lundi 7 mai 2018

Menace sur les colos et autres camps scouts

Au 1er juillet, les organismes d’éducation populaire et les mouvements de jeunesse deviendront des « prestataires de voyage » soumis aux obligations du code du tourisme. Beaucoup d’entre eux dénoncent les contraintes financières et la perte de sens qui en découlent.

ACT SCOUTS

Dormir sous la tente le temps d’un camp scout, partir en colo, ou participer à une classe de découverte organisée par l’école sera considéré, cet été, comme une forme de tourisme comme les autres. C’est du moins ce que déplorent de nombreuses organisations d’éducation populaire et mouvements de jeunesse, confessionnels ou laïcs.

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Depuis le 20 décembre dernier, une directive européenne dite « Travel » a été transposée dans le droit français. Au 1er juillet, elle entrera en vigueur et, par là même, pourrait déstabiliser profondément un secteur déjà fragile. Elle pourrait même, dans certains cas, aboutir à l’annulation de départs cet été.

Fonds de garantie

En effet, ladite directive, qui a pour but de protéger les consommateurs des tour-opérateurs peu scrupuleux, impose à tous les organismes dont l’activité principale consiste à organiser des départs de groupes, de souscrire au registre du commerce. Ce faisant, ils doivent abonder un fonds de garantie destiné à financer les rapatriements éventuels et les annulations.

Le problème est que cette directive s’applique aussi aux organismes d’éducation populaire et mouvements de jeunesse. Alors que jusque-là, ceux-ci bénéficiaient d’une dérogation, ils devront, au 1er juillet, être immatriculés au registre au commerce, une formalité qui coûte 100 € pour trois ans. Surtout, ils devront abonder au fonds de garantie à hauteur de 10 % de leur produit d’exploitation. Une somme que beaucoup de petits organismes auront bien du mal à rassembler.

« 65 000 € que je n’ai pas »

Ainsi Louis Létoré, directeur de l’association La Maison de Courcelle, un établissement qui accueille des groupes d’enfants pour des séjours à vocation pédagogique de qualité, explique qu’il lui faut rassembler « 65 000 € que je n’ai pas ». Il craint donc de devoir mettre la clé sous la porte.

DigitalFinance

Même son de cloche chez Vitacolo, un organisme à but non-lucratif qui existe depuis dix ans et fait partir 1 000 enfants chaque année. « Nous devrons nous acquitter de 80 000 € mais je n’ai que 20 000 € sur le compte en banque », explique Arnaud de Bechevel, le directeur général. Il n’exclut pas que, faute d’intervention de l’État, certains séjours devront être annulés cet été. Le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) partage cette même crainte.

Interpellé sur le sujet par des parlementaires, le gouvernement a précisé que deux solutions existent néanmoins. Soit se « tourner vers les banques », afin de contracter un emprunt, soit s’affilier aux deux garants associatifs spécifiques au secteur du tourisme, l’Union nationale des associations de tourisme et de plein air (Unat) et l’association professionnelle de solidarité du tourisme (APST).

« Nous sommes avant tout éducateurs »

Aucune de ces solutions ne convainc pourtant les intéressés. « Si j’emprunte à la banque, explique Louis Létoré, il va falloir répercuter les intérêts de l’emprunt sur les frais facturés aux familles, ce qui ne va pas dans le sens de la justice sociale que nous défendons. Quant à nous affilier à l’Unat ou à l’APST, cela serait contraire à nos valeurs. Nous ne faisons pas le même métier. Eux vendent des loisirs dans une logique de consommation. Nous, nous sommes avant tout éducateurs. »

Le responsable voit se profiler le risque de devoir, à terme, entrer dans la logique commerciale qui régit déjà une part importante de l’offre de séjours de vacances. « Je ne veux pas arriver à un système où, contre un tarif plus élevé, un enfant pourra avoir accès à une chambre individuelle, par exemple. L’éducation populaire consiste à garantir un accès au loisir pour tous les enfants. C’est pour cela que nous nous battons. »

Une préoccupation partagée par les mouvements scouts. « Nous n’avons pas prévu de nous affilier à l’Unat ou l’APST car nous tenons à garder notre indépendance, explique ainsi François Mandil, délégué national des scouts et guides de France. Nous nous battons donc pour retrouver notre statut dérogatoire. »

« Rompre la digue qui sépare le monde lucratif du non lucratif revient à considérer que nous sommes des vendeurs de biens et services et à remettre en cause le statut et le rôle social que nous jouons », renchérit Saâd Zian, délégué général des Éclaireuses et éclaireurs de France, porte-voix du scoutisme dans ce dossier.

Des rencontres à Matignon

Plusieurs rencontres ont eu lieu avec le cabinet du premier ministre. « Nous avons le sentiment d’avoir été entendus, reprend François Mandil. Pour autant, personne n’est en mesure pour l’instant de trouver une solution juridique et technique satisfaisante. » Deux pistes seraient à l’étude. La première prendrait la forme d’une « circulaire interprétative ». La deuxième serait de changer la « loi de transcription ». Dans les deux cas, néanmoins, ces nouveaux textes sont susceptibles de contestation devant la justice.*

« Tout cela est vraiment une perte de temps et d’énergie considérables, reprend Arnaud de Bechevel. Le plus idiot, c’est que nous avons déjà tous des assurances qui permettent le remboursement en cas de problème. Mais ce n’est pas du tout la même chose pour nos comptes de débloquer des fonds au cas par cas que de faire l’avance d’un fonds de garantie massif "au cas où". »

Emmanuelle Lucas
https://www.la-croix.com/France/Menace-colos-autres-camps-scouts-2018-05-04-

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Commerce, marchandisation, financiarisation, uniformisation... la logique européenne s'applique impitoyablement!  

*"ces nouveaux textes sont susceptibles de contestation devant la justice" : et en prime, toute tentative de contournement est susceptible d'être l'objet de poursuites judiciaires...     P.G.

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dimanche 6 mai 2018

Oligopoly : comment une poignée de grandes entreprises peuvent soumettre des secteurs entiers à leur loi

TRIBUNE LIBRE / par Mathieu Paris, Olivier Petitjean

TL OLIGOPOLY

 

Du commerce alimentaire aux médias, en passant par l’eau, l’électricité ou les services bancaires, la plupart des secteurs de l’économie sont désormais dominés par une poignée de grandes entreprises multinationales. Ces nouveaux oligopoles sont souvent en mesure d’imposer leurs intérêts face aux autres acteurs économiques, aux consommateurs... mais aussi aux pouvoirs publics. Ce qui explique, entre autres, que l’« ouverture à la concurrence » se traduise rarement par des baisses de prix, contrairement à ce qui nous est promis aujourd’hui une nouvelle fois à propos de la SNCF.

A BOIRE A VENDRE

Si vous êtes comme la plupart des Françaises et des Français, il y a de fortes chances que pour allumer la lumière le matin et préparer votre café, vous utilisiez du gaz ou de l’électricité commercialisés par EDF ou Engie, ou à la limite par Direct Energie (désormais racheté par Total). Sauf si vous avez la chance d’habiter une commune qui a préservé ou repris la gestion directe de son eau, celle que vous ferez couler pour prendre une douche et vous brosser les dents vous sera facturée par Veolia ou Suez – entreprises souvent également chargées de ramasser vos poubelles.

Lorsque vous passerez un coup de téléphone, ce sera via l’un des quatre opérateurs nationaux, Orange, SFR, Bouygues ou Free. Lorsque vous voudrez prendre connaissance des nouvelles du jour, ce sera probablement via un média appartenant à l’un ou l’autre de la dizaine de milliardaires qui contrôlent l’essentiel de l’information en France. Lorsque vous vous rendrez à votre travail, il y a de bonnes chances que vous conduisiez une voiture produite par Renault ou PSA, ou bien (si vous utilisez les transports en commun et que votre ville a délégué ce service au secteur privé), que vous y soyez emmenés par une filiale d’un des trois groupes qui dominent le secteur, Transdev, Keolis et RATP Dev.

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Le soir, vous irez faire vos courses dans une supérette ou un hypermarché qui a de très fortes chances d’appartenir directement ou indirectement à Carrefour, Auchan, Leclerc, Intermarché, Système U ou Casino. Les produits que vous y achèterez seront commercialisés par une poignée de grande entreprises comme Danone ou Lactalis, cachés derrière des dizaines de marques. Et vous réglerez vos achats avec une carte de paiement délivrée par un des grands groupes bancaires – BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, BPCE et Crédit mutuel - qui se partagent les quatre cinquièmes du marché en France.

Bref, difficile de faire un pas sans tomber sur une poignée de grandes entreprises qui se sont assurées une large domination sur tout un secteur de l’économie. (...).

CONCURRENCE 3

Pourquoi l’ouverture à la concurrence fait généralement monter les prix

La publication de notre « contre-rapport annuel » sur les grands groupes tricolores intervient alors que revient, en ce printemps 2018, un refrain familier depuis plus de trente ans en France. Le gouvernement entend « ouvrir » au marché un secteur auparavant sous contrôle public (cette année, la SNCF) et réduire les dépenses publiques pour donner une plus grande place à « l’entreprise ». Comme depuis trente ans, ces politiques sont justifiées au nom des vertus supposées de la « concurrence », en nous promettant qu’elles apporteront des prix plus bas et davantage de liberté pour les usagers-consommateurs, grâce à une libre et saine émulation entre acteurs économiques.

Il suffit pourtant d’ouvrir les yeux pour constater que la réalité est bien éloignée de ces beaux discours. La plupart des grands secteurs de l’économie française et européenne – à commencer par ceux qui ont été ainsi « libéralisés » depuis trente ans – sont aujourd’hui dominés par une poignée de très grands groupes. Qu’il s’agisse des géants de la finance, de l’énergie, de l’eau, de la pharmacie, de la grande distribution ou du BTP, le tableau général est le même ou presque : grâce à leur domination économique, un petit nombre de multinationales parvient à imposer ses intérêts aux PME et aux acteurs locaux, aux fournisseurs, aux usagers et consommateurs... et même souvent aux pouvoirs publics. Ce qui explique, entre autres, que l’ouverture à la « concurrence » et au secteur privé ne soit généralement pas, dans la pratique, synonyme de baisse des prix.

(...)

La réalité occultée des oligopoles

Ce phénomène de concentration oligopolistique pose problème non seulement d’un point de vue économique – pouvoir excessif sur les fournisseurs, ententes sur les prix, capacité à absorber ou écraser les acteurs plus petits... - mais aussi d’un point de vue politique, puisque ces mêmes grands groupes sont en position de force face aux élus et aux administrations chargées de les réguler. Pourtant, quand il s’agit de mesurer la réalité de cette concentration, les chiffres et les études manquent, et les institutions supposées veiller à ces questions, comme l’Autorité de la concurrence en France ou la Commission européenne, envisagent la question d’un point de vue purement technique, au coup par coup, sans vraiment regarder le tableau d’ensemble. Les chiffres que nous donnons ci-dessous n’ont donc rien de systématique ni d’exhaustif ; tirés de diverses sources, ils ne visent qu’à donner un aperçu d’une réalité souvent occultée.

