jeudi 28 juin 2018

Les îles militarisées en mer de Chine : la partie émergée de la puissance de frappe de Pékin

En dépit d’un semblant de détente en Asie entre Donald Trump et Kim Jong‑un, la « guerre d’influence en mer de Chine entre Pékin et Washington ne va pas cesser quels que soient les développements sur le dossier nord-coréen » notait le correspondant du journal Le Monde Gilles Paris, envoyé spécial à Singapour, lors d’un live avec les lecteurs du quotidien.

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Début juin, le sentiment était le même au sommet annuel du Shangri-La /Dialogue à Singapour sur les enjeux de sécurité en Asie-Pacifique.

La ministre française des Armées, Florence Parly avait particulièrement rappelé l’urgence au respect du droit international en mer de Chine du Sud et que la zone était marquée par la compétition entre pays plus que par la coopération régionale qu’il convenait, selon elle, de soutenir.

Une économie bleue pour la Chine

La Chine – historiquement plutôt tournée vers sa profondeur continentale – a en effet profondément modifié son rapport à la mer et à son littoral, et ce depuis l’avènement de Deng Xiaoping, l’homme de l’ouverture économique et des réformes.

Pékin a certes signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) en 1982 et a ratifié en 1996 (contrairement aux États-Unis), le texte autorisant l’exploitation de la zone économique exclusive. Mais ce faisant, son économie maritime n’a cessé alors de prendre de l’ampleur.

Les années 1980 avaient vu le lancement d’une politique de la mer qui s’est intensifiée dans les années 1990, notamment avec

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l’urbanisation accrue et la conteneurisation des activités portuaires (8 des plus grands ports au monde sont en Chine). Dans la décennie suivante et particulièrement depuis 2012, Pékin a ensuite accentué ses investissements dans l’économie maritime et la Marine chinoise.

Lors de son discours d’ouverture du 18ᵉ Congrès du Parti communiste chinois, le 8 novembre 2012, le président Hu Jintao avait ainsi déclaré : « Nous veillerons, dans le domaine maritime, à élever notre capacité d’exploitation des ressources, à développer l’économie et à protéger l’environnement écologique tout en sauvegardant fermement les droits et intérêts de notre État, tout cela afin d’accroître la puissance nationale en la matière », et à « défendre résolument ses droits et ses intérêts maritimes ».

Par la suite, en 2013, lors d’une réunion du bureau politique du PCC, Xi Jinping déclare : « faire de l’économie maritime l’un des piliers de l’économie nationale » puis en 2015 : « abandonner la mentalité terrienne pour devenir une puissance maritime […] afin de protéger la souveraineté nationale ».

La mer de Chine méridionale au cœur des tensions

La mer de Chine du Sud est l’objet de fortes tensions et d’enjeux sécuritaires opposant la Chine à ses voisins (en particulier vietnamien et philippin) et aux États-Unis. Sur cette mer bordée par 8 pays (les Philippines, la Chine, l’Indonésie, le Vietnam, Brunei, la Malaisie, Singapour et Taiwan), circule près d’un tiers du commerce maritime mondial. Dès les années 1970, l’armée chinoise occupe des îles et récifs des Paracels.

 

Îles militarisées - Mer de Chine

La Chine revendique une souveraineté sur plus de 80 % des 2,5 millions de km2 de la mer, délimitée par une ligne en dix traits (depuis 2015) incluant Taiwan. Cette ligne recoupe les ZEE des pays riverains de cette mer.

D’emblée, cette mer fait l’objet de disputes territoriales, en particulier pour l’exploitation des ressources halieutiques et en hydrocarbures. En 2014, la Chine installe une plate-forme pétrolière (Haiyang Shiyou 981) dans les eaux territoriales du Vietnam, avant de la démonter, provoquant un incident diplomatique assez vite réglé.

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Le principe de libre circulation dans les eaux internationales est perturbé par cette revendication et par la présence affirmée de la Chine, remettant en cause le droit maritime international.

La Chine pèse d’ailleurs de tout son poids économique et diplomatique pour ne pas laisser se créer d’opposition coordonnée par ces voisins désunis en Asie du sud-est. Or, le droit ne semble pas permettre de répondre aux tensions dans la zone, ce qui, pour l’instant, donne l’avantage à Pékin, notamment face à son voisin philippin.

Malgré des témoignages de « réchauffement » entre les deux pays, divers incidents montrent bien les limites d’une possible alliance maritime philippino-chinoise, comme l’ont révélé les témoignages de pêcheurs philippins, se disant harcelés par les garde-côtes chinois.

Moins d’un mois auparavant, le président Duterte a même déclaré qu’il « irait en guerre » si la Chine franchissait la ligne rouge de s’approprier unilatéralement les réserves d’hydrocarbures de la mer de Chine du sud.

Ces déclarations ont rapidement été tempérées par la réalité des liens économiques et diplomatiques entre la Chine et les Philippines (partage des ressources naturelles, commerce bilatéral en pleine expansion).

Occupation des îles

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La revendication chinoise (fondée sur une prétendue présence historique) se double d’une occupation très active des récifs et de la transformation de certains îlots et récifs en îles par poldérisation et artificialisation. C’est-à-dire, une création de territoire grâce à des travaux de bétonisation des récifs et hauts-fonds.

Cela permet alors à Pékin de requalifier juridiquement ces zones en îles et d’y associer une ZEE sur 200 milles nautiques, soit environ 370 km.

L’archipel des Spratleys (notamment l’île Woody, Subi, Fiery Cross et Mischief) rassemble le plus grand nombre d’artificialisations et devient un prolongement logistique pour la Chine dans la zone, parfois surnommée par les Américains la « Grande muraille de sable ».

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Directement administré par la province de Hainan, ce territoire maritime fait l’objet d’une militarisation croissante dénoncée par les États-Unis, mais aussi d’un développement touristique, voire immobilier, afin de marquer durablement la présence chinoise (plus d’une vingtaine d’avant-postes dans les Paracels).

La Chine a opéré plusieurs déploiements importants depuis le mois d’avril : 48 navires dans les eaux de mer de Chine du sud puis autour de l’île de Taiwan.

Puis, en mai dernier, plusieurs vols de bombardier stratégique chinois ont été opérés depuis l’île de Woody – archipel des Paracels (accompagnées du déploiement de missiles antinavires et antiaériens, de l’installation de systèmes de brouillage des communications). La Chine y développe ainsi des capacités militaires de type Anti-access (A2) et Acess-Denial (AD) (interdiction et déni d’accès) afin de faire la mer de Chine une zone tampon, pour protéger son territoire continental.

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Vue aérienne de la ville de Sansha, seule municipalité dans les archipels de Paracel, créée en 2012. AFP photo

La présence militaire se double d’une présence civile permanente par l’installation d’administration, d’activités économiques et de circuits touristiques encouragés par les autorités afin de promouvoir auprès de la population chinoise, patriotisme et « grandeur du territoire chinois ». Ce tourisme politique permet de faire connaître les enjeux stratégiques à la population chinoise, de peupler la zone avec des civils et de diversifier l’économie insulaire.

Une confrontation sino-américaine en mer ?

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La confrontation commerciale entre les deux grandes puissances se complexifie désormais par les tensions autour de la liberté de navigation et de la souveraineté en mer de Chine du sud.

L’intensité des activités militaires chinoises dans la zone reflète les missions de l’US Navy entre mars et juin afin de protéger le droit à la libre navigation. Le porte-avions USS Carl Vinson avait ainsi fait escale à Da Nang au Vietnam en mars, signalant le renforcement des liens stratégiques des États-Unis dans l’arrière-cour asiatique de la Chine.

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Les navires américains patrouillent durant une opération « liberté de naviguer » en mer de Chine du sud, en 2016

L’Amiral Davidson, futur commandant en chef du pacifique (devenu US Indo-Pacific Command depuis le 1er juin) a déclaré devant le Sénat que la militarisation des îlots contestés constituait « un sérieux défi pour les États-Unis ». Cette reconfiguration du dispositif stratégico- militaire fait écho au retour et au renforcement du concept « Indo-pacifique » dominé par les Américains.

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Dans le même temps, les États-Unis par la voix du nouveau chef de la diplomatie, Mike Pompeo, écartaient la Marine chinoise de l’exercice organisé tous les deux ans, RIMPAC(« Rim of the Pacific »), exercice aéronaval le plus important de la planète. Alors que cette dernière avait été invitée lors des sessions de 2014 et 2016.

Une force de frappe déjà prête

Pékin dispose désormais d’une Marine dont les capacités (navires de plus en plus sophistiqués, technologies avancées et armements modernisés) et les démonstrations de force ont considérablement cru depuis une décennie. L’ambition de devenir la première Marine de guerre dans la zone à horizon 2049 semble ainsi sur la bonne voie, en parallèle des objectifs du développement des « nouvelles routes de la soie ».

De plus, la Chine souhaite se doter d’une force de dissuasion nucléaire permanente à la mer et veut avoir accès aux eaux profondes du Pacifique afin de rivaliser avec les États-Unis.

Les risques d’escalades dans la zone ne sont donc pas exclus, d’autant plus que les récents événements dans la région testent aujourd’hui sa fragilité. Et que la Chine, elle, a montré qu’elle était capable de déployer (et de retirer) des systèmes d’arme à n’importe quel moment.

Porte-avion chinois

Le porte-avions Liaoning 

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Îles_Paracels

https://edition.cnn.com/2016/05/13/politics/china-military-south-china-sea-report/index.html

https://www.theguardian.com/world/2018/feb/06/photos-beijings-militarisation-south-china-sea-philippines

https://www.nytimes.com/interactive/2015/07/30/world/asia/what-china-has-been-building-in-the-south-china-sea-cn.html

https://theconversation.com/les-iles-militarisees-en-mer-de-chine-du-sud-la-partie-emergee-de-la-puissance-de-frappe-de-pekin-97946

https://aphadolie.com/2018/06/25/les-iles-militarisees-en-mer-de-chine-la-partie-emergee-de-la-puissance-de-frappe-de-pekin/

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vendredi 22 juin 2018

Al Jazeera lance AJ+ en France

Les médias diffusés principalement via les réseaux sociaux comme Brut, Konbini et autres Vice se multiplient. Mais certains sont accessibles uniquement via les réseaux sociaux comme AJ+ lancé depuis quelques mois en France. AJ+, comme Al Jazeera, la chaine du Qatar. Le Qatar en conflit ouvert avec ses voisins emmenés par l’Arabie saoudite a compris l’importance du soft power via le sport (le PSG et d’autres clubs) ou l’information (Al Jazeera, AJ+)

Un lien discret avec la maison mère

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Pour l’internaute moyen, difficile de savoir que AJ+ est la filiale de Al Jazeera. Les identités graphiques et les logos sont différents, il n’y a aucune indication d’un lien entre les deux entités, toutes deux filiales de AJMN, la holding médias de la famille royale qatarie. Le média se présente simplement comme « en ligne pour les générations connectées et ouvertes sur le monde qui traite de façon inclusive les problématiques des sociétés contemporaines ».

