samedi 16 décembre 2017

Clinton, Assange et la guerre contre la vérité, par John Pilger

TRIBUNE LIBRE

TL CLINTON POUTINE

Source : John Pilger, Consortium News, 20-10-2017

Le réseau télévisuel public australien a offert à Hillary Clinton une tribune libre pour répandre des diffamations sur Julian Assange, de Wikileaks, en le qualifiant d »’instrument du renseignement russe », sans que ce dernier n’aie l’opportunité de répondre.

Le 16 octobre, la Compagnie australienne de diffusion [Australian Broadcasting Corporation] diffusait une interview d’Hillary Clinton : une interview parmi tant d’autres en vue de promouvoir son livre-règlement de comptes qui explique pourquoi elle n’a pas été élue présidente des États-Unis.

Patauger dans le livre de Clinton, What Happened, [ce qui est arrivé, NdT] n’est pas chose agréable, c’est comme un mal de ventre. De la saleté et des larmes. Des menaces et des ennemis. On « leur » a fait un lavage de cerveau (aux électeurs) et montés contre elle par l’odieux Donald Trump, de mèche avec les sinistres slaves envoyés par la grande noirceur appelée Russie, avec l’aide d’un « nihiliste » australien, Julian Assange.

On trouve dans le New York Times une photographie frappante d’une reporter consolant Clinton, juste après l’avoir interviewée. La dirigeante manquée était, par dessus tout, « absolument féministe ». Les milliers de vies de femmes que cette « féministe » a détruites alors qu’elle était au gouvernement – en Libye, en Syrie, au Honduras – n’étaient d’aucune importance.

Dans le magazine New York, Rebecca Trainster écrit que Clinton « exprimait » en fin de compte « une juste colère ». C’en était même difficile pour elle de sourire : « si difficile que les muscles de son visage lui font mal ». Sa conclusion, c’était que sans aucun doute, « si nous accordions aux rancœurs des femmes la même valeur qu’à la rancune des hommes, l’Amérique serait forcée d’admettre que toutes ces femmes en colère ont peut-être raison. »

De telles balivernes, banalisant les luttes des femmes, constituent une marque de la sanctification d’Hillary Clinton par les médias. Son extrémisme politique et son bellicisme ne souffrent aucune conséquence. D’après Trainster, son problème, ce fut un « engouement destructeur pour l’affaire des e-mails ». La vérité, autrement dit.

Les e-mails fuités du directeur de campagne de Clinton, John Podesta, ont révélé une connexion directe entre Clinton et sa fondation, d’une part, et le financement du jihadisme organisé au Moyen Orient et de l’État Islamique (connu sous les noms d’ISIS, ISIL ou Daesh). La source ultime du terrorisme Islamiste, l’Arabie saoudite, fut au cœur de sa carrière.

Un e-mail de 2014, envoyé par Clinton à Podesta peu après sa démission du poste de Secrétaire d’État des USA, révèle que l’État Islamique est financé par les gouvernements d’Arabie saoudite et du Qatar. Clinton a accepté des dons colossaux de ces deux gouvernements envers la fondation Clinton.

Secrétaire d’État, elle valida la plus importante vente d’armes jamais faite dans le monde à ses mécènes en Arabie saoudite, pour plus de 80 milliards de dollars. Grâce à elle, les vente d’armes américaines dans le monde – qui sont utilisées pour frapper des pays comme le Yémen – ont doublé.

Ceci faisait partie des informations révélées par Wikileaks et publiées par le New York Times. Personne n’a contesté l’authenticité des e-mails. La campagne à suivre pour salir Wikileaks et son éditeur en chef, Julian Assange, comme « agents russes », a pris les proportions digne d’une fable spectaculaire appelée « Russiagate ». Le « complot » porterait la marque de Vladimir Poutine en personne. Le tout énoncé sans l’ombre d’une preuve.

Souillure et omission

L’interview de Clinton par ABC Australie constitue un remarquable exemple de souillure et de censure par omission. Je le considère comme un modèle.

La journaliste, Sarah Ferguson, dit à Clinton, « Chacun est touché par la douleur qu’exprime votre visage à ce moment [de l’investiture de Trump]… Vous souvenez-vous à quel point ce fut viscéral pour vous ? »

Une fois établie la souffrance viscérale de Clinton, Ferguson pose des questions sur « le rôle de la Russie ».

CLINTON: Je pense que nous savons à présent que la Russie a altéré les perceptions et les opinions de millions d’électeurs. Je pense que leurs intentions, remontant au plus haut avec Poutine, étaient de causer du tort et d’avantager Trump.

FERGUSON : Dans quelle mesure s’agissait-il d’une revanche personnelle de Vladimir Poutine contre vous ?

CLINTON: […] Je veux dire qu’il veut déstabiliser la démocratie. Il veut saper l’Amérique, il veut s’en prendre à l’Alliance Atlantique et nous considérons l’Australie comme une… une extension de cette alliance…

(La réciproque est vraie. Nous assistons au premier regroupement d’armées occidentales aux frontières de la Russie depuis la révolution russe il y a 100 ans.)

FERGUSON : Comment mesurez-vous les dégâts que [Julien Assange] vous a occasionnés personnellement ?

CLINTON : Eh bien, c’est toute une histoire avec lui, parce qu’alors que j’étais secrétaire d’État quand, euh, Wikileaks se mit à publier une grande quantité d’informations sensibles, euh, informations de notre ministère de l’intérieur et de notre ministère de la défense.

(Ce que Clinton omet de dire – et que la journaliste omet de lui rappeler – c’est qu’en 2010, Wikileaks révélait que la secrétaire d’État Hillary Clinton avait ordonné une opération de renseignements secrète visant la présidence des Nations Unies, y compris le secrétaire général, Ban Ki-Moon, et les représentants du Conseil de sécurité de Chine, de Russie, de France et du Royaume Uni. Une directive classée secrète, signée de la main de Clinton, fut envoyée aux diplomates américains en juillet 2009, exigeant une analyse des informations techniques en provenance des réseaux de communication utilisés par les plus hauts responsables de l’ONU, y compris leurs mots de passe et clés de chiffrement personnelles, en usage sur les réseaux privés comme commerciaux. Cette opération fut nommée Cablegate. Il s’agissait d’espionnage illégal.)

CLINTON : C’est [Assange] très clairement un instrument au service des renseignements russes. Et euh, il a suivi leurs directives.

(Clinton n’expose aucune preuve de ces graves accusations, et Ferguson ne lui en demande pas.)

CLINTON : On n’a vu aucune information négative ou préjudiciable en provenance du Kremlin sur Wikileaks. On n’en a jamais vu.

(C’est faux. Wikileaks a publié un nombre très important de documents sur la Russie – plus de 800 000 pièces, dont la plupart sont critiques, dont beaucoup ont été repris dans des livres et ont servi de preuves auprès de tribunaux.)

Un « opportuniste nihiliste ».

CLINTON : Aussi, je pense qu’Assange est devenu une sorte d’opportuniste nihiliste, aux ordres d’un dictateur.

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, à une conférence de presse à Copenhague, Danemark (Crédit photo : New Media Days / Peter Erichsen)

FERGUSON : Beaucoup de gens, y compris en Australie, pensent qu’Assange est un martyr de la liberté d’expression et de la liberté d’information. Comment le décririez-vous ? Vous venez de le décrire comme nihiliste.

CLINTON : Oui, et un instrument. Je veux dire qu’il est instrumentalisé par les Renseignements russes. Et s’il est un tel martyr de la liberté d’expression, pourquoi Wikileaks ne publie jamais rien venant de Russie ?

(De nouveau, Ferguson remet pas en cause ce qui est dit et n’essaye pas de corriger Clinton).

CLINTON : On a assisté à une opération concertée entre Wikileaks et la Russie, et très probablement certaines personnes aux États-Unis, pour transformer ces informations en armes, pour inventer des histoires… en vue d’aider Trump.

FERGUSON : Et puis, en plus de toutes ces histoires bizarres, il y a eu des informations révélées sur la Fondation Clinton qui dans l’esprit d’au moins certains électeurs vous ont probablement associés…

CLINTON : Oui, mais c’était faux!

FERGUSON : avec la propagation d’informations…

CLINTON : C’était faux ! C’était complètement faux !

FERGUSON : Comprenez-vous la difficulté pour certains électeurs de comprendre les sommes d’argent que la Fondation [Clinton] lève, la confusion avec les activités de consultance qui génère aussi de l’argent, les cadeaux reçus, les voyages et tout ce que Bill Clinton a pu recevoir, qui ont même posé des problèmes à Chelsea ?

CLINTON : Oh vous savez, je regrette, Sarah, je veux dire, je connais les faits…

« L’icône » d’une génération

La journaliste d’ABC loue alors Clinton comme « l’icône de sa génération ». Elle ne lui pose aucune question sur les sommes énormes qu’elle a reçues en provenance de Wall Street, comme les 675 000 dollars pour un discours chez Goldman Sachs, l’une des banques au cœur de l’effondrement de 2008. L’âpreté au gain de Clinton a profondément contrarié un certain électorat qu’elle avait qualifié de « lamentable ».

Manifestement à la recherche d’un gros titre racoleur dans la presse australienne, Ferguson demande alors si Trump est « un danger clair et avéré pour l’Australie » et a eu la réponse qu’on pouvait prédire.

Cette journaliste de haut niveau ne fait aucune mention du danger « clair et avéré » de Clinton pour le peuple d’Iran, qu’elle a menacé « d’anéantir complètement », ni pour les 40 000 libyens qui ont trouvé la mort dans les attaques de 2011 contre leur pays, orchestrées par Clinton. Tout émoustillée, la Secrétaire d’État se réjouit du meurtre horrible du dirigeant libyen, le Colonel Kadhafi.

« La Libye, c’était la guerre d’Hillary Clinton », a déclaré Julian Assange au cours d’une interview filmée avec moi l’an dernier.

« Barack Obama était contre au départ. Qui soutenait cette guerre ? Hillary Clinton. C’est documenté au travers de ses e-mails… Sur les 330000 e-mails d’Hillary Clinton que nous avons publiés, plus de 1700 concernaient uniquement la Libye. Ce n’est pas qu’il y ait du pétrole pas cher en Libye. Elle voyait l’élimination de Kadhafi et la chute de l’état libyen comme un élément qu’elle pourrait utiliser dans sa course à l’élection présidentielle.

« Alors, fin 2011, on a vu arriver ce document interne appelé Tic Tac Libyen, qui a été écrit pour Hillary Clinton ; il s’agit d’une description chronologique de son rôle central dans la destruction de l’état libyen, qui a provoqué environ 40 000 morts en Libye ; les jihadistes se sont implantés, I’EI s’est implanté, amenant à la crise européenne des réfugiés et des migrants.

« On voyait non seulement les gens fuir la Libye, fuir la Syrie, la déstabilisation d’autres pays africains à cause des flux d’armes, mais l’état libyen lui-même était devenu incapable de contrôler les mouvements de masse qui le traversaient. »

C’était ça le sujet – pas la douleur « viscérale » de Clinton perdant face à Trump, ni les commérages égocentriques énoncés dans l’interview d’ABC. Clinton a une part de responsabilité dans la déstabilisation massive du Moyen Orient, amenant à la mort, à la souffrance et à la fuite de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants.

Ferguson n’en a pas pipé mot. Clinton a diffamé Assange plusieurs fois, lequel n’a reçu aucune défense ni aucun droit de réponse de la part de la télévision d’État de son propre pays.

Dans un tweet en provenance de Londres, Assange citait le code de bonne conduite d’ABC qui stipule : « Quand des accusations sont émises envers une personne ou une organisation, prendre les actions raisonnables au vu des circonstances pour leur donner un droit de réponse. »

« La pute de Poutine »

Après l’émission d’ABC, le producteur exécutif de Ferguson, Sally Neighbour, a re-tweeté le message suivant : « Assange est la pute de Poutine. Nous le savons tous ! »

L’injure, effacée depuis, fut même utilisée comme lien dans les sous-titres de l’interview : « Assange est la p… de Poutine (sic). Nous le savons tous ! »

Depuis quelques années que je connais Julian Assange, j’ai assisté à une campagne d’insultes et de diffamation visant à l’arrêter et à bloquer Wikileaks. C’est un assaut frontal contre les lanceurs d’alertes, contre la liberté d’expression et le journalisme libre, autant de concepts qui sont maintenant sous le feu des gouvernements et des régulateurs des sociétés d’Internet.

La première attaque sérieuse contre Assange est venue du Guardian, qui, tel un amant éconduit, s’est retourné face à celui qui fut sa source, assailli, après avoir profité dans les grandes longueurs des divulgations de Wikileaks. Sans qu’un centime n’en revienne à Assange ou à Wikileaks, un livre du Guardian donna lieu à un film juteux produit par Hollywood. Assange y était dépeint comme « sans cœur » et une « personnalité abîmée ».

C’est comme si une jalousie rampante était incapable d’accepter que ses réussites remarquables représentent un contraste flagrant avec les productions de ses détracteurs dans les médias « mainstream ». C’est comme regarder les gardiens du statu quo, qu’importe leur âge, se battre pour faire taire la vraie dissidence et empêcher l’émergence d’un avenir nouveau et encourageant.

À ce jour, Assange est toujours réfugié politique, face à un obscur État belliciste dont Donald Trump est la caricature et Hillary Clinton l’incarnation. Sa résilience et son courage sont stupéfiants. À sa différence, ses bourreaux sont des lâches.

