dimanche 25 février 2018

Majed Nehmé: “Pourquoi nous avons été mis sur la liste noire des médias français”

Majed Nehmé a été en prison en Syrie en 1981 et pourtant, il défend la Syrie aujourd’hui contre l’agression de la France et de ses alliés.

VID CENSURE SYRIE

Du coup, le rédacteur en chef d’Afrique-Asie a été boycotté par les grands médias français et son propre journal a dû mettre la clé sous la porte, harcelé par le gouvernement.

Journaliste professionnel, il accuse avec force :

« Le Monde, on le dit de gauche mais c’est du néoconservatisme, il n’y a plus de journalisme dans ce quotidien. »

Majed Nehmé expose aussi les vrais enjeux de cette guerre, révélant le rôle stratégique de la Syrie au Proche et au Moyen-Orient.

« La France ne peut ‘exporter la démocratie’ avec des barbus, des assassins, des égorgeurs d’enfants », c’est se moquer des gens. »

SOURCE: Investig’Action

Pour voir la vidéo:

https://www.investigaction.net/fr/majed-nehme-pourquoi-nous-avons-ete-mis-sur-la-liste-noire-des-medias-francais/

https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=dLh4mbziRoA

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jeudi 22 février 2018

KOSOVO | Le calamiteux «bébé» de la diplomatie suisse

*A l’occasion des dix ans de la république autoproclamée du Kosovo, les médias occidentaux et suisses en particulier y sont allés de leur pommade… sachant que la ministre suisse des Affaires Etrangères de l’époque fut en pointe du combat pour la reconnaissance de cette «république» arrachée à la Serbie par l’OTAN. Quelques voix, tout de même, détonnent dans le concert de louanges.

TL SUISSE KOSOVO

ERRARE HUMANUM EST, PERSEVERARE DIABOLICUM

Madame Calmy-Rey peut s’enorgueillir à bon droit de quelques succès durant sa charge de cheffe du département fédéral des affaires étrangères, de 2003 à 2011. Ses engagements pour les femmes, dans les dossiers iranien ou coréen furent au nombre de ses actions courageuses. Sur le Kosovo, à la faveur du dixième anniversaire, elle persiste et signe son soutien à l’indépendance, en dépit de nombreux rapports sur le piteux état du pays, y compris pour les [mauvais traitements infligés par des proxénètes ​ aux femmes](https://www.osar.ch/assets/herkunftslaender/europa/kosovo/151007-kos-gewaltgegenfrauen-themenpapier-f.pdf), dont MCR se veut une défenseure ​ zélée​. Les connaisseurs du droit international avaient pointé l’illégalité de l’indépendance autoproclamée et souligné le précédent que cela ne manquerait pas de constituer. Madame Calmy-Rey afficha son dédain du droit et son déni de la réalité.

Dans l’affaire de la Crimée, la Russie ne manque pas de se référer au précédent Kosovar. Avec son livre KOSOVO, une guerre juste pour un État mafieux, Pierre Péan est loin d’être le seul à dénoncer l’enfant chéri de l’ancienne cheffe du DFAE.

A ce jour, ni l’ONU ni l’UE n’ont reconnu l’indépendance du Kosovo. Le premier pays a l’avoir reconnu fut significativement l’Autriche, ennemie historique de la Serbie. L’islamisme se porte bien au Kosovo, un détail sans doute. Les États-Unis y ont installé le camp Bondsteel (nom d’un général de la guerre du Vietnam), qui, avec près de 4000 km2, est leur seconde base militaire en Europe, gérée par quelques militaires et nombre de personnels de sociétés privées de sécurité. ​ La Suisse, sous l’impulsion de MCR, fut au nombre des sages-femmes ​qui mirent au monde un bébé conçu par les bombes de l’OTAN. La Confédération avait d’ailleurs rejoint deux ans avant la Guerre du Kosovo, en 1996, le «Partenariat pour la Paix», antichambre de l’OTAN. Aux côtés de l’OTAN, la Suisse participe aux manœuvres aériennes au-dessus de la Baltique, censées impressionner la Russie. Est-ce encore de la neutralité?

Madame Calmy-Rey, en dépit de tout cela, baigne avec délectation dans son autosatisfaction.

http://log.antipresse.net/post/kosovo-le-calamiteux-bebe-de-la-diplomatie-suisse?mc_cid=c4d7b7c51c&mc_eid=3a5e263339

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lundi 19 février 2018

Face à Theresa May, Boris Johnson appelle les Britanniques à « tirer avantage » d’un Brexit dur

Le ministre des affaires étrangères britannique a défié à nouveau la première ministre, mercredi, et a mis en garde l’Union européenne.

act bojo

Jusqu’à quel point le Royaume-Uni peut-il s’écarter des règles de l’Union européenne (UE) sans perdre son libre accès à ce marché de 500 millions d’habitants ? Alors que Theresa May ne parvient pas à répondre à cette question cruciale, son ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, a ajouté sa couche de brouillard et défié à nouveau la première ministre en prononçant un long discours, mardi 14 février à Londres.

Certes, l’ancien leader de la campagne pro-Brexit considère le divorce avec les Vingt-Sept comme « une chance considérable » et « une manifestation du génie national » britannique. Mais, il a aussi admis qu’« en matière de normes européennes pour les machines à laver ou les sèche-cheveux (…), il pourrait être judicieux pour nous de rester alignés ».

« Faire les choses différemment »

Michel Barnier, chef négociateur de l’UE sur le Brexit, s’impatiente de connaître les objectifs britanniques et une partie du gouvernement May défend un alignement maximum sur l’UE. M. Johnson, lui, a plaidé au contraire en faveur d’un « Brexit libéral », une rupture nette permettant au Royaume-Uni de se « libérer » de certaines règles fiscales, éthiques, douanières et environnementales européennes.

« Nous serions fous d’endurer ce processus d’extirpation de l’UE sans tirer avantage des libertés qu’il apporte sur le plan économique. C’est seulement en reprenant le contrôle de nos lois que les entreprises britanniques auront la liberté d’innover, sans le risque d’avoir à se conformer à quelque directive concoctée par Bruxelles à la demande pressante d’un lobby dans le but de freiner un concurrent britannique. »

Revendiquant le droit pour son pays de « faire les choses différemment », M. Johnson a prédit que les livres d’histoire décriraient un jour le Royaume-Uni comme le pays qui « a eu le courage de rompre avec l’idée dépassée » de l’UE et « de montrer la voie pour façonner le monde moderne », comme il l’avait fait pendant la Révolution industrielle.

Mais M. Johnson n’a pas dit un mot des conséquences qu’aurait l’abandon des normes sociales qu’il prône de fait, et le rétablissement de la frontière irlandaise que son « hard Brexit » provoquerait nécessairement, et que Bruxelles ne peut admettre.

Des lendemains de Brexit qui chantent

Incontrôlable figure du gouvernement, « BoJo » avait décidé en solo de prononcer ce « discours de la Saint-Valentin ». Pour tenter d’en minimiser l’impact, Mme May a répondu en catastrophe en envoyant au front trois de ses ministres – MM. Davis, Fox et Lidington – qui interviendront publiquement la semaine prochaine sur le Brexit, avant une réunion du « cabinet de guerre sur le Brexit ». La première ministre doit elle-même prononcer, samedi à Munich (Allemagne), un discours sur la sécurité en Europe. Puis couronner le tout, la semaine prochaine, par une grande intervention décrivant enfin « la route du Brexit ».

Deux ans ont passé mais « BoJo » a livré un discours sur le thème des lendemains de Brexit qui chantent, comparable à ceux qu’il prononçait pendant la campagne du référendum. Il a revendiqué pour Londres le droit de « reprendre le contrôle » de l’entrée des Européens au Royaume-Uni tout en conservant le libre accès au marché des Vingt-Sept. Comme si Bruxelles n’avait pas exclu d’accorder « le beurre et l’argent du beurre ».

« La part du lion » de la croissance économique « se trouve en dehors de l’UE, en particulier dans la région Asie-Pacifique », a-t-il dit pour justifier son option en faveur du grand large. Fidèle à son style imagé, il a cité le succès des « exportations de présentoirs de Toblerone dans les aéroports en Arabie saoudite » – fabriqués dans sa circonscription – comme témoignage des ambitions mondiales du pays.

Selon lui, le divorce avec l’UE va permettre des percées dans des domaines comme les instruments financiers innovants et la recherche sur les cellules-souches. Tant pis si le maintien des transactions en euro est incertain pour la City de Londres et si le Brexit signifie la fin des crédits européens de recherche. Le ministre a aussi évoqué l’interdiction du trafic d’animaux vivants et l’assouplissement de la réglementation environnementale.

Un message de réconciliation pour la Saint-Valentin

Pour autant, le Brexit, loin de traduire une volonté de « tirer le pont-levis », répond au choix des Britanniques « d’un gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple », a assuré Boris Johnson, dont les performances de ministre des affaires étrangères sont contestées. Alors que le futur statut des compagnies aériennes low cost, très populaires pour les vacances au soleil, reste incertain, le chef du foreign office a déclaré :

« Nous continuerons encore davantage à prendre des vols bon marché pour des enterrements de vie de garçon dans des villes anciennes, à tomber amoureux, à nous démener joyeusement pour apprendre des langues européennes en déclin (…), à prendre notre retraite en Espagne ».

En choisissant le jour de la Saint-Valentin, M. Johnson cherchait à adresser un message de réconciliation à la moitié du pays qui fulmine (les remainers, partisans du maintien dans l’UE sont devenus des remoaners, qui « râlent »). « BoJo » a ainsi reconnu « un durcissement du climat » et « un sentiment de douleur et d’isolement » chez les anti-Brexit à qui il a « tendu la main ». Il n’a cependant pas réussi à convaincre Keir Starmer, porte-parole du Labour, qui l’a accusé de défendre « un Brexit de dérégulation où les droits et les protections sont négligemment mis de côté et qui ignore les bénéfices du marché unique ». Ni Sarah Wolliaston, députée conservatrice proeuropéenne, qui lui a reproché de « ne se préoccuper d’aucune des sérieuses difficultés pratiques qu’affronteront les vrais gens en cas de Brexit dur ».

