mardi 24 octobre 2017

Malte : «Un gang criminel a pris le contrôle de l’Etat»

Une semaine après l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia, qui dénonçait la corruption, la société civile est sous le choc. Les soupçons pèsent tantôt sur le gouvernement, tantôt sur le parti d’opposition. Une marche lui a rendu hommage dimanche à La Valette.

1066492-candles-burn-to-commemorate-the-killed-investigative-journalist-daphne-caruana-galizia-in-berlin«J’ai pleuré.»Manuel Delia raconte avec émotion le moment où il a appris la mort de Daphne Caruana Galizia. «Elle a longtemps été une héroïne pour moi. Depuis quelques mois, elle était devenue un mentor», confie le blogueur, venu jeudi à La Valette, la capitale de Malte, prendre part à une manifestation de plusieurs dizaines de journalistes pour le respect de la liberté d’expression. A côté de lui, face aux hautes colonnes du tribunal de Malte, un parterre de bouquets et de bougies rend hommage à Daphne Caruana Galizia, morte dans l’explosion de sa voiture dans l’après-midi du 16 octobre. Vers 15 heures, la journaliste maltaise de 54 ans, mère de quatre enfants, n’a le temps de faire que quelques mètres sur la route depuis son domicile, dans le village de Bidnija, avant qu’une bombe placée sous la voiture, très sûrement commandée par un téléphone portable, ne mette feu à son réservoir d’essence. Son fils, Matthew, arrive peu après la police sur les lieux. «Je n’oublierai jamais quand, courant autour de ce brasier infernal, […] j’ai essayé de trouver un moyen d’ouvrir la portière, le klaxon de la voiture hurlant toujours, criant à deux policiers, venus avec un seul extincteur, de l’utiliser, raconte le jeune homme sur Facebook. J’ai regardé au sol et il y avait des morceaux de ma mère partout autour de moi.»

«Mafieux»

Daphne Caruana Galizia était une personnalité à part dans le pays. Issue de la haute société et mariée à un avocat de renom, elle devient l’une des premières éditorialistes politiques à Malte dans les années 90. En 2008, frustrée par les limites imposées par les médias conventionnels, elle crée son blog, Running Commentary. Avec 400 000 pages vues par jour, son audience atteint celle des sites des plus grands journaux de l’île. Libre dans le ton comme dans la forme, la blogueuse alterne enquêtes fouillées sur la corruption, le trafic d’êtres humains ou de pétrole, et commentaires mondains sur la tenue d’un tel ou la liaison extraconjugale d’un autre. Elle disait s’appuyer sur un «réseau d’espions». Une de ses cibles préférées : le Premier ministre, Joseph Muscat, et son Parti travailliste (centre gauche), à la tête du pays depuis 2013.

En 2016, dans le cadre des Panama Papers, Daphne Caruana Galizia révèle l’existence de sociétés offshore détenues par Keith Schembri, le chef de cabinet du Premier ministre, et par Konrad Mizzi, le ministre de l’Energie. En avril 2017, elle accuse cette fois la femme de Muscat d’être la bénéficiaire d’une société-écran domiciliée au Panamá, sur les comptes de laquelle un million de dollars aurait été versé par la fille du président du régime ultra-autoritaire azerbaïdjanais, Ilham Aliyev.

Le couple Muscat dément, accusant la journaliste d’avoir été manipulée par une lanceuse d’alerte russe travaillant dans la banque par où aurait transité l’argent. La justice ouvre alors une enquête, et Muscat convoque des législatives anticipées, qu’il remporte de nouveau en juin. Entre-temps, la lanceuse d’alerte a quitté le pays après avoir témoigné devant la justice. Et lundi, Daphne Caruana Galizia a été tuée…

Aujourd’hui, alors que les fourgons et les hommes en combinaison blanche de la police scientifique ont quitté les lieux, le cratère provoqué par la violence de l’explosion est toujours visible sur le sol de cette région aride du nord de Malte. Malgré ce drame, les manifestations populaires en hommage à la blogueuse ont été rares dans ce pays de 450 000 habitants. Le sujet a rapidement été récupéré dans des joutes politiques entre les partisans des deux principales formations politiques : le Parti nationaliste (NP, de centre droit et membre du Parti populaire européen) et le Parti travailliste. Daphne Caruana Galizia étant ouvertement une supportrice du premier*, les leaders du NP n’ont pas hésité à reprendre les propos de la famille de la journaliste et accusé le gouvernement d’être un «Etat mafieux», responsable, selon eux, et au moins indirectement, de l’assassinat de la quinquagénaire. «La corruption est largement répandue dans les plus hautes sphères de l’Etat, confie Michael Briguglio, sociologue, conseiller local NP et tête de proue du Réseau société civile. A Malte, nous ne sommes pas habitués à ce genre de violence. Mais l’an dernier, nous avons eu cinq explosions de voiture de ce type. Le gouvernement actuel ne protège pas les citoyens, mais seulement un gang de politiciens au pouvoir.»

«Sorcière»

En riposte, l’exécutif accuse ses opposants d’accentuer les divisions dans la société, que beaucoup caractérisent déjà de «tribale», à un moment où l’unité devrait sinon primer, du moins s’afficher. Dans les magnifiques bâtiments de l’auberge des chevaliers de Castille, qui abrite les bureaux du Premier ministre, Kurt Farrugia, son directeur de la communication n’hésite pas à avancer : «Depuis quelques mois, Daphne Caruana Galizia avait commencé à publier des articles à charge contre le nouveau leader du Parti nationaliste (NP), Adrian Delia, l’accusant d’être mêlé à des réseaux de prostitution à l’étranger ainsi qu’à du blanchiment d’argent.» Il y a quelques semaines, la journaliste a déclaré recevoir des menaces de membres du NP et a demandé une protection policière. Sans succès.

«Nous savions que Daphne Caruana Galizia pouvait être attaquée à cause de ce qu’elle écrivait, nous recevons tous des menaces. Mais je n’aurais jamais pensé que ça pourrait aller aussi loin», soupire Saviour Balzan, journaliste et cofondateur du média Malta Today, qui se décrit lui-même comme un des plus anciens critiques de la blogueuse. «Elle s’est fait beaucoup d’ennemis car elle n’hésitait pas à attaquer personnellement les gens, moi y compris, raconte-t-il. Elle lançait parfois des rumeurs sans fondement. La dernière fois que je l’ai vue, l’an dernier, elle est venue à mon bureau pour s’excuser de ce qu’elle avait écrit sur ma famille et moi.» Sa mort brutale stupéfie autant que la personnalité de la blogueuse, sous le coup de 42 procès pour diffamation, divise. «Personne n’aimait tout ce qu’elle écrivait, mais beaucoup de gens reconnaissent le rôle important qu’elle jouait, dit à Libération Justin Borg-Barthet, professeur maltais de droit européen à l’université d’Aberdeen en Ecosse, qui a travaillé à plusieurs reprises avec Daphne Caruana Galizia. Elle se voyait comme au service de la population et n’hésitait pas à révéler la corruption autour du gang criminel qui a pris le contrôle de l’Etat

Corruption. Le mot arrive toujours très rapidement dans les conversations sur l’île. Selon un sondage Eurobarometer de 2013, 83 % des répondants maltais considèrent la corruption largement répandue dans le pays, et 29 % assurent que cela les touche dans leur vie quotidienne. Marco, accoudé au bar de son restaurant dans le centre de La Valette, le reconnaît, à sa manière : «Bien sûr qu’il y a de la corruption, mais dans les deux partis et on ne peut rien y faire. En tant que citoyen maltais, que le Premier ministre reçoive des pots-de-vin de dirigeants étrangers ne me concerne pas. Ce n’est pas l’argent public qui est gaspillé.» En 2014, un rapport de la Commission européenne a laissé entendre l’ampleur du phénomène. Entre 1995 et 2014, Malte aurait ainsi perdu, tous les ans, au moins 11,67 % de son PIB, soit 1,25 milliard de dollars à cause de la corruption. Et l’économie parallèle représenterait un cinquième du PIB.

