samedi 28 juillet 2018

Dalila Zein, une « cost killer » devient directrice générale de l’AFP

TRIBUNE LIBRE / par Denis Souchon, jeudi 19 juillet 2018

La privatisation de l’AFP est en marche.

TL ACRIMED AFP

Le 12 avril 2018 Fabrice Fries, un spécimen de la noblesse d’État, était « élu » à la présidence de l’AFP. Le 28 juin 2018 un communiqué de l’AFP nous apprend que Dalila Zein est nommée Directrice générale de l’AFP. Deux événements qui confient l’encadrement d’une des plus grandes agences de presse à des managers avouant, comme nous l’écrivions, « un amour inconsidéré pour le privé, la novlangue managériale, les méthodes marketing et la rigueur budgétaire », soit autant de qualités visiblement requises de nos jours pour diriger un média et prétendre donner du sens au « journalisme »…

Fort de cette décision autocratique, et doté par un tel nouveau bras droit, Fabrice Fries est dans de bonnes conditions pour rééditer à l’AFP des exploits tout aussi « remarquables » que ceux qu’il avait réalisés à la présidence de Publicis Consultant de 2008 à 2016 [1].

 

Gouvernement-oligarchie-Gabon

Car n’ayant rien à envier au parcours de Fabrice Fries, celui de l’impétrante présente en effet bien des traits constitutifs d’une carrière entièrement dédiée au service d’intérêts privés :

- En 1997, Dalila Zein est diplômée de l’école de commerce « EDHEC Business School » de Lille.

- Elle débute comme auditrice chez Price Waterhouse Coopers, l’un des quatre plus grands groupes mondiaux d’audit financier, les « big 4 ». Groupes dont une note d’Attac du 9 janvier 2018 décrit l’ « éthique » : « Le rôle des cabinets de conseil est souvent sous-estimé ou méconnu dans les pratiques d’évasion fiscale. Les révélations du Luxleaks l’avaient pourtant mis au jour : les cabinets d’audit comme les Big 4, et les cabinets d’avocats spécialisés sur ces questions, sont les chevilles ouvrières d’un système industrialisé d’évasion fiscale de multinationales. Ces cabinets étudient précisément les législations fiscales pour en trouver les failles et conseillent les entreprises pour "optimiser leurs impôts", c’est-à-dire souvent, localiser des filiales dans des paradis fiscaux et y transférer des bénéfices artificiellement, pour échapper au paiement de l’impôt dans les pays où ont vraiment eu lieu leurs activités. C’est PwC [Price Waterhouse Coopers] qui a rédigé et négocié les fameux rescrits (accords préalables aux prix de transfert) pour le compte de centaines de multinationales avec l’administration luxembourgeoise. »

- De 2000 à juin 2018, elle travaille chez Lagardère Active, où elle gravit tous les échelons (contrôleuse de gestion, Responsable du CDG - pôle presse magazine France, CFO presse magazine France, Deputy Chief Financial Officer) pour en devenir en 2014 la directrice financière (« Chief Financial Officer » en langage local).

- L’ « apothéose » de Lagardère Active, sous le contrôle de l’héritier Arnaud Lagardère, est atteinte le 4 avril 2018 quand Le Figaro titre « Lagardère Active prépare son démantèlement » [2]. Une nouvelle qui allait bientôt laisser Dalila Zein chômeuse [3]. À moins que son réseau parmi les dominants, cultivé depuis des années, ne lui facilite la recherche d’un nouvel emploi et précipite un parachutage. Chose faite à l’AFP.


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Pour comprendre en quoi l’arrivée de Dalila Zein à l’AFP est tout aussi antinomique de l’esprit de service public que celle de Guy Lagache à Radio France, il suffit de lire le résumé de sa carrière qu’elle fait sur sa page Linkedin :

Expérience managériale solide (équipe d’env. 200 personnes) dans des environnements complexes, Mise en œuvre et suivi de plans de réduction des coûts, nombreux dossiers d’acquisitions et cessions, stratégie et analyse financière, Optimisation du cash, Projets immobiliers.

Restructuring, Cost reduction, Financial strategy, Project management, Working capital optimisation, Organization, Controlling, Business transformation, Real estate, Acquisitions, Divestments.

Les salariés de l’AFP ne seront donc nullement surpris si dans les mois qui viennent, Dalila Zein et Fabrice Fries envisagent de réduire les effectifs (« réduction des coûts » et « restructuring »), supprimer certaines activités (« cessions ») en les sous-traitant (« optimisation du cash »), vendre le siège de l’AFP (« projets immobiliers »), le tout en privatisant l’AFP (« business transformation ») au nom de la-nécessaire-réforme-pour-sauver-l’AFP-dans-un- « environnement complexe ».


Denis Souchon


Post-scriptum 1 : Le 3 octobre 2014, on pouvait lire sur le site Option Finance : « Nommée responsable du contrôle de gestion du pôle presse magazine de Lagardère Active en 2007, [Dalila Zein] est promue, un an plus tard, directrice financière. "En partenariat avec le directeur de l’activité presse magazine, j’ai alors pu intervenir sur des sujets d’organisation et de stratégie, comme la réflexion sur le portefeuille d’actifs", précise-t-elle. Un travail récemment concrétisé par la cession par le groupe d’une dizaine de titres, dont Psychologies ou Première. »


Post-scriptum 2 : Il paraît souhaitable de ne pas accorder systématiquement sa confiance à des gens qui affirment, comme le fait Dalila Zein sur sa page Linkedin, que « les causes qui [leur] importent [sont] :
Arts et culture
Droits civiques et action sociale
Droits de l’homme
Enfants
Environnement
Formation
Lutte contre la pauvreté »

https://www.acrimed.org/Dalila-Zein-une-cost-killer-devient-directrice

INDEPENDANCE PRESSE PLN

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mardi 10 juillet 2018

Dysfonctionnements et tensions au sein du SDIS 87

Les sapeurs-pompiers de la Haute-Vienne sont à cran depuis de nombreux mois. Volontaires et professionnels tirent la sonnette d’alarme.

ACT POMPIERS 87

Le feu qui couvait depuis de nombreux mois chez les sapeurs pompiers de Haute-Vienne est en train de se propager dans les rangs. Après les pompiers professionnels, qui dénonçaient en début de semaine, via leur syndicat FO SIS 87, « des problèmes de management à l’origine de mal-être », c’est au tour des pompiers volontaires, et de leur syndicat FSU, de critiquer ouvertement les choix de la direction.

« On tire trop  sur la corde »

« Cela fait maintenant un an que nous dénonçons cette nouvelle forme de management et la mise en place d’une nouvelle gestion d’alerte des volontaires. Celle-ci met en danger les secours en zone rurale, avec des délais d’intervention qui s’allongent », explique Bernard Buisson, secrétaire de la section en Haute-Vienne.

SDIS 87

En plus du système d’alerte, le syndicaliste déplore une mauvaise gestion des effectifs. « Tout est fait pour décourager le volontariat. On envoie en zone rurale des professionnels pour combler les manques de recrues. Et pour pallier le manque de professionnels sur Limoges, on y envoie des volontaires en les appâtant avec des primes. C’est incompréhensible », déplore Bernard Buisson, volontaire depuis trente ans au centre de secours de Saint-Yrieix-la-Perche.

Selon le syndicaliste, les centres de Châlus et de Nexon seraient en sous-effectif. « Les volontaires ont besoin de concilier leur activité de pompiers avec leur travail et leur vie de famille. Avec ce mode de gestion, on tire trop sur la corde », ajoute-t-il.

Et le « tir à la corde » ne date pas d’hier. Entre décembre 2015 et janvier 2016, un audit sur les risques psychosociaux au sein du SDIS 87 avait été réalisé. Il concernait à l’époque les professionnels.

Un audit alarmant

SDIS 87 2

Et les conclusions étaient déjà des plus alarmantes. Il était fait état de « conditions de travail ayant renforcé la démotivation et la remise en question des compétences de chacun ». « Certains croulent sous le travail, sans soutien hiérarchique, d’autres recherchent le travail dans d’autres services ». Le document, que nous nous sommes procuré, faisait également le constat « d’absence de contre-pouvoir au sein du SDIS 87, générant des problèmes de management à tous les échelons ».

Sur le plan humain, cette description explosive s’était traduite par des problèmes de santé, des burn-out et des tentatives de suicide chez plusieurs agents. À la suite de l’audit, la direction du SDIS 87 avait été renouvelée. Deux ans plus tard, les sapeurs-pompiers ne semblent toujours pas sortis de la crise.

