par les rendre public, mais ne pouvait pas les partager pour l’instant. « Cela demande beaucoup de travail et nous sommes une équipe basée sur le volontariat ». À la place, il me pressa de lire Drudge Report par moi-même, suggérant que sa nature serait évidente.

Sur son compte Twitter, PropOrNot, pour soutenir ses recherches, cite un article que j’ai écrit pour le Times Magazine en 2015, à propos d’une opération de propagande en ligne, en Russie. Cependant, mon investigation était concentrée sur une organisation concrète qui diffusait directement de la désinformation. J’avais été en mesure de suivre les liens des comptes Twitter et des sites web, jusqu’à un immeuble à Saint Petersbourg où des centaines de jeunes russes travaillaient à fabriquer la propagande. Malgré les diagrammes et les chiffres à l’air impressionnant du rapport, les découvertes de PropOrNot reposent en grande partie sur des insinuations et une pensée conspirationniste.

Un autre problème majeur avec PropOrNot est que ses membres insistent sur l’anonymat. Si l’on veut abattre une campagne de désinformation, la transparence est primordiale. Sinon vous alimentez encore plus la paranoïa. Le journaliste russe Alexey Kovalev, qui démystifie la propagande du Kremlin sur son site, Noodleremover, a émis la possibilité que PropOrNot était Ukrainien menant une campagne de désinformation contre la Russie. Le porte-parole de PropOrNot ne me parlait que sous la condition de l’anonymat et ne révélait que des détails biographiques insignifiants de second plan. « Connaissez-vous bien l’assassinat de Jo Cox ? » demanda-t-il, quand je lui ai demandé pourquoi son groupe restait dans l’ombre, se référant au député britannique assassiné par un extrémiste de droite. « Eh bien, c’est une chose très importante pour nous. Essentiellement, la Russie emploie des fous pour tuer ses ennemis. »

(...)  PropOrNot a dit que le groupe inclut des Ukrainien-Américains, bien que le porte-parole a ri de la suggestion qu’ils étaient des agents ukrainiens. PropOrNot a revendiqué une indépendance financière et éditoriale totale.

(...)

L’histoire de PropOrNot devrait servir de conte moral à ceux qui s’obstinent a voir les influences numériques maléfiques comme une des principales raisons à l’élection stupéfiante de Trump.(...) Comme la propagande russe la plus efficace, le rapport a tricoté ensemble, vérité et désinformation.

Les articles de Bogus, qui étaient outrageusement favorable à Trump, ont bel et bien inondé les média sociaux durant toute la campagne électorale, et il est possible que le piratage des courriels de John Podesta, directeur de campagne de Clinton, soit l’œuvre des services secrets russes. Mais, aussi néfastes que ces faits puisse être, la perspective que de légitimes voix discordantes soient qualifiées de désinformation ou de propagande russe, par un groupe mystérieux d’ex-employés du gouvernement, avec l’aide d’un journal national, est encore plus effrayante. Vasily Gatov m’a dit, « accuser des agents extérieurs pour des effets sociaux intérieurs est très Poutinien ».

Adrian Chen a rejoint The New Yorker comme rédacteur en 2016.

https://www.les-crises.fr/la-propagande-au-sujet-de-la-propagande-russe-par-adrian-chen/

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lundi 11 septembre 2017

Un rapporteur spécial de l’ONU exige d’en finir avec l’ingérence étrangère

Venezuela

Prise de position d’Alfred de Zayas, rapporteur spécial pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable

