jeudi 16 novembre 2017

Les rêves contrariés du Kurdistan, par Lawrence Davidson

Il y a presque un siècle, les puissances européennes promettaient aux Kurdes un état, mais sont vite revenues sur leur promesse, laissant les nationalistes Kurdes enrager pour des générations, et conduisant l’Irak à la capture militaire récente de Kirkuk, comme le rapporte Lawrence Davidson.

C’était en 1916, au milieu de la Première Guerre mondiale que l’Angleterre et la France ( opposés à l’Allemagne, à l’Autriche et aux Turcs Ottomans) ont signé leur infâme accord Sykes-Picot. Dans le grand style impérial, ils ont utilisé cet accord pour se partager le Moyen-Orient.

HIST MOYEN ORIENT KURDISTAN

C’était une décision osée, considérant que la guerre se trouvait dans une impasse et que les deux alliés ne savaient pas s’ils gagneraient le combat. Néanmoins, ils s’engagèrent dans cet accord et ce faisant, ils ont pris un nombre de décisions qui continuent encore à configurer la région aujourd’hui.

En plus d’apporter l’impérialisme traditionnel européen plus tard dans le vingtième siècle, ce qui rend tristement célèbre les accords Sykes-Picot est le fait qu’il brise une promesse faite précédemment aux Arabes. En 1916, les Arabes ont gagné des batailles contre les Turcs. En reconnaissance, les Anglais leur ont promis de soutenir la création d’un grand état arabe.

Mais cette promesse s’est toujours heurtée aux ambitions impérialistes de l’Angleterre et de la France, et donc, pour finir, ils ont conspiré secrètement pour trahir leurs alliés non-occidentaux. Parmi les conséquences finales de cette trahison, l’État Arabe s’est limité à ce qu’il est aujourd’hui, l’Arabie saoudite. La Palestine, (qui était originellement une partie de l’état arabe) deviendra « la patrie des Juifs » ; la Syrie revint aux Français, et la plus grande partie de la région a été donnée aux Britanniques.

Les accords Sykes-Picot ont permis un changement ultérieur. Ils ont rendu possible un Etat pour les Kurdes — un peuple constitué des quatre plus grandes ethnies du Moyen-Orient. Cet état connu sous le nom de Kurdistan, aurait du être taillé dans les territoires de l’Empire Ottoman finalement vaincu. Cette intention fut confirmée publiquement dans le Traité de Sèvres en 1920.

Les leaders Kurdes, qui entre temps ont réalisé que les puissances occidentales trahissaient les Arabes, n’auraient donc pas dû être surpris quand, malgré le traité, les Britanniques et les Français les ont aussi trahis. Le traité de Lucerne en 1923 a amendé le traité de Sèvres et, bien sûr, l’état du Kurdistan a été oublié. Les terres qui auraient dû composer la nation kurde, sont, au lieu de cela, devenues parties de la Turquie, de la Syrie et de l’Irak. Par conséquent, les Kurdes restèrent sans État. Cependant, ils n’ont jamais abandonné l’idée d’avoir une nation, comme but.

Maintenant, nous pouvons avancer jusqu’au 19 mars 2003, date à laquelle le Président George W. Bush a décidé d’envahir l’Irak. Bush avait un étalage de pauvres excuses pour le faire : les armes nucléaires de Saddam Hussein inexistantes, et autres armes de destruction massive, le soit-disant complot de Saddam visant à assassiner le père de Bush, le rêve (en fait le cauchemar) de « changement de régime » nécessaire comme moyen de rendre le Moyen-Orient plus sûr pour les États-Unis et Israël, ou peut-être juste l’offensive belliciste des néoconservateurs. Quelque soit la profondeur de l’ignorance du Président et où cela l’a amené, l’invasion a libéré des forces que Bush et ses successeurs à la Maison-Blanche ont été incapables de contrôler. Parmi lesquelles sont les conséquences qui ont suivi l’écroulement de l’Irak.

Le problème Kurde refait surface

Comme la destruction de l’Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale, la destruction de l’Irak qui a résulté de l’invasion américaine de 2003 a ouvert une boîte de Pandore de changements territoriaux potentiels. La création possible de l’Etat du Kurdistan n’était pas la moindre de ces choses.

Une carte montrant comment le « territoire » kurde déborde dans plusieurs nations du Moyen-Orient.

Comme les Arabes durant la Première Guerre mondiale, les Kurdes devinrent un allié combatif de l’Occident à la suite de l’invasion de l’Irak et de la guerre civile syrienne qui s’ensuivit. Le chaos de la région a permis l’émergence de « l’État islamique d’Irak et du Levant » (alias EI, ISIL et Daesh). L’EI s’est avéré être une manifestation sinistre et brutale du fanatisme religieux devenu incontrôlable. Sa montée menaçait à peu près tous les États de la région, ainsi que les citoyens de l’Union européenne et des États-Unis.