John Pilger est un journaliste australo-anglais, établi à Londres. Le site web de Pilger est : www.johnpilger.com.

Source : John Pilger, Consortium News, 20-10-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/clinton-assange-et-la-guerre-pour-la-verite-par-john-pilger/


 

Commentaires sur le site:

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Révélateur et consternant. Cet entretien nous montre à quoi le monde a échappé le 8 novembre 2016 : la guerre, mais aussi pourquoi il y court quand même, dans la joie et la bonne humeur. Oui, Trump n’est qu’une caricature, une marionnette, ou un taureau excité par la muleta ; mais l’incarnation de l’État profond qui se finance aux mêmes sources que Daech, l’icône d’une génération, l’idole du féminisme sociétal, c’est bien elle, Hillary-la-folle.

« Assange est la p… de Poutine (Assange is Putin’s bitch). Nous le savons tous ! », tel est le credo de cette classe médiatique qui a monté la fable appelée “Russiagate” à partir du néant. Tel est le mot de passe de ces criminels qui veulent la Dernière Guerre mondiale.

Tous ces journaleux et politiciens qui insultent Assange se rendent coupables de crimes contre la paix, “ce crime qui ne diffère des autres crimes de guerre que parce qu’il les contient tous” (procès de Nuremberg).

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«Quand je serai président, une femme comme vous sera en prison » Trump.
Quel dommage qu’il n’ai pas tenue cette déclaration de campagne.

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A notre niveau, il me semble que notre seul levier d’action est de réclamer a Macron l’accueil et la protection d’assange et des autres lanceurs d’alerte (protection que mimolette 1er avait refusé)
Ça serait ça une immigration de qualité!

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Aucune chance que cela arrive. Macron est une marionnette. Il n’a aucune affinité avec la démocratie et la liberté d’expression.

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Je pouffe,une fois de plus à la lecture de certaines réactions.Les gens sensés savent ce qu’il faut penser de H. Clinton,le Joker…OK. Mais très curieusement ,Obama reste totalement épargné dans les commentaires. Alalala. On se demande bien pourquoi,hein? Si je me souviens bien,c’est bien Obama qui a été président pendant huit ans,non? Lybie,Syrie,Daech,Boko Haram pour les principaux,c’est bien Obama,non? Mais le politiquement correct(la lâcheté,quoi) empêche de dire les choses,hein?

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Obama est plus lisse, voilà tout… et puis il est tellement cool.
Et puis il est black (pour les anglomanes qui ont de sérieux problèmes visuels).
Mais rassurez-vous, je fais partie des pervers qui osent dire du mal de Barack H. Obama.

Disons qu’avec l’élection de sainte Hillary, nous aurions eu la totale : après le 1er président black, la première présidente woman ! Ouah, les States, toujours au top !
Et tous derrière eux, en ordre de bataille contre Bachar Poutine al-Assad !

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Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
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[GEAB] Petroyuan et Arabie Saoudite : De la tentation du “QE militaire” US à la naissance du Moyen Orient 3.0

Fin 2017-début 2018, toutes les grandes banques centrales occidentales sortent des politiques monétaires non conventionnelles, les fameux quantitative easing (QE) qui ont permis d’approvisionner en liquidités les banques en manque de confiance mutuelle de l’après-crise des subprimes.

TL MONNAIES

QE fiscaux dans les pays riches
La Banque centrale européenne, la Bank of England et la Bank of Japan s’approchent toutes d’un ralentissement du rachat d’obligations. En Europe, Draghi l’a répété à l’envi[1] : la banque centrale ne peut pas tout et il faut donc des réformes structurelles de la monnaie unique. C’est ainsi qu’on parle de « QE fiscal »[2] (permettant notamment de financer les infrastructures via un renforcement des politiques fiscales au niveau européen) qui servirait l’économie réelle et qui serait le renforcement logique du plan Juncker[3].
La politique annoncée de la BoJ consiste grosso modo en la même stratégie, à ceci près qu’elle n’a pas à consolider une gouvernance pour sa monnaie comme préalable. La victoire électorale récente de Shizo Abe fournit a priori les conditions nécessaires et suffisantes pour enclencher la transition de diminution du rythme des rachats et du montant de leur dette (200 % du PNB)[4].

QE militaire dans les autres
Quant à la BoE, elle n’en est pas encore à annoncer la fin du resserrement de sa politique monétaire, mais les problèmes d’inflation qu’elle rencontre actuellement (3 % malgré une hausse des taux) ne devraient pas tarder à l’y obliger[5]. Il est probable qu’une politique fiscale ne constitue pas une option pour le Royaume-Uni dont les habitants connaissent des problèmes d’endettement importants[6]. Alors, sont-ils susceptibles de s’engager eux aussi dans un QE militaire convaincant ? Ou bien l’Europe constituera-t-elle in fine la seule planche de salut disponible ?

Côté États-Unis, les choses sont un peu différentes : la Fed a mis fin à son QE il y a trois ans déjà et se contentait depuis d’entretenir son stock en réinvestissant systématiquement les montants des obligations qui arrivaient à échéance dans de nouvelles obligations[7]. Or, depuis le mois d’octobre, la Fed a entrepris de diminuer le stock d’obligations qu’elle avait acquises pour soutenir son économie. Cette diminution se fait essentiellement : 1/ en « annulant » les écritures de monnaie créée sur les comptes des banques (pour la partie création monétaire pure) ; 2/ en trouvant pour les émissions ou renouvellement de bons du Trésor de vrais clients puisque la Fed ne jouera plus ce rôle. Problème : dans un monde désormais multipolaire et ultra-concurrentiel, comment créer un fort différentiel positif d’attractivité de l’économie nord-américaine ?

Les bons du Trésor pourraient être vendus aux citoyens américains eux-mêmes, mais encore faudrait-il qu’ils aient de l’épargne. Ce n’est toujours pas le cas… Au contraire, on note actuellement une ré-augmentation de l’endettement des ménages et des défauts de paiement[8]. Cette situation donne deux informations : une politique fiscale n’est pas plus envisageable que la vente des T-Bonds aux Américains, et il n’y a pas de temps à perdre si on veut éviter une nouvelle crise des subprimes. Ce deuxième point montre que la stratégie de relance de l’économie par affaiblissement du dollar (et donc l’enchérissement des produits importés) est une politique de bien trop longue haleine.

De quoi les États-Unis disposent-ils qui présente un potentiel de très forte rentabilité à part leur fameux appareil militaro-industriel ? Pas grand-chose en fait, en tout cas pas grand-chose qui ne soit déjà optimisé. Selon ce qu’on intègre au budget militaire, il représente tout de même entre 700 et 1000 milliards de dollars par an[9]

Figure 1 – Budgets militaires 2016 des neuf pays les plus dépensiers. Source : PGPF.

C’est ainsi qu’est apparu à l’esprit de notre équipe le concept de « QE militaire », en écho au « QE fiscal » européen. La question devenant alors : comment les États-Unis pourraient-ils optimiser de manière rapide et significative la rentabilité de ce pan de leur économie ?

Les trois pistes

Trois pistes simples apparaissent alors :

1- Piste européenne : les États-Unis mettent de l’huile sur les nombreux conflits de la planète, justifiant leur présence qu’ils font payer aux pays concernés. La crise euro-russe de 2014, le déploiement de troupes US-Otan en Europe et l’augmentation des contributions des membres de l’Alliance au budget, sont en fin de compte une première application de cette notion de QE militaire (au moment précis où la Fed arrêtait son QE, d’ailleurs…).

Défauts :

. en augmentant leurs contributions, les alliés reprennent la main sur les fonctions de commandement et peuvent utiliser cette marge de manœuvre pour calmer les tensions (la Corée du Sud en fournit un bon exemple) ;

. ça rapporte, mais ça coûte aussi. Même si les alliés contribuent mieux au budget, si le budget total augmente, la part US augmente également ;

. et si personne ne calme les tensions, il y a aussi des risques de réel embrasement qui ne sont en fait pas l’objectif de l’appareil militaire US : problème de coûts, mise en transparence de l’avantage réel de l’arme US sur les autres, image désastreuse conduisant au déploiement de stratégies de découplage de l’ « allié » US.

2- Piste japonaise : au lieu de miser sur le « militaro », les États-Unis misent sur l’« industriel » et opèrent une vraie réforme de leur appareil suivant un principe de rationalité économique : diminution des dépenses (bases, hommes, missions, etc.) et optimisation des recettes (vente d’armements). Dans cette logique, il peut toujours y avoir intérêt à attiser les conflits, mais en laissant les pays concernés prendre leur indépendance stratégique (une tendance dont le Japon fournit le parfait exemple[10]).

Défaut : le monde peut devenir un endroit très dangereux, ce qui n’est in fine dans l’intérêt de personne. Aucun dirigeant moderne ne peut ignorer le fait de la globalisation (non pas économique, mais sociétale). Ce qui arrive en un point a des conséquences d’un bout à l’autre du globe.

3- Piste moyen-orientale (?) : les États-Unis misent résolument sur l’explosion des dépenses militaires dans un monde multipolaire pour profiter de ce marché au moment où leur primauté technologique est encore avérée et crédible[11]. Ils recréent la confiance de leurs futurs clients en adoptant une plus grande impartialité dans les conflits, voire en participant à la réduction des tensions. Ils ramènent vers eux une partie des dépenses liées à la mise en place des systèmes de défense des gros acteurs géopolitiques émergents qui commençaient à regarder davantage vers la Russie ou la Chine. Ils dégagent des marges, redonnent de la matière à leur économie, et peuvent même réinvestir une partie des bénéfices dans la recherche pour augmenter à nouveau leurs chances de garder leur avance sur les concurrents (c’est le Moyen-Orient qui inaugure, si l’analyse que nous faisons dans les Perspectives de ce numéro est juste, cette nouvelle stratégie, pensons-nous).

Défaut : même si ces conditions de déploiement du marché de l’armement mondial sont plus rassurantes, le monde peut quand même devenir un lieu dangereux à terme. Sauf si l’évolution est concomitante de la mise en place d’une nouvelle gouvernance multipolaire qui, sur le plan stratégique notamment, fonde la confiance de ses partenaires sur des systèmes militaires de défense et non d’attaque.

En chiffres…

Livrons-nous alors à un petit exercice mental… Le pays n’a plus les moyens de maintenir les 800 bases militaires qu’il possède à l’étranger et qui lui coûtent de l’ordre de 160 milliards de dollars par an[12].

Figure 2 – Bases militaires US à l’étranger, 2015. Source : Politico.

Si les États-Unis abandonnaient la moitié de leurs bases étrangères, les économies s’élèveraient à environ 65 milliards par an[13]. Par ailleurs, dans un monde multipolaire où la paix serait assurée par l’équilibre des forces, le besoin d’armement est encore énorme. Ainsi, par exemple, le Japon se remilitarise rapidement[14]. Les exportations étasuniennes d’armes seraient donc considérablement renforcées. Si celles-ci augmentent par exemple de 50 %, ce serait encore de l’ordre de 25 milliards de rentrée d’argent supplémentaire[15]. On atteint ainsi 90 milliards de dollars par an d’économies ou de bénéfices. Si l’on tient compte en outre de la forte augmentation du budget militaire 2018 voulue par Trump et votée presque à l’unanimité par le Congrès[16], on atteint un « stimulus » de l’ordre de 150 milliards de dollars par an. Le voilà, le nouveau QE : c’est un « QE militaire » dans le sens où, plus que jamais (ce n’est pas peu dire concernant les États-Unis), les dépenses militaires soutiennent massivement l’économie. Les montants en jeu sont évidemment bien moindres que ceux du QE de la Fed, mais il faut se rappeler aussi qu’un tel soutien est beaucoup plus efficace pour l’économie réelle. D’ailleurs, les premiers signes du remplacement du pétrodollar par le QE militaire que nous venons de décrire semblent d’ores et déjà visibles, quand on sait par exemple que les exportations d’armes US vers l’Arabie saoudite ont augmenté en 2016, tandis que dans le même temps les importations US de pétrole en provenance de ce pays ont fortement baissé[17], rééquilibrant de ce fait la balance commerciale US-AS en faveur des premiers. Étant donné les balances commerciales auxquelles les États-Unis nous ont habitués depuis plusieurs décennies, ce genre de petit fait peut facilement être interprété comme un vrai changement de tendance et le début du fameux « atterrissage économique » des États-Unis que nous anticipons depuis plusieurs mois, et dont le pays a tant besoin pour réduire ses doses de perfusions financières et recommencer à marcher tout seul…

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[1] Dernier discours en date le 18 octobre. Source : BCE, 18/10/2017
[2] À ce sujet, lire CNBC, 05/10/2016
[3] Plan que nous avons étudié dans notre article sur la BEI dans le GEAB n°118 d’octobre 2017
[4] Source : Tokyo Foundation, 09/11/2017
[5] Source : Seeking Alpha, 10/11/2017
[6] Source : The Guardian, 18/09/2017
[7] Source : Les Echos, 08/11/2017
[8] Source : MarketWatch, 14/11/2017
[9] Sources : The Balance (24/05/2017), POGO (10/02/2016)
[10] Shinzo Abe travaille depuis des années à l’obtention d’une modification de la constitution japonaise devant permettre au pays de reprendre la main sur sa défense nationale. Il paraît aujourd’hui bien positionné pour obtenir cet amendement d’ici 2020. Source : Japan Times, 03/05/2017
[11] Voir l’article du GEAB n°117 (« La supériorité de l’armement US en question ») sur le resserrement de l’avance technologique US vis-à-vis des nouveaux acteurs de l’industrie de l’armement. Source : GEAB n°117, 15/09/2017
[12] Source : Mint Press News, 07/03/2016
[13] Soit 80 milliards par an correspondant à la moitié du coût des bases étrangères, à quoi il faut tout de même retrancher les dépenses en personnel qui resteront à honorer, soit environ 15 milliards. En effet, Il y a environ 300 000 soldats US à l’étranger, soit 150 000 à rapatrier. Chacun « coûte » en moyenne 100 000 $ par an. Source : Wikipedia, ici et
[14] Sources : Reuters (04/06/2016), BFMTV (05/09/2017)
[15] En moyenne, les États-Unis ont exporté pour 47 milliards par an entre 2012 et 2016. Source : Wikipedia
[16] Dans une étonnante entente entre démocrates et républicains qui ont alloué plus que ce que Donald Trump demandait… Signe sans doute que chacun a conscience du soutien à l’économie que représentent les dépenses militaires. Source : New York Times, 18/09/2017
[17] Source : Bloomberg, 14/11/2017

Source : GEAB

https://www.les-crises.fr/geab-petroyuan-et-arabie-saoudite-de-la-tentation-du-qe-militaire-us-a-la-naissance-du-moyen-orient-3-0/


 

Commentaires glanés sur ce site:

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=> De quoi les États-Unis disposent-ils qui présente un potentiel de très forte rentabilité à part leur fameux appareil militaro-industriel ?

