dimanche 12 novembre 2017

[RussEurope en exil] Espagne : crise de légitimité ? Par Jacques Sapir

Un récent sondage effectué par le PEW Research Institute a mesuré l’ampleur de la crise de confiance engendré par l’affrontement entre les indépendantistes et le gouvernement centrale de Madrid et ce dès le printemps dernier[1].

ARG ESPAGNE SAPIR RAJOY

Les résultats montrent un effondrement de la confiance des espagnols en général, et des catalans en particulier dans la capacité du gouvernement de Madrid d’agir de manière efficace pour les intérêts de l’Espagne.

Le point important est que 53% des catalans, selon ce sondage, ne font pas du tout confiance dans le gouvernement de Madrid. Le fait qu’une majorité absolue d’opinions se porte sur un point de vue radicalement critique est évidemment important. Mais, dans le reste de l’Espagne, cette opinion est partagée par 39% des sondés. C’est bien la preuve que, derrière la crise catalane, et la revendication pour l’indépendance, on est en présence d’une défiance majeure vis-à-vis du gouvernement Rajoy.

Notons qu’une écrasante majorité des espagnols sont aussi insatisfaits de la manière dont la démocratie fonctionne dans leur pays. Cette insatisfaction date d’avant le référendum du 1er octobre. Elle montre l’ampleur des problèmes que connaissait le système politique espagnol. On remarquera que cette insatisfaction est plus sensible en Catalogne que dans le reste de l’Espagne, mais qu’elle atteint aussi un niveau important dans le reste de l’Espagne.

 

La question de la légitimité

On constate que le conflit entre Barcelone et Madrid, la question de l’indépendance de la Catalogne, ne fait que recouvrir une question bien plus profonde sur le fonctionnement des institutions. Il faut donc ici rappeler que les institutions de l’Espagne actuelle, et en particulier la constitution de 1978, étaient un compromis destiné à assurer une sortie du franquisme. Cette constitution était donc loin d’être le dernier mot de la démocratie, et elle résultait explicitement d’un compromis avec certains secteurs de l’Etat franquiste, secteurs qui ont d’ailleurs donné naissance au Parti Populaire, dont Mariano Rajoy est aujourd’hui le représentant. C’est pourquoi la pratique constitutionnelle avait au moins autant d’importance que le texte lui-même. On comprend aussi que, dans ce contexte, cela n’a pas de sens de se réfugier derrière la lettre formelle de la loi. Cette dernière correspondait à un moment politique du pays, mais un moment qui n’est plus.

On mesure ici les conséquences néfastes de la pratique constitutionnelle qui s’est développée à partir de 2010 et de l’annulation d’une partie du statut de la Catalogne. La question ici n’est pas qu’il y ait eu un vice de forme ou de procédure, vice de forme conduisant à l’invalidation du statut par la cour constitutionnelle. La véritable question est celle de l’annulation d’un statut qui avait été voté tant par le Parlement espagnol que par le parlement catalan, et ratifié par référendum par la population de la Catalogne.

Si cette annulation avait été suivie par l’ouverture de nouvelles négociations, et par des modifications du texte initial, le processus démocratique aurait pu se poursuivre. Mais, cela ne fut pas le cas. En décidant de ne pas donner suite à ce processus, le gouvernement de Mariano Rajoy et le Parti Populaire ont pris une responsabilité écrasante dans l’involution de la situation, qui a crispé les positions et qui explique largement l’état de crise actuel. La poussée des mouvements indépendantistes, qui fut constaté lors des élections régionales de 2015, résulte largement d’une réaction contre la politique de Mariano Rajoy.

Tableau 1

Résultats des élections régionales de 2015

Liste Voix % Sièges
Ensemble pour le oui**

(PDeCAT et ERC)

1 628 714 39,59 62
Ciudadanos 736 364 17,90 25
Parti des socialistes de Catalogne (affilié PSOE) 523 283 12,72 16
Catalogne oui c’est possible (affilié PODEMOS)* 367 613 8,94 11
Parti populaire catalan 349 193 8,49 11
Candidature d’unité populaire** – CUP 337 794 8,21 10
Total indépendantiste 1 966 508 47,80 72
Unioniste 1 608 840 39,11 52
           

** Listes soutenant l’idée de l’organisation d’un référendum d’indépendance

* Liste soutenant le principe d’un référendum, mais sans se prononcer sur la question de l’indépendance.

Les conséquences qu’il faut en tirer

On peut tirer quelques conclusions de ce sondage. La première est que Mariano Rajoy et le parlement espagnol n’ont plus de légitimité aujourd’hui. En tous les cas, il ne peuvent se retrancher derrière le texte de la loi sans tenir compte du problème de légitimité qui est en surplomb des mesures légales qu’ils veulent prendre.

La deuxième conséquence est que des élections générales doivent avoir lieu au plus vite en Espagne. Les élections au Parlement de Catalogne auront lieu le 21 décembre. Des élections générales doivent avoir lieu d’ici janvier ou février. Non seulement ces élections générales s’imposent en raison de la perte de légitimité du gouvernement central, mais elles s’imposent aussi si l’on veut éviter un conflit de légitimité entre le nouveau parlement catalan et le parlement espagnol. Ce conflit, qui proviendrait de ce qu’un parlement nouvellement élu est toujours plus légitime qu’une assemblée plus ancienne, peut avoir des conséquences dramatiques pour l’Espagne toute entière. Que l’on se souvienne de l’enchaînement des événements qui ont eu lieu en URSS en 1990 et 1991, avec une assemblée de Russie, nouvellement élue, contestant la légitimité du Soviet Suprême. Un Parlement espagnol nouvellement élu devrait alors déclencher un processus de réécriture de la Constitution, et soumettre le fruit de ses travaux à un référendum.

La troisième conséquences, qui s’impose à l’évidence, est que Mariano Rajoy doit se retirer. Il porte le poids des erreurs passés, et son action souffre trop de l’image détestable de la répression du vote du 1er octobre.

Jacques Sapir

 

Notes

[1] http://www.pewresearch.org/fact-tank/2017/11/06/dissatisfaction-was-widespread-in-spain-even-before-catalan-secession-vote/ft_17-10-30_catalonia_bars420px/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-espagne-crise-de-legitimite-par-jacques-sapir/


 

BASE 14 995X225Dommage que Sapir n'étudie pas le rôle et l'impact des politiques européennes et leurs conséquences sur la légitimité du gouvernement espagnol, à l'image de ce qui se passe ailleurs en Europe, si on en juge par les récentes élections (Allemagne, Autriche, Tchéquie...)...  P.G.

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vendredi 3 novembre 2017

ENTRETIEN D’ACTUALITÉ N°52

ENTRETIEN D’ACTUALITÉ N°52 – Catalogne – Italie – Brexit – Outre-mer – Russie – USA – Irak – Uluru

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Le président de l’UPR François Asselineau analyse l’actualité récente au 1 novembre 2017.
00:16 Indépendance de la Catalogne (Espagne)
12:42
Référendum en Lombardie et Vénétie (Italie)
21:07 Nouvelles du Brexit
27:14
Politique gouvernemental des Outre-mer
34:02 Scène politique étrangère
41:39
Ambassadeur d’Irak en France (Dr. Ismieal Shafiq Muhsin)
45:06 Uluru – Ayers Rock (Australie)
51:30 L’université d’automne et le congrès de l’UPR

https://www.upr.fr/actualite/entretien-dactualite-n52-catalogne-italie-brexit-outre-mer-russie-usa-irak-uluru

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samedi 28 octobre 2017

Natacha Polony – Changer la vie, par Jacques Sapir

Le livre que vient d’écrire Natacha Polony a un double statut : il se veut programme tant économique que social, et cela explique le clin d’œil du titre aux années 1970, mais il se présente aussi sous la forme d’un dictionnaire, comme le fameux « dictionnaire des idées reçues » de Flaubert.

