lundi 12 mars 2018

Brèves d'antipresse

TL ANTIPRESSE 3

BIG BROTHER | Avec Google, les drones sauront mieux qui tuer

L’intégration du pouvoir informatique avec le pouvoir politique et militaire se poursuit placidement, à l’écart des préoccupations du grand public. Gizmodo et The Intercept nous apprennent ainsi que Google a discrètement passé contrat avec le Département de la défense U. S. pour développer des logiciels d’intelligence artificielle censés faciliter le ciblage par drones.

«L’équipe... travaille au développement d’une technologie d’apprentissage en profondeur destinée à aider les analystes des drones à interpréter les immenses données d’images aspirées par la flotte militaire de 1100 drones afin de mieux cibler les attaques contre l’Etat islamique.»

Bien entendu, et contre toute évidence, les responsables de chez Google ont annoncé que «cette technologie... est uniquement destinée à des usages non-offensifs».

Pour mémoire, la rébellion d’un Edward Snowden a germé justement à cause de sa participation à des recherches de ce genre.

http://log.antipresse.net/post/big-brother-avec-google-les-drones-sauront-mieux-qui-tuer?mc_cid=da5b5c9239&mc_eid=3a5e263339

FAKE NEWS | Quand LE MONDE rebat les cartes de la Ghouta

«Intox persistante de la part du journal Le Monde dans son infographie sur les rebelles de la Ghouta», écrit Bahar Kimyongür cartes à l’appui. «Ahrar Al-Cham a été «désislamisé». J’ai signalé «l’erreur». Elle a été corrigée. Et puis, surprise, Faylaq a été à son tour relooké alors que le groupe est allié à Al Qaeda…

«Ce type de couverture médiatique fait clairement le jeu des djihadistes», enchérit Olivier Berruyer.

Le Monde n’en est pas à son coup d’essai. Avant de camoufler les djihadistes en Syrie, il avait camouflé les islamistes en Bosnie, puis les nazis en Croatie et en Ukraine. Heureusement que le grand public possède les capacités de mémoire d’un batracien…

http://log.antipresse.net/post/fake-news-quand-le-monde-rebat-les-cartes-de-la-ghouta?mc_cid=da5b5c9239&mc_eid=3a5e263339

CANADA | Le premier ministre n’aime que les barbus?

Ce n’est pas envers n’importe quel courant de l’islam que vont les sympathies du jeune Justin Trudeau, mais, selon Tom Quiggin, vers le plus rétrograde. Son résumé publié par le Gatestone Institute énumère un catalogue alarmant.

«Depuis neuf ans, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, soutient ouvertement la cause islamiste, refusant tout dialogue avec les musulmans réformistes. Concernant le retour des combattants de l'Etat Islamique au Canada, Trudeau a affirmé qu'ils représenteraient une « voix puissante en faveur de la déradicalisation », traitant d' « islamophobes » ceux qui s'opposent à leur retour. Le gouvernement du Canada a aussi fait le choix de ne pas envoyer le nom de ces terroristes islamistes au comité de l'ONU qui tient la listedes djihadistes internationaux.»

http://log.antipresse.net/post/canada-le-premier-ministre-naime-que-les-barbus?mc_cid=da5b5c9239&mc_eid=3a5e263339

SUISSE | Le démantèlement d’un géant énergétique

Dernier épisode en date d’une course à l’échec annoncée: le géant Alpiq, qui produisait à l’origine quelque 30% de l’énergie suisse, est contraint de vendre ses activités les plus rentables, après avoir tenté en vain de se défaire de ses barrages alpins.

Ce «coup de poker» illustre la situation tragique où se trouve l’hydroélectricité suisse, une source d’énergie propre, renouvelable, intégrée, mais plombée par les prix artificiellement bas du marché européen. L’Allemagne, notamment, produit à la fois de l’éolien «propre», mais massivement subventionné, et du thermique au charbon très sale dans des centrales rachetées en Europe de l’Est.

http://log.antipresse.net/post/suisse-le-demantelement-dun-geant-energetique?mc_cid=da5b5c9239&mc_eid=3a5e263339

AMAZON | Faux livres et blanchisserie d’argent

Le géant mondial du commerce de détail se prête à tout. Il peut même servir de plateforme (involontaire sans doute) à des filières très simples de blanchiment d’argent. Il suffit de publier des livres bidon, avec autant de contenu que les couvertures décoratives des magazins Ikea, et de les racheter soi-même sur la plateforme de vente en ligne. Le procédé, qui vient d’être repéré, est expliqué sur Livres Hebdo.

http://log.antipresse.net/post/amazon-faux-livres-et-blanchisserie-dargent?mc_cid=da5b5c9239&mc_eid=3a5e263339

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mardi 20 février 2018

Francophonie (suite): une controverse

franco 2

Suite à la tribune publiée par MM MABANCKOU ET MBEMBE DANS LE MONDE, je vous propose la réponse circonstanciée de GEORGES GASTAUD, défenseur du français et de toutes les langues contre le tout-anglais impérialiste.      P.G


 

TL FRANCOPHONIE

Extrait:

(...)

"Nous le redisons : nous sommes opposés à toute définition de la langue française qui aurait pour fondement une idéologie nationalitaire. Une langue qui a vocation d’imaginer le monde est celle qui refuse que soient instaurées des frontières infranchissables en son sein. S’il est une caractéristique du français dans le monde contemporain, c’est justement son caractère transnational et transversal, son potentiel en tant que langue planétaire. Ce potentiel ne saurait se réaliser aux dépens des créateurs et des relayeurs qui œuvrent dans l’ombre, loin de la France, sans la permission de la France, sans attendre une quelconque rétribution de celle-ci, parce qu’ils savent depuis fort longtemps que la langue française est plus grande que la France.

 Nous ne voulons pas d’un outil, la Francophonie, qui servirait de cache-misère pour une politique de la brutalité, pour une politique qui sépare au lieu de mettre ensemble, de tisser des relations.

 Nous ne voulons pas d’un outil, la Francophonie, qui tournerait le dos au monde au lieu de l’embrasser; qui favoriserait l’enclavement des identités au lieu de faire en sorte qu’elles puissent être parcourues dans tous les sens; qui abandonnerait les arts et la culture aux forces du marché et de l’entreprise."

 Nous militons pour une langue-monde, une langue planétaire, une langue de l’en-commun, véhicule de circulation au croisement des forces de vie et d’ouverture; une langue dont l’humanité dans son ensemble pourrait se servir dans le but de partager des paroles neuves et engagées, qui interrogent notre destin dans ce qu’il a à la fois de commun et de particulier.

 Nous militons pour une langue française qui serait véritablement un bien commun; qui ferait résolument partie du patrimoine planétaire. Et, au sein de cette langue planétaire, nul ne viendrait d’ailleurs. Nul ne serait considéré comme étranger. Nul n’aurait besoin de visa. Tous et toutes jouiraient d’un droit égal de séjour. Seul compterait alors le langage que chacun inventerait (ou réinventerait) dans cette langue et grâce à elle.

 Nous sommes conscients, et nous ne sommes plus les seuls, que l’avènement d’une telle langue passera inévitablement par la reconsidération de la Francophonie institutionnelle et politique, dans une autopsie salutaire qui favoriserait enfin l’émergence d’une véritable francophonie des peuples."


TRIBUNE LIBRE /

Sur la conception néo impérialiste de la Francophonie portée par MM Mabanckou et Mbembe – par Georges Gastaud*

Je ne trouve pas ce texte positif, au contraire. Non seulement parce qu’il ignore totalement la question majeure, celle du tout-anglais mondial, européen et hexagonal (surtout, n’affrontons pas le MEDEF et les milieux bobos !), non seulement parce qu’il déforme totalement ce qu’est aujourd’hui l’Organisation Internationale de la Francophonie (où la France officielle s’est mise en retrait au profit du Canada ANGLOPHONE et FEDERAL qui a placé à la tête de l’OIF Mme Jean, l’actuelle présidente, avec pour souci principal de neutraliser le souverainisme québécois), non seulement parce que le français est en même temps langue internationale et socle de notre nation (libre à d’autres pays d’en faire aussi leur socle national s’ils le souhaitent !), mais parce que sous couvert de taquiner Macron sur la Françafrique, ce texte lui ouvre une voie royale pour son projet de « déringardisation » du français. Lequel passe, bien évidemment, par la mise à mort de la loi Toubon, et pour commencer, par son contournement et sa « ringardisation » systématique y compris par ceux qui sont chargés de la faire appliquer.

 Quant à M. Mabanckou, que j’ai eu l’occasion naguère d’interpeller très brièvement sur France-Inter, il sous-estime incroyablement l’anglicisation de la France (mais aussi, de la Wallonie, du Québec, de la Suisse romande, pour ne pas parler de l’Afrique que je connais moins). Comment peut-il se mettre au centre d’une question qu’il a si peu étudiée ? Sait-il par ex. que tout récemment, PSA et Renault ont basculé, illégalement, toute leur documentation interne à l’anglais ? Que nombre d’Universités enseignent intégralement certains cursus en anglais au mépris de la législation ? A-t-il jamais regardé comment se nomment les émissions les plus suivies de TF1, la chaîne française disposant de la plus large audience ?

