mercredi 6 décembre 2017

Vingt-sept ans après, l’Allemagne de l’Est ne s’est pas remise de son annexion par l’Ouest

Vladimiro Giacchè est un économiste italien, actuellement président du Centre de recherche européenne de Rome. Fin connaisseur de l’Europe et de l’Allemagne, il est l’auteur d’un ouvrage original et riche sur la réunification allemande, Le second Anschluss – l’annexion de la RDA(édition Delga, 2015). Alors que l’Allemagne vient de voter dans le cadre d’élections législatives dont les résultats fragilisent Angela Merkel et quelques jour après le vingt-septième anniversaire de l’unité du pays, il a bien voulu répondre aux questions de L’arène nue.

ARG RDA ANSCHLUSS

[Cet entretien a été traduit de l’italien par une fine équipe composée de Luca Di Gregorio, Gilles Tournier et Paul Moesch : un grand merci.]
Les résultats des élections législatives en Allemagne ont révélé de profondes divergences entre l’Ouest et l’Est du pays. Dans l’ex-RDA, le parti AfD fait 21,5 %, et est arrivé second. Die Linke y a réalisé ses meilleurs score (16 % contre 9 % au niveau national). J’imagine que vous n’en être guère surpris. Comment l’expliquez-vous ?
Aucune surprise, en effet. C’est la conséquence d’un pays qui reste toujours divisé vingt-sept ans après son unification, en même temps que d’un accroissement des inégalités sociales ces dernières années. Un citoyen qui vit en Allemagne de l’Est a deux fois plus de chances d’être chômeur que s’il vivait à l’Ouest. Et lorsqu’il travaille, il perçoit un salaire inférieur de 25 % à ce que perçoit un travailleur de l’Ouest.
Cela n’a pas grand chose à voir avec l’incapacité supposée des Allemands de l’Est à travailler (car oui, cet argument a parfois été avancé). C’est au contraire lié aux modalités de l’unification allemande. C’est lié au fait qu’à la nécessité de réaliser rapidement l’unité politique, qu’à la nécessité idéologique de supprimer complètement la RDA, ont été sacrifiées des exigences économiques élémentaires, en particulier celle de sauvegarder autant que possible l’industrie et les emplois des citoyens de l’Est. On a pratiqué la politique de la tabula rasa, en établissant le taux de change à un contre un entre le mark de l’Ouest et le mark de l’Est. Ce faisant, on a mis l’industrie de la RDA hors-jeu. Par ailleurs, l’ensemble du patrimoine industriel de l’ex-RDA a été confié à une société fiduciaire, la Treuhandanstalt, qui l’a liquidé, créant instantanément des millions de chômeurs. Il est beaucoup plus facile de fermer une industrie que de la reconstruire. Mais depuis, on s’est hélas rendu compte que lorsqu’on désindustrialise un pays (la désindustrialisation de la RDA n’a aucun autre exemple en Europe en période de paix) les conséquences peuvent durer des décennies, sinon des siècles. Le «Financial Times Deutschland» du 18 juin 2008 affirmait d’ailleurs que pour aligner complètement les revenus des deux parties de l’Allemagne, il faudrait 320 ans…
Le plus ridicule est que l’unification de l’Allemagne nous est présentée aujourd’hui comme une réussite opposable, par exemple, au destin du Mezzogiorno italien. La vérité, c’est que de tous les pays ex-socialistes d’Europe orientale, les territoires de l’Allemagne de l’Est sont ceux qui, en valeur absolue, ont connu le moins de croissance ces 27 dernières années. Il est dès lors normal que les citoyens qui vivent dans ces territoires se sentent abandonnés par la politique, et qu’ils expriment leur protestation par le vote. D’autant que comme on le sait, le pourcentage de pauvres (et de travailleurs pauvres – les working poors) en Allemagne a augmenté partout ces dernières années, et pas seulement à l’Est. C’est aussi le résultat du fameux « Agenda 2010 » de Schröder que Macron, à ce qu’il semble, veut aujourd’hui reproduire en France.
Dans votre livre, « Le second Anschluss » vous expliquez qu’au moment de la réunification, l’ex-RDA a été « criminalisée », que ses élites ont été écartées. Outre les problèmes économiques générés par une unification brutale, tout cela n’a-t-il pas généré également un traumatisme identitaire ?
Oui, c’est un autre aspect considérable et peu connu de cette affaire. L’élite, non seulement politique mais aussi scientifique et culturelle de l’ex-RDA, a été complètement évincée. Aujourd’hui encore, rares sont les professeurs des universités enseignant à l’Est qui ne proviennent pas de l’Ouest. Dans la magistrature et dans l’armée, la proportion des « Ossies » est quasi nulle. Tous les instituts et les académies de l’Est ont été liquidés en un temps record. Certains, tel le juriste et éditorialiste Arnulf Baring, sont même allés jusqu’à écrire des citoyens de l’Est qu’ils avaient été « mentalement altérés » par le « régime collectiviste », et qu’ils étaient donc devenus malgré eux un « élément freinant d’un point de vue systémique».
Ces pratiques et ces propos ont évidemment contribué à engendrer dans une large frange de la population d’ex-Allemagne de l’Est, la sensation d’avoir été colonisée, et de voir mise en cause sa propre identité. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que la population de l’Est ne partage guère l’idée – majoritaire dans le monde politique et dans les médias mainstream – selon laquelel tout ce qui existait en RDA, méritait d’être éliminé. Un sondage commandé par le gouvernement à l’institut de recherche EMNID pour le vingtième anniversaire de la chute du Mur a en effet montré que 49% des habitants de l’ex-RDA approuvaient l’affirmation suivante : « la RDA avait plus d’aspects positifs que d’aspects négatifs. Il y avait des problèmes, mais on vivait bien ». Pour les « Ossies », la diabolisation de la RDA a donc largement été perçue comme une mise en cause de leur histoire personnelle et de leur identité.
Vous expliquez que l’unification allemande s’est faite par la monnaie, et que c’était une si mauvaise idée que le patron de la Bundesbank de l’époque, Karl-Otto Pöhl, était contre. Le même fut ensuite un farouche opposant à la mise en place de l’euro. Existe-t-il des similitudes entre l’unification monétaire des deux Allemagnes et la création de la monnaie unique européenne ?
Le témoignage de Karl-Otto Pöhl est très intéressant. Il était en effet opposé, en 1990, à l’unification monétaire immédiate. Celle-ci a cependant été réalisée, de surcroît au taux de 1 Deutschemark contre 1 Ostmark, alors que le taux de change réel dans les relations économiques entre les deux Allemagne était jusque-là de 1 pour 4,44. Du coup, le prix des marchandises produites en RDA s’est trouvé réévalué du jour au lendemain de 350 % ! Deux ans plus tard, Pöhl pouvait affirmer devant une commission d’enquête parlementaire que dans ces conditions « les entreprises de RDA perdraient toute compétitivité », et conclure en disant qu’on avait administré à l’Est « un remède de cheval qu’aucune économie ne pourrait supporter. » À l’époque de cette commission d’enquête, Pöhl n’était plus président de la Bundesbank. Il s’était en effet retiré en 1991, peu de temps après une audition au Parlement européen durant laquelle il avait déjà présenté l’unification monétaire allemande comme « un désastre », et déconseillé à ses auditeurs de ne pas renouveler l’erreur à l’échelon européen. Comme on le sait, il n’a pas été écouté.
Mais quelles sont les ressemblances entre les deux unions monétaires ?
La plus importante tient au fait qu’une monnaie n’est pas simplement une monnaie, mais intègre des rapport juridiques et sociaux. Dans le cas du Deutschemark, il s’agissait de rapports sociaux capitalistes ( ceux de la prétendue « économie sociale de marché » allemande ). Dans le cas de l’euro, il s’agit du néolibéralisme qui inspire le traité de Maastricht et qui se caractérise par l’indépendance de la Banque Centrale par rapport aux gouvernements (ce qui signifie la dépendance de nombreux gouvernements par rapport à cette Banque centrale), dont l’objet unique est la stabilité des prix ( et pas l’emploi ).
En découle une compétition entre les États est fondée sur le dumping social et fiscal, où celui qui joue le jeu le premier est gagnant. Évidemment, dans le contexte d’une monnaie unique, au sein de laquelle il est par définition impossible d’ajuster les différences de compétitivité par le taux de change, la victoire n’admet aucune contestation. L’Allemagne a joué ce jeu avec l’Agenda 2010 de Schröder et une forte réduction des impôts sur les entreprises. Résultat : une énorme croissance de sa balance commerciale, tandis que les autre États de la zone euro étaient en déficit. Du coup dans de nombreux autres pays européens et de la même façon quoi qu’avec une intensité moindre, on a pu observer, après 2008 des phénomènes semblables à ceux qui s’étaient manifestés en Allemagne de l’Est après la réunification : chute du PIB, désindustrialisation, augmentation du chômage, déficit de la balance commerciale, augmentation de la dette publique, émigration.
Les ressemblances, comme on peut voir, ne sont donc pas négligeables. Mais il y a également des différences, positives ou négatives. Dans l’eurozone, on n’a jamais vu se mettre en place la parité déraisonnable des monnaies comme ça avait été le cas entre le DM et l’Ostmark. En revanche, il n’y a pas eu non plus les transferts de fonds massifs qu’a effectués la RFA au profit de la RDA. L’opposition têtue de l’Allemagne à ce type de transferts démontre que la classe dirigeante de ce pays n’a pas retenu la leçon de l’unification d’un point de vue économique. Cette leçon est la suivante : si tu désindustrialises ton voisin, et si tu veux qu’il continue à acheter tes produits, tu dois financer sa consommation. L’Allemagne espère obtenir le beurre et l’argent du beurre, ce qui ne fait que rendre explosives les contradictions au sein de l’Eurogroupe.
On a évoqué plus haut la Treuhand, l’outil créé pour privatiser à toute vitesse en Allemagne de l’Est. N’était-elle pas une sorte d’ancêtre de la « Troïka » qui a si durement sévi dans les pays d’Europe du Sud ?
Si, bien sûr ! La réactivation d’une Treuhand pour la Grèce fait partie du train de mesures acceptées par Alexis Tsipras durant l’été 2015. Il s’agit en substance d’exproprier une partie du patrimoine public grec (dans le cas de l’Allemagne de l’Est, il s’agissait de la totalité), et de le confier à une société fiduciaire placée sous le contrôle des créanciers. En octobre 2016, j’ai participé à un congrès à Berlin durant lequel a été mise en évidence la continuité entre les privatisations opérées par la Treuhandanstalt et les mesures imposées par la « Troïka » et l’Eurogroupe à la Grèce. Il est incroyable que ce modèle ait été de nouveau choisi vu le désastre qu’il a provoqué en ex-RDA, c’est à dire la destruction de richesses pour un montant de 900 milliards de DM de l’époque, et l’anéantissement de l’industrie de l’Est. C’est là qu’on voit à quel point il peut être funeste de d’ignorer les leçons de l’histoire.
Aujourd’hui, vous qui avez écrit tour à tour sur l’Europe et sur l’Allemagne, comment voyez-vous l’avenir de ce pays, et celui de notre continent ?
Je ne suis pas très optimiste. L’Allemagne semble prisonnière de sa politique mercantiliste et incapable de modifier son approche. Chez les autres grands pays européens – à commencer par la France – demeure l’illusion de pouvoir la suivre sur son terrain. Il me semble que ni les classes dirigeantes allemandes ni celles européennes ne soient conscientes des immenses dégâts causés par l’idée de faire de l’union monétaire l’alpha et l’oméga de l’union politique du continent.
La plus grande promesse de la monnaie unique, celle de promouvoir la convergence entre les économies, a été trahie (et il ne pouvait en aller autrement, à la lumière du contenu du Traité de Maastricht). C’est le contraire qui s’est produit. La conséquence est une instabilité structurelle de la zone euro, mais également une dégradation des relations entre pays d’Europe, un «blame game» («jeu des reproches») continu et réciproque et la fin de toute volonté de solidarité européenne. On l’a parfaitement vu hier au sujet de la Grèce, on le voit encore aujourd’hui au sujet de la crise migratoire.
Voilà pour les dégâts. Quant aux risques, ils ne sont pas moindres. Le risque majeur est celui de l’explosion non coordonnée de la zone monétaire. La chose la plus raisonnable à faire serait de désamorcer cette bombe, et de le faire tous ensemble, en réfléchissant à la manière d’éliminer l’euro de la façon la moins douloureuse possible. Je constate qu’au contraire, on continue à divaguer sur un surcroît d’intégration européenne. Cette attitude est digne de ceux qui pensent que pour résoudre les problèmes d’un immeuble construit sur de mauvaises fondations il faut ajouter un nouvel étage. En général, dans ces cas-là, les choses ne se terminent pas bien.
Source : L’arène nue, Coralie Delaume, 05-10-2017
https://www.les-crises.fr/v-giacche-vingt-sept-ans-apres-lallemagne-de-lest-ne-sest-pas-remise-de-son-annexion-par-louest/