Les États-Unis peuvent aussi compter sur l’application du principe d’extraterritorialité du droit américain pour rançonner leurs partenaires.

https://fr.sputniknews.com/international/201712121034288329-airbus-usa/

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Ils peuvent compter également sur la veulerie et le masochisme de leurs partenaires européens, comme en témoigne la carte mondiale de l’occupation militaire américaine.

Ils peuvent compter encore sur la fascination de leurs partenaires pour la langue de l’Empire : incapables de traduire en français “Quantative easing”, ou les légendes de leurs cartes. Quant à l’expression à la mode 2.0, 3.0, j’aimerais qu’on me dise ce qu’elle apporte de plus.

Ils peuvent compter enfin sur la nullité intellectuelle des experts européens, qui produisent ce genre de sentence : “Aucun dirigeant moderne ne peut ignorer le fait de la globalisation (non pas économique, mais sociétale). Ce qui arrive en un point a des conséquences d’un bout à l’autre du globe.”

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oui, très bon rappel. En dehors des attaques contre BNP, Airbus, on se souvient des attaques contre Pirate Bay, et le fait que Kim Dotcom a eu des actifs saisis par décision US alors qu’il n’y a jamais mis les pieds. Ou le cas Assange
et également une suprématie effroyable (hors Chine) dans le domaine d’internet: GAFA + surveillance totale.
et aussi le contrôle total du vivant, avec les OGM imposés partout et maintenant le forçage génétique
et aussi de nombreux domaines industriels de pointe. En concurrence serrée avec la Chine et l’Allemagne en général, mais souvent une longueur d’avance
et le mythe du rêve américain et Hollywood, qui attirent des millions d’immigrés qualifiés venant innover et produire

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@Jean,Nicolas et Fritz.
Vous apportez de l’eau au moulin à la thèse du GEAB en évoquant l’extraterritorialité.
En effet,d”après ce think-tank , les US sont obligés de revoir la stratégie de leur système militaro- industriel en raison :
-de leur endettement massif
-qui ne sera plus possible dans les mêmes proportions en raison de l’avènement du PetroYuan.

Mais de même que s’organise une alternative au dollar ,il se met en place une alternative à extraterritorialité.
Dans le monde: http://geab.eu/a-lecoute-des-signaux-faibles-de-tendances-notre-selection/
En France:voir l’intervention d’Hubert Védrine sur ce sujet qui explique que les français réalisent des montages pour faire du commerce avec l’Iran.Ici à 29 mn https://www.franceinter.fr/emissions/le-grand-face-a-face du 10 12.
Les US, anticipent ces réactions aux différents outils de leur hégémonie, en changeant de stratégie militaro-industrielle, selon le prospective du Geab.

ps: petroyuan et SWIFT http://www.leap2020.net/une-reaction-a-notre-article-du-geab-sur-le-petroyuan-par-irina-yarigina-professeur-de-luniversite-financiere-detat-de-moscou/

 

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vendredi 15 décembre 2017

.(RussEurope en exil) Culture nationale, souveraineté et médiations

S’est tenue à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro cette semaine (de mardi à jeudi) une importante conférence sur la signification de l’année 1917.

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Elle a été consacrée à traiter de la question « un autre socialisme est-il possible? ». Cette conférence, organisée par un groupe d’universités brésiliennes, réunissait des intervenants venant tant de l’Amérique Latine que du reste du monde (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis) [pas très étendu, le monde!!! NdR]. La tenue de cette conférence, qui aurait sans doute été impossible aujourd’hui en Europe où s’abat une chape de conformisme, comme l’a fait remarquer un intervenant britannique, est la preuve de la vitalité intellectuelle de l’Amérique Latine.

(...)

La question de la spécificité nationale

Ces présentations, mais aussi les débats qu’elles ont suscités, ont donc mis en évidence non seulement des différences de sensibilité (ce qui est parfaitement normal dans une conférence de cette nature) mais aussi, et ceci est peut-être plus important, des différences de perspectives qui s’enracinent dans les spécificités nationales, dans les cultures politiques et les expériences des différents pays. Ainsi, l’un des intervenants britanniques, a montré l’importance du BREXIT dans la lutte anti-hégémonique, mais aussi la lutte féroce pour le contrôle sur la classe ouvrière et les classes populaires que se livrent d’un côté Boris Johnson et Nigel Farage et de l’autre Jeremy Corbyn, lui même en rupture avec la doxa traditionnelle du parti travailliste. Ce point mérite ici une explicitation.

Un certain nombre d’intervenants (en particuliers les collègues brésiliens) ont insisté sur la « nature globale » du capitalisme et de la société capitaliste. Mais, les débats auxquels ont donné naissance leurs interventions ont montré qu’au-delà des différences politiques il y avait des incompréhensions naissant de la différence des cultures politiques. Les mots n’ont pas le même sens dans ces différentes cultures. Or, ces cultures politiques reflètent les différences dans l’histoire institutionnelle des différends Etats, c’est à dire, en fin de compte les différents chemins historiques pris par ces Etats. Cela fut sensible non seulement dans le rapport au phénomène soviétique (avec une différence nette entre collègues européens et collègues des deux Amériques), mais aussi dans le rapport aux structures de l’Etat ou dans l’interprétation des évolutions particulières du capitalisme. Non que l’on ne puis se comprendre. Et un important travail de « traduction » (au-delà de la traduction du portugais-brésilien à l’anglais) a été fait, permettant aux discussions d’être fructueuses. Mais, les différences souvent se sot muées en divergences. On peut constater que les ordres de priorités diffèrent, ce qui pouvait être prévu, mais aussi, et ceci est essentiel, que la formulation de ces priorités diffère, parfois de manière marginale mais parfois aussi de manière très sensible, d’une culture politique à l’autre. Il convient alors de revenir sur cette notion de culture politique nationale mais aussi sur la notion de médiation qui découle de ces différences.

L’importance de la notion de médiation

Ainsi, avons nous eu une démonstration de la pertinence de la notion de spécificité nationale. Reconnaître cette spécificité ne conduit nullement à tomber dans le piège de l’hypothèse saturante du « génie national » des peuples. Par contre, elle invite à prendre au sérieux la notion de culture politique nationale, une culture politique qui nait des luttes passées et des institutions auxquelles elles ont donné naissance, mais aussi une culture politique qui permet de comprendre pourquoi les formes spécifiques prises par les luttes sont elles-mêmes aussi différentes.

Cette spécificité des cultures politiques nationales conduit à penser l’internationalisme dans son sens initial – un mouvement qui unit des Nations différentes – mais conduit aussi à rejeter sa lecture actuelle qui tend à le présenter comme un a-nationalisme qui serait fondé sur une « nature » unique des êtres humains. Il convient donc de penser constamment les médiations par lesquelles des unités de lutte peuvent se constituer entre des cultures politiques nationales différentes mais aussi de refuser l’utopie dangereuse que ces médiations ne seraient pas nécessaires car le « capitalisme » aurait une telle transcendance qu’il rendrait « évident » et impératif (au sens de l’impératif catégorique kantien) l’existence de cet a-nationalisme.

La question des médiations apparaît alors comme l’autre face de la question de la souveraineté. Car,i le développement initial des luttes se fait toujours dans le cadre national, que ce cadre soit celui des représentations induites par la culture politique nationale ou que ce cadre soit directement celui des institutions nationales particulières. Mais, ce développement des luttes pose alors le problème de la coordination avec d’autres luttes, menées dans d’autres cadres nationaux. Et ce problème ne saurait être résolu sans que ne soient inventées des formes de médiations assurant la traduction des idées et des concepts d’une société à une autre.

Jacques Sapir

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-culture-nationale-souverainete-et-mediations/

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Un commentaire trouvé sur le site d'Olivier Berruyer:

La question nationale, c’est la question de la démocratie.
Même avec les meilleures intentions du monde, les socialismes ne peuvent pas faire l’impasse sur les conditions réelles d’exercice de la démocratie : la souveraineté populaire qui s’exprime à travers des lois communes pour tous s’exerce nécessairement sur un territoire donné et limité. En outre ce territoire doit être à échelle humaine, correspondre à des réalités culturelles et civilisationnelles, au risque sinon de dissoudre l’humain dans un ensemble inhumain.  

P.G.

mercredi 13 décembre 2017

Jérusalem et la mystique de l’élection

Par Bruno Guigue | 10 décembre 2017

TL ISRAELBIBLE

Comme le montre la naïveté des commentaires sur la crise actuelle, on ne comprend pas les conflits du Proche-Orient si l’on oublie l’essentiel. Le sionisme n’est pas un mouvement d’émancipation juive, ni un nationalisme séculier classique. C’est un colonialisme fondé sur une mystique de l’élection. Lorsque Netanyahou est reçu au congrès américain, il parle du “peuple élu” et il invoque la “destinée manifeste”. En validant les prétentions israéliennes sur Jérusalem, Trump ne se contente pas de piétiner la loi internationale. Flattant le narcissisme israélien, il accrédite la mythologie fondatrice de l’Etat-colon.

On s’inquiète d’une confessionnalisation du conflit, mais on oublie que ce conflit est confessionnel depuis l’origine. Non pas du fait de la résistance arabe, mais du fait de l’entreprise sioniste. En fait, le mouvement auquel le sionisme ressemble le plus est le suprématisme blanc des Afrikaners. Dans les deux cas, ils se prennent pour le peuple élu, et la guerre coloniale vise à s’emparer de la “Terre promise”. L’Etat d’Israël, cet enfant chéri de la conscience laïque occidentale, est un implant colonial justifié par l’Ancien Testament.

Même s’ils ont raison, le déni de légitimité que les juifs orthodoxes opposent au sionisme est trompeur. Il faut lire les penseurs sionistes de l’ère pré-israélienne : le sionisme n’a pas trahi le judaïsme, il s’est simplement affranchi de sa passivité. Il substitue à l’attente du sauveur une action politique, mais cette action vise à prendre possession d’“Eretz Israël”, et non d’une lointaine contrée indifférente au récit biblique. Le sionisme moderne n’a pas laïcisé l’espérance messianique, il l’a détournée à son profit pour implanter au Proche-Orient un Etat occidental.

La conquête coloniale de la Palestine se fonde sur une mystique de l’élection, et cette mystique se nourrit d’une géographie du sacré. Interprétant la Thora comme un acte notarié, elle le brandit comme si un texte religieux pouvait fonder un droit opposable. Croyant occasionnel, Theodor Herzl avait bien compris la puissance symbolique de cette supercherie. “Si la revendication d’un coin de terre est légitime, disait-il, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs”. Quel Occidental contestera, si elle est bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine ?

Le sionisme repose sur une idée simple : la Thora tient lieu de titre de propriété, et cette propriété sera reconnue par un Occident pétri de culture biblique. Il faut reconnaître que ce tour de passe-passe a porté ses fruits. Loin d’être une nouveauté, le sionisme chrétien est constitutif du sionisme lui-même. L’idée du retour des exilés en Terre sainte fut une idée protestante avant d’être une idée juive, et le gouvernement britannique s’en fit l’ardent défenseur à l’apogée de l’Empire. Ce n’est pas un hasard si cette entreprise a fini par voir le jour avec la bénédiction d’une Grande-Bretagne férue d’Ancien Testament.

Malheureusement, ce n’est pas la première fois qu’une idée absurde exerce une force matérielle. Pour les sionistes, la cause est entendue : si le droit des juifs sur la terre d’Israël n’est pas négociable, c’est qu’il dérive de la transcendance. Combattre l’entreprise sioniste, c’est faire offense à Dieu, se rebeller contre sa volonté. Avant la proclamation unilatérale de l’Etat d’Israël, le grand rabbin de Palestine déclarait devant une commission internationale : “C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin”.

Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait en 2002 : “Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif”. On comprend pourquoi le sionisme, à l’appui de ses prétentions, n’invoque pas le droit international, mais la promesse de Yahvé à Abraham : “C’est à ta descendance que je donne ce pays, du fleuve d’Egypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate” (Genèse, 15).

