mardi 12 juin 2018

Les Rojavistes à Millau compte-rendu

TRIBUNE LIBRE / Vincent Lenormant

TL ROJAVA DEBAT

Salut à tous

Je suis parti à la rencontre de 3 volontaires révolutionnaires ayant combattu au sein des YPG, dans le cadre d'une tournée organisée par Alternative Libertaire pour permettre à ces camarades de "donner leur point de vue sur la dynamique émancipatrice, ses limites, son potentiel, et l’indispensable solidarité internationale."

http://www.alternativelibertaire.org/?Tournee-AL-2018-Kurdistan-Revolution-Autogestion

J'avais imprimé un petit texte que j'ai commencé par distribuer à tout le monde :

Depuis 4-5 ans, certaines organisations se revendiquant de l’anarchisme soutiennent les combattants des YPG/YPJ au point d’envoyer argent et combattants en Syrie.
Rappelons donc quelques faits :

1) les YPG/YPJ kurdes sont la composante majoritaire des Forces Démocratiques Syriennes, créées, armées et commandées par les USA.

2) le « Rojava » est en dehors du Kurdistan. Il suffit de regarder n’importe quelle carte des zones de peuplement kurde pour le constater.

3) l’objectif affiché des FDS est de séparer la zone située au nord de l’Euphrate du reste de la Syrie. Les FDS ont permis aux USA de construire de nombreuses bases militaires dans le nord de la Syrie, où sont également présentes les forces spéciales françaises, en toute illégalité.

4) On trouve dans ces régions de nombreux gisements de pétrole et de gaz.

5) les USA se servent de l’idéologie libertaire pour recruter des supplétifs afin de couper la Syrie en deux et créer un nouvel état dont ils seront maîtres

6) Israël est également favorable au « Rojava ». Même si la propagande rojaviste présente l’Iran et la Syrie (et bien sûr la Russie) comme les pires menaces pour cette région sans évoquer Israël ou l’Arabie Saoudite, on peut légitimement considérer que ce sont ces pays-là, chapeautés par les USA, qui ont le plus nui aux peuples du Moyen-Orient.

Comment accepter les armes et l’autorité du pays qui a causé la mort d’un million d’Irakiens, et qui a financé en Syrie des groupes djihadistes ?

Inciter de jeunes anarchistes à partir se battre en Syrie sous les ordres des USA et aux côtés de l’armée française est une ignominie. En Syrie, ils obéiront à des ordres et ne connaîtront pas leurs véritables objectifs. Il n’y a pas de place pour le « communisme libertaire » actuellement en Syrie ; il n’y a que la guerre, ses morts pour rien, ses manipulations, ses tromperies.

YPG

Tout le monde a lu cela avec beaucoup d'attention, j'ai entendu des espagnols en parler en disant que tout prenait sens, que c'était évident. Mais personne n'est venu m'en parler à ce moment.

La soirée a commencé avec la projection d'un film-publireportage sur le Rojava, où l'on voit très bien que le Rojava ne remet en cause ni le capitalisme, ni la propriété des moyens de production, ni les traditions claniques, et qui n'évoque jamais le soutien US.

Ensuite les 3 révolutionnaires sont entrés en scène. Deux français entre 20 et 25 ans, chétifs, avec des têtes de lycée Sainte-Croix-du-Privilège-Blanc, et un étasunien aussi jeune mais un peu moins malingre. J'avais assisté il y a un an à un "live facebook" en direct du Rojava, je crois qu'un des français et le zunien y étaient. Ils parlaient comme des hipsters et ont passé beaucoup de temps à exhiber leurs armes avec jubilation.

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Les 3 guerriers ont alors commencé un discours très, très long, ne laissant la place à aucune intervention. Ils ont commencé par parler des femmes, puis de l’organisation du PYD et du "Rojava". Ca a bien duré deux heures, pendant lesquelles on a pu apprendre par exemple que les commandants des YPG étaient exemptés de travaux ménagers, pas par privilège, mais parce qu'ils n'ont pas le temps.

A la toute fin, ils ont dû passer aux questions. Je leur ai donc demandé ce qu'ils pensaient de mon texte, et s'ils voulaient y répondre. Le plus malingre des français m'a alors dit que je n'étais qu'une PETITE MERDE, et probablement un "assadiste". J'ai pris sur moi pour ne pas réagir violemment et le laisser seul avec sa crasse. Il a peut-être compris la seconde d'après qu'il valait mieux éviter de passer pour un petit faf devant les spectateurs médusés... en tous cas ses camarades ont essayé de faire comme s'ils étaient ouverts au dialogue. Ils m'ont alors fermement affirmé que les FDS n'étaient pas une création des USA, mais du PYD. Ils ont poursuivi en disant qu'à Afrin ils s'étaient battu contre la Turquie donc contre l'OTAN. Après quelques autres questions incrédules d'autres participants, le débat fut rapidement clos.

Plusieurs personnes vinrent alors me féliciter ou me poser des questions, et même le patron du bar qui accueillait l'événement, dont je craignais la réaction, m'a payé un coup et a laissé mes papiers sur son comptoir toute la soirée.

N'hésitez pas à partager ou faire de même !

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/06/les-rojavistes-a-millau-compte-rendu.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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Dommage en effet qu'il n'y ait pas eu de débat, car, au- delà de l'instrumentalisation de supplétifs "gauchistes" par les Américains, ce qui n'est pas une nouveauté, il y a quand même la question kurde qui est rarement évoquée, et qui explique bien des alliances désastreuses dans la région...   P.G.

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lundi 11 juin 2018

Un «néonazi» à l'Assemblée nationale : de Rugy assume de recevoir le co-fondateur de Svoboda

Critiqué par Jean-Luc Mélenchon mais aussi par Olivier Berruyer, le président de l'Assemblée nationale française a réagi à la venue d'Andry Parouby à Paris. Président de la Rada ukrainienne, celui-ci a fondé le Parti social-nationaliste d'Ukraine.

ACT DE RUGY PAROUBY

«Il est normal que je reçoive un homologue, élu à l’issue d’élections libres», a commenté le président de l'Assemblée nationale François de Rugy, interpellé sur Twitter par le rédacteur en chef du site Les Crises, Olivier Berruyer, au sujet de la réception d'Andry Parouby à l'Assemblée nationale le 11 juin.

Co-fondateur en 1991 du Parti social-nationaliste d'Ukraine (mouvement néonazi et antisémite désormais appelé Svoboda) et actuel président de la chambre des députés ukrainiens (Rada), Andry Parouby sera en effet de passage dans la capitale française, où il devrait également s'entretenir avec Gérard Larcher, président du Sénat.

Une réception qu'Olivier Berruyer juge «scandaleuse». Répondant au tweet de ce dernier, François de Rugy a affirmé : «La diplomatie parlementaire, c’est parler à tous les acteurs d’une crise : je vais ainsi reprendre les contacts avec la Douma de Russie interrompus depuis plusieurs années.»

«Auriez-vous également reçu dans les années 30 Hermann Göring, élu président du Reichstag "à l'issue d'élections libres" ?», a rétorqué le blogueur.

Ce à quoi le président de l'Assemblée a répondu : «Allez-vous aussi me reprocher de relancer l’échange entre l’Assemblée nationale et la Douma ?»

ECHANGE DE RUGY BERRUYER

La France insoumise monte au créneau

Auparavant, Jean-Luc Mélenchon avait lui aussi reproché à François de Rugy de recevoir Andry Parouby. Sur Twitter, le 10 juin, le leader de La France insoumise a ainsi écrit : «Demain, de Rugy reçoit solennellement le néonazi antisémite ukrainien [fondateur de] Svoboda ! Voilà où mène l'atlantisme forcené.»

Le député LFI Alexis Corbière avait en outre demandé à François de Rugy d'annuler son rendez-vous.

Andry Parouby a quitté le Parti social-nationaliste d'Ukraine en 2004, année de son changement de nom pour devenir Svoboda, parti fasciste qui a participé au coup d'Etat de 2014 en Ukraine. Après son passage à Paris, Andry Parouby doit se rendre au Royaume-Uni pour rencontrer notamment le ministre de la Défense britannique.

https://francais.rt.com/france/51477-neonazi-assemblee-nationale-rugy-recoit-andry-parouby-cofondateur-svoboda

TWEET MARC PERE

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La-grosse-inspiration-de-Francois-de-Rugy-a-Bruno-Le-Maire-avec-son-slogan-de-campagne

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On attend avec imaptience les réactions indignées de BHL... 

Les "antifas" dénonceront- ils désormais la présence des écolos dans les cortèges?  P.G.

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vendredi 1 juin 2018

Sylvie Kauffmann est très fatiguée…

TRIBUNE LIBRE / par Etienne Pellot

TL KAUFMANN

Source : Proche & Moyen-Orient, Etienne Pellot, 30-04-2018

Dans Le Monde du 26 avril dernier, Sylvie Kauffmann – directrice éditoriale de ce quotidien (ou plutôt de ce qu’il en reste) – fait, comme à son habitude, la leçon à ses lectrices et lecteurs, dans une laborieuse dissertation intitulée « La vérité, victime de guerre ». Accroché par ce titre déclamatoire, on s’attend, bien évidemment, à quelques révélations sur les derniers bombardements occidentaux censés répondre à l’attaque chimique présumée syrienne du 7 avril dernier.

