dimanche 4 février 2018

Le conseiller régional Eric Correia propose de faire de la Creuse le labo de la légalisation du cannabis

La Creuse, paradis de la fumette ? C’est certainement l’idée la plus iconoclaste qui soit arrivée sur le bureau du préfet de ce département. Celui-ci a en en effet été chargé de présenter au gouvernement des propositions d’ expérimentation sur ce territoire hyper-rural. Propositions qui doivent servir de support à un un plan de redymanisation de la Creuse.

ACT CREUSE FUMETTE

L’idée devrait plaire à ceux qui se sont offusqués cet automne en lisant que l’une des pistes du "plan de redynamisation" de la Creuse pourrait-être la construction d’un centre pénitentiaire.

« La Creuse, territoire d’expérimentation de la légalisation du cannabis à usage médicinal et récréatif ». Cette proposition n’a pas été glissée entre deux portes, ni-même sur un post-it : Eric Correia, président de l’ Agglo du Grand-Guéret et conseiller régional de Nouvelle Aquitaine a rédigé une fiche complète et très argumentée sur le sujet à l’attention du préfet de la Creuse. Cet élu socialiste ( qui a pris du recul avec ce parti au niveau local) ne fait « que reprendre un point du programme de Benoît Hamon », tempère-t-il.

Sauf que l’idée d’une «  légalisation » anticipée et donc localisée sur un territoire donné contient la promesse d’effets secondaires significatifs au plan économique. « Si l’on pouvait implanter une production de cannabis encadrée en Creuse, c’est toute l’économie du territoire qui décollerait », s’enthousiasme Eric Correia.

Ce responsable politique est connu pour sa sensibilité rock’n’ roll. Il est notamment à l’origine du festival El Clandestino qui a permis de faire venir Manu Chao en Creuse en juillet 2017 : « personnellement, je ne suis pas consommateur », tient toutefois à préciser le quinquagénaire , qui est aussi soignant de profession. Son argumentaire est en partie axé sur l’intérêt du « cannabis médicinal et thérapeutique, qui permet de diminuer considérablement la consommation d’antalgiques ».

Comme le Colorado, état américain qui tire profit de la légalisation

La Creuse pourrait se positionner comme l’équivalent hexagonal du Colorado ou de la Californie, états américains qui ont légalisé dans un objectif thérapeutique. Reste que la France n’est pas un état fédéral : difficile d’imaginer une légalisation « dérogatoire » et locale, tant le sujet est sensible.

Sur un plan politique et moral, la « fiche action » développe l’argumentaire des pro-légalisation : « En France, malgré la répression de l’usage, 45 % des jeunes ont déjà testé le cannabis contre moins de 30 % aux Pays-Bas où le cannabis est à peu près légalisé de fait. La France est régulièrement en tête des classements européens pour la consommation de cannabis  (…) L’échec est également sécuritaire et judiciaire puisque les interpellations sont en hausse constante pour usage de cannabis et vente illégale alors même que les tribunaux pourraient être avantageusement désengorgés en légalisant le cannabis pour effet récréatif ».

Tant qu’à être iconoclaste, Eric Correia n’exclut  donc  pas l’ « usage récréatif » de son argumentaire. Il envisage  que le tourisme de la fumette pourrait profiter au département, à l’image de ce qui s’est passé au Pays-Bas.

A la base de ce « levier économique », générateur de ressources fiscales ( le cannabis serait légalisé mais évidemment pas détaxé), c’est bien une filière agricole spécifique qui pourrait se développer : «  Si la Creuse ne possède pas de climat tropical, il semble tout à fait possible d’y faire pousser du cannabis pour plusieurs récoltes annuelles », assure l’élu.

Eric Correia va jusqu ’au bout de sa logique : «  C’est plus qu’un pari, c’est une certitude. Le Grand Guéret se tient prêt à relever le défi ». Si l’expérience était circonscrite au Grand Guéret, cela pourrait faire des jaloux sur le plateau de Millevaches. De toute façon, la perspective est encore un peu lointaine. Après le maire d’Aubusson Michel Moine qui demande au préfet de la Creuse d’user de son pouvoir dérogatoire exceptionnel pour conserver la limitation de vitesse à 90km/h sur les radiales qui raccordent Aubusson aux 2X2 voies, Philippe Chopin risque de se sentir débordé par les propositions planantes. Il n’a d’ailleurs pas retenu la proposition d’Eric Correia pour le premier comité interministériel dédié au plan de redynamisation de la Creuse. Le préfet s’est en somme refusé à faire le joint.
Julien Rapegno

https://www.lepopulaire.fr/gueret/art-de-vivre-bien-etre/vie-pratique-consommation/2018/02/02/le-conseiller-regional-eric-correia-propose-de-faire-de-la-creuse-le-labo-de-la-legalisation-du-cannabis_12725524.html

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ça tombe bien, j'ai découvert dans mon quartier (à Aubusson) de nouveaux dessins_ graffiti de jolies plantes et quelques "nique la police", sans doute l' anticipation d'un nouvel esprit pionnier en Creuse...   P.G.

