samedi 16 juin 2018

Défense européenne, l’éternelle rêverie française [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

Le spécialiste de la défense Philippe Migault analyse le projet de défense européen, maintes foi soutenu et débattu, mais toujours voué à l'échec.

TL EUROPE DEFENSE

A chaque départ du Tour de France, on se prend à rêver. «Nous allons vers un tour toujours plus propre», «le dopage n’a plus droit de cité dans le peloton»… Chacun sait qu’il est physiologiquement impossible de maintenir une vitesse moyenne de 40 km/h pendant trois semaines de course, jalonnée d’obstacles redoutables, en marchant à l’eau claire et au courage. Mais qu’importe. Cyclistes, organisateurs, sponsors et médias, pas dupes pour un sou, récitent chaque année la même fable. Avec le même enthousiasme, le même optimisme de façade. Cette fois, allez, c’est la bonne !

Il en va à peu près de même entre les dirigeants européens et la presse dès que l’on traite de l’Europe de la défense. Chacun sait que le projet du moment va capoter comme les précédents mais chacun fait mine d’y croire. Par militantisme européen. Parce que le politiquement correct l’exige. L’accord donné par l’Allemagne à la constitution d’une force commune européenne d’intervention, salué par les médias français, n’échappe pas à la règle. Il finira, comme les autres, aux oubliettes.

Il suffit de lire entre les lignes pour le comprendre.

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Qu’a dit Angela Merkel ? Qu’elle était prête à engager des moyens allemands au sein d’une «force d’intervention européenne», permettant à l’Union européenne de s’engager militairement sur des «théâtres d’opérations extérieurs.» Formidable ! Cela va dans le sens des missions de Petersberg, concept défini par l’Union de l’Europe Occidentale (UEO) en 1992, repris par l’UE ensuite, notamment dans le cadre du Traité de Lisbonne. Les 27 réaffirment donc leur volonté d’être en mesure de conduire des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix, similaires à celles qui ont été conduites dans les Balkans dans les années 1990, mais aussi de pouvoir conduire des missions humanitaires ou d’évacuation de ressortissants dans des zones de crise. Les «nombreuses armées européennes», que Madame Merkel espère intégrer au sein de cette «force d’intervention européenne, vont donc venir renforcer la «force de réaction rapide» européenne décidée en 1999 et opérationnelle depuis 2003. Forte de 100 000 soldats, de 400 avions de combat, de 100 navires de guerre, celle-ci a déjà belle allure. Avec ce renfort, elle devrait nous permettre d’intervenir en Afrique, au Moyen-Orient, partout où la paix et la liberté l’exigent. Reste à régler les questions de synergie et de commandement entre les deux forces, l’ancienne et la nouvelle.

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Ce qui devrait être facile puisque la «force de réaction rapide» en question n’a en fait, jamais vu le jour. Comme tous les autres projets européens de ce type. Après l’échec de la «force de réaction rapide», peut-être trop ambitieuse, les Européens ont bien essayé de construire une capacité d’intervention européenne à leur niveau. Ils ont constitué des Groupements tactiques interarmées (GTIA) multinationaux de 1 500 hommes chacun, fédérant, souvent sur une base régionale, les moyens de différents Etats. De «gros régiments» susceptibles d’être déployés rapidement sur un théâtre d’opérations et n’exigeant pas de moyens trop lourds. Théoriquement opérationnels depuis onze ans, aucun d’entre eux n’est jamais allé au feu. Pourquoi ? Parce qu’aucun Etat européen en dehors de la France ne veut combattre en dehors du cadre Otanien.

Pour les Allemands, l'enjeu est industriel 

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Il ne faut d’ailleurs pas se leurrer. Si l’équipe Macron affiche son volontarisme, les militaires français, s’ils font mine de s’enthousiasmer pour ce genre de projet, n’ont surtout pas envie qu’une telle usine à gaz voit jamais le jour. Pour eux aussi, particulièrement pour les marins et les aviateurs, habitués depuis 1949 à coopérer étroitement avec les forces armées américaines et britanniques, l’Alliance Atlantique est l’Alpha et l’Omega. Constituer un énième machin européen, qui ferait doublon, n’aurait aucun sens… Du point de vue de l’armée de terre, on sait pour d’autres raisons à quoi s’en tenir. Habituée à voir tomber ses hommes en première ligne au Mali pendant que les Allemands s’occupent de la logistique et de l’entraînement des autochtones à l’arrière, elle sait qu’en dehors des Britanniques, les autres Européens ne sont pas prêts à se battre, c’est-à-dire à tuer en s’assumant, et à mourir pour sa patrie autrement que dans un cadre de stricte défense territoriale.

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Angela Merkel l’admet parfaitement en filigrane, lorsqu’elle rappelle que la Bundeswehr, par ailleurs totalement inopérationnelle, restera dans le cadre de cette «force d’intervention européenne» sous le «commandement du Parlement» allemand. L’Allemagne, gouvernée par une coalition CDU-SPD ayant la religion du pacifisme, n’acceptera une fois de plus de déployer ses militaires qu’à condition qu’ils ne prennent part à aucun engagement, sauf – et encore – par accident. On peut d’ailleurs soupçonner Madame Merkel de se moquer discrètement des Français lorsqu’elle évoque la future «culture militaire stratégique commune» de la future force. Car il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de culture commune de ce type entre la France et l’Allemagne. Encore moins entre les 27.

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Pour les Allemands, l’enjeu, comme d’habitude n’est pas militaire. Il est industriel. «La défense européenne est très importante. A partir des 180 systèmes d'armement qui coexistent actuellement en Europe, nous devons parvenir à une situation similaire à celle des Etats-Unis, où il y a seulement 30 systèmes d'armement», a déclaré la chancelière allemande. Avec en tête un objectif très clair : faire du marché européen de l’armement, chasse gardée américaine, une chasse gardée allemande. Sous-marins, blindés…etc : l’Allemagne multiplie les projets de programme communs tout en constituant, peu à peu, une armée multinationale équipée d’armements allemands.

Paris rêve d’une Europe puissante. Berlin rêve, de la Ruhr à Hambourg, de Brême à la Bavière, d’une industrie de défense puissante, vendant ses produits comme des petits pains à des clients à son image, respectueux des droits de l’homme, pacifistes, n’acceptant le combat qu’en cas d’agression contre l’Europe.

