jeudi 21 juin 2018

Chomsky signataire d’un appel « progressiste » pour la poursuite de l’implication militaire américaine en Syrie

TRIBUNE LIBRE /  Whitney Webb

TL CHOMSKY SYRIE

Publié le 26 avril 2018 sur Mintpressnews sous sous le titre Chomsky Among “Progressives” Calling for US Military Involvement in Syria

Traduit de l’anglais par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

Dans la mesure où les personnalités les plus progressistes n’appellent jamais ouvertement à une intervention militaire américaine accrue dans un pays extérieur, cette pétition montre que la propagande en faveur de la guerre en Syrie – surtout celle en lien avec la cause kurde – a très habilement réussi à retourner l’opinion de la gauche pacifiste et progressiste sur le sujet.

Lundi dernier, le magazine New York Review of Books a publié une lettre ouverte et une pétition pour se joindre aux pressions occidentales exercées sur la Turquie, pour contraindre cette dernière à mettre fin à l’occupation d’Afrin. La pétition s’opposait aussi à toute incursion ultérieure de la Turquie en Syrie et soutenait l’autonomie du Rojava – cette région du Nord de la Syrie qui s’auto-administre depuis, qu’en 2012, des factions kurdes y ont pris le pouvoir avec l’appui des Etats-Unis. Le texte émane du Comité d’urgence pour le Rojava et a été signé depuis par des personnalités connues, telles que Noam Chomsky et Judith Butler, qui se sont ralliées à son projet de mutualisation des efforts en vue de soutenir les revendications des groupes kurdes.

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Ces revendications portent entièrement sur la politique du gouvernement américain. Elles insistent pour que ce dernier « impose des sanctions économiques et politiques à la Turquie… interdise les ventes et livraisons d’armes entre la Turquie et les pays de l’OTAN… fasse en sorte que le Rojava soit représenté dans les négociations de paix … » et, ce qui semble  le plus paradoxal, « continue de soutenir les Forces Démocratiques Syriennes », ce groupe majoritairement constitué de Kurdes qui a joué les intermédiaires pour l’administration américaine et est suspecté d’avoir procédé à des opérations de nettoyage ethnique en vue de faire aboutir son projet d’Etat ethno-nationaliste kurde au nord de la Syrie.

Les trois premières revendications du groupe paraissent raisonnables, en ce sens qu’elles demandent de sanctionner la Turquie pour son invasion illégale du territoire syrien. Mais elles sont aussi fantaisistes, dans la mesure où l’administration américaine n’a l’intention, ni d’interrompre les ventes d’armes, ni de sanctionner la Turquie, – qu’elle a besoin de courtiser pour empêcher un rapprochement d’Ankara avec la Russie. A ce titre, les Etats-Unis ont prouvé – en refusant de soutenir les Kurdes pendant la bataille d’Afrin – que leur « alliance » avec les Kurdes était purement opportuniste et passait après le maintien de leurs liens  avec la Turquie.

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La troisième revendication a également peu de chances d’aboutir, puisque, la Turquie a estimé d’emblée inacceptable la participation des Kurdes de Syrie aux pourparlers de paix et conditionné sa participation à ces derniers sous forme d’ultimatum : «C’est nous ou eux ». Sans compter les précédentes tentatives d’inviter les Kurdes dans les discussions qui ont été rejetées par des nations occidentales, dont les Etats-Unis, dans leur volonté de ne pas déplaire à la Turquie.

Plus récemment encore, devant l’absence de réaction internationale à l’événement, les Kurdes eux-mêmes ont refusé en début d’année de participer aux négociations sur l’occupation turque d’Afrin. Et même avant cette occupation, les Kurdes de Syrie s’étaient déclarés « non tenus » de respecter les décisions qui pourraient être prises durant les pourparlers, réduisant de ce fait les chances d’aboutir à la paix.

Mais au-delà du caractère irréaliste des trois premières revendications de la pétition, c’est surtout la suivante – celle portant sur la poursuite d’une assistance militaire américaine aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS) – qui est de loin la plus inattendue : en signant cette pétition, des personnalités connues pour leur progressisme revendiquent la poursuite de l’occupation américaine en Syrie et l’accroissement de l’aide militaire et financière aux FDS, qui leur servent de forces intermédiaires sur le terrain.

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Qui se serait attendu à ce que des progressistes aussi engagés appellent un jour publiquement au prolongement d’une occupation militaire américaine ?

La pétition montre également l’effet redoutable que la propagande pour la guerre en Syrie – et surtout celle qui a trait aux Kurdes – a exercé sur la gauche pacifiste.

De fait, les Kurdes de Syrie font l’objet d’un traitement romancé dans la presse occidentale qui les présente comme les “fondateurs de la démocratie la plus avancée au monde” et les pionniers  de l’égalité de genre et des droits des homosexuels. Mais si les Kurdes ont bien instauré des mesures politiques d’avant-garde, la réalité sur le terrain est plus nuancée. Et surtout, « l’aide » américaine au Rojava, que la pétition souhaite voir renforcée, ne bénéficie vraiment ni aux progressistes, ni même aux Kurdes.

Kurdes et FDS : deux entités distinctes

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Depuis la montée en puissance de l’Etat Islamique dans le conflit syrien, les médias occidentaux mettent les Kurdes sur un piédestal et n’ont de cesse de les présenter comme les seuls opposants « véritables » du groupe terroriste. Mais on est peu à peu passé de l’éloge des milices kurdes locales à celui des Forces Démocratiques Syriennes, alors que ces deux entités ne sauraient être plus éloignées.

Bien qu’elles se vantent de compter un nombre important de Kurdes dans leurs rangs, les FDS ne sont pas expressément kurdes et sont en fait l’organisation parapluie de plusieurs milices. Ce qui ne serait pas gênant en soi ; ce qui l’est, c’est l’identité de nombre de ses combattants arabes. L’un des groupes combattant sous la bannière des FDS est par exemple le Conseil militaire de Deir Ezzor (Deir Ezzor Military Council (DMC) – il s’agit d’une organisation dont les combattants,  auparavant affiliés à l’organisation Etat islamique ou à Al-Nosra (groupe affilié à Al-Qaïda) ont été ensuite « retenus » par l’armée américaine dans le nord de la Syrie après s’être rendus aux FDS et autres forces soutenues par l’armée américaine à Raqqa. De plus, des tribus antérieurement alliées avec l’Etat islamique se sont jointes à ces forces aux côtés des FDS au cours de l’année écoulée.

 

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En plus d’abriter dans leurs rangs d’anciens membres de l’Etat islamique et d’autres organisations terroristes, les FDS collaborent également régulièrement avec l’Etat islamique dans le nord-est de la Syrie en s’attaquant à des cibles syriennes et russes. Bien qu’apparemment « ennemis », les Kurdes et l’Etat islamique se sont déjà montrés circulant les uns parmi les autres en toute connivence; et il est même arrivé que les Kurdes coopèrent avec l’Etat islamique sous la coordination des forces spéciales américaines. Ce qui explique peut-être pourquoi, après s’être emparées de Raqqa en juin dernier, les FDS ont laissé les terroristes de l’Etat islamique quitter tranquillement la ville. [1]

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Cette collaboration avec des groupes tels que l’Etat islamique – collaboration que les médias occidentaux ont travestie en un combat contre le terrorisme – a d’ailleurs entraîné des défections importantes de Kurdes au sein des FDS – notamment son ex porte-parole, Talal Silo, qui a accusé l’organisation de pactiser secrètement avec les terroristes.

A côté de ces liens troublants et de leur collaboration avec l’Etat islamique les FDS ont, conjointement avec l’armée américaine, participé à des crimes de guerre en Syrie, et sont accusés d’opérations de nettoyage ethnique qu’ils justifient par leur projet de création d’un Etat ethno-nationaliste kurde dans des zones du nord de la Syrie majoritairement peuplées d’Arabes.

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C’est ainsi qu’au cours de la bataille de Raqqa, les FDS – en lien avec la coalition dirigée par les Etats-Unis – ont commis des crimes de guerre, notamment en recourant à des armes chimiques et en coupant l’approvisionnement en eau de la ville, qui reste  privée d’eau un an après sa « libération ». Les FDS ont également joué un rôle central dans l’opération qui, selon plusieurs estimations, a fait 8000 morts et chassé hors de chez elles plus de 160 000 personnes. Cette opération a rendu 80 pour cent de la ville complètement inhabitable et six mois après la fin des combats, on évalue à 6,000  le nombre de corps encore ensevelis sous les gravats.*

Des journalistes tels que Andrew Korybko ont fait valoir que la population civile de Raqqa était directement visée dans la mesure où il était hautement improbable que ses habitants arabes ou non kurdes, vivant dans une ville dont la population est majoritairement arabe, acceptent de leur plein gré de vivre dans un petit Etat dominé par les Kurdes où ils seraient considérés comme des citoyens de seconde zone, et préféreraient conserver leur statut, au sein de la République Arabe Syrienne. En clair, plutôt que l’Etat islamique, que l’on a laissé s’enfuir et que l’on a ensuite réincorporé au sein des FDS, l’opération visait en partie des civils susceptibles de résister à l’annexion de Raqqa par des Kurdes soutenus par les Américains. Ce qui n’a pas empêché les Nations Unies de déclarer que l’élimination de la population arabe de Raqqa par les FDS avait été une  « nécessité militaire » et ne constituait donc pas une opération de « nettoyage ethnique ».

Les progressistes ont-ils bien évalué les enjeux de cette pétition ?

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La question des FDS mise à part, demander à l’Amérique de continuer à soutenir ce groupe revient à lui demander de prolonger son occupation illégale de la Syrie. Comme déjà expliqué sur le site Mintpress, cette occupation vise à la partition du pays et à mettre le nord-est de la Syrie hors de contrôle du gouvernement central.

Bien que cette partition ait également été un objectif de certains nationalistes Kurdes alliés aux Etats-Unis, qui ont voulu se servir de la division de la Syrie comme d’une rampe de lancement pour un « Kurdistan » indépendant, les Etats-Unis ont clairement indiqué au cours des mois précédents que cette partition du nord-est syrien ne bénéficierait pas autant aux Kurdes qu’aux Sunnites Wahhabites, dont l’idéologie se confond pratiquement avec celle de l’Etat islamique.

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Au début de la semaine dernière, le Wall Street Journal nous informait que John Bolton, nouveau conseiller de Trump à la Sécurité Nationale, travaillait avec les Etats alliés du Moyen Orient à la création d’une « coalition islamique » qui remplacerait les troupes américaines actuellement stationnées dans le nord-est de la Syrie par une armée constituée de soldats venus de l’Arabie Saoudite, du Qatar et de l’Egypte. Cette coalition constituerait une « force de stabilisation » militaire permanente dans la région.