Reconnaissant pour la première fois que certains Britanniques sont « de plus en plus déterminés à arrêter le Brexit », Boris Johnson a qualifié cette revendication d’« intolérable et antidémocratique ». Quant à l’idée d’un second référendum, elle produirait selon lui « une année de plus de querelle et de crise ». « Donc n’allons pas dans cette direction », a-t-il conseillé, sans pour autant se risquer à affirmer qu’en cas de nouveau vote, son camp, celui du Brexit, serait à nouveau vainqueur.


http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/02/14/face-a-theresa-may-boris-johnson-appelle-les-britanniques-a-tirer-avantage-d-un-brexit-dur_5257005_3214.html#g5qy211lPlPHI48Z.99

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Le Monde ne considère pas, on le voit, que la revendication d'un nouveau référendum est "intolérable et antidémocratique". Il faut dire que ce journal euro- atlantiste avait soutenu la trahison de 2005. Une continuité logique dans le mépris de l'expression des peuples, finalement.  P.G.

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samedi 17 février 2018

Vidéos du jour: Europe Les Etats désunis (Coralie Delaume)

VID CORALIE DELAUME

Europe Les Etats désunis Coralie Delaume

https://www.youtube.com/watch?v=iSz5CgWiOyo

La méthode Monnet/Quelle finalité politique pour l'Europe?

La construction européenne n'est pas un beau projet qui aurait mal tourné!

Voir aussi:

Coralie DELAUME

https://www.youtube.com/watch?v=kFmXFJ4FL3Q

Ou encore:

'UE : contre les nations, contre les démocraties ? Conférence avec Pierre Manent et Coralie Delaume

https://www.youtube.com/watch?v=ZCNu6KxyoFM

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Les analyses de Coralie Delaume rejoignent les nôtres sur de nombreux points et nul doute que son approche honnête et pédagogique contribue nettement à faire progresser l'idée de souveraineté dans les milieux de la gauche dont elle est proche, une perspective qui nous réjouit bien sûr, car il n'y aura jamais de FREXIT sans un rassemblement provisoire au- delà du clivage droite- gauche: le réflexe partisan entretenu par le système euro- atlantiste et nombre de politiciens à son service, à droite comme à gauche, doit être surmonté de toute urgence dans l'intérêt de la France. Et pour ceux qui ont peur de perdre leur "âme révolutionnaire et progressiste", rassurez- vous, dès l'indépendance recouvrée, nous redécouvrirons avec délectation nos vieilles querelles idéologiques!   P.G.

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1968: comment une révolution gauchiste a aidé le capitalisme à l'emporter

TRIBUNE LIBRE  / 

Slavoj Žižek

ARG 68 1

Le mouvement contestataire de mai 1968 a transformé le monde occidental. Aujourd'hui, presque 50 ans plus tard, il est clair qu'un mouvement supposément gauchiste a finalement aidé le capitalisme à poursuivre sa domination.

Bien qu'un immense abîme sépare la révolution sociale des années 1960 des protestations d'aujourd'hui, nous assistons à une réappropriation analogue de l'énergie de la révolte par le système capitaliste.

L'un des slogans bien connus apparus sur les murs de Paris de 1968 était: «les structures ne marchent pas dans les rues », ce qui signifiait que l'on ne pouvait rendre compte des grandes manifestations étudiantes et ouvrières de 68 par le structuralisme. Et c'est pourquoi certains historiens situent même 1968 comme la date qui marque le passage du structuralisme au post-structuralisme qui, ainsi va l'histoire, aurait été beaucoup plus dynamique et propice à des interventions politiques actives.

La réponse du psychanalyste français Jacques Lacan fut qu'en réalité c'est précisément ce qui s'était passé en 1968: "les structures sont effectivement descendues dans la rue" - les explosions spectaculaires n'étaient finalement que le résultat d'un changement structurel de la texture sociale et symbolique fondamentale de l'Europe moderne.

"Baby, light my fire"

Les conséquences de l'explosion de 1968 le prouvent bien. Ce qui s'est effectivement passé au lendemain des années 68, c'est la montée d'une nouvelle figure de «l' esprit du capitalisme». En effet, le système dut abandonner la structure centralisée fordiste du processus de production au profit d'une forme d'organisation meiux adaptée à ses contraintes d'alors, basée sur les réseaux et fondée sur l'initiative des employés et l'autonomie sur le lieu de travail.

Ainsi, au lieu de chaînes de commandement hiérarchisées-centralisées, nous avions maintenant des réseaux avec une multitude de participants, organisant le travail sous la forme d'équipes ou de projets. Des "rapports sociaux de production" désormais axés sur la satisfaction du client, et une mobilisation générale des travailleurs sous la houlette  bienveillante et visionnaire de leur nouvelle classe dirigeante. Ce nouvel « esprit du capitalisme » (1) a triomphalement récupéré la rhétorique égalitaire et anti-hiérarchique de 1968, se présentant comme une révolte libertaire réussie contre les organisations sociales oppressives du capitalisme d'entreprise ET du socialisme « réellement existant ».

Les deux phases de ce nouveau « capitalisme culturel » sont clairement perceptibles dans les changements stylistiques au sein de la publicité. Dans les années 1980 et 1990, c'était la référence directe à l'authenticité personnelle ou à la qualité de l'expérience qui prédominait, tandis que plus tard, on note de plus en plus la mobilisation de motifs socio-idéologiques (écologie et solidarité sociale). En fait, l'expérience concrète sollicitée est celle de l'adhésion ou participation à un mouvement collectif plus large, du "souci" de la nature et du bien-être des "souffrants", des pauvres et des démunis, toutes préoccupations qui invitaient à "faire quelque chose pour eux".

Donner un coup main ?

Citons par exemple un cas de ce « capitalisme éthique » porté à l'extrême : Toms Shoes, une société fondée en 2006 sur un principe: avec chaque paire que vous achetez, TOMS donnera une paire de chaussures neuves à un enfant dans le besoin. " Un pour un. "  (...)

Parce que parmi les 7,6 milliards d'habitants de la planète, quatre milliards vivent dans des conditions inconcevables pour ceux qui vivent au sommet de la hiérarchie sociale. Mais désormais, le péché du consumérisme (l'achat d'une nouvelle paire de chaussures) va pouvoir être expié et effacé par la consolation que l'un de ceux qui ont vraiment besoin de chaussures en aura reçu une autre paire gratuitement. Ce qui signifie que l'acte même de participer à des activités consuméristes est simultanément présenté comme participant "au final" à la lutte contre les méfaits sociaux du consumérisme capitaliste.

De même, beaucoup d'autres aspects de '68' ont été acculturés avec succès dans l'idéologie capitaliste hégémonique et sont aujourd'hui mobilisés non seulement par les libéraux, mais aussi par la droite contemporaine, dans leur lutte contre toute forme de « socialisme ». Par exemple : la "liberté de choix "est utilisée comme un argument valorisant les avantages du travail précaire. Donc, oubliez l'angoisse de ne pas savoir comment vous allez survivre les prochaines années et concentrez-vous plutôt sur le "présent" : le fait que vous vous "émancipez" par cette liberté de vous «réinventer» encore et encore, qui vous épargne d'être englué dans le même travail monotone.

"Bouleversement complet"

La protestation de 1968 a concentré sa lutte contre (ce qui était perçu comme) les trois piliers du capitalisme: l'usine, l'école et la famille. Par conséquent, chaque domaine a été soumis à une transformation post-industrielle. Le travail en usine devient de plus en plus externalisé ou, dans le monde développé, réorganisé en travail d'équipe interactif non hiérarchique post-fordiste. Pendant ce temps, l'éducation permanente, flexible et privatisée remplaçait de plus en plus l'éducation publique universaliste et de multiples formes d'arrangements sexuels flexibles remplaçaient la famille traditionnelle.

Dans le même temps, la gauche perdit le bénéfice de ses propres succès : l'ennemi désigné était vaincu, mais remplacé par une nouvelle forme de domination capitaliste encore plus directe. Dans le capitalisme « postmoderne », le marché envahit de nouvelles sphères considérées jusqu'à présent comme le domaine privilégié de l'État, de l'éducation aux prisons et à la sécurité.

Quand le « travail immatériel » (comme l'éducation) est célébré comme le travail qui produit directement des relations sociales, il ne faut pas oublier ce que cela signifie dans une économie marchande. Que de nouveaux domaines, jusqu'alors exclus du marché, sont maintenant marchandisés. Donc, quand nous sommes en difficulté, nous ne parlons plus à un ami mais payons un psychiatre ou un conseiller pour s'occuper du problème. Et à la place des parents, des baby-sitters rémunérés et des éducateurs prennent soin des enfants.

Lourd fardeau

Bien sûr, il ne faut pas oublier les véritables réalisations de '68'. Le mouvement a ouvert un changement radical dans la façon dont nous considérons les droits des femmes, l'homosexualité et le racisme. Depuis les glorieuses années 60, nous ne pouvons tout simplement plus nous livrer au racisme public et à l'homophobie comme nous le pouvions encore dans les années 1950. Ainsi, '68' n'était pas un événement univoque mais un événement ambigu dans lequel différentes tendances politiques étaient confondues, c'est pourquoi il est également resté une épine dans le pied de nombreux conservateurs.

Nicolas Sarkozy l'a avoué quand il a dit dans sa campagne électorale en 2007 que sa grande tâche était de faire en sorte que la France finisse par surmonter 68. L’ironie de cette remarque c'est évidemment le fait que Sarkozy, avec ses débordements clownesques et son mariage avec Carla Bruni, puisse devenir président de la Républque française est en soi l'un des résultats des changements d' "us et coutumes" qui furent les seuls effets "positifs" de mai 68.