Ce sont ce type de fraudes qui ont poussé Marlene Farrugia à quitter en 2015 le Parti travailliste, pour lequel elle avait pourtant été candidate. «Le gouvernement de Muscat utilise tous les moyens possibles pour obtenir des votes, comme délivrer des permis de construire et des emplois publics juste avant les élections, assure la députée, qui a fondé, en 2016, le Parti démocratique. Leur machine de propagande est très puissante. J’ai été violemment attaquée personnellement, par un membre du cabinet du Premier ministre sur son site web. Comme Daphne, j’ai été traitée de sorcière La femme politique, par ailleurs dentiste, a aussi reçu de nombreuses menaces. «Vous avez peut-être en face de vous une femme bientôt morte, mais cela ne me fait pas flancher, lance Marlene Farrugia, assise dans le hall du Parlement maltais. Le gouvernement a démantelé les institutions de notre pays. Depuis 2013, cinq commissaires de police ont démissionné ou été renvoyés. Les contre-pouvoirs sont anesthésiés Au début du mois, le plus haut magistrat de Malte, Silvio Camilleri, a justement accusé le ministre de la Justice et la police de ne pas faire respecter l’Etat de droit. Le Premier ministre a répondu n’être «pas d’accord avec son interprétation».

Récompense

Une semaine après le meurtre de Daphne Caruana Galizia, les fleurs s’accumulent toujours devant le tribunal de La Valette. L’enquête n’a pas apporté d’indices à ceux qui dénoncent un crime politique. Avec l’aide d’agents du FBI, de Scotland Yard, de la police danoise, et bientôt d’Europol, les enquêteurs maltais tentent de reconstituer les dernières minutes avant que la journaliste ne monte dans sa voiture de location.

Pour prouver sa volonté de faire avancer cette «affaire d’une extraordinaire importance», le Premier ministre a promis une récompense d’un million d’euros à qui apporterait des informations significatives aux enquêteurs. De son côté, David Thake, un journaliste proche de Daphne Caruana Galizia, a lancé une campagne de crowdfunding pour tenter de rémunérer des gens susceptibles de lui donner des informations sur l’assassinat de son amie. Après quatre jours de collecte, il avait réuni 26 500 dollars (environ 22 500 euros). Dimanche, à l’appel de la société civile, des médias et des différents partis qui promettent de ne pas politiser l’occasion, une grande marche a rassemblé des milliers de Maltais dans les rues de La Valette. Avec ce slogan, brandi sur les pancartes et à la une des journaux : «Daphne, ta plume a été réduite au silence mais ta voix survivra.»

Aude Massiot Envoyée spéciale à Malte

http://www.liberation.fr/planete/2017/10/22/malte-un-gang-criminel-a-pris-le-controle-de-l-etat_1604971


 

*Donc, contrairement à ce qu'affirme Libé, Daphne Caruana Galizia n'était pas si favorable au NP que ça puisqu'elle craignait des représailles de ce côté également. Elle agissait tout simplement en femme libre et en vraie journaliste...P.G.

FREXIT CLAVIER

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Expansion du salafisme wahhabite à Sarajevo et en Bosnie (vidéo)

Source: Dominique Bianchi

Ajoutée le 23 sept. 2017

ARG YOUGO ISLAM

Islamisme à Sarajevo 2017

Ajoutée le 23 sept. 2017
https://www.youtube.com/watch?time_continue=174&v=SHS8QBb5Ghk

Voir aussi, pour la version style "tout ça n'est pas si grave,
on peut tous vivre ensemble, avec nos sensibilités différentes..."
La guerre est pudiquement évoquée, pas un mot sur l'OTAN, bien sûr,
pas même sur la défunte Yougoslavie.

La Bosnie-Herzégovine, fief du salafisme européen #Reporters

Ajoutée le 27 nov. 2015
https://www.youtube.com/watch?v=KD_-6yw2a00

J'ai cherché en vain jusqu'à présent un résumé à peu près correct de l'histoire de la Yougoslavie
pour ceux qui ne connaissent pas et qui trouvent cette affaire un peu compliquée (à juste titre).
En attendant, voici une des versions les plus originales, celle- là, je ne l'avais jamais entendue:
la création de la Yougoslavie, c'est un complot des Russes! Bien dans l'air du temps...
Mais ce n'est pas la pire des thèses qu'on trouve sur you tube.
La plupart du temps on a droit à la fable euro- atlantiste sur les méchants nationalistes
(surtout serbes) fauteurs de guerre.  P.G.

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HISTOREVUE - Yougoslavie
https://www.youtube.com/watch?v=KFI3wHbmqck
Ajoutée le 25 sept. 2016

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lundi 23 octobre 2017

Italie : très large victoire pour les autonomistes, ternie par un piratage informatique

Avec respectivement 95% et 98% de «oui», les habitants de Lombardie et de Vénétie ont approuvé lors d'un référendum une autonomie accrue pour leurs régions. Une attaque de hackers a toutefois ralenti la publication des résultats.

ACT ITALIE LOMBARDIELes riches régions italiennes de la Vénétie et de la Lombardie ont voté le 22 octobre à une écrasante majorité en faveur d'une plus grande autonomie, avec une participation suffisamment importante pour leur donner un pouvoir de négociation face à Rome.

Selon les chiffres quasi définitifs, les électeurs ont voté à 95% en faveur du «oui» en Lombardie et à 98% en Vénétie. La participation était elle estimée à respectivement quelque 40% et 57%. Le président de la Lombardie, Roberto Maroni, avait indiqué qu'une participation supérieure à 34% serait un succès. En Vénétie, le scrutin n'était valide que si un quorum de 50% était dépassé.

Le président de la Vénétie, Luca Zaia, a évoqué un «big bang» institutionnel, soulignant que la volonté d'autonomie était partagée «par une population entière» et non portée par un seul parti. Il a toutefois vu la victoire de son camp quelque peu ternie par une attaque informatique. «Nous avons trois niveaux de sécurité, les hackers en ont atteint deux», a-t-il déclaré en annonçant les résultats, expliquant ainsi le retard de leur publication intégrale : «Pour le moment, nous sommes un peu bloqués, nous téléphonons à chaque commune.»

Une victoire attendue du «oui»

Les électeurs devaient dire s'ils souhaitaient que leur région dispose de «formes supplémentaires et conditions particulières d'autonomie», selon la formule inscrite dans la Constitution. La nature et l'ampleur de cette autonomie doit désormais être négociée avec Rome puis validée par le Parlement.

Matteo Salvini, le leader de la Ligue du Nord, ancien parti indépendantiste désormais promoteur de réformes autonomistes, s'est félicité que des millions d'électeurs aient demandé «une politique plus proche, plus concrète et efficace, moins de bureaucratie et de gâchis».

Le «oui» avait aussi le soutien de Forza Italia de Silvio Berlusconi (droite), du Mouvement Cinq étoiles (eurosceptique et anti-système) et de plusieurs syndicats et organisations patronales. Le Parti démocrate (centre gauche, au pouvoir au niveau national) n'avait pas donné de consigne, mais nombreux étaient les ténors dans ses rangs à avoir soutenu le «oui».

https://francais.rt.com/international/44865-italie-tres-large-victoire-pour-autonomistes-ternie-attaque-informatique


 

Voir aussi cet article paru juste avant le scrutin, et qui éclaire la situation:


 

Référendums en Lombardie et en Vénétie : vers une vague séparatiste en Italie ?

Deux riches régions italiennes organisent le 22 octobre un référendum pour une autonomie accrue. Alors que tous les regards sont tournés vers la Catalogne, à quoi faut-il s'attendre et que révèle cette tendance européenne ?

Alors que les remous causés par les velléités indépendantistes de la Catalogne sont au centre de l'actualité, deux référendums d'autonomie sont organisés le 22 octobre prochain en Italie. Le premier concerne la Lombardie, le second la Vénétie. Si le parallèle avec la situation en Espagne est tentant, le contexte, les modalités et les enjeux de ces deux consultations offrent en réalité le parfait contre-exemple du référendum catalan.

