samedi 13 janvier 2018

Vidéos du jour

VID FA JOUR

François Asselineau invité du Grand soir de Sud Radio - 11 janvier 2018

https://www.youtube.com/watch?v=M7gKjRKdwzM

Entretien de François Asselineau en direct sur YouTube le 10 janvier à 21h.

https://www.youtube.com/watch?v=6a7yfIWP12M
Diffusé en direct le 10 janv. 2018

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mercredi 3 janvier 2018

De quoi 2017 est-il le nom?

(...)

TL CERVEAU

Il neige comme rarement sur mes Alpes et l'Amérique de Nord est envahie d'une vague de froid sans précédent. On nous assure néanmoins — sans préciser les conditions de mesure — que 2017 fut l'année la plus chaude jamais enregistrée. Nous n'en savons rien. Sur ce chapitre comme sur tous les autres, les faits de base sont controversés.

Sur ce chapitre comme sur tous les autres, nous sommes bombardés d'affirmations officielles contrebalancées par des contre-affirmations officieuses. Les médias tendent à réduire cette bataille de l'information à une querelle sur les «faits», or c'est d'un enjeu bien plus profond qu'il s'agit: d'une empoignade dont l'enjeu est la faculté de penser elle-même.

Car pour «se faire une idée», il ne suffit pas de disposer de faits solidement établis. Encore faut-il savoir les lire, autrement dit les lier. Les lier entre eux et les lier à l'ensemble de notre expérience. C'est ce terreau de la conscience souveraine qu'on appelle la culture. Et c'est précisément ce terreau qu'«on» est en train de nous assécher.

Privés de cet ancrage, nous ne pouvons plus rien conclure par nous-mêmes: il nous faut soit admettre sans réserve les vérités ambiantes, soit les rejeter a priori, non parce qu'elles sont douteuses en soi, mais parce que nous avons barré leur source, par expérience ou (plus souvent) par ouï-dire. Nous n'avons plus le temps d'ergoter au coup par coup. Nos maîtres non plus.

Vers une humanité hors sol

La complexification scientifique de notre univers a abouti à son plus grinçant paradoxe: à la simplification primitive de la pensée. Dans leurs tours d'ivoire, des millions d'ingénieurs, de spécialistes et d'experts produisent des «faits» pointus, chacun dans son domaine, ignorant tout de ce que font leurs voisins. Un système médiatique de plus en plus intégré et de plus en plus adossé à l'intelligence artificielle synthétise ces particules de savoir, les trie selon ses critères propres et les agglomère en garmonbozia pour les masses. Et les masses avalent la bouillie sans se poser de questions — ou se posent des questions mais ne savent plus où chercher d'autres nourritures.

Sans nous en rendre compte, nous entrons ainsi dans une forme de guerre civile cognitive. Une majorité crédule admet tout, une minorité suspicieuse rejette tout. Entre les deux, il n'y aura bientôt plus aucun terrain d'entente. Qui se fie à CNN abomine RT et vice versa. Les climatocorrects vouent au bûcher les climatosceptiques. Qui est pour le Bien excommunie ceux qui ne jurent que par le Vrai. Ces partages sont plus forts désormais que les différences confessionnelles ou nationales, et ils traversent les familles et les couples.

Ils sont d'autant plus violents qu'ils ne se fondent pas sur des convictions construites de manière autonome, avec les outils de la logique, de l'expérience et du savoir accumulé, mais sur des slogans. Les réseaux sociaux, tout comme une grande partie des médias de grand chemin, poussent leurs utilisateurs à se grouper en clans et en tribus avec ceux qui pensent comme eux. L'ouverture aux idées d'autrui, malgré le matraquage ambiant (ou à cause de lui) n'est plus du tout à l'ordre du jour. Le débat d'idées n'existe plus, il est remplacé par des guerres de religion.

Ces conflagrations elles-mêmes témoignent de la montée de générations entièrement dépendantes des systèmes d'information/conditionnement qui les entourent, chez qui l'idéal d'un jugement autonome n'est plus qu'un lointain souvenir. Des générations élevées non plus au soleil de la culture, mais sous les projecteurs des fermes d'élevage.

S'il me fallait résumer l'an dix-sept par une seule image, ce serait celle-là. La vision des tomates insipides et identiques cultivées hors-sol dans les serres stériles de Hollande en tant que destinée commune de l'humanité. Cette industrialisation du matériau humain ne date pas d'hier. Ce projet n'est rien moins que le frère jumeau escamoté de la Modernité elle-même. Mais l'an dix-septième du troisième millénaire aura été celui d'un brutal coup d'accélérateur dans ce sens. La tendance est devenue visible partout, mais on peut l'illustrer dans trois ou quatre domaines particulièrement sensibles.

L'école vacillait: aurait-elle basculé?

Le système scolaire, par son exigence et son austérité, compensait jadis la perpétuelle et frivole fuite en avant de la société de consommation. Or il a basculé: ce qui était un frein est devenu un accélérateur. Dans les pays du monde occidental, l'école ajuste de plus en plus ses critères de qualité à des critères d'«égalité», c.à.d. de bienséance morale. Nul besoin de préciser dans quel sens va l'ajustement. Les indicateurs objectifs deviennent impossibles à escamoter.

Dans le reste du monde, pratiquement partout, elle cède aux sirènes du digitalisme, cette nouvelle religion (identifiée par François de Bernard) qui prétend nous rendre plus intelligents avec des béquilles informatiques que nous ne l'étions sans elles. La distribution massive aux élèves de tablettes numériques — ces gadgets que leur inventeur, Steve Jobs, interdisait à ses propres enfants —, subordonne étroitement l'école aux multinationales de l'informatique. Elle s'accompagne d'une déclamation incantatoire d'une platitude confondante sur les bienfaits de la technologie.

Pour que l'école devienne une fabrique du crétin, il a d'abord fallu, bien en amont, que les gérants de l'usine soient eux-mêmes devenus des crétins ou des criminels. On l'oublie trop souvent. En 2017, des séries de signaux clairs sont venues confirmer le diagnostic pessimiste de Jean-Paul Brighelli. Le dernier en date est la dégringolade de la France, patrie de l'école pour tous, laïque et républicaine, dans les bas-fonds du classement des pays en fonction des aptitudes à la lecture de leurs élèves.