Malheureusement, après avoir à nouveau tapé sur Russia-Today-France (c’est plus fort qu’elle !) et craché sur l’anthropologue Emmanuel Todd – ô surprise, la directrice éditoriale nous assène un cours sur les mécanismes de lutte contre les armes chimiques. On s’attend alors à découvrir et apprendre des choses oubliées… Profonde erreur, puisqu’elle fait remonter cette lutte à la création du Joint Investigative Mechanism (JIM/Mécanisme conjoint d’investigation), datant du … 7 août 2015 ! Fake news caractérisée, elle saute – tout simplement – à pieds joints par-dessus l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), créée le 29 avril 1997. Cet oubli est-il à mettre au compte d’une grande fatigue ou sur celui de son dogmatisme idéologique ?

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Toujours est-il que cette amnésie sélective lui évite de faire quelques rappels historiques qui ne sont pas très à l’honneur de ses amis américains. En effet, le premier directeur général de l’OIAC – le grand diplomate brésilien José Bustani – a été, proprement flingué par John Bolton – actuel conseiller à la sécurité nationale américaine, à l’époque secrétaire général-adjoint au désarmement -, en … 2002 ! Quel crime avait-il commis ? Il s’apprêtait à envoyer ses inspecteurs en Irak à la recherche des fameuses armes de destruction massive invoquées pour déclencher l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003.

En septembre 2017, prochetmoyen-orient.ch l’avait rencontré chez lui à Rio1. Nous écrivions alors : « c’est par acclamation qu’il a été élu premier directeur général de l’OIAC. « Mon mandat exigeait que je séduise le plus de pays possible au monde pour qu’ils accèdent à la convention sur l’interdiction des armes chimiques », se souvient José Bustani ; « de 1997 à 2002, j’ai ainsi pu augmenter le nombre des pays membres d’une bonne moitié… » Les plus récalcitrants se trouvaient dans le monde arabe, considérant l’arme chimique comme « le nucléaire du pauvre ». En multipliant les visites et les consultations, José Bustani arrive notamment à convaincre la Libye et l’Irak en 2001, ces deux Etats donnant leur feu vert au principe des inspections : « ces deux pays clefs pour le monde arabe ont, finalement, compris l’opportunité d’une telle démarche sur les plans de la sécurité et de leur crédibilité diplomatique », commente José Bustani ; « à ce moment-là, j’ai donc communiqué la bonne nouvelle aux membres de l’OIAC, dont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, indiquant que nous pouvions désormais compter sur deux nouveaux membres importants en matière de désarmement chimique : la Libye et l’Irak ».

 

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Mais plutôt que de féliciter le directeur général de l’OIAC, les Américains se fâchent et commencent à lui faire une guerre sans merci. En fait, si les inspecteurs de l’OIAC avaient pu se rendre en Irak, le monde se serait vite rendu compte qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive dans ce pays. Par conséquent le principal motif de guerre, invoqué par Washington et Londres contre Bagdad, tombait de lui-même rendant impossible l’expédition militaire projetée depuis plusieurs années. « En fait, l’acceptation de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques par la Libye et l’Irak enclenchait un processus très dangereux pour les Etats-Unis et Israël », explique José Bustani : « avec l’Irak, suivraient la Syrie et le Liban et tous les autres en isolant Tel-Aviv qui persistait à rejeter la convention de Vienne sur le nucléaire et, bien-sûr aussi, la convention sur l’interdiction des armes chimiques ». Furieux, les Israéliens s’opposent farouchement à l’acceptation de la convention de l’OIAC par l’Irak et saisissent le grand frère américain afin de bloquer l’initiative.

Selon la convention de l’OIAC, un changement du directeur général doit être décidé par le conseil exécutif de l’organisation. Dans un premier temps, les envoyés de Washington essaient cette voie mais se cassent les dents : José Bustani est maintenu ! Dans un deuxième temps, et en flagrante violation de la convention, ils oeuvrent alors à la convocation d’une assemblée générale extraordinaire pour obtenir enfin la tête du Directeur général récalcitrant. Différents émissaires américains font le tour des ambassades à La Haye, jouant alternativement de la carotte et du bâton, promettant différentes aides financières et livraisons d’armes et infrastructures à plusieurs pays membres.

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Finalement l’assemblée extraordinaire se tient sous forte pression américaine. L’Amérique Latine et l’Afrique s’abstiennent, tandis que le Brésil ne soutient pas José Bustani, le président Cardoso ne voulant pas risquer d’indisposer Washington. S’alignant sur le diktat des Etats-Unis, les pays occidentaux votent massivement pour le départ du Directeur général. Seule, et à la surprise générale, la France s’abstient ! La Russie, la Biélorussie, l’Iran, le Mexique, Cuba et le Soudan appuient José Bustani. Autre surprise : l’Inde qui avait soutenu de bout en bout le maintien du directeur de l’OIAC fait défection au dernier moment ! On apprend quelques jours plus tard que Washington a livré à New Delhi des systèmes radar de nouvelle génération dont les Etats-Unis bloquaient la vente depuis plusieurs années.

Pour appuyer leur ignoble campagne, les Américains dénoncent la mauvaise administration de l’OIAC, moyen d’autant plus cocasse que c’est un haut-fonctionnaire de Washington qui est en charge de toute la logistique de l’organisation, comme c’est presque toujours le cas dans les agences onusiennes ! « En fait », souligne José Bustani, « mon travail et mon indépendance ulcéraient singulièrement les Américains qui voulaient que je les consulte en permanence ».

 

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La campagne anti-Bustani a été directement supervisée par Dick Cheney, vice-président des Etats-Unis (2001-2009) et principal superviseur de la guerre de 2003 contre l’Irak. Pour mettre fin aux fonctions du Directeur général de l’OIAC, Dick Cheney détache personnellement un envoyé spécial à La Haye en la personne de John Bolton. Ce farouche opposant aux missions américaines de maintien de la paix – légitimées ou non par l’ONU – a commencé à défrayer la chronique en 1993 en s’opposant à l’intervention humanitaire en Somalie.

En 1998, au côté de Richard Perle et d’autres, il est l’un des signataires de la lettre du Project for the New American Century, appelant Bill Clinton au renversement de Saddam Hussein. En mai 2001, George W. Bush le nomme au Département d’État chargé des questions de désarmement. En mai 2002, c’est lui qui signe la lettre au secrétaire général de l’ONU – Kofi Annan – indiquant que les États-Unis renoncent à toute participation à la Cour pénale internationale (CPI). John Bolton est également un farouche partisan de la guerre en Irak et du concept de guerre préventive. Le 7 mars 2005, ce détracteur intarissable de l’ONU sera pourtant choisi comme ambassadeur américain aux Nations unies par le président Bush.

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Aussitôt débarqué à La Haye, il entame la tournée des ambassades des pays les plus importants de l’OIAC, multipliant pressions, inconvenances et grossièretés les plus inacceptables. Il somme José Bustani de quitter la direction générale de l’OIAC dans les 24 heures. Ne se laissant pas impressionner, ce dernier refuse catégoriquement. Alors Bolton menace : « on connaît votre femme et vos enfants, dont certains vivent aux Etats-Unis. Ils pourraient connaître certaines difficultés… » Cette séquence qui semble tirée de l’un des "Parrain" de Francis Ford Coppola est pourtant bien réelle et illustre les pratiques en usage dans la diplomatie américaine.

Le sinistre Bolton ajoute que Washington s’est mis d’accord avec le gouvernement du Brésil pour « faire partir Bustani », ce que ce dernier récuse de toutes ses forces même s’il sait que Cardoso l’a effectivement lâché… Le jour même de ce vote manipulé, José Bustani quitte la direction générale de l’OIAC le lundi 28 avril 2002, remplacé quelques mois plus tard, par un Argentin aux ordres, nommé par le gouvernement de Carlos Menem. On doit à ce fonctionnaire argentin la paternité d’une citation historique sur la « liaison charnelle unissant les gouvernements de Washington et Buenos-Aires ».

Enfin, tout rentrait dans l’ordre américain, l’OIAC aussi !

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Initialement, l’OIAC disposait de 211 inspecteurs payés par l’Organisation sous la direction technique et politique du Directeur général. Désormais, les inspecteurs sont, majoritairement prêtés à l’Organisation et payés par leur gouvernement. En 2013, suite à l’accord noué par John Kerry et Sergueï Lavrov lors du G-20 de Saint-Pétersbourg sur le démantèlement des armes chimiques syriennes, l’OIAC aurait dû être l’acteur principal de sa mise en œuvre. Une fois encore Washington a tout fait pour que l’Organisation soit marginalisée alors que la Syrie avait – de fait – accepté la convention. Par conséquent, les inspections de l’OIAC auraient dû commencer dans ce pays, conformément à l’esprit et la lettre de la convention.

En violation avec la Convention qui stipule que les armes chimiques doivent être détruites sur le territoire même du pays concerné, les armes syriennes ont été – soit-disant – démantelées sur un bateau croisant en Méditerranée et rejetées à la mer en violation aussi de toutes les directives onusiennes de protection de l’environnement. Selon les procédures de l’OIAC, les armes chimiques doivent être détruites dans des installations ad hoc prévues à cet effet, en sachant que leur coût est supérieur à celui des armes elles-mêmes ! La question de la destruction des armes chimiques syriennes demeure des plus opaques, comme celle de leurs utilisations maintes fois dénoncées par Washington et ladite communauté internationale.

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Aujourd’hui, Washington et plusieurs rapports des Nations unies affirment que Damas détient toujours des armes chimiques et qu’elle les a encore utilisées en avril 2018. La presse dit tout et n’importe quoi sur le sujet, ne réussissant même pas à lire la Convention et à enquêter ni prouver quoique ce soit, sans rien dire de pertinent sur la marginalisation de l’OIAC ! Si l’armée syrienne avait utilisé massivement des armes chimiques comme l’affirme dernièrement un rapport des Nations unies sur les droits de l’homme (au moins 27 fois…), le nombre des victimes serait infiniment plus important que les chiffres avancés, estiment aujourd’hui les meilleurs experts.

