dimanche 18 février 2018

Fake news : le vrai du faux de Frédéric Lordon

Un an après son investiture, Donald Trump, toujours en guerre contre les médias, a lancé mercredi ses premières Fake News Awards, qui consacrent les médias les plus mensongers selon lui. En fin de soirée, il avait fait connaître son palmarès : le lauréat est le Nobel d’économie Paul Krugman, tandis que CNN est couronné quatre fois.

TL LORDON FRANCE CUL

Pendant que le président américain les consacre, le président français, lui, veut lutter contre. lors de ses vœux à la presse, Emmanuel Macron a annoncé un futur projet de loi ciblant les fake news.Dans le viseur de l’Elysée, les sites et les réseaux sociaux, grands pourvoyeurs de fausses nouvelles. l’exécutif sera t il demain le régulateur en chef de l’information vérité, ce projet menace-t-il en partie la liberté de la presse ?

Pour en parler, le philosophe et économiste Frédéric Lordon. Il est directeur de recherche en philosophe au CNRS. Il a publié l’an passé Les Affects de la politique. Collaborateur du Monde diplomatique qui héberge son blog, il y publie ce mois-ci “Macron décodeur en chef“, où il dénonce la mainmise de l’État sur l’information.

« Tout le discours de la politique Macron fonctionne selon les schèmes de la fake news. » Frédéric Lordon

Source : France Culture, Frédéric Lordon, 19-01-2018

https://www.les-crises.fr/fake-news-le-vrai-du-faux-de-frederic-lordon/

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Attention, émission "mainstream"! On n'échappe pas aux bêtises du journaliste propagandiste du style "la Grèce va mieux". Mais Lordon se débrouille pas mal, de mon point de vue, quand il explique que le pouvoir finit par utiliser les même procédés "complotistes" que ceux qu'il dénonce, par exemple. Ou quand il allume le "decodex" du Monde. Intéressante également son approche sur le "discours obsessionnel sur les fake news", symptôme du discrédit du politique, de la disqualification de la critique, de la décrédibilisation des opposants. J'ai bien aimé aussi sa "sociologie du Marais", le "penser rien" de la presse de l'"extrême centre" finalement au sercice du capital. Enfin, retenons la formule;

« Rien de plus idéologique que d’annoncer la fin des idéologies. » Frédéric Lordon

P.G.

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samedi 17 février 2018

La loi contre les fake news est prête

La «loi de fiabilité et de confiance de l’information» va être présentée dans les jours qui viennent par le groupe de la majorité parlementaire. Elle réglemente les plateformes numériques et les médias sous influence d’un Etat étranger.

ACT MEDIAS INFLUENCE

Sur la lutte contre les «fake news», le gouvernement n’a pas traîné. Annoncé par Emmanuel Macron début janvier, lors des vœux du président de la République à la presse«Le texte de loi est quasiment prêt», assure-t-on au ministère de la Culture. Car le cabinet de Françoise Nyssen, chargée de superviser le dossier, y travaille depuis le mois de septembre. Bien qu’émanant de l’exécutif, il sera présenté dans les prochains jours, sous la forme d’une proposition de loi, par le député de la majorité à qui il incombera de le porter. Il devrait porter le nom de «loi de fiabilité et de confiance de l’information».

Le texte créera une nouvelle législation. Il ne consistera pas en une simple modification de la grande loi de juillet 1881 qui encadre le droit de la presse et qui reconnaît déjà le délit de «fausse nouvelle». «Notre sujet n’est pas de définir ce qu’est une fausse nouvelle. Le vrai sujet est l’univers, les tuyaux, les canaux de diffusion des fausses nouvelles aujourd’hui», explique-t-on au ministère de la Culture. Deux «vecteurs» sont ciblés : «le numérique au sens large», notamment les réseaux sociaux (Facebook) et les sites de partage de vidéo (Youtube), ainsi que «les médias sous influence d’un Etat étranger». Une formule qui vise par exemple les médias financés par la Russie (comme RT ou Sputnik).

