samedi 20 janvier 2018

A Nice, un citoyen peut devenir une caméra de surveillance

Grâce à une application venue d'Israël, 2 000 personnes pourront filmer pendant deux mois les incivilités dont ils sont témoins, dans une ville déjà surarmée de caméras de surveillance.

ACT ESTROSI SURVEILLANCE

De la vidéosurveillance, en veux-tu en voilà. La ville de Nice, déjà surveillée par 1 950 caméras, soit 27 au km2, va désormais être arpentée par des citoyens eux-mêmes équipés. Une application, Reporty, leur permet, depuis ce lundi, de filmer lorsqu’ils sont témoins d’une incivilité et de transmettre leur œuvre en direct au centre de vidéosurveillance de la police municipale.

«Vous êtes témoin d’une incivilité (nuisance sonore, tag, dépôt sauvage…) ou d’une situation critique (vol, agression, incendie, inondation…) par une simple pression sur le téléphone, l’application renvoie au Centre de supervision urbain la vidéo en direct de l’incident en haute qualité», explique un communiqué du maire de Nice. En appelant, la personne est géolocalisée, précise son cabinet, contacté par Libération. Ainsi, les caméras de vidéosurveillance peuvent cibler la zone concernée (pour le dire autrement : les caméras de la ville filment l’endroit où un citoyen filme) et une patrouille peut être dépêchée sur place.

«Pour l’instant, nous avons un panel de 2 000 citoyens. Il est composé de 1 000 agents de la ville de Nice et de la métropole, de membres de la réserve civile et citoyenne, de comités de quartiers et du groupe "voisins vigilants" [des habitants qui, par secteur, assurent une surveillance passive, ndlr]», explique-t-on à la mairie. Au bout de deux mois, si l’utilisation de l’application est jugée positive, elle sera généralisée à l’ensemble des habitants. Tout juste faudra-t-il remplir un formulaire de demande.

«Face aux défis que nous avons à relever, chacun d’entre nous doit devenir un citoyen engagé, acteur de sa propre sécurité et donc de la sécurité collective. Et lorsque les nouvelles technologies peuvent y contribuer, en rendant aujourd’hui possible ce qui, hier, relevait de la science-fiction, pourquoi s’en priver !» s’enthousiasme Christian Estrosi. L’opposition socialiste, de son côté, est plus sceptique. Elle dénonce «une démarche contestable sur le fond et inadmissible sur la forme […] qui ressemble à l’organisation d’un processus de délation généralisé». «On voit que le maire de la ville [de Nice, Christian Estrosi] ne se gêne pas d’expliquer à quel point c’est utile pour instaurer la délation dans toute la ville», a également jugé Benjamin Sonntag, cofondateur de l’association La Quadrature du Net, interrogé sur France Info. 

Le modèle israélien

Comme souvent en matière de sécurité, le maire de Nice, qui visiblement ne s’embarrasse pas de ces questionnements éthiques, est allé chercher cette application en Israël. Elle a été développée par la start-up de l’ancien Premier ministre Ehud Barak. «Le contact a été pris lors d’une visite de Christian Estrosi en Israël», explique-t-on à la mairie. Le voyage, organisé en décembre, avait fait grincer des dents, celui qui était alors président de la région Paca, ayant annoncé, avant son départ, un don de 50 000 euros au Fonds national juif, au frais de la collectivité.

En février 2016, déjà, il avait fait un déplacement en Israël et rencontré le PDG de la société de sécurité Eagle Security and Defense, par ailleurs ex-directeur du Conseil de sécurité national israélien, selon l’Express. Quelques mois plus tard, en septembre, il annonçait qu’un «bureau de sécurité israélien» étudiait des aménagements visant à renforcer la sécurité de la ville, et notamment de la promenade des Anglais. L’idée d’une association des citoyens dans le domaine de la sécurité avait, semble-t-il déjà germé. «Nous sommes confrontés à une guerre qui nous est faite à l’israélienne, et ne pas mener nous-mêmes cette guerre à l’israélienne, c’est-à-dire nous appuyer à la fois sur toutes les administrations, toutes les collectivités, et aussi les populations – car en Israël les populations, par des campagnes d’information et de communication, sont associées –, c’est une erreur», assurait le maire de Nice.

http://www.liberation.fr/france/2018/01/15/a-nice-un-citoyen-peut-devenir-une-camera-de-surveillance_1622571

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Au moins, en Israël, l'ennemi est identifié: toute personne "non- juive" est potentiellement suspecte pour certains.  Reste à définir l'ennemi en France... Quant au lien incivilités- terrorisme, il faudra qu'on m'explique...Et dire qu'il y a des gens qui vont se croire en sécurité avec de tels dispositifs...Lire et relire Orwell!  P.G.

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John Pilger: « Organiser la résistance à la censure sur Internet »

Par John Pilger
13 janvier 2018

TL GAFA

(...)

Quelque chose a changé. Bien que les médias aient toujours été plus ou moins une extension de la puissance du capital, ils y sont maintenant presque entièrement intégrés. La dissidence une fois tolérée dans le courant dominant a régressé à une sorte de résistance clandestine métaphorique à mesure que le capitalisme libéral vire vers une forme de dictature de la grande entreprise. C’est un tournant historique où les journalistes contrôlent les périmètres du nouvel ordre : regardez l’hystérie anti-russe et les chasses aux sorcières #MeToo, notamment dans les journaux libéraux tels que le Guardian et le New York Times. Dans une situation où les journalistes indépendants sont éjectés des médias principaux, Internet reste la source vitale de révélations sérieuses et de l’analyse fondée sur des preuves : le vrai journalisme.

Des sites tels que wikileaks.org, wsws.org, consortiumnews.com, globalresearch.ca, democracynow.org et counterpunch.org sont de plus en plus ciblés comme « offensants » par Google et d’autres géants ; et le filtrage et la limitation des recherches Google sur ces sites sont de la censure flagrante. Ce ne sont pas des sources marginales, mais essentielles pour les personnes qui essaient de donner un sens à un monde dans lequel la science et la technologie ont remarquablement progressé tandis que la politique « démocratique » dominante a régressé à l’extrémisme de la guerre de classe et du bellicisme incessant.

L’invention perverse des fausses nouvelles en fait partie, tout comme le « Russie-gate ». Le télédiffuseur RT – qui fait souvent le travail abandonné par les médias libéraux occidentaux – aurait été détruit s’il n’avait pas été soutenu par un gouvernement puissant. On pourrait en dire autant de Julian Assange s’il n’avait pas fait preuve d’une résilience et d’un courage extraordinaires et s’il n’avait pas obtenu le soutien d’un petit gouvernement courageux. La question est urgente ; les voix doivent s’élever ! J’exhorte mes collègues à rompre leur silence.

(Article paru en anglais le 11 janvier 2018)

Source: WSWS

https://arretsurinfo.ch/john-pilger-%e2%80%aforganiser-la-resistance-a-la-censure-sur-internet%e2%80%af/

vendredi 19 janvier 2018

L’hiver qui vient

LE 4 JANVIER DERNIER, MARK ZUCKERBERG PUBLIAIT SUR SA PAGE FACEBOOK UN MESSAGE SOUS FORME DE MEA CULPA, ET ANNONÇAIT UN CHANGEMENT DE STRATÉGIE DE FACEBOOK.

TL FB DOLLAR

Les médias, tous les médias, qu’ils soient mainstream ou alternatifs vont prendre cher, très cher. Faut-il vous rappeler qu’aujourd’hui, l’ensemble des médias, mais plus encore les médias alternatifs, qui ne disposent pas d’un autre moyen de diffusion sont tributaires de Facebook à concurrence de 80 à 95% de leur trafic ? Le calcul est très simple, sur 10 visiteurs, au mieux vous en avez deux qui n’ont pas été redirigés vers votre page via Facebook. Les changements annoncés, s’ils sont appliqués, résulteront en une chute brutale du trafic[1] pouvant aller jusqu’à 70% pour les sites mainstream, voire 95% pour les médias alternatifs. Bonne année !

Les déclarations

Je ne vais pas reprendre mot pour mot les déclarations de Zuck, qui comme un parfait gamin commence par nous expliquer comment qu’il est intelligent, comment qu’il se fixe des défis (lire 25 bouquins en un an…), et comment qu’il parle bien mandarin, vous trouverez l’intervention originale sur sa page Facebook.

Zuck nous explique que « le monde est anxieux et divisé », et que Facebook « a encore beaucoup à faire, que ce soit pour protéger la communauté contre les abus et la haine, la défendre contre les interférences par des États, ou en s’assurant que le temps passé sur Facebook est du temps bien utilisé ».