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Ce choix éditorial est assumé et justifié par l’auteur. Il s’inscrit dans une logique de combat culturel et politique qu’il convient de mener aujourd’hui. Sur ce point, Natacha Polony a parfaitement raison. Elle écrit ainsi dans l’introduction du livre : « Or, il n’est pas de projet politique véritable qui ne repose sur l’ambition de ‘changer la vie ‘. Telle est en fait la définition de la politique : l’idée qu’il est possible, par l’action collective des citoyens assemblés, de faire émerger les conditions d’une société qui mette réellement en œuvre les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Bref, le contraire absolu et radical de ce dogme selon lequel ‘il n’y a pas d’autre politique possible’ »[1]. Rien de plus juste. Contre l’idéologie ambiante, c’est bien d’un combat culturel dont il s’agit. Et, n’en doutons pas, ce livre de Natacha Polony apportera à ceux qui veulent le mener, explications, analyses et argument.

Mais, ce livre a aussi, dans sa forme, un double statut. Si cela ne pose pas de problèmes particulier à la lecture, et l’on sait que Natacha Polony écrit d’une plume enlevée, porte néanmoins en lui une tension qui conduit à s’interroger sur l’usage que l’on peut faire de cet ouvrage.

Les fondamentaux, le programme, et le plan de l’ouvrage

Ce livre est écrit en deux parties, intitulées « pour une société vivable » et « reconquérir nos vies ». Ce plan correspond bien au projet de faire programme. Mais, ces parties rassemblent des entrées alphabétiques. Ainsi, dans la première partie, l’entrée « Décroissance » se trouve prise en sandwich entre « Déclinisme » et « Démocratie ». Dans la seconde, qu’il est permis de trouver – en un sens – plus cohérente, l’entrée « S ‘empêcher » se trouve coincée entre « Rire » et « S’enraciner ». On mesure ici l’un des problèmes que soulève la lecture de ce livre. La juxtaposition des concepts et des champs peut nuire au développement de la pensée de Natacha Polony qui, pourtant, tisse sa toile avec une réelle unité du propos. Mais, c’est au lecteur de faire l’effort pour retrouver cette unité.

L’un des problèmes est que cette forme induit de nombreuses redites et répétitions. Un autre problème est que l’on saute ainsi fort souvent du coq à l’âne. C’est l’idée du dictionnaire qui veut cela. Mais, c’est aussi est en un sens regrettable, car le propos de l’ouvrage aurait mérité un plan, assurément plus conventionnel, permettant de mieux développer et approfondir certaines notions. On ressent en particulier cette tension dans la première partie de l’ouvrage.

L’idée du « dictionnaire des idées reçues » n’est pourtant pas sans mérites. L’acuité de la pensée de Natacha Polony et la vivacité de sa plume pouvaient s’y prêter. Mais, il aurait fallu, alors, faire des entrées courtes, afin de maintenir le lecteur dans un état de tension. Or, sur certains domaines, et là encore on le comprend parfaitement, voire on l’approuve, Natacha Polony a considéré qu’il lui fallait approfondir le sujet. L’entrée « Europe » fait donc plus de huit pages quand celle consacrée à « l’économie circulaire » en fait une et demie, et celle consacrée à la « globalisation » une un quart. Cela nuit à l’économie du texte. Ce livre hésite donc entre plusieurs registres, qui vont de l’analytique au pamphlétaire.

La question de l’autonomie

On l’a dit, le projet de Natacha Polony est estimable, et certainement nécessaire. Les réflexions qu’elle propose sont souvent très intéressantes. La longue discussion initiale sur l’entrée « Autonomie » l’illustre à merveille. Il en va de même avec l’entrée « Barbarie ». On notera que ces deux entrées font plus de six pages, et qu’elles auraient pu être étendues sans dommages. Car, l’un des points les plus intéressants de cet ouvrage est une forme de relecture du concept d’autonomie, et l’œuvre de Cornelius Castoriadis est ici largement évoquée. Natacha Polony montre bien la spécificité de ce concept, qui n’est nullement réductible à l’idée d’individus existants hors de toute société. Le concept d’autonomie cherche à articuler l’individualisme, à travers ses fondateurs qu’il s’agisse des philosophes grecs ou des théologiens chrétiens du Moyen-âge, et la notion d’animal social qui définit l’homme (mais qui, il faut l’ajouter, ne définit pas QUE l’homme car les grands primates sont tout autant que nous des animaux sociaux et donc politiques). Les références à Castoriadis, qu’elles soient explicites ou implicites, sont d’ailleurs assez nombreuses dans l’ouvrage. On peut cependant regretter qu’il ne soit pas fait mentions des travaux d’Agnès Heller et de Ferenc Feher, deux autres penseurs de cette importante notion d’autonomie.

Or, la question de l’autonomie débouche rapidement sur celle de la distinction nécessaires des sphères privées et publiques, et donc sur la question de la laïcité. C’est d’ailleurs une question fort ancienne. Les romains distinguaient ainsi entre les superstitio qui étaient les croyances de chaque individu et la religio qui définissait le corps de croyance que se devait d’avoir tous citoyen. On voit bien que la distinction entre sphère privée et sphère publique était connue. Les frontières entre ces sphères, ou ces espaces, n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Et on peut considérer que ces frontières sont en constante évolution.

C’est donc une question de fond, et elle est traitée avec la profondeur qu’il convient. Ici, il m’est arrivé plus d’une fois de maudire le plan de l’ouvrage, qui casse un raisonnement au moment où ce dernier prenait une ampleur et une profondeur des plus intéressantes. Car, il y a une continuité dans les réflexions de Natacha Polony sur ces différentes questions. Au-delà, la question de la séparation entre les deux sphères (la « privée » et la « publique ») est aujourd’hui remise en cause par les usages nouveaux qui s’imposent dans la société d’innovations techniques. Natacha Polony aborde et cite le développement de postures narcissiques mais, là encore, en dit trop ou trop peu. Ou, du moins, elle en dit trop peu dans l’entrée concernée. Car, une lecture attentive trouvera des mentions, des réflexions, voire ce que l’on appelle en peinture des « remords » dans d’autres entrées. Ici encore, on est confronté au parti pris de la structure du livre.

Les enjeux de l’analyse de la « barbarie »

De même, la question de la « barbarie » permet des développements qui sont passionnants mais, hélas, ces développements sont trop courts et nous laissent un peu sur notre faim (et pourtant c’est l’une des entrées les plus importantes). La critique de l’attitude du Premier-ministre canadien, M. Justin Trudeau est à la fois juste et éclairante sur les complaisances qu’entretiennent certains secteurs de l’opinion, mais aussi certains secteurs de l’élite politique, sur les comportements « barbares » qui sont alors si ce n’est justifiés du moins tolérés au nom de la « différence des cultures ». La question de l’excision est ainsi abordée, mais principalement par le prisme canadien. Sur ce point, on peut regretter qu’une entrée traitant des mutilations sexuelles, qui frappent essentiellement les femmes, ne se trouve pas dans ce livre. Au-delà du fait, que l’on doit assimiler à une barbarie, une analyse de la construction des justifications de cette barbarie, qu’elles soient coutumières ou qu’elles soient religieuses, permettrait d’armer les militants associatifs qui luttent, au quotidien, contre ces pratiques. Et là, on serait typiquement dans le projet explicite de ce livre.

