mercredi 13 décembre 2017

Jérusalem et la mystique de l’élection

Par Bruno Guigue | 10 décembre 2017

TL ISRAELBIBLE

Comme le montre la naïveté des commentaires sur la crise actuelle, on ne comprend pas les conflits du Proche-Orient si l’on oublie l’essentiel. Le sionisme n’est pas un mouvement d’émancipation juive, ni un nationalisme séculier classique. C’est un colonialisme fondé sur une mystique de l’élection. Lorsque Netanyahou est reçu au congrès américain, il parle du “peuple élu” et il invoque la “destinée manifeste”. En validant les prétentions israéliennes sur Jérusalem, Trump ne se contente pas de piétiner la loi internationale. Flattant le narcissisme israélien, il accrédite la mythologie fondatrice de l’Etat-colon.

On s’inquiète d’une confessionnalisation du conflit, mais on oublie que ce conflit est confessionnel depuis l’origine. Non pas du fait de la résistance arabe, mais du fait de l’entreprise sioniste. En fait, le mouvement auquel le sionisme ressemble le plus est le suprématisme blanc des Afrikaners. Dans les deux cas, ils se prennent pour le peuple élu, et la guerre coloniale vise à s’emparer de la “Terre promise”. L’Etat d’Israël, cet enfant chéri de la conscience laïque occidentale, est un implant colonial justifié par l’Ancien Testament.

Même s’ils ont raison, le déni de légitimité que les juifs orthodoxes opposent au sionisme est trompeur. Il faut lire les penseurs sionistes de l’ère pré-israélienne : le sionisme n’a pas trahi le judaïsme, il s’est simplement affranchi de sa passivité. Il substitue à l’attente du sauveur une action politique, mais cette action vise à prendre possession d’“Eretz Israël”, et non d’une lointaine contrée indifférente au récit biblique. Le sionisme moderne n’a pas laïcisé l’espérance messianique, il l’a détournée à son profit pour implanter au Proche-Orient un Etat occidental.

La conquête coloniale de la Palestine se fonde sur une mystique de l’élection, et cette mystique se nourrit d’une géographie du sacré. Interprétant la Thora comme un acte notarié, elle le brandit comme si un texte religieux pouvait fonder un droit opposable. Croyant occasionnel, Theodor Herzl avait bien compris la puissance symbolique de cette supercherie. “Si la revendication d’un coin de terre est légitime, disait-il, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs”. Quel Occidental contestera, si elle est bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine ?

Le sionisme repose sur une idée simple : la Thora tient lieu de titre de propriété, et cette propriété sera reconnue par un Occident pétri de culture biblique. Il faut reconnaître que ce tour de passe-passe a porté ses fruits. Loin d’être une nouveauté, le sionisme chrétien est constitutif du sionisme lui-même. L’idée du retour des exilés en Terre sainte fut une idée protestante avant d’être une idée juive, et le gouvernement britannique s’en fit l’ardent défenseur à l’apogée de l’Empire. Ce n’est pas un hasard si cette entreprise a fini par voir le jour avec la bénédiction d’une Grande-Bretagne férue d’Ancien Testament.

Malheureusement, ce n’est pas la première fois qu’une idée absurde exerce une force matérielle. Pour les sionistes, la cause est entendue : si le droit des juifs sur la terre d’Israël n’est pas négociable, c’est qu’il dérive de la transcendance. Combattre l’entreprise sioniste, c’est faire offense à Dieu, se rebeller contre sa volonté. Avant la proclamation unilatérale de l’Etat d’Israël, le grand rabbin de Palestine déclarait devant une commission internationale : “C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin”.

Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait en 2002 : “Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif”. On comprend pourquoi le sionisme, à l’appui de ses prétentions, n’invoque pas le droit international, mais la promesse de Yahvé à Abraham : “C’est à ta descendance que je donne ce pays, du fleuve d’Egypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate” (Genèse, 15).

Cette mythologie a fait de Jérusalem le joyau de la promesse. La cité de David est l’écrin de la présence divine depuis que son successeur Salomon y bâtit le premier Temple. Espace de communication avec le divin, Jérusalem porte témoignage de la geste hébraïque. Le martyre subi lors de sa destruction en accentue la sacralité, en la déclinant sur le mode messianique. Dans la narration biblique, Jérusalem est le centre d’une histoire sainte. Le tour de force du sionisme est de l’avoir fait passer pour une histoire tout court.

Cette conversion de la narration biblique en narration historique, pourtant, est un véritable château de cartes. Israël s’est lancé à Jérusalem dans une quête obstinée des vestiges de sa grandeur passée. A coup d’excavations frénétiques, on a exhibé la moindre breloque comme si elle était la preuve d’une gloire ancestrale, et un tesson de poterie attestait le rayonnement immémorial du royaume hébraïque. Mais cette manie de fouiller le sous-sol palestinien à la recherche d’une gloire perdue a montré ses limites, et les archéologues israéliens ont fini par tirer un trait sur ces affabulations.

“Les fouilles entreprises à Jérusalem n’ont apporté aucune preuve de la grandeur de la cité à l’époque de David et de Salomon”. Mieux encore : “Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, les rapporter à d’autres rois paraît beaucoup plus raisonnable. Les implications d’un tel réexamen sont énormes. En effet, s’il n’y a pas eu de patriarches, ni d’Exode, ni de conquête de Canaan, ni de monarchie unifiée et prospère sous David et Salomon, devons-nous en conclure que l’Israël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, les livres de Josué, des Juges et de Samuel, n’a jamais existé ?

Ces citations ne sont pas tirées d’un brûlot antisioniste, mais du livre d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l’archéologie, Bayard, 2002, p. 150. La mythologie sioniste avait maquillé le mythe en histoire pour les besoins de la cause. Cette histoire en carton-pâte est balayée par la recherche scientifique. La véritable histoire reprend ses droits, et la géographie du sacré sombre dans les sables mouvants. Mais peu importe. Avec de vieilles pierres en guise de témoins muets, les sionistes revendiquent obstinément la propriété d’une terre arrachée en 1948 à ses détenteurs légitimes.