Si la stabilité devait finalement prévaloir, l’EI devait être vaincu avec les Kurdes jouant et continuant de jouer un rôle notable dans ce combat. Il y a peu de doute que l’un de leurs objectifs soit de créer des conditions favorables pour un État kurde.

Pour toutes ces puissances régionales (Turquie, Iran, Syrie, Irak) qui cherchent à rétablir le statu quo précédent, la perspective d’un état Kurde indépendant est un anathème. Chaque État a des minorités kurdes et craint qu’un Kurdistan indépendant, même si celui-ci est découpé dans le territoire d’un autre État, conduise à exacerber les insurrections kurdes dans leur propre pays. La possibilité qu’un tel État puisse à la place provoquer une diminution de l’animosité des Kurdes par l’immigration volontaire ne semble pas être évidente aux dirigeants de l’Iran, de la Turquie et de la Syrie.

Comme Jonathan Cook l’a récemment clarifié, la question de l’indépendance kurde a été compliquée par l’influence d’Israël sur le sujet. Les Israéliens sont depuis longtemps attachés à un Kurdistan indépendant, non pas parce que, comme certains de leurs politiciens le prétendent hypocritement, les Kurdes ont un « droit moral » à un État (les Palestiniens aussi). Au contraire, les Israéliens ont une politique non déclarée mais officielle visant à « balkaniser » les États arabes. Ils ont encouragé « la discorde sectaire et ethnique » afin de déstabiliser leurs voisins. En d’autres termes, le soutien israélien aux Kurdes est un effort pour affaiblir principalement l’Irak, et accessoirement, la Syrie et l’Iran (la Turquie n’étant qu’un « dommage collatéral » dans ce processus).

La meilleure option

On peut difficilement reprocher aux Kurdes d’accepter de l’aide là où ils peuvent en obtenir – en l’occurrence d’Israël – dans une lutte pour l’indépendance qui dure depuis des siècles. Néanmoins, on peut également comprendre que l’ingérence israélienne effraie sérieusement les autres États touchés.

Le président George W. Bush en combinaison de vol après avoir atterri sur l’USS Abraham Lincoln pour donner son discours « mission accomplie » sur la guerre en Irak le 1er mai 2003

Laissant de côté la question israélienne pour un moment, la question qui devrait guider la politique est la suivante : l’Irak peut-il être rétabli en tant qu’État viable? Posant la question de manière plus informelle, en 2003, un président américain plutôt stupide – travaillant sous l’influence de sionistes, de néo-conservateurs idiots et des nationalistes irakiens apportant de faux témoignages – a fait tomber le crâne d’œuf irakien de son mur précaire. Est-ce que l’Irak peut être restauré à nouveau ? La réponse est, eh bien, peut-être – mais il semble y avoir seulement deux façons de le faire. L’une est une guerre quasi-génocidaire menée par les puissances régionales contre les Kurdes. Alternativement, l’Irak pourrait être ressuscité si les Kurdes sont disposés à se contenter d’une demi-mesure sous la forme d’une partie autonome d’un état confédéré.

En ce moment, le futur est incertain. On a l’impression que les Turcs et les Irakiens (dont les forces ont attaqué la ville kurde de Kirkouk le 16 octobre) sont tout disposés à tenter de résoudre le problème par une guerre prolongée. Ce serait une grosse erreur. Cela conduirait à un Irak qui pourrait être techniquement réuni mais en vérité serait encore plus faible qu’il ne l’est actuellement, et pas vraiment indépendant du tout.

Sa région nord serait probablement sous le contrôle de facto de la Turquie et de l’Iran, et le reste du pays continuerait d’être dans un gâchis décentralisé expérimentant une guerre civile sectaire sans fin. D’un autre côté, un règlement pacifique de la question kurde pourrait conduire à la stabilisation du reste de l’Irak en tant qu’État confédéré. En outre, dans le cadre d’un Irak confédéré, l’autonomie du Kurdistan peut empêcher une politique étrangère indépendante, minimisant ainsi l’influence israélienne.

En dépit du vote récent des Kurdes pour l’indépendance, leurs chefs doivent savoir que cela ne peut être réalisé que s’ils peuvent gagner une guerre prolongée contre la Turquie, l’Iran et l’Irak. Israël n’est pas en position géographique pour les aider efficacement. Donc les Kurdes ne peuvent probablement pas supporter un tel combat. Cela les laisse avec seulement un choix rationnel.