Après la guerre à l’arrière, l’armement pour du vent en somme.

https://francais.rt.com/opinions/51369-defense-europeenne-eternelle-reverie-francaise

lundi 14 mai 2018

L’Iran est-il réellement une menace nucléaire ?

TRIBUNE LIBRE / Par Mersiha Gadzo

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Source : Aljazeera, Mersiha Gadzo, 23-04-2018

Le journaliste d’investigation Gareth Porter réfute certains des mythes qui entourent le programme nucléaire iranien.

par Mersiha Gadzo

23 avril 2018

« L’Iran se dirige “très rapidement” vers la production d’une bombe nucléaire et pourrait avoir une arme d’ici à deux ans », rapportait l’agence de presse américaine United Press International.

La citation fut publiée dans un article de 1984 intitulé « La bombe de “l’Ayatollah” en cours de production pour l’Iran » mais elle aurait tout aussi bien pu être publiée aujourd’hui.

Depuis plus de trois décennies, les politiciens occidentaux et la presse ont prétendu que l’Iran était une menace nucléaire.

Les dirigeants israéliens Benjamin Netanyahou et Shimon Peres ont repris cette allégation à de nombreuses reprises dans les années 90, mettant en garde sur le fait que l’Iran construirait une bombe atomique dans la décennie à venir.

Durant l’automne 2012, Netanyahou a déclaré lors de la réunion de l’Assemblée générale des Nations unies – avec son tristement célèbre dessin de bombe – que l’Iran serait en mesure de construire une arme nucléaire d’ici à juin 2013.

Le mois d’octobre suivant, l’ancien président américain Barack Obama a enchaîné avec une nouvelle date butoir – l’Iran était à un an de produire une bombe nucléaire.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou montre le dessin d’une bombe représentant le programme nucléaire iranien à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2012 [Lucas Jackson/Reuters].

Plus récemment, la presse a rapporté plus tôt ce mois-ci que Yossi Cohen, directeur du Mossad (agence de renseignement israélienne), a affirmé qu’il était « sûr à 100% » que l’Iran cherchait à construire une arme nucléaire.

Et pourtant, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a publié huit déclarations ces dernières années confirmant que Téhéran avait pleinement rempli ses engagements en matière nucléaire.

En juillet 2015, un accord nucléaire historique connu sous le nom de Plan d’action global commun a été réalisé entre l’Iran et le groupe P5+1 : Chine, France, Russie, Royaume-Uni, États-Unis et Allemagne, dans lequel l’Iran acceptait de réduire son enrichissement d’uranium, limitant son programme nucléaire et mettant ainsi fin à des années de sanctions contre le pays.

Alors que l’Iran s’est avéré respecter ses engagements, le président américain Donald Trump a trouvé une nouvelle menace – le programme de missiles balistiques iranien – et a menacé de mettre fin à l’accord nucléaire, qu’il a qualifié de « plus mauvais accord existant ».

Donc à quel point l’Iran est-il une menace nucléaire?

Pour en savoir plus, Al Jazeera a interviewé Gareth Porter, un historien, journaliste d’investigation et auteur de Manufactured Crisis : The Untold Story of the Iran Nuclear Scare [Une crise fabriquée de toutes pièces : les origines secrètes de la hantise d’un Iran nucléaire, NdT], après plus d’une décennie de recherche sur le sujet.

Al Jazeera : Nous avons entendu une nouvelle déclaration ce mois-ci, cette fois du chef du Mossad, selon laquelle l’Iran a pour projet de construire une bombe nucléaire. Vous avez découvert un important nombre d’éléments prouvant que l’Iran n’est pas une menace. Quelles sont quelques unes de ces preuves ?

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Gareth Porter : Je pense que le plus important ensemble de preuves documentaires est ce que l’on appelle les documents « laptop ». Ces documents sont censés provenir (clandestinement) d’un programme de recherche secret de l’Iran sur des armes nucléaires au début des années 2000, mais j’ai été en mesure de montrer dans mon livre que ces documents avaient en réalité été transmis aux services de renseignement occidentaux par le Mujahedeen-e-Khalq (MEK) qui, bien sûr, sont des ennemis jurés du régime. (...)

Ils ont été considérés comme une organisation terroriste durant de nombreuses années et, plus important encore, le MEK travaillait de concert avec le Mossad durant la période où les documents ont fait surface.

Les Israéliens avaient à la fois le mobile et l’occasion de fabriquer ces documents que le Mossad avaient créés, un programme spécial pour faire circuler des « informations » sur le programme iranien à d’autres gouvernements et médias dans le monde en 2003. C’était juste au moment où ces documents auraient été produits.

Il y a de multiple indications que ces documents sont des faux – les plus importantes d’entre elles sont les schémas de ce qui est allégué être dans ces documents une série d’efforts pour fabriquer une arme nucléaire avec le missile iranien Shahab 3.

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Ces schémas montrent en réalité une fausse ogive. C’est une ogive de missile que les Iraniens ont abandonné de façon avérée au moment où ces schémas ont supposément vu le jour. C’est l’élément le plus important prouvant que ces documents ne sont pas authentiques ; ce sont des faux.

Al Jazeera : Vous avez dit précédemment que pour comprendre la politique iranienne dans le domaine nucléaire, il faudrait se référer à la période historique de la guerre avec l’Irak entre 1980 et 1988. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Porter : Si l’on revient à la guerre Iran-Irak, ce qui s’est passé durant 8 années c’est que les forces armées irakiennes frappaient à la fois des cibles militaires et civiles en Iran avec des armes chimiques, ce qui a causé plus de – si je me souviens bien – 110 000 blessures sévères et des dizaines de milliers de morts iraniens à cause des lâchers de produits chimiques par les Irakiens.

La Garde révolutionnaire iranienne – en charge de la défense de l’Iran contre l’attaque irakienne – voulait que l’Ayatollah Khomeini accepte d’aller de l’avant non seulement avec des armes chimiques et biologiques mais aussi avec des armes nucléaires, d’avoir des programmes pour préparer la capacité au moins à riposter, afin d’essayer de dissuader au moins les attaques d’armes de destruction massive par l’Irak.