Nous avons donc à confronter, selon les "mémoires", l'héritage de « leur » mai 68 et de « notre » mai 68. Pour la mémoire collective prédominante d'aujourd'hui il faut que soit oubliée « notre » idée de base des manifestations de mai à Paris :  le lien entre les manifestations étudiantes et les grèves ouvrières .
Le véritable héritage de 1968 réside dans son rejet du système libéral-capitaliste, dans un NON à la totalité de celui-ci , ce qu'exprimait la formule : "Soyons réalistes, demandons l'impossible ! ".
Inversement, la véritable utopie est la croyance que le système global existant peut se reproduire indéfiniment et que la seule façon d'être vraiment « réaliste » est d'approuver ce qui, dans les perspectives de ce système, ne peut qu'apparaître comme impossible.
La fidélité à Mai 68 s'exprime donc le mieux par la question: comment préparer ce changement radical et en poser les fondements?

1 NdT : Dans "Le nouvel esprit du capitalisme" publié en 1999 , soit 25 ans après les livres de Michel Clouscard, Luc Boltanski et Ève Chiapello découvraient la lune...

[Plusieurs sections de cet article ont été extraites de publications antérieures de Slavoj Žižek.]

traduit de l'anglais par Tropiques

Tag(s) : #politique, #histoire, #slavoj zizek

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/02/zizek-sur-1968.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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2018 est aussi l'année des commémorations de 1968. Nous publierons bien sûr plusieurs argumentaires et "tribunes libres" sur ce thème. J'invite chacun à proposer des analyses. Il suffit d'envoyer vos articles (sans omettre les sources) à la délégation régionale UPR.  P.G.

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La loi contre les fake news est prête

La «loi de fiabilité et de confiance de l’information» va être présentée dans les jours qui viennent par le groupe de la majorité parlementaire. Elle réglemente les plateformes numériques et les médias sous influence d’un Etat étranger.

ACT MEDIAS INFLUENCE

Sur la lutte contre les «fake news», le gouvernement n’a pas traîné. Annoncé par Emmanuel Macron début janvier, lors des vœux du président de la République à la presse«Le texte de loi est quasiment prêt», assure-t-on au ministère de la Culture. Car le cabinet de Françoise Nyssen, chargée de superviser le dossier, y travaille depuis le mois de septembre. Bien qu’émanant de l’exécutif, il sera présenté dans les prochains jours, sous la forme d’une proposition de loi, par le député de la majorité à qui il incombera de le porter. Il devrait porter le nom de «loi de fiabilité et de confiance de l’information».

Le texte créera une nouvelle législation. Il ne consistera pas en une simple modification de la grande loi de juillet 1881 qui encadre le droit de la presse et qui reconnaît déjà le délit de «fausse nouvelle». «Notre sujet n’est pas de définir ce qu’est une fausse nouvelle. Le vrai sujet est l’univers, les tuyaux, les canaux de diffusion des fausses nouvelles aujourd’hui», explique-t-on au ministère de la Culture. Deux «vecteurs» sont ciblés : «le numérique au sens large», notamment les réseaux sociaux (Facebook) et les sites de partage de vidéo (Youtube), ainsi que «les médias sous influence d’un Etat étranger». Une formule qui vise par exemple les médias financés par la Russie (comme RT ou Sputnik).

Campagnes

Le ministère de la Culture dit avoir étudié les dispositifs existant en Allemagne et au Royaume-Uni et leurs limites. Il explique être parti de cas concrets de fake news détectées lors des dernières élections américaines, de la campagne du Brexit ou du référendum en Catalogne. La proposition de loi française s’appliquera lors des périodes de campagnes des élections nationales, au maximum cinq semaines avant le scrutin. Elle contiendra trois grandes dispositions. La première, dans le champ de l’audiovisuel, permettra au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de «suspendre», voire de «révoquer» la convention d’un média sous influence d’un Etat étranger dont l’autorité indépendante jugerait qu’il propage une fausse nouvelle. Or sans convention avec le CSA, il est interdit pour un média audiovisuel d’émettre.

La deuxième disposition concernera les plateformes numériques. Lors des périodes tombant sous le coup de la loi, les Facebook, Twitter et autres Youtube seront dans l’obligation de publier par qui et pour quel montant les «contenus d’information» dits «sponsorisés» l’ont été. Cette pratique relevant de la publicité permet à l’auteur d’un contenu de le rendre plus visible, moyennant une transaction financière avec les plateformes numériques. Il s’agit par exemple de le faire remonter dans le fil d’actualités des utilisateurs de Facebook ou de le mettre en bonne place sur la page d’accueil de Youtube.

«Chiffon rouge»

«Le fait de publier le montant de la transaction peut être utile aux médias qui font du fact-checking [vérification des faits, ndlr] », souligne-t-on rue de Valois. « S’ils voient un contenu sponsorisé pour un million d’euros, ils s’y intéresseront plus qu’à celui sponsorisé pour 50 euros.» Encore faut-il que les plateformes jouent le jeu. A cet égard, le gouvernement se montre optimiste. «Les hébergeurs comprennent l’enjeu», assure-t-on au ministère de la Culture. La loi leur imposera en outre un «devoir de coopération» en la matière.

Enfin, la troisième disposition vise à armer le droit d’un outil législatif permettant d’agir rapidement contre la désinformation. Elle donnera aux citoyens la possibilité de saisir un juge des référés «pour faire cesser la diffusion massive et artificielle d’une fausse nouvelle», explique le cabinet de Françoise Nyssen, où l’on a conscience d’être là en présence d’un «chiffon rouge». Car c’est à ce juge qu’il reviendra de qualifier qu’une nouvelle est fausse. Une lourde responsabilité pour l’autorité judiciaire, qui promet de nourrir les débats parlementaires.

Source :

http://www.liberation.fr/france/2018/02/12/la-loi-contre-les-fake-news-est-prete_1629176

https://aphadolie.com/2018/02/16/la-loi-contre-les-fake-news-est-prete/

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On va bien rigoler quand les "plateformes" annonceront les sommes investies par certains états étrangers pour influencer l'information en France! Cela obligera l'autorité de "régulation" à publier une liste des Etats non autorisés à faire du "lobbying" idéologique, au risque de révéler a contrario la liste des Etats intervenant régulièrement dans la ligne éditoriale des organes de presse au sein de l'Union européenne...  P.G.

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jeudi 15 février 2018

Corse : « L’État doit prendre en compte les spécificités territoriales »

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La propagande fait rage dans les médias euro- atlantistes pour convaincre les Français qu'il faut démanteler le principe républicain d'"égalité des territoires" au profit des "spécificités territoriales". A titre d'exemple, cet entretien paru dans le journal "La Croix". Stupéfiant!  P.G.

TRIBUNE LIBRE / Géraldine Chavrier, professeur de droit public à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

TL CORSE DEREGL

La Croix : Que changerait la mention de la Corse dans la Constitution ?

Géraldine Chavrier : Tout dépend comment on la mentionne. Lors de la révision constitutionnelle du 23 mars 2003, on a décidé de citer l’ensemble des collectivités territoriales d’outre-mer, qu’elles soient régies par l’article 73 (départements et régions d’outre-mer) ou par l’article 74 (collectivités d’outre-mer, les ex-territoires d’outre-mer). On l’a fait afin d’inscrire dans la Constitution Mayotte, dont le rattachement à la France est internationalement contesté.

Inscrire la Corse dans la Constitution, si c’est juste pour la mentionner comme les collectivités territoriales d’outre-mer, c’est sans intérêt au-delà du simple rappel de son appartenance à la République française.

Mais ce n’est pas la logique recherchée par la Collectivité territoriale de Corse. Celle-ci souhaite se voir octroyer davantage d’autonomie dans le cadre de l’article 74. Les collectivités d’outre-mer régies par cet article bénéficient chacune d’un statut qui tient compte de ses « intérêts propres ». Les lois et les règlements n’y sont pas tous applicables de plein droit.

La Collectivité territoriale de Corse a-t-elle épuisé toutes les marges de manœuvre de son statut actuel ?

G. C. : Le statut de 2002 prévoyait que la Corse puisse déroger, à titre expérimental et pour une durée limités, aux dispositions législatives ou réglementaires. Mais le Conseil constitutionnel a censuré cette possibilité. Finalement, la révision constitutionnelle de 2003 a introduit ce droit pour toutes les collectivités locales.

L’initiative n’en appartient toutefois pas aux élus locaux mais à l’État. Conséquence : ce droit n’a quasiment jamais été utilisé. Si, en Corse, l’État avait joué le jeu de l’expérimentation, on en serait aujourd’hui à une phase d’évaluation. Or, les délais de la future révision constitutionnelle sont très contraints. D’autant plus qu’il y a aussi les travaux des Assises des Outre-mer, qui pourraient également déboucher sur des modifications constitutionnelles.

Emmanuel Macron privilégie une mention de la Corse dans l’article 72, comme les autres collectivités territoriales métropolitaines. Quelles sont, dans ce cadre, les marges de manœuvre ?

G. C. : Il y a sans aucun doute une question corse : l’île est française depuis longtemps, mais les Corses ne sont jamais parvenus à se sentir pleinement Français.[sic] Puisqu’il y a une question corse, il doit y avoir une réponse spécifique. Ce qui sera très difficile dans le cadre de l’article 72.

Les statuts qui se sont succédé depuis 1982 ont été des échecs. L’État a créé des frustrations et des déceptions en soufflant le chaud et le froid, en promettant beaucoup et en accordant peu. On a atteint un point de non-retour : il s’agit maintenant de trouver une vraie réponse pérenne.

Parallèlement, on voit se multiplier les collectivités à statut particulier (Collectivité territoriale de Corse, Métropole de Lyon, intercommunalités à statut particulier), symptôme d’un État qui refuse de prendre en compte les spécificités territoriales. L’audace consisterait à oser confier à toutes les collectivités locales le pouvoir de déroger à la loi et aux règlements de façon définitive, et non plus seulement expérimentale. Dorénavant, dans une certaine limite, le Conseil d’État lui-même adhère à l’idée d’une différenciation non seulement organisationnelle mais aussi normative.

Premier avantage de cette solution, pour ceux qui ont peur que l’île s’éloigne trop de la République : la Corse ne serait pas distinguée, dans la Constitution, des autres collectivités locales métropolitaines. Second avantage, pour les Corses : ils auraient potentiellement la possibilité de jouir de plus d’autonomie que les autres en recourant davantage aux dispositions législatives ou réglementaires.