ARG ONU VENEZUELAAlfred de Zayas, le rapporteur spécial pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, demande aux Etats de ne pas interférer dans les affaires intérieures du Venezuela et de s’abstenir de prendre des mesures unilatérales contraignantes compliquant les choses et mettant en péril la paix dans la région.
«Par contre, il faut encourager les services consultatifs et l’assistance technique aux pays se trouvant en difficultés, dans un esprit constructif en vue de surmonter les litiges», a déclaré Alfred de Zayas. Et de continuer: «La menace ou l’adoption de sanctions est destructrice pour un ordre mondial démocratique et juste ainsi qu’incompatible avec le devoir des Etats de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures d’autres Etats
Alfred de Zayas a également rendu attentif aux principes fondamentaux du droit international tels qu’ils sont inscrits dans la Charte de l’ONU et dans d’innombrables résolutions des Nations Unies, y compris dans la déclaration de l’Assemblée générale concernant les relations amicales, la Résolution 2625, précisant notamment: «Les Etats doivent conduire leurs relations internationales dans les domaines économique, social, culturel, technique et commercial conformément aux principes de l’égalité souveraine et de la non-intervention
Le document définitif du Sommet mondial de 2005 souligne qu’il tient à relever une fois de plus que «la démocratie, le développement et le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales sont interdépendants et se renforcent mutuellement» et relève en outre que «quand bien même les démocraties ont des caractéristiques communes, il n’existe pas de modèle unique de démocratie». La campagne permanente menée par quelques pays pour déstabiliser un gouvernement démocratiquement élu et délégitimer le processus électoral au Venezuela est en contradiction avec les objectifs du Sommet mondial de promouvoir tant la démocratie que le développement et elle diminue l’effort de la part du peuple vénézuélien de résoudre par lui-même les différends dans un dialogue ouvert entre les parties sans ingérence étrangère. En particulier, la menace ou l’adoption de sanctions contre le Venezuela et contre des personnes spécifiques au Venezuela va à l’encontre du droit international coutumier de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, compliquant encore plus les difficultés économiques affectant le pays; beaucoup d’entre elles sont dues aux effets des interventions étrangères.
Le rapporteur spécial revendique la prise de mesures immédiates en faveur d’une meilleure conciliation y compris une enquête sur les décès provoqués pendant la campagne électorale.  Il faut impérativement que l’Etat de droit et les droits de l’homme soient respectés par toutes les parties telles qu’elles sont ancrées dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (ICESCR) pour rétablir la paix sociale. En vertu de l’article 21 du PIDCP, le droit de réunion pacifique pour toutes personnes doit être respecté.
En conclusion, le rapporteur spécial invite toutes les parties au Venezuela d’initier un dialogue sincère en vue de la préparation des élections présidentielles de 2018. Le rapporteur dénonce la désinformation par les médias et l’agitation. Toute ingérence étrangère ne fera qu’aggraver la situation et viole le droit des Vénézuéliens de décider librement de leur propre avenir. Les différends entre les parties ne peuvent être résolus que par le dialogue et l’établissement du consensus, tout en respectant entièrement l’Etat de droit, la souveraineté et le droit à l’autodétermination.   

Source: http://www.ohchr.org/EN/Issues/IntOrder/Pages/Articles.aspx, du 4/8/17

(Traduction Horizons et débats)

http://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2017/no-21-6-septembre-2017/un-rapporteur-special-de-lonu-exige-den-finir-avec-lingerence-etrangere.html

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vendredi 5 mai 2017

Actualités européennes (4)

Debat-presidentiel-Monsieur-Macron-ne-jouez-pas-avec-moi

2017 - LE DEBAT MACRON - LE PEN - REPLAY INTEGRAL HD

Que dire après un spectacle d'une telle médiocrité? Entre l'incompétence de l'une et le sophisme de l'autre...

Pauvre France ! #2017LeDébat

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"En Marche! et vive la France": la vidéo de soutien de Barack Obama à Emmanuel Macron

A trois jours du scrutin du second tour de l'élection présidentielle, voilà de quoi faire plaisir aux partisans de candidat d'En Marche!

http://www.huffingtonpost.fr/2017/05/04/en-marche-et-vive-la-france-la-video-de-soutien-de-barack-ob_a_22069108/

L'Université de Limoges appelle à soutenir Macron!

Nous avons vu des journalistes ne connaissant pas la charte de Munich, certains syndicats faire fi de la charte d'Amiens, maintenant ce sont des fonctionnaires ou agents publics dépendants du ministère de l'enseignement supérieur qui oublient le code de la fonction publique.

« Cher.e.s étudiant.e.s, cher.e.s collègues,

 Il n'est pas dans les missions ni dans les habitudes de l'Université de se positionner lors de scrutins politiques. Cependant, dimanche prochain, l'enjeu pour la France est suffisamment important pour que nous rompions avec ces pratiques.

En effet, les idées que véhicule le Front National sont contraires aux valeurs de l'Université, faites d'ouverture, de partage, de solidarité, de démocratie, de respect de l'autre et de ses idées, de qualité du vivre ensemble...

Aussi, dans la même ligne que les positions de la CPU, des responsables des grands organismes de recherche, des prix Nobel, ... nous appelons l'ensemble des électeurs et des électrices membres de notre établissement à faire barrage à l'extrême droite et éviter ainsi à notre pays une régression insupportable, faisant peser des risques sur la formation de sa jeunesse et le développement de la science.

Nous connaissons votre attachement aux valeurs humanistes qui animent notre communauté et ne doutons pas que vous saurez l'exprimer à cette occasion en votant massivement pour le seul candidat défendant les principes républicains.

Bien cordialement.