Émirat conservateur et combats progressistes

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Pour ceux qui ont voyagé au Qatar comme l’auteur de ces lignes, le caractère « progressiste » de l’émirat est difficile à déceler. Les causes à la mode en Europe, des homosexuels, trans, queers, neutres, bisexuels et autres trisexuels ne font pas partie de la culture qatarie, d’un conservatisme musulman assumé. La lutte contre le racisme est peu à l’ordre du jour dans un pays où une très grande partie de la force de travail et la totalité de la domesticité viennent de l’étranger. Et le féminisme ne semble pas avoir effleuré les qataries.

 

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Le visage d’AJ+ est tout autre : écritures inclusives, minorité sexuelles, féminisme de combat, lutte contre le racisme, droits humains, discriminations fondées sur l’accent, le média aurait toute sa place comme sponsor de la Gay pride (pour ceux qui se poseraient la question : non, il n’y a pas de Gay pride au Qatar). A titre anecdotique – coupe du monde de balle au pied oblige – AJ+ s’indigne qu’Antoine Griezman (un des blancs de l’équipe de France, une rareté) ait été choisi pour illustrer une campagne contre le racisme et non pas un joueur noir.

Le pire du P.I.R. et l’ami Tariq

Connaissez vous le PIR ? Il s’agit du Parti des Indigènes de la République, fondé par Houria Bouteljda, une figure à la mode très présente sur les plateaux télévisés et certaines revues féminines. La belle Houria revendique une parole non blanche (imaginez le tollé si un quidam réclamait une « parole non noire »), dénonce l’oppression coloniale, l’islamophobie française (c’est bien connu il y a des centaines d’églises en Arabie Saoudite et au Qatar et aucune mosquée en France). Houria et ses amis sont très présents sur AJ+. De même, AJ+ est très engagé dans la défense de Tariq Ramadan, présenté comme une victime du racisme anti-musulman.

Voile musulman et conflit israélo-palestinien

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Entre la célébration du « hijab cosplay » où des femmes voilées se déguisent en super-héros et célébrations plus ou moins discrètes des bienfaits du voile pour les filles, la chaine publie plusieurs vidéos quotidiennes sur les violences que subissent les Palestiniens (rappelons que le Qatar est un des fermes soutiens de Frères Musulmans).

Au total AJ+ se présente habilement comme le défenseur des intérêts du Qatar : soutien aux islamistes choyés par l’émirat (Frères musulmans, le mouvement Hamas), défense des minorités à l’extérieur (indifférence polie ou hostilité à l’intérieur), critique implicite ou explicite de l’Arabie Saoudite et… absence d’informations sur le Qatar lui-même. Une ligne politique nette et qui cache ses objectifs sous les oripeaux d’un anti racisme de bazar.

Cet article doit l’essentiel de ses informations à un excellent papier de Hadrien Mathoux publié dans la version en ligne de Marianne le 25 avril 2018.

https://www.ojim.fr/al-jazeera-lance-aj-en-france/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-06-20

"AJ+ français" : quand la propagande du Qatar se cache derrière un progressisme féministe et LGBT

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Lancé en décembre 2017 en France, ce nouveau média s'adresse aux "générations connectées et ouvertes sur le monde". Mais derrière la façade progressiste, AJ+ est surtout une succursale d'Al-Jazira, la chaîne télé détenue par la famille royale du Qatar. Une allégeance troublante, surtout quand on se penche sur le contenu de ses vidéos…

Vous avez peut-être déjà aperçu leurs contenus en flânant sur votre page Facebook ou votre fil Twitter. Des vidéos léchées, présentées par de jeunes journalistes à destination des jeunes générations. AJ+ a débarqué en France depuis décembre dernier. Uniquement accessible sur les réseaux sociaux, ce média est la version francophone d'un service de vidéos d'actualité qui cartonne dans le monde anglo-saxon : AJ+ en langue anglaise, lancé en septembre 2014, qui compte 929.000 abonnés sur Twitter et près de 11 millions sur sa page Facebook. En français, les chiffres sont bien plus modestes (14.000 followers sur Twitter et 120.000 sur Facebook) mais les vidéos les plus populaires dépassent régulièrement les 500.000 vues.

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Pour le visiteur lambda, impossible de le savoir mais AJ+ est en fait la succursale "réseaux sociaux" de Al-Jazira, chaîne TV d'info en continu de référence du monde arabe. Les deux sont la propriété de "Al Jazeera Media Network", une organisation directement détenue par la famille royale du Qatar. Une filiation dont AJ+ français ne fait jamais mention, nulle part. La chaîne de vidéos se présente simplement comme "un média en ligne pour les générations connectées et ouvertes sur le monde qui traite de façon inclusive les problématiques des sociétés contemporaines". Et son identité graphique prend soin de se distinguer totalement du logo de la chaîne Al-Jazira, qui représente un caractère d'écriture arabe.

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Impossible donc, en voyant passer ses contenus, de déceler que AJ+ appartient à un émirat autoritaire et conservateur. Au contraire, le média paraît relayer tous les combats "progressistes" chers aux "générations connectées et ouvertes sur le monde" : droits des femmes, des minorités sexuelles, lutte contre le racisme, etc. Le souci de "l'inclusivité" est partout, l'écriture à point médian étant d'ailleurs omniprésente. Une vision du monde très "liberale", au sens anglo-saxon du terme, qui se fait parfois même "radicale" en épousant des causes plus pointues comme le remplacement du sigle "LGBTQI+" par "LGBTQQIP2SAA", la substitution dans la Constitution des "droits humains" aux "droits de l'homme" ou encore, la lutte contre la glottophobie (discriminations fondées sur les accents). Plus inclusif que Benoît Hamon !

Une fascination pour la notion de races

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Mais quand on s'y attarde, derrière cette façade résolument ouverte et cool transpirent assez rapidement un certain nombre d'obsessions. D'abord pour la notion de race, utilisée comme un critère fondamental de lecture de tout. AJ+ relaie ainsi sans relâche les combats des réseaux sociaux portés par des hashtags tels que #BlackHogwarts, dénonçant le manque de "personnages noir-e-s" dans… la saga Harry Potter. "Sur les 1.207 minutes de la saga Harry Potter, les personnes de couleur ne parlent que 5 minutes et 40 secondes", est allé calculer un tweet cité par AJ+. Qui s'indigne également que "31% des rôles à connotation négative [dans la télévision française soient] tenus par ces personnes non-blanches". AJ+ français lance également des polémiques sur le sujet, comme lorsque le footballeur français Antoine Griezmann est sélectionné par le gouvernement comme tête d'affiche d'une campagne contre les discriminations : "Le ministère des Sports a choisi le footballeur Antoine Griezmann comme ambassadeur pour incarner la lutte contre le racisme dans le foot. Pas Blaise Matuidi. Pas Ousmane Dembélé. Pas Paul Pogba. Antoine Griezmann". Comprendre : Antoine Griezmann ayant la peau blanche, il ne serait pas légitime pour promouvoir la lutte contre le racisme.

Dans une vidéo consacrée à "l'appropriation culturelle", la journaliste Yasmina Bennani pose la question : le "twerk" de Miley Cyrus, les kebabs commercialisés par McDonalds, les tresses de Kylie Jenner, "vous trouvez ça cool ou ça vous révolte ?". Deux sources donnent la réponse : Nacira Guénif-Souilamas, professeur de sociologie à Paris-8, qui explique que ces exemples constituent "une spoliation, (...), un abus de pouvoir, (...) une continuation de la colonisation par d'autres moyens". Et Réjane Pacquit, co-fondatrice de Sciences Curls, qui juge "extrêmement violent" de voir des personnes blanches arborer des dreadlocks.

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Une autre vidéo réalisée par la même Yasmina Bennani traite de la question du "féminisme blanc". "Au sein [du féminisme], censé être universel, une tendance est de plus en plus accusée de ne pas toutes nous inclure, introduit-elle. C’est le féminisme blanc, ou white féminism en anglais". Plus tard dans la vidéo, elle affirme qu'"aujourd'hui, le féminisme blanc (...) est accusé de délaisser les injustices supplémentaires rencontrées par les femmes de couleur". Par qui, en quelles proportions ? On ne le saura pas. Et là encore, la parole n'est accordée qu'à des interlocuteurs très engagés, sans que leur subjectivité soit jamais explicitée ou contrebalancée par des contradicteurs. Fania Noël, militante au collectif afro-féministe Mwasi, dénonce un féminisme "ethnocentrique, libéral et impérialiste", puis on cite Ruth Frankenberg, une universitaire américaine "spécialisée en études de la blanchitude". L'experte du CNRS convoquée est Christine Delphy, qui juge les féministes françaises historiques comme Elisabeth Badinter "complètement allumées. (...), elles sont peut-être féministes mais elles sont aussi racistes". La vidéo s'achève sur la conclusion de journaliste, avancée sous forme de question : "Le féminisme blanc français serait-il islamophobe et raciste ?". La réponse d'AJ+ a en tout cas été fortement suggérée au spectateur…

L'omniprésence des indigènes de la République

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Les "experts" brandis par AJ+ dans ses vidéos partagent très souvent un point commun : ce sont des proches, voire des membres fondateurs du Parti des indigènes de la République (PIR), l'association fondée par Houria Bouteldja, aux obsessions identitaires bien connues et qui dissimule mal des positions homophobes, antisémites ou racistes derrière un prétendu "antiracisme politique". Depuis janvier, AJ+ a ainsi sollicité Christine Delphy et Nacira Guénif-Souilamas mais également Imen Habib, toutes signataires de l'appel du PIR en 2005. Il semble que ces sympathies soient partagées au sein de la rédaction : une des journalistes d'AJ+, Widad Ketfi, a ainsi participé à une conférence sur les "paroles non blanches" le 13 avril 2016. Thème de son intervention : "La blanchité dans les médias".

