vendredi 22 juin 2018

« Démondialisation et déprofitation = baisse des marchés ! »

TRIBUNE LIBRE /  | 20 Juin 2018 |

TL CS MONDIALISATION DEPROFITATION

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Au début, on pouvait se poser des questions.

Trump va-t-il ou pas appliquer réellement son programme protectionniste ?
Trump va-t-il réellement démondialiser l’économie et tenter de freiner, voire d’inverser la globalisation ?
Trump va-t-il réellement mettre fin à l’immigration ou la freiner considérablement ?
Trump pourra-t-il et aura-t-il les moyens de mettre en place sa politique souverainiste et nationaliste, « populiste » diront certains ?

Pour le moment, la réponse est oui.

Comme toute inflexion majeure en politique et en économie, le mouvement est progressif et itératif. Cela se fait par étapes, graduellement, avec des avancées et des reculs.

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Mais ne nous y trompons pas, depuis deux ans de présidence Trump, le monde change considérablement et l’on voit chaque jour les effets des « idées trumpiennes ».

Le tableau d’ensemble est sans équivoque, les forces de rappel, extrêmement fortes également. La mondialisation fait gagner beaucoup d’argent à de grandes multinationales qui produisent pas cher en Asie pour nous revendre très cher en Occident.

Tout a été délocalisé.

Quand je dis tout, c’est tout.

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La production, le savoir-faire, les compétences mais également la… pollution ! Si nous pouvons avoir des normes environnementales en France, en Europe, c’est parce que nos productions/consommations polluent en Asie.

La mondialisation a entraîné des effets pervers très importants qu’il convient dans tous les cas de corriger. Dire cela ne signifie pas se transformer en Corée du Nord au moment où Trump, d’ailleurs, semble obtenir l’ouverture de l’un des derniers pays fermés.

En attendant, c’est la « guerre commerciale »…

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… Et Trump menace de taxer 200 milliards de dollars d’importations chinoises, en tous cas, voici ce qu’en dit Le Figaro.

Le président des États-Unis a demandé à ce que soit préparée une nouvelle liste de produits chinois importés, à hauteur de 200 milliards de dollars. Pékin a d’ores et déjà annoncé son intention de répliquer.

Donald Trump tente de faire monter la pression sur la Chine. En réaction à la riposte proportionnée et immédiate de Pékin à sa menace de sanctions de 50 milliards de dollars détaillées la semaine dernière, le président des États-Unis demande maintenant à son négociateur commercial, Robert Lighthizer, de préparer une nouvelle liste de 200 milliards de dollars de produits chinois importés. Ce qui correspond à un doublement du montant potentiel de sanctions supplémentaires initialement prévues par Washington.
« Des initiatives supplémentaires doivent être prises pour encourager la Chine à changer ses pratiques déloyales, ouvrir son marché aux biens américains et accepter une relation commerciale plus équilibrée », affirme Donald Trump dans un communiqué. Peu après, le ministère chinois du Commerce a répliqué que la Chine prendrait des mesures « qualitatives et quantitatives » pour se défendre si ces nouvelles menaces américaines étaient mises en œuvre.

La mondialisation, ça rapporte aux sociétés cotées en Bourse !

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N’y allons pas par 4 chemins. Ceux qui pourfendent comme moi le totalitarisme marchand, l’optimisation fiscale qui n’est qu’une fraude légalisée, ou encore ces multinationales sans morale ni éthique, ne peuvent pas se satisfaire de la mondialisation telle qu’elle est.

Y mettre fin nécessite de s’attaquer de front à des profits monstrueux et plantureux. Il y a de quoi se faire beaucoup d’ennemis évidemment, et ceux qui détiennent et gagnent beaucoup d’argent sont ces grandes multinationales qui profitent à plein de cette globalisation et de l’absence de contre-pouvoir et d’entraves.

La Bourse, sans pour autant s’effondrer, réagit nettement plus aux risques de guerre commerciale et donc de démondialisation, ce qui implique une immense « déprofitation » pour les grosses entreprises cotées sur les grands marchés financiers mondiaux.

L’ère de la « déprofitation ».

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Je sais, ce mot n’existe pas, mais j’invente les mots que je veux inventer, enfin pas tout à fait, nos amis antillais comprendront encore plus vite, eux qui parlent de « profitation » ils m’ont inspiré ce terme ! Et vous allez très vite piger, j’en suis certain ! La déprofitation est un phénomène économique qui correspond à une baisse structurelle et de très longue durée des profits des entreprises.

La déprofitation est la petite sœur de la démondialisation.

Si vous démondialisez, vous allez déprofiter et les dividendes du CAC 40 risquent d’être moins plantureux. Vous allez baisser les marges de production, inciter à la relocalisation, vous pouvez même déclencher une inflation sur les salaires si l’emploi repart.

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Pourquoi avons-nous de la déflation ? Parce que les salaires ne peuvent pas progresser depuis plus de 20 ans. Sans progression des salaires et de l’emploi, c’est tout le système qui s’effondre. Remettre les choses dans le bon sens est une bonne chose.

Les Chinois vont couiner, les grandes entreprises, aussi.

Au bout du compte, on se rendra compte d’une chose.

La primauté va au pouvoir politique. L’économie n’est que de l’intendance.

Nous avons juste laissé aux affaires des politiciens affairistes et plus ou moins vendus ou achetés, y compris les syndicats, d’ailleurs vous avez dans cette édition un article consacré aux nouvelles fonctions de l’ancien patron du syndicat FO. Stupéfiant.

Le véritable pouvoir est le pouvoir régalien. Encore faut-il avoir le courage, la volonté et l’indépendance de l’exercer pour le bien des nations et des peuples.

En attendant, si la démondialisation se poursuit, il y aura un mouvement concomitant de déprofitation. S’il y a moins de profits, de rendement et de dividendes, le cours action chutera et prendra en considération les nouvelles perspectives économiques. L’ajustement se fera à la baisse sur les actions, mais si c’est bien fait, les États ne tomberont pas dans l’insolvabilité, et mieux vaut un énorme krach boursier que des faillites d’États en chaîne.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/demondialisation-et-deprofitation-baisse-des-marches-ledito-de-charles-sannat/

jeudi 21 juin 2018

Le procès de l’hypermondialisation

TRIBUNE LIBRE / Christian Chavagneux 06/06/2018

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Une autre mondialisation est en cours. De plus en plus contestée par les populations, elle l’est également, c’est nouveau, par les économistes. Surtout, pour les acteurs économiques eux-mêmes, entrepreneurs et banquiers, elle ne représente plus la panacée. Tout pointe vers une mondialisation plus sobre.

Dans un récent sondage d’OpinionWay pour le Printemps de l’économie 2018, 60 % des Français expriment une mauvaise opinion de la mondialisation. Et 58 % des "CSP+", les plus diplômés, partagent cet avis, de même que la moitié des moins de 35 ans. Les Français ne représentent d’ailleurs pas un cas à part. Selon un sondage réalisé en début d’année pour la Fondation Bertelsmann, 61 % des habitants des pays riches pensent que la mondialisation accroît les inégalités et la moitié estime qu’elle n’est pas bonne pour les salaires. Pour autant, le même sondage montre une opinion déclarant majoritairement que la mondialisation offre des opportunités de croissance et d’emploi et que les investissements étrangers sont les bienvenus.

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Ce n’est donc pas tant la mondialisation qui fait l’objet d’un rejet que la constatation de ses effets négatifs*. Benoît Coeuré, de la Banque centrale européenne (BCE), résume bien le sentiment général. Il avance quatre raisons pour lesquelles la globalisation fait peur. Elle est instable : ses crises financières, agricoles, etc., se transmettent de pays en pays. Elle est déloyale : sa concurrence est fondée sur le dumping social et environnemental et sur l’accroissement du pouvoir de monopole de quelques grosses entreprises. Elle est inégalitaire, car elle réduit le pouvoir des salariés et permet aux plus fortunés d’échapper à l’impôt en plaçant plus facilement leurs avoirs à l’étranger, dans les paradis fiscaux. Enfin, elle remet en cause la démocratie dans un monde où l’influence politique des multinationales est grande. De Donald Trump aux Etats-Unis au Brexit du Royaume-Uni, et ailleurs, les dirigeants politiques favorables à moins de mondialisation ont d’ailleurs le vent en poupe.

Face à ces constats, la majorité des économistes, soit par idéologie, soit parce que ceux-ci sont soucieux de ne pas laisser prise aux discours nationalistes [ce qui ne serait pas de l'idéologie? NdR], a souvent choisi de défendre la mondialisation. Ce n’est plus le cas.