 J’ajoute que la mise en cause faussement rebelle de l’Etat-nation français par le texte de MM. Mabanckou et Mbembe est d’une rare hypocrisie : le premier de ces messieurs ne vient-il pas d’être nommé au très prestigieux Collège de France, une institution créée par François 1er pour enseigner en français (et par là-même, au tout-venant) les savoirs de pointe du moment, au moment même où ce roi emblématique de la Renaissance scellait l’alliance de la France et de sa langue par l’Ordonnance de Villers-Cotterêts… Une ordonnance que Macron et l’UE souhaitent manifestement détricoter (pardon, « moderniser », à l’image de tout ce qui a construit la nation, avant de construire la République, puis la « République sociale » du CNR) quand ils laissent entendre, comme les ministres de la culture de F. Hollande, que la protection légale de la langue française contre la substitution systématique de termes anglais à des mots français connus de tous n’est qu’une « ligne Maginot linguistique » (ce qui est forcément le cas, non pas parce que cette loi est mauvaise, mais parce que les autorités françaises ont traitreusement décidé de ne pas l’appliquer ; qui disait que laisser transgresser une loi, c’est autoriser ce que l’on feint d’interdire ?

 Aujourd’hui, le problème n°1 de la Francophonie mondiale, c’est que son navire-amiral historique (faudra-t-il aussi changer le nom du français ?!), la France, est en train de se saborder linguistiquement et de faire la promotion de l’anglais jusqu’en Afrique : ne se dit-il pas qu’un ex-mathématicien devenu « marcheur » conseille les mathématiciens africains de publier en anglais et s’oppose à la publication d’articles en français dans des revues scientifiques françaises ? Bref, on feint de dénoncer le néocolonialisme à l’ancienne (encore bien vivant et tueur, certes) pour mieux promouvoir le néocolonialisme « françaméricain » et « françallemand » de l’avenir… et la néo-colonisation linguistique de la France elle-même !

 Quant au projet proclamé de Macron de faire du français la deuxième langue mondiale, outre qu’il est actuellement hors de portée, outre sa dimension impérialiste évidente (qu’on arrive déjà à sauver le français, fort menacé, dans l’espace français et francophone actuel, ce sera déjà pas mal !), c’est en réalité un projet de vassalisation par rapport à l’anglais, y compris en France. Ce que fait miroiter Macron aux gogos, c’est une langue française cessant d’être la langue vivante, pratique, du et des peuples qui la parlent, mais devenant du même coup (lot de consolation ou coup de grâce ?) un signe de « distinction » pour l’élite mondialisée quand elle sentira le moment venu de prendre ses distances avec le Globish devenu la langue mondiale réelle, pratique. Car alors il faudra bien quelque chose aux « élites » pour continuer à se démarquer du et des peuples, à l’image des aristocrates russes qui se flattaient de parler russe à leurs moujiks… avec l’accent français. Ce projet de langue impériale bis me répugne profondément, ce n’est pas une manière de faire survivre le français, mais une manière de le mettre au service posthume de ceux qui l’auront tué en tant que langue du et des peuples. Et finalement, la demande de Mabanckou, et sans doute de Leila Slimani, qui consiste à faire du français la langue-monde seconde en le dénationalisant en France même est un projet profondément IMPERIALISTE et hyper-néocolonial. On ne voit pas d’ailleurs en quoi les élites africaines mondialisées vaudraient mieux que les élites hexagonales en matière de patriotisme et/ou d’internationalisme. Pauvre Aimé Césaire, décidément !

Autrement digne et noble était l’attitude de Kateb Yacine, un anticolonialiste combattant qui n’écrivait pas une supplique au chef de la Françafrique mais déclarait fièrement voir dans le français un « butin de guerre ». Ou dans l’attitude de l’Irlandais J. Joyce déclarant ironiquement : « les Anglais nous ont donné leur langue et nous en avons fait de la littérature ».

 Entre le nationalisme, qui veut faire du français la langue de la domination néocoloniale, et le mondialisme, qui veut dénationaliser la langue de Molière (au lieu de penser l’existence PLURIELLE du ou des français), il faut penser l’internationalisme linguistique qui passe par le plurilinguisme qu’exprime la phrase hautement dialectique de l’écrivain italien Umberto Eco : « la langue de l’Europe, c’est la traduction ».

*Georges Gastaud, philosophe, syndicaliste enseignant est également l’un des responsables nationaux de l’association de défense de la et de la diversité linguistique, le COURRIEL (et également responsable du PRCF, un parti qui milite pour un FREXIT "progressiste", NdR)

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/conception-neo-imperialiste-de-francophonie-portee-mm-mabanckou-mbembe-georges-gastaud/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

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La tribune originale est disponible ici:

Le français, notre bien commun ? Par Alain Mabanckou et Achille (...)

2018-02-14 http://www.kaceto.net/spip.php?article4429

 

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lundi 19 février 2018

La francophonie politique dans tous ses états

TRIBUNE LIBRE / Anne Gazeau-Secret

Comme ambassadrice ou comme directrice générale de la coopération internationale et du développement (DGCID) – devenue Direction générale de la mondialisation – l’auteure Anne Gazeau-Secret a toujours défendu la dimension francophone et la diplomatie culturelle qui l’accompagne. Elle continue à le faire au travers de rapports, souvent alarmants et sans langue de bois.

TL FRANCOPHONIE

La francophonie est-elle une cause perdue ? Ou demeure-t-elle un atout essentiel dans la course mondiale au développement de l’influence, ce que Joseph Nye a nommé dès les années 90 le softpower ? Les rapports sur le sujet se sont succédé, concluant tous qu’il allait de l’intérêt national de lui redonner visibilité et dynamisme mais, comme c’est hélas l’habitude en France, ils ont été immédiatement remisés dans le fond des tiroirs des décideurs politico-administratifs (sauf pour ce qui concerne l’idée d’une francophonie économique qui a fini par percer) : celui d’Hervé Bourges de fin 2007 « La renaissance de la Francophonie », ou encore plus récemment celui de Jacques Attali d’août 2014 « La francophonie et la francophilie, moteurs de la croissance durable ». Celui de Pouria Amirshahi, député des Français de l’étranger, sur « La francophonie : action culturelle, éducative, et économique » de janvier 2014. Ou encore le rapport d’information de la Commission des finances de l’Assemblée nationale de décembre 2015. Et bien d’autres.

Dans le contexte des bouleversements en cours qui interrogent les identités, des enjeux géoculturels qui deviennent structurants de la vie internationale, de la concurrence multi-acteurs en termes d’influence, de la disruption des modes de faire et de faire-savoir en conséquence de la domination des technologies numériques1, quelle est ou quelle devrait être la place de la francophonie dans la défense des intérêts de la France ?

UN ETAT DES LIEUX INQUIETANT

« Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. » (Charles Peguy)

« Parler une langue, c’est aussi penser dans cette langue » (Metin Arditi)

Comme le regrettait déjà il y a dix ans et à juste titre Hervé Bourges, c’est d’abord « en France qu’on ne croit pas à la francophonie et que le pays ne défend pas sa langue. » On le voit tous les jours dans les panneaux publicitaires, les noms des magasins, les menus des restaurants, les enseignements des universités et grandes écoles dispensés de plus en plus en anglais (plus de 50% à Sciences po), jusqu’au slogan de la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024 « Made for sharing ».

La loi Toubon du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française est un rempart de plus en plus fragile face aux dérives linguistiques qui se multiplient en entreprise, dans le commerce, les transports ( SNCF), les médias, les universités , la recherche, et pire encore les institutions culturelles…

L’affaiblissement du rôle de l’Etat en est une des causes. La rareté flagrante des moyens publics, le recentrage de l’Etat sur des missions régaliennes qui sacrifient l’enseignement et la culture, l’autonomisation croissante des pôles universitaires, des collectivités locales, des acteurs associatifs y contribuent largement : la « privatisation » généralisée de nombre de secteurs d’activité semble un mouvement irréversible.

1°Des chiffres trompeurs pour décrire le monde de la francophonie

On évoque partout le chiffre de 230 millions de francophones au sens strict ou partiel. Soit 37 pays francophones, dont 31 ayant la langue française comme langue officielle soit seule soit parmi d’autres (parmi lesquels 23 pays africains) et 6 n’ayant pas la langue française comme langue officielle mais où plus de 20% de la population parle français (Tunisie, Algérie, Maroc, Liban, Andorre, Moldavie). Auxquels on ajoute 41 pays francophiles, où une petite partie des ressortissants a un intérêt pour la langue et la culture françaises, et qui sont généralement membres ou observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie (Roumanie, Arménie, Qatar, Thaïlande, Vietnam, Ghana, etc.).

