dimanche 15 juillet 2018

Brèves d'antipresse

BREVES ANTIPRESSEMEDIAS | Quand la RTS réécrit l'histoire ukrainienne

Le défenseur croate Domagoj Vida a été sanctionné par la FIFA pour sa provocation à la gloire de l'Ukraine après le match Croatie-Russie. Rendant compte de l'incident, la Radio-Télévision d'Etat suisse écrit:

"Gloire à l'Ukraine!" est un slogan du soulèvement pro-européen qui a conduit à la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch en 2014 et à une grave crise dans les relations entre les deux pays voisins.

L'affaire est ainsi réglée et la FIFA passe pour une vilaine mégère qui punit les victorieux européistes! En réalité, cette interprétation ne fait pas qu'illustrer l'inculture historique totale des journalistes «professionnels» et payés par le contribuable de la RTS. Elle dénote aussi un refus d'affronter la réalité contemporaine de l'Ukraine, où les idées, les slogans et les mouvements néonazis ont pignon sur rue.

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Dire que «Gloire à l'Ukraine» est un slogan pro-européen, cela équivaut à soutenir que le salut nazi n'est jamais qu'un héritage de l'ancienne Rome. Ou alors, que le nazisme — ce qui est au fond vrai — était une idée de l'Europe.

L'histoire de ce slogan remonte à 1917 et non à 2014 comme tend à le croire la mémoire de batraciens des journalistes «professionnels» payés par le contribuable de la RTS. Et elle est uniquement et exclusivement associée, dans toutes les circonstances historiques — en particulier le bandérisme et la collaboration — au nationalisme ukrainien.

En réalité, la salutation «Gloire à l'Ukraine! Gloire aux héros!», accompagnée du salut romain (bras droit levé) a surtout été rodée par l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) sur le modèle de la salutation nazie des partis fascistes ou fascisants d'Allemagne (NSDAP d'Adolf Hitler), Italie (Parti national fasciste de Benito Mussolini) et Croatie (Oustachis d'Ante Pavelić)...

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Cette mise en perspective éclairerait bien mieux la prise de position du footballeur croate que son adhésion hypothétique à des idées «pro-européennes». Mais il est vrai que de faire débuter l'histoire ukrainienne «racontable» en 2014 est un moyen commode d'escamoter toute une série de questions gênantes, dont celle-ci:

Si «Gloire à l'Ukraine» est à la fois le slogan de la révolution de l'«Euromaïdan» et celui des fascistes ukrainiens, cela suggère-t-il plutôt que les fascistes sont teintés d'européanisme ou que l'Euromaïdan est teinté de fascisme?

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La grande métamorphose

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«Il m'arrive même de tenir pour un privilège d'avoir pu assister sur place à un changement de civilisation, même pays, même population, disons au passage de la France-République à la France-entreprise, d'une nation tribunitienne et méditerranéenne à une province transatlantique et semi-anglophone, des sociétés de pensée aux think tanks. Aucun citoyen de l'Antiquité n'a pu voir en direct la Rome du forum devenir celle des basiliques. Je fais simplement le constat d'une inaptitude personnelle à me rendre utile dans ce nouveau bocal. Avec le sentiment, comme vous dites, d'avoir sauté en une vie de l'adolescence à l'obsolescence sans passer par la maturité, un peu comme ces villes du Brésil décrites par Lévi-Strauss qui passaient directement de l'état de chantier à l'état de vestige

— Régis Debray

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lundi 7 mai 2018

Brèves d'antipresse

BREVES 7MAI18

9/11 | Si ce n’est toi, c’est donc l’Iran!

C’est si burlesque qu’on aurait envie d’en tirer une comédie bouffonne, ou au moins une fable de La Fontaine! Après avoir servi de prétexte à l’invasion de l’Afghanistan et à la deuxième destruction de l’Irak, voici que les attentats du Onze-Septembre sont facturés à… l’Iran.

«Un juge fédéral de New York, dans un verdict par contumace, a condamné l’Iran à payer des milliards de dollars de dommages et intérêts aux familles affectées par les attaques terroristes du Onze-Septembre. Le juge George Daniels a établi que la République islamique et d’autres institutions devaient payer 12,5 millions par époux, 8,5 millions par parent, 8,5 millions par enfant et 4,25 par frère ou sœur tués dans les attentats.»

Quel rapport entre le 9/11 et l’Iran? Mystère! Et pourquoi ne pas adresser la facture à l’Arabie saoudite, 15 des 19 terroristes impliqués étant citoyens de ce pays? Personne n’y pense. La condamnation, bien entendu, risque de rester «largement symbolique». Aussi longtemps qu’on n’aura pas parachuté un gouvernement complaisant à Téhéran…

http://log.antipresse.net/post/9-11-si-ce-nest-toi-cest-donc-liran?mc_cid=5b73872d1b&mc_eid=3a5e263339

RAPPEL | Yougoslavie-Ukraine, la manipulation comme système (conférence)

Entre le bizarre empoisonnement de Salisbury, le gazage suspect de Douma et les calamiteuses «révélations» de M. Netanyahou sur un hypothétique programme nucléaire iranien, l’actualité internationale des dernières semaines ressemble à un catalogue de manipulations.

On peut toutefois y discerner des constantes. En particulier lorsqu’on a étudié de près les campagnes de désinformation liées à la crise ukrainienne, elle-même calquée sur le modèle yougoslave.

En 2015, Slobodan Despot avait donné une conférence exhaustive sur le sujet à Genève, à l’invitation de l’Agence pour les Droits de l’Homme.

https://www.youtube.com/watch?v=7xtXVFd3M5k&feature=share

http://log.antipresse.net/link/rappel-yougoslavie-ukraine-la-manipulation-comme-systeme-conference?mc_cid=5b73872d1b&mc_eid=3a5e263339

IRAN | Qui menace qui?

Une infographie très éloquente circule depuis quelque temps sur les réseaux sociaux. Elle montre, comme dans Astérix, montre la disposition des 26 campements américains aux frontières de l’Iran. C’est vrai: qu’avaient-ils, ces Perses, à s’approcher aussi dangereusement des bases militaires U. S.?

 

http://log.antipresse.net/post/iran-qui-veut-la-guerre?mc_cid=5b73872d1b&mc_eid=3a5e263339

 

 

 

IDÉES | La «culture» aura-t-elle la peau de l’art?

Féroce coup de gueule de Cécile Guilbert dans La Croix sur l’étouffement de l’art par la «culture», «cette industrie appliquée aux Beaux-Arts, ce bazar mondial que le génial polémiste viennois Karl Kraus définissait déjà en son temps comme "le mal rapporté au système des valeurs esthétiques"».

«D’où mon interrogation sur la prolifération contemporaine croissante d’« installations », de « dispositifs », d’« événements » culturels à propos desquels même le mot exposition ne convient plus tant ils semblent n’avoir pour finalité que de nous en mettre justement « plein la vue », c’est-à-dire – CQFD – nous dissuader de penser. Démesure et monumentalité des formats, des lieux d’expos, des coûts et des prix, n’est-ce pas là d’ailleurs le propre d’un certain art dit contemporain, entreprise d’intimidation et de terreur habile à compenser l’anéantissement des facultés sensibles par l’ironie de ses gros jouets pour milliardaires ?»

http://log.antipresse.net/post/idees-la-culture-aura-t-elle-la-peau-de-lart?mc_cid=5b73872d1b&mc_eid=3a5e263339

USA | Implication militaire directe contre le Yémen

Puisque c’est le New York Times qui le dit: des Bérets verts américains ont prêté assistance aux troupes saoudiennes dans leur lutte contre la «menace» des rebelles houthis.

«Pendant des années, l’armée américaine a essayé de se distancer de la guerre civile brutale au Yémen, où les forces dirigées par l’Arabie saoudite combattent des rebelles qui ne représentent aucune menace directe pour les Etats-Unis. Mais vers la fin de l’année dernière, une équipe d’une douzaine de Bérets verts est arrivée à la frontière arabo-yéménite, dans le cadre d’une escalade continuelle des guerres secrètes américaines. Pratiquement sans aucun débat public, les commandos de l’armée sont allés aider à localiser et détruire des caches de missiles balistiques et des sites de lancement que les rebelles houthis du Yémen utilisent pour attaquer Riyadh et d’autres villes saoudites.»

Pendant qu’ils crient au boucher en Syrie, les Etats-Unis et leurs satellites occidentaux contribuent donc directement à une guerre féroce dont les populations du Yémen sont les premiers martyrs.

http://log.antipresse.net/post/usa-implication-militaire-directe-contre-le-yemen?mc_cid=5b73872d1b&mc_eid=3a5e263339

TSAHAL | La sénatrice est trop curieuse

C’est une curiosité administrative qui commence à faire dresser les oreilles: les dons (indirects) à l’armée israélienne ont la vertu miraculeuse de vous valoir une exemption fiscale à hauteur de 60%. La sénatrice de l’Orne UDI-UC Nathalie Goulet a posé par écrit une question sur cette anomalie au secrétaire d’Etat chargé du budget.