Six poids lourds contrôlent 92% du marché français

Carrefour, Casino, Auchan, Leclerc, Intermarché et Super U se partagent la quasi totalité du marché de la grande distribution. Comme le rappelle un rapport récent du Basic, ces enseignes représentent désormais 60% des dépenses alimentaires en France, contre seulement 10% au début des années 1960. C’est dire leur domination sur tout le secteur agricole. La grande distribution est même en train de connaître une phase supplémentaire de concentration avec le regroupement annoncé des centrales d’achat de Carrefour et Système U d’une part, de Casino et Auchan de l’autre.

Un secteur dominé par six groupes

En 2016, les six principaux groupes français (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, BPCE, Crédit mutuel CIC et Banque postale) contrôlaient 89 % du marché bancaire et quatre banques (les mêmes sans Crédit mutuel et la Banque postale) 70% de celui des prêts bancaires. Ces quatre géants associant activités de banque de détail et activités spéculatives sur les marchés sont devenus des « banques systémiques », dont dépend la stabilité de tout le système financier français, et même mondial.

Trois entreprises se partagent le marché face au secteur public

Veolia et Suez dominent le secteur de la gestion privée de l’eau aussi bien en France qu’au niveau mondial, suivies par un troisième protagoniste, la Saur. La place éminente laissée au privé dans le secteur de l’eau a longtemps été une exception française, et c’est la rente ainsi accumulée qui a permis aux géants tricolores de s’étendre à l’étranger. S’ils ont vu leurs parts de marché en France s’éroder avec la tendance à la remunicipalisation de l’eau, ces géants historiques en contrôlent encore les deux tiers. Une concentration que l’on retrouve dans les déchets : Veolia et Suez (via sa filiale Sita) se partagent 70% du marché de l’incinération et des décharges.

De fortes concentrations selon les filières

Dans sa globalité, l’industrie agroalimentaire ne présente pas le même niveau de concentration que d’autres secteurs. Le Basic estime ainsi qu’environ 350 entreprises se partagent 60% du marché. Si en revanche on descend au niveau de filières spécifiques, comme le lait et les produits laitiers, on retrouve des exemples manifestes de concentration oligopolistique (Lactalis, Sodiaal, Bongrain, Danone et Bel). De même pour les secteurs des sodas, de l’eau en bouteille ou de la bière. La réalité de la concentration est également illustrée par le petit nombre de grosses multinationales qui se cachent derrière une multitude de marques. Il y a quelques années, une infographie qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux détaillait ainsi les 472 marques différentes possédées par seulement 10 multinationales, dont Nestlé, Coca-Cola et PepsiCo.

Le service public laissera-t-il place à un « Big 3 » à la française ?

Le marché du gaz et de l’électricité reste dominé en France par les deux acteurs historiques que sont EDF (plus de 80% de parts de marché sur l’électricité) et Engie, l’entreprise héritière de Gaz de France (trois quarts de parts de marché sur le gaz). La plupart des usagers témoignent ainsi de leur fidélité à l’ancien service public, bien que les pratiques de ces entreprises ne se distinguent pas toujours de celles de leurs concurrentes. L’érosion de la part de marché d’EDF et les pressions à la libéralisation pourraient faire évoluer cette situation. C’est en tout cas ce que souhaite Total, qui, avec le rachat de Lampiris puis de Direct Energie, cherche à se positionner comme le troisième poids lourd du secteur. Avec pour perspective la formation d’un oligopole ressemblant à ceux qui prévalent en Belgique ou en Grande-Bretagne (les très controversés « Big Six ».)

Un marché monopolisé par quatre opérateurs

L’arrivée de Free, outre la baisse des prix, a fait passer le nombre d’opérateurs téléphoniques nationaux de trois à quatre. Différentes opérations de fusion ont été négociées depuis (notamment entre Orange et Bouygues) pour faire revenir ce chiffre à trois, sans aboutir jusqu’à présent. La dynamique de concentration est également forte au niveau européen, le secteur ayant été marqué par de nombreuses opérations de fusions-acquisitions réduisant le nombre de groupes en lice.

Plus de 60% du marché pour les marques de Renault et PSA

Les groupes Renault-Nissan (Renault, Dacia, Nissan) et PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel) s’accaparaient plus de 60% du marché français en 2017. Si l’on y ajoute les marques du groupe Volkswagen (Volkswagen, Audi, Seat, Skoda, Porsche), ce chiffre se porte à près de 75%.

Ces dix milliardaires qui contrôlent la presse française

Comme l’a mis en lumière une enquête de Basta !, une dizaine de milliardaires – souvent liés à des groupes présents sur d’autres secteurs d’activités - comme Bernard Arnault, Pierre Bergé et François Pinault (luxe), Xavier Niel et Patrick Drahi (téléphonie), Martin Bouygues (BTP et téléphonie), Vincent Bolloré (infrastructures, voitures électriques, huile de palme), Serge Dassault (armement), contrôlent à eux seuls 89,9% des journaux vendus, 55,3% des parts d’audience à la télévision et 40,4% à la radio.

Trois géants se partagent les marchés les plus juteux

Tout le monde connaît les poids lourds du BTP que sont Vinci, Bouygues et Eiffage. Globalement, ils ne représentaient toutefois en 2015 qu’un peu plus de 20% du chiffre d’affaires de la construction en France. Un chiffre qui masque leur domination quasi incontestée dès lors qu’il s’agit de grands projets prestigieux ou de « partenariats public-privé ». Domination qui se retrouve aussi dans les infrastructures de transport. Les autoroutes françaises sont ainsi partagées entre Vinci, Eiffage et le groupe espagnol Abertis ; les nouvelles lignes à grande vitesse Paris-Bordeaux et Paris-Rennes ont été confiées respectivement à Vinci et Eiffage ; et Vinci (encore) a multiplié les prises de participation dans les aéroports régionaux, jusqu’à lorgner aujourd’hui sur le groupe Aéroports de Paris, promis à la privatisation.

Le retour des cartels ?

OLIGOPOLY

Pourquoi ce phénomène d’hyperconcentration pose-t-il problème ? Tout simplement parce que les nouveaux oligopoles dont nous venons d’esquisser le portrait disposent d’un pouvoir économique considérable, dont ils sont souvent tentés d’user pour favoriser leurs intérêts. Ceci généralement de manière légale et presque anodine, mais parfois aussi par le biais d’ententes outrepassant les limites du droit. Dernier exemple en date : les médias français se sont récemment fait l’écho des arrangements entre grandes entreprises de l’eau et du BTP autour des contrats de traitement des eaux usées en Ile-de-France, qui se chiffrent en centaines de millions d’euros. Il aura fallu l’obstination d’un concurrent italien malheureux pour mettre en lumière un système qui prospérait depuis des années, au profit de Veolia et de plusieurs autres groupes [1].

multinationales

« Cartel des camions », « cartel du lino », « cartel des machines à laver », « cartel des lunettes », « cartel du matériel électrique » récemment mis en lumière par Mediapart, « cartel de l’Euribor » dans le secteur financier, « cartel du yaourt »... La multiplication des sanctions et amendes imposées par les autorités de concurrence ou les tribunaux suggèrent que de telles pratiques n’ont rien d’exceptionnel ; on peut même se demander si elles ne finissent pas par faire partie intégrante du fonctionnement normal d’un secteur économique dès lors que celui-ci est dominé par quelques poids lourds.

Le problème est criant dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation. Régulièrement, producteurs de lait, de fruits et de légumes ou éleveurs protestent contre la faiblesse des prix qui leurs sont consentis, et qui ne leur permettent pas de maintenir une activité viable. Comme le rappelle une étude publiée récemment par le Basic (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne), le secteur agroalimentaire se caractérise par une concentration « au carré », à la fois au niveau de l’industrie agroalimentaire et au niveau de la grande distribution, qui ne cessent de se renvoyer la responsabilité de la détresse économique des paysans. Une chose est sûre : ces derniers ne perçoivent pas plus de 6% de la valeur de l’alimentation, et la baisse des prix agricoles se répercute rarement sur les prix facturés aux consommateurs (lire notre article). À l’échelle globale, on retrouve ce même phénomène de concentration, sous des formes plus ou moins extrêmes, à tous les maillons de la chaîne agroalimentaire, depuis les intrants (semences, pesticides, engrais, variétés d’élevage) jusqu’à la consommation en passant par la transformation et le négoce (contrôlé à 75% par les quatre grands groupes que sont ADM, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus) [2].

Capture des régulateurs et privatisation de l’expertise

Les nouveaux cartels ne sont pas capables d’influer seulement sur les prix, mais aussi sur les normes et les régulations applicables à leur secteur d’activité. L’industrie automobile en offre la meilleure des illustrations avec les révélations du « Dieselgate ». Depuis des années, les grands constructeurs européens ont réussi à retarder ou contourner la mise en place de normes plus contraignantes en matière d’émissions de NOx, de particules fines ou de gaz à effet de serre, parce que les autorités nationales et européennes leur ont permis de « co-écrire » les règles et de s’auto-réguler en ce qui concerne leur application (lire notre article).

Est-ce seulement une affaire de trop grande complaisance de la part des régulateurs envers le secteur privé ? En réalité, face au poids des grands groupes, les marges de manœuvre des pouvoirs publics semblent réduites. Ils sont vulnérables aux diverses formes de chantage (à l’emploi, à la délocalisation ou autre) rendues possibles par leur position dominante. Ils sont confrontés à des firmes que la course à la grandeur a rendues « too big to fail ». Et quand il s’agit de négocier un contrat au niveau local (eau, déchets) ou national (autoroutes), les élus sont souvent coincés face à un petit nombre de grosses firmes capables de s’entendre entre elles, et qui disposent généralement de bien plus d’informations et de ressources qu’eux.

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Les intérêts des entreprises privées ont fini par imprégner profondément les institutions mêmes qui sont chargées de les réguler au nom du public. Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) pour les télécommunications, CRE (Commission de régulation de l’énergie) pour l’électricité et le gaz, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et Comité économique des produits de santé (CEPS) pour la pharmacie, Autorité des marchés financiers (AMF) pour la banque et l’assurance... De nombreux secteurs sont désormais régulés par « leur » autorité indépendante, souvent très sensible à leurs intérêts, du fait des allers-retours (ou « portes tournantes ») de son personnel entre public et privé, ou plus simplement de leur collaboration au quotidien. Le tableau est le même en ce qui concerne les agences européennes.