Non contente d’envoyer des militaires arabes mettre de l’ordre dans le Rojava, l’Administration Trump a également sollicité une mise de fonds saoudienne dans la reconstruction de la région. L’Arabie Saoudite – réputée pour son traitement déplorable des minorités ethniques et religieuses et son financement de groupes terroristes tels que l’Etat islamique – et ses alliés du Golfe ne risquent pas de servir la cause des nationalistes kurdes, et encore moins leur “démocratie » directe progressiste ou leur promotion de l’égalité de genre et du droit des homosexuels. Monarchie dictatoriale bien connue  pour sa  répression des femmes et des minorités et pour la mise à mort de membres de la communauté LGBT, l’Arabie Saoudite se situe vraiment aux antipodes des idées que les progressistes occidentaux se font des Kurdes. C’est néanmoins à elle que les Etats-Unis confient les rênes pour gouverner la région de Syrie qu’ils occupent actuellement.

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De fait, en revendiquant la poursuite de la présence militaire américaine en Syrie pour appuyer les FDS, le Comité d »urgence pour le Rojava sape en réalité la cause des Kurdes « progressistes » qu’ils voudraient aider, et favorise au contraire une nouvelle tentative américaine de nation building (reconstruction de nation), qui va probablement aboutir à une enclave wahhabite peu différente d’un « califat » dirigé par l’Etat islamique.

Les efforts du Comité d’urgence pour le Rojava rejoignent d’autres tentatives plus importantes visant à défendre et à prolonger l’engagement militaire américain illégal en Syrie. Certes, cette pétition est destinée aux progressistes occidentaux, qui se sont historiquement opposés aux occupations militaires américaines illégales et aux guerres. Mais le ralliement de membres connus du camp des progressistes à cette pétition prouve que la poussée en faveur d’une intervention « humanitaire » en Syrie est plus forte que jamais.

Whitney Webb

Whitney Webb est rédactrice à MintPress News et collabore avec le site de Ben Swann’s, Truth in Media. Elle intervient sur différents sites tels que l’institut Ron Paul

[1] C’est Arrêt sur info qui souligne en gras

Article original: Chomsky Among “Progressives” Calling for US Military Involvement in Syria

Traduit par Sylvie Jolivet

Crédit image Noam Chomsky: Andrew Rusk/Flickr

Source: https://arretsurinfo.ch/chomsky-signataire-dun-appel-progressiste-pour-la-poursuite-de-limplication-militaire-americaine-en-syrie/

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*Voir notre publication: Raqqa : Guerre d’anéantissement, par Amnesty International

P.G.

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mardi 19 juin 2018

La Colombie, les escadrons de la mort et les droits de l’homme vus par les USA

TRIBUNE LIBRE / Par Dan Kovalik
Paru sur RT sous le titre Colombia, the death squads & the US’ human rights double standard

TL COLOMBIE PROPAGANDE US

Presque quotidiennement, nous sommes bombardés par des « informations » sur des problèmes au Venezuela. Et de fait, problèmes il y a, par exemple des pénuries de nourriture et de médicaments, et une inflation galopante. Mais quelque chose est occulté.

Ce qui est occulté par la presse est l’impact des sanctions sur la situation au Venezuela et la façon dont ces sanctions empêchent le Vénézuela de résoudre ces problèmes.

Ce que la presse omet aussi est que la voisine de palier du Venezuela, la Colombie, fait face à des problèmes humanitaires encore plus pressants. C’est la première alliée des USA dans la région et, étrangement, la toute nouvelle « partenaire mondiale » de l’OTAN en Amérique Latine. Et, les USA sont très largement responsables de ses problèmes aussi, mais de façons différentes.

TOUS LES JOURS

La fait est que, sur plusieurs plans, la Colombie connaît l’une des pires situations quant aux droits de l’homme de la planète, mais vous ne le sauriez jamais en regardant vos infos du soir à la télé.

D’abord, la Colombie détient le record des personnes disparues de toutes les Amériques – même plus que tous les pays du Cône Sud conjugués au cours des années de la « Guerre sale » – à plus de 60 000 personnes.

De plus, la Colombie compte le plus grand nombre de personnes déplacées par des conflits de la Terre, à plus de 7 millions – juste derrière la Syrie. Et un nombre disproportionné de ces personnes déplacées sont indigènes ou afro-descendantes.

Ajoutons que la Colombie se classe cinquième dans le monde pour le nombre d’enfants déplacés par des conflits, avec deux millions de filles et de garçons déplacés. De façon choquante, elle se classe 3ème dans le monde pour le nombre d’enfants assassinés, avec 715 enfants tués au cours de la seule année dernière. Ces statistiques ont mené l’organisation Save the Children à conclure que la Colombie est « l’un des pires pays au monde où être un enfant ou un adolescent ».

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La Colombie compte aussi parmi les pires pays au monde pour y être un activiste tel qu’un défenseur des droits de l’homme, un leader de syndicat, un chef indigène ou un chef afro-colombien. Ainsi, même après la signature d’un traité de paix entre le gouvernement colombien et les guérilleros des FARC en 2016, des activistes sont assassinés à un rythme alarmant. Plus de 200 activistes ont été tués depuis janvier 2017. En outre, 2017 a été la pire année de l’histoire du pays pour les militants des droits de l’homme en Colombie, avec un nombre record de 120 meurtres.

Bien sûr, les USA portent une lourde responsabilité dans cette horrible situation, parce qu’ils ont été les commanditaires de la guerre brutale de la Colombie contre son propre peuple, pendant des décennies, et qu’ils ont fourni des milliards de dollars en aides matérielles à cet effort de guerre. De fait, depuis 2000, les USA ont donné 10 milliards de dollars à la Colombie, principalement en assistance militaire, dans le cadre de son programme de contre-insurrection connu sous le nom de ‘Plan Colombia’. Au cours des années du Plan Colombia, l’armée colombienne a tenté de drainer plus d’assistance militaire américaine en massacrant des civils et en les faisant ensuite passer pour des guérilleros d’extrême gauche. Selon de récentes évaluations, l’armée aurait massacré 10 000 civils dans cette macabre opération de « faux positifs ».

ESCADRONS DE LA MORT 1

Mais les USA sont également derrière une force encore plus sombre que l’armée colombienne – à savoir, les escadrons de la mort paramilitaires colombiens. Bien que ceux qui vivent dans les endroits reculés de la Colombie soient douloureusement conscients de la présence et de la brutalité des paramilitaires, ces derniers sont aujourd’hui un secret bien gardé dans les zones plus aisées des grandes villes de Colombie et encore plus hors des frontières de la Colombie. De fait, les gouvernements américain et colombien démentent l’existence même de ces groupes paramilitaires, et la presse complice se fait également fort de garder le secret.

Récemment, le défenseur des droits de l’homme le plus important de Colombie, le Père Javier Giraldo (Compagnie de Jésus), a parlé du phénomène paramilitaire, dont il est expert. Comme il l’explique, « Nous avons des bras clandestins ou semi-clandestins de l’État, qui sont ces groupes paramilitaires. Aujourd’hui, il n’est plus toléré d’en faire mention en tant que tels, mais je continue de les appeler paramilitaires, parce que c’est le terme approprié. »

ESCADRONS DE LA MORT 2

Le Père Giraldo décrit les origines des escadrons de la mort paramilitaires, une force développée par les USA avant même l’émergence des guérilleros d’extrême gauche en 1964. Comme il l’explique :

« En 1962, quand Guillermo León Valencia était président, une mission de l’armée des USA, d’une école militaire spéciale de Caroline du Nord, est arrivée en Colombie… Ils ont analysé la situation en Colombie et laissé des instructions secrètes, qui donnaient l’ordre au gouvernement colombien de commencer à entraîner des groupes mixtes de civils et de militaires, et de les préparer à des activités terroristes paramilitaires pour combattre les sympathisants du communisme. *

«…  Le président Valencia, le jour de Noël 1965, a édicté le Décret 3398 qui changeait le nom du Ministère de la guerre en Ministère de la défense et autorisait la formation de milices civiles comme auxiliaires des forces armées. C’est la base légale des paramilitaires. »

« … Les États-Unis ont commencé à diriger tout l’appareil de sécurité de la Colombie et de ses agences… d’abord avec 400 officiers de l’armée des USA, aujourd’hui avec au moins 800. Les milices paramilitaires créées à cette époque, avec tous leurs soutiens légaux, ont été réaffirmées. »

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Bien sûr, comme le Père Giraldo l’a expliqué en de nombreuses occasions, les « sympathisants du communisme » ciblés par les paramilitaires sont les leaders syndicaux, les défenseurs de droits de l’homme, les leaders paysans et les prêtres catholiques qui prennent la défense des pauvres. Pour les prêtres catholiques, plus de 80 d’entre eux ont été assassinés depuis 1984 pour le crime d’avoir pris le parti des pauvres.

A cause de l’augmentation des meurtres de ces leaders sociaux et des déplacements forcés de masse après le désarmement des FARC, il devient plus évident que jamais que les paramilitaires ont la part du lion des violations des droits de l’homme en Colombie. Mais encore une fois, vous n’en sauriez rien en lisant votre presse habituelle ou en regardant les infos du soir à la télévision. Et les Colombiens qui souffrent sous le joug de ces paramilitaires sont douloureusement conscients de l’omerta dont ils font l’objet.

Encore récemment, quand j’étais en Colombie pour le premier tour des élections présidentielles, notre délégation a rencontré des résidents de la bourgade de Suarez (Département Cauca), qui venaient de perdre trois des leurs à cause de la violence paramilitaire. Un des membres de la communauté nous a demandé d’un ton désespéré, « Qu’est-ce que nous pouvons faire pour que le monde soit au courant de la poursuite de l’existence des paramilitaires ? » Je lui ai répondu que c’est ce que nous tentons de faire, mais que peu de gens nous écoutent.

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Pendant notre séjour en Colombie, un coordinateur de campagne pour un candidat à la présidence, Gustavo Petro, a été assassiné par des paramilitaires à la veille des élections. Le groupe paramilitaire connu sous le nom « Aguilas Negras » (les aigles noirs) avait menacé les partisans de la candidature de Petro quelques jours avant le vote du 27 mai.

Si la crise humanitaire et politique recevait ne fût-ce qu’une partie de l’attention portée par les médias à son voisin, le Venezuela, les gouvernements des États-Unis et de la Colombie auraient au moins une motivation pour améliorer la situation et poursuivre les groupes paramilitaires qui continuent de hanter le pays. Le silence presque complet sur le degré affolant de violence en Colombie est l’une des clés de la perpétuation de cette violence. De fait, les paramilitaires ont toujours dépendu de leur capacité à opérer dans l’ombre, et la presse occidentale se fait un devoir de les aider à cet égard.

Dan Kovalik enseigne le Droit humanitaire international à université de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Il a écrit ‘The Plot to Attack Iran.’