Pierre Vignaud

https://www.lepopulaire.fr/limoges/social/2018/07/06/dysfonctionnements-et-tensions-au-sein-du-sdis-87_12915673.html

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Non, ce n'est pas incompréhensible !
C'est simplement un élément de plus dans la destruction de la France et de ses services publics.
On vide, on désorganise et à terme on supprime pour confier les tâches au privé qui en fera payer le prix fort aux Français.
Sauf si nous réagissons à temps ; mais pour cela il faut comprendre le mécanisme et... seul l'UPR l'explique !   S.R.

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dimanche 8 juillet 2018

Éducation nationale : « Petit à petit, on balkanise la France »

Alors que la cloche sonne la fin de l’année scolaire, une ex-enseignante de français tire la sonnette d’alarme. Pour elle, les politiques néolibérales sont en train de détruire l’école de la République pour « casser l’unicité de la France ».

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RT France : Le 6 juillet, les bacheliers ont découvert leurs résultats. Quel est pour vous le résultat de la première année de Jean-Michel Blanquer à la tête du ministère de l’Education nationale ?

Danielle Goussot (D. G.) : Le résultat c’est à la fois du nouveau et, surtout, du continu. Depuis une trentaine d’années, on essaie de réformer l’Education nationale en limitant les coûts à cause de, soi-disant, la dette publique. Mais on essaie en réalité de la rendre moins républicaine, un peu moins nationale. Jean-Michel Blanquer s’inscrit donc dans la continuité des politiques depuis les années 1980.

RT France : N’est-ce pas étonnant, puisque Jean-Michel Blanquer durant ses premiers mois au gouvernement était considéré, par certains, comme l’anti-pédagogiste, l’anti-Najat Vallaud-Belkacem ? Il était vu comme un ministre qui allait remettre l’autorité et du sens à l’école. Finalement, l’espoir a-t-il été de courte durée ?

D. G : Bien sûr, mais c’est parce que tout simplement les gouvernements successifs obéissent aux recommandations de Bruxelles. Ils font du copier-coller.

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RT France : Quelles sont ces recommandations de Bruxelles ?

D. G : Les recommandations visent, avant tout, à réduire la dette, puisque aujourd’hui les Etats sont obligés d’emprunter sur les marchés financiers pour traiter leur politique sociale. Celle-ci se retrouve donc limitée. Et en même temps, il faut créer des régions, il faut casser le modèle républicain national. C’était d’ailleurs l’objet de la loi NOTRe sous François Hollande. Là, je vois que Jean-Michel Blanquer a créé des super-recteurs. Du coup, je me demande si, à la fin, on aura besoin d’un ministère de l’Education nationale… En effet, les programmes scolaires ne sont plus nationaux et le bac n’est plus un diplôme national.

RT France : Vous évoquez une école moins républicaine, des programmes qui ne sont plus nationaux, quelles sont les conséquences concrètement ?

D. G : Cela signifie que d’une région à l’autre, il n’y a pas le même programme, il n’y a pas le même nombre d’heures pour chaque matière. J’ai lu le livre de Jean-Michel Blanquer, Construisons ensemble l’école de la confiance. Moi, je n’ai pas confiance. Il écrit qu’il veut créer la République des professeurs. Moi je préfèrerais qu’il construise les professeurs de la République. Aussi, il est évident qu’on ne remplacera pas des postes qui partent à la retraite.

 


 

« Petit à petit, on balkanise la France »

 


 

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On casse l’école de la nation. On le voit par exemple avec la place de la langue régionale au collège. Avant, on choisissait deux langues étrangères. Dans les nouveaux programmes, la deuxième langue pourra être la langue régionale. C’est grave. Je ne suis pas contre les langues régionales, elles appartiennent au patrimoine linguistique de la France. Mais, jusqu’à maintenant, on enseignait la langue régionale comme troisième langue, en option. Maintenant, elle va remplacer la deuxième langue étrangère. C’est Najat Vallaud-Belkacem, sous François Hollande, qui avait mis en place ce programme.

RT France : Qui définit les programmes si ce n’est plus l’Education nationale ?

D. G : Ce sont les recteurs et les inspections académiques. Avant, il y avait plusieurs inspections académiques dans une même région. Maintenant, il n’y en n’aura plus qu’une, correspondant aux super-recteurs. Avec cela, on fait aussi des économies de personnel.

RT France : Selon vous, les gouvernements veulent clairement porter atteinte à la République…

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D. G : On veut casser l’unicité de la France. Que ce soit avec la santé par les ARS [Agences régionales de santé], avec les transports par la casse du statut de la SNCF ou avec l’éducation, on arrive à une France démembrée et une volonté de déstructurer notre pays. En effet, notre pays gêne la gouvernance néolibérale par son histoire politique et sociale. Les lois de décentralisation, depuis 1983, ont préparé le terrain. Petit à petit, on balkanise la France.

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Le but est de créer une école par région pour casser l’idée de la République. Le néolibéralisme met la main sur tout ce qui est rentable. Il y a 20 ans, un recteur m’a même dit : « L’école de la République est un marché captif. » Mais l’école est un service public : doit-elle être rentable ? Aujourd’hui, ce n’est même plus l’Etat qui cherche à rentabiliser l’école, c’est la gouvernance. Les Etats ne décident plus de rien sinon d’obéir aux lois néolibérales, inscrites dans les traités européens.

RT France : Jean-Michel Blanquer va instaurer une prime au mérite pour les professeurs enseignant en REP+ (réseaux d’éducation prioritaire renforcés). Qu’en pensez-vous ?

D. G : Pourquoi une prime au mérite ? Quel est le mérite ? De quel mérite s’agit-il ? Et comment va-t-on le mesurer ? S’il s’agit de mettre de bonnes notes aux élèves, cela n’a pas de sens.

 


 

« En France les professeurs de la maternelle au lycée sont très mal rémunérés. Ils sont au niveau de la Colombie ! »

 


 

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Allons plus loin : Pourquoi est-ce qu’il y a des collèges et des écoles primaires REP ? Pourquoi a-t-on des zones dites « périphériques », en déshérence ? La vraie question est sociale et politique plus qu’éducative. Instaurer une prime au mérite, c’est mettre un plâtre sur une jambe de bois.

RT France : Pour vous, il faudrait donc davantage cibler les causes sociales qui sont à l’origine des classifications des zones en REP, REP+, et ne pas s’attarder à financer des primes pour attirer des professeurs dans ces zones ?

D. G.: Parlons des attraits financiers pour les professeurs : en France les professeurs de la maternelle au lycée sont très mal rémunérés. Ils sont au niveau de la Colombie ! Les professeurs français sont parmi les moins bien rémunérés de l’Union européenne. En Allemagne, leur salaire est quasiment deux fois plus élevé. Donc le gouvernement essaie d’attirer des collègues, notamment ceux qui ont des difficultés à se loger dans des zones comme la région parisienne où les loyers sont très chers. Mais cette prime de 3 000 euros par an [en réalité 1 000 euros et éventuellement jusqu’à 3 000 selon leur « mérite »], qui ne représente pas grand-chose, ne pourra pas compenser le prix du loyer par exemple.

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Cette prime a déjà existé. On a vu que les collègues restaient un ou deux ans, et puis s’en sont allés car cela ne représentait pas une prime suffisante. Ce n’est pas la solution ! La solution, c’est une autre politique nationale qui soit sociale.

RT France : Cette prime au mérite ne ressemblerait-elle pas à un fonctionnement d’entreprise, où l’élève et le parent seraient les clients, le ministre de l’Education nationale le chef livrant une prime à ses meilleurs employés, les professeurs ?

D. G.: C’est en effet le début d’une rémunération en fonction de critères qui peuvent être terribles. On voit notamment que le nombre de postes attribués sur concours a déjà diminué [les enseignants doivent passer un concours pour être titulaires de leur poste], ce qui a pour conséquence d’accroître le recours à la contractualisation de la profession, pour pallier ce manque. C’est exactement ce qu’il s’est passé et se passe à La Poste ou à la SNCF. Les professeurs contractuels seront ainsi payés bien moins cher que les titulaires.

Le but est de casser le service public. En effet, quand on est professeur, on passe un concours hautement difficile avant de se voir confier une mission de service public. Alors que le contractuel, pour sa part, a un contrat d’un an, sans certitude de rester à son poste. S’il ne convient pas, son contrat n’est pas prolongé. C’est la suppression du service public de l’Education nationale.