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samedi 2 décembre 2017

ALLEMAGNE: LA CRISE POLITIQUE FRAPPE AUSSI LE CŒUR DE L’UE

Le Monde titre : La crise politique en Allemagne est une très mauvaise nouvelle pour l’.

ARG ALLEMAGNE MERKEL CRISE

On pourrait donc légitimement se dire que c’est une bonne nouvelle pour les peuples d’ Europe.

Le Monde étant le porte-parole de la fraction la plus européiste du grand capital, et l’affaiblissement le l’impérialisme germanique étant en soi une bonne nouvelle, il est légitime de s’interroger.

Comme toujours les choses sont un peu plus complexes.

Première donnée : le pays donné comme modèle par tous les politiciens (vraie droite, fausse gauche, fachos confondus), les médias, les experts et autres “élites” auto-proclamées est en crise politique ouverte.

Cette crise qui s’exprime politiquement est déterminée en grande partie par la crise du capitalisme qui frappe aussi l’ Allemagne. Depuis Schröder, le chancelier social-démocrate qui a mis en œuvre les loi Hartz, le peuple allemand vit les conséquences de cette politique ultra-libérale : salaires bas, précarité, services publics en capilotade… Certes le grand capital allemand se porte bien mais certainement pas les travailleurs même si le “syndicalisme de service” qui fait saliver la CFDT permet à certains secteurs économiques, ceux dans lesquels est concentrée l’aristocratie ouvrière (elle-même de plus en plus « cernée ») d’atténuer la rigueur de la purge. Reste que cette société allemande connait des inégalités profondes, que la domination du grand capital y est aussi rapace qu’ailleurs, que tout l’Est du pays, les « Ossies » de l’ex-République démocratique allemande, reste profondément discriminé et marginalisé.

Deuxième donnée : l’affaiblissement du noyau dirigeant de l’ est en effet une bonne nouvelle. Il est vrai que l’ rejetée de plus en plus nettement par les peuples et que ses dirigeants cherchent des solutions à ce rejet massif. Macron et voudraient approfondir encore la dimension supranationale et antidémocratique de l’ et son intégration à l’ensemble euro-atlantique en particulier à travers l’ OTAN, l’armée européenne et le « gouvernement de la zone euro ».