«Reste que Nathalie Goulet n'a pas eu de réponse du ministre, mais a reçu des menaces de mort anonymes sur les réseaux sociaux.»

http://log.antipresse.net/post/tsahal-la-senatrice-est-trop-curieuse?mc_cid=5b73872d1b&mc_eid=3a5e263339

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dimanche 8 avril 2018

Macron: son énergie et son dévouement pour le progrès au Kosovo

TRIBUNE LIBRE / Par Bruno Adrie

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C’est avec une joie à peine contenue que le mandaté du mois de mai s’est fait photographier main dans la main, épaule contre épaule, comme pour un mariage, avec le parrain kosovar Hashim Thaçi. Non content de trottiner à la remorque de ses maîtres étasuniens et allemands qui furent les architectes de l’implosion de la Serbie en 1999, le petimetre[1] de l’Elysée semble donc s’être entiché de celui que le Conseil de l’Europe soupçonne d’être ou d’avoir été un trafiquant d’organes (voir l’article « Macron et son invité Hashim Thaçi » sur le site Les Crises d’Olivier Berruyer).

En agissant de la sorte, le penseur printemps vient confirmer la trahison de la Serbie par la France, d’une Serbie qui se dressait comme un roc sur le chemin de la mondialisation et que les artificiers de l’OTAN ont fait sauter pour que le les flux financiers ne connaissent plus d’entraves et apportent bonheur et prospérité aux peuples des Balkans (en n’oubliant pas d’isoler Belgrade de ses débouchés sur l’Adriatique et de la priver de marine de guerre)[2].

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J’ignore ce que se sont dit les deux hommes en prenant leur petit goûter entre les ors immondices de ce palais anachronique, j’ignore quels mots ont laissé filer leurs crocs devant le grand miroir prétentieux, plein d’échos oubliés et de secrets inavouables, mais je suis certain que cette réunion de travail – mais de quel travail parle Hashim Thaci ? – s’est faite les pieds dans le sang – et ça devait bien clapoter sous la table dressée cristal et porcelaine –, dans le sang des Serbes écrasés sous les bombes d’un Occident en croisade furieusement humanitaire, dans le sang des vieillards traînés hors de chez eux et exécutés froidement par l’Armée de Libération du Kosovo, dans le sang humilié des religieuses violées par des « criminels de guerre parés par M. Kouchner du titre d’héroïques résistants kosovars » (voir la vidéo : « Le colonel Jacques Hogard sur le Kosovo », Cercle Aristote, vers 15 mn).

On voit bien qu’elle a changé la politique avec l’emmarchisme et son candidat, on voit bien qu’elle est devenue belle la France sous le talon des petits maîtres de l’administration qui surplombent le troupeau bêlant et l’ignorent même – oubliant presque de le mépriser – pris qu’ils sont dans leurs bas calculs et dans les compromissions qui font leur succès, leur fortune et les font se dandiner dans leurs ego distendus.

Notes

[1] Terme espagnol désignant un personnage qui se veut élégant et qui est excessivement soigné.

[2] C’était en petit ce que l’OTAN a cherché à faire en grand à la Russie en organisant son coup d’Etat à Kiev en février 2014. Devant le danger, la Russie a occupé la Crimée afin de rester maîtresse des lieux et de sa flotte stationnée à Sébastopol.

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/ailleurs/macron-son-energie-et-son-devouement-pour-le-progres-au-kosovo_495183834

mardi 20 mars 2018

Trafic d’organes au Kosovo : un rapport accablant

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Petit rappel historique suite à la visite du président du Kosovo à Paris, un évènement superbement ignoré par la presse française, et pour cause... (voir: Macron reçoit discrètement le Président de la République du Kosovo Hashim Thaçi )

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Trafic d’organes au Kosovo : un rapport accablant

Source : Le Monde diplomatique, Jean-Arnault Dérens, 04-01-2011

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Le rapport présenté le 16 décembre devant le Conseil de l’Europe par le député suisse Dick Marty sur le trafic d’organes dont auraient été victimes des prisonniers de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) a fait l’effet d’une bombe (1). Pourtant, les allégations contenues dans ce rapport ne sont pas nouvelles : ce trafic est déjà évoqué dans les mémoires publiées en 2008 par l’ancienne Procureure générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla Del Ponte (2) et, au Kosovo, l’hypothèse d’un tel trafic est une « rumeur » qui circule depuis longtemps. De même, l’enquête publiée en 2009 par les journalistes Altin Raxhimi, Michael Montgomery et Vladimir Karaj avait confirmé l’existence d’un véritable « archipel » de centres secrets de détention de l’UCK en Albanie (3).

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Le rapport de M. Marty apporte cependant nombre d’informations nouvelles, permettant de mieux comprendre les mécanismes de ce trafic. Plusieurs centaines de prisonniers capturés par l’UCK — principalement des Serbes du Kosovo, mais aussi probablement des Roms et des Albanais accusés de « collaboration » — auraient été déportés en Albanie, en 1998 et 1999. Emprisonnés dans plusieurs petits centres de détention — dont la fameuse « maison jaune » du village de Rripë, près de Burrel, visitée par les inspecteurs du TPIY —, certains d’entre eux auraient alimenté un trafic d’organes. Les prisonniers étaient conduits vers une petite clinique située à Fushë Kruja, à une quinzaine de kilomètres de l’aéroport international de Tirana lorsque des clients se manifestaient pour recevoir des organes. Ils étaient alors abattus d’une balle dans la tête avant que les organes, principalement des reins, soient prélevés. Ce trafic était conduit par le « groupe de la Drenica », un petit noyau de combattants de l’UCK regroupés autour de deux figures clés : M. Hashim Thaçi, actuel Premier ministre du Kosovo, et M. Shaip Muja, alors responsable de la brigade médicale de l’UCK et aujourd’hui conseiller pour la santé de ce même Hashim Thaçi.

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Le rapport de M. Marty laisse beaucoup de questions sans réponses, notamment le nombre exact de prisonniers victimes de ce trafic. La justice serbe, pour sa part, parle de 500 personnes déportées en Albanie. On ignore également quels étaient les partenaires étrangers de ce trafic, et surtout quels en étaient les bénéficiaires. Le rapport relève cependant que 60 patients de l’hôpital universitaire de Jérusalem auraient bénéficié d’une transplantation rénale en 2001, un chiffre exceptionnellement élevé.

Il importe de placer le crime supposé à sa juste valeur. Si le trafic est avéré, il s’agit d’un crime contre l’humanité massif, qui se situe, dans l’ordre de l’horreur, au « même niveau » que le massacre génocidaire de Srebrenica. Autre point essentiel, ce trafic se serait poursuivi au moins jusqu’en 2001, c’est-à-dire deux ans après l’entrée des troupes de l’OTAN au Kosovo et l’instauration du protectorat des Nations Unies sur le territoire. Le rapport note d’ailleurs qu’à partir de juin 1999, la frontière entre l’Albanie et le Kosovo n’était soumise à aucun contrôle réel.

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Le rapport a suscité un tollé de protestations et de démentis. Certains ont voulu disqualifier le rapport de M. Marty, en jetant le doute sur son auteur, présenté comme un « adversaire de l’indépendance du Kosovo », voire comme un « ennemi du peuple albanais ». Le Premier ministre d’Albanie, M. Sali Berisha, l’a ouvertement qualifié de « raciste ». À l’appui de ces assertions, est souvent citée une interview accordée par M. Marty en mars 2008 , dans laquelle celui-ci critique, du point de vue de la légalité internationale, la proclamation d’indépendance du Kosovo (4). Cette prise de position ne traduit nullement une « aversion » à l’égard du peuple albanais ni du Kosovo, et le rapport de M. Marty ne serait ni plus ni moins étayé si son auteur avait approuvé, de ce même point de vue juridique, la proclamation d’indépendance. Notons enfin que la presse d’Albanie reproche explicitement à M. Marty son « anti-américanisme », puisque celui-ci a déjà révélé en 2006 le scandale des prisons secrètes de la CIA en Europe. Certaines déclarations officielles de Tirana, ces derniers jours, associent « l’anti-américanisme » supposé du rapporteur et son préjugé « anti-albanais ». M. Marty appartient pourtant au Parti radical, une formation politique qui se classe sur la droite de l’échiquier politique suisse et qui n’a jamais été réputée pour son anti-impérialisme forcené.

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Certains accusent également M. Marty de « préjugés politiques », car il a publié son rapport quelques jours après les élections parlementaires organisées au Kosovo le 12 décembre, qui ont été entachées de fraudes massives, principalement commises, semble-t-il, par le Parti démocratique du Kosovo (PDK) de M. Thaçi. Cet argument est facile à rejeter, car la concomitance des dates ne tient, à l’évidence, que de hasards du calendrier. Les élections du 12 décembre étaient un scrutin anticipé, dont la date n’a été fixée que début novembre. Que n’aurait-on dit si M. Marty avait publié ce rapport à la veille de ces élections !