Ni la presse, ni les rapports successifs n’ont éclairci les questions liées à l’usage présumé des armes chimiques en Syrie qui ressemblent davantage à l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo le 20 mars 1995, qu’à l’usage militaire de telles armes. « Les usages de composants chimiques en Syrie ressemblent davantage à des attentats terroristes qu’à des utilisations militaires massives », relèvent aujourd’hui les experts en armes chimiques.

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Voilà quelques éléments d’une vérité historique que Madame Kauffmann aurait pu rappeler à ses lectrices et lecteurs. Invoqué par la directrice éditoriale, le JIM (Mécanisme conjoint d’investigation) a effectivement été rejeté par…les Russes. Heureusement ! Ce mécanisme destiné à supplanter l’OIAC était essentiellement composé d’ « inspecteurs » majoritairement membres des services spéciaux américains et britanniques !

Au beau milieu de ce papier d’anthologie des Fake News, Madame Kauffmann, conspirationniste en diable et en chef, ose écrire : « la vérité n’est pas toujours à portée de micro ». Pour ce qui la concerne, on doit rajouter « à portée de plume » ! Relisant son tire – La vérité, victime de guerre -, on pourrait dire comme les enfants : c’est celui qui dit qui l’est ». En l’occurrence, Sylvie Kauffmann – lauréate du programme Young Leaders/1998 de la French-American Foundation – poursuit opiniâtrement, dans les colonnes du Monde, son travail d’influence, de désinformation et de propagande au profit de ses vrais patrons !

Alors, que cette bécassine idéologique cesse – s’il vous plait – d’invoquer « la vérité », qu’elle cesse de nous inonder de ses Fake News, qui devraient être relevées, sinon punies par les tribunaux !

Etienne Pellot
30 avril 2018

1 José Bustani : l’homme qui a dit non aux américains ! prochetmoyen-orient.ch, 11 septembre 2017.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Etienne Pellot, 30-04-2018

https://www.les-crises.fr/sylvie-kauffmann-est-tres-fatiguee-par-etienne-pellot/

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mardi 29 mai 2018

“Que nous puissions prouver ou pas l’implication de Moscou dans le cas Skripal n’a aucune importance”

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Un exemple du type de propagande infligé aux Britanniques pendant "l'affaire Skripal"

Voir le commentaire en fin d'article.   P.G.

The Independent (littéralement, L'Indépendant) est un quotidien généraliste britannique de langue anglaise, fondé en 1986, de format tabloïd mais de contenu sérieux. Il est de centre gauche. Depuis mars 2016, le journal n'est plus disponible qu'en version électronique.

(...)En mars 2010, le journal a été racheté pour une livre symbolique par l'oligarque russe Alexandre Lebedev déjà propriétaire de l'Evening Standard. Il doit recevoir du vendeur, Independent News & Media, 9,25 millions de livres (10,3 millions d'euros) pour apurer les dettes (...) Ce journal est considéré comme de centre gauche. Il est pro européen et progressiste sur le plan des mœurs.

https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Independent

TRIBUNE LIBRE /

PROP SKRIPAL

Source : Independent, 04-04-2018

Bien que ça n’ait pas aidé, le directeur de Porton Down [centre de recherche militaire, NdT] avait parfaitement le droit de déclarer que son établissement était incapable de déterminer l’origine de l’agent neurotoxique utilisé dans l’attaque contre les Skripal. L’intervention de Gary Aitkenhead a provoqué la suppression d’un tweet du Foreign Office et a causé un embarras certain pour Boris Johnson, le secrétaire aux affaires étrangères le plus prompt à blâmer les Russes.

Lors de sa visite en Turquie, Vladimir Poutine était presque joyeux en mettant en avant le dernier rebondissement de cette histoire. Malgré tout, les Russes maintiennent leur guerre de propagande contre la Grande-Bretagne, en concoctant des offres d’aide à l’enquête en apparence raisonnables mais insincères, y compris en appelant à une réunion d’urgence de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC).

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Rien de tout ceci ne change l’écrasante probabilité que l’agent neurotoxique « Novichok » provienne de Russie et que, comme le Premier Ministre l’a déclaré le mois dernier, les autorités russes étaient directement ou indirectement responsables de cet épisode. L’agent neurotoxique, selon Proton Down, est de qualité militaire et d’un type qui peut être uniquement utilisé par une agence gouvernementale.

C’est la Russie, durant l’époque soviétique, qui a développé la famille d’agents dit « Novichok », et c’est un ancien espion russe qui était la cible. Il est inconcevable que quiconque autre que les Russes aurait eu la capacité et le mobile pour organiser un complot aussi élaboré. Nous avons également le précédent du meurtre d’Alexander Litvinenko à ajouter à la liste des indices pointant vers la Russie.

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La réponse des Russes à tout ceci est « prouvez le », comme s’il s’agissait d’un tribunal. Même sur une exigence légale telle qu’être au-delà de tout doute raisonnable ou dans l’équilibre des probabilités, les Russes sont pleinement coupables. Pourtant un standard légal de preuve n’est pas requis pour que des pays en tirent un jugement et mettent en œuvre les actions appropriées, comme de nombreux amis et alliées de la Grande-Bretagne à travers le monde l’ont fait.

À nouveau, les Russes jouent finement en insistant, en toute mauvaise foi, sur une preuve impossible à obtenir. Quelques-uns, comme Jeremy Corbyn, à différents points de cette affaire, semblent avoir suivi cette ligne, leurs soupçons contre les agences de renseignement occidentales prenant le pas sur leur bon sens. Pourtant, indépendamment des « dossiers douteux » qui ont pu être fabriqués par le passé, les faits du cas de Salisbury ne sont pas mis en doute.

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Les Russes sont en meilleure position lorsqu’ils affirment que les relations avec l’Occident dérivent vers une nouvelle Guerre froide. Ceci, bien sûr, n’est dans l’intérêt de personne, mais il paraît inévitable que la Russie s’engage dans de telles actions et menaces, et envahisse ses voisins.

L’affaire Skripal est une cause, une conséquence et un symbole de la rupture complète des relations entre la Russie et l’Occident. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique et du Bloc de l’Est il y a un quart de siècle, la Russie a perdu un empire et a échoué à trouver un nouveau rôle. Sous Vladimir Poutine, le pays semble décidé à reprendre son ancien rôle et revenir à son style. Il est difficile d’imaginer comment une nouvelle détente pourrait se produire dans de telles circonstances.

Source : Independent, 04-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Commentaire recommandé

Kiwixar // 28.05.2018 à 06h20

Die lügenpresse (la presse menteuse) dans toute sa splendeur, mentant sur les points principaux (« qualité militaire » et les deux sont tombés malades des heures plus tard, la Russie seule capable de fabriquer ça) et sur le principe (pas besoin de preuve). Tous les points gênants (contredisant la version officielle) soigneusement omis.

De la propagande de guerre méritant un tribunal d’après-guerre, et des condamnations en adéquation avec ce crime qui est le pire de tous car il les contient tous.

https://www.les-crises.fr/the-independant-que-nous-puissions-prouver-ou-pas-limplication-de-moscou-dans-le-cas-skripal-na-aucune-importance/

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dimanche 27 mai 2018

L’armée russe accusée d’avoir détruit le Boeing MH17

L’enquête judiciaire menée par les Pays-Bas et quatre autres pays sur le crash du vol MH17 conclut que le missile a été tiré par une unité militaire russe qui avait franchi la frontière de l’Ukraine pour combattre aux côtés des séparatistes.

PROP BOING MALAYSIA AIRLINE

Il n’y a plus beaucoup de doutes sur la cause du crash du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, au-dessus de l’Ukraine, avec 298 personnes à bord, parmi lesquels 198 Néerlandais, le 17 juillet 2014. [1]  Au terme de quatre années de labeur, de centaines de milliers de photos et de pages Web scrutés et de dizaines de milliers d’échanges téléphoniques écoutés, l’enquête internationale menée par les Pays-Bas et quatre autres pays (Malaisie, Australie, Ukraine et Belgique) accuse clairement la Russie d’être à l’origine du tir de missile. [2]

L’équipe a retracé, vidéos et photos à l’appui, le trajet de l’unité militaire appartenant à la 53e brigade antiaérienne russe, de sa base de Koursk, en Russie, jusqu’au territoire contrôlé par les séparatistes pro-russes, dans l’est de l’Ukraine. L’impressionnant convoi militaire qui avait été abondamment filmé par des automobilistes durant son parcours transportait un missile Bouk-Telar de type 9M38. L’engin dont des débris ont été retrouvés à proximité de la carcasse de l’avion possède un « nombre de caractéristiques uniques qui en tant que telles constitueraient une sorte d’empreinte digitale pour un missile », ont précisé les enquêteurs.

Pour la Russie, une enquête « biaisée » et « politiquement motivée »

À l’été 2014, le déploiement de batteries antiaériennes par les rebelles séparatistes et leur allié russe avait mis fin à la supériorité aérienne des forces ukrainiennes engagées dans la reconquête de la région du Donbass. Après la destruction du Boeing MH17, les soupçons s’étaient rapidement tournés vers les insurgés qui avaient déclaré, par la voix de leur chef, avoir abattu un avion ukrainien à l’heure précise du drame. Sous le choc, les Européens avaient adopté une série de sanctions économiques contre la Russie, accusée de déstabiliser son voisin.

