mercredi 17 janvier 2018

A lire sur la Yougoslavie

A lire :

PUB YOUGOSLAVIE LIVRES

La Croisade des fous. Yougoslavie, première guerre de la mondialisation – Diana Johnstone

La journaliste américaine Diana Johnstone a suivi avec attention les événements liés aux guerres de ces dernières années dans les Balkans et au rôle joué par l’OTAN et les grandes puissances dans le dépeçage de la Yougoslavie. A partir d’une documentation précise et vérifiable, elle démonte les mécanismes de la manipulation médiatique qui a permis aux dirigeants de l’OTAN de tromper les opinions publiques et de faire croire, notamment en Europe et y compris dans une grande partie de la gauche, que l’intervention occidentale en Yougoslavie avait pour buts la défense des droits de l’homme et le bien des peuples de toute l’Europe. Elle montre aussi comment la guerre en Yougoslavie a été le prototype des guerres dites « humanitaires » qui sont en fait les guerres de la mondialisation. Aujourd’hui, la page de la guerre n’est pas tournée et ses effets continuent à se faire sentir, dans la région (où les problèmes sont loin d’être résolus) et au plan international. Le livre de Diana Johnstone met par exemple en lumière le rôle et le fonctionnement scandaleux du Tribunal pénal international. Cet essai, très documenté, qui informe et dénonce, a été publié en anglais par Pluto press. C’est un livre essentiel pour comprendre l’histoire en train de se faire.

Un livre en cours de republication

Tuer une nation, l’assassinat de la Yougoslavie – Michael Parenti – éditions Delga

Après le renversement du communisme en Europe de l’Est et en Union soviétique, la République fédérale de Yougoslavie est restée le seul pays de la région à n’avoir pas rejeté ce qui restait de son socialisme pour installer à la place un système de marché sans entrave à la pénétration du capital. La Yougoslavie avait en effet refusé l’ouverture totale de son économie, de son secteur public important et de ses ressources nationales à prix bradés aux investisseurs et aux créanciers internationaux. C’est pour cette dissidence face au catéchisme inquisiteur capitaliste, et pour rien d’autre, que la Yougoslavie fut attaquée, démantelée et dévastée. Bien sûr il a fallu habiller cette vérité concrète dans la narration mensongère imposée ad nauseam par les médias et les pouvoirs politiques occidentaux : enrôler la question ethnique pour servir des intérêts de classe, en diabolisant Milošević comme le génocidaire absolu, et arriver à faire croire, malheureusement même à l’honnête homme, que l’OTAN, pourtant bras armé du capitalisme prédateur, avait effectué une « conversion humanitaire ». L’on tenait enfin une « guerre juste », des bombardements capitalistes humanitaires ! Michael Parenti montre ici au contraire que la plupart des opérations de nettoyage ethnique à travers l’ex-Yougoslavie ont été perpétrées non pas par les Serbes mais contre eux ! Et que le « plus grand défi militaire » – d’après l’expression de Clinton – de l’histoire de l’OTAN, fut en fait un passage à tabac sadique d’un petit pays par les forces militaires les plus puissantes du monde. Et comble de déréliction pour les Yougoslaves : ces puissances occidentales, pourtant entièrement responsables de l’effusion de sang et de la dévastation, ont pu apparaître comme… des sauveurs ! Dès la fin de la Guerre froide donc, la nature hideuse du capitalisme, désormais ibéré de la bride que le monde communiste concurrent lui imposait jusqu’alors, a pu se révéler sans plus aucune retenue. Ces bombardements impitoyables sur la Yougoslavie furent les premières concrétisations d’une longue série d’agressions prédatrices réalisées par une institution non élue, l’OTAN, qui se place au-dessus des lois, des nations et des peuples..

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/milosevic-innocente-tribunal-penal-international-lex-yougoslavie-information-censuree-medias/

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Milosevic innocenté par le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie: les médias silencieux

Telesur : Milosevic innocenté par le tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie: les médias silencieux

ACT MILOSEVIC

traduction www.initiative-communiste.fr

Le dernier dirigeant communiste de Yougoslavie était comparé à Hitler alors que son pays subissait des sanctions, était démantelé et alors que des milliers de gens furent tués par les USA et l’OTAN

Le 24 mars dernier , le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a omis de tenir une conférence de presse ou d’annoncer que le président de la Yougoslavie puis de la Serbie Slobodan Milosevic n’avait aucune responsabilité pour les charges de crimes de guerre lors de la guerre de Bosnie de 1992-1995 dont il avait été accusé.

A la place, le tribunal  a commodément enterré cette déclaration d’innocence au milieu du verdict contre Radovan Karazic. L’ancien président des serbes de Bosnie a été prononcé coupable de crimes de
guerre et condamné à 40 ans de prison en même temps que le tribunal a trouvé à l’unanimité que “Le tribunal n’a pas pu trouver suffisamment de preuves prouvant que Milosevic était d’accord avec ce plan commun.”[ de nettoyage ethnique des musulmans et croates de Bosnie]

En réalité, le tribunal a trouvé que c’était exactement le contraire qui était vrai.

Tout comme lors du battage médiatique au sujet des “armes dedestruction de masse” menant en 2003 à l’invasion des USA en Irak, Milosevic était appelé le “Boucher des Balkans” lors du “procès du siècle” et a été accusé de “crimes de guerre” au milieu du bombardement de la Yougoslavie en 1999.

Arrêté en mars 2001, Milosevic a fait face à un procès de cinq ans, en se défendant et déterminé à le gagner,  quand il est mort en prison le 11 mars 2006, au milieu des rumeurs d’empoisonnement.

La décision du tribunal a fait part du fait que lors des rencontres entre Serbes et Serbes de Bosnie,  “Slobodan Milosevic déclara que tous les membres des autres nations et ethnies doivent être protégés. et que “l’intérêt national des serbes est de ne pas faire de discrimination. Milosevic déclara également que “tout crime doit être combattu avec détermination”.

Le tribunal déclara aussi que “Milosevic exprima également ses réserves sur une assemblée des serbes de Bosnie excluant les musulmans se déclarant pro-yougoslaves”.

Le tribunal TPIY continua en déclarant que “De 1990 à mi-1991, l’objectif politique de l’accusé Karadzic était la préservation de la Yougoslavie et d’empêcher la sécession de la Bosnie-Herzégovine, qui aurait pour résultat une séparation des serbes de Bosnie de la Serbie.”

C’est uniquement grâce aux recherches du journaliste Andy Wilcoxson, qui a découvert la décision du TPIY fin juillet , que le fait que Milosevic ait été innocenté a pu être connu, mais cependant les grands médias internationaux n’en parlent toujours pas.

Le dernier dirigeant socialiste de Yougoslavie fut démonisé et comparé sans cesse à Hitler par les grands médias pour justifier les sanctions des USA et de l’OTAN contre la Yougoslavie, la démanteler et y tuer
des milliers de gens.

Cette dernière révélation vient dix ans après la mort de Milosevic.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/milosevic-innocente-tribunal-penal-international-lex-yougoslavie-information-censuree-medias/


 

decodeurs

Réponse du Ministère de la Vérité:

Non, Slobodan Milosevic n’a pas été « blanchi » par le Tribunal pénal international

Une campagne révisionniste lancée au début du mois d’août affirme, à tort, que la justice aurait innocenté le dictateur de l’ex-Yougoslavie.

Slobodan Milosevic aurait-il été « blanchi » par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) ? L’affirmation a largement circulé sur Internet depuis le début du mois d’août, jusqu’à des sites d’information comme celui de La Dépêche du Midi, dix ans après la mort, en détention, de l’ancien dictateur, qui avait signé la fin de son procès pour les crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie des années 1990. Cette information est pourtant complètement fausse. Explications.

COMMENT LA THÉORIE EST NÉE

Tout est parti d’un article publié le 1er août sur le site Internet américain CounterPunch.org, épinglé à plusieurs reprises pour avoir véhiculé de fausses informations (il a par exemple pris un pseudo-discours de Hillary Clinton devant la banque Goldman Sachs pour un vrai en février).

L’auteur de l’article, Andy Wilcoxson, affirme tenir la preuve, passée sous silence par les médias, de l’exonération de Slobodan Milosevic par le TPIY. Il a pour cela étudié les 2 590 pages du jugement de Radovan Karadzic, l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie condamné à quarante ans de prison pour génocide le 24 mars.

Bien qu’il ne s’agisse pas de son procès, Slobodan Milosevic a son nom cité à des centaines de reprises dans le document, et l’article de CounterPunch.org a recensé des passages « favorables » à ce dernier. Le plus direct, extrait du paragraphe 3460 du jugement, dit ceci :

« La Chambre juge qu’il n’y a pas suffisamment de preuves dans ce dossier pour constater que Slobodan Milosevic avait donné son accord au plan commun qui visait à expulser définitivement les Musulmans et les Croates de Bosnie du territoire revendiqué par les Serbes de Bosnie. »

Cette présentation des faits a, depuis, été reprise par le site prorusse Russia Today, des sites d’extrême droite comme Breizh Info ou Egalité et Réconciliation et, plus surprenant, des sites d’information comme celui de La Dépêche du Midi. Des contributeurs de Wikipedia se sont même appuyés sur l’article du quotidien local pour ajouter l’« information » à la page de Slobodan Milosevic sur l’encyclopédie collaborative.

POURQUOI C’EST FAUX

Il suffit pourtant de se plonger dans le jugement pour comprendre qu’il s’agit en fait d’une présentation sélective des faits. Par exemple, si on lit le paragraphe 3460 du jugement dans son intégralité, on s’aperçoit que le texte incrimine également Slobodan Milosevic :

« La Chambre rappelle qu’il [Slobodan Milosevic] a partagé et approuvé l’objectif politique de l’accusé [Radovan Karadzic] et de l’état-major serbe de préserver la Yougoslavie et d’empêcher la séparation ou l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine et coopéré étroitement avec l’accusé pendant cette période. La Chambre rappelle également que Milosevic a fourni une assistance sous la forme de personnel, de provisions et d’armes aux Serbes de Bosnie pendant le conflit. »
[Incroyable! Le président de la Yougoslavie approuvait le principe politique de "préserver la Yougoslavie", ce qui démontre sa culpabilité! NdR]

Passer sous silence un tel préambule à « l’exonération » de Slobodan Milosevic en dit long sur la méthode employée par le site américain pour appuyer son argumentaire.

Le procès de Karadzic n’était pas celui de Milosevic

L’autre tour de passe-passe de cette théorie visant à nier les crimes de l’ancien dictateur, c’est d’essayer de présenter le jugement de Radovan Karadzic comme étant celui de Slobodan Milosevic. Le nom de ce dernier a beau apparaître à de nombreuses reprises dans le dossier, de par ses fonctions de l’époque, ce n’est jamais lui que le terme « accusé » désigne dans le jugement.