Mais une telle politique nécessite l’assentiment d’une base de masse qui fait défaut autant au gouvernement allemand que français. En outre, toute une partie du grand patronat allemand – qui prêche la supranationalité aux autres pays mais qui campe sur des positions franchement nationalistes pour la RFA, refuse de payer le prix de ces « coopérations renforcées » et veut aggraver les asymétries existantes : à la RFA le pilotage global au nom de la « bonne gouvernance européenne », à chaque pays vassalisé l’obligation de régler par lui-même les énormes déséquilibres produits par l’alignement sur le mark des monnaies plus faibles, franc, lire, peseta, etc.. La crise politique de la CDU-CSU dans sa recherche d’alliances avec les Libéraux et les Verts démontre la difficulté de trouver un consensus même parmi la caste dirigeante qui reste encore sous la pression du vote des électeurs. Bref que Macron enrage de voir sa suzeraine Merkel obligée à des mois de négociations pour parvenir à former son gouvernement et accélérer la marche vers le Saint Empire Germanique est plutôt encourageant pour les progressistes internationalistes et patriotes : quand ceux d’en haut se disputent, des espaces s’ouvrent pour “ceux d’en bas”… et l’illusion mortifère d’une Europe “sociale”, “démocratique”, d’une “coopération à égalité entre Paris et Berlin”, recule d’autant dans les consciences.

Troisième donnée : une situation de crise n’ouvre pas nécessairement une perspective progressiste. Les dernières élections législatives ont été marquées par l’affirmation d’un courant d’extrême-droite, l’ AfD (Alternative für Deutschland) dont l’essentiel des députés sont de francs nostalgiques du Grand Reich. Et des élections législatives après cette période de crise politique pourraient favoriser l’ AfD. Mais ce raisonnement s’il peut avoir une traduction concrète, a la faiblesse de ne pas analyser le pourquoi d’une telle situation dans un pays aussi puissant et aussi riche que l’ Allemagne fédérale. Pourquoi la vraie gauche allemande et nos camarades communistes en première ligne ne parviennent-ils pas à construire une véritable alternative progressiste ? Pourquoi la colère sociale s’exprime-t-elle par un vote en faveur de l’ AfD ? La criminalisation du communisme, le flot de propagande déversée contre la RDA, la dérive droitière et opportuniste de Die Linke avec à sa tête des anti-communistes patentés comme Gisy, un syndicalisme de collaboration de classe, des communistes frappés depuis des décennies par une répression ouverte ou sournoise, la dépolitisation qu’entraînent les “grandes coalitions” SPD-CDU pour faire la même politique au service des intérêts du grand capital, tout cela créé un écosystème politique peu favorable aux forces progressistes.*

Reste qu’avant d’arriver aux élections il est possible d’assister, une fois encore, à la constitution d’une nouvelle “grand coalition” de la droite avec les sociaux-démocrates sous le prétexte fallacieux de barrer la route à l’ AfD. Ici aussi nous connaissons cette musique qui a amené des gogos mais aussi des capitulards, comme les dirigeants du PCF, à appeler à voter Macron pour, prétendument, barrer la route au FN… alors qu’à peine intronisé, Macron s’est empressé de perpétuer l’état d’urgence liberticide en l’inscrivant dans le marbre de la loi. Alors que c’est justement les politiques menées par les Macron, Schröder, Merkel qui aggravent chaque jour la fascisation et qui ouvrent les portes au fascisme.

(...)

Commission Internationale du PRCF – pour www.initiative-communiste.fr

https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/allemagne-crise-politique-frappe-coeur-de-lue/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)


 

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*Il serait peut- être judicieux, si on veut éviter le piège du vote anti- fasciste, de cesser de relayer la propagande des partis européistes en taxant systématiquement l'AfD d'extrême droite...Surtout quand on porte, qu'on le veuille ou non, une histoire qui a laissé des traces dans la conscience des "progressistes"...Mais ça, c'est aux authentiques communistes de résoudre leurs propres contradictions! En tous cas, saluons leur lucidité sur la question euro- atlantiste.  P.G.

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dimanche 5 novembre 2017

La Croatie veut passer à l'euro, mais pas la Suède, le Danemark, la Pologne...

Après avoir rejoint l'Union européenne comme 28e Etat membre en 2013, la Croatie fait un pas de plus dans l'intégration : elle espère pouvoir satisfaire aux "critères de convergence" et notamment réduire sa dette publique (80% du PIB). Elle serait le 20e Etat à rejoindre la monnaie unique.

ACT ZONE EURO

Devenue le 28e pays membre de l'Union européenne le 30 juin 2013, dix ans après sa demande d'adhésion, la Croatie fait un pas de plus dans l'intégration européenne : elle espère pouvoir passer à l'euro dans un délai de sept à huit ans, c'est-à-dire à l'horizon 2024-2025, a indiqué le Premier ministre croate Andrej Plenkovic, ce lundi 30 octobre.

"Nous ne voulons pas fixer de date précise mais nous voulons que la Croatie devienne membre de la zone euro dans deux législatures", a déclaré Andrej Plenkovic lors d'une conférence économique consacrée à cette question.

L'adhésion à l'euro est un processus complexe et long. Le dernier pays à avoir intégré l'Eurozone est la Lituanie, le 1er janvier 2015. C'était le 19e Etat passant à l'euro fiduciaire, à l'issue d'un parcours semé d'embûches entamé en mai 2004 avec l'adhésion à l'UE, puis en juillet de la même année, la participation au Mécanisme de taux de change européen ou MCE-2.

Le MCE-2 définit le cadre de la coopération en matière de politique des taux de change entre l'Eurosystème (constitué des banques centrales de la zone euro et de la BCE) et les États membres de l'Union européenne préparant leur passage à l'euro.

Période d'observation

En Croatie, le gouvernement de centre droit, au pouvoir depuis un an, souhaite intégrer ce Mécanisme de change européen (MCE-2) dans les trois ans qui viennent, c'est-à-dire avant que le pays prenne la présidence de l'Union européenne, en 2020.

Les Etats de l'UE qui n'ont pas encore adopté la monnaie unique doivent observer une période de deux ans au sein du MCE-2, mécanisme qui vise à établir la stabilité de la monnaie du nouvel entrant avant qu'il accède à la zone euro.

La banque centrale croate intervient sur le marché local des changes afin d'assurer une stabilité de la kuna dans une fourchette de parité face à l'euro comprise entre 7,3 et 7,7.

Réduction de la dette publique

Le principal défi du gouvernement croate pour parvenir à intégrer la zone euro est de réduire sa dette publique qui dépasse légèrement les 80% du produit intérieur brut.

"Notre objectif est de réduire la dette publique à 72% du PIB d'ici 2020. Nous travaillons à une importante consolidation budgétaire et cette année, le déficit budgétaire sera inférieur à celui de l'an passé qui était de 0,9% du PIB", a annoncé Andrej Plenkovic.

De nombreux pays de l'UE toujours en dehors de l'eurozone

Tous les États membres de l'Union européenne sont censés adopter l'euro comme monnaie et adhérer à la zone euro. Pour ce faire, ils doivent satisfaire aux « critères de convergence ». Néanmoins, de nombreuses exceptions existent, soit parce qu'ils ne répondent pas aux critères d'adhésion, soit parce qu'ils ne le souhaitent pas. Illustration, avec ces quatre exemples : Danemark, Royaume-Uni, Suède et Pologne.

Le Danemark, membre de l'UE depuis le 1er janvier 1973, avait en juin 1992 voté "non" au traité de Maastricht (février 1992). Suite à ce refus, l'Accord d'Edimbourg signé six mois plus tard, en décembre, avec le Conseil européen permettait au pays de négocier pas moins de quatre options de retrait (ou opting-out), dont celle sur l'euro. Voilà comment le pays a conservé sa monnaie nationale, la couronne danoise, et finalement ratifié le traité de Maastricht, avec ses quatre dérogations, en mai 1993.

Le Royaume-Uni, qui est engagé depuis le référendum du 23 juin 2016 dans une procédure de sortie de l'UE (Brexit), bénéficie d'une dérogation (opting out) permanente au traité de Maastricht pour conserver sa devise, la livre sterling. En novembre 2015, David Cameron avait voulu aller plus loin en tentant d'ériger cette dérogation en règle commune - ce qui, selon la fondation Robert Schuman, aurait transformé l'UE en communauté "multidevises".