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Dans la pensée indigéniste, toute la société occidentale est analysée à l'aune de l'oppression "coloniale" infligée aux "racisés", c'est-à-dire aux non-Blancs. Cette vision se retrouve dans la ligne éditoriale d'AJ+ français où d'innombrables faits divers sont égrenés sans ceesse dans le but transparent d'instiller l'idée que l'islamophobie et le racisme sont omniprésents en France : expulsion d'une migrante enceinte dans un train à Menton, violences contre une femme "agressée car voilée" à Vélizy, "violente interpellation" d'une autre en niqab à Montpellier… Chaque exemple de violence policière supposée ou avérée est ainsi scrupuleusement rapporté voire monté en épingle. Dans une certaine mesure, le média fonctionne comme une sorte de "Fdesouche" à l'envers : à l'instar du site d'extrême droite, il nourrit un fil d'actualité obsessionnel, créant un climat particulier, en l'espèce celui d'un Etat policier, raciste et islamophobe.

Et lorsque AJ+ décide de consacrer une attention plus particulière à un incident, c'est pour en donner une version univoque. Exemple avec le cas d'une femme qui aurait été forcée de quitter la salle de sport de l'Aquaboulevard à Paris car elle portait un turban.

AJ+ décide de mettre en valeur le témoignage de la meilleure amie de la femme en question, ainsi que des tweets mettant en cause le comportement d'Aquaboulevard. Pendant ce temps-là, un article du Parisien met côte à côte cette version et celle du directeur, qui relate qu'"il a été rappelé à la cliente et à son invitée qu’il fallait qu’elle retire son couvre-chef. Elle est quand même allée assister au cours avec son turban. A la fin du cours, nous lui avons fait un second rappel", avant que l'incident ne survienne. Ce témoignage n'est jamais évoqué dans la vidéo d'AJ+.

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Deuxième exemple : celui d'un Montpelliérain expulsé d'un cinéma car il portait un keffieh et un sac à dos. Dans son interview pour AJ+, il dénonce directement un "racisme ordinaire".

Simple témoignage d'un citoyen lambda victime de discrimination ? Pas vraiment : sur son compte Twitter, Abdel-Wahab Ladmia se présente comme un "militant antiraciste décolonial" et retweete abondamment le Parti des indigènes de la République. Sa confrontation filmée avec une membre du personnel du cinéma permet de reconstituer la réalité de la scène : il s'est donc rendu au cinéma, keffieh sur la tête et sac sur le dos, et a très vraisemblablement refusé de voir son sac fouillé, ce qui a entraîné la confrontation qu'il a filmée avec son portable illico dégainé.

Le soutien à Tariq Ramadan

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Tout en nourrissant le sentiment que les musulmans sont victimes d'un acharnement au sein de la société française, AJ+ publie un contenu très favorable à… Tariq Ramadan. Alors qu'il est mis en examen pour des accusations de viol, le prédicateur islamiste, qualifié de "professeur" et d'"intellectuel suisse", bénéficie d'une courte vidéo qui met en valeur le combat de ses soutiens, #FreeTariqRamadan.

Qui s'exprime dans ce contenu ? L'épouse de Tariq Ramadan, et trois comptes Twitter anonymes qui le soutiennent. AJ+ n'a visiblement pas été refroidi par le profil de ces comptes, qui pourtant interpellent : le premier, @NasNacera, est empli de messages haineux contre le "lobby judaïste" et moque ceux qui hurlent "au zantisémitisme (sic). Le second, @Jeru_Saleem, témoigne d'une véritable obsession pour le conflit israélo-palestinien. Et le troisième, @marteauamiral, est un compte d'extrême droite qui prône la "réémigration". Pour AJ+, qu'importent ces profils pourvu qu'ils illustrent sa thèse : "Certain-e-s dénoncent le deux poids deux mesures" dans le traitement de l'homme accusé de viol par cinq femmes.

Des partis pris qui ne disent pas leur nom

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Régulièrement, le média fait davantage que relayer des informations : il livre des analyses politiques. En décrétant qu'un sujet fait polémique pour le traiter avec des interlocuteurs militants ne venant que d'un seul camp, AJ+ prend position. Mais là où les médias engagés affichent la couleur, AJ+ se planque. Sur la forme, les vidéos mises en ligne par la chaîne ressemblent comme deux gouttes d'eau aux contenus "pédagos" publiés par des médias comme Brut ou Le Monde, aux prétentions objectives. Et rappelez-vous, officiellement AJ+ n'est qu'"un média qui traite de façon inclusive les problématiques des sociétés contemporaines". Or, dire d'où l'on parle voire assumer son parti pris, c'est ce qui différencie un média engagé… d'un organe de propagande.

Illustration, une nouvelle fois, avec cette vidéo consacrée au Conseil des sages de la laïcité créé par le ministère de l'Education nationale.

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La journaliste, Chloé Duval, décrète d'emblée que ce Conseil "pose problème", puis donne la parole à deux sources. Le premier interlocuteur, Jérôme Martin, est un membre du "Cercle des enseignant-e-s laïques"... une dénomination qui cache le fait que cette organisation réalise des vidéos sur la laïcité en partenariat avec le très contestable Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF). Deuxième source : Asif Arif, présenté comme un "avocat spécialiste des questions de laïcité". Or, comme le souligne une contribution d'un Mariannaute consacrée au personnage, Asif Arif est également l'animateur d'émissions religieuses où l'on n'hésite pas à affirmer qu'il faut "habituer" les jeunes filles "aux bienfaits du voile" et ce, dès l'âge de 7 ans. Sans surprise, donc, nos deux "experts" pourfendent le Conseil des sages de la laïcité, accusé de propager "un athéisme militant, anti-religieux et notamment à l'égard des musulmans en priorité".

La fin de cette séquence, qui se voulait pédagogique, est un festival : on y évoque des "croisades menées au nom d'une laïcité qu'on pourrait qualifier de falsifiée", un acharnement consistant à "systématiquement dire que c'est le foulard islamique, la jupe islamique, le chouchou islamique, le tatouage islamique, qui sont des problèmes prioritaires de l'école de la République". Si l’idée était de produire un éditorial, elle n'est pas assumée. Mais si le but était, sous des airs d'"info", de dénigrer auprès du jeune public la conception républicaine de la laïcité, l'objectif est pleinement atteint…

La promotion du voile

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Même si AJ+ ne l'explicite jamais, il devient évident à force de le lire que le média est vecteur d'un engagement politique. Notamment en faveur du port du voile : en janvier dernier, le portrait de Amena Khan, une blogueuse devenue la première femme voilée à être l'égérie de L'Oréal (elle s'est finalement retirée après que ses tweets polémiques sur Israël eurent été exhumés), ressemble moins à un reportage qu'à un spot de publicité pour "la liberté de porter le voile".

Le média financé par le Qatar célébr le "Hijab Cosplay", où des femmes voilées se déguisent en super-héroïnes. Et lorsqu'Emmanuel Macron s'interroge sur le fait que certaines femmes puissent être obligées de porter le voile islamique contre leur volonté, AJ+ décrète que le président "a réussi à énumérer tous les clichés liés au voile en une seule phrase". Une vidéo publiée le 8 mars vient tout de même rappeler qu'en Iran, les femmes luttent pour pouvoir retirer leur voile.

L'obsession pour le conflit israélo-palestinien

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Mais là où l'engagement politique d'AJ+ français est le plus visible, c'est lorsqu'il aborde le conflit israélo-palestinien. C'est-à-dire, très souvent : cette thématique, qui s'invite de manière sporadique dans l'actualité française, est une véritable obsession pour le média basé à Doha. Du 1er au 23 avril, il a ainsi consacré pas moins de 14 vidéos complètes à Israël et au sort des Palestiniens, alors qu'il publie entre 2 et 3 vidéos chaque jour. Et il n'est qu'à lire leurs titres pour constater qu'elles relèvent là encore davantage de la propagande que du journalisme : "En silence, Ahed Tamimi endure la torture psychologique de ses matons israéliens" ; "Tirer sur un homme et s'en réjouir : c'est ce que font ces soldats israéliens" ; "À Gaza, 'plus grande prison à ciel ouvert' au monde, les Palestiniennes réclament leur droit au retour".

A l'intérieur des vidéos, toujours les mêmes méthodes. Sous prétexte de dresser un état des lieux du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions contre l'Etat d'Israël) pour les non-avertis, AJ+ donne la parole à Imen Habib, animatrice de la campagne BDS en France (et signataire de l'appel des Indigènes de la République) ; à Ghislain Poissonnier, "magistrat à la cour de Cassation" mais surtout engagé de longue date dans la cause palestinienne, ce qui n'est jamais précisé ; et à Jean-Guy Greilsamer, militant de l'Union juive française pour la paix (UJFP)... seule association juive radicalement hostile à Israël. Pour expliquer les critiques dont fait l'objet le mouvement BDS, régulièrement accusé de dissimuler un antisémitisme violent, la journaliste Widad Ketfi avance tout simplement : "Parce que [le mouvement BDS] dérange, alors qu'il est non-violent et qu'il s'inspire de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud". Nelson Mandela est même convoqué en fin de vidéo, tandis que l'on s'étonne de "l'exception" dont bénéficie le "régime d'apartheid israélien"...

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Quand AJ+ français ne se demande pas "jusqu'à quand Israël va asphyxier Gaza dans l'indifférence générale", "pour punir les Gazaouis d'avoir élu le Hamas lors des élections de 2006", il propose de "comprendre 70 ans de conflit [israélo-palestinien] en moins de 6 minutes". Le résultat est alors à la hauteur des craintes : un exercice de propagande d'où le pluralisme est absent, et où l'expert de référence du conflit est Alain Gresh, un journaliste proche des Frères musulmans et de Tariq Ramadan, en compagnie duquel il a publié un livre d'entretien et donné des conférences. Et voici comment s'ouvre cette explication historique : "Imaginez que l’on débarque chez vous, que l’on s’installe dans votre salon, et que progressivement on grignote un peu plus de votre espace pour vous laisser qu’un tiers de votre chambre ou pire qu’on vous expulse ? Et gare à vous si jamais vous protestez. Et bien c’est ce qui arrive aux Palestinien.ne.s depuis 70 ans". La question finale est tout aussi subtile : "Est-ce que certains Etats ne sont pas au-dessus du droit international ? Et jusqu'où la communauté internationale laissera Israël s’étendre ?".