Les Kurdes sont maintenant plus proches d’un statut d’indépendance qu’ils ne l’ont jamais été depuis les jours ratés de la Première Guerre mondiale. Leur meilleure stratégie est de tirer le meilleur parti (sinon le plus grand) de ce statut au sein d’un Irak confédéré et de mettre fin à leur interaction avec Israël. Cela doit être mieux qu’une guerre quasi-génocidaire dont ils seraient les victimes. Cependant – et c’est la question habituelle dans de telles situations – les émotions de tous les côtés vont-elles permettre à la raison de s’imposer ?

Lawrence Davidson est professeur d’histoire à l’Université West Chester en Pennsylvanie.

Source : Lawrence Davidson, Consortium News, 17-10-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Corm: « Seuls les naïfs pensent qu’il s’agit d’un conflit entre sunnites et chiites »

Les événements au Proche-Orient s’accélèrent comme jamais. Saad Hariri, le premier ministre du Liban, vient d’annoncer sa démission de façon insolite, depuis l’Arabie saoudite où se déroule une « révolution de palais ». En Syrie, d’importantes victoires ont été remportées par l’armée et annoncent la fin d’un conflit meurtrier. Quelle sera l’issue de cette crise politique? Pour approfondir ces questions, nous avons interrogé l’historien et ex-ministre des finances libanais Georges Corm, auteur du livre Le Liban contemporain.

ARG LIBAN ARABIE IRAN CORM

Propos recueillis par ALEX ANFRUNS | 13 Nov 2017

 Il y a un an, les élections présidentielles permettaient au Liban de sortir d’une longue période d’instabilité institutionnelle. Comment expliquer ce coup de théâtre ?

Le contexte libanais était effectivement très stable. Le gouvernement constitué par Saad Hariri en décembre comprenait tous les grands partis politiques, à l’exception du parti phalangiste qui s’est érigé en parti d’opposition. Il incluait donc aussi le Hezbollah et les choses semblaient bien se passer : loi électorale et budget adoptés, en particulier. Le ton de Saad Hariri restait très modéré pour ce qui concerne la politique iranienne et celle du Hezbollah, partie à son gouvernement.

Son rappel en Arabie saoudite trois jours après une visite qu’il y avait fait effectuée et son départ précipité sans que personne de son entourage ou des ministres libanais ne l’accompagne montre qu’il s’est agi d’une démission forcée faite en Arabie saoudite, comme tout le prouve, dans un contexte du coup d’État qui se déroule dans ce pays.

Cette démission s’est produite en Arabie Saoudite, où une crise inédite vient d’avoir lieu, avec la mise à l’écart d’une partie du gouvernement.

Le prince héritier, encouragé par le président américain, est en train de changer le régime de cette royauté vermoulue. Il liquide de très nombreux membres de la famille royale, intimide les grands hommes d’affaires du pays et change en fait le régime politique en devenant le dictateur unique du royaume, alors que la règle principale de la famille royale jusqu’ici était une direction de type collégial et un consensus entre les aînés des différentes branches de la famille.

Les changements qui se déroulent visent aussi à mener une « dé-wahhabisation » et une dé-radicalisation religieuse du royaume ; ainsi la permission accordée aux femmes de conduire une voiture, le rétablissement des loisirs en public, notamment, mais aussi l’abolition des consultations avec les cheikhs de l’establishment religieux.

Que révèle selon vous le fait que Hariri ait démissionné depuis un pays étranger et y soit resté à ce jour ?

Il ne fait plus aucun doute que le premier ministre est en résidence forcée en Arabie saoudite. La prestation télévisée faite hier soir avec une journaliste libanaise travaillant à la station de télévision de son parti a confirmé aux téléspectateurs avertis son statut de séquestré (phrases mécaniques et répétitives, visage émacié et plein de tristesse, son besoin de verres d’eau toutes les quelques minutes).

Peut-on établir un lien entre ce qui s’est passé et le dénouement de la guerre en Syrie qui se profile à l’horizon ?

Oui, cela n’est pas à exclure, la situation en Syrie ayant nettement tourné au profit du gouvernement légal de la Syrie. Il peut s’agir d’une forme de représailles de la part de l’Arabie saoudite qui a été avec le Qatar le principal financeur des mouvements terroristes en Syrie.

Il faut aussi rappeler le boycott de l’émirat du Qatar par l’Arabie saoudite et les membres du Conseil de coopération du Golfe, qui ne fait aucun sens, sinon celui de se défausser sur le petit émirat de l’échec de la politique en Syrie.

Quelles ont été les premières réactions des différentes forces politiques qui composaient le gouvernement Hariri ?

En dehors de quelques voix extrémistes issues du Courant du futur, parti de M. Hariri, la grande majorité des partis politiques libanais, y compris celui de M. Hariri, réclament avec force le retour du premier ministre.

L’un des ténors du Courant du futur, le ministre de l’intérieur, a fait des déclarations très fortes disant à l’Arabie saoudite qu’au Liban les choses ne se passaient pas comme en Arabie saoudite et que les Libanais ne sont pas un troupeau de moutons.