Même si l’ensemble de ces 78 Etats représente 1 milliard et demi d’habitants, il serait plus juste de parler de 130 millions de francophones réels (rapport Attali).

Quant à estimer que d’ici 2050 il pourrait y avoir 7 à 800 millions de francophones, du fait essentiellement de la croissance démographique en Afrique, cela reste très sujet à caution, notamment parce qu’il est loin d’être certain que les systèmes éducatifs de ces pays aient la capacité de former de bons francophones. Nous y reviendrons.

En revanche le rapport Attali enrichit à juste titre le sujet en y incluant le réseau des milliers de personnes « francophilophones », les deux concepts de francophilie et de francophonie étant liés : diasporas francophones (Libanais par exemple), élites formées dans le système français et n’appartenant pas nécessairement à des pays francophones (lycées français à l’étranger, étudiants). A noter enfin que la langue française demeure la cinquième ou sixième langue mondiale derrière le mandarin, l’anglais, l’espagnol, l’arabe ou l’hindi et qu’elle est parlée sur les cinq continents.

Au final, l’espace francophone est certes mondial, ce qui est fondamental, mais il n’a pas vraiment de centre ni de périphérie : il est hétérogène, très divers, marqué par l’histoire coloniale. Certains pays sont francophones mais pas ouvertement francophiles (l’Algérie n’est pas membre de l’Organisation Internationale de la francophonie – OIF). D’autres revendiquent leur désir d’appartenir à l’OIF mais ne sont ni francophones ni francophiles (candidature de l’Arabie Saoudite). Les pays d’Amérique latine restent en revanche foncièrement attachés aux valeurs portées par la culture française qui ont marqué leur histoire. D’autres pays s’intéressent à la francophonie pour des raisons économiques et commerciales : ainsi la Chine ou des pays africains comme l’Afrique du Sud, le Kenya, la Tanzanie.

2° Une action multilatérale marquée par le désengagement de la France – à l’exception de TV5 Monde

– L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dirigée depuis 2 ans par Mme Michaëlle Jean (ancienne gouverneure générale du Canada), et les opérateurs de la Francophonie (Agence Universitaire de la francophonie -AUF, Université Senghor, Association des maires francophones), ainsi que l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) souffrent du désengagement évident de la France même si celle-ci reste un contributeur de poids.

L’OIF dispose d’un budget en 2016 de 72 millions dont 24 millions de contribution obligatoire et volontaire de la part de la France, qui prend en charge le loyer très élevé de son siège en plein coeur de Paris : 5,6 millions d’euros ! Soit l’équivalent de 500 bourses pour étudiants…. La baisse de la contribution de la France étant globalement de 25%par rapport à 2010, la contribution des Canadiens (Canada, Québec, Nouveau-Brunswick) est en passe de dépasser désormais celle de la France. Notre capacité d’influence en souffre, d’autant que nous ne disposons plus d’aucun poste de cadre à la direction de l’Organisation – tellement elle intéresse peu nos responsables politiques?

Malgré un effort de rationalisation de la gestion, les dépenses de fonctionnement restent trop élevées (un peu moins de 50%) par rapport aux programmes. L’OIF n’est pas un gros bailleur de fonds : seulement une trentaine de programmes. Ces derniers s’éparpillent entre les divers secteurs de coopération et il n’y a pas vraiment de priorités. La preuve en est la Déclaration du dernier Sommet de Madagascar en novembre 2016 , un véritable inventaire à la Prévert !. Certes Mme Jean s’est impliquée dans la nouvelle plateforme libres ensemble qui s’adresse aux jeunes, pour lutter contre la radicalisation, ainsi que dans le développement de l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes, programme d’ailleurs majoritairement financé par le Canada.

Le problème majeur que rencontre l’OIF est celui de son élargissement continu : un comité est censé travailler dès cette année à mieux définir les critères d’adhésion, beaucoup trop flous2. Il y a aujourd’hui 84 pays membres dont 54 de plein droit, 4 associés et 26 observateurs. La majorité de ces pays ne sont pas francophones, ce qui fait courir un risque majeur pour la langue française elle-même… Au Sommet de Madagascar ont été admis l’Argentine, le Canada-Ontario, la Corée du Sud comme observateurs, et la Nouvelle-Calédonie comme membre associé. En 2010 les Emirats arabes unis sont devenus observateurs, en 2012 le Qatar membre associé. Autres exemples : en 2012 l’Uruguay est admis comme observateur, en 2014 le Mexique et le Costa Rica. Quant au Kosovo, il a réussi à se glisser comme observateur depuis 2014. L’Arabie Saoudite a rempli un dossier de candidature et il a été extrêmement délicat, semble t’il, de considérer à Madagascar que l’on n’était pas en mesure de la retenir, à ce stade, pour des raisons de procédure : ce n’est donc que partie remise ? Ainsi, si l’on continue d’être attaché au respect des valeurs démocratiques de la francophonie, à l’usage de la langue française, ou a minima aux preuves d’une certaine francophilie, cette Organisation n’est-elle pas en train de perdre de son sens même ? C’est un fait que la problématique d’un équilibre à maintenir entre la logique de l’approfondissement et celle de l’élargissement à de nouveaux membres n’a été jusqu’à présent à l’ordre du jour d’aucune réunion au niveau politique- par crainte probablement que le consensus ne se brise…

Or comme aimait à le rappeler un de ses pères fondateurs, Leopold Sédar Senghor, « il s’agissait d’élaborer, puis d’édifier un « commonwealth à la française »..par ensemble, j’entendais , j’entends toujours: entre nations qui emploient le français comme langue nationale, langue officielle ou langue de culture »( 1981). Il faudrait sans doute revenir à ces fondamentaux.

– L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), dont le recteur est le Français Jean-Paul de Gaudemar, réunit à ce jour sur une base volontaire 817 établissements d’enseignement supérieur et de la recherche répartis dans 106 pays, membres de l’OIF et au-delà (Algérie, Chine, Brésil et Inde par exemple). Les Universités françaises ne s’y sont pas beaucoup intéressées jusqu’à présent. Le principe est celui de la solidarité active entre universités, chercheurs, laboratoires sur des thèmes divers – en particulier celui de la gouvernance des institutions universitaires, du transfert de compétences, et, sous l’impulsion du nouveau recteur, de l’employabilité et de l’insertion professionnelle des diplômés : ce qui est une véritable bombe à retardement dans les pays francophones du Sud. L’AUF est bien placée pour créer de nouveaux partenariats avec l’Agence française du développement (AFD), l’Union européenne ou la Banque mondiale – ce qui est indispensable pour dégager de nouvelles ressources financières. Le développement de campus numériques (enseignements à distance et co-diplomations) est prometteur, d’autant qu’un nouveau méta-portail numérique « idneuf.org » a été lancé en 2016 donnant libre accès aux ressources des établissements membres. L’AUF, qui a fait du développement du numérique une priorité transversale, contribue activement aux projets de formation à distance des maîtres et aux cours en ligne ouverts et massifs (les CLOMs, équivalent des MOOCs anglophones).

Son budget est limité : en 2016 , 37 millions d’euros, dont 20 financés par le ministère des Affaires étrangères , dont la subvention a diminué d’un tiers en 5 ans.

L’Université Senghor d’Alexandrie, sorte d’ENA pluridisciplinaire très appréciée, accueille chaque année une promotion d’environ 200 étudiants africains qui obtiennent à la sortie un master professionnel en développement et deviennent des cadres publics ou privés dans leur pays d’origine. A cela s’ajoute un programme de formation continue et des campus décentralisés dans une dizaine de pays. La France finance 1.4 Million (1.650 M en 2010) sur un budget total de 3 Millions.

TV5 MONDE. Chaîne généraliste mondiale en français, qui repose sur une organisation multinationale, elle revendique d’atteindre avec TV5 Québec Canada près de 300 millions de foyers raccordés dans 200 pays et serait regardée en moyenne chaque semaine par 40 millions de téléspectateurs. Elle a une politique de sous-titrage très dynamique et son site internet ainsi que son offre mobile sont riches en contenus, notamment pour apprendre et enseigner la langue française. La France en est le principal bailleur de fonds (77 Millions d’euros en 2016 représentant les ¾ de ses ressources publiques). C’est la seule contribution française en augmentation, faible mais régulière.

Heureusement, une clarification est intervenue s’agissant des rapports de la chaine francophone avec France Medias Monde (FMM). Ainsi France 24, qui aurait pu lui porter de l’ombre, se présente comme une chaîne d’information en continu en plusieurs langues, tandis que TV5 a une programmation culturelle généraliste. Aucune distribution à l’étranger de l’une ne devrait avoir pour conséquence d’évincer l’autre.

– L’usage de la langue française dans les organisations internationales de plus en plus marginal.

On peut en faire la constatation y compris hélas dans les institutions européennes. Quand M. Pierre Moscovici, commissaire, écrit un courrier à M. Michel Sapin, ministre des Finances, c’est en anglais ! Cela lui a valu en 2014 le prix de « la carpette anglaise », prix d’indignité civique attribué chaque année à un membre des élites françaises pour la promotion de la domination de la langue anglo-américaine !