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay

* Note de la traduction : La tactique des milices paramilitaires a été appliquée par les USA contre le « communisme » ailleurs en Amérique du Sud. Par exemple, en Bolivie, dans les années 1970-80, l’un de ces groupes paramilitaires (et de trafiquants de drogue, tout comme en Colombie) était dirigé par un nom bien connu en France, l’ancien chef de la Gestapo de Lyon Klaus Barbie, qui avait été exfiltré en Argentine, puis en Bolivie après la guerre. Voir l’article Cocaïne : Klaus Barbie, les USA et la connexion nazie

http://www.entelekheia.fr/2018/06/09/la-colombie-les-escadrons-de-la-mort-et-les-droits-de-lhomme-vus-par-les-usa/

samedi 16 juin 2018

Europe : Jupiter, sacré Charlemagne ! [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

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Voici un article de fond qui a le mérite de la lucidité et qui fait le point sur l'audace peu réaliste du projet macronien de "souveraineté européenne". Même si l'auteur semble s'accrocher malgré tout au "rêve européen", la longue liste des difficultés à affronter se suffit à elle- même pour en démontrer l'inanité. Et comme en plus, c'est plutôt bien écrit, on tirera quelques profits de cette réflexion en forme de "point d'étape" à un moment crucial pour l'histoire de ce "machin" comme l'appelait De Gaulle.   P.G.

TL EUROPE SOUVERAINTE

TRIBUNE LIBRE / Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 21-05-2018

« La constance d’une habitude est d’ordinaire en rapport avec son absurdité » nous rappelle Marcel Proust dans la Prisonnière ! S’il y a bien un sujet de politique internationale sur lequel le président est constant, c’est bien celui de la construction européenne. Un an après sa prise de fonctions, il en est déjà à son quatrième discours, sa quatrième homélie sur le sujet, son cheval de bataille sur la scène extérieure : Athènes (Pnyx), Paris (Sorbonne)1, Strasbourg (parlement européen)2 et, dernière en date, Aix-la Chapelle pour y recevoir, le 10 mai 2018, le prestigieux prix Charlemagne destiné à récompenser sa foi européenne et cela des mains de la chancelière allemande, Angela Merkel3 (cette distinction n’était-elle pas prématurée en raison du peu d’échos de ses propositions précédentes ?).

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Il y reprend ses thèmes favoris avec le pouvoir de conviction d’un curé en chaire. Malheureusement, en dépit de la brièveté relative de son nouveau sermon, les officiants sont de moins en moins croyants, de plus en plus agnostiques dès qu’il s’agit d’aller de l’avant dans le perfectionnement du projet européen : « une Union européenne sans cesse plus étroite ». La foi n’y est plus. En dépit d’un propos plus ramassé, le discours d’Aix-la-Chapelle demeure un radotage stérile de banalités qui suscite une grande réserve de nos partenaires européens, faute d’un grand débat stratégique conduit sur le long terme et dans la plus grande discrétion.

UN RADOTAGE STÉRILE DE BANALITÉS

Emmanuel Macron « remplace l’exercice effectif du pouvoir par l’exercice symbolique du pouvoir basé sur sa communication, sa prestance, son autorité et son image à l’international… Dans le cas de Macron aussi les slogans prennent souvent le pas sur l’action réelle »4. Tel est le cas de son brillant discours lyrique à Aix-la-Chapelle sur le plan rhétorique. Comment le président de la République déroule-t-il son raisonnement devant ce parterre d’éminentes personnalités toutes acquises de manière inconditionnelle à la cause européenne ? De manière assez classique pour tout diplomate confronté à un problème auquel il doit tenter d’apporter une réponse, la moins mauvaise à défaut de la meilleure. Comme disait Goethe, « le but, c’est le chemin ».

Le constat : le mal européen du doute

Fort justement, Emmanuel Macron part d’une réflexion de bon sens. Depuis longtemps, l’Europe vit sur un mythe, un rêve, celui selon lequel elle nous a permis de vivre le miracle de 70 ans de paix entre les ennemis héréditaires d’hier. Cette pétition de principe doit être tempérée. D’une part, parce que cette période ne fut pas toujours un long fleuve tranquille pour certains peuples confrontés à la guerre, à la guerre civile, au génocide, au totalitarisme, au nationalisme, à la sujétion militaire ou politique. D’autre part, parce que le mythe de ces 70 ans de paix suppose une Europe parfaite « dont nous n’aurions qu’à soigner l’héritage ». Or, il n’en est rien tant notre continent est « toujours traversé par l’histoire et par le tragique de l’histoire ».

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À l’inertie de la routine, il faut, sans cesse, opposer le mouvement de la volonté afin de réinventer l’espérance dans l’idéal européen, celui du premier récipiendaire du prix Charlemagne en 1950, Richard de Coudenhove-Kalergi qui avait dit de l’Europe qu’elle était le « retour du rêve carolingien » : unité voulue, concorde conquise sur les différences et vaste communauté évoluant dans la même direction. Or, ce beau rêve est aujourd’hui rongé par le doute. Ce qui nous conduit à effectuer un choix : « le faire vivre ou le laisser mourir ».

Les remèdes : le volontarisme de l’intelligence

En fin lettré qu’il est, le président de la République propose quatre réponses à ce mal, réponses qu’il qualifie de « convictions, de commandements, d’impératifs catégoriques d’action ». Nous sommes à la fois dans le dogme, la philosophie et le religieux.

La première est ne soyons pas faibles et ne subissons pas. Il appartient aux dirigeants européens de ne pas fuir leurs responsabilités, de ne pas accepter « la tyrannie des évènements ». Emmanuel Macron revient, une fois encore, à l’idée qui lui tient à cœur, celle de l’autonomie de l’Union qui a pour nom « souveraineté européenne ». Cette capacité de choix autonome s’impose dans le domaine numérique (le chef de l’État en profite pour saluer l’adoption par le parlement européen d’un règlement général sur les données personnelles) ; le domaine climatique (cela suppose un politique ambitieuse et coopérative pour ne pas laisser le soin à d’autres de décider à notre place de l’avenir de la planète) ; dans le domaine du multilatéralisme international dont les Européens sont co-dépositaires(ils ne doivent pas céder à la menace de ceux qui souhaitent en redéfinir la grammaire) ; la paix et la stabilité au Proche et Moyen-Orient (l’Europe a fait le choix de la construire face à ceux qui ne respectent pas leur parole) ; les défis migratoires qu’il nous appartient de relever grâce à une politique européenne ambitieuse (concertée avec les pays du sud de la Méditerranée et d’Afrique)… Pour toutes ces raisons, le président de la République insiste sur l’importance de la souveraineté européenne pour faire de l’Europe « une puissance géopolitique, commerciale, climatique, économique, alimentaire, diplomatique propre » afin de ne pas laisser d’autres puissances y compris alliées de décider à notre place ce que doivent être notre sécurité et notre diplomatie.

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La deuxième est ne nous divisons pas. Face à la tentation, grande en cette période de trouble, de repli sur soi et de nationalisme, il importe de réagir collectivement après le coup de semonce que fut le Brexit et la musique du nationalisme que l’on entend en Pologne, en Hongrie, en Italie5. Luttons collectivement contre les fractures entre le nord et le sud, l’est et l’ouest ! Notre solution, c’est l’unité mais aussi la voie de la réforme, celle qui a si bien réussi à l’Allemagne mais que la France emprunte désormais contrairement à ce qui est dit. La France fait ses réformes « tant et tant attendues » et elle continuera de les faire. L’Europe ne peut plus se permettre le luxe de vivre sous le règne « d’hégémonies successives ». Elle doit s’engager sur la voie de la solidarité avec une zone euro plus forte, plus intégrée avec un budget propre permettant les investissements et la convergence. Sur ce sujet, reconnaissons-le humblement, Emmanuel Macron fait preuve de constance dans la défense de ses idées.

La troisième est n’ayons pas peur du monde dans lequel nous vivons, n’ayons pas peur de nos principes. La pire des réponses aux colères des peuples consisterait à céder les valeurs de l’état de droit qui fondent le Conseil de l’Europe et l’Union européenne. Nous devons rester fidèles à « la volonté de l’intelligence, à la volonté de la culture ». À cet égard, le président de la République propose la création d’une « Académie européenne de la culture », le combat pour des universités européennes. Selon lui, l’Europe doit avoir une dimension esthétique, intellectuelle et critique sur laquelle nous sommes attendus par le Proche et le Moyen-Orient et l’Afrique. L’Europe ne doit pas se contenter d’une souveraineté européenne mais elle doit porter le multilatéralisme, les règles pour le monde entier. Elle doit avoir une vision du monde qu’elle porte en son sein. L’Europe nouvelle et plus forte doit porter cette part d’universel qui est aujourd’hui entre ses mains. Face à Angela Merkel qui le recevait, le principal message du chef de l’État était adressé à la chancelière allemande qu’il a exhorté à l’appuyer dans son projet ambitieux de réforme de l’Europe.

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Il est revenu sur son idée maîtresse : Berlin doit accepter un budget de la zone euro et à sortir du « fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux parce qu’ils sont toujours faits aux dépens ce certains autres »6. Le moins que l’on puisse dire est que le propos est u peu inélégant pour la chancelière qui l’accueillait sur le territoire allemand7. Selon le volatil, il en aurait rajouté une couche lors de son séjour au fort de Brégançon : « Il faut secouer le cocotier. Il faut même secouer le ministre des Finances (Olaf Scholz), pourtant social-démocrate mais qui ne nous aide pas beaucoup. Lui aussi est dans le fétichisme des excédents ! ».

La quatrième est n’attendons pas. La procrastination serait la pire des solutions dans le contexte actuel. Le choix de l’Europe que nous ferons sera aussi celui de l’Occident. Jupiter se livre à un vibrant plaidoyer pour une Europe aux règles claires qui permette à ceux qui le souhaitent d’avancer sur la base du plus grand dénominateur commun et non celle du plus petit à la dernière minute. C’est ainsi que sera renouvelée l’Europe qui protège ses citoyens8. Osons faire ce choix qui sera à la hauteur de nos histoires. En un mot, Emmanuel Macron privilégie le volontarisme à l’inertie mortifère en cette période de repli sur soi.

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Pour conclure son propos, le président de la République invite à faire vivre cette utopie qu’est l’Europe et à dessiner dès maintenant les trente années à venir. L’Union est tout sauf une évidence en raison de sa fragilité. Continuons à écrire cette partition inachevée qui est la nôtre. Le lyrisme est toujours au rendez-vous avec Jupiter.

UNE GRANDE RÉSERVE DE NOS PARTENAIRES

A l’inventaire à la Prévert du discours de la Sorbonne, Jupiter privilégie à Aix-la-Chapelle, le discours de la méthode cher à René Descartes. Comme toujours dans les relations internationales, il existe un fossé important entre idée généreuse et action concrète.