Campagnes

Le ministère de la Culture dit avoir étudié les dispositifs existant en Allemagne et au Royaume-Uni et leurs limites. Il explique être parti de cas concrets de fake news détectées lors des dernières élections américaines, de la campagne du Brexit ou du référendum en Catalogne. La proposition de loi française s’appliquera lors des périodes de campagnes des élections nationales, au maximum cinq semaines avant le scrutin. Elle contiendra trois grandes dispositions. La première, dans le champ de l’audiovisuel, permettra au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de «suspendre», voire de «révoquer» la convention d’un média sous influence d’un Etat étranger dont l’autorité indépendante jugerait qu’il propage une fausse nouvelle. Or sans convention avec le CSA, il est interdit pour un média audiovisuel d’émettre.

La deuxième disposition concernera les plateformes numériques. Lors des périodes tombant sous le coup de la loi, les Facebook, Twitter et autres Youtube seront dans l’obligation de publier par qui et pour quel montant les «contenus d’information» dits «sponsorisés» l’ont été. Cette pratique relevant de la publicité permet à l’auteur d’un contenu de le rendre plus visible, moyennant une transaction financière avec les plateformes numériques. Il s’agit par exemple de le faire remonter dans le fil d’actualités des utilisateurs de Facebook ou de le mettre en bonne place sur la page d’accueil de Youtube.

«Chiffon rouge»

«Le fait de publier le montant de la transaction peut être utile aux médias qui font du fact-checking [vérification des faits, ndlr] », souligne-t-on rue de Valois. « S’ils voient un contenu sponsorisé pour un million d’euros, ils s’y intéresseront plus qu’à celui sponsorisé pour 50 euros.» Encore faut-il que les plateformes jouent le jeu. A cet égard, le gouvernement se montre optimiste. «Les hébergeurs comprennent l’enjeu», assure-t-on au ministère de la Culture. La loi leur imposera en outre un «devoir de coopération» en la matière.

Enfin, la troisième disposition vise à armer le droit d’un outil législatif permettant d’agir rapidement contre la désinformation. Elle donnera aux citoyens la possibilité de saisir un juge des référés «pour faire cesser la diffusion massive et artificielle d’une fausse nouvelle», explique le cabinet de Françoise Nyssen, où l’on a conscience d’être là en présence d’un «chiffon rouge». Car c’est à ce juge qu’il reviendra de qualifier qu’une nouvelle est fausse. Une lourde responsabilité pour l’autorité judiciaire, qui promet de nourrir les débats parlementaires.

Source :

http://www.liberation.fr/france/2018/02/12/la-loi-contre-les-fake-news-est-prete_1629176

https://aphadolie.com/2018/02/16/la-loi-contre-les-fake-news-est-prete/

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On va bien rigoler quand les "plateformes" annonceront les sommes investies par certains états étrangers pour influencer l'information en France! Cela obligera l'autorité de "régulation" à publier une liste des Etats non autorisés à faire du "lobbying" idéologique, au risque de révéler a contrario la liste des Etats intervenant régulièrement dans la ligne éditoriale des organes de presse au sein de l'Union européenne...  P.G.

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mardi 13 février 2018

Pourquoi Macron devrait lire Tolstoï

TRIBUNE LIBRE / Michel Segal | 11 février 2018

TL COMPOTISME

Dans le sondage du 7 janvier dernier sur le complotisme[1], dont on attribuera la dramatisation des résultats à la volonté de l’Etat de justifier une loi sur le contrôle de l’information, on apprend que 79% des Français croient à au moins une théorie du complot. On peut s’alarmer de cette folie qui saisit une si grande majorité d’entre nous, mais encore faut-il savoir ce que le sondeur désigne par théorie du complot. Eh bien sachez par exemple que si vous doutez que les services occidentaux n’aient jamais collaboré avec Al Qaida, ou bien si vous pensez qu’il existe une collusion entre le Ministère de la santé et l’industrie pharmaceutique, alors vous êtes classés conspirationnistes. L’un des objectifs de ce sondage est précisément de faire passer ces thèses pour du complotisme, c’est-à-dire de faire passer toute analyse divergente de celle officielle pour de la folie. En résumé, la question n’est plus de savoir le vrai du faux, mais le droit ou non de penser différemment d’un journaliste de France-Info.

Il y a de nombreux enseignements à tirer de cette enquête qui constitue une troublante radiographie de notre société, notamment parce qu’elle traite d’un sujet fondamental et père de beaucoup d’autres : l’information.