Autre exemple révélateur : à l’initiative de l’Allemagne est créée une nouvelle institution internationale en 2009, l’IRENA, International Renewable Energy Agency, établie à Abu Dhabi. Les statuts sont silencieux sur la question des langues. A la demande (tardive) de la France, les statuts ont cependant été traduits de l’anglais dans les cinq autres langues de l’ONU ainsi qu’ en allemand. Mais lors de la réunion constitutive, il a été décidé que seule l’anglais serait la langue de travail ….

Quand il y a encore des institutions où la langue française est utilisée – les juristes qui défendent le droit romano-germanique demeurent peut-être les derniers à y croire – ce qui est le cas à La Haye, capitale du droit international (Cour Internationale de Justice, Cour permanente d’arbitrage, Cour Pénale Internationale, Tribunal ex Yougoslavie, Académie internationale, Conférence de la Haye de droit international privé, Europol, Eurojust, nombreux « think tanks », etc.), la France ne les soutient pas vraiment. J’avais créé un poste de juriste près de notre ambassade pour être pro actif dans ce domaine – en aidant à la traduction, au placement de francophones dans ces diverses institutions, à l’organisation de colloques dans les deux langues anglaise et française, en donnant des bourses aux jeunes juristes africains venant se former à l’Académie de droit etc- il a été aussitôt supprimé après mon départ.

Une action bilatérale dans le domaine de la langue et de la culture française en perte de vitesse, en raison de baisses drastiques et continues de crédits depuis une vingtaine d’années, qui se sont accélérées depuis 10 ans sous prétexte de révision générale des politiques publiques sous la présidence Sarkozy (RGPP) ou de modernisation de l’Etat (sous la présidence Hollande).

Sur le papier, le dispositif semble plus ou moins préservé. Notre diplomatie se prétend toujours universelle et dispose du troisième réseau dans le monde. Mais sur les quelque 162 ambassades, plus de 26 sont en fait réduites à « des postes de présence diplomatique » – ce qui signifie grosso modo un ambassadeur, un assistant et un homme à tout faire. On les appelle des « ambassades laptops ». C’est tout dire !

1) L’implantation culturelle reste à première vue impressionnante, mais derrière cette façade, l’appauvrissement de la plupart des centres culturels ou alliances françaises est catastrophique – cette situation est regrettée chaque année en vain par les commissions compétentes de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Certes on compte encore plus de 800 Alliances françaises (associations d’initiative et de droit local, souvent très anciennes) dont seulement 383 sont faiblement subventionnées (15 000 euros en moyenne par Alliance !) et aidées pour certaines d’entre elles par la mise à disposition d’un directeur. Les autres vivotent trop souvent.

Certes le réseau parallèle des Instituts français qui dépend directement des services du ministère des Affaires étrangères est mieux doté : au nombre de 96, avec 130 antennes, les Instituts dont l’auto-financement progresse grâce aux cours de langue recoivent encore une subvention de 60 Millions mais celle-ci couvre pour les 2/3 le fonctionnement. Les programmes sont réduits à la portion congrue. Quand on n’a plus d’argent pour couvrir les coûts de structure, on ferme, c’est le cas de l’Institut d’Amsterdam comme de celui de Lisbonne dont on essaye aujourd’hui de vendre les superbes bâtiments… En Rhénanie-Westphalie, ce sont les Allemands qui paient la maintenance des bâtiments !

Au total, si on ajoute les coûts de personnel, nous consacrons environ 200 millions d’euros au dispositif d’action culturelle à l’étranger. Ce qui nous met en dessous de la plupart de nos concurrents, y compris de l’Institut Goethe dont la subvention a été augmentée à plusieurs reprises ces dernières années.

Il faut savoir que le ministère des Affaires étrangères doit supprimer chaque année à la demande de Bercy 100 à 200 ETP (emplois temps plein), qui sont généralement pris sur les personnels culturels ou de coopération, c’est moins visible évidemment ! Ainsi les postes occupés par des contractuels, à savoir des experts bien mieux qualifiés que les titulaires diplomates pour exercer des métiers très pointus (animation culturelle, audiovisuel, numérique, coopération médicale ou juridique etc.), diminuent ils à vue d’œil. Le travail d’influence sur le terrain en souffre à l’évidence considérablement.

2) Le seul dispositif qui tient encore la route fort heureusement est celui des écoles, collèges et lycées français :

L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) anime et gère un réseau de 480 établissements dans 130 pays, accueillant 330 000 élèves dont 2/3 d’étrangers. La subvention annuelle diminue ( 400 millions ) tandis que les écolages augmentent.

La Mission laïque française (MLF) pour sa part anime et gère une centaine d’établissements scolaires, avec 45 000 élèves dont 75% d’étrangers. Elle ne reçoit qu’une aide sous la forme de professeurs détachés.

En outre, du fait de l’autonomie de gestion de ces deux institutions (l’AEFE est un établissement public, la MLF est une association à but non lucratif reconnue d’utilité publique), le management est beaucoup plus efficace que celui des Instituts: clarté du budget, transparence de la gestion, politique d’adaptation à la demande locale, responsabilité de la direction. En revanche, le passage de ces élèves dans notre enseignement supérieur n’est pas favorisé et nous ne savons pas utiliser ni même suivre cette communauté de « francophilophones » après leur scolarité dans nos établissements.

3) Restent les programmes de recherche et les bourses d’enseignement supérieur. Certes, on a essayé de préserver les crédits de bourses qui ont quand même fortement diminué pour arriver à une enveloppe de 54 Millions aujourd’hui. Il est évident que l’attractivité de la France pour les étudiants étrangers est un élément essentiel d’une politique d’influence qui ne peut se construire qu’à long terme – ce que les comptables publics ont beaucoup de mal à comprendre. Or la France qui accueille encore environ 270 000 étudiants étrangers annuellement, perd en fait peu à peu des parts de marché et se retrouve en quatrième position derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni, et… l’Australie.

4) Sans prétendre à l’exhaustivité – car les programmes sont dispersés entre multiples services administratifs – il convient de signaler l’appui qu’apporte l’Agence française de développement (AFD) aux enjeux d’éducation de base, d’enseignement supérieur et de formation professionnelle en lien avec la langue française : soit 40 millions par an depuis que ce secteur lui a été délégué par le ministère des Affaires étrangères.

NOUVELLE AMBITION FRANCOPHONE ET INFLUENCE

C’est un enjeu prioritaire qui relève directement de notre intérêt national et qui est inestimable pour que les partenaires francophones renforcent leur position dans l’économie et le commerce mondial.

Condition sine qua non : la francophonie doit être reconnue par tous les acteurs en France non seulement comme une force diplomatique et culturelle mais comme une potentialité immense de développement économique. C’est d’abord une question de prise de conscience et de motivation au plus haut niveau politique mais aussi chez les acteurs économiques et dans toute la société active.

Les 17 propositions d’Hervé Bourges, les 53 de Jacques Attali regroupées en 7 axes, la vingtaine de Pouria Amirshahi se recoupent souvent et sont toutes intéressantes, le problème est d’établir des priorités (et le défaut de notre diplomatie est justement de n’en point établir) et de donner des moyens à cette ambition, moyens financiers certes, mais aussi et peut être surtout moyens en personnel. M. Attali prétend à tort que ses propositions peuvent être mises en œuvre à budget constant : la réorientation de nos actions, l’introduction de nouvelles méthodes de travail, ou formes de coopérations, la recherche de financements privés nécessitent un travail gigantesque pour des ressources humaines qui ont déjà souffert depuis de nombreuses années de fortes restrictions d’effectifs. Se pose aussi le problème de la formation des personnels et notamment des diplomates, certes très bons dans la rédaction de télégrammes diplomatiques et de notes de synthèse mais peu compétents et peu motivés pour le reste : questions managériales, technologie numérique, portage de projets, appels d’offres, gestion des ressources humaines etc.

UN AXE STRUCTURANT DE NOTRE POLITIQUE ETRANGERE

De l’avis général, le point noir depuis au moins 10 ans est l’absence de volonté politique. Preuve en est que sous la Présidence Sarkozy le poste ministériel a été vacant pendant 18 mois et que sous la présidence Hollande quatre ministres, une ministre déléguée puis trois secrétaires d’Etat chargés du développement et de la francophonie, se sont succédés en 5 ans, qui n’avaient pratiquement aucun poids et n’ont joué aucun rôle significatif en ce domaine.

