dimanche 14 janvier 2018

« Économie, écologie, hypocrisie !! »

TRIBUNE LIBRE/ Charles Sannat

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Après Epson, au tour d’Apple. Visée par une plainte de l’association « Halte à l’obsolescence programmée », une enquête a été ouverte contre la marque à la pomme. Une petite victoire en France, qui semble en pointe sur ce combat. Mais l’UE, paralysée par les lobbies industriels, traîne des pieds, s’inquiètent les associations.

TL ECOLOGIE FINANCE

Une Europe soumise aux intérêts marchands !

« “L’ouverture de l’enquête par le procureur montre que notre cas est bien sérieux, se réjouit Laetitia Vasseur, déléguée générale et cofondatrice de l’association “Halte à l’obsolescence programmée”, qui n’hésite pas à s’en prendre aux mastodontes du numérique, Epson pour ses cartouches d’encre tout d’abord et maintenant Apple pour ses smartphones. “Nous sommes très satisfaits, ajoute-t-elle, d’autant plus que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a même ajouté un chef d’accusation, qui n’était pas présent dans la plainte initiale : “tromperie : “Nous pouvons donner les moyens à la DGCCRF d’étudier ce dossier, ce qui est un très bon signe

Le problème c’est bien une Europe paralysée par les lobbies, et c’est l’une des principales critiques que nous pouvons adresser aux institutions européennes qui sont devenues, au fil des ans et d’une lente déliquescence, des chambres d’enregistrements pour protéger les intérêts des multinationales et rien d’autre !

Produit cassé, produit jeté, produit remplacé !

« Quand un produit est cassé, le premier réflexe – et bien souvent la seule solution – est de le remplacer, alors qu’une étude de 2014 indiquait que 77 % des citoyens européens préféreraient réparer leurs biens plutôt que d’en acheter de nouveaux.

Le délit d’obsolescence programmée, entré dans le Code pénal il y a deux ans, est bien sûr préjudiciable pour les consommateurs, mais aussi pour l’environnement, car il augmente significativement la production de déchets… C’est ici qu’entre en jeu le concept d’“économie circulaire, qui consiste à faire en sorte que tous les produits soient recyclés intégralement. En mars 2018, le gouvernement publiera d’ailleurs une feuille de route, mais les obstacles sont nombreux :

“Les lobbies industriels, il n’y a qu’à voir lors de la table ronde avec la feuille de route de l’économie circulaire, ils sont très forts et présents. Après, c’est notre rôle en tant qu’association d’être présents, quand on en a les moyens, pour essayer de renverser la donne. Ce qui n’est pas une chose facile, parce qu’ils sont en effet puissants. »

La France est l’un des pays les plus en avance sur cette question

« “On peut dire clairement que la France est pionnière, estime Laetitia Vasseur. “Elle a influencé l’UE dans le cadre du rapport européen qui a été voté à une large majorité en juillet 2017, faisant référence au rapport consultatif de l’eurodéputé et écologiste français Pascal Durand. Si elle est en avance, elle peut aussi parfois donner des coups d’épée dans l’eau. Alma Dufour, chargée de campagne au sein de l’ONG “Amis de la Terre, se souvient qu’au moment de la loi sur la transition énergétique, “L’Assemblée avait imposé un affichage automatique sur la durée de vie… et le Sénat est revenu sur cette obligation, la transformant en expérimentation. Mais trois ans plus tard, il ne s’est rien passé, aucun constructeur n’affiche la durée de vie de son produit.

Au niveau européen, des outils existent déjà. Mais là encore, le poids des lobbies, doublé d’une “croyance“ à l’autorégulation du marché de la part des politiques, “une réticence à réglementer l’économie […] tous les instruments réglementaires sont toujours écartés et cette tendance se renforce de plus en plus“, poursuit la militante.

“Il y a une directive très importante qui s’appelle Cadre Éco-Conception, qui vise à imposer des critères environnementaux aux produits circulant sur le marché unique. Ce sont des instruments efficaces mis à la disposition des institutions européennes pour agir vraiment très concrètement sur l’obsolescence programmée et la conception des produits“. »

Toute politique écologique qui ne s’attaque pas à la conception des produits et à la consommation de masse n’est que pure hypocrisie !

Le réchauffement climatique, l’écologie, les petits oiseaux, les gentilles plantes et tout ça, c’est bien beau, mais leurs défenseurs, la plupart du temps, n’ont pas compris grand-chose aux enjeux ou sont les idiots utiles d’un système marchand qui se fiche d’eux dans les grandes largeurs.

Entendez-moi bien. Il NE PEUT PAS Y AVOIR D’ÉCOLOGIE si notre modèle économique est basé sur la consommation de masse et l’obsolescence programmée afin d’augmenter la consommation et donc la production et donc les PIB, et donc ce que l’on appelle “la croissance économique” !!

Ce système même, profondément peu vertueux, pousse à prélever dans la nature bien plus que ce dont l’humanité a besoin.

Ce système marchand, profondément vicieux, pousse à polluer, à massacrer la nature et à utiliser de façon absolument pas optimale nos ressources.

Ce système totalitaire marchand est également profondément nocif pour les âmes humaines, et plus nous le laissons se développer, plus nous voyons bien que ce qui est excité en nous est ce qu’il y a de moins bon. Jamais les gens n’ont été aussi consommateurs d’anxiolytiques.

Plus nous avons de confort matériel, plus nous souffrons d’inconfort psychologique.

La véritable écologie ne passe pas par une « lobotomisation » massive des gens avec une propagande environnementaliste qui commence à devenir pénible et totalement stupide. Je vois mes enfants passer des heures utiles de classe non pas à étudier le français ou les maths, mais à apprendre dans quelle poubelle ils doivent forcer leurs parents à jeter tel ou tel type d’ordure, car c’est bien de cela dont il s’agit : les enfants sont soumis, à l’école, à une propagande environnementaliste afin d’éduquer et de changer les comportements de leurs propres parents. Ce sont les procédés utilisés par les dictatures communistes.

La véritable écologie ce n’est pas non plus d’inventer de nouvelles taxes, de nous culpabiliser en nous faisant croire que nous sommes des assassins de plantes vertes (ce qui est vrai) et que quelques centimes de plus par litre de gasoil va tout arranger. C’est nous prendre pour des imbéciles.

La véritable écologie sera de tordre le cou à ce système totalitaire marchand basé sur la consommation comme vertu cardinale et accomplissement absolu.

La véritable écologie c’est évidemment d’obliger les entreprises à concevoir des produits réparables et « up-gradable », ce que l’on pourrait traduire par « évolutifs ». Un ordinateur ne devrait se composer que de modules interchangeables, réparables ET recyclables.

Un réfrigérateur devrait durer 50 ans, comme le lave-vaisselle… Celui de ma grand-mère n’a jamais rendu l’âme… (Pas plus que ses meubles de cuisine en formica.) Nous savons construire des voitures pouvant durer 800 000 km. La consommation et le CO2 c’est bien, mais la pollution induite par la fabrication d’un véhicule et de ses deux tonnes de composants, je peux vous dire que ce n’est pas neutre pour l’environnement !

Bref, si nous voulons parler de la véritable écologie, alors nous devons parler de la consommation de masse. Si nous parlons de la consommation de masse, nous devons parler de notre conception de la croissance économique ! Et vous savez pourquoi ?

Parce que dans un monde de dettes, ou les dettes de cette année sont censées être remboursées par la croissance de l’année prochaine, personne n’est capable d’assurer la stabilité de ce système sans… une croissance forte !

Et… On ne peut pas parler d’écologie avec une croissance économique forte.

On ne peut parler d’écologie qu’avec, à défaut de décroissance, au moins d’une simplicité volontaire.

Si l’on parle de moins consommer et de mieux produire, c’est les bénéfices de certains grands groupes qui s’effondreront, au profit d’ailleurs de milliers de petits réparateurs et autres artisans qui formaient le tissu économique de nos pays il y a 60 ans… Une époque où personne ne parlait d’écologie ou de recyclage et où tout le monde en faisait !!

Le problème c’est que tous ces millions de petits artisans sont le peuple, et qu’à Bruxelles, cela fait bien longtemps que le peuple est absent.

Ceux qui font les politiques sont ces quelques très grands groupes.

Le drame du monde, le drame de notre pays, est très simple : nous avons abandonné notre souveraineté à de biens mauvais maîtres.

Il nous faut la reconquérir.