 

Classe - 2

 


 

« On aura une école publique qui sera d’un petit niveau pour contenter tout le monde »

 


 

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De plus, tout est fait pour favoriser les écoles privées. On va ainsi avoir une école à deux vitesses : d’un côté, une école qui sera privée, où on va enseigner le grec, le latin ou les mathématiques d’un haut niveau. De l’autre, on aura une école publique qui sera d’un faible niveau pour contenter tout le monde. Comme on ne peut pas contenter les parents sur le plan social, on va les contenter sur le plan éducatif, en baissant le niveau. Le cahier numéro 13 de l’OCDE explique d’ailleurs comment faire pour ne pas éveiller l’attention des parents tout en baissant le niveau. Ce texte explique notamment que « si l’on diminue les dépenses de fonctionnement [des services publics], il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse ».

 


 

Classe – BAC - 1923

Lycée Janson de Sailly, la classe de philosophie ; agence Meurisse, 1923 ; source Gallica BnF / Une autre époque…

 


 

Source :

https://francais.rt.com/entretiens/52206-danielle-goussot-on-casse-l-ecole-de-la-nation

 

Note :

Danielle Goussot était professeur de lettres modernes en collège et lycée pendant près de 40 ans. Elle est également à l’origine du parti politique RPS-Fiers.

https://aphadolie.com/2018/07/07/education-nationale-petit-a-petit-on-balkanise-la-france/

dimanche 1 juillet 2018

Les dix salariés du magasin Espace Émeraude à Cressat (Creuse) ont perdu leur emploi...

Vendredi 23 juin au soir, les salariés d’Espace Émeraude à Cresat (Creuse) ont baissé définitivement le rideau. Qu’ils aient débuté leur carrière professionnelle ici ou aient été embauchés plus récemment, ils se posent tous la même question : que faire demain ?

ACT CRESSAT CREUSE

«Pour la première fois, on a délégué quelqu’un qui va fermer la porte à notre place. » Pour la première et pour la dernière fois aussi. Vendredi, 18h30, le rideau de fer d’Espace Émeraude à Cressat (Creuse) s’est baissé. Définitivement.

« On ferme mais on ne se rend pas compte qu’on ne rouvrira plus », lâche Marie.
Dans le magasin, des clients de la première heure et des anciens employés sont venus soutenir ceux qui, ce soir-là, se retrouvent sans emploi. Et qui, pour certains, ferment la porte sur trente années de vie. Comme Franck, responsable d’activité, qui a débuté sa carrière dans ce magasin de matériel agricole, il y a trente ans.

« Ça été mon premier vrai boulot ici. J’avais 19 ans quand je suis rentré au service express. Après, j’ai été magasinier, puis aux pièces détachées et là, je suis responsable du magasin. » Il a un peu de mal à réaliser, comme ses neuf collègues, que ce vendredi soir, c’est fini.

« Entre mourir d’une crise cardiaque ou d’une longue maladie, autant que ce soit bref »

« Quand on l’a appris à la mi-mai, on ne s’y attendait pas. Sur le coup, on n’y croit pas vraiment. Même encore aujourd’hui. On va réaliser tout à l’heure quand on va fermer mais surtout dans les semaines qui viennent. » « C’est surtout en septembre qu’on va vraiment se rendre compte, pense Chantal qui a passé trente ans ici. Là, c’est l’été, c’est un peu comme si on était en vacances mais à la rentrée, c’est là que ça va être le plus dur. ». « Oui, ça a été rapide mais en même temps, je préfère autant, poursuit Franck. C’est pas facile de venir travailler quand on sait que c’est bientôt fini. Et entre mourir d’une crise cardiaque ou d’une longue maladie, autant que ce soit bref. »


« Franchement, quand on apprend la nouvelle, c’est un monde qui s’écroule sous nos pieds, confie Manu, 25 ans de boîte. Je suis en colère, je ressens de l’injustice et de la déception. On a évolué au sein de ce groupe pendant 25 ans, on leur a rapporté de l’argent et là, on est complètement lâchés. Tout ça parce qu’on ne correspond pas à leur axe de développement! Qu’est-ce que je vais faire après ? Je n’en sais rien. Je n’ai jamais été demandeur d’emploi. Comment ça se passe ? Je vais aller à Pôle emploi, voir si je peux faire des formations… »

« On est tous creusois, on a nos vies ici »

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Alors oui, bien sûr, « on a eu des propositions de reclassement dans le groupe, rapporte Franck. Mais qui ne correspondent pas franchement à nos profils et qui sont dans le Maine-et-Loire. Nous, on est tous creusois, on a nos vies ici et on n’a pas vingt ans. » « J’ai mes enfants au collège et au lycée, enchaîne Manu. Et ma femme vient juste d’être reclassée, elle, après la fermeture de l’IME du Monteil-au-Vicomte où elle bossait! ». Marie, elle, est plus jeune. Mais elle vient d’avoir un bébé et d’acheter une maison. « Si je n’avais pas d’attaches, si j’étais seule, sans doute que je partirais mais là… Notre petit apprenti qui a 18 ans, il va sûrement partir, lui, mais ça sera bien le seul à accepter un reclassement. Je vais essayer de trouver dans ma branche, j’étais comptable ici. On se dit qu’on va bien trouver quelque chose mais bon… En même temps, je m’inquiète plus pour mes collègues qui sont plus âgés. »

« Comment on  va rebondir après ? Est-ce qu’on aura la force ? »

« Oui, on s’inquiète tous pour les autres en fait, reconnaît Franck. On pense à nos clients et à la Creuse qui perd un commerce de plus. Et on pense à chacun d’entre nous. On a toujours été une équipe soudée, il y avait une bonne ambiance entre nous, on va rester solidaires. Mais on se demande aussi comment on va rebondir après. Est-ce qu’on aura la force ? On s’est tous dit qu’on allait garder le contact, pour se donner un coup de main s’il y a besoin. »


Le contact, certains aimeraient bien même le garder avec leurs clients. « Il y en a qui nous disent : “Faut monter quelque chose les gars, faut pas laisser tomber. Nous, on a besoin de vous”. » Alors Franck, Manu et quelques autres y pensent : « Pourquoi pas monter une Scop ? On a des projets mais est-ce que c’est réalisable ? Nous, on est convaincus que notre activité en Creuse, il y en a besoin mais après ? Il faut voir. »

Vendredi soir, le rideau s’est baissé. Définitivement. À l’intérieur, des clients, des anciens employés et ceux qui viennent de perdre leur boulot « Ça y est, lâche Franck. Le rideau est tombé. Maintenant, on va aller boire un coup tous ensemble. On fait en deux étapes. Pour faire passer la pilule. »

Séverine Perrierhttps://www.lepopulaire.fr/cressat/economie/commerce-artisanat/2018/06/25/vendredi-soir-les-dix-salaries-du-magasin-espace-emeraude-a-cressat-creuse-ont-perdu-leur-emploi_12899791.html

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UE, le début de la fin ?

TRIBUNE LIBRE / /J. SAPIR

TL SAPIR EUROPE DEMANTELEE

Le sommet de l’Union européenne qui s’est tenu jeudi 28 juin a confirmé ce que l’on pouvait en escompter. Si les pays de l’UE se sont efforcés de sauver les apparences, la vacuité du communiqué final et les difficultés extrêmes rencontrées pour aboutir à ce communiqué sont les preuves de la profonde crise que traverse l’Union européenne. Un pays sort à l’évidence victorieux de ce sommet, et c’est l’Italie au gouvernement issu de l’alliance entre le M5S et la Lega.

Cette victoire se mesure à plusieurs points. Le Premier ministre Italien, M. Giuseppe Conte avait annoncé ne pas vouloir signer un texte qui ne soulagerait pas, vite et concrètement, l’Italie de sa mission de première ligne en Méditerranée, face à la Libye. Le texte qui est finalement issu de ce sommet laisse planer un flou sur l’organisation adoptée par les pays de l’UE, mais garantit en fait à l’Italie qu’elle pourra continuer sa politique actuelle[1]. Derrière le paravent des mesures « volontaires », cet accord signe aussi la fin de l’accord de Dublin et donne raison aux pays d’Europe centrale qui étaient arrivés à ce sommet vent debout contre l’idée de « quota » imposés par Bruxelles. Cet accord entérine aussi les décisions de groupes de pays au détriment de décisions prises par les 27. Il signe donc, en réalité, le début du démantèlement de la mécanique européenne. C’est en cela que ce sommet mérite d’être retenu.