Sollicité par Le Monde, le TPIY est catégorique :

« Le Tribunal n’a fait aucune détermination de culpabilité à l’égard de Slobodan Milosevic dans son verdict à l’encontre de Radovan Karadzic. En effet, Slobodan Milosevic n’a pas été inculpé ou accusé dans l’affaire Karadzic. Le fait qu’une personne se trouve être, ou non, membre d’une entreprise criminelle commune dans une affaire dans laquelle elle n’a pas été accusée n’a pas d’impact sur son propre cas ou sa propre responsabilité pénale. »
« Aucune conséquence sur l’affaire distincte qui concerne Slobodan Milosevic. »

Ainsi, seule une sous-partie de dix des quelque 2 500 pages du document est directement consacrée à Milosevic, dans une sous-section destinée à mettre en perspective la part de l’accusé Radovan Karadzic avec celle des autres membres de « l’entreprise criminelle commune » qui a meurtri la Bosnie de 1992 à 1995. Difficile de prétendre qu’un si court extrait, majoritairement basé sur des conversations entre Slobodan Milosevic et Radovan Karadzic, suffirait à explorer la longue liste des crimes pour lesquelles l’ex-dictateur avait été inculpé.

Malgré ces faits, Andy Wilcoxson a écrit un deuxième article, publié le 9 août sur son site Slobodan-Milosevic.org, où il affirme que « les charges contre Milosevic et Karadzic sont inexorablement liées ». Preuve, selon lui, que les extraits du jugement du deuxième qu’il a repérés exonèrent bien le premier.

Là aussi, la réponse du TPIY est ferme : « Non. Le procès contre Radovan Karadzic était seulement le sien, et n’a donc aucune conséquence sur l’affaire distincte qui concerne Slobodan Milosevic. »

Le procès de l’ex-dictateur a été officiellement clos mardi 14 mars 2006, trois jours après sa mort. Les statuts du TPIY ne permettent en effet pas de tenir un procès en l’absence prolongée d’un accusé. « Nous exprimons nos regrets pour sa mort et nous regrettons également que son décès le prive lui, ainsi que les autres parties concernées, d’un jugement sur les charges qui lui étaient reprochées », avait déclaré le juge Patrick Robinson, après plus de quatre ans de procédure.

 http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/08/24/non-slobodan-milosevic-n-a-pas-ete-blanchi-par-le-tribunal-penal-international_4987414_4355770.html#12c2HY93TfBqlVbp.99

La version de "Boulevard Voltaire":
Milošević innocenté par le TPIY, cela n’intéresse pas nos médias !

Tous les jugements du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ne trouvent pas le même écho dans nos médias : celui qui condamne à perpétuité Ratko Mladić (ancien chef de l’armée des Serbes de Bosnie) pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide a fait l’objet d’une ample couverture ; en revanche, on chercherait en vain dans notre presse les gros titres faisant état de ce que le même tribunal (et dans le même jugement) innocente Slobodan Milošević (ancien président de Serbie) des mêmes crimes, dont les médias et la justice internationale l’ont pourtant accusé pendant vingt-cinq ans.

Le jugement Mladić, dans son quatrième volume, publié le 22 novembre 2017, stipule en toutes lettres que le TPIY n’a constaté « nulle preuve que Slobodan Milošević [sont cités aussi quelques autres accusés] ait de quelque façon contribué à la réalisation de l’entreprise criminelle [visant à faire de la République serbe de Bosnie une entité ethniquement pure]. » Il est à noter qu’il ne s’agit là que d’une confirmation, le tribunal ayant déjà formulé la même appréciation dans le jugement de Radovan Karadžić, condamné l’année précédente, innocentant Milošević une première fois (sans que cela intéresse davantage nos médias).

Est-ce à dire que, si le procès de Milošević n’avait pas été interrompu brutalement, il y a onze ans, par la mort de l’accusé, celui-ci aurait bénéficié d’un acquittement ou d’un non-lieu ? Peu probable car, à l’époque, Karadžić et Mladić étaient en fuite, et les commanditaires du TPIY avaient besoin à tout prix de la condamnation d’un bouc émissaire pour justifier leur appui aux sécessions de la Croatie, de la Slovénie, de la Bosnie et, enfin, du Kosovo, ainsi que l’embargo et le bombardement de l’OTAN sur la Serbie. Cependant, Milošević, qui assurait lui-même sa défense, le faisait tellement bien, en démontant pièce à pièce les absurdités de l’accusation, que le procès, de l’aveu général, tournait à la débâcle pour cette dernière. Le moins qu’on puisse dire, c’est que sa mort en cellule (d’une crise cardiaque qui aurait pu être évitée si on avait accédé à ses demandes d’hospitalisation) tombait opportunément. Le tribunal ne se trouvait plus devant le dilemme d’ou bien prononcer une lourde condamnation qui eût fait de lui un martyr, ou bien déclarer un non-lieu qui mettait à bas toute une stratégie politique fondée uniquement sur la diabolisation à outrance des dirigeants serbes.

On aurait pu penser que, pour nos médias, ce blanchissement posthume de leur « boucher des Balkans » serait un sujet d’étonnement digne de commentaire. C’est juste un non-événement. Il est vrai que le TPIY n’a pas donné beaucoup de publicité à sa mise hors de cause de Milošević. Le paragraphe en question se trouve dans la note 15357 d’un volume de 471 pages : seuls les spécialistes se sont donc donné la peine de le lire. Mais peut-on imaginer que, étant donné le caractère spectaculaire de la chose, lesdits spécialistes ne se soient pas empressés d’en informer les gens de presse ?

Émettre des doutes sur la culpabilité de Milosevic (notamment celle d’avoir ordonné le « génocide » de Srebrenica) a longtemps été qualifié de révisionnisme – et l’est encore ! – par des médias influents. Est-il permis, sans s’exposer au même anathème, de se demander si les certitudes infaillibles qui applaudissent à la condamnation de Mladic sont de la même eau que celles qui ont prévalu pendant 25 ans pour Milosevic ?

http://www.bvoltaire.fr/milosevic-innocente-tpiy-ninteresse-nos-medias/

 

mardi 16 janvier 2018

vidéo: les origines du carcan européen

Brexit, Frexit, Vallsit et Colegram 1 - Annie Lacroix-Riz

VID ALR CARCAN UE

https://www.youtube.com/watch?v=6KPZ1yGYOXE

Jean Monnet, Robert Shumann, une belle paire de pères fondateurs, agents américains après et avant/pendant la fidélité allemande...

L'UE depuis la 2° guerre mondiale, la tutelle américaine, relais de la tutelle allemande: l'objectif est vieux mais il prend des formes nouvelles...

Le rôle du Royaume- Uni et du Commonwealth. L'Europe centrale et orientale face au "monde européen libre".

Les élites françaises préparent l'avenir de la "pax americana" dès 1941...L'avenir européen de la France.

De Gaulle et la solution française: le cauchemar des Américains.

Les visées américaines sur l'Empire colonial français: le rôle de Jean Monnet.

Du "soft power" allemand au "soft power" américain.

Les historiens d'aujourd'hui et les "contraintes académiques", les sujets tabous, malgré les archives américaines...

La censure sur les questions européennes (quand on sort de la "doxa").

Le Brexit et la rivalité souvent méconnue entre le Royaume- Uni et les Etats- Unis.

Etc.


Tels sont les thèmes abordés par Annie Lacroix- Ritz, historienne communiste de talent.

3 parties à suivre sur You Tube, un moyen passionant de mieux comprendre comment est née la tyrannie que nous subissons et par quels moyens elle se maintient.

P.G.

 

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dimanche 7 janvier 2018

Pas de «regime change» à Téhéran

Donald Trump a beau assurer que « l’Iran échoue à tous les niveaux », que « le grand peuple iranien est réprimé depuis des années », qu’il a « faim de nourriture et de liberté », qu’il est « temps que ça change » et qu’il « soutiendra le peuple iranien le moment venu », c’est peine perdue. Ces proclamations grandiloquentes n’auront aucun effet sur le cours des choses. Déchaîné contre Téhéran, Washington veut saisir le conseil de sécurité. Mais la Chine et la Russie s’opposeront à toute forme d’ingérence. Il n’y aura ni mandat onusien torpillant un Etat souverain au nom des « droits de l’homme », ni « zone d’interdiction aérienne », ni « droit de protéger ». Que les bellicistes se fassent une raison : l’Iran ne connaîtra pas le sort de la Libye, détruite par l’OTAN en 2011.

tl bg IRAN TRUMP

Le châtiment venu du ciel étant décidément impraticable, Washington a joué la carte de la déstabilisation interne. Pour y parvenir, ses stratèges ont déployé toute la gamme des moyens disponibles : avalanche de propagande antigouvernementale financée par la CIA (notamment par les stations de radio émettant en persan vers l’Iran), agents de tous poils infiltrés dans les manifestations populaires, appui donné à toutes les oppositions sur place ou en exil. Incapable de procéder au « regime change » par le haut, la Maison-Blanche a tenté de l’obtenir par le bas. Prémuni contre le « hard power » US par sa propre force militaire (et par ses alliances) le « régime des mollahs » a été directement ciblé par le « soft power » made in USA. La Maison-Blanche a fait tourner les rotatives de la désinformation, mais le résultat n’était pas garanti sur facture. C’est le moins qu’on puisse dire.

Pour abattre un régime qui leur déplaît, les « neocons » de Washington ont classiquement besoin de différents types de munitions. L’expérience montre qu’il leur faut détenir au moins deux des trois atouts suivants : une forte opposition interne chez l’adversaire, une soldatesque de supplétifs, une capacité d’intervention directe. En Iran, ils ne disposaient clairement d’aucun de ces trois atouts. L’opposition interne existe, mais c’est moins une opposition au régime qu’une opposition au gouvernement. Le système politique lui donne libre cours à travers le processus électoral. La dialectique entre « conservateurs » et « réformateurs » structure le débat, favorisant l’expression des contradictions internes sans mettre en péril le régime issu de la révolution de 1979.

C’est pourquoi les masses n’ont pas investi la rue, et la grogne qui s’y exprime pour des raisons économiques ne génère pas, sauf exception, une contestation du régime politique. Il est significatif que la propagande occidentale se livre, une fois de plus, à de grossières manipulations. On a même vu le directeur général de « Human rights Watch », Kenneth Roth, utiliser une photo des manifestations pro-gouvernementales pour illustrer le « soulèvement populaire » contre le régime. En croyant voir dans des rassemblements de mécontents le prélude à un changement de régime, Washington a pris deux fois ses désirs pour des réalités : la première, en confondant mécontentement et subversion dans les manifestations antigouvernementales ; la seconde, en refusant de voir que les manifestations pro-gouvernementales étaient au moins aussi importantes.

Cet espoir d’un « regime change » à Téhéran est d’autant plus illusoire que Washington ne détient pas davantage le deuxième atout : des hordes de mercenaires pour faire le sale boulot. Les frontières étant surveillées de près par l’armée iranienne, la réédition d’un scénario à la syrienne est impossible. En Syrie, les miliciens wahhabites furent importés en masse avec la complicité de l’OTAN, et il a fallu six ans au peuple syrien pour s’en débarrasser sérieusement. En Iran, aucun indice ne permet de penser qu’une telle invasion ait seulement eu lieu. Quelques individus ont dû passer à travers les mailles du filet, mais leur capacité de nuisance est limitée. Depuis la déroute de Daech, l’internationale takfiriste est aux abois. Le dernier carré d’Al-Qaida finira coincé dans la poche d’Idlib. L’armée syrienne avance, elle reconquiert le territoire national, et le « regime change » à Damas n’est plus à l’ordre du jour.