Quand on sait qu'AJ+ est financé par le Qatar, lequel dépense des millions de dollars pour soutenir le mouvement islamiste du Hamas dans la bande de Gaza, on réalise que les territoires du journalisme sont décidément bien loin.

Derrière le progressisme, le Qatar

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C'est qu'au fond, les vidéos produites par AJ+ sont en fait alignées sur les intérêts du Qatar. C'est là toute l'ambiguïté d'Al-Jazira et de ses filiales. La chaîne d'info en continu a été créée de toutes pièces par le Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani en 1996. "Devenu émir du Qatar après avoir renversé son père, il souhaitait alors montrer qu'il était capable de moderniser son pays", explique à Marianne Mohamed El Oifi, maître de conférences à Sciences Po, spécialiste des médias arabophones. La volonté de libéralisation du nouvel émir l'a conduit à laisser beaucoup d'autonomie à Al-Jazira, qui s'est vite imposée, devenant la chaîne de référence du monde arabe. Le média a également développé une identité particulière : "Al-Jazira ouvre son antenne à toutes les oppositions - sauf à celles du Qatar -, c'est la chaîne de toutes les contestations, de défense des gens marginalisés, le porte-voix des peuples". Une posture qui se traduit notamment par le fait de donner régulièrement la parole aux Frères musulmans et aux islamistes, considérés "comme des acteurs politiques ordinaires".

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Mais cette ligne engendre quelques contradictions embarrassantes. Comment multiplier les vidéos défendant les droits de la communauté LGBT (il faudrait même dire "LGBTQQIP2SAA"), tout en passant sous silence que l'homosexualité est illégale et même passible de peine de mort au Qatar ? Comment défendre avec crédibilité les thèses d'un féminisme parfois radical alors qu'au Qatar, aucune femme ne siège au Parlement et qu'Amnesty International dénonce "les discriminations dans la législation et dans la pratique" qu'elles subissent là-bas ? Comment se faire le porte-voix d'un droit-de-l'hommisme particulièrement revendicatif dès lors que l'on travaille pour une monarchie de droit divin autoritaire prônant la charia, où la flagellation et la peine de mort restent en vigueur ?

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Si la chaîne et ses déclinaisons AJ+ bénéficient d'une certaine liberté éditoriale, celle-ci est en fait liée à plusieurs conditions qui dessinent en creux la stratégie du Qatar. Premièrement, l'impertinence journalistique s'exerce exclusivement en dehors des frontières de l'émirat : la version anglophone d'AJ+ peut par exemple consacrer une vidéo à la répression des homosexuels en Tchétchénie, elle restera toujours silencieuse sur l'homophobie d'Etat qui règne chez son actionnaire. Deuxièmement, si à l'international tous les aspects du discours progressiste peuvent être mobilisés, y compris la défense des minorités, le message de fond reste compatible avec la ligne de Doha : l'islamisme politique est encouragé, en témoigne la présentation très favorable donnée au Hamas dans les vidéos sur la Palestine. Et la géopolitique qatarie est scrupuleusement respectée, comme dans le traitement critique ciblant l'Arabie saoudite, principal rival du Qatar au Moyen-Orient, et son prince héritier Ben Salman. AJ+ multiplie les vidéos mettant en cause le rôle des Saoudiens dans le conflit au Yémen, dont les atrocités sont décrites par le menu. Mohamed Ben Salman, lui, fait l'objet d'un portrait confrontant sa "face A" de modernisateur et sa "face B" obscure d'homme politique autoritaire. La rédaction d'AJ+ français observe en revanche un silence poli mais têtu sur l'actualité d'un pays voisin de l'Arabie saoudite, le Qatar ! Aucun contenu n'a été consacré au pays actionnaire en 2018. C'est sans doute plus prudent, puisque les journalistes sont basés… à Doha.

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Résultat, la façade "éveillé·e·s, impliqué·e·s, créatif·ve·s" (c'est le slogan d'AJ+ français) entretient l'image cool et moderne d'Al-Jazira et, in fine, du Qatar. Une stratégie de soft power bien connue de cette monarchie, dont l'achat du PSG a été l'un des exemples les plus spectaculaires en France, permettant de faire rimer, aux yeux d'un public jeune et non averti, Qatar avec Neymar. Même si ses contenus sont différents de ceux d'Al-Jazira, AJ+ procède bien de la même logique : "AJ+ ne change pas de ligne éditoriale mais d'interlocuteur, expose Mohamed El Oifi. Pour capter un public jeune et radical, elle adapte ses contenus". Pour les contenus en français, la direction est impulsée par la rédactrice en chef Kheira Tami. Cette journaliste polyglotte et expérimentée a parfaitement saisi comment articuler l'idéologie du Qatar avec l'affichage multiculturaliste. Même si les ficelles sont grosses… "AJ+ en France n'a pas atteint sa maturité, il sont encore dans des essais très radicaux dans le but de se créer une base, tempère Mohamed El Oifi. Mais la question de la normalisation va vite se poser : s'ils continuent dans cette voie, ils vont rapidement manquer d'interlocuteurs sérieux. Pour le moment, AJ+ ne forme qu'une fraction marginale de l'opinion publique". L'expérience AJ+ montre en tout cas qu'après Russia Today et Sputnik News, les grandes puissances étrangères adeptes de la propagande ont bien compris l'intérêt de le faire de l'intérieur, en investissant le paysage médiatique français.

https://www.marianne.net/medias/aj-francais-quand-propagande-qatar-cache-derriere-progressisme-feministe-lgbt

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Une enquête intéressante avec un bémol, d'autres influences étrangères semblent moins déranger les auteurs; par ailleurs, si certaines critiques sont scandaleusement utilisées à des fins de propagande et de géopolitique, cela n'enlève pas à celles- ci tout degré de pertinence... Reste que les multiples visages présentés sur cette chaîne en font un cas d'école en matière de manipulation, et un véritable danger pour la cohésion nationale.   P.G.

jeudi 21 juin 2018

Chomsky signataire d’un appel « progressiste » pour la poursuite de l’implication militaire américaine en Syrie

TRIBUNE LIBRE /  Whitney Webb

TL CHOMSKY SYRIE

Publié le 26 avril 2018 sur Mintpressnews sous sous le titre Chomsky Among “Progressives” Calling for US Military Involvement in Syria

Traduit de l’anglais par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

Dans la mesure où les personnalités les plus progressistes n’appellent jamais ouvertement à une intervention militaire américaine accrue dans un pays extérieur, cette pétition montre que la propagande en faveur de la guerre en Syrie – surtout celle en lien avec la cause kurde – a très habilement réussi à retourner l’opinion de la gauche pacifiste et progressiste sur le sujet.

Lundi dernier, le magazine New York Review of Books a publié une lettre ouverte et une pétition pour se joindre aux pressions occidentales exercées sur la Turquie, pour contraindre cette dernière à mettre fin à l’occupation d’Afrin. La pétition s’opposait aussi à toute incursion ultérieure de la Turquie en Syrie et soutenait l’autonomie du Rojava – cette région du Nord de la Syrie qui s’auto-administre depuis, qu’en 2012, des factions kurdes y ont pris le pouvoir avec l’appui des Etats-Unis. Le texte émane du Comité d’urgence pour le Rojava et a été signé depuis par des personnalités connues, telles que Noam Chomsky et Judith Butler, qui se sont ralliées à son projet de mutualisation des efforts en vue de soutenir les revendications des groupes kurdes.

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Ces revendications portent entièrement sur la politique du gouvernement américain. Elles insistent pour que ce dernier « impose des sanctions économiques et politiques à la Turquie… interdise les ventes et livraisons d’armes entre la Turquie et les pays de l’OTAN… fasse en sorte que le Rojava soit représenté dans les négociations de paix … » et, ce qui semble  le plus paradoxal, « continue de soutenir les Forces Démocratiques Syriennes », ce groupe majoritairement constitué de Kurdes qui a joué les intermédiaires pour l’administration américaine et est suspecté d’avoir procédé à des opérations de nettoyage ethnique en vue de faire aboutir son projet d’Etat ethno-nationaliste kurde au nord de la Syrie.

Les trois premières revendications du groupe paraissent raisonnables, en ce sens qu’elles demandent de sanctionner la Turquie pour son invasion illégale du territoire syrien. Mais elles sont aussi fantaisistes, dans la mesure où l’administration américaine n’a l’intention, ni d’interrompre les ventes d’armes, ni de sanctionner la Turquie, – qu’elle a besoin de courtiser pour empêcher un rapprochement d’Ankara avec la Russie. A ce titre, les Etats-Unis ont prouvé – en refusant de soutenir les Kurdes pendant la bataille d’Afrin – que leur « alliance » avec les Kurdes était purement opportuniste et passait après le maintien de leurs liens  avec la Turquie.

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La troisième revendication a également peu de chances d’aboutir, puisque, la Turquie a estimé d’emblée inacceptable la participation des Kurdes de Syrie aux pourparlers de paix et conditionné sa participation à ces derniers sous forme d’ultimatum : «C’est nous ou eux ». Sans compter les précédentes tentatives d’inviter les Kurdes dans les discussions qui ont été rejetées par des nations occidentales, dont les Etats-Unis, dans leur volonté de ne pas déplaire à la Turquie.

Plus récemment encore, devant l’absence de réaction internationale à l’événement, les Kurdes eux-mêmes ont refusé en début d’année de participer aux négociations sur l’occupation turque d’Afrin. Et même avant cette occupation, les Kurdes de Syrie s’étaient déclarés « non tenus » de respecter les décisions qui pourraient être prises durant les pourparlers, réduisant de ce fait les chances d’aboutir à la paix.

Mais au-delà du caractère irréaliste des trois premières revendications de la pétition, c’est surtout la suivante – celle portant sur la poursuite d’une assistance militaire américaine aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS) – qui est de loin la plus inattendue : en signant cette pétition, des personnalités connues pour leur progressisme revendiquent la poursuite de l’occupation américaine en Syrie et l’accroissement de l’aide militaire et financière aux FDS, qui leur servent de forces intermédiaires sur le terrain.

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Qui se serait attendu à ce que des progressistes aussi engagés appellent un jour publiquement au prolongement d’une occupation militaire américaine ?