Le président de la région Vénétie, Luca Zaia, membre de la Ligue du Nord, un parti qui revendiqua longtemps l'indépendance de la partie septentrionale du pays, est l'un des plus ardents promoteurs de la consultation. Autonomiste convaincu, il a trouvé un soutien de poids en la personne de Roberto Maroni, président de la Lombardie et membre du même parti. Dans une démarche conjointe, les deux hommes sont ainsi parvenus à obtenir que soit organisé le même jour dans leurs régions respectives un référendum pour obtenir davantage d'autonomie, notamment en matière fiscale. Pour ce parti créé à la fin des années 1980 et ayant longtemps peiné à s'implanter dans le paysage politique transalpin, le succès de cette démarche revêt les apparences d'une victoire symbolique.

En apparence, tout porterait donc à croire que la Ligue du Nord, perçue par la majorité de ses opposants politiques comme appartenant à l'extrême droite, trouverait dans l'épisode catalan une inspiration roborative – et une occasion d'inscrire son combat politique dans une dynamique plus large. Et pourtant, Luca Zaia s'est montré on ne peut plus formel : «Tout parallèle avec la Catalogne est une tentative fourbe de décourager le vote en faveur du oui.» 

«Les similarités avec la Catalogne sont minimes, le sentiment indépendantiste n'est pas très diffusé» dans ces deux régions, explique Nicola Lupo, professeur de droit constitutionnel à l'université Luiss de Rome interrogé à ce sujet par l'AFP. Au-delà de la simple différence de sentiment entre les deux pays, c'est avant tout l'impression de désordre et la violence suscitées par l'épisode catalan qui fait craindre à la Ligue du Nord qu'un parallèle entre les deux mouvements ne desserve leur cause.

Face à une quasi-unanimité, quels enjeux concrets ?

Dans les faits, les référendums du 22 octobre, organisés dans le respect de la constitution italienne, ne poursuivent pas les mêmes objectifs que la consultation interdite par la justice espagnole du 1er octobre en Catalogne. Loin des profondes dissensions entre Madrid et Barcelone, Milan et Venise veulent afficher leur bonne entente avec Rome et souligner le sérieux de leurs aspirations.

Les partisans du «oui» ne veulent d'ailleurs pas apparaître comme marginaux et tiennent à souligner l'existence d'un relatif consensus pour soutenir l'autonomie accrue : outre la Ligue du Nord, Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi (classé à droite), le Mouvement Cinq étoiles de Bepe Grillo, qui se revendique anti-système et eurosceptique, des syndicats et organisations patronales ainsi que de nombreux ténors du Parti démocrate (classé au centre-gauche), comme le maire de Milan, pourtant farouche opposant du président lombard Roberto Maroni, se sont prononcés en faveur d'une autonomie élargie.

Si le Parti communiste italien a certes appelé à l'abstention afin de protester contre «un gaspillage d'argent public pour un référendum farce», une quasi-unanimité semble donc bien se dégager. La victoire du «oui» paraît d'autant plus probable que l'intégralité des sondages réalisés jusqu'ici le donnent largement vainqueur. Reste toutefois la question de la participation, qui sera cruciale au moins en Vénétie, où elle doit dépasser les 50% d'électeurs inscrits pour que le scrutin soit valide. S'il n'y a pas de quorum en Lombardie, une participation minimale de «40%» est régulièrement avancée par la presse italienne comme étant le seuil en-dessous duquel le résultat du référendum apparaîtrait comme un échec pour ses partisans, même en cas de victoire du «oui».

Dans un tel contexte, chaque parti tente de convaincre de l'utilité de la consultation. La Ligue du Nord avance qu'elle permettrait à la Lombardie et à la Vénétie d'acquérir des pouvoirs ordinairement réservés à l'Etat en matière de sécurité et d'immigration, thèmes auxquels sont sensibles ses électeurs – une telle délégation de compétences nécessiterait toutefois une révision constitutionnelle, laquelle pourrait d'ailleurs être envisagée sans référendum préalable.

Pour la majeure partie des Lombards et des habitants de la Vénétie, c'est toutefois l'argument fiscal qui serait le plus à même de mobiliser. Les deux régions représentent à elles seules 30% du PIB italien, pour un quart de sa population et leur endettement par habitant est faible (73 euros pour la Lombardie, 219 euros pour la Vénétie, contre 407 pour la moyenne nationale). Avec des économies en meilleur état que dans le reste du pays et incomparablement plus dynamiques que celles des régions du Sud, le calcul est donc simple. L'autonomie permettrait à chaque habitant de récupérer environ la moitié du solde fiscal actuel (différence entre ce que les habitants versent comme taxes et impôts et ce qu'ils «reçoivent» sous la forme de dépenses publiques). Luca Zaia en a d'ailleurs fait un slogan : «Récompenser les régions vertueuses.»

La fracture Nord-Sud : une poudrière attendant l'étincelle séparatiste ?

Les différences entre les régions méridionales et septentrionales de l'Italie sont bien connues, et si la Ligue du Nord en a fait un véritable leitmotiv électoral, même les mouvements politiques traditionnels comme le Parti démocrate accusent régulièrement cette économie à double vitesse de se faire au détriment du Nord.

«Ce référendum se déroule dans un contexte de fracture traditionnelle Nord/Sud avec l'idée de Rome comme un lieu de pouvoir corrompu et centralisateur», précise le professeur Nicola Lupo. Ce sentiment est sans doute renforcé par le fait que Vénétie et Lombardie sont frontalières et proches du Trentin-Haut-Adige, du Frioul-Vénétie julienne et de la Vallée d'Aoste, trois régions à statut spécial et jouissant d'une très forte autonomie.

Ce terreau a longtemps semblé fertile pour permettre aux revendications indépendantistes de croître. Dans ses jeunes années, la Ligue du Nord n'hésitait d'ailleurs pas à évoquer la Padanie, cette région non-administrative de la plaine du Pô censée être unifiée par un passé commun distinct de l'identité italienne, elle même forgée au terme du long processus d'unification du pays tout au long du XIXe siècle. En 1997, les Sérénissimes, groupuscule nationaliste de vénétie, avait occupé la place Saint-Marc à Venise. Retranchés dans le Campanile, ils avaient dû être délogés par les carabiniers. Le régionalisme indépendantiste connaissait alors ses heures les plus fastes depuis l'instauration de la République, après la Seconde Guerre mondiale.

Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous le pont du Rialto. Le Lombard Roberto Maroni, qui milita jadis pour «se libérer de Rome», prône désormais «une réforme dans le cadre de l'unité nationale afin de modifier les rapports entre le gouvernement central et les gouvernements régionaux». La Ligue du Nord a connu une lente transformation idéologique, à la fois cause et conséquence de son abandon de toute revendication séparatiste. Jadis opposée à l'euro et à l'Union européenne, la voilà désormais qui vante «une autonomie accrue dans l'Europe des régions», préférant mettre en avant la question de l'identité culturelle et de l'immigration. Et alors que Bruxelles à d'ores et déjà prévenu la Catalogne qu'elle ne ferait pas partie de l'UE si elle proclamait son indépendance, les autonomistes italiens, bien loin de prendre Barcelone en modèle, se tournent volontiers vers Vienne ou Budapest. Quelques jours avant les élections fédérales autrichiennes, la Ligue du Nord annonçait en effet une «entente absolue» avec le Parti de la Liberté (FPÖ) de Heinz-Christian Strache, réputé pour ses positions anti-immigration. Matteo Salvini, chef du parti et eurodéputé, ne manque pas de saluer régulièrement les mesures adoptées par le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, contre les quotas de migrants de l'Union européenne.

A la recherche solitaire d'une indépendance peu porteuse politiquement, les autonomistes italiens préfèrent désormais s'inscrire dans un mouvement qu'ils espèrent collectif et européen, quitte à reléguer loin à l'arrière plan la question territoriale qui fut pourtant leur matrice idéologique initiale.*

https://francais.rt.com/international/44786-referendums-lombardie-venetie-vers-vague-separatiste-italie


 

Voilà qui confirme les analyses de l'UPR sur le développement des "euro- régions" et le ralliement désormais sans complexes des partis "d'extrême droite" dits "eurosceptiques" à l'Union européenne sous la forme de fédéralisation de régions identitaires, dotées d'une large autonomie. P.G.

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L’UE donne ses directives aux médias pour contrôler la pensée des citoyens

Article suggéré par S.R. (UPR 87)


 

(...)