Le résultat le plus important est sans doute que trois quarts des Français doutent de ce qu’ils lisent et entendent via les médias d’Etat ou vivant de ses subsides. Trois quarts des Français qui ne croient pas ce que l’Etat leur dit, cela révèle l’état alarmant de notre démocratie. On a entendu les cris outrés des journalistes du service public et des sondeurs annonçant avec dépit et agacement que l’on a affaire à une société de défiance. Tels le père Ubu, ils s’agacent de ce peuple méfiant qui ne leur plait pas, mais l’idée ne les effleure pas qu’ils sont précisément les seuls responsables de cette défiance. Car enfin, d’où viennent les fake news[2] justifiant les guerres atroces de ces vingt dernières années sinon de nos gouvernements et des médias[3] ? Quand on ne donne plus la parole à Todd parce qu’il explique que les hommes au pouvoir sont incompétents[4], quand on ne la donne (plus) jamais à Lordon parce que ses analyses sont incompatibles avec celles du pouvoir, quand on fait passer Asselineau pour un cinglé parce qu’il est irrémédiablement anti-UE et anti-OTAN, quand on méprise un tiers des électeurs parce qu’ils ne votent pas comme il faut, quand les journalistes-stars du service public considèrent leur place assise comme une tribune de droit pour exprimer leurs certitudes arrogantes et juger au lieu d’interroger, quand on a supprimé toute diversité d’opinion et tout débat contradictoire sur ces médias, alors il faut plutôt s’étonner qu’il reste encore un quart des Français pour les écouter.

La vraie folie du complotisme est de reposer sur un postulat consistant à croire qu’il existe un pouvoir, localisable et puissant, capable de décider de l’avenir en organisant des phénomènes exceptionnels. Ce postulat est intéressant parce qu’il est celui des chefs d’Etat qui se pensent capables de mener une action qui décidera d’un avenir dont ils se croient les seuls maîtres. Oublie-t-on que les Etats-Unis, qui engagent à eux seuls la moitié des dépenses mondiales d’armement, sont sans cesse mis en échec militaire sur la planète depuis 50 ans ? N’y a-t-il pas là quelque leçon ? Certes, ils ont largement soutenu – voire créé – Ben Laden avec succès pour donner son Vietnam à l’Union Soviétique en Afghanistan, certes Sarkozy et BHL ont créé des fake news[5] pour déclencher leur guerre en Libye, certes les exemples de ces mensonges d’Etat – complots bien réels ayant réussi – sont innombrables mais on remarquera qu’il s’agit toujours de capacité à installer du désordre, de simple capacité de nuisance. Il en va autrement des grands projets et il faut relire les dernières pages de Guerre et Paix pour comprendre que le succès des grandes batailles ne dépend pas du commandement, mais de chaque soldat au feu. La victoire dépend de la confiance de tous en chacun et le sondage montre que dans cette bataille pour la démocratie, la confiance a été laminée, ce qui rend toute victoire impossible et toute catastrophe probable. Espérons que si le chef de l’Etat comprend que la priorité est de restaurer cette confiance, il n’ait pas la folie de penser que cela se fera sur sa seule décision à coup de mensonges, tels ses fake news imaginaires, destinés à justifier une loi interdisant la pluralité d’opinion.

Il ne nous reste finalement plus qu’à espérer que Macron lise Tolstoï.

Et le comprenne.

Michel Segal

Michel Segal est l’auteur de trois essais sur l’école Autopsie de l’école républicaine (2008) – Violences scolaires, responsables et coupables (2010) – Collège unique, l’intelligence humiliée (2011). Et de Ukraine, histoires d’une guerre (2014) qui analyse la guerre qui déchire l’Ukraine en se fondant sur sa connaissance approfondie du contexte et des enjeux internationaux.

Lire les précédents articles de la série Complotisme

Fake news et Complotisme [1/3] Les souverainistes sont-ils antisémites ?

Fake news et Complotisme [2/3] Un Français sur dix croit-il que la terre est plate ?

Source: https://arretsurinfo.ch/fake-news-et-complotisme-3-3/

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lundi 29 janvier 2018

Brèves du jour

FAKE NEWS | Si désastreux que ça, le Brexit?

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L’opinion européenne découvre avec inquiétude ces dernières semaines les excellents chiffres de l’économie britannique. Comment? Albion ne s’est donc pas effondrée depuis sa décision de quitter l’UE?