 

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Pour parachever le tableau, il ne restait plus aux grands groupes qu’à étendre leur influence sur l’expertise et les savoirs scientifiques. Des scandales à répétition ont démontré l’ampleur des conflits d’intérêts qui caractérisent l’expertise en matière de médicaments ou de pesticides. Dans le secteur automobile, les tests d’homologation des véhicules – mis en cause dans le scandale du Dieselgate - sont réalisés en France par l’Utac, une structure qui appartient... aux constructeurs eux-mêmes. Tout aussi troublant, le principal centre d’expertise sur la pollution de l’air en France, le Citepa, est une association dont ne sont membres que des industriels ou des associations qu’ils ont créées. Et les mêmes grands groupes s’intéressent aussi à l’amont de la recherche, en finançant des laboratoires publics ou des chaires universitaires, comme Renault et PSA s’associant pour créer une chaire sur « la mobilité et la qualité de vie en milieu urbain » au sein de l’université Pierre et Marie Curie (Paris VI)...

La fabrique des « champions » français et européens

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Comment en est-on arrivé là ? Plusieurs raisons se conjuguent pour expliquer le niveau inédit de concentration qui fonde la puissance des nouveaux oligopoles. Il y a d’abord la dynamique classique des rachats, fusions et consolidations progressives qui permettent finalement à une poignée d’entreprises de dominer tout un secteur d’activité et d’y étouffer dans l’oeuf toute concurrence. Il y a aussi la délocalisation et la standardisation croissantes de l’économie, qui ont vu les petits commerces progressivement remplacés par des enseignes de grande distribution et les PME locales de plus en plus désavantagées par rapport aux grands groupes. La libéralisation des services publics a également joué un rôle, transformant les anciens monopoles d’État européens - à l’instar d’Orange ou d’EDF en France - en poids lourds du privé. Et, last but not least, il y a la domination des marchés financiers sur la stratégie des entreprises. Les fusions-acquisitions sont en effet surtout une manière de créer artificiellement de la « valeur » pour les actionnaires à travers la recherche de « synergies »... en clair des destructions d’emplois.

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Les hommes politiques ont certainement aggravé les choses avec leur obsession de construire des « champions » nationaux ou européens, dont ils ne se demandent pas souvent quels bénéfices réels ils apportent à l’économie de leur pays. Dans la bouche des dirigeants français, favoriser l’émergence de firmes ayant la « masse critique » suffisante pour peser dans la mondialisation est un leitmotiv qui a servi à justifier d’innombrables opérations de fusion plus ou moins heureuses, comme le rachat d’une partie d’Alstom par GE et de l’autre par Siemens, celui d’Alcatel par Nokia, la fusion entre Technip et FMC, et ainsi de suite. Opérations dont les principaux bénéficiaires ont été les dirigeants et actionnaires (ainsi qu’une foule de consultants, d’avocats et de banquiers d’affaires), et qui se sont systématiquement traduites – en dépit des promesses - par les pertes d’emploi qui en étaient le résultat logique.

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Souvent critiquées pour leur acharnement à imposer une concurrence « libre et non faussée », les institutions européennes ont elles aussi encouragé l’émergence de grandes entreprises à l’échelle continentale, à la fois pour donner corps à l’idée de marché unique et pour peser face aux multinationales américaines et chinoises. Les oligopoles sectoriels dont les lobbys sont si puissants à Bruxelles, à l’image de celui de l’industrie automobile mis en lumière par le Dieselgate (lire aussi cet article), sont le résultat de ces injonctions contradictoires de promotion de la concurrence et de soutien aux « champions » européens.

Hypermonopoles et mégafusions

Tout indique que nous sommes entrés dans une nouvelle phase de concentration qui pourrait reléguer les oligopoles actuels, issus de la vague néolibérale des années 1980 et 1990, au rang de reliques du passé. Derrière leurs beaux discours sur l’innovation et la « disruption », le modèle commercial des nouveaux géants du net comme Amazon, Google, Facebook ou Uber relève avant tout d’une bonne vieille logique monopolistique : on s’assure une emprise quasi totale sur les ventes en ligne, les recherches sur internet, les interactions sociales en ligne ou les trajets urbains, y compris en opérant à perte pendant des années si nécessaire ; puis on profite de la position acquise en développant toutes sortes d’activités annexes extrêmement profitables. Le contrôle des « mégadonnées » et de leur exploitation suscitent aujourd’hui toutes les convoitises et toutes les angoisses, dans la mesure où il pourrait étendre ces positions monopolistiques bien au-delà de leurs secteurs d’origine.

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Dans le reste de l’économie aussi, les dynamiques de concentration atteignent des proportions de plus en plus démesurées. Ce qu’illustre, dans le secteur de la chimie et de l’agriculture, la fusion à 66 milliards de dollars entre Bayer et Monsanto, aujourd’hui sur le point d’aboutir. L’opération est extrêmement controversée en raison du passif de ces deux entreprises en termes d’atteintes à la santé et à l’environnement. Faisant suite à la fusion entre ChemChina et Syngenta, et à celle entre Dow et DuPont, elle marque aussi un degré supplémentaire de concentration du secteur des semences et des pesticides, pourtant déjà l’un des moins concurrentiels au monde. Avant ces fusions, six entreprises contrôlaient les trois quarts du marché mondial des pesticides et des semences. Elles ne seront bientôt plus que quatre (lire notre article).

Les groupes français ne sont pas en reste. La fusion initiée en 2014 entre Lafarge et le suisse Holcim, numéros un et deux en termes de chiffre d’affaires, a donné naissance à un géant dominant de loin tout le reste du secteur cimentier mondial. C’est aussi Essilor, numéro un mondial des verres de correction, qui a annoncé en 2017 sa fusion avec la firme italienne Luxottica, leader mondial des montures. Une fusion entre Veolia et Suez, les deux leaders mondiaux de l’eau et des déchets, est régulièrement évoquée. Mais aussi parfois entre Renault et de PSA, dans un secteur automobile lui aussi marqué par la constitution de méga-alliances globales. Interrogé récemment à ce sujet par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, le président du directoire de PSA Carlos Tavares a reculé devant la perspective parce que « les synergies qui naîtraient d’un tel rapprochement auraient des conséquences sociales extrêmement élevées ».

La concurrence, une cause progressiste ?

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Les politiques de lutte contre les pratiques anticoncurrentielles ont souvent mauvaise presse, particulièrement en France où les règles européennes en la matière ont surtout servi à justifier la privatisation et la libéralisation des services publics, et à entraver toute politique industrielle au nom de la prohibition des « aides d’État ». Il est temps de se rappeler que ces politiques ont aussi une face plus progressiste : le combat contre les cartels et contre le pouvoir excessif des grandes entreprises. L’un des points culminants en aura été, au début du XXe siècle, le démantèlement de la Standard Oil de John D. Rockefeller en 34 entreprises distinctes. Si les opérations de cette ampleur restent rares (on pourrait aussi mentionner la scission des cartels chimiques et sidérurgiques allemands après la Seconde guerre mondiale), ils alimentent aujourd’hui à nouveau un débat sur la nécessité de « démanteler » ces nouveaux géants que sont Google ou Facebook.

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En France et ailleurs, des règles existent pour prévenir les entraves à la concurrence. Elles permettent de sanctionner certains abus, et elles ont récemment été mises à contribution par la commissaire européenne danoise Margrethe Vestager pour s’attaquer à l’optimisation fiscale des multinationales, en considérant les avantages fiscaux consentis par certains pays (l’Irlande pour Apple par exemple) comme des aides d’État déguisées (lire notre article). Mais, comme vient de le montrer le feu vert accordé par cette même Commission à la fusion Bayer-Monsanto, ces règles ne sont pas suffisantes pour empêcher l’émergence de nouveaux supermonopoles – quand ces monopoles ne sont pas encouragés au nom d’une promesse de baisse des prix pour les consommateurs [3]. Tout au plus peuvent-elles forcer les firmes qui fusionnent à revendre une partie de leurs actifs, là où leurs parts de marché sont vraiment trop excessives – reventes qui profitent généralement à un autre géant du même secteur (en l’occurrence, BASF). C’est pourquoi certains réclament aujourd’hui une refonte de ces règles, voire – comme l’ONG internationale ETC Group, grande pourfendeuse des nouveaux géants de la bio-économie - un traité international anti-concentration au niveau de l’Organisation des Nations unies.

 

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Prenant le problème par l’autre bout, les politiques de « relocalisation » de l’économie – qu’elles soient initiées par les consommateurs, les pouvoirs publics ou certaines organisations de producteurs – sont également une manière de s’extraire de la domination des nouveaux oligopoles, à l’image des circuits de distribution alternatifs comme les Amap. De même le phénomène de la « remunicipalisation » des services publics locaux, qui a souvent pour moteur une volonté d’en finir avec les transferts financiers vers les sièges des multinationales et leurs actionnaires et avec les choix technologiques imposés par les grands groupes (lire notre enquête). Dans d’autres cas – pensons au débat actuel en France sur l’avenir de la SNCF -, maintenir ou rétablir un monopole public sur certains services ou certaines infrastructures peut s’avérer inévitable et souhaitable.

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Sauf que, paradoxalement, ces dynamiques de relocalisation ou de remunicipalisation (voire de renationalisation) se trouvent contrecarrées... par les règles européennes ou nationales* qui obligent à mettre en concurrence sur le même plan des petites firmes locales, des entreprises publiques et de grandes multinationales.

Olivier Petitjean et Mathieu Paris

[1Lire notre article et l’enquête complète du Monde.

http://multinationales.org/Oligopoly-comment-une-poignee-de-grandes-entreprises-peuvent-soumettre-des

[2Lire le petit rapport Agropoly de la Déclaration de Berne / Public Eye, et notre article.

[3Lire Angela Wigger, « Too Big to Control ? The politics of mega-mergers and why the EU is not stopping them ».

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*Pour les règles "nationales", il s'agit en fait de la simple transposition des règles européennes en droit local, contrairement à ce que laissent entendre les auteurs (pour "noyer le poisson"?).    P.G.

mercredi 2 mai 2018

[RussEurope-en-Exil] Mondialisation, démondialisation, et les dérives d’une idéologie [réédition]

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

TRIBUNE LIBRE / J. SAPIR

TL SAPIR MONDIALISATION

Le livre de Philippe Moreau Defarges[1] entend nous brosser un tableau général des logiques de mondialisation et de démondialisation. Le débat est important, voire d’actualité. Un sondage d’OpinionWay vient en effet d’être réalisé sur la « mondialisation » et ses résultats sont sans appels[2]. Les français rejettent dans leur grande majorité cette « mondialisation » et se prononcent même, à près de 66%, pour une forme de retour au protectionnisme. Ce livre, pourtant, se présente comme un mélange étrange d’histoire, de réflexions pertinentes et d’idéologie.