Il y avait ceux qui, au début de la guerre et à la fin de la guerre… qui espéraient que Khomeini changerait d’avis ; et la raison qu’il a donné dans les deux cas est assez simple – il a dit que l’Iran ne peut posséder ou utiliser aucune arme de destruction massive parce que c’est illégal, illicite en vertu de l’Islam.

Il était responsable de l’interprétation de ce que l’Islam signifiait pour les politiques et les lois de la République islamique d’Iran. C’est un argument extrêmement important et extrêmement convaincant pour justifier le sérieux du refus iranien d’avoir un programme d’armes nucléaires… Il n’y a aucune preuve réelle du contraire qui suggère que l’Iran a jamais eu un véritable programme de recherche sur les armes nucléaires.

Les victimes iraniennes des attaques au gaz de Saddam Hussein se rassemblent près de l’ambassade d’Allemagne à Téhéran en mai 2004 alors que l’Iran a dévoilé une plaque dénonçant Berlin comme fournisseur d’armes chimiques au régime de Saddam [Raheb Homavandi/Reuters].

Al Jazeera : Nous avons vu au fil des ans que l’Iran a été coopératif en ce qu’il concerne son programme nucléaire. Cependant, en fin de compte, il y a toujours une nouvelle accusation qui revient.

Cette fois, les États-Unis et leurs alliés sont préoccupés par le programme de missiles balistiques de l’Iran. Pourquoi se concentrent-ils sur le programme iranien alors que d’autres pays ont également des programmes de missiles balistiques ? Avons-nous vu des preuves crédibles qui prouvent que l’Iran est une menace qu’il faut surveiller de près ?

Porter : Il est absolument clair que l’Iran a tout simplement utilisé les missiles balistiques comme moyen de dissuasion bien plus que tout autre État du Moyen-Orient parce qu’il n’a pas de force aérienne. Ils n’ont pas de chasseurs à réaction ou de chasseurs-bombardiers qui pourraient livrer des armes conventionnelles en représailles à une attaque contre l’Iran. C’est le cas depuis la création de la République islamique d’Iran en 1979.

Les autres grands acteurs du Moyen-Orient, dont Israël et l’Arabie saoudite, possèdent tous deux des missiles balistiques capables de frapper l’Iran. Il s’agit clairement d’une question de légitime défense en termes de dissuasion pour l’Iran. Et je pense que la raison pour laquelle les États-Unis ont adopté la position qu’ils ont prise n’a rien à voir avec la réalité de la situation ; c’est de la pure politique – tant internationale que nationale – qui a dicté la position du gouvernement américain – non seulement sous Trump, mais aussi sous George W. Bush et Obama.

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Al Jazeera : Certains disent que l’Iran est une menace parce que ses dirigeants auraient déclaré que leur objectif est de détruire Israël. Dans quelle mesure ces allégations sont-elles crédibles ?

Porter : Les Iraniens n’ont jamais menacé d’une attaque agressive contre Israël. Ce qu’ils ont dit, c’est qu’Israël devrait cesser d’exister en tant qu’État dans lequel seuls les Juifs ont tous les droits, tout comme l’Afrique du Sud a dû cesser d’exister en tant qu’État pour les Blancs. C’est la même position que défendent les défenseurs des droits des Palestiniens dans le monde entier.

 

Source : Aljazeera, Mersiha Gadzo, 23-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/liran-est-il-reellement-une-menace-nucleaire-par-mersiha-gadzo/

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vendredi 11 mai 2018

Pourquoi l’Iran a-t-il besoin de missiles balistiques?

TRIBUNE LIBRE / Par Sirous Amerian

TL IRAN DEFENSE

L’Iran a été au centre des actualités mondiales cette dernière décennie, avec son programme nucléaire devenu le centre d’attention. Cette question mise de côté, au moins temporairement, on pouvait s’attendre à ce que l’Iran cesse de polariser l’attention par la signature du Plan d’action global conjoint [ou Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, NdT] il y a trois ans, mais ce ne fut pas le cas.

Après avoir décrit l’accord de Vienne comme épouvantable et avoir promis de le déchirer une fois élu, le président Donald Trump s’efforce de focaliser l’attention et de maintenir la pression sur l’Iran. En plus de la question nucléaire, la présence de l’Iran en Syrie et son arsenal de missiles balistiques sont vendus comme des menaces majeures pour la sécurité régionale ainsi qu’internationale.

L’Iran a un vaste et compliqué arsenal de missiles balistiques, comprenant des missiles de courte portée tels que le Zeizal et des missiles plus lourds et de longue portée tels que le Shahab-3 ou le Sejil, qui peuvent atteindre 2000 kilomètres, ceux-ci existant en différents modèles avec propulsion liquide ou solide. En bref, les missiles balistiques sont à la fois l’arme défensive clé et l’élément offensif de la stratégie iranienne, pour lesquels Téhéran a investi beaucoup de temps, d’effectifs et d’argent dans le développement et l’amélioration. Pourquoi les mettraient-ils de côté sous la pression des États-Unis et de l’Europe ?

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L’Iran est situé au Moyen-Orient, dans une région volatile, où il a quelques amis et beaucoup d’ennemis. Ses ennemis, principalement l’Arabie Saoudite, Israël et les Émirats arabes unis, sont des pays avancés, riches et bien armés qui dépensent énormément pour conserver et améliorer leurs capacités militaires.

L’Arabie saoudite, selon les derniers chiffres, est aujourd’hui le troisième plus important acheteur du monde dans le domaine militaire. Avec 57 milliards de dollars, Riyad dépasse des pays comme l’Inde, la France, la Russie et le Japon. Israël est à la 14e place, selon la même source, et dépense environ 14 milliards de dollars par an pour son armée, quand les EAU [Émirats arabes unis, NdT] viennent en 16e position avec une dépense d’environ 14,3 milliards de dollars pour leur armée l’année dernière. Avec une dépense annuelle de 6,3 milliards de dollars, l’Iran est en 33e position.

Au vu de ce classement des dépenses militaires, les capacités militaires de l’Iran sont moindres et faibles comparées à celles de ses voisins. Les forces armées de l’Iran seraient mieux décrites comme un musée vivant. Et il en est ainsi de ses trois principaux corps.