Pour détruire le « régime des mollahs », Washington ne peut compter ni sur l’opposition interne, ni sur le mercenariat externe, ni sur une intervention militaire directe. L’opposition interne ne partage pas ses objectifs, le mercenariat étranger est une ressource en voie de disparition, et l’intervention militaire vouée à l’échec. Le « regime change » a réussi en Libye grâce au bombardement aérien. Il a échoué en Syrie malgré des hordes de mercenaires. Mais il n’a aucune chance de réussir en Iran. Le peuple iranien subit surtout les sanctions infligées par un Etat étranger qui lui donne des leçons de « droits de l’homme ». Que certaines couches sociales aspirent au changement est naturel, et tout dépendra de la réponse du pouvoir à leurs revendications. Le président Rohani a condamné les violences. Mais il a aussi admis la légitimité du mécontentement social, des mesures impopulaires ont été annulées, et le peuple iranien n’a pas l’intention de s’étriper pour faire plaisir au locataire de la Maison-Blanche.

La situation est difficile pour les plus pauvres, mais l’Iran est tout sauf un pays au bord de la faillite. Malgré les sanctions imposées par Washington, le pays a connu un développement notable en 2016. Son économie affiche un taux de croissance de 6,5% et l’endettement public est particulièrement faible (35% du PIB). Mais le taux de chômage est élevé (12,5%) et il frappe surtout les jeunes. Le pays connaît une crise de croissance qui avive les tensions sociales, soulignant les privilèges de la bourgeoisie marchande accentués par les réformes libérales voulues par le gouvernement. L’Iran exporte son pétrole, mais il manque de capitaux extérieurs. A l’affût de la moindre faiblesse, Washington rêvait d’un mouvement de grande ampleur, capable de faire vaciller le pouvoir. Visiblement, c’est raté, et l’agression US a manqué son objectif. Elle ne cessera pas pour autant, car l’Iran est depuis longtemps dans la ligne de mire des fauteurs de guerre.

Obsession des « neocons », la lutte contre Téhéran remonte aux origines de la République islamique (1979). Elle fut inaugurée par une attaque irakienne dont l’Occident fournit les armes et les pétromonarchies les moyens financiers (1980-1988). Elle s’est poursuivie avec les attentats du Mossad et de la CIA, infligeant aux Iraniens ce même « terrorisme » dont les accuse la propagande occidentale. Puis elle s’est amplifiée avec l’invention de la « menace nucléaire iranienne » au début des années 2000. Il est évident que Trump se soucie comme d’une guigne des droits de l’homme et que la question nucléaire est l’arrière-plan de la crise actuelle. A Washington, l’union sacrée s’est miraculeusement reconstituée contre l’Iran. Ce pays n’a jamais agressé ses voisins, mais la possibilité qu’il se dote d’un parapluie nucléaire entamant le monopole israélien dans la région est jugée intolérable. Le « regime change » a avorté, mais il est clair que Trump torpillera l’accord de 2015.

Article original sur la page Facebook de Bruno Guigue

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/pas-de-regime-change-a-teheran_859404085

vendredi 5 janvier 2018

Iran : le Premier ministre israélien encourage les manifestants

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a souhaité lundi le succès des Iraniens qui manifestent depuis jeudi dernier contre le gouvernement et la vie chère tout en ajoutant qu'Israël n'est aucunement impliqué dans les affaires intérieures de la République islamique.

ACT NETANYAHOU IRAN

Dix personnes ont été tuées dans des manifestations dans la nuit de dimanche à lundi en Iran, selon la télévision publique, au quatrième jour du mouvement de contestation sociale et politique qui secoue le pays.

"Je souhaite bonne chance au peuple iranien dans sa noble quête de liberté", a déclaré le Premier ministre israélien dans une vidéo publiée sur sa page Facebook.

I wish the Iranian people success in their noble quest for freedom. pic.twitter.com/7MRC3UWzTz

— PM of Israel (@IsraeliPM) 1 janvier 2018

"De courageux Iraniens inondent les rues. En quête de liberté. En quête de justice. Ils sont à la recherche des libertés qui leur ont été refusées pendant des décennies. Le cruel régime iranien gaspille des dizaines de milliards de dollars pour répandre la haine", a-t-il ajouté.

"De nombreux gouvernements européens regardent en silence"

Israël a souvent fait part de ses craintes pour sa sécurité à propos du programme nucléaire de l'Iran et de son soutien au Hezbollah libanais ou au Hamas palestinien.

Les autorités iraniennes ont plusieurs fois mis en cause des agents de l'étranger dans des incidents impliquant des manifestants.

Benjamin Netanyahu a balayé lundi toute ingérence israélienne dans les manifestations. "C'est non seulement faux, c'est risible", a-t-il dit.

Il a appelé en outre les pays européens à dénoncer la répression à l'oeuvre selon lui pour endiguer les manifestations.

"Tristement, de nombreux gouvernements européens regardent en silence, tandis que de jeunes Iraniens héroïques sont roués de coups dans les rues. Ce n'est pas normal. Et je ne resterai pas silencieux."

Le ministre israélien des Transports et des Renseignements avait déjà souhaité bonne chance aux Iraniens, lundi.

(avec Reuters)

https://www.latribune.fr/economie/international/iran-le-premier-ministre-israelien-encourage-les-manifestants-763280.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180102

 


 

Sur le même sujet, voir aussi (suggestion de H.J./UPR23):

ANNONCE BASSAM TAHHAN

Qui est derrière les manifestations en Iran? (Bassam Tahan)

Dans cette vidéo d'une durée de 16 mn et intitulée "Qui est derrière les manifestations en Iran?", le politologue franco-syrien Bassam Tahhan donne son analyse des évènements récents en Iran, et met en garde l'auditoire contre des interprétations simplistes, connaissant l'historique de plusieurs boulversements passés qui ont été appelés "printemps arabes", en réalité pilotés de l'extérieur.

https://www.youtube.com/watch?v=7Tns8b9fBzQ

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mardi 2 janvier 2018

.[RussEurope en Exil] Les Etats-Unis au miroir de Star Wars

TRIBUNE LIBRE/ JACQUES SAPIR

TL SAPIR STAR WARS

Thomas Snégaroff vient de publier un petit essai "Star Wars – Le côté obscur de l’Amérique" , chez Armand Colin[1]. Ce livre constitue une mise à jour, mais aussi un approfondissement, de l’ouvrage qu’il avait écrit en 2015 [2]. Ce livre est donc une tentative de décryptage de l’idéologie véhiculée tant dans les films que celle présente aux Etats-Unis. Il est intéressant à plus d’un titre. Il réjouira les amateurs de la triple trilogie (dont le numéro VIII sort ces jours-ci en France), mais il intéressera aussi tous ceux qui s’inquiètent de la politique américaine.

La thèse de l’ouvrage est double. Il soutient d’une part que l’histoire racontée dans les six premiers films n’est autre, en réalité, que celle des Etats-Unis, qui ont basculé de la « République » (largement mythifiée) vers l’Empire. La « peur », celle de l’autre bien entendu, étant l’un des responsables de ce tournant vers le « côté obscur ». D’autre part, il soutient que cette série a joué un rôle, qu’il soit involontaire ou non, dans le basculement, en « réarmant » les secteurs les plus réactionnaires de la politique américaine. L’auteur, cependant, concède que le tableau est certainement plus complexe, que Georges Lucas et ses co-auteurs, ont aussi mis des thèmes puissamment contestataires dans ces films, comme une dénonciation du libre-échange (et du néo-libéralisme) et – je l’ajouterai – une forme d’apologie de la souveraineté.

Si la première thèse ne faite guère de doute, et si l’on suit Thomas Snégaroff sans aucun problème dans sa démonstration, la seconde est nettement plus problématique. L’auteur en convient lui même à plusieurs reprises. Ce petit ouvrage, brillant sur certains points, contient aussi des parts d’ombres. Il vaut amplement la peine d’être lu, car il s’attaque à un mythe de la culture télévisuelle et de la contre-culture. Mais atteint-il complètement son but ? Le lecteur en jugera en le lisant et en lisant cette recension.

Les deux thèses du livre

La première thèse est largement développée dans la première partie du livre, intitulée La Trahison des Pères, et ces pères là sont, bien entendu, les « pères fondateurs » des Etats-Unis. Snégaroff se livre alors à un exercice tout à fait intéressant de double mise en parallèle, d’une part des discours des uns et des autres et de citations des six premiers films, et d’autre part des discours mais aussi de la réalité de la politique des Etats-Unis. On sait que ce pays ne reconnut jamais avoir de « colonies », mais qu’il en eut bel et bien, à Hawaï et aux Philippines en particulier, et ce sans compter Porto-Rico. Cette première partie met en évidence l’idée de l’exceptionnalisme américain[3], le « destin manifeste », et sa construction (largement mythique), tout comme ses dérives. Il montre bien que ce double traumatisme, celui de la défaite américaine au Vietnam et celui du Watergate[4], a servi de contexte fondateur à l’écriture des premiers films (ceux que l’on nomme aujourd’hui les épisodes IV à VI).

La construction de Richard Nixon en Palpatine (et donc celle de Kissinger en Dark Vador) est très démonstrative, et elle est même revendiquée par Georges Lucas, même si l’on peut s’interroger sur les raisons réelles de la haine qui entoura, longtemps, ce Président, certes haïssable à bien des titres, mais nullement plus que ses prédécesseurs ou que ses successeurs…Cela aurait mérité une réflexion sur l’image des Présidents américains, tant aux Etats-Unis que dans le monde. Il est clair que l’image de Kennedy (tout comme celle d’Obama) a été très injustement magnifiée [5]. On a ainsi oublié le passé Maccarthyste de J-F. Kennedy, et les liens très troubles de sa famille que ce soit avec la Mafia ou avec les Nazis avant-guerre… En un sens, la figure ambiguë de Lyndon B. Johnson, qui enferra les Etats-Unis dans la guerre du Vietnam tout en développant ce qui peut passer pour le plus « social-démocrate » des programmes sociaux américains (la « grande société »[6]) pourrait être considérée comme tout aussi emblématique du « côté obscur de la force ». Johnson n’a-t-il pas couvert la manipulation de l’incident du Golfe du Tonkin[7] (août 1964) qui fut décisive pour l’engagement direct des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam ? Et, à tout prendre, ceci était autrement plus grave que la tentative (maladroite) pour espionner le QG du Parti Démocrate (le Watergate). Ainsi, le couple Johnson-Mac Namara pourrait tout aussi bien figurer dans les précurseurs du couple Palpatine-Dark Vador.