Arf, c’est donc Facebook qui décide désormais comment bien utiliser notre temps, et propose de nous aider dans cette tâche en ne nous montrant plus les contenus qu’il estime « inutiles » ou « anxiogènes ». Eh oui, pour être réceptif à la publicité, vous ne devez pas être stressé, un peu comme les homards suisses : ces petites bêtes, c’est connu, ont une peur bleue de l’eau (chaude) et préfèrent de loin un bon coup de marteau sur la tronche, après leur avoir fait un massage thaïlandais ou leur avoir raconté une ou deux blagues belges histoire de les détendre.

Donc désormais, ce sera « puppies all over the place ». Des chatons, encore plus de chatons… Rien que des images lénifiantes et des histoires qui finissent bien, qui nous disent comme le monde il est beau, comme le monde il est gentil : place à l’émotion. Mais attention, seulement l’émotion positive, qui libère tant et plus de dopamine dans le chou-fleur qui vous tient lieu d’unité centrale.

A quoi faut-il s’attendre, en pratique ?

Dans un autre post, daté du 12 janvier, Mark Zuckerberg précisait un peu ses intentions :

« Vous verrez moins de contenus publics comme ceux provenant d’entreprises, de marques, ou de médias. » (les pages, ndlr).

Tout en favorisant le contenu publié par vos amis, vos proches, pour susciter « plus d’interactions ». Les contenus sponsorisés, quant à eux, seront toujours bien là. Comme nous le voyons, au delà du discours mettant l’accent sur l’aspect social et la lutte contre les fake news, il ne s’agit ni plus ni moins que de limiter l’audience des médias : désormais, pour pouvoir diffuser à leurs abonnés, ils devront sponsoriser les contenus, passer à la caisse.

Faut-il préciser que pour des médias perpétuellement au bord de la faillite en dépit du fait qu’ils sont largement financés sur fonds publics, ceci n’est pas vraiment une option ? Que pour l’immense majorité des médias alternatifs, ce n’est pas envisageable, eux qui ne vivent que de dons ou des maigres revenus de leurs publications ?

Que peut-on faire ?

Je ne voudrais pas passer pour le méchant de service, mais si vous entretenez encore, ne serait-ce que subrepticement l’illusion que vous pourriez limiter la casse et maintenir votre petit média au niveau où il se trouve à l’heure actuelle, je vous conseille de faire une bonne cure de sommeil, loin de votre smartphone, loin des réseaux sociaux, et d’y repenser sérieusement à votre réveil.

Voilà plus de dix ans que les internautes, désormais transformés en moutons stupides s’imaginent que Facebook est là pour aider à la propagation de l’information, que ce soit pour en consommer ou pour en diffuser. Cruelle désillusion, Facebook n’a pour vocation que de faire toujours plus de pognon, d’être toujours plus rentable pour les investisseurs qui en veulent pour leur argent. Et cela, même Zuck ne peut que s’y plier.

Ne croyez pas, en tant qu’éditeur de média, que vous n’y soyez pour rien : n’avez-vous pas, vous aussi, compté sur Facebook plus que tout autre moyen pour élargir votre audience ? Croyiez-vous naïvement que Facebook n’essaierait pas, le moment venu, d’en tirer profit ?

Les avantages des inconvénients

À quelque chose malheur est bon, nous dit le proverbe. Ainsi, bon gré, mal gré, il y a un certain nombre d’aspects positifs à ce changement de stratégie :

  • Les utilisateurs qui sont sur Facebook pour y chercher de l’information (soit une bonne part de leur public) retourneront sur le web pour y chercher l’information, et déserteront Facebook qui ne sera plus guère qu’un centre de distribution de vidéos de chatons mignons intercalées entre deux publicités.
  • Tous les éditeurs seront impactés de la même façon, y compris les médias mainstream : c’est beau la démocratie, même si c’est pas vraiment fait exprès.
  • Ceux qui iront encore sporadiquement sur FB y verront moins de posts/spam dans le genre « tague un ami qui… » et autres cornichonneries.
  • Facebook lui-même va probablement essuyer le plus beau recul boursier de sa courte histoire, laissant (un peu) la place à d’autres médias sociaux (un peu) moins rapaces.

Ce n’est donc pas « vraiment » une mauvaise nouvelle, mais l’annonce d’un bouleversement dans la manière dont les contenus « gratuits » seront diffusés et consommés, désormais. Il nous appartient de négocier ce virage dans les meilleures conditions pour permettre à la presse alternative de continuer à faire son travail : informer.

Par Ph. Huysmans |14 Janvier 2018

Notes

[1] En octobre dernier, le réseau social avait commencé à tester, dans six petits pays un fil d’actualité indépendant pour les médias. Résultat: des chutes d’audience, sur Facebook, de 60 à 80% pour les médias. En octobre dernier, le Guardian écrivait: « Si ce test devait être répliqué au niveau mondial, il détruirait de nombreux petits éditeurs, ainsi que des grands qui dépendent beaucoup trop des réseaux sociaux pour avoir des visiteurs. » Source: LE TEMPS

Source: https://www.levilainpetitcanard.be/articles/informatique/lhiver-qui-vient_1490777810

https://arretsurinfo.ch/lhiver-qui-vient/

jeudi 18 janvier 2018

Petite leçon de sophistique à l'usage des bulots, par Monsieur Joffrin

Benoit Rittaud, mathématicien et président de l'Association des climato-réalistes était le 5 janvier dernier invité sur le plateau de l’émission l’Heure des Pros sur CNews. L'occasion pour l'éditocrate Laurent Joffrin d'endosser le rôle de Torquemada, et de nous servir quelques perles de sophistique.

TL CLIMAT DEBAT

Préambule

Soyons clair, le but de cet article n'est pas de traiter du fond, à savoir en somme si le réchauffement climatique bouleversement climatique est principalement d'origine anthropique, ce dont je doute, pour les mêmes raisons que Benoît Rittaud. D'ailleurs à aucun moment de l'émission l'aspect scientifique n'a été abordé. Non, dans le chef de Pascal Praud, il s'agissait de créer un clash, un effet de buzz en amenant sur le tapis un sujet hautement explosif, politiquement incorrect. Face à lui, six invités : Elisabeth Lévy, Benoît Rittaud, Jean-Louis Burgat, Clément Viktorovitch, Michel Chevalet et l'inénarrable Laurent Joffrin qu'on ne présente plus.

L'émission

Sur les six invités, vous l'aurez compris, deux se sont montrés particulièrement agressifs face à Benoît Rittaud : le petit Viktorovitch, qui s'est comporté comme tout bon chihuahua doit se comporter quand il voit passer des gens sous la fenêtre de l'appartement à sa mémère, aboyant ses « Monsieur » dégoulinants de mépris, sûr qu'il est d'être, lui, du bon côté de la fenêtre de la majorité, celui de la réconfortante bienpensance. Incapable d'apporter d'autre argument que l'effet Panurge, le principe de la « preuve sociale ». Ah mais « Monzieu », il y a des Nobel ! Ah que oui, j'ai vérifié moi-même et y ai trouvé aussi bien Albert Einstein que Winston Churchill (prix Nobel de littérature en 1953). Bon, d'accord, ils étaient déjà morts au moment où la pétition a été mise en ligne, mais cela n'est nullement rédhibitoire ! En pratique, c'est seulement si vous êtes mort et socialement infréquentable que vous risquez l'exclusion.

Exégèse de la pensée de Maître Joffrin

Afin de pouvoir mieux comprendre la pensée profonde de l'inquisiteur de service, je me suis livré au petit exercice qui consiste à retranscrire ses interventions, que nous analyserons plus bas.

Laurent Joffrin (6'44) : Laurent, j'ai l'impression d'être revenu vingt ans en arrière, parce que toutes ces discussions ont eu lieu il y a dix, quinze ans. L'idée que, soit il n'y a pas de réchauffement, soit elle (sic) est pas due à l'activité humaine, a été réfutée par l'ensemble des savants qui s'occupent de cette question, ou 98%, disons. Que la plupart de ceux qui émettaient des objections chiffrées, etc, on s'est aperçu que c'étaient des gens en général liés aux industries émettrices de carbone, ils étaient payés, et depuis, tous les chefs d'État de la planète ont (sic) des farfelus, à part Trump, 'fin, bon, ouais... Et Monsieur (Rittaud, ndlr), enfin, je sais pas, je ne connais pas ses arguments. Je, tout ça a été, eh euh, personne n'a jamais dit que le réchauffement provoquait immédiatement une augmentation du nombre d'ouragans ou des intensités plus fortes, personne n'a jamais dit ça. À chaque fois qu'on pose la question...

François Rittaud : Ah bon ?

Laurent Joffrin : Ben personne. À chaque fois qu'on fait une enquête journalistique pour dire « mais est-ce que cette tempête a un rapport avec le réchauffement », le journaliste scientifique qui s'occupe de ça revient en disant « Mais non, c'est pas prouvé. Peut-être, mais peut-être pas » . Donc on fait dire à la science des choses qu'elle ne dit pas, on dit « Voilà, la science dit qu'il y a plus de tempêtes à cause du réchauffement » Elle ne dit pas ça, donc déjà c'est un faux, heu, on met un faux...