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Les forces aériennes de la République islamique d’Iran comptent en grande partie des avions américains construits il y a 40-50 ans tels que des F-14, F-4F et des F-5 et un plus nombre d’avion soviétiques, le Mig-29A et Su-24, achetés il y a deux ou trois décennies – qui furent plus tard complétés par des avions de Saddam Hussein fuyant la guerre du Golfe Persique.

Comparés aux F-15 de pointe de l’Arabie saoudite et aux Eurofighter Typhoons, aux Mirages et F-16 des EAU et aux F-15, F-16 et nouveaux F-35 d’Israël – tous en nombre élevé et armés de radars et missiles dernier cri avec des capacités modernes AWACS – Les forces aériennes iraniennes sont une plaisanterie comparées à leurs adversaires modernisés.

La force terrestre et la marine ne font pas exception. Beaucoup de bataillons mécanisés sont armés de T-72 et de générations encore plus vieilles de tanks soviétiques, qui se sont avérés largement inefficaces il y a trois décennies contre les tanks modernes de l’Occident durant la première guerre du Golfe. Il y a eu quelques progrès avec l’amélioration des vieux tanks avec un nouvel équipement et blindage, mais ce fut lent et Téhéran n’a pas réussi à moderniser tous les systèmes obsolètes.

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Du côté des effectifs, environ deux tiers des forces terrestres et des autres branches sont remplies de conscrits, des hommes âgés de 18 et plus, qui ont pour obligation d’effectuer leur service militaire durant deux ans où ils sont alors sous forte pression : ces jeunes hommes ne reçoivent pas un salaire décent, sont humiliés en permanence par les officiers et commandants, et sont stationnés le long de frontières, loin de leur famille, ou dans des villes où ils effectuent des corvées telles que cuisiner et nettoyer les toilettes. La plupart ne reçoivent pas une alimentation correcte et un équipement tel que des uniformes.

Une série de photos récentes faites par des conscrits montre le triste visage de la conscription, qui affecte la santé mentale des jeunes hommes. Si vous vous asseyez et discutez avec eux, une majorité de ceux qui ont fait leur service et sont revenus n’auront pas de très bons souvenirs de cette période. Il ne faut donc pas s’attendre de leur part à un bon moral et à une efficacité au combat.

L’Iran, en réalité, n’a tout simplement pas la capacité de mener une offensive contre un pays de la région, excepté peut-être l’Afghanistan, ou un acteur mineur comme le Koweït.

Les nouveaux corps qui ont reçu un meilleur traitement et équipement sont les forces de missiles sous le commandement de la Garde révolutionnaire islamique, et la Base de défense aérienne Khatam al-Anbia. Comme l’indique son nom, la base de défense aérienne est un commandement en charge des systèmes sol-air et est défensive par nature.

Mais il est quand même improbable que l’Iran utilise ses missiles comme un élément offensif.

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Les missiles balistiques de l’Iran sont tous conventionnels et non armés de têtes nucléaires. Il ne peut les utiliser pour détruire un quelconque adversaire sans courir le risque d’une frappe en représailles. Si utilisés pour frapper en premier, ces missiles provoqueraient certainement de larges dommages à une ou deux cibles ou terroriseraient la population des villes, mais ils ne pourraient détruire toutes les bases et centres industriels qu’un adversaire pourrait avoir.

L’Iran sait que s’il prend l’initiative d’attaquer Israël ou les alliés arabes des Américains avec ses missiles balistiques, non seulement c’est une invitation à prendre le pays comme cible de représailles, mais que cela donnerait également à Trump et à son nouveau conseiller pour la Sécurité nationale, John Bolton, l’excuse nécessaire pour passer de la promotion d’un changement de régime en douceur à un changement de régime à la manière forte et à une guerre pure et simple contre l’Iran. Les ayatollahs à Téhéran peuvent peut-être haïr les Israéliens et les Saoudiens, mais ce sentiment est moins puissant que leur amour du pouvoir.

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Donc quel est l’objectif des missiles balistiques de l’Iran ? Ils servent à la fois un objectif dissuasif et défensif : en maintenant un nombre important de missiles balistiques prêts à frapper n’importe quel pays qui s’en prendrait à lui, l’Iran rend une frappe contre lui plus coûteuse pour ses adversaires.

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Israël, le premier ennemi de Téhéran, a déjà à deux reprises attaqué sans prévenir la Syrie et l’Irak, et n’a jamais subi de représailles, ces pays n’en ayant pas la capacité. La même chose ne pourrait pas arriver avec l’Iran car il a les moyens de répondre à une telle attaque. En appelant au retrait des missiles balistiques de l’Iran, les Européens et Trump veulent couper les griffes du chat et ôter à Téhéran sa seule option crédible de défense.

Rendre une frappe contre l’Iran plus sure et moins coûteuse pour les pays de la région est dangereux pour la stabilité de la région. Cela ferait de l’Iran une cible facile pour quiconque en ayant les capacités et la volonté, et le Moyen-Orient ne manque pas de prétendants. Ne laissons pas faire cela, et apprenons à vivre avec un Iran doté de missiles balistiques pour sa propre défense.


 

Sirous Amerian est doctorant et assistant diplômé au Centre for Defence and Security Studies de l’Université Massey en Nouvelle-Zélande. Pendant son séjour en Iran, il a travaillé comme analyste politique pour l’Institut iranien d’études eurasiennes (IRAS). Il tweete sur @AmerianS.

Source : The Defense Post, Sirous Amerian, 18-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/pourquoi-liran-a-t-il-besoin-de-missiles-balistiques-par-sirous-amerian/

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dimanche 22 avril 2018

France-Allemagne : la grande illusion

TRIBUNE LIBRE / Par Philippe Migault

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Philippe Migault est directeur du Centre européen d'analyses stratégiques, analyste, enseignant, spécialiste des questions stratégiques.

A l'occasion de la visite d'Emmanuel Macron à Berlin, le spécialiste des questions de défense Philippe Migault décrypte pour RT France les raisons de l'accord impossible entre Paris et Berlin sur les questions de défense.