Bruno Guigue | 10 décembre 2017

Source : Bruno Guigue

http://arretsurinfo.ch/jerusalem-et-la-mystique-de-lelection/

mercredi 6 décembre 2017

Vingt-sept ans après, l’Allemagne de l’Est ne s’est pas remise de son annexion par l’Ouest

Vladimiro Giacchè est un économiste italien, actuellement président du Centre de recherche européenne de Rome. Fin connaisseur de l’Europe et de l’Allemagne, il est l’auteur d’un ouvrage original et riche sur la réunification allemande, Le second Anschluss – l’annexion de la RDA(édition Delga, 2015). Alors que l’Allemagne vient de voter dans le cadre d’élections législatives dont les résultats fragilisent Angela Merkel et quelques jour après le vingt-septième anniversaire de l’unité du pays, il a bien voulu répondre aux questions de L’arène nue.

ARG RDA ANSCHLUSS

[Cet entretien a été traduit de l’italien par une fine équipe composée de Luca Di Gregorio, Gilles Tournier et Paul Moesch : un grand merci.]
Les résultats des élections législatives en Allemagne ont révélé de profondes divergences entre l’Ouest et l’Est du pays. Dans l’ex-RDA, le parti AfD fait 21,5 %, et est arrivé second. Die Linke y a réalisé ses meilleurs score (16 % contre 9 % au niveau national). J’imagine que vous n’en être guère surpris. Comment l’expliquez-vous ?
Aucune surprise, en effet. C’est la conséquence d’un pays qui reste toujours divisé vingt-sept ans après son unification, en même temps que d’un accroissement des inégalités sociales ces dernières années. Un citoyen qui vit en Allemagne de l’Est a deux fois plus de chances d’être chômeur que s’il vivait à l’Ouest. Et lorsqu’il travaille, il perçoit un salaire inférieur de 25 % à ce que perçoit un travailleur de l’Ouest.
Cela n’a pas grand chose à voir avec l’incapacité supposée des Allemands de l’Est à travailler (car oui, cet argument a parfois été avancé). C’est au contraire lié aux modalités de l’unification allemande. C’est lié au fait qu’à la nécessité de réaliser rapidement l’unité politique, qu’à la nécessité idéologique de supprimer complètement la RDA, ont été sacrifiées des exigences économiques élémentaires, en particulier celle de sauvegarder autant que possible l’industrie et les emplois des citoyens de l’Est. On a pratiqué la politique de la tabula rasa, en établissant le taux de change à un contre un entre le mark de l’Ouest et le mark de l’Est. Ce faisant, on a mis l’industrie de la RDA hors-jeu. Par ailleurs, l’ensemble du patrimoine industriel de l’ex-RDA a été confié à une société fiduciaire, la Treuhandanstalt, qui l’a liquidé, créant instantanément des millions de chômeurs. Il est beaucoup plus facile de fermer une industrie que de la reconstruire. Mais depuis, on s’est hélas rendu compte que lorsqu’on désindustrialise un pays (la désindustrialisation de la RDA n’a aucun autre exemple en Europe en période de paix) les conséquences peuvent durer des décennies, sinon des siècles. Le «Financial Times Deutschland» du 18 juin 2008 affirmait d’ailleurs que pour aligner complètement les revenus des deux parties de l’Allemagne, il faudrait 320 ans…
Le plus ridicule est que l’unification de l’Allemagne nous est présentée aujourd’hui comme une réussite opposable, par exemple, au destin du Mezzogiorno italien. La vérité, c’est que de tous les pays ex-socialistes d’Europe orientale, les territoires de l’Allemagne de l’Est sont ceux qui, en valeur absolue, ont connu le moins de croissance ces 27 dernières années. Il est dès lors normal que les citoyens qui vivent dans ces territoires se sentent abandonnés par la politique, et qu’ils expriment leur protestation par le vote. D’autant que comme on le sait, le pourcentage de pauvres (et de travailleurs pauvres – les working poors) en Allemagne a augmenté partout ces dernières années, et pas seulement à l’Est. C’est aussi le résultat du fameux « Agenda 2010 » de Schröder que Macron, à ce qu’il semble, veut aujourd’hui reproduire en France.
Dans votre livre, « Le second Anschluss » vous expliquez qu’au moment de la réunification, l’ex-RDA a été « criminalisée », que ses élites ont été écartées. Outre les problèmes économiques générés par une unification brutale, tout cela n’a-t-il pas généré également un traumatisme identitaire ?
Oui, c’est un autre aspect considérable et peu connu de cette affaire. L’élite, non seulement politique mais aussi scientifique et culturelle de l’ex-RDA, a été complètement évincée. Aujourd’hui encore, rares sont les professeurs des universités enseignant à l’Est qui ne proviennent pas de l’Ouest. Dans la magistrature et dans l’armée, la proportion des « Ossies » est quasi nulle. Tous les instituts et les académies de l’Est ont été liquidés en un temps record. Certains, tel le juriste et éditorialiste Arnulf Baring, sont même allés jusqu’à écrire des citoyens de l’Est qu’ils avaient été « mentalement altérés » par le « régime collectiviste », et qu’ils étaient donc devenus malgré eux un « élément freinant d’un point de vue systémique».
Ces pratiques et ces propos ont évidemment contribué à engendrer dans une large frange de la population d’ex-Allemagne de l’Est, la sensation d’avoir été colonisée, et de voir mise en cause sa propre identité. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que la population de l’Est ne partage guère l’idée – majoritaire dans le monde politique et dans les médias mainstream – selon laquelel tout ce qui existait en RDA, méritait d’être éliminé. Un sondage commandé par le gouvernement à l’institut de recherche EMNID pour le vingtième anniversaire de la chute du Mur a en effet montré que 49% des habitants de l’ex-RDA approuvaient l’affirmation suivante : « la RDA avait plus d’aspects positifs que d’aspects négatifs. Il y avait des problèmes, mais on vivait bien ». Pour les « Ossies », la diabolisation de la RDA a donc largement été perçue comme une mise en cause de leur histoire personnelle et de leur identité.
Vous expliquez que l’unification allemande s’est faite par la monnaie, et que c’était une si mauvaise idée que le patron de la Bundesbank de l’époque, Karl-Otto Pöhl, était contre. Le même fut ensuite un farouche opposant à la mise en place de l’euro. Existe-t-il des similitudes entre l’unification monétaire des deux Allemagnes et la création de la monnaie unique européenne ?