En même temps, cette Bérézina de l'enseignement a fini par susciter des prises de conscience et de lourdes révisions, comme celle qu'essaie d'entreprendre le nouveau ministre français de l'Education nationale*. Il est à craindre toutefois que le mal accompli par l'école post-soixante-huitarde ne soit irréversible.

/A suivre: Médias, surréalisme et quelques raisons de rester serein./Slobodan Despot.

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*Je ne suis pas bien sûr que le nouveau ministre essaie vraiment d'entreprendre quoique ce soit de sérieux, au- delà des effets d'annonce, mais on aura l'occasion d'y revenir...   P.G.

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dimanche 17 décembre 2017

VIDEOS DU JOUR: du lourd!

Quelles pistes pour stopper la destruction de l’industrie française ? – 2° table ronde – Université UPR 2017

VID VALLERES PY DEC2017

Seconde table ronde de l’Université d’automne 2017 de l’UPR :
Quelles pistes pour stopper la destruction de l’industrie française ?

 

Intervenants :

  • Jean-Michel Quatrepoint

 

Jean-Michel Quatrepoint, co-fondateur et vice-président du Comité Orwell, est journaliste économique. Il a notamment travaillé au journal Le Monde pendant 11 ans puis a dirigé les rédactions de l’Agefi, de La Tribune et du Nouvel Economiste avant d’animer La Lettre A durant 15 ans. Il est l’auteur notamment de La Crise Globale et du Choc des empires. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment Mourir pour le yuan ? et Alstom, scandale d’État ;

 

 

 

 

  • Pierre Lévy : rédacteur en chef du magazine Ruptures, ancien journaliste à l’Humanité ;

 

 

  • François Asselineau : président et fondateur de l’UPR, candidat à l’élection présidentielle de 2017, ancien délégué général à l’intelligence économique et membres de plusieurs cabinets ministériels.

 

 

 

 

 

 

 

Philippe Pascot

Maire adjoint d’Évry de Manuel Valls puis conseiller municipal, ancien conseiller régional, Chevalier des Arts et des Lettres, Philippe Pascot a 25 ans de vie politique derrière lui et a fréquenté la plupart des élus politiques de premier plan. Il milite pour une transparence totale de l’exercice politique et est engagé dans de nombreux combats de société (gaz de schiste, dons d’organes, création d’un orchestre philarmonique dans la banlieue de Kinshasa).
Il est l’auteur avec Graziella Riou Harchaoui de Délits D’élus, tome 1, 400 politiques aux prises avec la justice (Max Milo, 2014), Pilleurs d’Etats (Max Milo 2015), du Goudrons et des Plumes ( Max Milo 2016) et Allez (presque tous) vous faire… Pilleurs d’Etat tome 2 (Max Milo 2017).

 

 

Philippe David

Philippe David est présentateur des émissions « Prenez la parole » et de « Seul contre tous », sur Sud Radio. Auparavant entrepreneur, il est également l’auteur de plusieurs ouvrages politiques, notamment « De la rupture aux impostures », 2012 ; « Virons Dieu du débat politique », 2015.

 

 

 

 

 

Éléonore de VULPILLIÈRES – modératrice

Éléonore de Vulpillières sera l’animatrice et la modératrice de cette table ronde. Elle est actuellement journaliste à la revue des Chantiers du Cardinal.
Elle a étudié à l’EDHEC Business School et a realisé également un Master 2 en Lettres Modernes.
Éléonore a travaillé au sein de Figarovox, espace du Figaro en ligne consacré aux débats, aux opinions et autres controverses.
Elle a été correspondante à la Voix du Nord et contribue régulièrement au site Aleteia
Il est également possible de la suivre sur Twitter sur le lien suivant : https://twitter.com/EdeVulpi . Elle y a plus de de 3 800 abonnés.

 

Voir aussi:

 

Pierre Yves Rougeyron Entretien de fin d'année 2017 Partie 1 : Politique intérieure

https://www.youtube.com/watch?v=CBtKMjyD3ks
Ajoutée le 15 déc. 2017

Pierre Yves Rougeyron Entretien de fin d'année 2017 : Partie 2 (politique internationale)

https://www.youtube.com/watch?v=YsPWJ578r-I

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Sujets abordés:

1° partie

-chasse aux sorcières contre les "souverainistes": menaces sur le Cercle Aristote?
-agenda 2018
-crypto- monnaies et monnaies locales/euro
-propagandes
-élection corse, dégagisme, mafia...
-divisions internes dans le "camp national"...
-Mélanchon, médias, Venezuela, cassure interne dans la France Insoumise (le camp atlanto- trotskyste)...
-Hamon, PS, "Notre Drame de Paris" Hidalgo...
-Le nouveau système d'éducation? A quoi sert Blanquer?
-Doit- on partir à la campagne?
-Jean d'Ormesson le "ménestrel des bobos de droite"
-Johnny Hallyday, le dernier homme derrière lequel toute la France a pleuré...
-2 monstres viennent de mourir...

2° partie

-Les Rohingyas, le Bengla Desh, la Chine, la Thailande...
-La Corée du Nord
-La Libye, les préparatifs en cours
-Le Moyen- Orient: le "bon roi Salmane", la dynastie des Séoud...Le Yemen, sunnites/chiites, le conflit Israël/Palestine
-l'Allemagne, le "grand Reich" en 2025?
-Le Brexit, le parlementarisme britannique, le diabolique Tony Blair, la chute prévisible de Theresa May, le rôle de Boris Johnson...
-la frontière irlandaise
-La Yougoslavie, le TPY, l'OTAN, "rien n'est cicatrisé dans les Balkans", 'ces cours doivent être dissoutes!"

Bonus: pourquoi le contrôle des capitaux n'a pas marché en 1983?/le ferroviaire, réflexion sur le statut des entreprises privées...: le "capitalisme du désastre"!
- le rôle des réseaux
- la stratégie réelle: ils n'ont pas voulu faire une guerre...

Bonus 2: une théologie de l'histoire?



Bon visionnage!  P.G.

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mercredi 13 décembre 2017

Vidéos du jour

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VIDS 13DEC17 TF NATACHA

 

NATACHA POLONY : LE BOYCOTT UNE ARME CITOYENNE 👊 ?