Un coup d’œil alors à l’entrée « Multiculturalisme » se révèle décevant. Cette entrée, assez longue, porte plus sur les effets politiques du multiculturalisme, disant d’ailleurs sur ce point des choses justes, que sur les racines et les causes de cette idéologie. Car si l’hybridation des cultures est une réalité, la construction du projet multiculturaliste relève de l’idéologie. Quand Natacha Polony argumente sur le fait qu’il y a deux lectures du terme, une lecture qui renvoie à l’altérité entre les cultures et les civilisations, et une lecture qui désigne en fait une dimension de sauvagerie, elle a entièrement raison. Mais, justement, la juxtaposition de ces deux usages du mot « barbarie », un usage savant et un usage courant, pose un problème de fond. Les discours justificateurs des comportements barbares (dans le sens courant du terme) en jouent à fond. Et c’est là où l’on se trouve en manque d’une explication qui serait un approfondissement.

 

Héritage, éducation et le combat pour la responsabilité

Comme on l’a dit, les entrées correspondants à la seconde partie du livre sont souvent plus homogènes. Elles sont aussi écrites d’une plume plus nerveuse, et dans un style qui correspond mieux au « dictionnaire ». De ces multiples entrées, on conseillera au futur lecteur de lire « Hériter » et « Eduquer » en premier. Ces deux entrées sont des merveilles de précision et de concision. L’entrée « Connaître » est aussi un petit régal, à travers la citation du Pantagruel de Rabelais.

L’entrée qui porte sur les « responsabilités » est elle aussi importante, et elle est particulièrement bien venue. La notion de responsabilité est centrale à la construction d’une personnalité démocratique, comme le rappelle avec justesse Natacha Polony. Elle implique un certain regard sur le rapport entre Soi et les Autres, entre l’individu et la société qui l’entoure. Mais, la notion de responsabilité est aussi inter-temporelle. On n’est pas seulement responsable envers les vivants, mais aussi envers ceux qui sont à naître. C’est un pivotement essentiel de la notion de responsabilité qui renvoie à la prudence, ou à ce que l’on appelle aujourd’hui le « principe de précaution ». On en voit très concrètement les effets, dans le rapport que les citoyens doivent avoir à l’usage industriel de certains produits (de l’amiante au glyphosate). Mais, cette notion de responsabilité aurait mérité d’être élargie à des entrées, hélas manquantes, sur la « prudence », comme une possible vertu contemporaine.

Si des entrées manquent, d’autres interpellent par leur extrême concision. Ainsi l’entrée « Combattre » ne fait que 6 lignes…Est-ce à dire qu’il est si facile de faire le tour de cette question ? J’avoue en douter. Car, il y a un petit tour de passe-passe. Quand Natacha Polony écrit « Nulle violence, nulle agressivité. Mais la certitude que nos vies ont un sens quand elles creusent un sillon, quand elles s’incarnent dans une cause »[2], on ne peut que partager. Mais dire une chose vraie ne signifie pas tout dire, et en particulier traiter du rôle de la violence dans l’histoire des sociétés. Combattre, c’est aussi se poser le problème du rapport à la violence, une entrée elle aussi manquante. On aurait pu admettre l’extrême concision de l’entrée « Combattre » si à cette entrée y avait répondu une autre, traitant de la question des formes d’oppressions et des formes de lutte, bref de ce rapport à la violence qui doit être maitrisée dans une société démocratique mais qui ne saurait être exclu, sous peine de tomber dans un discours simplificateur. Or, « Combattre » et « Eduquer », voire « Connaître » sont des entrées liées. La cause pour laquelle on combat, et sous quelques formes que puisse prendre ce combat, elle découle de notre éducation, de ce que l’on connaît, voire de ce que l’on a hérité.(sic)

Une lecture indispensable pour ceux qui veulent changer la vie

On l’aura compris, ce livre regorge de trouvailles édifiantes, de notations passionnantes, de réflexions pertinentes, mais aussi de non-dits irritants. Les 55 entrées de la première partie tout comme les 27 de la seconde constituent autant de vignettes traitant des points cruciaux de nos vies et de la société d’aujourd’hui. Il faut donc remercier Natacha Polony d’avoir tenté d’en faire la synthèse dans un format maniable et qui permet d’emporter le livre avec soi pour relire certaines des entrées au fur et à mesure de nos envies mais aussi des nécessités du combat culturel. Sous cet aspect, ce livre s’avère être une lecture indispensable. Au-delà des critiques que l’on peut faire sur la forme, et aussi sur les oublis ou sur ce qui manque en approfondissement justement dans cette forme de dictionnaire, la lecture de cet ouvrage s’impose pour tous ceux qui partent du constat que nous vivons aujourd’hui dans un monde abominable, et qui deviendra pire pour nos descendants si nous n’en changeons pas.

[1] Polony N., Changer la vie – Pour une reconquête démocratique, Paris, Editions de l’Observatoire, octobre 2017.

[2] Idem, p. 266.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-natacha-polony-changer-la-vie-par-jacques-sapir/


 

Le professeur Sapir note sévèrement l'élève Polony, sous couvert d'approbation, façon "élève méritante mais peut mieux faire", "devrait approfondir la réflexion" etc. Le genre de commentaire "pédagogique" qui me vient parfois en tête en le lisant, notamment quand il traite des questions européennes...Raison de plus, à mon avis, de s'intéresser à cet ouvrage. P.G.

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Vidéo du jour: Régis Debray : “L’économie a absorbé la politique”

Régis Debray analyse la victoire d’Emmanuel Macron dans son livre “Le nouveau pouvoir” aux éditions du Cerf.

“La gaîté vient avec l’âge. Les jeunes prennent les choses au tragique, mais moi je suis sensible aux rimes de l’histoire, ce qui revient périodiquement. Moi je vois aujourd’hui la politique comme une comédie (…) Au fond tout ça est divertissant” dit le philosophe pour revenir sur son optimisme :

Les décadences sont des moments des moments féconds, créatifs

Ce qui m’embarrasse, c’est la victoire absolue d’ ‘homo économicus’, l’homme économique sur l’homme politique, lequel avait déjà remporté la victoire sur l’homme religieux

VID DEBRAY FI

“L’économie a absorbé la politique”

“Nous sommes gallo-ricains, comme autrefois les gallo-romains (…)”L’envie d’être milliardaire est devenue légitime, comme l’envie d’être un héros il y a 100 ans ou d’être un saint il y a 1000 ans”.

“La victoire du chiffre est inquiétante, car c’est à très court terme (…) aujourd’hui nous avons perdu la conscience de porter une histoire collective . Ce qui pourrait me rendre triste, c’est la perte de l’horizon, la fin du récit de l’émancipation(…) Quand on perd l’horizon, on revient à l’origine( …) Nous sommes le nez sur l’événement donc nous n’avons plus de mythe porteur”, poursuit le philosophe, qui explique que des pays laïques redeviennent religieux, citant en exemple l’Israël ou l’Inde.

La jeunesse est-elle un espoir?

“Le Sénat est vieux. Souvent, on dit que le vieux est sage : non, tout simplement il est con, ça s’appelle un vieux con (…)Le jeune tend à être plein de lui-même et surtout et à oublier d’où il vient, ce qui me frappe le plus c’est cette perte de sens de l’histoire, de la transmission”.

 

“Les vrais américains ont Dieu (…) nous nous avons d’autres ciments : une certaine conception de notre histoire, une autre mythologie”

La mythologie ça fait tenir debout, avancer parfois

 

Sur la France ‘start-up’ de Macron

Régis Debray y voit un “monde de vision courte, mais très étalée dans l’espace”, “un moment de civilisation, l’intérgation de la France dans une civilisation euro-américaine”.

“Le vivre-ensemble, comme on dit, c’est pour une communauté imaginaire (…) C’est la fin de l’utopie européenne : celle qu’un marché commun peut faire un imaginaire commun”.