Cette mythologie a fait de Jérusalem le joyau de la promesse. La cité de David est l’écrin de la présence divine depuis que son successeur Salomon y bâtit le premier Temple. Espace de communication avec le divin, Jérusalem porte témoignage de la geste hébraïque. Le martyre subi lors de sa destruction en accentue la sacralité, en la déclinant sur le mode messianique. Dans la narration biblique, Jérusalem est le centre d’une histoire sainte. Le tour de force du sionisme est de l’avoir fait passer pour une histoire tout court.

Cette conversion de la narration biblique en narration historique, pourtant, est un véritable château de cartes. Israël s’est lancé à Jérusalem dans une quête obstinée des vestiges de sa grandeur passée. A coup d’excavations frénétiques, on a exhibé la moindre breloque comme si elle était la preuve d’une gloire ancestrale, et un tesson de poterie attestait le rayonnement immémorial du royaume hébraïque. Mais cette manie de fouiller le sous-sol palestinien à la recherche d’une gloire perdue a montré ses limites, et les archéologues israéliens ont fini par tirer un trait sur ces affabulations.

“Les fouilles entreprises à Jérusalem n’ont apporté aucune preuve de la grandeur de la cité à l’époque de David et de Salomon”. Mieux encore : “Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, les rapporter à d’autres rois paraît beaucoup plus raisonnable. Les implications d’un tel réexamen sont énormes. En effet, s’il n’y a pas eu de patriarches, ni d’Exode, ni de conquête de Canaan, ni de monarchie unifiée et prospère sous David et Salomon, devons-nous en conclure que l’Israël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, les livres de Josué, des Juges et de Samuel, n’a jamais existé ?

Ces citations ne sont pas tirées d’un brûlot antisioniste, mais du livre d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l’archéologie, Bayard, 2002, p. 150. La mythologie sioniste avait maquillé le mythe en histoire pour les besoins de la cause. Cette histoire en carton-pâte est balayée par la recherche scientifique. La véritable histoire reprend ses droits, et la géographie du sacré sombre dans les sables mouvants. Mais peu importe. Avec de vieilles pierres en guise de témoins muets, les sionistes revendiquent obstinément la propriété d’une terre arrachée en 1948 à ses détenteurs légitimes.

Bruno Guigue | 10 décembre 2017

Source : Bruno Guigue

http://arretsurinfo.ch/jerusalem-et-la-mystique-de-lelection/

Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l’Europe et le Reich : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide 1914-1945

PUB ALR VATICAN

Message de l'auteur, à propos de son document Histoire d’une censure vaticane et médiatique à répétition, suite à la censure qu'elle vient de subir à la RTBF.

Chers amis,

Je vous remercie de prendre le temps de vous informer sur un exemple de censure cléricale et médiatique étendue sur plus d’une année, et qui vient de se clore à la RTBF, principale chaîne de télévision belge. Un tel interdit mériterait la fanfare, mais les spectateurs belges l’ignoreront sans doute autant que le public français. Cet exemple accroît la longue liste connue des ostracismes prononcés de longue date en France contre la recherche scientifique et critique en général, et contre les chercheurs indépendants des puissants en particulier.

L’exposé, un peu long, ne vous rebutera pas, j’en suis certaine : j’ai été contrainte à fournir des détails, les jugeant d’autant plus nécessaires qu’il est rare de pouvoir saisir (ou disposer d’éléments solides sur) le processus de censure qui, nous affirme-t-on, n’existe pas dans nos démocraties-modèles et notre grande presse libre. Les correspondances attestent que je n’étais aucunement demanderesse de la publicité des grands médias: dois-je préciser que c’est toujours le cas, et que je considère les sources électroniques comme le quasi exclusif moyen d’information actuellement accessible : jusqu’à quand est une question qui se pose de plus en plus clairement.

La diffusion de ce document est, comme d’habitude, non seulement libre mais encore vivement encouragée.

Bien cordialement

Annie Lacroix-Riz


 

A propos de son livre:

Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l’Europe et le Reich : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide 1914-1945, Paris, Armand Colin, Nouvelle édition refondue, 2010

Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide 1914-1945, Paris, Armand Colin, Nouvelle édition refondue, 2010 {JPEG}Bihr Alain

Il est singulier de constater combien les historiens s’intéressent peu au plus ancien des États européens : le Vatican. Encore plus curieux est le fait que, quand ils s’y intéressent, ils ne l’appréhendent guère comme un État qui, à l’image de tous les autres États, n’est qu’un « monstre froid », « le plus froid même des monstres froids  » (Nietzsche), dont les comportements de leurs dirigeants ne peuvent ni ne doivent se comprendre qu’en fonction des intérêts de cet État dans ses rapports avec tous les autres acteurs de la scène politique internationale, à commencer par les autres États. Car, sous ce rapport, pas plus que sous aucun autre, le Vatican ne fait exception à la règle. Annie Lacroix-Riz en apporte la démonstration dans cet ouvrage consacré à la politique extérieure du Vatican durant la période cruciale de l’histoire de l’Europe contemporaine qui va des prémices du premier aux lendemains du second conflit mondial. Sa thèse est que, par delà les vicissitudes d’une histoire bouleversée et les revers qu’elle y aura connus, cette politique s’est caractérisée par une remarquable continuité dans la poursuite de ses objectifs, sa Realpolitik amenant le Vatican à nouer une alliance solide et durable avec l’État allemand, quels qu’en aient été les dirigeants et leurs idéologies. Ce n’est pourtant pas ce dernier qui a sa préférence au départ. Au début du XXe siècle, l’allié privilégié du Vatican reste le vieil État habsbourgeois, la double monarchie austro-hongroise, profondément catholique, qui a été en son temps le fer de lance de la Contre-Réforme en Europe centrale. Mais ses deux bêtes noires sont d’une part la Russie tsariste, épicentre de l’orthodoxie honnie, d’autre part la France qui, autour de 1860, a pris une part décisive à l’unification italienne, qui va réduire le Vatican à l’État territorialement croupion qu’on connaît aujourd’hui et qui, après l’adoption des lois de séparation des Églises et de l’État de 1905, n’est pas loin d’incarner l’Antéchrist pour la Curie romaine. Aussi lui faut-il bien consentir à l’alliance des Habsbourg avec les Hohenzollern, fussent-ils luthériens. Et dès août 1914, ce sont bien les Empires centraux que le Vatican soutient, en se faisant notamment le défenseur de leurs revendications territoriales. Le cours de la guerre allait cependant rapidement le convaincre que, des deux États de langue allemande, c’était bien l’Allemagne la plus solide, même dans la défaite. C’est donc à cette dernière que le Vatican va dès lors lier le destin de sa politique extérieure. Pour faire face à une France que sa victoire semble avoir encore renforcée et une Russie désormais livrée à l’athéisme bolchevique, le Vatican va tout faire de ce qui est en son pouvoir pour alléger le poids des sanctions (notamment territoriales et financières) ordonnées par le traité de Versailles contre l’Allemagne, tout en préparant déjà le terrain de la revanche, par la dénonciation du dit traité et son appui à l’autonomisme et à l’irrédentisme dans les territoires catholiques arrachés aux Habsbourg et aux Hohenzollern, le Vatican allant jusqu’au comploter contre la Pologne, pourtant catholique et antibolchevique, parce que sa renaissance s’est faite notamment par réunion de tels territoires. Dans cette nouvelle configuration, le Vatican va chercher un appui sinon un allié dans les États-Unis d’Amérique, dont l’intervention dans la guerre a commencé à faire un acteur de la scène politique européenne. Au centre de toutes ces manœuvres se trouve Eugenio Pacelli, nommé nonce apostolique (représentant du Vatican) à Munich en mai 1917, fonction étendue à toute l’Allemagne après la défaite, l’artisan du concordat avec l’Allemagne (1924). Il deviendra secrétaire d’État du Vatican (une fonction qui cumule celle de Premier ministre et de ministre des Affaires Étrangères), avant d’être élu pape en mars 1939 : ce sera Pie XII. Lorsque Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933, en dépit des tendances anticatholiques et plus largement antichrétiennes du nouveau régime, le Vatican trouvera en lui son champion. Il appuiera tous ses projets d’expansion territoriale, d’abord « pacifiques » (à commencer par l’Anchluss, l’absorption en 1938 d’une Autriche déjà largement nazifiée par l’, ardemment désirée par la Curie romaine, qui neutralisera l’opposition de l’Italie mussolinienne en l’occurrence) puis guerrières, à l’Ouest (au détriment des Pays-Bas, la Belgique et la France), au Nord (Danemark et Norvège) et à l’Est (Pologne puis Russie). Avec le déclenchement de l’opération Barbarossa (nom de code de l’invasion de la Russie – juin 1941), autrement dit de la guerre d’extermination du « judéo-bolchevisme » dans l’Est européen, que le Vatican présentera quelquefois quasiment comme une guerre sainte, d’autant plus qu’il espère pouvoir ainsi faire entrer dans son giron l’Église ukrainienne uniate, il n’aura plus pour le régime nazi que les yeux de Chimène. Des yeux qui se fermeront volontiers pour ne pas voir les pires crimes et génocides de masse dont le régime nazi va se rendre coupable, à commencer par ceux des juifs et des Roms, fussent-ils accomplis aux portes mêmes du Vatican, comme lors de la déportation des juifs de Rome à l’automne 1943. Mais il en ira de même à propos des massacres perpétrés par l’Etat fantoche oustachi (croate) à l’égard des Serbes, des juifs et des Roms, ne leur laissant le choix qu’entre la conversion (au catholicisme) et la mort. Les fameux « silences  » de Pie XII, en contradiction apparente avec l’Évangile, ne sont que trop cohérents au regard des positions occupées par le Vatican dans les rapports de forces politiques au sein de l’Europe en guerre. Quand, après la chute de Stalingrad (février 1943) et surtout la bataille de Koursk (juillet-août 1943), se lève le spectre de la défaite allemande à l’est, le Vatican va mettre en place ses fameuses ratlines, littéralement filières à rat, destinées à permettre au plus grand nombre parmi les hauts dignitaires et autres exécutants de basses œuvres nazis ou alliés de ces derniers de se réfugier en des lieux sûrs, en Europe même (dans des couvents) ou en dehors de l’Europe (notamment en Amérique latine). Une opération supervisée par Giovanni Montini, le futur pape Paul VI (1963-1978)… Et, une nouvelle fois, le Vatican tentera de trouver un allié dans les États-Unis de manière à s’assurer que l’occupation de l’Allemagne par les vainqueurs, devenue inévitable, soit la moins préjudiciable possible. Une tentative qui sera d’un certain succès, Washington montrant un intérêt particulier à enrôler à son service des nazis ayant brillé dans la répression des mouvements de résistance et dans la lutte contre l’Union Soviétique, dans la perspective de ce qu’on pressent devoir devenir la future confrontation entre les anciens alliés. Le trajet d’un dénommé Klaus Barbie est, de ce point de vue, édifiant mais nullement exceptionnel : avant de finir conseiller des dictateurs boliviens dans les années 1960-1970, l’ancien « boucher de Lyon  », bourreau de Jean Moulin, recyclé par les soins des réseaux catholiques, était devenu une barbouze états-unienne en Allemagne. Restait au Vatican, sous l’égide des États-Unis et plus largement des États occidentaux, à accomplir un dernier miracle : celui de faire renaître l’Allemagne occidentale de ses ruines en tant qu’État à part entière, en le lavant de tous les crimes de son prédécesseur nazi. Il y contribuera en remettant en selle le vieux parti de la droite catholique allemande, ce Zentrum qu’il avait lui-même sabordé après l’installation de Hitler à la Chancellerie en 1933, et auquel il redonnera vie sous les couleurs de la Christlish Demokratische Union (CDU) et de la Christlich Soziale Union (CSU) bavaroise qui domineront la scène politique allemande jusqu’au début des années 1970. Deuxième version d’un ouvrage initialement paru en 1997, ici enrichi de l’exploitation de nombreuses nouvelles archives (à l’exception de celles du Vatican, toujours fermées et sans doute en partie volontairement détruites), très solidement documentée et argumentée, cette livraison d’Annie Lacroix-Riz fourmille de nombreux développements secondaires et de détails significatifs plus nombreux encore dont il est impossible de faire mention ici. Qu’il me soit permis pour conclure en signalant qu’elle débouche sur deux questions qui se situent cependant au-delà de son champ d’étude mais dont la solution contribuerait à parfaire son approche critique de l’institution ecclésiale. La première concerne les modalités de l’action diplomatique du Vatican et conduit à s’interroger sur les modalités d’action et les modes de fonctionnement du clergé, tant séculier que régulier, qui forme les bras de la pieuvre vaticane. La seconde a trait aux intérêts matériels et notamment financiers du Vatican, dont on devine à plusieurs reprises qu’ils pèsent lourdement dans les choix de la Curie romaine ou des différentes Églises nationales. À quand un ouvrage de synthèse sur « l’or du Vatican » ?

 

Bihr Alain, « Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l’Europe et le Reich : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide 1914-1945 », dans revue  Interrogations ?, N°12 – Quoi de neuf dans le salariat ?, juin 2011 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Annie-Lacroix-Riz-Le-Vatican-l (Consulté le 5 décembre 2017).

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/collaboration-histoire-dune-censure-vaticane-mediatique-a-repetition-de-rmc-a-rtbf/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

mardi 12 décembre 2017

Brèves d'antipresse

Fin 2017

ARG BREVES NOEL

ART | Le Sauveur du monde ira bénir les Arabes

Vendu à un acquéreur secret pour 450 millions de dollars lors d’une vente aux enchères chez Christie’s, le Salvator Mundi de Léonard de Vinci est devenu le tableau le plus cher au monde.