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vendredi 2 février 2018

Marseille : des dealers squattent le ministère de la Justice

Les éducateurs de la PJJ, excédés, sont en grève.

ACT MARSEILLE PJJ

Un culot ou un sentiment d'impunité hors du commun : depuis cinq mois, c'est jusque dans l'enceinte du ministère de la Justice qu'un réseau de stupéfiants a pris ses habitudes, dans le quartier des Chutes-Lavie. En l'occurrence, sur les 9 hectares du verdoyant domaine de l'unité éducative de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). On trouve notamment dans cet ancien espace bastidaire du 13e un Centre éducatif fermé tout neuf, un foyer, des services d'insertion, etc.. Près de 80 éducateurs et autres intervenants, placés sous la tutelle du ministère de la Justice, y travaillent chaque jour auprès d'un public de mineurs délinquants.

Nombre d'entre eux ont justement connu le trafic de stupéfiants : le domaine de la traverse Sylvestre devrait être un havre où ils tentent de redresser des vies qui ont dévissé. Mais c'est justement dans cet espace de repli et de reconstruction que les dealers viennent "tenter de recruter les plus jeunes, livre, accablée, Isabelle Audureau, pour la CGT-PJJ. Ceux qui vendent sur ce plan stups ont sorti des braseros, des fauteuils, ils font comme s'ils étaient chez eux. Des clients débarquent carrément en voiture, en groupe, sur le site", s'étrangle la syndicaliste. Dans cette proximité avec le réseau et ses petits lieutenants, les fonctionnaires disent vivre "une contradiction insupportable entre leurs missions d'éducation, d'insertion et de prévention de la récidive, et le fait de laisser les jeunes témoins voire acteurs de ce trafic".

Ils seront en grève aujourd'hui pour le dire haut et fort.

Des hommes cagoulés encerclent l'éducatrice

Si cette situation est connue "de longue date", elle s'est dernièrement envenimée : "Les allées et venues des agents de la PJJ et des usagers du service sont désormais contrôlées par des personnes postées sur le site", décrit la CGT. Qui cite le cas de cette éducatrice, qui s'est ainsi vue cernée, un soir, par plusieurs hommes cagoulés. "À un autre collègue, ils ont dit, en gros : 'Ici, t'es chez nous'. On a dépassé là le sentiment d'insécurité. Les éducateurs ont la trouille, ils sont prêts à exercer leur droit de retrait", martèle Isabelle Audureau. Si la police n'a pas, pour sa part, constaté d'enracinement du trafic sur le site, elle reconnaît une situation de "porosité" avec les cités voisines, où les plans stups sont bien connus.

Le communiqué de la CGT PJJ ne mâche, en tout cas, pas ses mots : "Les personnels ont le sentiment d'être abandonnés au coeur d'un conflit de territoire et sont condamnés à l'immobilisme par peur de représailles." Le CHSCT de la PJJ va d'ailleurs être saisi "en urgence" par les syndicats, jugeant que "les risques psychosociaux n'ont jamais été aussi élevés sur le site".

Mesures de sécurité

Au plus haut de leur hiérarchie, avec qui les organisations syndicales ont eu plusieurs rencontres la semaine dernière, ces alertes sont prises "très au sérieux". Ouvert aux quatre vents, le portail, "point de fragilité", sera ainsi "fermé et gardienné", promet Franck Arnal, directeur interrégional adjoint de la PJJ. Le mur d'enceinte sera aussi relevé à deux mètres. Enfin, la tolérance accordée aux habitants de la cité mitoyenne et très enclavée des Marronniers, de traverser le domaine, sera retirée. "Je ne découvre pas les difficultés des quartiers Nord, souffle Franck Arnal. Cependant, nous n'avons pas la maîtrise de ces manifestations de violence et de territoire.Il nous faut pourtant réagir, sinon c'est l'État qui recule." Le symbole, en ce lieu, "serait fort" : un terrible constat d'échec dans la lutte pour reprendre le terrain et les jeunes au trafic de drogue.

http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/4814129/des-dealers-squattent-le-ministere-de-la-justice.html

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