 

Sans surprise, la Russie a réfuté les conclusions de l’enquête internationale qu’elle n’a eu de cesse de qualifier de « biaisée » et de « politiquement motivée ». Malgré l’accumulation des indices et des témoignages de soldats russes, dont un tankiste de la province russe de Bouriatie longuement interviewé sur son rôle durant la bataille de Debaltseve, une ville de l’est de l’Ukraine, les autorités russes ont toujours rejeté les accusations sur leur participation au conflit ukrainien, aux côtés des séparatistes.

Il existe de fortes probabilités que les présumés coupables ne soient jamais jugés

Alors que la destruction du vol MH17 a suscité une forte émotion aux Pays-Bas, il existe de fortes probabilités que les présumés coupables ne soient jamais jugés. Dès 2015, le Kremlin avait refusé la création d’un tribunal sous l’égide des Nations unies, tout en présentant ses propres autres hypothèses, allant d’un tir commis par un chasseur ukrainien à la piste du missile parti depuis une zone contrôlée par les troupes de Kiev. Des scénarios écartés un par un par les enquêteurs internationaux.

 

Ceux-ci ont lancé un appel à témoin pour mettre des noms et des visages sur l’unité militaire russe accusée d’avoir détruit le Boeing de la Malaysia Airlines. [3] « Comment était constituée l’équipe ? De qui recevaient-ils leur ordre ? Qui était aux commandes le jour fatidique du 17 juillet 2014 ? Nous sommes convaincus que de nombreuses personnes ont ces informations », prévient le policier néerlandais Wilbert Paulissen.

Olivier Tallèshttps://www.la-croix.com/Monde/Larmee-russe-accusee-davoir-detruit-Boeing-MH17-2018-05-24-1200941461?utm_source=Newsletter&utm_medium=email&utm_content=20180526&utm_campaign=NEWSLETTER__CRX_PERSONNALISEE&PMID=ac29e5cafb071c987471f76e2c454018&_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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[1] "Il n’y a plus beaucoup de doutes sur la cause du crash du Boeing 777 de la Malaysia Airlines": les conclusions d'une enquête qui laisseraient des doutes?
[2] Des enquêteurs de 5 pays dont deux (Pays Bas, Belgique) sont membres de l'UE, l'Ukraine, (le fait que la tragédie se soit passée sur son sol n'empêche pas le fait qu'elle est partie prenante du conflit avec la Russie), l'Australie (connue pour sa proximité avec les Etats- Unis et le Royaume- Uni), et enfin la Malaisie, évidemment concernée, mais connue elle aussi:
"En 2018, Reporters sans frontières place la Malaisie au 145e rang de son classement mondial de la liberté de la presse, notant les campagnes de harcèlement, les blocages et la surveillance dont sont l'objet des journalistes enquêtant sur les affaires de corruption impliquant le gouvernement, ainsi que la possibilité offerte par la loi d'infliger à des journalistes des peines allant jusqu'à 20 ans de prison pour « sédition »" [https://fr.wikipedia.org/wiki/Malaisie].
[3] "un appel à témoin pour mettre des noms et des visages sur l’unité militaire russe accusée d’avoir détruit le Boeing de la Malaysia Airlines": question bête, pourquoi n'ont- ils pas attendu ces témoignages avant de remettre leurs "conclusions"?
Conclusion: nul ne connaît à ce stade la vérité sur cette affaire, et cette "enquête pseudo- internationale" n'est pas de nature à fournir des "conclusions" satisfaisantes, telles que présentées par cet article.   P.G.

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samedi 12 mai 2018

Mai 68 : Gauchisme infantile et imposteurs joufflus

TRIBUNE LIBRE / Source : Vu du droit, Régis de Castelnau

HIST MAI68 GAUCHISTES

Pour le contemporain, ce que l’on appellera plus tard « les événements de 68 » ont véritablement commencé le vendredi 3 mai dans l’après-midi. J’en ai le souvenir très précis, puisque ce jour-là en début d’après-midi, je passais à la piscine Pontoise dans le Ve arrondissement de Paris, l’épreuve de natation du baccalauréat prévu pour le mois de juin. Pour me retrouver en sortant dans le quartier de la Sorbonne où commençait l’émeute. J’ai toujours eu l’impression de me rappeler les deux mois qui ont suivi heure par heure. Impression en partie illusoire, car les souvenirs sont sélectifs, et l’on retient surtout ce qui a fait sens, même si celui-ci est bien souvent apparu après. Chacun sait qu’il est plus facile de raconter l’Histoire quand on connaît la fin. C’est probablement pour cela que me sont pénibles les cérémonies du 50e anniversaire qui pour partie continuent à véhiculer un mensonge et à promouvoir les imposteurs.

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1968, ce fut l’année terrible dont le mai français ne fut qu’un épisode, et dont la nostalgie ne doit pas exagérer l’importance. Rappelons qu’elle avait commencé par l’incroyable événement de « l’offensive du Têt », ou les Bô-Doïs nord-vietnamiens et Viêt-congs, rassemblés en une armée régulière avaient fait trembler la première puissance du monde. Et démontré que celle-ci ne pouvait que perdre la guerre. Il y avait eu « le Printemps de Prague » avec un parti communiste voulant instaurer « un socialisme à visage humain ». Les luttes contre la guerre du Vietnam et pour les droits civiques des Noirs qui secouaient les États-Unis, ponctuées par de violentes et récurrentes émeutes et les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy. Les révoltes de la jeunesse en Allemagne et en Italie qui déboucheront au contraire de la France sur un terrorisme mortifère. Le massacre de « la place des trois cultures » au Mexique juste avant les JO marqués par la contestation des athlètes noirs américains. L’intervention soviétique pour mettre fin à l’expérience Tchèque au mois d’août, et pour terminer en beauté, l’envoi pour la première fois d’un vaisseau habité vers la Lune. Finalement, au regard de ce contexte, la dimension proprement hexagonale du mai français saute aux yeux, même si ses conséquences politiques et culturelles n’ont pas été négligeables pour notre pays.

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Pour en revenir à ma propre expérience, j’ai retenu le caractère étonnant de la première semaine qui suivra l’explosion du vendredi 3 mai et se terminera le 10 avec les affrontements de la rue Gay-Lussac. Un gigantesque et violent monôme, au sein duquel le marais des étudiants et lycéens avait rejoint les groupuscules gauchistes. Le tout au son de l’internationale (!). De retour d’Afghanistan, Georges Pompidou conscient que c’était les fils de bourgeois qui se faisaient matraquer, se rendit à la télévision pour capituler devant les revendications étudiantes. C’est là qu’à mon sens se situe la grande bifurcation entre le mai étudiant qualifié à juste titre par Michel Clouscard de « 14 juillet des couches moyennes » et le « Mai ouvrier » proprement dit. La classe ouvrière au sein de laquelle, quoi qu’on en dise aujourd’hui, le PCF et la CGT étaient hégémoniques, se mit en mouvement pour profiter de la faiblesse ponctuelle du pouvoir. Elle organise une grève générale aussi massive que stupéfiante. Malgré toutes les incantations gauchistes, il n’y aura jamais de convergence entre les ouvriers et les étudiants, les grilles des usines leur resteront fermées.

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La petite bourgeoisie va patauger pendant quelques semaines. Ses représentants politiques, de François Mitterrand à Pierre Mendès France en passant par Edmond Maire organisant conférences de presse absurdes et meetings hétéroclites vont manœuvrer et finasser pour tenter de restaurer ce parlementarisme propice aux arrangements dont ils raffolaient. En tenant soigneusement à l’écart les ouvriers et leurs organisations. Ils vont se ridiculiser. Lassés, les étudiants quitteront les facultés occupées et rentreront chez eux pour vaguement préparer les examens et surtout organiser les vacances d’été. Les gauchistes les plus obtus, rejoints parfois par un lumpen violent, poursuivront encore quelque temps leurs délires infantiles.

Charles de Gaulle avait rappelé le 30 mai quel était le rapport de force, les choses se sont donc remises en place avec la chambre introuvable de la fin du mois de juin. Le mouvement ouvrier, quant à lui, sachant qu’il ne devait rien attendre des phraseurs et ne pouvait compter que sur lui-même, entendit profiter de ce qu’il avait gagné et ne pas s’exposer à l’affaiblissement de ses forces politiques et syndicales. Le résultat de Jacques Duclos à la présidentielle de 1969 fut de ce point de vue une démonstration. Je fus personnellement impressionné par cette force et cette intelligence politiques et c’est ce constat qui a déterminé mes choix pour la suite. Qui se déduisent de ce que rien ne peut se faire sans les couches populaires, c’est-à-dire essentiellement les ouvriers et désormais les salariés d’exécution des services. Et qu’il n’y a rien à attendre, aujourd’hui comme hier, de ce gauchisme infantile, et de ces petits-bourgeois phraseurs et inconséquents.

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Je les ai tous connus, les Cohn-Bendit, les Goupil, les Glucksmann, les Kessler, les Kouchner, les Geismar, les July, les Plenel, et tant d’autres (1). Je les ai tous entendus ceux qui plastronnent aujourd’hui, petits valets du néolibéralisme, néoconservateurs militants, soutiens indéfectibles de la piraterie américaine au Moyen-Orient. Ayant fait pour certains, de leur vilain métier un apanage héréditaire. Qu’on ne vienne pas me dire qu’ils ont changé, ils ont toujours été comme ça, du côté du manche, pratiquant le diptyque rodé : provocation puis trahison. Le pire étant qu’ils sont tous devenus va-t-en-guerre et réclament régulièrement à grands cris le bombardement et le massacre de populations civiles. Beaucoup de photos de manifestations de 68 ressortent actuellement et j’invite à procéder à un petit jeu amusant. Essayer de reconnaître parmi ceux qui criaient le plus fort, qui encensaient la révolution culturelle, et vous donnaient des leçons de marxisme-léninisme toute la sainte journée, ceux qui ont accompli ensuite les trajectoires les plus goulues.