La signification artistique de l’œuvre ne semble pas avoir retenu l’attention, encore moins son sens spirituel. Une seule question passionne les foules: qui est donc ce richissime amateur?

Bloomberg a livré un indice en annonçant que l’œuvre serait hébergée au Louvre d’Abu Dhabi. Peu de chances que l’acquéreur soit brésilien ou chinois… Le New York Times a aussitôt avancé le nom d’un prince saoudien.

«Le Louvre d’Abu Dhabi — une franchise de l’original parisien — est un symbole des efforts consentis par l’émirat pétrolier pour booster son prestige dans le domaine du “soft power".»

On imagine que quelques bédouins imbibés de pétrole doivent bien rire à l’idée d’avoir soustrait la plus coûteuse représentation du Christ à la culture qui l’a créée.

http://log.antipresse.net/post/art-le-sauveur-du-monde-ira-benir-les-arabes?mc_cid=69d7c2ec6a&mc_eid=3a5e263339

FRANCE | Que représente le CRIF ?

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) «invite» le Président Macron à suivre l'exemple du président étasunien Trump proclamant Jérusalem Capitale d'Israël. Faisant fi de l'histoire et du droit international, le CRIF ignore la responsabilité de la France à Jérusalem. Chrétienne pendant les croisades, Jérusalem fut musulmane de 638 à 1917. En 1535, Soliman le Magnifique et François Ier ont signé les Capitulations qui accordaient à la France un rôle particulier dans la protection des lieux saints catholiques, de concert avec la Custodie des franciscains. Aujourd'hui encore, le C​onsul de France est le dépositaire de ce droit. En outre, la ville est placée sous l'autorité administrative des Nations-Unies.

Voilà pourquoi, n'en déplaise à Donald Trump, les ambassades sont toutes à Tel-Aviv. Le CRIF représente-t-il des institutions juives de France ou les intérêts d’un gouvernement étranger?

http://log.antipresse.net/post/france-que-represente-le-crif?mc_cid=69d7c2ec6a&mc_eid=3a5e263339

UKRAINE | Emigration massive… chez l'ennemi !

Selon l'illustre Yulia Timochenko, désormais à la tête du parti «La Patrie», quelque huit millions de personnes ont quitté l'Ukraine depuis la révolution de Maïdan, début 2014. Et où sont-ils allés, tous ces Ukrainiens? Le plus souvent (55% des cas), se jeter dans les bras de leur «agresseur» — ou en tout cas désigné comme tel par leurs autorités et leurs alliés occidentaux. 4,4 millions ont en effet trouvé refuge en Russie, contre 1,2 millions en Pologne et au Canada, 1 million aux USA etc.

«Les recherches montrent que la moyenne d'âge des expatriés tourne autour des 32 ans. Ce sont surtout des gens éduqués, des intellectuels.»

Etrange, tout de même, que la frange la plus instruite et la plus capable de la population ukrainienne aille se jeter directement dans la gueule de l'ours russe. Ces «intellectuels» sont-ils complètement stupides ou y aurait-il une faille dans la narration?

http://log.antipresse.net/post/ukraine-emigration-massive-chez-l-ennemi?mc_cid=69d7c2ec6a&mc_eid=3a5e263339

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Prenez garde à la colère des affamés qui ont faim de dignité.

Déclaration Trump versus Balfour.

 

HIST BALFOUR TRUMP NETANYAOU

 

Donald Trump rejoue sous la forme d’une bouffonnerie le premier acte de la tragédie palestinienne signée par Balfour en novembre 1917, il y a maintenant 100 ans. Par une déclaration solennelle, le secrétaire au Foreign Office promettait au banquier britannique Rothschild une terre sur laquelle il n’avait aucun titre puisqu’à ce moment, le Royaume Uni n’était pas encore mandataire sans l’accord de ses réels ayant droit.

Une fois l’Empire Ottoman démembré, les Britanniques se sont attribués la Palestine qu’ils ont administrée et occupée militairement jusqu’en 1948. Tous les Hauts Commissaires pour la Palestine désignés par Londres furent choisis parmi les membres les plus zélés du Congrès sioniste d’Angleterre. Le premier d’entre eux, Herbert Samuel (1920-1925) mit en place sans perdre de temps les bases des infrastructures éducatives, militaires et sanitaires du futur Etat juif.

Balfour agissait dans un contexte de la deuxième partie de la première guerre mondiale, très meurtrière et très coûteuse, l’opinion était lasse de la boucherie. Par cette signature, il satisfaisait à plusieurs exigences de l’heure.

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Tenter de soustraire une part des intellectuels juifs à l’activisme internationaliste communiste en les recrutant pour un nationalisme lié à une terre ‘promise’. Cette opération eut un faible succès car le sionisme n’était pas une idéologie prisée ni répandue à l’époque du triomphe de la révolution bolchevique. L’argent des Rothschild aidait surtout à installer des familles pauvres de l’Europe de l’Est, victimes d’un antisémitisme latent toujours prêt à être réactivé.

Consolider la prise en main du territoire de l’Irak en le prolongeant par un accès vers la Méditerranée. Le pétrole de Mossoul pouvait alors être acheminé vers le port de Haïfa ou vers le golfe arabique. Mais surtout, en contrôlant la Palestine, la Transjordanie et l’Irak, la route vers l’Inde par voie terrestre est coupée pour l’URSS.

De façon accessoire, il fallait récompenser la contribution du chimiste sioniste Weizman (production industrielle de l’acétone) à l’amélioration des munitions pour l’armée britannique.

Le tout adossé à un certain courant protestant millénariste en Angleterre sensible à la cause sioniste car le rassemblement des Juifs accélérerait la venue du Christ-Messie sur terre.

Il y a cent ans, l’Empire britannique était à l’apogée de sa puissance.

Le déclin certes était en train de poindre et les Usa étaient en train de prendre le relais.

Mais en attendant, la dislocation de l’Empire ottoman a augmenté son aire en lui affectant un contrôle économique et militaire sur la Palestine, la Transjordanie, l’Irak et l’Egypte, occupée militairement depuis 1882 mais sous protectorat effectif depuis 1914 seulement. L’Irak ne sera pacifié qu’au terme de trois années de résistance acharnée et le parti Wafd en Egypte a obtenu dès 1919 la direction politique du pays.

Un système politique et symbolique à l’agonie.

En 2017, les Usa ont vu leur intervention militaire au Moyen Orient contrariée en Syrie puisque la guerre qu’ils y ont menée contre un Etat appartenant à l’axe du mal a résisté à sa disparition en dépit des moyens mis à la disposition de leurs mercenaires engagés sous la bannière du terrorisme islamiste. Elle fut spectaculairement contrariée aussi en Irak car la sécession du Kurdistan n’a pu avoir lieu. L’assistance qu’ils monnayent à l'Arabie Saoudite contre le Yémen en proie à un printemps sanglant interminable s ‘avère inefficace(1) la protection par les antimissiles Patriot laisse passer des missiles longue portée, près de 1400 Km, adaptés par les Yéménites qui parviennent à perturber l’aéroport international de Ryad. (1) L’une des dernières mises en œuvre d’une révolution colorée en Ukraine échoue lamentablement. Le PIB du pays s’est effondré de moitié depuis l’organisation de la tuerie place du Maïdan, accomplie par quatre Géorgiens et coordonnée par leur agent Saakachvili. Le pays s’est littéralement vidé de ses forces vives qui ont fui la baisse de salaire de l’équivalent e 400 euros à près de 190 euros.

Le Président Trump est toujours menacé de destitution plus d’un an après sa victoire électorale pour diverses raisons alléguées par ses adversaires, santé mentale défaillante, corruption, haute trahison et compromission avec l’ennemi russe. Cette situation qui traîne en longueur est inédite dans l’histoire de la première puissance qui a pour habitude de régler le sort des indésirables à cette fonction par un assassinat ou une démission annoncée dignement. Ses rodomontades, réplique par un feu nucléaire, proférées à l’égard de la Corée du Nord sont vite contredites par le Secrétaire préposé à la Défense. L’annonce, énoncée unilatéralement , que Jérusalem connue et désignée par un milliard de musulmans sous le simple nom de La (ville) Sainte, Al Qods, serait la capitale de l’entité sioniste a été accueillie avec réserve par Tillerson, l’homme d’Exxon propulsé au Secrétariat d’Etat. A l’évidence, le pouvoir est éclaté à Washington et ses centres, nombreux, non seulement ne coordonnent pas leurs positions publiques mais exposent leur antagonisme à la face du monde. Les derniers mouvements respiratoires d’un organisme en voie de trépasser sont anarchiques et inefficaces, cette dernière billevesée signe que l’agonie est bien en cours. Il est probable même qu’elle a été accomplie sans l’aval de la direction actuelle de l’entité sioniste. Elle a suscité une condamnation unanime de tous les dirigeants de la planète avec toute une palette de nuances selon leur degré de soumission, depuis le ‘regrettable’ jusqu’à l’indignation authentique. Elle offense surtout trois cents millions d’Arabes, sans distinction de leur religion, un milliard de musulmans et tous ceux qui espèrent un règlement à cette colonisation atroce par la voie de la négociation. Elle les unit aussi. Le jeu pervers de l'Arabie Saoudite est non seulement mis à jour mais est devenu intolérable à tous ceux qui subissent depuis des décennies l’islamophobie comme stratégie néoconservatrice manipulée par les officines qui pilotent ou au moins facilitent le ‘terrorisme islamiste’.

Ce vendredi 8 décembre, dans chaque mosquée, le sermon a été consacré à la (ville) Sainte, dans tous les pays du monde sauf dans l'Arabie Saoudite qui en a interdit l’évocation.

 

La situation est désormais clarifiée.

Plus aucune partie ne pourra encore se réclamer d’un quelconque processus de paix, ce qui ne pourra que faciliter l’unité du rang des Palestiniens. L’Autorité Palestinienne, née des accords d’Oslo, doit renoncer à sa politique de collaboration sécuritaire avec l’occupant et cesser de livrer les militants à la police et l’armée sioniste. Elle doit refuser de cautionner le grignotage incessant des zones théoriquement prévues comme bantoustans émiettés où seront encagés les Palestiniens. Elle devra revenir à la charte de l’OLP, incontournable, qui revendiquait un seul Etat, laïc, pour tous ses citoyens.

Cette dernière blessure ouverte dans le cœur et l’esprit du milliard de musulmans va se traduire par leur rejet de l’américanisme sous toutes ses formes. Un boycott des produits étasuniens en sera l’effet immédiat le plus perceptible. Coca Cola, Mac Do, Apple, Google, Facebook pourront en remercier Trump. La planète aussi, elle sera plus vite délivrée de l’abaissement symbolique et éthique imposé par l’hégémonie étasunienne.

 

Badia Benjelloun

9 décembre 2017

 

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lundi 11 décembre 2017

La French American Foundation

Au moment où nous apprenons que Laurent Wauquiez vient d'être élu à la tête du parti "LR", soit- disant pour illustrer une reprise en main de la "droite républicaine" autour de ses "valeurs" fondamentales, il n'est pas inutile de rappeler ce qu'est la FAF dont il fait partie, comme tant d'autres, dont notamment un certain... Emmanuel Macron!   P.G.


ARG FAF US

 

Créé en 1981, le programme Young Leaders est le programme phare de la French-American Foundation et continue de jouer un rôle clé dans l’approfondissement de la coopération entre la France et les Etats-Unis. Il rassemble aujourd’hui 400 dirigeants issus du monde de l’entreprise, de la haute fonction publique, de l’armée, des médias et de la recherche.

 

Processus de sélection

Chaque année, vingt français et américains âgés de 30 à 40 ans et appelés à jouer un rôle important dans les relations franco-américaines, sont sélectionnés par un jury en France et aux Etats-Unis. Les candidats retenus participent à deux séminaires de cinq jours chacun, sur deux années consécutives – alternativement en France et aux États-Unis – afin d’échanger sur sujets d’intérêts communs aux deux pays et tisser des liens d’amitié durable.

 


 

Un relais des États-Unis en France

L’opposition politique fondamentale réside aujourd’hui entre ceux qui soutiennent une gouvernance unipolaire du monde sous l’autorité des États-Unis et ceux qui prônent un équilibre des puissances régi par le droit international. À ce niveau, la grille de lecture traditionnelle française opposant une gauche à une droite n’a plus de pertinence – car on retrouve des deux côtés des partisans de la Pax Americana. Une organisation non-lucrative, mais richement dotée, la French American Foundation, a depuis quarante un ans pour fonction de recruter les jeunes leaders appelés à occuper des postes de dirigeants pour les former au soutien de la politique atlantiste. (...)

Lors de sa visite aux États-Unis, Nicolas Sarkozy prononça un discours, le 12 septembre 2006, à la French American Foundation (FAF, la « Fondation franco-américaine »). Rappelant la nécessité de « rebâtir la relation transatlantique (…) et de favoriser la constitution d’une Europe politique forte et influente sur la scène internationale » [1], Nicolas Sarkozy a dû ravir par ces propos les dirigeants de cette Fondation largement méconnue. L’étude de celle-ci est pourtant profitable afin de mieux saisir les liens ô combien étroits qui lient les élites franco-américaines.