Le témoignage de Karl-Otto Pöhl est très intéressant. Il était en effet opposé, en 1990, à l’unification monétaire immédiate. Celle-ci a cependant été réalisée, de surcroît au taux de 1 Deutschemark contre 1 Ostmark, alors que le taux de change réel dans les relations économiques entre les deux Allemagne était jusque-là de 1 pour 4,44. Du coup, le prix des marchandises produites en RDA s’est trouvé réévalué du jour au lendemain de 350 % ! Deux ans plus tard, Pöhl pouvait affirmer devant une commission d’enquête parlementaire que dans ces conditions « les entreprises de RDA perdraient toute compétitivité », et conclure en disant qu’on avait administré à l’Est « un remède de cheval qu’aucune économie ne pourrait supporter. » À l’époque de cette commission d’enquête, Pöhl n’était plus président de la Bundesbank. Il s’était en effet retiré en 1991, peu de temps après une audition au Parlement européen durant laquelle il avait déjà présenté l’unification monétaire allemande comme « un désastre », et déconseillé à ses auditeurs de ne pas renouveler l’erreur à l’échelon européen. Comme on le sait, il n’a pas été écouté.
Mais quelles sont les ressemblances entre les deux unions monétaires ?
La plus importante tient au fait qu’une monnaie n’est pas simplement une monnaie, mais intègre des rapport juridiques et sociaux. Dans le cas du Deutschemark, il s’agissait de rapports sociaux capitalistes ( ceux de la prétendue « économie sociale de marché » allemande ). Dans le cas de l’euro, il s’agit du néolibéralisme qui inspire le traité de Maastricht et qui se caractérise par l’indépendance de la Banque Centrale par rapport aux gouvernements (ce qui signifie la dépendance de nombreux gouvernements par rapport à cette Banque centrale), dont l’objet unique est la stabilité des prix ( et pas l’emploi ).
En découle une compétition entre les États est fondée sur le dumping social et fiscal, où celui qui joue le jeu le premier est gagnant. Évidemment, dans le contexte d’une monnaie unique, au sein de laquelle il est par définition impossible d’ajuster les différences de compétitivité par le taux de change, la victoire n’admet aucune contestation. L’Allemagne a joué ce jeu avec l’Agenda 2010 de Schröder et une forte réduction des impôts sur les entreprises. Résultat : une énorme croissance de sa balance commerciale, tandis que les autre États de la zone euro étaient en déficit. Du coup dans de nombreux autres pays européens et de la même façon quoi qu’avec une intensité moindre, on a pu observer, après 2008 des phénomènes semblables à ceux qui s’étaient manifestés en Allemagne de l’Est après la réunification : chute du PIB, désindustrialisation, augmentation du chômage, déficit de la balance commerciale, augmentation de la dette publique, émigration.
Les ressemblances, comme on peut voir, ne sont donc pas négligeables. Mais il y a également des différences, positives ou négatives. Dans l’eurozone, on n’a jamais vu se mettre en place la parité déraisonnable des monnaies comme ça avait été le cas entre le DM et l’Ostmark. En revanche, il n’y a pas eu non plus les transferts de fonds massifs qu’a effectués la RFA au profit de la RDA. L’opposition têtue de l’Allemagne à ce type de transferts démontre que la classe dirigeante de ce pays n’a pas retenu la leçon de l’unification d’un point de vue économique. Cette leçon est la suivante : si tu désindustrialises ton voisin, et si tu veux qu’il continue à acheter tes produits, tu dois financer sa consommation. L’Allemagne espère obtenir le beurre et l’argent du beurre, ce qui ne fait que rendre explosives les contradictions au sein de l’Eurogroupe.
On a évoqué plus haut la Treuhand, l’outil créé pour privatiser à toute vitesse en Allemagne de l’Est. N’était-elle pas une sorte d’ancêtre de la « Troïka » qui a si durement sévi dans les pays d’Europe du Sud ?
Si, bien sûr ! La réactivation d’une Treuhand pour la Grèce fait partie du train de mesures acceptées par Alexis Tsipras durant l’été 2015. Il s’agit en substance d’exproprier une partie du patrimoine public grec (dans le cas de l’Allemagne de l’Est, il s’agissait de la totalité), et de le confier à une société fiduciaire placée sous le contrôle des créanciers. En octobre 2016, j’ai participé à un congrès à Berlin durant lequel a été mise en évidence la continuité entre les privatisations opérées par la Treuhandanstalt et les mesures imposées par la « Troïka » et l’Eurogroupe à la Grèce. Il est incroyable que ce modèle ait été de nouveau choisi vu le désastre qu’il a provoqué en ex-RDA, c’est à dire la destruction de richesses pour un montant de 900 milliards de DM de l’époque, et l’anéantissement de l’industrie de l’Est. C’est là qu’on voit à quel point il peut être funeste de d’ignorer les leçons de l’histoire.
Aujourd’hui, vous qui avez écrit tour à tour sur l’Europe et sur l’Allemagne, comment voyez-vous l’avenir de ce pays, et celui de notre continent ?
Je ne suis pas très optimiste. L’Allemagne semble prisonnière de sa politique mercantiliste et incapable de modifier son approche. Chez les autres grands pays européens – à commencer par la France – demeure l’illusion de pouvoir la suivre sur son terrain. Il me semble que ni les classes dirigeantes allemandes ni celles européennes ne soient conscientes des immenses dégâts causés par l’idée de faire de l’union monétaire l’alpha et l’oméga de l’union politique du continent.
La plus grande promesse de la monnaie unique, celle de promouvoir la convergence entre les économies, a été trahie (et il ne pouvait en aller autrement, à la lumière du contenu du Traité de Maastricht). C’est le contraire qui s’est produit. La conséquence est une instabilité structurelle de la zone euro, mais également une dégradation des relations entre pays d’Europe, un «blame game» («jeu des reproches») continu et réciproque et la fin de toute volonté de solidarité européenne. On l’a parfaitement vu hier au sujet de la Grèce, on le voit encore aujourd’hui au sujet de la crise migratoire.
Voilà pour les dégâts. Quant aux risques, ils ne sont pas moindres. Le risque majeur est celui de l’explosion non coordonnée de la zone monétaire. La chose la plus raisonnable à faire serait de désamorcer cette bombe, et de le faire tous ensemble, en réfléchissant à la manière d’éliminer l’euro de la façon la moins douloureuse possible. Je constate qu’au contraire, on continue à divaguer sur un surcroît d’intégration européenne. Cette attitude est digne de ceux qui pensent que pour résoudre les problèmes d’un immeuble construit sur de mauvaises fondations il faut ajouter un nouvel étage. En général, dans ces cas-là, les choses ne se terminent pas bien.
Source : L’arène nue, Coralie Delaume, 05-10-2017
https://www.les-crises.fr/v-giacche-vingt-sept-ans-apres-lallemagne-de-lest-ne-sest-pas-remise-de-son-annexion-par-louest/