Pour sa part, directement mis en cause, M. Thaçi a sorti l’artillerie lourde pour répondre à M. Marty. Dans une interview publiée le 30 décembre dans le Tages Anzeiger de Zürich, il reprend les accusations de racisme et va même jusqu’à comparer le rapport à la « propagande de Goebbels » (5). À l’inverse, l’affaire est également surexploitée dans le contexte politique suisse, quelques semaines après l’adoption par référendum d’une loi prévoyant l’expulsion des « étrangers délinquants ». La Présidente de la Confédération, Mme Micheline Calmy-Rey, a ainsi préféré « différer » la réception du « prix de la diaspora » qui devait lui être attribué fin décembre par l’ambassade du Kosovo à Berne. Les Albanais, en plus d’alimenter les chiffres de la délinquance en Suisse seraient des « trafiquants d’organes ». On comprend que certains veuillent opposer un déni d’ensemble à cette criminalisation collective.

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De nombreux commentateurs estiment enfin qu’il serait « impossible » d’attribuer un tel crime à des Albanais, et tentent de « relativiser » la portée du rapport en rappelant l’ampleur des crimes commis par des Serbes, au Kosovo et ailleurs dans les Balkans. On ne peut que s’étonner du revirement de beaucoup, qui présentaient Mme Del Ponte comme une héroïne de la justice internationale quand elle traquait les criminels de guerre serbes, et sont sur le point de mettre en doute sa santé mentale depuis qu’elle a évoqué ce trafic. Mme Florence Hartman, ancienne porte-parole de Mme Del Ponte, a ainsi fustigé dans de nombreuses interviews « l’irresponsabilité » de l’ancienne Procureur, qui présenterait « comme des faits avérés de simples hypothèses », soulignant que les enquêtes menées par le TPIY n’avaient pas apporté de preuves concluantes. Or, ces enquêtes, notamment dans la fameuse « maison jaune » de Rripë, n’ont jamais pu être menées à bien, en partie à cause du refus de collaboration opposé par les autorités albanaises (6).

En attendant qu’une enquête sérieuse et systématique soit menée et puisse établir ou non la réalité du trafic d’organes, en attendant que des inculpations soient éventuellement prononcées par un tribunal compétent, on peut retenir comme acquis plusieurs faits. Tout d’abord, les corps de plusieurs centaines de Serbes et d’autres prisonniers de l’UCK n’ont jamais été retrouvés et il est très peu probable qu’ils le soient sur le petit territoire du Kosovo, où tous les sites éventuels de charniers et de fosses communes ont été identifiés et fouillés. Il est également certain qu’un nombre important de ces prisonniers ont été déportés en Albanie, où l’UCK disposait d’un réseau de centres de détention. On doit également admettre, plus de dix ans après les faits, qu’il est très probable que ces prisonniers sont aujourd’hui pour la plupart morts. Leurs corps n’ont pas non plus été découverts en Albanie (7).

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Par ailleurs, l’existence d’un trafic d’organes au Kosovo, alimenté par des « volontaires » venant vendre leurs reins est également attestée. Des patients, principalement israéliens, se rendaient dans la clinique Medicus de Pristina pour recevoir des organes sains. Ce trafic implique un personnage très inquiétant, un chirurgien turc nommé Yusuf Erçin Sönmez, alias « Docteur Vautour », actuellement en fuite. L’affaire de la clinique Medicus, dont le procès vient de s’ouvrir à Pristina, n’est pas forcément liée à l’éventuel trafic d’organes pratiqué, dix ans plus tôt, sur des prisonniers de l’UCK, mais les coïncidences sont troublantes (8).

Les réactions dans les médias albanais, dans la classe politique et plus largement dans la société albanaise, notamment dans la diaspora (9), rappellent immanquablement l’attitude de déni longtemps opposée par de larges secteurs de l’opinion serbe face aux crimes commis par les forces serbes. Les deux arguments centraux sont les mêmes : « notre peuple ne peut pas avoir commis de telles atrocités », et « notre peuple a été victime de crimes encore pires que ceux qu’on lui impute ». La réalité des crimes commis par les forces serbes au Kosovo n’invalide pourtant pas l’hypothèse que certains Albanais aient pu commettre un autre crime, particulièrement abject.

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Tout le problème est que « le peuple albanais » n’est aucunement coupable de cet éventuel trafic, tout comme « le peuple serbe » n’a pas à porter la responsabilité du massacre génocidaire de Srebrenica : ces crimes ont des coupables, dont il appartient à la justice d’établir la responsabilité personnelle. Ce travail de justice est la seule manière d’éviter à des peuples entiers, et aux générations futures, de porter le fardeau accablant d’une responsabilité collective. Au Kosovo, seul M. Albin Kurti, le dirigeant du mouvement Vetëvendosja (« Autodétermination ») semble avoir compris la véritable signification de ce qui est en train de se jouer. Il a officiellement demandé que la justice se saisisse du dossier de M. Thaçi, estimant que c’était la seule manière de laver l’ensemble des combattants et des sympathisants de l’UCK du soupçon d’une responsabilité collective (10).

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En Albanie, une des rares voix critiques à s’être élevée est celle de l’essayiste Fatos Lubonja, ancien prisonnier politique du régime stalinien et grande figure de la gauche. Dans un article publié par le quotidien Panorama, M. Lubonja ose établir un parallèle entre ce crime, supposé, et celui, établi, de Srebrenica, en soulignant que les Albanais risquent désormais d’en subir le poids accablant sur leur conscience collective. Dénonçant le « front patriotique », qui se forme, de Tirana à Pristina, pour refuser une enquête, il écrit : « l’accusation est certes lourde, mais refuser l’enquête qui la confirmerait ou l’infirmerait est encore pire. Ce refus nous rend tous coupables et je crois que la plupart des Albanais ne veulent pas se sentir mêlés à ce genre de crimes » (11).

Les critiques de M. Marty pointent l’absence de preuves fournies par son rapport. La résolution adoptée à l’unanimité par la Commission de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe demande justement que des enquêtes soient diligentées pour établir ces preuves. Par la voix de sa représentante pour les Affaires étrangères, Mme Catherine Ashton, l’Union européenne a estimé que cette enquête devait être menée par la mission européenne Eulex, précisément chargée d’assister les institutions du Kosovo dans la construction de l’Etat de droit. Tout en répétant ses critiques, le gouvernement albanais a fait savoir qu’il ne s’opposerait pas à ce que cette enquête se poursuive sur son territoire. Pour sa part, Mme Del Ponte a soulevé le problème de la juridiction compétente pour se saisir d’une telle affaire : le TPIY ne pouvant plus ouvrir de nouveaux dossiers, il faudrait créer un tribunal ad hoc, ou bien transmettre le dossier à la Cour pénale internationale (CPI) (12).

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Enfin, les responsabilités que pointent le rapport ne concerne pas seulement M. Thaçi et les anciens dirigeants de la guérilla albanaise. Dans son livre, Mme Del Ponte explique le mur auquel elle s’est heurtée lorsqu’elle a essayé, à partir de 2000, de mener des enquêtes sur les crimes supposés de l’UCK, citant nommément le chef de la mission de l’ONU, M. Bernard Kouchner, ainsi que le général français Valentin, alors commandant en chef de la KFOR. Pour tenter d’expliquer ce blocage, elle écrit : « Je suis certaine que les responsables de la MINUK et même de la KFOR craignaient pour leur vie et pour la vie des membres de leurs missions ». Plus loin, elle ajoute : « dans l’esprit de la MINUK et de la KFOR, [M. Hashim] Thaçi et [l’ancien chef militaire de l’UCK, M. Agim] Ceku ne représentaient pas uniquement un danger pour la sécurité de leur personnel et l’accomplissement de leurs missions : ils mettaient en péril tout l’édifice du processus de paix dans les Balkans » (13).

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Dans une interview publiée le 21 décembre par le quotidien serbe Politika, le capitaine canadien Stu Kellock, ancien chef du département de police de la Minuk, déclare : « Je ne peux pas affirmer que Kouchner connaissait le trafic d’organe, mais il est impossible qu’il n’ait pas eu d’informations sur le crime organisé au Kosovo. » De fait, la lutte contre la criminalité organisée représentait l’une des priorités des missions internationales au Kosovo. Le capitaine Kellock explique également que « toute critique à l’encontre de Hashim Thaçi et de son entourage » était immédiatement rejetée dans les « cercles où [il] travaillait » (14).

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Par « réalisme politique », plusieurs pays occidentaux ont fait le choix de jouer la « carte » politique que représentait M. Thaçi. On sait que ce dernier était conseillé, déjà durant la guerre, par des agents de certains services de renseignements, notamment de la DGSE française. L’implication directe de M. Thaçi dans de nombreuses activités illégales (racket, blanchiment d’argent, etc.) est également avérée. Par souci de ne pas « griller » un précieux allié politique, les « protecteurs » occidentaux de M. Thaçi ont fait le choix de passer l’éponge sur ces « péchés véniels ». Si une enquête confirme l’implication de M. Thaçi dans un abject trafic d’organes, la responsabilité de ses « protecteurs » occidentaux risque d’être accablante.

Interrogé par un journaliste serbe sur le trafic d’organes le 27 février dernier, alors qu’il se trouvait en voyage officiel au Kosovo, M. Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, avait éclaté de rire, avant de s’exclamer : « J’ai une tête à vendre des organes, moi ? », et de suggérer au journaliste « d’aller se faire soigner » (15). Le rire de M. Kouchner résonne aujourd’hui de manière sinistre.