Michel Chevalet : Non ça c'est l'interprétation qu'en donnent les journalistes, hein, ce n'est pas ce que dit Benoît Rittaud

Laurent Joffin : pas mes (sic) journalistes, moi ils m'ont jamais dit ça, à moi, ils m'ont toujours dit le contraire.

Laurent Joffin (16'42) : Je pense qu'on devrait faire un débat sur un scientifiquement correct insupportable, c'est la question de savoir si la terre tourne autour du soleil parce que, là-dessus, il y a une espèce de consensus, mais ça se discute beaucoup... Tous les médias disent la même chose sur la question, mais il y a des gens qui disent le contraire.

L'intervention de Laurent Joffrin se résume donc à deux arguments : l'argument de la majorité (ad populum), et un autre, sous forme de contrefeu : on n'a jamais prétendu que lorsqu'il se produisait un événement climatique on l'attribuait d'office au réchauffement climatique...

Argument ad-populum

En gros, la question a été tranchée une fois pour toutes, par des « savants » . Pas par de quelconques chercheurs, non, pas par des scientifiques, non, par des « savants » . Sauf que le principe même de la science c'est que rien n'est définitivement établi. Si demain quelqu'un vient en réfutant tel ou tel aspect de la théorie de la relativité ou des Principes de Newton et qu'il apporte la preuve de ce qu'il avance, eh bien la science s'en trouvera changée. L'argument de la majorité ne vaut rien, il suffit d'une seule preuve scientifiquement établie pour aller... contre la majorité s'il le faut ! Et avoir raison.

La boutade qu'il sert à 16'42 sur le fait de savoir si la terre tourne autour du soleil est, à cet égard, un exemple particulièrement mal choisi, puisqu'au moment du procès de Galilée, l'opinion qui prévalait chez les théologiens et la majorité des savants depuis Aristote était que la terre, immobile, était au centre de l'univers. Mauvaise pioche ! Pire, on retrouve aujourd'hui bon nombre des méthodes qui étaient utilisées à l'époque de Galilée pour faire taire toute voix dissidente : exclusion sociale, campagnes calomnieuses, menaces : c'est pour le moins étrange, quand on sait qu'une théorie scientifique n'a nullement besoin d'être « défendue » , elle est prouvée ou pas. Qui se soucie que les religions remettent régulièrement en question la théorie de l'évolution parce qu'elle télescope quelque peu leur propre chronologie du livre ?

Inversion accusatoire

Tranquille, Laurent Joffrin affirme que « personne n'a jamais dit que le réchauffement provoquait immédiatement une augmentation du nombre d'ouragans ou des intensités plus fortes, personne n'a jamais dit ça. À chaque fois qu'on pose la question... » Et se fait recadrer par Michel Chevalet, à qui on ne la fait pas : « Non ça c'est l'interprétation qu'en donnent les journalistes, hein, ce n'est pas ce que dit Benoît Rittaud » .

JournalDateContenu
Libération 06.09.2017

Cyclones et changement climatique : que dit la science ?

Face à la succession dans l’océan Atlantique d’ouragans d’intensité exceptionnelle, la responsabilité du dérèglement du climat est soulevée.

« [... ] Les gens veulent toujours savoir si des phénomènes particuliers sont causés par le réchauffement climatique, résume Katharine Hayhoe. La réponse n’est ni oui ni non, mais entre les deux (...) »

Libération 30.08.2017

Climat : Harvey met un vent à Trump

Trois mois après la sortie des Etats-Unis des accords de Paris, l’intensité de l’ouragan qui dévaste le sud du pays rappelle brutalement au président américain la réalité du dérèglement climatique.

Comme une ritournelle, la question revient à l’esprit à chaque catastrophe naturelle : le changement climatique, exacerbé par l’activité humaine, y est-il pour quelque chose ? Alors que le Texas et la Louisiane sont dévastés par l’ouragan Harvey, que Bombay (en Inde) est sous les eaux après une mousson particulièrement meurtrière et que Freetown (Sierra Leone) enterre toujours ses morts après d’énormes coulées de boue, cette interrogation prend tout son sens. « Nous vivons dans un monde où les humains ont altéré le système climatique, explique à Libération Andrew Dessler, climatologue à l’université Texas A&M. Nous devons maintenant envisager ce changement comme un possible facteur dans chaque événement catastrophique. »

Libération 29.08.2017

Ouragans Katrina et Harvey : circonstances différentes mais polémiques toujours présentes

Bien qu’ayant frappé des régions distantes de seulement 500 kilomètres, ces deux tempêtes monstrueuses ont peu de points communs. Si ce n'est l'impréparation à un tel événement.

[...] La tempête a, en revanche, refait émerger dans le débat national la question du changement climatique, et l’exposition des Etats-Unis à ces risques. Donald Trump va, sans nul doute, être confronté, dans les jours à venir, à des questions sur sa volonté de sortir le pays de l’accord de Paris sur le climat, annoncée le 1er juin

Libération 17.11.2017

Nouvelle-Calédonie: « Le changement climatique bouleverse notre mode de vie traditionnel »

A l'occasion de la 23e Conférence des Nations unies sur le climat, qui a débuté le 6 novembre à Bonn, « Libération » publie une série d'interviews-solutions pour limiter le changement climatique.

[...] On voit la montée des eaux, les cyclones deviennent de plus en plus intenses, durent plus longtemps. On ne peut plus parler d’adaptation parce que les tempêtes s’enchaînent. C’est impossible de vivre comme cela.

Libération 05.11.2015

Le changement climatique a amplifié des phénomènes météo extrêmes

Vagues de chaleur, cyclones et autres inondations sont accentués par l'activité humaine. Le lien n'est en revanche pas avéré concernant les fortes tempêtes de neige.

Le réchauffement planétaire induit par les activités humaines a amplifié un grand nombre de phénomènes météorologiques extrêmes en 2014, conclut jeudi l’Administration américaine océanique et atmosphérique (NOAA), un groupe international de recherche. Ces scientifiques ont analysé 28 de ces phénomènes dans le monde l’année dernière. Ils citent notamment des cyclones dans le centre du Pacifique, la sécheresse en Afrique de l’Est, des vagues de chaleur en Australie, en Asie et en Amérique du Sud, ou encore des inondations dans les Cévennes, dans le sud de la France

Libération 06.09.2016

Changement climatique : les océans dans la tourmente

Un rapport sur les conséquences du réchauffement des océans, publié lundi, exhorte les pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à mettre en œuvre l'accord de la COP21.

[...] Enfin, les événements climatiques, comme les cyclones, risquent d’être plus importants.

Libération 07.09.17

Les îles du Pacifique ont besoin d'aide face au changement climatique

Un rapport de la Banque mondiale confirme que les îles du Pacifique vont être les plus frappées par les effets du changement climatique, menaçant même des populations entières de relocalisation.

[...] Le changement climatique est déjà visible dans la région, avec l’érosion côtière, la contamination des terres agricoles et l’eau potable par le sel, ainsi qu’une pluviométrie imprévisible qui provoque inondations et sécheresse.

[...] Le Pacifique est souvent frappé par des cyclones mais le rapport prévient que les tempêtes de catégorie 5, les plus destructrices, vont devenir plus fréquentes, affectant d’autant plus une région aux ressources économiques déjà faibles.

Libération 26.01.2017

L'Europe déjà durement touchée par le changement climatique

Une étude de l'Agence européenne de l'environnement, publiée mercredi, détaille les conséquences du réchauffement climatique sur le continent, des littoraux au tourisme, en passant par la santé publique.

« Le changement climatique a considérablement augmenté l’occurrence d’événements climatiques et météorologiques extrêmes en Europe », tranche l’étude Changement climatique, impacts et vulnérabilité en Europe, publiée mercredi, par l’Agence européenne de l’environnement (EEA).

Libération 28.09.2016

Le réchauffement, c’est maintenant

Alors que les records de chaleur s’enchaînent, le seuil critique de 2°C d’élévation des températures risque d’être atteint dès 2050, alerte un groupe de scientifiques. Quand bien même l’Accord de Paris serait respecté…

[...] Que la température moyenne du globe pourrait atteindre dès 2050 la fameuse limite des + 2 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, perçue par les climatologues comme un seuil à ne surtout pas dépasser sous peine de ne plus pouvoir contrôler l’emballement du climat et ses funestes conséquences (élévation du niveau des océans, aggravation et fréquence accrue des sécheresses, cyclones et inondations, chute des rendements agricoles, migrations massives, épidémies…).

Libération 30.12.2016

Brice Lalonde : « le changement climatique, c’est le changement aquatique »

Rareté, pollution, conflits... Comment répondre aux nouveaux défis de l'eau ?