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vendredi 3 novembre 2017

Déclaration Balfour, la violence du texte

La lecture occasionnelle du Figaro permet parfois de dénicher quelques perles ! Je cite : “La Déclaration Balfour est l’un des documents diplomatiques les plus importants de l’histoire du Moyen-Orient au XXe siècle : la promesse d’un foyer national juif en Palestine ; le sionisme politique obtient une garantie juridique internationale” (Véronique Laroche-Signorile, 31/10). Voilà qui est fort, très fort même. Faire passer la Déclaration Balfour pour une “garantie juridique internationale” relève carrément de l’exploit conceptuel.

HIST BALFOUR 2

Signée le 2 novembre 1917, cette déclaration était une lettre du ministre des affaires étrangères britannique, Lord Balfour, au dirigeant sioniste Lord Rothschild. Que dit-elle ? “Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont jouissent les Juifs dans tout autre pays.”

Pour Londres, ce texte poursuivait un double objectif. La Première Guerre mondiale battait son plein, et il s’agissait de rallier à l’Entente l’opinion juive mondiale. En déposant ce présent aux pieds du mouvement sioniste, on comptait obtenir le soutien enthousiaste des juifs américains. Mais ce n’est pas tout. Parrainé par l’Empire britannique, le foyer national juif devait en devenir le bastion avancé au cœur du Moyen-Orient. La Déclaration Balfour, en réalité, est un acte unilatéral qui relève de la politique impériale britannique.

C’est pourquoi ce texte n’offrait aucune “garantie juridique internationale” à qui que ce soit. Mal nommer les choses interdit de les comprendre, et en fait ce fut exactement l’inverse. Nouant l’alliance entre l’Empire et un mouvement nationaliste européen pétri d’ambition coloniale, la lettre de Balfour est précisément la négation de toute garantie légale internationale. Elle acte la dépossession des propriétaires légitimes d’une terre qui est offerte à la prédation sioniste en violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La Déclaration Balfour, c’est le viol colonial de la Palestine arabe, et rien d’autre.

Comme le dit l’écrivain sioniste Arthur Koestler, “une nation a offert à une autre nation le territoire d’une troisième”. Le foyer national juif s’est épanoui grâce à cette forfaiture, la violence de la conquête sioniste se trouvant sanctifiée au nom d’une “œuvre civilisatrice” dont l’occupant britannique (1922-1947) osa se prévaloir sans vergogne. Ce qui est au cœur de la Déclaration Balfour, c’est le colonialisme européen dans son affligeante banalité. Elle distingue en effet deux populations qui ne sont pas logées à la même enseigne. La première se voit reconnaître des droits politiques, tandis que la seconde (90% des habitants) est balayée d’un trait de plume. La première est un sujet, la seconde un simple objet.

Certes on reconnaît aux “collectivités non juives” des “droits civils et religieux”. Mais cette reconnaissance se fait en creux, par défaut. Pour les définir, on emploie la négation. Ce sont des “populations non juives”, et non des populations arabes. Le texte les prive de toute existence positive, il les traite comme des surnuméraires qu’on exclut du bénéfice de l’autodétermination. Car les “droit civils et religieux” ne sont pas des “droits politiques”, mais des droits relatifs au statut personnel et à l’exercice du culte. Que les Arabes conservent leurs coutumes, du moment qu’ils n’entravent pas la marche du peuple juif vers la souveraineté !

Contre les Palestiniens, la Déclaration Balfour a exercé une violence symbolique de longue portée. Elle scella l’alliance entre un mouvement nationaliste qui voulait “une Palestine aussi juive que l’Angleterre est anglaise” (Haïm Weizmann) et un Empire hégémonique qui entendait le rester. L’Empire a fondu, mais le sionisme s’est imposé par la force. En les privant de droits politiques, Balfour a transformé les autochtones en résidents de seconde zone, il en a fait des étrangers dans leur propre pays. La violence du texte colonial n’a cessé d’exercer ses méfaits depuis un siècle, culminant en une tentative d’oblitération que seule la résistance du peuple palestinien a pu mettre en échec.

Par Bruno Guigue | 01/11/2017

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jeudi 2 novembre 2017

Banksy célèbre les 100 ans de la déclaration Balfour à Bethléem : des Palestiniens s’invitent

Le street artist Banksy a célébré à sa manière le centenaire de la très controversée déclaration Balfour, en organisant une «cérémonie d’excuses». Des activistes palestiniens s'y sont invités.