La crise dite des « migrants » révèle la crise politique de l’UE

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La crise que connaît l’UE vient de loin. Mais, elle a connu un incontestable coup d’accélérateur avec la question des migrants clandestins.

Le nouveau gouvernement italien, et son Ministre de l’intérieur, s’appuie sur une logique incontestable. Les pays de l’UE, par l’accord de Dublin, avaient décidé que les « pays d’accueil » enregistraient les clandestins, en faisaient le tri, et que les migrants éligibles seraient répartis sur l’ensemble du territoire de l’Union. Dans les faits, et compte tenu du refus des pays (y compris la France) de remplir leurs obligations, on avait abouti à une accumulation de ces clandestins sur le territoire de l’Italie, accumulation qui a créé une situation aujourd’hui intenable. En acceptant désormais que l’ensemble de ce processus se fasse sur la base du « volontariat » des pays concernés, en se refusant même à nommer les dits « pays concernés », l’accord de la nuit du 28 au 29 juin enregistre la décomposition d’une partie du cadre européen, qui est désormais réduit à un accord volontaire entres pays membres. Il ne semble pas que l’on ait encore mesuré toutes les conséquences de cela, mais ces conséquences pourraient aller fort loin.

Le gouvernement italien a de plus été conforté dans son refus aux ONG qui affrétaient les navires comme l’Aquarius ou le Lifeline de pouvoir débarquer les migrants, arguant, et ceci a été confirmé, que ces navires se faisaient les complices objectifs des passeurs mafieux qui exploitent ces gens, ce que le Président français, Emmanuel Macron, a bien été forcé de reconnaître[2].

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Le gouvernement italien et son ministre de l’intérieur ont donc fait éclater l’hypocrisie massive du discours des « bien-pensants », cette hypocrisie si présente dans de nombreux pays de l’UE. Ils ont aussi provoqué une crise, tant dans l’UE qu’en Allemagne, où la position de Mme Angela Merkel apparaît durablement fragilisée. L’ambiguïté de ses rapports avec son propre Ministre de l’intérieur, membre de la CSU, un parti qui est l’allié historique de la CDU mais qui n’a pas, et de loin, la même culture politique, le montre.

Aujourd’hui, avec le communiqué final du sommet des 28-29 juin[3], c’est l’ensemble de l’architecture de l’accord de Dublin qui est à l’évidence frappée de caducité. Les pays cherchent désormais des solutions soit dans des accords négociés avec d’autres pays, soit de manière individuelle. Quoi qu’en dise Emmanuel Macron, ceci ne pourra être que renforcé par le caractère « volontaire » des mesures annoncées par le communiqué. Emmanuel Macron s’est présenté comme le chantre d’une UE intégrée et fédérale. Il doit aujourd’hui accepter le principe d’accords bilatéraux entre pays. Même si ceci n’est pas (encore) relevé dans la presse, c’est une défaite massive, une défaite publique pour lui et pour tous ceux qui sont sur sa position. Cette situation montre parfaitement l’état de désagrégation de l’UE aujourd’hui.

Giuseppe Conte

Le vainqueur du sommet?

Que reste-t-il de la déclaration franco-allemande de Merseberg ?

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Car, et il faut le savoir, cette crise politique de l’UE dépasse de loin la question des « migrants ». C’est le cœur même du processus de constitution de l’UE qui est atteint. L’échec des tentatives françaises de parvenir à des avancées significatives sur la gestion de la zone Euro le démontre. La France et l’Allemagne avaient abouti à un accord avec la « déclaration de Merseberg »[4]. Mais, il s’agissait d’un accord à minima. Cette déclaration était très en retrait par rapport aux demandes de la France. Cette « déclaration » en effet prévoyait que le mécanisme européen de stabilité (MES) soit renforcé, changeant même de nom et devenant un véritable Fonds monétaire européen (FME). Tant que l’état du patient ne serait pas considéré comme « sérieux », il serait confié aux soins « attentionnés » de la Commission, mais si la situation se détériorait, il irait alors en soins intensifs, c’est-à-dire le FME. En quoi cela consisterait-il? Le document dit explicitement: “Rappelez-vous que toute décision de fournir le soutien de la stabilité du Fonds à un État membre doit inclure l’analyse DSA (Debt Sustainability Analysis)“. Il y a là un message dépourvu de toute ambiguïté. Si la dette publique d’un pays en difficulté est déclarée “insoutenable” par le Fonds, il n’y aura pas d’accès à l’aide tant qu’une restructuration de la dette ne sera pas effectuée, conformément aux principes du FMI. Autrement dit, le traitement d’un pays en difficulté se ferait dans les règles internationales c’est-à-dire comme si l’Union Economique et Monétaire (la zone Euro) n’existait pas. On retrouve ici la logique qui substitue le « volontariat » à un accord réellement contraignant et engageant l’ensemble des pays partenaires.

Dès lors, on voit que cette déclaration de Merseberg, loin de constituer un pas dans la résolution progressive de la crise politique de l’UE, ne fait que l’amplifier.

Emmanuel Macron, le grand perdant?

Une explosion programmée ?

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Cette déclaration est cependant restée un projet mort-né. Douze pays de l’UE se sont déclarés opposés tant à cette déclaration qu’aux ambitions du Président français qui entendait faire évoluer vers un statut plus « fédéral » tant l’UE que la zone Euro[5]. Après l’envoi d’une lettre très ferme du ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra au président de l’Eurozone Mario Centeno pour afficher publiquement sa désapprobation, ce sont onze autres pays qui ont décidé de signer cette lettre[6].

D’ailleurs, la réunion de l’Eurogroupe du 21 juin devait décider de la mise en place d’une taxe sur les transactions financières pour subventionner une partie des propositions contenues dans la déclaration de Merseberg. De fait, l’idée d’un « budget fédéral » est morte. Or, toute la construction française, à laquelle l’Allemagne avait été associée non sans réticences ni arrières pensées pour cette dernière, reposait sur cette idée. Par ailleurs, Mme Angela Merkel n’est clairement plus en état de défendre en Allemagne même un tel projet, si tant est qu’elle l’ait réellement voulu…

Vers un nouvel épisode de la crise de l’Euro ?

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Les tensions vont rapidement réapparaître au sein de la Zone Euro. Car, il y a une réalité qui s’imposera, encore et toujours, par-delà les discours. La mise en place de l’Euro a entrainé une accentuation des divergences au sein des pays membres de l’UEM[7]. Ces divergences se sont aggravées considérablement depuis une dizaine d’années[8]. Les travaux du FMI[9], mais aussi une récente étude de l’OFCE[10], en témoignent. Cette divergence, sauf mécanismes budgétaires de redistribution du surplus commercial de l’Allemagne, conduira l’Euro à exploser. Tel est d’ailleurs la conclusion des auteurs de l’étude de l’OFCE, une conclusion récemment partagée par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie[11].

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Face à de telles perspectives de crise, les dirigeants politiques sont sommés d’anticiper ou alors ils sont condamnés à périr. Emmanuel Macron pourrait prendre acte de la crise que ravage l’Union Européenne et de celle qui va emporter l’Euro et proposer une dissolution ordonnée de ce dernier. Sur ce point, il aurait certainement le soutien tant de l’Italie que de certains pays de l’Europe du Nord. Cette dissolution ordonnée est la solution de loin la meilleure. Une sortie de l’Italie de l’Euro, alors que la France se cramponnerait à l’Allemagne et à l’Euro, aurait des conséquences épouvantables sur l’économie française, et l’on peut estimer entre 500 000 et 800 000 chômeurs de plus dans les deux ans qui suivraient. Les déficits exploseraient, et le gouvernement serait contraint de baisser dramatiquement les dépenses publiques, entraînant un chômage supplémentaire (qualifié de « chômage de deuxième tour » dans les analyses économiques) qui pourrait s’élever à 200 000 – 400 000 chômeurs de plus. A la fin des fins, la France serait obligée de quitter l’Euro mais non sans avoir été au préalable dévastée par une crise économique d’une ampleur inédite.

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On peut cependant craindre qu’Emmanuel Macron soit trop imprégné d’idéologie européiste comme de théologie économique, se gargarisant tous les jours d’un discours vide de sens, pour être capable de prendre les décisions qui s’imposent. Ces décisions seront quant à elles sans doute prises par le gouvernement italien qui, lui, a une véritable stratégie d’alliance à l’échelle européenne, et une compréhension de la nature irrémédiable de la crise de l’UE.