Entre les cris d’alarme du Monde et de la presse de grand chemin et le froid constat de Forbes, quelqu’un diffuse des fake news. Mais qui?

(Source: Kelvin Dunlop.)

 

GB | Les femmes calculent-elles plus lentement?

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On croirait lire la version britannique du Gorafi, mais il semblerait bien que non, hélas! Le Telegraph nous apprend que la prestigieuse université d’Oxford a mis en place l’an dernier un moyen… mathématique de favoriser l’égalité des sexes.

«Les étudiants passant des examens de mathématiques et d’informatique au cours de l’été 2017 ont bénéficié d’une rallonge de 15 minutes pour achever leurs épreuves, les doyens ayant conclu que “les candidates femmes risquaient peut-être de souffrir davantage du stress temporel".»

L’article précise que cette rallonge (valable pour tous) n’a pas suffi à équilibrer le rapport hommes-femmes en termes de réussite.

Il paraît évident qu’une rallonge de 15 minutes dans un concours de tricot ne suffirait pas à faire gagner des candidats hommes… Il faut être doyen à Oxford pour ne pas le comprendre.

http://log.antipresse.net/post/gb-les-femmes-calculent-elles-plus-lentement?mc_cid=f993a6159a&mc_eid=3a5e263339

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jeudi 25 janvier 2018

Fake news : L’Obs en fait une couverture !

L’Obs vient de surprendre et parfois choquer la planète médiatique. L’information n’est pas mince tant l’hebdomadaire libéral libertaire nous avait habitués à ne surtout faire aucune vague. L’Obs, on t’a fait bobo à la tête ?

TL OBS FAKE

Que se passe-t-il à L’Obs ? Dans son édition numéro 2775 datée du 11 janvier 2018 l’hebdomadaire a proposé à ses lecteurs une couverture telle qu’il n’en produisait plus depuis longtemps. Gentillet, soft et sympa, le magazine lib lib se contentait de couvertures consensuelles. Celle du 11 janvier fait polémique. Elle présente la France comme un camp retranché anti migrants. Le dossier porte sur la politique migratoire annoncée par le gouvernement. Bien sûr, avec la suivante, celle de la semaine du 18 janvier 2018, L’Obs est rentré dans le rang en faisant sa Une sur un entretien inédit avec Elsa Ferrante, l’écrivain à succès dont personne ne sait qui elle est véritablement, et qui normalement ne parle pas.

Barbelés concentrationnaires et Macron à la Une !

C’est évidemment plus consensuel et moins politique que de publier une photo de Macron entouré de barbelés en Une. La charge est forte. La mise en scène de cette Une ne peut que donner à penser ceci : le président Macron, à la réputation pourtant justifiée d’humanisme, peu soupçonnable de xénophobie ou de racisme, transformerait la France en une sorte de système concentrationnaire, un camp au-dessus duquel ne serait pas inscrit Arbeit Macht Frei mais « Migrants ». Ce dernier mot étant étrangement présenté comme s’il s’agissait d’un panneau routier ou de celui placé à l’entrée d’une commune. Sur Twitter, de nombreux messages postés en commentaires de cette Une font remarquer, sans doute à juste titre, que cette couverture peut être perçue comme douteuse, le président Macron ayant un physique très européen ; d’autres n’hésitent pas à dire qu’il ne manque à cette couverture qu’une casquette et une moustache. Difficile en effet de croire à une erreur de la part d’un magazine aussi expérimenté que L’Obs. À l’évidence, l’hebdomadaire d’habitude si sage et soucieux de ne pas trop brusquer son public, a décidé de référer à l’Allemagne nazie en publiant cette Une, laissant ainsi entendre que la politique annoncée par Emmanuel Macron et son ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, en matière d’immigration serait comparable à la politique antisémite menée par les nazis contre les juifs, les tziganes, les homosexuels, les chrétiens catholiques, les francs-maçons, nombre de leurs opposants, dont certains révolutionnaires conservateurs. Cette manière, pour un Obs jusque-là plutôt ouvertement pro-Macron, de plonger la tête entière dans les miasmes du point Godwin a ainsi pu surprendre. La couverture étant de plus accentuée par les noms de signataires de textes, Le Clézio, perçu comme une « conscience morale » de la gauche universaliste à Paris, ou Boucheron, l’historien tête de gondole du combat contre le réel d’une histoire de France aux racines chrétiennes, européennes, blanches, etc – Boucheron est persuadé que l’histoire de France vient d’ailleurs, un peu comme la « vérité » dans X-Files, et penche plutôt pour les théories du « racisme d’État » de la République française que pour celle d’une France à l’avant-garde de l’ouverture sur le monde. L’Obs a donc choisi de donner de la surface à ce genre de personnage, déjà fort médiatisé, et de diffuser une fake news tout à fait extraordinaire : le président Macron serait un homme politique comparable aux nazis. La volonté (discutable) de Monsieur Macron de lutter contre les fake news profitera-t-elle de cette occasion pour entrer en action ? Sanctionner L’Obs serait ainsi un point de départ intéressant et amusant. On imagine ce qui se passerait si une image pareille avait été mise en ligne par RT France par exemple. Reste que ce qui est induit par cette couverture est en tout cas à l’origine d’une nouvelle polémique au sein du milieu politico-médiatique parisien.