La Suède fait, quant à elle, partie des pays sans dérogation et qui auraient dû rejoindre l'eurozone, surtout après avoir massivement voté en faveur de l'adhésion à l'UE en 1994... Mais le référendum du 14 septembre 2003, après une décennie de crise économique, avait massivement confirmé le scepticisme grandissant des Suédois à l'égard de l'UE (notamment face aux dérives budgétaires de ses principaux membres) et leur refus d'intégrer la zone euro. Et, selon certains sondages, le Brexit ferait progresser le camp en faveur d'une sortie de l'UE.

La Pologne, qui a rejoint l'UE en mai 2004, aurait dû passer à l'euro entre 2011 et 2012 en vertu de l'obligation contractée avec le traité d'Athènes (2003) qu'elle a adopté par référendum en 2003. Mais de nombreux points de tension sont apparus entre la Pologne et certains pays de l'UE, notamment l'Allemagne avec des sujets comme la crise des réfugiés, ou la France avec la question des travailleurs détachés. Le pays est devenu très jaloux de sa souveraineté. Ainsi, après d'autres prises de position semblables de ses prédécesseurs depuis plusieurs années, la Première ministre Beata Szydlo déclarait en mars 2017 que Varsovie ajournait ses plans pour rejoindre la zone euro, car "il est plus avantageux de garder sa propre monnaie, le zloty".

(avec Reuters)

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-croatie-espere-passer-a-l-euro-d-ici-a-2025-et-abandonner-la-kuna-756114.html

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jeudi 14 septembre 2017

Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied

Le Portugal n'a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d'une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s'est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?

ARG PORTUGAL 111 sep 2017

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mardi 5 septembre 2017

Saignée sur ordonnance? (J. Sapir)

Une nouvelle agite les français en cette rentrée. La publication jeudi 31 août à midi du texte des 5 ordonnances qui seront prises par le gouvernement le 22 septembre a donc fait les grands titres de la presse.

ARG SAPIR MACRON

Et il y a de quoi. Ces ordonnances constituent en effet un changement radical non seulement dans le contenu du droit du travail, mais aussi dans les principes du droit en général.

Le gouvernement présente son texte comme le prix à payer si l'on veut remettre la France sur le chemin du plein emploi. Qui pourrait contester que cela soit aujourd'hui une urgence? Si l'on additionne aux demandeurs d'emplois de « catégorie A », ceux qui relèvent de deux autres catégories (la catégorie « B » et la « D »), et dont la situation est en réalité très voisine de la catégorie « A », c'est 4,55 millions de personnes qui sont concernées directement par le chômage. En fait, le chiffre total des personnes concernées est encore plus élevé. Il faut, bien évidemment, ajouter le nombre de ceux qui travaillent à temps partiel de manière contrainte et ceux dont l'emploi n'est rendu possible que par les aides publiques. Ce sont donc 1,777 millions de personnes qu'il convient d'ajouter, pour arriver au chiffre, énorme, de 6,328 millions de personnes inscrites à pôle-emploi.

Mais, il n'est pas sûr que les mesures contenues dans les ordonnances aient le moindre impact sur le chômage. Ce qui conduit à s'interroger sur le sens général de ces mesures. Le chômage n'est-il pas ici un simple prétexte pour commencer à détricoter l'ensemble du droit du travail et pour arriver, en fin de compte, à une situation de bien plus grande précarité qu'avant?

L'extension du « référendum d'entreprise ».

Commençons par la mesure dont on a le plus parlé: le « référendum d'entreprise ». Cette mesure est présentée par le gouvernement comme de nature à faciliter le dialogue social. Elle est combattue par les syndicats qui y voient une possibilité de contournement de la part du patronat. Il convient, alors de préciser un certain nombre de points.

On sait que c'est ce que veut faire le gouvernement: « La validité des accords ou des avenants de révision conclus en application du présent article est subordonnée à leur approbation par les salariés à la majorité des suffrages exprimés, dans des conditions déterminées par décret et dans le respect des principes généraux du droit électoral. »

En fait, la pratique qui consiste à demander aux gens leur avis est justifiée, et démocratique, A LA CONDITION QUE LES PERSONNES NE SOIENT PAS DANS UN RAPPORT DE DEPENDANCE. Ce point est essentiel pour comprendre le fonctionnement des mécanismes démocratiques.

Dans le cadre d'une entreprise, il n'y a pas d'égalité statutaire. Il y a les propriétaires de l'entreprise, qui mandatent une direction, et il y a les employés, qui sont nécessairement dans un rapport de subordination par rapport aux premiers. Dans ces conditions, les clauses d'égalité juridique ne peuvent exister. Dès lors, l'introduction du « référendum d'entreprise », parce qu'il nie la relation de subordination qui est l'essence même de l'entreprise capitaliste, s'avère être tout le contraire de l'introduction d'un mécanisme démocratique.

Ce qui se joue avec l'inversion des normes

Mais, ces ordonnances vont, et c'est peut-être là le point principal, conduire à une inversion des normes importantes dans le droit français. En privilégiant l'accord d'entreprise sur l'accord de branche, et l'accord de branche sur l'accord national, elles modifient en profondeur la règle de droit.

D'un point de vue juridique, ce principe équivaut à établir qu'une réalité locale à primauté sur des règles générales. Or, nul droit ne peut se construire sur de telles bases. Le droit, et cette fonction est trop souvent oubliée, a pour but de donner un cadre prévisible général à l'ensemble des acteurs concernés. En cela, le droit constitue bien ce que l'on appelle un « dispositif cognitif collectif ». Vouloir faire de la réalité locale la base de fondation du droit aboutit à supprimer cette fonction « collective ». En cela, cette réforme introduit, pour des raisons qui sont clairement circonstancielles, une modification extrêmement importante dans le droit français.

D'un point de vue économique, le fait d'avoir des règles collectives (même si leurs conditions d'application locales peuvent être modulées) permet à l'ensemble des acteurs, qu'il s'agisse des patrons ou des salariés, de comprendre la nature du cadre dans lequel ils vont travailler. Ici, il convient de le rappeler, la flexibilité aboutit bien souvent à paralyser la décision et non pas à la libérer.

C'est ce que l'on appelle en économie le « paradoxe de Shackle »: la décentralisation de la décision induit l'incertitude endogène, mais cette dernière devrait logiquement paralyser la décision des acteurs décentralisés. L'introduction de règles d'arrêt qui peuvent être fixées justement dans ces réglementations de branche ou même générale renvoie alors à la subjectivité de l'agent, mais aussi à l'évolution de ses préférences dans le cours même du processus de décision.

La relation entre la demande et l'offre

Fondamentalement, ces « ordonnances » affectent de croire que les conditions de licenciement déterminent les conditions d'embauche. Or, le problème posé au propriétaire d'une entreprise et donc aux dirigeants qu'il a mandaté, est le suivant. Le mise en œuvre d'un processus de production impose une dépense initiale. Cet engagement en capital se fait sur la base d'une estimation d'un retour sur capital, autrement dit d'une espérance de profit. Il s'agit d'une estimation et non d'une certitude, car aucun propriétaire ne peut savoir de manière précise quelles seront les conditions de réalisation et de vente de la production qu'il a engagée.

Il y a donc, dans tout acte de production, une dimension de pari sur l'avenir. Le propriétaire, ou le dirigeant le représentant, se décide donc fondamentalement à partir de deux estimations, celle concernant le « marché », et donc la demande solvable, et celle concernant le degré de concurrence. Ce n'est que quand il est confronté au dénouement de son pari initial qu'il se pose alors la question de savoir s'il doit licencier et dans quelles conditions.

Il en découle que les conditions de licenciements ne sont pas totalement absentes du raisonnement du propriétaire ou du dirigeant, mais qu'elles sont nécessairement secondaires et subordonnées aux estimations de la demande solvable et du degré de concurrence. Donc, si le gouvernement était sérieux quand il prétend qu'il entend faire du retour à l'emploi la priorité de son action, il devrait logiquement consacrer tous ses efforts à la question de la demande solvable ainsi qu'à celle de la concurrence, et en particulier poser le problème du taux de change qui est imposé par l'Euro et qui ne correspond nullement aux conditions de production en France.