Une réserve de principe : l’Europe à la française

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Le moins que l’on puisse dire est que le projet macronien – dans ses différentes versions – ne suscite pas l’enthousiasme des 27/28 tant la logique qui le sous-tend n’est pas partagée par nos partenaires. Ils y décèlent une volonté française d’imposer ses idées (celle d’une « Europe puissance », terme employé à Aix-la-Chapelle) et son leadership (en lieu et place du couple franco-allemand). Ils estiment, par ailleurs, que le temps n’est pas venu de procéder à une réforme de telle ampleur au moment où les eurosceptiques tiennent le haut du pavé, l’Union est fracturée entre le nord et le sud, l’est et l’ouest. À la limite, les partenaires de la France préféreraient une pause destinée à s’entendre sur la finalité du projet (Europe zone de libre-échange à l’anglo-saxonne ou Europe puissance à la Française) et la méthode choisie pour y parvenir (fédérale ou non). Or, nous en sommes loin. De sommet européen en sommet européen, les questions fondamentales sont mises sous le tapis et l’on continue à se quereller sur des vétilles.

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C’est le poids de la photo de famille et le creux des mots tant les désaccords sont profonds entre les membres de ce cénacle ingouvernable tant fait défaut l’affectio societatis. Or, le discours d’Emmanuel Macron – si brillant et si lyrique soit-il – ne répond pas de manière concrète à toutes ces questions existentielles que soulève son projet de réforme chez nos partenaires. La réforme de l’Europe ne pourra pas se faire sans compromis, telle est la réalité diplomatique dans ce qu’elle a de plus crue9. L’objectif premier de la réforme est de rétablir la confiance entre Européens par la voie du dialogue et non par celle du soliloque. Si initiative franco-allemande, il doit y avoir – ce qui est loin d’être assuré -, elle devra impérativement tenir compte des intérêts et des avis des autres partenaires. La verticalité du pouvoir au niveau hexagonal atteint rapidement ses limites au niveau européen. Elle est même un facteur jouant en la défaveur de la France dans son projet de porter les réformes de l’Union.

Des réserves ponctuelles : l’Europe n’a pas soif d’Europe

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Des obstacles juridiques. Le principal tient au concept défendu par Emmanuel Macron, celui de « souveraineté européenne ». Or, quoi qu’en dise Jupiter, l’Union européenne n’a ni les structures, ni le rôle d’un État et ne peut donc pas exercer une souveraineté sur les États membres. Par ailleurs, le titre premier de la Constitution française du 4 octobre 1958, qui comporte trois articles, est intitulé : « De la souveraineté ». L’article 3 est ainsi libellé : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». L’article 5 prévoit que :

« Le Président de la République veille au respect de la Constitution ».

La conséquence est qu’un État ne peut exister et vivre sous une double souveraineté puisqu’elle est, selon les termes du Petit Robert « le caractère d’un État ou d’un organe qui n’est soumis à aucun autre État ou organe ». Aucune ambiguïté, s’il persiste dans son idée de « souveraineté européenne », le président devra rapidement faire modifier la Constitution (par voie référendaire ou par celle du Congrès avec une majorité qualifiée). Si tel était le cas – à notre connaissance, une telle disposition ne figure pas dans le projet de réforme constitutionnelle – la France appartiendrait aux « États-Unis d’Europe »10. Comme dirait Jean-Jacques Bourdin, les Français veulent savoir !

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On comprend que l’obstacle juridique est de taille. Aucun de nos partenaires européennes n’a donné son accord à pareil saut qualitatif dans la construction européenne. Dont acte ! À titre d’exemple, le secrétaire d’État irlandais auprès du ministre des Finances s’oppose à une harmonisation de la fiscalité (voulue par la France à propos des géants du numérique dont le siège est à Dublin) rappelle fort justement que « la fiscalité relève de la compétence nationale, pas de la commission européenne… Encore une fois, il y va de la souveraineté nationale »11. L’Union européenne voit ses compétences définies par des traités internationaux ratifiés par les parlements et non par des chimères, fussent-elles jupitériennes ! Notre brillant chef de l’État envisage-t-il de faire modifier les traités européens afin de les mettre en cohérence avec ses idées baroques ? Lé réponse est dans la question. En France même, l’idée européenne inspire de plus en plus de réticences de la part des citoyens12. Sans parler de Berlin qui se méfie d’une France qui est réticente à se réformer et à remettre de l’ordre dans ses finances publiques13.

Des obstacles diplomatiques. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont nombreux. Outre, le chacun pour soi, qui semble être le principe cardinal du mode de fonctionnement de l’Union européenne, et sans parler du déficit de consensus entre Berlin et Paris14, le molosse bruxellois est divisé, fracturé sur tous les grands sujets qu’il doit traiter : périmètre et identité de l’Europe ; statut de la zone euro qui oppose Allemagne et France ; circulation des personnes en lien avec la crise migratoire ; Europe de la défense et de la sécurité, taxation des GAFA15

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Pour ce qui est de la sphère proprement diplomatique, nous touchons au summum du vide de la pensée et de l’action avec l’existence d’une transparente ministre européenne des Affaires étrangères à la tête d’un pléthorique service européen d’action extérieure (SEAE). Hubert Védrine résume à la perfection le défi insurmontable que l’Europe doit relever en la matière : « En attendant Godot, nos jeunes et brillants diplomates filent vers un ‘service diplomatique européen’ richement doté, mais chargé d’une tâche surhumaine : assumer l’action extérieure d’une Union sans positions communes, sans armées et sans idéal. Sous l’égide d’une non-personnalité »16. N’a-t-on jamais vu les membres de l’Union européenne adopter une position commune sur les relations avec les États-Unis (sur le commerce, l’accord nucléaire iranien, la défense en rapport avec l’OTAN…), avec la Russie (sur la Syrie) et la Chine (sur le protectionnisme), sur le conflit en Syrie, sur le conflit israélo-palestinien… et la liste n’est pas exhaustive ?

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Dernier exemple en date, l’Union européenne est apparue désunie sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël à tel point que des diplomates européens étaient présents à l’inauguration de l’ambassade américaine dans cette ville le 14 mai 201817. À quoi peuvent donc bien servir les innombrables réunions du COPS, du RELEX, du COREPER et autres bidules qui prolifèrent comme du chiendent à Bruxelles sans parler des réunions des ministres des Affaires étrangères et de leurs collaborateurs en charge des questions européennes. Une machine qui tourne à vide et qui ne fait que de la procédure, faute de pouvoir traiter sérieusement des questions de fond.

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Et même des sommets informels des chefs d’État et de gouvernement, le dernier en date étant celui de Sofia (16-17 mai 2018) ! Il se murmure que les propos contre les États-Unis après leur retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et la menace de sanctionner les sociétés européennes intervenant en Iran auraient été virils : « À voir les dernières décisions du président Trump, on pourrait penser qu’avec des amis pareils (l’Europe) n’a pas besoin d’ennemis. À vrai dire, il faudrait le remercier : grâce à lui, nous sommes débarrassés de nos illusions…» a déclaré le président du Conseil européen, le polonais, Donald Tusk. Mais, le président de la Commission européenne, le luxembourgeois, Jean-Claude Juncker de tempérer aussitôt les ardeurs de son collègue : « Il ne faut pas se voiler la face, nos moyens sont limités »18. Quant à l’Allemagne, première économie exportatrice de l’Union, elle serait tétanisée par les risques d’une guerre commerciale et privilégierait la voie du compromis, pour ne pas dire celle de la compromission.

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Le plan B européen sur l’Iran (création d’une chambre de compensation en euros), ce n’est pas encore pour demain en dépit des coups de menton de la girouette qui a pour nom Bruno Le Maire19. Comme dirait l’autre, courageux mais pas téméraires les Européens dans leur immense majorité. Même si l’on nous annonce que la Commission européenne active le 18 mai 2018 un processus de blocage des sanctions américaines (le « blocking status » de 1996, créé à l’origine pour contourner l’embargo sur Cuba). Étant précisé que des doutes subsistent sur son efficacité. Si au moins, toute cette mauvaise farce avait fait découvrir à l’Union européenne l’existence d’un nouvel État voyou ayant pour nom États-Unis20.

Emmanuel Macron a dans la foulée salué l’unité et la fermeté des Européens. En Iran, « notre intérêt premier n’est pas un intérêt commercial ou d’entreprises, il n’est pas de prendre parti pour tel ou tel camp, il est d’assurer la stabilité », a insisté le président français. La volonté française d’élargir l’accord de 2015 pour traiter la question du nucléaire après 2025, le programme balistique et l’influence régionale de l’Iran est partagée par les Européens, a-t-il ajouté. « Nous n’allons pas enclencher une guerre stratégico-commerciale avec les Etats-Unis sur le cas de l’Iran », a-t-il poursuivi. « On ne va pas sanctionner ou contre-sanctionner des entreprises américaines pour répondre sur ce sujet-là, ça n’aurait pas de sens (…) parce que l’objectif final est quand même d’avoir cet accord large ». Emmanuel Macron a, dans le même temps, reconnu que les décisions américaines vis-à-vis de l’Iran et des entreprises européennes qui y opèrent « vont favoriser la position russe et chinoise dans la région »21. Jupiter déclare, une fois de plus tout et son contraire.

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Il faut se rendre à l’évidence, les Européens n’ont jamais voulu et ne veulent toujours pas d’une « Europe puissance » à la française22, surtout s’il lui venait la bonne idée de se lancer dans un bras de fer sur la durée avec l’Amérique. Force est de reconnaître que cette posture est un leurre, une fuite irréversible dans l’utopie. Elle relève principalement de la gesticulation et de la communication. L’heure de vérité est proche. Nous y sommes presque et l’atterrissage risque d’être brutal dans un avenir proche dans un contexte de repli sur soi et de défiance croissante vis-à-vis de l’Europe. Telle est la dure réalité à laquelle il convient de s’atteler au plus vite au lieu de galoper dans les nuages.

« Emmanuel Macron prétendait être le héraut de l’Europe en marche ; il incarne de plus en plus l’Europe en panne »23.

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On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. L’ancien président de la République, François Hollande croque parfaitement le personnage de son successeur au moment où il lui passe le relais : « Je sens qu’il croit à son étoile. C’est toujours une force de disposer d’une grande confiance en soi, de sa capacité, jusqu’au moment où elle ne suffit plus. L’audace est un atout précieux mais elle ne doit jamais se départir de la luciditéEmmanuel Macron se fera fort ensuite de modifier la position américaine. Pour lui, une volonté clairement affirmée et beaucoup de séduction pourvoient à tout. C’est sa méthode »24. On a vu ce qu’il en est advenu lorsqu’il s’est agi de convaincre Donald Trump le pyromane de ne pas s’écarter de l’accord sur le climat et de celui sur le nucléaire iranien. Il est difficile d’imaginer, aujourd’hui du moins, comment le pouvoir de séduction d’Emmanuel Macron parviendra à surmonter les réticences nombreuses de ses partenaires sur l’essence même de son projet de refondation présentée à la Sorbonne. À ce jour, les réactions sont au mieux prudentes, au pire très réservés25.