Macron derrière les barbelés

La capitale est en émoi. En toute objectivité, reconnaissons-le : la couverture de L’Obs est mensongère : qui peut croire un instant qu’Emmanuel Macron, président de la société ouverte, peut être assimilé à ce genre de sous-entendus, néanmoins gros comme le nez de Cyrano au milieu de la figure. Le titre de cette couverture peut de même choquer en ce qu’il sous-entend à son tour : ce « Bienvenue au pays des droits de l’Homme » laissant ainsi entendre que la France ne serait pas ce pays. Qu’elle le soit ou non, qu’elle le soit assez ou pas, tout cela peut bien sûr être débattu ; mais qu’elle le soit si peu, que la comparer à l’époque où des camps de concentration existaient en Europe est simplement une bêtise. La réaction enflait à partir du 19 janvier, nombre d’observateurs et de médias titrant sur un thème du type « Macron derrière les barbelés », la couverture pourrait « coûter sa place au directeur de L’Obs ». Surprenante façon de lire l’image de cette couverture, laquelle n’enferme pas le président derrière des barbelés mais l’accuse de faire de la France un camp retranché anti migrants, sur fond de références douteuses.

Selon Libération, le 19 janvier 2018 : « Les jours de Matthieu Croissandeau à la tête de l’hebdomadaire détenu par le duo Xavier Niel et Matthieu Pigasse semblent comptés. La rumeur d’un départ imminent du directeur de la rédaction, qui ne s’est jamais remis de la motion de défiance votée contre lui en 2016, agite beaucoup en interne. Et d’autant plus depuis que, dans l’édition de cette semaine, le cofondateur du titre et gardien du temple, Jean Daniel, a pris la plume pour tancer le choix de couverture de la semaine précédente montrant le visage d’Emmanuel Macron entouré de barbelés ». Il n’est en effet pas banal de voir le fondateur d’un hebdomadaire s’en prendre à la Une de son propre magazine, qui plus est sur le site de L’Obs, en termes très clairs : « Je ne supporte pas de voir la tête de notre président entourée de barbelés, avec le choix de les subir ou de les imposer ». Il insiste, indiquant ne pas supporter que le président de la République soit ainsi présenté tel un « tyran ». La charge, venue de Jean Daniel, n’est pas mince. Peu après, rapporte 20 Minutes, le délégué général de LREM, Christophe Castaner, indiquait que cette couverture « ne correspond pas à la réalité ». Autrement dit, c’est une fake news. Et cette polémique traduit clairement la problématique actuelle, voyant des médias amplement producteurs de fausses nouvelles être dans le même temps considérés comme devant être protégés, et utilisés pour lutter contre ces mêmes fausses nouvelles. Matthieu Croissandeau a tenté de justifier la couverture polémique, dans un communiqué publié à côté de celui de Jean Daniel. Il dit avoir voulu une couverture choc pour une situation choc, celle faite aux migrants, laquelle traduirait un reniement par la France de ses valeurs liées aux droits de l’Homme.