Rappelons que le premier film (aujourd’hui le quatrième dans l’ordre de la saga) fut réalisé de 1973 à 1977, soit dans la période du Watergate et du « syndrome du Vietnam ». Pourtant, en 2005, après l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, et alors que le processus de passage de la « République » à « l’Empire » vient d’être complètement explicité (dans les films I, II et III) Georges Lucas suggéra George W. Bush et son vice-Président, Dick Cheney, comme incarnation réelle du couple Palpatine-Vador. Il est donc clair que la saga s’inscrit clairement dans un contexte politique déterminé. L’un des grands apports de Snégaroff est de le montrer clairement et de chercher à approfondir ce contexte, même si l’on peut s’interroger sur sa volonté de « démoniser » essentiellement des Présidents Républicains, alors que le comportement des Présidents Démocrates, de Kennedy à Obama, en passant par Clinton, est tout autant sujet à caution.

Une saga réactionnaire ?

Pour autant, et on l’a vu avec l’absence de Johnson (et de l’incident du Golfe du Tonkin), le contexte général n’est sans doute pas suffisamment approfondi. Où plutôt, plus précisément, Snégaroff ne retient que la vision de ce contexte qu’ont voulu donner Georges Lucas et ses co-auteurs, une vision qui correspond très bien (trop bien ?) à l’idéologie des libéraux d’Hollywood. Cette absence, alors que pour qui connaît la vie politique des Etats-Unis il y a là un moment symboliquement très fort, est donc pour le moins curieuse. Un problème le révèle. Snégaroff remarque, avec raison d’ailleurs, que dans le film de 1977 (l’épisode IV dans la numérotation actuelle), dans la scène dite du bar, l’exclusion des robots (C-P3O et R2D2) est une métaphore de l’exclusion des noirs américains. Mais, il ne revient pas sur le thème de l’esclavage, pourtant présente dans les épisodes I et II (sortis respectivement en 1999 et en 2002). Que le jeune Anakin et sa mère Shmy soient esclaves ne dérange nullement les autres personnages. On peut y voir une référence au statut des esclaves dans les Etats-Unis naissants, statut qui allait être entériné par la fameuse ligne « Mason-Dixon » au Nord de laquelle l’esclavage était illégal, mais devenait légal au Sud de cette ligne. Il y aurait eu beaucoup à dire sur ce point, mais, là, curieusement, Snégaroff est muet. Parce que cela remet en cause l’image de la « bonne » République face au « méchant » (evil) Empire ? Ou plus précisément, parce que cela contribuerait à complexifier sa thèse sur la guerre de Sécession, assurément provoquée en partie par des questions de tarifs douaniers, mais aussi – et il faut le savoir – par un long débat opposant les tenants de la propriété privée « à tout prix » (et donc au prix de l’esclavage) et ceux qui pensaient que l’on ne pouvaient ériger la propriété privée en dogme intangible. D’ailleurs, remarquons que la pratique de l’esclavage fut d’abord empêchée par un « Empire », l’empire britannique, sous la poussée des sectes protestantes, et dont les navires firent une chasse impitoyable aux navires négriers. Le refus d’aborder la complexité des choses est d’ailleurs l’une des caractéristiques de ce livre.

Car, le projet est à la fois plus simple et plus malin. Que Georges Lucas ait voulu gagner de l’argent avec La Guerre des Etoiles est une évidence, et ne saurait guère lui être reproché. Il est très peu de cinéastes qui font des films pour perdre de l’argent, même si sont en réalité nombreux ceux qui en perdent. De ce point de vue, considérer que la saga se range en définitive « du côté obscur » pour cette raison, ce qui est la seconde thèse de cet ouvrage, n’est guère pertinent. Non que la totalité de la seconde thèse (la dimension « réactionnaire » de la saga) soit fausse. Mais, en fait, elle l’est pour des raisons que Snégaroff semble complètement ignorer.

En fait cette saga, mais ceci est classique dans le Space-Opéra – genre revendiqué par Star Wars – situe un affrontement qui paraît politique dans un contexte largement apolitique. Plus exactement, elle fait disparaître les peuples, ou les « masses », au profit d’individus, et remplace les questions de politique par des ressorts individuels (comme, ce que montre fort bien Snégaroff d’ailleurs, la quête du père). Le lien avec les romans de « Chevalerie », de Chrestien de Troyes à Walter Scott, est évident. Le recours à une arme « archaïque » mais intelligemment modernisée (le sabre-laser), si elle permet des effets visuels intéressants (quoi que très inspirés des films japonais « en costume »), souligne l’importance de l’individu, du « héro ». Ainsi, la « guerre » se réduit une série de combats individuels décisifs (les combats collectifs servant à mettre en scène les combats individuels) et les personnages sont soit dotés de capacités extraordinaires (les Jeudi, grâce à la « Force »), soit ont des qualités hors du commun. C’est une vision idéologique du conflit armé qui est profondément réactionnaire, mais qui a imprégné le militarisme japonais, avec son culte de l’excellence individuelle et de la « bataille décisive »[8]. Or, les guerres se gagnent par la politique et la logistique, et non par l’excellence tactique, ce qui fut une des grandes erreurs des généraux allemands de la seconde guerre mondiale. Notons ici que les Jedi n’hésitent pas à tuer. Dans Il est difficile d’être un dieu, publié en URSS en 1964, les frères Arcadi et Boris Strougatski faisaient du « héro », Don Roumata/Anton, un champion de l’escrime, mais qui se refuse à tuer, ce qui le dénonce d’ailleurs à son adversaire comme n’étant pas celui qu’il prétend être[9]. C’est sous le coup de la colère, suite à l’assassinat de sa bien aimée, qu’il se décide à tuer…

Si ces caractéristiques sont typiques du genre Space-Opéra, elles ne sont pas obligatoires. De fait, Snégaroff aurait pu regarder une autre saga, antérieure à la Guerre des Etoiles, mais qui a servi de source d’inspiration : Dune. Il n’est donc pas aussi évident qu’il veut bien le présenter que Star Wars ait contribué au succès du Reaganisme. Mais il est clair que la saga était en conformité avec des canons de l’idéologie américaine, et que ces canons ont été réactivés dans le cours de la présidence de Ronald Reagan.

Un oubli important

Il faut ici souligner que l’interprétation d’une œuvre comme Star Wars ne peut se faire sans mentionner les œuvres jumelles, ou celles qui ont pu l’influencer. Vouloir isoler Star Wars de son contexte culturel réduit bien entendu à néant une grande partie de la démonstration sur la contextualisation politique de la saga. Car la contextualisation ne peut être seulement politique. Une œuvre se nourrit aussi d’influences diverses, qu’elles soient conscientes ou inconscientes.

Or, ce contexte culturel est aussi celui des œuvres qui ont inspiré tant visuellement que scénaristiquement l’œuvre. De fait Dune de Frank Herbert, publié en 1965 (et traduit en français en 1970 chez Robert Laffont) est probablement le roman de science-fiction le plus vendu dans le monde avec plus de 12 millions de livres vendus. C’est une source d’inspiration constante, et la planète Tatooine[10] où se déroulent les premières aventures de Star Wars est clairement inspirée d’Arrakis la planète emblématique de Dune. Il s’agit, la aussi, d’un monde sans eau, où rodent de dangereuses créatures du désert.

Dune partage avec Star Wars (du moins dans le premier film) d’être l’histoire de l’éducation d’un adolescent qui passe par diverses épreuves pour arriver à l’âge d’homme. Mais, là ou Luke ne peut compter que sur l’aide d’Obi-Wan-Kennobi et de Han Solo, Paul Atréides s’inscrit dans un cadre familial complexe (sa mère Jessica, son père Leto, et l’image de son grand-père à laquelle un de ses précepteurs quand il le retrouve le compare), avec ses soutiens (Thufir Hawat, Duncan Idaho et Gurney Halleck) et bien entendu ses adversaires (les Harkonnens mais aussi l’Empereur et ses troupes d’élites, les Sardaukars dont on retrouve une image dans les Stormtroopen de Star Wars). La grande différence est que pour Paul, le combat n’est pas seulement celui de la découverte de lui-même mais aussi de rallier à sa cause le plus grand nombre. Paul Atréides fait de la politique, et il le sait parfaitement (et sa mère ne perd pas une occasion de le lui rappeler).

La dimension sociale (et aussi écologique) de Dune est incomparablement supérieure à celle de Star Wars. Le choix de Georges Lucas de concentrer l’histoire sur un champ individuel (voire, comme le soutient Snégaroff psychanalytique) et d’en exclure la dimension politique (au sens de la conquête des masses) et sociale est significative. En cela, la saga Star Wars s’inscrit bien dans un courant réactionnaire, ou plus précisément conformiste, tout en pouvant avoir, par ailleurs, des côtes contestataires.

L’absence dans l’ouvrage de Snégaroff de toute référence à Dune et à sa suite, le Messie de Dune, publié en 1969, est l’un des points faibles, voire aveugles, du livre.

Snégaroff et la question de la « peur »

Ce point aveugle conduit à s’interroger sur la signification de la « peur » comme moteur essentiel du glissement de la République à l’Empire. Snégaroff construit sa démonstration en partie sur la fin de l’épisode III (La revanche des Siths). Anakin a peur de perdre Padmè, qui porte son (ses) enfants. Soumis à la tentation par Palpatine, il bascule vers le « côté obscur » pour éviter que sa femme ne meure. Mais, cela ne fait que reprendre le thème du Messie de Dune. Dans le livre, Chani, la concubine de Paul, porte ses enfants (des jumeaux) mais va mourir. Les adversaires de Paul cherchent à le tenter en lui promettant de sauver sa compagne. La ressemblance entre les deux histoires est trop forte pour n’être que fortuite. Dune était déjà, dans les années 1970, une œuvre majeure de la contre-culture aux Etats-Unis.

Que Snégaroff l’ignore est étrange, pour un spécialiste des Etats-Unis. Qu’il ne se pose pas la question de la parenté entre la saga Star Wars et Dune l’est bien plus encore. Car, dans Dune on trouve, aussi, l’idée que la peur conduit au désastre personnel (voir la « Litanie contre la Peur »[11]). Et Paul est soumis, au début du livre, à une terrible épreuve qui vise à mesurer sa résistance à la souffrance et à la peur. Mais, cette épreuve est révélatrice du type de Peur dont il convient de se défaire. Ce qu’il faut rejeter, c’est la « peur panique », ce que les grecs attribuaient au Dieu Pan, soit une peur qui paralyse la Raison.

Snégaroff indique bien que la peur est vue comme une chose positive par la tradition antique et classique. Il en déduit une suspicion sur cette tradition (et en particulier sur Hobbes), parce que la peur abolit la raison. Mais, il ne comprend pas de quel type de peur il parle. La peur ici en question, celle que Yoda évoque, celle qui « conduit vers le côté obscur », c’est la peur panique et non la peur raisonnée, la crainte raisonnable, qui elle, au contraire, est une force positive et pousse à la construction des institutions. Cette incompréhension des registres de la peur conduit alors Snégaroff à tomber dans une idéologie boboïsante, mâtinée de Jean-Paul II (« n’ayez pas peur »). Et cela affaiblit considérablement sa démonstration.