En visite à Berlin aujourd’hui, Emmanuel Macron espérait convaincre Angela Merkel d’adhérer à son projet de coopération franco-allemande renforcée en matière de défense. On ne sait, à l’heure où ces lignes sont écrites, s’il y a eu la moindre avancée, la moindre concession allemande – autre que symbolique – sur ce point. Mais on peut, sans trop de risques, parier sur la négative. Car le président de la République française, qui désire incarner une rupture avec «le monde du passé», doit composer dans ce dossier avec une kyrielle d’obstacles hérités des histoires militaires respectives de la France et de l’Allemagne.

Totalement étranger au monde des armes, des soldats et de la guerre – né en 1977, il n’a pas effectué son service militaire – Emmanuel Macron, ardent partisan de la construction européenne et de la mondialisation, s’inscrit dans une vision post-moderne des relations internationales. Estimant clos l’ordre westphalien, considérant de toute évidence la Nation et l’Etat comme des cadres dépassés, il juge son projet concevable aux yeux de responsables politiques allemands, rejetant plus que lui encore le projet national au profit de la construction européenne. Mais il fait totalement fausse route.

En premier lieu parce que l’Allemagne n’est pas libre de son destin. En second lieu, parce qu’elle ne veut pas l’être.

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Pas libre de son destin parce que l’Allemagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s’est reconstruite d’emblée dans un cadre atlantiste. Elle est née de la guerre froide. Les Alliés n’ont pas rassemblé administrativement leurs trois zones d’occupation en 1947-1948 par bonté d’âme, volonté de démontrer aux Allemands leur pardon, très loin d’être concevable trois ans seulement après la mort d’Hitler. Ils ont porté la République fédérale d’Allemagne sur les fonts baptismaux dans un seul et unique objectif : s’assurer de l’irremplaçable expertise militaire allemande contre l’ennemi soviétique. Konrad Adenauer, désireux de présider à la renaissance de la nation allemande, l’avait parfaitement compris. Conscient que son peuple demeurerait source de peur, de méfiance et de ressentiment pour des décennies, il a endossé la renaissance de l’armée allemande, loin de faire l’unanimité dans son pays et en Europe, afin d’assurer la résurrection de l’Allemagne. Fille de l’OTAN, elle ne peut, en conséquence, concevoir de s’en émanciper.

Pour des raisons pratiques bien sûr : près de 70 ans après la création de l’Alliance Atlantique, les militaires allemands, contrairement à leurs homologues français, qui ont fréquemment agi hors du cadre Otanien, ne connaissent pas d’autres procédures, d’autres modes d’action hors coopération, que ceux qu’ils ont développés dans le cadre de l’Alliance. Pour des raisons budgétaires ensuite : qui dit nouveau cadre, dit nouveaux investissements. Or la grande coalition CDU-CSU-SPD à la tête du pays ne consent qu’à contrecœur à augmenter ses dépenses de défense. Elle ne va certainement pas accepter de consacrer un euro à un projet fumeux avec les Français.

L’inconscient collectif allemand demeure imprégné de culpabilité

Pour des raisons, surtout, relevant de la psychiatrie, raisons qui dictent aux Allemands leur volonté d’impuissance, leur refus d’être libres.

L’inconscient collectif allemand demeure imprégné de culpabilité. Les Allemands sont convaincus que le totalitarisme demeure en germe dans leur peuple, n’attendant, pour se réveiller, que les circonstances qui lui permettront de s’épanouir sur le terreau fertile que constituent les traits de caractère qu’ils partagent fréquemment, l’ordre, la discipline, l’organisation et le conformisme, tout ce qui fait la Deutsche Qualität. Ils veulent un cadre, une puissance tutélaire, les tenant discrètement en bride courte, leur interdisant de retomber, à tout jamais, dans leurs vieux démons. Ce cadre c’est l’OTAN. Ce cadre c’est l’UE. Et tout ce qui peut sembler s’en dissocier, comme un couple franco-allemand qui se voudrait locomotive de la défense en Europe, est à bannir. Barbara Kunz, chercheuse de l’Institut français des relations internationales (IFRI) l’a parfaitement résumé dans une analyse parue aujourd’hui chez nos confrères des Echos

La France demeure une nation guerrière

Mais cela va bien au-delà d’un simple désaccord sur le cadre juridique et institutionnel – UE, OTAN, PESCO… – au sein duquel la coopération franco-allemande de défense doit prendre place.

La France demeure une nation guerrière. Indochine, Algérie, opérations extérieures permanentes en Afrique, ont jalonné toute notre diplomatie de l’après-guerre. La guerre froide achevée, l’histoire ne s’est pas finie pour autant, comme se l’imaginaient les lecteurs de Fukuyama s’illusionnant sur le triomphe définitif de leur modèle libéral-libertaire. Première guerre du Golfe, Somalie, Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Libye, Mali, Syrie… Nous sommes en guerre en permanence. Avec pour corollaire un instrument militaire efficace. Il est de bon ton, dans une certaine fraction de l’opinion publique française, de railler les armées, de considérer nos soldats comme les dignes successeurs des vaincus de 1940, défaite sur laquelle il y aurait pourtant beaucoup à dire. Mais les faits sont tout autres. Combat proven, l’armée française a atteint un niveau de professionnalisme que lui reconnaissent tous ses homologues de l’OTAN, y compris nos chers frères ennemis britanniques.

Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, détentrice de l’arme atomique, remettant dans les faits la décision de la guerre et de la paix dans les seules mains du chef de l’Etat, la France – à l’échelle de l’Union européenne – demeure un géant militaire. Ses troupes cultivent encore les vertus guerrières : honneur, tradition, discipline, excellence, patrie, sens du sacrifice etc., valeurs dans lesquelles de nombreux Français se reconnaissent encore. Si la Légion étrangère recueille chaque année le plus d’applaudissements le 14 juillet sur les Champs-Elysées, c’est parce qu’elle incarne parfaitement cette mystique du devoir.