C’est le combat de titans que se doit de mener notre génération.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/economie-ecologie-hypocrisie-ledito-de-charles-sannat/

Posté par UPR Creuse à 04:15 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

vendredi 5 janvier 2018

La publicité dite éphémère arrive sur les trottoirs de plusieurs villes françaises

C’était l’une des dernières surfaces de l’espace public interdite à la publicité. Depuis lundi 25 décembre, les villes de Bordeaux, Lyon et Nantes peuvent tester les marquages publicitaires biodégradables éphémères sur les trottoirs.

ACT PUB RUE

Une expérimentation qui va durer un an et demi, d’après un décret publié dimanche 24 décembre au Journal officiel. Cependant, à la suite de cette annonce, la mairie de Bordeaux a déploré dans un communiqué que «les élus et administrations de la Ville de Bordeaux n’ont, à aucun moment, été consultés ou informés en amont de cette décision». Elle informe aussi avoir «régulièrement opposé un refus à des demandes de ce type émanant d’annonceurs ou de commerçants considérant que cela constituait une pollution visuelle inutile», s’appuyant en cela «sur son règlement local de publicité».

 

Peinture à l’eau et au pochoir

Le texte encadre précisément les possibilités d’une telle pratique. Elle doit se faire par projection ou application, à travers un pochoir, avec de l’eau ou des peintures biodégradables «à base aqueuse ou à base de craie comportant un traitement antidérapant». Il est également précisé que ces marquages ne doivent pas diminuer les caractéristiques d’adhérence du sol et qu’ils ne pourront pas rester plus de dix jours. Enfin, ces tags publicitaires ne pourront excéder 2,50 m2 et devront être éloignés les uns des autres d’au moins 80 mètres.

Une évaluation aura lieu tous les six mois pendant la période d’expérimentation au sein des trois agglomérations. Elle sera suivie d’un rapport final qui devra préciser combien de commerçants, artisans, annonceurs y auront eu recours.

Ce rapport devra également indiquer «la mesure d’un éventuel lien entre accidents de la route et présence des marquages sur les trottoirs» et une éventuelle causalité avec des chutes de passants sur les trottoirs concernés. L’opinion des riverains sera également prise en considération, tout comme «les différentes techniques employées au regard notamment de l’effacement ou de la disparition effectifs des marquages au bout de dix jours».

Une dérogation au Code de la route et de l’environnement

Ce type de publicité éphémère avait déjà été aperçu dans plusieurs villes françaises. À Besançon par exemple, L’Est Républicain rapporte que La Banque Populaire avait tagué les trottoirs du centre-ville en 2016, ce qui avait créé le mécontentement de la mairie, au titre qu’«il est interdit de faire des messages publicitaires sur le domaine public sans autorisation À Paris également, la municipalité avait décidé en 2015 que les sociétés pratiquant des marquages au sol devraient s’affranchir du coût d’enlèvement de ces publicités. Une facture de 166 euros l’heure selon Le Parisien.

Globalement, si plusieurs entreprises se sont essayées au tag provisoire sur les trottoirs, c’était en totale illégalité. Le décret reconnaît d’ailleurs que cet essai «déroge à plusieurs règles du Code de la route et du code de l’environnement», puisqu’ils «interdisent d’apposer des marquages publicitaires sur les trottoirs».

Le ministre chargé de l’Économie, le ministre chargé de l’Environnement et le ministre chargé de la sécurité routière se réservent donc le droit de suspendre, par un arrêté conjoint, à tout moment l’expérimentation «en fonction des circonstances».

 

Publicité au sol - 1

 


 

Source :

http://www.journal-officiel.gouv.fr/

http://www.lefigaro.fr/medias/2017/12/26/20004-20171226ARTFIG00173-la-publicite-autorisee-sur-les-trottoirs.php

http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/24/bordeaux-lyon-et-nantes-vont-tester-les-publicites-ephemeres-sur-les-trottoirs_a_23316238/

http://www.lefigaro.fr/medias/2017/12/24/20004-20171224ARTFIG00089-la-publicite-ephemere-arrive-sur-les-trottoirs-de-plusieurs-villes-francaises.php

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=0C44CE9DEDE19A05D009EA3B476CB8C8.tplgfr36s_1?cidTexte=JORFTEXT000036251603&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000036251560

Posté par UPR Creuse à 08:12 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

mardi 2 janvier 2018

Vers l’augmentation des tarifs de l’électricité, les tarifs du service public étant plus bas que ceux du privé !

Les concurrents d’EDF n’en ont jamais assez, si les tarifs régulés disparaissent, ce sont tous les tarifs qui vont augmenter.
Actuellement s’ils veulent rester concurrentiels, les concurrents du fournisseur historique, sont obligés de rester alignés sur les tarifs régulés. Une fois que ceux-ci auront disparu il n’y aura plus de limite.

ACT EDF EPIPHANIE


De plus ce qu’ils oublient de vous dire, c’est que la plupart d’entre eux et notamment certains qui se targuent de vendre de l’ verte (et qui font de la pub en ce moment), profitent de la manne du nucléaire à travers la (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité).

Cette loi née d’une volonté de Bruxelles, (une de plus !) impose à EDF, de concéder à ses concurrents 1/4 de sa production nucléaire (Soit 100 Térawattheures sur les 400 produits annuellement) à un prix très bas avoisinant le prix de revient.
Donc les fournisseurs qui le veulent, après avoir signé un accord cadre avec EDF, peuvent bénéficier du tarif dit de l’ARENH (Accès Régulé à l’Energie Nucléaire Historique) environ 4 cts le kilowattheure (Vendu par la suite aux environs de 15 cts TTC)
Ce tarif leur permet donc de faire du bénéfice sur le nucléaire produit par EDF, tout en se vantant de vendre de l'électricité dite verte.
Une arnaque qui est une double peine pour EDF, qui en plus de devoir donner de l’énergie à prix coûtant à ses concurrents, passe pour le grand méchant nucléaire.

En fait ce trafic,n’est finalement ni plus ni moins qu’un BLANCHIMENT ÉNERGÉTIQUE. En effet,  grâce à la machine à laver ” loi NOME “, on achète de l’énergie nucléaire à prix bas, que l’on revend ensuite pour de l’énergie verte. Au passage, on récupère au fond de la machine, les pièces qui étaient dans les poches, en faisant un bon bénéf.
Vous comprendrez donc facilement que ces coquins qui se vantent de vendre de l’énergie verte, n’ont pas intérêt à la disparition du nucléaire, car sans se salir les mains avec cette énergie radioactive, ils en tirent quelques substantiels profits.

EDF : de l’électricité, la garantie des prix les plus bas d’

Malgré tous les défauts que l’on peut reprocher au fournisseur historique et aux tarifs régulés, ils nous protègent d’une flambée des prix de l’électricité et du gaz, à laquelle nous aurons certainement droit le jour où le privé aura les mains libres et que ces produits de première nécessité, seront totalement libéralisées et privatisées.

Donc ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain et ne succombons pas au chant des sirènes de la concurrence !

Enfin, méfiez vous des colporteurs (téléphone ou autre) qui vont même parfois jusqu’à se faire passer pour des agents EDF, pour vous proposer de gagner de l’argent.
Dites vous que leur but réel, question argent, c’est surtout de vous en prendre !
Quoi qu’ils vous disent, ne leur communiquez jamais les informations personnelles concernant votre abonnement, car vous pourriez vous retrouver abonné à votre insu, chez un autre fournisseur. Certains l’ont déjà vécu alors, méfi !!!

Je termine sur deux citations de l’ancien PDG d’EDF Marcel Boiteux (1967 à 1987) :

«…. A vrai dire Bruxelles a une autre raison de demander qu’on supprime les tarifs régulés, et autres tarifs de transition, c’est que, face à EDF, aucun concurrent ne peut survivre en pratiquant des prix aussi bas.
S’il est producteur, il lui est impossible de prospérer sans la ‘’ rente nucléaire’’……. »

« Avec la suppression des tarifs régulés que demande Bruxelles, il ne s’agit donc plus, comme on pouvait le croire initialement, d’ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour permettre la concurrence. »

Ces citations datent de 2007 et la loi NOME est sortie trois ans après, en 2010. C’est  donc un grand homme doublé d’un visionnaire le Marcel, remarquez c’est normal, il avait le même prénom qu’un certain Marcel Paul, l’ancien ministre communiste de la production industrielle, celui qui a promulgué la loi de nationalisation des industries électriques et gazières du 8 avril  1946. Le père d’EDF-GDF quoi !

Pour trouver la liste des fournisseurs qui ont signé l’accord cadre permettant de bénéficier de cette manne et pour être honnête, car certains fournisseurs n’en profitent pas, il faut aller sur le site de la CRE, mais comme elle se cache bien (la liste), voici le chemin:

Utiliser le lien suivant:

http://www.cre.fr/marches/marche-de-gros/marche-de-l-electricite#section5_1

Ensuite aller sur la rubrique : « Liste des accords-cadre en vigueur : »
Puis enfin cliquer sur le lien bleu écrit en tout petit : « liste des fournisseurs (89,82 ko) » pour télécharger la liste en PDF.