Sur Emmanuel Macron président

“Une chose est la posture, autre chose est la capacité réelle de fédérer un peuple. On a une crise des figures de l’autorité (…) il y a le juge, une autorité protestante qui n’est pas chez nous très valide, il y a le leader , mais le leader suppose un peuple et derrière Macron il n’y a pas de peuple, c’est pas de sa faute, c’est comme ça”, estime Régis Debray. “Reste le père, mais c’est pas un père, donc il y a un certain flottement et je comprend qu’il cherche des éléments symboliques pour rassembler, fédérer et catalyser. Je doute qu’il les trouve car son milieu est dominé par la finance et l’économie, et c’est une idéologie individualiste (…) et qui a oublié l’Histoire, tout simplement”.

Ce n’est pas un président qui lit, je dirais qu’il butine, mais c’est déjà très bien

Selon Régis Debray, Emmanuel Macron est un “homme qui veut rechercher une profondeur de temps, mais son milieu ne peut que l’en empêcher”.

Source : France Inter, Régis Debray, 22-09-2017

https://www.les-crises.fr/regis-debray-leconomie-a-absorbe-la-politique-par-france-inter/

Voir la vidéo:

Régis Debray répond aux questions des auditeurs de France Inter

Ajoutée le 22 sept. 2017
https://www.youtube.com/watch?time_continue=9&v=B8zS6cXx6JA

lundi 23 octobre 2017

Marcel Gauchet : «L’idée que le passé peut être remodelé à volonté est une idée totalitaire»

L’historien et philosophe déplore que nous soyons passés du roman national à la fable multiculturaliste, troquant une fiction pour une autre, là où l’histoire devrait chercher la vérité.

ARG HISTOIRE GAUCHETL’histoire est devenue un champ de bataille. De la polémique autour du livre de Patrick Boucheron à la volonté affichée par certains d’effacer les personnages controversés de notre passé, la querelle historique, spécialité française, continue de plus belle. L’historien et philosophe Marcel Gauchet analyse le nouveau rôle de l’histoire dans des sociétés mondialisées. Il déplore que nous soyons passés du roman national à la fable multiculturaliste, troquant une fiction pour une autre, là où l’histoire devrait chercher la vérité. Il met en lumière les paradoxes d’une époque à la fois obsédée par la mémoire et désireuse de remodeler le passé au nom d’un «ethnocentrisme du présent». Mettant en garde contre les dérives d’une histoire pénitentielle et moralisante, il plaide pour un nouvel enseignement qui aide à comprendre le monde de plus en plus complexe dans lequel nous vivons.

LE FIGARO. – Durant la présidentielle, les quatre principaux candidats ont évoqué le «récit» ou «roman» national. Pourquoi le retour de cette question sur la scène politique?

Marcel GAUCHET. – Une remarque préalable: la notion de «roman» est pour le moins malheureuse. Toute histoire revêt la forme d’un récit, mais ce récit a la particularité de chercher à être vrai. La préoccupation qui ramène la question sur le devant de la scène me semble double. Elle naît d’abord d’une inquiétude devant le fait que l’enseignement scolaire de l’histoire «n’imprime plus». Les élèves l’oublient aussitôt qu’ils l’ont appris. D’où une certaine anxiété devant la perspective d’une société dont les jeunes générations n’auraient plus de lien avec le passé. Or, l’élément de légitimation historique de la conscience collective a en France une importance très grande. Car, depuis la Révolution française, le débat politique s’est organisé sur fond de bataille historique. Au-delà, il y a une inquiétude plus diffuse, qui n’a pas trouvé son langage, …

Source : Lefigaro.fr  (pour les abonnés seulement)


 

Version pdf de l'article disponible sur demande auprès de la délégation régionale (je n'ai pas pu télécharger le fichier sur le site)

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 P.G.

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dimanche 22 octobre 2017

ENTRETIEN D’ACTUALITÉ N°51 – Jugeons l’UE avec ses retombées : Industrielle, sociale, et environnementale

Aidez-nous ! Partagez :

Le président de l’UPR François Asselineau analyse l’actualité récente au 19 octobre 2017.
00:08 : Vidéo de présentation de l’université et du congrès de l’UPR.
00:35 : Introduction – hommage à l’usine de soie Tomioka du Japon.
03:25 : Que pensez-vous des risques qui pèsent sur Airbus ?
12:56 : Où en est la situation sociale en France ?
17:01 : Et au niveau environnemental ?
20:10 : Et dans le reste de l’Europe ?
27:04 : L’arme Macronlibur qui cartonne en Europe.
28:14 : Avez-vous d’autres sujets que vous souhaiteriez aborder ?
31:42 : Auriez-vous un mot pour conclure ?

https://www.upr.fr/actualite/entretien-dactualite-n51-jugeons-lue-retombees-industrielle-sociale-environnementale

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mercredi 18 octobre 2017

Uber über alles !

La revue Eléments mérite vraiment qu’on en parle.

ARG ELEMENTS ROBOTSMieux, elle mérite d’être lue, partagée, et relue. Collectionnée peut-être. Alain de Benoist, le philosophe anarchiste*, bon bougre et mauvais coucheur, qui veille sur sa destinée et y produit tous les deux mois des éditos vengeurs et des articles ravageurs (et vice versa), a bien voulu répondre à quelques questions à peine orientées, suscitées par le solide dossier du dernier numéro sur l’ubérisation à marches forcées à laquelle on soumet aujourd’hui la société française mondialisée, et qui nous prépare de jolis lendemains qui chanteront faux.

Jean-Paul Brighelli. Voilà que vous détournez le « grand remplacement » ethnique cher à Renaud Camus par un « grand remplacement » économique : l’ubérisation de l’ensemble des sociétés libérales — française, entre autres. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste cette mutation ?

Alain de Benoist. Le « grand remplacement économique », ce n’est pas tant l’ubérisation que le remplacement de l’homme par la machine, voire par l’intelligence artificielle, à laquelle conduit l’évolution même du travail, évolution dont l’ubérisation ne représente qu’un aspect.

« On l’oublie trop souvent : le capitalisme, ce n’est pas seulement le capital, c’est également le salariat. C’est aussi le système qui repose sur la force de travail, base de la valorisation du capital, et la transformation du travail concret en travail abstrait, concomitante de la transformation de la valeur d’usage en valeur d’échange. La transsubstantiation du travail en argent, puis de l’argent en capital, produit l’autovalorisation de la valeur. Le travail au sens moderne est une catégorie capitaliste. La généralisation du salariat fut une révolution silencieuse, mais une mutation énorme. Hier on avait un métier, aujourd’hui on cherche un emploi. Le métier et l’emploi, ce n’est pas la même chose. L’avènement du marché où l’on peut vendre et acheter contre salaire de la force de travail implique à la fois la destruction des anciennes formes sociales et la séparation du travailleur d’avec les moyens de production.

« La contradiction principale à laquelle se heurte aujourd’hui le capitalisme est directement liée à l’évolution de la productivité. Cette contradiction est la suivante. D’un côté, le capital recherche en permanence des gains de productivité lui permettant de faire face à la concurrence, ce qui entraîne des suppressions d’emploi et une diminution du temps de travail global (on produit de plus en plus de choses avec de moins en moins d’hommes). De l’autre, il pose le temps de travail comme seule source et seule mesure de la valeur. La contradiction tient au fait que les gains de productivité aboutissent à supprimer des emplois, alors que c’est justement la forme « emploi » qui a permis au travail d’être le moteur de l’expansion du capital. La contradiction entre le marché actuel du travail et la production réelle de survaleur fait que le système capitaliste est aujourd’hui menacé, non pas seulement d’une baisse tendancielle du taux de profit, mais d’une dévalorisation généralisée de la valeur.

« Avec la révolution informatique et le développement de la robotique, la production de richesses se découple par ailleurs toujours davantage de la force de travail humaine, et pour la première fois on supprime davantage de travail qu’on ne peut en réabsorber par l’extension des marchés.