La pétition montre également l’effet redoutable que la propagande pour la guerre en Syrie – et surtout celle qui a trait aux Kurdes – a exercé sur la gauche pacifiste.

De fait, les Kurdes de Syrie font l’objet d’un traitement romancé dans la presse occidentale qui les présente comme les “fondateurs de la démocratie la plus avancée au monde” et les pionniers  de l’égalité de genre et des droits des homosexuels. Mais si les Kurdes ont bien instauré des mesures politiques d’avant-garde, la réalité sur le terrain est plus nuancée. Et surtout, « l’aide » américaine au Rojava, que la pétition souhaite voir renforcée, ne bénéficie vraiment ni aux progressistes, ni même aux Kurdes.

Kurdes et FDS : deux entités distinctes

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Depuis la montée en puissance de l’Etat Islamique dans le conflit syrien, les médias occidentaux mettent les Kurdes sur un piédestal et n’ont de cesse de les présenter comme les seuls opposants « véritables » du groupe terroriste. Mais on est peu à peu passé de l’éloge des milices kurdes locales à celui des Forces Démocratiques Syriennes, alors que ces deux entités ne sauraient être plus éloignées.

Bien qu’elles se vantent de compter un nombre important de Kurdes dans leurs rangs, les FDS ne sont pas expressément kurdes et sont en fait l’organisation parapluie de plusieurs milices. Ce qui ne serait pas gênant en soi ; ce qui l’est, c’est l’identité de nombre de ses combattants arabes. L’un des groupes combattant sous la bannière des FDS est par exemple le Conseil militaire de Deir Ezzor (Deir Ezzor Military Council (DMC) – il s’agit d’une organisation dont les combattants,  auparavant affiliés à l’organisation Etat islamique ou à Al-Nosra (groupe affilié à Al-Qaïda) ont été ensuite « retenus » par l’armée américaine dans le nord de la Syrie après s’être rendus aux FDS et autres forces soutenues par l’armée américaine à Raqqa. De plus, des tribus antérieurement alliées avec l’Etat islamique se sont jointes à ces forces aux côtés des FDS au cours de l’année écoulée.

 

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En plus d’abriter dans leurs rangs d’anciens membres de l’Etat islamique et d’autres organisations terroristes, les FDS collaborent également régulièrement avec l’Etat islamique dans le nord-est de la Syrie en s’attaquant à des cibles syriennes et russes. Bien qu’apparemment « ennemis », les Kurdes et l’Etat islamique se sont déjà montrés circulant les uns parmi les autres en toute connivence; et il est même arrivé que les Kurdes coopèrent avec l’Etat islamique sous la coordination des forces spéciales américaines. Ce qui explique peut-être pourquoi, après s’être emparées de Raqqa en juin dernier, les FDS ont laissé les terroristes de l’Etat islamique quitter tranquillement la ville. [1]

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Cette collaboration avec des groupes tels que l’Etat islamique – collaboration que les médias occidentaux ont travestie en un combat contre le terrorisme – a d’ailleurs entraîné des défections importantes de Kurdes au sein des FDS – notamment son ex porte-parole, Talal Silo, qui a accusé l’organisation de pactiser secrètement avec les terroristes.

A côté de ces liens troublants et de leur collaboration avec l’Etat islamique les FDS ont, conjointement avec l’armée américaine, participé à des crimes de guerre en Syrie, et sont accusés d’opérations de nettoyage ethnique qu’ils justifient par leur projet de création d’un Etat ethno-nationaliste kurde dans des zones du nord de la Syrie majoritairement peuplées d’Arabes.

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C’est ainsi qu’au cours de la bataille de Raqqa, les FDS – en lien avec la coalition dirigée par les Etats-Unis – ont commis des crimes de guerre, notamment en recourant à des armes chimiques et en coupant l’approvisionnement en eau de la ville, qui reste  privée d’eau un an après sa « libération ». Les FDS ont également joué un rôle central dans l’opération qui, selon plusieurs estimations, a fait 8000 morts et chassé hors de chez elles plus de 160 000 personnes. Cette opération a rendu 80 pour cent de la ville complètement inhabitable et six mois après la fin des combats, on évalue à 6,000  le nombre de corps encore ensevelis sous les gravats.*

Des journalistes tels que Andrew Korybko ont fait valoir que la population civile de Raqqa était directement visée dans la mesure où il était hautement improbable que ses habitants arabes ou non kurdes, vivant dans une ville dont la population est majoritairement arabe, acceptent de leur plein gré de vivre dans un petit Etat dominé par les Kurdes où ils seraient considérés comme des citoyens de seconde zone, et préféreraient conserver leur statut, au sein de la République Arabe Syrienne. En clair, plutôt que l’Etat islamique, que l’on a laissé s’enfuir et que l’on a ensuite réincorporé au sein des FDS, l’opération visait en partie des civils susceptibles de résister à l’annexion de Raqqa par des Kurdes soutenus par les Américains. Ce qui n’a pas empêché les Nations Unies de déclarer que l’élimination de la population arabe de Raqqa par les FDS avait été une  « nécessité militaire » et ne constituait donc pas une opération de « nettoyage ethnique ».

Les progressistes ont-ils bien évalué les enjeux de cette pétition ?

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La question des FDS mise à part, demander à l’Amérique de continuer à soutenir ce groupe revient à lui demander de prolonger son occupation illégale de la Syrie. Comme déjà expliqué sur le site Mintpress, cette occupation vise à la partition du pays et à mettre le nord-est de la Syrie hors de contrôle du gouvernement central.

Bien que cette partition ait également été un objectif de certains nationalistes Kurdes alliés aux Etats-Unis, qui ont voulu se servir de la division de la Syrie comme d’une rampe de lancement pour un « Kurdistan » indépendant, les Etats-Unis ont clairement indiqué au cours des mois précédents que cette partition du nord-est syrien ne bénéficierait pas autant aux Kurdes qu’aux Sunnites Wahhabites, dont l’idéologie se confond pratiquement avec celle de l’Etat islamique.

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Au début de la semaine dernière, le Wall Street Journal nous informait que John Bolton, nouveau conseiller de Trump à la Sécurité Nationale, travaillait avec les Etats alliés du Moyen Orient à la création d’une « coalition islamique » qui remplacerait les troupes américaines actuellement stationnées dans le nord-est de la Syrie par une armée constituée de soldats venus de l’Arabie Saoudite, du Qatar et de l’Egypte. Cette coalition constituerait une « force de stabilisation » militaire permanente dans la région.

Non contente d’envoyer des militaires arabes mettre de l’ordre dans le Rojava, l’Administration Trump a également sollicité une mise de fonds saoudienne dans la reconstruction de la région. L’Arabie Saoudite – réputée pour son traitement déplorable des minorités ethniques et religieuses et son financement de groupes terroristes tels que l’Etat islamique – et ses alliés du Golfe ne risquent pas de servir la cause des nationalistes kurdes, et encore moins leur “démocratie » directe progressiste ou leur promotion de l’égalité de genre et du droit des homosexuels. Monarchie dictatoriale bien connue  pour sa  répression des femmes et des minorités et pour la mise à mort de membres de la communauté LGBT, l’Arabie Saoudite se situe vraiment aux antipodes des idées que les progressistes occidentaux se font des Kurdes. C’est néanmoins à elle que les Etats-Unis confient les rênes pour gouverner la région de Syrie qu’ils occupent actuellement.

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De fait, en revendiquant la poursuite de la présence militaire américaine en Syrie pour appuyer les FDS, le Comité d »urgence pour le Rojava sape en réalité la cause des Kurdes « progressistes » qu’ils voudraient aider, et favorise au contraire une nouvelle tentative américaine de nation building (reconstruction de nation), qui va probablement aboutir à une enclave wahhabite peu différente d’un « califat » dirigé par l’Etat islamique.

Les efforts du Comité d’urgence pour le Rojava rejoignent d’autres tentatives plus importantes visant à défendre et à prolonger l’engagement militaire américain illégal en Syrie. Certes, cette pétition est destinée aux progressistes occidentaux, qui se sont historiquement opposés aux occupations militaires américaines illégales et aux guerres. Mais le ralliement de membres connus du camp des progressistes à cette pétition prouve que la poussée en faveur d’une intervention « humanitaire » en Syrie est plus forte que jamais.

Whitney Webb

Whitney Webb est rédactrice à MintPress News et collabore avec le site de Ben Swann’s, Truth in Media. Elle intervient sur différents sites tels que l’institut Ron Paul

[1] C’est Arrêt sur info qui souligne en gras

Article original: Chomsky Among “Progressives” Calling for US Military Involvement in Syria

Traduit par Sylvie Jolivet

Crédit image Noam Chomsky: Andrew Rusk/Flickr

Source: https://arretsurinfo.ch/chomsky-signataire-dun-appel-progressiste-pour-la-poursuite-de-limplication-militaire-americaine-en-syrie/

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*Voir notre publication: Raqqa : Guerre d’anéantissement, par Amnesty International

P.G.

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jeudi 14 juin 2018

Populisme en Europe, libre-échange, Russie... Le groupe Bilderberg s'est réuni en Italie

Des personnalités des univers politique, industriel, médiatique ou de la finance ont participé à la 66e réunion Bilderberg. Fondé dans un contexte de guerre froide, le groupe caractérisé par son opacité suscite régulièrement la controverse.

ACT BILDERBERG

131 noms figuraient sur la liste des participants prévus à l'occasion de la 66e réunion du groupe Bilderberg qui s'est tenue à Turin, en Italie, du 7 au 10 juin 2018. Parmi ceux-ci on retrouve le ministre français de l'Education Jean-Michel Blanquer, le Premier ministre belge Charles Michel, ou encore le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg. L'ancien conseiller américain à la sécurité nationale Henry Kissinger était lui aussi présent, au côté de José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne passé chez Goldman Sachs et du PDG de Total Patrick Pouyanné.

Au cours de ces quatre jours, 12 sujets ont été abordés. Dans l'ordre de présentation mis en avant sur le site du Bilderberg, les thématiques étaient les suivantes : le populisme en Europe, l'enjeu de l'inégalité, l'avenir du travail, l'intelligence artificielle, les Etats-Unis avant les élections de mi-mandat, le libre-échange, le leadership mondial des Etats-Unis, la Russie, l'informatique quantique, Arabie saoudite et Iran, le monde «post-vérité», les événements d'actualité.