Propos recueillis par Laurent de Boissieu
https://www.la-croix.com/France/Politique/LEtat-doit-prendre-compte-specificites-territoriales-

lundi 12 février 2018

Varoufakis s’est entouré de tenants de l’ordre dominant comme conseillers Partie 4

TRIBUNE LIBRE / Eric TOUSSAINT

HIST VAROUFAKIS CONSEILLERS

Dans cette partie, nous présentons les conseillers dont s’est entouré Varoufakis. Force est de constater que, dès l’étape de sélection de ses principaux conseillers, Yanis Varoufakis s’est entouré de personnes peu disposées à réaliser les promesses de Syriza (c’est le moins qu’on puisse dire) et à mettre en œuvre des politiques alternatives afin de sortir la Grèce de l’emprise de la Troïka.


Les conseillers de Yanis Varoufakis comme ministre

Dans son ouvrage, Varoufakis décrit l’équipe de ses conseillers directs et lointains. La manière dont l’équipe a été composée est terrible. La logique qui a présidé aux choix des personnes explique en partie l’échec qui allait suivre. Ce n’est pas l’élément déterminant mais cela a joué un rôle.

Alekos Papadopoulos

Pour désigner un vice-ministre des Finances en charge de superviser le Trésor, un poste de la plus haute importance, Varoufakis raconte qu’il a consulté Alekos Papadopoulos, un ancien ministre des Finances des années 1990, issu du Pasok. Varoufakis explique qu’il avait collaboré avec Papadopoulos pour rédiger le programme économique que Georges Papandréou a présenté aux élections de 2004 remportées par les conservateurs de la Nouvelle démocratie. Syriza qui se présentait pour la première fois à des élections avait obtenu 6 députés avec 3,3 % des voix. Nouvelle démocratie de Karamanlis avait obtenu 45,4 % des voix et le Pasok conduit par Papandreou avait récolté 40,5 % des suffrages.

Varoufakis écrit : « Papadopoulos était dans l’opposition par rapport à Syriza, mais il était prêt à me soutenir personnellement et m’a promis de me trouver quelqu’un. (…) Le soir-même il m’a envoyé un sms en me donnant le nom de Dimitris Mardas » |1|. Varoufakis contacte Mardas directement et lui propose le poste de vice-ministre des Finances.

Dimítris Márdas

Il faut savoir que le 17 janvier 2015, huit jours avant la victoire de Syriza, Mardas a publié un article particulièrement agressif contre la députée de Syriza Rachel Makri sous le titre « Rachel Makri vs Kim Jong Un et Amin Dada ». L’article se concluait par la très éloquente question (soulignée par lui-même) « Sont-ce ceux-là qui vont nous gouverner ? ». Dix jours plus tard, ce même Mardas devenait, grâce à Varoufakis, ministre suppléant des Finances. Varoufakis explique dans son livre qu’après un mois comme ministre il s’est rendu compte qu’il avait fait un mauvais choix. Signalons que Mardas, qui a soutenu la capitulation en juillet 2015, a été élu député Syriza aux élections de septembre 2015. Papadopoulos a lui aussi soutenu le 3emémorandum de juillet 2015 |2|.

Varoufakis explique qu’en second lieu il devait choisir le Président du Conseil des économistes. Il se rend compte que ce poste avait été pourvu en son nom par le vice-premier ministre Dragasakis. Ce dernier avait en effet choisi George Chouliarakis, un économiste d’une trentaine d’années qui avait enseigné à l’Université de Manchester avant d’être transféré à la Banque centrale de Grèce. Chouliarakis a joué un rôle néfaste dès l’entrée en fonction de Varoufakis et pourtant celui-ci l’a gardé jusqu’à la fin. Son nom reviendra plusieurs fois dans le récit des évènements.

Ensuite Varoufakis a intégré à son équipe Elena Panaritis, parce qu’elle connaissait bien le langage et le modus operandi de la Troïka. Panaritis, en tant que députée du Pasok, avait voté en faveur du premier mémorandum de 2010. Avant cela, elle avait travaillé à Washington, surtout à la Banque mondiale, où elle s’était construit, selon Varoufakis, un excellent réseau de personnalités proches des institutions basées à Washington. Notamment l’ancien Secrétaire du Trésor, Larry Summers, à qui elle a présenté Varoufakis. Panaritis, dans les années 1990, a travaillé pour la Banque mondiale au Pérou où elle a collaboré avec le régime néolibéral, corrompu et dictatorial d’Alberto Fujimori. Varoufakis raconte : « Quand je l’ai revue avant les élections, je n’ai pas hésité une seconde à lui demander de me rejoindre. Il n’y a pas mieux pour se battre contre le diable que quelqu’un qui l’a servi et qui est devenu son pire ennemi. » |3| La suite a montré que loin d’être devenue son pire ennemi, elle a continué à collaborer avec lui.

Elena Panaritis

Sa nomination comme conseillère du ministre des Finances a provoqué dès le début des remous dans Syriza et Tsipras a essayé de convaincre Varoufakis de s’en défaire. Ensuite, il s’en est très bien accommodé. Plus tard, quand Varoufakis, en mai 2015, a fait nommer, avec l’accord de Tsipras, Panaritis représentante de la Grèce au FMI, cela a provoqué une telle levée de boucliers dans Syriza et au parlement, qu’elle a finalement dû renoncer à ce poste le 1er juin 2015 |4|.

Dans son équipe, Varoufakis a également incorporé Glenn Kim, spécialiste des marchés financiers et en particulier du marché des dettes souveraines. En 2012, il avait collaboré à la mise en œuvre de la restructuration de la dette grecque notamment comme consultant des autorités allemandes. Quand Varoufakis a pris contact avec Glenn Kim, celui-ci lui a dit qu’il travaillait comme consultant pour le gouvernement islandais, qu’il aidait à mettre fin au contrôle des capitaux en vigueur depuis 2008. Cela convenait très bien à Varoufakis qui, à tort, ne voulait surtout pas recourir à un contrôle des mouvements de capitaux, alors qu’il aurait dû prendre en compte les résultats positifs obtenus en Islande.

Varoufakis écrit : « Un cynique dirait que les experts genre Glenn travaillent exclusivement pour l’argent et pour leur carrière personnelle. Peut-être. Mais être entouré de personnes comme lui, qui connaissent toutes les arcanes du pouvoir, est un atout précieux. » Précisons que Glenn Kim a continué à conseiller Tsipras après la capitulation de juillet 2015 |5|.

Matthieu Pigasse

Varoufakis se félicite d’avoir accepté les services de la Banque Lazard et de son directeur, le Français Matthieu Pigasse |6|. La banque Lazard avait collaboré, en échange de dizaines de millions d’euros de commission, à la restructuration de la dette grecque réalisée par la Troïka en 2012. Selon Varoufakis, Matthieu Pigasse et Daniel Cohen (professeur à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris et conseiller de Lazard |7|) qui l’accompagnait « ont réussi à me convaincre en me vantant les avantages de leur complicité, en s’excusant et me proposant leurs précieux services pro bono pour remettre la Grèce debout. Avec des transfuges de cette trempe à nos côtés, notre force technique était décuplée, voire plus. » |8|

Dans l’équipe internationale dont s’est entouré Varoufakis, il faut citer James Galbraith qui lui a apporté un soutien constant et qui a fait plusieurs séjours à Athènes pendant les six premiers mois de l’année 2015. Parmi les personnes que mentionnent Varoufakis comme l’ayant aidé de très près, James Galbraith est le seul à être digne de confiance même s’il a soutenu une orientation beaucoup trop conciliatrice à l’égard des créanciers. James Galbraith est un économiste néokeynésien des États-Unis, proche du Parti démocrate, connaisseur de la politique internationale. En 2009, il avait eu des contacts étroits avec le gouvernement de Georges Papandréou. Galbraith a travaillé principalement sur le plan B et cela dans le plus grand secret. Il témoigne lui-même de cela dans l’ouvrage Crise grecque, tragédie européenne |9|. De tous les membres de l’équipe que mentionne Varoufakis, Galbraith est le seul à propos duquel on peut considérer qu’il pouvait réellement apporter une aide constructive aux autorités grecques. Il a défendu, aux côtés de Varoufakis, une orientation trop modérée qui ne correspondait pas aux défis qu’il fallait relever et il le reconnaît partiellement |10|. Daniel Munevar, un collaborateur de Galbraith, a apporté activement son soutien à Varoufakis dans la négociation avec les créanciers à partir de mars 2015 mais Varoufakis ne mentionne pas son nom |11|.

James Galbraith

Varoufakis préfère mentionner des personnalités étrangères faisant partie directement de l’establishment : « Outre Norman (Lamont), mes partisans d’outremer comprenaient Jeff Sachs, économiste à l’Université de Columbia, Thomas Mayer, de la Deutsche Bank, Larry Summers, et Jamie Galbraith » |12|. Des personnalités avec lesquelles il ne fallait surtout pas s’allier, à part Galbraith, si on voulait réellement promouvoir une solution favorable au peuple grec. En voici quelques exemples.


Larry Summers, Jeffrey Sachs et d’autres : Varoufakis continue avec des choix incompatibles avec le programme de Syriza

Le parcours de Lawrence ‘Larry’ Summers comporte un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles… et empêcher toute collaboration. Varoufakis a pourtant cherché systématiquement celle-ci et en est très satisfait. Il déclare dans l’introduction de son livre : « Nous étions largement d’accord sur l’essentiel, et ce n’était pas rien d’avoir le soutien du formidable Larry Summers (…) » |13|.

Le passé de Summers mérite qu’on souligne quelques étapes importantes.

Lawrence Summers

En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers écrit dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. […] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans |14| ». Il ajoute même, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de […] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée |15| ».

Devenu vice-secrétaire au Trésor sous Clinton en 1995, Summers pèse de tout son poids avec son mentor, le secrétaire d’État, Robert Rubin, pour obtenir l’élimination en 1999 de la loi qui séparait les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et la remplacer par une loi dictée par les banquiers |16|. En 1998, avec Alan Greenspan, directeur de la Réserve fédérale et Robert Rubin, Summers avait aussi réussi à convaincre l’autorité de contrôle des bourses des matières premières, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), d’abandonner toutes les barrières qui « entravaient » le marché des dérivés de crédits vendus de gré à gré (Over The Counter – OTC). La porte est alors grande ouverte pour une accélération de la dérèglementation bancaire et financière qui a abouti à la crise de 2007-2008 aux États-Unis et qui a eu des retombées en Grèce en 2009-2010.