[...] Or le changement climatique, c’est le changement aquatique. Sécheresse ici, déluge là, ce ne sont plus les mêmes pluies, ce n’est plus le même cycle. Absente ou torrentielle, L’eau devient violente. Les peuples devront s’y faire, ou migrer.

Libération 22.09.17

Le direct

Changement climatique : les îles dévastées par les ouragans demandent des comptes aux grandes puissances.

[...] « Nous sommes bien seuls » mais « il est impossible de faire abstraction des changements climatiques » qui provoquent « des épisodes météorologiques extrêmes », a-t-il dit.

Libération 14.10.2015

« Le lien entre changement climatique et conflits n'est ni à surévaluer ni à négliger »

Spécialisé dans les impacts géopolitiques du dérèglement climatique, le chercheur Bastien Alex souligne que celui-ci ne provoque pas directement les conflits mais qu'il en est un facteur aggravant.

[...] Mais à partir de quand peut-on attribuer cette sécheresse au changement climatique? C’est le travail des scientifiques du Giec. Ils nous disent que dans certaines régions du monde, les événements climatiques extrêmes vont se multiplier, soit en fréquence, soit en intensité, soit les deux.

Libération 15.03.2015

Après le cyclone Pam, l'appel à un « sursaut » face au réchauffement climatique

La Banque mondiale a estimé dimanche que les ambitions de la communauté internationale n'étaient pas à la hauteur de l'urgence de la situation.

[...] La Banque mondiale (BM) a appelé dimanche la communauté internationale à un sursaut face au changement climatique, après le passage du cyclone Pam sur le Vanuatu, pendant une conférence de l’Onu sur la prévention des catastrophes naturelles.

[...] Dans le cas du Vanuatu, « je ne prétends pas que le changement climatique soit à l’origine de Pam » - cyclone de catégorie 5 (la plus élevée) -, a nuancé la dirigeante de la BM. « Mais le fait est que ces trois à quatre dernières années, cette catégorie est revenue à une fréquence inédite. » « Et cela a un lien avec le changement climatique. Il est indéniable que cette partie de l’océan Pacifique s’est réchauffée, donc ces tempêtes s’intensifient. »

Libération 16.09.2016

Climat : Nicolas Sarkozy, dangereux marchand de doute

En confirmant son virage climato-sceptique sur France 2 jeudi soir dans « l’Emission politique », l'ex-président vient de saper des dizaines d’années de pédagogie et d’information menées par les scientifiques et les ONG.

[...] Et d’accentuer le message d’urgence, tant les conséquences des dérèglements climatiques se font, chaque année passant, plus durement sentir : notre printemps exceptionnellement pluvieux, notre été exceptionnellement chaud, et le flot des réfugiés climatiques jetés sur la route par ces dérèglements globaux ne nous le rappellent-ils pas au quotidien ?

Libération 10.09.2017

Irma : « peut-être » le réchauffement…

Pour le climatologue Jean Jouzel, la puissance dévastatrice des cyclones est liée au changement climatique. Pourtant, on préfère globalement entretenir la confusion et le flou scientifique.

Même si nous n’attribuons pas directement pour le moment, on ne peut pas le faire immédiatement en tout état de cause, ce cyclone aux activités humaines, il y a un lien avec le réchauffement, et ça risque de préfigurer ce vers quoi nous allons dans un climat plus chaud. D’où des phénomènes plus intenses, et donc « plus destructeurs ».

Vous avez bien lu ? Relisez. Pas de place pour le « peut-être ».

Voilà, on pourrait en trouver d'autres, sans doute, mais on a déjà là, me semble-t-il, un bon échantillon, et dans les deux sens : soit en attribuant la cause des phénomènes météorologiques au changement climatique, soit en présentant des « études » qui nous disent que les conséquences du réchauffement climatique seront une augmentation (en fréquence, puis, rétropédalage, en importance) de l'occurrence de ce type d'événements.

À cet égard, et toujours sur le même Libération, je ne puis que vous conseiller la lecture de l'article qu'avait publié le journaliste Olivier Postel-Vinay, le 18.10.2016 intitulé « Toujours plus de cyclones ? » . Dans cet article, on peut lire :

[...] On en est là. Contrairement à ce qu’on entend souvent répéter, le consensus scientifique actuel ne décèle pas de surcroît d’activité des cyclones. A vrai dire, la tendance est plutôt inverse. En 2014, Nature publiait une étude montrant que « l’activité des cyclones en Australie est plus faible qu’à aucune époque au cours des derniers 500 à 1 500 ans ».

Le Giec a admis s’être trompé sur l’évolution de la température moyenne globale de la Terre, qui aurait dû, selon les prévisions, continuer d’augmenter régulièrement après 1998, date d’un événement El Niño. Si l’on excepte le nouvel événement El Niño de 2015-2016, la température globale est restée pratiquement stable. Les scientifiques ignorent pourquoi l’activité cyclonique n’a pas augmenté. Ils ignorent pourquoi la température de la Terre est restée relativement stable entre 1998 et 2015. Ils ignorent aussi, soit dit en passant, la cause profonde des événements El Niño, qui viennent de temps à autre perturber le climat de la planète.

Ouch, ça pique un peu.

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/actu/sophistique-a-lusage-des-bulots-par-monsieur-joffrin_1733290246

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Une loi Macron contre les « fakes » ?

Source : François-Bernard Huyghe, 06-01-2018

TL MACRON FAKE NEWS

(...)
Il est un peu tôt pour critiquer le contenu de la future loi (qui, par définition devrait ajouter quelque chose à la loi de 1881 «La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros. ».

La nouveauté pourrait donc être non pas de punir après coup des propos diffamatoires et destinés à provoquer des désordres (ce qui pouvait se concevoir avec de très sérieuses garanties juridiques) mais, en particulier en période électorale, de faire fermer des sites et des comptes. Ce qui, pour pousser l’hypothèse plus loin, suppose de contraindre les plateformes et les founisseurs d’accès, donc des acteurs techniques pas forcément domiciliés en France, à réaliser cette opération dans un délai rapide, comme c’est déjà le cas de facto pour les contenus terroristes.

E. Macron semble ici s’engager sur la même voie qu’Obama qui, sept ans après avoir exalté le rôle libérateur des médias sociaux dans le printemps arabe, se disait obsédé par le pouvoir de la désinformation en ligne.

On voit bien dans quel contexte interviendrait cette loi :

– Des émissions se multiplient pour mettre en garde le public ; des revues consacrent leur couverture au thème de la démocratie menacée par le faux « Y a-t-il encore une vérité ? », « Sommes-nous si faciles à manipuler ? », « Le vrai, le faux et le presque vrai » sans oublier les enquêtes sur les « théories du complot. Délires conspirationnistes ou armes de propagande » ou « L’ère de la désinformation ». La peur du fake devient une obsession contemporaine.

– Et ce n’est rien par rapport aux médias anglo-saxons qui annoncent que Trump a tué la vérité, que nous vivons à l’ère de la post-vérité, que fakes, bullshit, hacks, trolls autre néologismes menacent la démocratie, que la croyance dans les certitudes scientifique est menacée par les obscurantismes. Ceci s’explique par le fait que les médias mainstream d’outre-Atlantique ne peuvent admettre ni l’échec de Clinton qu’ils soutenaient très majoritairement, ni la propension de Trump à les traiter de « fakes eux-mêmes » et à affirmer des énormités justement destinées à provoquer les élites, ni le scepticisme des masse envers des thèmes comme le réchauffement climatique ou la société multiculturelle. Par un mécanisme de causalité diabolique qui rappelle la guerre froide, on en conclut vite que si le peuple pense faux, c’est qu’il est victime de mensonges délibérés, d’interférences étrangères et de complots idéologiques. Suivant son tempérament, on mettra l’accent sur les manœuvres diaboliques des russo-populistes, sur le ressentiment des petits blancs peu éduqués prêts à croire tout ce qui contrarie les élites, ou sur les mécanismes pervers des réseaux sociaux et leur « effet de bulle ». Mais l’idée générale est la même : nos démocraties sont menacées par une déviation de la liberté d’expression et par ceux qui l’exploitent au service d’idéologies illibérales.

– Cette mentalité est contagieuse : récemment le Monde titrait sur les interférences étrangères qui auraient pu fausser le Brexit, l’élection Trump et le référendum de Catalogne, notre propre élection présidentielle n’ayant échappé que de peu au phénomène. Beaucoup avaient suggéré que l’élection française avait failli être faussée avec les rumeurs sur Macron et la diffusion en dernière minute de courriels du mouvement en Marche. Notons au passage que Macron a plutôt bénéficié des attaques contre lui : les prétendues rumeurs sur son homosexualité lui ont donné l’occasion de bons mots, et les fuites (donc a priori la révélation de document authentiques et pas du tout de fakes) de courriels de son parti sont intervenues si tard (juste le dernier week-end) que personne n’en a parlé sur le fond, sauf pour le décrire comme victime d’un complot russe.