ARG LIBERTE EXPRESSION RUEUn nouveau projet de l’UE intitulé pudiquement « Respect des mots » (1) doit servir de guide aux journalistes européens. Il est destiné à opérer un grand lavage de cerveau des Européens, puis à contrôler leur esprit pour qu’ils modifient la perception de ce qu’ils voient et ce qu’ils vivent.

(...)

Selon la directive européenne, nous autre journalistes, ne devons plus parler d’«extrémistes» et, lorsque nous parlons de la criminalité des migrants, nous ne devons pas mentionner leur ethnicité, à moins que cela ne soit «pertinent» par rapport au contexte de l’histoire. Selon moi, si les migrants représentent une catégorie à risque, il est pertinent d’en informer les citoyens. L’UE pense le contraire.

Je me souviens encore de ces deux homosexuels qui ont été lynchés devant un club gay du Marais à Paris, et dont les visages tuméfiés ont fait la une des médias pendant toute une semaine pour dénoncer l’homophobie des Français, afin de diaboliser ceux qui s’opposaient au mariage pour tous. Sauf que les médias oublièrent de préciser que les agresseurs étaient musulmans… Désinformation réussie.

Les « directives » sont promues sous le slogan: « Le journalisme éthique contre le discours haineux ». Ben voyons ! Comme il est facile de coller l’étiquette « haine » sur tout ce qu’on ne souhaite pas voir publié.

(...)

Les directives contiennent des suggestions sur la manière dont les journalistes doivent s’exprimer sur certains sujets : l’immigration, l’islam et l’islamisation en sont quelques exemples. Tout cela avec le recours inévitable à une terminologie politiquement correcte qu’il serait plus juste de renommer pour ce qu’elle est : le contrôle de la pensée. Poussé à l’extrême aux Etats-Unis, ce contrôle a donné en retour de boomerang la victoire au Président Trump qui viole plusieurs fois par jour le politiquement correct.

Même si les directives disent prudemment qu’il n’y a pas de «définition spécifique» du «discours de haine», elles suggèrent que nous les journalistes ne devrions pas produire de «discours de haine». Autrement dit : nous ne voulons pas définir ce qu’est un discours de haine car il engloberait des sujets sur lesquels nous approuvons les discours de haine, mais vous demandons de ne pas en produire. Facile et vicieux.

Aussi, lorsque nous jugeons nécessaire de produire un discours de haine, nous devrions «fournir un contexte et remettre en question ces notions».

Les lignes directrices disent aussi que les «extrémistes» devraient être totalement ignorés, alors que, fait intéressant, il y a beaucoup de chapitres appelant les médias à publier plus d’histoires sur les immigrants, les musulmans etc. et que les extrémistes de droite doivent être abondamment dénoncés.

(...)

«L’autre» dit une autre directive, consiste à créer une opposition binaire et mutuellement exclusive entre les deux groupes supposés homogènes: «nous» et «eux».(...)

Remarquez le choix des mots.

  • On nous demande de parler des migrants du Moyen-Orient et d’Afrique comme s’ils n’étaient pas différents de nous, alors qu’ils le sont en réalité.
  • On laisse sous-entendre que l’utilisation de mots décrivant d’autres groupes comme étant «différents» de nous est quelque chose de haineux ou d’insultant. Ce n’est pas le cas ! Il s’agit juste d’énoncer une réalité. Mais cette réalité contredit le narratif, alors il faut faire comme si la réalité n’existe pas.

Conclusion

Voilà encore une nouvelle tentative totalitaire de l’UE pour imposer sa vision du monde, et dire en substance aux citoyens européens qu’ils doivent être protégés contre eux-mêmes, et que les Eurocrates savent mieux que les citoyens ce qui est bon pour eux, et qu’il faut remettre entre leurs mains votre destin, votre volonté propre, vos pensées.

L’UE nous ordonne, à nous journalistes, quoi écrire et comment l’écrire. Ce n’est pas plus dangereux que ce qui se passait dans les dictatures communistes.

Et si les gens ne veulent pas prendre conscience de toutes ces choses, s’ils ne veulent pas décider par eux-mêmes, je respecte leur droit au confort qui consiste à laisser les élites contrôler leurs pensées, je respecte leur décision de disparaître en tant que peuples européens, leur droit au suicide collectif.

© Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

(1) respectwords.org/Reporting-on-Migration-and-Minorities

 

 

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Pour sortir de l'impasse, May va offrir des garanties aux expatriés

LONDRES (Reuters) - Theresa May s'est engagée jeudi à rendre aussi facile que possible le maintien des expatriés européens au Royaume-Uni afin de tenter de débloquer les discussions avec les Européens qui butent principalement sur les modalités financières du Brexit.

ARG UK EUAlors que s'ouvre dans l'après-midi à Bruxelles un nouveau Conseil européen, les dirigeants des Vingt-Sept semblent exclure d'engager formellement la deuxième phase des négociations, qui doit porter sur les relations futures avec le Royaume-Uni une fois le divorce prononcé.

A la suite de leur négociateur, Michel Barnier, ils devraient juger "insuffisants" les progrès réalisés dans les discussions portant sur la première phase, consacrée aux modalités du divorce en lui-même.

Dans une tribune mise en ligne jeudi matin sur sa page Facebook, la Première ministre britannique propose des concessions sur les droits des citoyens européens d'outre-Manche, l'un des points clefs de la première phase des négociations.

Faute de changer le cours du sommet européen, cette annonce pourrait toutefois signaler l'adoption d'une nouvelle approche britannique, plus souple, face aux négociateurs du bloc.

Dans ce texte, Theresa May estime qu'un accord sur les droits des trois millions de ressortissants européens vivant au Royaume-Uni est "à portée de main".

A son arrivée à Bruxelles, la Première ministre a déclaré : "nous allons examiner les progrès concrets qui ont été accomplis dans les négociations pour notre sortie et établir des projets ambitieux pour les prochaines semaines. Par exemple, je souhaite qu'on parvienne d'urgence à un accord sur les droits des citoyens".

La dirigeante britannique propose de mettre en place un groupe de représentants des expatriés, ainsi que les services d'experts juridiques et techniques pour garantir une transition fluide.

ESPRIT D'OUVERTURE

"Je sais que les deux camps vont considérer les propositions mutuelles de finalisation de l'accord dans un esprit d'ouverture. Avec de la flexibilité et de la créativité des deux côtés, je suis persuadée que nous pourrons conclure les discussions sur les droits des citoyens dans les prochaines semaines", poursuit-elle dans la tribune sur Facebook.

Au titre de ces concessions, les citoyens européens n'auraient notamment plus à fournir la preuve de leur souscription à une couverture maladie complète, comme c'est le cas aujourd'hui.

"Pour tous les citoyens européens qui détiennent un permis permanent de résidence dans l'ancien système, un système simple sera mis en place pour passer de leur statut actuel à un statut de résident au Royaume-Uni", dit-elle.

Dans sa tribune, Theresa May ne dit rien de la question du rôle dévolu à la Cour de justice de l'Union européenne après le Brexit.

Mais dans une interview accordée à plusieurs journaux européens, dont Le Figaro, son ministre du Brexit, David Davis, rappelle que lors de son discours de Florence, le 22 septembre dernier, elle a proposé que "les tribunaux britanniques prennent en compte les jugements de la Cour européenne de justice".

"Aucun pays au monde hors de l'UE n'accepte les règles de la Cour européenne de justice", poursuit-il, ajoutant que cette proposition est de nature à "donner de la certitude aux citoyens européens en faisant en sorte que leur traitement soit équivalent des deux côtés de la Manche".

Avant le début du Conseil européen, la chef du gouvernement britannique a rappelé qu'elle avait fait lors de son discours à Florence des propositions qu'elle a qualifiées d'audacieuses et d'ambitieuses.

A dix-sept mois seulement de la date du divorce, fixée à fin mars 2019, Theresa May est soumise à de fortes pressions pour débloquer les négociations ou de risquer un retrait de l'UE sans accord, un scénario du "saut dans le vide" qui plongerait les acteurs économiques dans l'incertitude.