« L’argument libéral classique est de dire que tout cela n’a rien de nouveau, que le progrès technique a toujours détruit des emplois, mais qu’il en a créé d’autres. On cite l’exemple de la révolte des canuts lyonnais contre les métiers à tisser, celui des luddites anglais ou celui des tisserands silésiens de 1844. On rappelle aussi la façon dont les emplois du secteur tertiaire ont remplacé ceux des secteurs primaire et secondaire. C’est oublier qu’aujourd’hui tous les emplois ne sont pas substituables, et qu’ils le sont même de moins en moins compte tenu de l’importance prise par les connaissances et de l’inégale distribution des capacités cognitives. Si dans le passé un paysan a pu se reconvertir en ouvrier sans grand problème, un ouvrier du bâtiment aura beaucoup plus de mal à se reconvertir en programmateur informatique. C’est pourquoi la robotique détruit aujourd’hui plus d’emplois qu’elle n’en crée.

« Mais c’est oublier surtout que nous sommes en train de sortir de l’époque où les machines faisaient les choses aussi bien que l’homme pour entrer dans celle où les machines font beaucoup mieux. Cela change tout, car cela signifie que les machines peuvent désormais entrer en compétition avec des fonctions qui ne sont plus seulement manuelles ou répétitives, ce qui pose le problème de la décision : la machine est mieux placée pour décider puisqu’elle peut traiter mieux qu’un humain les informations dont elle dispose. C’est ce qu’avaient déjà biens vu Hannah Arendt et Günther Anders. Voilà pour le « grand remplacement » !

JPB. Vous reprenez le terme de « précariat », introduit en économie alternative par des alter-mondialistes et des anarchistes (italiens à l’origine) à la fin des années 1970 — quelques années à peine après le départ de la crise structurelle dont se nourrit depuis cette époque le libéralisme. En quoi consiste-t-il ?

AdB. La précarité, aujourd’hui, tout le monde la constate autour de soi. Face à la montée d’un chômage devenu structurel (et non plus seulement conjoncturel), la tendance actuelle, parallèlement au remplacement des activités productives par des emplois inutiles, qui sont en dernière analyse des emplois de contrôle, destinés à désamorcer les velléités de révolte sociale[1], est de chercher à diminuer le chômage en augmentant la précarité. C’est la mise en application du principe libéral : « Mieux vaut un mauvais travail que pas de travail du tout ». D’où l’idée de « flexi-sécurité », qu’il faut comprendre ainsi : la flexibilité c’est pour tout de suite, pour la sécurité on verra plus tard. Le refrain mille fois répété par le Medef est bien connu : plus on pourra licencier facilement, moins on hésitera à embaucher. Mais comment expliquer alors que la précarité ait constamment progressé en même temps que le chômage ?

« C’est cette montée de la précarité qui a abouti en Angleterre à la multiplication des « travailleurs pauvres » (working poors) et aux contrats « à zéro heure » (on en compte aujourd’hui plus de 1, 4 million), et en Allemagne, depuis les réformes Harz, aux « minijobs » (450 euros sans cotisations et sans couverture sociale) qui, en 2013, concernaient 7 millions de travailleurs, soit près de 20% de la population allemande active, parmi lesquels un grand nombre de retraités.

« Mais la précarisation, c’est aussi de façon beaucoup plus générale la destruction de tout ce qui dans le passé était solide et durable, et se trouve aujourd’hui remplacé par de l’éphémère et du transitoire. Dans ce que Zygmunt Bauman a très justement appelé la société liquide, tout est à la fois liquéfié et liquidé. Que ce soit dans le domaine professionnel, sentimental, sexuel, éducatif, politique, social ou autre, nous vivons à l’ère du zapping : on « zappe » d’un partenaire à l’autre, d’un métier à l’autre, d’un parti politique à l’autre, comme on « zappe » d’une chaîne de télévision à une autre. Et dans tous les cas, le changement n’aboutit qu’à donner le spectacle du même. On est toujours déçu parce que, sous diverses guises, c’est toujours le même chose qui se donne à voir. L’idéologie du progrès joue évidemment son rôle : avant, par définition, c’était moins bien. Le politiquement correct (qu’il vaudrait mieux appeler l’idéologiquement conforme) joue le sien : en transformant les mots, la « novlangue » transforme les pensées. L’individualisme ambiant fait le reste.

JPB. Un chauffeur de taxi « ubérisé » gagne fort mal sa vie, en moyenne. Serait-ce là l’un de ces « bullshit jobs » nommés pour la première fois par David Graeber pour désigner des « boulots à la con » dans la sphère administrative (privée ou publique) et désormais étendus à l’ensemble de la sphère économique ? À une époque où les employés des grandes surfaces ne sont plus jamais embauchés à temps plein, afin de les tenir en laisse en les faisant vivre avec 800 euros par mois, où un prof débutant touche après 5 à 6 ans d’études 1400 euros par mois, en quoi la précarité concertée est-elle la solution la plus adaptée trouvée par le néo-libéralisme contemporain ?

AdB. Les promesses du « travail indépendant » (l’« ubérisation » de la société) sont de leur côté trompeuses, car la précarité y est la règle plus encore que dans le salariat. Dans le monde post-industriel, qui privilégie les connaissances plus que les machines, chacun se voit convié à « devenir sa propre entreprise » (à être « entrepreneur de soi-même ») pour valoriser ses « actifs incorporels », quitte pour les anciens salariés à devenir des travailleurs multitâches, courant d’une activité à l’autre, cherchant de nouveaux clients tout en s’improvisant juristes ou comptables. L’ubérisation n’est alors qu’un nouveau nom de la parcellisation et de l’atomisation du travail. La précarité devient la règle, car les résultats recherchés se situent sur un horizon de temps de plus en plus court. Plus que jamais, on perd sa vie en tentant de la gagner.
« Sous couvert de « flexibilité » on recherche des hommes taillables et corvéables à merci, qui doivent sans cesse s’adapter aux exigences d’une économie dont on estime qu’ils doivent être les serviteurs, sinon les esclaves. La généralisation de la précarité, c’est l’avènement de l’homme substituable, interchangeable, flexible, mobile, jetable. C’est l’entière réduction de la personne à sa force de travail, c’est-à-dire à cette part de lui-même qui peut être traitée comme une marchandise. C’est la soumission à l’impératif de rendement, la vente de soi s’étendant à tous les aspects de l’existence.

JPB. Sur l’ensemble du dossier présenté par votre revue, je vous trouve terriblement marxiste — « le facteur économique est bien déterminant en dernière instance ». Peut-on cependant tisser un lien entre la réalité économique à laquelle on est en train de convertir l’ensemble de l’économie mondialisée, et l’homo festivus inventé par Philippe Muray ? Ou si vous préférez, dans quelle mesure l’ubérisation tous azimuts se conforte-t-elle de la société du spectacle — et vice versa ?

AdB. Pas du tout marxiste, mais marxien pourquoi pas ! Deux cents ans après sa naissance, il serait peut-être temps de lire Marx en étant capable de faire le tri entre les nombreuses facettes de sa pensée – en oubliant les « marxismes » et les « antimarxismes » qui n’ont fait qu’accumuler les contresens sur son œuvre. La philosophie de l’histoire de Marx est assez faible, mais il n’y a pas besoin d’être marxiste pour constater, avec lui, que notre époque est tout entière plongée dans les « eaux glacées du calcul égoïste ». Marx est à la fois l’héritier d’Aristote et celui de Hegel. Il a tort de ramener toute l’histoire humaine aux luttes de classes, mais il décrit à merveille celles de son temps. Ce qu’il écrit sur le fétichisme de la marchandise, sur la « réification » des rapports sociaux, sur l’essence de la logique du Capital (sa propension à l’illimitation, au « toujours plus », qui n’est pas sans évoquer le Gestell heideggérien), sur la théorie de la valeur, va très au-delà de ce qu’on a généralement retenu chez lui.