Ajoutons qu’en 2000, Summers fait pression, en tant que secrétaire d’État au Trésor, sur le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz, qui lui a succédé au poste d’économiste en chef et qui est très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettent en œuvre aux quatre coins de la planète où s’allument des incendies financiers. Après l’arrivée du président républicain George W. Bush, il poursuit sa carrière en devenant président de l’université de Harvard en 2001, mais se signale particulièrement en février 2005 en se mettant à dos la communauté universitaire après une discussion au Bureau national de la recherche économique (NBER) |17|. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirme que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, en écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination. Cela provoque une grande polémique |18| tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligent à démissionner en 2006.

En 2009, Summers est devenu membre de l’équipe de transition du président élu Barack Obama et a dirigé le Conseil économique national. En septembre 2010, Summers a quitté l’équipe d’Obama et a repris sa carrière à l’université d’Harvard tout en jouant un rôle dans les coulisses de la politique notamment à Washington. Varoufakis raconte qu’il a demandé à Helena Panaritis de le mettre en contact avec Summers en 2015 afin de pouvoir avoir une influence sur Obama d’une part et sur le FMI d’autre part.

Jeffrey Sachs

Varoufakis a demandé également à Jeffrey Sachs, spécialisé lui aussi dans les jeux d’influence dans les coulisses de Washington, de collaborer de manière rapprochée, ce que celui-ci a accepté en se rendant plusieurs fois à Athènes, à Bruxelles, à Londres, à Washington en 2015, afin de renforcer l’équipe de Varoufakis. Jeffrey Sachs, comme Lawrence Summers, est lié au parti démocrate, et est présenté dans les médias dominants comme favorable à une solution douce aux crises de la dette en tenant compte des intérêts des pauvres |19|. Pourtant, Jeffrey Sachs a été conseiller de gouvernements néolibéraux qui ont appliqué la politique de la thérapie du choc dans leur pays : Bolivie (1985), Pologne (1989), Russie (1991). Dans son livre La Stratégie du choc. Montée d’un capitalisme du désastre (2008), Naomi Klein a dressé un réquisitoire implacable contre Jeffrey Sachs et les politiques qu’il a recommandées en collaboration avec le FMI, la Banque mondiale et les classes dominantes locales.

Varoufakis mentionne également le soutien indéfectible qu’il a reçu de Lord Norman Lamont qui a été Chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances de Grande-Bretagne) dans le gouvernement du conservateur John Major de 1990 à 1993. « Mon amitié avec Lord Lamont of Lerwick, Tory et eurosceptique pur jus, le Chancelier qui avait permis à la Grande-Bretagne d’échapper au Système monétaire européen, s’accordait mal avec mon image d’extrême-gauchiste. » Varoufakis souligne l’importance de la collaboration avec Norman Lamont : « J’ai passé 162 jours à la tête du ministère des Finances et Norman a toujours été un soutien inébranlable, notamment pour finaliser la dernière version de mes propositions de réforme de la dette et de la fiscalité à soumettre à l’UE et au FMI » |20|.

Parmi les autres experts étrangers auxquels Varoufakis a eu recours et qui ont participé à l’élaboration des propositions qu’il a faites aux créanciers : Willem Buiter, qui a rejoint la banque Citigroup en 2010 comme économiste en chef, et Thomas Mayer, ex-économiste en chef de la Deutsche Bank.

Si l’on s’en tient au récit de Varoufakis, le rôle de ces personnalités n’a pas été anodin. Se référant au énième plan qu’il a proposé en mai 2015 aux créanciers, il écrit : « Le temps que j’atterrisse, le Plan pour la Grèce était finalisé. Jeff Sachs avait brillamment rectifié la version que je lui avais envoyée deux jours plus tôt. Norman Lamont avait effectué des ajouts importants ; l’équipe de Lazard avait affiné la proposition d’échange de dettes et Larry Summers avait avalisé l’ensemble. » |21|


Spyros Sagias, un autre exemple d’un défenseur de l’ordre dominant faisant partie du cercle étroit de Tsipras et de Varoufakis

Varoufakis explique qu’il a établi une relation étroite avec Spyros Sagias qui est devenu le conseiller juridique du Premier ministre Tsipras, avec qui il a fait connaissance quelques jours avant les élections. Le choix de Sagias par Tsipras en dit également long sur les priorités de Tsipras au moment de choisir son entourage en tant que chef du gouvernement. Il voulait autant que possible s’entourer de personnages pouvant établir des ponts avec l’establishment, avec le patronat, avec les créanciers. Sagias avait conseillé le gouvernement du socialiste Simitis dans les années 1990 au moment où celui-ci entamait un important programme de privatisations.

Spyros Sagias

Varoufakis décrit Sagias de la manière suivante : « Sagias n’était pas un homme politique mais, comme il se présenta plus ou moins en riant, un avocat systémique. (…) Pas un seul grand contrat d’affaires où étaient en jeu intérêts privés et secteur public n’échappait à sa sagacité : privatisations, vastes projets immobiliers, fusions, il dominait tout. Il avait conseillé Cosco, le conglomérat chinois qui avait acheté des parts du Pirée et rêvait d’en acquérir la totalité, une privatisation à laquelle Syriza était farouchement opposé ». Il ajoute : « Le jour où Pappas m’avait dit que Sagias serait sans doute secrétaire de cabinet, j’avais été heureusement surpris : on aurait un as du droit parmi nous, un conseiller sachant rédiger des projets de loi imparables et déterrer les secrets honteux de l’ancien régime ». « Je l’aime bien, Sagias, pensais-je. Il avait conscience de fricoter avec l’oligarchie et ne s’en cachait pas » |22|. Sagias, comme le montre Varoufakis plus loin dans son livre, a soutenu les choix successifs qui ont amené à la capitulation définitive.

Ajoutons que pendant le gouvernement Tsipras I, il a aussi aidé Cosco à acquérir les parties du Port du Pirée que l’entreprise chinoise ne possédait pas encore |23|. C’est d’ailleurs la firme de Sagias qui avait rédigé la première convention avec Cosco en 2008. Après avoir quitté ses fonctions de secrétaire du gouvernement, Sagias s’est remis encore plus activement à son cabinet d’affaires |24|. Il est redevenu le conseil attitré de grands intérêts étrangers pour favoriser de nouvelles privatisations. Il a servi les intérêts de l’Émir du Qatar en 2016 qui souhaitait acquérir une île grecque, l’île d’Oxyas à Zakinthos, appartenant à une zone Natura. Sagias a également été le conseil de Cosco en 2016-2017 dans un litige avec les travailleurs du port du Pirée, quand il s’est agi de trouver une formule de départ anticipé (ou de licenciement déguisé) pour plus d’une centaine de travailleurs proches de l’âge de la retraite.

Dans la cinquième partie nous aborderons les évènements de janvier-février 2015 : les journées qui ont précédé la victoire attendue de Syriza le 25 janvier, la création du gouvernement Tsipras, le programme de Syriza, l’entrée en fonction de Yanis Varoufakis comme ministre des Finances et les négociations qui conduisent à l’accord funeste du 20 février 2015.

 

Notes

|1| Y. Varoufakis, Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe, Les Liens Qui Libèrent, Paris, 2017, Chapitre 5, p. 127.

|2| Voir Vice, « The Former Finance Minister Who Tried to Warn Greece About the Crisis », publié le 15 juillet 2015, consulté le 12 novembre 2017

|3| Y. Varoufakis, op.cit., Chapitre 5, p. 129.

|4| Adea Guillot, « Grèce : l’ex-députée socialiste Elena Panaritis renonce au FMI », publié le 1er juin 2015, Le Monde

|5| Alors que, sous Varoufakis, il avait été défrayé de manière modeste, il a remis, en août 2015, une facture de 375 000 euros pour la période antérieure à juillet 2015. Cela a provoqué des remous et a alimenté la campagne de discrédit lancé par la presse dominante grecque contre Varoufakis. GRReporter, « A Korean adviser of Varoufakis claims a fee of €375,000 », publié le 9 août 2017, consulté le 12 novembre 2017

|6| La Banque Lazard est un groupe mondial de conseil financier et de gestion d’actifs. Entreprise franco-américaine à sa création en 1848, Lazard est aujourd’hui cotée à la bourse de New York et est présente dans 43 villes dans 27 pays. Son dirigeant le plus connu en France est Matthieu Pigasse. Sous sa conduite la banque a conseillé différents gouvernements en matière de dette ou de gestion d’actifs (entendez privatisations) : l’Équateur en 2008-2009 en ce qui concerne la dette, la Grèce en 2012 et en 2015, le Venezuela en 2012-2013. M.Pigasse a des intérêts directs dans le quotidien Le Monde, dans Huffington Post et dans le magazine Les Inrockuptibles. À la fin de l’année 2017, Matthieu Pigasse et la Banque Lazard se sont rangés aux côtés du régime corrompu et répressif du président congolais Denis Sassou-Nguesso pour l’aider dans ses relations avec les créanciers.

|7| Spécialiste de la dette souveraine, il est conseiller à la banque Lazard, avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Georges Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de la dette de leurs pays. Il a participé, avec la Banque mondiale, à l’« initiative de réduction de la dette des pays pauvres très endettés » (initiative PPTE). Il est éditorialiste au quotidien Le Monde. Daniel Cohen a également été conseiller de François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012. Puis il a soutenu François Hollande, président de 2012 à 2017.

|8| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 131.