Une remise en cause intellectuelle

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« Je pense que la mondialisation a contribué à déchirer les tissus sociaux », attaque l’économiste Dani Rodrik. La théorie économique dominante reconnaît que la globalisation a des effets sur la répartition des revenus mais avance qu’ils sont faibles. Faux, rétorque l’Américain Paul Krugman, qui se demande alors : « qu’avons-nous manqué ? ». Réponse : une montée bien plus importante que prévue des importations en provenance des pays émergents avec des effets forts et persistants sur l’emploi dans les pays développés. Si Krugman cite des études américaines, la Banque d’Angleterre montre qu’avec la mondialisation, les régions britanniques qui concentraient une plus grande part d’industrie textile au début des années 1980 ont connu par la suite une plus faible croissance de l’emploi et un retrait plus marqué des personnes du marché du travail. Et l’effet se fait toujours sentir aujourd’hui.

Une étude de la Banque de France estime que sur la période 2001-2007, les importations chinoises en France ont provoqué une perte d’environ 90 000 emplois dans les régions de production manufacturière, soit 13 % du déclin sur la période, ce qui est loin d’être insignifiant. Mais aussi 190 000 en dehors de ce secteur, la baisse de l’emploi induisant une diminution de la demande locale, qui fait largement sentir ses effets sur les secteurs a priori protégés de la concurrence internationale.

Une récente recherche du Fonds monétaire international (FMI) aboutit à trois résultats importants : participer à la mondialisation accroît la richesse d’un pays ; mais plus son niveau d’intégration internationale est élevé plus les gains qu’il tire d’une poursuite de l’intégration diminue ; et les gains de la mondialisation profitent aux plus riches et accroissent les inégalités. Les économistes ont donc rejoint les citoyens pour exprimer leurs doutes face à la mondialisation. Surtout, les acteurs économiques semblent également engagés dans une nouvelle dynamique qui laisse moins de place à la globalisation.

Moins de délocalisations

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Le recul est frappant dans le domaine de la finance. De l’équivalent d’un peu plus de 20 % du produit intérieur brut (PIB) mondial à leur apogée en 2007, les mouvements de capitaux internationaux n’en représentent plus que 5 % aujourd’hui. Une partie de ce recul tient à la réduction des échanges financiers intra-européens, avec une baisse des prêts entre les banques et une hausse de la détention domestique des dettes publiques. Aujourd’hui, la finance européenne se démondialise.

Au-delà, le professeur de Cambridge Finbarr Livesey a récemment publié un ouvrage qui résume plusieurs tendances structurelles poussant à un recul de la mondialisation productive. Afin de répondre plus vite à la demande, les entreprises veulent produire de plus en plus localement. En plus de soutenir cette évolution, le développement des imprimantes 3D permet de fabriquer davantage de pièces d’un seul tenant, contribuant à réduire les échanges de produits intermédiaires, ce qui pourrait entraîner une baisse de 20 % du commerce international. La montée des salaires dans les pays émergents conjuguée à l’automatisation des chaînes de production poussent également à de moindres délocalisations. Alors que le secteur automobile est parmi les plus mondialisés, les véhicules Tesla sont fabriqués aux Etats-Unis par des robots.

La fin de la global company ?

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Après avoir longtemps baissé, les coûts de transport stagnent, voire tendent à remonter. Ils représentent désormais une charge bien plus importante que les tarifs douaniers. A cela s’ajoutent les coûts environnementaux. Le transport maritime mondial émet en gros autant de CO2 que l’Allemagne. L’avenir est plutôt au développement d’une économie circulaire (écoconception des produits, réparation, recyclage, etc.) locale.

Stratégies marketing, évolutions techniques et montée des coûts poussent à une moindre mondialisation et même à des relocalisations. Cela ne signifie pas que la mondialisation touche à sa fin. Les entreprises des pays émergents continuent à s’internationaliser. Dans son analyse sur « le retrait de la global company », The Economist souligne que grâce à l’e-commerce, des « multinationalettes » vont voir le jour. Mais le temps de l’hypermondialisation, d’une internationalisation toujours croissante de la production et de la finance, semble appartenir au passé.

https://www.alternatives-economiques.fr/proces-de-lhypermondialisation/00084968

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*"Ce n’est donc pas tant la mondialisation qui fait l’objet d’un rejet que la constatation de ses effets négatifs" : étrange époque où les gens ne font plus le lien entre causes et conséquences, symbolisée par le "en même temps" macronien.

affiche france en marchePar contre, la tendance générale relevée dans cet article montre bien à quel point Macron et ses amis représentent un monde archaïque, contrairement à la "modernité" affichée.   P.G.

jeudi 14 juin 2018

Surprise : la facture de vaisselle de l'Elysée ne serait pas de 50 000 euros... mais de 500 000

Si le Journal du Dimanche a révélé le coût du nouveau service de table de l'Elysée dans un article publié le 10 juin, le Canard enchaîné a produit une contre-analyse et estimé que cette vaisselle coûterait en réalité dix fois plus cher.

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Dans son édition du 13 juin, Le Canard enchaîné affirme que les chiffres communiqués par les services de l'Elysée au Journal du dimanche concernant le prix du nouveau service de table (1 200 assiettes) par le «Château» (l'Elysée) sous-estiment grandement la facture réelle : «La douloureuse devrait atteindre, voire dépasser, le demi-million d'euros, au vu des tarifs courants affichés par la manufacture.»

La communication élyséenne portée à la connaissance du JDD et publiée dans son édition du 10 juin faisait valoir que la facture ne serait pas réglée par le palais présidentiel, dont le budget est très encadré.

Cependant, le taquin palmipède précise bien dans son article que le contribuable français sera indirectement ponctionné pour ces frais de représentation : «C'est quand même bien le budget de l'Etat qui régale, par le biais de subventions de fonctionnement et d'investissement». Dans sa contre-analyse, le Canard rappelle également que «l'Elysée contourne les nouvelles règles de transparence [...] qui imposent au Château de ne plus faire prendre en charge ses dépenses par d'autres institutions».

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Prix de la bagatelle : «400 euros pièce pour les assiettes les plus simples et à partir de 500 euros pour les modèles contemporains», selon l'article dont l'auteur s'amuse également du nom de la collection : «"Bleu Elysée", une référence toute monarchique au "bleu de Sèvres", utilisé jadis pour la porcelaine fournie à la famille royale.»

https://francais.rt.com/france/51562-surprise-facture-vaisselle-elysee-ne-serait-pas-50000-mais-500000-euros

Voir aussi:

La vaisselle à 500 000 euros du couple Macron ou le retour à l’Ancien Régime

La vie du couple Macron à l’Elysée prend décidément une teinte de plus en plus monarchique. Après avoir refusé la visite d’enfants de Seine-Saint-Denis pour ne pas être dérangés dans « leur » palais, voici que Brigitte et Emmanuel Macron ont décidé de commander un service de vaisselle dont le prix avoisinerait voire dépasserait les 500 000 euros selon le Canard enchaîné. Ils ont en effet décidé de se procurer 1 200 assiettes de la manufacture de Sèvres pour un prix à la pièce de 400 à 500 euros selon l’hebdomadaire.

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Il est vrai qu’alors que le chômage est reparti à la hausse au premier trimestre, l’urgence pour notre pays est évidemment de s’assurer que le président et sa compagne puissent manger dans de belles assiettes qui soient dignes de leur rang. Certes, ils en avaient déjà. Mais elles ne leur plaisaient pas. Choisies par René Coty et Jacques Chirac, elles commençaient à être un peu démodées. Et, surtout, à présenter des signes d’usure. Malheur ! Notre président et sa chère femme que « les Français adorent » et qui « semble fasciner le monde » (selon le Journal de France) méritent mieux. Mais rassurez-vous : il ne leur en coûtera pas un sou. Car bien sûr, ce service ne sera pas payé de leur poche. Il ne le sera même pas par le budget de l’Elysée. Non, en fait c’est en quelque sorte nous tous qui allons faire aux Macron ce beau cadeau. Car c’est la manufacture de Sèvres, désormais nommée « Cité de la céramique-Sèvres et Limoges », qui prend en charge l’ardoise. Un établissement public dont l’essentiel du budget est financé par des subventions de l’Etat, c’est à dire notre argent.

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Décidément, nous voici revenus à l’Ancien Régime : le peuple paie pour le roi, la reine et les privilégiés. Pour nous, la hausse de la CSG, la baisse des APL, la suppression de plus de 100 000 emplois aidés, la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires. Pour le roi et la reine Macron, la vaisselle toute neuve à 500 000 euros. Pour les privilégiés ultrariches, la suppression de l’impôt sur la fortune, la suppression de l’exit tax (qui luttait contre l’évasion fiscale) et la mise en place de la flat tax(pour taxer moins les revenus de la spéculation boursière).