"Le libre- échange n'est pas une fatalité"!
https://www.youtube.com/watch?v=psKBgK2EQg8
Ajoutée le 6 déc. 2017

Comment Macron nous entube : ISF, Flat Taxe, APL…

https://www.youtube.com/watch?v=DdMqSj1Gilw
Ajoutée le 11 déc. 2017

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lundi 11 décembre 2017

La querelle des sociologues

CANNIBALE LECTEUR de Pascal Vandenberghe

ARG REFLEXION DUEL

La querelle des sociologues

Depuis ses origines, la sociologie est tiraillée entre deux approches radicalement différentes: l'une déterministe et raisonnant sur le collectif (Émile Durkheim), l'autre imprédictible et individualiste (Max Weber). Depuis Bourdieu et ses héritiers, le fossé s'est creusé entre sociologie dite «critique» et sociologie dit «analytique». Mais à quoi sert la sociologie? À comprendre le monde ou à le changer?

Dès ses origines, la question de la sociologie comme «science» s'est posée. Les approches théoriques et méthodologiques de deux de ses principaux fondateurs, Émile Durkheim et Max Weber, s'opposèrent dès le départ. Le livre de Gérald Bronner et Étienne Géhin, Le danger sociologique (PUF, 2017) a rallumé le feu de la querelle. Plus récemment, la revue Le Débat[1] (n° 197, novembre-décembre 2017) revient sur les arguments des tenants de la sociologie analytique – par opposition à holistique – dans un dossier intitulé «La sociologie au risque d'un dévoiement». Outre les auteurs du livre cité précédemment, plusieurs autres sociologues s'y expriment: Olivier Galland, Nathalie Heinich, Pierre-Michel Menger et Dominique Schnapper. La charge contre la sociologie critique est forte et tout à fait recevable. Cette fracture met au jour la crise d'identité de la discipline et surtout l'influence néfaste de la sociologie critique, dominante et politisée.

Retour aux origines: à ma gauche[2], le Français Émile Durkheim (1858–1917), qui posa les bases du déterminisme social. Plus récemment, Pierre Bourdieu fut le grand gourou de la sociologie critique qui en est issue et ses nombreux héritiers dominent aujourd'hui le débat public et influencent la compréhension des faits sociaux. Pour faire simple, on pourra résumer cette forme de la sociologie de la façon suivante: c'est la sociologie de l'«excuse» (échec scolaire, islamisation des cités,...) et du déni.

À ma droite l'Allemand Max Weber (1864–1920). Inventeur de la méthode d'explication connue sous le nom d'«individualisme méthodologique», il fut le premier à soutenir que «la sociologie, elle aussi, ne peut se pratiquer qu'en partant de l'action d'un, de plusieurs ou d'un grand nombre d'individus, par conséquent de manière strictement "individualiste" quant à la méthode[3].» Avec l'apparition des neurosciences et la prise en compte des sciences cognitives, l'approche de Max Weber s'est trouvée renforcée et consolidée, alors que simultanément la sociologie critique se faisait de plus en plus dominante.

Issue des sciences de la nature – cette filiation étant censée prouver la scientificité de la sociologie – la théorie du déterminisme social affirme que le libre arbitre est une illusion: «Chaque individu est trop multisocialisé et trop surdéterminé pour qu'il puisse être conscient de ses déterminismes[4]». Ainsi, on fabrique un individu non responsable de ses actes: «Tel qu'il est décrit par les sociologues d'obédience déterministe, l'acteur social est moins un acteur qu'un agent dont les actions sont des comportements bien plus que des conduites, attendu que celles-ci sont, le plus souvent à l'insu de leur auteur, les effets des forces sociales qui s'exercent sur lui[5].» Les individus n'ont donc pas d'histoire, mais un destin, et tout est «la faute de la société»: je ne m'étendrai pas ici sur les dégâts que causent cette interprétation et la déresponsabilisation de l'individu et de ses actes qui en découle[6]. Depuis Pierre Bourdieu[7], la sociologie critique est devenue politique et militante. Cette obédience s'est érigée en grand défenseur des «opprimés», la victimisation découlant directement de la déresponsabilisation de l'individu: «Il est évident que si elle est défendue inconditionnellement, cette représentation du monde dévitalise les notions de mérite, de responsabilité ou de moralité. Même sous une forme affaiblie, elle pourrait promouvoir de facto une "culture de l'excuse" car elle offre un récit idéal pour tout individu tenté d'expliquer ses défaillances, ses fautes ou ses échecs par l'action fatale de causes (sociales, psychologiques ou biologiques) sur lesquelles il n'a pas de prise[8]».

La charge la plus acérée est signée Nathalie Heinich, sociologue spécialiste de l'art, en particulier contemporain. En 2009, elle avait publié un intéressant Bêtisier du sociologue (Klincksieck), dans lequel l'amateur de chausse-trappes de la pensée trouvera de nombreux exemples de cette bêtise et un répertoire de leurs causes. Sa contribution au dossier publié par la revue Le débat s'intitule «Misères de la sociologie critique». Tout un programme! Elle y dénonce d'abord «la doxa selon laquelle la seule sociologie qui vaille devrait être politiquement engagée » et affirme «qu'il est urgent de faire front face aux innombrables avatars de la sociologie critique qui gangrènent notre discipline dans une dérive potentiellement suicidaire. »

Ces dérives de la sociologie passent par un affranchissement des «règles de la rigueur qui devrait gouverner une discipline enseignée dans les universités, financée par les organismes de recherche.» À commencer par la reprise d'un vocabulaire militant, par exemple dans l'appel à communications publié sur le site de l'Association française de sociologie (AFD) pour son congrès de 2017. Une perle: «Alors même que les inégalités sociales de toutes sortes se cumulent et souvent s'accroissent, le rôle de la sociologie est ainsi plus que jamais de découvrir les processus par lesquels divers pouvoirs parviennent à les légitimer, voire à les renforcer, cela tout en préservant les apparences de la neutralité et de l'universalité

Dénonçant successivement le constructivisme naïf, l'aveuglement de la posture critique sur ses propres contradictions et le fonctionnement paranoïaque, et pour finir l'antiscientisme suicidaire de la sociologie critique, Nathalie Heinich se livre à un passage en revue de ses tares, dans un style enlevé et incisif: «[...] en voulant soustraire à l'ordre de la nature un fait que l'on estime critiquable, pour montrer qu'il n'est pas nécessaire, l'on sous-entend qu'il serait nécessaire s'il était naturel: tout ce qui est "social" serait forcément arbitraire, car la nécessité ne pourrait relever que de la nature. Par exemple, puisque (comme nous le serinent les "études de genre", malheureusement devenues pour une large part la poubelle internationale des médiocrités académiques) la différence des sexes est affaire de convention et non de nature, l'on pourrait parfaitement s'en passer, de même que de toutes ces "fictions" qui prétendent nous faire croire qu'un homme et une femme, ce n'est pas tout à fait pareil. En voulant jeter le bébé de la discrimination sexiste, l'on se débarrasse de l'eau du bain qu'est la différence des sexes, réduite à l'arbitraire supposé d'une "construction sociale", et l'on confond au passage un terme normatif – celui de "discrimination", qui appelle la critique – avec un terme factuel – celui de "différence", qui relève de la description.»