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L’Allemagne, elle, a ces notions en horreur. Terrorisée par toute perspective d’un exercice solitaire du pouvoir, elle dénie toute autonomie en matière militaire à ses chefs d’Etat. Contrairement au président de la République française, la chancelière allemande ne peut décider d’aucune opération armée sans l’accord de son Parlement, lequel veille toujours à encadrer les règles d’engagement de ses forces par un faisceau de caveats les rendant relativement inutiles au sein d’une coalition. Nation énervée, au sens propre du terme, par 70 années de lavage de cerveau sur le mode «plus jamais ça», elle refuse le combat. Son armée est à son image. La Bundeswehr, quoique pensée, construite, dirigée, par les officiers supérieurs de la Wehrmacht ayant pu, ou su, prouver leur non-compromission avec le nazisme, ne devait en aucun cas être l’héritière de l’armée d’Hitler, ni même de celle de la République de Weimar ou de Guillaume II.

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Rejetant aussi bien le militarisme nazi que ses prédécesseurs wilhelminien et prussien, elle se veut un espace démocratique au sein duquel le soldat allemand conserve toutes ses prérogatives et tous ses privilèges de citoyen. Pas de drill, pas d’obéissance aveugle, même pas de violence : l’armée allemande, depuis 1945, se cantonne à une attitude strictement défensive. Reposant encore largement sur la conscription, garde-fou contre l’improbable résurrection d’une caste de professionnels susceptible de se réclamer de l’héritage des Junkers, elle demeure l’arme au pied, y compris en zone de guerre. Des milliers de soldats allemands sont intervenus depuis la fin de la guerre froide sur différents théâtres d’opérations, Kosovo, Mali, Afghanistan... Ils ont perdu des hommes, subi le feu. Mais ils se sont toujours interdit toute opération offensive de grande ampleur, se limitant pour l’essentiel à des missions de formation de personnels, de soutien logistique…

Français et Allemands n’ont pas les mêmes besoins en matière de défense

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Ne s’accordant ni sur la légitimité de la violence d’Etat, ni sur leurs visions stratégiques, Français et Allemands n’ont pas les mêmes besoins en matière de défense. Ils n’ont pas les mêmes capacités, tant du point de vue opérationnel que militaro-industriel. Prôner une coopération étroite et fructueuse dans ce domaine relève du vœu pieux, de l’affichage politique, de la gesticulation diplomatique. Ce serait le mariage de la carpe et du lapin.

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D’autant que si l’Allemagne n’est plus une guerrière, elle n’a pas abdiqué pour autant son orgueil. Dans son livre blanc de 2016, elle revendique un «rôle d’acteur central en Europe» en matière de défense. Les Allemands n’entendent plus être nos seconds, comme ils ont pu l’être au cours de la guerre froide. Le schéma était alors simple. Les Soviétiques étaient aux portes de Hambourg. Face à la menace, des troupes françaises stationnaient en permanence en Allemagne. «Vainqueurs» en 1945, nous tendions fraternellement la main aux «vaincus» d’hier pour conjurer le péril commun. En contrepartie de cette amitié généreuse, signifiant un pardon implicite, nous avions la haute main sur les programmes d’armement communs. Les Allemands finançaient, nous dirigions.

L’Allemagne nous dicte en bien des points notre politique économique, secondée par des «élites» toujours subjuguées par les modèles étrangers

Ces temps sont révolus. Nos troupes sont repassées de l’autre côté du Rhin. L’Allemagne nous dicte en bien des points notre politique économique, secondée par des «élites» toujours subjuguées par les modèles étrangers. Et les industriels de la défense allemands ont retrouvé leur superbe de l’ère Krupp. Lorsque leurs homologues Français leur proposent un partenariat, ils répondent de plus en plus fréquemment par une fin de non-recevoir. Ou bien expriment des exigences telles qu’un accord s’apparenterait à une capitulation de la partie française, à sa relégation au rôle de second.

Certains, côté Français, sont tentés d’accepter ces diktats. Une avancée dans le domaine de la coopération européenne, ayant la France à sa source, demeure un excellent coup du point de vue du marketing politique. Et le vieux fantasme de «l’Airbus de la défense», qui s’est pourtant traduit par les ratés retentissants des programmes A400M et Eurofighter, a la vie dure.

(...)

https://francais.rt.com/opinions/50021-france-allemagne-grande-illusion

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lundi 16 avril 2018

Debriefing de l’état-major général russe sur les frappes occidentales en Syrie

Le chef de la principale direction opérationnelle de l’état-major général russe, le général Sergei Rudskoy, a réalisé ce briefing le 14 avril pour les médias.

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Transcription :

Bonjour.

Les États-Unis et leurs alliés ont mené une attaque de missiles par leurs transporteurs aériens et navals ciblant des installations militaires et civiles de la République Arabe Syrienne le 14 avril dans la période de 3h42 à 5h10 (heure de Moscou).

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Les systèmes de défense aérienne russes présents sur la base aérienne de Khmeimim et de Tartous ont localisé et contrôlé en direct tous les lancements navals et aériens effectués par les États-Unis et le Royaume-Uni.

Les avions français annoncés n’ont pas été enregistrés par les systèmes de défense aérienne russes.

Il a été signalé que des avions B-1B, F-15 et F-16 de l’aviation américaine ainsi que des avionsTornado de la Royal Air Force britannique au-dessus de la mer Méditerranée, ainsi que le destroyer USS Laboon et le porte-avions USS Monterey, localisés dans la mer Rouge, ont été utilisés durant l’opération.

Les bombardiers stratégiques B-1B ont approché des installations sur le territoire syrien près d’Al-Tanf, illégalement occupée par les Etats-Unis, pour effectuer leurs frappes.

Un certain nombre d’aérodromes militaires et d’installations industrielles et de recherche syriens ont subi la frappe de missiles.

Selon nos informations, il n’y a pas de victimes civiles ni de pertes parmi l’Armée Arabe Syrienne. Des informations plus détaillées seront rendues publiques par la suite.

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Comme l’indiquent les données disponibles, 103 missiles de croisière ont été lancés, y compris des missiles navals Tomahawk ainsi que des bombes aériennes guidées GBU-38 tirées du B-1B. Les avions F-15 et F-16 ont lancé des missiles air-sol.

Les avions Tornado de la RAF britannique ont lancé huit missiles Scalp-EG.

Les systèmes de défense antiaérienne syriens, qui sont principalement des systèmes de défense antiaérienne fabriqués par l’URSS, ont contré avec succès les frappes aériennes et navales.