Par ses décisions, il a déjà porté la discorde au cœur de ses adversaires, provoquant une coagulation d’un « front conservateur » au sein des pays de l’UE, la reconnaissance de mesures non-contraignantes (sur la question des migrants), la reconnaissance du bilatéralisme au sein de l’UE et une crise politique en Allemagne même.

[1] http://www.lefigaro.fr/international/2018/06/29/01003-20180629ARTFIG00012-union-europeenne-un-accord-trouve-sur-les-migrations.php

[2] Voir la déclaration faite à Rome le 26 juin par Emmanuel Macron où il indique que le navire de l’ONG Lifeline : “a coupé le signal et elle est intervenue en contravention de toutes les règles et des garde-côtes libyens” rejoignant ainsi certaines des critiques du gouvernement italien sur le rôle des ONG en Méditerranée. Il a ajouté : “On ne peut pas accepter durablement cette situation car au nom de l’humanitaire cela veut dire qu’il n’y plus aucun contrôle. A la fin on fait le jeu des passeurs en réduisant le coût du passage pour les passeurs. C’est d’un cynisme terrible“. Voir AFP via https://actu.orange.fr/france/lifeline-la-france-accueillera-une-partie-des-migrants-mais-macron-critique-l-ong-CNT0000014pSvn.html

[3] http://www.consilium.europa.eu/media/35943/28-euco-final-conclusions-fr.pdf

[4] https://www.france-allemagne.fr/Europe-Declaration-commune-de-la-France-et-de-l-Allemagne-19-juin-2018.html

[5] https://francais.rt.com/economie/51866-12-pays-europeens-s-opposent-a-un-futur-budget-de-la-zone-euro

[6] Soit la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche, le Danemark, la Suède, l’Irlande, Malte, la Finlande, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie.

[7] Voir Sapir J., « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84 et Sapir J., « Krizis evrozony i perspektivy evro », [La crise de la zone Euro et les perspectives de l’Euro] in Problemy Prognozirovanija, n° 3 (126), 2011, pp. 3-18.

[8] iAGS, 2014, « The independent Annual Growth Survey 2015: A Diverging Europe on the Edge », téléchargeable à l’adresse http://www.iags-project.org/documents/iags_report2015.pdf

[9] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057

[10] Villemot S., Ducoudré B., Timbeau X., « TAUX DE CHANGE D’ÉQUILIBRE ET AMPLEUR DES DÉSAJUSTEMENTS INTERNES À LA ZONE EURO », Revue de l’OFCE, 156 (2018), pp. 1-32.

[11] https://www.project-syndicate.org/commentary/next-euro-crisis-italy-by-joseph-e–stiglitz-2018-06

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-ue-le-debut-de-la-fin-par-jacques-sapir/

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vendredi 29 juin 2018

Carte scolaire 2018-2019 pour le 1er degré en Haute-Vienne : à chacun sa sauce

Une dizaine d’écoles en tension, des communes qui ne fonctionneront pas toutes au même rythmes ni aux mêmes horaires… Voici la carte scolaire version 2018, qui n’est pas un modèle d’harmonie même si le pire semble avoir été évité.

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C'est fait. Hormis trois postes mis en réserve par l'administration pour des ajustements de rentrée, la carte scolaire du 1 er degré est désormais officielle et vient d'être actée par le dernier CDEN, lundi à Limoges.

Comme prévu, la Haute-Vienne bénéficiera de 27 ouvertures de classes, dont 20 sont exclusivement consacrées au dédoublement des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire à Limoges. En contrepartie, 17 fermetures sont actées, dont une bonne partie en milieu rural.

Gros effectifs à Landouge, Isle, Verneuil, Condat…

Le pire semble donc avoir été évité pour un département qui, malgré une démographie à la baisse (moins 300 élèves prévus en septembre), s'est vu néanmoins octroyer une enveloppe globale de neuf postes supplémentaires.

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Pourtant, la carte scolaire 2018-2019 - tout comme les précédentes - manque quelque peu d'homogénéité, notamment pour ce qui est des conditions d'encadrement. Certaines écoles, comme l'admet l'inspection académique, devront composer avec des classes particulièrement chargées. C'est le cas notamment à Landouge, Isle, Cieux-Javerdat, Verneuil, Le Palais, Ambazac, Saint-Gence, Condat… où les effectifs devraient d'ailleurs être vérifiés à la rentrée.

Mais si l'administration se félicite d'un rapport maître\100 élèves à la hausse (de 4,98 en 2007 à 5,32 à la rentrée 2018), les syndicats n'ont visiblement pas la même règle à calcul. Le Se-Unsa évalue à 60 le nombre de postes nécessaires pour revenir à la moyenne nationale. Quant au Snuipp-FSU, il demande un plan de rattrapage d'autant plus nécessaire que les moyens de remplacement sont également victimes d'un déficit chronique.

Retour à 4 jours  pour 63 % des écoles

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Quant à la question redondante des rythmes scolaires, elle est loin d'être résolue. En septembre prochain, 63 % des écoles – soit 46 % des communes - seront autorisées à fonctionner de nouveau sur quatre jours. Au total, 67 % des écoliers du département (contre 10 % cette année) auront donc droit au rythme qui était la règle avant la mise en place contestée de la réforme Peillon. Ce qui veut dire que 33 % des enfants auront, eux, toujours cours le mercredi matin, avec, dans la plupart des cas, subsistance des animations périscolaires durant la semaine.

Cette absence d'harmonie, qui n'est évidemment pas spécifique au département de la Haute-Vienne, s'explique par la liberté laissée aux acteurs de terrain, le ministère préférant inciter les communes à revenir en douceur à l'ancien système plutôt que d'imposer brutalement un retour en arrière.

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Mais ce contexte, qui peut apparaître cacophonique aux yeux de nombreux parents, n'est pas serein partout. Si la grande majorité des conseils d'école et des municipalités sont rapidement tombés d'accord, comme l'exigeaient les textes, le paramètre transports est très vite apparu comme un élément perturbateur. Ainsi, aucun consensus n'a pu être trouvé pour le RPI Saint-Laurent-sur-Gorre\Gorre et pour La Jonchère, où l'on restera finalement à 4,5 jours. A Château-Chervix et au RPI de Vicq-sur-Breuilh, les horaires seront reconduits à l'identique avec le maintien du péri-scolaire.

2 h 15 de pause méridienne à Limoges

« Empêcher des retours à quatre jours alors qu'ils ont été demandés par des conseils d'école et des conseils municipaux, au motif que le transport solaire ne peut pas adapter son passage aux nouveaux horaires, nous semble inadmissible et irrespectueux de l'expertise des acteurs de terrain », déplore le syndicat enseignant Se-Una.

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Ce dernier regrette par ailleurs les conditions du retour à quatre jours décidé par la Ville de Limoges, « une décision hors concertation, avant même que les conseils d'école aient eu le temps de se prononcer. »

A Limoges, où sont scolarisés plus d'un tiers des élèves de la Haute-Vienne, la pause méridienne devrait atteindre 2 h 15, ce qui laisse augurer, selon certains enseignants, « une après-midi de travail compliquée à gérer… » 

Florence Clavaud-Parant

https://www.lepopulaire.fr/limoges/education/2018/06/27/carte-scolaire-2018-2019-pour-le-1er-degre-en-haute-vienne-a-chacun-sa-sauce_12902416.html

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Le pire évité, déclare le Populaire !!!!
Apparemment, il n'avait pas écouté les déclarations de Macron, notamment lors de sa conférence au Sénat sur les territoires !
Cette carte scolaire est une honte et c'est de la discrimination !
Pourquoi nos enfants des campagnes devraient payer la gestion calamiteuse du pays ?
Pourquoi nos enfants des campagnes n'ont pas les mêmes droits que les enfants des électeurs de ce gouvernement ?
Et pourtant Macron l'avait affirmé, haut et fort :

"Agir de façon différenciée c'est aussi se concentrer sur certaines priorités par territoire. Ainsi, nous veillerons à ce que l'évolution des services publics en milieu rural ne conduise pas à augmenter la fracture territoriale.

Ce qui est sûr c'est que
les territoires en particulier les plus ruraux ne peuvent plus être la variable d'ajustement d'économie. C'est pourquoi d'ici là en particulier il n'y aura plus de fermeture de classes dans les écoles primaires."

 le 18 Juillet 2017
Donc Macron est- il un menteur?  Non, répond Castaner:

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jeudi 28 juin 2018

Menaces sur l'académie de Limoges : les syndicats sont de plus en plus inquiets

Alors que les propos du recteur de Bordeaux ne semblent guère rassurants, sept syndicats de l'éducation appelaient à un rassemblement citoyen ce mercredi 27 juin devant le rectorat de Limoges. 