Il y a, de ce point de vue, un mensonge flagrant dans le discours du gouvernement, et ce mensonge éclaire la logique réelle de ces ordonnances, qui vont fragiliser encore un peu plus les salariés français. Ce qui fait franchement désordre dans l'image que veut donner de lui ce gouvernement. Un désordre tellement apparent que certains journalistes l'ont relevé…

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709041032906406-france-droit-travail-ordonnances/

vendredi 1 septembre 2017

Zone euro. « Des réformes tièdes mettraient l’Europe en péril »

Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, estime « qu’il faudra une volonté forte de la France et de l’Allemagne » pour réformer la zone euro. Il s’exprimait à la sortie d’un conseil des ministres où participait Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères.

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La réforme de l’Union européenne et de la zone euro supposera de trouver un équilibre entre les positions française, allemande et les autres mais des propositions tièdes mettraient l’Europe en péril, a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement français.

Prié de dire si la France chercherait le plus petit dénominateur commun avec l’Allemagne ou si elle tenterait, avec l’aide d’autres partenaires qu’Emmanuel Macron a rencontré ces derniers jours, d’aller plus loin sur cette idée, le porte-parole du gouvernement a répondu : « C’est avec l’ensemble de ces acteurs qu’il veut faire ces propositions-là. »

Trouver un point d’équilibre

« Ensuite, nous savons qu’il faudra une volonté forte de la France et de l’Allemagne pour que ces propositions puissent être réalisées et que ces objectifs puissent être atteints », a-t-il ajouté lors du compte rendu d’un conseil des ministres auquel a participé le vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères allemand, Sigmar Gabriel.

« Donc il faudra trouver le point d’équilibre dans les échanges avec les uns ou les autres mais, quel que soit le responsable allemand qui sera en responsabilité dans quelques jours, chacun sait que si nous allons vers des propositions à l’eau tiède, c’est le destin européen qui peut être mis en cause comme il l’a été par le Brexit », a poursuivi Christophe Castaner.

Pas d’accord sur le budget de la zone euro

Emmanuel Macron a annoncé mardi qu’il présenterait des propositions sur une dizaine de sujets après les élections législatives allemandes du 24 septembre, dont un renforcement de l’Union économique et monétaire.

Le président français souhaite la création d’un budget de la zone euro, une idée regardée avec scepticisme en Allemagne, pays avec lequel il a dit sa volonté d’écrire la future feuille de route des réformes européennes.

La chancelière allemande, Angela Merkel, s’est dite mardi ouverte à l’idée défendue par son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, de transformer le fonds de sauvetage de la zone euro - le Mécanisme européen de stabilité (MES) - en un Fonds monétaire européen.

Paris n’écarte par cette proposition, qui semble pourtant loin de l’ambition d’un budget de la zone euro.

http://www.ouest-france.fr/europe/ue/zone-euro-des-reformes-tiedes-mettraient-l-europe-en-peril-5213176


 

On notera au passage que la problématique d'une transformation en profondeur de la zone euro n'est envisagée que sous l'angle de la seule responsabilité de la France et de l'Allemagne. Voilà qui va encore faire plaisir aux autres états concernés...

On notera également que la participation d'un ministre allemand au conseil des ministres de la République française ne semble pas déranger grand monde... P.G.

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vendredi 18 août 2017

Les conséquences d’une sortie de l’Euro

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Les conséquences d’une sortie de l’Euro

https://sansapriori.net/2017/08/16/2083-les-consequences-dune-sortie-de-leuro/

par Jacques Sapir · 16 août 2017

Le décalage entre le taux de change réel de l’Allemagne et celui de la France, tel qu’il a été mesuré dans les études du FMI[1] auxquelles ont a déjà fait référence[2], pose de nouveau le problème de l’Euro, et donc d’une possible sortie de ce dernier.
Si cette sortie s’accompagne d’une dissolution de la zone Euro, ce qui est la plus probable des solutions car on ne voit pas l’Italie et d’autres pays rester dans l’Euro une fois que la France en serait sortie, il convient d’envisager les conséquences économiques de la nouvelle situation.
Quels seraient les nouveaux taux de change ?

Dans le cas d’une dissolution de la zone Euro, que celle-ci soit consensuelle ou qu’elle soit provoquée par une sortie unilatérale de la zone Euro, on peut penser que les nouvelles parités de change s’établiraient, au bout de quelques mois, autour des niveaux des taux de change réels estimés par le FMI.

Ampleur des appréciations/dépréciations des taux de change en cas de dissolution de la zone Euro

 

Ajustement Moyen

Ajustement Maximal (avec overshooting)

Ecart avec Allemagne (normal – maxi)

Ecart avec France (normal – maxi)

France

-11,00%

-16,00%

26 – 43%

Italie

-9,00%

-20,00%

24 – 47%

+2% -4%

Espagne

-7,50%

-15,00%

22,5% – 42%

+3,5/+1%

Belgique

-7,50%

-15,00%

22,5% – 42%

+3,5/+1%

Pays-Bas

9,00%

21,00%

6% – 6%

+20/ +37%

Allemagne

15,00%

27,00%

+26/ +43%

Source : écart des taux de change réels dans le FMI External Sector Report 2017 et consultations d’experts des questions de change réalisées au début d’août 2017

 

Dans le cas d’une forte spéculation (qui pourrait être combattue par un contrôle des mouvements de capitaux à court terme*), l’Italie, en raison de la fragilité de son système bancaire, serait la plus touchée. De même, l’ampleur de la dette souveraine de la Belgique et la proximité avec la France, entraînerait un quasi-alignement des mouvements des taux de change avec la France.

Retenons de cela que les prix nominaux entre la France, l’Italie, l’Espagne et la Belgique et l’Allemagne seraient en forte variation, d’une moyenne de 23% à un maximum de 43%. Cette variation serait due en priorité à la réévaluation du « nouveau Deutschmark » bien plus qu’à la dépréciation des monnaies des 4 pays considérés. Les taux de change entre ces 4 pays ne bougeraient que peu. Par rapport au « reste du monde » (i.e. la « zone Dollar » et les pays n’utilisant pas l’Euro), le décalage serait bien moindre, de 10% à 15% en moyenne.

 

Effets économiques

 

Les effets de telles variations se divisent en 2. Un effet sur l’indice des prix, lié aux prix des produits importés et un effet sur le volume des exportations (qui s’accroît) et sur celui des importations (qui décroît). Ces effets ont été estimés dans le FMI World Economic Report d’octobre 2015, dans son chapitre 3[3].

Ici, il faut tenir compte de la différence entre la situation de la France et celle de l’Italie, l’Espagne et la Belgique. La France est un des pays les moins intégrés dans l’UEM. Elle ne réalise, en moyenne, que 55% de ses échanges avec les autres pays de l’UEM. Par contre, le niveau d’intégration de l’Italie, de l’Espagne et de la Belgique est bien plus élevé, variant entre 65% et 70%.

Dans ces conditions, la hausse des prix (sur 18 mois)

  • en France serait entre 3% et 4,5% (cumulés sur la période), hausse qui viendrait s’ajouter à l’inflation actuelle d’environ 1% (par an).

  • Pour l’Italie, le taux serait de 3,5% à 5,4% (toujours cumulé sur 18 mois).

C’est un pic d’inflation, mais qui reste transitoire, comme le montre l’évolution actuelle des prix au Royaume-Unis après une dépréciation de la Livre Sterling de près de 26% en un an[4].

Quant aux prix des carburants, rappelons que ceux-ci sont payés en Dollars des États-Unis et que les taxes représentent une grande partie du prix à la pompe. Même pour le carburant le moins taxé, et compte tenu du montant de ces taxes, la hausse ne serait que 1/3 du montant de la dépréciation vis-à-vis de la zone Dollar, soit environ 5%…

Les effets sur l’accroissement des exportations, et donc la croissance du PIB, seraient bien plus spectaculaires.