Mondialisation et Démondialisation

Moreau Defarges, et il faut l’en remercier, a écrit un livre dense, qui entend brasser les différents problèmes issus de la dynamique de la mondialisation. Il commence son livre par une analyse des différences qui existent entre l’alter-mondialisme et les discours de démondialisation. Cette distinction est importante. Elle permet de cerner ce qui sépare ceux qui contestent l’état actuel des processus de mondialisation et ceux qui considèrent que le processus lui-même est, sans doute, arrivé au bout de ses possibilités. De ce point de vue, l’articulation entre les situations présentes et les processus, entre le « statique » et la « dynamique » est, naturellement, au cœur du débat. De fait, nul ne nie l’ampleur des interactions économiques et politiques, ni ne veut revenir à des Etats ne fonctionnant que sur leurs ressources nationales, un rêve autarcique qui n’a jamais existé.

Ce qui oppose les altermondialistes et les partisans de la démondialisation n’est pas non plus le constat des effets néfastes de la mondialisation. C’est, plutôt, l’analyse des constantes politiques. Le fonctionnement des organisations et des forums internationaux renvoie toujours aux Etats qui y adhèrent. Et il n’y a pas de « souveraineté » mondiale, dont on comprend bien que la base ne pourrait être que biologique, en raison de l’extrême différence des cultures politiques des différents peuples. Le discours de la démondialisation, du moins celui auquel il est raisonnable d’adhérer, prend acte de ces distinctions et, plutôt que de chercher à les nier, entend les coordonner. Mais, pour qu’une coordination soit possible, il faut que la souveraineté des Etats soit respectée.

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C’est, d’emblée, l’un des points sur lesquels on se sépare de la thèse centrale de ce livre. Car, Moreau Defarges a écrit une mise en garde contre la démondialisation. Et, cette démondialisation pour lui, s’incarne dans le personnage du Président des Etats-Unis, Donald Trump. Que ce dernier s’oppose au cadre actuel est une évidence. Mais, on peut se demander s’il représente une rupture aussi radicale que Moreau Defarges le prétend. En effet, tous les présidents américains depuis, et y compris, Bill Clinton, ont cherché à s’abstraire du droit international ou à le reformuler suivant les principes des seuls Etats-Unis. Il faut, sur ce point, rappeler la guerre du Kosovo, qui fut une rupture nette du droit international, tout comme le fut l’invasion de l’Irak en 2003 par George W. Bush[3]. Ajoutons y les mesures légales prises par les Etats-Unis qui aboutissent à donner une extra-territorialité aux lois américaines. Ces politiques, qui furent poursuivies par Barack Obama, ont entraîné la dislocation du cadre légal qui aurait pu permettre, peut-être, de construire des formes différentes de coordination. De fait, on peut avancer l’hypothèse que nul ne croit dans cette grande entité que serait une « humanité politique », mais que sont nombreux ceux qui s’en servent pour avancer, de manière cachée, leurs projets étatiques.

La naturalisation des processus

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Ce discours de la mondialisation opposé à celui de la démondialisation met en évidence la différence entre les constats, que l’on peut partager, et les représentations. On peut regretter que ce discours ne s’accompagne pas de la distinction nécessaire entre le mouvement des flux de marchandises et de capitaux, flux qui sont une réalité, mais qui ont connu de nombreuses évolutions dans l’Histoire, et l’idéologie de la mondialisation. A cela, il y a une raison évidente : Philippe Moreau Defarges reprend en réalité très souvent de manière a-critique ce discours idéologique dont il ne se distingue pas assez.

Revenons un instant sur la distinction entre l’alter-mondialisme et la démondialisation. La première accepte la mondialisation non comme un fait social mais comme un fait naturel. Elle s’inscrit en réalité dans une logique de naturalisation des processus que l’on peut appeler de « mondialisation ». En ce sens, l’alter-mondialisme, tel qu’il s’exprimait à la fin des années 1990 et au début des années 2000, est bien partie-prenante de l’idéologie de la mondialisation.

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Les altermondialistes entendent mettre en place de nouvelles formes de mondialisation mais jamais il ne s’interrogent sur ce que représentent socialement et politiquement ces processus car ils considèrent que ces processus sont « naturels ». Or, de ce point de vue, il y a bien communauté avec le discours des « pro-mondialisation » qui eux aussi affectent de considérer ces processus comme « naturels ». On le voit bien dans le discours que tient Moreau Defarges qui donne une place décisive aux techniques et aux technologies, présentés littéralement comme des Deus ex-Machina qui échapperaient aux actions humaines[4]. De même construit-il tout un chapitre (le chapitre 2) autour de l’idée d’une « réunification biologique ». Mais, les sociétés humaines, sauf dans les délires des racistes, ne sont jamais des réalités biologiques mais toujours au contraire des réalités sociales, politiques et culturelles. Connaissant Moreau Defarges, il n’est pas dans mes intentions de l’accuser de racisme, car je sais qu’il est fort éloigné de cette idéologie nauséabonde qui lui fait profondément horreur. Mais, on doit constater que l’idéologie de la mondialisation, et plus précisément la volonté de construire un cadre idéologique naturalisant les phénomènes qui peuvent relever de ce que l’on appelle la « mondialisation », aboutit à mobiliser des concepts et des notions qui elles renvoient à un imaginaire raciste débridé. Disons-le, c’est le cas de toute tentative pour « naturaliser » des phénomènes qui sont tout saufs « naturels ». Car, cette naturalisation, par contre, elle est bien à l’œuvre dans le livre. Ainsi, il y a dans les propos écrits par Moreau Defarges comme une résurgence des discours techniciste de naturalisation du social tels qu’ils étaient constitués dans le socialisme soviétique de la fin des années 1950 et des années 1960.

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Plus globalement, Moreau Defarges soutient que les hommes sont mus par des forces qui leurs sont étrangères. Or, et sauf à vouloir donner une place dominante à la biologie – avec tous les risques de dérive que cela entraînerait – il convient de rappeler que l’histoire de l’humanité est une histoire essentiellement sociale et politique ; c’est l’histoire des institutions que les hommes se sont donnés. Alors, que cette histoire ne corresponde pas aux intentions des acteurs, que ses résultats soient souvent paradoxaux (les « ruses de l’histoire »[5]), bref que les hommes ne sachent pas quelle histoire ils font, et qu’ils passent une histoire différente de celle qu’ils ambitionnaient de faire, est une évidence. Mais les hommes sont la force motrice et ne sont pas des atomes mus par des forces qui les dépassent. Il y a là une divergence majeure et fondamentale avec le livre de Moreau Defarges.

Une vision largement idéologique

Quand Moreau Defarges parle donc des discours de la démondialisation (et ces discours peuvent être divers) il les assimile à des discours idéologiques, autrement dit à des représentations mystifiées du monde réel. Libre à lui de défendre cette position. Mais, pour être un petit peu crédible, il faudrait d’une part l’établir de manière rigoureuse et d’autre part que lui-même ne sombre pas dans un discours largement idéologique. Ainsi, l’identification de la démondialisation avec la « fermeture » et le « repli » est à l’évidence une construction idéologique. Les discours critiquant le libre échange et l’idéologie de la « mondialisation » appellent à des formes de maîtrise des mouvements de biens et de capitaux, et nullement à l’interruption totale de ces derniers. Cette confusion idéologique, car c’est bien de cela qu’il s’agit, renvoie à la confusion entre protectionnisme et autarcie. Il s’agit pourtant de processus très largement différents, et bien distincts. La confusion entre les deux signe la nature idéologique du livre.

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De même, les repères temporels qu’il se donne (XVème-XXIème siècles) sont hautement discutables. Les échanges internationaux existaient sous la Rome impériale, voire bien avant. Les cités italiennes furent à la pointe tant du commerce international que des pratiques bancaires. Il y a donc quelque chose de profondément faux dans la manière qu’à Moreau Defarges de segmenter l’Histoire, de ne retenir que ce qu’elle peut fournir à l’appui de ses thèses sans reconnaître la présence d’éléments pouvant tout aussi bien nourrir les thèses inverses.

Un autre problème se pose quand il s’agit de mobiliser des références historiques pour soutenir sa thèse. Ainsi, il n’hésite pas à présenter le Nazisme comme une force en apparence rationnelle, réagissant à l’interruption des échanges. Manière de dire que le Nazisme est le produit du protectionnisme. Mais, cette thèse fait fi des recherches récentes sur la question. On peut discuter de l’assimilation du nazisme aux discours nationalistes, et de ces discours nationalistes aux discours socialistes[6]. Toute une série de travaux montrent que le nazisme était tout le contraire d’un nationalisme. Le point est ici important car, outre un argument relevant à l’évidence du « point Godwin », il y a une profonde incompréhension dans la radicalité particulière de l’Allemagne hitlérienne. La caractéristique du comportement de Hitler mais aussi des autres chefs nazis résulte du filtre « racial »[7]. L’État Nazi régresse alors vers un modèle archaïque, semi-féodal[8], alors qu’il doit gérer une économie et un système militaire développés. De ce point de vue, il est important de noter que si l’Allemagne nazie a pu donner l’illusion avant 1939 d’être un système « rationnellement organisé » pour faire la guerre[9], cette perception de la réalité a été mise à mal par les travaux exploitant les archives et les témoignages des acteurs. De ce point de vue, le travail de Berenice Caroll[10], a été pleinement confirmé par les recherches historiographiques des trente dernières années.

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Le système nazi n’était pas seulement monstrueux par sa finalité, il l’était dans son fonctionnement quotidien, qui est profondément pathologique. On est en présence d’une régression vers une forme étatique et administrative « pré-moderne » (au sens de Max Weber) appliquée sur une société et une économie « moderne ». Cette dimension pathologique du système nazi (dont Hitler est une des sources, mais qui va largement au-delà de la personne du dictateur) a été bien analysée par Ian Kershaw, aujourd’hui reconnu comme la référence sur Hitler[11]. L’Allemagne nazie n’est nullement une suite, radicalisée de l’Allemagne de Guillaume II. En réalité le nationalisme allemand s’est effondré quand il a capitulé devant l’idéologie raciale du national-socialisme[12].

La manière dont Moreau Defarges traite (et maltraite) l’Histoire, et il y en a de multiples exemples dans son livre, est ici révélatrice de son projet global : déconsidérer les discours de démondialisation. Alors, peut-on sérieusement faire le reproche d’idéologie à ces discours quand on est soi-même si profondément et si complètement au cœur d’une idéologie ?