Voila faites suivre l’information,  il est important que les citoyens et  usagers soient informés de cette arnaque réalisée sur leur dos à leur insu. Sur ce,  je retourne voir s’il y a quelques pièces à récupérer  dans ma machine à laver.

Yves CIMBOLINI pour www.initiative-communiste.fr

https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/energie-loi-nome-arnaque-fond-de-blanchiment-energetique/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

Posté par UPR Creuse à 07:48 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

vendredi 22 décembre 2017

“Emmanuel Macron croit-il vraiment en l’Union Européenne ?”

Etienne Campion est membre de "Critique de la raison européenne".

TL MACRON CRE

En bon président jupitérien, Emmanuel Macron n’a pas fait de la mesure son crédo. Le 24 octobre dernier on oubliait vite l’étreinte du terrorisme et du chômage de masse sur le Vieux Continent puisque notre président nous jurait avoir remporté une « victoire pour l’Europe ». On nous dit l’Europe sauvée grâce la réforme d’une directive qui, il est vrai, polarise les critiques de part et d’autre : la directive détachement des travailleurs. L’emballage est beau, comme toujours avec Emmanuel Macron. On s’y prenait à « penser printemps ! ».

Enfin voilà que les faits sont têtus, le réel aussi. Ils n’ont laissé qu’un mois de répit à Emmanuel Macron. Car ce 20 novembre 2017, la direction générale du travail annonçait une hausse significative du nombre de travailleurs détachés en France pour l’année 2016 (+23,8%), venant élever le nombre total à 354 151. Dans la foulée les syndicats de chauffeurs routiers ont organisé des blocages aux frontières, ce 21 novembre, protestant contre la mise à l’écart de leur secteur dans la réforme.

En raison de concessions faites par Emmanuel Macron aux pays de l’Est réticents à cette réforme, le secteur routier en a effectivement été exclu. Mais il serait bien indulgent de restreindre nos critiques envers notre président à ce simple revers. Car si cette réforme – qui n’a de réforme que le nomne résoudra rien aux problèmes que posent le travail détaché et n’endiguera d’aucune sorte le nombre croissant de ses usagers, le plus important n’est qu’à peine là.

Il fallait voir l’esprit avec lequel Emmanuel Macron l’a menée. Il participe d’une contradiction majeure qu’il serait fâcheux d’ignorer tant elle est lourde de responsabilité : en acceptant de revenir sur cette directive, Emmanuel Macron, héraut de l’Union européenne, a émis implicitement une critique des principes qui régissent la philosophie intrinsèque à l’Union. A savoir ceux de l’Acte unique européen de 1986 et ses grandes « libertés », la libre circulation des personnes et la libre prestation de services.

Mais revenons d’abord sur cette directive détachement des travailleurs en elle-même. Elle date de 1996 et permet à un travailleur de l’Union européenne de se déplacer dans un autre Etat membre pour aller y travailler. Le problème majeur qu’elle pose vient du fait que, si certes elle permet aux travailleurs d’être payés selon les réglementations salariales du pays dans lequel le travail est exercé, elle autorise le patronat à verser les charges sociales des pays d’origine des travailleurs. Ce qui crée du dumping social en Europe, engendre des pertes pour les caisses de sécurité sociale et impose une concurrence déloyale aux travailleurs autochtones. Sans évoquer l’exploitation des travailleurs détachés.

Or il suffit d’analyser les grandes lignes de la « réforme » obtenue par Emmanuel Macron pour se rendre compte que la montagne a accouché d’une souris. Et que tout cela avait pour fonction de relancer un début de quinquennat et un projet européen qui battent de l’aile par une communication bien rodée, il est vrai.

Car, premièrement, si le principe du « A travail égal, salaire égal » (qui d’ailleurs ressemble étrangement dans sa forme au « travailler plus pour gagner plus ! » sarkozyste, autre slogan symbolique de la communication politique contemporaine) a été établi et que des primes pourront être perçues par les travailleurs dans les pays où le travail est effectué, il demeure que rien n’a changé concernant le nœud gordien de l’affaire : les cotisations sociales seront toujours payées dans le pays d’origine du travailleur détaché. Ce qui continuera d’alimenter le dumping social et le manque-à-gagner pour les caisses, françaises notamment. Et constitue d’ailleurs une menace à long terme pour le financement du système de sécurité sociale, puisque les conséquences finiront par être payées par les autres : malades, retraités, handicapés…

Deuxièmement, l’aménagement sur la durée du travail détaché, abaissé a douze mois (avec six mois supplémentaires envisageables à la demande des entreprises) est symbolique et inutile puisque la durée moyenne d’un détachement n’est en moyenne que de 103 jours en Europe et 47 jours en France.

Troisièmement, cet accord ne prend effectivement pas en compte le secteur du transport routier, l’un des plus assujettis au travail détaché. Un emploi non délocalisable par nature mais qui reste soumis à la logique de la division internationale du travail. Car si le haut patronat européen ne peut délocaliser à l’étranger dans certains secteurs, son comportement rationnel l’amènera à valider la mise en mouvement d’une main d’œuvre étrangère dont il se servira comme armée de réserve pour entretenir une pression à la baisse sur les salaires des travailleurs autochtones (rien de bien nouveau puisque le processus était mis au jour il y a 150 ans par un certain Karl Marx. Le Capital, chapitre 25)(1).

Plus globalement le travail détaché participe d’une institutionnalisation par le droit de ce que l’on pourrait qualifier de « délocalisation importée » : plus besoin de s’ennuyer à aller produire dans les pays où le coût de la main d’œuvre est faible, autant le faire venir chez soi directement ! D’autant plus qu’il est plus difficile de faire valoir ses droits pour un travailleur dans un pays dont il ne parle pas la langue et où sa priorité n’ira pas à la revendication et aux luttes sociales. Surtout quand le siège de l’entreprise est à l’autre bout de l’Europe (« diviser pour mieux régner » …).

Quatrièmement, le délai d’application de la réforme obtenue par Emmanuel Macron, en raison des mêmes concessions accordées par le gouvernement que celles qui ont trait au secteur routier, est de quatre ans. Une durée qui symbolise en elle-même toute l’inefficacité et la lourdeur des politiques publiques exercées dans le cadre fédéral de l’Union européenne. Quatre ans : largement assez pour que des travailleurs détachés soient exploités et que le dumping social perdure. Sans compter la destruction des emplois français assujettis à la sécurité sociale française, victimes de la concurrence déloyale des travailleurs détachés. La hausse du nombre de ces travailleurs enregistrée cette semaine n’a donc rien d’anecdotique : il en va d’un phénomène qui est amené à se structurer et à s’amplifier tant que la France restera dans le cadre des traités de l’Union européenne.

Voilà donc cette « victoire pour l’Europe ». On sent l’esbrouffe politicienne habillée de communication : « l’Europe qui protège » pour détourner l’attention des réformes réelles, loi Travail et CETA en tête, qui elles sont réellement induites de notre appartenance à l’Union européenne. Le poison pris pour le remède. L’Europe attendra, donc, car cette réforme était au mieux une victoire à la Pyrrhus, au pire l’expression d’une contradiction venant alourdir le poids bien lourd de celles qui pèsent déjà sur Emmanuel Macron.

Car l’homme du « et en même temps » ne peut continuer à jouer de ruse politicienne sans subir les risques que cela comporte : une délégitimation. Emmanuel Macron ne peut admettre une critique des fondements de l’Union via le travail détaché et en même temps la revendiquer sur les estrades, nettoyer sa conscience en parlant du dumping social et en même temps valider l’Acte unique, Maastricht et la société ouverte.

Car si Emmanuel Macron a raison de dénoncer le travail détaché et la logique qui le sous-tend, il se trompe totalement en déclarant qu’il va contre « l’esprit européen ». C’est même, au contraire, tout l’inverse. La directive détachement des travailleurs ne fait que codifier deux des quatre principes consubstantiels à l’Acte unique européen de 1986 et sa doxa néolibérale : la libre circulation des personnes et la libre prestation de services (les deux autres grandes libertés, celles des capitaux et des marchandises, sont d’ailleurs responsables d’autre types de dumping comme le dumping fiscal, notamment en Irlande). D’ailleurs tous les arrêts pris par la Cour de justice de l’Union européenne (qui a de quoi représenter l’« esprit européen »…) ont été dans le sens de l’intensification de la directive : celui de la concurrence libre et non faussée, le Graal de l’Union européenne telle qu’elle est construite, qui nivelle systématiquement à la baisse les réglementations nationales.