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Alors aujourd’hui, pendant ce conflit des cheminots qui se battent pour le service public de tous, ce combat des employés de Carrefour qui relèvent la tête, quand j’entends ces appels à la « convergence », quand je vois ces petits-bourgeois fragiles et pleurnicheurs, en appeler à la police qu’ils vilipendent par ailleurs, lorsqu’ils aperçoivent le front bas d’un identitaire, j’ai vraiment du mal. Quand j’entends leurs discours débiles, leurs revendications et leurs slogans ineptes, les mêmes que ceux leurs aînés, cela ne me rajeunit pas, mais je suis contraint de constater que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il n’y a rien à attendre de ces gens-là, parce que je sais bien qu’on les retrouvera dans quelques années aux places occupées par tous les imposteurs joufflus qu’on nous ressort des tiroirs pour le 50eanniversaire.

L’opportunisme politique petit-bourgeois serait-il génétique ?

(1) À la notable et respectable exception d’Alain Krivine. Qui n’aura servi à rien mais sera resté fidèle.

Source : Vu du droit, Régis de Castelnau

https://www.les-crises.fr/mai-68-gauchisme-infantile-et-imposteurs-joufflus-par-regis-de-castelnau/

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samedi 5 mai 2018

TOUS LES MÉDIAS DU PAYS ONT GARDÉ LE SILENCE LE PLUS TOTAL SUR NOTRE MANIFESTATION

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BANDEAU MANIF

Selon un décompte minutieux réalisé à partir d’une vidéo, la manifestation du 1er mai 2018 de l’UPR à Paris a rassemblé 3450 participants, soit 3 fois plus que le nombre de « casseurs » du défilé syndical.

Pourtant, TOUS LES MÉDIAS DU PAYS ONT GARDÉ LE SILENCE LE PLUS TOTAL SUR NOTRE MANIFESTATION (à part 30 secondes sur BFMTV, donnant une grave sous-estimation du nombre de nos manifestants).


Décidément, l’UPR ne fait pas comme les autres partis politiques puisque la première estimation que nous avons donnée de la participation à notre manifestation (environ 3 000) doit être révisée… à la hausse !

Rappels :

– 14 h : BFM-TV estime à 1 500 le nombre de nos manifestants rassemblés place de la République à 14 h, soit une demi-heure avant que la manifestation ne démarre et alors que des groupes continuaient d’arriver !

– 16 h 30 : du haut du char où il prononce son discours final, François Asselineau estime entre 2 500 et 3 000 le nombre de nos manifestants.

– 17 h : la préfecture de police estime à 2 000 le nombre de manifestants de l’UPR.

– en fin de soirée : nous diffusons un communiqué assorti d’une petite vidéo estimant ce nombre à « environ 3000 ».

– Aujourd’hui : un décompte minutieux des manifestants, réalisé par l’un de nos adhérents à partir de l’examen au ralenti d’une vidéo présentant de façon exhaustive l’ensemble du cortège, aboutit à la conclusion qu’il y a eu environ 3 453 manifestants.

 

 

Ce comptage des manifestants a été effectué sur la base de cette vidéo du cortège, filmée à un passage piéton rue Beaubourg, qui donne un très bon point de repère : https://www.youtube.com/watch?v=jFy7FdValiY

Détail du comptage : ( début comptage -> fin comptage ; total période ; note de comptage)
0′ 00 » -> 0′ 47 » ; 40 personnes
0′ 47″ -> 1′ 00 » ; 46 personnes
1′ 00 » -> 2′ 02″ ; 950 personnes (sur la base de 46 personnes toutes les 3 secondes)
2′ 02 » -> 3′ 01 » ; 20 personnes
3′ 01 » -> 3′ 20 » ; 52 personnes
3′ 20 » -> 3′ 42 » ; 40 personnes
3′ 42 » -> 4′ 40 » ; 734 personnes (sur la base de 38 personnes toutes les 3 secondes)
4′ 54 » -> 6′ 33 » ; 942 personnes (avec un trou de 14 secondes sans manifestant puis sur la base de 28 personnes toutes les 3 secondes)
6′ 33 » -> 8′ 04 » ; 629 personnes (sur la base de 17personnes toutes les 3 secondes, avec 20 s de défilé non filmé en restant compté).

Total estimé : 3 453 personnes

LA CENSURE FÉROCE DE L’UPR

Le défilé syndical du 1er mai (réalisé sur un autre parcours que le nôtre), perturbé par de violents heurts, a rassemblé 55 000 personnes à Paris, selon les chiffres communiqués par la CGT (contre 80 000 l’année dernière), et 20 000 personnes selon la police [ source : http://www.leparisien.fr/…/suivez-en-direct-les-manifestati… ]

Si l’on postule que le nombre annoncé par la police pour cette manifestation (10 fois supérieur à celui annoncé par l’UPR) doit faire l’objet du même correctif que le nôtre, on peut estimer que le nombre de personnes rassemblées dans le défilé syndical était de l’ordre de 34 à 35 000, dont 1 200 « casseurs » et « black blocs ».

Les adhérents et sympathisants de l’UPR noteront ainsi :

a) que l’UPR a rassemblé un nombre de manifestants égal à 10 % de ceux du défilé syndical et près de 3 fois plus nombreux que les mystérieux « casseurs »;

b) qu’à part une misérable trentaine de secondes accordée par BFM-TV à notre manifestation (annonçant un nombre d’ailleurs inférieur de 57 % à la réalité), les grands médias français ont accordé 0 % à la manifestation parisienne de l’UPR et 100 % à la manifestation syndicale et à ses « casseurs »;

c) que l’UPR a réussi cet exploit d’organiser, pour la première fois depuis 61 ans, une manifestation de masse pour réclamer que la France sorte de la construction européenne en révoquant tous les traités européens depuis le traité de Rome du 25 mars 1957.

Rappelons qu’aucun autre parti politique (à part peut-être France insoumise) n’a fait défiler autant de manifestants à Paris sous sa propre bannière à l’occasion de ce 1er mai.

Force est ainsi de constater que cet événement historique a été purement et simplement censuré par tous les grands médias du pays.

De telle sorte que seuls les Français consultant Internet et les réseaux sociaux en ont eu connaissance.

Nous avions pourtant dûment prévenu tous les grands médias par un communiqué de presse plusieurs jours auparavant et par une relance téléphonique personnalisée la veille ou le matin même.

 

CONCLUSION : NE LAISSONS PAS LA DICTATURE S’INSTALLER !

Nous saisissons aujourd’hui même le Conseil supérieur de l’audiovisuel, l’ensemble des directions des chaînes de radio et de télévision pour dénoncer cette censure inouïe et demander une nouvelle fois qu’il y soit porté remède.

Nous demandons également une audience au directeur général de l’Agence France Presse, qui n’a consacré aucune dépêche à l’existence même de notre manifestation.

Nous appelons tous les adhérents et sympathisants de l’UPR à relayer au maximum la présente analyse sur tous les réseaux sociaux, à tous leurs amis et connaissances, et à faire part poliment mais fermement de leur indignation à tous les médias.

Nous appelons tous les journalistes qui entendent continuer à faire leur métier, tous les artistes, acteurs de théâtre ou de cinéma, musiciens, essayistes, romanciers, philosophes, responsables d’associations de défense des droits de l’homme et des libertés publiques, à mettre à profit les ouvertures médiatiques dont ils peuvent bénéficier pour faire part de leur indignation face au sort réservé en France à l’UPR.

Ceux qui ne bougent pas pour l’UPR aujourd’hui seront responsables devant leurs enfants et petits-enfants de ce que sera devenue la France dans vingt ans.

3 mai 2018

François Asselineau, Président de l’Union populaire républicaine. La France doit sortir de l’Union européenne, de l’euro et de l’Otan.

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mercredi 2 mai 2018

Aux grandes réformes les grands experts : le cas de Pascal Perri [réédition]

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

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TRIBUNE LIBRE / ACRIMED

TL ACRIMED PERRI

Depuis l’annonce du projet de réforme de libéralisation du rail, Pascal Perri a un agenda médiatique très chargé. Régulièrement en plateau sur BFM et RMC – chaines pour lesquelles il travaille comme « consultant économique », « économiste » ou « grande gueule » selon les cas – mais également présent sur le service public, il déroule une partition bien connue qui se résume en un mot d’ordre : imposer la concurrence dans le secteur ferroviaire, ici et maintenant. Auteur d’un livre publié en 2009 intitulé SNCF : un scandale français, Pascal Perri est devenu, dans le circuit fermé des grands médias, l’un des « experts médiatiques » les plus en vue pour commenter la réforme du rail.

Précisons d’emblée que Pascal Perri n’est pas le seul « expert » ayant œuvré, depuis la mi-février, à la promotion du rapport Spinetta et de la réforme gouvernementale du secteur ferroviaire. Il est un exemple parmi d’autres de ce que nous avons appelé « les pros du commentaire » [1], au rang desquels Alain Duhamel, par exemple, défend toujours avec brio son rôle de chien de garde [2].