ACT BALFOUR PALESTINIENS

Le street artist Bansky a organisé le 1er novembre 2017 un événement pour marquer le centenaire de la déclaration Balfour, une lettre britannique controversée qui avait ouvert la voie à la création d’Israël. Il a convoqué une cinquantaine d’enfants palestiniens et des comédiens autour d’une table face à son hôtel artistique Walled-Off. Cet établissement a été ouvert par Banksy en mars 2017, près de Bethléem, à 500 mètres du checkpoint pour aller à Jérusalem, toutes les chambres ayant une vue sur le mur de séparation empiétant sur le territoire cisjordanien. Des activistes palestiniens se sont invités à la fête, et ont planté un drapeau palestinien dans le gâteau en signe de protestation.

Une anti-fête teintée d'humour anglais 

Banksy, qui n’a pas assisté à la cérémonie, avait soigné les détails. Les enfants ont joyeusement pris le thé, coiffés de casques frappés du drapeau britannique, face à une pièce montée aux couleurs de la Grande-Bretagne, sous les ballons, fanions et confettis. Puis une actrice déguisée en Elizabeth II a surgi pour dévoiler un pan du mur, sur lequel était gravé «Er…Sorry» Er, pour «Elizabeth Regina», mais qui signifie aussi «Euh…pardon».

Un comédien est apparu, des feuilles à la main : «J’ai un message de Banksy pour vous», a-t-il expliqué. «Nous avons organisé cet événement pour marquer le centenaire de l’écriture d’une lettre par un homme. Le 2 novembre 1917, en Angleterre un homme politique a fait une déclaration de soutien à la création de l'Etat d'Israël. Mais il n’était pas très soucieux des gens qui vivaient déjà ici. Il a été le point de départ d’un siècle de conflits et de confusion en 126 mots seulement», a-t-il déclaré à l’assistance

«Ce conflit a causé tant de souffrances de tous les côtés. Je ne pensais pas qu'il était approprié de "célébrer" le rôle britannique dans ce conflit», avait déclaré l’artiste dans un communiqué. «Les Britanniques n'ont pas bien géré les choses ici. Quand vous organisez un mariage, il est préférable de s'assurer que la mariée n'est pas déjà mariée», avait-il conclu.

Des activistes du camp de réfugié d’Aida se sont invités à l’événement artistique pour protester contre sa tenue. «Nous sommes venus car nous n’aimons pas l’utilisation des drapeaux anglais ni la manière dont ils se sont servis des enfants palestiniens» a déclaré Munther Amira, qui a planté un drapeau palestinien dans le gâteau, selon le journal britannique The Guardian. Peut-être n’avait-il pas saisi ou apprécié l’ironie de l’événement, mais les images montrent ensuite activistes et enfants festoyer ensemble.

https://francais.rt.com/international/44768-affiches-sur-question-palestinienne-bannies-transports

La déclaration Balfour : une lettre qui fait débat

La déclaration de Balfour, signée par le ministre des Affaires étrangères Arthur Balfour en 1917 et adressée à Lord Walter Rothschild (l'un des représentants du judaïsme britannique), donnait l'approbation officielle du Royaume-Uni aux objectifs du mouvement sioniste, à savoir l'établissement d'un «foyer juif» en Palestine, encore sous administration ottomane à l'époque. Mais la lettre comportait aussi un passage en forme de promesse : «Rien ne doit être fait qui puisse porter préjudice aux droits des communautés non juives existant en Palestine.» Or, cette déclaration a ouvert la voie à l'expulsion d'autochtones arabes de leurs terres. Selon le Guardian, Roderick Balfour, un descendant de Lord Balfour a déclaré que l’absence de création d’Etat palestinien aurait déplu à son célèbre ancêtre.

La Grande-Bretagne assurera le 2 novembre 2017 les célébrations du centenaire prévues en grande pompe, le point d’orgue étant un dîner auquel Theresa May a convié son homologue Benjamin Netanyahou. En Israël, une session spéciale au Parlement viendra célébrer la création de ce document fondateur. 

De leur côté, les Palestiniens, par l’entremise d’associations et du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas ont demandé des excuses au gouvernement, qui a refusé de le faire en avril 2017. Des manifestations doivent être organisées en Angleterre pour le respect des droits des Palestiniens et la reconnaissance du préjudice entraîné par la promesse non-respectée des Britanniques, ainsi bien entendu qu'en Palestine.

https://francais.rt.com/international/45236-banksy-celebre-100-ans-declaration-balfour-palestiniens

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mercredi 1 novembre 2017

Un siècle plus tard, la déclaration Balfour divise toujours Israéliens et Palestiniens

La déclaration Balfour, qui fête son centenaire jeudi, est saluée par Israël comme ayant contribué à la fondation du pays mais critiquée par les Palestiniens comme une étape majeure de la catastrophe qui les a privés de leurs terres.

HIST BALFOUR

Le 2 novembre 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères Arthur Balfour indiquait que son gouvernement considérait "favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif".

Cette phrase de 67 mots est alors la manifestation de soutien la plus forte d'une grande puissance aux objectifs du mouvement sioniste: le retour des Juifs sur "la terre de leurs ancêtres".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu commémorera cet anniversaire à Londres, où il participera à un dîner avec son homologue britannique Theresa May.

Mme May a dit qu'elle marquerait cette date avec "fierté", malgré les critiques qui s'élèvent en Grande-Bretagne autour de cet anniversaire en raison des 50 ans d'occupation israélienne de la Cisjordanie.

"Même si l'Etat d'Israël n'aurait pas vu le jour (en 1948) sans l'implantation (juive qui l'a précédé), sans sacrifice et sans une volonté de se battre pour lui, l'impulsion internationale a indéniablement été la déclaration Balfour", a déclaré cette semaine M. Netanyahu.