Ce qui implique par ailleurs que, malgré trente ans de promesses d’« Europe sociale », croire à l’harmonisation sociale vers le haut n’a aucun sens. Dans une organisation qui promeut et institue le dumping social, l’austérité budgétaire et l’ordo-libéralisme allemand comme vision monétaire, aucune politique mettant au cœur le social n’est véritablement permise. En des termes plus prosaïques, dans cette Europe aux fondements profondément néolibéraux, il n’y a pas de place pour concilier la philosophie politique de Jacques Delors (l’Acte Unique et ses grands principes) et ceux de sa fille, Martine Aubry (les 35 heures, la gauche sociale). L’Union européenne est d’abord une union économique et un grand marché avant d’être une organisation politique. C’est dans sa nature et c’était bien le choix de ses pères fondateurs. La meilleure volonté du monde ne suffira pas à la réformer, ce serait contre-nature. En ce sens elle est irréformable, et c’est d’ailleurs ce que nous affirment haut et fort ses dirigeants, quand par exemple Jean-Claude Juncker déclare qu’« il ne peut y avoir de démocratie contre les traités ».

Au double discours macronien nous revient donc la liberté d’adopter deux postures. La première est la suivante : on se prend au jeu de ses déclarations, on est crédule, on oublie les mauvaises langues qui parlaient du vide pour qualifier sa pensée politique et s’on attend à ce que Jupiter fasse enfin usage de la foudre. Qu’il aille au bout de sa logique et déconstruise l’Union européenne lui-même pour mettre fin au dumping social, à la concurrence déloyale et à l’exploitation des travailleurs qu’il s’est pris à fustiger.

Sauf que la crédulité a son temps et qu’un minimum de bon sens nous invite à adopter une seconde posture, celle qui constate qu’Emmanuel Macron fait en réalité usage d’une ruse quasi-machiavélienne et presque inédite historiquement en surjouant sa propre opposition. Car il n’a rien d’un ignorant et connaît très bien les principes qui régissent l’Acte unique et l’Union. D’autant plus qu’il n’en est pas à son coup d’essai en termes de contradictions (on se rappelle de celles sur la colonisation et la « Manif pour tous » qui semblent fonder, avec les petites phrases méprisantes et la communication post-moderne, le « style macron »). Il avait même été élu grâce à cette attention sélective suscitée : dire blanc le matin, noir l’après-midi, espérer que la masse saura se rappeler du gris pour être sûr de viser un maximum de segments de marché possibles (la logique marchande s’étant bien substituée à la logique démocratique : Macron ne s’adresse pas à la nation, comme le suppose la République, mais à des segments de marché).

Qu’il choisisse l’ambiguïté pour gouverner est son problème, mais Emmanuel Macron ne pourra s’y complaire éternellement. Car cette contradiction n’a rien d’anecdotique, elle a ceci de particulier qu’elle inaugure une critique de l’Union européenne par celui qui en est pourtant son messager. Mais l’enfumage va finir par se voir, et doit finir par se voir. Or, c’est malheureusement l’inverse qui semble être amené à se produire. A mesure que l’emprise du modèle de gouvernance néolibérale s’intensifiera (loi Travail, déflation salariale, chômage de masse, coupes budgétaires), Emmanuel Macron sera amené à surjouer l’opposition pour simuler l’écoute des mécontents et satisfaire un maximum de « parts de marché ».

La position d’Emmanuel Macron sur cette réforme est en réalité symptomatique d’un comportement propre aux dirigeants européistes depuis de longues années déjà. Relevant plus du dogme que de la logique rationnelle, ce parti pris nous enseigne qu’il est essentiel d’aller au bout du projet européen quoi qu’il advienne, parce que l’Histoire est écrite ainsi (François Mitterrand en fut le grand initiateur lorsqu’il en prononça l’hymne, plus par cynisme et pragmatisme que par conviction d’ailleurs : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir »). Tous les moyens sont donc bon pour parvenir à cette fin, quoi qu’en souffre la souveraineté des nations, quoi qu’en pâtissent les peuples européens (travail détaché, euro, austérité…).

Emmanuel Macron est donc le héraut de la logique religieuse intrinsèque à l’Union européenne dont il doit parachever le dogme, les miracles et les lois. Et à poursuivre en ce sens rien n’empêche de faire de lui l’auteur inconscient d’une théodicée contemporaine qui ne dit pas son nom. Comme Leibniz qui cherchait à expliquer la contradiction entre l’existence du mal et la bonté de Dieu, Emmanuel Macron est voué à expliquer la contradiction entre l’existence du mal inhérent à l’Acte Unique et la bonté de l’Union européenne.

Mais Macron connaît la célèbre maxime du Cardinal de Retz, religieux officiel, reprise par François Mitterrand, religieux officieux dont Macron suit la trajectoire : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». C’est pourquoi il ne faut pas attendre de lui qu’il renie tout ce sur quoi son modèle repose : l’ambiguïté.

  1. Le philosophe Alain avait sûrement lu Marx quand il affirmait que « le propre du travail est d’être forcé ». De même que Jean Jaurès, dont les propos contrastent avec ceux de la gauche libérale européiste et sans-frontiériste actuelle, qui inaugurait une critique humaniste et sociale de l’immigration : « Ce que nous ne voulons pas, c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est la plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français, et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous voulons protéger la main-d’œuvre étrangère, non pas je le répète, par un exclusivisme chauvin mais pour substituer l’internationale du bien-être à l’internationale de la misère. (“Pour un socialisme douanier”, 17 février 1894 “)

https://www.les-crises.fr/emmanuel-macron-croit-il-vraiment-en-lunion-europeenne-par-etienne-campion/

jeudi 14 décembre 2017

La «clause Molière» de Wauquiez retoquée par la justice, l'opposition locale jubile

Le tribunal de Lyon a annulé la «clause Molière» voulue par Laurent Wauquiez – une disposition qui aurait imposé l'usage du français sur les chantiers publics de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Des politiques ont réagi à cette décision de justice.

ACT WAUQUIEZ UE

Comme plusieurs autres régions, Auvergne-Rhône-Alpes avait voté le 9 février, sous la présidence de Laurent Wauquiez, la «clause Molière» imposant l'usage de la langue française sur les chantiers dont elle est maître d’œuvre

Saisi par l'opposition régionale, le préfet de région d'alors, Michel Delpuech, avait contesté la légalité de la délibération devant le tribunal administratif de Lyon. Ce dernier a annulé le 13 décembre la délibération du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, mettant en doute le motif de la sécurité des travailleurs avancé par la région. «Il résulte que [la clause Molière] a été adoptée non pour assurer la protection de la santé et de la sécurité des salariés, mais pour exclure les travailleurs détachés des marchés publics régionaux et favoriser les entreprises régionales», selon le jugement du tribunal.

Les premiers satisfaits sont évidemment les opposants à Laurent Wauquiez dans la région. Ainsi le conseiller régional du groupe socialiste et démocrate Johann Cesa évoque une victoire contre le nouveau président du Parti Les Républicains (LR).

Elle aussi conseillère régionale, mais du Parti de Gauche, Corinne Morel-Darleux note un «cumul [de] revers» pour Laurent Wauquiez.

Rare convergence entre la gauche et la majorité présidentielle, le député Olivier Véran de La République en marche (LREM) qualifie la clause Molière de «scandaleuse». Il se satisfait aussi du délibéré.

Hors de la région, le socialiste (exclu du Parti) Gérard Filoche, lui, mentionne la «grotesque "clause Molière" annulée en justice».

Si Laurent Wauquiez n'a pas encore réagi à cette annonce, la décision de justice en région Auvergne-Rhône-Alpes pourrait faire jurisprudence. Certaines régions comme l'Ile-de-France ont également mis en place la clause Molière.

https://francais.rt.com/france/46491-clause-moliere-de-wauquiez-retoquee-par-justice

BASE 14 995X225

"exclure les travailleurs détachés des marchés publics régionaux et favoriser les entreprises régionales": tout le monde avait bien compris les motifs réels de la "clause Molière", une manière hypocrite de tenter de contourner les traités européens, faute de vouloir en sortir. Le tribunal en a tiré les conclusions logiques et renvoyé Wauquiez à ses chimères alter- européistes. Pour le plus grand bonheur de son "opposition" unanime (du PS au parti de Gauche, en passant par LREM), soulagée de voir préservé le dogme libéral de la "libre circulation des travailleurs, des capitaux et des marchandises".  P.G

Posté par UPR Creuse à 06:38 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

lundi 11 décembre 2017

D'olympiques jeux de dupes

ANGLE MORT par Fernand Le Pic

ARG JO GEO

D'olympiques jeux de dupes

Quand une compétition a pour but de faire toujours «plus vite, plus haut, plus fort», faut-il s'émouvoir du dopage ou changer la devise? Si dopés il y a, ne parlent-ils que le russe? Et pourquoi engage-t-on des sous-traitants de la CIA pour défendre la moralité du sport?