Si c'est sous la direction de Pierre Bourdieu que Nathalie Heinich réalisa sa thèse de doctorat, on peut dire qu'elle a su «tuer le père», puisqu'elle écrit que la devise du maître, à laquelle il était plus que fidèle, était: «Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais»!

Elle conclut sa contribution tout d'abord par un appel à ses collègues: «Autant dire qu'en s'en prenant à l'autonomie de la science, à son indépendance de principe envers les positions et opinions politiques, fût-ce les plus estimables, les zélateurs de la sociologie critique ne font que scier méthodiquement la branche sur laquelle ils sont assis – et nous aussi, malheureusement, avec eux. Alors mes chers collèges, de grâce: suicidez-vous, oui – mais sans nous!». Avant de poser «la» question fondamentale qui résume parfaitement cette fracture: «Est-ce vraiment au sociologue de dire aux acteurs comment doit être le monde? Non: son rôle est de dire comment il est.»

Malheureusement, comme le soulignent Gérald Bronner et Étienne Géhin, il suffit de regarder le nombre de requêtes effectuées sur Google pour constater que Pierre Bourdieu et Michel Foucault, deux des grandes figures de la sociologie critique, attirent les curieux en bien plus grand nombre que Raymond Boudon[9] ou James Coleman[10], deux des grands défenseurs de la sociologie analytique. Ce n'est pas neutre et cela influence démesurément la compréhension du monde et de la société telle que veulent nous l'imposer les tenants de cette sociologie «de combat», orientée et manipulatrice. Pour se prémunir de ces influences néfastes et souvent insidieuses, la lecture des sociologues de l'école analytique constitue un antidote efficace.

 NOTES
  1. Fondée en 1980 par Pierre Nora, qui la dirige toujours, le rédacteur en chef en est Marcel Gauchet. Sur le site de son éditeur, Gallimard, Pierre Nora explique le sens de la revue: «Pour qui avait, au début des années 80, le sentiment aigu d'un monde à tous égards nouveau, la tache était claire: lutter sur deux fronts, contre la réduction médiatique d'un côté, la spécialisation universitaire de l'autre; maintenir un espace de discussion publique; défendre et illustrer un travail intellectuel de réflexion et de critique. Ce travail, nous l'avons distribué autour de trois axes: histoire, politique, société
  2. C'est le cas de le dire! Pas pour Durkheim, certes, mais pour tous ses suiveurs, à commencer par Pierre Bourdieu.
  3. «Lettre à l'économiste Robert Liefmann», 9 mars 1920, Revue française de sociologie, 2005/4, vol. 46.
  4. Bernard Lahire, Pour la sociologie. Et pour en finir avec la prétendue "culture de l'excuse", La Découverte, 2016.
  5. Gérald Bronner et Étienne Géhin, Le danger sociologique (PUF, 2017).
  6. «Monsieur le Président, mon client a eu une enfance difficile. Son père le battait, sa mère était alcoolique; c'est pour cela qu'il vole des mobylettes. Ce n'est pas de sa faute. Je demande l'acquittement.» J'exagère... à peine!
  7. Et en particulier la parution de La misère du monde (Seuil, 1993, coll. «Points», 2007).
  8. Gérald Bronner, Étienne Géhin «Les prophéties autoréalisatrices de la sociologie déterministe», Le débat 197, novembre-décembre 2017.
  9. Parmi ses nombreuses publications, je recommande La place du désordre. Critique des théories du changement social (PUF, 1984, coll. «Quadrige», 1991).
  10. Dont l'œuvre n'a été que très peu traduite en français. L'individu dans la théorie politique et dans la pratique (PUF, 1998).

Source: Antipresse.

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jeudi 7 décembre 2017

L’état de la démocratie en France en 2017 – 1ère table ronde – Université UPR 2017

Première table ronde de l’Université d’automne 2017 de l’UPR :
L’état de la démocratie en France en 2017

VID VALLERES CONF 1

 

Intervenants :

Philippe Pascot

Maire adjoint d’Évry de Manuel Valls puis conseiller municipal, ancien conseiller régional, Chevalier des Arts et des Lettres, Philippe Pascot a 25 ans de vie politique derrière lui et a fréquenté la plupart des élus politiques de premier plan. Il milite pour une transparence totale de l’exercice politique et est engagé dans de nombreux combats de société (gaz de schiste, dons d’organes, création d’un orchestre philarmonique dans la banlieue de Kinshasa).
Il est l’auteur avec Graziella Riou Harchaoui de Délits D’élus, tome 1, 400 politiques aux prises avec la justice (Max Milo, 2014), Pilleurs d’Etats (Max Milo 2015), du Goudrons et des Plumes ( Max Milo 2016) et Allez (presque tous) vous faire… Pilleurs d’Etat tome 2 (Max Milo 2017).

 

 

 

Benjamin Masse Stamberger

Benjamin Masse-Stamberger est co-fondateur du Comité Orwell. Journaliste économique, il est l’auteur de plusieurs livres, notamment Casser l’Euro pour sauver l’Europe (Les Liens qui Libèrent), et Inévitable Protectionnisme (Gallimard, Le Débat). Il a été grand reporter au service Economie de l’Express.

 

 

 

Philippe David

Philippe David est présentateur des émissions « Prenez la parole » et de « Seul contre tous », sur Sud Radio. Auparavant entrepreneur, il est également l’auteur de plusieurs ouvrages politiques, notamment « De la rupture aux impostures », 2012 ; « Virons Dieu du débat politique », 2015.