Vivement les Etats Généraux !

https://le-bon-sens.com/2018/06/13/la-vaisselle-a-500-000-euros-du-couple-macron-ou-le-retour-a-lancien-regime/

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La critique était prévisible, et on se demande si ce n'est pas fait exprès: peut- être un signal lancé aux mouvements sociaux, et une arrogance monarchique à destination des "marchés" et de l'Union européenne: pendant que d'autres jouent les fortes têtes, regardez comme la France est sous contrôle... Une occasion aussi pour certains de se refaire à bon compte une image "de gauche"...    P.G.

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mardi 12 juin 2018

Les combines pour devenir milliardaire et le rester

De Nutella à Chanel en passant par Dassault 

Les combines pour devenir milliardaire et le rester

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Ils ont amassé des fortunes et incarnent les « premiers de cordée » chers à Emmanuel Macron. « Ils », ce sont les multi-milliardaires européens : Bernard Arnault (LVMH), Amancio Ortega (Zara), Stefan Quandt (BMW), les familles Bettencourt (L’Oréal) ou Kamprad (Ikea)… Comment ont-ils réussi à devenir ultra-riches et à le demeurer malgré les crises ? Evasion fiscale, opacité, accaparement des bénéfices, entre-soi familial : voici les huit combines pour devenir milliardaires et le rester.

« Au niveau mondial, les inégalités ont fortement augmenté depuis 1980 », alertait il y a quelques mois un rapport sur les inégalités mondiales coordonné entre autres par l’économiste français Thomas Piketty, auteur du désormais célèbre Capital au XXIe siècle. Les riches sont donc de plus en plus riches, et le patrimoine passe toujours plus des mains de la collectivité, vers celles de propriétaires privés. Nouvelle illustration de cet accaparement sans précédent depuis un demi-siècle : selon la chaîne économique Bloomberg, les treize premières grandes fortunes françaises se sont enrichies beaucoup plus vite que leurs homologues d’autres pays. Depuis janvier, ils ont gagné 23 milliards d’euros [1].

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Ainsi, le patrimoine personnel de Bernard Arnault et de sa famille atteint plus de 50 milliards d’euros. Le patron de Zara, Amancio Ortega, culmine à 55 milliards. Les héritiers de Liliane Bettencourt ont eux-aussi de quoi se réjouir, avec 33 milliards. Parmi les plus grandes fortunes européennes, on trouve aussi les propriétaires de Chanel (les frères Wertheimer), ceux d’Hermès (la famille Dumas) mais aussi les propriétaires allemands des supermarchés à bas prix Aldi et Lidl, tout comme la famille Mulliez, qui possède le groupe Auchan.

Les deux branches de la famille italienne qui a construit l’empire industriel Ferrero – et sa marque Nutella – sont aussi bien placées, tout comme le patron du groupe italien du luxe Luxottica (Leonardo Del Vecchio), ainsi que les Suédois propriétaires de H&M (Stefan Persson) et d’Ikea (Ingvar Kamprad). En Allemagne, la famille propriétaire de BMW ainsi que celle, beaucoup moins connue, de l’entreprise industrielle Schaeffler font aussi partie des grandes fortunes du continent, avec plus de 15 milliards d’euros chacune. Comment ont-ils fait pour accumuler autant, et de surcroît pour continuer d’amasser les millions par dizaines en dépit des crises économiques mondiales ?

Combine numéro 1 : régner en famille

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Les plus grandes fortunes européennes se construisent – et se transmettent – d’abord en s’assurant d’un contrôle étroitement familial d’une entreprise ou d’un groupe fleuron. C’est la règle suivie par les milliardaires français. Le cas de la famille Bettencourt, qui a fait si souvent les gros titres pour sa proximité avec les hautes sphères politiques, est exemplaire. Liliane Bettencourt est décédée l’année dernière, mais sa fille, Françoise Bettencourt Meyers, a pris la relève à la tête de L’Oréal. Petite fille du fondateur Eugène Schueller, elle est aujourd’hui présidente de la holding familiale Téthys, du conseil de surveillance de L’Oréal, et de la filiale d’investissement Téthys Invest. Le mari de Françoise Bettencourt, Jean-Pierre Meyers, est vice-président du conseil d’administration du groupe, et siège dans nombre de ses instances. Leur fils Jean-Victor Meyers, à peine trentenaire, est entré au conseil de surveillance de L’Oréal en 2012.

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Chez LVMH, Antoine et Delphine Arnault, enfants de Bernard, sont administrateurs de l’entreprise. Ils touchent à ce titre de généreuses rémunérations : plus d’un million d’euros chacun. Chez Hermès, la fortune du propriétaire Axel Dumas est estimée à plus de 30 milliards d’euros. Ses descendants sont toujours aux manettes, et le groupe familial possède plus de 65 % du capital de l’entreprise. À la tête de la famille, Axel Dumas descend en ligne directe du fondateur Émile-Maurice Hermès. Au moins sept autres descendants directs font partie du conseil de surveillance.

Les Mulliez, qui règnent sur le groupe Auchan et des dizaines d’autres enseignes, seraient à la tête d’une fortune de 26 milliards d’euros. La famille y est si centrale que l’Association familiale Mulliez – un groupement d’intérêt économique dont font partie les seuls membres de la famille – détient la totalité du groupe. Les Bolloré aussi dirigent en famille : au père, Vincent, la direction du groupe éponyme, aux enfants celle d’une partie des filiales. Yannick Bolloré est à la tête du groupe de communication Havas, Cyrille dirige la branche Transport et logistique, très implanté en Afrique, Sébastien siège aux directions de plusieurs filiales et la benjamine, Marie, dirige la filiale Blue Solutions, en charge notamment des « Autolib ».

Ce capitalisme familial ne perdure pas qu’en France. Le groupe allemand Henkel, qui produit entre autres la marque de lessive Persil – mais aussi des dizaines d’autres marques de produits ménagers et cosmétiques – appartient à la même famille depuis sa création en 1876. La famille Henkel détient plus de 60 % du capital, et 42 milliards d’euros de patrimoine. Encore plus fort, la famille qui possède le groupe Schaeffler, une entreprise allemande de technologies industrielles, la contrôle à 100 % [2]. La fortune personnelle de Georg Schaeffler est estimée à 20 milliards d’euros.

Combine numéro 2 : encaisser un maximum de dividendes

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Les dividendes, c’est la part des bénéfices d’une entreprise qui est reversée à ses actionnaires. Au sein des grandes entreprises, celle-ci augmente d’année en année et atteint désormais des sommets (voir notre récent article : « CAC 40 : les dividendes des actionnaires ont augmenté trois fois plus vite que les salaires »). C’est autant d’argent qui n’est pas orienter vers les investissements, ni ne sert à rémunérer ceux qui produisent la plus-value, les salariés. Chez Zara, le groupe de prêt-à-porter, 59 % des bénéfices ont ainsi été reversés aux actionnaires, dont près des deux tiers reviennent à la famille Ortega, déjà milliardaire. En 2016, les détenteurs du capital de Zara ont reçu 1,8 milliard d’euros de dividendes, dont 1,1 milliard pour Amancio Ortega et 93 millions pour sa fille.

LVMH, en 2016, a versé 45% de son bénéfice à ses actionnaires, soit plus de 2 milliards d’euros. C’est 500 millions de plus qu’en 2012. Sur cette somme, près d’un milliard est allé directement abonder le patrimoine de Bernard Arnault et de sa famille. Chez BMW, les actionnaires se sont attribués en 2016 « le plus haut dividende de son histoire », comme le vante le rapport annuel. Soit 2,3 milliards d’euros. La famille Quandt-Klatten (les frères et sœurs Stefan Quandt, 17 milliard d’euros de fortune, et Susanne Klatten, 20 milliards), qui détient 46 % du capital, a donc reçu au titre de cette même année un peu plus d’un milliard d’euros de dividendes. Uniques actionnaires de Schaeffler, Georg Schaeffler et sa mère ont quant à eux perçu la totalité des 328 millions d’euros de dividendes versés par le groupe en 2016.

Combine numéro 3 : être créatif… dans les montages juridiques

Géant français de la grande distribution, Auchan est le royaume de la famille Mulliez. À sa tête, Gérard Mulliez possède une fortune personnelle de quelque 26 milliards d’euros. La famille possède des dizaines d’autres entreprises, comme Pimkie ou Décathlon. Mais le groupe n’est pas côté en bourse : il n’a donc pas à publier ses résultats. Pas plus que l’Association familiale Mulliez, qui détient l’ensemble de ces entreprises. Cette forme de gouvernance originale, dont on imagine qu’elle doit déboucher sur des dîners agités, a une autre conséquence : en cas de licenciements dans une des entreprises détenue par l’association, le « groupe » échappe à ses obligations de reclassement !