Quel effet pourrait avoir lieu dans la société libanaise l’appel au retour par l’Arabie de ses ressortissants ?

Aucun, car depuis 2011 ou 2012, ils ont été rappelés et il a été demandé aux Saoudiens de ne plus se rendre au Liban. Cela n’a dû concerner que quelques centaines d’individus. Plus grave pour le Liban serait l’expulsion des 250 000 ressortissants libanais travaillant en Arabie saoudite.

Mais une telle mesure causerait de graves dommages à l’économie saoudienne car la communauté libanaise dans ce pays y joue un grand rôle économique ; il ne s’agit pas de travailleurs pauvres, mais d’hommes d’affaires et de techniciens et cadres de haut niveau. Leur départ contribuerait à paralyser encore plus l’économie saoudienne, mise à mal par la chute des prix du pétrole et les événements intérieurs actuels.

Depuis notamment l’invasion de l’Irak par les USA en 2003, le Proche-Orient est le théâtre de nouvelles ingérences par des puissances étrangères et régionales, que les médias présentent souvent sous la forme de rivalités interconfessionnelles. Dans votre récent ouvrage « Pensée et politique dans le monde arabe » vous dénoncez la notion de « choc des civilisations » comme étant contraire à la réalité pluriconfessionnelle du monde arabe. Quelle influence a la grille de lecture fabriquée par les pétromonarchies dans votre pays?

En réalité la grille de lecture des pétromonarchies est la même que celle des États-Unis et des milieux de l’OTAN. Tout s’expliquerait par un conflit entre « bons » sunnites et « méchants » chiites que l’Iran manipulerait à sa guise (soit un conflit de type civilisationnel). Depuis l’arrivée de Trump à la présidence des États-Unis, la démonisation de l’Iran a pris des proportions hystériques. Le gouvernement américain estime que la source du terrorisme islamique dans le monde est l’Iran (et non point ses alliés des pétromonarchies), ce qui est évidemment contradictoire aux faits actuels sur le terrain.

La politique saoudienne, devenue elle aussi hystérique, ne fait que refléter la politique américaine actuelle. Ce sont aussi à mon avis les Etats-Unis qui exigent aujourd’hui la « dé-wahhabisation » de l’Arabie saoudite. Pour le Liban, le biais anti-chiite de l’Arabie saoudite n’est pas nouveau. Il s’était déjà exprimé en 2006 lors de l’attaque israélienne sauvage contre le Liban où le royaume avait blâmé le Hezbollah pour son aventurisme et non l’État d’Israël qui, du fait d’un incident de frontière, avait déclenché une attaque de très grande envergure contre le Liban.

Aujourd’hui, l’Arabie saoudite sous prétexte de lutter contre l’influence chiite et l’Iran détruit le Yémen avec des bombardements continus depuis 2015, un siège de ses ports, une épidémie redoutable de choléra qui en a résulté, dans un silence assourdissant de la communauté internationale. La justification de cette guerre intolérable par la nécessité de combattre l’influence d’un « triangle chiite » subversif au Moyen-Orient est une feuille de vigne idéologique pour justifier la politique saoudo-américaine dans la région. J’aime à rappeler ici que c’est l’Irak sous influence des pétromonarchies et des États-Unis qui a tenté en 1980 d’envahir l’Iran et lui a déclaré la guerre et non l’inverse.

On pourrait pour être plus proche des réalités du terrain, résumer la situation en disant que nous sommes dans l’affrontement de deux blocs géopolitiques : celui de l’OTAN d’un côté et l’axe contestataire de la suprématie américaine du monde, soit celui de la Chine, de la Russie et de l’Iran, de l’autre. La Syrie et aujourd’hui le Yémen ont été victimes de cet affrontement ; le Liban avec son premier ministre kidnappé pour son manque d’activisme anti-iranien en souffre lui aussi.

Seuls les naïfs, victimes des grands médias occidentaux et arabes sous influence occidentale, peuvent penser qu’il s’agit d’une lutte entre « sunnites » et » chiites ».

Propos recueillis par ALEX ANFRUNS | 13 Nov 2017

Source : Investig’Action

http://arretsurinfo.ch/corm-seuls-les-naifs-pensent-quil-sagit-dun-conflit-entre-sunnites-et-chiites/

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dimanche 12 novembre 2017

La bénédiction syrienne, par Michel Raimbaud

Durant ces interminables années de brouillard et d’enfer qu’a traversées la Syrie, qu’aurait été la vie sans l’espoir ? Pensons ici d’abord au peuple syrien martyrisé et exposé à un ethnocide, à son armée nationale qui aura payé un si lourd tribut à l’agression barbare lancée par le groupe de ses « amis », et aux responsables qui face à la « communauté internationale » ont dû porter à bout de bras l’Etat visé par un politicide…

ARG SYRIE VICTOIRE

On pensera aussi aux amis, défenseurs et partisans de la Syrie légale, tous ceux qui aimaient cette société plurielle, tolérante, aimable et hautement civilisée, et craignaient qu’elle ne disparaisse à jamais.