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Sept fédérations enseignantes* ont appelé à un « rassemblement citoyen », mercredi 27 juin à 17 heures devant le rectorat de Limoges. Il s'agit de protester contre le projet de fusion des académies, lequel devrait entraîner à court terme la disparition de l'académie de Limoges et l'effacement progressif du rectorat.

Partis politiques et associations sont appelés à se joindre à la manifestation, que les organisateurs veulent aussi large et fédératrice que possible. Car l'échéance approche : le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer devrait rendre ses arbitrages dans quelques jours, et il ne fait guère de doute que les préconisations du rapport Veil** devraient largement inspirer ses décisions.

De quoi alimenter l'inquiétude croissante d'une communauté éducative qui n'a pas été particulièrement rassurée par les récents propos du recteur de Bordeaux. Egalement co-auteur du rapport Veil, le recteur Olivier Dugrip a en effet reçu il y a quelques jours une délégation du SE-UNSA. Selon le syndicat, ses réponses ont été sans ambigüité, ou presque...

Vers un recrutement académique des professeurs des écoles ? 

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« Le recteur nous a répondu que l'administration devait construire un modèle pour 2050 et que celui-ci, datant de 1960, n'était plus adapté au nouveau monde », explique Thibault Bergeron, secrétaire académique du SE-UNSA Limousin.

« Il a aussi précisé que pour lui, la gestion des moyens (enseignants ou personnels administratifs) ne pourrait être qu'académique et donc gérée depuis Bordeaux. Concrètement, c'est la confirmation de nos craintes. Les spécificités rurales seront-elles prises en compte ?  Nos départements seront-ils noyés dans la masse ? », s'interroge le syndicat qui dit redouter « de fortes pertes de postes pour la Creuse et la Corrèze dont les taux d'encadrement sont nettement supérieurs à ceux des départements ruraux de l'académie de Bordeaux. »

Autre sujet sensible  : la modification possible du cadre géographique de recrutement des enseignants. « Le recteur a aussi évoqué un recrutement dans le 1er degré au niveau grande académie. Sans être précis, il a indiqué ne pas souhaiter revenir sur les périmètres actuels d'affectation des enseignants du second degré. Au final, l'entretien s'est conclu après 1 h 30 de discussion. Nous n'avons été ni rassurés ni convaincus. »

(*) Interfédérale CGT-éducation ; FO ; FSU ; SGEN-CFDT ; SE-UNSA ; SNALC ; Sud Education.
(**) Publié en mai dernier, il préconise la fusion des académies actuelles sur le modèle de la carte des nouvelles régions.

https://www.lepopulaire.fr/limoges/education/2018/06/26/menaces-sur-l-academie-de-limoges-les-syndicats-sont-de-plus-en-plus-inquiets_12900888.html

Réforme territoriale - Vers une France métropolitaine à 13 académies à la rentrée scolaire 2021

Publié le 15/05/2018

MONTAGE REFORMES TERRITORIALES

Malgré le nouveau découpage régional opéré en 2015, l'Education nationale avait conservé ses 26 académies, regroupées toutefois au sein de 13 "régions académiques" correspondant aux 13 nouvelles régions de métropole. Un rapport de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) démontre l'échec des régions académiques, dont la dernière mission pourrait être de piloter la fusion de leurs "petites" académies… avant de disparaître.

Deux ans après sa mise en place, "le dispositif des régions académiques parait déjà à bout de souffle", selon un rapport de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR), daté de mars 2018 et publié le 11 mai. Inutile d'aller plus loin, "le système actuel est arrivé au bout des conséquences qu’il pouvait produire alors même qu’il demande une débauche d’énergie pour fonctionner imparfaitement", ont constaté les auteurs du rapport.
Le diagnostic avait déjà été posé par Jean-Michel Blanquer, en décembre dernier, lors de la commande du rapport. "La réforme territoriale de 2015 a placé l'Education nationale au milieu du gué et le statu quo n'est plus possible", avait alors déclaré le ministre. La lettre de mission, signée avec sa collègue ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal, demandait de proposer des "schémas d'organisation adaptés à chacune des 13 régions", ainsi qu'un calendrier de mise en œuvre pour chacun des 13 scénarios envisagés. La mission y répond scrupuleusement.

Aujourd’hui, 26 académies regroupées en 13 "régions académiques"

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Le travail de la mission est intervenu dans un contexte très particulier, deux ans seulement après la création des "régions académiques" par décret du 10 décembre 2015, avec application au 1er janvier 2016. Rappelons-nous : la loi Notr a été promulguée le 7 août 2015 et avant elle celle sur le nouveau découpage régional qui a fait passer le nombre des régions en métropole de 22 à 13. La plupart des administrations publiques s'alignent alors sur cette nouvelle carte, mais pas le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Celui-ci choisit de conserver une organisation territoriale en 26 académies en métropole (30 France entière), mais les regroupent au sein de 13 "régions académiques" (17 France entière) correspondant aux nouvelles régions, avec à leur tête un recteur de région académique. Or la région académique "n’a pas su trouver sa place", estiment aujourd'hui les auteurs du rapport de l'IGAENR, témoignages à l’appui.

"Adapter les dispositifs retenus à la diversité des situations territoriales"

Dès lors, "il faut s’orienter vers la mise en place de treize académies métropolitaines pour remplacer les treize régions académiques", considèrent-ils. Cette transformation devrait se faire "à l’horizon de la rentrée 2021 au plus tard". Un des objectifs serait de "rétablir une fluidité de relations avec les collectivités régionales".
Il ne s'agit pas pour autant de tout centraliser. Mais bien de distinguer, dans les actuelles circonscriptions académiques, les services qui ne nécessitent pas de proximité particulière (statistiques et programmation, examens et concours, gestion de masse…) des services déconcentrés qui sont en interfaces avec les écoles, les établissements, les personnels et les usagers.
Pour la mission, la démarche de réorganisation devra chercher à "adapter les dispositifs retenus à la diversité des situations territoriales". Partant de ce principe, l'évolution devra s’opérer avec "des scénarios différents selon les régions académiques" et "en tenant compte des contraintes spécifiques à chacune". Les recteurs des régions académiques seraient chargés de construire le projet de fusion. Pour cela, ils auraient pouvoir hiérarchique sur les autres recteurs de leur territoire.

Trois catégories de région académique, trois scénarios

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Les échéances et les modes d’organisation pourront varier selon les cas, mais "sans jamais remettre en cause l’objectif de fusion effective au plus tard pour la rentrée scolaire et universitaire 2021", insiste le rapport. Il distingue en l'occurence trois catégories de région académique : les régions académiques comparables aux académies existantes ; les régions académiques présentant les superficies et les populations scolaire et étudiante les plus importantes ; la région académique Ile-de-France.
Les régions académiques "comparables aux académies existantes" sont celles de Bourgogne‐Franche‐Comté, Hauts‐de‐France, Normandie et Provence‐Alpes‐Côte d’Azur. Les recteurs de ces régions académiques remettraient leur projet de fusion "à la fin de l’année 2018, pour une mise en œuvre progressive en 2019 et 2020". Dans ces cas, "il ne s’agit, ni plus ni moins, que de reproduire à l’échelon régional l’organisation académique actuelle sur la base d’un réaménagement des services académiques dans leurs sites respectifs confirmés".

Quatre régions académiques "étendues"

Les quatre régions académiques "les plus étendues" sont celles d’Auvergne-Rhône-Alpes, du Grand Est, de Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie. Ici, la fusion "implique la conception de nouveaux modes de gouvernance" avec des scénarios d’évolution "différents selon les régions académiques". Les recteurs de région académiques remettraient leur projet de fusion "à la fin de l’année 2018 ou au début de l’année 2019 pour une mise en oeuvre progressive à la rentrée 2020".
Comme il s’agit de "territoires où l’enseignement supérieur est particulièrement dense", la mission estime "hautement souhaitable" que soit placé, auprès de chacun d’entre eux, un vice-chancelier des universités, qui pourrait avoir rang de recteur, adjoint au recteur de l’académie.
S’agissant du domaine de l’enseignement scolaire, le recteur de région académique pourrait, s’il le souhaite, désigner à ses côtés un adjoint chargé de l’enseignement scolaire.
S’agissant des régions académiques Occitanie et Grand Est, la mission attire l’attention sur "les difficultés liées à l’éloignement du siège de la future académie et des capitales régionales". "La solution retenue devra prendre en compte ces difficultés d’autant qu’en Occitanie les deux académies actuelles sont d’un poids comparable", alerte-t-elle.