Les syndicats d’Auchan ont tenté de faire valoir à plusieurs reprises le fait que l’association cachait bien un groupe « de fait ». En vain. « Il faudrait que l’emploi soit géré à l’échelle de l’association. Si cette dernière était reconnue comme un groupe, il y aurait alors d’évidentes possibilités de reclassement des salariés, vu la taille de l’ensemble. Il n’y aurait peut-être même plus de licenciement ! », explique Guy Laplatine, délégué CFDT au groupe Auchan. Mais les Mulliez s’en préservent bien. Résultat : plus de 200 salariés des magasins Pimkie vont être prochainement licenciés (lire notre article), et ne peuvent espérer être reclassés au sein du groupe Auchan, qui emploie pourtant 80 000 personnes en France, et plus de 300 000 dans le monde.

Combine numéro 4 : entretenir l’opacité

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La même stratégie de « transparence zéro » est suivie chez les deux leaders européens du supermarché discount : Aldi, groupe détenu par la famille Albrecht – Karl et Theo ont accumulé 40 milliards d’euros –, et Lidl – détenu par Dieter Schwarz, 15 milliards d’euros au compteur. « Le groupe Schwarz est un entrelacs d’entreprises, de fondations et de centaines de sociétés et ressemble à une véritable « boîte noire » », souligne la fédération syndicale allemande des services Verdi. « Les sociétés centrales sont le groupement d’entreprises Schwarz KG (où se trouvent les droits de vote) et la fondation Dieter Schwarz (où se trouvent les actions). En dessous, il y a la société de participation de Schwarz. Quant au centre de pouvoir, c’est le groupement d’entreprises Schwarz, holding qui contrôle le reste. »explique encore le syndicat.

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On retrouve un degré de complexité comparable chez Ikea, le géant suédois du meuble. Son fondateur, Ingvar Kamprad, est mort en janvier dernier, à 91 ans. Il détenait l’une des plus grosses fortunes européennes, qui devrait revenir à sa famille. Avant de mourir, Ingvar Kamprad a lui-aussi bâti autour de ses magasins de meubles un hydre de holdings, de sociétés et de fondations, basés aux Pays-Bas, au Luxembourg et au Liechtenstein. « En 1982, Ingvar Kamprad a divisé Ikea en deux groupes légalement distincts : le groupe Inter Ikea, aujourd’hui organisé autour d’un holding basé au Luxembourg, l’Inter Ikea holding, qui a lui-même été placé sous la propriété de la fondation Interogo, formée au Liechtenstein en 1989, décryptait en 2016 un rapport des Verts au Parlement européen [3]. De l’autre côté, il y a le groupe Ikea, rattaché à une société néerlandaise, INGKA Holding, que Kamprad a placée sous la propriété d’une fondation néerlandaise, Stichting INGKA. »

Il y a de quoi s’y perdre, comme lorsqu’un client chemine, entre cuisines, chambres et salons au sein des magasins du groupe [4]. Ce n’est pas tout. Le rapport des Verts au Parlement européen poursuit : « Le groupe Inter Ikea possède les magasins et au moins depuis 2012 la marque Ikea. Mais la famille Kamprad possède encore une autre entreprise : le groupe Ikano, qui s’est séparé d’Ikea en 1988. Le groupe est contrôlé par les trois fils d’Ingvar Kamprad à travers un holding basé au Curaçao. », une île paradisiaque qui est aussi un paradis fiscal, tout comme le sont le Luxembourg et le Liechtenstein.

Combine numéro 5 : contourner le fisc

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L’opacité sert aussi à cela : contourner l’impôt, ou à minima exploiter les failles des réglementations fiscales. Ikea fait partie des entreprises ayant refusé, en 2013, d’être auditionnées par la commission de l’Assemblée nationale française sur l’optimisation fiscale. En décembre, la Commission européenne ouvrait aussi une enquête au sujet du traitement fiscal avantageux dont profite le groupe aux Pays-Bas. Depuis le début des années 80, l’entreprise fonctionne en système de franchises : « Tous les magasins Ikea dans le monde paient une redevance égale à 3 % de leur chiffre d’affaires à Inter Ikea systems, une filiale d’Inter Ikea établie aux Pays-Bas. », explique la Commission européenne dans un communiqué. Les revenus qui en sont issus devraient être imposés dans ce pays. Or, ajoute la Commission, « deux décisions fiscales anticipées, accordées par l’administration néerlandaise en 2006 et 2011, ont considérablement réduit [ses] bénéfices imposables ». En vertu du premier accord, les bénéfices ont été transférés au Luxembourg, où ils n’ont pas été soumis à l’impôt. Puis après 2011, le fisc néerlandais a autorisé Ikea à transférer une part importance de ses bénéfices au Liechtenstein, pour un résultat identique. Coût total estimé de l’opération, pour les finances publiques des États de l’UE : un milliard d’euros de perdus entre 2009 et 2014, dont plusieurs dizaines de millions non acquittés en France [5].

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Une autre enquête des Verts européens a épinglé Zara, dont les flux financiers privilégiés sont les Pays-Bas, voyageant aussi en Irlande et en Suisse. Résultat : 585 millions d’euros d’impôts économisés pour l’entreprise et son richissime patron Amancio Ortega, entre 2011 et 2014 [6]. Autre cas : celui du groupe Kering, du milliardaire français François Pinault (plus de 20 milliards d’euros de patrimoine). En mars dernier, Médiapart révélait une évasion fiscale d’environ 2,5 milliards d’euros depuis 2002, « pour l’essentiel au préjudice de l’Italie, mais aussi de la France et du Royaume-Uni », via des filiales basées toujours au Pays-Bas, au Luxembourg et en Suisse.

Le groupe français d’armement Dassault a lui été cité dans l’affaire des Paradise Papers pour ses filiales sur l’Île de Man, un paradis fiscal notoire [7]. Celles-ci lui auraient permis de participer à un système de fraude à la TVA sur les jets privés. « Dassault Aviation a mis en place sept sociétés de location-financement à l’île de Man, uniquement entre 2008 et 2012, s’est défendu le groupepour répondre aux besoins de financement de clients dans un contexte de crise financière. » Quelques mois plus tôt, son « boss » Serge Dassault, décédé le 28 mai dernier à 93 ans, avait été condamné à cinq ans d’inéligibilité politique et deux millions d’euros d’amende pour avoir dissimulé des dizaines de millions d’euros au fisc pendant quinze ans.

Combine numéro 6 : mettre les salariés sous pression

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Début mars, les salariés de Zara de la ville basque espagnole de Gipuzkoa se mobilisent contre la précarité de leurs conditions de travail : avec des contrats à temps partiel de 15 à 25 heures par semaine, les salariés des enseignes Zara en Espagne, essentiellement des femmes, ont du mal à joindre les deux bouts. Car travailler pour un milliardaire ne signifie pas être bien payé. Au contraire. Que ce soit chez Zara, H&M, Ikea, Aldi, Lidl, les conditions de travail, pour les salariés comme pour les sous-traitants, figurent parmi les plus précaires. « Chez Aldi, ce sont avant tout des contrats à temps partiels qui sont proposés, si bien qu’une caissière arrive rarement à un salaire de 38 heures par semaine », fait savoir le syndicat allemand des services Verdi.

De son côté, Ikea a pris l’habitude… d’espionner ses salariés. « Ikea France a bel et bien instauré « un système (…) à grande échelle » pour se renseigner sur des candidats à l’embauche et sur certains salariés déjà en place », rapportait le journal Le Monde il y a quelques semaines. Un système s’appuyant notamment sur la consultation, illicite, de fichiers de police. Au début de l’année, le parquet a demandé le renvoi d’Ikea France et de quinze personnes, dont deux anciens patrons de la firme, devant le tribunal correctionnel. « Travailler avec nous est plus qu’amusant, c’est gratifiant. Nos lieux de travail sont informels et humains »promet Ikea à ses futurs collaborateurs…

Combine numéro 7 : abuser de la sous-traitance

Dans le prêt-à-porter, les filières de fabrication reposent essentiellement sur la sous-traitance, en Europe de l’Est, Turquie, Asie, ou Amérique latine. Au Brésil, en 2011, trois ateliers de couture d’un fournisseur de Zara, basé à São Paulo, ont été prises en flagrant délit de conditions de travail comparable à du travail esclave par le ministère du Travail brésilien. Des dizaines de travailleurs, essentiellement boliviens et péruviens, y étaient employés. Le contrôle a relevé « des contrats illégaux, du travail d’enfants, des conditions dégradantes, des journées pouvant aller jusqu’à seize heures, des retenues illégales sur salaires, l’interdiction de quitter le lieu de travail… », précise l’ONG Reporter Brasil, qui a suivi les inspecteurs du travail [8]. Les agents ont libéré quinze personnes, dont un enfant de 14 ans, de ces conditions de travail forcé.