De nouveau la Russie fait la une, accusée d'avoir établi un «dopage d'État», notamment durant les Jeux de Sotchi. La recette est bien rodée. A ma droite les anti-Poutine, tenant du titre, qui n'ont aucun mal à faire passer la Russie pour une réincarnation terrifiante de l'URSS; à ma gauche, les challengers, les pro-poutine, à qui on ne la fait pas, criant au complot perpétuel antirusse. Au milieu, on retrouve un Monsieur loyal joué en duo par le Comité International Olympique (CIO) et l'Agence Mondiale Antidopage (AMA).

Petit rappel des origines

Qu'il y ait du dopage, plus de 120 ans après les premiers jeux olympiques modernes, quoi de plus normal, finalement, lorsque la devise du CIO appelle toujours au «plus vite, plus haut et plus fort» (citius, altius, fortius)? Certes, mais les limites de la performance sportive sont celles du corps humain, et celles-ci semblent atteintes dans bien des cas. Les 44 km/h du Jamaïcain Usain Bolt sur 100 mètres, en 2009, seront difficiles à dépasser. La première question est donc de savoir si le temps d'amender cette devise n'est pas venu. Oui mais par quoi? Vous imaginez un «Pas si vite, ni si haut et moins fort s'il vous plaît»? Pas très motivant. Et d'ailleurs, pas sûr que les sponsors apprécieraient beaucoup...

Prenez Nike par exemple, la marque la plus médaillée des JO de Rio (2016) en athlétisme: 89 médailles conquises en direct devant 5 milliards de clients et futurs clients (réseaux sociaux compris). Pas évident qu'elle laisse le CIO renoncer si facilement à son ADN du hors limites. Ou alors, ces marques ne tarderaient pas à prendre le contrôle direct des bureaux du château de Vidy, à l'image des ligues professionnelles américaines, de type NHL, qui n'ont que faire du CIO.

C'est le père dominicain Henri Didon qui inventa cette devise. Passionné de sport (et de politique), il avait participé à des jeux olympiques locaux, qui se tenaient depuis 1832 près de Grenoble, bien avant que son futur ami, Pierre de Coubertin, n'eût l'idée de les rétablir 62 ans plus tard. On parlait à l'époque de sortir les jeunes de leur paresse naturelle par le sport, de vertus éducatives et de prouesses exaltant «l'activité musculaire» et «l'émulation générale». «Le sport, c'est la liberté de l'excès» disait Coubertin. Il y voyait en outre la meilleure préparation à la guerre: «Les sports ont fait fleurir toutes les qualités qui servent à la guerre: insouciance, belle humeur, accoutumance a l'imprévu, notion exacte de l'effort à faire sans dépenser des forces inutiles» (in L'idée olympique, Carl-Diem Institut, Köln, 1966).

Dépassement des limites, préparation militaire: le dopage ne serait-il pas «immergé au plus profond» [1] des principes de l'olympisme moderne et dès lors admissible par principe, tant qu'il ne nuit pas à la santé du sportif?

Dans ce cas, n'y aurait-il que la Russie à pratiquer le dopage? Et si non, pourquoi serait-elle la seule à subir la vindicte? Avant que les affaires de Sotchi n'éclatent, aboutissant au bannissement que l'on sait, au moins pour les prochains jeux d'hiver de Pyeongchang en Corée du Sud, la gloire de ces mêmes jeux de Sotchi avait été déjà obscurcie par les soulèvements de Maidan en Ukraine. Or, ce coup d'État fut, comme on le sait, entièrement orchestré par les États-Unis et l'Union Européenne. L'hégémonisme occidental ne connaît pas la trêve olympique!

Pour autant, les statistiques antérieures au dopage de Sotchi démontrent que les États-Unis alignent plus d'athlètes dopés et sanctionnés (652) que la Russie (632), suivie par l'Inde (551). La grande absente reste néanmoins la Chine.

 Même si des témoignages accablants ont été transmis à toutes les entités de contrôle qui officient dans le sport, rien n'y fait: la Chine reste miraculeusement pure de tout gros souci de dopage!

Une galerie de barbouzes

Donc c'est la Russie qui s'y colle. Tout est fait pour en ternir l'image, tant que son président ne changera pas. En revanche, personne ne se demande quelle en serait la perception globale si, d'aventure, les États-Unis décidaient de laisser ce pays tranquille. Est-ce dès lors un hasard si les investigations relatives au dopage russe furent menées par d'anciens agents fédéraux américains et d'anciennes barbouzes de leurs alliés britanniques? Si on lit les rapports de l'AMA sur le sujet, on ne peut que s'étonner que la coordinatrice canado-serbe de ce travail, l'avocate du sport Djana Tecic, fut embauchée explicitement pour sa connaissance de la langue russe. En revanche, aucun expert en mandarin ni en hindi n'a été approché!

Les enquêteurs américains sont tous d'anciens médaillés de la Drug Enforcement Administration (DEA), au premier rang desquels Jack Robertson, tombeur du cycliste Lance Amstrong et qui ne fait toujours pas de différence entre un sportif et un narcotrafiquant. Est-ce une simple coïncidence qu'il ait donné son interview la plus longue, la plus détaillée mais surtout la plus vindicative au média Propublica, financé par George Soros? A ses côtés, il a recruté deux de ses anciens collègues: Dave Tinsley et Brian Talay, respectivement patron fondateur et directeur des opérations de la société privée de sécurité et de renseignement 5 Stones Intelligence, basée à Miami. Une entreprise qui se flatte de travailler pour la CIA et le Pentagone.

Côté britannique, on trouve Nicholas (Nick) Connon, patron et fondateur de la société privée de renseignement Quintel, basée à Londres. Son capital fut notamment détenu par une société écran (Munlochy Holding Ltd) installée dans le paradis fiscal des Iles Vierges britanniques, plus précisément à Woodbourne Hall, Tortola. Quoi de plus normal pour une entreprise qui est mandatée pour combattre la corruption et les trafics occultes en tous genres? Nick est un ancien des services de sa Majesté, plutôt spécialisé dans l'antiterrorisme et les financements illicites. On ne sera pas surpris de le voir régulièrement prodiguer ses conseils d'expert à telle administration ukrainienne dans son combat contre l'invasion militaire russe.

Le CV de son collègue Martin Dubbey est à l'avenant. Ancien du renseignement douanier puis de la Serious Organised Crime Agency (SOCA), devenue aujourd'hui la National Crime Agency (NCA), il fut officier de liaison avec la DEA et la CIA. Cette SOCA mérite qu'on s'y attarde. Un autre membre de l'équipe d'enquête de l'AMA, Greg Kitsell, en fit partie. Il fit parler de lui en 2006, en Afghanistan, ce paradis mondial de la culture du pavot. Il fut cité par la presse anglaise pour avoir désarmé un garde du corps du ministre de la défense britannique de l'époque (John Reid), en visite de contrôle à Kandahar, afin de démontrer audit gorille qu'il n'était pas assez vigilant.

Au-delà de la mauvaise blague entre services, qui lui valut des poursuites disciplinaires, c'est toute la SOCA qui fut mise sur la sellette pour avoir, en fait, servi de marqueur de cibles à l'armée américaine qui avait subitement décidé de se débarrasser au F–16 de quelques barons locaux de la drogue. Or, selon la loi britannique, si l'armée a le droit d'attrition, ce n'est pas le cas des forces non militaires de la SOCA. Encore une transgression dans le monde sanctifié de l'inquisition sportive.

 En bref, l'AMA a recruté comme enquêteurs au-dessus de tout soupçon: une juriste du sport spécialement russophone et des sous-traitants actifs de la CIA et du renseignement britannique, politiquement orientés ou compromis.

Leur enrôlement dans cette affaire accrédite évidemment la thèse d'une partialité antirusse, alors même qu'il y a eu effectivement du dopage, seul moyen sérieux de se conformer à la devise olympique et de satisfaire aux exigences des sponsors. Au-delà de la «belle humeur» que cela suscite à Washington ou Londres, on peut tout de même se demander si les jeux olympiques ne mériteraient pas une petite réforme? Un reset, comme on dit dans les états-majors militaires...

 NOTE
  1. « doper», de l'anglais dope, qui provient d'une racine indo-européenne dʰewb (immerger) laquelle donne également «deep» (profond).