De fait, ce que cherchent les Tyrans qui sommeillent dans nos démocraties, c’est de nous faire basculer de craintes raisonnées vers des paniques irrationnelles. Or, ces paniques ont généralement pour point de départ des faits bien réels, mais que notre esprit transforme en des fétiches et ces fétiches nous aliènent conduisant à la réification de ce qui devrait rester humain. Le couple Aliénation-Fétichisme a été analysé de manière très fine par Marx, que Snégaroff aurait eu profit à lire. Nous sommes ici au cœur de ce qui constitue un point aveugle décisif dans l’ouvrage. Et, ce point aveugle pourrait bien, lui aussi, faire basculer Snégaroff « du côté obscur »…

Retour sur la deuxième thèse

Sur d’autres points, aussi, on peut s’étonner que Thomas Snégaroff ait manqué le coche. Outre Dune, visuellement Star Wars emprunte beaucoup à Valerian de Christin et Mézières. Cette référence n’a été que très élusivement reconnue par Georges Lucas[12]. On peut y voir la volonté (farouche) de Lucas de défendre son œuvre (et ses droits dérivés…). Car, et on le rappelle, l’un des buts de Star Wars était bien de faire de l’argent, même si par la suite il ne fut plus le seul.

Leïa et Luke rencontrent Laureline et Valerian dans un tripot de Rubanis…

La référence à l’URSS stalinienne, et au couple Staline-Beria, est assez juste. Il faut ici suivre Snégaroff quand il écrit que ce couple a aussi servi à celui de l’Empereur et de Dark Vador. Sauf que Palpatine n’a plus, dans les films IV à VI aucun des traits de fausse bonhomie que pouvait prendre Staline et avec lesquels il dupait, en partie, son entourage. Par contre, il est tout aussi étonnant qu’il n’ait pas vu à quel point l’esthétique des forces impériales dans le premier film (l’épisode IV) est inspirée des forces japonaises (pour les uniformes) et des combats aéronavals de la Guerre du Pacifique. C’est en particulier évident lors de la bataille finale qui aboutit à la destruction de l’Etoile de Mort quand les « chasseurs » de la Rébellion manoeuvrent comme des avions torpilleurs américains et leur escorte de chasse ou quand les défenses de l’Etoile de Mort reprennent (recul y compris) la cinématique des tourelles doubles de 5 pouces qui constituaient l’armement anti-aérien des unités navales américaines. On retrouve ceci dans la scène initiale de bataille qui ouvre le troisième film (La Revanche des Siths – 2005) où l’on peut voir, sur le navire amiral de Grievous, des lasers éjectant des cartouches comme sur les canons de 127-mm et de 152-mm de la marine des Etats-Unis. L’influence des films d’actualités tournés de 1942 à 1945 essentiellement sur la Guerre du Pacifique, semble bien avoir été visuellement une source majeure d’inspiration. La guerre contre le Japon a façonné de manière indélébile l’imaginaire aux Etats-Unis jusqu’à la fin des années 1980, que ce soit dans les conditions du début de cette guerre (Pearl-Harbour) ou que ce soit dans la logique exterminatrice, et à vrai dire raciste, qui prédomina dès 1942. Il y a là une autre source de réflexion à faire sur la Saga.

Le quasi-refus de Georges Lucas et de son équipe à assumer leurs emprunts (jusque dans la forme du vaisseau de Han Solo directement inspiré des dessins de Valerian) en dit aussi long sur l’impérialisme inconscient (mais parfois aussi tout à fait conscient) des concepteurs de cette saga.

Le vaisseau de Valerian

Que des considérations commerciales aient prévalu est plus que probable. Mais, ce refus est aussi symboliquement très significatifs. Une œuvre « américaine » ne peut avoir son inspiration de l’étranger. En cela, Star Wars est effectivement très représentatif d’une idéologie, qui imprègne tant les libéraux hollywoodiens que les reaganiens, celle de l’exceptionnalisme. Et, cette communauté de pensée explique les passages entre une apparence contestataire et une réalité finalement très conformiste.

On retrouve ainsi la deuxième thèse de Snégaroff, mais dépouillée de ce qu’il faut bien appeler sa naïveté d’origine. Il ne faut pas voir dans Star Wars une œuvre ayant servi à préparer le Reaganisme mais une œuvre issue en réalité du même moule exceptionnaliste, qui est partagé tant par Hollywood que par la droite américaine, ce qui explique les passages possibles de l’un à l’autre. C’est le refus de rompre avec cette idéologie, et ce qu’elle charrie, qui peut être reproché aux concepteurs de la saga et non un hypothétique « ralliement ». Snégaroff semble l’avoir pressenti mais, faute d’une contextualisation suffisante, cette réalité finit par lui échapper.

Pourtant, son livre constitue une plus qu’intéressante tentative pour tenter de lire l’histoire des Etats-Unis au miroir d’une œuvre multiforme. Il interroge un « phénomène culturel » et le met dans son contexte. Qu’il ne le fasse ni complètement, ni avec la complexité nécessaire ne doit pas être un prétexte pour ignorer ce livre.

Jacques Sapir

Notes

[1] Snégaroff T., Star Wars – Le Côte Obscur de l’Amérique, Paris, Armand Colin, 2018, 217p.

[2] Snégaroff T., Je Suis Ton Père, Paris, Naive, 2015.

[3] Voir Sapir J., « Endiguer l’isolationnisme interventionniste providentialiste américain », in Revue internationale et stratégique, 2003/3 (n° 51), pp. 38-44, https://www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2003-3-page-38.htm

[4] http://www.history.com/topics/watergate

[5] Voir Chomsky N., Rethinking Camelot: JFK, the Vietnam War, and U.S. Political Culture, New York, South End Press, 1st edition, 1999.

[6] Andrew, J. A., Lyndon Johnson and the Great Society, Chicago, Ivan R. Dee, 1999.

[7] http://www.historynet.com/case-closed-the-gulf-of-tonkin-incident.htm

[8]Kantaï Kansen ; Evans, David C.; Peattie, Mark R., Kaigun: Strategy, Tactics, and Technology in the Imperial Japanese Navy, 1887-1941, Annapolis, US Naval Institute Press, 1997.

[9] A. et B. Strougatski, Il est difficile d’être un dieu, [Трудно быть богом] publié en URSS en 1964, traduit en Français chez Denoël, Paris, en 1973.

[10] Faut-il dans ce nom voir une référence au très réel Tataouine des Bat d’Afs ?

[11] « Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi. »

[12] https://kitbashed.com/blog/valerian-and-laureline

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-les-etats-unis-au-miroir-de-star-wars-recension/

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Les États-Unis tentent de semer le trouble en Iran

Alors que la politique étrangère du président Trump tombe profondément sous le charme israélo-saoudien, ses diplomates du Proche-Orient attisent le conflit contre l’Iran et réprimandent l’Irak, comme l’explique Paul R. Pillar, ancien analyste de la CIA.

ACT IRAN FEMMES

En Irak, comme en Syrie, l’extinction imminente du mini-État de ce qu’on appelle l’État islamique soulève la question de savoir si les objectifs américains en Irak visent vraiment à contrer l’État islamique ou s’ils vont gonfler en une autre raison pour y maintenir indéfiniment les forces américaines.

La justification la plus souvent avancée par ceux qui plaident en faveur d’un séjour de durée indéterminée est de contrer l’influence iranienne. La justification fait écho à de plus grandes inquiétudes, lancées par l’administration de Trump et d’autres, au sujet d’un Iran sensé être en marche et menaçant de mettre sous son emprise la majeure partie du Moyen-Orient. Les craintes sont remplies d’hypothèses non étayées à somme nulle sur ce que toute action ou influence iranienne signifie pour les intérêts américains.

Ceux qui sont tentés de succomber aux inquiétudes en ce qui concerne l’Irak devraient garder à l’esprit deux réalités importantes concernant les relations irako-iraniennes.

La première, c’est que le plus grand coup de pouce à l’influence iranienne en Irak a été l’invasion américaine de mars 2003. L’effet net de toute l’histoire coûteuse et désagréable des États-Unis en Irak – y compris la conquête initiale, l’invasion ultérieure et tous les hauts et les bas de l’occupation – en ce qui concerne l’influence iranienne, est d’avoir rendu cette influence beaucoup plus grande qu’elle ne l’avait jamais été pendant que Saddam Hussein dirigeait encore l’Irak.

Si l’influence iranienne était l’inquiétude prédominante au sujet du Moyen-Orient, comme le prétend la rhétorique de l’administration Trump, ce bilan donne à penser qu’une expédition militaire interminable des États-Unis ne serait pas une façon intelligente d’apaiser cette inquiétude.

La deuxième réalité clé est que l’Irak et l’Iran, en raison de leur proximité géographique et d’une histoire sanglante, sont nécessairement d’énormes facteurs dans leur sécurité réciproque. Ce fait ne peut pas être écarté par des acteurs extérieurs qui parlent de combler les vides, de poursuivre leurs propres rivalités ou d’imposer des hypothèses à somme nulle qui ne correspondent pas à la vérité fondamentale dans la région du golfe Persique.

La guerre extrêmement coûteuse Iran-Irak, déclenchée par l’Irak et menée de 1980 à 1988, est la partie la plus importante de l’histoire sanglante et une expérience formatrice pour les dirigeants des deux pays. Nous ne disposons pas de chiffres exacts sur les victimes de la guerre, mais il y a eu des centaines de milliers de morts dans chaque pays. Si l’on se base sur les estimations moyennes des personnes tuées pendant la guerre, le nombre total de morts s’élevait probablement à environ trois quarts de million. La guerre a été le conflit le plus meurtrier au Moyen-Orient au cours des cinquante dernières années.

Désir de relations cordiales

Dans ce contexte historique, il incombe aux dirigeants irakiens et iraniens de maintenir leurs relations sur un pied d’égalité. Bien que les deux voisins aient encore des intérêts divergents, il est dans l’intérêt de sécurité plus large de chacun de faire prévaloir la cordialité sur le conflit dans leurs relations bilatérales. Les gouvernements de Bagdad et de Téhéran semblent s’en rendre compte.

Il est utile que les deux pays aient, avec leurs intérêts divergents, des intérêts parallèles importants. Parmi lesquels le principal est, à l’heure actuelle, leur intérêt à faire tomber l’État islamique et à ne pas laisser le séparatisme kurde arracher des morceaux du territoire souverain de chaque pays. Ces intérêts concordent également avec les objectifs déclarés des États-Unis en ce qui concerne la lutte contre l’État islamique et le maintien de l’intégrité territoriale de l’Irak, bien que ce fait semble souvent négligé aux États-Unis au milieu de l’obsession de s’opposer à l’Iran et de le confronter partout pour tout.

De nombreux pays, y compris les États-Unis, partagent un intérêt général pour la paix et la stabilité au Moyen-Orient – pour de nombreuses raisons, y compris la façon dont l’absence de paix et de stabilité encourage les formes d’extrémisme violent qui peuvent avoir des conséquences au-delà de la région. Il s’ensuit que le fait d’avoir plus de cordialité que de conflit dans les relations entre l’Irak et l’Iran, qui ont été si terriblement explosives dans un passé récent, est également dans l’intérêt général.