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Parfois, les salariés n’ont même pas de salaire. Depuis plusieurs mois, en Turquie, une centaine de salariés d’une usine sous-traitante pour des grandes marques de textile, dont Zara, luttent ainsi pour être tout simplement payés pour leur travail [9].

Zara, comme les français Auchan et Carrefour, fait partie des 32 marques qui commandaient du travail à l’usine textile du Rana Plaza à Dakha, au Bangladesh. L’immeuble s’est effondré le 24 avril 2013, causant la mort de 1 138 personnes, et plus de 2 000 blessés. Zara a largement contribué au fonds d’indemnisation des victimes. Tout comme H&M, l’un des plus gros donneurs d’ordre des sous-traitants de l’industrie textile au Bangladesh. Mais selon l’ONG Clean Clothes, les usines sous-traitantes d’H&M y sont encore très peu sures pour leurs employés. 70 % des sites ne disposeraient toujours pas de sortie de secours en cas d’incendie.

Règle d’or : influencer la politique et les électeurs

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Outre les collusions entre responsables politiques et grandes fortunes, celles-ci mènent de nombreuses actions de lobbying auprès des institutions. Le registre européen des lobbies, qui oblige les grandes entreprises à inscrire leur nombre de lobbyistes en poste auprès des institutions européennes ainsi que leurs dépenses en lobbying, en donne une première idée. Ikea dépense plus de 500 000 euros par an de lobbying à Bruxelles, où elle emploie sept personnes entièrement dédiées à défendre ses intérêts, sur des sujets comme la taxation des entreprises, la protection des données ou le droit du travail. LVMH, L’Oréal, Lidl, H&M, tout comme Hermès, Auchan… la plupart de nos groupes vedettes investissent des centaines de milliers d’euros – quand la somme ne se compte pas en millions – dans cette activité à très fort retour sur investissement [10].

En Allemagne, l’influence passe également par des dons directs aux partis. En 2017, les milliardaires Susanne Klatten et Stefan Quandt, patrons de BMW, ont offert 200 000 euros, en tout, aux partis allemands de droite CDU (le parti d’Angela Merkel) et FDP (libéraux), auxquels s’ajoutent 100 000 euros à la CDU en 2016. De 2010 à 2017, les mêmes ont octroyé en tout plus d’un million d’euros à la CDU, plus de 700 000 euros au parti de droite bavarois CSU (allié de la CDU), plus de 550 000 euros au parti libéral FDP et, tout de même, 450 000 euros au parti social-démocrate allemand SPD [11]. Mieux ne vaut pas mettre tous ses œufs – Fabergé – dans le même panier.

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Mais ce sont peut-être les milliardaires de la famille Dassault qui pratiquent l’influence politique le plus efficacement : Serge Dassault, récemment décédé, a été sénateur de 2004 à 2017, quand son fils Olivier Dassault est député depuis 1988 (avec une interruption de 1997 à 2002). La famille peut aussi compter sur le pouvoir d’influence de son groupe de presse, celui du Figaro. Bernard Arnault, patron milliardaire de LVMH, possède lui Les Échos et Le Parisien. Et trois autres milliardaires français (qui restent certes sous les 10 milliards de patrimoine), Patrick DrahiXavier Niel et Vincent Bolloré, ont eux aussi diversifié leurs empires industriels pour devenir des magnats de la presse. En Allemagne, le grand patron de presse Axel Springer, éditeur du très populaire Bild Zeitung (vendu à plus d’1,6 million d’exemplaires chaque jour) est lui aussi le détenteur d’une fortune personnelle de plus de 4 milliards d’euros. On est jamais mieux servi, et informé, que par soi-même.

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Rachel Knaebel

 


 

Bateaux - Luxes

 


 

Source :

https://www.bastamag.net/De-Nutella-a-Chanel-en-passant-par-Dassault-les-combines-pour-devenir

 

Référence :

1] Lire ici (en anglais) : France’s Richest Are Making Money Faster Than Everyone Else This Year.

 

[2] 80 % pour Georg Schaeffler, 20 % pour sa mère Maria-Elisabeth Schaeffler.

 

[3] Voir aussi sur le site de la chambre du commerce du Liechtenstein.

 

[4] Voir aussi la description de la structure de l’entreprise sur le site du groupe.

 

[5] Selon des recherches menées par le groupe des Verts au Parlement européen. Pour la seule année 2014, les caisses françaises auraient perdu 24 millions d’euros, l’Allemagne 35 millions, et le Royaume Uni plus de 11 millions.

 

[6] On trouve aussi une société Zara invest AG au Liechtenstein, voir ici.

 

[7] Voir ici.

 

[8] Voir les comptes-rendus de cette ONG ici et ici.

 

[9] Sur ce sujet, voir ici et ici.

 

[10] Les données pour ces différentes entreprises sont disponibles sur le site Lobbyfacts. On y apprend que LVMH a dépensé plus d’un million d’euros de lobbying à Bruxelles, en une seule année. L’Oréal est à plus de 200 000 euros, Lidl à plus de 175 000 euros, H&M dépense plus de 200 000 euros, le groupe français Hermès 50 000 euros, tout comme Auchan, et l’Italien Ferrero, 200 000 euros.

 

[11] Source : Bundestag.

https://aphadolie.com/2018/06/07/les-combines-pour-devenir-milliardaire-et-le-rester/

vendredi 8 juin 2018

Carrefour : des milliers d'emplois supprimés et un ex-PDG qui s'enrichit

Libération s'est penché sur la rémunération de l'ex-PDG de Carrefour, qui multiplie les fermetures de magasins.

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Après son départ en juillet 2017, il a touché près de 16 millions d'euros et une retraite à vie d'environ 500 000 euros par an.

Carrefour vit des heures difficiles : fermetures de magasins et suppression de près de 2 000 postes. Malgré tout, si de nombreux salariés peuvent s'inquiéter de leur avenir, notamment financier, ce n'est pas le cas de l'ancien PDG, parti en juillet 2017, Georges Plassat. C'est lui qui a été le stratège au sein de Carrefour en 2014 pour le rachat de plus de 800 magasins DIA... dont plus de 200 sont aujourd'hui menacés.

Le bon moment pour l'outil Checknews de Libération d'enquêter sur les émoluments reçus par l'ancien patron de l'enseigne, le montant de sa retraite et les futures rémunérations qu'il percevra. Au total, on apprend ainsi que lors de son départ en 2017, Georges Plassat a ainsi touché – entre les actions, les avantages en nature ou le salaire fixe – près de 16 millions d'euros, contre environ 10 millions en 2016. En 2016, Georges Plassat était d'ailleurs le dirigeant du CAC 40 le mieux payé... Difficile de comprendre dès lors les difficultés financières du groupe et les choix opérés.

En effet, Libération ajoute que Georges Plassat touche une retraite à vie de 517 810 euros par an. Un cachet revu à la hausse par le conseil d'administration en avril 2018, «eu égard aux performances du groupe en 2017», selon le quotidien.

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Mais ce n'est pas tout... Georges Plassat devrait toucher courant juin 2018, près d'un an après son départ, une nouvelle rétribution de plus de 800 000 euros de part variable au titre de 2017, sauf si l'assemblée générale des actionnaires en décide autrement le 15 juin prochain. Ce qui semble peu probable. Carrefour a semble-t-il bien appliqué la phrase d'Emmanuel Macron le 15 octobre 2017 : «Si l'on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c'est toute la cordée qui dégringole».

Toutefois, la cordée formée par les 2 000 salariés Carrefour, ex-Dia, semble bel et bien se rompre sous l'effet de la politique menée par l'ex-premier de cordée Georges Plassat.

https://francais.rt.com/france/51363-carrefour-des-milliers-d-emplois-supprimes-et-un-ex-pdg-qui-s-engraisse

EUROPE CORDE 1"Le bon moment pour l'outil Checknews de Libération d'enquêter sur les émoluments reçus par l'ancien patron de l'enseigne, le montant de sa retraite et les futures rémunérations qu'il percevra": si cet outil leur sert à faire leur travail, on est content pour eux, mais ce journal euro- atlantiste est bien mal placé pour s'indigner...

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lundi 21 mai 2018

Baisse des aides sociales : l'Etat lance-t-il une nouvelle offensive contre les plus démunis ?

Le rapport de la direction du budget, intitulé «transformer les prestations sociales», est une bombe politique. Le Monde a pu se procurer un document qui prévoit de nouvelles coupes dans les prestations sociales aux dépens des plus fragiles.