Certes, la flamme ne s’est jamais éteinte, mais il était permis aux plus optimistes de s’interroger parfois ou de douter de l’avenir face aux assauts d’une coalition islamo-israélo-occidentale abreuvée de centaines de milliards de pétrodollars et puisant ses combattants dans un vivier inépuisable de mercenaires venus de cent horizons. La Syrie tiendrait-elle, face à la meute féroce des puissances impériales – grandes, petites ou moyennes – de « l’Axe du Bien », contre la horde sauvage des djihadistes démocrates, des terroristes modérés, des révolutionnaires en peau de lapin ? Résisterait-elle aux cohortes de déserteurs, de transfuges qui se donnaient rendez-vous au sein d’une « armée libre » téléguidée par ses pires ennemis, aux ordres et à la botte des islamistes et de leurs parrains, faisant la roue pour séduire le ci-devant « ennemi sioniste »?

Comme tous les pays plongés dans des situations troubles, la Syrie a connu la fatalité des infidélités, des lâchetés, des compromissions, des corruptions petites ou grandes, mais son peuple, au sens noble du terme, a résisté vigoureusement, ses institutions sont restées debout et ses gouvernants ont tenu bon. Grâce à sa résilience étonnante, l’Etat syrien s’est fait des alliés solides qu’il a su fidéliser : la Russie et la Chine d’une part, l’Iran, le Hezbollah et ses alliés d’autre part. Une réalité qui allait interdire la répétition au « Pays de Cham » d’un scénario irakien, libyen ou yéménite.

Néanmoins, les « grandes démocraties » ne pouvaient que rester aveugles et sourdes à ces réalités dérangeantes et déplaisantes, la Syrie étant depuis la fin de la guerre froide un pays à détruire et à abattre. Les élites désormais acquises au néoconservatisme n’ont rien trouvé de mieux que de soumettre les « opinions » à un tapage médiatique sans précédent allant de pair avec une omerta sans faille et un lavage de cervelle ahurissant. En brèves de comptoir de « sciences-po » ou de « France désinfo », la doxa occidentale sur le conflit de Syrie s’est trouvée résumée dans une ou deux sentences lapidaires, symboles assez désolants de la subtilité réduite de nos dirigeants, de nos analystes et de nos penseurs, expressions de l’arrogance indécrottable des Occidentaux. « Bachar doit partir », « Pas de place pour Bachar dans l’avenir de la Syrie »…

C’est alors qu’intervient la « malédiction syrienne » qui aura sanctionné les décideurs, les faiseurs d’opinion, tous ceux qui avaient perdu une occasion de se taire. La liste est longue de ces imprécateurs qui expédiaient avec morgue Bachar Al Assad à La Haye, à Moscou, à six pieds sous terre, ou ailleurs, et qui concoctaient des plans sur la comète Syrie, en écrivant un avenir qu’ils ne verraient jamais. Combien ont répété la rengaine comme des perroquets des années durant avant d’être expédiés par les électeurs, par la providence ou par la justice immanente vers les poubelles ou les oubliettes de l’Histoire. Exit donc les innombrables bouffons et imposteurs « amis de la Syrie ».

Pour sa part, Bachar Al Assad est toujours là, incontournable, populaire chez lui comme bien d’autres en rêveraient…La Syrie, qui s’achemine vers une victoire décrétée « impensable » face à tant d’ennemis si puissants, est debout, alors que la discorde, fruit de la défaite, s’est installée dans le camp des agresseurs et que le chaos y règne en maître…

Pas besoin à la rigueur de croire au ciel pour admettre qu’il y a une « malédiction syrienne » qui a frappé et frappe les ennemis de cette « terre sainte » que « Dieu protège » (Allah hami-ha), mais il faut bien en tout cas parler d’une bénédiction syrienne. Ce qui est en train d’arriver est logique et juste, mais l’issue désormais attendue de cette guerre universelle constitue une sorte de miracle, même et notamment pour ceux qui ont eu foi en l’avenir.

Cette victoire, la Syrie l’aura amplement méritée ! Malgré tout ce que diront les esprits chagrins, quel peuple admirable, quelle armée d’exception ! Et on cèdera à la tentation de dire : s’il y a bien un homme d’Etat qui mérite d’être sur terre, c’est ce Président qui aura su incarner l’espoir, rester fidèle à ses alliances et conduire son pays vers la victoire.