Cette paix et cette stabilité à l’intérieur de l’Irak, dans l’intérêt de l’Iran tout autant que dans celui d’autres pays, sont négligées au milieu de caricatures obsessionnelles sur l’Iran qui le décrivent comme un fomentateur d’instabilité partout et quand il le peut. L’instabilité persistante dans un pays avec lequel l’Iran partage une frontière de plus de 900 milles n’est pas dans l’intérêt de l’Iran. Il est ironique de constater que ce fait semble difficile à accepter pour ceux qui utilisent habituellement le terme « propagation de l’instabilité » dans leur opinion sur les questions de sécurité au Moyen-Orient.

Les dirigeants iraniens sont aussi assez intelligents et suffisamment informés sur les affaires irakiennes pour se rendre compte à quel point un favoritisme sectaire borné serait déstabilisant et à quel point il serait facile de se surestimer. Aussi empathiques que soient les Iraniens envers leurs coreligionnaires chiites, ils se rendent compte que les politiques de dénigrement sunnites ne constituent pas une formule de stabilité à leur frontière orientale. Ils sont également conscients des sensibilités nationalistes (et arabes) irakiennes. Ils peuvent voir de telles sensibilités même chez le chef religieux et milicien Moqtada al-Sadr, communément décrit comme un fanatique chiite, qui a récemment effectué des visites amicales en Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis, qui comptent parmi les principaux rivaux régionaux de l’Iran.

Semer la zizanie

Au milieu de ces réalités, il est troublant et inapproprié pour les États-Unis, en manifestant leur obsession de chercher à se confronter avec l’Iran, de faire la leçon au gouvernement irakien sur la façon dont les milices soutenues par l’Iran doivent, selon les mots du secrétaire d’État Rex Tillerson, « rentrer chez elles ».

Il n’est pas surprenant qu’un tel prêche ait suscité la fureur du gouvernement irakien du Premier ministre Haider al-Abadi, qui a fait remarquer que les milices en question, bien qu’armées et entraînées en partie par l’Iran, se composent d’Irakiens. Abadi a ajouté, en réponse à cet effort des États-Unis pour dire aux Irakiens comment organiser leurs efforts de sécurité intérieure, « aucune partie n’a le droit d’intervenir dans les affaires irakiennes ou de décider ce que les Irakiens devraient faire ».

Plus tard, Abadi a exprimé de façon compréhensible son mécontentement face à la tentative de l’administration américaine de faire de son pays un plateau de jeu pour le jeu de Washington concernant sa recherche de confrontation avec l’Iran. Abadi a dit : « Nous aimerions travailler avec vous deux [c’est-à-dire les États-Unis et l’Iran]. Mais s’il vous plaît, n’apportez pas vos ennuis en Irak. Vous pouvez le faire n’importe où ailleurs ».

Les Irakiens ne considèrent pas seulement la façon dont les milices soutenues par l’Iran ont largement contribué à vaincre l’État islamique en Irak. Ils peuvent également constater tout récemment le rôle constructif joué en coulisses par l’Iran pour résoudre le conflit avec les Kurdes au sujet de Kirkouk et des champs pétrolifères voisins d’une manière qui a fait progresser l’objectif de l’intégrité territoriale et de la souveraineté irakiennes avec un minimum d’effusions de sang.

Le gouvernement d’Abadi lui-même peut à juste titre revendiquer la plus grande partie du mérite pour ce résultat, et le bilan politique intérieur du Premier ministre a augmenté en conséquence. Mais dans la mesure où un joueur extérieur a joué un rôle positif, ce joueur était l’Iran. Les États-Unis ne semblent pas avoir contribué au résultat à un degré comparable.

Deux raisons fondamentales expliquent l’obstination des États-Unis à ne pas reconnaître et comprendre les réalités géopolitiques régionales mentionnées ci-dessus. La première est la diabolisation de l’Iran et la volonté de s’y opposer partout sur tout, à l’exclusion de l’attention accordée aux multiples autres aspects des questions de sécurité au Moyen-Orient.

L’autre raison est la difficulté chronique que les Américains, relativement à l’abri derrière deux fossés océaniques, ont éprouvée à comprendre les problèmes de sécurité et les réponses à ces problèmes des pays qui n’ont pas les mêmes avantages géographiques.

C’est la raison pour laquelle, pendant la guerre froide, le terme de « finlandisation » est devenu un terme américain de dérision à l’égard des pays qui estimaient opportun d’observer certaines limites politiques afin de vivre pacifiquement en tant que voisins de l’Union soviétique. C’est aujourd’hui une raison pour ne pas comprendre pleinement comment les Irakiens analysent ce qui est nécessaire pour vivre en paix dans leur propre voisinage.

Une telle compréhension serait plus facile pour les Américains s’ils avaient connu des guerres avec leurs voisins nord-américains qui auraient été aussi sanglantes que la guerre Iran-Irak. Et peut-être qu’une telle compréhension viendrait si aujourd’hui, l’Iran faisait la leçon aux Canadiens et aux Mexicains sur la façon d’organiser leur sécurité intérieure et sur la façon dont ils doivent réduire l’influence américaine.

Paul R. Pillar, au cours de ses 28 années à la Central Intelligence Agency, est devenu l’un des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 27-10- 2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

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Cet article est publié sur fond de "manifestations sociales" en Iran, largement commentées dans les médias occidentaux, et notamment, bien sûr, en France, ce qui doit nous mettre sur la piste d'une possible manipulation de propagande géopolitique à des fins de déstabilisation du régime iranien. A suivre donc avec recul et perspicacité...  P.G.

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Justice : l’emploi de termes anglais comme marque est interdit aux établissements publics

C’est un jugement qui fera date  et que les défenseurs de la diversité linguistique se doivent de faire fructifier partout contre le imposé par les multinationales. Oui ne nous laissons pas couper la .

ACT LANGUE

L’emploi d’une marque avec des termes anglais est interdit aux établissements publics et personnes privées chargées d’un service public

C’est une application de la loi Toubon, particulièrement spectaculaire et aux conséquences significatives. Celle-ci s’applique aux établissements d’éducation, mais pas seulement, puisqu’elle concerne tout les établissements publics chargés de missions de service public. On peut ici penser au delà des universités – tel science po et les écoles de commerce creusets de la fabrique de la caste dominante – au premier chef à la SNCF qui n’est pas la dernière à vouloir infliger le tout anglais cher à Wall street aux voyageurs de France !

Motif de la décision du 7 septembre 2017 :

Annulation pour méconnaissance de l’article 14 de la loi du 4 août 1994. Injonction de mettre le logo de l’ de recherche PSL Research University en conformité avec les dispositions de la loi du 4 août 1994 au plus tard à la rentrée universitaire 2018­-2019.

En voici le dispositif :

Article 1er : La décision implicite de rejet opposée par l’université de recherche Paris Sciences et Lettres à la demande de l’association Francophonie Avenir tendant au retrait de la mention anglaise du logotype de l’université est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l’université de recherche Paris Sciences et Lettres de procéder au retrait de la mention ” Research University ” de son logotype sur l’ensemble des supports sur lesquels il figure, d’ici le 15 septembre 2018.

Article 3 : L’université de recherche Paris Sciences et Lettres versera à l’association Francophonie Avenir la somme de 50 euros au titre de l’article L. 761­1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de l’université de recherche Paris Sciences et Lettres au titre de l’article L. 761­1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l’association Francophonie Avenir et à l’université de recherche Paris Sciences et Lettres

1 – L’Université Paris Sciences et Lettres est constituée des Etablissements suivants : l’École normale supérieure, de l’Institut Curie, de l’École des Arts décoratifs, de l’École des mines, de l’Université Dauphine, de l’Observatoire de Paris, de l’ESPCI, du Collège de France. Pour en savoir plus sur l’usage du logo PSL Research University Paris.

2 – Voici le texte de l’article 14 de la loi du 4 août 1994 :

I. L’emploi d’une marque de fabrique, de commerce ou de service constituée d’une expression ou d’un terme étrangers est interdit aux personnes morales de droit public dès lors qu’il existe une expression ou un terme français de même sens approuvés dans les conditions prévues par les dispositions règlementaires relatives à l’enrichissement de la .

Cette interdiction s’applique aux personnes morales de droit privé chargées d’une mission de service public, dans l’exécution de celle-ci.

PSL n’a pas fait appel, le jugement est donc confirmé et vaut jurisprudence.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/justice-lemploi-de-termes-anglais-marque-interdit-aux-etabissements-publics/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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samedi 30 décembre 2017

L’atlantisme : une passion française

TRIBUNE LIBRE

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 11-12-2017

TL US DE GAULLE UE

« L’OTAN est un faux-semblant. C’est une machine pour déguiser la mainmise de l’Amérique sur l’Europe. Grâce à l’OTAN, l’Europe est placée sous la dépendance des États-Unis sans en avoir l’air » déclarait le 13 février 1963 le général de Gaulle qui en connaissait un rayon sur nos meilleurs amis américains. Manifestement, les choses ont peu évolué dans notre Douce France. Au lieu de se tenir à distance respectable de cette institution avatar de la Guerre Froide comme l’avait fait le premier président de la Cinquième rompant avec la structure militaire intégrée de l’Alliance atlantique, ses successeurs n’ont eu de cesse que de reprendre une place pleine et entière à Evere et à Mons. Malheureusement, le rôle d’idiot utile n’est jamais payant auprès du grand frère américain, pas plus hier qu’aujourd’hui. La théorie de la servitude volontaire chère à Etienne de la Boétie n’a pas pris la moindre ride. Il est pathétique d’entendre déclamer par les servants de la liturgie des éléments de langage de l’OTAN les fadaises sur « l’alliance la plus durable de l’histoire ». Quelques précisions sémantiques s’imposent d’entrée de jeu pour mieux appréhender le concept d’atlantisme qui n’est pas neutre.

PRÉCISIONS SÉMANTIQUES

Avant toute chose de quoi parle-t-on concrètement dans un domaine où la confusion est souvent la règle ? D’un fort ancrage anglo-saxon de l’OTAN que l’on doit compléter par un questionnement sur la finalité de l’Alliance atlantique après la fin de la Guerre froide.

Un fort socle anglo-saxon de l’OTAN

Sur le plan de l’étymologie : le terme d’atlantisme est un dérivé d’atlantique, concept contenu dans l’appellation de l’ « Organisation du traité de l’Atlantique Nord » (OTAN sous son acronyme français et NATO en anglais). Le mot atlantique est issu du grec atlantikos, Atlantique. Il est un dérivé d’Atlas, du nom d’une chaîne de montagnes situées en Afrique du Nord. L’adjectif “atlantique” qualifie ce qui concerne l’Océan atlantique et les pays riverains. L’atlantisme désigne une politique extérieure caractérisée par le soutien apporté aux Etats-Unis, notamment dans le cadre de l’OTAN. Conceptualisé au début de la Guerre froide, l’atlantisme prône une étroite coopération entre les Etats-Unis, le Canada et les pays européens dans les domaines politique, militaire, économique et culturel. L’objectif avoué consiste, en principe, à assurer la sécurité des pays membres de l’OTAN (clause de solidarité de l’article 5 qui veut qu’une attaque contre l’un de ses membres est considérée comme une attaque contre tous) et de protéger les valeurs qui les unissent : démocratie, libertés individuelles et Etat de droit. L’atlantisme désigne aussi l’attitude politique, l’opinion, la doctrine de ceux qui font du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) la base de leur action extérieure et qui, au nom de ces principes, s’alignent de manière plus ou moins systématique, idéologique sur la politique extérieure des Etats-Unis qu’elle soit entièrement justifiée ou totalement infondée, ce qui arrive parfois.