De la mondialisation au mondialisme

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On trouve dans ce livre un a-priori très négatif tant à l’égard de la Nation que du nationalisme. Mais, dans le cas français, il semble ignorer la profondeur du sentiment national qui s’exprime de Jeanne d’Arc[13] à Valmy, en passant par Henri IV et le combat de Fontaine-Française[14]. Il méconnait l’histoire même de la constitution symétrique de la Nation et du Peuple[15]. De fait, cela interdit à Moreau Defarges toute intelligence du processus révolutionnaire français qui opposa une haute noblesse cosmopolite au sentiment national. Cela lui interdit aussi de comprendre comment l’ancienneté de la construction de la Nation dans le cas français va de pair avec celle du peuple compris non pas comme une communauté raciale ou religieuse, mais comme une communauté politique et culturelle.

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On comprend alors qu’il ne soit pas à l’aise avec les concepts de souveraineté, d’Etat Souverain, et de souveraineté populaire[16]. Pourtant, ces concepts sont fort anciens[17]. On les retrouve à l’œuvre dans la formule de la République Romaine Senatus Populus Que Romanum. Les différents contresens que l’on trouvera dans l’ouvrage renvoient tous à un problème bien plus général : l’ignorance de l’importance et de l’autonomie du politique. C’est la conséquence naturelle du discours de naturalisation des processus de mondialisation. Cela conduit alors Moreau Defarges à porter des jugements que l’on peut trouver comme relevant pour le moins d’une grande légèreté et plus probablement comme traduisant une forme de mépris produits d’une vision autocentrée, sur des pays comme le Japon[18] ou la Russie[19]. Et l’on est alors conduit au paradoxe suivant : l’auteur défend la « mondialisation » mais sur la base d’a-priori culturels que ne renieraient pas le plus endurcis et le plus arriérés des nationalistes. C’est le prix à payer pour ce mépris de l’instance politique, mais aussi de l’instance culturelle. Car, en réalité, les deux sont intimement liées. On ne peut avoir de conscience politique sans une conscience culturelle, et cette dernière intègre, en réalité, l’histoire inconsciente des luttes et des compromis politiques passés.

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On comprend bien ici ce qui est en jeu. Dans le discours idéologique du « mondialisme », discours qui correspond à la naturalisation des processus réels de mondialisation, deux agents opposés se voient attribuer des caractéristiques très particulières : l’élite financière et économique, apatride et mondialisée, et la plèbe, elle aussi mondialisée, mais sur la base d’une perte radicale de sa culture et de son identité politique. De fait, suivant les points de vue, on mettra l’accent sur l’une et sur l’autre, sans comprendre que la première n’est que la reformulation de la haute noblesse d’ancien régime et que l’autre est une masse qui a été privée de sa culture politique et qui se raccroche, et on peut le comprendre sans pour cela l’approuver, à des éléments religieux, comme c’est le cas avec l’islamisme.

Libre-échange, mondialisation et développement économique

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Il reste la dimension économique de la mondialisation. Ici encore, l’affirmation selon laquelle la compétition a toujours été un facteur de progrès est, pour le moins, rapide[20]. On pourrait conseiller à Moreau Defarges de lire l’ouvrage publié par Bruno Amable et Ivan Ledezma[21]. Il est vrai que l’on a pu avoir en l’impression, et peut-être l’illusion, que c’était par l’abolition des barrières aux échanges que l’on avait obtenu la croissance très forte. Des travaux, parmi lesquels on doit inclure ceux de Dollar, en 1992[22], de Ben-David, en 1993[23], de Sachs et Warner, en 1995[24], et de Edwards en 1998[25], ont cherché à établir ce fait.

Mais, de manière générale, les tests statistiques et économétriques pratiqués donnent des résultats qui sont pour le moins très ambigus. On peut en déduire que, pour certains pays, l’ouverture a eu des résultats positifs, mais non pour d’autres. Cependant, on peut aussi en déduire que si une politique qui associe l’ouverture à de bonnes mesures macroéconomiques est meilleure qu’une politique associant le protectionnisme à des mauvaises mesures macroéconomiques, ceci tient bien plus à la qualité des dites mesures macroéconomiques qu’à celle de l’ouverture[26]. De fait, les pays qui ont associé des politiques protectionnistes à des bonnes politiques macroéconomiques connaissent des taux de croissance qui sont largement supérieurs à ceux des pays plus ouverts, ce qui invalide le résultat précédent sur l’ouverture[27]. Ceci nous ramène à la problématique du développement, qui s’avère être autrement plus complexe que ce que les partisans d’un libre-échange généralisé veulent bien le dire.

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Les travaux d’Alice Amsden[28], Robert Wade[29] ou ceux regroupés par Helleiner[30] montrent que dans le cas des pays en voie de développement le choix du protectionnisme, s’il est associé à de réelles politiques nationales de développement et d’industrialisation[31], fournit des taux de croissance qui sont très au-dessus de ceux des pays qui ne font pas le même choix. Le fait que les pays d’Asie qui connaissent la plus forte croissance ont systématiquement violé les règles de la globalisation établies et codifiées par la Banque mondiale et le FMI est souligné par Dani Rodrik[32].

En fait, le protectionnisme s’avère bien souvent une voie plus efficace et plus rapide vers la croissance que le libre-échange et, ce point est d’ailleurs régulièrement oublié par les thuriféraires du libre-échange, c’est la croissance dans chaque pays qui porte le développement des échanges internationaux et non l’inverse. De même, quant on regarde les suites de la crise de 1929, il est souvent affirmé que les mesures de sauvegarde monétaires et commerciales prises à la suite de la crise de 1929 ont contribué à aggraver celle-ci en provoquant un effondrement du commerce international[33]. La contraction de ce dernier est une évidence, mais elle succède à la contraction de la production qui se manifeste dès le choc de la crise boursière au lieu de la précéder. La crise qui affecte l’économie et entraîne une baisse de la production, qui engendre alors une baisse du volume du commerce international. Par ailleurs, les causes de la chute de ce dernier sont nettement plus complexes que ce qui est généralement affirmé. Une étude systématique des données réalisées par des chercheurs du National Bureau of Economic Research (NBER) montre que les droits de douane (le protectionnisme) n’ont eu pratiquement aucun rôle dans l’effondrement du commerce international à partir de 1930. Ces mêmes chercheurs indiquent que les deux facteurs déterminants dans son effondrement furent l’accroissement des coûts de transport et l’instabilité monétaire[34]. La hausse des coûts de transport est par ailleurs signalée dans une autre étude comme l’un des facteurs ayant eu une responsabilité importante dans la contraction du commerce international[35]. Il convient de souligner le rôle de la contraction de la liquidité internationale dans la contraction du commerce international. Foreman-Peck montre bien que la contraction du crédit est une cause majeure de contraction du commerce. Les faillites bancaires ont aussi atteint les compagnies d’assurance. Les conditions d’assurance du trafic maritime se sont détériorées et les moyens financiers des négociants maritimes se sont contractés brutalement. La question de la liquidité, et non celle d’un retour au protectionnisme, fut donc bien centrale[36].

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La légèreté avec laquelle Philippe Moreau Defarges traite de l’Histoire, que ce soit l’Histoire économique ou l’Histoire politique et sociale, est le signe le plus évident et le symptôme le plus robuste du caractère profondément idéologique de son argumentation. On ajoutera, mais la faute là en incombe à son éditeur, que ce livre apparaît à de nombreuses reprises comme une sorte de brouillon, voire des têtes de chapitres qui ne sont pas développés, avec des retours en arrière qui en rendent la lecture difficile. Ajoutons une bibliographie générale mais aucune note de bas de page. Les arguments des ouvrages cités à la fin du livre sont rarement repris et discutés, ce qui est plus que gênant dans le cas d’un essai. La question des conséquences écologiques des processus de mondialisation est ainsi largement passée sous silence, alors qu’elle constitue un des arguments les plus importants des partisans de la démondialisation.

Notes

[1] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation (XVème-XXIème siècles), Paris, Odile Jacob, mars 2018.

[2] https://www.opinion-way.com/fr/component/edocman/opinionway-pour-le-printemps-de-l-economie-les-francais-et-la-mondialisation-mars-2018/viewdocument.html?Itemid=0

[3] Sapir J., Le Nouveau XXIè siécle, Paris, le Seuil, 2009.

[4] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 37 et 150.

[5] Voir G.F.W. Hegel, La Raison dans l’histoire, Paris, UGE, 1965, p. 129. Ou encore Nicolas Machiavel : Le Prince, Paris, PUF 2000

[6] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 18.

[7] Burleigh M. et W. Wippermann, “The Racial State – Germany 1933-1945”, Cambridge University Press, 1991.

[8] Koehl R., “Feudal Aspects of National-Socialism”, in American Political science Review, vol. 54, 1960, n°3, pp. 921-33.

[9] Thèse défendue par O. Nathan, “The Nazi Economic System”, Duke University Press, Durham, NC., 1944, et par L. Hamburger, “How Nazi Germany has Controlled Business”, The Brookings Institution, Washington, D.C., 1943.

[10] Caroll B.A., “Design for Total War”. Arms and Economics in the Third Reich, Mouton, The Hague, 1968.

[11] Kershaw I., Hitler, a Profile in Power, Londres, 1991 ; Nazi Dictatorship : problems and Perspectives of Interpretation, Londres Oxford UP, 1993 ; “Working towards the Führer”, in I. Kershaw et M. Lewin (eds.) Stalinism and Nazism – Dictatorships in Comparison, Cambridge Univ. Press, 1997.

[12] W. Sheridan Allen, “The Collapse of Nationalism in Nazi Germany”, in J. Breuilly (ed), The State of Germany, Londres, 1992.

[13] Bensaïd D., Jeanne de guerre lasse, Paris, Gallimard, « Au vif du sujet », 1991.

[14] Berger H., Henri IV à la bataille de Fontaine-Française, Dijon, 1958. Et l’on se souvient de l’apostrophe d’Henri IV dans le courrier qu’il envoya au Duc de Biron « pends toi, brave Biron… ».

[15] Flori J., Philippe Auguste – La naissance de l’État monarchique, éditions Taillandier, Paris, 2002.

[16] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation, op.cit., p. 163 et suivantes.

[17] Carré de Malberg R., Contribution à la Théorie Générale de l’État, Éditions du CNRS, Paris, 1962 (première édition, Paris, 1920-1922), 2 volumes.

[18] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 60.

[19] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 100.

[20] Moreau Defarges P., La Tentation du repli – Mondialisation et Démondialisation op.cit., p. 151.

[21] Amable B. et Ledezma I., LIBÉRALISATION, INNOVATION ET CROISSANCE , Paris, Editions Rue d’Ulm, 2015.

[22] Dollar D., « Outward-Oriented Developeng Economies Really Do Grow More Rapidly: Evidence From 95 LDC, 1976-1985 », Economic Developemnt and Cultural Change, 1992, p. 523-554.

[23] D. Ben-David, « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », Quarterly Journal of Economics, vol. 108, n° 3, 1993.