La première décision nécessaire serait d’ en faire un portefeuille ministériel en soi, de ministre délégué au minimum. Confier ce portefeuille bien identifié à une personnalité forte ayant la confiance du chef de l’Etat conduirait à lui donner une visibilité durable dans le gouvernement et des moyens, y compris sur le plan interministériel. Pourquoi ne pas lui attribuer la tutelle de la Direction générale de la mondialisation, de la culture, de l’enseignement et du développement international ainsi que celle de la Délégation aux affaires francophones (qui dépend aujourd’hui de la direction des Nations Unis et des organisations internationales), et de la Délégation aux fonctionnaires internationaux3. Au moins rassemblerait-il sous sa houlette l’essentiel du budget opérationnel du quai d’Orsay, ainsi que les tutelles sur les opérateurs extérieurs, tâches auxquelles le ministre des Affaires étrangères absorbé par les affaires politiques n’a guère de temps à consacrer. Cela signifierait clairement les priorités à donner à nos instruments de coopération et actions d’influence partout dans le monde, dans toutes leurs dimensions. Ce serait mettre les actes en conformité avec les discours ronflants sur l’importance de la diplomatie d’influence !

Le ministre aurait aussi en charge naturellement non seulement la question de l’usage du français dans les institutions internationales, du placement de francophones à des postes clés mais devrait aussi veiller à développer les concertations entre ambassadeurs francophones dans toutes les négociations internationales importantes (à l’instar de ce qui a été fait à la COP 21).

BUDGETS PRIORISES ET CIBLAGES GEOGRAPHIQUES

Une prévisibilité pluriannuelle des moyens financiers et en ressources humaines ainsi qu’une contractualisation via de vrais contrats d’objectifs et de moyens – si Bercy pouvait enfin s’y résoudre- permettraient un management public plus efficace. Pour parvenir à une inter-ministérialité qui fonctionne entre les nombreuses administrations concernées, ne faudrait-il pas inventer l’équivalent du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement, présidé par le Premier ministre, chargé de définir la stratégie et les priorités pour la promotion de la francophonie puis d’en superviser la mise en œuvre via les programmes. Ce comité interministériel veillerait à la cohérence des actions via les organismes multilatéraux et des actions à titre bilatéral (dont la visibilité et les effets sur l’influence française sont spontanément mieux assurés).

S’agissant des ciblages géographiques, l’orientation politique à la mode qui consiste à privilégier les grands pays émergents, essentiellement en Asie, au détriment de nos voisins et de nos zones d’influence traditionnelle et historique est contestable. Au Maghreb ce n’est pas le moment de baisser la garde, comme en Tunisie où l’enveloppe de coopération bilatérale a diminué de moitié en 4 ans ! Il faudrait se recentrer tout d’abord sur l’Europe, continent où la langue française connait le recul le plus catastrophique et où on ferme d’ailleurs petit à petit les Instituts français ; sur le Maghreb et la Méditerranée (Liban notamment) où nos positions sont encore relativement fortes quoique menacées ; bien sûr sur l’Afrique et d’abord l’Afrique francophone, sachant que dans nombre de pays le français n’est maîtrisé que par les élites ; et enfin sur l’Amérique latine pour des raisons là aussi de culture commune.

PROMOTION LANGUE, CULTURE ET EDUCATION

Le chantier est immense et les propositions nombreuses. On pourrait retenir quelques axes forts d’une politique plus visible tels que :

Remettre les enjeux du français, langue internationale, au centre de l’action de l’Organisation Internationale de la francophonie (parent pauvre de la Déclaration de Madagascar).

Cela signifie la défendre dans les organisations internationales, notamment à Bruxelles et à Genève et appliquer sérieusement le vademecum adopté il y a 10 ans – Cela signifie promouvoir partout où on le peut et avec persévérance le plurilinguisme, en évitant d’être dans un rapport de forces bilatéral face à l’anglais- ce qui appelle des stratégies d’alliance contre les tenants du tout-anglais avec la Chine, le Brésil, l’Espagne, les Latino-américains, les Russes, etc.

Remettre aussi de l’ordre chez nous dans les priorités de l’Education nationale, en prenant conscience que, pour que l’on parle davantage le français, nous devons connaître et pratiquer la langue des autres , et pas seulement l’anglais. Quelle erreur de songer à supprimer les classes bilingues alors qu’il faut au contraire les multiplier !

Enfin, et ce n’est pas le moins important, devrait être poursuivie une politique dynamique valorisant le métier de traducteur et d’interprète et visant à en favoriser les recrutements.

– Soutenir les systèmes éducatifs en Afrique , en commençant par lutter contre la grande idée fausse du moment selon laquelle la francophonie ne connaîtra pas de difficultés du fait de la démographie galopante en Afrique francophone. C’est faux : les systèmes éducatifs se dégradent partout. Il faut donc y mettre les moyens car sans aide, il n’y aura plus de développement du français en Afrique. Aidons à reconstruire les systèmes éducatifs en privilégiant si possible l’aide bilatérale.

Il faut ainsi encourager encore davantage les initiatives telles que l’Initiative francophone pour la formation à distance des maîtres (IFADEM) et d’autres projets annoncés, notamment « 100 000 professeurs pour l’Afrique », de même que les formations effectuées par le réseau et les formations par internet de professeurs. Mais tout ne peut pas passer par Internet, il conviendrait de voir comment dégager les ressources humaines nécessaires (formateurs, universitaires, experts techniques), le défi démographique étant en effet considérable.

– Promouvoir notre culture à l’étranger c’est-à-dire sur le terrain, car c’est là que se joue l’influence de la France, en menant une politique proactive de la demande – et non de l’offre, du type « la nuit des idées », opération de communication initiée par Laurent Fabius à Paris et qu’on demande aux postes de reproduire à l’étranger sans se préoccuper de l’impact et de la diversité des situations locales… Dans cet ordre d’idées il sera inévitable de redresser le budget des Instituts culturels français et des Alliances françaises et surtout d’en réformer la gouvernance -dispersée entre plusieurs services administratifs, ministères, établissements publics – d’où l’absence de direction générale, de transparence, de priorités, et l’impossibilité de mener une politique intelligente de redéploiement des moyens.

Suivi des élèves de nos lycées en les aidant à rester dans un système universitaire francophone et soutien à la mobilité universitaire (étudiants et professeurs). La pression est énorme : en 1960, il y avait 13 millions d’étudiants dans le monde, aujourd’hui il y en a 165 millions !

Aux Etats-Unis, 50% des thèses soutenues en science le sont par des étudiants étrangers. De retour dans leur pays d’origine, ces étudiants deviennent les acteurs du rayonnement économique et culturel de leur pays d’accueil universitaire. Mais l’animation des reseaux d’alumni étrangers est quasi inexistante en France. Ainsi j’ai regretté que l’association des anciens élèves de l’ENA (plusieurs milliers d’étudiants étrangers) dont j’ai fait partie un temps n’ait aucun moyen pour monter un dispositif efficace en la matière, alors que le budget de cette association permettrait d’en faire une priorité. Il nous faudrait aussi faciliter le recrutement par les entreprises françaises de cadres de haut niveau ouverts au multiculturalisme et polyglottes venus en France pour achever leurs études supérieures et bien sûr assouplir leur accès au marché du travail.

La question du visa francophone est bloquée du fait de la peur migratoire : elle s’est retrouvée coincée dans le débat entre la volonté de fermeture des frontières et les velléités d’immigration choisie. Il existe pourtant une position intelligente, celle de la mobilité et des allers-retours. En limitant les démarches administratives, on désengorgerait nos consulats et nos préfectures et cela favoriserait en particulier la circulation des créateurs et des chefs d’entreprise. Trop souvent, nous sommes encore confrontés au cas d’entreprises implantées à l’étranger qui veulent envoyer leurs cadres pour une formation professionnelle en France et se heurtent à un refus de visa.

LA FRANCOPHONIE ECONOMIQUE

La Francophonie s’est tardivement saisie des questions économiques, alors qu’en la matière, le Commonwealth est depuis longtemps très actif et doté de moyens. Le rapport Attali et les publications d’Hervé Bourges entre autres ont alimenté les réflexions au moment de l’élaboration puis de l’adoption de la Stratégie économique pour la Francophonie au Sommet de Dakar (2014). Celle-ci part du constat que l’espace francophone représente un potentiel économique énorme, insuffisamment exploité : la nébuleuse des quelque 80 pays francophones et supposés francophiles d’alors (84 aujourd’hui) représente 16% du PIB et 20% du commerce mondial.

Depuis deux ans cette stratégie a commencé d’être mise en œuvre de diverses façons :

programmes dédiés de l’OIF tournés vers les jeunes et les femmes créateurs d’entreprises ; organisation de forums économiques invitant des entreprises (Dakar en 2014, Paris en 2015, Madagascar en 2017) ; réunions de concertation des ministres des Finances francophones en marge des assemblées annuelles de la Banque Mondiale et du FMI ; lancement d’un réseau des ministres francophones du Commerce ; actions de plaidoyer auprès de la présidence du G20 (de concert avec le Commonwealth) ; organisation de la Journée de la Francophonie économique et numérique.