L’observateur impartial peine à croire que ce genre de point de vue, tellement éloigné de la réalité de ce qu’est la France actuelle, en particulier concernant sa politique migratoire, la croissance de l’accueil des migrants, leur prise en charge dans tous les domaines, de l’école à la nourriture en passant par la médecine ou un revenu, puisse en effet conduire un tel journaliste à être nommé à la tête d’un hebdomadaire historique tel que L’Obs. Il doit être possible ( ?) de trouver des journalistes moins imprégnés de propagande de bas étage pour diriger une telle publication. Encore faudrait-il oser sortir du copinage parisien-parisien, et chercher des talents qui soient en même temps des esprits libres, capables de finesse intellectuelle. Cela n’existe plus guère dans le monde lib lib (libéral libertaire), mais peut aisément se trouver dans les médias dits alternatifs. La direction de L’Obs osera-t-elle relancer son magazine en jouant la liberté ? Pas certain. Le nom de Claude Askolovitch circule, c’est dire combien on apprend peu de ses erreurs dans la France médiatique contemporaine.

https://www.ojim.fr/fake-news-lobs-couverture/?utm_source=Newsletter&utm_campaign=2fee5b5775-mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_ca15a58a97-2fee5b5775-71509009

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mercredi 24 janvier 2018

Fake news et complotisme, pour quoi faire ?

TRIBUNE LIBRE/ OJIM

TL OJIM COMPLOT

Le 7 janvier 2017, Franceinfo rendait publics les résultats d’une étude selon laquelle huit français sur dix croiraient à « au moins une théorie du complot ». Il s’agit d’un sondage IFOP réalisé pour le compte de la Fondation Jean Jaurès et l’association Conspiracy watch. À quoi une telle étude peut-elle bien être utile ?

La parution des résultats de cette étude a eu lieu quatre jours après l’annonce du président Macron selon laquelle il allait légiférer afin de lutter contre les fake news. Outre l’évidente difficulté à déterminer ce qui est ou non une fake news en règle générale, beaucoup de points peuvent interpeller, comme par exemple le rôle de Facebook dans le financement des grands journaux français pour qu’ils « luttent contre les fake news » ou le timing impeccable entre les censures en cours sur les principaux réseaux sociaux et la volonté présidentielle. Et comme le timing médiatique semble vraiment très bien fait, l’étude concernant le poids du complotisme en France tombe à pic : si nous sommes à ce point menacés par les théories du complot, au point que notre vision de la réalité en serait altérée, le président de la République ne peut que prendre la posture de celui qui va nous protéger. Emmanuel, c’est papa Macron en ces affaires.

Dis papa ? C’est quoi une fake news ?

C’est quand tu ne penses pas la même chose que moi mon fils. Tout cela sent bon son amalgame : si un média alternatif est considéré comme média pourvoyeur de fake news, pour cette simple raison qu’il met en scène une vision du monde autre que la vision officielle des pouvoirs en place en France et en Europe, une vision russe par exemple, alors la confusion savamment entretenue entre domaine des fake news et domaines du complotisme aura pour effet de limiter la liberté de la presse et la liberté d’expression, en favorisant les attaques contre les médias alternatifs. Le président américain Donald Trump, que l’on nous présente sans cesse comme un imbécile dans les médias français officiels, ce qui est à n’en pas douter une fake news permanente, ne s’y est pas trompé, annonçant pour sa part non pas une loi contre des fake news mais la création d’une cérémonie pour « récompenser les médias les plus malhonnêtes et corrompus de l’année », autrement dit les médias officiels déversant des tombereaux quotidiens de fake news à son encontre. Ce seront les Fake news Awards. Trump met le doigt sur un point essentiel : quand les médias et le pouvoir politique officiels parlent de lutter contre des fake news, ils oublient automatiquement qu’ils en sont chaque jour le plus gros pourvoyeur, ne serait-ce que par la quantité de prétendues informations non vérifiées sans cesse déversées, « informations » vite mises au placard quand elles s’avèrent fausses. Le pouvoir officiel ne souhaite pas partager le monopole de la propagande. Le phénomène n’est pas nouveau. Personne n’a oublié la fiction des armes de destruction massive irakiennes, et les faux documents présentés à l’ONU.