[24] Sachs J., A. Warner, « Economic Reform and The Process of Global Integration », Brookings Paper on Economic Activity, n° 1, 1995, p. 1-118.

[25] Edwards S., « Opennes, Productivity and Growth: What We Do Really Know? », Economic Journal, vol. 108, mars 1998, p. 383-398.

[26] Voir Ben-David D., « Equalizing Exchange: Trade Liberalization and Income Convergenge », op. cit.

[27] Voir Chang H.-J., « The Economic Theory of the Developmental State » in M. Woo-Cumings (dir.), The Developmental State, Ithaca, Cornell University Press, 1999 ; Kicking away the Ladder: Policies and Institutions for Development in Historical Perspective, Londres, Anthem Press, 2002.

[28] Amsden A., Asia’s Next Giant, New York, Oxford University Press, 1989.

[29] Wade R., Governing the Market, Princeton (N. J.), Princeton University Press, 1990.

[30] Helleiner G. K. (dir.), Trade Policy and Industrialization in Turbulent Times, Londres, Routledge, 1994.

[31] Voir C.-C. Lai, « Development Strategies and Growth with Equality. Re-evaluation of Taiwan’s Experience », Rivista Internazionale de Scienze Economiche e Commerciali, vol. 36, n° 2, 1989, p. 177-191.

[32] Rodrik D, « What Produces Economic Success? » in R. Ffrench-Davis (dir.), Economic Growth with Equity: Challenges for Latin America, Londres, Palgrave Macmillan, 2007. Voir aussi, du même auteur, « After Neoliberalism, What? », Project Syndicate, 2002 (www.project-syndicate.org/commentary/rodrik7).

[33] C’est la thèse de C. P. Kindleberger, « Commercial Policiy Between the Wars » in P. Mathias, S. Pollard (dir.), The Cambridge Economic History of Europe, vol. 8, Cambridge, Cambridge University Press, 1989 ; et de H. James, The End of Globalization: Lessons from the Great Depression, Cambridge, Harvard University Press, 2001.

[34] Estevadeordal A., B. Frants, A. M. Taylor, « The Rise and Fall of World Trade, 1870-1939 », NBER Working Papers Series, n° 9318, Cambridge, National Bureau of Economic Research, 2002.

[35] Findlay R., K. H. O’Rourke, « Commodity Market Integration: 1500-2000 » in M. D. Bordo, A. M. Taylor, J. G. Williamson (dir.), Globalization in Historical Perspective, Chicago, University of Chicago Press, 2003.

[36] Foreman-Peck J., A History of the World Economy: International Economic Relations since 1850, New York, Harvester Wheatsheaf, 1995, p. 197.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-mondialisation-demondialisation-et-les-derives-dune-ideologie-par-jacques-sapir/

dimanche 29 avril 2018

Ce petit garçon qui se cramponne à son père mort ne deviendra jamais le « visage de la guerre au Yémen »

Une photo d'une horreur indicible prise après des frappes saoudiennes sur un mariage au Yémen dimanche dernier montre un petit garçon se cramponnant au cadavre de son père. Mais il y a fort à parier que cet enfant ne sera jamais présenté comme le « visage de la guerre » dans les médias mainstream.

TL YEMEN ENFANT

Sur des photos et des séquences vidéos de l'après-bombardement, qui a eu lieu dans un village isolé de la province de Hajjah, dans le nord-ouest du Yémen, le jeune garçon, probablement âgé de 7 ou 8 ans, se cramponne au corps d'un homme, agrippant sa chemise et répétant « non, non, non » tandis que des secouristes tentent de l'éloigner. Des personnes sur le terrain ont déclaré à Ruptly que l'enfant affirmait avec insistance que son père était simplement endormi et qu'il ne tarderait pas à se réveiller pour le ramener dans leur village, non loin du village bombardé.

Il est probablement resté là pendant des heures, à en juger par certaines photos prises durant la nuit, ainsi qu'au matin. Un caméraman de Ruptly a déclaré que le corps de l'homme avait été évacué en dernier, et que l'enfant était resté à ses côtés jusqu'au bout.

Voici une petite prédiction. Ce garçon ne figurera jamais en prime time dans les médias mainstream, même si sa frêle silhouette et sa pathétique témérité enfantine sont à fendre le cœur. Aucune présentatrice bien payée et impeccablement maquillée ne dira sur un ton larmoyant que ces images sont insupportables. Aucun correspondant ne confrontera le ministre des Affaires étrangères saoudien, en lui montrant les photos et en lui disant droit dans les yeux : « Ceci est un crime de guerre, Monsieur. » Au Conseil de sécurité des Nations Unies, la tragédie de ce petit garçon ne servira pas à dénoncer un régime criminel qui massacre des civils en toute impunité.

MBS MACRON

Pour retenir l'attention de l'Occident, les enfants victimes de bombardements doivent venir d'un autre pays. D'un pays où les bombes qui tuent des civils ne sont pas fournies par les USA ou par l'Angleterre. Où les signes flagrants de malnutrition ne constituent pas une accusation silencieuse contre l'Arabie saoudite, qui bloque l'approvisionnement en nourriture, en médicaments et en carburant pour les gens qui s'opposent à l'invasion. Les « bonnes » victimes se trouvent en Syrie, pas au Yémen.

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Les médias mainstream semblent avoir adopté une approche très sélective, pour ce qui est des enfants victimes de la violence terroriste. À leurs yeux, nombre d'entre eux ne méritent tout simplement pas la compassion ou la moindre couverture médiatique. Une zone d'ombre recouvre la Bande de Gaza, où des enfants ont été blessés et tués la semaine dernière par des soldats israéliens gardant la barrière de séparation. Une zone d'ombre recouvre également l'Est de l'Ukraine en rébellion, où des dizaines d'enfants furent tués par des tirs d'obus en 2014, lorsque les autorités installées à la suite du coup d'État à Kiev déployèrent l'armée pour faire plier les rebelles. Idem pour tout autre endroit du monde où la violence est commise par le « bon camp ».

La cinquantaine de personnes tuées au mariage yéménite viendront s'ajouter aux statistiques de guerre, et figureront dans le dernier rapport de l'ONU ou d'Amnesty International. Il est peu probable qu'elles affectent la capacité de l'Arabie saoudite d'acquérir des armes occidentales, de recevoir des renseignements de la part des Occidentaux concernant les bombardements, ou d'être ravitaillée en carburant.

On peut se demander ce que deviendra ce petit garçon plus tard.

https://fr.sott.net/article/32298-Ce-petit-garcon-qui-se-cramponne-a-son-pere-mort-ne-deviendra-jamais-le-visage-de-la-guerre-au-Yemen-IMAGES-CHOQUANTES

MONTAGE ARABIE ALLIES YEMEN

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lundi 16 avril 2018

Après les sanctions américaines, les sénateurs russes proposent des représailles économiques fortes

Les sénateurs russes de la Douma d'Etat ont annoncé le 13 avril avoir rédigé un projet de loi proposant une restriction drastique des importations de biens et de services américains en réponse aux dernières sanctions de Washington.

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Face aux dernières sanctions américaines visant une série d'hommes d'affaires, d'entreprises et de responsables russes, des parlementaires russes ont proposé le 13 avril de prendre plusieurs mesures de rétorsion. Un projet de loi appelant à restreindre les importations de logiciels, de produits agricoles, de médicaments, de tabac et d’alcool en provenance des Etats-Unis sera débattu la semaine prochaine à la Douma d'Etat, chambre basse du parlement russe.

Des mesures qui pourraient «perturber» l’économie américaine

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Les sénateurs russes ont également suggéré de suspendre la coopération avec Washington dans divers domaines stratégiques à l’instar de l’énergie atomique et de l’aéronautique. Si ce projet de loi est adopté, la Russie suspendra notamment l’exportation de titane à destination de Boeing. Une décision qui aurait un impact très lourd sur le constructeur américain selon le porte-parole de la société publique industrielle russe Rostec, Viktor Kladov.

Dans une récente interview accordée au quotidien russe Rossiïskaïa Gazeta, il a indiqué que depuis l’année dernière, 40% des pièces d'avions en titane russe avaient été vendues à Boeing et 60% à son rival "européen" Airbus. De son côté, Piotr Pouchkariov, analyste en chef du groupe financier TeleTrade, a estimé que «la Russie ét[ait] capable de "perturber" l’économie des Etats-Unis en arrêtant ou en restreignant l’importation de ce précieux métal». 

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Enfin, les sénateurs russes ont appelé à lever l'autorisation faite aux entreprises américaines de participer aux privatisations russes. À l'heure actuelle, la liste des entités juridiques pouvant organiser des transactions de privatisation en Russie comprend Goldman Sachs, JP Morgan, Credit Suisse, Morgan Stanley, BNP Paribas, UBS, CITI et plusieurs autres banques étrangères.

Selon, les données officielles des douanes russes, la Russie a importé 12,5 milliards dollars de produits américains en 2017.

https://francais.rt.com/economie/49741-parlementaires-russes-proposent-mesures-sanctions

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ça ne va pas les tuer, mais c'est toujours bon à prendre, et surtout, ça va dans le bon sens: l'impérialisme US est aussi une domination économique, juridique, culturelle...

P.G.

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lundi 2 avril 2018

Brésil: le secteur de la viande face aux scandales sanitaires

Secoué par une nouvelle enquête ciblant des laboratoires accusés de masquer des salmonelles dans les produits du géant agroalimentaire BRF, le Brésil tente de redorer le blason de sa filière viande, un an après le scandale des viandes avariées.

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Cible de l'opération "Trapaça" ("triche") menée début mars par la police fédérale brésilienne, le groupe BRF, premier exportateur mondial de volailles, est accusé d'avoir falsifié des analyses de qualité entre 2012 et 2015 pour masquer la présence de salmonelle dans ses produits.   Certains d'entre eux étaient destinés à des pays de l'Union européenne.   

"La salmonelle rencontrée dans les produits ne présente aucun risque pour la santé à partir du moment où la viande est cuite ou frite, mais sa présence est tout de même interdite par certains pays", admet le secrétaire d'Etat à l'Agriculture Luis Rangel lors d'un entretien avec l'AFP. Le ministère de l'Agriculture a suspendu les exportations des viandes de volaille de BRF vers l'Union européenne, et une délégation brésilienne s'est rendue la semaine dernière à Bruxelles pour défendre son secteur avicole.

Contrôles sanitaires renforcés

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Cette nouvelle enquête policière dans l'agroalimentaire brésilien s'inscrit dans la continuité de l'opération "Carne fraca" ("viande avariée") qui a mis à jour en mars 2017 un vaste réseau de corruption, impliquant des agents de services sanitaires ayant certifié conforme de la viande avariée.   Des dizaines de pays avaient alors temporairement suspendu leurs importations de viande bovine. Deuxième importateur mondial, la Chine avait demandé des éclaircissements, mais pas mis d'embargo. 