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Après la révélation par Le Parisien de l'avant-projet de loi sur la réforme du code du travail en juin 2017, la divulgation du rapport Spinetta en février 2018 pour une réforme drastique du ferroviaire, la publication en mai de la note interne pour privatiser la SNCF ou encore la fuite en janvier du projet de loi sur les fake news, le gouvernement cherche-t-il encore à tester l'opinion publique avant de lancer une nouvelle réforme explosive ? 

Ce 18 mai, Le Monde assure avoir en sa possession le document qui prépare un plan de réduction des dépenses dans les aides sociales. La direction du budget a ainsi délivré plusieurs pistes pour «transformer les prestations sociales». Si l'entourage du ministre du Budget Gérald Darmanin, contacté par le quotidien, atteste qu'il ne s'agit que de «travaux techniques», difficile de ne pas y voir un premier jet pour un futur projet politique de réduction des dépenses publiques. Depuis juin 2017, le gouvernement s'est effectivement lancé dans une vaste entreprise de réduction de ces dépenses, de l'ordre de 80 milliards d'euros d'ici 2022.

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Un défi de taille, puisque l'Etat a, par la même occasion, renoncé à plusieurs milliards d'euros de rentrées fiscales après ses mesures, décrites par l'opposition, «pour les riches» : par exemple, la transformation de l'impôt sur la fortune (ISF) entraîne une baisse de recettes pour l'Etat de près 4 milliards d'euros ; le coup de rabot sur l'imposition du capital produit un manque à gagner, de 1,5 milliard d'euros selon le gouvernement à 4 milliards d'euros selon l'OFCE ; la suppression de l'exit tax induit quant à elle un manque à gagner de près de 800 millions d'euros, selon un rapport du Conseil des prélèvements obligatoire daté de janvier 2018.

La facture pour les pauvres, démunis et handicapés ?

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L'Etat doit donc s'attaquer aux aides qu'il distribue s'il veut au moins compenser les «cadeaux fiscaux», «aux plus aisés», «aux plus riches», pour reprendre les termes des opposants à la politique «macronienne». Parmi les coupes économiques dans les aides sociales, l'Aide personnalisée au logement (APL) est, une fois encore, dans le collimateur des mandarins du budget. Ils proposent cette fois-ci d'intégrer les minima sociaux et les prestations familiales dans les ressources servant de base à leur calcul «à compter de 2020».

En outre, les bourses sur critères sociaux (BCS), accordées aux étudiants «issus de foyers modestes» seraient revues, gelées dans certains cas. Par ailleurs, l'allocation personnalisée pour l'autonomie (APA), pour les personnes âgées en difficulté physique, est jugée «trop diluée et insuffisamment redistributive», d'autant plus «dans un contexte de vieillissement démographique». Enfin, pour l'allocation adultes handicapés (AAH), il est proposé de «maîtriser les flux d’entrée en [révisant] les critères d’attribution». Sur toutes ces aides, la note conseille de mieux cibler, c'est-à-dire, en filigrane, de réserver les aides aux plus démunis, privant d'autres populations des aides auxquelles elles avaient jusqu'à présent droit. En effet, la direction du budget estime que les aides sociales constituent «un poids croissant» pour les finances publiques, de l'ordre de 26% des dépenses.

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Invité de RT France, Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Economiques, estime que «le plus simple [pour Emmanuel Macron] c'est effectivement de couper dans les aides sociales et les dépenses sociales dans la mesure où beaucoup d'efforts ont déjà été faits en termes d'austérité», en prenant l'exemple du gel, depuis plusieurs années, du salaire des fonctionnaires. Il juge d'ailleurs que «cela risque d'assez mal se passer pour les pauvres et les laissés-pour-compte de notre société» en comparant la politique «macronienne» à «la logique anglo-saxonne».

Après la hausse de la CSG pour les retraités et les fonctionnaires, la hausse des tarifs sur l'énergie (gaz et électricité) et l'essence, la baisse des APL, la promesse de durcir les sanctions à Pôle emploi et le renforcement des contrôles sur les chômeurs, l'étiquette «Emmanuel Macron, président des riches» ne risque-t-elle pas de coller à la peau de son quinquennat ?

https://francais.rt.com/france/50824-baisse-des-aides-sociales-le-gouvernement-lance-une-nouvelle-offensive-contre-les-plus-demunis

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Comme d'habitude, l'étiquette "président des riches", reprise par les médias et une certaine "opposition" est bien commode pour éviter de pointer du doigt les vrais commanditaires...   P.G.

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samedi 19 mai 2018

Mariage du prince Harry et de Meghan Markle : que reste-t-il des républicains britanniques ?

A l’heure des noces du Prince Harry et de sa dulcinée Meghan Markle le 19 mai, le mouvement antimonarchiste Republic est plus inaudible que jamais et la frange jadis républicaniste du Labour a mis de l'eau dans son vin.

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Après le mariage du prince William et de Kate Middleton en 2011, c’est au tour de l’enfant terrible de la Couronne, le prince Harry, de convoler en justes noces avec l'actrice Meghan Markle, le 19 mai dans le château des Windsor dans le Berkshire. Alors que le pays en émoi s’apprête à célébrer l’événement, la cause dite républicaniste ne fait plus beaucoup d’éclats. Un des derniers sondages sur la monarchie, mené en 2016 par Ipsos, en témoigne : 75% des Britanniques interrogés pensent que la monarchie a un rôle important à jouer pour le futur du pays. 

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Le principal mouvement antimonarchiste Republic, qui dit reposer sur une base de 30 000 membres, a bien du mal à se faire entendre. A l'image d'un tweet récent qui s'élève contre le financement par le contribuable du mariage princier, leurs publications ne récoltent actuellement que quelques maigres likes.

Ce mouvement, institué en groupe de pression en 2006, s’est fait remarquer par ses contre-événements organisés lors des grandes célébrations de la Couronne et par des enquêtes et des révélations d’affaires défavorables à la famille royale. Il a su s’attirer à sa création le soutien de députés conservateurs, travaillistes, libéraux-démocrates ou verts. Mais leur soif de révolution institutionnelle ne trouve aujourd’hui que peu d’écho. Leur dernière pétition pour que la BBC assure une couverture fiable et objective des noces princières n’a rassemblé que moins de 5 000 signatures au 18 mai.

Les antimonarchistes lâchés par Jeremy Corbyn

Même un des plus farouches opposants à la monarchie, le leader travailliste Jeremy Corbyn, s’est dédit au fil des années. Pourtant, il avait bien appuyé la proposition de loi sur l’abolition de la monarchie, le Commonwealth of Britain Bill, proposé par le député travailliste Tony Benn en 1991. 24 ans plus tard, en 2015, dans une déclaration au tabloïd anglais Mirror, il faisait cette fois profil bas et revoyait ses ambitions à la baisse. Entendant toujours réformer la chambre des Lords ou placer un citoyen à la tête du Commonwealth, il n’affichait plus la volonté de se battre contre le statut de la reine.

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Un sondage de YouGov montrait la même année que 68% des Britanniques pensaient que la reine était une bonne chose pour le pays. Sans doute ces chiffres auront-ils eu raison de sa position. «Ecoutez, je suis profondément républicain, comme vous le savez», déclarait ainsi le leader travailliste. «Mais ce n’est pas le combat que j’entends mener, ce n’est pas un combat qui m’intéresse. Je suis plus intéressé par la réduction des inégalités, à gérer les problèmes, à protéger l’environnement», avait-il expliqué.

Le désintérêt des Britanniques pour le mouvement républicain n’est pas une surprise, à la suite d’une série de coups médiatiques orchestrés par le palais de Buckingham pour redorer son blason après les années de désamour consécutives à la mort de Diana, marquées par un pic d’impopularité en 1997. Les déconvenues de cette princesse, objet de la ferveur populaire, avec la famille royale, avaient révélé les failles et la dureté de la dynastie. Dès lors, la reine s'est privée de son yacht le Britannia, a accepté de payer des impôts, de réduire son train de vie, et a supprimé le financement des membres de la famille royale. De son côté, le prince Charles a officialisé sa liaison avec Camilla Parker Bowles et l’a épousée. Les grandes célébrations comme le Jubilé d'or en 2002, la commémoration de la victoire contre le nazisme et le Japon, et les funérailles de la reine-mère en 2002 ont aussi aidé la monarchie à regagner un soutien populaire.