 

 

 

 

 

Éléonore de VULPILLIÈRES – modératrice

Éléonore de Vulpillières sera l’animatrice et la modératrice de cette table ronde. Elle est actuellement journaliste à la revue des Chantiers du Cardinal.
Elle a étudié à l’EDHEC Business School et a realisé également un Master 2 en Lettres Modernes.
Éléonore a travaillé au sein de Figarovox, espace du Figaro en ligne consacré aux débats, aux opinions et autres controverses.
Elle a été correspondante à la Voix du Nord et contribue régulièrement au site Aleteia
Il est également possible de la suivre sur Twitter sur le lien suivant : https://twitter.com/EdeVulpi . Elle y a plus de de 3 800 abonnés.

https://www.upr.fr/actualite/letat-de-democratie-france-2017-1ere-table-ronde-universite-upr-2017

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lundi 4 décembre 2017

Fake news : les réseaux sociaux pas crédibles pour deux tiers des français

Une étude sur la perception des fake news (fausses nouvelles propagées de manière virale) a été menée par Kantar auprès de 8 000 personnes en France, au Brésil, aux États-Unis et au Royaume Uni du 2 au 10 juin 2017. Elle est plutôt rassurante pour les médias traditionnels que les français jugent plus crédibles que les réseaux sociaux et le web, signe que la propagande insidieuse qu’ils mènent contre les fake news, et à travers cela, contre les médias du web et des réseaux sociaux, trouve en partie sa cible.

ACT PRESSE

Dans le détail la presse magazine est crédible pour 70% des français, la presse quotidienne pour 64%, les JT de la télévision pour 65% et la radio pour 62%, les chaînes d’info continue sont en bas de tableau avec 60%, mais loin devant les réseaux sociaux (37%). Depuis l’émergence de scandales vrais ou faux liés aux fake news, la confiance dans la presse s’est renforcée pour 18% des sondés – même si les deux tiers déclarent que pour eux rien n’a changé – tandis que celle dans les réseaux sociaux s’est effondrée pour 58% des sondés. Facebook aura donc du travail pour regagner la confiance, et rien ne dit que faire la chasse aux seuls « trolls russes », vrais ou faux, suffira.

Pour deux tiers des sondés, les fake news n’ont pas d’impact dans leur confiance pour les sites d’applis des magazines, de la presse et des quotidiens nationaux ; pour les applis des autres journaux, 46% ont moins confiance et pour 46% rien n’a changé.

Cependant l’érosion des médias traditionnels et de la TV se confirme : si 88% des 55 ans et plus ont consulté la TV pour s’informer, 84% des 18-34 ans et 69% des 35-54 ans s’informent en ligne. La radio reste la chasse gardée des plus de 35 ans (39% des 35-54 ans et 45% des 55 ans et plus) tandis que la moitié des 18-34 ans sondés s’informent sur les réseaux sociaux.

La moitié des sondés et 80% des 18-34 ans ne veulent pas payer pour l’info

Parmi les sondés, 74% affirment avoir recours à une autre source pour vérifier une info et 72% avoir renoncé à partager une info car ils ont douté de sa véracité. Mais les comportements irrationnels demeurent : ainsi un sondé sur cinq a partagé une info après avoir lu le titre seulement – ce qui continuera à encourager les titres attrape-tout (et surtout attrape-clics).

Plus inquiétant pour les médias traditionnels – et les médias en ligne payants, si les sondés sont au courant de leurs difficultés financières, seuls 42% des moins de 35 ans ont payé pour de l’information en ligne au cours de la dernière année et seulement 18% des 55 ans et plus. Pis, 17% seulement des 18-34 ans sont prêts à payer pour de l’information numérique, et seulement si elle est moins chère que les supports classiques.

https://www.ojim.fr/fake-news-reseaux-sociaux-credibles-deux-tiers-francais/?utm_source=Newsletter&utm_campaign=c88927818b-mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_ca15a58a97-c88927818b-71509009

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Il faut toujours se méfier des sondages, mais quand même! Après, on viendra nous expliquer entre autres qu'avec 1% du temps de parole pendant un moment fort restreint pendant la campagne présidentielle, 0% avant (pendant 10 ans) et 0% après, c'est notre message qui fait peur aux Français...  P.G.

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mercredi 29 novembre 2017

Les éoliennes : pourquoi si hautes ? comment ça marche ? combien sont-elles ?

Vitesse du vent, puissance installée, stockage de l’énergie produite… les questions techniques liées aux éoliennes sont nombreuses. Reporterre se plonge dans la mécanique et le vent pour tout vous expliquer.

ARG EOLIEN 2

Comment fonctionne une éolienne ?

Au commencement était le Soleil. Sous l’effet de sa chaleur, des molécules d’air se déplacent, avec des vitesses variables, des zones de pressions élevées vers des zones de pressions plus faibles. Ainsi naît le vent. Sur son passage, on dispose une turbine de trois pales, profilées comme des ailes d’avion. L’air est accéléré d’un côté et freiné de l’autre, ce qui leur confère une force de portance. Les pales se mettent à tourner, et la puissance du vent est transformée en puissance mécanique. La turbine est reliée à une génératrice électrique qui transforme l’énergie de cette rotation en électricité. Voilà pour le principe.

Mais, par définition, le vent est variable, il n’est pas continu On va donc ajouter un autre composant fondamental, un convertisseur électronique de puissance, qui va piloter l’éolienne. D’une part, il adapte la vitesse de rotation des pales à la vitesse du vent : plus il souffle fort, plus l’éolienne tourne vite ; d’autre part, il régule, au moins partiellement, la production en fonction des besoins du réseau. Bien sûr, en dessous d’une certaine vitesse du vent, l’éolienne est à l’arrêt, il faut donc un minimum de vent pour faire fonctionner la machine. Dès qu’il dépasse environ 10 km/h, la turbine commence à produire. La vitesse de rotation de la turbine accélère proportionnellement à la vitesse du vent, jusqu’au seuil des 50 km/h environ. Là, l’éolienne atteint son optimum économique, elle produit ce que l’on appelle sa puissance nominale : la puissance maximale que peut fournir cette éolienne.