L'UE a renforcé ses inspections. Les Etats-Unis et la Russie ont fermé leurs portes au boeuf brésilien. Mais pour l'Association brésilienne des industries exportatrices de viande (ABIEC), "cela n'a rien à voir" avec le scandale: "Un abcès a été trouvé sur un lot de viande envoyé aux Etats-Unis. Dans le cas russe, le marché était déjà fermé avant l'opération pour des questions tarifaires", affirme l'ABIEC. Et les exportations brésiliennes de viande bovine ont augmenté de 9% en volume en 2017. Le pays reste le premier exportateur mondial de boeuf. Des quatre usines de transformation de viande fermées au moment du scandale, deux ont repris leurs activités et deux ont perdu leur licence.

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Le ministère de l'Agriculture affirme avoir renforcé les contrôles sur l'ensemble de la chaîne de production et "accéléré" la révision de la réglementation de la certification sanitaire, selon M. Rangel. "Nous avons réduit le nombre d'étapes et d'intermédiaires au sein du système de contrôle sanitaire des entrepôts frigorifiques pour supprimer les risques d'interférences politiques", précise-t-il.

Le ministère de l'Agriculture a créé une certification de "compartimentation". Un concept recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui revient à isoler les différentes unités de production grâce à de hauts niveaux de biosécurité, afin de ne pas suspendre toutes les exportations en cas de problème. Dans ce cadre, deux entreprises avicoles ont reçu le 14 mars, les premières certifications émises.

Rapport européen en avril

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L'opération "Trapaça" arrive d'autant plus mal qu'elle s'ajoute aux craintes des éleveurs français et européens au sujet de l'accord de libre-échange en cours de négociation entre l'UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), qui faciliterait l'exportation de viande sud-américaine vers l'Europe

Eleveurs et consommateurs européens craignent l'apparition de produits à la qualité douteuse. Ils dénoncent aussi l'alimentation du bétail avec des OGM, et l'utilisation d'antibiotiques comme activateurs de croissance"Notre usage des OGM et des antibiotiques se fait dans le respect des règles internationales", assure M. Rangel. "Nous suivons les recommandations de l'OMS de réduction des antibiotiques (...) Sur ce point, nous avons beaucoup appris de l'Union européenne et des États-Unis", ajoute-t-il.  

La pression de l'UE est "plus grande en raison des négociations", fait valoir Antônio Jorge Camardelli, président de l'ABIEC. "Mais le Brésil a toujours été transparent sur ses méthodes de production. Tout pays ayant un accord commercial avec nous peut inspecter nos installations", affirme-t-il. 

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Fin janvier, des inspecteurs européens ont mené un audit sur la filière volaille, dont le rapport est attendu en avril. Le précédent audit, en juin, avait constaté des manquements dans le contrôle des établissements brésiliens et le non-respect des normes sanitaires européennes. Autre point noir soulevé par les Européens, la traçabilité du bétail qui n'est pas obligatoire au Brésil, malgré l'existence d'un Système d'identification et de certification d'origine bovine (SISBOV).

Source AFP

http://www.pleinchamp.com/elevage/actualites/bresil-le-secteur-de-la-viande-face-aux-scandales-sanitaires

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vendredi 30 mars 2018

La Pologne signe un contrat de 3,8 milliards d'euros pour l'achat de missiles américains Patriot

Après plusieurs années de négociations, Varsovie a finalement conclu l'achat de deux systèmes de défense antimissile et antiaérienne Patriot. Dès 2015, la Pologne avait écarté le système de défense proposé par le groupe français Thales-MBDA.

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Le ministre polonais de la Défense, Mariusz Blaszczak, a signé le 28 mars à Varsovie le contrat d'achat du système antimissile américain Patriot pour 4,75 milliards de dollars (3,8 milliards d'euros). Les livraisons des premières batteries sont prévues à partir de 2022. Lors de la signature, le ministre polonais de la Défense a déclaré : «Ce système a été acheté pour l’armée polonaise aussi en raison du stationnement sur notre territoire des unités de l’OTAN. Ce système permettra donc la sécurité et l’intégration de l’armée polonaise avec l’armée des Etats-Unis.»

La cérémonie s'est déroulée en présence du président Andrzej Duda, qui a parlé d'un «moment historique» et du Premier ministre Mateusz Morawiecki, ainsi que de l'ambassadeur des Etats-Unis Paul Jones, à qui le contrat signé a été remis.

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La négociation de ce contrat avait commencé il y a plusieurs années. En avril 2015, le gouvernement polonais avait déjà annoncé qu’il avait fait son choix en faveur du système de défense anti-aérienne produit par la société américaine Raytheon au détriment du consortium européen Eurosam, composé de Thales et MBDA. Peu de temps après, il avait annulé le projet d’achat de 50 hélicoptères Caracal d’Airbus helicopters, à la grande fureur de Paris, au profit de Black Hawk S-70 de l’américain Sikorsky (filiale de Lockheed-Martin).

Toutefois, pour ce qui est du système Patriot, Varsovie avait buté sur le montant initial du contrat qui était de 10,5 milliards de dollars, correspondant à la livraison de quatre radars et stations de contrôle, 16 rampes de lancement, 208 missiles intercepteurs MSE (Missile Segment Enhancement) et différents équipements annexes, soit quatre systèmes complets. Rapidement la Pologne avait réduit ses ambitions à deux systèmes, pour un montant de 5 milliards de dollars, exigeant en contrepartie des transferts de technologie.

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Cette condition a, semble-t-il, été acceptée par les Américains. Selon le quotidien polonais Gazeta Wyborcza qui cite des sources au sein du ministère polonais de la Défense, Lockheed Martin a consenti à un investissement de 724 millions de zlotys, (172 millions d’euros) en transfert de technologie. C’est-à-dire que les missiles devraient être en partie fabriqués en Pologne avec la participation d’entreprises polonaises.

La presse polonaise affirme également que la phase définitive des pourparlers a commencé peu de temps avant la visite de Donald Trump en Pologne, en juillet 2017. Une lettre d’intention pour l'achat de deux batteries avant 2019 et une série complémentaire d'ici 2026, avait alors été signée.


Les premiers lanceurs devraient être livrés à la Pologne d’ici 2020. Auparavant, la Roumanie avait déjà fait le choix de systèmes Patriot. Enfin, début mars, le département d’Etat américain a donné son aval à la livraison en cours de négociation de missiles anti-char Javelin du même constructeur américain Raytheon.

https://francais.rt.com/economie/49257-pologne-contrat-38-milliards-missiles-patriot

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Et pendant ce temps- là, la France, en tant que "contributeur net", finance la Pologne... Cherchez l'erreur!       PG.

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L'Allemagne donne son feu vert à la construction du gazoduc russe Nord Stream 2

Après un an d'études environnementales et commerciales, l'Allemagne a finalement accordé tous les permis nécessaires au démarrage du projet de gazoduc porté par Gazprom dans sa zone économique. Le chantier devrait démarrer d'ici la fin de l'année.

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Le consortium Nord Stream 2 AG a annoncé le 27 mars avoir reçu le jour même les autorisations pour la construction et l’exploitation du gazoduc Nord Stream 2. Après étude sur l’impact environnemental et commercial l’agence maritime et hydrographique allemande a autorisé la pose du gazoduc sur les quelque 30 kilomètres de fonds marins de la mer Baltique faisant partie de sa zone économique exclusive


«Nous sommes ravis que tous les permis nécessaires soient maintenant en place pour la partie allemande du trajet», a commenté Jens Lange, haut responsable de Nord Stream 2 AG, la société de droit allemand qui gère le projet.

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Dans son communiqué, l’entreprise, de droit allemand mais détenue à 100% par le géant russe Gazprom, précise que ces permis sont le résultat d’un large processus mené en conformité avec la loi depuis avril 2017. Elle ajoute que ce processus a démontré que le gazoduc sous-marin Nord Stream 2 était nécessaire à la sécurisation des approvisionnements en gaz de l’Europe et contribuerait à la concurrence sur le marché du gaz de l’Union européenne.

Le communiqué souligne également que le gazoduc contribuera à atteindre les objectifs environnementaux dans la mesure où la génération thermique d’électricité à partir de gaz émet deux fois moins de CO2 que celle recourant au charbon. Un détail important en Allemagne fortement dépendante du charbon pour sa production d’électricité.

Nord Stream 2 s’est également montré confiante quant à l’attribution des ultimes permis nécessaires de la part de la Finlande, de la Suède, du Danemark… et de la Russie. Selon le communiqué les procédures en cours dans ces pays « se déroulent comme prévu ». Les travaux de construction devraient commençer dans le courant de l’année 2018.

Les Etats-Unis ont annoncé leur intention d'empêcher la réalisation du projet

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Le 20 mars, la porte-parole du département d'Etat américain Heather Nauert avait déclaré lors d'une conférence de presse : «Comme beaucoup de gens le savent, nous nous opposons au projet Nord Stream 2, le gouvernement américain s'y oppose.» Elle avait également laissé entendre que Washington ferait tout pour faire capoter le projet russo-européen de gazoduc

Auparavant, le 5 mars, les services juridiques du Conseil européen avaient retoqué la demande de la Commission européenne de soumettre le projet aux règles de fonctionnement du marché intérieur de l'énergie. Ils ont en effet estimé que l'UE pourrait enfreindre la Convention des Nations unies sur le droit de la mer si elle décidait d'appliquer ses propres règles à des gazoducs offshores. Ce projet va permettre à la Russie de doubler ses livraisons de gaz vers l'Allemagne via la mer Baltique et réduire la dépendance de l’approvisionnement européen aux aléas du transit par l’Ukraine.

https://francais.rt.com/economie/49253-allemagne-donne-feu-vert-nord-stream-2

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samedi 10 mars 2018

Paris : des milliers de faux contrôles de stationnement

La société Streeteo, en charge du contrôle du stationnement à Paris, a mis en place une procédure pour augmenter artificiellement les chiffres et tenir les objectifs de la Ville. Un ex-employé dénonce.

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Des contrôles de stationnement… sans voitures, réalisés autour d’une table dans un bureau. C’est la surprenante méthode, que semble avoir mise en place la société Streeteo à Paris. « C’est un système que l’entreprise a mis en place pour gonfler les chiffres de contrôle », explique Hamidou Sall, ancien chef d’équipe pour Streeteo, qui a démissionné mi-février. Une vidéo tourne sur les réseaux sociaux pour illustrer l’entourloupe, révélée également ce mercredi par « Le Canard Enchainé ».