Un « expert » exemplaire

Mais Pascal Perri n’a rien à envier aux illustres anciens. Comme bon nombre d’experts épinglés dans le film Les Nouveaux Chiens de garde, il cumule tout à la fois les rôles d’éditocrate, d’expert et de communicant en se distinguant par des va-et-vient constants entre la sphère politique, les entreprises privées, les écoles de commerce [3] et les médias. Si nous nous attardons dans un premier temps sur ces éléments biographiques, c’est parce qu’ils éclairent cette catégorie d’éditorialistes qui, sous couvert d’« expertise », sont en réalité juges et partie : nombreux sont ceux qui, comme Pascal Perri, surfent sur leur exposition médiatique, défendent leurs intérêts personnels ainsi que ceux des dominants, en faisant la promotion des réformes qui leur profitent, directement ou indirectement.

Comme le résume la notice biographique du « Magazine économique de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Maine-et-Loire » (2014) :

Pascal Perri est économiste, spécialiste des questions de concurrence. Il a publié plusieurs ouvrages sur l’économie des prix, dont Toujours moins cher : low cost, discount et Cie en 2006. Il conseille par ailleurs des groupes industriels, des entreprises de la distribution et des fédérations professionnelles. Il a participé aux travaux de la commission Beigbeder « Le low-cost ; un levier pour le pouvoir d’achat » [4] et a été chargé, en 2005, par le ministre du Tourisme d’un rapport sur l’impact des compagnies aériennes à bas prix dans les territoires touristiques français. En 2009, il est nommé rapporteur de la commission « vie chère » des États Généraux de l’Outre-mer sous la responsabilité du Premier ministre [François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. NDLR]. Doctorat es Economie et Géographie et DEA de géopolitique (Paris VIII), Pascal Perri anime un cycle de formation pour Les Échos formation. Il est un des auteurs de la Fondation pour l’innovation politique [5]. Il dirige PNC, cabinet de conseil en stratégie low-cost.

Sa familiarité avec les cercles du pouvoir (quels que soient les gouvernements) l’ont également conduit à rédiger d’autres rapports publics, ainsi que nous l’apprend le « groupe de travail et de recherche Oui à l’innovation ! » dirigé par… Pascal Perri lui-même : « En 2014, [il] a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France (Pellerin, Hamon, Montebourg) puis une étude sur la régulation des grands moteurs de recherche (mai 2015) dans le cadre du débat parlementaire sur le projet de loi de modernisation de l’économie. Il [a été] membre du groupe de travail « compétitivité du sport français » au ministère des sports. [6] »

Comme le souligne Les Échos, « il a lui-même dirigé des entreprises de l’agro-alimentaire et du transport aérien » et « conseille également des collectivités pour leur politique touristique, des entreprises sportives et de loisir pour leur développement commercial. [7] » Le quotidien d’information économique et financière ne pouvait se passer d’un tel potentiel : Pascal Perri propose des études pour des prix modiques, devenant ainsi, auto-consécration oblige, un expert dévoué au service de « l’expertise des Échos  », elle-même « au service de votre stratégie » ! À bien consulter ses « états de service », il y a pourtant beaucoup à redire sur l’expertise de Pascal Perri [8]...

Un « expert » omniprésent

C’est donc tout naturellement que Pascal Perri a mis son talent au service du rapport Spinetta dès sa parution – probablement enivré par les potentialités de développement du « low-cost » qu’il promet. Il faut dire que la demande médiatique n’a pas manqué, à commencer par Les Échos bien sûr, où il a eu tout le loisir de publier trois tribunes en l’espace d’un peu plus d’un mois :



Le dernier article – initialement titré « SNCF : l’entreprise a su évoluer, aux cheminots de rattraper le train » – joue en trois temps la partition de l’ultra-libéralisme béat que Pascal Perri déroule dans l’ensemble de ses interventions. D’abord, les acquis sociaux sont un archaïsme, privilèges engoncés dans la tête de travailleurs et de grévistes s’obstinant à vouloir vivre à l’âge de pierre :

Jusqu’à une période récente, une partie de l’opinion française pensait encore naïvement que les statuts pouvaient protéger de l’évolution. Les mirages de l’idéologie ont duré une bonne partie du XXe siècle. Par la force des choses, les changements d’usage des consommateurs ont balayé cette croyance absurde que certains modèles seraient éternels.

Ensuite vient le temps pour l’expert de révéler à tous les bienfaits de la concurrence, en expliquant aux plus pauvres pourquoi le low-cost est – non pas un traitement de classe discriminant – mais une chance :

La compétition est darwinienne. Elle va permettre à la SNCF de démontrer tout son savoir-faire. Et elle n’en manque pas. La concurrence stimule l’innovation, y compris marketing et commerciale, elle est efficace pour gagner de la productivité, pour mieux servir les clients et elle impose aux entreprises d’être plus agiles et plus imaginatives. Enfin, la concurrence, si elle est sobrement et honnêtement régulée, fait baisser les prix et élargit la demande. OuiGo a montré qu’il y avait une véritable élasticité de la demande au prix dans le ferroviaire.

Enfin surgit la prescription bénie de l’expert, confiant dans l’avenir radieux que vient ouvrir la réforme :

Heureusement, dans une société de liberté, les usages finissent toujours par l’emporter car ils traduisent les aspirations humaines. Réjouissons-nous de l’arrivée de nouvelles offres ferroviaires. La SNCF est beaucoup plus solide qu’on ne l’imagine et c’est en situation de concurrence que les clients s’en apercevront. Dans le ferroviaire comme dans le transport aérien appliquons une formule simple qui a fait ses preuves partout ailleurs [9] ; le marché autant que possible, l’État autant que nécessaire.

Rideau !

Et à en croire ses multiples invitations médiatiques, c’est un discours qui a plu et flatté ses compères éditocrates. En particulier ceux de BFM-TV et de RMC – chaines pour lesquelles il officie régulièrement en tant que consultant économique et « grande gueule » – mais pas seulement : le service public lui accorde également ses faveurs. Sur la SNCF, mais aussi sur bien d’autres sujets, tant les médias sont avides et suscitent les vocations d’experts-à-tout-faire. Illustration en vidéo :

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https://www.youtube.com/watch?time_continue=7&v=UaGtEXHGPvc

 

Récapitulons les prestations médiatiques de Pascal Perri sur la SNCF (et ce n’est peut-être pas exhaustif !) :

- 18 février – « Week-end direct » sur BFM-TV – « Économiste, auteur de SNCF : un scandale français ».

- 19 février – « Focus première » sur BFM-TV – « Consultant économique de RMC, spécialiste des transports ».

- 19 février – « Les décodeurs de l’éco » sur BFM-TV – « Économiste, auteur de SNCF : un scandale français ».

- 19 février – JT de 20h sur France 2 – « Économiste » (interviewé dans un reportage).

- 26 février – « Les Grandes Gueules » sur RMC – « Économiste ». On lui doit une sortie des plus distinguées : « On ne meurt plus dans les chemins de fer à 60 ans intoxiqués par l’oxyde d’azote » [10].

- 27 février – « News et compagnie » sur BFM-TV – « Économiste ».

- 3 mars – « Priorité au décryptage » – « Économiste ».

- 15 mars – « C dans l’air » sur France 5.

- 22 mars : « Les décodeurs de l’éco » sur BFM Business.

Un chien de garde dans un vaste chenil

Pascal Perri n’est qu’un exemple d’une éditocratie en roue libre depuis l’annonce de la réforme, rivalisant d’arrogance et de mépris [11].

Alain Duhamel, déjà vent debout contre les grèves de 1995 (et contre toutes celles qui ont suivi !), squatte les plateaux de RTL, en compagnie notamment de Marc-Olivier Fogiel, pour dire tout le bien qu’il pense de la réforme. Le 19 et le 20 février, soit quelques jours après la publication du rapport Spinetta, il expliquait comme à son habitude que la réforme était « indispensable financièrement », qu’« on ne peut pas attendre », que pour les cheminots et « pour d’autres professions, la technique humaine et raisonnable, c’est pour les nouveaux contrats d’avoir des contrats qui ne soient plus dans le statut ». Un porte-parole gouvernemental des plus efficaces, soucieux de relayer la pédagogie macroniste : « [Macron essaie de] créer un choc, une dynamique, un mouvement, mais disons que c’est un pari sur la capacité des Français d’avaler autant de réformes. »

« Les Grandes Gueules », déjà épinglées sur le sujet choisissaient quant à elles une question élégante à poser à leurs auditeurs suite à l’annonce des grèves : « Les cheminots se foutent-ils du monde ? »

Éric Brunet, pour finir, n’hésite pas à tancer le gouvernement : « M. le Premier ministre, vous vous êtes couché devant les élus locaux : il fallait supprimer les petites lignes avec des TER quasiment vides et très coûteux ! » [12] Force de propositions, cet énième partisan du « ça-ne-va-pas-assez-loin » partage ses modèles sans réserve, lui qui baptisait Napoléon III le « vrai réformateur français » ! (Éditorial de Valeurs actuelles, 16 février) :

Quoi qu’il en soit, grâce à Napoléon III, la France fut, jusqu’en 1914, la première puissance économique du monde, au côté de la Grande-Bretagne. Alors oui, vive l’empereur !

 

***


Exemple édifiant de ces experts à gages, Pascal Perri saute à cloche-pied du monde des médias à celui de l’entreprise, en passant par la sphère politico-administrative et l’enseignement privé. Ces multiples casquettes lui confèrent une influence que décuplent les médias en lui déroulant le tapis rouge en plateau ou en tribune, afin qu’il fasse valoir un point de vue ultra-libéral, au diapason de l’engouement des éditocrates pour la réforme de la SNCF [13]. Un point de vue tranché et totalement partial que camouflent bien mal les titres fourre-tout dont il est affublé (comme « consultant économique ») et qui lui permettent de s’exprimer sur tout et n’importe quoi. En ce sens, l’omniprésence de Pascal Perri est le symptôme de l’anémie du pluralisme dans les grands médias. Elle rend compte de la circulation circulaire du discours dominant, et de la consécration médiatique des pseudo-experts qui en sont les porte-voix.