Pour ajouter à ses difficultés, le dirigeant de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, sera également à Bruxelles jeudi, pour rencontrer les eurodéputés et tenter de sortir d'une "impasse du Brexit" créée selon lui par les "cafouillages" du gouvernement.

May doit aussi compter avec un début de fronde au sein du groupe parlementaire du Parti conservateur à la Chambre des communes.

(Elizabeth Piper avec Alastair Macdonald à Bruxelles; Julie Carriat et Henri-Pierre André pour le service français)

http://www.latribune.fr/depeches/reuters/KBN1CO0DQ/pour-sortir-de-l-impasse-may-va-offrir-des-garanties-aux-expatries.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20171019

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dimanche 22 octobre 2017

ENTRETIEN D’ACTUALITÉ N°51 – Jugeons l’UE avec ses retombées : Industrielle, sociale, et environnementale

Aidez-nous ! Partagez :

Le président de l’UPR François Asselineau analyse l’actualité récente au 19 octobre 2017.
00:08 : Vidéo de présentation de l’université et du congrès de l’UPR.
00:35 : Introduction – hommage à l’usine de soie Tomioka du Japon.
03:25 : Que pensez-vous des risques qui pèsent sur Airbus ?
12:56 : Où en est la situation sociale en France ?
17:01 : Et au niveau environnemental ?
20:10 : Et dans le reste de l’Europe ?
27:04 : L’arme Macronlibur qui cartonne en Europe.
28:14 : Avez-vous d’autres sujets que vous souhaiteriez aborder ?
31:42 : Auriez-vous un mot pour conclure ?

https://www.upr.fr/actualite/entretien-dactualite-n51-jugeons-lue-retombees-industrielle-sociale-environnementale

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vendredi 20 octobre 2017

Non à l’autorisation d’un nouvel insecticide « tueurs d’abeilles », le #sulfoxaflor !

Alors que les Etats généraux de l’alimentation battent leur plein, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire Environnementale (ANSES) vient d’accorder en tout discrétion une autorisation d’utilisation d’un nouvel insecticide « tueurs d’abeilles » de la famille des néonicotinoides.

ACT SULFAX MAFIACette décision est inacceptable et incompréhensible* car les parlementaires ont adopté, il y a plus d’un an, le principe d’une interdiction des insecticides néonicotinoïdes en 2018. Accorder une nouvelle autorisation comme le fait l’ANSES est donc une décision qui arrive à contre-temps et méprise les objectifs inscrits dans la loi.

LE SULFOXAFLOR… HAUTEMENT TOXIQUE POUR LES ABEILLES !

L’Agence européenne de sécurité sanitaire (peu connue pour sa proximité avec les écologistes…) a pourtant qualifié l’insecticide de « hautement toxique pour les abeilles ».

Alors… :

  • qu’une nouvelle étude vient de confirmer que 80% des insectes auraient disparu en Europe en 30 ans,
  • qu’une autre enquête a mis en évidence la contamination de la quasi-totalité des miels aux insecticides néonicotinoides,

… l’autorisation d’un nouvel insecticide « tueurs d’abeilles » est scandaleuse !

Chaque année, ce sont 300 000 colonies d’abeilles domestiques et des pans entiers de populations d’insectes pollinisateurs sauvages qui disparaissent en France, effondrement essentiellement dû à l’utilisation des pesticides en général et aux insecticides « tueurs d’abeilles » en particulier.

Interpellez le ministre de l’Agriculture et celui de l’Ecologie afin d’obtenir le retrait immédiat de ce nouvel insecticide, le sulfoxaflor.


https://stop-sulfoxaflor.agirpourlenvironnement.org/

Nonausulfoxaflor_FB

Voir aussi:

L’Europe autorise un nouveau pesticide toxique pour les abeilles

Le Sulfoxaflor, pesticide autorisé en Europe depuis juillet, vient d’être interdit dans une grande partie des Etats-Unis suite à une plainte des associations de protection de l’environnement et des pollinisateurs, à cause de ses dégâts alarmants sur les abeilles. Les autorités sanitaires européennes laissent pourtant deux ans à l’agrochimie pour prouver le contraire : deux ans pendant lesquels le produit sera commercialisé, et les abeilles décimées.

En juillet dernier, la Commission européenne autorisait l’utilisation d’un nouveau pesticide sur les cultures en Europe, le sulfoxaflor. Cette nouvelle substance active est un insecticide neurotoxique très similaire à l’action des pesticides néonicotinoïdes. Une autorisation étonnante compte tenu du moratoire en cours sur trois néonicotinoïdes (Clothianidine, Thiametoxame, et Imidaclopride), notoirement responsables de la disparition massive des abeilles en Europe et dans le monde.

Autorisation encore plus surprenante au regard du rapport de l’EFSA, l’autorité sanitaire européenne chargée d’évaluer la toxicité des substances pour décider de leur mise sur le marché : l’institution émet un avis positif… tout en reconnaissant « un risque élevé pour les abeilles »…

Quand la porte se ferme, l’industrie agrochimique passe par la fenêtre

Petit rappel. En 2013, trois substances sont rendues coupables par des centaines d’études scientifiques indépendantes de décimer les populations d’abeilles. Face à ce constat, et poussée par les associations et les citoyens, la Commission Européenne décide d’interdire partiellement et provisoirement ces substances : un moratoire qui prend fin en décembre prochain.

Une fois encore, l’industrie a un coup d’avance. Elle obtient la mise sur le marché de nouvelles substances très proches des néonicotinoïdes, encore sous-étudiées par la communauté scientifique, mais dont même les autorités sanitaires reconnaissent la dangerosité pour les abeilles.

Le sulfoxaflor : un nouveau pesticide toxique pour les abeilles autorisé en Europe - Photo : S. Caza

Le sulfoxaflor : un nouveau pesticide toxique pour les abeilles autorisé en Europe – Photo : S. Caza

 

L’EFSA a annoncé qu’elle donnait deux ans à Dow AgroSciences, l’entreprise qui commercialise le sulfoxaflor, pour prouver son innocuité sur les abeilles. Il s’agit donc d’autoriser un produit, de le laisser faire des dégâts irréparables sur les pollinisateurs et l’environnement, et faire ce constat dans deux ans et le retirer du marché…

Abeilles décimées aux Etats-Unis, le sulfoxaflor interdit

Deux ans, c’est le temps qu’il a fallu aux organisations apicoles et citoyennes américaines pour faire reconnaître la dangerosité du sulfoxaflor, et faire annuler son autorisation de mise sur le marché.

En 2013, l’EPA, l’autorité sanitaire américaine, autorisait cette substance sans en analyser l’impact sur les abeilles. Apiculteurs, citoyens, et défenseurs de l’environnement tirent la sonnette d’alarme, et s’organisent pour attaquer la décision de l’EPA en justice.

Un procès qu’ils viennent de remporter, puisqu’une cour d’appel américaine vient de faire annuler l’autorisation de mise sur le marché du sulfoxaflor, en estimant que l’EPA avait violé la loi fédérale en autorisant cette substance sans disposer d’études sur son impact sur les abeilles.

Gagnons deux ans pour nos abeilles

De toute évidence, la procédure suivie par l’EFSA en Europe est tout aussi irrégulière que celle de son homologue américaine l’EPA.

A moins d’une mobilisation rapide et massive, le scénario américain laisse présumer de ce qu’il va se passer dans les deux prochaines années : le sulfoxaflor sera utilisé massivement sur les cultures, causant des dégâts irréparables sur les abeilles et autres pollinisateurs essentiels pour l’agriculture, les apiculteurs vont tirer la sonnette d’alarme, suivis par les citoyens, les scientifiques, les associations concernées… Il faudra se battre pour obtenir le retrait de ces pesticides, l’industrie agrochimique, qui aura engrangé des bénéfices sur un pesticide reconnu comme dangereux dès le départ, résistera avec la force qu’on lui connait et en 2017, lorsque l’EFSA demandera des comptes, s’engagera une bataille scientifique comme celle qui est actuellement en cours concernant les trois autres néonicotinoïdes en passe d’être interdits.

(...)