La FAF doit son origine aux actions de trois éminents États-Uniens [2] : James G. Lowenstein, membre entre autres du Council on Foreign Relations (le CFR) [3] où s’élabore la politique étrangère des États-Unis et dont l’équivalent britannique est le Royal Institute of International Affairs (RIIA dit Chatham House) ; James Chace, directeur de la rédaction de Foreign Affairs, revue du CFR et de Nicholas Wahl, professeur de science politique et fin connaisseur de la classe dirigeante française lui permettant des contacts en particulier avec le général de Gaulle et Michel Debré [4].

Dans les années 1970, les trois hommes mirent en commun leurs réseaux [5] français dans le monde politique, économique, ainsi que dans la presse et le milieu universitaire. Parmi leurs relais on trouvait Olivier Chevrillon, (l’un des fondateurs de la revue Le Point), Pierre Jouven (président de Péchiney), Jean-Louis Gergorin (futur membre du comité exécutif d’EADS) et Thierry de Montbrial (futur président de l’Institut français des relations internationales, l’IFRI, qui co-dirigeait à l’époque le Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères). Ensemble, ils obtinrent l’appui officiel du président de la République Valéry Giscard d’Estaing. Ce dernier annonça – en accord avec son homologue états-unien Gerald Ford et le secrétaire d’État Henry Kissinger [6] – la création d’une double fondation franco-américaine, lors d’un dîner à l’ambassade de France à Washington, le 18 mai 1976.

Il fut décidé que la French American Foundation aurait un siège à New-York et l’autre à Paris. Comme le rappellent les textes officiels : « L’objectif de la Fondation franco-américaine est de renforcer la relation franco-américaine considérée comme un élément essentiel du partenariat transatlantique » [7]. Pour accomplir cet idéal, les bonnes fées de la finance, de la grande presse, de l’université et de la politique se sont depuis lors pressées autour du tout nouvel institut. Les grâces ont été particulièrement abondantes. La branche états-unienne a bénéficié d’appuis inestimables. En raison de la liste impressionnante des participants, il n’est pas possible de nommer l’intégralité des dirigeants et des contributeurs financiers. On peut cependant relever quelques noms parmi les membres (anciens 2007 et nouveaux).

Pour commencer, John D. Negroponte [8], plusieurs fois ambassadeur puis gouverneur d’Irak, superviseur de l’ensemble des services de renseignement des États-Unis et numéro 2 du Département d’État. Toujours présent, John Negroponte fut par le passé président de la FAF de New York.

Également membre du conseil d’administration, l’ancien président du patronat français et européen (le MEDEF et l’UNICE), Ernest-Antoine Sellière ainsi que l’ancien ambassadeur états-unien en France, Félix G. Rohatyn et son homologue à Washington François Bujon de l’Estang [9]. Un nom de plus au hasard, celui du président de la FAF de New York (2007), Nicholas Dungan [10] dont les activités se sont déployées au sein de la très atlantiste Chatham House [11]. Parmi les nombreux appuis financiers, on peut relever des noms prestigieux comme celui de David Rockfeller, fondateur de la Trilatérale et président honoraire du CFR. On trouve également l’ancien sous-directeur de la CIA et ancien secrétaire à la Défense du président Reagan, Franck Carlucci (2007) [12]. Par la suite, il a été le directeur du très puissant Groupe Carlyle. La société d’investissement commune aux familles Bush et Ben Laden est très impliquée dans l’industrie de la défense [13].

Enfin, nous pouvons relever parmi les contributeurs de la FAF de New York, EADS, l’Oréal USA [14] ou encore la Société Générale [15].

La FAF française n’a, de son côté, pas à rougir de sa jumelle new-yorkaise. Dirigée à ses débuts par le président de Péchiney, Pierre Jouven, la Fondation est présidée depuis 1997 par Michel Garcin (2007) [16], directeur général de Hervé Consultants (spécialiste en accompagnement d’entreprises). Le Conseil de surveillance [17] réunit EADS France, BNP Paribas, la Caisse des dépôts ainsi que des représentants comme Yves de Gaulle (secrétaire général de Suez – 2007), Jean-Louis Gergorin (vice-président de la coordination stratégique chez EADS, mais dont les activités ont cessé avec l’affaire Clearstream) ou Marwan Lahoud, PDG du leader européen dans le secteur des missiles MBDA dont EADS est actionnaire à 37,5% et dont le frère Imad Lahoud [18] a connu quelques démêlées judiciaires en liaison avec Jean-Louis Gergorin lors de l’affaire Clearstream.

Enfin, nous pouvons ajouter que la FAF française est soutenue par le ministère des Affaires étrangères, le ministère de l’Éducation nationale ou encore l’Institut d’études politiques de Paris [19].

La clef du système d’influence de la French-American Foundation est sa capacité à recruter des personnes appelées à occuper de hautes fonctions. Sa grande force est d’accueillir en son sein les représentants politiques issus de courants qui, officiellement, s’opposent – des socialistes à l’UMP en passant par le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan ou le responsable de la communication de la campagne présidentielle de José Bové, Bernard Loche. Pour éviter toute conclusion hâtive, soulignons que les personnes approchées par la Fondation et qui ont accepté de la fréquenter n’ont pas pour autant accepté les offres de services qui leur ont été ultérieurement présentées.

C’est dans le programme intitulé Young Leaders qu’une véritable sélection s’opère. Comme l’affirment clairement les textes officiels : « Le programme phare des Young Leaders, piloté par les deux entités (ndlr : New-York et Paris), vise à créer et à développer des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays » [20].

Les textes officiels précisent que la sélection s’opère en 3 phases :

– « La première phase consiste à présélectionner des candidats. Cette présélection se fait par l’intermédiaire du réseau de la French-American Foundation, par d’anciens Young Leaders ou d’actuels membres du Conseil de surveillance. Récemment, un effort a été entrepris pour diversifier socialement et professionnellement les candidats, notamment par le repérage dans la presse des profils prometteurs.

2 – La deuxième phase consiste à recueillir formellement les candidatures. Les dossiers ainsi constitués contiennent la biographie du candidat et une lettre de recommandation. Des entretiens de motivation sont organisés.

3 – La dernière phase de la procédure est la sélection finale des candidats. Après avoir reçu le dossier de chaque candidat, le Comité de sélection se réunit. Ce Comité comprend environ 10 membres dont la majorité sont des anciens Young Leaders. Les candidats ayant obtenu le plus de voix sont sélectionnés ».

Comme on le voit, n’entre pas qui veut à la FAF. Les membres sélectionnés forment véritablement une « élite » dont l’objectif officiel est de « renforcer la relation franco-américaine considérée comme un élément essentiel du partenariat transatlantique ». Il est d’autant plus intéressant de connaître leurs noms.

Au sein de la sélection, c’est le professeur de science politique états-unien et membre du CFR, Ezra Suleiman, qui fut l’unique responsable de 1981 à 1984, puis de 1994 à 2001, du recrutement des Young Leaders en France [21]. Après une sélection drastique, seuls 125 États-Uniens et 126 Français composent les Young Leaders depuis 1981. Dans le cas de la FAF US, nous pouvons citer les noms suivants avec la date d’admission : Antony Blinken (1998, ancien conseiller en politique étrangère du président Clinton), Ian Brzezinski (2001, chargé aux affaires de défense de l’OTAN, fils du ‘célèbre’ géopolitologue Zbigniew Brzezinski), le général Wesley K. Clark (1983, ex-commandant en chef des troupes de l’OTAN en Europe), le président Clinton (1984) et Hillary Clinton (1983, sénateur) [22].

Dans le cas de la branche française de la French-American Foundation, nous pouvons relever en particulier :

√ Alain Juppé (Ancien ministre, maire de Bordeaux).

√ Alain Mérieux (1982, fondateur de bioMérieux).

√ Alain Minc (1981, conseiller politique, économiste, essayiste et dirigeant d’entreprise).

√ Alain Richard (1981, ministre de la Défense tout le long du gouvernement Jospin).

√ Anne Lauvergeon (1996, présidente d’Areva).

√ Annick Cojean (2000, journaliste au Monde).

√ Aquilino Morelle (1998, ancien conseiller politique au cabinet du président de la République François Hollande).

√ Arnaud Montebourg (2000, ancien ministre de l’Économie).

√ Bernard Guetta (1981, journaliste à France Inter).

√ Bruno Le Roux (1998, député depuis 1997 et président du groupe socialiste à l’Assemblée de 2012 à 2016, ministre de l’intérieur).

√ Cédric Villani (2012-2013, Médaillé Fields, en tant que membre d’EuropaNova).

√ Christine Ockrent (1983, journaliste).

√ Denis Olivennes (1996, président de la FNAC)… [24]

√ Édouard Philippe (Premier ministre français).

√ Emmanuel Chain (1999, journaliste).

√ Emmanuel Macron (2012, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, président de la République française).

√ Éric Raoult (1994, ancien député et ancien ministre).

√ Erik Izraelewicz (1994, directeur du Monde).

√ Fleur Pellerin (2012).

√ François Hollande (ancien président de la république).

√ François Léotard (1981, ancien ministre de la Défense).

√ Frédéric Lemoine (2007, directeur du groupe Wendel, à ce titre administrateur de Saint-Gobain).

√ Guy Sorman (1982-1984, essayiste libéral).

√ Henri de Castries (1994, président du directoire du groupe Axa).

√ Jacques Toubon (1983, député UMP).

√ Jean-Louis Gergorin (1994).

√ Jean-Marc Jancovici (2002, ingénieur consultant pour l’ADEME, vulgarisateur dans les médias des questions énergétiques).

√ Jean-Marie Colombani (1983, fondateur de Slate et ancien directeur du Monde).

√ Jean-Noël Jeanneney (1983, président de la Bibliothèque nationale de France).

√ Jérôme Chartier (2003, député UMP).

√ Jérôme Clément (1982, Président d’Arte).

√ Laurent Cohen-Tanugi (1996, ancien vice-président de Sanofi-Synthélabo et membre du conseil d’administration du think tank « Notre Europe » créé par l’ancien président de la Commission Jacques Delors [23]).

√ Laurent Joffrin (1994, PDG de Libération).

√ Laurent Vigier (2010-2011, PDG de la branche internationale de la Caisse des dépôts et consignations).

Laurent Wauquiez (2006, président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes).

√ Marie Lajus (2006, préfète déléguée pour l’égalité des chances).

√ Marisol Touraine (1998, ministre des Affaires sociales et de la Santé).

√ Marwan Lahoud (1999).

√ Matthias Fekl (2013, ministre de l’intérieur en 2017).

√ Matthieu Croissandeau (2002, rédacteur en chef adjoint du Nouvel Observateur).

√ Matthieu Pigasse (2005, homme d’affaires).

√ Najat Vallaud-Belkacem (2006, ministre de l’éducation nationale).

√ Nathalie Kosciusko-Morizet (2005, ancien ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement).

√ Nicolas Dupont-Aignan (2001, Président de Debout la France).

√ Nicolas Gaume (1999, PDG de Mimesis Republic et président du Syndicat national du jeu vidéo).

√ Olivier Nora (1995, président des Éditions Fayard).

√ Pascal Riché (2000, cofondateur de Rue89).

√ Philippe Auberger (1989, député UMP).

√ Philippe Le Corre (2005, professeur à Sciences Po et à l’IRIS).

√ Philippe Naudet (2013, commandant du sous-marin nucléaire d’attaque Améthyste (S605).

√ Pierre Kosciusko-Morizet (2009, PDG de PriceMinister).

√ Pierre Mariani (1996, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy de 1993 à 1995, puis responsable à BNP Paribas et enfin dirigeant de Dexia).

√ Pierre Moscovici (1996, ministre de l’Économie et des Finances).

√ Pierre Richard (1984, fondateur et président de Dexia de 1987 à 2008).

√ Stéphane Israël (2012, directeur de cabinet d’Arnaud Montebourg puis PDG d’Arianespace).

√ Sylvie Kaufmann (1998, journaliste au Monde).

√ Valérie Pécresse (2002, ancienne ministre de l’Éducation nationale).

√ Yves Censi (2003, député UMP).

√ Yves de Kerdrel (2005, journaliste aux Échos).

Une telle représentation souligne l’influence capitale qu’exerce la French-American Foundation dans les liens franco-états-uniens [25].

De multiples rencontres ont lieu entre représentants français et états-uniens afin de discuter de sujets comme la défense, la politique, le journalisme, le syndicalisme… En fait, il s’agit de « lisser » les points de vue afin d’aboutir à un consensus favorable au partenariat transatlantique. Toutes ces rencontres officielles et officieuses permettent de créer une communion de pensée parmi les acteurs de la FAF appartenant à des secteurs variés.
Cette fondation organise également différents colloques sur la défense, le journalisme, l’éducation ou la santé. On trouve parmi les participants, outre les personnes citées ci-dessus, des noms bien connus comme :

√ François Bayrou.

√ Bernard Kouchner.

√ Jean-François Copé (porte-parole du gouvernement Chirac en 2007).

√ Michel Barnier (conseiller politique de Nicolas Sarkozy en 2007).

√ Nicolas Beytout (Ancien Directeur de la rédaction du Figaro).

√ Le général Henri Bentegeat (Ancien chef d’état-major des armées).

…etc. [26].
 

Pierre Hillard

Tous ces colloques poursuivent, bien entendu, le but suprême de servir au mieux les intérêts de l’humanité.