  • On peut estimer cet accroissement à +2,25% / + 3,5% du PIB.

  • Cet accroissement viendrait s’ajouter à la croissance actuelle, comprise entre 1% et 1,3%.

Nous aurions bien l’équivalent du « choc de compétitivité » tant cherché par les gouvernements successifs de ces dernières années via des baisses de charges, et qui ne s’est jamais manifesté.

  • Cet accroissement du PIB engendrerait une baisse importante du chômage avec des effets positifs sur l’UNEDIC et les régimes de retraites, qui permettrait de réduire progressivement les cotisation patronales et salariales, perpétuant alors le « choc de compétitivité » dans les années suivant la sortie de l’Euro.

 

Effets financiers

 

Les effets, ici, doivent être étudiés entre effets sur les entreprises et effets sur les ménages et bien entendu pour l’État.

Pour les entreprises, l’étude de Durand-Villemot de janvier 2017 montre que l’effet d’une dépréciation consécutive à la sortie de l’Euro est nul[5].

En ce qui concerne les ménages, la dépréciation aurait lieu après la conversion au taux de 1 pour 1 des montants en Euro en montant en « nouveau Franc ». L’impact pour les ménages serait donc uniquement celui du surplus d’inflation provoqué par la dissolution de l’Euro, donc compris entre -3% et -4,5% (sur 18 mois). On est donc très loin des estimations « à la louche » présentant une perte égale à la dépréciation. Et, la raison de cette différence, est que les ménages consomment des biens et services (loyers par exemple) qui ne seraient pas dépréciés car issus de production « en France ».

Pour les finances publiques, et l’on sait que le principe de la lex monetae s’appliquerait comme il s’est appliqué lors du passage à l’Euro[6], se poserait alors la question des taux d’intérêts des nouvelles dettes émises pour couvrir le déficit budgétaire et pour refinancer les emprunts arrivant à expiration.

 

Il est ici évident que, pour une période d’environ deux ans, la Banque de France, rétablie dans ses prérogatives, devrait assurer le financement de ces nouvelles dettes. Mais, au vu de l’importance des fonds en quête de placement, et du niveau actuel de la dette allemande (qui d’ailleurs se réduit progressivement), le retour des investisseurs sur la dette française peut être tenu pour acquis au-delà de ce délai de deux ans.

On le voit, les effets économiques et financiers d’une dissolution de la zone Euro (UEM) sont largement positifs. Le chômage, en particulier, baisserait de manière significative (de 1,5 millions à 2,5 millions) et l’équilibre des comptes sociaux serait rétabli sans qu’il soit utile et nécessaire d’imposer de nouveaux sacrifices aux salariés.
Le choix de rester dans l’Euro est un choix essentiellement politique, qui sous-tend un objectif implicite, jamais présenté aux Français, de dissolution de la Nation dans un cadre fédéral. Il est plus que temps de remettre en cause ce choix et de forcer le gouvernement à un débat honnête sur cette question, au nom de laquelle il sacrifie aujourd’hui la vie et le futur de millions de gens.

 

2017-08-16-recap

 

Notes

[1] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057

[2] Voire la note publiée le 29 juillet 2017 sur Russeurope, https://russeurope.hypotheses.org/6180

[3] Voir : http://www.imf.org/en/Publications/WEO/Issues/2016/12/31/Adjusting-to-Lower-Commodity-Prices

[4] https://fr.news.yahoo.com/inflation-stable-en-grande-bretagne-094517610.html

[5] http://www.ofce.sciences-po.fr/blog/balance-sheets-effects-of-a-euro-break-up/

[6] Voir la directive de l’UE : http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex:31997R1103


source/ http://russeurope.hypotheses.org/6218

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*La durée du contrôle des mouvements de capitaux ne peut pas être estimée à ce stade et relève d'une décision souveraine dans le cadre bien sûr d'une sortie de l'UE, ce que J. Sapir n'envisage pas...Dommage. P.G.

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vendredi 11 août 2017

La Grèce n'en finit pas de mourir

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La Grèce n'en finit pas de mourir

http://lebondosage.over-blog.fr/2017/05/la-grece-n-en-finit-pas-de-mourir.html

Comme nous venons d'élire un digne représentant du néolibéralisme européiste décomplexé et qu'il nous prépare avec son tuteur allemand un régime grec pour la France. Il me semblait opportun de faire un bilan sur la situation de ce pauvre pays coincé entre une extrême gauche préférant l’absence de frontière à la solidarité nationale et une construction européenne obsédées par la pratique de concepts économiques aussi erronés que néfastes. Les Grecs ne sont évidemment pas innocents dans cette affaire, après tout ils ont élu leurs bourreaux tout comme les Français ont élu Macron. Mais même en faisant cette remarque cela ne signifie pas pour autant que cette responsabilité nous dédouane de toute analyse sérieuse. En effet, bon nombre de personnes ne comprennent tout simplement pas les effets des politiques monétaires et des choix macro-économiques. Le simple fait que même le FN veuille abandonner la question de la sortie de l'euro montre toute l'incompréhension de ces questions y compris chez les principaux partis de l'anti-système*. Certes, les questions économiques peuvent sembler abstraites ou trop éloignées des préoccupations immédiates.

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*Point de vue de l'auteur, je ne pense pas que le FN soit un parti anti- système, si tant est que cela signifie quelque chose, d'ailleurs. P.G.

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L'économie est pourtant à la politique, ce que la logistique est à la stratégie militaire. La logistique n'est pas le cœur de l'action militaire, mais elle la rend possible en pratique. Combien d'armées puissantes sont-elles tombées par la faute d'une mauvaise logistique ? Il en va de même pour les questions économiques et monétaires. Elles ne sont pas le but réel de l'action que doit mener une politique alternative, mais elles sont le moyen par lequel s'exerce cette politique. Même de Gaulle faisait de l'économie non pas par intéressement particulier sur cette question, mais bien parce qu'il avait compris tout l’intérêt de la maîtrise de ces questions dans l'intérêt général de la France. Quand de Gaulle dévalue le franc de près de 30 % en deux fois en 1958 c'était pour résoudre les questions de déséquilibre commercial français. Et il a bien fait puisque la croissance s'est améliorée tout comme la situation du commerce et de l'emploi. Entre la rente et le travail productif, le général de Gaulle choisit alors le travail productif. Nous vivons encore sur les restes de ces politiques affreusement étatistes et interventionnistes.

La Grèce ne fait plus de politique économique

La nation grecque est un exemple particulièrement parlant des effets d'une absence de liberté monétaire et économique pour un pays. Voilà une nation qui a vendu son indépendance nationale pour pouvoir faire partie de la zone euro . Les gouvernements de « gauche » qui dirigent ce pays depuis la crise n'ont pas cessé de préférer l'euro à la lutte contre le chômage et la pauvreté. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la suppression de l'indépendance monétaire est en soi une politique. Ce n'est pas quelque chose de neutre, mais un choix qui va mécaniquement imposer une certaine répartition des richesses au sein d'un pays. Le grand ennemi de la rente c'est l'inflation et son corolaire la baisse du rendement des actions et des intérêts. Cette peur fondamentale de l'inflation qui a été érigée en pilier de la bonne gouvernance économique n'est pas le fruit du hasard. C'est la contre-réaction du capital et de la finance qui était naturellement rongée dans les années 70 par la baisse concomitante des gains de productivité et le ralentissement de la croissance démographique. Il leur a fallu faire peur sur la question de l'inflation pour défendre en réalité leurs intérêts.