Au total, 71 missiles de croisière ont été interceptés. Les systèmes de défense antiaérienne syriens  S-125, S-200, Buk, Kvadrat et Osa ont été impliqués pour contrer l’attaque.

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Cela prouve la haute efficacité de l’armement syrien et les compétences professionnelles des militaires syriens formés par les spécialistes russes.

Au cours des dix-huit derniers mois, la Russie a complètement restauré les systèmes de défense antiaérienne syriens, et leur développement se poursuit.

Il convient de souligner qu’il y a plusieurs années, étant donné la requête pressante de nos partenaires occidentaux, la Russie a choisi de ne pas fournir de systèmes de défense anti-aérienne S-300 à la Syrie. Compte tenu de cet incident, la Russie estime qu’il est possible de reconsidérer cette question non seulement en ce qui concerne la Syrie, mais également pour d’autres pays.

La frappe a également visé des bases aériennes syriennes. La Russie a enregistré les données suivantes.

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Quatre missiles ont visé l’aéroport international de Damas, et douze missiles ont visé l’aérodrome d’Al-Dumayr : tous ces missiles ont été interceptés.

Dix-huit missiles ont visé l’aérodrome de Blai, et tous ont été interceptés.

Douze missiles ont visé la base aérienne de Shayrat, et tous ont été interceptés. Les bases aériennes n’ont pas été affectées par les frappes.

Cinq missiles sur neuf ciblant l’aérodrome inoccupé de Mazzeh ont été interceptés.

Treize missiles sur seize ciblant l’aérodrome de Homs ont été interceptés. Il n’y a pas de destructions sérieuses.

Au total, trente missiles ont ciblé des installations près de Barzah et de Jaramana. Sept d’entre eux ont été interceptés. Ces installations prétendument liées au « programme chimique militaire de Damas » ont été partiellement détruites. Cependant, elles n’ont pas été utilisées depuis longtemps, et il n’y avait donc ni personnels ni équipements sur les lieux.

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Les systèmes de défense antiaérienne russes ont été alertés. Les avions de combat sont maintenant en patrouille aérienne de combat.

Aucun missile de croisière n’a pénétré dans la zone de responsabilité de défense antiaérienne russe. Les systèmes de défense antiaérienne russes n’ont pas été utilisés.

La Russie considère que les frappes constituent une réponse au succès des forces armées syriennes dans la lutte contre le terrorisme international et à la libération de leur territoire, plutôt que comme une réponse à la prétendue attaque chimique.

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En outre, l’attaque a eu lieu le jour où la mission spéciale de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) devait commencer à enquêter sur un incident survenu dans la ville de Douma où une attaque chimique aurait eu lieu.

Il convient de souligner qu’il n’y a pas d’installations de production d’armes chimiques en Syrie, ce que l’OIAC a documenté.

L’agression américaine prouve que les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à l’objectivité de l’enquête en cours et cherchent à détruire le règlement pacifique de la situation  en Syrie et à déstabiliser l’environnement au Moyen-Orient, et tout cela n’a rien à voir avec les objectifs déclarés de lutte contre le terrorisme international.

Actuellement, la situation à Damas et dans les autres lieux habités est jugée stable. Vous pouvez le voir en temps réel sur les écrans [derrière moi]. L’environnement est surveillé.

Je vous remercie de votre attention.


Source : http://eng.mil.ru/en/news_page/country/more.htm?id=12171300@egNews

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr

https://arretsurinfo.ch/debriefing-de-letat-major-general-russe-sur-les-frappes-occidentales-en-syrie/

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vendredi 9 mars 2018

Une étape historique pour la défense européenne

Les États membres de l’UE ont adopté leur feuille de route pour une coopération plus étroite dans le domaine de la défense, avec 25 États membres participants.

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L’accord sur la Coopération structurée permanente (CSP, ou PESCO en anglais) est « historique », a déclaré la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini. « Il s’agit d’une journée historique en quelque sorte car, pour la première fois, les ministres délibéreront sous la forme de la CSP », a déclaré Federica Mogherini à son arrivée à la rencontre de Bruxelles.

La CSP a été lancée officiellement en décembre 2017 et est composée de 25 des 28 États membres – à l’exception de la Macédoine, Malte et de la Grande-Bretagne- qui promettent de renforcer la coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense. L’Espagne, l’Allemagne, la France et l’Italie sont les moteurs du projet.

La cheffe de la diplomatie européenne a déclaré que les ministres prendront des « décisions formelles » sur des projets qui feront partie de cette coopération structurée, après que les pays aient donné leur accord sur les 17 premiers projets collaboratifs au titre de la CSP.

Grâce à la CSP, les ministres recevront des informations actualisées sur les missions européennes de sécurité et de défense, en particulier sur les missions de formation menées en République centrafricaine, au Mali et en Somalie.

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De plus, l’un des objectifs de la CSP est de renforcer la collaboration entre l’UE et l’OTAN, en vue du sommet qui réunira les deux organisations l’été prochain.

La CSP a été envisagée dans les traités européens et peut être mise en œuvre par le Conseil européen à la majorité qualifiée. Elle permet aux pays qui le souhaitent de coopérer plus étroitement dans le domaine de la sécurité et de la défense et de disposer de capacités de défense en « vue d’opérations militaires de l’UE, ce qui permettra de renforcer les capacités de l’UE […], de contribuer à la protection des citoyens européens et d’optimiser l’efficacité des dépenses en matière de défense », a déclaré le Conseil dans son communiqué.

À la différence d’autres formes de coopération, « les engagements pris par les États membres » sont de nature contraignante pour ceux-ci. Cependant, le Conseil précise que la « participation continue de se faire sur une base volontaire, la prise de décision reste entre les mains des États membres participants et la spécificité de la politique de sécurité et de défense de tous les États membres est prise en considération.

https://www.euractiv.fr/section/politique/news/un-jour-historique-pour-la-cooperation-dans-la-defense/

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jeudi 28 décembre 2017

UNE RÉVOLUTION SÉMANTIQUE : LE SURSAUT DE L’EUROPE

Les médias sont en manque de superlatifs pour caractériser cette dernière opération bruxelloise1. 23 États membres de l’Union européenne annoncent le 13 novembre 2017 leur accord sur une « coopération militaire renforcée ».