|9| James K. Galbraith, Crise grecque, tragédie européenne, Éd. du Seuil, Paris, 2016

|10| Voir l’article de Martine Orange « L’économiste James Galbraith raconte les coulisses du plan B grec »

|11| Daniel Munevar est un économiste postkeynésien originaire de Bogotá, en Colombie. De mars à juillet 2015, il a travaillé comme assistant de Yanis Varoufakis alors qu’il était ministre des Finances ; il le conseillait en matière de politique budgétaire et de soutenabilité de la dette. Auparavant, il était conseiller au Ministère des Finances de Colombie. En 2009-2010, il a été permanent du CADTM en Belgique puis de retour en Amérique latine, il a cordonné le réseau du CADTM en Amérique latine de 2011 à 2014. C’est une des figures marquantes dans l’étude de la dette publique en Amérique latine. Il a publié de nombreux articles et études. Il a participé avec Éric Toussaint, Pierre Gottiniaux et Antonio Sanabria à la rédaction des Chiffres de la dette 2015. Il travaille depuis 2017 à Genève à la CNUCED.
Daniel Munevar fait référence à sa participation à l’équipe de Varoufakis dans cet article. Dans le livre déjà mentionné, James Galbraith souligne l’importance de l’aide que lui a apportée Daniel Munevar.

|12| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 133.

|13| Y. Varoufakis, op.cit., p. 17

|14| Des extraits ont été publiés par The Economist (8 février 1992) ainsi que par The Financial Times(10 février 1992) sous le titre « Préservez la planète des économistes ».

|15| Lawrence Summers, à l’occasion de l’Assemblée annuelle de la Banque mondiale et du FMI à Bangkok en 1991, interview avec Kirsten Garrett, « Background Briefing », Australian Broadcasting Company, second programme.

|16| La loi adoptée sous la conduite de Robert Rubin et de Lawrence Summers est connue comme la loi Gramm-Leach-Bliley Act Financial Services Modernization Act de 1999. Cette loi américaine a été adoptée par le Congrès, dominé par une majorité républicaine, et promulguée par l’administration Clinton le 12 novembre 1999. Elle permet aux banques d’affaire et aux banques de dépôts de fusionner en mettant en place des services de banques universelles qui assurent aussi bien les services d’une banque de dépôt que d’une banque d’investissement et que d’une compagnie d’assurance. Le vote de cette loi a été l’objet d’un intense lobbying des banques pour permettre la fusion de Citibank avec la compagnie d’assurances Travelers Group, afin de former le conglomérat Citigroup, l’un des plus importants groupes de services financiers au monde. L’adoption de la nouvelle législation revenait à abroger la loi Glass Steagall Act, ou Banking Act, en place depuis 1933, qui a notamment déclaré incompatibles les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et qui a permis d’éviter de grandes crises bancaires aux États-Unis jusqu’à celle de 2007-2008.

|17| Financial Times, 26-27 février 2005.

|18| La polémique a été également alimentée par la désapprobation de l’attaque lancée par Summers contre Cornel West, un universitaire noir et progressiste, professeur de Religion et d’études afro-américaines à l’université de Princeton. Summers, prosioniste notoire, dénonça West comme antisémite parce que celui-ci soutenait l’action des étudiants qui exigeaient un boycott d’Israël tant que son gouvernement ne respecterait pas les droits des Palestiniens. Voir Financial Times du 26-27 février 2005. Cornel West, qui a soutenu Obama avec enthousiasme, s’est étonné que celui-ci veuille s’entourer de Summers et de Rubin. Voir www.democracynow.org/2008/11…

|19| Sachs a publié en 2005 un livre intitulé La fin de la pauvreté (The End of Poverty : How We Can Make it Happen in Our Lifetime) qui a été très bien accueilli par l’establishment. En 2007-2008 le CADTM a participé à la réalisation et à la diffusion du film documentaire La fin de la pauvreté ? qui constitue la démonstration opposée à celle de Sachs. Ce film du cinéaste Philippe Diaz a été sélectionné au festival de Cannes en 2008 par la semaine de la Critique (il contient des interviews de Joseph Stiglitz, Susan George, Amartya Sen, Éric Toussaint, John Perkins). Sachs a publié un nouveau livre mainstream en 2015 sur le développement durable. Voici un exemple de commentaire promotionnel qu’on peut trouver dans la presse : « Conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU, l’économiste Jeffrey Sachs compte parmi les personnalités les plus influentes en matière de développement durable. Inspirateur des 8 objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui ont couru de 2000 à 2015, Sachs sait briller et être entendu dans tous les milieux. »

|20| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 132.

|21| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 15, p. 398

|22| Adéa Guillot et Cécile Ducourtieux du quotidien Le Monde écrivaient à propos de Sagias« Longtemps proche du PASOK, il a participé à de nombreuses négociations de contrats publics et conseille régulièrement des investisseurs étrangers souhaitant s’implanter en Grèce. »

|23| Je reviendrai plus loin sur le rôle joué par Varoufakis lui-même dans la poursuite de la privatisation du port du Pirée et sur ses relations avec Cosco.

|24| Voir le site officiel de la firme de Sagias.

Source : CADTM, Eric Toussaint, 18-01-2018

https://www.les-crises.fr/varoufakis-sest-entoure-de-tenants-de-lordre-dominant-comme-conseillers-partie-4-par-eric-toussaint/

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dimanche 11 février 2018

Vidéo du jour: Frédéric Lordon et la ligne de l'UPR

F. Lordon sur la même ligne que l' UPR et M. Asselineau

https://www.youtube.com/watch?v=aWArJCAmiqw

VID LORDON UPR

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Dans ce montage, l'auteur nous montre les points de convergence entre les propos de l'économiste Frédéric Lordon et les objectifs de l'UPR, et c'est en effet saisissant. Toutefois, au risque de "refroidir" l'enthousiasme de certains, il convient de rester prudent, comme je l'ai montré dans cette publication sur Frexit-Limousin:

http://www.frexit-limousin.fr/archives/2017/11/22/35887701.html

Extraits de propos de M. Lordon:

"Seule une révision des traités propre à instituer un véritable parlement, auquel serait rendue l’intégralité des domaines de décision actuellement hors d’atteinte de toute redélibération souveraine, est à la hauteur du projet de rendre l’Europe démocratique"

ou encore

"oui, défaire un arrangement international, si désastreux soit-il, emporte la possibilité de la régression nationaliste, et s’il y a plusieurs façons de sortir de l’euro, toutes sont loin d’être également bonnes.

C’est bien pourquoi la stratégie de l’« union de tous les souverainismes » est le commencement de la perdition"

Extrait de mes commentaires:

[5] "la stratégie de l’« union de tous les souverainismes » est le commencement de la perdition" : voilà bien le fondement de cet article: faire obstacle à toute stratégie de type CNR (Conseil national de la Résistance), à savoir se donner réellement les moyens de libérer le pays, et par conséquent les classes populaires que l'auteur prétend défendre, par une stratégie d'alliance au- delà du clivage droite- gauche.

[6] "le Brexit, pourtant prototype d’une sortie par la droite, à forts relents nationalistes même": l'auteur donne des leçons aux électeurs de gauche en Grande Bretagne qui ont voté pour le BREXIT, sans compter les syndicats et une partie du Labour!

J'avais ajouté un commentaire trouvé sur le site "les crises", qui me paraissait bien résumer la teneur de cet article faussement "radical":

"Fascinant cet article dans lequel Lordon prétend à la fois critiquer le “réflexe épidermique que témoigne la persistante chimère de « l’autre Europe »”, tout en appelant lui-même de ses voeux “un « Nouveau projet européen »” quelques lignes plus bas."

P.G.

vendredi 2 février 2018

Varoufakis s’est entouré de tenants de l’ordre dominant comme conseillers

TRIBUNE LIBRE / Eric Toussaint

TL VAROUF

Si vous n’avez pas encore lu Conversations entre Adultes de Yanis Varoufakis, commandez-le à votre libraire. Cela se lit comme un polar politique, il y a du suspense, des rebondissements, des trahisons… L’immense intérêt de ce livre c’est que l’auteur donne sa version d’évènements qui ont influencé et influencent encore la situation internationale, en particulier en Europe mais aussi au-delà car la déception provoquée par la capitulation du gouvernement de la gauche radicale grecque marque profondément les esprits.

La série d’articles que je consacre au livre de Varoufakis constitue un guide pour des lecteurs et des lectrices de gauche qui ne souhaitent pas se contenter de la narration dominante donnée par les grands médias et les gouvernements de la Troïka ; des lecteurs et des lectrices qui ne se satisfont pas non plus de la version donnée par l’ex-ministre des Finances. En contrepoint du récit de Varoufakis j’indique des évènements qu’il passe sous silence et j’exprime un avis différent du sien sur ce qu’il aurait fallu faire et sur ce qu’il a fait. Mon récit ne se susbtitue pas au sien, il se lit en parallèle.

[Articles déjà relayés par ce site, NdR]

Lire les 3 précédents articles de la série :

La critique de la politique qui a été suivie par le gouvernement grec en 2015 ne consiste pas principalement à déterminer les responsabilités de Tsipras ou de Varoufakis en tant qu’individus. Il est essentiel de prendre le temps d’analyser la politique mise en pratique par Varoufakis et le gouvernement Tsipras car, pour la première fois au 21e siècle, un gouvernement de gauche radicale a été élu en Europe. Comprendre les failles et tirer les leçons de la manière dont celui-ci a affronté les problèmes qu’il rencontrait sont de la plus haute importance si on veut avoir une chance de ne pas aboutir à un nouveau fiasco. Dans d’autres pays d’Europe, une majorité d’électeurs et d’électrices pourrait porter au gouvernement des forces de gauche qui promettent de rompre avec la longue nuit néolibérale. Ces pays ne sont certes pas nombreux mais ils existent. De toute façon, même là où les chances d’arriver au gouvernement sont très limitées, il est fondamental de présenter un programme cohérent de mesures qui devraient être prises par un gouvernement aussi fidèle au peuple que le sont les gouvernants actuels à l’égard du grand capital.

La critique que je fais des choix de Varoufakis est précise et elle est dure, sans concession. Il n’en demeure pas moins que Varoufakis a pris la peine de communiquer ce qu’il considère être sa part de vérité. Il a pris des risques en le faisant. S’il n’avait pas écrit ce livre, bien des faits importants seraient restés inconnus. Il ne faut pas s’attendre à ce que Tsipras livre sérieusement sa version de ce qui s’est passé. Il lui est impossible de relater son action et de la justifier. Si un jour il lui arrive de signer un récit, il aura été écrit par quelqu’un d’autre et il sera rempli de lieux communs.