Au-delà de cette vitesse, on diminue volontairement la prise au vent (portance) des pales, la production est « écrêtée » pour rester stable au niveau de la puissance nominale. Enfin, quand le vent s’approche des 100 km/h, on arrête tout simplement la machine, pour ne pas lui faire subir une force trop grande. Même si elles nous marquent plus, ces journées de grand vent sont en fait très rares rapportées à l’ensemble d’une année et il n’est pas rentable de concevoir des machines (plus coûteuses, par exemple avec des matériaux plus résistants) capables de fonctionner si peu souvent. Voilà pourquoi les éoliennes ne tournent pas les jours de tempête.

Schéma théorique de la courbe de puissance d’une éolienne selon la vitesse du vent.

On comprend ainsi qu’une éolienne ne tourne pas toujours à pleine puissance. Mais pourquoi entend-on parfois des opposants dire que les éoliennes ne tournent qu’un tiers du temps ? C’est là une confusion autour de l’idée de facteur de charge. Quand on dit que le facteur de charge d’une éolienne est d’environ 30 %, cela signifie qu’elle fonctionne à pleine puissance pendant une durée équivalente à 30 % du nombre d’heures total dans une année. Mais pas qu’elles ne tournent que 30 % du temps. En fait, une éolienne tourne, même au ralenti pendant 80 à 90 % du temps. Le plus souvent, elles ne sont arrêtées qu’en cas de surproduction, panne ou maintenance.

Pourquoi les éoliennes sont-elles si hautes ?

Pour mesurer une éolienne, on dispose de deux mesures principales :

  • la hauteur du mât, au niveau de la nacelle centrale ;
  • le diamètre du rotor, c’est à dire deux fois la longueur d’une des pales.

On parle souvent de la hauteur en bout de pale, ce qui renforce l’effet d’immensité. Aussi, quand on désigne une éolienne de 150 m de haut, il s’agit de la hauteur « en bout de pale », soit la hauteur du mât (100 m) plus la longueur d’une pale (50 m). À titre de comparaison, les hauts immeubles récents de 15 étages mesurent 50 mètres de hauteur.

L’effet est encore plus renforcé par l’absence dans les campagnes d’autres éléments d’une telle hauteur, ce qui marque une « rupture d’échelle » entre les éoliennes qui paraissent immenses à côté de certains clochers d’église par exemple, surtout avec une longue focale.

L’église de Trézien, à Plouarzel (Finistère).

Aujourd’hui, on assiste à une course à l’agrandissement et à l’élévation des éoliennes : les plus récents modèles expérimentés à l’étranger atteignent désormais les 160 m de hauteur de mât, soit 230 m en bout de pale.

Même si en France, on dépasse encore rarement les 120 m (de mât), pourquoi aller plus haut ? Est-ce vraiment pour se rapprocher de l’avenir ? La réponse est donnée par Bernard Multon, enseignant-chercheur à l’ENS de Rennes, spécialisé dans les technologies de l’énergie : « La vitesse du vent varie considérablement selon la hauteur. Si vous la mesurez au ras du sol, même en pleine tempête, le vent sera quasi nul, à cause de tous les obstacles et frottements de l’air. À l’inverse, dès que vous montez en altitude, vous avez des vents plus intenses. » Dans des endroits où l’humain ne sent qu’une petite brise, un appareil de mesure de la vitesse du vent placé à 100 mètres de hauteur constatera l’existence d’un « gisement » éolien. En rehaussant une même machine de 10 ou 20 m de haut, on augmente considérablement le temps équivalent où l’éolienne fonctionne à pleine puissance et donc sa productivité annuelle. Et si, en plus de cela, on augmente un peu la longueur des pales, cela accroit encore plus significativement l’effet bénéfique.

Cette augmentation de hauteur se joue depuis une dizaine d’années. Pour Cédric Philibert, de la division des Énergies renouvelables à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), « cela a d’une part permis de mettre des éoliennes dans des endroits moins venteux, jusqu’ici non exploitables » mais surtout, « on s’est rendu compte qu’on pouvait les mettre aussi dans des endroits plus venteux et ainsi augmenter de 25 à 35 % le facteur de charge ».

Combien d’éoliennes aujourd’hui et pour quelle énergie produite ?

C’est là l’un des enjeux majeurs des énergies renouvelables variables. Comme elles ne produisent pas en permanence à pleine puissance, l’énergie réellement produite est inférieure à la puissance maximale des engins. Il faut bien distinguer deux éléments. On caractérise les éoliennes par leur puissance nominale. De 1 MW il y a dix ans, le standard est aujourd’hui autour de 3 MW et les modèles les plus récents montent à 4 MW pour les éoliennes terrestres. En mer, les machines coûtent plus cher mais produisent actuellement 5 MW, de nouveaux modèles étant expérimentés à 8 MW. La somme de ces puissances nominales constitue la puissance installée.

Actuellement, en France, l’éolien représente un parc d’environ 9 % du total de la puissance installée de l’ensemble des énergies, avec 12,8 GW raccordés au réseau électrique, selon les données parues (page 6) dans le Panorama de l’électricité renouvelable au 30 septembre 2017. Ces 12,8 GW sont en deçà des objectifs fixés par la loi de transition énergétique et le décret de programmation pluriannuelle de l’énergie qui vise 15 GW à la fin de l’année 2018, puis de 21,8 à 26 GW pour 2023.

La production d’électricité, elle, va se mesurer en kilowattheures (kWh) ou térawattheures (TWh, milliards de kWh), en quantité d’énergie produite. Selon les données du bilan électrique 2016 de RTE, la production éolienne s’est élevée à 20,7 TWh, soit environ 3,9 % de la production totale ou encore 4,4% de la consommation intérieure.

Ce que cela représente physiquement ? Les projets sont regroupés par parcs allant de 5 à 70 éoliennes. Au 31 mai 2017, on comptait 1.223 parcs réalisés ou en projet, soit environ 6.500 mâts.

Peut-on stocker l’énergie produite par les éoliennes ?

Des batteries en mesure de stocker les grandes quantités d’électricité produites par de nombreuses éoliennes auraient un coût considérable, même si la technologie évolue très rapidement. En réalité, on stocke déjà une part importante d’électricité de manière indirecte. Il s’agit de la technologie Step, pour « stations de transfert d’énergie par pompage ». On associe l’énergie hydraulique à une autre source, qui est actuellement le nucléaire, mais peut également être l’éolien, comme l’explique Bernard Multon : « Lorsque le premier est en surproduction par rapport à la demande, les groupes hydrauliques fonctionnent en mode moteur-pompe, qui fait remonter l’eau du bassin inférieur du barrage en amont pour le remplir. Lorsqu’en revanche l’éolien ne produit plus assez, on fait fonctionner l’installation hydroélectrique en mode générateur-turbine, qui décharge alors l’énergie précédemment stockée pour compenser le manque de production. » Ce système pourrait s’avérer d’autant plus utile s’il s’accompagnait de la fermeture de centrales nucléaires situées au bord de la Garonne ou en vallée du Rhône, qui utilisent de grands volumes d’eau pour refroidir leurs réacteurs.