Source :

http://french-american.org/

http://www.voltairenet.org/article146888.html

http://french-american.org/actions/young-leaders/

https://fr.wikipedia.org/wiki/French-American_Foundation

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/French-American_Foundation

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/heureuse-coincidence-macron-193362

https://blogs.mediapart.fr/revue-frustration/blog/270617/le-programme-young-leaders-incubateur-doligarchie

 

Note :

[1http://www.u-m-p.org

[2http://www.frenchamerican.org/board…

[3] « Comment le Conseil des relations étrangères détermine la diplomatie USRéseau Voltaire, 25 juin 2004.

[4http://www.frenchamerican.org/pdf/f…

[5http://www.french-american.org/srt/…

[6http://www.frenchamerican.org/pdf/f…

[7http://www.frenchamerican.org/state…

[8] « John Negroponte bientôt à Bagdad », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 20 avril 2004.

[9http://www.frenchamerican.org/board…

[10http://www.frenchamerican.org/about…

[11http://www.chathamhouse.org.uk/

[12] « L’honorable Frank Carlucci », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 février 2004.

[13] « Le Carlyle Group, une affaire d’initiés », Réseau Voltaire, 9 février 2004.

[14] « Histoire secrète de L’Oréal », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 mars 2004.

[15http://www.frenchamerican.org/cgi-b…

[16http://www.french-american.org/srt/…

[17http://www.french american.org/srt/…

[18] Marwan et Iman Lahoud n’ont pas de lien de parenté avec le président libanais Émile Lahoud, contrairement aux allégations de la presse française.

[19http://www.french-american.org/srt/…

[20Rapport d’étude pour le ministère des Affaires étrangères, analyse du processus de sélection des Young Leaders français pour la période 1981-2005, French American Foundation, Paris et New-York, p. 4

[21Ibid., p. 6.

[22http://www.french-american.org/srt/…

[23http://www.notre-europe.eu/fr/qui-s…

[24http://www.french-american.org/srt/…

[25] Cette coopération s’illustre aussi dans le domaine économique. En effet, la FAF a organisé un colloque intitulé « Économies européennes et américaines, l’impossible divorce » sous la direction de Joseph P. Quinlan. Auteur d’un document paru en 2003 sous le titre « Drifting apart or growing together ? The primacy of the transatlantic economy », Joseph P. Quinlan a co-écrit avec Daniel S. Hamilton l’ouvrage de référence en matière de marché transatlantique sans entraves Deep integration dont le président de la Commission européenne, José Barraso, a tant vanté la valeur à la School of Advanced International Studies (SAIS), le 18 octobre 2005.

[26] Rapport annuel 2003-2004, French-American Foundation. Cette fondation décerne chaque année le Prix Benjamin Franklin « à une personne qui, à travers sa vie, a œuvré à l’amélioration des relations entre la France et les États-Unis » comme le rappelle le rapport de la FAF. Les lauréats de ce Prix sont : l’ambassadeur C. Douglas Dillon, l’ambassadeur Walter J.P. Curley, Médecins sans frontières, Bernard Arnault (groupe de luxe LVMH), Michel David-Weill (ancien Président de Lazard Frères), la famille Forbes et Maurice Lévy (Président du Directoire de Publicis Groupe), op. cit, p. 30

Pr Pierre Hillard :

Il a fait des études d’histoire, de sciences politiques et d’études stratégiques.

Spécialiste de l’Allemagne, des affaires européennes, du mondialisme, de la constitution de blocs continentaux unifiés (UE, UNASUR, Union Nord-américaine à l’instigation de Robert Pastor, etc.), du partenariat transatlantique, de l’instauration d’un marché transatlantique sans entraves, des relations euro-arabes, du régionalisme et de la question des minorités nationales.

Il est auteur de Minorités et régionalismes dans l’Europe fédérale des régions, de La Décomposition des nations européennes, de La Marche irrésistible du nouvel ordre mondial, de la Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale, etc… et de nombreux articles dans Le Figaro, Géostratégiques, Réseau Voltaire, Conflits actuels, Intelligence et Sécurité et Balkans-Infos.

La fiche Wikipedia de ce farouche opposant au Nouvel Ordre Mondial et à Macron était active depuis plus de 8 ans et soudainement, elle a été supprimée. Sûrement la faute à pas de chance…

https://aphadolie.com/2017/12/08/la-french-american-foundation/

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D'olympiques jeux de dupes

ANGLE MORT par Fernand Le Pic

ARG JO GEO

D'olympiques jeux de dupes

Quand une compétition a pour but de faire toujours «plus vite, plus haut, plus fort», faut-il s'émouvoir du dopage ou changer la devise? Si dopés il y a, ne parlent-ils que le russe? Et pourquoi engage-t-on des sous-traitants de la CIA pour défendre la moralité du sport?

De nouveau la Russie fait la une, accusée d'avoir établi un «dopage d'État», notamment durant les Jeux de Sotchi. La recette est bien rodée. A ma droite les anti-Poutine, tenant du titre, qui n'ont aucun mal à faire passer la Russie pour une réincarnation terrifiante de l'URSS; à ma gauche, les challengers, les pro-poutine, à qui on ne la fait pas, criant au complot perpétuel antirusse. Au milieu, on retrouve un Monsieur loyal joué en duo par le Comité International Olympique (CIO) et l'Agence Mondiale Antidopage (AMA).

Petit rappel des origines

Qu'il y ait du dopage, plus de 120 ans après les premiers jeux olympiques modernes, quoi de plus normal, finalement, lorsque la devise du CIO appelle toujours au «plus vite, plus haut et plus fort» (citius, altius, fortius)? Certes, mais les limites de la performance sportive sont celles du corps humain, et celles-ci semblent atteintes dans bien des cas. Les 44 km/h du Jamaïcain Usain Bolt sur 100 mètres, en 2009, seront difficiles à dépasser. La première question est donc de savoir si le temps d'amender cette devise n'est pas venu. Oui mais par quoi? Vous imaginez un «Pas si vite, ni si haut et moins fort s'il vous plaît»? Pas très motivant. Et d'ailleurs, pas sûr que les sponsors apprécieraient beaucoup...

Prenez Nike par exemple, la marque la plus médaillée des JO de Rio (2016) en athlétisme: 89 médailles conquises en direct devant 5 milliards de clients et futurs clients (réseaux sociaux compris). Pas évident qu'elle laisse le CIO renoncer si facilement à son ADN du hors limites. Ou alors, ces marques ne tarderaient pas à prendre le contrôle direct des bureaux du château de Vidy, à l'image des ligues professionnelles américaines, de type NHL, qui n'ont que faire du CIO.

C'est le père dominicain Henri Didon qui inventa cette devise. Passionné de sport (et de politique), il avait participé à des jeux olympiques locaux, qui se tenaient depuis 1832 près de Grenoble, bien avant que son futur ami, Pierre de Coubertin, n'eût l'idée de les rétablir 62 ans plus tard. On parlait à l'époque de sortir les jeunes de leur paresse naturelle par le sport, de vertus éducatives et de prouesses exaltant «l'activité musculaire» et «l'émulation générale». «Le sport, c'est la liberté de l'excès» disait Coubertin. Il y voyait en outre la meilleure préparation à la guerre: «Les sports ont fait fleurir toutes les qualités qui servent à la guerre: insouciance, belle humeur, accoutumance a l'imprévu, notion exacte de l'effort à faire sans dépenser des forces inutiles» (in L'idée olympique, Carl-Diem Institut, Köln, 1966).

Dépassement des limites, préparation militaire: le dopage ne serait-il pas «immergé au plus profond» [1] des principes de l'olympisme moderne et dès lors admissible par principe, tant qu'il ne nuit pas à la santé du sportif?

Dans ce cas, n'y aurait-il que la Russie à pratiquer le dopage? Et si non, pourquoi serait-elle la seule à subir la vindicte? Avant que les affaires de Sotchi n'éclatent, aboutissant au bannissement que l'on sait, au moins pour les prochains jeux d'hiver de Pyeongchang en Corée du Sud, la gloire de ces mêmes jeux de Sotchi avait été déjà obscurcie par les soulèvements de Maidan en Ukraine. Or, ce coup d'État fut, comme on le sait, entièrement orchestré par les États-Unis et l'Union Européenne. L'hégémonisme occidental ne connaît pas la trêve olympique!

Pour autant, les statistiques antérieures au dopage de Sotchi démontrent que les États-Unis alignent plus d'athlètes dopés et sanctionnés (652) que la Russie (632), suivie par l'Inde (551). La grande absente reste néanmoins la Chine.

 Même si des témoignages accablants ont été transmis à toutes les entités de contrôle qui officient dans le sport, rien n'y fait: la Chine reste miraculeusement pure de tout gros souci de dopage!

Une galerie de barbouzes

Donc c'est la Russie qui s'y colle. Tout est fait pour en ternir l'image, tant que son président ne changera pas. En revanche, personne ne se demande quelle en serait la perception globale si, d'aventure, les États-Unis décidaient de laisser ce pays tranquille. Est-ce dès lors un hasard si les investigations relatives au dopage russe furent menées par d'anciens agents fédéraux américains et d'anciennes barbouzes de leurs alliés britanniques? Si on lit les rapports de l'AMA sur le sujet, on ne peut que s'étonner que la coordinatrice canado-serbe de ce travail, l'avocate du sport Djana Tecic, fut embauchée explicitement pour sa connaissance de la langue russe. En revanche, aucun expert en mandarin ni en hindi n'a été approché!

Les enquêteurs américains sont tous d'anciens médaillés de la Drug Enforcement Administration (DEA), au premier rang desquels Jack Robertson, tombeur du cycliste Lance Amstrong et qui ne fait toujours pas de différence entre un sportif et un narcotrafiquant. Est-ce une simple coïncidence qu'il ait donné son interview la plus longue, la plus détaillée mais surtout la plus vindicative au média Propublica, financé par George Soros? A ses côtés, il a recruté deux de ses anciens collègues: Dave Tinsley et Brian Talay, respectivement patron fondateur et directeur des opérations de la société privée de sécurité et de renseignement 5 Stones Intelligence, basée à Miami. Une entreprise qui se flatte de travailler pour la CIA et le Pentagone.

Côté britannique, on trouve Nicholas (Nick) Connon, patron et fondateur de la société privée de renseignement Quintel, basée à Londres. Son capital fut notamment détenu par une société écran (Munlochy Holding Ltd) installée dans le paradis fiscal des Iles Vierges britanniques, plus précisément à Woodbourne Hall, Tortola. Quoi de plus normal pour une entreprise qui est mandatée pour combattre la corruption et les trafics occultes en tous genres? Nick est un ancien des services de sa Majesté, plutôt spécialisé dans l'antiterrorisme et les financements illicites. On ne sera pas surpris de le voir régulièrement prodiguer ses conseils d'expert à telle administration ukrainienne dans son combat contre l'invasion militaire russe.

Le CV de son collègue Martin Dubbey est à l'avenant. Ancien du renseignement douanier puis de la Serious Organised Crime Agency (SOCA), devenue aujourd'hui la National Crime Agency (NCA), il fut officier de liaison avec la DEA et la CIA. Cette SOCA mérite qu'on s'y attarde. Un autre membre de l'équipe d'enquête de l'AMA, Greg Kitsell, en fit partie. Il fit parler de lui en 2006, en Afghanistan, ce paradis mondial de la culture du pavot. Il fut cité par la presse anglaise pour avoir désarmé un garde du corps du ministre de la défense britannique de l'époque (John Reid), en visite de contrôle à Kandahar, afin de démontrer audit gorille qu'il n'était pas assez vigilant.

Au-delà de la mauvaise blague entre services, qui lui valut des poursuites disciplinaires, c'est toute la SOCA qui fut mise sur la sellette pour avoir, en fait, servi de marqueur de cibles à l'armée américaine qui avait subitement décidé de se débarrasser au F–16 de quelques barons locaux de la drogue. Or, selon la loi britannique, si l'armée a le droit d'attrition, ce n'est pas le cas des forces non militaires de la SOCA. Encore une transgression dans le monde sanctifié de l'inquisition sportive.

 En bref, l'AMA a recruté comme enquêteurs au-dessus de tout soupçon: une juriste du sport spécialement russophone et des sous-traitants actifs de la CIA et du renseignement britannique, politiquement orientés ou compromis.

Leur enrôlement dans cette affaire accrédite évidemment la thèse d'une partialité antirusse, alors même qu'il y a eu effectivement du dopage, seul moyen sérieux de se conformer à la devise olympique et de satisfaire aux exigences des sponsors. Au-delà de la «belle humeur» que cela suscite à Washington ou Londres, on peut tout de même se demander si les jeux olympiques ne mériteraient pas une petite réforme? Un reset, comme on dit dans les états-majors militaires...

 NOTE
  1. « doper», de l'anglais dope, qui provient d'une racine indo-européenne dʰewb (immerger) laquelle donne également «deep» (profond).

Source: Antipresse.

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dimanche 10 décembre 2017

Un peuple européen est-il possible ?