La monarchie, sans cesse contestée depuis Cromwell, garde le cap

Le glas de la monarchie britannique n’a sonné qu’une fois, en 1649, sous l’impulsion du militaire Oliver Cromwell, qui avait alors proclamé la République et créé un nouveau parlement. Agissant lui-même tel un monarque aux pouvoirs iniques, dissolvant trois parlements successifs, il fut contesté par la troisième assemblée qui lui demanda de rétablir la royauté. Il avait souhaité confier les rênes du pouvoir à son propre fils, Richard. Mais Charles II, fils du défunt roi décapité, avait vite repris la Couronne en 1661, soutenu par le gouverneur d’Ecosse.

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Depuis, l’opinion britannique oscille entre désamour vis-à-vis de la famille royale et affection pour une monarchie qui assure une forme de stabilité et de continuité. Le sentiment républicaniste a culminé dans les années 1840, au moment de la seconde révolution française de 1848, mais n’a jamais véritablement menacé les monarques.

Aujourd'hui, si les républicanistes britanniques contestent les privilèges héréditaires, ils dénoncent aussi la nature de la constitution britannique. Elle s'appuie sur un recueil de textes et de traités servant de base aux principes et lois en cours dans le pays. Les républicains souhaitent la rédaction d’une constitution unifiée composée d’un seul document. Ils se battent aussi pour que cesse l’influence de la Couronne qui, censée n’occuper que des fonctions symboliques, interfère avec le pouvoir politique. La reine est ainsi chargée de la nomination du Premier ministre (non pas de son choix), et signe les traités internationaux. Elle ouvre les sessions du Parlement, tient des réunions hebdomadaires avec le Premier ministre, qui s’entretient avec elle de questions de politique intérieure et extérieure. 

Les opposants à la monarchie souhaitent en outre que les finances royales soient examinées par un organisme indépendant. Si en 2009, le palais de Buckingham prétendait que les frais de la monarchie s’élevaient à 41,5 millions de livres, le mouvement Republic a fait une réévaluation en estimant le chiffre réel à 334 millions, en tenant compte des dépenses de sécurité. Mais il faut mettre ce chiffre en balance avec les profits réalisés par la Couronne et reversés à l’Etat. Elle possède et administre des biens qui forment le Crown Estate, et touche 15% de ces revenus, dit le Sovereign Grant. Grâce à la gestion de ce patrimoine, le Trésor britannique a réalisé un profit de 329 millions de livres en 2016. Cette dotation devrait être augmentée pour atteindre 25% afin de financer les nombreux travaux du palais de Buckingham.

En outre, les bénéfices engrangés par l'activité économique liée au mariage princier promettent d'être colossaux. La manne touristique est notamment estimée à 2 milliards de livres par VisitBritain, l'Office du tourisme britannique.

https://francais.rt.com/international/50804-mariage-prince-harry-meghan-markle-que-reste-republicains-britanniques

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jeudi 17 mai 2018

CAC 40 : Oxfam et Basic dénoncent « des profits sans partage »

Selon l’ONG et le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne, qui se fondent sur les résultats 2017 de ces sociétés, « les richesses n’ont jamais été aussi mal partagées au sein du CAC 40 entre ses différentes parties prenantes, PDG, actionnaires et les salariés ».

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93 milliards d'euros de bénéfices, 1.300 milliards de chiffres d'affaires, les résultats des entreprises du CAC 40 en 2017 représentent la moitié du PIB français. Dans un rapport au vitriol, Oxfam et Basic, qui relèvent que leurs profits ont augmenté de 60 % depuis 2009, remarque que « ces gigantesques richesses créées ne sont pas équitablement partagées avec celles et ceux qui la créent : elles ont surtout bénéficié aux actionnaires et aux dirigeants de ces entreprises, plutôt qu'aux salariés ou aux contribuables ».

L'ONG et le Bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne leur reprochent même de nourrir « une spirale des inégalités » :

« Afin de maximiser leurs bénéfices et la rémunération de leurs actionnaires, les entreprises exercent une pression à la baisse sur les salaires au sein de leurs groupes et dans leurs chaînes d'approvisionnement et multiplient les techniques pour échapper à l'impôt, y compris en utilisant les paradis fiscaux pour des montages d'évasion fiscale. »

Deux tiers des bénéfices aux actionnaires

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D'après Oxfam et Basic, les entreprises du CAC 40 ont, en effet redistribué 67,4 % de leurs bénéfices en dividendes aux actionnaires contre 5,3 % à leurs salariés. Plus de deux tiers des résultats étant affectés aux détenteurs d'actions, la baisse de l'investissement en est la conséquence directe. « Cela risque de fragiliser à terme la santé économique des entreprises françaises », écrivent les auteurs de l'étude.
En matière de rémunération, 2016 aura été marqué par des pdg qui gagnent, en moyenne, 257 fois le SMIC et 119 fois plus que la moyenne de leurs salariés. Parallèlement, les entreprises détiennent encore 1.454 filiales dans les paradis fiscaux. Aussi Oxfam exhorte-t-elle « le gouvernement français » à « partager plus équitablement les bénéfices entre les actionnaires et les salariés » et à « limiter les écarts de salaire au sein des entreprises ».

Des reportings publics pays par pays

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Au-delà de tous ces chiffres, l'ONG espère que l'exécutif « réformera la gouvernance des entreprises de manière à rééquilibrer les prises de décisions en faveur des salariés et de l'intérêt général », à savoir augmenter la représentation des salariés dans les instances de décision, explorer les leviers pour inciter aux investissements de long terme, reconnaître d'autres finalités que la recherche du profit ou encore soutenir le changement transformationnel des chaînes d'approvisionnement.
Oxfam appelle, en même temps, à mettre un terme à l'évasion fiscale des multinationales avec des propositions connues : établir une liste crédible et objective des paradis fiscaux, ou encore mettre fin au « verrou de Bercy », c'est-à-dire que le ministère des Finances n'ait plus le monopole des poursuites relatives à des faits de fraude fiscale. Enfin, l'ONG rêve que les entreprises publient des reportings pays par pays pour « accroître la transparence fiscale ».

https://www.latribune.fr/economie/france/cac-40-oxfam-et-basic-denoncent-des-profits-sans-partage-778258.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180514

PROJET BOSSUET

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vendredi 27 avril 2018

Jean-Michel Blanquer veut revenir aux fondamentaux au CP

C’est un serpent de mer. Depuis des décennies, la question de l’apprentissage de la lecture oppose en effet les tenants de la méthode globale – selon laquelle l’enfant doit reconnaître des mots – aux partisans de la méthode syllabique – le fameux « B-A, BA ».

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Le 26 avril, Jean-Michel Blanquer a tranché dans le vif. « Entre quelque chose qui ne marche pas – la méthode globale – et quelque chose qui fonctionne – la syllabique –, il ne peut y avoir de compromis mixte », a-t-il expliqué dans les colonnes du Parisien, balayant le consensus en vigueur dans de nombreux établissements pour une méthode mi-globale, mi-syllabique.

 

Le retour à la méthode syllabique pure figure donc en bonne place des recommandations que le ministre a adressé toutes les écoles de France dans quatre circulaires publiées au Journal officiel le 26 avril et un guide de 130 pages intitulé « Pour enseigner la lecture et l’écriture au CP ».

Un retour aux fondamentaux

Le texte, très précis et qui se revendique des connaissances scientifiques du moment, se veut une boîte à outils afin d’« améliorer le niveau des élèves », explique le ministère. Il marque aussi un retour aux fondamentaux : copie, dictée, calcul mental, apprentissage par cœur constituent l’essentiel des pratiques recommandées aux enseignants.

Ainsi, le guide suggère d’organiser des leçons de grammaire sur un mode ludique, sous forme d’un jeu de « devinettes orthographiques » avec les élèves. Par exemple, la phrase « je suis bleue » est écrite au tableau. L’instituteur demande : « Suis-je la mer ou l’océan ? ». Cela « place les élèves en situation de tenter de retrouver le sens des lettres non audibles (…) L’échange collectif clarifie la notion et permet de construire progressivement une justification grammaticale solide. »

Autre exemple, le document énonce qu’« il paraît souhaitable que les élèves écrivent lors de deux séances quotidiennes qui sont complétées par une dictée. La durée de ces séances doit osciller entre 10 et 20 minutes ». Plus loin, les enseignants sont invités à faire preuve de discernement dans leurs corrections : « L’erreur doit faire partie de l’apprentissage et en constituer une étape. On veillera à ce qu’elle ne soit pas perçue négativement. »

La pédagogie de l’erreur reconnue

La démarche est diversement accueillie. Les tenants des neurosciences saluent une avancée. « Toutes les études des sciences cognitives de la lecture confirment l’importance de l’apprentissage systématique des relations entre les lettres et les sons » et donnent donc l’avantage à la méthode syllabique, confirme ainsi Olivier Houdé, directeur de recherches au CNRS. « De même, elles confirment l’importance du geste d’écriture. » Les 15 minutes d’écriture quotidiennes sont ainsi approuvées par le chercheur.