Source: Antipresse.

Posté par UPR Creuse à 07:10 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

jeudi 30 novembre 2017

L’économie de l’éolien, de plus en plus concentrée, n’est pas alternative

Le secteur de l’énergie éolienne concerne de multiples acteurs aux rôles bien spécifiques, du « turbinier » à l’exploitant en passant par le développeur et l’« agrégateur ». Avec la dérégulation du marché de l’énergie, le secteur n’échappe pas non plus à la concentration et à la financiarisation.

ARG EOLIEN 3

Il n’était peut-être pas nécessaire de commencer par l’atelier spécifique sur les « bridages acoustiques » et la différence entre les « balourds aérodynamiques et massiques ». Et pourtant, c’est bien de cela dont on parlait, ces 19 et 20 septembre, à Paris, pour cette 8e édition du colloque national éolien dédié aux « solutions concrètes pour la France de demain ». Un rendez-vous organisé par l’association France énergie éolienne, qui regroupe 90 % des acteurs de l’éolien en France. Comprenez : des entreprises de la filière venues du monde entier, et qui investissent et travaillent sur le territoire français.

Bienvenue dans un monde où tout est bleu, comme le ciel, et blanc, comme les machines. Un rendez-vous au croisement entre le monde des ingénieurs, des techniciens et des commerciaux. Ici, comme dans beaucoup d’autres sphères, on croise essentiellement des hommes blancs en costume, plutôt jeunes. La plupart ne travaillent dans le domaine que depuis moins de cinq ans : « La filière est encore jeune », m’explique-t-on. Si jeune qu’on n’hésite pas à utiliser de nombreux gadgets pour la promouvoir, de la clef USB au casque de réalité virtuelle pour visiter une éolienne en passant par la vidéo collaborative pour décrire « son expérience » de l’éolien.

Lors du 8e Colloque national éolien, à Paris.

Le discours introductif d’Olivier Perot, directeur de Senvion et président de l’association organisatrice, France énergie éolienne (FEE), ne laisse aucun doute sur les affinités du moment : « Des forces puissantes sont en marche », lance-t-il d’emblée au public, avant de faire un éloge du « progrès » dont « des philosophes à la noix nous disent que c’est un mot dépassé ». Pour lui, c’est clair, « l’éolien est le moteur de la transition énergétique qui est en marche ». Clairement, on est plus proche de la « start-up nation » que de l’écologie politique, même si l’objectif commun est « de vivre dans un monde où notre énergie ne met plus en danger les générations futures ».

Regardez le clip réalisé au colloque éolien:

https://reporterre.net/L-economie-de-l-eolien-de-plus-en-plus-concentree-n-est-pas-alternative

Difficile d’échapper à la communication omniprésente et d’obtenir des informations claires. On est là pour se vendre, se faire bien voir, certaines entreprises n’hésitant pas à jouer des codes sexistes les plus traditionnels pour attirer d’éventuels clients, même si l’on échappe aux outrances du Salon de l’automobile. Ici, on est entre professionnels pour parler business et rencontrer de potentiels investisseurs. Se croisent les trois grandes familles de l’industrie éolienne : constructeurs, développeurs et exploitants, auxquels s’ajoutent des fournisseurs de service spécialisés.

« L’éolien te force à avoir beaucoup de compétences » 

Les constructeurs, ou « turbiniers », impossible de les manquer. Avec leur déploiement de maquettes et de films promotionnels, ils sont là pour vendre leur machine, le dernier modèle de la gamme 2 MW ou la super-éolienne de 4 MW terrestre (retrouvez les explications techniques dans notre précédent article). Entreprises imposantes au rayonnement international, les plus importantes en France sont les Allemands de Senvion, Nordex et Enercon, les Danois de Vestas. À eux quatre, ils représentent 80 % des éoliennes installées dans le pays. Il y a aussi des noms plus connus, comme Siemens, qui vient de fusionner avec l’Espagnol Gamesa, ou les États-Uniens de General Electric Renewable Energy. Manquent à l’appel Goldwind (Chine) et Suzlon (Inde), encore peu présents en Europe.

Et la France ? Seul le groupe Vergnet, basé à Ormes, dans le Loiret, produit des éoliennes de moyenne puissance (20 kW). Placé en redressement judiciaire le 31 août dernier, il est en attente de repreneur, peut-être par le groupe chinois Sinovel. Pour les éoliennes plus puissantes, Poma-Leitwind, branche du leader italien des remontées mécaniques, démarre seulement cette année la construction des premières éoliennes de 1 à 3 MW « made in France » dans ses usines de Savoie et de l’Isère.

Viennent ensuite les développeurs, plus nombreux : de la petite PME du fond du Lauragais à des grands groupes, des passionnés de l’environnement aux affairistes sentant le filon, il y a vraiment de tout. Ce sont les développeurs qui réalisent des études de potentiel éolien, repèrent les territoires les plus intéressants et les moins contraignants. Eux également qui rencontrent sur place les propriétaires de terrains et les élus, puis réalisent toute la procédure de concertation, les réunions d’information, la présentation du projet, jusqu’à sa concrétisation. Un travail qui nécessite une grande polyvalence, dit Charles Strauss, chargé d’étude chez H2Air : « Il faut une quinzaine de spécialistes, dans l’environnement, le commercial, le juridique. » Bien sûr, tous ne fonctionnent pas ainsi, certains préférant confier à des entreprises spécialisées des tâches nécessaires à l’élaboration d’un projet : études d’impacts, concertation, BTP… Le plus souvent, pour réduire le risque financier, ils créent une société de projet pour chaque parc envisagé. Ces sociétés appartiennent à l’entreprise mère qui est responsable si la filiale fait défaut.

Effet pervers des recours en cascade contre tous les projets : certains n’ont pas la capacité financière d’aller au bout et se tournent donc vers les plus gros développeurs qui, en échange de leur garantie, prennent des parts dans les projets.

« Un grand travail en amont de concertation » 

Enfin on trouve les exploitants. Car beaucoup de développeurs n’ont pas la capacité ni la volonté d’entretenir des parcs, avec la logistique, la maintenance et l’infrastructure nécessaires. C’est ainsi qu’aussitôt construit, un parc éolien est souvent revendu à un exploitant puis à un autre.

Deux entreprises dominent en France le marché de l’exploitation des éoliennes : Engie (ex-GDF), qui a racheté en avril dernier l’historique Compagnie du vent ; mais surtout EDF-Energies nouvelles (ou EDF-EN), filiale à 100 % d’EDF. Absent du colloque éolien, EDF-EN est pourtant dans nombre de discussions. Et pour cause… En off, un développeur nous explique : « La plupart du temps, ce sont les plus brutaux ; ils arrivent sur les territoires comme des rois parce qu’ils peuvent se permettre de proposer des retombées financières importantes. » Mais leurs parcs éoliens sont souvent cités comme mauvais exemples en matière de concertation ou d’impact paysager mal pensé, comme en témoigne le plateau du Lévezou, en Aveyron ou dans la plaine narbonnaise. En bref, comme le résume ce développeur : « Là où EDF-EN est passé, derrière, on rame pour construire de nouveaux projets. »

Installation des parcs par constructeur et exploitant, mi-2017.

Développer un projet éolien demande d’avoir les reins solides. Car, en moyenne, il faut dix ans entre la première rencontre avec les élus et propriétaires d’un terrain et la mise en marche d’une éolienne. Selon Arnaud Gossement, avocat spécialisé dans le droit de l’environnement et administrateur d’Enerplan (solaire), cela tient à la nature industrielle de l’éolien : « Comme pour tout projet important, il y a un grand travail en amont de concertation, de rencontres essentiellement avec les élus et les propriétaires mais aussi avec des réunions publiques. Sans l’appui des collectivités, je n’ai jamais vu un projet sortir de terre. »

Ensuite vient la phase des procédures administratives : étude d’impact pour les oiseaux, les chauves-souris, les paysages, la relation avec les Bâtiments de France, l’armée, les services préfectoraux, pour aboutir à une enquête publique, au bout de quatre ans de travail préalable.

Il faut également prévoir le raccordement au réseau électrique, avec un gestionnaire du réseau, Enedis, qui n’est pas toujours parfaitement coopérant. Est-ce parce qu’il s’agit d’une filiale d’EDF, qui n’a pas encore tourné la page du nucléaire ?

En moyenne, il faut cinq ans de plus en France que dans les autres pays européens pour finaliser un projet éolien. Pourquoi ? Essentiellement à cause des recours des opposants aux projets : « C’est rare de n’en avoir aucun. Même si ce sont des petites associations, la justice va mettre un ou deux ans pour se prononcer sur la forme et sur le fond », estime Arnaud Gossement. Et ces recours peuvent se multiplier : sur le permis de construire, sur l’enquête publique, sur le plan local d’urbanisme voire sur le schéma régional éolien. Avec, à la clef, un appel voire un recours au Conseil d’État.