Or comme l'a très bien démontré Keynes, l'inflation n'est pas du tout cette horreur que décrivent les libéraux. C'est au contraire le remède naturel qui se produit lorsque la richesse est trop concentrée. L'inflation fluidifie l'économie, elle ronge les rentes sous toutes leurs formes. Elle contrebalance la fameuse formule des taux d'intérêt composé qui tend naturellement à concentrer toutes les richesses entre quelques mains. Rappelons qu'il n'y a pas besoin de faire de marxisme pour comprendre la nature dangereuse du capitalisme. Les mathématiques suffisent puisque la formule des taux d'intérêt composé est une progression géométrique . L'utilité de l'inflation est de plus particulièrement vraie dans des pays où la gestion du personnel travailleur est difficile, là où les négociations sont mal organisées et la vie sociale relativement brutale. S'il est difficile de négocier avec ses salariés, l'inflation vient faciliter la tâche (...) De fait, l'inflation facilite la gestion des ressources humaines et la flexibilité des entreprises.

Vous voyez ici la source de la différence fondamentale entre un pays comme l'Allemagne par exemple et la Grèce ou dans une moindre mesure la France. La Grèce comme la plupart des pays du sud à besoin d'inflation pour que son corps social fonctionne correctement sans quoi la société se bloque et les rentes s'accumulent encore plus vite. La compétitivité s'essouffle et l'économie périclite. La gestion à l'allemande est inconcevable dans ce type de société, il était dès lors complètement absurde de donner la même monnaie à la Grèce et à l'Allemagne. Ajoutons à cela que les contraintes géopolitiques et les risques militaires obligent ce pays à maintenir des budgets de défense pour sa propre survie ce qui rajoute à l'incompatibilité avec la gestion à l'allemande de l'économie.

En regardant le taux d'inflation de l'économie grecque précédant la monnaie unique l'on voit que ce pays avait un taux naturel d'inflation très élevé. Il n'est dès lors pas très étonnant de voir que l'euro a eu des effets extrêmement mauvais pour l'emploi et la croissance dans ce pays. Mais pour les élites du pays, c'était certainement un objectif. La dépression n'est pas le résultat du hasard, mais l'effet voulu par les décisionnaires. On remarque d'ailleurs que depuis 2014 la Grèce est maintenant en déflation, la vie rêvée du rentier qui voit le coût de la production baisser pendant que ses actions et sa rente immobilière rapportent des intérêts positifs.

(...) le chômage en Grèce atteint des niveaux dramatiques . C'est d'autant plus grave que la population diminue comme en Espagne, les jeunes fuient un pays qui est pourtant extrêmement vieillissant. L'amélioration relative depuis 2014 tient aussi à la baisse de l'euro qui comme je l'ai signalé dans un texte récent, qui donne un petit souffle aux pays du sud y compris à la France (...)

Sous l'effet conjugué de la baisse de l'euro et des politiques de contrition salariale, la balance commerciale du pays s'est améliorée . Ces politiques ont encore fonctionné comme en Italie et en Espagne en attendant la France. Cette amélioration s'est faite surtout par la réduction de la demande intérieure comme dans les autres pays latins (...)

Le niveau actuel des importations et des exportations a rejoint en valeur le niveau de 1999 il y a 18 ans de cela. La Grèce a perdu près de vingt ans de développement. Mais grâce à sa monnaie en surévaluation, les rentiers locaux ont la belle vie. Encore une fois, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise politique, il y a juste des choix qui sont faits et qui vont dans tel ou tel intérêt. Clairement, le choix de la Grèce est un choix de rentier comme en France. Peu importe que le pays soit plus pauvre, plus inégalitaire et globalement moins vivable tant que les intérêts de ceux qui dirigent sont gagnants.

(...) la vraie rupture entre les pays qui ont une politique monétaire propre, et ceux qui ont la monnaie unique, c'est que le taux de pauvreté n'a augmenté que chez les seconds. C'est-à-dire que là où la variable d'ajustement se fait sur la monnaie et la dévaluation, la pauvreté recule. Lorsque l'on ne peut pas dévaluer et faire augmenter l'inflation, la pauvreté et le chômage augmentent. (...) 

On voit très bien la baisse des salaires en Grèce. Or comme on l'a vu, la Grèce n'a pas de meilleur résultat que l'Islande par exemple, c'est même l'inverse. L'Islande n'a pas baissé ses salaires, mais sa monnaie. Les effets ont été plus forts sur la reprise et en plus il n'y a pas eu d'augmentation des inégalités contrairement à la Grèce. C'est donc bien un choix entre deux solutions, l'une favorable au travail, aux salariés, l'autre favorable à la rente et à la finance.

L'économie grecque n'est pas en bonne santé. Le pays connaît un appauvrissement majeur pour une partie croissante de sa population, tout ça pour éviter l'inflation et la dévaluation. Il ne s'agit pas de savoir ici s'il s'agit d'une bonne politique ou pas, mais bien de montrer quels intérêts se cachent derrière la façade la bonne gouvernance et de la gestion libérale. L'UE et l'euro sont les outils idéologiques et pratiques qui permettent la mise en oeuvre de ces politiques. C'est bien parce que la gauche pseudo-alternative aime l'euro qu’elle se permet de faire boire ce cocktail empoisonné mélangeant politique de l'offre et rigueur salariale suicidaire. La Grèce pourrait sortir de l'euro et dévaluer. Elle pourrait mettre en place une politique de réindustrialisation, un protectionnisme, etc.. Mais pour cela encore faut-il rompre avec la religion européenne. En attendant la Grèce meure à petit feu, elle fait de moins en moins d'enfants et fait partir sa jeunesse ou la paupérise. Leurs ancêtres se sont-ils battus pendant des siècles contre l'Empire ottoman pour mourir à nouveau tel Byzance en étant absorbé cette fois par un empire barbare peuplé de tyrans en costumes trois pièces? Jean Claude Juncker sera-t-il le Mehmet II de la Grèce moderne ? (...)

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dimanche 6 août 2017

L'euro est trop fort de 6,8% pour la France et trop faible de 18% pour l'Allemagne selon le FMI

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L'euro est trop fort de 6,8% pour la France et trop faible de 18% pour l'Allemagne selon le FMI

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/07/28/20002-20170728ARTFIG00249-l-euro-est-trop-fort-de-68-pour-la-france-et-trop-faible-de-18-pour-l-allemagne-selon-le-fmi.php

L'étude annuelle du Fonds monétaire international sur les déséquilibres des paiements internationaux publiée ce vendredi souligne à nouveau à quel point l'euro est une cote mal taillée pour le couple franco-allemand.

Une même monnaie, mais des économies nationales fort différentes. Alors que la France a accusé un déficit extérieur de ses paiements courants de 19 milliards d'euros en 2016, l'Allemagne a enregistré la même année un excédent de 261 milliards d'euros. Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que la monnaie unique n'est adaptée ni à l'une ni à l'autre, comme si on voulait faire passer le même costume à «Passe- Partout» , le nain le plus célèbre de France, et au basketteur Tony Parker.

Le Fonds monétaire international, qui a des experts chevronnés et impartiaux, a ainsi calculé que l'euro est en réalité sous-évalué d'environ 18% pour l'Allemagne et qu'il est au contraire surévalué de 6,8% pour la France. Ces chiffres figurent dans l'étude annuelle du FMI intitulée «External Sector Report». Derrière ce titre sibyllin qui n'est guère plus parlant une fois traduit en français, l'organisation financière internationale répertorie les déséquilibres extérieurs des 28 pays les plus importants économiquement de la planète, lesquels représentent au total 85% du PIB (produit intérieur brut) mondial.

Le FMI ne vise certes pas à mettre en exergue les disparités franco-allemandes - ce n'est pas le genre de la maison que de répandre du sel sur les plaies - mais ces informations y figurent et elles sont analysées de façon détaillées. Pour estimer qu'une monnaie d'un pays est «surévaluée» ou au contraire «sous-évaluée» par rapport à ses propres performances économiques et à ses besoins, le FMI se réfère principalement aux excédents ou aux déficits extérieurs de chaque économie nationales, ce qui englobe les échanges commerciaux de marchandises et de services. Mais ce n'est pas le seul critère. Le niveau des coûts salariaux notamment, ainsi que la démographie sont également pris en compte.