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Il s’agit des 27 sans l’Irlande (neutre), le Danemark (dispensé), le Portugal, Malte et le Royaume-Uni (pour cause de « Brexit »). Il s’agit d’un premier pas en direction d’une défense émancipée avec des projets d’équipement communs, des enveloppes militaires mutualisées et, à terme, peut-être si Dieu le veut, des déploiements de troupes conjoints. On nous explique également, qu’en période de fortes contraintes budgétaires, la dépense commune gagnerait en efficacité. La raison principale de ce coup de pouce donné à la défense européenne, tiendrait, selon la ministre allemande de la Défense (expédiant les affaires courantes), Ursula von der Leyen, aux foucades de Donald Trump, à son imprévisibilité, à son manque d’intérêt pour le machin otanien. Désormais, les Européens prendront leur destin militaire en main, en toute indépendance par rapport au grand frère américain2. La raison secondaire serait de se prémunir contre l’ours russe après son invasion de la Crimée mais aussi après toutes ses interventions intolérables dans les élections américaines, dans les référendums sur le « Brexit » et sur l’indépendance de la Catalogne. L’Europe se paierait de la sorte une assurance tout risque. Cette coopération renforcée pourrait déboucher sur la mise en place d’une plate-forme logistique opérationnelle, voire d’un quartier général pour les unités de combat de l’Union européenne. Plus raisonnablement, il s’agit de réaliser des économies d’échelle en termes de recherche et de développement et d’industrie de défense sur des projets concrets (50) alors que les budgets nationaux sont de plus en plus contraints3. La très charmante Federica Mogherini, Ersatz de ministre européenne des Affaires étrangères ne ménage pas sa peine en déclarant : « nous vivons un moment historique pour la défense européenne ». Un de plus, pourrait-on ajouter. Il nous semblait que, depuis le traité de Lisbonne (2009) qui célébrera bientôt son dixième anniversaire l’Union européenne disposait d’une politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Mais, nous avions dû rêver. Ceci n’était que de la posture !

UNE CONSTATATION OPÉRATIONNELLE : LA SURVIE DE L’OTAN

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, les exégètes de cet opus magnum se hâtent de préciser qu’il ne s’agit pas de créer une défense européenne ou de supplanter la sécurité collective organisée par l’OTAN. Face à la Russie, les observateurs avertis notent que les pays d’Europe orientale continuent d’afficher leur préférence pour la garantie de l’Alliance atlantique. Le projet est encore très éloigné de la vision française d’un petit groupe de pays rodés aux opérations militaires qui constituent le noyau dur et que les autres rejoindraient au fil du temps. Sans parler des projets à échéance de dix ans présentés par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne (26 septembre 2017) : force commune d’intervention, budget de défense commun et doctrine commune4. Tout ceci est renvoyé aux calendes grecques. Manifestement, les Européens restent encore, pour une durée indéterminée, sous tutelle de l’Oncle Sam. Les ministres de la Défense se réunissent régulièrement et collectivement à Evere pour pratiquer la liturgie otanienne et vont individuellement faire leurs dévotions au Pentagone. Cela ne changera pas encore malgré la grande décision du 13 novembre 2017. Au mieux, le « soft », c’est pour l’Europe, le « hard », c’est pour les Américains. Car, au-delà de la conception de la défense, un problème plus technique mais plus politique se pose à travers le concept d’interopérabilité. Pour être plus efficaces, parlons la même langue (l’anglais), achetons les mêmes matériels et les mêmes munitions (américaines), adoptons les mêmes manières de conduire la guerre (à l’américaine5)… Le Pentagone n’a aucune raison de voir les choses évoluer dans le sens d’une plus grande intégration militaire européenne au risque de perdre tous ses avantages industriels. La volonté européenne – si tant est qu’elle existe – se heurte à la réalité d’une Alliance dominatrice qui étend sa toile jusqu’aux confins russes. Au mieux, les États-Unis consentiraient à la mise en place d’une annexe européenne de l’OTAN (le fameux pilier européen qui n’a jamais existé) baptisée « défense européenne » pour tromper le gogo et augmenter la note payée par l’Union européenne (revendication chère à Donald Trump)6.

Avec la construction européenne, il n’y a souvent qu’un pas entre la réalité concrète que ressentent les citoyens et les chimères que chevauchent les dirigeants à coups de superbes photos de famille et de déclarations dithyrambiques. En un mot, il arrive régulièrement que l’on veuille nous faire prendre des vessies pour des lanternes en ces temps de « fake news » et autres informations bidon qui déferlent sur la toile mais aussi sur les médias « mainstream », sorte de Pravda des pays occidentaux (Cf. la vaste blague de l’adoption d’une liste des paradis fiscaux qui ne comporte pas les principaux pays concernés7). Quand on parle de « sécurité collective », qui reste du seul ressort de l’OTAN, de quoi parle-t-on en réalité ? De la vision coercitive de la sécurité collective (Cf. les guerres américaines en Afghanistan, en Irak, en Syrie…) ou de la vision coopérative de cette même sécurité collective, version gaullienne traditionnelle (Cf. le discours de Dominique de Villepin à l’ONU de 2003) ? La question est taboue. Reste à savoir si l’objectif des 23 est véritablement de défendre l’Europe ou, plus prosaïquement, de continuer ne variatur à défendre l’OTAN ?



1 Jean-Jacques Mével, 23 pays européens se lancent dans une coopération militaire inédite, Le Figaro, 14 novembre 2017, pp. 6-7.
2 Nicolas Baverez, Bilan de Trump : « China First », « America out », Le Figaro, 20 novembre 2017, p. 25.
3 La Cour des comptes bombarde la défense, Le Canard enchaîné, 29 novembre 2017, p. 2.
4 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
5 Jack Dion, Les victimes oubliées des bombardements en Irak et en Syrie, Marianne, 24-30 novembre 2017, p. 9.
6 Jack Dion, Le salut de l’OTAN, Marianne, 17-23 novembre 2017, p. 9.
7 Cécile Ducourtieux/Anne Michel, Bruxelles : la liste des paradis fiscaux déjà critiquée, Le Monde, 7 décembre 2017, p. 3.
Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 08-12-2017

https://www.les-crises.fr/defendre-leurope-ou-defendre-lotan-par-guillaume-berlat/