Comparatif des recours contre le nucléaire et contre l’éolien.

Tous les acteurs de la filière rencontrés partagent ce sentiment d’être des victimes, de rencontrer des freins considérables sur leur route. Et pour eux, c’est l’appareil de production électrique, de l’École des mines à EDF, qui forme ce que l’écologiste Corinne Lepage appelait « l’État nucléaire » et qui freine leurs ambitions. Comme si les associations et riverains qui se lèvent ici et là n’agissaient pas de façon autonome, refusant, à tort ou à raison, que les éoliennes industrielles s’implantent sur leur commune.

Le dernier coup en date vient de l’armée, qui prévoit, selon un projet de décret, d’étendre les zones d’exclusion aérienne de ses radars de 30 à 70 km. Une concertation a démarré sous l’égide du ministère de la Transition énergétique pour trouver des solutions avec les acteurs de la filière. Résultats attendus d’ici le début d’année 2018.

Un changement du régime économique

2017 est une année charnière à de nombreux titres pour l’éolien. Depuis le mois de janvier, le système de rémunération a considérablement évolué. Pour comprendre, il faut faire un brin d’analyse de fonctionnement du marché de l’énergie.

Jusqu’ici, quand on produisait de l’énergie éolienne, on devait passer un contrat avec le distributeur EDF, pour une durée donnée et avec un tarif de rachat garanti à un prix donné. Un tarif d’achat largement subventionné, pour encourager la filière dans cette période naissante. Le financement s’opérait via une taxe sur les factures d’électricité, la « contribution au service public de l’électricité » (CSPE). En 2016, selon la Commission de régulation de l’énergie, l’éolien recevait 17 %, soit 1,3 milliard d’euros, du montant de cette taxe.

Mais l’Union européenne a accéléré la mise en concurrence du marché de l’électricité et des énergies, la France a donc dû adapter sa réglementation et supprimer ce tarif de rachat garanti pour le remplacer par de nouveaux dispositifs.

Pour Marine Bourboulon, chef de projet chez Boralex, « l’éolien commence à devenir mature et à se passer de subventions. Depuis le 1er janvier 2017, on aura donc désormais deux cas de figure. Pour les nouveaux parcs de maximum 6 éoliennes, l’opérateur vendra son électricité au tarif du marché, à laquelle s’ajoutera un complément de rémunération versé par l’État pour atteindre un tarif cible ». Si le tarif de rachat garanti permettait d’atteindre environ 80 €/MWh produit, le nouveau complément de rémunération se fonde sur un tarif de référence de 72 €/MWh pour les premiers mégawattheures produits puis descend à 40 €/MWh.

Rémunération et complément de rémunération des producteurs.

Un secteur en pleine concentration, avec des firmes de plus en plus puissantes

Mais surtout, pour les parcs plus importants (ou dépassant 6 MW de puissance totale), l’État procèdera désormais par appel d’offres et mise en concurrence. C’est lui qui choisira donc des lots en fonction de ses objectifs politiques. Ce 1er décembre sera fermé le dépôt des candidatures pour six tranches de 500 MW d’ici à 2020.

Mais tout ceci s’inscrit dans un contexte européen très libéral. Du fait des directives européennes, le marché a été en partie ouvert à la concurrence avec la fin progressive des tarifs réglementés. Si, pour le consommateur, cela s’est surtout traduit par une hausse des factures, les industriels sont engagés dans une grande course à la rentabilité. Conséquence : les moins puissants disparaissent ou sont rachetés. Le secteur des renouvelables n’échappe pas à cette concentration, qui provoque également des plans de licenciements.

La fusion de Siemens avec Gamesa Renewable Energy provoque déjà la suppression de 6.000 emplois dans le monde, un quart de ses effectifs. Les autres turbiniers ne sont pas en reste, avec une baisse des deux tiers de la valeur des actions en 2017 pour General Electric-RE, Nordex et Vestas, ce dernier annonçant mi-novembre une baisse de 6 % de son chiffre d’affaires. L’Allemagne, un puissant moteur du secteur, évolue elle aussi, selon Emmanuel Fayat, responsable commercial chez Enercon : « L’Allemagne, déjà avancée dans sa transition énergétique, a modifié cette année son niveau de réglementation et diminué le volume de puissance raccordé. D’où une baisse des prévisions d’installations. »

Pour les entreprises cotées en Bourse, Vestas, Siemens-Gamesa ou Nordex, la baisse des commandes d’éoliennes conduit directement à une chute du cours de l’action. Àl’inverse, Enercon, entreprise d’origine familiale, reste relativement épargnée. « La France demeure un des marchés les plus stables, et le changement du mode de rémunération va se faire progressivement, avec un double système pendant quelques années », espère le constructeur.

Mais partout, les offres d’achat ou de rachat se multiplient. Il est fort à craindre que l’on aboutisse à une plus grande concentration d’entreprises qui écrase toutes les autres, notamment les plus vertueuses. Le renouvelable ne renouvelle pas les pratiques économiques. « Le secteur n’est pas plus vertueux qu’un autre », reconnaît Stéphane Chatelin, de Negawatt.

Derrière toute cette logique folle, les soucis écologiques pèsent finalement bien peu, les objectifs de réductions de consommation d’énergie semblent bien lointains. Et les problèmes posés par la technologie éolienne restent, eux, au second plan.

  • À suivre... demain

Source : Grégoire Souchay pour Reporterre

Dessin : © Berth/Reporterre

Photos :
. colloque : © Grégoire Souchay/Reporterre
. Installation des parcs par constructeur et exploitant, mi-2017. © Baromètre éolien 2017, FEE
. comparatif recours : @PaulNeau sur Twitter

https://reporterre.net/L-economie-de-l-eolien-de-plus-en-plus-concentree-n-est-pas-alternative

Posté par UPR Creuse à 09:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

jeudi 23 novembre 2017

Plus 24% de travailleurs détachés en France en 2016

PARIS (Reuters) - Le nombre de travailleurs européens détachés en France a augmenté de 23,8% en 2016, après une hausse de la même importance en 2015, pour s'établir à 354.151 salariés, selon les statistiques de la Direction générale du travail, dévoilés lundi par Les Echos.

ACT TRAV DETACHES

Les deux tiers de ces travailleurs, venus principalement d'Espagne, du Portugal, d'Allemagne et de Pologne, ont été embauchés dans cinq régions : Grand-Est, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte-D'Azur, Hauts-de-France et Île-de-France.

L'intérim et le BTP sont les deux secteurs qui ont eu le plus recours à ces travailleurs, avec respectivement 22% et 18% des employés.

Emmanuel Macron a fait de la question des travailleurs détachés, avec la révision fin octobre de la directive de 1996, l'un des axes de son "Europe qui protège" et de la relance d'une Union ébranlée par des mouvements populistes ces dernières années.

http://www.latribune.fr/depeches/reuters/KBN1DK2HX/plus-24-de-travailleurs-detaches-en-france-en-2016.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20171121

Screen-Shot-10-28-17-at-10

 

Posté par UPR Creuse à 07:45 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

dimanche 12 novembre 2017

Incroyable… l’Italie bloque l’acquisition de Next (défense) par un groupe français

Le gouvernement italien s’oppose à la vente de Next, une société italienne d’ingénierie travaillant dans la défense, à Altran. Il évoque une question de “sécurité nationale”.

ARG ITALIE ALTRAN NEXT

C’est à peine croyable… l’Italie bloque une acquisition d’un groupe italien par un français. Pourtant, le groupe naval Fincantieri, qui négocie une alliance avec Naval Group, a eu finalement le droit de racheter STX Saint-Nazaire (certes après beaucoup de tergiversations de Paris). En revanche, Altran n’a pas le droit de racheter la société italienne d’ingénierie Next. Le gouvernement italien a décidé jeudi de s’opposer à cette opération, en évoquant une question de “sécurité nationale”. Le conseil des ministres a choisi “d’exercer les pouvoirs spéciaux sur l’opération d’acquisition par Altran Italia Spa de la totalité du capital social de Next Ast Srl, en s’opposant” à ce rachat.

Cette décision a été prise afin de “protéger les intérêts essentiels de la défense et de la sécurité nationale”, un objectif qui ne peut être atteint dans le cas de Next en imposant des mesures spécifiques, a précisé le conseil des ministres. Le gouvernement italien a la possibilité d’exercer des “pouvoirs spéciaux”, également appelés “golden power”, dans des secteurs considérés comme stratégiques (défense, télécoms…) afin de protéger les intérêts nationaux. Pourtant, Rome n’a pas hésité il n’y pas si longtemps à autoriser la vente de groupes italiens dans la défense à des groupes américains, comme le motoriste Avio à General Electric en décembre 2012 alors que… Safran était candidat.