Comme ce fût le cas l'année précédente, la réunion a été présidée par le français Henri de Castries, patron d'Axa et du think tank Institut Montaigne.

Parmi les enjeux majeurs, le développement d'un monde multipolaire ?

Simultanément à cette réunion à huis clos, dont les discussions sont donc nappées de secret, deux sommets internationaux d'importance majeure dans les relations internationales, celui de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et celui du G7, avaient lieu.

Le premier, qui s'est déroulé du 9 au 10 juin 2018 à Qingdao, en Chine, a confirmé le rapprochement entre Pékin et Moscou, qui ont affiché leur unité, signe peut-être de l'émergence progressive d'un monde multipolaire. L'événement chevauchait le sommet du G7 qui s'est tenu du 8 au 9 juin à la Malbaie, au Canada. Réunissant les plus grandes puissances économiques occidentales du monde, cette rencontre s'est terminée sur une note amère, après que les Etats-Unis ont retiré leur soutien au communiqué final du sommet.

Ces deux événements ont-ils été suivis de près lors de la réunion Bilderberg ? La liste des points abordés à Turin, comme «le libre-échange», «le leadership mondial des Etats-Unis», «la Russie» ou encore de façon plus générale «les événements d'actualité», le laissent penser.

Bilderberg, enfant de la guerre froide ?

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Fondé par le banquier David Rockefeller, le prince Bernhard de Hollande, l'homme politique britannique Denis Healey et le diplomate polonais Joseph Retinger, le groupe qui se réunit tous les ans depuis 1954 a longtemps cultivé l'art du secret, faisant son possible pour ne pas médiatiser ses conférences, ne dévoilant ni le nom des participants, ni les thèmes abordés. Mais, devant des protestations de plus en plus nombreuses face à cette opacité ces dernières années, le groupe s'est finalement résolu à faire filtrer quelques informations sur la teneur de ses discussions.

Si le cas de la Russie a été abordé par les participants de la réunion de 2018, il est à noter que le sujet est régulièrement au menu des discussions du groupe Bilderberg. L'an passé, il avait déjà été abordé sous l'angle : «La Russie dans l'ordre international».

https://francais.rt.com/international/51527-populisme-europe-libre-echange-russie-reunion-groupe-bilderberg-2018-turin-italie

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A croire qu'ils prennent plaisir à alimenter toutes les "théories du complot"! A quoi peut bien servir ce genre de réunion, symbole de connivence, d'opacité et d'arrogance oligarchique?   P.G.

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mardi 12 juin 2018

Les Rojavistes à Millau compte-rendu

TRIBUNE LIBRE / Vincent Lenormant

TL ROJAVA DEBAT

Salut à tous

Je suis parti à la rencontre de 3 volontaires révolutionnaires ayant combattu au sein des YPG, dans le cadre d'une tournée organisée par Alternative Libertaire pour permettre à ces camarades de "donner leur point de vue sur la dynamique émancipatrice, ses limites, son potentiel, et l’indispensable solidarité internationale."

http://www.alternativelibertaire.org/?Tournee-AL-2018-Kurdistan-Revolution-Autogestion

J'avais imprimé un petit texte que j'ai commencé par distribuer à tout le monde :

Depuis 4-5 ans, certaines organisations se revendiquant de l’anarchisme soutiennent les combattants des YPG/YPJ au point d’envoyer argent et combattants en Syrie.
Rappelons donc quelques faits :

1) les YPG/YPJ kurdes sont la composante majoritaire des Forces Démocratiques Syriennes, créées, armées et commandées par les USA.

2) le « Rojava » est en dehors du Kurdistan. Il suffit de regarder n’importe quelle carte des zones de peuplement kurde pour le constater.

3) l’objectif affiché des FDS est de séparer la zone située au nord de l’Euphrate du reste de la Syrie. Les FDS ont permis aux USA de construire de nombreuses bases militaires dans le nord de la Syrie, où sont également présentes les forces spéciales françaises, en toute illégalité.

4) On trouve dans ces régions de nombreux gisements de pétrole et de gaz.

5) les USA se servent de l’idéologie libertaire pour recruter des supplétifs afin de couper la Syrie en deux et créer un nouvel état dont ils seront maîtres

6) Israël est également favorable au « Rojava ». Même si la propagande rojaviste présente l’Iran et la Syrie (et bien sûr la Russie) comme les pires menaces pour cette région sans évoquer Israël ou l’Arabie Saoudite, on peut légitimement considérer que ce sont ces pays-là, chapeautés par les USA, qui ont le plus nui aux peuples du Moyen-Orient.

Comment accepter les armes et l’autorité du pays qui a causé la mort d’un million d’Irakiens, et qui a financé en Syrie des groupes djihadistes ?

Inciter de jeunes anarchistes à partir se battre en Syrie sous les ordres des USA et aux côtés de l’armée française est une ignominie. En Syrie, ils obéiront à des ordres et ne connaîtront pas leurs véritables objectifs. Il n’y a pas de place pour le « communisme libertaire » actuellement en Syrie ; il n’y a que la guerre, ses morts pour rien, ses manipulations, ses tromperies.

YPG

Tout le monde a lu cela avec beaucoup d'attention, j'ai entendu des espagnols en parler en disant que tout prenait sens, que c'était évident. Mais personne n'est venu m'en parler à ce moment.

La soirée a commencé avec la projection d'un film-publireportage sur le Rojava, où l'on voit très bien que le Rojava ne remet en cause ni le capitalisme, ni la propriété des moyens de production, ni les traditions claniques, et qui n'évoque jamais le soutien US.

Ensuite les 3 révolutionnaires sont entrés en scène. Deux français entre 20 et 25 ans, chétifs, avec des têtes de lycée Sainte-Croix-du-Privilège-Blanc, et un étasunien aussi jeune mais un peu moins malingre. J'avais assisté il y a un an à un "live facebook" en direct du Rojava, je crois qu'un des français et le zunien y étaient. Ils parlaient comme des hipsters et ont passé beaucoup de temps à exhiber leurs armes avec jubilation.

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Les 3 guerriers ont alors commencé un discours très, très long, ne laissant la place à aucune intervention. Ils ont commencé par parler des femmes, puis de l’organisation du PYD et du "Rojava". Ca a bien duré deux heures, pendant lesquelles on a pu apprendre par exemple que les commandants des YPG étaient exemptés de travaux ménagers, pas par privilège, mais parce qu'ils n'ont pas le temps.

A la toute fin, ils ont dû passer aux questions. Je leur ai donc demandé ce qu'ils pensaient de mon texte, et s'ils voulaient y répondre. Le plus malingre des français m'a alors dit que je n'étais qu'une PETITE MERDE, et probablement un "assadiste". J'ai pris sur moi pour ne pas réagir violemment et le laisser seul avec sa crasse. Il a peut-être compris la seconde d'après qu'il valait mieux éviter de passer pour un petit faf devant les spectateurs médusés... en tous cas ses camarades ont essayé de faire comme s'ils étaient ouverts au dialogue. Ils m'ont alors fermement affirmé que les FDS n'étaient pas une création des USA, mais du PYD. Ils ont poursuivi en disant qu'à Afrin ils s'étaient battu contre la Turquie donc contre l'OTAN. Après quelques autres questions incrédules d'autres participants, le débat fut rapidement clos.

Plusieurs personnes vinrent alors me féliciter ou me poser des questions, et même le patron du bar qui accueillait l'événement, dont je craignais la réaction, m'a payé un coup et a laissé mes papiers sur son comptoir toute la soirée.

N'hésitez pas à partager ou faire de même !

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/06/les-rojavistes-a-millau-compte-rendu.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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Dommage en effet qu'il n'y ait pas eu de débat, car, au- delà de l'instrumentalisation de supplétifs "gauchistes" par les Américains, ce qui n'est pas une nouveauté, il y a quand même la question kurde qui est rarement évoquée, et qui explique bien des alliances désastreuses dans la région...   P.G.

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mercredi 30 mai 2018

La grande victoire du Venezuela, c’est d’avoir un pouvoir populaire organisé

Vanessa Angustia est sénatrice d’Izquierda Unida / Podemos dans l’Etat espagnol. Elle faisait partie de la délégation d’accompagnement international présente au Venezuela lors des élections du 20 mai dernier qui ont abouti à la réélection de Nicolas Maduro à la présidence de la république.

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Deux jours après la tenue de ces élections, la sénatrice a interpelé le Sénat espagnol au sujet des raisons pour lesquelles le gouvernement de l’Espagne ne reconnaissait pas la légitimité des résultats électoraux au Venezuela, en signalant que cette position était “antidémocratique, qu’elle constituait une ingérence qui faisait fi de la volonté émanant du peuple vénézuélien”.

Elle a aussi demandé à cette chambre parlementaire pour quelle raison le gouvernement espagnol avait, en revanche, reconnu les élections au Honduras et au Paraguay, malgré les plaintes importantes pour fraude dans ces deux cas, et ce qui « justifiait ces deux poids deux mesures de la part du gouvernement au sujet des élections au Venezuela ».

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Lors de cette question au gouvernement, Vanessa Angustia a conclu en demandant si le gouvernement espagnol “allait rompre les relations diplomatiques avec le Venezuela , alors qu’il ne le fait pas avec des pays qui violent les droits de l’homme en permanence et de manière flagrante, comme le Maroc et Israël”

L’équipe de Prensa CRBZ s’est entretenue avec la sénatrice dans le cadre de son intervention et de sa récente visite au Venezuela en tant qu’accompagnatrice internationale des élections.

Quelle est ton appréciation du processus électoral du point de vue technique ?

Le travail du Conseil National Electoral a été impeccable. Rares sont les pays dans le monde qui ont un système de garanties électorales offrant la fiabilité que nous avons pu constater ici. Le processus a été dans l’ensemble impeccable, depuis l’annonce le 23 janvier des élections présidentielles par l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), pendant la négociation dans le cadre de l’accord de garanties électorales dans la République Dominicaine et jusqu’au 20 mai.

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Je viens d’un pays où le gouvernement gère les processus électoraux avec une entreprise privée qui lui fournit l’appui et qui se charge de la logistique, de la transmission et de la diffusion des votes décomptés, une entreprise appelée Indra qui est assez contestée au plan international, par conséquent je souligne toujours le fait qu’au Venezuela tout le système électoral est public. Ce processus a fait l’objet de dix-neuf audits, sous tous ses aspects : registres électoraux, PV de scrutin, données des électeurs dans les machines à voter, etc. Pratiquement tout est vérifié. Et il faut signaler la vérification des résultats après le module du dépouillement, lorsqu’on procède à la comparaison de 54% des bulletins de vote électronique et des bulletins de sauvegarde.