Plus complexe, on assiste à l’apparition d’une autre forme de stockage, appelée « power to gas ». Si l’électricité est à utiliser immédiatement, le gaz, lui, peut se stocker plus aisément. Suivant la méthode de l’électrolyse, on fait passer l’électricité dans de l’eau pour séparer oxygène et hydrogène. Si l’on combine ce dernier à du CO2 , on peut créer du méthane (ou gaz naturel) : on appelle cette transformation la « méthanation », à ne pas confondre avec la méthanisation, qui provient de la décomposition de matières organiques. Des recherches sur le sujet sont en cours, avec un démonstrateur de l’opérateur GRTGaz qui devrait entrer en service dès 2018. Mais cette solution pose de nombreux problèmes avec des enjeux géopolitiques, car elle intègre les multinationales du gaz dans l’économie des renouvelables. Dans un récent rapport, l’Observatoire des multinationales et Attac s’alarmaient justement du lobbying de l’industrie gazière dans l’Union européenne pour développer les infrastructures, sans véritable souci écologique.

Combien d’éoliennes en 2050 ?

Associations et experts élaborent des scénarios, le plus connu étant celui de Négawatt, qui vise le 100 % renouvelable en 2050 et établit les besoins année après année pour y parvenir progressivement, en y adjoignant économies d’énergies et investissements massifs dans l’efficacité énergétique.

Selon le dernier scénario Négawatt, avec 247 TWh d’énergie produite en 2050 et environ 18.000 mâts sur terre et en mer, l’éolien représenterait la première source d’énergie renouvelable électrique là où aujourd’hui, avec une production annuelle de 20 TWh, elle vient bien après la biomasse et l’hydraulique. Pourquoi parier à ce point sur le vent ?

« La France bénéficie de gisements éoliens importants, avec trois régimes de vent, océanique, continental et méditerranéen, explique Stéphane Chatelin, directeur de Négawatt, mais aussi parce que nous avons de vastes zones peu densément peuplées, qui permettent l’installation de machines. » Mais il ajoute : « Il faudra faire en sorte de ne pas concentrer tous les parcs dans quelques départements ».

L’importance de l’éolien est également renforcée par la manière dont nous consommons l’énergie selon les latitudes, comme le rappelle Cédric Philibert : « Le productible éolien est important car il arrive au moment où la demande est forte, en hiver. » C’est un héritage du passé : la France s’est massivement dotée en chauffage électrique dans les années 1980 pour écouler la surproduction des centrales nucléaires. C’est aussi dans les périodes froides de l‘année qu’on trouve le plus de vent. À l’inverse, en été, où la production éolienne est plus faible, l’énergie solaire peut prendre le relais, pour alimenter les climatisations et le frigorifique. L’Inde et le Maghreb, eux, misent beaucoup plus sur l’énergie solaire.

L’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) présente quant à elle un scénario moins ambitieux d’un mix électrique allant de 50 à 100 % de renouvelables. Mais là encore, plus la part des renouvelables augmente, plus l’éolien prend une place importante dans le mix, avec notamment l’ambition du développement de l’éolien en mer à partir de 2025. Là où, dans les pays nordiques, la technologie de l’éolien « posé » (pour des eaux de moins de 40 mètres de profondeur) est déjà bien développée, la France tente de tirer son épingle du jeu en expérimentant l’éolien « flottant », une première éolienne de ce type venant d’être inaugurée au large du Croisic (Loire-Atlantique), pour une phase d’expérimentation tandis que se concluent les premiers appels d’offres dans le domaine.

Une éolienne « flottante » au large du Portugal.

Ainsi, quelle que soit la maille de l’échelon technique, impossible d’échapper à l’existence de ce marché des énergies, ses logiques, ses acteurs. Pour exploiter ce « potentiel », ces « gisements éoliens », il n’y a pas cinquante possibilités : il faut créer un véritable secteur industriel. Cela tombe bien, c’est justement l’objectif de la filière.

  • A suivre... demain

Source : Grégoire Souchay pour Reporterre

Dessin : © Berth/Reporterre

Photos :
. éolienne : http://tpe.eole.free.fr/fonctionnement.html
. puissance éolienne : http://www.leseoliennes.be
. facteur de charge : http://coopeoliennes.free.fr/dotclear/index.php ?
. église : Wikimedia (Louis-Julien de la Bouëre/CC BY-SA 3.0)
. centrale Step : EDF
. éolienne flottante : Wikimedia (Untrakdrover/CC BY-SA 3.0)

https://reporterre.net/Les-eoliennes-pourquoi-si-hautes-comment-ca-marche-combien-sont-elles

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dimanche 12 novembre 2017

[RussEurope en exil] Espagne : crise de légitimité ? Par Jacques Sapir

Un récent sondage effectué par le PEW Research Institute a mesuré l’ampleur de la crise de confiance engendré par l’affrontement entre les indépendantistes et le gouvernement centrale de Madrid et ce dès le printemps dernier[1].

ARG ESPAGNE SAPIR RAJOY

Les résultats montrent un effondrement de la confiance des espagnols en général, et des catalans en particulier dans la capacité du gouvernement de Madrid d’agir de manière efficace pour les intérêts de l’Espagne.

Le point important est que 53% des catalans, selon ce sondage, ne font pas du tout confiance dans le gouvernement de Madrid. Le fait qu’une majorité absolue d’opinions se porte sur un point de vue radicalement critique est évidemment important. Mais, dans le reste de l’Espagne, cette opinion est partagée par 39% des sondés. C’est bien la preuve que, derrière la crise catalane, et la revendication pour l’indépendance, on est en présence d’une défiance majeure vis-à-vis du gouvernement Rajoy.