La future académie francilienne devra être cohérente avec le futur Grand Paris

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La région Ile-de-France, découpée aujourd’hui en trois académies, affiche une fois de plus sa singularité. C’est toujours le recteur de la région académique qui élaborerait le projet de fusion, mais avec un calendrier qui devra se caler "en fonction des annonces liées au Grand Paris". Et donc probablement, "pas avant le début de l’année 2021".
Concernant l’organisation de l’enseignement scolaire, le recteur de la future académie de Paris-Ile-de-France "pourra prévoir de s’appuyer sur deux à trois adjoints, territorialisés ou non, qui pourraient être directeurs d’académie ou recteurs adjoints". Par exemple, "si la création de la métropole du Grand Paris entraîne la disparition des départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, (il) pourrait s’appuyer sur deux adjoints, l’un compétent pour le Grand Paris et l’autre pour les autres départements d’Ile-de-France, à la coloration plus rurale", suggère le rapport. Et "si le Grand Paris devait recouvrir l’ensemble de la région Ile-de-France, (il) pourrait s’appuyer sur deux adjoints dont les champs de compétence pourraient recouvrir les actuelles académies de Créteil et de Versailles, la ville de Paris conservant pour sa part le directeur académique dont elle dispose déjà".
En matière d’enseignement supérieur, le rapport recommande de commencer par regrouper sous l’autorité du recteur de la région académique, l’ensemble des compétences actuellement exercées par les trois recteurs en matière d’enseignement supérieur. Cela permettrait "une affectation plus fluide des étudiants" et d’ "harmoniser l’offre de formation post-bac en lycée". Les projets de Saclay et Condorcet "doivent être suivis au niveau régional, en cohérence avec les autres autorités que sont le préfet de région et le président du conseil régional", estime le rapport de mission.
A noter l’absence d’élus locaux dans les personnalités rencontrées par la mission, à l’exception de Alain Rousset, président de la région Nouvelle Aquitaine.


Pour aller plus loin

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Interview - Pour le sociologue Daniel Frandji, la "fragmentation" guette l'école républicaine et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour sa démocratisation

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Notr - Jean-Michel Blanquer : "La réforme territoriale a placé l'Education nationale au milieu du gué, le statu quo n'est plus possible"

Rentrée des classes - L'Ecole en 2017 : un quart des financements proviennent des collectivités territoriales

Education - Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, va-t-il réviser la "géographie de l'école" ?

Refondation de l'Ecole - Prochaine étape : réfléchir (enfin) à la "dimension territoriale de l'école" ?

Education / Grandes régions - Quand les services académiques se retrouvent "alignés sur le découpage des régions"

Réforme territoriale / Education - Vers une vingtaine d'académies dans une France aux 13 régions

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OUTIL FREXIT URGENT

vendredi 22 juin 2018

Nouvelles inquiétudes des avocats autour de la cour d'appel de Limoges

Ils viennent d'apprendre que le contentieux social pourrait être transféré à Poitiers.

ACT AVOCATS TRANSFERT CONTENTIEUX

Les justiciables les plus fragiles devront-ils faire plusieurs heures de routes pour aller plaider leur cause aux côtés de leur avocat en matière d'accidents du travail ou de maladies professionnelles ? C'est ce que craignent aujourd'hui les différents bâtonniers de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne. 

Un sujet de discorde que l'on croyait derrière nous est donc de retour : la disparition programmée de la cour d'appel de Limoges.

Selon les avocats, en créant des pôles sociaux au sein des cours d'appel, Limoges pourrait perdre beaucoup. Ce mardi lors d'un point presse, ils ont voulu sensibiliser la population, interpeller les politiques sur ce sujet.

« Il leur appartient d'intervenir sur ce dossier. Faut-il le rappeler, ce sont les populations les plus faibles qui seraient touchées par cette réforme.»

Franck Lagier

https://www.lepopulaire.fr/limoges/justice/2018/06/19/nouvelles-inquietudes-des-avocats-autour-de-la-cour-d-appel-de-limoges_12893169.html

 

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Et ils avaient cru les promesses du ministre et les affirmations des petits députés ???

En décembre, celle qui est au ministère de la justice avait déclaré : 

"Aucune cour d'appel ne sera supprimée"

Bon, elle avait simplement oublié d'ajouter que ce ne serait plus qu'une boîte vide !

Le regroupement des régions commence à devenir catastrophique car même le CHU est vidé de tous ses talents et pour se faire soigner correctement il faut désormais aller à Bordeaux.

Si personne ne se réveille, à terme, les classes moyennes et les pauvres n'auront que deux choix :
- soit d'aller vivre dans des cages à lapins dans la métropole bordelaise
- soit de tenter de survivre dans une région où tout aura disparu !

S.R.

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samedi 16 juin 2018

Dans les télécoms, l’emploi et les conditions de travail sacrifiés sur l’autel de la libéralisation [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

La promesse est toujours la même. En brisant les monopoles publics au profit d’un marché concurrentiel, la dérégulation permettrait de faire chuter les prix, d’améliorer la qualité pour les usagers, devenus des « clients », et de booster l’emploi et la croissance.

ARG TELECOM LIBERALISATION

L’argument est de nouveau ressorti par le gouvernement dans le cadre de la réforme ferroviaire(...). Et si on jugeait sur pièces ? Basta ! fait le bilan de deux décennies françaises d’ouverture à la concurrence, en visualisant ses effets sur les tarifs, sur l’emploi, ou encore sur les investissements. Premier volet : la téléphonie.

Le processus a démarré à la fin de la décennie 90 avec la téléphonie, s’est poursuivi notamment dans l’énergie et dans les postes, avant de s’attaquer au cœur du transport ferroviaire. Conformément aux préceptes libéraux et aux orientations fixées par les gouvernements [sic] européens, tous les grands secteurs publics doivent être ouverts à la concurrence. « La concurrence, ça marche : regardez les télécoms ! » L’argument revient souvent dans la bouche des défenseurs de ces dérégulations, qui présentent la transformation du secteur de la téléphonie comme une réussite éclatante. Depuis la fin du monopole de France télécom en 1998, et l’arrivée en force de concurrents privés, la dérégulation aurait réalisé un carton plein : des tarifs en chute libre, un regain d’investissement, et même un surcroît d’emplois. Confronté à la réalité du « nouveau monde » des télécoms selon SFR, Bouygues ou Orange, un tel optimisme n’est-il pas exagéré ?

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Si l’on s’en tient à la seule évolution des tarifs, le bilan apparaît bien positif. Les chiffres de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) montrent que les prix moyens dans le mobile ont baissé depuis le début des années 2000. La facture moyenne d’un abonné (forfait) a chuté de 53%, passant de 39,20 euros par mois en 2000 à 18,20 euros fin 2016.

Une indéniable baisse des tarifs

Le graphique montre que la baisse n’est pas continue. C’est que l’ouverture à la concurrence ne fut pas un long fleuve tranquille. Le 1er janvier 1998 sonne le glas du monopole de France Télécom, sur fond de dérégulation européenne. A l’époque, le gouvernement distribue des licences de téléphonie à tour de bras. Mais très rapidement, la plupart des nouveaux entrants disparaissent ou fusionnent, et le marché se restructure autour de trois opérateurs, France télécom-Orange, SFR et Bouygues. Loin de céder aux sirènes de la libre concurrence, le trio forme un cartel, dont l’existence est révélée en 2005. C’est le « Yalta du portable », un deal secret conclu entre géants pour se partager un marché de 45 millions d’utilisateurs. « Les opérateurs ont échangé entre eux, de 1997 à 2003, tous les mois, des chiffres précis et confidentiels concernant les nouveaux abonnements qu’ils avaient vendus durant le mois écoulé », écrit l’Autorité de la concurrence en 2005. Cette entente a pu entraîner une hausse de certains tarifs, estime l’Autorité, qui condamne le trio à 534 millions d’euros d’amende.