Un questionnement sur la finalité de l’OTAN dans l’après-guerre froide

Depuis la fin de la Guerre froide, l’atlantisme est souvent dénoncé, dans les mouvements de gauche et altermondialistes de certains pays d’Europe, mais aussi chez ceux qui se revendiquent du gaullo-mitterrandisme, comme un soutien à la politique étrangère des États-Unis et à la défense d’une conception purement anglo-saxonne du libéralisme économique. Les préjugés envers l’atlantisme sont plutôt favorables au Royaume-Uni, en Pologne, dans les pays Baltes, et défavorables en France et en Allemagne. Un atlantiste est un partisan de l’atlantisme. L’adjectif atlantiste qualifie ce qui est relatif à l’atlantisme1. L’Atlantiste se revendique d’une vision occidentaliste et universaliste du monde consistant à prétendre se substituer aux autres peuples pour définir leurs intérêts, y compris par la force pour les plus récalcitrants d’entre eux (Cf. concept du Grand Moyen-Orient développé par George W. Bush après la guerre en Irak). On peut mesurer les effets négatifs d’une telle conception du monde à travers les expériences afghane, irakienne, libyenne. Cette approche atlantiste peut se résumer sommairement en un amour immodéré de l’OTAN2 complété par une haine viscérale de la Russie3.

Un retour en arrière sur l’immédiat après Seconde Guerre mondiale dans notre pays.

LA TENTATION OTANIENNE : UN MARQUEUR DE LA QUATRIÈME RÉPUBLIQUE

Durablement affaiblie sur la scène internationale après « l’étrange défaite » de 1940, la France de la Quatrième République n’a d’autre ressource que de se soumettre aux Diktats de Washington surtout à une époque où le péril soviétique est bien présent en Europe. La défaite de Dien Bien Phu ne redore pas le blason terni d’une France affaiblie politiquement, économiquement et diplomatiquement. En dépit des appels à l’aide lancés à l’Amérique pour l’aider à desserrer l’étau autour de la cuvette de la mort, Washington reste de marbre. Cela lui permettra de remplacer la France en Indochine. L’expédition franco-britannique de Suez est condamnée par les États-Unis. Les premières tentatives d’acquisition de l’arme atomique font l’objet de sévères mises en garde de Washington auquel l’OTAN emboîte le pas.

La France est accusée d’être un pays proliférateur et priée de cesser de jouer dans la cour des grands. La guerre d’Algérie vient ajouter un sujet de mécontentement américain à l’endroit de la « Grande Nation ». Mais, lorsqu’on est affaibli, il faut savoir faire bon cœur contre mauvaise fortune et se montrer un otanien discipliné et servile. Accepter sans coup férir les humiliations répétées, les Oukazes, les rabaissements… venus de Washington. Il faudra attendre le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958 pour que la donne change petit à petit… mais sûrement. Cela va décoiffer chez les esprits formés au moule de la servitude atlantiste.

Le retour du général de Gaulle aux affaires en 1958 constitue de ce point de vue une véritable rupture idéologique vis-à-vis de l’Amérique et de ses outils de domination, en particulier militaires.

LE CHOIX DE L’INDÉPENDANCE NATIONALE : LE DÉSIR DU GÉNÉRAL

Seul un retour à une économie forte et dynamique permet au premier président de la Cinquième République de gagner son indépendance militaire.

Le retour de l’autonomie économique

C’est que le général de Gaulle a quelques idées bien arrêtées sur la nature de la relation qu’il entend développer avec les États-Unis qui lui ont donné pas mal de fil à retordre pendant la Seconde Guerre mondiale et à la Libération de la France qui avait vocation à un régime de tutelle. La première de ses préoccupations consiste à rembourser toutes ses dettes aux Américains tout en mettant un terme au conflit algérien pour retrouver les mains libres. Allié fidèle en cas de coup dur, il le sera comme pendant les crises de Berlin et de Cuba. Aligné indéfectible en temps normal, il refusera de l’être choisissant la voie de l’indépendance nationale. Construire une Europe avec un moteur franco-allemand, renforcer le franc, contester la convertibilité du dollar, réclamer voix au chapitre dans les grandes décisions otaniennes… telles sont les grands axes de la politique étrangère du général de Gaulle. Contrairement à certains de ses éminents successeurs, il fait ce qu’il dit. Les actes suivent les paroles au grand dam de nos excellents amis américains très peu portés à la contradiction et au rejet de leur politique hégémonique, pour ne pas dire parfois, leur politique impériale.

Le choix de l’indépendance militaire

Qui dit indépendance économique, dit indépendance diplomatique (parler avec Moscou, établir des relations diplomatiques avec Pékin, critiquer la guerre du Vietnam lors du discours de Phnom Penh ; titiller Washington en Amérique latine et au Québec…) et indépendance militaire (parvenir au seuil nucléaire sans l’aide américaine et faire ses premiers essais nucléaires dès le début des années 1960 dans le Sahara). Toutes choses, on l’imagine, qui ne sont pas du meilleur goût pour nos alliés américains et pour toute la piétaille française grassement rémunérée pour lutter contre le terrorisme mais surtout pour cultiver un état de servitude volontaire vis-à-vis du tuteur américain.

N’ayant obtenu aucune réponse favorable à ses demandes de traitement identique à celui des Britanniques, le général de Gaulle en tire les conséquences : retrait de la structure militaire intégrée, départ de toutes les troupes américaines stationnées en France, déplacement du siège de l’OTAN de Paris à Bruxelles… Circulez, il n’y a rien à voir en France. Allez voir chez nos voisins belges ! Ils seront ravis de vous héberger à Bruxelles et à Mons pour aller vous préparer à faire la guerre… surtout après la fin de la Guerre froide. Le premier président de la V° République traite directement avec l’ours soviétique et avec Mao sans aller chercher ses instructions à la Maison Blanche.

En France, les vieux démons ont la vie dure. Chassez le naturel, il revient au galop. Sortie par la grande porte de l’histoire gaullienne, la pensée atlantiste revient par la petite fenêtre de l’histoire sarkozyste.

LE RETOUR AU BERCAIL OTANIEN : LE CHOIX DE NICOLAS SARKOZY

Après quelques hésitations des successeurs directs du général de Gaulle en termes de positionnement par rapport à l’OTAN, c’est l’un de ceux qui se prétendent ses héritiers qui pratiquera la transgression, la trahison.

Les héritiers du général

Les successeurs du général de Gaulle, avec des degrés différents, maintiennent le dogme gaullien tout en se montrant plus souple sur la forme. Georges Pompidou n’aura pas le temps matériel de s’affirmer mais fait le voyage aux États-Unis sous les lazzis. Valery Giscard d’Estaing apprécie ses rencontres avec ses homologues américains, flattant ainsi son ego démesuré. François Mitterrand veut se différencier de l’homme du coup d’état permanent tout en le caricaturant mais doit, au moins au début de son premier quinquennat, montrer pattes blanches en raison de la présence de ministres communistes dans son premier gouvernement. L’affaire Farewell lui permet de démontrer qu’il est un allié fiable dans la lutte contre les menées subversives de l’URSS.

Reconnaissons-lui le mérite d’avoir proposé la création d’une confédération européenne après la chute du mur de Berlin (rejetée avec vigueur par tous nos alliés) et d’avoir interpellé George Bush père lors du sommet de l’OTAN à Rome en 1992, lui rappelant que l’Alliance atlantique n’était pas la Sainte Alliance. Quant à Jacques Chirac, il s’opposera, certes, à la guerre en Irak de 2003 mais fera assaut d’amabilités auprès de Washington pour se faire pardonner sa déviance anti-atlantiste. Il en faudra de peu pour qu’il rejoigne la structure militaire intégrée de l’OTAN. Il y renoncera dans la mesure où les Américains ne lui proposeront pas un grand commandement.

« Sarko l’américain », le capitaine de pédalo et Jupiter

Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir en 2007 pour que « Sarko l’américain » brise le tabou en reprenant en 2009 le chemin perdu du Saint des Saints en se rangeant sous la coupe du Pentagone. Les Américains décident, les Français exécutent comme des idiots utiles. En échange, nous recevons un commandement à Norfolk en Virginie (SACT ou Commandement Suprême Allié de la Transformation). Tout est bien qui finit bien pour la France ! Le président de la République multiplie les attentions à l’endroit de ses interlocuteurs américains. Mais, contrairement à ce qu’il escomptait (ceci ne relevait-il pas de la vulgaire farce ?), les Américains et autres Britanniques ne font pas le moindre pas en direction de la politique européenne de sécurité et de défense.

L’argument est imparable en période de restrictions budgétaires, pourquoi faire mal au Berlaymont ce que l’on fait parfaitement à Evere ! C’est le règne du circulez, il n’y a rien à voir. Quant à François Hollande qui avait critiqué la décision de Nicolas Sarkozy alors qu’il était le chef de l’opposition, il n’y trouve rien à redire dès qu’il prend ses fonctions à l’Élysée. Il fait même rédiger un rapport par Hubert Védrine qui souligne les inconvénients d’un nouveau départ de la structure intégrée. Tout est bien qui finit bien. Jupiter écrase la main de Donald Trump mais essuie ses avanies successives (retrait de l’accord sur le climat, décertification de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, retrait de l’UNESCO au moment où une Française, Audrey Azoulay est désignée comme directrice générale Place Fontenoy…). Dans son discours sur la refondation de la Sorbonne, il se prononce pour une défense européenne en concertation avec l’OTAN, le membre de phrase qui tue. Ce qui signifie en clair que tout change pour que rien ne change ! La servitude volontaire a encore de beaux jours devant elle.

La voie est désormais libre pour tout ce que la France compte d’admirateurs de l’Amérique.

L’AMOUR DE L’AMÉRIQUE : LES NÉOCONS TIENNENT LE HAUT DU PAVÉ PARISIEN

L’américanisme touche d’abord une haute administration passée par le même moule de l’ENA qui est majoritairement néo-conservatrice.

Une haute administration passée par le même moule

Mais, il y a plus grave encore dans cette otanomania. Elle concerne toute la haute administration française (formée sur les bancs de l’ENA) qui constitue le meilleur ambassadeur des thèses néoconservatrices en France et dans les institutions internationales. Que nous dit le général Pierre Lorenzi sur le sujet : quand les hauts fonctionnaires civils trustent la quasi-totalité des directions du ministère de la défense (des armées) et des postes interministériels à vocation stratégique !