Par rapport à d’autres processus il y a eu des améliorations cette fois-ci, telles que l’ajout de cinq nouveaux audits. Le système électoral n’est pas statique, il est au contraire en cours de révision et d’amélioration constante. Il faut rappeler cette volonté de rechercher un système qui offre toujours plus de garanties.

Et du point de vue politique, quelle est ton impression ?

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Dans l’opposition, il y a eu deux lignes, une ligne intérieure et une ligne extérieure. La ligne extérieure a été de continuer de tabler sur l’ingérence. D’un côté, une partie importante et non négligeable de l’opposition a décidé de participer au processus, ne s’est pas retirée de la table de négociation des accords de garanties électorales, a légitimé le processus dans chacune de ses étapes, et mené une campagne tranquille et en paix. Toutefois, une fois les élections perdues, elle s’est plaint de fraude électorale, sans fournir en plus aucune espèce de preuve.

D’un autre côté, il y a l’opposition regroupée dans la MUD qui a décidé de ne pas participer aux élections et de les délégitimer en appelant à s’abstenir. Il semble que cet appel a été entendu et que le taux d’abstention correspond à sa part de l’électorat. Cet argument contredit le discours qui dit qu’il y a eu une faible participation. Cette opposition est justement celle qui a été à l’origine des violences précédant l’ANC. C’est là qu’entrent en jeu la participation internationale, l’intervention et l’ingérence des Etats Unis et de l’Union Européenne, qui ont décidé dès le départ de ne pas reconnaitre les élections et de mener leur propre campagne dans les médias et les gouvernements, en annonçant la non-reconnaissance des résultats électoraux et en menaçant de sanctions.

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Les intentions sont très claires: peu importe ce qui se passe au Venezuela et les garanties démocratiques qu’on donne. On décide des gros titres pendant la campagne et sur cette base on construit un discours. Ils ne vont jamais reconnaître l’espace électoral, parce que l’objectif politique est autre: renverser le gouvernement et s’approprier le pays aux côtés des secteurs qui cherchent à exploiter les ressources du Venezuela pour faire leurs profits et reconstruire leur oligarchie défaite avec les oligarchies aux Etats-Unis et en Europe. Il ne faut pas tomber dans l’erreur qui consiste à chercher quelque élément de vérité que ce soit dans cette stratégie politique. En plus, c’est une communauté internationale qui vient de légitimer la violence provoquée en 2017.

C’est un programme qui a une composante très dure pour l’espace des alliances que nous cherchons à construire dans la gauche européenne sur la base de relations d’égalité, et il a fait un pas en arrière, vers le XXème siècle, vers un type de politique coloniale a l’égard de l’Amérique latine qui croit que l’on peut décider des ressources et de l’organisation de ses peuples. Et ce serait une erreur de notre part de ne pas comprendre qu’il s’agit d’une stratégie globale de l’empire contre les pays et les secteurs politiques qui, comme nous, ne s’alignent pas sur cette politique coloniale.

D’après toi, maintenant que les résultats sont connus, que peut-on dire de la légitimité du nouveau mandat de Maduro ?

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Dans ce cas, il est important de fournir des données, parce que celles-ci ne sont pas neutres, elles sont des données politiques. Il y a des données qui sont manipulées pour ternir la légitimité d’un processus qui a été impeccablement propre, valable et démocratique.

Lors des dernières élections européennes en 2014, le taux global de participation dans tous les pays a été de 41,6%; en Espagne, 43,8% et au Royaume-Uni de 35,6%. C’est-à-dire que l’Europe ne peut pas parler du niveau de légitimité des élections en se fondant sur le taux de participation, parce que personne n’a contesté la représentativité du Parlement européen sur cette base, personne ne l’a mise en doute.

Lors des dernières élections aux Etats-Unis il y a eu 48% de participation, et le président Trump a été reconnu comme légitime, alors qu’il a été élu avec un pourcentage inférieur à celui de Maduro. Même chose dans les cas de Macri, Piñera et Santos. En France, le taux de participation lors des législatives de l’année dernière était de 42 à 48%, au Portugal pareil.

La question n’est donc pas la participation mais l’usage que l’on veut faire des données, c’est ce qui s’appelle une manipulation.

En tant que militante et en tant que députée, dans le contexte des énormes difficultés que vit le peuple vénézuélien et dans lequel se sont déroulées ces dernières élections, quel bilan dresses-tu de ce que tu as pu apprécier au contact des gens dans notre pays pendant le élections ?

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La grande victoire au Venezuela, c’est d’avoir un pouvoir populaire organisé, d’avoir des classes laborieuses qui se défendent elles-mêmes, qui savent parfaitement quel est l’ennemi et qui est l’agresseur, et qui agissent en conséquence, qu’elles aient ou non des divergences ou des critiques, et elles savent parfaitement à qui elles doivent faire face et qui cherche à leur enlever des droits et de la souveraineté. C’est le résultat d’une politique dans laquelle on ne fragmente pas la vision de la vie, on ne parle pas d’économie d’un côté et de politique, de garanties sociales et de politique internationale de l’autre. Cette fragmentation est appliquée par le pouvoir sur les peuples, en Europe et aux Etats-Unis, afin qu’ils n’aient pas de vision d’ensemble ni de compréhension de leur réalité, ce qui provoque de la démotivation politique et une fragmentation des luttes.

Quand on ne fait pas cela, et que l’on gouverne avec des politiques favorables au peuple, il y a une formation politique du peuple qui apprend à faire la différence. Et ce qui a l’air facile à expliquer n’est pas un modèle dans nombreux de nos états. Ce n’est pas la dynamique sociale de participation politique que l’on voit en Espagne, par exemple.

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Les difficultés au Venezuela sont énormes. Il en résulte un découragement et la certitude très partagée que la situation est difficilement tenable car les sanctions et les agressions étaient déjà annoncées. Cependant, ce découragement a été surmonté et a trouvé son aboutissement avec cette conscience qu’ont prise les classes populaires. Même si la situation est extrême pour des millions de personnes, il y a aussi cette idée qu’il ne faut pas se rendre, parce que si l’impérialisme l’emporte, la situation sera bien pire.

Je crois qu’être au Venezuela, c’est se plonger dans un bain de réalité. Nombreux sont ceux et celles qui devraient aller au Venezuela prendre une leçon d’humilité et connaître un peuple qui se défend et se protège lui-même, surtout ceux qui délégitiment le processus et le peuple parce qu’il continue de soutenir le gouvernement sans connaître en réalité les circonstances, sans s’être informés des raisons des agressions et de ce qui provoque cette guerre avec le Venezuela.

Et il est toujours agréablement étonnant de voir la joie de vivre avec laquelle le peuple vénézuélien vit ce processus, même dans les moments les plus difficiles, tels que les élections à l’Assemblée Constituante étant donné le degré de violence organisée par la droite et la situation économique extrêmement dure. Il y a beaucoup à en apprendre, comme l’exemple que nous donnent des codes culturels et sociaux qui sont précieux pour la participation démocratique. Il y a là un enseignement à méditer afin d’améliorer nos propres garanties démocratiques.

Traduction : Paula Faraone

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/la-grande-victoire-du-venezuela_82358303

vendredi 25 mai 2018

Victoire de Maduro : «Seuls Washington et ses alliés s’opposent à la volonté du peuple vénézuélien»

Après le succès de l'assemblée constituante vénézuélienne et la réussite du parti chaviste aux dernières municipales, Nicolas Maduro a remporté la présidentielle. Pour l'universitaire Salim Lamrani, «on ne peut lui nier sa légitimité démocratique».

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Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il est l'auteur du livre Fidel Castro, héros des déshérités, (Editions Estrella, 2016), préfacé par Ignacio Ramonet.

RT France : L'élection présidentielle au Vénézuela va-t-elle changer quelque chose ?

Salim Lamrani : Cette élection présidentielle est la preuve que le Venezuela est une démocratie qui fonctionne normalement, même si les médias occidentaux s’échinent à présenter ce pays comme un régime autoritaire. Il en ressort logiquement une image caricaturale de la révolution bolivarienne, bien éloignée de la réalité. Depuis l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir, il y a eu près de 20 processus électoraux dans le pays.

Le problème du Venezuela n’est pas Nicolas Maduro. Le problème est que ce pays subit le joug d’une opposition putschiste et antidémocratique qui refuse systématiquement le suffrage populaire dès lors qu’il lui est défavorable. Le peuple vénézuélien mérite une opposition digne de ce nom car une opposition constructive et respectueuse de la volonté du peuple est nécessaire à la vie politique.

RT France : Cette élection pourrait-elle marquer un changement de place du Venezuela sur la scène internationale ? Après sa réélection, Nicolas Maduro, gagne-t-il en légitimité et crédibilité ? Les sanctions internationales peuvent-elles durer ?

Salim Lamrani : Nicolas Maduro dispose de la légitimité suprême que lui ont conférée ses concitoyens en l’élisant président de la République. Seuls Washington et ses alliés, dont l’Union européenne, s’opposent à la volonté du peuple vénézuélien et aux règles démocratiques. On peut exprimer un désaccord avec la politique menée par le gouvernement, mais en aucun cas lui nier sa légitimité démocratique.

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On ne peut pas pointer du doigt le système électoral vénézuélien quand il est défavorable à l’opposition et l’applaudir quand cette même opposition obtient la majorité à l’Assemblée nationale ou remporte des municipalités ou des Etats.

Les sanctions internationales sont illégitimes et inefficaces. Depuis plus d’un demi-siècle, Washington impose des mesures de rétorsion économique iniques à Cuba qui affectent les catégories les plus vulnérables de la population et constituent le principal obstacle au développement du pays. Il en est de même pour le Venezuela. Il est regrettable que l’Union européenne, au lieu d’adopter une position indépendante et constructive vis-à-vis du Venezuela, s’aligne sur la politique étrangère des Etats-Unis. Si l’Union européenne est une puissance économique indéniable, elle reste un nain politique incapable de s’affranchir de l’influence étasunienne.

RT France : Comment a été perçue cette élection en Amérique latine ?