La Syrie a, selon tous les augures, gagné la guerre. Il lui reste à gagner la paix. Mais le vaillant pays qui a combattu pour nous a certainement toutes les capacités requises pour relever avec succès ce nouveau défi afin que cette guerre n’ait pas été « une guerre pour rien ». Ce qu’à Dieu ne plaise ! Ce sera une rétribution qui, bien mieux que la vengeance, paiera le sacrifice des innombrables victimes, les morts comme les vivants.

Michel Raimbaud | 7 novembre 2017

Michel Raimbaud est ancien ambassadeur de France, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur.

Source: Michel Raimbaud

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vendredi 10 novembre 2017

Au cours d’une interview, le Qatar confie des secrets concernant la guerre en Syrie

L’interview télévisée d’un haut responsable qatari avouant la vérité sur les origines de la guerre en Syrie est en train de devenir virale dans le monde des médias sociaux arabes. La même semaine, un document secret de la NSA a été divulgué, confirmant que l’opposition armée en Syrie était sous le commandement direct de gouvernements étrangers, dès les premières années du conflit.

Par Tyler Durden | 28 octobre 2017 | Zero Hedge

ARG QATAR ARABIE US JIHAD

Et selon un analyste syrien bien connu et un conseiller économique ayant des contacts étroits avec le gouvernement syrien, l’interview explosive constitue « l’aveu public » par quelqu’un de haut placé « de la collusion et de la coordination entre quatre pays pour déstabiliser un État indépendant, y compris par un soutien possible à Nusra /al-Qaïda ». Il est important de noter que « cet aveu aidera à justifier ce que Damas considère comme une atteinte à sa sécurité et à sa souveraineté et constituera une base pour des demandes d’indemnisation ».

Alors que la guerre en Syrie ralentit doucement, il semble que de nouvelles fuites apparaissent presque chaque semaine sous la forme de témoignages de hauts responsables impliqués dans la déstabilisation de la Syrie et même de courriels et documents occasionnels qui détaillent les opérations secrètes de changement de régime contre le gouvernement Assad. Bien qu’une grande partie de ce contenu serve à confirmer ce qui était déjà connu par ceux qui n’ont jamais accepté la propagande simpliste qui a dominé les médias traditionnels, les détails continuent à se mettre en place, fournissant aux futurs historiens une image plus claire de la vraie nature de cette guerre.

Ce processus de clarté a été favorisé, comme prévu, par les luttes intestines entre les anciens alliés du Conseil de coopération du Golfe (CCG), l’Arabie saoudite et le Qatar, chaque partie accusant l’autre de financer les terroristes islamiques et al-Qaïda. Le monde observe, pendant que de plus en plus de linge sale est lavé publiquement à cause de l’implosion du CCG, qui, pendant des années, en accord avec presque toutes les monarchies du Golfe, a financé les mouvements djihadistes dans des endroits comme la Syrie, l’Irak et la Libye.

(...)

Ce haut responsable qatari n’est autre que l’ancien Premier ministre, Hamad ben Jassim bin Jaber al-Thani, qui a supervisé les opérations syriennes au nom du Qatar jusqu’en 2013 (également en tant que ministre des Affaires étrangères), photographié avec la secrétaire d’État Hillary Clinton, le janvier 2010 (pour rappel, le Comité de la Coupe du monde 2022 du Qatar a fait un don de 500 000 dollars à la Fondation Clinton en 2014).

Mercredi, au cours d’une interview à Qatari TV, bin Jaber al-Thani a révélé que son pays, aux côtés de l’Arabie saoudite, de la Turquie et des États-Unis, a commencé à expédier des armes aux djihadistes dès le début des événements (en 2011).

Al-Thani a même comparé l’opération secrète à une « chasse à courre » – la proie étant le président Assad et ses partisans – une « proie » qui, l’admet-il, a pu s’échapper (comme Assad est toujours au pouvoir, il a utilisé un mot arabe « al-sayda », qui veut dire la chasse aux animaux ou aux proies, pour le sport). Bien que Thani ait nié des allégations crédibles de soutien à Daech, les paroles de l’ancien premier ministre impliquent le soutien direct du Golfe et des États-Unis à al-Qaïda en Syrie (Front al-Nusra), dès les premières années de la guerre. Le Qatar a même dit posséder des documents prouvant que la guerre avait pour objectif un changement de régime.

Selon la traduction de Zero Hedge, tout en reconnaissant que les pays du Golfe armaient les djihadistes en Syrie avec l’approbation et le soutien des États-Unis et de la Turquie, al-Thani déclare : « Je ne veux pas entrer dans les détails mais nous avons plein de documents montrant ce que nous y avons fait [en Syrie]. » Il a affirmé que le roi Abdallah d’Arabie saoudite (qui a régné jusqu’à sa mort en 2015) et les États-Unis ont décidé que le Qatar aurait un rôle de premier plan concernant les opérations secrètes dans cette guerre par procuration.