Les Palestiniens ont prévu une manifestation jeudi à Ramallah, en Cisjordanie occupée, dans le cadre de leur campagne appelant la Grande-Bretagne à s'excuser pour cette déclaration. Ils ont également étudié les façons de poursuivre Londres en justice à ce sujet.

Pour le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah, la Grande-Bretagne devrait s'excuser pour "une injustice historique qu'elle a commise contre notre peuple" et devrait "la corriger au lieu de la célébrer".

- 'Pierre angulaire' -

Certains argumentent aujourd'hui que les événements postérieurs à la déclaration Balfour -comme les politiques contradictoires des Britanniques et les efforts des sionistes- ont diminué son importance.

Mais d'autres considèrent que son influence comme majeure, ce texte ayant jeté les bases non seulement de la création de l'Etat moderne d'Israël mais aussi du conflit israélo-palestinien.

Jonathan Schneer, historien américain et auteur du livre "La déclaration Balfour", estime qu'Israéliens et Palestiniens ont "tous les deux raison".

"Les Israéliens la considèrent comme la pierre angulaire de la naissance d'un Etat juif et les Arabes comme celle de leur dépossession et de leur misère", explique-t-il dans une interview à l'AFP.

Selon l'historien, la déclaration s'est, de façon ironique, nourrie de mythes antisémites.

Les dirigeants britanniques de l'époque estimaient en effet que la communauté juive était capable de les aider à gagner la Première Guerre mondiale en raison de son influence supposée dans les finances et en Russie, a-t-il dit.

"Si quelqu'un doit choisir cinq documents qui ont façonné l'histoire et l'existence d'Israël, la déclaration Balfour doit en faire partie", assure Paula Kabalo, directrice de l'Institut de recherche Ben-Gourion pour l'étude d'Israël et du sionisme.

- 'Encore du travail' -

Les Palestiniens jugent la déclaration, qui mentionne que "rien ne doit être fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives existantes en Palestine", comme colonialiste et même raciste.

Elle a été écrite "comme si les Palestiniens n'existaient pas", s'insurge Nabil Shaath, un des principaux conseillers du président palestinien Mahmoud Abbas. "Nous sommes considérés comme +d'autres+, avec des droits civils et religieux mais pas de droits politiques."

Pour les Palestiniens, la Grande-Bretagne -puissance mandataire de 1920 à 1948- n'a pas réussi à tenir ses engagements.

Lors de la guerre entourant la création d'Israël, 750.000 Palestiniens ont été expulsé ou ont fui leur foyers.

Deux décennies plus tard, lors de la guerre des Six-Jours (1967), Israël a notamment pris la Cisjordanie, qu'il occupe toujours, et Jérusalem-Est, qu'il occupe et a annexée mais que les Palestiniens revendiquent comme capitale de leur futur Etat.

Aujourd'hui, la poursuite de la construction de colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie amoindrissent les espoirs d'une solution à deux Etats.

Theresa May s'est fait l'écho de ces inquiétudes. "Nous sommes fiers du rôle que nous avons joué dans la création de l'Etat d'Israël", a récemment déclaré la Première ministre britannique, mais "nous devons également être conscients de ce que certains ressentent à l'égard de la déclaration Balfour et nous reconnaissons qu'il y a encore du travail".

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Un-siecle-plus-tard-la-declaration-Balfour-divise-toujours-Israeliens-et-Palestiniens/858380.rom

(©AFP / 31 octobre 2017 09h33)

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mardi 12 septembre 2017

Israël – Le dernier ordre militaire est une nouvelle étape vers l’annexion d’Hébron

Le 31 août, le Commandement central militaire israélien a émis une ordonnance donnant un statut officiel au comité municipal d’Hébron qui représente les colons juifs israéliens vivant dans la ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée. [1]

ARG HEBRONCette démarche a été annoncée par le ministre israélien de la Défense, Avigdor Liberman, le 29 août lors d’une conférence de presse. [2] L’action, à tout le moins, viole à la fois les Accords d’Oslo et le Protocole d’Hebron de 1997, mais est surtout une violation grave du droit international humanitaire qui équivaudrait à l’annexion de jure d’un territoire occupé.

Le nouvel ordre militaire transfère la responsabilité sur les besoins d’infrastructure des colons, comme l’électricité, les réseaux d’égouts et le pavage routier, de la municipalité palestinienne au conseil colonial local, qui relève de la juridiction du ministère israélien de l’Intérieur. [3] Les problèmes d’infrastructure échappant au contrôle colonial mais affectant les colons continueront de dépendre de la municipalité palestinienne, mais l’ordre militaire établit que si la municipalité palestinienne n’agit pas « dans un délai raisonnable », le conseil local peut intervenir après approbation de l’administration civile israélienne. Ce libellé abstrait concède un pouvoir considérable au conseil local des colons pour agir non seulement sur les colonies, mais aussi sur d’autres infrastructures, y compris dans les zones palestiniennes.[4]

L’octroi du statut officiel au conseil local n’est pas une première en Cisjordanie occupée, mais il place la communauté des colons d’Hébron à égalité avec d’autres colonies de la Cisjordanie qui ont leurs propres conseils municipaux locaux et régionaux et fait du conseil colonial l’égal des conseils en Israël.

L’Accord d’Oslo de 1995 a établi que « la municipalité d’Hébron continuera à fournir tous les services municipaux dans toutes les parties de la ville d’Hébron » [5]. Cette disposition est réaffirmée par l’article 16 du Protocole d’Hébron de 1997, qui réglemente la situation à l’intérieur de la ville. Le Protocole, signé par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et Israël, a divisé la ville en deux parties : H1 comprenant environ 80 pour cent de la ville et sous le contrôle total de l’Autorité palestinienne (PA) et H2, soit environ 20 pour cent, sous le contrôle d’Israël. En H2, l’AP a reçu le contrôle des affaires civiles, à l’exception de celles relatives aux colons israéliens et à leurs biens. [6] Par conséquent, le transfert de responsabilité des services municipaux au conseil colonial local est contraire aux Accords d’Oslo et au Protocole d’Hébron.