Pauline Perrenot et Frédéric Lemaire

http://www.acrimed.org/Aux-grandes-reformes-les-grands-experts-le-cas-de#top

mardi 1 mai 2018

SNCF, à la recherche du mystérieux service minimum [réédition]

PROP SNCF SERVICE MINIMUM

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

Plusieurs personnalités politiques ont demandé l’instauration d’un réel service minimum lors des grèves des cheminots

Une mesure souhaitée par une majorité de Français.

Un quai de la gare de Lyon, le 3 avril dernier, premier jour de la série de grèves à la SNCF. 

Un quai de la gare de Lyon, le 3 avril dernier, premier jour de la série de grèves à la SNCF. / Christophe Simon/AFP

Trains supprimés ou bondés, bousculades, lignes non desservies pendant deux jours… L’ampleur des perturbations de la grève des cheminots a poussé Valérie Pécresse, présidente (LR) de la région Île-de-France, et à ce titre présidente de l’autorité organisatrice de transport « Île-de-France mobilités », à taper du poing sur la table.

« La présidente demande au gouvernement de tout mettre en œuvre pour faire respecter sans délai un vrai service minimum pour ne plus laisser aucun territoire francilien sans train », a communiqué l’organisme le 3 avril. Valérie Pécresse juge ainsi « inadmissible que le service minimum ne soit pas respecté sur plusieurs lignes aujourd’hui, comme les lignes P, R et U qui sont fermées ». Le contrat qui lie l’autorité organisatrice à la SNCF prévoit un trafic minimum de 33 % de trains sous peine de sanctions financières.

Pas de réelle obligation de circulation de trains

Cette question du service minimum est posée pratiquement lors de chaque grande grève des transports, par des élus mais surtout par les usagers du train, qui ont souvent entendu l’expression utilisée de manière impropre. Un sondage réalisé l’année dernière par l’Union des transports publics (UTP), qui regroupe les grandes entreprises de transport, révélait ainsi que 60 % des usagers croient qu’il existe bel et bien un service minimum dans le transport public. Or il n’en est rien.

 

 

La loi du 21 août 2007 sur le dialogue social et la continuité du service public dans les transports terrestres n’oblige pas la SNCF à faire circuler des trains. Elle la contraint cependant à établir un plan de transport prévisible et à en informer les voyageurs à temps. C’est pour cette raison que les cheminots indispensables à la circulation des rames ont obligation de se déclarer grévistes 48 heures avant le début du mouvement. Si 100 % des personnels faisaient grève, il n’y aurait de fait aucun transport possible.

Cela a d’ailleurs été le cas sur plusieurs lignes en l’Île-de-France. Des usagers se sont d’ailleurs étonné qu’aucun train ne circule sur leur ligne alors que d’autres étaient exploités sur une ligne voisine. « Cela peut arriver que nous concentrions nos forces sur une ligne plus fréquentée quand elle dessert pratiquement les mêmes stations », dit-on à la SNCF.

Les conducteurs doivent connaître la ligne pour y rouler

Le facteur le plus fréquent pour expliquer un trafic inexistant reste cependant l’insuffisance de personnel. Conducteurs bien entendu, mais aussi contrôleurs et surtout… aiguilleurs. « C’est ce qui se passe sur certaines petites lignes ou sur des branches de la ligne P ou R, explique Alain Krakovitch, directeur de Transilien (les trains d’Île-de-France). Les postes d’aiguillage sont de technologie assez ancienne et n’ont qu’un rayon d’action très limité. Il suffit qu’un seul ne puisse pas être tenu par un agent pour qu’une grande portion de la ligne doive être coupée. »

 

 

Quant aux conducteurs, il n’est pas forcément possible de les transférer d’une ligne à une autre pour équilibrer les fréquences. Le directeur des Transiliens précise qu’un conducteur doit être formé à la fois sur le bon type de locomotive mais aussi connaître la ligne…

Au cas où la mobilisation continuerait avec l’ampleur des 3-4 avril, les Français doivent donc encore s’attendre à de dures journées. Les responsables de la SNCF, à commencer par Guillaume Pepy, l’ont d’ailleurs répété : il n’y a pas de réquisition possible des cheminots grévistes.

86% des Français souhaitent un service minimum

Réquisitionner des professionnels ne peut être mis en œuvre, de manière générale, que par décision préfectorale et dans des situations exceptionnelles, « en cas d’urgence, lorsque l’atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publique l’exige », selon le Code général des collectivités territoriales.

 

 

L’argument est-il recevable pour la grève des cheminots ? Sans doute pour le député UDI de Seine-et-Marne Yves Jego, qui a envoyé un message sur le réseau social Twitter : « À l’image des hôpitaux il est indispensable de créer un droit de réquisition des agents des transports pour un véritable service minimum dans chaque gare. » Dans une tribune de presse, le président (LR) du département de Seine-et-Marne Jean-Louis Thiériot évoque aussi la nécessité d’une telle possibilité.

En tout état de cause, selon le sondage de l’UTP, 86 % des ­Français disent souhaiter un service minimum.

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Les conducteurs mobilisés

Le trafic ferroviaire a été très perturbé le 4 avril, au deuxième jour de la grève des cheminots. Le taux global de grévistes en milieu de matinée communiqué par la direction était en légère baisse, à 29,7 % (contre 33,9 % la veille).
Les trois quarts des conducteurs restaient cependant très mobilisés (74 % contre 77 % mardi), de même que les contrôleurs (77 % contre 69 %) et les aiguilleurs (46 % contre 39 %).
En dépit de ce mouvement, le gouvernement va mener la « transformation » de la SNCF « jusqu’au bout, avec calme et avec une grande détermination », a déclaréle porte-parole ­Benjamin Griveaux à l’issue du conseil des ministres du 4 avril.

Michel Waintrophttps://www.la-croix.com/Economie/France/SNCF-recherche-mysterieux-service-minimum-2018-04-04-1200929091?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180405&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=987011&PMID=ac29e5cafb071c987471f76e2c454018

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Le sondage de l'UTP est répété en boucle, tel un mantra: En tout état de cause, selon le sondage de l’UTP, 86 % des ­Français disent souhaiter un service minimum. Un sondage commandité l'année dernière par une des parties, qui n'a donc qu'une valeur très relative...    P.G.

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Réforme de la SNCF (7) : les gardiens du consensus sont de retour

TL MEDIAS LUTTES

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

 

C’est une tradition. À chaque fois qu’un gouvernement entreprend de « réformer », le bataillon des éditorialistes se range au garde-à-vous derrière les artisans de la réforme. A fortiori lorsque celle-ci est libérale. Les exemples sont légion : réforme de la sécurité sociale de 1995, réformes des retraites en 2003 et en 2007 et, plus récemment, réforme du code du travail en 2016. Le temps passe, mais les épisodes se ressemblent : les commentateurs se font tour à tour défenseurs de la « réforme », et arbitres du « dialogue social ». Pour le dire autrement : peu importent les effets de la réforme – tant que celle-ci est libérale –, les raisons avancées par ceux qui la contestent – forcément rétrogrades –, seules comptent les conséquences des mobilisations sociales qu’elle génère et la méthode employée par le gouvernement pour la faire avaler aux syndicats – grâce au « dialogue social » – et à l’opinion : c’est la fameuse « pédagogie »...

« On a besoin de cette réforme ! »

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En pleine période de grève à la SNCF, la présentatrice du journal télévisé de 13 h sur France 2 pose la question suivante – sous forme d’affirmation – à son invité : « Alors, on comprend par exemple que pour un conducteur de train à vapeur, il y a quelques décennies, la pénibilité du travail était effective, mais aujourd’hui, un conducteur de TGV, on ne peut pas dire que ce soit terriblement pénible ».

Deux jours plus tard, même heure, même endroit, elle va justifier son point de vue : « Dans son discours hier, le président de la République s’est interrogé sur l’injustice qui pouvait exister entre des métiers à forte pénibilité. Nous avons choisi de vous présenter deux exemples. Celui d’un ancien conducteur de train de la SNCF face à un retraité du bâtiment. » Un travail journalistique exemplaire d’objectivité qui consiste à s’appuyer sur les arguments du président pour dénigrer une catégorie professionnelle en l’opposant à une autre.

Un procédé qu’elle utilisera à nouveau une semaine plus tard : « Voyons concrètement les inégalités que le système a créées sur le terrain, avec plusieurs chauffeurs, de la RATP et d’entreprises privées ». Les reportages, qui se concluent implicitement par la nécessité d’une harmonisation des régimes de retraites, sont typiques de l’adhésion des médias dominants aux réformes. Réformes forcément « nécessaires » et « urgentes » car « modernes » et « justes », qui consistent à toujours s’aligner sur le moins-disant social mais qui ne constitueraient en rien des régressions sociales, puisqu’elles viseraient à abolir les privilèges d’un autre âge des cheminots.

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Cet exemple date de… septembre 2007. Et si l’intervieweuse de l’époque, Élise Lucet, a laissé son siège au 13 heures à d’autres, rien n’a changé dix années plus tard [1].

En effet, comme nous l’avons relevé à plusieurs reprises, les médias accompagnent (ou soutiennent) la réforme actuelle de la SNCF [2]. S’il existe quelques nuances, force est de constater que les voix dissidentes se font rares, surtout dans l’orchestre des éditorialistes et chroniqueurs. Il suffit par exemple de regarder des épisodes de « 24H Pujadas » sur LCI ou de « C dans l’air » sur France 5 pour s’en convaincre.