– Ce soudain intérêt pour les question est aussi lié à la crise de la presse menacée par l’information en ligne. Les médias « classiques » tendent à se relégitimer ou à justifier sa fonction de sélectrice et médiatrice des événements et multipliant les rubriques de fact-checking (les Décodeurs, cross-check, Désintox…). Assumant sa position de correctrice d’une information anarchique, la presse devrait aussi se poser la question du scepticisme qu’elle rencontre, elle.

L’idée que c’est un coup des Russes et des fachos, que les électeurs finalement pas très malins se laissent abuser par des rumeurs et intoxications et qu’il faudrait contrôler et éduquer, cette idée a tout pour rassurer ceux qui les énoncent. Si les gens votent mal, c’est qu’ils sont niais, victimes de la manipulation illibérale ; s’ils croient ce que leur racontent d’autres naïfs sur les réseaux sociaux, nous avons bien raison de lire les journaux et de regarder les débats télévisés ; s’ils n’ont pas l’esprit critique comme nous, nous n’avons finalement qu’un problème de formation et de communication. Les « gens » pensent a) parce qu’ils sont victimes d’un quasi complot b) parce qu’ils sont rétifs à l’esprit critique et scientifique c) parce qu’ils sont habités par des peurs irrationnelles et fantasmes divers qui les amènent à croire n’importe quoi (phobies, stéréotypes, repli identitaire…) et à se défier des sachants. Il n’y a donc pas de cause objective, juste un dysfonctionnement que nous, les partisans de la vérité et de la rationnalité, devrions réparer scientifiquement.

Que pourraient être les conséquences d’une loi contre les fausses nouvelles ? En attendant que le projet prenne forme, nous conseillerions au législateur de réfléchir aux effets pervers qu’elle pourrait avoir.

– D’abord, bien sûr, un effet sur les libertés. Qui déterminera le vrai du faux et le condamnable de la simple erreur ? Le fait non avéré de l’égarement idéologique ? L’intention perverse de la méfiance excessive envers le discours dominant ? Le trucage de la critique ? L’intoxication de l’interprétation ? Pour cela, il faudrait à la fois établir les faits vrais, la sincérité de ceux qui les rapportent et les intérêts qu’ils servent. Mais c’est aussi la démarche de pays qui établissent la censure au nom de la lutte contre le mensonge. Ainsi le Vietnam vient de se doter d’une cyberbrigade, la force 47, pour lutter contre les « vues erronées » et pour faire pression sur les plateformes… Il va devenir un peu difficile de s’en indigner.

– L’effet boomerang : si vous vous adressez à des gens qui pensent que les médias leur mentent, que l’information est contrôlée et que la vérité est ailleurs, en retirant ou en signalant certaines informations comme officiellement fausses, ne risquez vous pas de les renforcer dans leur conviction ? Des études récentes montrent par exemple que le fait de signaler un contenu comme suspect ou controversé peut exercer un effet d’attraction et lui faire de la publicité.
Un exemple entre cent. Suivant Libération, un Français sur 5 doute aujourd’hui de la « version officielle » des attentats contre Charlie Hebdo. Le problème est-il à chercher dans la fachosphère, la complosphère et l’identitosphère qui auraient égaré de pauvres jeunes ? Ou faut-il se poser la question du scepticisme des masses et de l’impuissance des médias à faire adhérer au consensus ?

– L’effet marteau pour écraser une puce. Il est certes exact qu’il existe des contenus sponsorisés à des fins politiques (mais beaucoup moins qu’il n’existe de comptes qui publient des nouvelles politiques délirantes pour attirer des visites et des clics à des fins de commercialisation publicitaire). Et gardons la proportion ; comme nous les signalisons quand on identifie 3.000 comptes « russses » avec un budget de 100.000 dollars sur Facebook, cela fait 0,1 % des revenus publicitaires quotidiens de la plateforme.

– L’effet de renforcement en faveur des grands du Net. Ce sont eux qui, finalement, ont le pouvoir de retirer un contenu, de fermer un compte, de créer les algorithmes qui signaleront les contenus dangereux ou illégitimes, de classer les contenus, d’en rendre certains inaccessibles à la recherche, etc. Tout ce que fera le politique avec sa lenteur, ses décrets et ses tribunaux ne deviendra efficace que si les acteurs économiques et techniques dédicent de surveiller, déréférencer et punir. Donc de censurer suivant leurs critères, après avoir créé cette économie de l’attention où justement le sensationnel, le choquant et surtout ce qui plaît au sein d’une communauté d’affinités est systématiquement favorisé. Comme le note la Quadrature du Net, « la propagation de fausses informations n’est que le symptôme d’un mal bien plus large cuasé par le ciblage publicitaire ».

– L’effet de myopie idéologique. On encourage ainsi l’idée que les erreurs politiques sont le produit mécanique des mauvaises influences et des désinformations. Avec un corollaire implicite qui est qu’une population préservée des pouvoirs du faux et bien éduquée serait naturellement libérale et plutôt satisfaite au moins du système politique. À poser un camp des véridiques contre un camp des irrationnels, on oublie que l’affrontement politique est aussi celui de valeurs et d’intérêts, pas seulement de vérités (there is no alternative) et de lubies.

Source : François-Bernard Huyghe, 06-01-2018

https://www.les-crises.fr/une-loi-macron-contre-les-fakes-par-francois-bernard-huyghe/

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mercredi 17 janvier 2018

Censure de l’information : Macron applique à la lettre le programme du Forum de Davos

Par Michel Geoffroy, essayiste, contributeur de Polémia ♦

TL MACRON FAKE NEWS

Tout le monde sait désormais que lors de ses vœux à la presse, le 3 janvier dernier, le président Macron a annoncé son intention de légiférer (1) pour combattre les « fausse nouvelles » qui seraient selon lui diffusées sur Internet, afin de « protéger la démocratie … en période électorale » car « toutes les paroles ne se valent pas ». Par contre, on a sans doute oublié qu’en prenant cette initiative Emmanuel Macron n’innove nullement : il se borne à appliquer le programme de censure élaboré lors du Forum de Davos de janvier 2017. Retour sur image.


Qu’est-ce que le Forum de Davos, d’abord ?

Le « Forum économique mondial » (World Economic Forum) est une fondation à but non lucratif dont le siège se situe à Genève. Elle fut lancée en 1971, par Klaus Schwab, un professeur d’économie à l’Université de Genève, sous le patronage de la Commission européenne et de différentes associations industrielles européennes ; Klaus Schwab entendait diffuser en Europe les pratiques de management en vigueur aux États-Unis.

Le financement du Forum serait assuré par les quelque 1.000 entreprises membres : principalement des entreprises transnationales réalisant un chiffre d’affaires supérieur à cinq milliards de dollars.

Davos réunit les représentants du pouvoir économique transnational, des institutions financières internationales, du pouvoir intellectuel et médiatique, des ONG et des représentants autoproclamés de la « société civile ». Fait significatif : les hommes politiques sont en minorité lors des réunions de Davos, car Davos préconise que la « gouvernance » se substitue à la souveraineté des États.

Ce Forum se place donc sous le signe du mondialisme, de l’argent et du pouvoir.

La participation à la Réunion annuelle de Davos se fait uniquement sur invitation, mais ses travaux sont largement médiatisés.

Pour Davos la démocratie est un « risque » qu’il faut « endiguer » !

Le Forum de Davos de janvier 2017 a, entre autres sujets, justement examiné le rapport Global Risk 2017. Or que lit-on dans ce rapport ?

Que le Brexit, l’élection de Donald Trump et l’échec du référendum de Matteo Renzi en Italie constituaient des « risques » qu’il fallait « endiguer ». Car, en janvier 2017, les participants avaient évidemment en tête les futures élections, présidentielle en France et législatives en Allemagne et le souci d’éviter tout risque de contagion politique.

Le rapport affirmait surtout que les campagnes électorales avaient « mis en évidence le phénomène de désinformation rapide » des opinions publiques.

Les participants au Forum soulignaient alors « le besoin de mieux protéger nos systèmes de contrôle qualité de l’information » et Global Risks 2017 concluait que « les principaux facteurs de risque peuvent être endigués en créant des sociétés plus inclusives basées sur la coopération internationale et une vision à long terme (2) ».

Dommage pour les complotistes : les mondialistes de Davos, on le voit, ne cachent nullement leurs intentions ! Ils reconnaissent, en effet, que, pour empêcher les électeurs de « mal voter », il faut renforcer leurs systèmes de contrôle de l’information…

Une justification de la censure

Le rapport Global Risk 2017 reprenait donc à son compte les accusations formulées par Hillary Clinton justifiant sa défaite par… des opérations de désinformation (fausses nouvelles = fake news) conduites en particulier par la Russie.