De plus, il faut souligner l’illégalité de toute colonie en Cisjordanie occupée, y compris la ville d’Hébron, car cela constitue une violation de l’article 49 et une violation grave de la quatrième Convention de Genève. Le transfert de civils par la puissance occupante dans un territoire occupé peut également représenter un crime de guerre. [7]

Le ministre israélien de la Défense, Liberman, l’un des principaux responsables de l’ordre militaire, a déclaré lors de l’annonce de la création du conseil colonial local, qu’il était déterminé à continuer de promouvoir la colonisation [en territoire occupé] afin qu’elle fleurisse et prospère. » [8] Pendant ce temps, le ministre adjoint de la Défense, Eli Dahan, a déclaré que donner un statut municipal à la communauté des colons à Hébron est « une autre étape importante dans la normalisation de la vie des Juifs à Hébron en particulier et dans tout le Judée et Samarie [nom israélien pour la Cisjordanie ], en général. »[9] Ces déclarations illustrent clairement l’intention du gouvernement israélien de soutenir les colonies, des déclarations qui ont été validées par les actions du gouvernement israélien, indépendamment du fait qu’elles violent les interdictions de droit international.

La création de conseils municipaux locaux et régionaux dans les colonies et leur placement sous la juridiction du ministère israélien de l’Intérieur constituent une extension de la souveraineté israélienne sur le territoire occupé. [10] Le droit international établit clairement que le territoire occupé doit être administré par un commandant militaire et que la puissance occupante ne peut en aucun cas étendre sa souveraineté. [11] Dans ce contexte, le changement de souveraineté par une extension illégale constituerait un mouvement vers l’annexion de jure.

Le conseil local d’Hébron répondra à ses électeurs, dans ce cas la communauté des colons. En d’autres termes, le conseil est susceptible d’utiliser les pouvoirs nouvellement acquis pour promouvoir des plans et des projets visant à consolider et à augmenter la présence coloniale dans la ville occupée. Cela entraînera non seulement une augmentation du nombre de colons, mais aussi l’intensification de l’environnement coercitif subi par les résidents palestiniens dans le secteur H2. La présence des colons s’accompagne souvent de violences contre les Palestiniens, d’un accroissement de la présence militaire, de davantage de postes de contrôle et de restrictions de mouvement, de ségrégation et de discrimination. [12] De telles situations constituent un puissant élément déclencheur poussant les Palestiniens hors du secteur. Les politiques israéliennes de transfert forcé, y compris la promotion de la présence coloniale, ont entraîné une forte diminution de la population palestinienne dans la zone H2. Le transfert forcé de Palestiniens est une violation grave de la Quatrième Convention de Genève et constitue un crime de guerre.

Lorsque l’extension de la souveraineté, la création d’institutions permanentes et de faits sur le terrain, les déclarations de fonctionnaires israéliens et le transfert forcé des Palestiniens sont combinés, une situation d’annexion a lieu, l’intention d’annexer le territoire occupé devient évidente. L’interdiction de l’acquisition de territoire par la force, également appelée annexion, est une disposition bien établie et sa violation constitue l’une des violations les plus graves du droit international. [13] Les politiques israéliennes précitées correspondent également au crime de colonisation, ce qui contrevient directement au droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination, qui est consacré dans de multiples résolutions de l’ONU. [14]

Cette décision de donner une position municipale officielle au conseil colonial local à Hébron devrait être contrée par une action immédiate au niveau officiel et populaire, visant à inverser la situation dans la zone H2 d’Hébron et plus généralement à dénoncer les politiques israéliennes d’annexion et de colonisation en cours. Ces crimes déclenchent la responsabilité d’États tiers de mettre un terme à ces politiques.

Enfin, la vieille ville d’Hébron, incluse dans la zone H2, a récemment été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette reconnaissance a placé Hébron dans la liste « en danger » de l’UNESCO, qui devrait permettre à la ville historique de jouir d’une mesure de protection supplémentaire. [15] Cette reconnaissance ne doit pas se réduire à un acte purement symbolique, mais plutôt servir de mesure supplémentaire pour obliger Israël à se conformer au droit international.