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Si le président de la République entend redonner à la France toute sa place dans le concert des nations – qui pourrait l’en blâmer -, on ne saisit pas encore autour de quoi et contre quoi, il entend porter son projet européen26. Comment entend-il « structurer l’avenir » comme se plait à le souligner Dominique de Villepin ? On ne distingue pas encore les soutiens dont il dispose pour l’épauler dans son difficile combat contre l’inertie27. Un an après que l’Ode à la joie ait retenti dans la cour du Louvre, l’Europe ne pourrait-elle pas devenir le talon d’Achille d’Emmanuel Macron tant il a pris du retard sur tous les chantiers de sa refondation sorbonienne ?28

Dans l’entourage proche du président de la République, on explique que l’attribution de ce prix Charlemagne doit être considérée comme un « encouragement à agir »29. Dont acte ! Mais, il faut en finir avec le déni de réalité et en revenir au réel. « C’est tout simplement l’heure de vérité démocratique pour un projet historique qui court à sa perte s’il n’est pas fondamentalement redéfini »30. On ne saurait mieux dire. Il ne suffit pas que Jupiter enfile l’habit européen et soit sacré Charlemagne pour que sa réforme soit automatiquement portée sur les fonts baptismaux de l’église bruxelloise.

Guillaume Berlat
21 mai 2018

1 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
2 Guillaume Berlat, Jupiter souverain européen en son royaume, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 avril 2017.
3 Transcription du discours du Président de la République, Emmanuel Macron lors de la cérémonie de remise du prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, 10 mai 2018, www.elysee.fr , 11 mai 2018.
4 Marcel Gauchet (propos recueillis par Alexandre Devecchio), « L’article un du macronisme, c’est l’européisme », La Figaro Magazine, 11 mai 2018, pp. 42 à 45.
5 Éditorial, Italie : un nouveau défi mortifère posé à l’Europe, Le Monde, 18 mai 2018, p. 20.
6 Alexis Fertchak, Macron exhorte Merkel à réformer l’Europe, Le Figaro, 11 mai 2018, p. 5.
7 Sacré Charlemagne, Le Canard enchaîné, 16 mai 2018, p. 2.
8 Hervé Nathan, L’Europe piégée, Marianne, 4-10 mai 2018, p. 22.
9 Janis Emmanouilidis, La réforme de l’Europe ne pourra se faire sans compromis, Le Monde, 3 mai 2018, p. 7.
10 Francis Demay, La souveraineté européenne n’existe pas, Marianne, 4-10 mai 2018, p. 59.
11 Michael d’Arcy, « L’Europe risque de déclencher une guerre fiscale », La Croix, 14 mai 2018, p. 12.
12 Mathilde Siraud, Quand Édouard Philippe défend l’Europe face à un public sceptique, Le Figaro, 27 avril 2018, p. 3.
13 Nicolas Barotte, UE : le plan de Macron à l’épreuve de Berlin, Le Figaro, 19 avril 2018, p. 6.
14 Cécile Ducourtieux/Thomas Wieder, Europe : la tentation allemande du chacun pour soi. L’Allemagne lâche-t-elle la France sur l’Europe ?, Le Monde, Économie & Entreprise, 5 mai 2018, pp. 1 et 3.
15 A.G., L’Europe divisée sur la taxation des GAFA défendue par la France, Le Figaro économie, 30 avril 2018, p. 17.
16 Hubert Védrine, Compte à rebours, Fayard, 2018, pp. 55-56.
17 Jean-Pierre Stroobants, L’UE désunie sur la reconnaissance de Jérusalem, Le Monde, 16 mai 2018, p. 3.
18 Cécile Ducourtieux/Jean-Pierre Stroobants, Les Européens déterminés à tenir tête à l’allié américain, Le Monde, 18 mai 2018, p. 3.
19 Dominique de Rambures, Iran : un plan B pour les Européens, Le Monde, Économie & entreprises, 18 mai 2018, p. 7.
20 Jack Dion, Le jour où l’Europe a découvert l’Amérique, Marianne, 18-24 mai 2017, p. 54.
21 Iran : l’UE s’apprête à lancer un processus de blocage des sanctions américaines, www.lefigaro.fr , 17 mai 2018
22 Hubert Védrine, « Travaillés par le remords, les Européens ont peur de la puissance », Le Figaro, 26 avril 2018, p. 14.
23 Nicolas Baverez, Europe : le rêve brisé d’Emmanuel Macron, Le Figaro, 23 avril 2018, p. 19.
24 François, Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, pp. 16 et 17.
25 Alexis Feertchak, Un chef de l’État en attente de résultats sur l’Europe, Le Figaro, 12-13 mai 2018, p. 2.
26 Guillaume Roquette, Un an après, on ne distingue pas encore la vraie ambition d’Emmanuel Macron pour le pays, Le Figaro Magazine, 4 mai 2018, p. 4.
27 Nicolas Prissette, Europe, qui veut bien être l’ami de Macron ?, Marianne, 27 avril-3 mai 2018, pp.18-19-20.
28 Jean-Jacques Mével, Macron passé au crible. Union européenne : un président français en panne d’Europe, Le Figaro, 5-6 mai 2018, p. 5.
29 Vite dit !, Le Canard enchaîné, 16 mai 2018, p. 8.
30 Hubert Védrine, Comptes à rebours, Fayard, 2018, p. 223

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 21-05-2018

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mardi 12 juin 2018

Les Rojavistes à Millau compte-rendu

TRIBUNE LIBRE / Vincent Lenormant

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Salut à tous

Je suis parti à la rencontre de 3 volontaires révolutionnaires ayant combattu au sein des YPG, dans le cadre d'une tournée organisée par Alternative Libertaire pour permettre à ces camarades de "donner leur point de vue sur la dynamique émancipatrice, ses limites, son potentiel, et l’indispensable solidarité internationale."

http://www.alternativelibertaire.org/?Tournee-AL-2018-Kurdistan-Revolution-Autogestion

J'avais imprimé un petit texte que j'ai commencé par distribuer à tout le monde :

Depuis 4-5 ans, certaines organisations se revendiquant de l’anarchisme soutiennent les combattants des YPG/YPJ au point d’envoyer argent et combattants en Syrie.
Rappelons donc quelques faits :

1) les YPG/YPJ kurdes sont la composante majoritaire des Forces Démocratiques Syriennes, créées, armées et commandées par les USA.

2) le « Rojava » est en dehors du Kurdistan. Il suffit de regarder n’importe quelle carte des zones de peuplement kurde pour le constater.

3) l’objectif affiché des FDS est de séparer la zone située au nord de l’Euphrate du reste de la Syrie. Les FDS ont permis aux USA de construire de nombreuses bases militaires dans le nord de la Syrie, où sont également présentes les forces spéciales françaises, en toute illégalité.

4) On trouve dans ces régions de nombreux gisements de pétrole et de gaz.

5) les USA se servent de l’idéologie libertaire pour recruter des supplétifs afin de couper la Syrie en deux et créer un nouvel état dont ils seront maîtres

6) Israël est également favorable au « Rojava ». Même si la propagande rojaviste présente l’Iran et la Syrie (et bien sûr la Russie) comme les pires menaces pour cette région sans évoquer Israël ou l’Arabie Saoudite, on peut légitimement considérer que ce sont ces pays-là, chapeautés par les USA, qui ont le plus nui aux peuples du Moyen-Orient.

Comment accepter les armes et l’autorité du pays qui a causé la mort d’un million d’Irakiens, et qui a financé en Syrie des groupes djihadistes ?

Inciter de jeunes anarchistes à partir se battre en Syrie sous les ordres des USA et aux côtés de l’armée française est une ignominie. En Syrie, ils obéiront à des ordres et ne connaîtront pas leurs véritables objectifs. Il n’y a pas de place pour le « communisme libertaire » actuellement en Syrie ; il n’y a que la guerre, ses morts pour rien, ses manipulations, ses tromperies.

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Tout le monde a lu cela avec beaucoup d'attention, j'ai entendu des espagnols en parler en disant que tout prenait sens, que c'était évident. Mais personne n'est venu m'en parler à ce moment.

La soirée a commencé avec la projection d'un film-publireportage sur le Rojava, où l'on voit très bien que le Rojava ne remet en cause ni le capitalisme, ni la propriété des moyens de production, ni les traditions claniques, et qui n'évoque jamais le soutien US.

Ensuite les 3 révolutionnaires sont entrés en scène. Deux français entre 20 et 25 ans, chétifs, avec des têtes de lycée Sainte-Croix-du-Privilège-Blanc, et un étasunien aussi jeune mais un peu moins malingre. J'avais assisté il y a un an à un "live facebook" en direct du Rojava, je crois qu'un des français et le zunien y étaient. Ils parlaient comme des hipsters et ont passé beaucoup de temps à exhiber leurs armes avec jubilation.

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Les 3 guerriers ont alors commencé un discours très, très long, ne laissant la place à aucune intervention. Ils ont commencé par parler des femmes, puis de l’organisation du PYD et du "Rojava". Ca a bien duré deux heures, pendant lesquelles on a pu apprendre par exemple que les commandants des YPG étaient exemptés de travaux ménagers, pas par privilège, mais parce qu'ils n'ont pas le temps.

A la toute fin, ils ont dû passer aux questions. Je leur ai donc demandé ce qu'ils pensaient de mon texte, et s'ils voulaient y répondre. Le plus malingre des français m'a alors dit que je n'étais qu'une PETITE MERDE, et probablement un "assadiste". J'ai pris sur moi pour ne pas réagir violemment et le laisser seul avec sa crasse. Il a peut-être compris la seconde d'après qu'il valait mieux éviter de passer pour un petit faf devant les spectateurs médusés... en tous cas ses camarades ont essayé de faire comme s'ils étaient ouverts au dialogue. Ils m'ont alors fermement affirmé que les FDS n'étaient pas une création des USA, mais du PYD. Ils ont poursuivi en disant qu'à Afrin ils s'étaient battu contre la Turquie donc contre l'OTAN. Après quelques autres questions incrédules d'autres participants, le débat fut rapidement clos.

Plusieurs personnes vinrent alors me féliciter ou me poser des questions, et même le patron du bar qui accueillait l'événement, dont je craignais la réaction, m'a payé un coup et a laissé mes papiers sur son comptoir toute la soirée.

N'hésitez pas à partager ou faire de même !

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/06/les-rojavistes-a-millau-compte-rendu.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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Dommage en effet qu'il n'y ait pas eu de débat, car, au- delà de l'instrumentalisation de supplétifs "gauchistes" par les Américains, ce qui n'est pas une nouveauté, il y a quand même la question kurde qui est rarement évoquée, et qui explique bien des alliances désastreuses dans la région...   P.G.

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vendredi 8 juin 2018

Au « 8-9 Café Pro » à Limoges, on a parlé développement économique, French Tech et « Now 2018 »

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Une délégation de l'UPR avait lancé une opération sur le thème de la sauvegarde du français et pour dénoncer les mots étrangers !
Et là, on tient le pompon !
On a le premier prix !!!!   S.R.