Next et Altran, une opération qui avait du sens

Le groupe de conseil en technologies Altran avait annoncé fin juillet sa volonté d’acquérir Next Ingegnera dei Sistemi, un groupe de 230 salariés qui travaille notamment dans le secteur de l’aérospatiale et de la défense. Fondée en 1999 et basée à Rome, cette société de logiciels embarqués devait compléter les compétences d’Altran en matière de logiciels intégrés, un segment à forte croissance. Le portefeuille de clients de Next comprend notamment des acteurs clés comme Leonardo, Telespazio, Thales Alenia Space ou Bombardier Transportation.

L’opération devait renforcer le leadership d’Altran en Italie, un marché clé pour le groupe français. La combinaison d’Altran et de Next, actuellement détenue par les trois co-fondateurs et leurs familles, aurait permis d’offrir des solutions de bout en bout de matériel et logiciels embarqués aux clients du secteur de la défense et de l’aérospatiale

“Je suis fier que notre entreprise rejoigne Altran, leader des services d’ingénierie et d’innovation en Italie. Nous connaissons Altran depuis longtemps et, tout au long de ces années, nous avons construit une admiration et un respect mutuels, qui constituent la base de notre collaboration à l’avenir”, avait pourtant expliqué le co-fondateur et PDG de Next, Giulio Cesare Chiarini.

Source : La Tribune, Michel Cabirol, AFP, 03/11/2017

https://www.les-crises.fr/incroyable-litalie-bloque-lacquisition-de-next-defense-par-un-groupe-francais/


 

BASE 14 995X225C’est à peine croyable… Le gouvernement italien défend les intérêts italiens de temps en temps.

Ce n’est pas en France, pays-membre exemplaire de l’UE, et fils prodigue de l’OTAN, que nos dirigeants auraient cette idée incongrue, scandaleuse, et pour tout dire “à peine croyable”.

Les “golden powers”, en italien dans le texte, sont définis par une loi : « i poteri speciali della legge sul “golden power” » (les pouvoirs spéciaux de la loi…)
http://www.giannidragoni.it/insider/palazzo-chigi-blocca-la-vendita-di-next-alla-francese-altran/

Ceux qui condamnent la vente de certaines entreprises françaises devraient applaudir et soutenir la position du gouvernement italien et condamner le gouvernement français de ne pas faire de même.

Cela dit, il faut rester prudents, ce n’est peut-être qu’une péripétie avant le rachat définitif de Next (un peu comme avec Naval Group). De deux choses l’une, ou bien les italiens défendent une entreprise qu’ils estiment stratégique, ce qui n’est pas en soi condamnable. Ou bien, ils refusent l’acquisition par Altran au profit d’intérêts américains, ce qui est beaucoup moins défendable et prouve à quel point nous sommes colonisés et que l’UE n’est qu’un paravent… P.G.

Posté par UPR Creuse à 05:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

jeudi 12 octobre 2017

Il est grand temps de réviser la directive sur les travailleurs détachés

Pour Patrick Bernasconi et Georges Dassis, du CESE, la révision de la directive sur les travailleurs détachés est urgente et et indispensable dans une union qui doit constamment viser une harmonisation vers le haut.

Patrick Bernasconi est le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Georges Dassis est le président du Comité social et économique européen, le CES européen.

ARG TRAVAILLEURS DETACHESLa Commission européenne a mis sur la table du Parlement européen et du Conseil de l’Union, en mars 2016, une proposition de révision de la fameuse directive 96/71/CE concernant le détachement de travailleurs effectué dans le cadre d’une prestation de services.

En août 2017, Emmanuel Macron, le président de la République française, a remis cette question des travailleurs détachés au cœur du projet européen. Lors de son déplacement en Europe centrale, il a relancé le débat autour de la réforme de cette directive, une condition, selon lui, du maintien de « l’unité européenne ».

Comme représentants de la société civile organisée en France et en Europe, nous nous en réjouissons. Depuis 2015, le Conseil économique, social et environnemental français et le Comité économique et social européen n’ont cessé de se mobiliser pour encourager une refonte du statut des travailleurs détachés, en y consacrant deux avis, en septembre 2015 et  en décembre 2016.

Chaque année, le nombre de travailleurs détachés n’a cessé de croître, engendrant des dysfonctionnements entre pays. Le CESE français, notamment, a mis en évidence des fraudes massives, le recours à une main d’œuvre sous-payée et privée de droits ou encore la création de fausses entreprises.

La révision de cette directive est donc urgente et indispensable, mais s’oppose encore à une certaine résistance. Au niveau européen, elle divise les entreprises, notamment parce qu’elle effraye celles des États membres où les salaires sont les plus bas.

En 2016, plusieurs ministres du Travail ont d’ailleurs repris des propositions formulées par le CESE français dans une tribune en faveur de conditions de vie et de travail décentes pour tous, d’une rémunération équivalente à celle des travailleurs du pays d’accueil dès le premier jour du détachement, et d’une lutte contre les entreprises créées uniquement pour profiter des écarts de coûts salariaux entre les pays de l’UE.

Mais le projet n’a pas pu voir le jour en raison d’une opposition vigoureuse des chefs d’État et de gouvernement de onze pays, au motif qu’il s’agissait, pour eux, d’une question d’ordre national. C’est pourtant bien d’une directive européenne qu’il s’agit.*

L’Union doit tendre à une amélioration constante, pour tous. Elle doit viser une harmonisation, mais vers le haut. Jamais vers le bas.*

Nous avons donc la conviction qu’il faut mettre en place une meilleure protection des travailleurs et réduire le dumping social, qui engendre aussi un dumping entrepreneurial. Le principe selon lequel un même travail effectué au même endroit devrait être rémunéré de manière identique est la clef de voûte du socle des droits sociaux en Europe.*

Nous encourageons le Conseil de l’Union et le Parlement européen à aller plus loin. Les partenaires sociaux et les conventions collectives doivent servir de point de référence pour déterminer le niveau de rémunération des travailleurs concernés. Nous réclamons que soit assuré le caractère temporaire du détachement. Nous voulons davantage de coopération entre les États, avec mise en commun des données dont ils disposent afin de déjouer les fraudes et d’empêcher la concurrence déloyale. Nous insistons pour que la directive demeure applicable au secteur routier. Nous voulons que des mesures concrètes soient prises pour que les travailleurs détachés soient affiliés à un régime de sécurité sociale en temps utile, c’est-à-dire un certain temps avant le détachement, et nous pensons qu’il serait opportun de créer une « carte européenne du travailleur détaché » afin de faciliter les contrôles et de simplifier les procédures.

Les pouvoirs publics nationaux, y compris quand ils se réunissent au niveau européen, devraient répondre aux attentes de la société civile organisée. Une ambition : changer la perception de l’Union par les citoyens.

Elle doit en effet cesser d’apparaître comme responsable ici de la régression et là de la stagnation des conditions de vie et de travail, pour être perçue, à nouveau, comme un facteur efficace de progrès économique, social et environnemental pour tous.

http://www.euractiv.fr/section/economie/opinion/il-est-grand-temps-de-reviser-la-directive-sur-les-travailleurs-detaches/


 

OUTIL LOGO FREXIT LIMOUSINComme l'avait dit Bossuet, "Dieu se rit de ceux qui déplorent les malheurs publics dont ils chérissent les causes". Ce plaidoyer pour une Europe impossible est pathétique. Les dysfonctionnements reconnus ici et déplorés à juste titre auraient pour cause une forme d'égoïsme des Etats, ce qui est méconnaître la nature réelle de l'UE: une juxtaposition d'intérêts nationaux divergents censée aboutir à un compromis, ce qui n'arrive jamais, sauf sous une forme insatisfaisante pour toutes les parties. Ces appels désespérés sont d'autant plus pathétiques que leurs auteurs ont bien conscience des effets désastreux des politiques communautaires sur l'opinion publique dans les pays membres, mais faute d'imagination, ils persistent à déplorer la situation et à en appeler à la sagesse des institutions européennes. Ce qui n'arrivera pas, bien sûr. Et ils feront partie, en bout de course, de ceux qui nous expliqueront qu'il faut, d'urgence, une "autre Europe", enfin sociale! Comme le disait François Asselineau: "c'est dormir toute sa vie que de croire à ses rêves". Avec de telles protestations, l'oligarchie peut dormir tranquille...

P.G.