Il s’agissait donc d’un classique processus d’inversion accusatoire puisque ce sont bien les médias mainstream – propriété des puissances d’argent – qui en Occident trompent en permanence la population en imposant le politiquement correct et les mensonges d’Etat – et qui, aux Etats-Unis, ont massivement soutenu Hillary Clinton, la candidate du Système, contre Donald Trump. Lequel s’est au contraire appuyé sur les médias alternatifs pour mobiliser ses soutiens malgré le blocus des médias officiels.

L’idée selon laquelle la population aurait mal voté parce qu’elle aurait été « désinformée » par les fake news russes est bien commode en effet : elle permet de cacher le désamour croissant entre les peuples et l’oligarchie et de dénier toute légitimité aux scrutins où ses candidats se font battre, en affirmant que les eurosceptiques (3) ou que les partisans de Donald Trump, par exemple, sont des manipulateurs qui diffusent des fausses nouvelles, donc des délinquants en puissance.

Le concept de fake news sert ainsi à mettre en accusation tout ce qui va à l’encontre de l’idéologie dominante ou des candidats sponsorisés par le Système en accusant ceux qui diffusent une information alternative d’être tout simplement des agents stipendiés de Vladimir Poutine ou d’affreux « complotistes ».

On voit par exemple cette logique à l’œuvre aujourd’hui dans le dernier sondage IFOP commandité par la Fondation Jean Jaurés et Conspiracy Watch (qui ne sont pas à proprement parler des organisations dissidentes) qui tente manifestement de mettre sur le même plan le conspirationnisme, le révisionnisme et… le refus de l’immigration de peuplement (4) !

Les fake news servent de prétexte au coup d’Etat post-démocratique permanent

Davos a donc justifié avec la lutte contre la « désinformation rapide » et les « fake news » le coup d’Etat post-démocratique permanent contre la liberté et la souveraineté des peuples.

Ce coup d’Etat permanent repose en effet sur l’action conjointe de deux pouvoirs véritablement inconstitutionnels, car placés au-dessus de la légitimité électorale : le pouvoir médiatique et le pouvoir judiciaire (ou gouvernement des juges (5), appelé « Etat de droit » en novlangue).

Le pouvoir médiatique sert à enfermer la population dans une information et une réalité virtuelle, la réalité à laquelle les oligarques de Davos veulent que l’on croie.

En 2015, le Forum de Davos avait d’ailleurs abordé la question de « l’utilisation des neurosciences comportementales pour améliorer les politiques publiques » et aussi pour « mieux diagnostiquer la pathologie mentale (6)». Sans doute une démarche désintéressée, lorsque l’on se rappelle que l’oligarchie affirme, par exemple, que les dissidents politiques souffriraient de « phobies » maladives ou que les terroristes islamistes seraient des « déséquilibrés » ! Il s’agit en clair de mobiliser les neurosciences de mener une guerre cognitive contre les peuples.

Le pouvoir judiciaire sert de son côté à interdire de décrire le monde tel qu’il est, donc de sortir de la bulle médiatique dans laquelle on veut nous enfermer. Il sert aussi à criminaliser la critique du Système et de la politique qu’il conduit. Il sert enfin à mettre en tutelle les législateurs pour qu’ils ne dévient pas de la doxa libérale libertaire et cosmopolite.

Macron, le petit télégraphiste (7) de Davos

Manifestement Emmanuel Macron, le président élu grâce aux médias mainstream et à l’intrusion des juges dans l’élection présidentielle pour déstabiliser ses concurrents, a bien assimilé la leçon : il met en œuvre avec zèle le programme défini à Davos.

Car les projets présidentiels auront justement pour effet de confier au juge le pouvoir de se prononcer sur la véracité des informations diffusées dans les médias alternatifs, qui sont la véritable cible de cette initiative.

Avec les lois mémorielles les magistrats définissaient déjà la vérité historique dans notre pays. Mais avec la future « loi Pravda » de Macron, ils auront en outre le pouvoir de définir quelles informations les Français auront le droit de connaître !

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Son mentor, Jacques Attali, dans une tribune de l’hebdomadaire l’Express, n’a-t-il pas proposé une réforme constitutionnelle afin de déterminer quels « sujets qu’un seul vote majoritaire du peuple ne pourrait suffire à trancher » et qui « seraient sanctuarisés en les inscrivant dans la Constitution » (8) ? Sa tribune s’intitulait d’ailleurs « Sanctuariser le progrès » : ce qui signifie, en novlangue, « museler le peuple ».

Au nom de la « démocratie », bien sûr…

Michel Geoffroy
08/01/2018

Notes :

  1. « Les plateformes se verront imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus. »
  2. Présent du 20 janvier 2017.
  3. Terme de novlangue pour désigner ceux qui ne se reconnaissent pas dans la politique de l’Europe de Bruxelles.
  4. Enquête réalisée les 19 et 20 décembre 2017.
  5. Alors que normalement la justice n’est pas un pouvoir mais une simple autorité.
  6. Les Echos du 2 février 2015.
  7. En 1980 François Mitterrand avait accusé le président Giscard d’Estaing d’être le « petit télégraphiste » du gouvernement russe à propos de la présence des troupes soviétiques en Afghanistan.
  8. L’Express du 20 juin 2016.

Correspondance Polémia – 10/01/2018

https://www.polemia.com/censure-de-linformation-macron-applique-a-la-lettre-le-programme-du-forum-de-davos/#prettyPhoto

Elections européennes : le gouvernement se prépare à… diminuer le temps d’antenne de l’opposition !

Le gouvernement se prépare à modifier les règles du temps de propagande dans l'audiovisuel public pour les élections européennes. Surprise, LREM sortirait grand gagnant de la réforme, avec une augmentation de 155% du temps d'antenne ! A l'inverse, Jean-Luc Mélenchon et ses Insoumis perdraient de nombreuses minutes...

ACT EM ELECTIONS

Ça ne changera pas la face des élections européennes, mais c’est un bien mauvais tour que la République en Marche (LREM) s’apprête à jouer à l’opposition. De façon très discrète, le gouvernement se prépare à… augmenter son temps d’antenne pour ce scrutin, et à diminuer, par ricochet, celui de l’opposition parlementaire. Jean-Luc Mélenchon et ses Insoumis seront tout particulièrement touchés par cette réforme, qui sera discutée en commission des lois à l'Assemblée nationale le 17 janvier prochain.

La manœuvre concerne les spots de campagne diffusés sur l’ensemble des chaînes de l’audiovisuel public. Profitant de la réforme consensuelle du mode de scrutin aux élections européennes – les députés européens seront désormais élus sur l’ensemble du territoire français -, le gouvernement a inséré dans son projet de loi un article sur ces clips de propagande. Actuellement, ces spots sont diffusés pendant une durée totale de deux heures sur chaque média, répartis de façon parfaitement égale entre tous les partis représentés au Parlement. S’il existe six listes soutenues par des groupes parlementaires, elles se partageront chacune 20 minutes d’antenne. Quant aux partis qui ne disposent pas d’un groupe parlementaire, comme le FN ou Debout la France, ils se partagent égalitairement une heure, mais aucun ne peut parler plus de cinq minutes.

De 20 à... 51 minutes pour LREM

Plutôt que de chercher à atténuer ce déséquilibre, le gouvernement d’Edouard Philippe a choisi… de l’accentuer. Comme l’a remarqué la Lettre A, ce projet de loi prévoit en effet que ces deux heures réservées aux partis parlementaires seront désormais réparties… au prorata, selon le poids des groupes parlementaires. Ce qui avantagera mécaniquement les coalitions qui disposent des plus gros groupes parlementaires, la République en Marche-MoDem et Les Républicains. Selon nos calculs, LREM, allié au MoDem, passerait ainsi de 20 minutes à… 51 minutes de temps de propagande dans l’audiovisuel public. Soit une augmentation de temps de propagande de 155%, grâce à leurs 382 parlementaires. La bonne affaire ! Les Républicains passeraient eux de 20 à 32 minutes d’antenne.

Jean-Luc Mélenchon devrait en revanche hurler : avec cette réforme, le temps d’antenne des Insoumis via ces spots passerait de 20 minutes… à 2 minutes. Maigre consolation, la future loi prévoit d’octroyer 2 minutes supplémentaires… pour toutes les listes.

L'heure des petits partis supprimée

Quant à la seconde tranche d’une heure réservée aux partis qui ne comptent pas de groupe au Parlement, comme le FN, elle disparaît. A la place, le gouvernement veut mettre en place une heure de « correctif » démocratique. L’idée ? Atténuer les déséquilibres qui découleront… de sa propre réforme. Cette heure sera ainsi répartie entre toutes les listes candidates - dont LREM et LR - « afin que les durées respectives d’émission attribuées aux listes » ne soient pas « hors de proportion avec (leur) participation à la vie démocratique de la Nation ».