La troisième édition du « 8-9 Café Pro » s'est déroulée ce mardi à la Giraffe.

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On a parlé développement économique mardi matin, à la Giraffe, espace de coworking situé rue Haute-Vienne, à Limoges lors du troisième « 8-9 Café Pro ». Organisé par le Populaire du Centre en partenariat avec Engie, Limoges Métropole, la Banque Populaire Centre Atlantique, ce rendez-vous mensuel avait pour invité Gaston Chassain, vice-président de Limoges Métropole.

Ce dernier a passé en revue les différentes zones d'activités existantes et les possibilités pour les entreprises de s'y installer. La zone nord, la zone sud sont déjà toutes deux bien remplies, le parc Ester où il reste de la place et la zone d'Ocealim (dont le dernier terrain a été vendu cette semaine). Gaston Chassain a également parlé du parc des portes de Feytiat où il y a encore quelques possibilités et la Grande pièce, la dernière réalisation, où se situe la SOPCZ. « Tous les terrains ont été vendus. Mais entre le moment où on pense à s'installer et le moment où on y est, 7 ou 8 ans se passent...» 

Deux entreprises s'installent

Gaston Chassain annonce également avoir vendu « deux terrains à deux entreprises qui vont venir s’installer à Limoges et qui vont amener chacune, 25 à 30 emplois. L’entreprise PRB, spécialisée dans le revêtement des façades, installée aux Sables d’Olonne (85), qui va installer un entrepôt sur la zone de la Grand Pièce. L’entreprise Pro Armature, spécialisée dans la fabrication d’armatures, qui vient de Corbas près de Lyon qui a souhaité s’implanter à Limoges.»

On aussi évoqué la French Tech et  l'appel à projet qui va être lancé par Limoges Métropole avec 50.000 euros à la clé.

 « L'idée est de faire émerger les start-ups locales et d'en attirer d'autres sur des thématiques comme l'e-santé, la silver economie, les bâtiments et les objets connectés. Deux lauréats seront désignés ». 

A noter aussi la deuxième édition de l'accélérateur qui sera lancée cette année. « Cela permet aux start-ups ayant pignon sur rue d'aller plus loin », continue Gaston Chassain.

 

 

Le 28 juin, au Zénith de Limoges, un nouveau rendez-vous baptisé  NOW 2018  sera organisé. Des spécialistes de l'économie seront présents, dont Carlos Diaz, originaire de Limoges, créateur du groupe Reflect.

« L'économie est sans cesse en mouvement. On va faire venir des spécialistes de l'économie dans tous les domaines. Carlos Diaz, originaire de Limoges qui vit aujourd'hui en Californie sera de la partie », note le vice président de Limoges Métropole.

 « On veut montrer que Limoges est force de propositions, présente  un énorme potentiel économique dans l'éco traditionnelle mais aussi innovante. On est là aussi pour accompagner le monde économique dans sa réflexion et sa transition. »

3.000 personnes sont attendues.

https://www.lepopulaire.fr/limoges/economie/commerce-artisanat/2018/06/05/au-8-9-cafe-pro-a-limoges-on-a-parle-developpement-economique-french-tech-et-now-2018_12874386.html

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affiche FL on parle français

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mercredi 30 mai 2018

La grande victoire du Venezuela, c’est d’avoir un pouvoir populaire organisé

Vanessa Angustia est sénatrice d’Izquierda Unida / Podemos dans l’Etat espagnol. Elle faisait partie de la délégation d’accompagnement international présente au Venezuela lors des élections du 20 mai dernier qui ont abouti à la réélection de Nicolas Maduro à la présidence de la république.

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Deux jours après la tenue de ces élections, la sénatrice a interpelé le Sénat espagnol au sujet des raisons pour lesquelles le gouvernement de l’Espagne ne reconnaissait pas la légitimité des résultats électoraux au Venezuela, en signalant que cette position était “antidémocratique, qu’elle constituait une ingérence qui faisait fi de la volonté émanant du peuple vénézuélien”.

Elle a aussi demandé à cette chambre parlementaire pour quelle raison le gouvernement espagnol avait, en revanche, reconnu les élections au Honduras et au Paraguay, malgré les plaintes importantes pour fraude dans ces deux cas, et ce qui « justifiait ces deux poids deux mesures de la part du gouvernement au sujet des élections au Venezuela ».

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Lors de cette question au gouvernement, Vanessa Angustia a conclu en demandant si le gouvernement espagnol “allait rompre les relations diplomatiques avec le Venezuela , alors qu’il ne le fait pas avec des pays qui violent les droits de l’homme en permanence et de manière flagrante, comme le Maroc et Israël”

L’équipe de Prensa CRBZ s’est entretenue avec la sénatrice dans le cadre de son intervention et de sa récente visite au Venezuela en tant qu’accompagnatrice internationale des élections.

Quelle est ton appréciation du processus électoral du point de vue technique ?

Le travail du Conseil National Electoral a été impeccable. Rares sont les pays dans le monde qui ont un système de garanties électorales offrant la fiabilité que nous avons pu constater ici. Le processus a été dans l’ensemble impeccable, depuis l’annonce le 23 janvier des élections présidentielles par l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), pendant la négociation dans le cadre de l’accord de garanties électorales dans la République Dominicaine et jusqu’au 20 mai.

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Je viens d’un pays où le gouvernement gère les processus électoraux avec une entreprise privée qui lui fournit l’appui et qui se charge de la logistique, de la transmission et de la diffusion des votes décomptés, une entreprise appelée Indra qui est assez contestée au plan international, par conséquent je souligne toujours le fait qu’au Venezuela tout le système électoral est public. Ce processus a fait l’objet de dix-neuf audits, sous tous ses aspects : registres électoraux, PV de scrutin, données des électeurs dans les machines à voter, etc. Pratiquement tout est vérifié. Et il faut signaler la vérification des résultats après le module du dépouillement, lorsqu’on procède à la comparaison de 54% des bulletins de vote électronique et des bulletins de sauvegarde.

Par rapport à d’autres processus il y a eu des améliorations cette fois-ci, telles que l’ajout de cinq nouveaux audits. Le système électoral n’est pas statique, il est au contraire en cours de révision et d’amélioration constante. Il faut rappeler cette volonté de rechercher un système qui offre toujours plus de garanties.

Et du point de vue politique, quelle est ton impression ?

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Dans l’opposition, il y a eu deux lignes, une ligne intérieure et une ligne extérieure. La ligne extérieure a été de continuer de tabler sur l’ingérence. D’un côté, une partie importante et non négligeable de l’opposition a décidé de participer au processus, ne s’est pas retirée de la table de négociation des accords de garanties électorales, a légitimé le processus dans chacune de ses étapes, et mené une campagne tranquille et en paix. Toutefois, une fois les élections perdues, elle s’est plaint de fraude électorale, sans fournir en plus aucune espèce de preuve.

D’un autre côté, il y a l’opposition regroupée dans la MUD qui a décidé de ne pas participer aux élections et de les délégitimer en appelant à s’abstenir. Il semble que cet appel a été entendu et que le taux d’abstention correspond à sa part de l’électorat. Cet argument contredit le discours qui dit qu’il y a eu une faible participation. Cette opposition est justement celle qui a été à l’origine des violences précédant l’ANC. C’est là qu’entrent en jeu la participation internationale, l’intervention et l’ingérence des Etats Unis et de l’Union Européenne, qui ont décidé dès le départ de ne pas reconnaitre les élections et de mener leur propre campagne dans les médias et les gouvernements, en annonçant la non-reconnaissance des résultats électoraux et en menaçant de sanctions.

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Les intentions sont très claires: peu importe ce qui se passe au Venezuela et les garanties démocratiques qu’on donne. On décide des gros titres pendant la campagne et sur cette base on construit un discours. Ils ne vont jamais reconnaître l’espace électoral, parce que l’objectif politique est autre: renverser le gouvernement et s’approprier le pays aux côtés des secteurs qui cherchent à exploiter les ressources du Venezuela pour faire leurs profits et reconstruire leur oligarchie défaite avec les oligarchies aux Etats-Unis et en Europe. Il ne faut pas tomber dans l’erreur qui consiste à chercher quelque élément de vérité que ce soit dans cette stratégie politique. En plus, c’est une communauté internationale qui vient de légitimer la violence provoquée en 2017.

C’est un programme qui a une composante très dure pour l’espace des alliances que nous cherchons à construire dans la gauche européenne sur la base de relations d’égalité, et il a fait un pas en arrière, vers le XXème siècle, vers un type de politique coloniale a l’égard de l’Amérique latine qui croit que l’on peut décider des ressources et de l’organisation de ses peuples. Et ce serait une erreur de notre part de ne pas comprendre qu’il s’agit d’une stratégie globale de l’empire contre les pays et les secteurs politiques qui, comme nous, ne s’alignent pas sur cette politique coloniale.

D’après toi, maintenant que les résultats sont connus, que peut-on dire de la légitimité du nouveau mandat de Maduro ?

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Dans ce cas, il est important de fournir des données, parce que celles-ci ne sont pas neutres, elles sont des données politiques. Il y a des données qui sont manipulées pour ternir la légitimité d’un processus qui a été impeccablement propre, valable et démocratique.

Lors des dernières élections européennes en 2014, le taux global de participation dans tous les pays a été de 41,6%; en Espagne, 43,8% et au Royaume-Uni de 35,6%. C’est-à-dire que l’Europe ne peut pas parler du niveau de légitimité des élections en se fondant sur le taux de participation, parce que personne n’a contesté la représentativité du Parlement européen sur cette base, personne ne l’a mise en doute.

Lors des dernières élections aux Etats-Unis il y a eu 48% de participation, et le président Trump a été reconnu comme légitime, alors qu’il a été élu avec un pourcentage inférieur à celui de Maduro. Même chose dans les cas de Macri, Piñera et Santos. En France, le taux de participation lors des législatives de l’année dernière était de 42 à 48%, au Portugal pareil.

La question n’est donc pas la participation mais l’usage que l’on veut faire des données, c’est ce qui s’appelle une manipulation.

En tant que militante et en tant que députée, dans le contexte des énormes difficultés que vit le peuple vénézuélien et dans lequel se sont déroulées ces dernières élections, quel bilan dresses-tu de ce que tu as pu apprécier au contact des gens dans notre pays pendant le élections ?

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La grande victoire au Venezuela, c’est d’avoir un pouvoir populaire organisé, d’avoir des classes laborieuses qui se défendent elles-mêmes, qui savent parfaitement quel est l’ennemi et qui est l’agresseur, et qui agissent en conséquence, qu’elles aient ou non des divergences ou des critiques, et elles savent parfaitement à qui elles doivent faire face et qui cherche à leur enlever des droits et de la souveraineté. C’est le résultat d’une politique dans laquelle on ne fragmente pas la vision de la vie, on ne parle pas d’économie d’un côté et de politique, de garanties sociales et de politique internationale de l’autre. Cette fragmentation est appliquée par le pouvoir sur les peuples, en Europe et aux Etats-Unis, afin qu’ils n’aient pas de vision d’ensemble ni de compréhension de leur réalité, ce qui provoque de la démotivation politique et une fragmentation des luttes.