Mais l’apport essentiel consiste selon lui dans le fait de reconnaître la pédagogie de l’erreur : « Le cerveau des enfants n’est pas un ordinateur ! Il a besoin d’autre chose que d’algorithmes : des émotions et un sens personnel. »

D’autres à l’inverse dénoncent un grand retour en arrière. Ainsi pour l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, il n’appartient pas au ministre de se mêler de pédagogie. « Jean-Pierre Chevènement en 1985 avait déjà tenu ce type de discours afin de montrer lui aussi le retour à la grande tradition républicaine », rappelle-t-il.*

Un partage de bonnes pratiques

Le ministère, lui, fait valoir que ces circulaires n’ont pas force de loi. « L’idée n’est pas de contrôler ce qui se passe dans les classes. Nous avons souhaité poser un cadre parce que certains enseignants sont demandeurs d’un partage de bonnes pratiques. Là, pour la première fois, ils ont un guide de référence commun. Nous avons aussi voulu diffuser les meilleures informations disponibles pour que chaque enseignant puisse trouver des ressources afin de lutter contre les difficultés de certains élèves. »

 

Jean-Michel Blanquer y voit une question de justice sociale. « La pédagogie est une clé majeure de lutte contre les inégalités sociales, explique-t-il dans Le Parisien. Aujourd’hui, on constate que les méthodes les plus fragilisantes se déploient dans les milieux déjà les plus fragilisés. » Ces dernières années, plusieurs enquêtes ont ainsi pointé des performances décevantes des élèves français en lecture, notamment dans les familles les plus défavorisées.

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Les jeunes Français et la lecture

Depuis deux décennies, les performances des élèves de CM1 en lecture n’ont cessé de baisser, selon l’étude internationale Pirls publiée le 5 décembre 2017. Avec un score de 511 points, la France reste légèrement au-dessus de la moyenne, mais ce résultat est en nette baisse par rapport aux éditions précédentes (525 points en 2001).

Les résultats scolaires des jeunes Français se situent dans la moyenne des pays de l’OCDE, mais l’Hexagone se distingue toujours par le poids des inégalités sociales sur les destins scolaires, selon la dernière enquête Pisa de l’OCDE publiée en décembre 2016.

Emmanuelle Lucashttps://www.la-croix.com/Famille/Education/Jean-Michel-Blanquer-veut-revenir-fondamentaux-
*Claude Lelièvre, né le 25 juin 1941, est un historien de l'éducation français.
Après des études de philosophie, Claude Lelièvre se spécialise en histoire de l'éducation, particulièrement dans l'histoire des politiques scolaires aux XIXe et XXe siècles, et obtient un doctorat ès sciences de l'éducation (1979)1 et un doctorat d'État ès lettres et sciences humaines (1985)2.

Il est professeur (aujourd'hui émérite) à l'université Paris-Descartes3.

Il a notamment participé aux travaux de la commission Thélot, dans le cadre du débat national sur l’avenir de l’École (2003-2004)4,5.

Il a rejoint en juillet 2011 l'équipe de campagne de Martine Aubry pour l'élection présidentielle de 2012, chargé de l'Education avec Bruno Julliard 6 .

Il est souvent invité par les médias sur les questions liées aux réformes scolaires, par exemple sur France Culture dans les émissions Rue des Écoles

https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Leli%C3%A8vre

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Le retour du bon sens face à certains idéologues qui maintiennent leurs certitudes malgré un échec retentissant de leurs méthodes? Peut- être la fin des pressions ahurissantes de certains inspecteurs sur les instituteurs. Les mêmes qui se retranchent aujourd'hui derrière la "liberté pédagogique" trouvaient ça très bien...    P.G.

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vendredi 23 mars 2018

Mondialisation : les Français toujours inquiets

Grégoire Normand

@gregoirenormand

Selon un sondage OpinionWay, 60% des personnes interrogées ont une image négative de la mondialisation. Il semble que les inégalités engendrées par ce phénomène contribuent à exacerber les craintes.

La mondialisation tracasse les Français. Selon les derniers résultats du sondage OpinionWay pour le Printemps de l'économie, 6 personnes interrogées sur 10 ont une mauvaise opinion de ce phénomène et 14% en ont une très mauvaise opinion. Les Français sont avant tout inquiets pour leur avenir dans le contexte de la mondialisation. Alors que les populismes continuent de progresser en Europe et notamment en Italie, les effets de la mondialisation restent au centre des préoccupations des citoyens.

Des effets économiques contestés

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Les retombées économiques de la mondialisation ne semblent pas partagées par les Français. Pour les interrogés, il existe clairement des vainqueurs et des perdants dans le processus de globalisation à l'échelle de la planète. Certaines régions ont réussi à tirer leur épingle du jeu et à bénéficier d'effets positifs de la globalisation comme l'Asie (pour 55% des personnes interrogées) et l'Amérique du Nord (51%).

Les Français se montrent plus partagés concernant les effets de ce phénomène sur l'Europe. 47% des personnes questionnées jugent qu'elles a eu des effets négatifs contre 39% pensent qu'elle eu des effets positifs. Les conséquences sont également perçus en demi-teinte pour la Russie (36% positifs, 39% négatifs) et pour l'Océanie (29% positifs, 41% négatifs). À l'opposé, certaines régions ont souffert d'effets néfastes liés à ce phénomène comme l'Afrique (55%) et l'Amérique du Sud (50%). Au regard des résultats, des disparités apparaissent en fonction des catégories socioprofessionnelles. Les répondants appartenant aux catégories populaires sont bien plus critiques sur les effets de la mondialisation dans les différentes régions du monde.

"Pour chacune des régions testées, moins de la moitié considèrent que les effets de la mondialisation ont été positifs, alors que 56% des personnes issues des catégories favorisées jugent les effets positifs en Asie et 54% en Amérique du Nord. "

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L'échantillon considère également que l'éradication de la faim, la baisse des inégalités ou la préservation de l'environnement semblent être des objectifs peu compatibles avec ce phénomène. Pour les interrogés, seule l'innovation technologique profiterait des effets de tous ces échanges.

La France loin d'être épargnée

Dans l'enquête menée par l'institut de sondages, les Français n'ont pas manqué de critiquer les effets de la mondialisation sur l'hexagone. Plus de 55% des interrogés jugent que dans le domaine économique et environnemental, la globalisation a eu des effets négatifs. Les personnes interrogées critiquent fortement ces effets sur les salaires (65%), l'emploi (64%) et le pouvoir d'achat (58%). Sur la croissance, les avis sont plus partagés. 49% considèrent que la mondialisation a eu une influence négative, tandis qu'un tiers des personnes interrogées lui attribuent des effets positifs.

Les Français inquiets pour leur avenir

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Pour les trois quart des interrogés, la mondialisation devrait continuer de s'étendre et devrait toucher à terme tous les secteurs de l'économie. L'uniformisation est également une crainte exprimée par 54% des Français tant au niveau du mode de vie que des pratiques culturelles similaires qui pourraient aboutir à ce que toutes les sociétés se ressemblent. Seule une minorité de Français (34%) jugent que la mondialisation favorisera la paix dans le monde et que les inégalités de revenus diminueront sous son influence. Au final, les Français sont plutôt pessimistes sur leur avenir dans le contexte de la mondialisation. Il s'inquiètent en particulier du futur des générations à venir.

"L'avenir de la France (67%) et du monde (65%) représentent également des sources d'inquiétude fortes et à leur échelle personnelle, les Français reconnaissent également être pessimistes pour leur propre avenir (63%)".

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Le niveau vie des interrogés semble également jouer un rôle primordial dans la perception de la mondialisation. Les catégories les plus défavorisées qui expriment le plus de critiques à l'égard de la mondialisation sont également celles qui se sentent le plus démunies pour l'avenir. Ainsi, 58% des interrogés issus des catégories populaires (contre 54% des personnes issues des catégories favorisées), 62% des personnes non diplômées (contre 46% des personnes ayant un diplôme du supérieur à bac+2) et 57% des personnes ayant un niveau de revenu inférieur à 2.000 euros par mois (contre 51% des personnes gagnant 3.500 euros par mois ou plus) déclarent être pessimistes sur ces perspectives d'avenir dans le cadre de la mondialisation.

(*) Cette étude a été réalisée auprès d'un échantillon de 1.002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d'âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d'agglomération et de région de résidence. Les interviews ont été réalisées par questionnaire autoadministré en ligne sur système CAWI (Computer Assisted Web Interview). Les interviews ont été réalisées du 14 au 16 février 2018.

https://www.latribune.fr/economie/france/mondialisation-les-francais-toujours-inquiets-771303.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180316