Cf. l’article original en anglais pour retrouver les liens actifs des notes :
[1] Tovah Lazaroff, “IDF Order Gives Hebron’s Jewish Community Independent Municipal Standing,” Jerusalem Post, 1 September 2017, available at: http://www.jpost.com/Israël-News/IDF-order-gives-Hebrons-Jewish-community-independent-municipal-standing-503979 [accessed 6 September 2017].
[2] Id.
[3] Jacob Magid, “Army gives Hebron settlers new municipal powers,” The Times of Israël, 31 August 2017, available at: https://www.timesofisrael.com/army-gives-hebron-settlers-new-municipal-powers/ [accessed 6 September 2017][hereinafter Magid, “New municipals powers”].
[4] Peace Now, “Updates on Developments in Hebron,” 4 September 2017, available at: http://peacenow.org.il/en/updates-developments-hebron [accessed 6 September 2017].
[5] Israëli-Palestinian Interim Agreement on the West Bank and the Gaza Strip (Oslo II), Annex I: Protocol Concerning Redeployment and Security Arrangements, art. VII, para. 5, 28 September 1995, available at: http://www.mfa.gov.il/MFA/ForeignPolicy/Peace/Guide/Pages/THE%20ISRAELI-PALESTINIAN%20INTERIM%20AGREEMENT%20-%20Annex%20I.aspx#article7 [accessed 6 September 2017].
[6] Protocol Concerning the Redeployment in Hebron, PLO-Isr., Article 10(b), 17 January 1997, available at: http://www.mfa.gov.il/mfa/foreignpolicy/peace/guide/pages/protocol%20concerning%20the%20redeployment%20in%20hebron.aspx [accessed 6 September 2017].
[7] Rome Statute of the International Criminal Court, art. 8, 17 July 1998, A/CONF.183/9, available at: https://www.icc-cpi.int/nr/rdonlyres/ea9aeff7-5752-4f84-be94-0a655eb30e16/0/rome_statute_english.pdf
[8] Magid, « New municipals powers, » supra note 3.
[9] Tovah Lazaroff, “Hebron’s Jewish Community Receives Separate Municipal Standing,” Jerusalem Post, 29 August 2017, available at: http://www.jpost.com/Israël-News/Israël-declares-Hebron-an-official-Jewish-settlement-503705 [accessed 6 September 2017].
[10] Israël Ministry of Foreign Affairs, “Ministry of Interior”,n.d., available at: http://mfa.gov.il/MFA/MFA-Archive/2001/Pages/Ministry%20of%20the%20Interior.aspx
[11] Jean S. Pictet, ed., Commentary on Geneva Convention (IV) Relative to the Protection of Civilian Persons in Time of War (Geneva: International Committee Of The Red Cross, 1958), 273.
[12] BADIL Resource Center for Palestinian Residency and Refugee Rights, Forced Population Transfer: The Case of the Old City of Hebron, Bethlehem: August 2016, 44, available at: http://badil.org/phocadownloadpap/badil-new/publications/research/working-papers/CaseStudyFPT-Hebron(August2016).pdf
[13] UN Security Council, Resolution 478, 20 August 1980, available at: https://unispal.un.org/DPA/DPR/unispal.nsf/0/DDE590C6FF232007852560DF0065FDDB SCR 478 of 1980; Eyal Benvenisti, The International Law of Occupation (Princeton University Press,1993), 5-6.
[14] UN General Assembly [hereinafter UNGA], International Covenant on Civil and Political Rights, 16 December 1966, United Nations, Treaty Series, vol. 999, art.1, available at: http://www.refworld.org/docid/3ae6b3aa0.html [accessed 6 September 2017]; UNGA, International Covenant on Economic, Social and Cultural Rights, 16 December 1966, United Nations, Treaty Series, vol. 999, art.1, available at: http://www.refworld.org/docid/3ae6b36c0.html [accessed 6 September 2017]; UNGA, Importance of the universal realization of the right of peoples to self-determination and of the speedy granting of independence to colonial countries and peoples for the effective guarantee and observance of human rights, 30 November 1973, A/RES/3070, available at: http://www.refworld.org/docid/3b00f1c630.html [accessed 6 September 2017]; UNGA Resolution A/RES/3246, 29 November 1974; UNGA Resolution A/RES/33/24, 29 November 1978; UNGA Resolution A/RES/34/44, 23 November 1979; UNGA Resolution A/RES/35/35, 14 November 1980; and, UNGA Resolution A/RES/36/9, 28 October 1981.
[15] Peter Beaumont, “Unesco makes Hebron old city Palestinian world heritage site,” The Guardian, 7 July 2017, available at: https://www.theguardian.com/world/2017/jul/07/unesco-recognises-hebron-as-palestinian-world-heritage-site [accessed 6 September 2017]. 

Source : Badil

Traduction : ISM

http://arretsurinfo.ch/israel-le-dernier-ordre-militaire-est-une-nouvelle-etape-vers-lannexion-dhebron/

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dimanche 23 juillet 2017

Violences en Cisjordanie : deux Palestiniens décèdent lors d'affrontements près de Jérusalem

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Violences en Cisjordanie : deux Palestiniens décèdent lors d'affrontements près de Jérusalem

https://francais.rt.com/international/41273-palestinien-succombe-ses-blessures-apres-blessures-cisjordanie

 

Deux Palestiniens ont perdu la vie lors d'affrontements près de Jérusalem, le 22 juillet, liés à la mise en place de mesures de sécurité par Israël au niveau de l'esplanade des Mosquées. La veille, trois Palestiniens et trois Israéliens sont morts.

La tension ne retombe pas en Cisjordanie : le soir du 22 juillet, le ministère palestinien de la Santé a fait savoir, selon l'AFP, qu'un Palestinien avait succombé à ses blessures, après avoir été grièvement blessé par balles au cours de heurts avec les forces de l'ordre israéliennes à El-Azariyé, au nord de Jérusalem.

Les Palestiniens continuaient, dans la journée, à s'opposer aux mesures de sécurité installées par les autorités israéliennes au niveau de l'esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est. En signe de protestation, des musulmans palestiniens ont refusé de prier dans la mosquée al-Aqsa, et l'ont fait en pleine rue, devant le mont du Temple.

JERUSALEM EST

Non loin de là, à Abou Dis, un autre Palestinien, âgé de 18 ans, est mort lorsque le cocktail Molotov qu'il voulait lancer sur des membres des forces de sécurité israéliens a explosé sur lui.

Les tensions dans la Vieille ville de Jérusalem (occupée par Israël sans que cette annexion n'ait été reconnue par la communauté internationale) vont croissantes depuis que les autorités israéliennes ont décidé d'installer des détecteurs de métaux et de nouvelles caméras de vidéosurveillance aux entrées de l'esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l'islam, révéré également par les juifs comme le Mont du temple. La prise de ces mesures sécuritaires faisait suite au meurtre de deux policiers israéliens par trois assaillants palestiniens le 14 juillet, près de ce site.

Le 21 juillet, dans le but d'éviter de nouveaux débordements à l'occasion de la grande prière hebdomadaire, habituellement suivie par des milliers de fidèles, la police israélienne avait pris la décision exceptionnelle d'interdire aux hommes de moins de 50 ans d'accéder à la Vieille ville, attisant finalement de plus belle les tensions. Ce jour-là, trois Palestiniens sont morts dans des heurts avec les forces de l'ordre israéliennes, et trois Israéliens sont morts dans l'assaut d'une maison dans une colonie, mené par un homme armé d'un couteau. 

Ce même 21 juillet, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé le gel les relations de celle-ci avec Israël.

Posté par ddupr à 17:24 - - Permalien [#]
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