Quand on ne fait pas cela, et que l’on gouverne avec des politiques favorables au peuple, il y a une formation politique du peuple qui apprend à faire la différence. Et ce qui a l’air facile à expliquer n’est pas un modèle dans nombreux de nos états. Ce n’est pas la dynamique sociale de participation politique que l’on voit en Espagne, par exemple.

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Les difficultés au Venezuela sont énormes. Il en résulte un découragement et la certitude très partagée que la situation est difficilement tenable car les sanctions et les agressions étaient déjà annoncées. Cependant, ce découragement a été surmonté et a trouvé son aboutissement avec cette conscience qu’ont prise les classes populaires. Même si la situation est extrême pour des millions de personnes, il y a aussi cette idée qu’il ne faut pas se rendre, parce que si l’impérialisme l’emporte, la situation sera bien pire.

Je crois qu’être au Venezuela, c’est se plonger dans un bain de réalité. Nombreux sont ceux et celles qui devraient aller au Venezuela prendre une leçon d’humilité et connaître un peuple qui se défend et se protège lui-même, surtout ceux qui délégitiment le processus et le peuple parce qu’il continue de soutenir le gouvernement sans connaître en réalité les circonstances, sans s’être informés des raisons des agressions et de ce qui provoque cette guerre avec le Venezuela.

Et il est toujours agréablement étonnant de voir la joie de vivre avec laquelle le peuple vénézuélien vit ce processus, même dans les moments les plus difficiles, tels que les élections à l’Assemblée Constituante étant donné le degré de violence organisée par la droite et la situation économique extrêmement dure. Il y a beaucoup à en apprendre, comme l’exemple que nous donnent des codes culturels et sociaux qui sont précieux pour la participation démocratique. Il y a là un enseignement à méditer afin d’améliorer nos propres garanties démocratiques.

Traduction : Paula Faraone

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/la-grande-victoire-du-venezuela_82358303

samedi 26 mai 2018

Tel-Aviv fait pression sur les USA pour qu'ils reconnaissent la souveraineté d'Israël sur le Golan

Les discussions iraient bon train concernant la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté israélienne sur le plateau occupé du Golan. Le ministre israélien du Renseignement pense que Washington accédera à cette demande d'ici quelques mois.

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Profitant des bonnes grâces du président américain Donald Trump qui vient de transférer l'ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem et de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien, l'Etat hébreu est entré dans des discussions pour que Washington reconnaisse sa souveraineté sur le plateau du Golan. Un territoire syrien dont une grande partie est occupée par Israël depuis la guerre des Six jours de 1967.

Le 23 mai, le ministre israélien du Renseignement, Israel Katz, a ainsi déclaré à l'agence Reuters que les deux pays avaient fait du Golan un de leurs principaux sujets de négociation. Il a même affirmé que Washington accéderait «avec une forte probabilité» à cette demande, et ce, «dans quelques mois environ».

La question avait déjà été abordée en février 2017 lors d'une première rencontre à la Maison Blanche entre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, et Donald Trump. Pour Israel Katz, en rediscuter aujourd'hui est pertinent, peu de temps après de supposés tirs de missiles iraniens sur le plateau le 8 mai : «C'est le moment parfait pour prendre une telle décision. La réponse la plus douloureuse que l'on puisse infliger aux Iraniens serait de reconnaître la souveraineté d'Israël sur le Golan avec une déclaration américaine, une proclamation présidentielle gravée dans le marbre législatif.»

Si l'Etat hébreu estime que le plateau pourrait servir de base armée à l'Iran, une éventuelle reconnaissance pourrait à nouveau provoquer l'ire de la communauté internationale. 

Un plateau occupé par Israël, source de frictions depuis la guerre en Syrie

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Territoire initialement syrien, la majeure partie du plateau du Golan est sous contrôle d'Israël depuis la guerre des Six jours en 1967. Le territoire a été annexé en 1981 après un vote de la Knesset,  contre l'avis du Conseil de sécurité de l'ONU, qui considère l'annexion comme «nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international». Cette zone d’environ 1 200 kilomètres carrés, de 12 à 25 kilomètres de large, 67 kilomètres de long, constitue la seule frontière entre Israël et la Syrie. Environ 510 kilomètres carrés restent sous contrôle syrien. Déstabilisée par la guerre en Syrie, la partie du plateau du Golan occupée par Israël concentre des tensions croissantes depuis quelques mois, après des décennies de calme relatif. L'Etat hébreu y mène régulièrement des attaques qu'il justifie en disant répondre à des tirs de roquettes, de missiles ou d'obus attribués qui à la Syrie, qui au Liban ou à l'Iran.

Dans la nuit du 9 au 10 mai 2018, l'Etat hébreu avait par exemple lancé de nombreux missiles sur plusieurs cibles iraniennes dans le sud de la Syrie, près de Damas, mais aussi de Kuneitra et de Homs, tuant trois personnes. Tsahal avait affirmé riposter à des tirs de roquettes opérés le 8 mai dans le Golan occupé et attribués à la brigade iranienne al-Qods. Moscou, qui a dressé un état des lieux après les frappes israéliennes, a souhaité que toutes les parties fassent preuve de «retenue» et s'ouvrent au «dialogue». Emmanuel Macron a, lui, appelé à la «désescalade». Le porte-parole iranien des Affaires étrangères, Bahram Ghassemi, a pour sa part déclaré le 11 mai que ces attaques menées par Israël l'avaient été «sous des prétextes inventés».

En juillet 2017, l'armée israélienne avait pris pour cible une position de l'armée syrienne après que deux projectiles en provenance du territoire syrien se sont abattus sur sa partie du plateau du Golan, comme cela arrive régulièrement par accident. Benjamin Netanyahou avait déclaré qu'il y aurait des représailles si des obus s'écrasaient, pour une quelconque raison, sur le territoire (y compris occupé) de l'Etat hébreu. Le 24 juin 2017, l'armée israélienne avait déjà mené d'autres raids contre des positions de l'armée syrienne, après que des projectiles en provenance de Syrie s'étaient abattus sur une partie du plateau du Golan, sans faire de blessés. Fin avril 2017, l'armée israélienne avait annoncé avoir abattu une «cible» au-dessus de la zone occupée, quelques heures après que la Syrie l'eut accusée d'avoir frappé une position militaire près de l'aéroport de Damas.

L'armée israélienne a en outre mené plusieurs frappes aériennes en Syrie depuis 2011, date du début de la crise, la plupart visant selon elle des convois ou entrepôts d'armes destinés au mouvement chiite libanais Hezbollah, allié de Damas.

https://francais.rt.com/international/50961-washington-reconnaitrait-souverainete-israelienne-sur-le-plateau-du-golan

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mercredi 23 mai 2018

La dernière menace de Trump envers la Corée du Nord rend un accord impossible

TRIBUNE LIBRE / par Moon of Alabama

TL TRUMP KIM

Publié le 18 mai 2018 sous le titre Trump’s Newest Threat To North Korea Makes A Deal Impossible

Le président Trump a de nouveau fait dérailler les négociations avec la Corée du Nord. Il sera difficile de les remettre sur les rails. En raison de son attitude, il est peu probable qu’un accord soit conclu.

Mardi soir, la Corée du Nord a menacé d’annuler le sommet avec le président américain Trump. Les remarques du conseiller américain à la sécurité nationale Bolton, selon lesquelles le « modèle libyen » serait appliqué à la Corée du Nord, ont été considérées comme une insulte.

La Libye avait acheté de l’équipement qui aurait pu être utilisé pour commencer à enrichir de l’uranium. Mais elle n’a jamais eu de programme coordonné de développement d’armes nucléaires et n’a jamais eu la base industrielle et académique nécessaire à la poursuite d’un tel projet. Pour échapper aux sanctions, la Libye a renoncé au peu de matériel qu’elle avait. Tout a été expédié aux États-Unis avant la levée des sanctions. Bolton n’a probablement voulu parler que de cette partie du « modèle libyen ».

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Mais il y a aussi l’autre partie. Quelques années après que la Libye a renoncé à son minuscule matériel nucléaire, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis (FUKUS*) ont mené une guerre de changement de régime contre elle. Avec l’aide des États-Unis, Muhammad Kadhafi a été assassiné par des islamistes radicaux et Hillary Clinton a même trouvé ça drôle (vidéo). Depuis le chaos absolu règne en Libye, assorti d’une guerre tribale multiforme compliquée par une ingérence étrangère incessante.

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La Corée du Nord s’est évidemment insurgée contre cette comparaison. Il n’est pas question que lui soit appliquée l’une ou l’autre partie du modèle libyen. Elle se considère, à juste titre, comme un État nucléaire à part entière. Elle exige de négocier sur un pied d’égalité.

Mercredi, après la menace nord-coréenne d’annuler le sommet, le porte-parole de la Maison-Blanche est revenu sur le « modèle libyen » de Bolton :

Se référant à la comparaison avec la Libye, l’attachée de presse de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a déclaré mercredi qu’elle n’avait pas « considéré cela comme faisant partie des discussions et je ne sais pas si c’est un modèle que nous utilisons. »

« Il ne me semble pas qu’il s’agisse de quoi que ce soit de concret. Je sais que cela a été dit mais il n’y a pas de précis sur la façon dont cela fonctionnerait. »

Le train vers la rencontre au sommet semblait de retour sur les rails. Puis Donald Trump l’a encore fait dérailler.

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Lors d’une conférence de presse hier, il a été interrogé sur la question du « modèle libyen » (vidéo) et, dans une remarque apparemment improvisée, il a réussi à pousser cette comparaison hasardeuse encore plus loin:

« Le modèle, si vous regardez le modèle de Kadhafi, il s’agissait d’une annihilation totale. On y est allé pour en finir avec lui. Maintenant, ce modèle sera appliqué si nous ne concluons pas d’accord, très probablement. Mais si on fait un marché, je pense que Kim Jong-un sera très, très content. »

On pourrait appeler cela « l’art de l’entente cordiale dans la maffia » : « Signe ici ou je te tue. »

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Certains médias prétendent que Trump ne faisait que « rassurer » Kim Jong-un. Reuters a titré : Trump cherche à rassurer la Corée du Nord Kim avant le sommet ; le New York Times : Trump et la Corée du Nord rejettent le ‘modèle libyen’ de Bolton ; Politico : Trump rassure Kim de Corée du Nord tout en le mettant en garde.

Dans mon expérience, une menace « d’annihilation totale » est bien plus qu’une « mise en garde ».

Le Guardian britannique avait un point de vue plus réaliste : Donald Trump menace Kim Jong-un : signe l’accord ou tu subiras le même sort que Kadhafi.

La menace de Trump prouve à la Corée du Nord qu’elle a eu raison d’acquérir des armes nucléaires capables d’atteindre le continent américain. Y renoncer serait suicidaire.