Le Président de l'Université de Limoges,

L'équipe présidentielle,

Les directeur.rice.s de composantes et d'instituts de recherche »

On notera que ce texte n'appelle pas à simplement “faire barrage à la bête immonde” mais à soutenir un candidat. Petit rappel:

chaque fonctionnaire se doit d'appliquer strictement le "devoir de réserve", à défaut il s'expose à des sanctions disciplinaires les plus lourdes (elles sont classées en 4 groupes, cela va généralement pour cette faute de la mise à pied sans traitement de 6 mois à 2 ans jusqu'à la révocation en passant par la mutation sanction...).

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Le « syndrome de dimanche – 20h01 » déterminera l’avenir proche de la France et de l’UE

C’est peu dire que les élections françaises passionnent la presse des différents pays européens. De Berlin à Rome, de Lisbonne à Copenhague – on a fait ici l’impasse sur Ljubljana ou Vilnius – les grands journaux multiplient reportages, enquêtes, commentaires, et spéculations sur les suites du scrutin.

Les chancelleries elles-mêmes y vont de leur propre partition, même si les déclarations et les confidences s’expriment évidemment en termes plus diplomatiques. Et encore : pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne, le président de la Commission a ouvertement donné sa consigne de vote – inutile de préciser laquelle. La chancelière allemande, pourtant prudente à l’accoutumée, n’a pas été en reste.

Pour s’en tenir aux médias dominants, deux approches se côtoient. La première tente de décrypter les motivations des électeurs, les programmes des candidats, et le contexte économique et social du pays. La seconde est plus diffuse : elle s’efforce d’anticiper les conséquences, pas seulement institutionnelles et directes, mais plus encore en termes de perspectives et de rapports de force, particulièrement au niveau de l’Union européenne.

Elements de langage

Cette piste est la plus intéressante, car on sent s’ébaucher les discours et « éléments de langage » qui jailliront dimanche soir à 20h01, et dont les téléspectateurs français auront la primeur.

Ce qu’on pourrait nommer le « syndrome de 20h01 » – ce qui sera présenté sur les grandes chaînes dans les premiers instants – revêt une importance fondamentale, car il structurera la représentation de l’état idéologique et politique de la France pour les semaines et les mois, voire les années à venir.

https://ruptures-presse.fr/actu/lemonde-lepen-resultats-presidentielle-illusion-representation/

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Bruxelles compte démarrer les négociations avec Londres par… une demande de rançon de 100 milliards d’euros

Les Vingt-sept font monter les enchères quant à la somme qui sera exigée du Royaume-Uni avant que ce dernier sorte effectivement de l’UE.

 

Les négociations entre Bruxelles et Londres en vue du Brexit doivent s’engager peu après les élections britanniques anticipées prévues le 8 juin (lire Ruptures du 26/04/17). Les Vingt-sept entendent être « fermes » et « durs » vis-à-vis des Anglais. Ils mettent en avant trois exigences prioritaires : le statut des expatriés, la gestion de la future frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord britannique, et la question de l’ardoise que l’UE entend faire payer aux Anglais, qui ont eu le toupet de choisir la sortie du club…

Jusqu’à présent, les estimations des sommes exigées du Royaume-Uni tournaient autour de 60 milliards d’euros – une paille ! Mais dans son édition datée du 3 mai, le Financial Times a refait les comptes, en incluant les différentes demandes des Etats membres. Le quotidien financier chiffre entre… 91 et 113 milliards d’euros le montant de l’addition. Pour sa part, le « think tank » bruxellois Bruegel avance une fourchette de 82 à 109 milliards.

(...)

Il s’agit de signifier aux peuples tentés par une sortie de l’UE que celle-ci aurait un coût immense

D’autre part et surtout, il s’agit de signifier aux peuples tentés par une sortie de l’UE que celle-ci aurait un coût immense. Pour certains dirigeants européens, cette volonté d’intimidation – d’aucuns disent également de vengeance – est ouvertement assumée. Mais à trop tirer sur la corde, celle-ci pourrait bien casser : si les négociations sont rompues, la Grande-Bretagne n’obtiendra certes pas l’accord commercial ambitieux qu’elle souhaite conclure avec Bruxelles. Mais elle sera libérée de tout engagement.

Méthodes de la mafia

Reste que réclamer de Londres 100 milliards d’euros avant de pouvoir sortir de l’Union s’apparente à une exigence de rançon, comme l’a noté le chef du UKIP à l’europarlement. Des « méthodes proprement mafieuses », a même dénoncé Nigel Farage.

Sauf qu’en l’espèce, l’oligarchie bruxelloise, à l’inverse de Cosa Nostra, ne pourra guère compter sur l’Omerta – la loi du silence…

https://ruptures-presse.fr/actu/bruxelles-ue-brexit-rancon-maffia/