Bien que très révélateurs, les commentaires de l’ancien Premier ministre visaient à défendre et à excuser le soutien du Qatar au terrorisme et à critiquer les États-Unis et l’Arabie saoudite pour avoir laissé le Qatar « se mouiller » seul dans cette guerre contre Assad. M. Al-Thani a expliqué que le Qatar continuait à financer des insurgés armés en Syrie alors que d’autres pays commençaient à diminuer leurs soutiens massifs, raison pour laquelle il s’en prenait aux États-Unis et aux Saoudiens qui « étaient avec nous dans la même tranchée ».

Dans une précédente interview télévisée américaine largement sous-diffusée, al-Thani a confié à Charlie Rose, qui l’interrogeait sur les allégations de soutien du Qatar au terrorisme, que « en Syrie, tout le monde a fait des erreurs, y compris votre pays ». Il a rajouté que lorsque la guerre a commencé en Syrie, « nous tous travaillions à partir de deux centres de commandement : un en Jordanie et un en Turquie ».

Voici la partie clé de l’interview de mercredi, traduite et sous-titrée par @ Walid970721. Zero Hedge a examiné et confirmé cette traduction, cependant, comme l’a reconnu le traducteur de la bande originale, al-Thani ne dit pas « dame » mais « proie » [« al-sayda »] – comme si Assad et les Syriens étaient pourchassés par des pays extérieurs.

(...)

16h15 – 27 octobre 2017

La transcription partielle en français est la suivante :

« Quand les événements ont commencé en Syrie, je suis allé en Arabie saoudite pour y rencontrer le roi Abdallah, sur l’ordre de Son Altesse le prince, mon père, il [Abdallah] a dit qu’il nous soutenait. Vous continuez avec ce plan et nous vous coordonnerons mais c’est vous qui prenez les opérations en charge. Je ne vais pas entrer dans les détails mais nous avons des documents complets sur tout ce qui a été envoyé en Syrie, par la Turquie et en coordination avec les forces américaines et tout a été distribué par les Turcs et les forces étasuniennes. Il y a peut-être eu des erreurs et un soutien a été donné à la mauvaise faction … Peut-être qu’il y avait une relation avec Nusra, c’est possible, mais moi-même je ne sais pas… nous étions en train de nous battre pour la proie [al-sayda] et maintenant la proie s’est enfuie mais nous combattons encore … et maintenant Bachar est toujours là, vous [les États-Unis et l’Arabie saoudite] étiez avec nous dans la même tranchée … Je n’ai pas d’objection à ce que quelqu’un change d’avis s’il considère qu’il avait tort, mais au moins informez votre partenaire … par exemple, laissez tomber Bachar [al-Assad] ou faites ceci ou cela, mais la situation qui a été créée ne permettra jamais de progrès au sein du Conseil de coopération du Golfe, ni aucun progrès si nous continuons à nous disputer ouvertement. »

Comme on le sait maintenant, la CIA a été directement impliquée dans les tentatives de changement de régime en Syrie, avec les alliés du Golfe, comme le confirment les notes d’information américaines divulguées et déclassifiées. Le gouvernement américain a compris en temps réel que les armements sophistiqués du Golfe et de l’Occident finissaient entre les mains d’al-Qaïda et de Daech, en dépit des déclarations officielles disant armer des rebelles soi-disant « modérés ». Par exemple, une note de renseignementde 2014 envoyée à Hillary Clinton reconnaissait le soutien qatari et saoudien à État islamique.

Le courriel annonçait, dans un langage direct et sans ambiguïtés que :

« Les gouvernements du Qatar et de l’Arabie saoudite fournissent un soutien financier et logistique clandestin à EI et à d’autres groupes sunnites radicaux de la région. »

En outre, un jour avant l’interview du Premier ministre Thani, The Intercept publiait un nouveau document secret de la NSA, tiré des fichiers de renseignements fournis par Edward Snowden, qui montre clairement que l’opposition armée en Syrie était sous le contrôle direct de gouvernements étrangers, depuis les premières années de cette guerre qui a maintenant enlevé un demi-million de vies.

Ce document de la NSA récemment publié confirme qu’une attaque des insurgés de 2013, avec des lanceurs de roquettes sophistiqués, sur les zones civiles de Damas, y compris l’aéroport international de Damas, a été directement approvisionnée et commandée par l’Arabie saoudite, avec la bénédiction des renseignements américains. Comme le confirme également l’ancien Premier ministre qatari, les Saoudiens et le gouvernement américain ont mis en place des « centres de commandement » pour superviser ces odieuses attaques, pendant la même période que celle de l’attaque de l’aéroport de Damas en 2013.