« L’homo festivus dont parlait le cher Philippe Muray est en effet comme un poisson dans l’eau dans l’économie libérale aujourd’hui déployée à l’échelle mondiale. L’homo festivus ne cherche pas seulement à faire la fête tout en aspirant à se vider le crâne (il ne faut pas se prendre la tête !) grâce aux mille formes de distraction contemporaine, au sens pascalien du terme. Il est aussi celui qui a remplacé le désir de révolution par la révolution du désir, et qui pense que les pouvoirs publics doivent faire droit, y compris institutionnellement, à toute forme de désir, car c’est en manifestant ses désirs, quels qu’ils soient, que l’homme manifeste pleinement sa nature.

« Cela s’accorde parfaitement à l’idéologie libérale, qui conçoit l’homme comme un être présocial, cherchant à maximiser en permanence son seul intérêt personnel et privé. Comme l’a si bien montré Jean-Claude Michéa, c’est parce que le libéralisme économique et le libéralisme « sociétal » (ou libertaire) sont issus du même socle anthropologique qu’ils ne peuvent à un moment donné que se rejoindre. La société du spectacle, où le vrai n’est plus qu’un moment du faux et où lêtre s’efface totalement derrière le paraître, est le cadre idéal de cette rencontre.

C’est la société de l’aliénation volontaire, qui croit que les rapports sociaux peuvent être régulés seulement par le contrat juridique et l’échange marchand, mais qui ne débouche que sur la guerre de tous contre tous, c’est-à-dire sur le chaos.

JPB. Vous notez qu’Emmanuel Macron est le chantre de cette ubérisation généralisée. Mais comment diable l’a-t-on élu ? Par un malentendu ? Grâce à l’écran de fumée médiatique ? Par un désir profond d’en arriver à un salaire universel garanti (le seul candidat qui le proposait était Benoît Hamon : un hasard ?) qui permettrait de vivoter dans la précarité sans plus poser de problème à un capitalisme financiarisé qui pourrait alors s’épanouir ? Mais alors, qui achètera les merveilleux produits fabriqués demain par les quelques travailleurs encore en exercice et une noria de machines « intelligentes » ? Bref, l’ubérisation serait-elle le premier pas vers la fin du libéralisme — l’ultime contradiction interne du système ?

AdB. Dans une démocratie devenue elle aussi liquide, Macron a su instrumentaliser à son profit l’épuisement du clivage droite-gauche et l’aspiration au « dégagisme » d’un électorat qui ne supportait plus la vieille classe politique. Il a également compris que l’alternance des deux anciens grands partis de gouvernement ne mettait plus en présence que des différences cosmétiques, et que l’heure était venue de les réunir en un seul. C’est ce qui lui a permis de l’emporter avec au premier tour moins d’un quart des suffrages exprimés.

« Macron est avant tout un contre-populiste au tempérament autoritaire et à l’ego hypertrophié. Il reprend à son compte le clivage « conservateurs » contre « progressistes », mais c’est pour choisir la seconde branche de l’alternative : réunir les partisans de l’« ouverture » (en clair : les élites libérales de tous bords) contre les tenants de la « fermeture » (en clair : ceux qui s’opposent, instinctivement ou intellectuellement, à l’idéologie dominante). Contre ceux « d’en bas », il est le représentant de la Caste « d’en haut ». On voit bien aujourd’hui qu’il ne supporte pas qu’on lui résiste, qu’il n’aime pas les corps intermédiaires, qu’il est insensible aux aspirations populaires, qu’il n’a rien à dire à la France qui va mal. A un moment où les classes moyennes, menacées de déclassement et de paupérisation, sont en train de rejoindre les classes populaires, il démontre ainsi son intention de construire une « start up nation », en parfaite conformité avec une religion économique qui exige l’absorption du politique par la gouvernance. Cela augure plutôt mal de l’avenir. »

Alain de Benoist et Jean-Paul Brighelli

http://blog.causeur.fr/bonnetdane/


 

OUTIL LOGO FREXIT LIMOUSIN*"le philosophe anarchiste", voilà une étiquette audacieuse pour Alain de Benoist, qui ne me serait pas venue à l'idée de prime abord...Mais bon, comme je ne cesse de le répéter, les articles sont choisis pour leur intérêt, leur niveau académique, leur apport intellectuel sur des thématiques qui nous intéressent etc, quelles que soient les orientations idéologiques des auteurs, mais ils n'engagent que ceux- ci, dont nous respectons, par principe, le point de vue, dès lors qu'il est argumenté.

Par souci d'honnêteté envers nos lecteurs, surtout ceux qui ne connaîtraient pas cette école de pensée appelée "nouvelle droite" par la bien- pensance officielle, nous recommandons la fiche "wikipedia" d'Alain de Benoist (source qu'on ne pourra pas caractériser comme proche de nous), dont voici un extrait:

Parmi les fondateurs, en 1968, du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE), principal mouvement du courant que les médias ont baptisé « Nouvelle Droite », il a, entre autres, collaboré aux revues Nouvelle École, Éléments, Krisis (revue qu'il fonde en 1988 et se définissant7 comme « de gauche, de droite, du fond des choses et du milieu du monde », celle-ci pratiquant en effet l'ouverture vers plusieurs courants d'idées et penseurs extérieurs au milieu néodroitier, comme Jean Baudrillard, Régis Debray, Jean-François Kahn ou Michel Jobert, voire engagés au sein de la gauche antilibérale, tels Bernard Langlois et Ignacio Ramonet), ainsi qu'au Figaro magazine, qu'il dut quitter au début des années 1980.

Son livre Vu de droite obtient le grand prix de l'Essai en juin 1978 par l'Académie française.

De 1970 à 1982, il travaille également au Spectacle du Monde, et y collabore de nouveau épisodiquement depuis les années 2000. Alain de Benoist s'est aussi fait connaître en participant à l'émission Panorama sur France Culture de 1980 à 1992.

En 1986, le « chef de file » de la Nouvelle Droite publie Europe, Tiers monde, même combat — dont le bandeau donne à lire : « Décoloniser jusqu'au bout ! » —, ouvrage qui prône le soutien aux luttes pour l'autonomie des peuples du Tiers monde et l'alliance avec celui-ci8 contre l'impérialisme. Une vision déjà en germe dans les écrits antérieurs de l'auteur9 et qui restera la sienne. Pour Christian Savés (du CNRS), Alain de Benoist a en effet conduit une « remarquable entreprise de démystification » de l'« idéologie ethnocidaire de l'Occident10. »[pas clair] Il a par ailleurs été fortement influencé par les penseurs liés à la Révolution conservatrice allemande comme Ernst Jünger et Armin Mohler11."

 


 

[1] " remplacement des activités productives par des emplois inutiles, qui sont en dernière analyse des emplois de contrôle, destinés à désamorcer les velléités de révolte sociale": un des reproches majeurs que l'on peut faire à cette approche plus "marxiste" que "marxienne": une conception strictement utilitaire (et pas seulement en terme de "classes sociales") de l'économie: facile de tomber dans le piège de l'"économisme" sans parfois s'en rendre compte, et c'est de surcroît un point commun avec les libéraux (le "même socle anthropologique", comme dirait Michéa), qui m'a améné personnellement, à prendre mes distances avec ce type d'approche, même si c'est parfaitement valide à un certain niveau. Question bête, c'est quoi, un emploi inutile? Le débat est ouvert, à vos plumes les amis!