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Trump a également marmonné qu’il donnerait de « fortes garanties » à la Corée du Nord et à Kim Jong-un pour leur sécurité s’ils concluaient un accord. Il n’a pas dit quelles seraient ces garanties. La façon dont Trump a détruit l’accord nucléaire avec l’Iran, qui avait reçu de « fortes garanties » d’un président américain ainsi que  l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU, démontre qu’aucune garantie étasunienne ne vaut le papier sur laquelle elle est inscrite.

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Lorsque la rencontre au sommet a été annoncée, j’ai tout de suite dit qu’elle avait peu de chances d’aboutir parce qu’il y a trop de fauteurs de trouble potentiels qui ont intérêt à ce que le conflit avec la Corée du Nord se poursuive. Il s’agit notamment de John Bolton, de l’armée américaine et du président japonais Abe.

La Corée du Nord répondra certainement à la menace d’ »annihilation totale » de Trump. Elle se retirera probablement du sommet, prévu pour le 12 juin à Singapour.  Elle pourrait revenir si la Maison Blanche revenait sur les commentaires de Trump. La Chine, qui voudrait que la Corée du Nord et les États-Unis concluent un accord, fera savoir à la Maison-Blanche ce qu’elle doit faire.

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Mais je crois maintenant que le sommet, même s’il a lieu, n’a aucune chance de réussir. Trump n’a aucune connaissance des paramètres politiques et techniques et n’a aucun sens de la culture asiatique. Il va râler, rager et insulter son partenaire de négociation. Il va probablement exiger le désarmement nucléaire total de la Corée du Nord. Il n’obtiendra pas d’accord.

Ce n’est qu’après cet échec qu’il se rendra compte qu’une « annihilation totale » de la Corée du Nord n’est tout simplement pas en son pouvoir.

Moon of Alabama

Article original en anglais: Trump’s Newest Threat To North Korea Makes A Deal Impossible

URL: https://arretsurinfo.ch/la-derniere-menace-de-trump-envers-la-coree-du-nord-rend-un-accord-impossible/

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mardi 22 mai 2018

Les Etats-Unis et l'abus de droit

TRIBUNE LIBRE / Daniel Fortin / Rédacteur en chef

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Les nouvelles menaces de sanctions contre les entreprises commerçant avec l'Iran montrent la faiblesse de l'Europe face à l'impérialisme juridique américain.

L' « Oracle » Trump a parlé et voici les entreprises françaises - comme du reste leurs homologues étrangères et américaines -  sommées de quitter l'Iran avant le 4 novembre prochain sous peine de lourdes sanctions financières et/ou de rétorsions commerciales. La décision prise par Washington de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 rouvre ainsi de façon spectaculaire le débat sur l'impérialisme juridique des Etats-Unis, autorisés à imposer leurs règles partout où ils le souhaitent hors de leurs frontières.

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Vu d'Europe, on ne peut qu'être choqué par l'ingérence de l'ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, sommant mardi les entreprises allemandes de cesser « immédiatement » leurs activités en Iran. Et l'on est abasourdi par l'incapacité européenne à s'opposer à la toute-puissance d'un droit américain que Donald Trump a choisi d'utiliser pour ce qu'il est, c'est-à-dire une redoutable arme économique.

On aura beau jeu de s'indigner contre cette confiscation des règles du commerce international au profit d'une seule puissance, fût-elle la plus grande du monde. Ce serait oublier que le principe d'extraterritorialité du droit américain n'est pas nouveau et que Donald Trump ne l'a pas inventé. Faut-il rappeler ici que c'est sous le mandat du modéré Barack Obama que BNP Paribas s'est vu infliger en 2014  une amende de 8,9 milliards de dollars pour avoir violé l'embargo américain contre Cuba, le Soudan et - déjà - l'Iran entre 2002 et 2009 ?

OUTIL STRATAGEME

Renault, PSA, Total ou Airbus, qui s'étaient à nouveau ouvert le marché iranien, n'ont évidemment pas attendu le verdict de Washington pour prévoir une révision de leurs engagements. Mais à quel prix ? Et combien de temps l'Europe laissera-t-elle ses fleurons industriels à la merci de règles léonines dont la brutalité prend toute son ampleur lorsqu'un président sans scrupule est installé à la Maison-Blanche ? Il y a six mois, Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, avait invité l'Europe à se doter d'outils susceptibles de résister à l'emprise de la législation américaine sur le commerce mondial. Tout en admettant que la réflexion sur ce sujet était « embryonnaire ». C'est bien tout le problème.

Daniel Fortin
https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301659363583-les-etats-unis-et-labus-de-droit-2174945.php

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mercredi 16 mai 2018

Compte à rebours de la guerre contre l’Iran ?

TRIBUNE LIBRE /

TL BOLTON

Publié le 12 Mai 2018 sous le titre Countdown To War On Iran

Traduit de l’anglais par Dominique Muselet

John Bolton est un homme sans foi ni loi :

Au début de 2002, un an avant l’invasion de l’Irak, l’administration Bush a exercé une pression intense sur [José] Bustani pour qu’il démissionne de son poste de directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.  […]

Bolton – alors sous-secrétaire d’État au contrôle des armes et aux affaires de sécurité internationale – est allé en personne au siège de l’OIAC à La Haye pour mettre en garde le chef de l’organisation. Et, selon Bustani, Bolton n’a pas mâché ses mots. Il a dit : « Cheney veut que vous partiez », en faisant référence au vice-président des États-Unis de l’époque. « Nous ne pouvons pas accepter votre style de gestion. »

Bolton a ajouté, toujours selon Bustani : « Vous avez 24 heures pour quitter l’organisation, et si vous ne vous conformez pas à la décision de Washington, nous avons des moyens de vous le faire payer. »

Puis après un silence :

« Nous savons où vivent vos enfants. Vous avez deux fils à New York. »

José Bustani avait obtenu que les inspecteurs de l’OIAC retournent en Irak. Ils n’auraient rien trouvé. Cela aurait contredit la campagne de propagande américaine pour déclencher la guerre contre l’Irak. Comme Bustani ne voulait pas partir, les États-Unis ont menacé de réduire le budget de l’OIAC et ont « convaincu » d’autres pays membres du conseil exécutif de s’en débarrasser.

John Bolton a été également à l’origine d’une campagne contre l’AIEA et son chef Mohamed ElBaradei. Le téléphone d’ElBaradei a été mis sur écoute et des rumeurs ont été lancées contre lui pour le contraindre à quitter ses fonctions.

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L’administration américaine, les néoconservateurs et les médias font un remake (je recommande ce lien) de la campagne de propagande qu’ils avaient menée en faveur de la guerre contre l’Irak. Cette fois-ci, la cible est l’Iran :

Comme pour l’Irak, il est plus facile pour Bolton et Netanyahu d’atteindre leur objectif en discréditant le système actuel d’inspections internationales. Bolton a qualifié les méthodes d’inspection mises en place par l’accord nucléaire iranien de « dangereusement inadéquates » et a déclaré que « l’Agence internationale de l’énergie atomique » était « susceptible de rater d’importantes installations [nucléaires] iraniennes ». Dans son discours au Congrès de 2015 qui attaquait l’accord avec l’Iran, Netanyahu a insisté sur le fait que « non seulement l’Iran défie les inspecteurs, mais il est passé maître dans l’art de jouer à cache-cache avec eux ».

Tous ceux qui s’opposent à leur propagande doivent partir. Bolton, qui veut bombarder l’Iran, est de retour aux commandes. L’une de ses cibles les plus évidentes est l’AIEA, qui certifie que l’Iran s’en tient à l’accord nucléaire. Il semble que les machinations de Bolton portent leurs fruits :

Le chef des inspections de l’organe de contrôle nucléaire de l’ONU a démissionné soudainement, a annoncé l’agence vendredi sans donner de raison.

Le départ de Tero Varjoranta intervient à un moment délicat, trois jours après que les États-Unis ont annoncé qu’ils abandonnaient l’accord nucléaire entre les puissances mondiales et l’Iran, ce qui soulève la question de savoir si Téhéran continuera à s’y conformer.

Varjoranta, un Finlandais, était directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique et chef de son Département des garanties* qui vérifie, depuis octobre 2013, que les pays signataires du Traité de non-prolifération nucléaire le respectent.

Une autre victime est le fonctionnaire du département d’État qui a certifié que l’Iran respectait l’accord nucléaire :

L’un des plus grands experts du département d’État en matière de prolifération nucléaire a démissionné cette semaine après que le président Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, ce qui, selon les responsables et les analystes, s’inscrit dans le cadre d’une inquiétante fuite des cerveaux de la fonction publique au cours des 18 derniers mois.

Richard Johnson, un fonctionnaire qui occupait le poste de coordonnateur adjoint par intérim au Bureau central de la mise en œuvre du programme nucléaire iranien, avait participé à des pourparlers avec des pays qui cherchaient à sauver l’accord au cours des dernières semaines, y compris la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne – un effort qui, en fin de compte, a échoué.  […]

Le Bureau que Johnson dirigeait est passé de sept employés à temps plein à zéro employé depuis l’inauguration de Trump.

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L’homme qui a lancé la guerre contre l’Irak est maintenant récompensé. Netanyahou incite à la guerre contre l’Iran, tout comme il a incité à la guerre contre l’Irak. D’obscurs groupes d' »experts » insensés sortent de leurs chapeaux des documents de politique générale en faveur d’un « changement de régime ». Les « alliés » américains sont sous pression. Leur ouverture au « compromis » augmente les chances de guerre. Pendant qu’ils insistent pour s’en tenir aux règles internationales, des acteurs malveillants préparent des mesures pour briser leur résistance. On n’en est encore qu’au début d’une « opération de formatage » de l’opinion publique. Cette préparation du public à la guerre prendra probablement un an ou deux.

Ce qui manque encore, c’est un événement qui déclenche la frénésie guerrière dans le public américain. Pour cela, les États-Unis orchestrent généralement des opérations sous faux drapeaux – l’incident du Tonkin, le naufrage du Maine, les meurtres à l’Anthrax – pour créer un motif psychologique pseudo-rationnel à la guerre. Un lobbyiste pro-israélien appelle** Israel à en monter un pour déclencher la guerre contre l’Iran.

On se demande quand et comment un nouvel incident comme le 11 septembre, ou une autre alerte à l’anthrax, aura lieu. Ce sera le signe le plus sûr que le compte à rebours de la guerre contre l’Iran a commencé.

Moon of Alabama

*) safeguards en anglais

**) Traduction du tweet : Incroyable ! un lobbyiste pro-Israel, Patrick Clawson, suggère qu’Israel devrait monter une ‘opération sous faux drapeau’ pour forcer les USA à déclarer la guerre à l’Iran.

Original en anglais: Countdown To War On Iran

URL: https://arretsurinfo.ch/compte-a-rebours-de-la-guerre-contre-liran/

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