Jean-Arnault Dérens

Rédacteur en chef du site Le Courrier des Balkans. Dernier ouvrage paru (avec Laurent Geslin) : Voyage au pays des Gorani (Balkans, début du XXIe siècle), Cartouche, Paris, 2010.

(1) Le rapport est disponible sur le site du Conseil de l’Europe.

(2) Traduction française : Carla Del Ponte, La chasse. Les criminels de guerre et moi, Paris, Héloïse d’Ormesson, 2009.

(3) Lire Altin Raxhimi, Michael Montgomery et Vladimir Karaj, « Albanie et Kosovo : les camps de la mort de l’UÇK », Le Courrier des Balkans, 10 avril 2009.

(4) «

(5) « Martys Vorgehen erinnert mich an Goebbels », Tages Anzeiger, 30 décembre 2010.

(6) Lire Ben Andoni, « Trafic d’organes en Albanie : dans la “clinique fantôme” de Carla Del Ponte », Le Courrier des Balkans, 19 mai 2008.

(7) Rappelons que les autorités albanaises avaient refusé d’accéder en 2003 aux demandes des enquêteurs du TPIY, qui souhaitaient procéder à des exhumations dans le cimetière de Rripë. Ce refus a été officiellement justifié par des « raisons culturelles ».

(8) Lire « Trafic d’organes : le vaste réseau de “Docteur Vautour”, chirurgien turc », Le Courrier des Balkans, 21 décembre 2010.

(9) Lire Blerim Shabani & Sevdail Tahiri, « Le rapport de Dick Marty secoue la diaspora albanophone en Suisse », albinfo.ch, 20 décembre 2010.

(10) Lire « Kosovo : Vetëvendosje demande que Thaçi soit déféré devant la justice », Le Courrier des Balkans, 18 décembre 2010.

(11) Fatos Lubonja, « Pse refusohet raporti i Dick Martit ? », Panorama, 22 décembre 2010.

(12) Lire « Trafic d’organes de l’UÇK : Carla Del Ponte pour la saisine de la CPI », Le Courrier des Balkans, 23 décembre 2010.

(13) Carla Del Ponte, La chasse, op.cit., pp.460-461.

(14) Lire Rade Maroević, « Kušner je morao da zna », Politika, 21 décembre 2010, et R.S.V., « Trafic d’organces : Kouchner savait », Le Courrier des Balkans, 29 décembre 2010.

(15) La vidéo de cet échange circule beaucoup sur Internet. On peut la consulter sur Dailymotion.

Source : Le Monde diplomatique, Jean-Arnault Dérens, 04-01-2011

https://www.les-crises.fr/le-president-du-kosovo-hashim-thaci-responsable-dun-trafic-dorganes-selon-le-conseil-de-leurope/

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Macron et son invité Hashim Thaçi, “parrain de la pègre” kosovare et trafiquant d’organes présumé

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Mercredi dernier, le Président Kosovar Hashim Thaçi annonçait fièrement sur Twitter sa rencontre avec le Président Macron :

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Nous sommes donc heureux de constater l’osmose entre Macron et le président kosovar, “le plus dangereux des parrains de la pègre” kosovare et trafiquants d’organe présumé selon un rapport de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (rapport consultable en français ici [cliquez sur l’exposé des motifs en bas] ou ici [et en pdf ]) :

https://www.les-crises.fr/macron-et-son-invite-hashim-thaci-parrain-de-la-pegre-kosovare-et-trafiquant-d-organes-presume/

Dick Marty sur le trafic d’organes au Kosovo : « Qui sera assez fou pour témoigner ? »

Source : Justiceinfo.net, Fondation Hirondelle, le 27 avril 2017.

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Devant un public nombreux de l’université de Neuchâtel, où l’émotion des guerres de l’ex-Yougoslavie était bien palpable, Dick Marty, l’auteur du rapport explosif de décembre 2010 sur le trafic illicite d’organes au Kosovo, s’est exprimé mercredi dans le cadre du « Carrefour de Sarajevo ».

C’était la première fois depuis des années que Dick Marty, (membre par ailleurs du Conseil de la Fondation Hirondelle, propriétaire de JusticeInfo.net) revenait sur son rapport qui met en cause l’actuel président du Kosovo, Hashim Thaçi. Il accusait celui-ci d’être « l’un des plus dangereux parrain de la pègre albanaise ». Le rapport affirmait que le président du Kosovo et ses proches « ont ordonné, et parfois personnellement veillé au bon déroulement d’un certain nombre d’assassinats, de détentions, d’agressions et d’interrogatoires dans diverses régions du Kosovo et notamment à l’occasion d’opérations menées par l’UÇK sur le territoire albanais, entre 1998 et 2000. »

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Mandaté à trois reprises par le Conseil de l’Europe pour enquêter respectivement sur les prisons secrètes de la CIA en Europe, sur les crimes dans le Caucase du Nord, et sur le trafic d’organes au Kosovo en 1999, Dick Marty a goûté de près au cynisme de la Realpolitik et de la raison d’Etat. Mercredi soir, il a avoué avoir été « ébranlé » par la rédaction de ces trois rapports qui, dit-il, « ont détruit bien des illusions, bien des espoirs que j’avais en la justice : J’ai découvert que les gouvernements mentent, que les gouvernements manipulent l’information, que des hommes ont un double langage, ils parlent le dimanche des droits de l’homme et le lundi matin, ils les bafouent ».

Revenant sur le rapport lié aux assassinats et au trafic d’organes, dont se sont rendus responsables des responsables de l’UCK (l’armée de libération du Kosovo) et notamment de l’actuel président de la république du Kosovo, Dick Marty s’étonne que l’ex-procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte, n’en a fait état que dans son livre paru en 2008, « La traque, les criminels de guerre et moi » ; soit quatre ans après l’échec des enquêtes de ses services pour faire la lumière sur les allégations contenues dans le rapport Marty. « Etonnement » redoublé, raconte Dick Marty, lorsque en 2010, il demande à voir les éléments de preuve que les enquêteurs du TPIY ont récolté sur le trafic d’organes, et qu’on lui dit que « ces preuves ont mystérieusement disparu du bureau du procureur »

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Pour l’ex-procureur tessinois, la justice sur cette affaire est un leurre : « les Américains ont privilégié la stabilité à court terme. Avec les Européens, ils ont fermé les yeux même s’ils savaient tous parfaitement à quoi s’en tenir sur les têtes du crime organisé au Kosovo et sur les crimes qu’ils commettaient ».

Dans quelques jours, les Chambres spéciales sur le Kosovo vont devenir opérationnelles et auront pour mandat de poursuivre les auteurs du trafic d’organes mis en lumière par Dick Marty. Mais celui-ci n’attend rien du premier Tribunal jamais créé par l’Union européenne : « Qui, dans ces conditions, serait assez fou pour témoigner vingt ans après les faits ? Beaucoup de témoins ont déjà été assassinés ».

https://www.les-crises.fr/dick-marty-sur-le-trafic-dorganes-au-kosovo-qui-sera-assez-fou-pour-temoigner/

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vendredi 16 mars 2018

Macron reçoit discrètement le Président de la République du Kosovo Hashim Thaçi

Impossible à cette heure de trouver UN SEUL ARTICLE dans la presse française pour couvrir cette information, seule TV Libertés relaie l'évènement dans son journal du 15 mars. On comprend que nos journalistes aux ordres soient gênés aux entournures, compte tenu du passé criminel de l'ancien chef de l'UCK.

En attendant de revenir sur ce sujet, voici un article de Libération datant de 2010, pour rappel...     PG

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Trafic d’organes à la tête du Kosovo

Par Hélène Despic-Popovic 16 décembre 2010

Un rapport du Conseil de l’Europe accuse le Premier ministre sortant, Hashim Thaçi, d’être à la tête d’un groupe mafieux qui a tué des prisonniers, majoritairement serbes, en Albanie.

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Hashim Thaçi, le Premier ministre sortant du Kosovo et vainqueur, dimanche, de législatives entachées de fraudes, serait le parrain d’une mafia mêlée à toutes sortes de crimes et trafics, dont celui d’organes prélevés en Albanie sur des prisonniers serbes à l’issue de la guerre au Kosovo en 1999. Telle est la conclusion du rapporteur du Conseil de l’Europe, Dick Marty, chargé il y a deux ans de faire la lumière sur des allégations lancées par l’ex-procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla Del Ponte, dans des mémoires publiées en 2008. Dans son livre, la Traque (Ed. Héloïse d’Ormesson), la magistrate avouait s’être cassé le nez sur les crimes de guerre commis par l’UCK (Armée de libération du Kosovo), soutenue lors de la guerre de 1999 par l’Otan, et n’avoir jamais réussi à avancer sur les disparitions intervenues après-guerre. A la suite de journalistes américains, des représentants de l’ONU avaient débuté une investigation qui les a menés en Albanie, base arrière de l’UCK, dans une grosse ferme baptisée la «Maison jaune», où ils ont découvert des échantillons sanguins, qui auraient été laissés après des prélèvements d’organes.