Références :

EFSA (European Food Safety Authority), 2014. Conclusion on the peer review of the pesticide risk assessment of the active substance sulfoxaflor. EFSA Journal 2014;12(5):3692, 170 pp. doi:10.2903/j.efsa.2014.3692
Data gaps were identified in the Section on ecotoxicology. With the available assessments a high risk to bees was not excluded for field uses. A high long-term risk was indicated for the small herbivorous mammal scenario for field uses in vegetables and in cotton.

Décision de la cour d’appel américaine : http://earthjustice.org/sites/default/files/files/sulfoxaflor-opinion.pdf

Fiche technique du sulfoxaflor : http://www.mda.state.mn.us/chemicals/pesticides/regs/~/media/Files/chemicals/reviews/nair-sulfoxaflor.pdf

http://www.pollinis.org/shame-europe/


 

BASE 14 995X225*"Cette décision est inacceptable et incompréhensible" : seulement pour ceux qui ne comprennent pas comment fonctionne l'Union européenne, et notamment les manoeuvres des puissants lobbies, faute de pouvoir se mettre d'accord entre états ayant des intérêts nationaux et des agendas divergents. Alors bien sûr, on peut signer des pétitions, interpeler des élus, organiser des manifestations, tout cela n'est pas inutile, mais il faudra bien un jour aller plus au fond des choses: interroger la validité même d'une construction européenne qui fait la preuve année après année, de son incapacité à protéger les populations, tant en matière économique qu'environnementale. Nicolas Hulot mange déjà son chapeau, comme tant d'autres avant lui...

P.G.

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jeudi 19 octobre 2017

L’Europe choquée après l’assassinat d’une journaliste à Malte

MALTE (paradis fiscal de l'Union européenne)

ACT MAFIA DELPHINEL’assassinat de Daphne Caruana Galizia, la journaliste d’investigation maltaise notamment à l’origine d’accusations de corruption qui avaient provoqué des élections anticipées en juin, provoque une vague d’indignation en Europe.

Daphne Caruana Galizia était la journaliste la plus engagée dans la lutte contre la corruption à Malte. Elle avait été impliquée dans les révélations des Panama papers. Son blog, Running Commentary, était considéré par de nombreux journalistes comme la meilleure source d’information sur son pays.

Elle a été assassinée juste après avoir posté un dernier article sur son blog, dans lequel elle estimait la situation « désespérée » et reformulait des accusations contre des personnalités importantes du gouvernement, lorsque sa voiture a explosé. La force de l’explosion a projeté hors de la route son véhicule, qui a fini réduit en miettes dans un champ.

Dans la soirée, des milliers de personnes se sont spontanément rassemblées à Sliema, près de La Valette, lors d’une veillée, bougies à la main, pour rendre hommage à la journaliste.

« Tout le monde sait que j’ai été vivement critiqué par Mme Caruana Galizia, à la fois politiquement et personnellement », a rappelé le Premier ministre maltais, Joseph Muscat (centre gauche), lors d’un point de presse durant lequel il a dénoncé un acte « barbare » et ordonné aux forces de l’ordre de concentrer toutes leurs ressources pour que son ou ses auteurs soient traduits en justice.

« Ce qui s’est passé aujourd’hui est inacceptable à de nombreux niveaux. Aujourd’hui est une journée noire pour notre démocratie et notre liberté d’expression », a-t-il déclaré. « Je n’aurai de cesse que justice soit faite. »

Selon Malta Television, la journaliste aurait averti la police qu’elle était visée par des menaces de mort il y a deux semaines, sans donner davantage de précisions.

Début juin, Joseph Muscat avait remporté une large victoire lors d’élections législatives anticipées convoquées à la suite d’une série de scandales impliquant plusieurs de ses proches. La journaliste avait joué un rôle central dans cette affaire.

Michelle Muscat, l’épouse du Premier ministre, a ainsi été accusée d’avoir ouvert un compte au Panama pour y abriter, entre autres, des pots-de-vin versés par l’Azerbaïdjan en échange de l’autorisation donnée à une banque azérie de travailler à Malte. Le chef de cabinet du Premier ministre et son ministre à l’Énergie avaient aussi été accusés de détenir des sociétés-écrans non déclarées au Panama. Ils ont tous deux été défendus par Joseph Muscat.

« Le plus gros mensonge de l’histoire politique maltaise », avait alors réagi Joseph Muscat, tout en promettant de démissionner si les faits étaient avérés à la suite d’une enquête qu’il a lui-même réclamée.

D’autres États européens soupçonnent en outre les services financiers maltais de  faciliter l’évitement fiscal. Les autorités allemandes enquêtent actuellement sur quelque 2 000 firmes maltaises ayant des liens avec des entreprises allemandes.

La sphère politique européenne n’a pas tardé à réagir à l’assassinat de Daphne Caruana Galizia. Le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, s’est ainsi déclaré « choqué et scandalisé » : « si les journalistes sont réduits au silence, notre liberté est perdue », a-t-il tweeté.

Le commissaire européen maltais Karmenu Vella (pêche et environnement) a pour sa part dénoncé « une attaque contre notre démocratie ».

Les drapeaux devant la Commission sont en berne en mémoire de la journaliste.

Joseph Daul, qui dirige le Parti populaire européen (PPE) a salué « une des meilleures journalistes d’investigation» et a encensé son travail sur les Panama papers, qui ont fait du monde « un endroit plus transparent et plus juste ».

Même choc du côté du groupe GUE/NGL. L’eurodéputé allemand Fabio De Masi (Die Linke) s’est souvenu du travail de Daphne Caruana Galizia dans le cadre de la commission PANA sur le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et l’évitement fiscal.

Sven Giegold, du groupe Verts/ALE, également membre de la commission PANA, a estimé que la journaliste « avait joué un rôle d’une importance cruciale avec ses dénonciations sérieuses sur le blanchiment d’argent et la corruption à Malte, qui ciblaient notamment des personnalités importantes du gouvernement ».

« Il est trop tôt pour savoir la cause de l’explosion, mais nous nous attendons à une enquête minutieuse, a-t-il ajouté.

http://www.euractiv.fr/section/medias/news/murder-of-maltas-top-investigative-journalist-provokes-shock-and-outrage/


La belle hypocrisie que voilà! Le premier ministre maltais et la "sphère politique européenne" se disent indignés et choqués. Les larbins de l'oligarchie versent des larmes de crocodiles (et parmi eux, sans doute, les commanditaires de cet assassinat) dans l'indifférence générale, comme d'habitude. D'autres sont sincèrement peinés, sans réaliser sans doute que leur soutien à un édifice conçu pour une oligarchie impitoyable peut avoir ce type de conséquences: on ne s'attaque pas impunément à un paradis fiscal et à des politiciens corrompus.

Elle s'appelait Daphne Caruana Galizia, et on ne l'oubliera pas.

BASE 14 995X225P.G.

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Elections en Autriche : encore des soucis pour Bruxelles

Pour Pierre Lévy, du magazine Ruptures, la victoire de la droite conservatrice et le score important du FPO aux élections législatives du 15 octobre, bien qu’attendus, n’en ont pas moins constitué une douche froide pour les dirigeants européens.

ARG AUTRICHE RUPTURESLes électeurs autrichiens étaient appelés aux urnes le 15 octobre pour des élections législatives anticipées. 70% des 6,4 millions d’inscrits s’y sont rendus, soit une participation en hausse de 2,4 points par rapport à 2013.

La forte progression du Parti populaire (ÖVP, droite conservatrice) et celle du FPÖ (généralement classé à l’extrême-droite) étaient attendues. Elles n’en ont pas moins constitué une douche froide pour les dirigeants européens qui, il y a quelques mois encore, fêtaient la victoire de l’ex-écologiste Alexander Van der Bellen (53,8%) sur son concurrent du FPÖ, Norbert Hofer (46,2%) lors du second tour de la présidentielle de décembre 2016. Tant à Bruxelles qu’à Paris et à Berlin, on avait alors fort imprudemment salué ce signal censé annoncer partout un retour de flamme populaire en faveur de l’UE et une baisse de l’«euroscepticisme»

Eurosceptique, le FPÖ l’est en réalité de manière très relative. Il ne demande pas la sortie de l’UE, ni même désormais un référendum sur l’euro, comme c’était encore le cas il y a deux ans. En revanche, il a imposé son hostilité à l’immigration, en réalité à l’«islamisation», thème qui a dominé toute la campagne. En obtenant 27,1% des suffrages, il progresse de 5,9 points par rapport à 2013, ce qui le laisse cependant en troisième position.