Il n’y avait pas de médias alternatifs de grande ampleur ni de réseaux sociaux aussi développés que maintenant quand télévisions et radios d’État évoquaient un charnier à Timisoara ou des camps d’extermination en Yougoslavie. Pas plus quand les médias français racontaient tout et n’importe quoi au sujet de la première Guerre du Golfe, à grands renforts d’images de déserts vides, ou encore lorsque ces mêmes médias parlaient de bombardements, qui n’ont jamais eu lieu, prétendument perpétrés par Kadhafi contre son peuple, bombardements imaginaires qui furent le prétexte au déclenchement d’une guerre aux motifs probablement inavouables et aujourd’hui source de bien des maux (voir à ce sujet le livre des journalistes Fabrice Arfi et Karl Laske, Avec les compliments du guide, Fayard, 2017). Y compris pour l’Europe. Pour l’heure, le rôle du Guide de la Libye dans le financement de la campagne d’un certain président et l’action guerrière menée par ce dernier pour le faire taire est encore une fake news. Pour l’instant.

(...)

La France, ça complote, ça complote ?

Il n’a échappé à personne que la mobilisation générale voulue par le pouvoir contre les fake news, plus ou moins avérées, et le complotisme a pour fonction de contrôler les informations pouvant menacer le pouvoir et sa conception du monde. Il n’y a aucun complot par contre à imaginer dans le fait que la Fondation Jean Jaurès, de laquelle sont proches des anciens socialistes occupant maintenant de hautes responsabilités au sein de LREM, les instituts de sondage, réputés proches du président, et un média d’État sortent une étude affirmant que 80 % des français sont victimes d’une épidémie de complotisme aiguë.

Un média alternatif russe, Sputnik, a clairement démontré le 11 janvier 2017 que la Fondation Jean Jaurès n’a rien d’un club de pensée neutre mais tout d’une officine entièrement subventionnée par l’État. Comme la majeure partie des médias officiels qui, du coup, reprennent cette « information » selon laquelle Français nous serions tous ou presque complotistes et adorateurs de Fake news God. D’après l’étude considérée, 79 % des Français croient à au moins une théorie du complot, dont 25 % à plus de cinq. Tous complotistes répètent en boucle les médias inféodés au pouvoir économique dominant, et en particulier les jeunes. Ainsi, nous sommes un peuple d’imbéciles incultes puisque un quart d’entre nous croient à des thèses plus farfelues et manipulatoires les unes que les autres : la Terre serait plate, le sida serait une création en laboratoire, le gouvernement et les laboratoires pharmaceutiques seraient de mèche (étrangement, pas un mot au sujet de l’écoulement précipité de tonnes de vaccins anti grippe aviaire, alors jugée dangereuse pour l’humanité elle-même, approchant de leur date de péremption, sous une ministre dont les liens avec ladite industrie étaient avérés), la CIA serait impliquée dans l’assassinat de Kennedy (le fait est que même les chercheurs les plus officiels reconnaissent que nombre d’hypothèses et de théories sont étudiables puisque les commanditaires de cet assassinat demeurent inconnus), des groupes islamistes auraient été créés, soutenus et manipulés par des gouvernements occidentaux (ce qui est loin d’être une théorie du complot, le rôle des américains par exemple auprès des groupes alors en lutte contre l’URSS étant un fait, tout comme par exemple le financement par la France de groupes de « résistance » contre l’EI qui sont avant tout d’autres groupes islamistes, ou bien le financement de ce même EI par l’entreprise Lafarge), un groupe secret viserait à établir une gouvernance oligarchique mondiale, etc…

Autre information, de taille celle-ci : 30 % des Français n’auraient plus confiance dans les médias officiels. En particulier les jeunes. Peut-être est-ce sur cela qu’une démocratie devrait s’interroger : pourquoi nombre de Français ne croient-ils plus ce qui est écrit dans les pages du Monde ou raconté sur France 2, TF1, etc ? Il doit bien y avoir une raison non ? Au sein de l’OJIM, nous avons une opinion à ce propos et… elle n’a rien de complotiste. Une autre question serait intéressante à poser : pourquoi tant de jeunes seraient-ils sensibles aux théories du complot dans un pays qui multiplie les programmes d’éducation aux médias, déverse la bonne parole en masse auprès de la jeunesse, a un maillage éducatif complet et dépense tant d’argent pour l’éducation et la culture ? Il y a un truc qui ne fonctionne pas ?

Crédit photo : vadymvdrobot via Envato Elements. DR

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