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Meurtre de témoins. C’est là que Dick Marty a repris l’enquête. Une enquête qui a été difficile. Celle-ci lui a permis, dit-il dans son rapport, «non seulement de confirmer» les révélations de Carla Del Ponte, «mais aussi de les préciser et de tracer un tableau sombre et inquiétant de ce qui s’est passé et, en partie, continue à se passer au Kosovo». Le plus compliqué, a reconnu le député suisse - auteur en 2006 d’un rapport sur les prisons secrètes de la CIA en Europe -, a été de contacter les témoins de ce trafic, qui se serait soldé par la mort «d’une poignée» de prisonniers tués en Albanie pour leurs organes. En rappelant que des meurtres de témoins ont empêché de faire la lumière sur nombre de crimes de l’UCK au Kosovo, notamment dans des affaires jugées à La Haye, Dick Marty explique que, pour leur protection, il s’est souvent contenté de témoignages audio, sans voir les personnes. Il précise qu’il n’a pas pu compter sur le soutien des autorités albanaises qui refusent toutes fouilles pour retrouver des cadavres.

Le rapporteur suisse a réussi à aller plus loin que la «Maison jaune». Cette ferme, dit-il, «semble en réalité avoir davantage tenu lieu "d’étape intermédiaire", où les prisonniers en transit étaient détenus en attendant d’être conduits à la mort et où, selon certaines sources, ils étaient soumis à des formes de "traitements" ou de "tris" apparemment bizarres, et notamment à des tests sanguins ou à des examens de santé». Les prélèvements d’organes se produisaient en fait plus profondément à l’intérieur de l’Albanie, à proximité de l’aéroport de Tirana, à Fushë-Krujë où «le petit groupe de prisonniers sélectionnés par l’UCK aurait trouvé la mort» avant que leurs organes soient envoyés à l’étranger par un réseau du crime organisé.

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Sévère. Le rapport s’étend longuement sur les enlèvements de Serbes et d’Albanais accusés, souvent à tort, d’avoir collaboré avec Belgrade, et qui ont été détenus et torturés en Albanie où certains ont trouvé la mort. Un premier procès sur ces crimes de guerre, instruit par la mission européenne Eulex (chargée d’enquêter sur les dossiers que la justice locale n’arrive pas à régler), doit d’ailleurs bientôt s’ouvrir au Kosovo. Tandis qu’un deuxième procès, qui porte sur un récent trafic d’organes prélevés sur des étrangers en vie venus de pays pauvres et attirés au Kosovo par de fausses promesses, est en cours à Pristina. Le rapport est aussi très sévère à l’égard des forces occidentales, dont le souci de pragmatisme lors de leur arrivée au Kosovo, en juin 1999, a «mené à une justice qu’il faut bien définir comme sélective, dont le corollaire a été, et continue à être, l’impunité de nombreux crimes dont tous les indices indiquent qu’ils ont été l’œuvre, directe ou indirecte, de hauts responsables de l’UCK».

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A Pristina, capitale du Kosovo, pouvoir et opposition ont rejeté en chœur ces accusations qui interviennent alors qu’aucun débat public n’a encore eu lieu sur les sombres agissements des années de guerre et d’immédiat après-guerre. La porte-parole de Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, a de son côté invité Dick Marty à présenter ses preuves à l’Eulex. L’affaire pourrait rebondir jusqu’à Paris, étant donné que ces crimes se sont produits en partie à l’époque où le représentant de la communauté internationale s’appelait Bernard Kouchner.

http://www.liberation.fr/planete/2010/12/16/trafic-d-organes-a-la-tete-du-kosovo_701076

 

jeudi 22 février 2018

KOSOVO | Le calamiteux «bébé» de la diplomatie suisse

*A l’occasion des dix ans de la république autoproclamée du Kosovo, les médias occidentaux et suisses en particulier y sont allés de leur pommade… sachant que la ministre suisse des Affaires Etrangères de l’époque fut en pointe du combat pour la reconnaissance de cette «république» arrachée à la Serbie par l’OTAN. Quelques voix, tout de même, détonnent dans le concert de louanges.

TL SUISSE KOSOVO

ERRARE HUMANUM EST, PERSEVERARE DIABOLICUM

Madame Calmy-Rey peut s’enorgueillir à bon droit de quelques succès durant sa charge de cheffe du département fédéral des affaires étrangères, de 2003 à 2011. Ses engagements pour les femmes, dans les dossiers iranien ou coréen furent au nombre de ses actions courageuses. Sur le Kosovo, à la faveur du dixième anniversaire, elle persiste et signe son soutien à l’indépendance, en dépit de nombreux rapports sur le piteux état du pays, y compris pour les [mauvais traitements infligés par des proxénètes ​ aux femmes](https://www.osar.ch/assets/herkunftslaender/europa/kosovo/151007-kos-gewaltgegenfrauen-themenpapier-f.pdf), dont MCR se veut une défenseure ​ zélée​. Les connaisseurs du droit international avaient pointé l’illégalité de l’indépendance autoproclamée et souligné le précédent que cela ne manquerait pas de constituer. Madame Calmy-Rey afficha son dédain du droit et son déni de la réalité.

Dans l’affaire de la Crimée, la Russie ne manque pas de se référer au précédent Kosovar. Avec son livre KOSOVO, une guerre juste pour un État mafieux, Pierre Péan est loin d’être le seul à dénoncer l’enfant chéri de l’ancienne cheffe du DFAE.

A ce jour, ni l’ONU ni l’UE n’ont reconnu l’indépendance du Kosovo. Le premier pays a l’avoir reconnu fut significativement l’Autriche, ennemie historique de la Serbie. L’islamisme se porte bien au Kosovo, un détail sans doute. Les États-Unis y ont installé le camp Bondsteel (nom d’un général de la guerre du Vietnam), qui, avec près de 4000 km2, est leur seconde base militaire en Europe, gérée par quelques militaires et nombre de personnels de sociétés privées de sécurité. ​ La Suisse, sous l’impulsion de MCR, fut au nombre des sages-femmes ​qui mirent au monde un bébé conçu par les bombes de l’OTAN. La Confédération avait d’ailleurs rejoint deux ans avant la Guerre du Kosovo, en 1996, le «Partenariat pour la Paix», antichambre de l’OTAN. Aux côtés de l’OTAN, la Suisse participe aux manœuvres aériennes au-dessus de la Baltique, censées impressionner la Russie. Est-ce encore de la neutralité?

Madame Calmy-Rey, en dépit de tout cela, baigne avec délectation dans son autosatisfaction.

http://log.antipresse.net/post/kosovo-le-calamiteux-bebe-de-la-diplomatie-suisse?mc_cid=c4d7b7c51c&mc_eid=3a5e263339

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vendredi 16 février 2018

Elargissement : l’UE envoie un signal aux Balkans, la Turquie s’agace

Des perspectives, mais surtout pas de promesses. La Commission de Bruxelles a rendu publique, mardi 6 février, une proposition – dite « stratégie » – pour relancer le processus d’élargissement de l’Union européenne (UE) aux six pays des Balkans occidentaux (Serbie, Kosovo, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Macédoine).

ACT BALKANS

Ce processus, censé favoriser l’entrée de certains de ces pays en 2025 au plus tôt, avait été solennellement lancé lors d’un sommet à Thessalonique en Grèce en 2003, mais il est paralysé à ce stade, faute de volonté politique côté européen, et surtout, faute de réformes dans des pays encore gangrenés par la corruption et, parfois, la violence.*

La Commission européenne veut avancer dans les négociations d’adhésion, d’ores et déjà ouvertes, en 2012, avec le Monténégro (650 000 habitants) et surtout, depuis 2014, avec la Serbie (7 millions d’habitants). L’Albanie et la Macédoine sont officiellement candidates. La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo n’ont pas encore atteint ce stade des discussions avec Bruxelles.

La date de 2025 ne concerne en fait que la Serbie et le Monténégro en vue d’une éventuelle adhésion. Une date « indicative », a souligné le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, devant le Parlement de Strasbourg, mardi 6 février. Il a souligné que cet horizon temporel est surtout « une perspective pour motiver les pays à poursuivre les réformes ».

« Fatigue liée à l’élargissement »

Car son institution marche sur des œufs : en « off », à Bruxelles, personne ne croit au réalisme de cette proposition. Qui peut imaginer que le Kosovo va entrer rapidement dans un processus d’adhésion, alors que cinq pays de l’UE, dont l’Espagne, ne reconnaissent toujours pas son existence ? Idem pour la Macédoine, qui ne parvient toujours pas à résoudre le conflit sur son nom avec la Grèce…

Les Etats membres n’ont en réalité pas envie d’évoquer l’élargissement de l’Union, alors que la France, pour ne parler que d’elle, déplore déjà qu’une Europe à 28 (27 bientôt avec le Brexit) soit difficilement gouvernable. Et surtout, alors que la Pologne et la Hongrie, pourtant membres de club, prennent des libertés avec l’Etat de droit, voire le violent.**

De nombreux diplomates estiment aussi que le processus d’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, entrées en 2007, a été beaucoup trop rapide. La Bulgarie souffre encore d’une corruption endémique, et, en Roumanie, le Parti socialiste au pouvoir tente de réformer le parquet anticorruption national, au mépris de l’Etat de droit. Les deux Etats n’ont toujours pas été intégrés dans l’espace sans passeports Schengen. Johannes Hahn, le commissaire à l’intégration, a lui-même reconnu la situation, mardi, parlant de « fatigue liée à l’élargissement » dans l’UE.