Salim Lamrani : Les alliés de Washington s’alignent sur la politique de leur maître et considèrent que ces élections sont illégitimes. Les autres nations du continent respectent la décision souveraine du peuple vénézuélien et l’indépendance du pays en ne s’immisçant pas dans ses affaires internes.

https://francais.rt.com/opinions/50848-venezuela-maduro-dispose-legitimite-supreme

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jeudi 19 avril 2018

Salve de missiles dans le ciel de Damas : le nouveau forfait d'un Occident en mal d'hégémonie

Pour Bruno Guigue, les frappes de Washington, Paris et Londres sur la Syrie sont une «pluie de pétards mouillés». Dénonçant un Occident «en mal d'hégémonie», l'analyste estime que cette manœuvre ne changera rien : les ennemis de Damas ont perdu.

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C’est fait. Le gang Washington-Paris-Londres vient de bombarder la Syrie. Abdiquant toute pudeur, l’habituel trio d'experts en coups tordus a expédié ses engins de mort sur un Etat-membre des Nations unies. A grand renfort de missiles, un Occident déclinant a joué les durs à distance, se gardant bien d’affronter sur le terrain un adversaire qui lui mettrait une bonne fessée. En attaquant l’appareil militaire syrien, cette coalition étriquée conduite par des pantins vaniteux a cru que sa quincaillerie de luxe lui permettrait de s’imposer. Mais c’est oublier que la donne stratégique change à toute vitesse. En matière militaire, il y a loin de la coupe aux lèvres, surtout lorsque l’objectif à atteindre est fantasmatique. Expérimentée sous la présidence de Bill Clinton, la technique des frappes chirurgicales vient de connaître un nouvel avatar, dont il n’est pas sûr qu’il soit le plus réussi.

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N’en déplaise à des dirigeants auto-satisfaits, cette opération-éclair a brillé par sa nullité et sa fourberie politique n’a eu d’égale que son inanité militaire. En réalité, le bilan est proche de zéro. Aucun résultat opérationnel, aucun impact psychologique, aucun intérêt politique. Ce fut tout juste une pluie de pétards mouillés sur Damas, un exercice d’entraînement grandeur nature pour la défense anti-aérienne syrienne, un tir au pigeon où le missile occidental, ce joujou prétentieux, a fini par jouer le rôle du pigeon. Les «beaux missiles» de Trump ont fini en morceaux, pitoyables tas de ferraille destinés au futur musée de l’impérialisme à Damas. Ce résultat est d’autant plus significatif que la Défense contre avions (DCA) syrienne a combattu seule l’agresseur étranger, sans l’aide de ses alliés, même si l’appui technique russe a sans doute joué un rôle décisif.

Même désastre sur le plan de la guerre psychologique. On ne s’imaginait quand même pas, à Washington, Londres et Paris, que le peuple syrien serait tétanisé par cette lâche agression. Elle a plutôt produit l’effet inverse, car la couardise de l’adversaire, en général, consolide le moral des troupes. Les premières images en provenance de Damas furent celles d’une population souriante, brandissant fièrement le drapeau national et le portrait du président Bachar Al-Assad. Les trois pieds nickelés de la géopolitique n’impressionnent pas les Syriens. En détruisant les trois quarts des missiles ennemis, la défense anti-aérienne syrienne a résumé à sa façon la réponse de ce peuple courageux à l’agresseur néo-colonial. La DCA de l’armée arabe syrienne est comme la métaphore d’un peuple qui résiste victorieusement, depuis 2011, à une tentative de destruction multiforme.

Bien entendu, les fauteurs de guerre occidentaux ont fait tourner les rotatives d’une propagande mensongère pour tenter de justifier leur entreprise erratique. Mais la supercherie a fait long feu. Il s’agissait, dit-on, de punir le régime syrien pour l’emploi de l’arme chimique contre les civils de la Ghouta. Mais où sont les preuves détenues par les trois agresseurs ? On nous répond qu’elles sont accablantes mais qu’il est impossible de les communiquer, car elles sont «classifiées». Un enfant de quatre ans comprendrait le stratagème. S’il y a des «preuves», au demeurant, on pourrait les trouver sur place, et c’est pourquoi l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a accepté l’invitation du gouvernement syrien. Mais le jour même de l’arrivée de ces experts, le trio occidental a bombardé Damas. Inutile de faire un dessin : quand on accuse sans preuves un coupable désigné d’avance, on n’a pas besoin d’enquête.

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En réalité, la politique belliciste d’un Occident en mal d’hégémonie pourrit tout ce qu’elle touche. Elle brandit les droits de l’homme, mais c’est pour soutenir les terroristes. Elle chante les louanges du droit international, mais c’est pour mieux l’anéantir. Elle parle de démocratie, mais elle la viole à domicile tout en déniant aux autres nations le droit à l’autodétermination. Quand Macron annonce qu’il va «punir» le président syrien lors d’une conférence conjointe avec le prince héritier d’Arabie saoudite, il se moque du peuple français. La triplette belliciste USA/France/Grande-Bretagne est comme la grenouille qui veut être plus grosse que le bœuf. Elle s’imagine qu’elle est le centre du monde alors qu’elle en est l’appendice. Elle est seulement le club de l’oligarchie occidentale, mais elle se prend pour la «communauté internationale». Et lorsque le monde assiste médusé à une fanfaronnade où le criminel le dispute au grotesque, elle s’imagine qu’elle a remporté une victoire. Cette salve de missiles sur la Syrie ne changera rien au cours des événements. La Ghouta est libérée et les autres provinces le seront bientôt. La guerre à distance menée par les ennemis de la Syrie est perdue d’avance.

https://francais.rt.com/opinions/49974-salve-missiles-dans-ciel-damas-bruno-guigue

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Mise en scène de guerre: dossier spécial

 

DS CASQUES BLANCS

 

L'UE et la guerre en Syrie : pas en notre nom !

14 avril 2018 - Après l'agression nocturne – évidemment ! – de la Syrie par les missiles des Etats-unis, de la Grande-Bretagne et de la France, l'Union Européenne a déclaré « se tenir aux côtés de ses alliés ». Voilà comment les citoyens européens qui n'ont pas été consultés sur un sujet aussi grave se trouvent pris au .piège et emportés malgré eux par une décision décidée par des eurocrates non élus. Un comble ! Qui permet de vomir un peu plus cette 'Union' qui ne représente plus que son ombre.

L'attaque chimique à Douma, une «mise en scène» des Casques blancs pour la Russie

11 avril 2018- L'attaque aurait fait une quarantaine de morts dans cette enclave rebelle de la Ghouta orientale. L'attaque chimique présumée contre les rebelles syriens à Douma a été « mise en scène devant les caméras » par les Casques blancs, l'organisation de sauveteurs syriens en zone rebelle qui a la première dénoncé cette attaque, a accusé l'armée russe mercredi.

Ghouta orientale : les Casques blancs préparent un nouveau scénario chimique

24 février 2018 - En pleine opération militaire de l'armée syrienne, destinée à déloger les terroristes de leur fief le plus important à l'est de Damas, deux camions, chargés de cargaison de chlore, sont arrivés sur le territoire syrien, en provenance de la Turquie et les Casques blancs se préparent à réaliser un nouveau spectacle anti-Damas.

 

La Ghouta orientale... Les «Casques blancs» vont-ils jouer une nouvelle pièce de théâtre ?

25 février 2018 - Damas s'est habituée, la veille de chaque action militaire gagnante, menée par l'armée syrienne, à voir tourner là où l'armée avance, une scène sanglante ou une pièce de théâtre relative à une attaque chimique causant de nombreuses victimes, des femmes et des enfants. Ces victimes peuvent être «ressuscitées» plus tard une fois que l'«objectif politique» de la pièce jouée est atteint. L'objectif de ces scènes, est de freiner l'avancée et de défigurer les réalisations  de l'armée syrienne sur le terrain l'accusant ainsi que le gouvernement syrien d'être les responsables de ces faux massacres
 

De Mossoul à Damas, une route pavée de propagande

25 févr. 2018 - Comme à chaque fois que les « gentils opposants au régime de Bachar » se trouvent dans une situation désespérée, on assiste ébahis à un véritable déferlement de propagande de la part des médias dominants. Plutôt que dénoncer, pour la énième fois, une manipulation scandaleuse, je me propose de vous donner quelques outils qui devraient permettre à chacun de reconnaître la propagande, quand il en voit, et ainsi préserver sa capacité d'analyse et son esprit critique, parce que la propagande la plus perverse est celle qu'on n'identifie pas comme telle.

 

Des Casques... pas si blancs encore invités à l'Assemblée ... - Sputnik

13 févr. 2018 - Le changement de législature n'a visiblement pas découragé les efforts de communication des Casques Blancs syriens. Malgré leur réputation sulfureuse, la nouvelle majorité a décidé d'ouvrir les portes du Palais Bourbon à des hommes fréquemment présentés comme sauveteurs le jour et terroristes la nuit. Piqûre de rappel.

«Les Français doivent se demander pourquoi ces terroristes sont reçus à l'Assemblée et considérés comme des VIP, alors que leurs organisations sont liées à celles qui ont mené les attaques terroristes à Nice et à Paris.»

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Dans une de ses conférences, François Asselineau a commencé par donner une définition de l'intelligence et qui était "savoir relier les choses entre elles" !

Sachons regarder, sachons analyser les infos avec recul et sachons ne pas oublier les infos datant de quelques jours, voire de quelques mois ou de quelques années 
Et sachons aussi regarder calmement les photos, avec raison et non avec émotion ! Et regardons bien la photo publiée par le Parisien : curieux la tenue des "casques blancs" ! Ils sortent des blessés d'une zone de guerre et leurs tenues semblent tout droit sorties du pressing, pas un grain de poussière sur les casques blancs !!!!

Les trois pays félons ne pouvaient donc ignorer la préparation de cette fausse ou vraie attaque chimique par les casques blancs, qui, rappelons-le, sont les alliés des terroristes ! Ils ont été créés en 2013 par
James le Mesurier, un ancien officier britannique reconverti dans le mercenariat, dont la société est basée à Dubai (oups !!). Ils ne sont pas reconnus par l'OIPC, Organisation Internationale de Protection Civile (re-oups !!) !

Et pourquoi nos élus, Hollande, Macron, et députés ont reçu, avec les honneurs, ces terroristes ?

Soyons très vigilants !    S.R.

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