Il faut aussi faire une distinction entre Tsipras et Varoufakis : l’un a signé le 3e mémorandum et l’a fait passer au parlement grec, l’autre s’y est opposé, a quitté le gouvernement le 6 juillet et, en tant que député, a voté contre le mémorandum le 15 juillet 2015.

Ce qui est fondamental, c’est de réaliser une analyse de l’orientation politico-économique qui a été mise en pratique afin de déterminer les causes de l’échec, de voir ce qui aurait pu être tenté à la place et d’en tirer des leçons sur ce qu’un gouvernement de gauche radicale peut faire dans un pays de la périphérie de la zone euro.

Dans cette partie, nous présentons les conseillers dont s’est entouré Varoufakis. Force est de constater que, dès l’étape de sélection de ses principaux conseillers, Yanis Varoufakis s’est entouré de personnes peu disposées à réaliser les promesses de Syriza (c’est le moins qu’on puisse dire) et à mettre en œuvre des politiques alternatives afin de sortir la Grèce de l’emprise de la Troïka.

Les conseillers de Yanis Varoufakis comme ministre

Dans son ouvrage, Varoufakis décrit l’équipe de ses conseillers directs et lointains. La manière dont l’équipe a été composée est terrible. La logique qui a présidé aux choix des personnes explique en partie l’échec qui allait suivre. Ce n’est pas l’élément déterminant mais cela a joué un rôle.

Pour désigner un vice-ministre des Finances en charge de superviser le Trésor, un poste de la plus haute importance, Varoufakis raconte qu’il a consulté Alekos Papadopoulos, un ancien ministre des Finances des années 1990, issu du Pasok. Varoufakis explique qu’il avait collaboré avec Papadopoulos pour rédiger le programme économique que Georges Papandréou a présenté aux élections de 2004 remportées par les conservateurs de la Nouvelle démocratie. Syriza qui se présentait pour la première fois à des élections avait obtenu 6 députés avec 3,3 % des voix. Nouvelle démocratie de Karamanlis avait obtenu 45,4 % des voix et le Pasok conduit par Papandreou avait récolté 40,5 % des suffrages.

Varoufakis écrit : « Papadopoulos était dans l’opposition par rapport à Syriza, mais il était prêt à me soutenir personnellement et m’a promis de me trouver quelqu’un. (…) Le soir-même il m’a envoyé un sms en me donnant le nom de Dimitris Mardas  » |1|. Varoufakis contacte Mardas directement et lui propose le poste de vice-ministre des Finances.

Il faut savoir que le 17 janvier 2015, huit jours avant la victoire de Syriza, Mardas a publié un article particulièrement agressif contre la députée de Syriza Rachel Makri sous le titre « Rachel Makri vs Kim Jong Un et Amin Dada ». L’article se concluait par la très éloquente question (soulignée parlui-même) « Sont-ce ceux-là qui vont nous gouverner ? ». Dix jours plus tard, ce même Mardas devenait, grâce à Varoufakis, ministre suppléant des Finances. Varoufakis explique dans son livre qu’après un mois comme ministre il s’est rendu compte qu’il avait fait un mauvais choix. Signalons que Mardas, qui a soutenu la capitulation en juillet 2015, a été élu député Syriza aux élections de septembre 2015. Papadopoulos a lui aussi soutenu le 3emémorandum de juillet 2015 |2|.

Varoufakis explique qu’en second lieu il devait choisir le Président du Conseil des économistes. Il se rend compte que ce poste avait été pourvu en son nom par le vice-premier ministre Dragasakis. Ce dernier avait en effet choisi George Chouliarakis, un économiste d’une trentaine d’années qui avait enseigné à l’Université de Manchester avant d’être transféré à la Banque centrale de Grèce. Chouliarakis a joué un rôle néfaste dès l’entrée en fonction de Varoufakis et pourtant celui-ci l’a gardé jusqu’à la fin. Son nom reviendra plusieurs fois dans le récit des évènements.

Ensuite Varoufakis a intégré à son équipe Elena Panaritis, parce qu’elle connaissait bien le langage et le modus operandi de la Troïka. Panaritis, en tant que députée du Pasok, avait voté en faveur du premier mémorandum de 2010. Avant cela, elle avait travaillé à Washington, surtout à la Banque mondiale, où elle s’était construit, selon Varoufakis, un excellent réseau de personnalités proches des institutions basées à Washington. Notamment l’ancien Secrétaire du Trésor, Larry Summers, à qui elle a présenté Varoufakis. Panaritis, dans les années 1990, a travaillé pour la Banque mondiale au Pérou où elle a collaboré avec le régime néolibéral, corrompu et dictatorial d’Alberto Fujimori. Varoufakis raconte : « Quand je l’ai revue avant les élections, je n’ai pas hésité une seconde à lui demander de me rejoindre. Il n’y a pas mieux pour se battre contre le diable que quelqu’un qui l’a servi et qui est devenu son pire ennemi. » |3| La suite a montré que loin d’être devenue son pire ennemi, elle a continué à collaborer avec lui.

Sa nomination comme conseillère du ministre des Finances a provoqué dès le début des remous dans Syriza et Tsipras a essayé de convaincre Varoufakis de s’en défaire. Ensuite, il s’en est très bien accommodé. Plus tard, quand Varoufakis, en mai 2015, a fait nommer, avec l’accord de Tsipras, Panaritis représentante de la Grèce au FMI, cela a provoqué une telle levée de boucliers dans Syriza et au parlement, qu’elle a finalement dû renoncer à ce poste le 1er juin 2015 |4|.

Dans son équipe, Varoufakis a également incorporé Glenn Kim, spécialiste des marchés financiers et en particulier du marché des dettes souveraines. En 2012, il avait collaboré à la mise en œuvre de la restructuration de la dette grecque notamment comme consultant des autorités allemandes. Quand Varoufakis a pris contact avec Glenn Kim, celui-ci lui a dit qu’il travaillait comme consultant pour le gouvernement islandais, qu’il aidait à mettre fin au contrôle des capitaux en vigueur depuis 2008. Cela convenait très bien à Varoufakis qui, à tort, ne voulait surtout pas recourir à un contrôle des mouvements de capitaux, alors qu’il aurait dû prendre en compte les résultats positifs obtenus en Islande.

Varoufakis écrit : « Un cynique dirait que les experts genre Glenn travaillent exclusivement pour l’argent et pour leur carrière personnelle. Peut-être. Mais être entouré de personnes comme lui, qui connaissent toutes les arcanes du pouvoir, est un atout précieux. » Précisons que Glenn Kim a continué à conseiller Tsipras après la capitulation de juillet 2015 |5|.

Varoufakis se félicite d’avoir accepté les services de la Banque Lazard et de son directeur, le Français Matthieu Pigasse |6|. La banque Lazard avait collaboré, en échange de dizaines de millions d’euros de commission, à la restructuration de la dette grecque réalisée par la Troïka en 2012. Selon Varoufakis, Matthieu Pigasse et Daniel Cohen (professeur à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris et conseiller de Lazard |7|) qui l’accompagnait « ont réussi à me convaincre en me vantant les avantages de leur complicité, en s’excusant et me proposant leurs précieux services pro bono pour remettre la Grèce debout. Avec des transfuges de cette trempe à nos côtés, notre force technique était décuplée, voire plus. » |8|

Dans l’équipe internationale dont s’est entouré Varoufakis, il faut citer James Galbraith qui lui a apporté un soutien constant et qui a fait plusieurs séjours à Athènes pendant les six premiers mois de l’année 2015. Parmi les personnes que mentionnent Varoufakis comme l’ayant aidé de très près, James Galbraith est le seul à être digne de confiance même s’il a soutenu une orientation beaucoup trop conciliatrice à l’égard des créanciers. James Galbraith est un économiste néokeynésien des États-Unis, proche du Parti démocrate, connaisseur de la politique internationale. En 2009, il avait eu des contacts étroits avec le gouvernement de Georges Papandréou. Galbraith a travaillé principalement sur le plan B et cela dans le plus grand secret. Il témoigne lui-même de cela dans l’ouvrage Crise grecque, tragédie européenne |9|. De tous les membres de l’équipe que mentionne Varoufakis, Galbraith est le seul à propos duquel on peut considérer qu’il pouvait réellement apporter une aide constructive aux autorités grecques. Il a défendu, aux côtés de Varoufakis, une orientation trop modérée qui ne correspondait pas aux défis qu’il fallait relever et il le reconnaît partiellement |10|. Daniel Munevar, un collaborateur de Galbraith, a apporté activement son soutien à Varoufakis dans la négociation avec les créanciers à partir de mars 2015 mais Varoufakis ne mentionne pas son nom |11|.

Varoufakis préfère mentionner des personnalités étrangères faisant partie directement de l’establishment : « Outre Norman (Lamont), mes partisans d’outremer comprenaient Jeff Sachs, économiste à l’Université de Columbia, Thomas Mayer, de la Deutsche Bank, Larry Summers, et Jamie Galbraith » |12|. Des personnalités avec lesquelles il ne fallait surtout pas s’allier, à part Galbraith, si on voulait réellement promouvoir une solution favorable au peuple grec. En voici quelques exemples.

Larry Summers, Jeffrey Sachs et d’autres : Varoufakis continue avec des choix incompatibles avec le programme de Syriza

Le parcours de Lawrence ‘Larry’ Summers comporte un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles… et empêcher toute collaboration. Varoufakis a pourtant cherché systématiquement celle-ci et en est très satisfait. Il déclare dans l’introduction de son livre : « Nous étions largement d’accord sur l’essentiel, et ce n’était pas rien d’avoir le soutien du formidable Larry Summers (…) » |13|.

Le passé de Summers mérite qu’on souligne quelques étapes importantes.

En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers écrit dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. […] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans |14| ». Il ajoute même, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de […] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée |15| ».