Après avoir passablement négligé les Balkans occidentaux, la Commission fait face à un défi géopolitique, avec six pays encore très instables à ses portes. Bruxelles espère les soustraire aux influences grandissantes de la Russie, mais aussi de la Chine, de l’Arabie saoudite ou de la Turquie.***

« Exporter de la stabilité »

Moscou diffuse dans la zone sa propagande antieuropéenne et soutient les mouvements nationalistes. Les pays du Golfe ou Riyad inquiètent le Service d’action extérieure que dirige Federica Mogherini, la haute représentante de l’UE, parce qu’ils tentent d’instiller une vision radicale de l’islam dans les sociétés balkaniques, d’où sont d’ailleurs partis de nombreux djihadistes vers les zones de combat irakiennes et syriennes.

« Je ne voudrais pas que, dans cinq, dix ou vingt ans, on nous dise que nous avons trahi une région qui voulait vraiment entrer dans l’UE », a souligné, mardi, Mme Mogherini.****Le premier ministre albanais, Edi Rama, indiquait, il y a quelques semaines, que, « si la perspective [d’une adhésion] s’éteint ou devient une illusion, les choses pourraient tourner mal » dans la région.

La « perspective » plutôt vague de Bruxelles et les moyens modestes alloués à sa nouvelle politique – 500 millions d’euros du budget de l’UE seront réorientés vers des projets spécifiques, notamment la baisse des coûts du roaming (« itinérance ») téléphonique dans la région –, suffiront-ils à tirer les Balkans vers le haut ?

D’ici là, le retour de l’élargissement risque de s’inviter rapidement dans la campagne pour les élections européennes de 2019. Surtout si la Turquie en profite pour réclamer que le processus lié à sa propre adhésion soit relancé, alors qu’il est complètement gelé depuis des mois, à la suite des multiples dérives autoritaires du président Recep Tayyip Erdogan. Et que plus personne parmi les pays membres ne soutient ce processus. « L’UE parle de la relance de l’élargissement dans les Balkans occidentaux, mais la Turquie est également un sujet », argue Faruk Kaymakci, le représentant permanent de la Turquie auprès de l’UE.

« Nous désirons une pleine adhésion à l’Europe. D’autres options ne nous satisfont pas », a assuré le président Erdogan dans le journal italien La Stampa, dimanche 4 février, balayant la proposition du président Macron, qui a récemment suggéré qu’il fallait repenser la relation avec Ankara, « non pas dans le cadre du processus d’intégration, mais d’une coopération, d’un partenariat ».

Mardi soir, le Conseil européen a confirmé la tenue, le 26 mars, d’une rencontre avec son président, Donald Tusk, M. Juncker, le président Erdogan et le premier ministre bulgare, Boïko Borissov. L’occasion pour Ankara de jouer à nouveau cette carte de l’adhésion pour avancer sur d’autres sujets lui tenant à cœur : la libéralisation des visas vers l’UE ou la modernisation d’un accord d’union douanière vieux de plus de 15 ans.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/02/07/elargissement-l-ue-envoie-un-signal-aux-balkans-la-turquie-s-agace_5253124_3214.html#7zTxWETLPs1tGzgi.99

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Ce que Le Monde ne vous dit pas:
*La "corruption" et la "violence" dénoncées par Le Monde sont le fruit de la terrible guerre de l'OTAN menée contre la Yougoslavie, guerre soutenue par ce journal. Les "réformes" attendues sont bien entendues le démantèlement de l'héritage yougoslave: l'UE exige privatisations, libre- échange, "ouverture" commerciale aux multinationales, démantèlement des droits sociaux etc.
**Ce que Le Monde appelle "l'état de droit", ce sont les traités européens, un carcan légal imposé aux peuples par une oligarchie, le plus souvent par des procédés juridiques plus que contestables...
***L'Arabie saoudite est déjà bien implantée en Bosnie- Herzégovine, grâce à l'OTAN, et la Turquie est toujours officiellement dans un processus d'adhésion à l'UE, ce qui est devenu improbable, mais qui ne l'empêche pas de recevoir encore des subventions dans ce cadre...
****"« Je ne voudrais pas que, dans cinq, dix ou vingt ans, on nous dise que nous avons trahi une région qui voulait vraiment entrer dans l’UE »": la région en question a été convaincue "démocratiquement" à coup de bombes et d'exactions de toutes sortes, passibles un jour, espérons- le, de poursuites devant la justice internationale, idem pour les politiciens et les journaux complices!   P.G.

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samedi 20 janvier 2018

Le procès Mladić : une tache sur la civilisation

« Tout cela est un mensonge. C’est un procès dans le style de l’OTAN » – Ratko Mladić

Par Christopher Black

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Les paroles provocantes adressées par le général Mladić aux juges du tribunal spécial pour les crimes de guerre en Yougoslavie contrôlé par l’OTAN ont retenti haut et fort le jour où ils ont prétendu le condamner. Il aurait pu ajouter« pourtant l’histoire m’absoudra » et beaucoup d’autres choses encore, mais ils a été jeté hors de la salle par le juge en chef, Orie, dans son style condescendant, comme s’il s’adressait à un élève qui fait l’école buissonnière plutôt qu’à un homme faussement accusé de crimes qu’il n’a pas commis.

La porte-parole du ministère russe des Affaires Etrangères Maria Zakharova, a fait écho aux paroles du général le 23 novembre :

« Nous devons de nouveau affirmer que le verdict de culpabilité rendu par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie contre Mladić est la poursuite de la ligne politisée et biaisée qui a dès le début dominé le travail du TPIY. »

Le général Mladić et le gouvernement russe ont raison. Le document intitulé « jugement » le prouve car il se lit comme un tract de propagande plutôt que comme le jugement d’un tribunal. En plus de 2400 pages, le trio de « juges » récite sans interruption la version des événements de l’accusation, du premier paragraphe au dernier. La défense n’est mentionnée qu’en passant.

Le TPIY rejette les affirmations selon lesquelles il est un tribunal partial, un tribunal de l’OTAN, mais il l’a prouvé dès le tout premier témoin qu’ils ont appelé à la barre pour ce qui allait suivre. Un homme nommé Richard Butler a été appelé pour témoigner sur des questions militaires générales et la structure politique en Bosnie et dans la Republika Srpksa (République serbe de Bosnie). Il a été présenté comme un « analyste militaire », ce qu’il est, mais il n’est pas indépendant. Non, au moment de son témoignage, il était membre de l’Agence de sécurité nationale des États-Unis, détaché auprès du TPIY. Donc le premier témoin contre le général Mladić était partial sur deux points. Il travaillait pour les services de renseignement américains qui ont soutenu les ennemis du général Mladić et de la Yougoslavie, et il a fait partie du personnel de l’accusation. C’est comme si la NSA et le procureur étaient, en même temps, entrés dans le box pour témoigner contre l’accusé. Le témoignage de Butler joue un rôle important dans le procès ; le même rôle qu’il a joué dans le procès du général Krstić.

Ensuite apparaît un autre expert analyste militaire, Reynaud Theunens, qui travaille aussi dans l’équipe de l’accusation. Les experts dans les procès criminels sont censés être totalement neutres. Mais non seulement celui-ci agissait au nom du procureur, mais il était en même temps un officier du renseignement de l’armée belge. Donc nous y sommes dès l’ouverture du procès. La scène est posée ; l’OTAN se charge de l’affaire. Les officiers de l’OTAN travaillent au sein du tribunal. C’est un tribunal de l’OTAN sous déguisement de l’ONU. Par conséquent, tout au long du jugement, il n’y a jamais aucune mention des crimes de l’OTAN et des crimes des forces bosniaques opposées. Le contexte est délibérément restreint pour donner une image très étroite et déformée des événements.

Le jugement se poursuit avec des citations détaillées des déclarations des témoins de l’accusation. Les témoignages des témoins de la défense, dans les rares occasions où ils sont cités, ne sont jamais restitués aussi en détail. Une ligne est consacrée à un témoin et tous sont rejetés comme partiaux si leur témoignage est en contradiction avec celui des témoins de l’accusation.

Et en quoi consistent les preuves de l’accusation ? Elles consistent en quelques témoignages oraux d’officiers de l’OTAN impliqués dans les événements et qui travaillaient dans les forces de l’ONU contre le général Mladić et ses forces, le témoignage de soldats de l’armée bosniaque d’opposition ou de leurs familles, des déclarations de témoins et des « faits établis » des « faits » considérés comme tels par une autre série de juges dans un autre procès, peu importe que ce soit vrai ou faux. De temps en temps, les juges déclarent que « la défense affirme que X ne s’est pas produit et s’est appuyée sur certaines preuves pour soutenir cette affirmation. Là où cette preuve entre en contradiction avec les faits jugés, nous la rejetons ».