Cette refondation est capitale pour la France compte tenu du constat du désinvestissement du continent africain par les entreprises françaises qui ont perdu leurs « chasses gardées ». C’est désormais la Chine qui est le premier partenaire de l’Afrique…

Il est clair que c’est de notre intérêt national que d’appuyer cette stratégie de francophonie économique, de multiplier les accords économiques comme celui signé récemment dans le domaine de l’électricité – ces accords signifiant des formations professionnelles , des normes technologiques, des brevets et inventions françaises.

Il est non moins clair que notre influence au final est conditionnée par le retour de notre puissance économique et de sa capacité de projection sur les marchés francophones, où il y a une demande très forte. L’ambition du Medef sur cette question est assez illisible.

LA FRANCOPHONIE NUMERIQUE

C’est un facteur commun à la promotion de la langue et de la culture française et à la croissance économique durable.

Priorité absolue doit être donnée au numérique où tout se joue pour la jeunesse. Sans renforcement de la présence de contenus en français sur les réseaux numériques

– nouvel espace de confrontation d’idées, de recrutement, de formation, de création , seul outil d’information et unique référentiel des jeunes – l’ambition de la promotion de la francophonie restera lettre morte.

Aujourd’hui, seulement 4 à 5% des contenus en ligne sont en langue française, qui occupe le 8e rang par la qualité de ces contenus et le nombre d’utilisateurs .

A noter qu’en Afrique, la multiplication des chaînes de télévision numérique bénéficie éditorialement aux anglophones et aux chinois pour le contrôle de la diffusion.

Une idée serait de nommer un délégué auprès du ministre de la Francophonie chargé de mettre de l’ordre dans les projets des uns et des autres dans ce domaine, en tenant compte de ce que font les autres francophones comme le Québec par exemple..

A l’Unesco il nous faut soutenir les militants qui travaillent à l’élaboration d’un projet de directives opérationnelles sur le numérique pour la mise en oeuvre de la Convention de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (2005).

L’Internet et les réseaux numériques conditionnent sans aucun doute le succès de la relance de l’ambition francophone et francophile !

Tout nouveau Président de la République, monsieur Emmanuel Macron, vous avez dit lors de votre discours d’investiture « la mission de la France dans le monde est éminente ». Sa dimension culturelle est à la fois la moins coûteuse et la plus conquérante, qu’attendez-vous pour vous en occuper, sachant que les paramètres économiques sont les suivants : montants à investir très faibles (de l’ordre du coût d’un Rafale) , risque nul, potentiel énorme, impact très vite visible….

Vous ne pouvez pas ne pas savoir que le statut particulier de la langue française, fruit de l’Histoire – celle d’une vieille nation et d’une ancienne grande puissance – et du “testament français” – celui des Lumières – est aujourd’hui gravement menacé.

Or si l’on veut que la langue française, son rayonnement à travers le patrimoine culturel qu’elle véhicule et la possibilité d’accéder à la connaissance que sa maîtrise doit permettre, restent l’un des vecteurs de notre influence dans le monde, au sens du “soft power” dans la terminologie anglophone, il est urgent d’engager une action volontariste à votre niveau.

Nous espérons enfin une politique ardente et durable en faveur de la francophonie, non seulement à travers le soutien que nous apportons à l’OIF et à la défense du plurilinguisme et de la diversité culturelle sur la scène internationale, mais aussi et encore sur le terrain de l’éducation et de l’enseignement supérieur mis au service du développement – et ce grâce au dispositif important dont la France dispose à l’étranger. Il est encore présent quasiment partout à travers le monde et les instruments existent : il reste à leur redonner une impulsion politique, les moyens humains et budgétaires indispensables ainsi qu’une gouvernance efficace et responsable, ce qui est sans doute le plus improbable car on touche là aux problèmes gigantesques d’une réforme de l’Etat dont on n’ ose même plus parler. Même vous, M. Macron ?

Anne Gazeau-Secret
12 février 2018


1 Disruption = « disruptif ». Le terme dérive du latin disrumpere, « briser en morceaux, faire éclater ». Dans le langage des entreprises du numérique, « l’innovation disruptive », c’est l’innovation de rupture, celle qui bouscule les positions établies, court-circuite les règles du jeu, impose un changement de paradigme. Selon le philosophe Bernard Stiegler, la « disruption » constitue une barbarie « soft » incompatible avec la socialisation. La fuite en avant technologique produit une perte de repères et une désespérance qu’il est impératif d’assumer afin de repenser l’élaboration des savoirs et la macroéconomie.
2 Ces critères sont de plus sans valeur contraignante et non respectés dans les faits, en dépit de l’existence de « statuts et modalités d’adhésion » adoptés lors du IXeme Sommet de la francophonie de Beyrouth de 2002 et précisés au Sommet de Bucarest en 2006.
3 On aurait pu imaginer aussi que le représentant personnel du chef de l’Etat pour la francophonie, distinct du ministre, s’implique fortement dans cette action interministérielle. N’ayant que peu de prise sur les administrations, ce fut une fonction purement honorifique. En tout cas pour plus de clarté et de cohérence, il vaut mieux que le ministre soit en même temps représentant personnel.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Anne Gazeau-Secret, 12-02-2018

https://www.les-crises.fr/la-francophonie-politique-dans-tous-ses-etats-par-anne-gazeau-secret/

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Entre "bonne gouvernance" et éloge ambigu du "multiculturalisme", une approche parfois trop technocratique à mon goût, mais un certain nombre de propositions intéressantes et un constat implacable de l'absence de volonté politique pour promouvoir la francophonie. Il faut dire qu'avec un président pour qui la priorité est la "souveraineté européenne"...

Pour rappel, l'ambition de l'UPR est de promouvoir la création d'un parlement de la Francophonie à Paris, avec pour objectif l'expression à terme d'une véritable francophonie politique qui pourrait s'épanouir à travers le siège permanent de la France au Conseil de sécurité des Nations Unies, siège que nous risquons de perdre si nous restons dans l'Union européenne.   P.G.

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jeudi 2 novembre 2017

Déclaration de l’Académie française sur l'écriture dite "inclusive"

DÉCLARATION de l’ACADÉMIE FRANÇAISE
sur l'ÉCRITURE dite « INCLUSIVE »

adoptée à l’unanimité de ses membres
dans la séance du jeudi 26 octobre 2017

ACT ACADEMIE FR

Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.

Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète.

 

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mercredi 1 novembre 2017

Loi sur l'enseignement en Ukraine : la Hongrie met des bâtons dans les roues de Kiev

Article présenté par S.R. (UPR 87)

ACT UKRAINE DONIPRESS

Après le vote de la loi sur la langue d'enseignement en Ukraine, Budapest avait promis de tout faire pour gêner Kiev auprès des instances internationales, et surtout auprès de l'UE et de l'OTAN où elle dispose d'un droit de veto.

Pour rappel, cette loi prévoit que l'enseignement se fera uniquement en ukrainien à partir de la 5e classe, dans un pays qui compte plusieurs minorités ethniques importantes (Roumaine, Hongroise et même Bulgare), sans parler de toute la partie russophone du pays (je parle là des gens dont la langue maternelle, c'est-à-dire la première langue qu'ils apprennent dès le plus jeune âge, est le russe).

Suite au vote de cette loi, la Roumanie et surtout la Hongrie avaient fait savoir publiquement qu'elles désapprouvaient cette loi qui discrimine les minorités qui se trouvent en Ukraine. La Hongrie avait même menacé l'Ukraine de lui nuire en guise de réponse au vote de cette loi.

La Hongrie n'a pas fait cette promesse en l'air, et a saisi la première occasion pour rappeler à l'Ukraine qu'elle ne peut pas faire n'importe quoi en matière de législation. Et c'est la tenue du sommet Ukraine-OTAN, prévu en décembre, qui en a fait les frais.

La convocation à ce sommet a été soumise cette semaine au vote des pays membres de l'OTAN, et l'unanimité était requise afin qu'il puisse avoir lieu. Le vote négatif de la Hongrie a donc été l'équivalent d'un veto, empêchant le sommet d'avoir lieu.

C'est le chef de la diplomatie hongroise, Peter Siyarto, qui l'a annoncé sur le site de son département, de manière très directe, et sans ambages :

« La Hongrie ne peut soutenir l'aspiration de l'Ukraine à l'intégration, c'est pourquoi elle a mis son veto à la convocation du sommet Ukraine-OTAN en décembre », a ainsi déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères.

Devant la détermination évidente de la Hongrie et des autres pays voisins à pourrir la vie de l'Ukraine en réponse à cette loi, il semble que cette dernière pourrait faire marche arrière.

C'est en tout cas ce qu'a déclaré le journaliste Vyacheslav Pikhovchek, sur le plateau de la chaîne ukrainienne NewsOne. Ce dernier a déclaré en effet que l'Ukraine pourrait faire des concessions et adoucir la norme linguistique pour les minorités nationales.

Mais, car il y a un mais, cette concession ne s'appliquerait QUE pour les minorités hongroise, roumaine et peut-être la minorité bulgare. Les enfants russophones, eux, seraient toujours forcés de subir l'ukrainisation de force que représente ce texte de loi.