Concrètement, le CSA fixera la durée des clips des uns et des autres en veillant à ce que les partis qui comptent de nombreux électeurs mais peu de parlementaires, comme la France Insoumise, le Front national, voire Debout la France, ne soient pas trop désavantagés par cette réforme. Sauf qu’il n’y a pas besoin d’être docteur en mathématiques pour s’apercevoir qu’étant donné le nombre de listes – 25 en 2014 – ces partis ne pourront guère prétendre à plus de 5 ou 6 minutes. Et se trouveront donc les grands perdants de la nouvelle loi…

Réprimande du Conseil d'Etat

Sollicité en amont du texte, le Conseil d’Etat a d’ailleurs réprimandé le gouvernement. Courtoisement mais fermement, les sages du Palais-Royal ont fait savoir que ce critère du poids des groupes parlementaires nationaux n’était pas particulièrement pertinent pour déterminer le temps de parole à une élection européenne : « La différence entre les modes de scrutin, pour l’élection des députés et sénateurs d’une part, et pour l’élection des représentants au Parlement européen d’autre part, les spécificités du débat démocratique dans le cadre de la campagne pour le renouvellement du Parlement européen et, enfin, l’évolution potentiellement très rapide des courants d’idées et d’opinions, peuvent conduire à ce que l’attribution de la deuxième fraction de durée d’émission ne soit pas en adéquation avec la participation des partis et groupements politiques représentés au Parlement national, aux débats de la campagne électorale ».

Le Conseil d’Etat a donc conseillé au gouvernement de réduire ce temps d’antenne réservé aux partis représentés au Parlement à une heure et demie. Proposition royalement ignorée par Edouard Philippe et Gérard Collomb, qui portera le texte devant le Parlement. Le temps où En Marche saisissait le Conseil constitutionnel pour obtenir plus de temps pour ses clips aux élections législatives, au nom du pluralisme et de la représentation des partis sans groupe au Parlement (!), semble définitivement envolé…

Les clips ne font pas l'élection

Le gouvernement n’a en revanche pas osé toucher aux règles du temps de parole dans les émissions de télévision. Celui-ci reste défini par le CSA, selon un calcul compliqué mêlant résultats aux dernières élections, score dans les sondages et dynamisme du parti sur le terrain.

Les partis perdants de la réforme se rassureront encore en constatant que ce genre de clips ne font pas forcément l’élection. En 2014, le Front national est arrivé premier aux élections européennes, avec deux millions de voix de plus que le PS… malgré des clips de propagande dans l’audiovisuel public quatre fois moins longs.

https://www.marianne.net/politique/elections-europeennes-le-gouvernement-se-prepare-diminuer-le-temps-d-antenne-de-l

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Vous pariez combien qu'ils vont encore s'arranger pour que l'UPR n'obtienne aucune visibilité médiatique? Raison de plus pour se mobiliser sur le terrain le plus vite possible...  P.G.

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Noam Chomsky : « Si vous critiquez la politique du gouvernement, vous êtes antiaméricain »

Pour l’émission de RT On Contact, le linguiste Noam Chomsky revient sur l’évolution politique des Etats-Unis à partir de la transition vers le néolibéralisme et explique pourquoi le système américain prend des airs de totalitarisme.

TL CHOMSKY RT

RT : Il existe dix principes de concentration de la richesse et du pouvoir que vous avez définis dans votre livre Requiem pour le rêve américain. Le premier principe dont vous parlez est la «réduction de la démocratie». Qu’entendez-vous par là ?

Noam Chomsky (C. N.) : Je dois d’abord dire que l’élaboration de ces dix principes est, vraiment, une contribution des éditeurs. Ils ont regroupé des heures et des heures d’entretiens et de discussions, qu’ils ont édités sous cette forme. La «réduction de la démocratie» signifie la marginalisation progressive de la population, la réduction du rôle de la population en général dans la prise de décision, dans l’opinion publique. C’est une conséquence attendue et prévisible de la transition vers les principes néolibéraux à partir des années 1970 et par la suite.

Il y a fondamentalement deux phases qu’on peut distinguer dans l’histoire socio-économique des Etats-Unis d’après-guerre. La première étape a été celle de ce qu’on appelle parfois le «capitalisme régulé» : le libéralisme intégré des années 50 et 60, une période de croissance très forte, une croissance égalitaire, quelques pas vers une plus grande justice sociale, une participation démocratique de la population. Il y a eu un véritable engagement de la population dans la vie publique. Tout cela a eu divers effets. Un de ces effets a été la réduction, la baisse du taux de profit, ce qui était problématique. Un autre effet a été que la population s’est retrouvée «trop» impliquée dans les affaires publiques.

RT : Ce que Samuel Huntington a qualifié d’«excès de démocratie», c’est cela ?

N. C. :Un «excès de démocratie», oui. Deux publications très importantes ont vu le jour au début des années 1970 et toutes deux étaient consacrées à cette théorie. Elles étaient intéressantes, parce qu’elles représentaient deux extrémités du spectre politique mais sont essentiellement arrivées à la même conclusion avec, certes, des rhétoriques quelque peu différentes. L’une était le Mémorandum Powell, rédigé par un juriste d’entreprise travaillant pour des entreprises de tabac, devenu par la suite juge à la Cour suprême sous Richard Nixon. Son mémorandum était censé être confidentiel, mais il a fuité vers un groupe d’affaires de la Chambre de commerce des Etats-Unis. Sa rhétorique était tout à fait fascinante : il exprimait un point de vue, qui n’est pas rare au sein de ceux qui possèdent vraiment le monde et selon lequel le contrôle de ces derniers avait été très légèrement réduit. Et, comme pour un enfant de trois ans pourri gâté qui n’a pas eu sa friandise, cela signifiait que le monde touchait à sa fin. Vous devriez vraiment lire ce document pour en apprécier toute la signification.

RT : Il entendait par là qu’il y avait une attaque contre le système américain de libre entreprise ?

N. C. : Il disait que le monde des affaires était la cible d’une sérieuse attaque menée par Ralph Nader et Herbert Marcuse. «Nous survivons à peine à cette attaque contre tout ce qui a de la valeur dans notre système américain», explique-t-il avant de dire : «Eh bien, écoutez, après tout, nous, les hommes d’affaires, possédons globalement tout. Nous administrons les universités. Nous ne devons pas laisser ces jeunes faire n’importe quoi. Et nous pouvons contrôler les médias, nous avons ce pouvoir.» Il appelait le monde des affaires à se mobiliser pour se défendre…

Cela a eu un impact important sur la croissance des think tanks de droite et l’idéologie d’extrême droite. Voilà pour l’extrémité droite du spectre. Ensuite, vous passez de l’autre côté, essentiellement le progressisme de l’administration Carter. Ou plutôt, de ceux qui composaient et influençaient l’administration de Jimmy Carter : la Commission trilatérale et ses représentants de démocraties industrielles (Europe, Japon, Etats-Unis)… fondamentalement, il s’agissait là d’internationalistes progressistes. Leur publication s’intitule La crise de la démocratie. Et la crise de la démocratie c’est… qu’il y a trop de démocratie. Dans les années 1960, trop de gens, qui étaient auparavant généralement passifs et indifférents, tels qu’ils sont censés l’être, ont commencé à se manifester dans l’arène politique avec leurs exigences, à mettre en avant ce qu’on appelle leurs «intérêts particuliers» : jeunes, vieux, agriculteurs, ouvriers… autrement dit, de tout le monde. A part le secteur des entreprises, qui n’est pas mentionné car représentant l’intérêt national. Ces intérêts particuliers mettaient trop de pression sur l’Etat. Donc, la conclusion était qu’il devait y avoir plus de modération dans notre démocratie. Les gens devaient redevenir passifs et indifférents… Samuel Huntington parle, avec une certaine nostalgie, de la période où, comme il le dit, Harry Truman était en mesure de diriger le pays en coopération avec quelques avocats et cadres de direction de Wall Street. Il n’y avait pas de crise de la démocratie.

RT : Et ils ont réussi à refouler ces aspirations… on en arrive au principe suivant, la formation de l’idéologie. Vous parlez de la différence entre Madison et Aristote. Les deux ont compris que si inégalités il y avait, il y aurait des tensions entre riches et pauvres. Madison appelait le gouvernement à limiter la démocratie et Aristote à réduire les inégalités. Votre deuxième principe est la formation de l’idéologie. Nous avons mentionné le Mémorandum Powell et la Commission trilatérale. Pour être précis, ils ont ciblé divers pans de la société. Vous parlez de la façon dont ils ont créé les plans architecturaux des universités pour que de grandes manifestations ne soient pas possibles, de la dette estudiantine comme méthode d’esclavage, de la destruction des institutions publiques… Pourriez-vous évoquer ce processus visant à refonder l’idéologie en une forme de néolibéralisme ?