Devenu vice-secrétaire au Trésor sous Clinton en 1995, Summers pèse de tout son poids avec son mentor, le secrétaire d’État, Robert Rubin, pour obtenir l’élimination en 1999 de la loi qui séparait les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement et la remplacer par une loi dictée par les banquiers |16|. En 1998, avec Alan Greenspan, directeur de la Réserve fédérale et Robert Rubin, Summers avait aussi réussi à convaincre l’autorité de contrôle des bourses des matières premières, la Commodity Futures TradingCommission (CFTC), d’abandonner toutes les barrières qui « entravaient » le marché des dérivés de crédits vendus de gré à gré (Over The Counter – OTC). La porte est alors grande ouverte pour une accélération de la dérèglementation bancaire et financière qui a abouti à la crise de 2007-2008 aux États-Unis et qui a eu des retombées en Grèce en 2009-2010.

Ajoutons qu’en 2000, Summers fait pression, en tant que secrétaire d’État au Trésor, sur le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz, qui lui a succédé au poste d’économiste en chef et qui est très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettent en œuvre aux quatre coins de la planète où s’allument des incendies financiers. Après l’arrivée du président républicain George W. Bush, il poursuit sa carrière en devenant président de l’université de Harvard en 2001, mais se signale particulièrement en février 2005 en se mettant à dos la communauté universitaire après une discussion au Bureau national de la recherche économique (NBER) |17|. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirme que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, en écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination. Cela provoque une grande polémique |18| tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligent à démissionner en 2006.

En 2009, Summers est devenu membre de l’équipe de transition du président élu Barack Obama et a dirigé le Conseil économique national. En septembre 2010, Summers a quitté l’équipe d’Obama et a repris sa carrière à l’université d’Harvard tout en jouant un rôle dans les coulisses de la politique notamment à Washington. Varoufakis raconte qu’il a demandé à Helena Panaritis de le mettre en contact avec Summers en 2015 afin de pouvoir avoir une influence sur Obama d’une part et sur le FMI d’autre part.

Varoufakis a demandé également à Jeffrey Sachs, spécialisé lui aussi dans les jeux d’influence dans les coulisses de Washington, de collaborer de manière rapprochée, ce que celui-ci a accepté en se rendant plusieurs fois à Athènes, à Bruxelles, à Londres, à Washington en 2015, afin de renforcer l’équipe de Varoufakis. Jeffrey Sachs, comme Lawrence Summers, est lié au parti démocrate, et est présenté dans les médias dominants comme favorable à une solution douce aux crises de la dette en tenant compte des intérêts des pauvres |19|. Pourtant, Jeffrey Sachs a été conseiller de gouvernements néolibéraux qui ont appliqué la politique de la thérapie du choc dans leur pays : Bolivie (1985), Pologne (1989), Russie (1991). Dans son livre La Stratégie du choc. Montée d’un capitalisme du désastre (2008), Naomi Klein a dressé un réquisitoire implacable contre Jeffrey Sachs et les politiques qu’il a recommandées en collaboration avec le FMI, la Banque mondiale et les classes dominantes locales.

Varoufakis mentionne également le soutien indéfectible qu’il a reçu de Lord Norman Lamont qui a été Chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances de Grande-Bretagne) dans le gouvernement du conservateur John Major de 1990 à 1993. « Mon amitié avec Lord Lamont of Lerwick, Tory et eurosceptique pur jus, le Chancelier qui avait permis à la Grande-Bretagne d’échapper au Système monétaire européen, s’accordait mal avec mon image d’extrême-gauchiste. » Varoufakis souligne l’importance de la collaboration avec Norman Lamont : « J’ai passé 162 jours à la tête du ministère des Finances et Norman a toujours été un soutien inébranlable, notamment pour finaliser la dernière version de mes propositions de réforme de la dette et de la fiscalité à soumettre à l’UE et au FMI » |20|.

Parmi les autres experts étrangers auxquels Varoufakis a eu recours et qui ont participé à l’élaboration des propositions qu’il a faites aux créanciers : Willem Buiter, qui a rejoint la banque Citigroup en 2010 comme économiste en chef, et Thomas Mayer, ex-économiste en chef de la Deutsche Bank.

Si l’on s’en tient au récit de Varoufakis, le rôle de ces personnalités n’a pas été anodin. Se référant au énième plan qu’il a proposé en mai 2015 aux créanciers, il écrit : « Le temps que j’atterrisse, le Plan pour la Grèce était finalisé. Jeff Sachs avait brillamment rectifié la version que je lui avais envoyée deux jours plus tôt. Norman Lamont avait effectué des ajouts importants ; l’équipe de Lazard avait affiné la proposition d’échange de dettes et Larry Summers avait avalisé l’ensemble. » |21|

Spyros Sagias, un autre exemple d’un défenseur de l’ordre dominant faisant partie du cercle étroit de Tsipras et de Varoufakis

Varoufakis explique qu’il a établi une relation étroite avec Spyros Sagias qui est devenu le conseiller juridique du Premier ministre Tsipras, avec qui il a fait connaissance quelques jours avant les élections. Le choix de Sagias par Tsipras en dit également long sur les priorités de Tsipras au moment de choisir son entourage en tant que chef du gouvernement. Il voulait autant que possible s’entourer de personnages pouvant établir des ponts avec l’establishment, avec le patronat, avec les créanciers. Sagias avait conseillé le gouvernement du socialiste Simitis dans les années 1990 au moment où celui-ci entamait un important programme de privatisations.

Varoufakis décrit Sagias de la manière suivante : « Sagias n’était pas un homme politique mais, comme il se présenta plus ou moins en riant, un avocat systémique. (…) Pas un seul grand contrat d’affaires où étaient en jeu intérêts privés et secteur public n’échappait à sa sagacité : privatisations, vastes projets immobiliers, fusions, il dominait tout. Il avait conseillé Cosco, le conglomérat chinois qui avait acheté des parts du Pirée et rêvait d’en acquérir la totalité, une privatisation à laquelle Syriza était farouchement opposé ». Il ajoute : « Le jour où Pappas m’avait dit que Sagias serait sans doute secrétaire de cabinet, j’avais été heureusement surpris : on aurait un as du droit parmi nous, un conseiller sachant rédiger des projets de loi imparables et déterrer les secrets honteux de l’ancien régime ». « Je l’aime bien, Sagias, pensais-je. Il avait conscience de fricoter avec l’oligarchie et ne s’en cachait pas » |22|. Sagias, comme le montre Varoufakis plus loin dans son livre, a soutenu les choix successifs qui ont amené à la capitulation définitive.

Ajoutons que pendant le gouvernement Tsipras I, il a aussi aidé Cosco à acquérir les parties du Port du Pirée que l’entreprise chinoise ne possédait pas encore |23|. C’est d’ailleurs la firme de Sagias qui avait rédigé la première convention avec Cosco en 2008. Après avoir quitté ses fonctions de secrétaire du gouvernement, Sagias s’est remis encore plus activement à son cabinet d’affaires |24|. Il est redevenu le conseil attitré de grands intérêts étrangers pour favoriser de nouvelles privatisations. Il a servi les intérêts de l’Émir du Qatar en 2016 qui souhaitait acquérir une île grecque, l’île d’Oxyas à Zakinthos, appartenant à une zone Natura. Sagias a également été le conseil de Cosco en 2016-2017 dans un litige avec les travailleurs du port du Pirée, quand il s’est agi de trouver une formule de départ anticipé (ou de licenciement déguisé) pour plus d’une centaine de travailleurs proches de l’âge de la retraite.

Dans la cinquième partie nous aborderons les évènements de janvier-février 2015 : les journées qui ont précédé la victoire attendue de Syriza le 25 janvier, la création du gouvernement Tsipras, le programme de Syriza, l’entrée en fonction de Yanis Varoufakis comme ministre des Finances et les négociations qui conduisent à l’accord funeste du 20 février 2015.

Par Eric Toussaint |  18 janvier 2018

Notes

|1| Y. Varoufakis, Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe, Les Liens Qui Libèrent, Paris, 2017, Chapitre 5, p. 127.

|2| Voir Vice, « The Former Finance Minister Who Tried to Warn Greece About the Crisis », publié le 15 juillet 2015, consulté le 12 novembre 2017

|3| Y. Varoufakis, op.cit., Chapitre 5, p. 129.

|4| Adea Guillot, « Grèce : l’ex-députée socialiste Elena Panaritis renonce au FMI », publié le 1er juin 2015, Le Monde

|5| Alors que, sous Varoufakis, il avait été défrayé de manière modeste, il a remis, en août 2015, une facture de 375 000 euros pour la période antérieure à juillet 2015. Cela a provoqué des remous et a alimenté la campagne de discrédit lancé par la presse dominante grecque contre Varoufakis. GRReporter, « A Korean adviser of Varoufakis claims a fee of €375,000 », publié le 9 août 2017, consulté le 12 novembre 2017

|6| La Banque Lazard est un groupe mondial de conseil financier et de gestion d’actifs. Entreprise franco-américaine à sa création en 1848, Lazard est aujourd’hui cotée à la bourse de New York et est présente dans 43 villes dans 27 pays. Son dirigeant le plus connu en France est Matthieu Pigasse. Sous sa conduite la banque a conseillé différents gouvernements en matière de dette ou de gestion d’actifs (entendez privatisations) : l’Équateur en 2008-2009 en ce qui concerne la dette, la Grèce en 2012 et en 2015, le Venezuela en 2012-2013. M.Pigasse a des intérêts directs dans le quotidien Le Monde, dans Huffington Post et dans le magazine Les Inrockuptibles. À la fin de l’année 2017, Matthieu Pigasse et la Banque Lazard se sont rangés aux côtés du régime corrompu et répressif du président congolais Denis Sassou-Nguesso pour l’aider dans ses relations avec les créanciers.

|7| Spécialiste de la dette souveraine, il est conseiller à la banque Lazard, avec laquelle il a conseillé le Premier ministre grec Georges Papandréou et le président équatorien Rafael Correa pour la renégociation de la dette de leurs pays. Il a participé, avec la Banque mondiale, à l’« initiative de réduction de la dette des pays pauvres très endettés » (initiative PPTE). Il est éditorialiste au quotidien Le Monde. Daniel Cohen a également été conseiller de François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012. Puis il a soutenu François Hollande, président de 2012 à 2017.

|8| Y. Varoufakis, op.cit., chapitre 5, p. 131.

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