Pourquoi, accorder seulement ce « privilège » aux voisins européens ? Eh bien parce que ces derniers peuvent sévèrement nuire aux aspirations européennes et OTANiennes de l'Ukraine ! La Russie non.

« Ma prédiction est que la seule option possible est de formuler certaines conditions spécifiques uniquement pour les enfants de citoyens ukrainiens de nationalité hongroise, roumaine, et peut-être bulgare, puisque les gouvernements de ces pays se battent pour eux et ont de l'influence sur les officiels de Kiev. Mais pas pour les enfants russophones…Un autre problème s'est ajouté à la guerre et à la crise en Ukraine - Kiev se fait de nouveaux ennemis avec les dispositions de la loi sur l'éducation et les minorités ethniques, » a ainsi déclaré Pikhovchek.

Cette idée de Pikhovchek, est sûrement issue du fait, que Kiev est déjà prête à faire un amendement à cette loi pour la minorité polonaise, en signant un accord avec Varsovie à ce sujet. Cet accord a d'ailleurs provoqué l'ire de la Hongrie, qui a vu cela comme une trahison de la part de la Pologne.

Mais de tels amendements, accordant des exceptions à certaines minorités et pas aux russophones, alors qu'ils sont bien plus qu'une minorité, rendraient la loi encore plus discriminatoire qu'elle ne l'est déjà.

C'est d'ailleurs sur cet argument, que la Russie a fait appel à l'ONU, à l'OSCE et au conseil de l'Europe, afin qu'ils fassent pression sur Kiev.

Il est invraisemblable de voir l'Ukraine poursuivre la Russie devant la CIJ pour discrimination ethnique envers les Tatars de Crimée, alors que ces derniers peuvent désormais recevoir un enseignement dans leur langue maternelle (depuis la réintégration de la Crimée au sein de la fédération de Russie), alors que dans le même temps, Kiev vote des lois ouvertement discriminatoires envers ses minorités ethniques et sa population russophone. C'est vraiment l'hôpital qui se moque de la charité !

Mais en ne faisant marche arrière que pour les minorités ethniques, et pas pour les russophones, Kiev pourrait bien faire une énorme faute de calcul géopolitique. Car si Moscou ne dispose pas d'un droit de veto bloquant les aspirations européennes ou OTANiennes de Kiev, la Russie a néanmoins un certain nombre de leviers qu'elle peut utiliser afin de nuire à l'Ukraine en guise de réponse.

Bogdan Bezpalko, membre du Conseil pour les relations interethniques auprès du Kremlin, en a listé quelques-unes, allant du fait de compliquer le travail des représentations ukrainiennes dans les organisations internationales, jusqu'au fait de reconnaître les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL), en passant par la rupture du Grand Accord sur l'amitié signé entre les deux pays, ou le renforcement du contingent militaire présent en Crimée ou à la frontière de la RPD et de la RPL.

L'option qui serait le camouflet le plus sévère pour Kiev, a même été justifiée de manière pragmatique par monsieur Bezpalko :

« En fin de compte, la Russie pourrait reconnaître les républiques de Donetsk et de Lougansk. Vu que le format de Minsk ne fonctionne plus, tôt ou tard il sera possible de reconnaître les « républiques populaires » comme des États indépendants et de conclure avec elles des accords, notamment dans le domaine de la défense », a-t-il ainsi expliqué.

Voilà de quoi donner à réfléchir à Kiev, du moins tant qu'il en est encore temps. Car le Maïdan 3.0 se poursuit, entre coups de communication de Saakachvili, et étranges attentats terroristes contre des députés radicaux (alors que ce sont justement ces forces radicales qui sont à l’œuvre pour destituer Porochenko).

L'entropie de l'Ukraine continue de croître de manière accélérée, et le pays se dirige de plus en plus vers une désintégration totale.

https://dnipress.com/fr/posts/loi-enseignement-ukraine-hongrie-met-des-batons-dans-les-roues-de-kiev-qui-est-prete-faire-partiellement-marche-arriere/

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jeudi 28 septembre 2017

Tendance automne/hiver 2017 : french bashing en Afrique

Le 16 septembre 2017, Ayman al-Zawahiri, le chef d’al-Qaeda s’est adressé aux Africains et les a appelés à combattre la France qu’il accuse « de revenir en Afrique » (1).

ARG AFRIQUE FRANCOPHONE CFADans son allocution, il s’est référé à Omar el-Mokhtar, héros de la lutte armée libyenne contre l’Italie coloniale. Ni cette accusation ni le choix de cette figure légendaire ne sont dus au hasard. Si aucun dirigeant de l’Hexagone ne semble avoir pris la mesure du sérieux ressentiment anti-français qui prévaut actuellement dans tous les pays d’Afrique francophone, en revanche, le leader de l’organisation terroriste, lui, l’a bien compris. Plus qu’un véritable appel au djihad, cette déclaration est avant tout opportuniste. Il revendique, par anticipation, la paternité des effets que pourraient avoir les diatribes anti-françaises en cours sur le continent, d’une ampleur jamais égalée, y compris à l’époque des luttes pour l’indépendance. Pas un jour ne passe sans recevoir des fausses informations imputant à Paris de terribles méfaits. Ici des images de soldats français pillant de l’or à Kidal, dans le Nord du Mali, mais le montage photo mal réalisé laisse apparaître des arbres n’existant pas dans cette région. Là, des révélations dites explosives : « La France arme Boko Haram » « La France pille l’Afrique », derrière les titres accrocheurs ce ne sont que des manipulations, de vieilles informations sorties de leur contexte. Les réseaux sociaux s’enflamment. L’ ancien Etat colonisateur est responsable de tous les maux, de toutes les souffrances, les peuples gardant, souvent à tort, l’image ancienne de la toute-puissance française.

Les braises

Sur le terrain, l’agressivité contre les Français a commencé à se ressentir dès 2011 après les guerres contre la Côte d’Ivoire et la Libye et elle prend de plus en plus d’ampleur. Avec la bataille contre le franc CFA, portée par Kemi Seba, activiste français d’origine béninoise, le french bashing atteint des sommets. Curieusement, le militant pour le panafricanisme et contre l’impérialisme ne vise qu’une seule cible : la France. Ses soutiens demandent le retrait des bases militaires françaises sur le continent, mais restent étonnamment muets sur la présence de plus en plus importante de l’armée américaine dans tous les pays francophones. En effet, l’Hexagone ne cesse de perdre du terrain dans son ancienne zone d’influence. Ce qui était impensable il y a encore quelques années est devenu réalité, l’Africom, le commandement US en Afrique, a implanté une base au Sénégal, des avant-postes opérationnels ont été construits au Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Gabon (2). De la même manière, et bien qu’absolument légitime, le débat sur la souveraineté monétaire est posé en termes irrationnels. Pour sortir le Franc CFA du giron de la Banque de France, Kemi Seba propose une monnaie panafricaine qui reproduirait les mêmes erreurs que celle du Franc CFA actuel et souffrirait des mêmes maux que l’euro : une seule monnaie pour des Etats aux économies fort différentes, avec la Côte d’ivoire dans le rôle de l’Allemagne et le Mali dans celui de la Grèce. La seule issue étant la création de monnaies nationales, mais que vaudraient-elles sans tous les autres instruments de souveraineté, armées dignes de ce nom, industrialisation ?

L’activiste ne répond pas à ces questions, preuve que ce débat est plus passionnel que politique. Il prospère sur le terreau d’une histoire d’amour/haine entre ex colonisateur/ex colonisés jamais vraiment résolue. La rancœur est si prégnante, qu’il suffit désormais à un chef d’Etat africain, même le plus impopulaire en son pays, de prononcer un seul mot contre Paris pour se refaire une santé sondagière. Idriss Deby, Président du Tchad depuis 27 ans, pourtant ami et allié de tous les Présidents français successifs, s’y est essayé avec un certain succès… (3)  Mais si la mayonnaise du french bashing prend aussi bien, ce n’est pas seulement à cause des erreurs du passé, c’est également et surtout en raison des fautes commises par les dirigeants français successifs en ce début de 21ème siècle.

Les bâtons pour se faire battre

La première faute, magistrale, est celle de la guerre en Côte d’Ivoire, avec les bombardements sur la résidence de Laurent Gbagbo et son arrestation par l’armée française. Il ne fallait pas être grand clerc pour prévoir l’impact et les conséquences que pouvaient avoir sur les opinions publiques africaines ces images, dont celle d’un Président en tee-shirt, prisonnier dans une chambre d’hôtel, surveillé du coin de l’œil par les soldats de l’ancienne puissance coloniale. Que ce conflit ait été ourdi par Washington avec la participation active de l’Africom, que Nicolas Sarkozy n’ait pas œuvré au nom des intérêts de la nation qu’il dirigeait, mais en son nom propre et à celui de l’ami américain, ne change rien à l’affaire, pour la très grande majorité des Africains, la France est seule responsable. Les US n’ont pas adopté la stratégie de « l’empreinte légère« , qui consiste à laisser un autre pays diriger les opérations afin de ne point trop s’exposer, pour rien (4). La deuxième faute magistrale, est bien entendu, la guerre en Libye opérée selon le même modus operandi, le Président français sur tous les fronts, les Américains en arrière, puis l’assassinat de Muammar Kadhafi et le chaos qui s’en suivit. Au passage, il est intéressant de noter que le guide de la Jamahiriya ne sortait jamais sans la photo de son héros, Omar el-Mokhtar, à la boutonnière de son uniforme !