Son leader, Heinz-Christian Strache, triomphait au sortir du dépouillement, affirmant que ses idées avaient recueilli les faveurs de 60% des électeurs. Un chiffre obtenu en additionnant ses propres suffrages à ceux obtenus par l’ÖVP, tant la campagne menée par le jeune chef de ce parti a également été centrée sur l’immigration.

Avec 31,5% des voix (+7,6 points), Sebastian Kurz a en tout cas réussi le pari de sortir de l’ornière la vieille formation conservatrice, qui menaçait d’être engluée dans une «grande coalition» avec les sociaux-démocrates au pouvoir depuis dix ans (une configuration récurrente depuis la fin de la seconde guerre mondiale).

Monsieur Kurz, qui avait été nommé à 24 ans secrétaire d’Etat à l’intégration avant d’être promu ministre des Affaires étrangères à 27 ans, en 2013, a créé la surprise en prenant la tête de son parti en mai dernier. Il a alors choisi de rompre l’accord de coalition avec le SPÖ, ce qui a provoqué ces élections anticipées.

Si sa jeunesse et sa carrière fulgurante ont été largement commentées, c’est bien son orientation politique qui préoccupe les chancelleries européennes. Certes, officiellement, son parti est toujours membre du très européiste Parti populaire européen, où siègent notamment la CDU allemande et Les Républicains français.

Mais sur nombre de questions, il se rapprocherait volontiers des positions du «groupe de Visegrad» (Pologne, République tchéque, Slovaquie et Hongrie), soit exactement à l’opposé des velléités intégrationnistes affichées par Emmanuel Macron. Il n’a pas caché sa sympathie pour le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, bête noire de Bruxelles.

Quant au Parti social-démocrate (SPÖ), auquel appartient le chancelier sortant, Christian Kern, il limite les dégâts en rassemblant 26,8% des suffrages, soit un très léger recul de 0,3 point. Or il pouvait non seulement craindre de souffrir du discrédit d’une «grande coalition» arrivée à bout de souffle, mais aussi des scandales qui ont jalonné la campagne, où l’un de ses proches conseillers a été accusé de manœuvres sordides de diffamation contre ses adversaires.

Par ailleurs, le SPÖ lui-même a durci sa tonalité en matière migratoire. Il est vrai que, lors de la vague de 2015, ce pays de 8,7 millions d’habitants avait vu arriver 130 000 demandeurs d’asile – la deuxième plus forte proportion après la Suède.

Les Verts ont été la seule formation vantant l’accueil. Ils dégringolent de 11,6% en 2013 à 3,4% cette fois-ci, et sont ainsi éliminés du parlement. Il est vrai qu’ils ont subi la concurrence de listes dissidentes (4,1%). Enfin le parti Neos, «centriste» et ultralibéral, passe de 4,8% à 5%. 

Quelle nouvelle coalition ?

Les discussions commencent donc en vue de la formation d’une nouvelle coalition gouvernementale. Arrivé en tête, monsieur Kurz va entamer des pourparlers avec d’une part le FPÖ, d’autre part le SPÖ. L’éventualité de la reconduction d’une grande coalition étant fort peu probable, c’est la première hypothèse qui semble tenir la corde.

Sur le plan programmatique, aucune incompatibilité ne devrait se faire jour. Il est en revanche probable que des pressions européennes s’exerceront discrètement pour faire échouer cette tentative.

Cependant, la situation n’est plus du tout celle qui avait prévalu en 2000, lorsqu’une première alliance droite/extrême droite avait été conclue. L’UE (à quinze) avait alors mis l’Autriche en quarantaine, avant de constater que cette sanction contre un pays membre avait scandalisé nombre d’électeurs, pas seulement du FPÖ, et avait finalement renforcé celui-ci.

Les obstacles à une majorité ÖVP-FPÖ se situeraient plutôt du côté du FPÖ lui-même. Ce dernier peut être tenté de faire monter les enchères en exigeant nombre de postes ministériels important. Car il est dans une position clé : sans lui, l’ÖVP ne peut que renouveler la grande coalition sortante, ce qui serait interprété comme une trahison par beaucoup de ses électeurs ; ou bien former un gouvernement minoritaire, une hypothèse totalement contraire aux habitudes autrichiennes.

Si les pourparlers devaient s’enliser, il resterait alors une ultime hypothèse : une alliance entre le FPÖ et… le SPÖ. Elle serait décrite comme contre-nature par beaucoup de commentateurs européens, mais n’est pas impensable : les deux partis sont déjà associés au gouvernement régional du Burgenland, ainsi qu’au Conseil de la ville de Linz (capitale de la Haute-Autriche). Et, du point de vue des élus des deux formations, cela ne se passe pas si mal.

Du reste, des personnalités social-démocrates avaient plaidé pour ne pas exclure une telle configuration, notamment le président de la centrale syndicale unique, l’ÖGB.

Cet apparent paradoxe traduit peut-être le malaise qui règne dans le pays, qui s’est cristallisé sur la question migratoire, mais dont les véritables racines sont plus profondes. L’Autriche affiche certes des statistiques économiques plus flatteuses que la moyenne européenne (chômage officiel à 5,6%, croissance prévue à 2,8% en 2017), mais les inégalités sont montées en flèche depuis 2000. Désormais, 1% de la population possède 40% du PIB.

Ce débat a réussi à surgir pendant la campagne lorsque les sociaux-démocrates, pourtant au pouvoir depuis 2007, ont pensé qu’ils pouvaient en faire un thème électoral. Reste à savoir ce qu’il va devenir une fois l’échéance électorale passée.

Source : www.ruptures-presse.fr

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mercredi 18 octobre 2017

Airbus joue sa survie, la France et l’Allemagne à sa rescousse

Emmanuel Macron et Angela Merkel sont unis pour sauver le constructeur aéronautique, en danger de mort. Cela pourrait passer par la nomination d’une nouvelle direction. Un article de notre partenaire La Tribune. [EURACTIV].

ACT AIRBUSLe dossier est explosif, très explosif. Trop peut-être. Il est fort probable qu’il fasse pschitt malgré tout. Selon les informations que La Tribune a recueillies durant son enquête, tout le monde se tient chez Airbus entre les nouveaux « parias » du groupe et les nettoyeurs mais aussi au niveau des États. Car ce dossier ne concerne pas n’importe quelle société  en Europe : Airbus est l’une des entreprises industrielles les plus emblématiques du Vieux Continent, sinon la plus emblématique. Airbus est même la fierté de la France et de l’Allemagne, le symbole de leur coopération.

Mais aujourd’hui Airbus est en danger de mort, des enquêtes sont ouvertes en Grande-Bretagne et en France sur des éventuels faits de corruption. Les États-Unis sont quant à eux en embuscade. Sa survie va donc dépendre de l’équilibre des forces entre d’un côté l’Allemagne et la France, et de l’autre les États-Unis. Il y aura bien sûr des concessions de part et d’autre de l’Atlantique et certainement des habillages de communication habiles pour faire croire à la sévérité des sanctions. Au sein du groupe, personne n’a également intérêt à aller au bout de l’histoire car chacun sait où est son intérêt (financier) à éviter de déclencher le premier les hostilités même si un grain de sable peut toujours se glisser. Explications sur un dossier où la morale est bannie…

Le bal des hypocrites chez Airbus

Chez Airbus, il y a donc d’un côté les « parias » du groupe, très clairement tous issus du feu service SMO (Strategy Marketing Organization), anciennement dirigé par Marwan Lahoud et, avant lui, par Jean-Paul Gut. Une équipe qui dispose d’un réseau et d’une influence incroyables à travers le monde et qui est capable de vendre de la glace à des Esquimaux. À tel point que des passerelles très fortes existent entre les grands commerciaux de SMO (160 personnes environ) et les services secrets français, assure-t-on à La Tribune. Les commerciaux rendent compte de leurs affaires et des négociations dans des pays dits compliqués aux seconds, qui en retour, les aident ponctuellement. Des échanges en quelque sorte de bon procédé. Ce système fait partie tout simplement de l’influence française dans les coulisses du monde.