Pour tenir les objectifs fixés par la Ville de Paris depuis la privatisation du contrôle du stationnement payant, le 1er janvier, Streeteo aurait demandé à des agents d’entrer dans leur PDA (sorte de smartphone qui sert à faire les contrôles) des listes de plaques d’immatriculation. Ces numéros correspondent à des voitures pré-contrôlées par les véhicules LAPI (lecture automatisée des plaques) de Streeteo, parfois plusieurs jours auparavant.

Des contrôles réalisés depuis un bureau

Réunis dans un bureau, les agents enregistrent à la chaîne des centaines de numéros de plaques, comme s’ils les avaient contrôlées de visu dans la rue. « On nous demandait de désactiver le GPS de nos PDA pour que les contrôles ne soient pas localisés », dénonce Hamidou Sall, assisté par deux avocats, Mes Yassine Yakouti et Karim Morand Lahouazi.

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Capture d'écran d'un mail reçu par un agent Streeteo demandant de désactiver son GPS pour faire des contrôles de stationnement depuis La Défense/(DR.)

« Très vite, en janvier, Streeteo s’est rendu compte qu’on ne pourrait pas atteindre les objectifs de la Ville de Paris. Après avoir mis en place ce système, au moins la moitié des contrôles étaient effectués dans le bureau », poursuit l’ex-employé. Pour les deux lots gérés par Streeteo à Paris (soit deux tiers de la ville environ), il fallait faire 50 000 contrôles par jour.

Le contrat passé avec la Ville de Paris pour la gestion du stationnement ne prévoit pas de rémunération au FPS (forfait post-stationnement, le nouveau nom des PV), pour éviter une politique du chiffre, mais impose un nombre total de 75 000 contrôles par jour.

Pas de contraventions illicites

Parmi la foule de faux contrôles ainsi effectués, impossible bien sûr de dresser des contraventions. Celles-ci seraient immédiatement contestées. « La consigne était, en enregistrant les plaques, de donner un faux motif pour justifier l’absence de FPS », poursuit Hamidou Sall. Trois choix en général s’offrent à l’agent : la personne est dans sa voiture, l’automobiliste est agressif, ou la voiture verbalisée dispose d’une carte de stationnement PMR (personne à mobilité réduite). « On nous demandait de changer régulièrement de motif », explique l’ancien employé.

Problème : le nombre de non-verbalisations pur cause de carte PMR a explosé… artificiellement. Ce qui a alerté la Ville de Paris et a même entraîné une intervention au dernier Conseil de Paris de l’adjoint aux transports Christophe Najdovski évoquant la recrudescence du nombre de fausses cartes PMR… La Ville a alors compris le système des faux contrôles et convoqué Streeteo. « A la suite de ce rendez-vous, précise un communiqué de la Ville, les dirigeants de Streeteo ont diligenté une enquête interne, qui a confirmé un dysfonctionnement. Ils y ont mis totalement un terme dès le 22 février, tout en engageant des mesures disciplinaires à l’égard du cadre qui en était à l’origine. ».

Un couac de plus

Des sanctions ont également été demandées. Elles s’élèvent à 60 000 € selon « Le Canard Enchaîné ». «C'est un couac pour la société Streeteo, pas pour la mairie de Paris », a indiqué Christophe Najdovski ce mercredi.

Un couac de plus, pourrait-on dire. Car ce n'est pas la première fois que Streeteo est montrée du doigt. En janvier, deux agents verbalisateurs avaient été contrôlés positifs au cannabis, et l'un conduisait sans permis. De nombreux automobilistes se sont également plaints d'amendes attribuées à tort, de bugs dans les réclamations, etc.

Streeteo de son côté a confirmé des « dysfonctionnements » et s'est « engagée à tirer toutes les conséquences d'éventuelles défaillances, quels qu'en soient les auteurs ». Réaffirmant son « engagement » auprès de la Ville, la société indique que « si des manquements ont pu être constatés, ils ne sont le fait que de comportements individuels, que Streeteo condamne fermement ».

Même actionnaire que le nouveau Vélib’

Un nouveau couac qui agace, d’autant que Streeteo est une filiale d’Indigo (ex Vinci Park), un groupe également actionnaire principal de Smovengo... l’opérateur des nouveaux Vélib’ en plein fiasco.

S’engoufrant dans la brèche, l’opposition à la maire de Paris Anne Hidalgo se régale. « Une fois de plus, la Ville s'illustre par une légèreté totale », a indiqué à l'AFP Florence Berthout, présidente du groupe LR au Conseil de Paris, tandis que l’UDI-MoDem a demandé de « mettre un terme au contrat » avec Streeteo : «La confiance est rompue ».

http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-des-milliers-de-faux-controles-de-stationnement-07-03-2018-7594962.php

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Les joies du "socialisme municipal"! Nul doute que l'opposition LR/UDI/MoDem aurait mieux privatisé. Moi, je suis un nostalgique de nos traditionnelles "pervenches", sans doute par archaïsme...C'était du temps où on n'appelait pas encore les PV de stationnement "FPS (forfait post stationnement)"...  P.G.

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vendredi 9 mars 2018

Ces camionnettes de l’Est zigzaguent avec la loi

Les réglementations sur le transport routier imposent des limitations sur le temps de repos, le nombre de chargements, la circulation le week-end, la limitation de vitesse… La parade a été trouvée, avec la multiplication de véhicules de moins de 3,5 tonnes. À leur volant, des chauffeurs, travailleurs détachés, originaires des pays de l’Est, sous-payés et corvéables à merci.

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Source : Ouest-France (3 mars) UPR.fr/UPR 87

Temps de repos, nombre de chargements, circulation le week-end, limitation de vitesse… Ces véhicules de moins de 3,5 tonnes sont la parade idéale à la réglementation transport routier.

Sur les routes, les aires de repos ou les parkings, vous en avez forcément croisé sans leur prêter attention. Des camionnettes bâchées, grosses comme des camping-cars, immatriculées en Pologne, Lituanie, Roumanie et Bulgarie. Depuis quatre ou cinq ans, leur nombre a explosé. À leur volant, des chauffeurs originaires des pays de l’Est, sous-payés et corvéables à merci.

« Le phénomène s’amplifie, on en voit de plus en plus », constate Éric Petras, responsable des contrôles à la Dreal d’Ille-et-Vilaine, (...)

https://www.ouest-france.fr/economie/transports/chauffeurs-routiers/ces-camionnettes-de-l-est-zigzaguent-avec-la-loi-5599457

Ces camions venus des pays de l'Est qui détournent la loi

Ces camionnettes bâchées de transport de marchandises, le plus souvent immatriculées en Pologne, ne payent pas de mine. Mais elles dévorent, tous les jours de l’année, sans contrainte de pause, des centaines de kilomètres de bitume sur les routes nationales et autoroutes de la Nièvre et de la France entière.

Leurs chauffeurs, polonais, bulgares ou lituaniens, payés au lance-pierres et au kilomètre parcouru, livrent autant de clients, au mépris des limites imposées par le cabotage, que le souhaitent les patrons des sociétés de leurs pays qui les envoient en France à la demande d’entreprises… françaises.

« Ils ne sont pas soumis à une limitation de vitesse à 90 km/h comme nous… »

En pagaille, voire à la queue leu leu sur l’A77 ou l’ancienne route nationale 7, ces camionnettes sont dans la ligne de mire des professionnels de la route français depuis deux à trois ans. Contraints, au volant de leurs bahuts de plus de 3,5 tonnes, de respecter des temps de conduite et de repos, obligés de laisser leurs poids lourds sur le bord des routes tous les week-ends, quand d’autres Européens ont une liberté totale, ces salariés et patrons de l’hexagone crient à la concurrence déloyale. « C’est complètement illégal », s’étrangle François Mercier, secrétaire général de l’Organisation des transporteurs routiers européens (Otre) de Bourgogne-Franche-Comté.

« C’est une catastrophe », dénonce Luc Beaunée, le président des Transports Charrier et Compagnie, à Decize. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an, rien n’arrête ces camionnettes sans confort (pas de réfrigérateur…) et parfois en surcharge, lancées tels des rouleaux compresseurs contre les entreprises tricolores et leurs salariés.

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« Certains chauffeurs sont là à demeure », juge Romain Soulat, contrôleur divisionnaire des transports terrestres Nièvre et Yonne à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), chargée de veiller au respect des règles du cabotage par de fréquents contrôles. Et leurs employeurs font fi de la limitation à trois chargements et déchargements sur le sol français dans un délai de sept jours avant retour au pays.

« Leurs chauffeurs peuvent faire ce qu’ils veulent. Les véhicules n’ont pas de chronotachygraphe pour contrôler les heures passées au volant. Ils ne sont pas soumis à une limitation de vitesse à 90 km/h comme nous… », enrage le président des Transports Charrier et Compagnie.

« Ces chauffeurs peuvent rouler vingt heures de suite s’ils le souhaitent », s’indigne encore le secrétaire général de l’Otre. « C’est une fraude organisée », poursuit-il en pointant du doigt de « vraies organisations avec des vraies sociétés et d’énormes bénéfices ».

Et pour cause : selon le président des Transports Charrier et Compagnie, le salaire brut chargé d’un conducteur français est de 46.176 € par an quand il n’est que de… 20.100 € pour un Polonais ! « Nous demandons des contrôles accrus face à ce phénomène », insiste Éric Rousseau, le patron de la société de transport éponyme, à Corvol-l’Orgueilleux.

« Fraude organisée »

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Aujourd’hui, l’arrivée massive de ces camionnettes des pays de l’est a un « vrai impact sur nos prix, notre rentabilité, notre compétitivité ».

À Noël, tous ces chauffeurs étrangers ont repris la route de leur pays, laissant respirer leurs homologues français. « Pendant les périodes de fêtes, nous retrouvons un bol d’air, des parts de marché, un filet d’activité », se réjouit Éric Rousseau. Mais, depuis la mi-janvier, les véhicules bâchés sont de retour. Qui ne les a jamais vus sur l’A77 ? Sur l’aire des Vignobles, à Tracy-sur-Loire, ils sont parfois une trentaine à stationner.

À savoir

Définition. Le cabotage est l’autorisation temporaire, accordée à un transporteur européen, de réaliser un transport intérieur sur le territoire français.

Nombre. Le cabotage routier sur le territoire français est limité à trois opérations de chargement et de déchargement dans un délai de sept jours.

Mouchard. À la différence des poids lourds, les camionnettes de moins de 3,5 tonnes ne sont pas équipées de chronotachygraphe. Cet appareil sert à contrôler les temps de conduite et de repos.

Amende. Le non-respect de la réglementation est réprimé par une amende de 15.000 € maximum. Le véhicule en cause est immobilisé tant que l’infraction n’a pas cessé.

https://www.lejdc.fr/nevers/transport/faits-divers/2017/02/20/ces-camions-venus-des-pays-de-l-est-qui-detournent-la-loi_12291119.html

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