Il y a de nombreux cas de confiance basés sur des ouï-dire. À maintes reprises, un paragraphe du jugement commence par les mots : « On a dit au témoin… » Grâce à des juristes corrompus comme l’ancienne procureur canadienne Louise Arbour, l’utilisation du ouï-dire, et même du double ouï-dire, a été admise comme preuve dans ces procès alors que c’est interdit ailleurs dans le monde, parce que le témoignage basé sur un ouï-dire ne peut pas être vérifié ni sa fiabilité et son exactitude attestées.

Je n’ai pas pu suivre une grande partie du procès, seulement par vidéo de temps en temps, donc je ne suis pas en mesure de commenter toutes les conclusions factuelles des juges citées dans leur long jugement, dans lequel ils condamnent le général Mladić et son gouvernement pendant des pages et des pages fastidieuses. Ceux qui connaissent la véritable histoire des événements réaliseront que tous les attendus de la condamnation ne sont ni plus ni moins que la même propagande que celle que l’OTAN a diffusé pendant le conflit, mais organisée pour ressembler à un jugement.

Car ce n’est pas un jugement. Un vrai jugement dans un procès criminel devrait contenir la preuve présentée par l’accusation, la preuve présentée par la défense et les arguments des deux parties sur cette preuve. Il doit contenir des références aux dépositions de témoins principaux et aux contre-interrogatoires. Puis il doit y avoir une décision raisonnée des juges sur les mérites de chaque partie au procès et leurs conclusions motivées. Mais vous aurez de la peine à trouver la trace d’une preuve amenée par la défense dans ce document. Je n’ai pu en trouver aucune à part quelques références dans une poignée de paragraphes et quelques notes de bas de page dans lesquels la déposition d’un témoin de la défense a été brièvement mentionnée afin de la rejeter, et de la rejeter parce qu’elle ne corroborait pas la version des événements présentée par l’accusation.

Ce qui est encore plus choquant, c’est qu’il y a peu de références au témoignage oral, c’est-à-dire aux dépositions des témoins. Il y a des références à des « experts » liés à la CIA ou au Département d’État, ou d’autres agences de renseignement de l’OTAN qui ont donné leur version de l’histoire et que les juges acceptent sans les remettre en question. Il n’y a aucune référence à aucun expert de la défense.

Par conséquent, on ne saura jamais la raison pour laquelle les juges ont décidé d’accepter les preuves de l’accusation et non celles de la défense. En les lisant, on pourrait penser qu’aucune défense, autre que symbolique, n’a été présentée. Ce n’est pas un jugement.

Mais il y a quelque chose d’encore plus troublant dans ce « jugement ». Il n’est pas possible de déterminer si de nombreux témoins ont témoigné en personne parce qu’il y a peu de références à un témoignage effectif. Au lieu de quoi, il y a d’innombrables références à des documents de toutes sortes et à des « déclarations de témoins ».

C’est un élément important dans ces procès parce que les déclarations de témoins auxquelles il est fait référence sont des déclarations faites ou censées avoir été faites aux enquêteurs et aux juristes travaillant pour l’accusation par des témoins présumés. Nous savons, à partir d’autres procès, qu’en fait ces déclarations sont souvent rédigées par des avocats de l’accusation ainsi que par des enquêteurs, puis présentées aux « témoins »pour qu’ils les apprennent par cœur. Nous savons aussi que les « témoins » ont aussi été signalés à l’accusation par des voies qui indiquent qu’ils présentaient des témoignages fabriqués et qu’ils étaient recrutés dans ce but.

Au tribunal pour le Rwanda, nous avons pris soin, dans notre procès, de faire subir des contre-interrogatoires agressifs à ces « témoins », et ils se sont immédiatement effondrés puisqu’ils ne pouvaient pas se souvenir des scripts qui leur étaient assignés. Nous avons aussi pris soin de demander aux « témoins » comment ils en étaient arrivés à rencontrer l’équipe de l’accusation, comment les interrogatoires étaient conduits et comment ces déclarations avaient été créées. Les résultats ont été embarrassants pour l’accusation puisqu’il est apparu clairement qu’elle avait collaboré avec les enquêteurs pour manipuler, faire pression sur les « témoins » et les influencer, et qu’elle était complice d’invention de témoignages.

Il est en outre important que celui qui lit ce « jugement » soit en mesure de se référer aux pages des transcriptions des témoignages, ce que les témoins ont dit et ce qu’ils ont répondu lors des contre-interrogatoires, parce qu’une déclaration n’est pas un témoignage. Ce n’est qu’une déclaration.

Une déclaration ne peut être utilisée comme preuve. Elle nécessite que les témoins viennent à la barre et déclarent sous serment ce qu’ils ont observé. On peut ensuite les interroger sur leur fiabilité en tant qu’observateurs, leurs préjugés, s’il y en a, leur crédibilité, etc. Mais dans ce procès, nous voyons des centaines de références à des « déclarations de témoins ». Cela indique que les juges ont fondé leur « jugement » non sur le témoignage des témoins (s’ils étaient appelés à témoigner) mais sur leurs déclarations écrites, préparées par l’accusation, et sans avoir été soumis à aucun contre-interrogatoire de la défense.

Il ne ressort pas du tout clairement de ce jugement si l’un des témoins mentionnés dans les déclarations a effectivement témoigné ou non. S’ils l’ont fait, leur témoignage devrait être cité, et non leurs déclarations. Le seul but valable des déclarations est de signaler aux avocats ce qu’un témoin est susceptible de dire dans le procès, et de révéler la position de l’accusation à la défense afin que celle-ci puisse préparer la sienne et ensuite utiliser les déclarations pour interroger à son tour le témoin en comparant sa déclaration initiale avec son témoignage sous serment à la barre.

La formule est simple. Le témoin de l’accusation arrive à la barre, on lui demande de déclarer ce qu’il a observé à propos d’un événement, puis la défense l’interroge : « M. le Témoin, dans votre déclaration datée du x, vous avez dit ceci, mais aujourd’hui, vous dites cela… Examinons cette divergence. »

C’est comme cela que c’est censé se passer. Mais où est-ce dans ce dossier ? On ne le trouve nulle part.

Il faudrait un livre entier pour recenser les problèmes de ce « procès » tels qu’ils sont présentés dans ce jugement. Mais un exemple éclaire tout ce qui concerne Srebrenica, et traite d’une célèbre réunion qui s’est déroulée à l’Hôtel Fontana le soir du 11 juillet 1995, au cours de laquelle le général Mladić a rencontré un colonel Casque bleu hollandais pour organiser l’évacuation des civils dans la zone de Srebrenica et l’éventualité que la 28e division de l’Armée bosniaque dépose les armes. Il y a une vidéo de cette rencontre, disponible sur YouTube. Je paraphrase, mais elle montre le général Mladić demandant pourquoi les avions de l’OTAN bombardent ses positions et tuent ses hommes. Il demande pourquoi les forces de l’ONU passent en douce des armes aux soldats bosniaques. Il demande pourquoi les forces de l’ONU ont essayé de l’assassiner, lui, personnellement. À chaque question, il reçoit des excuses de l’officier hollandais. Il demande ensuite à l’officier hollandais s’il veut mourir, et celui-ci dit non. Mladić répond : mes hommes non plus ne veulent pas mourir, alors pourquoi leur tirez-vous dessus ? Pas de réponse.

Le reste de la vidéo concerne la discussion d’un plan pour évacuer la ville, pendant laquelle Mladić offre des cigarettes aux hommes de l’ONU et un peu de vin pour faire baisser la tension. Pour moi, en tant qu’avocat de la défense, c’est un élément essentiel pour la défense par rapport aux accusations concernant Srebrenica. Mais on ne trouve aucune référence à cette vidéo dans le jugement. Au contraire, les juges se réfèrent au témoignage de plusieurs officiers de l’ONU / OTAN, qui assistaient à la rencontre, et qui déforment totalement ce qui s’y est dit. Il n’y a aucun indice que la défense ait contre-interrogé ces menteurs en utilisant cette vidéo : « Monsieur, vous déclarez que ceci a été dit, mais ici, dans la vidéo, elle montre que vous vous trompez. Que dites-vous ? » Ce n’est nulle part. Est-ce que cela a été utilisé et ignoré par les juges, ou pas utilisé ? Je n’en sais rien. Mais il est évident que l’accusation a choisi de ne pas l’utiliser parce que cela signifierait l’effondrement de leur dossier. Parce que même pour les preuves à charge, il est clair que les hommes de la 28e Division ont refusé de déposer les armes et se sont frayés un chemin jusqu’à Tuzla. La plupart ont été tués dans les combats en chemin. Beaucoup ont été faits prisonniers. Une poignée de témoins bosniaques affirment que ces prisonniers ont été massacrés. Mais leur témoignage est du genre « J’étais par miracle le seul survivant du massacre » qu’ils ont tendance à utiliser dans ces procès.

Je ne commenterai pas l’usage massif du faux concept juridique d’entreprise criminelle commune pour engager la responsabilité pénale du général, coupable par association et sans intention. Qu’ils l’aient utilisée montre qu’ils savaient n’avoir aucun élément contre lui.