L'Allemagne enregistre des excédents extérieurs excessifs

Ainsi est-il légitime que l'Allemagne, dont la population est vieillissante et en diminution absolue, enregistre de façon récurrente des excédents extérieurs substantiels car elle a besoin d'accumuler des réserves pour assurer les retraites de sa population. Mais sans doute pas à ce point. Les experts du FMI considèrent que l'économie allemande devrait afficher un excédent externe annuel compris entre 2,5% et 5,5% de son PIB alors que ce surplus a atteint 8,3% du PIB l'an dernier.

L'ensemble des données prises en compte par l'étude portent en effet sur l'année 2016 et lorsqu'il est fait état de «surévaluation» ou de sous-évaluation» d'une devise, cela s'entend vis-à-vis de l'ensemble des autres monnaies et pas seulement du dollar américain. Le FMI utilise à cet égard la notion de «taux de change effectif réel», c'est-à-dire en l'occurrence le taux de l'euro vis des monnaies des pays avec lesquels la France et l'Allemagne commercent. L'adjectif «réel» signifiant qu'il a été tenu compte de l'inflation.

Alors que l'euro s'est assez nettement raffermi ces trois derniers mois et qu'il atteint aujourd'hui son plus haut niveau depuis deux ans et demi, le phénomène de surévaluation pour la France tend donc à s'aggraver. Et vice versa pour l'Allemagne.

Si les travaux du FMI sur les principales monnaies nationales peuvent paraître quelque peu techniques dans leur approche , ils n'en sont pas moins pain béni pour le monde politique. Donald Trump s'en est servi l'hiver dernier pour stigmatiser les excédents commerciaux allemands. Quant à Marine Le Pen, elle y a fait maintes fois référence lors de la dernière campagne présidentielle en France, alorsqu'elle militait pour une sortie de la France de l'euro*.

Pour sa part le FMI, dont la mission principale est, faut-il le rappeler, la stabilité financière internationale, se garde bien de tirer des conclusions aussi radicales. Prenant acte des disparités franco-allemandes, il se contente de préconiser des remèdes plus classiques. Pour l'Allemagne il estime que «des mesures additionnelles de relance seront nécessaires pour rééquilibrer l'économie». Quant à la France, les experts internationaux rappellent une énième fois leur ordonnance (au sens médical du terme): «modération salariale (spécialement pour le salaire minimum), réformes additionnelles du marché du travail, et mesures pour accroître la productivité». C'est sans doute à ce prix que les deux premières économies de la zone euro pourront à nouveau converger. Une condition sine qua non pour garder la même monnaie.

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*Rappelons que pour le Figaro, comme pour la quasi- totalité de la presse française, l'UPR n'existe pas, et que la fiction selon laquelle Marine Le Pen souhaite “une sortie de la France de l'euro” demeure la version officielle, même après les péripéties récentes au sein du FN. L'alternative demeure: soit on se plie aux recommandations du FMI (et de la Commission européenne), soit on bascule dans le fascisme...

P.G.

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samedi 29 juillet 2017

La «nationalisation» de STX et les contradictions d’Emmanuel Macron

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La «nationalisation» de STX et les contradictions d’Emmanuel Macron

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707281032425084-macron-nationalisation-contradictions/

 

Le gouvernement vient de décider de « nationaliser » les chantiers navals STX . Cette démarche peut surprendre de la part d’un gouvernement qui, jusqu’à maintenant, s’était surtout fait remarquer par des positions inspirées par le libéralisme économique le plus pur. L’objectif affiché est de «défendre les intérêts stratégiques de la France».

Le gouvernement possédait jusqu'à présent 33,33% des actions. Cette détention était assortie d'un droit de préemption courant jusqu'au samedi 29 juillet. C'est ce droit que le gouvernement a décidé de faire jouer, à la suite de l'échec des négociations avec l'entreprise italienne, Fincantieri qui devait reprendre une partie du capital.

Le cas STX et le conflit Franco-Italien

L'exécutif a voulu négocier un schéma «à 50-50», équilibrant les intérêts français (l'État, l'ex-DCNS Naval Group, Bpi-France et les salariés) et italiens dans le tour de table des Chantiers de l'Atlantique, alors que le compromis initial donnait au camp italien 55 % des parts de STX France. Les causes du revirement du gouvernement français sont connues. Fincantieri est situé sur le même créneau que STX, dont il est le principal concurrent. Alors que le gouvernement présidé par M. Cazeneuve avait accepté que les italiens soient majoritaires, celui de M. Philippe, et bien entendu le Président de la République, ont fait leurs les craintes de nombreux responsables de STX que l'acheteur italien n'intervienne que pour s'assurer la maîtrise de certaines équipements de Saint-Nazaire et laisse péricliter la production sur le site. Or, le gouvernement italien a rejeté la proposition française, que ce soit par la voix du ministre du Développement économique M. Carlo Calenda, ou celle de son collègue du Trésor M. Pier Carlo Padoan.

C'est donc une décision importante. Mais il convient de la relativiser. Cette décision n'implique une dépense que de 80 millions d'euros. Dans le même temps, le gouvernement de M. Philippe se prépare à privatiser la société Aéroports de Paris, pour un montant estimé entre 2,7 et 7 milliards d'euros suivant les formules de privatisation. Or, ces aéroports (Charles de Gaulle et Orly) peuvent être considérés comme tout autant stratégiques que les chantiers STX. On voit ici que le concept d'entreprise « stratégique » peut avoir de multiples sens pour le gouvernement.

Par ailleurs, le gouvernement français annonce sa décision de reprendre les négociations avec la partie italienne pour aboutir à une sorte d'Airbus de la mer, et donc ne ferme pas la porte à un accord avec l'Italie. Mais, il n'est pas dit que l'analogie avec Airbus soit ici réellement pertinente.

Les contradictions du gouvernement

En fait, l'attitude du gouvernement français souligne cependant les contradictions du discours et de la politique de M. Emmanuel Macron. Il apparaît ainsi sans ligne directrice, disant une chose et en appliquant une autre.

Il y a tout d'abord une contradiction évidente dans ce projet de constituer une « Airbus naval ». Rappelons que le précédent d'Airbus se basait sur une expérience de la coopération avec l'industrie aéronautique allemande de plus d'une dizaine d'années. Cette coopération avait porté sur l'avion de transport Transall, mais aussi sur la construction sous licence en Allemagne fédérale du prédécesseur du Transall (le Noratlas) et du Fouga Magister. Par ailleurs, au moment où fut négocié la constitution d'Airbus, un autre programme de coopération, autour de la fabrication de l'Alpha Jet, était en œuvre. Airbus fut donc, à l'origine, le fruit de ces nombreuses coopérations industrielles, où il était clair que la France jouait un rôle directeur. Nous ne sommes absolument pas dans ce type de situation avec la construction navale. L'analogie proclamée par le gouvernement ne repose sur rien. On se paye de mots.

Rappelons aussi que cette décision met en scène la souveraineté de la France, alors même que le Président ne cesse de chanter les louanges d'une Europe plus intégrée, ce qui passerait par de nouveaux abandons de souveraineté. On voit bien qu'il y a une dimension de communication, et même de propagande, dans cette décision. Et l'on peut voir se manifester ici une nouvelle fois la contradiction qui avait été celle de François Hollande quand il avait décrété l'état d'urgence en novembre 2015. Qu'il s'agisse de François Hollande ou d'Emmanuel Macron, nous sommes en présence de Présidents qui affirment leur volonté d'aller plus loin dans l'intégration européenne mais qui, face à une crise, réagissent dans le sens d'une réaffirmation de la souveraineté française. La contradiction est ici irrémédiable.

Cette « nationalisation » de STX pourrait être l'occasion d'une prise de conscience et de la situation de l'industrie française, et de la nécessité d'un secteur public dans certains domaines. Mais, cela exige que le gouvernement se défasse de la chape idéologique du libéralisme mais aussi de l'européisme. Il est, à vrai dire, fort peu probable qu'il en aille ainsi. Cette « nationalisation » risque donc de n'être que poudre aux yeux.

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