Sur BFMTV aussi, on appuie la réforme. Dans un débat qui n’en est pas un, tout le monde est d’accord, ainsi que le souligne Franz-Olivier Giesbert : « Dans ce débat on ne peut pas discuter parce que de toutes façons, on est d’accord. » (6 avril 2018) Et, en effet, pour Philippe Val, comme pour les autres éditocrates invités : « On a besoin de cette réforme ! ». « Il faut rendre le système un peu plus performant », surenchérit Giesbert. Ce sera d’ailleurs le leitmotiv des commentateurs. Sur BFM Business, Nicolas Doze explique quant à lui doctement que la réforme sert à « faire de la SNCF une entreprise normale, afin qu’elle puisse vivre dans un monde normal de concurrence » (4 avril). De là à dire que la concurrence est naturelle, il n’y a qu’un pas…

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Pour l’infatigable Alain Duhamel, la réforme de la SNCF est inéluctable : « Qu’une profonde réforme de la SNCF soit nécessaire, il est difficile de le nier : un endettement gigantesque, ingérable, une ouverture à la concurrence inéluctable et toute proche, un réseau ferré en état déplorable, les voies secondaires ayant été sacrifiées au tout TGV, des retards et des défaillances de plus en plus sensibles, un statut des cheminots aux particularités coûteuses, tout cela s’appelle bel et bien une crise. » (Libération, 22 mars 2018)

La réforme est aussi approuvée (et soutenue) au Figaro par le directeur des pages économie, Gaëtan de Capele : « Lorsque des sommes astronomiques deviennent nécessaires pour entretenir un système d’un autre temps, ce n’est plus acceptable. C’est tout l’enjeu de la bataille pour réformer la SNCF. » (16 mars) Et dans un savoureux éditorial intitulé « Tenir », Yves Thréard somme le président et son gouvernement de ne rien lâcher : « S’ils cèdent, ils pourront dire adieu, ou presque, au train de réformes qu’ils entendent conduire sur d’autres fronts. (…) Ils n’ont donc pas d’autre choix que de tenir. (…) S’il ne le franchit pas, il restera durablement immobile, sur une voie de garage. » Et de conclure : « Avec la réforme de la SNCF, notre pays est à un tournant. » (3 avril)

Cette convergence éditoriale au service de la réforme gouvernementale se double d’une attaque en règle contre les grévistes de la SNCF et la CGT en particulier. Jean Quatremer par exemple manie élégamment l’outrance et la caricature sur Twitter :



Dans Le Point, Pierre-Antoine Delhommais développe une thèse originale ; à savoir que « les cheminots sont moins des privilégiés que des rentiers. » (1er avril) Autrement dit, « des individus occupant en toute légalité des positions leur permettant d’avoir des revenus supérieurs à la valeur de leur travail. » Tout en finesse, le chroniqueur insiste (et amalgame) : « La concurrence et la réforme sont les ennemies de longue date des ultraconservateurs dans l’âme que sont les rentiers, que ces derniers soient rentiers de la terre, des emprunts d’État ou rentiers du rail. » Quant aux rentiers de la presse, profitant des aides publiques qui maintiennent artificiellement à flot les titres qui les font vivre, Pierre-Antoine Delhommais n’a pas un mot pour eux…

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Plus accablé, Eric Le Boucher va dans le même sens : « Si la CGT reste dans la résistance, elle mourra avec la SNCF et elle ne répondra pas à l’exigence d’efficacité des Français. » (Les Echos, 23 mars) Interprète des exigences des Français, conseil en stratégie pour la CGT, prophète de l’avenir de la SNCF, les talents d’Éric Le Boucher sont multiples.

Pour Christophe Barbier, il ne faut pas entendre les revendications des cheminots : « Parce qu’ils se trompent, et puis parce que certains de leurs leaders mentent : il n’y aura pas de privatisation de la SNCF ! » Insistant sur la « mauvaise foi des cheminots » il assène qu’« il n’y a pas de quoi mettre en grève le pays. » (BFMTV, 2 avril). Franz-Olivier Giesbert ne dit pas autre chose : « Ce qui est intéressant, c’est la désinformation. La CGT y va. Les fakenews, c’est incroyable ! Ils [le gouvernement] vont privatiser ? Le texte dit le contraire. » (BFMTV, 6 avril).

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Pourtant, Nicolas Doze sur BFM Business (4 avril), que l’on ne peut pas soupçonner de complaisance à l’égard de la CGT, nuance l’acharnement des duettistes : « Il faut être honnête, si dans dix ans un exécutif décide dans la loi, que le capital de la SNCF peut être dilué par augmentation de capital comme on a fait pour EDF, il y a moyen. Il y a des techniques si on veut vraiment ouvrir le capital » [3]. Tout comme il y a des techniques journalistiques si on veut vraiment aider le gouvernement à plaider pour une réforme et discréditer les syndicats qui s’y opposent.


« Un problème de méthode »

Le discours est toujours le même chez nos éditocrates : « Si la réforme est indispensable et qu’il n’existe pas d’autre réforme que la réforme, seule importe la “méthode [4]. » Et les débats tourneront autour de la « méthode », des « négociations », du « dialogue social », de la « pédagogie »...

« La méthode Macron en zone de turbulences » commente par exemple Dominique Garraud dans La Charente Libre le 19 mars 2018. Dans le même esprit, l’éditorial d’Aujourd’hui en France du 3 avril, intitulé « Expliquer et convaincre », montre que l’un « des défis pour le gouvernement sera de conserver ce soutien [de l’opinion publique]. En expliquant clairement en quoi la mise en concurrence de la SNCF, rendue obligatoire par l’Union européenne, garantira un meilleur service aux usagers. »

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Au départ les éditorialistes qui soutiennent la réforme sont séduits par la méthode. Ainsi, Gaëtan de Capèle encourage le gouvernement dans Le Figaro : « Si la colère gronde aujourd’hui chez les syndicats, c’est que la méthode du gouvernement Philippe rompt avec cette défausse institutionnalisée. Pour la première fois depuis bien longtemps, le politique reprend la main et tranche. » (28 février) Et d’ajouter : « Pour les réformes, tant de fois repoussées, c’est maintenant ou jamais. »

Mais attention, si la réforme est forcément bonne, il importe de l’expliquer. Dans Les Echos, Éric Le Boucher s’inquiète : « S’il mène ses réformes à grand train, le président peine à inscrire sa “révolution” dans les têtes. Ce trou entre l’action et l’explication risque, à terme, de lui jouer des tours. (…) Faute d’avoir trouvé l’explicabilité de son action, Emmanuel Macron va subir des bourrasques. » (30 mars 2018)

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Même son de cloche dans Ouest-France (14 avril) sous la plume de François-Xavier Lefranc : « Le président de la République s’est engagé sur la reprise par l’État d’une partie de la dette. (…) Là aussi, la dimension pédagogique du discours présidentiel devenait plus que nécessaire. » Et pour Dominique Seux sur France Inter, « le gouvernement a lui aussi un problème. Il n’a pas encore réussi à montrer en quoi sa réforme va apporter quelque chose aux voyageurs, sur la qualité de service, la ponctualité et les matériels. » (29 mars)

Dans une chronique fortement alambiquée, Thomas Legrand, sur France Inter attend plus d’écoute : « Imaginez l’état d’esprit d’un macroniste ancien électeur du PS par exemple. […] Ce n’est pas la réforme de la SNCF en elle-même qui lui pose problème mais bien la façon dont elle est défendue ! […] C’est étrange mais cette grande réforme structurelle est menée à l’ancienne, réactivant, par là même, des attitudes syndicales aussi à l’ancienne. Le gouvernement n’a pas écouté l’UNSA et la CFDT. […] Le tout donne une teinte autoritaire à une réforme, en réalité, équilibrée. » (4 avril)

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L’émission de « C dans l’air » du 3 avril 2018 sur France 5 est le parfait exemple du débat qui anime les commentateurs : en réunissant quatre invités favorables au libéralisme économique (Christophe Barbier, Raymond Soubie, Brice Teinturier et Fanny Guinochet - journaliste à L’Opinion), l’objectif n’est pas de discuter de la réforme puisque tout le monde est d’accord, mais bien de la façon – la méthode, donc – de la faire passer.

Dans Le Figaro, François Lenglet résume ainsi l’inquiétude des éditocrates : « Si la finalité de la réforme [de la SNCF] est bonne et sa nécessité non contestable, il demeure donc un problème de méthode. » (11 avril)

Nous avions compris.


***

 

MACRON BARBIER

On le voit, on le sait, les éditocrates orchestrent les débats et se posent en « gardiens du consensus ». Si la réforme de la SNCF est forcément « nécessaire » assènent-ils, elle doit être expliquée. Et bien expliquée pour mieux passer. Sinon le risque est d’échouer et de renoncer, comme met en garde Christophe Barbier : « Si le gouvernement reculait, Édouard Philippe perdrait toute crédibilité, et Emmanuel Macron perdrait une bonne part de son autorité. » (BFMTV, 3 avril) Heureusement pour eux – et tant pis pour le débat public –, quand les éditocrates radotent, plastronnent et prescrivent, ils ne perdent jamais leur magistère !


Mathias Reymond

http://www.acrimed.org/Reforme-de-la-SNCF-7-les-gardiens-du-consensus

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Une telle unanimité des chroniqueurs, éditorialistes..., ça ne vous rappelle rien?

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