Dès cette époque, sur le terrain le ressentiment anti-français est palpable. En 2012, à son arrivée au pouvoir, François Hollande ne prend pas le pouls de l’Afrique francophone, ne tire pas les enseignements des guerres de 2011 et des inconséquences de son prédécesseur. Faute de vision, il poursuit la même politique faites d’errements, d’erreurs, de petits arrangements entre amis, de complicité avec des chefs d’Etats corrompus. Il se rend coupable d’aveuglements volontaires lors de consultations électorales frauduleuses et/ou contestables au Tchad, au Niger, au Gabon, au Congo, etc. Il ne mesure pas le désespoir et l’exaspération des peuples avides d’alternance et de changements. Il laisse des personnalités s’adonner à une diplomatie parallèle qui œuvrent pour leurs propres intérêts sonnants et trébuchants et non pour ceux de la nation ; il permet à son Premier ministre, Manuel Valls, d’entretenir des relations très particulières au Togo, en Côte d’Ivoireau Congo, donnant ainsi crédit à l’abondante littérature sur, ce que d’aucuns appellent, la « France-Afrique ». L’ancien Président français persévère dans l’indignation sélective, rappelant à l’excès les valeurs de la France : démocratie, droits de l’homme sans jamais les appliquer en Afrique ; toujours silencieux sur les prisonniers politiques en Côte d’Ivoire et ailleurs, muet sur les tueries aux Congo… Au Mali, la réussite de l’intervention militaire française tant vantée fut de courte durée, sur le long terme cette victoire s’est transformée en échec et ce pays est maintenant la proie d’attentats terroristes. L’ancien Président français a ainsi contribué à entretenir les blessures de 2011, voire à retourner le couteau dans les plaies.

De l’huile sur le feu

A cette longue liste des raisons de la colère, il faut ajouter la Cour Pénale Internationale (CPI), cette Cour honnie des Africains où seuls les ressortissants de ce continent sont envoyés à la barre. Le procès ubuesque de Laurent Gbagbo, retransmis en direct, alimente quotidiennement le french bashing et pas seulement dans les pays francophones. De l’extrême nord à l’extrême sud du continent, l’ancien Président ivoirien est devenu un symbole du panafricanisme. Agé de 72 ans, il s’apprête à vivre le sixième anniversaire de son emprisonnement à la Haye, sans qu’à ce jour aucune preuve ne vienne étayer l’accusation. Sa douzième demande de liberté provisoire est en cours de traitement, peu importe qu’Emmanuel Macron puisse avoir ou non une influence sur cette décision. En l’état des opinions publiques, l’élargissement de Laurent Gbagbo sera porté au crédit du nouveau Président français, son maintien en détention sur son compte débiteur. Et s’il arrivait malheur au « martyr de l’impérialisme » dans sa prison, les Français en Afrique seraient rhabillés pour de très nombreux et de très longs hivers…

Ce paroxysme du ressentiment anti-français repose à la fois sur des bases solides et sur un mode émotionnel. Paradoxalement il culmine au moment où la France perd de plus en plus pied sur le continent. Mais est-ce aussi contradictoire ? Ce phénomène est une aubaine pour les Etats-Unis qui sous couvert de lutte anti-terroriste s’implantent durablement en Afrique francophone. Pendant les deux mandats de Barack Obama, la stratégie US a consisté à déposséder la France de sa zone d’influence stratégique en Afrique de l’Ouest [6]. Après la Côte d’Ivoire, ce fut le tour du Sénégal, avec le financement du mouvement citoyen « Y’en a marre » qui permit à Macky Sall d’arriver au pouvoir. En octobre 2014, vint le tour du Burkina-Faso qui peut être considéré comme la première révolution de couleur sur le continent, avec aux commandes le « Balai citoyen » dans le rôle du mouvement sénégalais et l’ambassadeur US de choc, Tulinabo Mushingi [7].  Dans cette zone le « smart power » américain bat son plein comme le montre la réunion organisée par le World Movement for Democracy à Dakar les 12 et 14 mars 2015. Tout ce que l’Afrique compte d’organisations dites de « sociétés civiles » étaient présentes [8]. Il n’est donc pas interdit de penser que des groupes de pressions américains et leurs relais français alimentent la campagne de french bashing [9]. Dans un entretien sur une chaîne de télévision sénégalaise, Kemi Seba déclare être financé par l’Iran [10]. Surprise. Quel serait donc l’intérêt de la République islamique d’œuvrer à la fin du Franc CFA ? Mystère. En outre, de nombreux Libanais chiites sont installés en Afrique de l’Ouest où ils ont réalisé d’importants investissements, ils participent à l’économie des Etats dans lesquels ils vivent mais également à celle du Sud Liban. En l’état de l’instabilité qui règne dans toute la zone, de la Côte d’Ivoire au Togo, la création d’une monnaie nationale les ruinerait. Mais qu’importe puisque la problématique du Franc CFA a été résolue par deux chercheurs travaillant pour des institutions financières d’Amérique du Nord : « Une autre approche serait de remplacer le CFA par une “dollarisation” de la région, ce qui favoriserait le développement du secteur financier, des taux d’intérêts plus raisonnables tout en conservant les avantages de la stabilité monétaire.[11] »

L’ apaisement ?

Emmanuel Macron hérite de cette situation et est décidé à faire de l’Afrique une de ses priorités, à juste titre, puisque l’heure est grave (12). Personne n’est encore capable de dire s’il poursuivra la politique de ses prédécesseurs ou s’il engagera l’incontournable virage à 180°. Chaque nomination, chaque signe est interprété dans l’espoir de percevoir les lignes de forces qui se dégagent. Pour l’instant les initiatives prises : création du Conseil Présidentiel pour l’Afriquemise en place du G5 Sahel pour combattre le terrorisme dans la zone et instauration de hot spot au Niger et au Tchad pour enrayer le flux des migrants qui traversent la méditerranée, ne sont pas de nature à apporter une réponse sensible à la crise aigüe que traverse les relations franco-africaines [13].La vapeur pourrait pourtant se renverser facilement : il suffirait seulement de prendre l’exact contre-pied de la politique mise en œuvre par Nicolas Sarkozy et François Hollande au cours des dix dernières années.

Yehia Ag Mohamed Ali 
Chercheur et spécialiste du Sahel

Leslie Varenne
Directrice de l’IVERIS

[1] http://www.jeuneafrique.com/475220/politique/al-qaida-al-zawahiri-sadresse-aux-africains-et-en-revient-aux-fondamentaux-anti-occidentaux/

[2] https://www.globalsecurity.org/military/facility/africom.htm

[3] http://www.afrique-sur7.fr/57860/tchad-idriss-deby-africains-ne-veulent-fcfa-france-afrique-francophonie/

[4]http://www.lepoint.fr/invites-du-point/caroline-galacteros/l-empreinte-legere-une-nouvelle-strategie-americaine-2-06-12-2014-1887392_2425.php

[5] https://mondafrique.com/togo-petition-contre-manuel-valls/ https://mondafrique.com/manuel-valls-lheritier-de-francafrique/

[6] En Afrique centrale, cette stratégie mise en place par Bill Clinton avait débuté dès les années 1990 dans la région des Grands Lacs.

[7] http://desc-wondo.org/fr/geostrategie-la-main-noire-americaine-derriere-la-revolution-burkinabe-itinerance-rdc/

[8] Cette réunion n’étant pas publique, il n’existe pas de document sur internet, l’IVERIS possède des documents, mentionnant les noms des participants, leur organisation et leur pays ainsi que tous les organisateurs/financeurs : National Endowment Democracy, Freedom House, NDI, Solidarity Center… A noter, la sur-représentation de la Gambie, avec quatre participants, c’est beaucoup pour un si petit pays…

[9] https://livre.fnac.com/a10458828/Stephanie-Erbs-Les-reseaux-Soros-a-la-conquete-de-l-Afrique

[10] https://www.youtube.com/watch?v=7KEGQMidlJw

[11] https://www.wathi.org/laboratoire/tribune/dollar-etre-bonne-releve-franc-cfa-ouest-africain/

[12] http://www.la-croix.com/France/Politique/Emmanuel-Macron-dessine-politique-etrangere-2017-08-29-1200872788

[13]https://www.iveris.eu/list/actualites_et_evenements/269-la_france_au_mali

Source: https://www.iveris.eu/list/actualites_et_evenements/279-le_cap_demmanuel_macron_sur_lafrique

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