P.G.

mardi 17 octobre 2017

A voir cette semaine

Europe : les médias sont-ils à la hauteur ? Natacha Polony et Alexandre Devecchio

 

VID NATACHA CREL'association CRE (Critique de la Raison européenne a été créée en 2013 à Sciences Po, en réaction à la façon dont on parle de l'Union européenne dans les universités ("pensée unique"). Dans le même esprit fut créé le Comité Orwell, à destination, cette fois, du milieu médiatique.Un étudiant présente Natacha Polony comme quelque part "entre Jean- Pierre Chevènement (ou Jean- Luc Mélanchon?) et Nicolas Dupont- Aignan", ce qui fait rire la salle, le ton est donné. Alexandre Devecchio explique que ce qui l'a incité à devenir journaliste, ce n'est pas Eric Zemmour, ni même Natacha, mais Serge July dans un édito de Libération à la suite du referendum de 2005, intitulé "chef d'oeuvre masochiste", dans lequel on retrouve le trypique parfait de la "police de la pensée": extraits: "un désastre général et une épidémie de populisme", (le slogan de départ de Libé était "la cause du peuple"...), Il y avait aussi "ce sont des cris de douleur, d'angoisse, de peur, de colère que l'électorat de gauche a poussé dans les urnes" Après le populisme, la psychiatrisation.et vient ensuite la "reductio ad lepenum": la xénophopie!

La conférence fait le point, 10 ans après le referendum, sur le comportement des médias sur cette question.
Nous sommes en 2015- 2016, mais c'est toujours d'actualité.
Ajoutée le 1 avr. 2016
https://www.youtube.com/watch?v=5uyAFGGT_VI

A voir (ou à revoir) également:

Natacha Polony face à Glucksmann sur l'interview de Macron, H.Weintein, B.Cantat et l'islam 15/10

Au menu cette semaine : l'affaire Harvey Weintein aux Etats Unis, l'exposition de Bertrand Cantat en couverture des Inrocks, l'interview ce soir du Président de la République Le Grand Face à Face 15/10/2017 Ali Baddou, Natacha Polony et Raphaël Glucksmann

Ajoutée le 15 oct. 2017
https://www.youtube.com/watch?v=o1NMnctnxzk

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samedi 7 octobre 2017

Comité Valmy – Construire un front de libération nationale

Depuis des décennies, le Comité Valmy, issu du combat contre la ratification du traité de Maastricht, œuvre pour le rassemblement de tous les citoyens ayant au cœur l’indépendance de la France et la souveraineté pleine et entière de son peuple.

ARG COMITE VALMYDans le même temps, notre Comité milite pour une République sociale et laïque, fidèle dans le domaine économique et social à l’esprit du Conseil National de la Résistance et de son programme.

Cette recherche d’un rassemblement le plus large possible est symbolisée par notre mot d’ordre d’ *Union du peuple de France*. Elle est en contradiction avec la pratique de ceux qui estiment que toute stratégie unitaire reste conditionnée par le clivage gauche-droite, clivage qui selon nous ne représente pas la ligne de fracture actuelle.

Ainsi, une vision dogmatique conduit certains à proposer de sortir de l’Union européenne « par la porte de gauche ». Cet objectif nous semble caractéristique d’une stratégie étriquée et ambiguë d’union de forces de gauche véritablement patriotes, ou jouant occasionnellement et selon les circonstances, la carte d’un souverainisme de façade.

Sur l’autre rive, Dupont-Aignan et son mouvement « Debout la France » prônent aujourd’hui « l’union de toutes les droites », de Laurent Wauquiez à Marine Le Pen.

Ces stratégies vont à l’encontre de l’objectif du vaste rassemblement anti oligarchique, dépassant le clivage gauche-droite et capable d’unir l’immense majorité de notre peuple victime de l’UE, que propose le Comité Valmy.

En effet, limiter le rassemblement des citoyens partisans de la sortie de la France de l’Union européenne à un seul segment de l’arc-en-ciel politique exclut ceux correspondant à d’autres sensibilités.*

Promouvoir le rassemblement de toute la droite, c’est inclure dans cette perspective les politiciens de la mouvance qui a mené au pouvoir une politique fédéraliste sur le plan européen – orientation qu’ils revendiquent toujours aujourd’hui.

Il s’agit là d’un abandon des valeurs dont se prévalaient il y a encore peu de temps Dupont-Aignan et ses amis, ainsi que les soutiens de Philippot au Front National.

Le Comité Valmy rassemble des citoyens représentant des sensibilités diverses. Certaines se revendiquent du marxisme, d’autres de valeurs gaullistes, ou simplement relèvent d’un choix républicain, au sens laïc et social.

Tous les membres de notre Comité sont patriotes, quel que soit leur choix de société.

Aujourd’hui, l’accentuation de la politique supranationale et fédéraliste du président de la République, son souci de substituer à ce qui reste de souveraineté française, le concept de « souveraineté européenne », sa volonté d’en finir avec le « modèle social français », celle de réduire au minimum les règles parlementaires au profit d’un comportement bonapartiste, son alignement sur une Allemagne dominatrice, caractérisent une politique de négation de la nation française qui doit conduire à un sursaut national.

C’est la volonté du Comité Valmy d’en être un artisan déterminé.

union peuple de France

C’est pourquoi notre organisation souhaite coopérer avec tous mouvements et personnalités fondamentalement attachés aux valeurs démocratiques et de progrès social, et qui veulent que la France recouvre son indépendance et sa pleine souveraineté.

C’est en réaffirmant notre volonté unitaire de rassemblement des forces souverainistes et notre démarche d’union du peuple de France que le Comité Valmy lance un appel solennel à tous les Français, à tous les mouvements et organisations qui se reconnaissent dans cette perspective, à construire le rassemblement le plus large possible – comme la Résistance l’incarnait, du temps où la France était asservie par le joug étranger et nazi.

L’extrême gravité de la situation actuelle, conséquence de la politique de trahison nationale de l’oligarchie européiste, rend aujourd’hui nécessaire la constitution d’un front de libération nationale pour rétablir la souveraineté de notre peuple-nation.

 

Le Bureau national du Comité Valmy
Paris le 22 septembre 2017

Source :

https://www.soverain.fr/comite-valmy-construire-front-de-liberation-nationale/


 

*N.B. Certaines personnalités mentionnées dans ce communiqué ont déclaré à plusieurs reprises qu'elles ne souhaitaient pas sortir de l'Union européenne.

NDA FREXIT

dupont-aignan-philippotNous souhaitons nous aussi le plus large rassemblement, c'est déjà le cas à l'intérieur de l'UPR, mais sur des bases claires. Il n'y a qu'un moyen pour obtenir l'indépendance de la France: le FREXIT, en utilisant l'article 50 du Traité de fonctionnement de l'Union européenne, comme le font en ce moment les Britanniques. P.G.

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mercredi 20 septembre 2017

On nous empoisonne !

L'article qui suit va faire bondir beaucoup de gens, mais nous, à l'UPR, nous aimons aller au fond des choses, et pour faire cela honnêtement, il faut savoir entendre tous les arguments, quitte à les réfuter après réflexion ou de courir le risque de mettre en cause nos propres dogmes personnels si on estime que c'est nécessaire. L'objectif de ce site n'est pas de distribuer des bons points, de dire qui a raison ou tort, mais d'inciter à la réflexion. Notre seule certitude, qui est ce qui nous rassemble, c'est qu'il faut sortir la France de l'UE, de l'euro et de l'OTAN. Pour le reste, place au débat!

 

ARG POISON MONSANTOLa grande presse continue à nous informer sur les terrifiants dangers qui nous menacent. Il ne se passe pas de jour sans que l’on entende les noms imprononçables de produits chimiques ou de médicaments. L’objectif étant à chaque fois de déclencher un scandale, d’alimenter les peurs, flatter la pensée magique, et mobiliser les charlatans.