Le ménage à trois vole en éclat en 2009, avec l’arrivée de Free qui décroche la quatrième licence de téléphonie mobile. Son PDG, Xavier Niel, promet de « diviser la facture des utilisateurs par deux » : « Rien ne justifie des prix aussi élevés, assène-t-il alors. Les consommateurs le savent. Car enfin, qui peut aujourd’hui s’offrir un iPhone dont la facture mensuelle est en moyenne de 103 euros, quand le salaire moyen des Français est de 1 400 euros ? » Une posture de « Robin des bois » qui horripile ses concurrents… En réalité, si Free promet de casser le marché, c’est parce qu’il investit moins que les autres : plutôt que d’installer à ses frais son propre réseau d’antennes relais, il utilise celui d’Orange, en vertu d’un contrat de location – appelé « contrat d’itinérance » – signé avec l’opérateur historique sur la 2G (2e génération de téléphonie mobile), puis la 3G. Ce contrat doit prendre fin en 2020.

Emploi : l’envers du décor

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En 2012, trois ans après avoir décroché la précieuse licence, Free commence à inonder le marché avec ses offres à prix cassé, jusqu’à 50% moins couteuses que ses concurrents. Mais cette course au low-cost a un coût. En renforçant la concurrence, l’arrivée d’un quatrième opérateur a permis aux clients de profiter de tarifs attractifs, mais s’est traduite par un énorme impact social sur un secteur qui compte alors autour de 125 000 salariés. Un rapport parlementaire s’alarmait fin 2012 : « Il faut tirer les leçons de l’entrée d’un quatrième opérateur sur le marché mobile, écrivent ses auteurs. (…) Le nouvel entrant a commercialisé des offres à des prix très agressifs. Contraints de revoir leur politique tarifaire, les opérateurs voient leurs marges baisser, ce qui les incite à réduire leurs coûts. »

Le rapport redoute « 10 000 suppressions » de postes. Les plus libéraux hurlent au fantasme. En 2013, le site Contrepoints prétend « apporter une réponse précise aux anticapitalistes primaires » : « Depuis l’attribution de la quatrième licence à Free, le nombre d’emplois dans le secteur a augmenté de 3,7% », s’enthousiasme-t-il. Certes, si l’on considère la période 2009-2012, c’est-à-dire avant que Free ne lance ses offres. Depuis 2012, le secteur des télécoms a enregistré 14 350 pertes nettes d’emplois (-11,3%), selon les données de l’Arcep, la faute à une rafale de plans sociaux. En réalité, si la purge est particulièrement brutale, ce n’est pas la première. Depuis l’ouverture à la concurrence en 1998, le secteur a perdu plus de 40 000 emplois (voir ci-dessous).

Source : site de l’Arcep, mis à jour le 21 décembre 2017

Une étude biaisée ?

Ces statistiques ne tiennent compte que des emplois directs des opérateurs. Un débat oppose « pros » et « antis » libéralisation quant à son impact plus général. Les premiers estiment que les télécoms ont peut-être pâti d’une érosion des effectifs, mais que le gain de pouvoir d’achat représenté par la baisse des tarifs a dopé la croissance de l’économie, compensant largement les suppressions de postes. En général, ces optimistes s’appuient sur une étude publiée en novembre 2012 par deux économistes libéraux, Augustin Landier et David Thesmar. Ces derniers cherchent alors à anticiper « l’impact macroéconomique de l’attribution de la quatrième licence mobile » à Free. Selon les modèles retenus, l’arrivé de Free entraînerait entre « 16 000 et 30 000 créations d’emplois » dans le reste de l’économie, par un gain de pouvoir d’achat – 1,7 milliard d’euros « redistribué » aux consommateurs – et un impact positif sur la compétitivité française.

Sans entrer dans un débat plus théorique, cet optimisme appelle au moins deux remarques. D’abord, ces estimations ne tiennent pas compte des suppressions de postes dans le secteur des télécoms – près de 15 000 depuis 2012, comme on l’a vu. Ensuite, l’étude concluant à l’impact positif de l’arrivée de Free a été commandée aux économistes par…Iliad, la maison mère de Free. Par souci de transparence, les auteurs le précisent d’ailleurs sur la première page.

L’exemple accablant de France télécom

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Les analyses économiques laissent dans l’ombre les dégâts humainsqui sont autant de coûts pour la société – causés par les restructurations. Comme on le sait, un opérateur a payé au prix fort la dérégulation : France Télécom-Orange. Dans la foulée de la privatisation de l’opérateur en 2004, la direction présente l’année suivante le plan Next, de sinistre mémoire. Il s’agit d’une vaste restructuration visant à réduire les « coûts » salariaux pour « moderniser » l’entreprise. Objectif : obtenir le départ de 22 000 salariés en trois ans, sans licenciements. « Je ferai les départs d’une façon ou d’une autre, par la fenêtre ou par la porte », aurait assuré le PDG Didier Lombard. A la lueur de ses prolongements, la formule glace le sang… La suite a été maintes fois racontée : la pression psychologique exercée sur les salariés pour qu’ils quittent le navire, les mobilités forcées, et bien sûr la vague de suicides – au moins 35 en deux ans.

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Peut-être instruits par le « précédent » France Télécom, les autres opérateurs n’ont pas procédé avec une telle brutalité. Ce qui ne veut pas dire qu’ils aient renoncé aux restructurations. SFR s’est récemment lancé dans un plan de 5000 suppressions de postes, soit un tiers de ses effectifs, par départs « volontaires ». Avec des effets considérables sur des conditions de travail déjà dégradées. « 5000 personnes ont quitté l’entreprise en quelques mois, souligne Sylvie Fondacci, de la CGT SFR. La charge de travail a été reportée sur ceux qui sont restés, les "survivants" comme on les appelle ici. Des collègues ont récupéré, du jour au lendemain, des missions qu’ils ne connaissaient pas. Les gens sont épuisés. Les alertes CHSCT se multiplient, notamment dans le secteur du service aux entreprises, où les commerciaux ont l’impression que leur travail perd son sens. »

Les syndicats réclament régulièrement de l’État qu’il intervienne pour mettre un terme à la casse sociale dans le secteur, qui se manifeste aussi par des conditions de travail très dégradées dans les nombreuses activités sous-traitées par les opérateurs depuis la libéralisation. Sans succès pour l’instant.

Les limites de l’hyper-concurrence

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Si les analyses peuvent diverger quant au bilan social de la dérégulation, les commentateurs se rejoignent sur un point : l’investissement n’a pas souffert de l’ouverture du marché. Le montant des investissements réalisés par les opérateurs a bien augmenté depuis 2008, passant de 6,5 milliards d’euros à près de 9 milliards en 2016 - ce qui n’est pas si surprenant dans la mesure où l’on passe d’une entreprise à quatre. Mais la « guerre des prix », en érodant les marges des opérateurs, n’a-t-elle pas freiné cette progression ? Plusieurs études soulignent le retard pris par l’Hexagone dans le déploiement de la 4G – la 4e génération de téléphonie, la plus rapide. « La France est 24ème sur 28 en terme de couverture 4G en Europe, nous devons aller plus loin », se désole le patron de l’Arcep. Qui n’hésite pas à tacler la stratégie des opérateurs. Selon lui, la guerre des prix n’est probablement pas seule en cause. La propension de certains, comme SFR, à engloutir des millions d’euros dans l’achat de droits télés plutôt que dans le déploiement du réseau, joue peut être aussi un certain rôle.

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La progression, néanmoins réelle, des investissements réalisés par les opérateurs du secteur n’est-elle pas aussi le reflet d’une course incessante à l’innovation technologique, qui mériterait en elle-même d’être questionnée ? Aujourd’hui, il est déjà question de passer à la 5G, sans que le bien-fondé social de cette nouvelle « avancée » soit établi. « Ça tient surtout de l’argument de vente, estime Marc Lesire-Ogrel, technicien chez SFR et délégué CGT. Les besoins de l’immense majorité des clients sont largement couverts par la 4G. »

Dans le même temps, on compte encore plus de 500 communes – les fameuses « zones blanches » – dans lesquelles passer un appel téléphonique de son portable est difficile, faute d’infrastructures suffisantes. Les opérateurs ne se précipitent pas pour déployer des antennes relais dans des territoires peu peuplés, dans lesquels les retombées financières sont par définition très faibles. « Un opérateur comme SFR ne va pas spontanément investir 200 000 euros pour installer de la technologie dans un hameau qui ne représente que 50 clients potentiels », résume Marc Lesire-Ogrel. Aménagement du territoire et court-termisme financier font rarement bon ménage.

Alexis Moreau

https://www.bastamag.net/Dans-les-telecoms-l-emploi-et-les-conditions-de-travail-sacrifies-sur-l-autel