En résumé, ce document contient peu de choses sur le dossier de la défense ou sur ce qu’étaient les faits présentés par la défense, quels étaient ses arguments à propos des faits, ni l’ensemble de ses arguments juridiques. Mais, plus important, nous n’avons aucune idée de ce qu’était le témoignage de la plupart des témoins de l’accusation ni aucune idée des témoignages des témoins de la défense. C’est comme s’il n’y avait pas eu de procès et que les juges s’étaient contentés de siéger dans une salle pour examiner les documents de l’accusation en rédigeant le jugement au fur et à mesure. Nous devons supposer que ce n’est pas éloigné de la vérité.

Ce « jugement » et ce procès sont une nouvelle humiliation de la Yougoslavie et de la Serbie par l’alliance de l’OTAN, puisqu’il ressort clairement de sa création, de son financement, de son personnel et de ses méthodes que le TPIY est un tribunal contrôlé par l’OTAN. C’est confirmé par la déclaration du secrétaire général de l’OTAN, qui a dit : « Je salue la décision (…) les Balkans sont d’une importance stratégique pour notre alliance… »

En d’autres termes, cette condamnation aide l’OTAN à consolider son emprise sur les Balkans en maintenant les Serbes sous sa botte. Le général Mladić est un bouc émissaire pour les crimes de guerre que l’Alliance a commis en Yougoslavie, que le TPIY couvre, aidant ainsi l’OTAN à commettre de nouveaux crimes de guerre, comme nous l’avons vu depuis.

Le TPIY s’est révélé être ce que nous nous attendions qu’il soit, un tribunal fantoche, utilisant des méthodes de justice fascistes, qui a engagé des poursuites sélectives pour faire avancer le programme de l’OTAN de conquête des Balkans, prélude à l’agression contre la Russie. L’OTAN utilise le tribunal comme une arme de propagande pour répandre une histoire fausse sur les événements en Yougoslavie, pour dissimuler ses propres crimes, pour maintenir les anciennes républiques de Yougoslavie sous sa botte, et pour justifier l’agression et l’occupation par l’OTAN du territoire yougoslave. C’ est une tache sur la civilisation.

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vendredi 19 janvier 2018

Colonel Jacques Hogard : La Haye ne voulait pas de moi car j’allais témoigner pour les Serbes

Le Colonel Jacques Hogard, chef des forces spéciales françaises au Kosovo en 1999, répond aux questions du quotidien serbe « Novosti »

GEOP HOGAR SERBIE

Publié le 8 janvier 2018 sur Novosti.rs

« Pendant 25 ans le tribunal de La Haye a jugé de façon partiale et antiserbe. Le Kosovo n’est pas un problème serbe et albanais, mais un problème de l’ensemble de la communauté internationale. On ne m’a appelé qu’une seule fois, de Bruxelles, pas de La Haye, et on m’a demandé si je voulais témoigner sur ce que j’ai vu au Kosovo. Lorsque j’ai dit au greffier que j’étais entièrement à leur disposition et que je pouvais témoigner sur les crimes de l’UCK contre les Serbes, personne ne m’a recontacté plus tard. Tout s’est terminé comme ça. Et j’en avais des choses à dire. »

Ainsi s’est exprimé, exclusivement pour « Novosti », Jacques Hogard, le chef des forces spéciales françaises qui était le premier arrivé au Kosovo et Métochie pendant la période de transition qui a duré entre la signature de l’accord de Kumanovo jusqu’à l’arrivée des forces internationales de maintien de la paix en 1999.

Propos recueillis par Goran ČVOROVIĆ

Q: L’année passée, vers sa toute fin, a été marquée par la fermeture du Tribunal controversé de la Haye.

J. H: Oui, il a été fermé, mais en même temps la baguette a été reprise par le Mécanisme des Tribunaux pénaux. Dans le mot « mécanisme », il y a une signification froide qui suggère que quelque chose est appliqué sans pitié. Un terme précis et technique est utilisé pour montrer que quelque chose fonctionne comme une machine. Je dirais une machine à broyer. Un nom terrible pour un tribunal. Le tribunal ferme donc la porte, mais continue néanmoins de fonctionner.

Q: Selon vous, de quelle manière s’en souviendra-t-on de ce tribunal dans l’histoire ?

J. H: Pendant 25 ans, ce tribunal a rendu des jugements comme un tribunal partial et antiserbe, un tribunal qui voulait avant tout juger les Serbes et le peuple serbe à travers le drame de l’éclatement de la Yougoslavie. Juste pour masquer la réalité, il a condamné quelques Croates, Bosniaques ou Albanais. Slobodan Milosevic a finalement été acquitté de toutes les charges par d’autres procès, mais le public occidental se souvient uniquement du fait qu’il a été à La Haye, comme s’il avait été condamné. Dans le dernier verdict la Croatie a été condamnée, mais pour des crimes contre les musulmans. C’est la même chose. Quand les Croates tuent des Musulmans, ils sont mauvais, mais quand ils tuent les Serbes, ils ne le sont pas, alors ils deviennent moins méchants. Et personne n’a été tenu pour responsable pour ce que les Musulmans ou les Albanais ont fait aux Serbes. Voilà le machiavélisme de cette cour.

Q: Regrettez-vous quelque chose que vous auriez pu faire différemment pendant le court délai, lorsque vous étiez sur le terrain, jusqu’à l’arrivée des forces de maintien de la paix ?

J. H: Au Kosovo j’ai fait ce que j’ai pu. Plus tard, vous pouvez toujours regretter de ne pas avoir fait mieux ou moins pire. Mais ma conscience est tranquille.

Q: Vous vous sentez très proche des Serbes…

J. H: Le monde entier s’est injustement tourné contre vous. Et nous, les Français, nous avons oublié notre alliance et notre amitié traditionnelle avec le peuple serbe. Nous avons aveuglément suivi les Allemands et les Américains, qui avaient tout intérêt à briser la Serbie, comme ils l’avaient fait auparavant avec la Yougoslavie. Derrière cela, il y a un plan pour affaiblir l’Europe. La grande puissance américaine a besoin d’une Europe officiellement unie, mais officieusement affaiblie. Le meilleur moyen de le faire c’est de diviser les pays et d’encourager le régionalisme. Ceci est également le cas des tentatives en Catalogne. Regardez ce qui se passe chez nous en Corse. Tout cela appartient à la même logique, sauf que la France et l’Espagne sont plus grandes et plus fortes, donc plus résistantes. Cependant, il faut toujours faire attention. La même chose est en train de se passer au Moyen et Moyen-Orient. Mais la Russie est là, elle est revenue sur la scène internationale. Si elle avait été aussi forte au moment des événements au Kosovo, cela ne serait pas arrivé.

Q: Comment, avec du pragmatisme, résoudre le problème du Kosovo ?

J. H: Le droit international devrait être placé au centre de tous les débats. La situation actuelle est imposée et ne devrait pas être acceptée. La résolution ONU 1244 reste en vigueur. Son but était de créer une période d’administration internationale afin de calmer la situation. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Il y a eu des pogroms, des règlements de comptes, des disparitions de personnes, des meurtres, des trafics d’organes … La communauté internationale ne devrait pas tolérer cela. Ce n’est pas un problème serbo-albanais. C’est un problème de toute la communauté internationale, qui a créé des problèmes au Kosovo au lieu d’apporter la paix. C’est maintenant à elle de remettre les choses à plat et de trouver une solution honnête, que Hashim Thaçi et Ramush Haradinaj répondent devant la cour pour les crimes qu’ils ont commis. La logique de la justice internationale doit aller jusqu’au bout.

LA VÉRITÉ

Q: Vous avez publiquement témoigné sur ce qui s’est réellement passé au Kosovo.

J. H: C’est un engagement humain et personnel. Chaque fois que je peux faire quelque chose, je le fais. Quand le soi-disant Kosovo a essayé d’intégrer l’UNESCO, à mon humble niveau, j’ai fait ce que j’ai pu, j’ai publié un article de journal, j’ai parlé avec des amis … Je suis témoin et je dirai toujours ce que j’ai vu.

NOUS AVONS LES MÊMES GÈNES

Q: Comment expliquez-vous le fait que beaucoup de Français qui se trouvaient en mission en ex Yougoslavie, devenaient très proches avec les Serbes ?

J. H: Nous sommes deux peuples qui se ressemblent. Nous avons des affinités naturelles, qui n’ont rien à voir avec la politique officielle. Nous étions amis pendant longtemps, puis le communisme est arrivé. La France s’était alliée avec les États-Unis et l’OTAN, et c’est quelque chose que je le regrette profondément parce que nous avons perdu la liberté d’évaluation et d’action. Mais, au-dessus de cela, les Serbes et les Français ont des gènes communs. Tous deux sont des paysans et des militaires, qui se sont toujours battus contre des envahisseurs étrangers, un peuple spirituel, dont l’identité est fondée sur la foi, pleine de caractère, un peuple qui dit ce qu’il pense, quelles qu’en soient les conséquences.

Propos recueillis par Goran ČVOROVIĆ

Original: Novosti.rs

Traduction: Svetlana MAKSOVIC[

URL de cette page: Arretsurinfo.ch

https://arretsurinfo.ch/colonel-jacques-hogard-la-haye-ne-voulait-pas-de-moi-car-jallais-temoigner-pour-les-serbes/

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