SMO a donc fait gagner des milliards d’euros de commandes au groupe et des millions de primes, indexées sur les contrats signés, aux dirigeants d’Airbus. C’était le bon temps où chacun croquait sa part avec gourmandise et insouciance. Trop. Car des centaines de millions de commissions aux intermédiaires ont été validées pendant des années par la direction financière d’Airbus, voire par les plus hauts dirigeants du groupe quand le montant des contrats grimpait à des sommets himalayens, explique-t-on à La Tribune.

Bien sûr, les chèques destinés aux intermédiaires ont également été signés par la direction financière du groupe, précise-t-on. Y compris ceux qui portaient des « valises de billet » pour arroser les milieux politiques ou autres pour obtenir des commandes dans certains pays sensibles. Une pratique courante et nécessaire pour la plupart des groupes qui commercent dans ces pays. Pas question donc de les déclarer à l’UK Export Finance (UKEF) ou même à la Coface, qui exigent les noms des intermédiaires et le montant des commissions pour accorder un financement à l’export. Mais ce temps est désormais révolu depuis les enquêtes lancées en 2016 par le Serious Fraud Office (SFO), l’agence britannique anti-fraude, puis le Parquet national français (PNF).

Aussi tous ceux qui ont fait gagner des milliards au groupe et des millions à leurs dirigeants et/ou ont servi Marwan Lahoud sont devenus des parias dans le groupe. De tolérés par Tom Enders, qui ne les a jamais vraiment trop appréciés mais en avait besoin (voir l’enquête de Mediapart), ils ont été bannis du jour au lendemain à la suite des audits internes confiés à partir de 2014 à des cabinets d’avocats américains. Leurs investigations se concentreraient sur la période 2011-2017. « Il y a eu des errements, des dysfonctionnements. C’est grave », nous confie une source en interne. Résultat, la plupart des dirigeants de SMO ont quitté un à un le groupe, nantis de gros chèques assortis de clauses de confidentialités très strictes. Des départs que la direction justifie pour la majorité d’entre eux par l’opération d’intégration du groupe lancée en septembre 2016 par Tom Enders. Ils n’avaient plus leur place dans la nouvelle organisation… Ce qui fait sourire les connaisseurs du dossier. Ainsi, après Anne Tauby, directrice du Marketing et de la Globalisation du groupe, c’est au tour du directeur de la région Asie-Pacifique Pierre Jaffre d’être le prochain sur la liste de Tom Enders et de son directeur juridique d’Airbus John Harrison, appelé en renfort en 2015 par le PDG d’Airbus pour faire le nettoyage.

Et surtout, les bannis, rompus aux méthodes du business mondial, n’ont évidemment pas oublié d’emporter avec eux dans leurs cartons des documents compromettants pour la direction pour se protéger. Bien sûr, ils n’ont aucune raison de les faire sortir tant que… l’équilibre de la terreur n’est pas rompu. Jusqu’ici ce qui est sorti dans la presse ne représente qu’une infime partie de l’iceberg même si « 99% des contrats ont été faits dans les règles », rappelle un ancien de la maison. Mais les petites mains du SMO à l’image de certains juristes, qui n’ont pas été aussi bien traitées par la direction que certains responsables, tiendront-elles leur langue si leur vie professionnelle est à jamais brisée ? À voir…

Les dirigeants d’Airbus, dont Tom Enders, qui s’est soumis selon nos informations, aux enquêtes internes du groupe en confiant son téléphone et ordinateur professionnels aux enquêteurs, plaident quant à eux l’ignorance sur des faits éventuels de corruption. « Il y a deux niveaux de responsabilité : ceux qui ont eu de mauvais comportements et ceux qui ont des responsabilités managériales dans le groupe », fait-on valoir en interne. Très clairement, la direction la joue en reprenant la formule tristement célèbre : « responsable mais pas coupable ». Une ligne de conduite fragile si des documents compromettants venaient finalement à sortir… En outre, le SFO demande à Airbus des coupables, qui ne sont pas protégés des poursuites pénales par l’accord passé entre le groupe et l’agence britannique. Qui va payer pour tout le monde? Certains des bannis sont prêts à rendre coup pour coup.

Que vont faire les États-Unis?

Les États-Unis vont-ils s’inviter dans ce dossier? C’est la question qui trotte dans toutes les têtes des acteurs de cette affaire d’État(s). Mais ils y sont déjà comme le révèle Le Monde. En revanche, ce qu’ont pu faire impunément les États-Unis avec Alstom, il n’est pas sûr qu’ils puissent infliger le même châtiment à Airbus sans coup férir. Pour sauver le constructeur européen, joyau industriel européen, « la France est prête à rendre coup pour coup si les États-Unis recommencent à faire du terrorisme économique » avec ce  dossier, assure-t-on à la Tribune.

Les États-Unis vont donc devoir analyser les conséquences d’une attaque contre Airbus et en jauger les avantages et les inconvénients. Car après Alstom, Technip, Total, BNP ou encore Crédit Agricole qui ont courbé l’échine face aux États-Unis, Airbus serait la goutte d’eau qui ferait déborder le vase. Trop, c’est trop. Clairement, le dossier Airbus peut basculer dans une guérilla potentiellement mortifère des deux côtés de l’Atlantique dans le cadre de la guerre économique que se livrent les États-Unis et l’Europe. D’autant que le comportement du département de la justice américain (DoJ) est de plus en plus considéré en Europe comme un comportement de « voyou », fait-on valoir en France.

Pour les États-Unis, la question est de savoir si le jeu en vaut vraiment la chandelle. La France a fait passer le message, calqué sur celui de la dissuasion nucléaire : vous attaquez, nous ripostons. Car la France a un nouvel outil, la loi Sapin 2, qui permet cette riposte. Des dossiers seraient déjà constitués. Enfin, si Airbus disparaît, les États-Unis pourraient se retrouver en duopole avec les Chinois. Le veulent-ils vraiment? À suivre.

Macron et Merkel, unis pour sauver Airbus

En France, le dossier est personnellement pris en main par Emmanuel Macron après avoir longtemps été sous-estimé par François Hollande. Le président et son plus proche entourage ont pris conscience de l’extrême gravité de la situation et seraient prêts à en découdre. « C’est l’un des dossiers les plus sensibles et les plus secrets » du moment explique-t-on à La Tribune. C’est également un dossier régulièrement évoqué dans les échanges fréquents entre Emmanuel Macron et Angela Merkel, qui a des relations extrêmement froides avec Tom Enders. « C’est leur sujet prioritaire. Les deux États sont déjà intervenus sur le thème : ‘il faut mettre fin à ce bordel qui menace la pérennité du plus gros acteur industriel en Europe’ », décrypte-t-on.

Chez Airbus, qui s’est dénoncé auprès du SFO pour fuir la justice américaine, on assure que le sérieux de l’enquête de l’agence britannique permettra de maintenir les États-Unis en dehors du dossier. Faut-il rappeler que le gouvernement Blair avait enterré en 2006 une enquête du SFO sur le très sulfureux contrat Al-Yamamah avec l’Arabie Saoudite. Il avait invoqué la « relation stratégique essentielle » entre les deux pays et expliqué que l’enquête pourrait nuire à la sécurité nationale. Peu de temps après, Londres signait un très important contrat militaire avec Riyad. Comme quoi la raison d’État et l’hypocrisie font bon ménage…

Pour autant, chacun a bien conscience qu’il faudra sortir de ces affaires par le haut… avec forcément des compromis à la clé. Selon une source proche du dossier au sein de l’État, une réflexion serait engagée sur une opération « main propre » à la tête d’Airbus, qui impliquerait le départ de tout le comité directeur du groupe, Français compris. Problème, qui pour les remplacer? La question n’est pas encore, semble-t-il, résolue. Mais le moment de vérité approche. Alors, pschitt ou bang bang ?

http://www.euractiv.fr/section/economie/news/airbus-joue-sa-survie-la-france-et-lallemagne-a-sa-rescousse/

Posté par UPR Creuse à 07:34 - - Permalien [#]
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