Notons qu’une écrasante majorité des espagnols sont aussi insatisfaits de la manière dont la démocratie fonctionne dans leur pays. Cette insatisfaction date d’avant le référendum du 1er octobre. Elle montre l’ampleur des problèmes que connaissait le système politique espagnol. On remarquera que cette insatisfaction est plus sensible en Catalogne que dans le reste de l’Espagne, mais qu’elle atteint aussi un niveau important dans le reste de l’Espagne.

 

La question de la légitimité

On constate que le conflit entre Barcelone et Madrid, la question de l’indépendance de la Catalogne, ne fait que recouvrir une question bien plus profonde sur le fonctionnement des institutions. Il faut donc ici rappeler que les institutions de l’Espagne actuelle, et en particulier la constitution de 1978, étaient un compromis destiné à assurer une sortie du franquisme. Cette constitution était donc loin d’être le dernier mot de la démocratie, et elle résultait explicitement d’un compromis avec certains secteurs de l’Etat franquiste, secteurs qui ont d’ailleurs donné naissance au Parti Populaire, dont Mariano Rajoy est aujourd’hui le représentant. C’est pourquoi la pratique constitutionnelle avait au moins autant d’importance que le texte lui-même. On comprend aussi que, dans ce contexte, cela n’a pas de sens de se réfugier derrière la lettre formelle de la loi. Cette dernière correspondait à un moment politique du pays, mais un moment qui n’est plus.

On mesure ici les conséquences néfastes de la pratique constitutionnelle qui s’est développée à partir de 2010 et de l’annulation d’une partie du statut de la Catalogne. La question ici n’est pas qu’il y ait eu un vice de forme ou de procédure, vice de forme conduisant à l’invalidation du statut par la cour constitutionnelle. La véritable question est celle de l’annulation d’un statut qui avait été voté tant par le Parlement espagnol que par le parlement catalan, et ratifié par référendum par la population de la Catalogne.

Si cette annulation avait été suivie par l’ouverture de nouvelles négociations, et par des modifications du texte initial, le processus démocratique aurait pu se poursuivre. Mais, cela ne fut pas le cas. En décidant de ne pas donner suite à ce processus, le gouvernement de Mariano Rajoy et le Parti Populaire ont pris une responsabilité écrasante dans l’involution de la situation, qui a crispé les positions et qui explique largement l’état de crise actuel. La poussée des mouvements indépendantistes, qui fut constaté lors des élections régionales de 2015, résulte largement d’une réaction contre la politique de Mariano Rajoy.

Tableau 1

Résultats des élections régionales de 2015

Liste Voix % Sièges
Ensemble pour le oui**

(PDeCAT et ERC)

1 628 714 39,59 62
Ciudadanos 736 364 17,90 25
Parti des socialistes de Catalogne (affilié PSOE) 523 283 12,72 16
Catalogne oui c’est possible (affilié PODEMOS)* 367 613 8,94 11
Parti populaire catalan 349 193 8,49 11
Candidature d’unité populaire** – CUP 337 794 8,21 10
Total indépendantiste 1 966 508 47,80 72
Unioniste 1 608 840 39,11 52
           

** Listes soutenant l’idée de l’organisation d’un référendum d’indépendance

* Liste soutenant le principe d’un référendum, mais sans se prononcer sur la question de l’indépendance.

Les conséquences qu’il faut en tirer

On peut tirer quelques conclusions de ce sondage. La première est que Mariano Rajoy et le parlement espagnol n’ont plus de légitimité aujourd’hui. En tous les cas, il ne peuvent se retrancher derrière le texte de la loi sans tenir compte du problème de légitimité qui est en surplomb des mesures légales qu’ils veulent prendre.

La deuxième conséquence est que des élections générales doivent avoir lieu au plus vite en Espagne. Les élections au Parlement de Catalogne auront lieu le 21 décembre. Des élections générales doivent avoir lieu d’ici janvier ou février. Non seulement ces élections générales s’imposent en raison de la perte de légitimité du gouvernement central, mais elles s’imposent aussi si l’on veut éviter un conflit de légitimité entre le nouveau parlement catalan et le parlement espagnol. Ce conflit, qui proviendrait de ce qu’un parlement nouvellement élu est toujours plus légitime qu’une assemblée plus ancienne, peut avoir des conséquences dramatiques pour l’Espagne toute entière. Que l’on se souvienne de l’enchaînement des événements qui ont eu lieu en URSS en 1990 et 1991, avec une assemblée de Russie, nouvellement élue, contestant la légitimité du Soviet Suprême. Un Parlement espagnol nouvellement élu devrait alors déclencher un processus de réécriture de la Constitution, et soumettre le fruit de ses travaux à un référendum.

La troisième conséquences, qui s’impose à l’évidence, est que Mariano Rajoy doit se retirer. Il porte le poids des erreurs passés, et son action souffre trop de l’image détestable de la répression du vote du 1er octobre.

Jacques Sapir

 

Notes

[1] http://www.pewresearch.org/fact-tank/2017/11/06/dissatisfaction-was-widespread-in-spain-even-before-catalan-secession-vote/ft_17-10-30_catalonia_bars420px/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-espagne-crise-de-legitimite-par-jacques-sapir/


 

BASE 14 995X225Dommage que Sapir n'étudie pas le rôle et l'impact des politiques européennes et leurs conséquences sur la légitimité du gouvernement espagnol, à l'image de ce qui se passe ailleurs en Europe, si on en juge par les récentes élections (Allemagne, Autriche, Tchéquie...)...  P.G.

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vendredi 3 novembre 2017

ENTRETIEN D’ACTUALITÉ N°52

ENTRETIEN D’ACTUALITÉ N°52 – Catalogne – Italie – Brexit – Outre-mer – Russie – USA – Irak – Uluru

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Le président de l’UPR François Asselineau analyse l’actualité récente au 1 novembre 2017.
00:16 Indépendance de la Catalogne (Espagne)
12:42
Référendum en Lombardie et Vénétie (Italie)
21:07 Nouvelles du Brexit
27:14
Politique gouvernemental des Outre-mer
34:02 Scène politique étrangère
41:39
Ambassadeur d’Irak en France (Dr. Ismieal Shafiq Muhsin)
45:06 Uluru – Ayers Rock (Australie)
51:30 L’université d’automne et le congrès de l’UPR

https://www.upr.fr/actualite/entretien-dactualite-n52-catalogne-italie-brexit-outre-mer-russie-usa-irak-uluru

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