N. C. : Je ne veux pas laisser entendre que la Commission trilatérale aurait contrôlé ces développements. Il s’agissait plus ou moins d’un consensus des élites progressistes sur ces questions. Pour cette raison, et c’est assez intéressant, «l’endoctrinement de la jeunesse», c’est en fait leur formule – la formule de leur consensus : les institutions responsables de l’endoctrinement des jeunes échouent dans leur mission.

RT : C’est une façon intéressante de décrire les universités…

N. C. : C’est un peu comme le commentaire nostalgique sur Harry Truman étant capable de diriger le pays ensemble avec quelques avocats d’entreprise, etc. Mais c’est l’idéal : il devrait y avoir endoctrinement, les étudiants ne devraient pas penser librement. Ils ne le disent évidemment pas ainsi, mais cela signifie que les étudiants ne devraient pas essayer d’obtenir plus d’informations, de penser, de contester. C’est exactement ce que les jeunes devraient être encouragés à faire dans un système éducatif de qualité. Mais c’est dangereux, parce qu’ils remettent en question trop de vérités éternelles, y compris celle selon laquelle les élites doivent dominer et contrôler. Cela se constate tout au long de l’histoire.

RT : Ont-ils réussi ?

N. C. : Leur consensus a induit plusieurs développements et ils ont rencontré un succès raisonnable. On a par exemple commencé à imposer une sorte de business model aux collèges et aux universités. On a assisté à une croissance énorme de la bureaucratie, faisant pencher la balance du contrôle du corps professoral vers celui de la bureaucratie. Les frais de scolarité ont été considérablement augmentés. Dans les années 1960, un jeune homme pouvait dire : «Bon, je vais prendre une année sabbatique pour m’impliquer dans un mouvement pacifiste ou dans un mouvement féministe, ou autre chose. Après cela, je reviendrai et reprendrai le cours de ma vie.» Or, vous ne pouvez pas faire cela si vous êtes endetté. Vous sortez de la fac de droit en pensant : «J’aimerais être un défenseur des causes publiques, mais j’ai 200 000 dollars de dette.» Il vous suffit de vous rendre dans un cabinet d’avocats servant les intérêts privés et de vous faire à cette culture. De telles mesures à effet disciplinaire sont imposées de multiples façons.

RT : Vous évoquez le fait que les critiques de l’empire américain, ou du capitalisme américain, sont étiquetés «anti-américanistes»…

N. C. : L’anti-américanisme est un concept très intéressant. Un concept de «traîtrise patriotique» qui n’existe que dans les Etats totalitaires. Par exemple, si quiconque en Italie critique le gouvernement de Silvio Berlusconi – il n’est pas accusé d’être anti-italien. Sous l’ancienne Union soviétique vous pouviez être condamné pour antisoviétisme ; sous l’ancienne dictature militaire brésilienne vous pouviez être qualifié d’anti-brésilien. Mais, à part les Etats-Unis, je ne connais aucun pays non totalitaire et non autoritaire où ce concept existe. C’est tout à fait frappant. Si vous critiquez la politique du gouvernement, vous êtes antiaméricain. En fait, tout cela a une origine biblique assez intéressante. Ce concept a été utilisé pour la première fois par le roi Akhab, roi du mal absolu dans la Bible. Il appela le prophète Elie qui critiquait ses actions et lui demanda pourquoi il détestait Israël. C’est un concept de base : si vous défiez le pouvoir, vous vous opposez en tout à la société, à la culture et à la communauté.

Source : Russia Today France, Noam Chomsky, 11-07-2017

https://www.les-crises.fr/noam-chomsky-si-vous-critiquez-la-politique-du-gouvernement-vous-etes-antiamericain/

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lundi 15 janvier 2018

Allemagne : les sociaux-démocrates approuvent un gouvernement de coalition avec les conservateurs d'Angela Merkel

Un accord était attendu depuis le 24 septembre, date des dernières élections fédérales en Allemagne. La CDU, parti de la chancelière Angela Merkel, a trouvé, vendredi 12 janvier, un accord de principe pour former un gouvernement avec ses alliés conservateurs de la CSU et les sociaux-démocrates du SPD. Dans la foulée, la direction du SPD a approuvé le principe d'une telle coalition. 

ACT SPD CDU

Angela Merkel jouait sa survie en politique et son éventuel quatrième mandat de chancelière sur la réussite de ces négociations, après trois mois et demi d'impasse politique pour le pays. Elle avait d'abord tenté de former une coalition majoritaire avec les écologistes et les libéraux, ce qui s'était soldé par un échec, en novembre. Le SPD avait alors fini par accepter d'entrer en négociations, après avoir pourtant fait campagne en promettant de ne plus participer à une coalition avec le parti d'Angela Merkel, et subi une cuisante défaite.

Macron se dit "satisfait"

La décision du SPD d'entrer dans un nouveau gouvernement de coalition avec les conservateurs devra désormais recevoir le feu vert des délégués du parti lors d'un congrès extraordinaire, le 21 janvier, à l'issue très incertaine. Des négociations détaillées sur un programme de coalition débuteront ensuite. Le nouvel exécutif ne sera pas en place avant fin mars, dans le meilleur des cas.

Le texte de l'accord de principe conclu vendredi prévoit notamment de "renforcer" et "réformer" la zone euro pour la rendre plus résistante aux crises, "en étroite collaboration avec la France", qui a proposé cette réforme. Vendredi, le président français Emmanuel Macron s'est dit "heureux et satisfait" du compromis trouvé en Allemagne.

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/allemagne/allemagne-angela-merkel-trouve-un-accord-de-principe-pour-former-un-gouvernement-avec-les-sociaux-democrates_2558103

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Reste donc à savoir si les délégués du SPD accepteront ce suicide politique au nom de la raison européenne...  P.G.

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dimanche 14 janvier 2018

Allemagne: projet de loi pour faciliter l'expulsion des migrants niant «le droit d'Israël à exister»

En Allemagne, l'afflux massif de réfugiés en provenance du Moyen-Orient fait craindre au parti d'Angela Merkel, la CDU, de voir naître une «nouvelle facette» de l'antisémitisme, comme le rapporte le journal Die Welt,le 6 janvier.

ACT ALLEMAGNE JUIFS REICHSTAG

Pour y faire face, la CDU et son alliée la CSU comptent présenter devant le Bundestag un projet de loi à l'occasion du jour du souvenir de l'Holocauste, le 27 janvier prochain. Cette nouvelle réglementation a pour but de faciliter l'expulsion des immigrés qui exprimeraient des idées antisémites

«L'acceptation sans restriction de la vie juive» est un «critère pour une intégration réussie», est-il ainsi écrit dans le document qu'a pu consulter Die Welt. «Quiconque rejette la vie juive en Allemagne ou conteste le droit d'Israël à exister ne peut avoir sa place dans notre pays», est-il encore précisé. Stephan Harbarth, vice-président du groupe parlementaire CDU/CSU à l'origine du projet, a déclaré au journal qu'il était impératif de «s'opposer résolument à l'antisémitisme des migrants d'origine arabe et des pays africains».

Pour ce faire, la législation sur les expulsions pourrait se faire plus sévère. Die Welt souligne toutefois qu'un changement de la loi ne signifierait pas forcément un pic d'expulsions, puisque les migrants déchus de leur permis de séjour ne sont «pas nécessairement expulsés».

Par ailleurs, le texte «condamne fermement l'appel au boycott des entreprises et des biens israéliens», tel que défendu par le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions), qui proteste notamment contre l'occupation et la colonisation des territoires palestiniens.

Ce projet de loi intervient alors qu'une vague de manifestations anti-israéliennes s'est abattue sur Berlin en décembre dernier, en réponse à la décision controversée de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël. Plusieurs drapeaux israéliens ont notamment été incendiés lors d'un rassemblement devant l'ambassade américaine, qui a rassemblé environ 1 500 personnes. La foule aurait scandé des slogans tels que «Mort aux juifs !» ou encore «Les juifs, souvenez-vous de Khaybar [un site juif en Arabie saoudite qui aurait été attaqué et conquis par le prophète], l'armée de Mahomet revient !», selon le journal berlinois BZ.

https://francais.rt.com/international/47089-allemagne-cdu-presenter-projet-loi-pour-faciliter-expulsion-migrants-antisemites

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Pour ce qui concerne «l'acceptation sans restriction de la vie allemande», tout simplement, il faudra sans doute patienter... Une occasion manquée, de mon point de vue, de poser de bonnes questions dans l'intérêt général de la population allemande, juifs inclus. Au lieu de ça, on a des députés qui semblent agir sous la pression d'un lobby, ce qui ne peut que jeter de l'huile sur le feu... P.G.

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