Si vous émettez un avis de bon sens, rationnel voire scientifiquement et rigoureusement fondé, vous êtes bien évidemment l’instrument conscient des lobbys qui ont fermement décidé d’éradiquer l’espèce humaine de la surface de la terre. Puisqu’on vous dit qu’on nous empoisonne !

Il y a le diable incarné en personne morale, la société Monsanto, qu’il vaut mieux appeler «Monsatan », qui véhicule l’image d’un énorme monstre qui à l’aide de ses griffes et tentacules génétiquement modifiées menace l’humanité. Avec ses 27 000 salariés soit 15 fois moins que les multinationales de l’agroalimentaire ou de la grande distribution et une capitalisation boursière de cinq fois inférieure à celle des géants du bio, elle est le grand sorcier à accuser*.

Tiens, à propos d’agriculture bio, on se garde bien de vous informer de l’utilisation de pesticides « naturels » au dosage incertain, mais on la pare de toutes les vertus. Pourtant, cet été, on a eu droit au scandale des œufs contaminés au Fipronil. Insecticide utilisé pour lutter contre le pou rouge, qui peut infester les élevages, et dont l’utilisation est très encadrée. Deux escrocs ont vu là l’occasion de faire une bonne affaire et l’ont utilisé dans la composition d’un produit miracle qu’ils vendaient aux éleveurs bio. Ce Fipronil, on en a retrouvé des traces dans des lots d’œufs mis sur le marché, et à des doses très inférieures aux seuils prévus par les autorités sanitaires. Bien sûr tous les médias se sont goulûment précipités sur cette nouvelle aubaine. On nous empoisonne ! Ah oui, mais non, les œufs, étaient bio dites donc. Alors on a un peu levé le pied, de comme lors du scandale du concombre espagnol, dès lors qu’on s’est aperçu que l’origine du désastre (33 morts et 3000 malades) était une ferme allemande bio. «L’affaire surprend d’autant plus les Allemands que les graines germées incriminées venaient d’une exploitation «biologique». Leurs certitudes quant à la qualité supérieure des produits bio sortent ébranlées de ce nouveau scandale alimentaire. »

La poussière des défaillances de l’agriculture biologique étant mise sous le tapis, en cette rentrée il a fallu trouver autre chose. Il y a bien sûr la campagne délirante des anti-vaccins qui ne peut qu’inquiéter face à cette montée des peurs irrationnelles. Et de façon incroyable sous prétexte d’un débat équilibré, les arguments des scientifiques et des médecins sont mis dans les médias sur le même plan que les élucubrations des amateurs de poudre de perlimpinpin. Avec Isabelle Adjani (au secours !) en étendard, égérie de ceux qui lapident des professeurs de médecine. L’évidence ne joue plus aucun rôle dans le débat. On veut empoisonner nos enfants !

Chic, un nouveau scandale sanitaire : le Levothyrox médicament prescrit pour traiter les troubles de la thyroïde. Sa nouvelle version semble présenter des effets secondaires indésirables, et les mesures ont été immédiatement prises pour remettre sur le marché la version précédente, en attendant d’avoir trouvé la solution. Il n’y a donc pas de scandale sanitaire comme le dit la ministre de la santé, mais cela n’empêche pas les médias et les réseaux de se précipiter sur une affaire qui rassemble les ingrédients habituels : le gouvernement couvre les labos, les lobbys achètent tout le monde, compassion pour les « victimes », saisissons la justice, multiplions les procès. Et là aussi, on a un étendard people, l’ineffable Annie Duperey dont on sait depuis l’affaire Jacqueline Sauvage sa capacité à proférer des énormités.

Après la santé publique, vite il faut un scandale alimentaire. Ce sera le glyphosphate . Un bon client celui-là, il y a un moment qu’il est dans la besace du diable. Il entre en effet dans la composition du Roundup, un herbicide de chez Monsanto. Là c’est sûr, on nous empoisonne ! Un groupuscule racoleur qui s’autoproclame pompeusement ONG « générations futures » fait état d’une étude dont on ne connaît pas l’origine, et dont on ignore qui l’a réalisée. Cette étude aurait trouvé (le conditionnel est essentiel) dans des aliments d’origine végétale, des traces infimes de glyphosphate, en tout cas en quantité inférieures à tous les seuils de sécurité. Et sans aucune précaution tous les médias se sont jetés sur les calembredaines de Générations futures. Au milieu des insanités, retenons Libération et son titre, chef-d’œuvre de malhonnêteté: « Glyphosate, un herbicide dans nos assiettes ».

La pseudo étude se fait facilement démolir par des gens sérieux qui savent parfaitement de quoi ils parlent et peuvent justifier. Mais il faut aller le chercher sur les réseaux. J’ai trouvé deux réfutations dont J’invite à la lecture. Actualité Houssenia Writing. Solide et aimablement polémique. La théière cosmique. Très costaud.

On va terminer cette petite revue de presse avec le Figaro. Qui ne rechigne pas devant le commerce de la peur avec un titre qui nous plaque au sol : « près d’un décès sur cinq lié à l’alimentation ». On nous empoisonne ! C’est encore une étude qui le dit. Les multinationales de l’agroalimentaire comment qu’elles sont trop méchantes. Mangez bio, vous serez sauvés, même si vous faites la fortune d’autres multinationales, celles-là sont gentilles.

Mais il faut lire l’article, parce que, surprise, l’étude est quand même pleine de bonnes nouvelles.

Même si ça commence mal avec un premier paragraphe, chef-d’œuvre de propagande hypocrite : «Près d’un décès sur cinq dans le monde serait lié à une mauvaise alimentation, selon une étude publiée aujourd’hui qui se félicite de la chute de la mortalité infantile et de l’allongement de l’espérance de vie tout en déplorant l’augmentation des morts dus au terrorisme et aux conflits. »

Parce que l’étude internationale, voilà ce qu’elle dit : «En près d’un demi-siècle, l’espérance de vie mondiale à la naissance pour les deux sexes a augmenté de 14 ans, passant de 58,4 en 1970 à 72,5 ans en 2016, selon ce panorama 2016 de la santé mondiale, paru dans la revue The Lancet. Elle a atteint 69,8 ans en moyenne chez les hommes et 75,3 ans chez les femmes, selon l’étude, qui rassemble les données de 195 pays et territoires. »

Donc ça s’améliore ? Mais c’est chouette ça. Et cela prouve que l’humanité mange mieux, et en tout cas qu’en dehors des zones de conflit la famine a disparu. Grande première dans l’Histoire que la disparition de cette malédiction, récurrente depuis la révolution néolithique.

Ah oui mais non, parce que si on continue à mourir, c’est parce qu’on mange du poison. Ah bon ? Mais ce n’est pas ce que dit cette étude: «Sur les 54,7 millions de décès constatés en 2016 dans le monde, 72% sont causés par des maladies non transmissibles, comme les affections cardiovasculaires ou le diabète, souvent liées au mode de vie (alimentation, activité physique, tabac, alcool, etc.). » Effectivement, si on ne bouge pas son derrière, si on fume comme une cheminée, si on picole sévère, clairement on ne met pas toutes les chances de son côté. Et si en plus on se gave, toute la sainte journée d’hamburgers frites, de coca, et de banana split, c’est sûr que ça ne va pas s’améliorer.

Oui, mais tu comprends, décrire le réel, responsabiliser le citoyen, en fait dire la vérité, ce n’est pas vendeur. La peur et les boucs émissaires ça fait vendre du papier.

On nous empoisonne !

http://www.vududroit.com/2017/09/on-nous-empoisonne/


 * un bémol tout de même: le fait que l'UE se base sur un document de Monsanto en guise d'expertise est un problème politique de fond, qui n'a presque rien à voir avec le sujet...

P.G.

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