La qualité de l’administration civile française, la valeur de ses hauts fonctionnaires, issus pour un certain nombre de l’ENA et l’ouverture de la Défense à des savoir-faire originaux ne sont pas contestées. La Défense peut se sentir honorée de l’attrait de ces fonctionnaires civils pour la chose militaire. Mais cette tendance très nette à la substitution des personnels d’encadrement aboutissant peu à peu au monopole des personnels civils sur ces postes laisse perplexe quand on connait l’investissement de la Défense – et donc du contribuable français – dans la sélection et la formation permanente de ses officiers généraux. Aller chercher ailleurs ce dont la Défense dispose largement en son sein, à un moment où les contraintes budgétaires sont sans cesse rappelées, répond-il à un besoin effectif ?

Pour illustrer ces propos, observons la distribution des rôles dans l’appareil de sécurité et de défense français et les parcours universitaires et professionnels de leurs détenteurs : président de la République : inspecteur des finances ; Premier ministre : conseiller d’Etat ; ministre des Armées : conseillère d’Etat ; Secrétaire Général de la Défense et de la Sécurité Nationale : conseiller maître à la Cour des Comptes ; éphémère prédécesseur du ministre des Armées, directeur des Affaires financières au ministère de la Défense, directeur du Service Historique de la Défense, directeur des Relations Internationales et de la Stratégie au ministère des Armées, directeur de la DGSE, responsable national du contre-terrorisme, coordinateur du renseignement auprès du Président : tous diplômés de l’ENA !

Sans compter le nombre considérable de conseillers, membres et directeurs de cabinets de ces dirigeants, et la diminution considérable du nombre de militaires dans le pilotage des derniers Livres blancs de la Défense, dont l’extension à la sécurité constitue là encore un prétexte supplémentaire à la marginalisation des militaires. Plus largement, on peut s’étonner que le musée de l’air et de l’espace, à forte dimension militaire, ne soit plus dirigé par un officier général de l’armée de l’Air ou que la communication de la défense (DICOD) soit désormais pilotée exclusivement par des civils4.

Une haute administration majoritairement néo-conservatrice

Ce que l’on dit moins est que notre élite bienpensante pense (le terme est peu approprié), parle anglais, ne rêve que d’un monde unilingue et se nourrit au lait des « think tanks » d’Outre-Atlantique, du cinéma d’Hollywood, de la chanson anglo-saxonne, privilégie le « fast food » à la gastronomie française…. Elle se montre de plus en plus incapable de penser français de parler français. À Abidjan, le président de la République, Emmanuel Macron qui avait vanté la veille à Ouagadougou les vertus de la langue française et de la francophonie (il était accompagné de sa représentante personnelle pour la Francophonie, Leïla Slimani), n’hésite pas à évoquer une task force » (pour évoquer un groupe de travail ou une force opérationnelle) et « l’intelligence » (en parlant du renseignement).

En un mot, elle est néo-conservatrice, plus néo-conservatrice que les néo-conservateurs américains5. C’est la fable bien connue de l’élève qui dépasse le maître. Cette élite gagnerait à méditer le petit opuscule de Noam Chomsky intitulé « De la guerre comme politique étrangère des États-Unis »6. On reste confondu au spectacle d’une haute administration formée sur les bancs des meilleures écoles de la République, en particulier de l’ENA, qui succombe aux sirènes américaines sans mesurer les impasses auxquelles conduit la diplomatie (ou l’absence de diplomatie) d’une Amérique rongée par l’hubris alors même qu’elle perd de plus en plus son rôle de nation indispensable dans le monde. Pense-t-elle que la France serait une terre de mission américaine qui se grandirait en s’abaissant au rôle de valet de Washington ?7

Cette dérive néo-conservatrice préjudiciable aux intérêts bien compris de la France ne semble émouvoir que quelques esprits chagrins ! Comment parler sérieusement de « souveraineté européenne » comme le fait le président de la République, Emmanuel Macron lors de son discours de la Sorbonne tout en se mettant dans le même temps sous le parapluie américain de moins en moins fiable et de moins en moins crédible depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche (le président jugeant « obsolète » l’OTAN) ? Nous devenons plus otanien que les Américains alors que ces derniers deviennent moins otanien. Méfions-nous que notre atlantisme ne se transforme un jour en Atlantide, cette île mythique évoquée par Platon qui fut engloutie par les flots dans un cataclysme provoqué à l’instigation de Zeus, dieu grec que les Romains appelaient Jupiter… Telle serait la morale de cette passion française, qui dévore nos élites et qui a pour nom l’atlantisme.

Guillaume Berlat
11 décembre 2017

1 www.toupie.org/Dictionnaire/Atlantisme.htm
2 Jaap de Hoop Scheffer, « La Turquie pose un sérieux problème à l’OTAN », Le Monde, 24 octobre 2017, p. 22.
3 Gaidz Minassian, L’illusoire « soft power » russe, Le Monde, 24 octobre 2017, p. 22.
4 www.asafrance.fr/item:la-defense-pilotee-par-des-hauts-fonctionnaires-civils-libre-opinion-du-general-pierre-lorenzi.html , 20 octobre 2017.
5 Juliette Grange, Les néoconservateurs, Agora Pocket, 2017.
6 Noam Chomsky, De la guerre comme politique étrangère des États-Unis, Agone, 2017.
7 Jean-Michel Autran, La France, terre de mission américaine, Vendémiaire, 2017.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 11-12-2017

https://www.les-crises.fr/latlantisme-une-passion-francaise-par-guillaume-berlat/

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Commentaires intéressants sur le site:

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Texte d’intérêt national, digne d’être affiché en mairie, lu à l’école, envoyé par courrier à tous les citoyens.
Une seule critique. Au lieu de consacrer presque un paragraphe à l’étymologie “d’Atlantisme”, n’aurait-il pas été plus important de parler de l’UE comme autre relais de notre servitude volontaire? L’UE n’est t-elle pas un avatar de l’OTAN?
Notre situation est différente de celle du Royaume Uni. Sans la triple sortie, comment retrouver notre indépendance nationale? Comment écarter les néocons, les néolibs et les néosos (marcheurs)?
Jupiter est là pour finir le travail commencé sous Giscard.
D’où l’importance de notre langue, notre dernier donjon qui est lui aussi bien fissuré et je le constate même sur ce site hélas. La Francophonie, c’est notre “Commonwealth”. Sans elle, nous sommes finis.
Je ne veux pas faire d’excès de pessimisme en cette fin d’année mais le temps presse. Au rythme où ça va, dans 10 ans il sera peut-être trop tard.
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Absolument d’accord avec vous, Brigitte !
Le lien Otan-UE est évident ; le lien UE-disparition de la souveraineté nationale, plus encore; le lien langue maternelle-souveraineté aussi, même si peu le voient.
Et le tout est lié à l’existence réelle, ou non, d’une démocratie.
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Heureusement il y a des exceptions parmi les élites françaises, notamment cet énarque qui a créé un parti politique qui a l’ambition de sortir la France de l’OTAN.
De manière plus générale il y a eu de tout temps en France des élites qui étaient pour ce que Marie France Garaud avait fait dire à Chirac lors de l’appel de Cochin, à savoir le “parti de l’étranger”. Que ce soit notamment les émigrés de Coblence, les collabos de Vichy ou aujourd’hui les atlantistes. Mais on pourrait remonter bien plus loin dans l’histoire de France.
Ces gens ont toujours préféré être asservis que libres. Ils n’ont jamais accepté la Révolution Française et l’un de ses principaux résultats, le droit du peuple français à disposer de lui-même. Ce sont des gens qui considèrent que le peuple ne doit pas décider mais leur obéir. Et ils sont donc prêts à s’allier avec des ennemis de la France (Angleterre, Allemagne, EU…) plutôt que de voir la démocratie s’installer en France.
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jeudi 28 décembre 2017

La Syrie enjoint les troupes américaines et turques à quitter le pays au plus vite

L’ambassadeur de Syrie auprès des Nations unies, Bachar al-Jaafari, a demandé le 22 décembre aux troupes américaines et turques de quitter le pays au plus vite. Damas n'a jamais autorisé Washington ni Ankara à y déployer des forces militaires au sol.

ACT SYRIE US

Présent à Astana (Kazakhstan) le 22 décembre, afin de participer aux discussions sur le règlement politique à la crise syrienne, Bachar al-Jaafari, l'ambassadeur de la Syrie auprès de l'ONU, a prié les troupes américaines et turques de quitter le territoire syrien dans les plus brefs délais.

Damas dénonce en effet régulièrement leur déploiement qui n'a pas été autorisé par les autorités syriennes.

Le 17 mars, le président syrien Bachar el-Assad avait par exemple déclaré à l’agence chinoise Phoenix TV, citée par l'agence syrienne Sana : «Tous les militaires étrangers qui gagnent la Syrie sans invitation, consultation ou permission, qu’ils soient américains, turcs ou autres, sont des envahisseurs

En réaction au lancement d'une opération militaire turque en Syrie incluant des chars, le 12 octobre 2017, Mohamed Ramez Torjmane, le ministère syrien de l'Information, avait réclamé le départ immédiat de ces forces, invoquant une agression flagrante contre la souveraineté et l'intégrité territoriale du pays. La Turquie avait assuré opérer dans le cadre de la mise en application d'une «zone de désescalade», conformément aux accords d'Astana – une justification contestée par Damas. 

En ce qui concerne les troupes américaines présentes sur le sol syrien – dont le nombre ne semble pas clair même pour les officiels américains – le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a fait savoir qu'il n'était pas prévu qu'elles partent pour l'instant. Selon lui, les forces de la coalition attendront pour se retirer que le processus de Genève – au point mort depuis plusieurs années – «ait progressé».

Les forces russes commencent à quitter le pays

L'appel de l'ambassadeur syrien à l'ONU intervient alors que la Russie a entamé, le 12 décembre, le retrait des troupes qu'elle avait commencé à déployer pour combattre Daesh il y a deux ans, à la demande du gouvernement syrien.

Sergueï Choïgou, ministre russe de la Défense, a annoncé ce jour que le retrait de ses unités des forces aériennes, de ses médecins militaires, de ses démineurs, d'un bataillon de police militaire, de 36 avions et de quatre hélicoptères était achevé.

Le 11 décembre, le président russe avait annoncé le début de ce retrait lors de sa visite surprise sur la base militaire de Hmeimim, estimant terminée la mission de soutien des troupes russes au gouvernement syrien. Quelques jours plus tôt, le 6 décembre, Moscou avait annoncé la libération totale de la Syrie des terroristes de Daesh.

La Russie va néanmoins conserver en Syrie son Centre de réconciliation des belligérants, trois bataillons de police militaire, la base aérienne de Hmeimim et la base militaire navale de Tartous, selon des déclarations du 22 décembre du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou. La veille, les députés russes avaient d'ailleurs ratifié un accord entre Moscou et Damas prévoyant l'agrandissement des installations portuaires militaires russes à Tartous.

https://francais.rt.com/international/46765-syrie-exhorte-troupes-us-turques-quitter-territoire

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