TRIBUNE LIBRE

TL LORDON

Un peuple européen est une idée magnifique diront certains. Pour quelques personnes, il existe déjà et se réunit autour d’une idée novatrice et moderne : l’Union européenne. Malheureusement, on ne décrète pas un peuple à coup de signatures sur un papier ou en avançant une simple idée de construction politique. Les ingrédients de constitution d’un peuple sont un brin plus compliqués et la définition juridique, seule, ne suffit pas. Il faut donc faire appel à la philosophie politique, elle peut nous apporter des éléments de réponse mais pas forcément ceux que Bruxelles imaginerait. Le Peuple européen – vous noterez donc le singulier de la formule – est fondamental pour que joue la démocratie au sein du périmètre où est établi ce peuple donné. Or, si les peuples européens sont bien identifiés dans la conscience collective, en est-il de même s’agissant d’une quelconque singularité européenne dans le domaine ? Un Finlandais se sent-il aussi proche d’un Portuguais qu’un Français avec un Belge ? Alors oui, ils partagent certaines valeurs – comme, diront certains, – le drapeau européen, les "valeurs" de l’UE et une (une seule ?) culture européenne. Mais est-ce suffisant ? Rien n’est moins sûr. Pour reprendre la formule du général De Gaulle: "on ne fait pas une omelette avec des oeufs durs"!     P.G./soverain

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À propos de l’auteur 

Frédéric Lordon est directeur de recherche au CNRS, chercheur au Centre de sociologie européenne. Il a beaucoup écrit sur l’UE et sur la souveraineté économique et politique. Dans cet article, publié dans le Monde Diplomatique il y a plus de trois ans, il réfléchit à la notion de peuple européen.

Un peuple européen est-il possible ?

Par Frédéric Lordon, avril 2014

Pour ne pas succomber tout à fait à la gageure de prétendre ajouter quoi que ce soit de pertinent à l’énormité de ce qui s’est déjà dit à propos de la nation, il est possible d’emprunter des voies plus conceptuelles, par exemple en repartant de ce ferme rappel que fait Baruch Spinoza dans le Traité théologico-politique : « La nature ne crée pas de nations (1). » On notera d’abord qu’on ne saurait rompre plus catégoriquement avec les conceptions essentialistes ou ethnicisantes. On y verra ensuite une nouvelle plutôt bonne : rien, en cette matière, n’est fixé pour l’éternité, car si ce n’est pas la nature mais, disons pour faire court, l’histoire qui les fait, cela signifie que, de même qu’ils se font, les peuples peuvent se défaire, et aussi se refaire. Rien n’interdit en particulier de considérer l’hypothèse de la formation d’un peuple de peuples — c’est même, comme l’a montré notamment Eric Hobsbawm (2), une configuration communément pratiquée par l’histoire. Donc, si évidemment elle ne va pas de soi, l’idée que se fasse un peuple européen n’a rien non plus d’essentiellement absurde.

La nature ne crée pas de nations, dit Spinoza, mais pas davantage les adhésions de la rationalité contractualiste, selon le modèle de l’association volontaire, libre et transparente qui a donné leur caractère aux schémas variés du « contrat social ». Alors quoi ? « Puisque les hommes sont conduits par l’affect plus que par la raison, il s’ensuit que la multitude s’accorde naturellement et veut être conduite comme par une seule âme sous la conduite non de la raison mais de quelque affect commun (3). » Les communautés politiques, les communautés nationales sont fondamentalement des communautés passionnelles.

Il y a cependant plusieurs pièges dans cet énoncé. Il faut prendre garde en premier lieu au singulier : l’affect commun qui offre à la communauté (la multitude assemblée) son principe cohésif est un affect composite — ou un composé affectif. Il a pour objet des manières : manières de sentir, de penser et de juger — de juger du bien et du mal, du convenable et du répréhensible, du licite et de l’illicite. L’affect commun est donc, pour sa part, au principe d’un ordre moral collectif.

Mais de quelle extension ? Juger du bien et du mal, mais de quoi ? En quelles matières ? De quel ensemble délimité d’actions ? Spinoza ne dit certainement pas que doivent être communes les manières de juger de tout ! Le Traité théologico-politique dit même explicitement le contraire, qui est conçu pour défendre la liberté des opinions — c’est-à-dire leurs divergences. Il n’y a par conséquent nul totalitarisme de l’affect commun, nulle visée d’homogénéisation absolue de la multitude. Au demeurant, le point de vue statonationaliste (4) strict a tendance à systématiquement sous-estimer la variance culturelle et morale interne, y compris dans le cas d’Etats-nations réputés très unitaires, diversité culturelle corrélée, entre autres, à la diversité géographique. (…)

Dire qu’il n’y a pas de totalitarisme de l’affect commun, c’est reconnaître d’emblée que la complexion passionnelle collective est nécessairement une articulation du divers et du commun. Mais une articulation hiérarchique : une articulation du divers sous le commun. Ainsi, à côté de (sous-)affects communs proprement régionalistes, il y a des (sous-)affects communs de position sociale, définis notamment en termes d’intérêts matériels — ce qu’on pourrait appeler des affects communs de classe. L’entité d’ensemble ne tient que si l’affect commun global l’emporte sur les affects communs locaux, l’affect d’appartenance au tout sur les affects d’appartenance aux parties.

Par exemple, certaines régions de France tolèrent des dynamiques d’involution économique, d’attrition culturelle et de désertification sans qu’il s’ensuive la formation de violentes passions réactionnelles locales, en tout cas rien qui puisse remettre en cause l’affect commun global (national) auprès des populations concernées. Ainsi, la Creuse ou l’Ardèche acceptent au sein de la France des déclins, et même des abandons, qu’aucune nation n’accepterait au sein d’une Europe intégrée, et il n’en est ainsi que par la balance dans chaque cas entre affects communs globaux et (sous-)affects communs locaux [1]. Inversement, ce qui persiste de transferts financiers interrégionaux automatiques, liés au poids dominant du budget central, conduit objectivement les régions les plus riches à soutenir les plus pauvres, mais sans que ces contributions soient vécues par les contributeurs comme une charge contingente dont ils auraient été injustement lestés, par là propre à nourrir une protestation acrimonieuse. Faute de poser le problème en ces termes, les discours qui en appellent avec des trémolos à la « solidarité » (financière) des peuples européens (« Nous devrions nous montrer solidaires avec la Grèce »), ou au contraire qui stigmatisent l’« égoïsme » de l’Allemagne, se condamnent au dernier degré de l’inanité politique — par dissolution dans un consternant bouillon moraliste. (…)

Quel est, ou quels sont les objets sur lesquels pourrait se précipiter l’affect commun constitutif d’un peuple européen ? L’hypothèse esquissée ici propose d’envisager que l’un de ces objets pourrait être l’idée de souveraineté populaire, c’est-à-dire cela même qui se trouve profondément en crise dans la présente Union et qui, inversement, pourrait être le levier de sa régénération. (…) En effet, on peut tenir la souveraineté populaire, autrement dit l’affirmation des collectivités comme maîtresses de leur propre destin, pour le fait fondamental de la modernité politique, sinon même pour sa définition [2], telle qu’elle s’est historiquement développée sur le continent européen. En paraphrasant Spinoza, on pourrait dire qu’elle est l’affect politique primaire de ces sociétés, leur passion politique princeps. On peut alors se demander si cette idée de la revendication de souveraineté populaire n’est pas partagée au point d’être constitutive d’un imaginaire politique européen et, partant, la matière possible d’un affect commun suffisant.

La question de sa suffisance est évidemment névralgique. (…) En d’autres termes, sachant et les différences et les rapprochements déjà produits par l’histoire, une revendication de souveraineté populaire à l’échelle européenne peut-elle constituer le pas supplémentaire suffisant à produire un affect commun capable lui-même d’induire la formation des sous-affects communs politiques transversaux, qui l’emporteraient sur les sous-affects communs vétéro-nationaux, et seraient dominés par l’affect commun néonational européen ? Ce qui n’est pas autre chose que la question des conditions passionnelles de l’acceptation de la loi majoritaire.

Tout l’enjeu est donc de savoir si certaines idiosyncrasies nationales actuelles, objets de puissants affects communs locaux, toléreraient de se trouver contestées sous une loi de la majorité européenne — ce qui pourrait être le cas si elle concernait des domaines de politique commune. Au hasard : la politique économique, et notamment la politique monétaire. Soit l’expérience de pensée consistant à imaginer la remise en discussion des principes de la politique monétaire, c’est-à-dire le statut de la Banque centrale européenne, donc l’éventualité qu’elle ne soit plus indépendante, l’existence et le niveau des cibles d’inflation, l’impossibilité ou la possibilité d’un financement monétaire des déficits publics, les contraintes d’équilibre des budgets, etc.

Question : l’Allemagne, qui a imposé ses obsessions et ses propres dogmes monétaires à l’ensemble de la zone euro, accepterait-elle, en ces matières qui ont pour elle un caractère de quasi-sainteté, de se plier à une loi de la majorité européenne qui la contredirait ? C’est la question des affects communs locaux qui est ici posée. Tout va bien tant que ces idiosyncrasies peuvent être accommodées dans des dispositifs de subsidiarité. Le problème se noue quand elles touchent à des domaines d’intérêt commun — notoirement le cas de la politique économique et de la politique monétaire. [3]

Pour ceux qui considèrent que les configurations politiques intermédiaires, y compris la forme cosmopolitique de la fédération d’Etats-nations, ne sont pas viables, mais qui n’abandonnent pas pour autant de penser la perspective de l’Etat européen, c’est là typiquement le genre de question très concrète qu’il faut impérativement se poser, sauf à demeurer dans le registre des généralités bon marché — « la paix » — qui vouent les expérimentations politiques ultérieures à des destins catastrophiques. Inutile de préciser que toute réponse négative condamne d’emblée l’idée même d’intégration politique européenne. Or, avec la politique économique, on tient à la fois l’un des sujets les plus importants de la vie commune européenne… et l’un des plus susceptibles de donner lieu à un cas de résistance locale indépassable, au moins à moyen terme.

Si puissante qu’elle soit, et elle l’est sûrement, c’est donc probablement trop demander à l’idée moderne de la souveraineté démocratique, idée du décider-en-commun, que d’induire à elle seule un affect commun suffisant pour faire une Europe politique, et cela même s’il est vrai que des siècles d’histoire européenne ont également produit d’autres sortes de communs culturels qui pourraient venir l’étayer. L’Union européenne ne cesse pas d’ailleurs de tenter de mobiliser ces communs de renfort — de l’« humanisme »… à la « chrétienté » ! — où elle voudrait voir la ressource passionnelle d’une communauté politique possible. Mais le compte est loin d’y être s’il s’agit de garantir à des politiques communes les conditions de possibilité passionnelles d’une loi de la majorité européenne. (…)

C’était donc un peu mentir que d’annoncer le seul projet de reformuler conceptuellement le problème de l’Etat européen sans intention de le trancher dans un sens ou dans un autre. Car la reformulation produit d’elle-même ses cas de solution. Entre lesquels il va falloir choisir.

Ou bien conserver le périmètre actuel de l’Europe — les Vingt-Huit de l’Union ou les Dix-Sept de la zone euro — mais renoncer à une intégration politique réelle, qui, par définition, devrait inclure toutes les questions de politique économique, et cela alors que les plus importantes de ces questions se trouvent exposées à un veto manifeste de l’un des pays et, par là même, soumises à l’interdit de réintégrer le périmètre de la délibération politique ordinaire gouvernée par une loi de la majorité transversale. Dans cette configuration, pas d’Etat européen, pas d’intégration politique européenne — ce qui ne veut pas dire plus d’Europe du tout, mais une Europe ramenée à des ambitions plus modestes, et conçue comme un tissu de coopérations diverses, sans visée de construction d’une souveraineté, par conséquent sans empiétement sur les souverainetés nationales.

Ou bien une leçon un peu moins pessimiste à tirer de cette épreuve décisive que constitue la question monétaire conduirait à penser qu’on peut peut-être faire Etat européen… mais pas avec n’importe qui. Et, manifestement, pour l’heure, pas avec l’Allemagne.

 

Notes :

(1) Spinoza, Traité théologico-politique, dans Œuvres III, Presses universitaires de France (PUF), coll. « Epiméthée », Paris, 2012 (1re éd. : 1670).

(2) Eric Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780, Gallimard, Paris, 1992.

(3) Spinoza, Traité politique, dans Œuvres V, PUF, 2005 (1re éd. : 1677).

(4) Le point de vue qui correspond à la logique de l’Etat-nation.

Source :

https://www.soverain.fr/peuple-europeen-possible/

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[1] Encore que...Lorsque la Creuse accepte un certain déclin, c'est parce qu'il y a toujours une promesse sous- jacente liée au pacte républicain et national: celui d'une prise en charge compensatoire transitoire et - surtout- la possibilité d'un ré-équilibrage ultérieur: le département est en celà le symbole même de l'égalité des territoires, ce qui explique sans doute que les "européistes" n'ont pas encore osé le faire disparaître, malgré les injonctions de Bruxelles (voir la conférence de F.A. sur les "euro-régions").

[2] En prenant pour critère le seul concept de souveraineté populaire au détriment de tout autre "affectio societatis" , on risque, de mon point de vue, de reproduire l'erreur commise par certains "extrémistes" pendant la Révolution française, une tentative de nature totalitaire d'un effacement de toute autre mémoire historique.

[3] La difficulté du projet fédéraliste tient dans cette impasse: la subsidiarité était relativement acceptée dans le "marché commun" mais les choses ont commencé à mal tourner à partir notamment du Traité de Maastricht, qui a mis en avant des éléments plus directement politiques. L'auteur en a bien conscience et se démarque du projet de fédération, mais pourquoi vouloir absolument maintenir la perspective d'un ensemble européen, de quelque nature que ce soit?

En rsumé, il me semble que l'auteur est amené à constater que même avec une approche résolument moderne et exclusive de la souveraineté, la construction d'un espace politique européen n'est pas raisonnablement envisageable, même "à moyen terme". Bienvenue au club! Reste à en tirer les leçons politiques et tirer un trait définitif sur cette utopie, au sens strict du terme.   P.G.