Il ne fait aucun doute qu’il reste une mine de preuves documentaires accablantes qui continueront à fuiter dans les mois et les années à venir. Au moins, la guerre diplomatique entre le Qatar et l’Arabie saoudite apportera encore plus de fruits, car chaque partie s’en prend à l’autre en l’accusant de soutenir le terrorisme. Et comme on peut le voir dans cette dernière interview télévisée qatarie, les États-Unis eux-mêmes ne seront pas épargnés par cette saison de lavage de linge sale en public, par d’anciens alliés qui se retournent les uns contre les autres.

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mercredi 8 novembre 2017

« Sur le dossier syrien, la domination d’une école de pensée marque la fin du pluralisme »

Spécialiste reconnu de la Syrie, Fabrice Balanche est aujourd’hui exilé aux États-Unis pour poursuivre ses recherches. Écarté d’un poste de maître de conférences à Sciences Po Lyon en 2014, il regrette le poids de l’idéologie en France à propos de l’islam et du Moyen-Orient. Entretien.

ARG SYRIE FABIUS IDEOLOGIE

Le Lanceur : Le tribunal administratif a reconnu que votre candidature pour un poste de maître de conférences profil “Monde arabe : histoire, géographie, institutions et gouvernance” à Sciences Po Lyon avait été écartée de manière irrégulière en 2014. Vous faites le lien avec vos analyses sur la révolution syrienne, pourquoi ?

Fabrice Balanche : Au départ, ce sont deux directeurs de thèse qui ont voulu m’écarter pour des raisons clientélistes, pour placer leurs poulains. Mais le reste de la commission a dû être convaincu, car si l’on comparait les dossiers, il était clair que je ne méritais absolument pas d’être placé derrière cinq jeunes candidats. Je pense que les arguments utilisés pour cela ont pu être politiques. Mes analyses sur la Syrie vont à l’encontre d’une certaine posture idéologique, qui s’avérait être la ligne du ministère des Affaires étrangères à propos de la révolution syrienne. Selon moi, mon écartement a été fait par lâcheté pour les uns et par sympathie idéologique pour les autres. Quand Laurent Fabius était ministre des Affaires étrangères, il ne devait pas y avoir de voix discordantes. Il y a eu une période où, dès que je faisais une conférence à Lyon sur la Syrie, une personne des Affaires étrangères débarquait pour faire une conférence concurrente.

Éric Dénécé, le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) évoque une énorme falsification de l’information sur la Syrie. Vous partagez ses propos ?

Les langues se délient aujourd’hui du fait des positions beaucoup plus réalistes de François Fillon sur la Syrie. Finalement, l’histoire a donné raison à ceux qui, comme moi, disaient que le régime de Bachar al-Assad n’allait pas tomber. Non pas parce que nous sommes pro-Assad, mais parce que dès le départ nous avons fait des analyses sérieuses sur la résilience du régime et sur la situation géopolitique. Laurent Fabius a balayé cela et a écarté ceux, au-delà du ministère, qui avaient une analyse différente, se disant que les diplomates sont disciplinés et tiennent aussi à leur carrière. Certains d’entre eux ont préféré se tenir à l’écart et demander des postes ailleurs que dans la division Afrique du Nord-Moyen Orient pour ne pas être en porte-à-faux avec le ministre et ne pas non plus trahir leur morale et leur déontologie. Les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot le décrivent bien dans leur livre Les Chemins de Damas. D’un autre côté, des personnalités comme François Burgat ou Jean-Pierre Filiu ont placé leurs élèves : ils ont les postes, les bourses et peuplent les médias. Ils sont pourtant en dehors de la réalité et projettent leur idéologie sur la Syrie. Jean-Pierre Filiu, ancien trotskiste, voit dans le printemps arabe la révolution communiste de sa jeunesse.

L’opposition syrienne, grâce à Al-Jazeera et au Qatar, est passée maître dans l’art de la propagande et de la communication”

Pourquoi ne pas voir cette révolution chez les Kurdes qui combattent Daech en Syrie ?

D’abord car le PYD est un mouvement marxiste et cela les gêne. C’est aussi un mouvement kurde, donc ethnique, et pour eux le communautarisme n’existe pas. Sur la révolution syrienne, ils estimaient que les chrétiens, les alaouites et les sunnites étaient ensemble contre un régime dictatorial et que les problèmes communautaires, s’ils existent, sont créés par le régime. C’est faux. Le communautarisme est un puissant paramètre de l’organisation de la société en Orient. Il ne faut pas le juger, c’est un fait. Lors de la révolution syrienne, en dehors du cercle restreint des intellectuels syriens qui sont évidemment “acommunautaires”, le reste de la population s’était surtout organisée en fonction de sa communauté. Il n’y avait pas de chrétiens dans les groupes armés de l’opposition au régime, et pas d’alaouites non plus. S’il y a eu une petite escouade de Druzes, ils se sont fait mettre en prison par les autres rebelles au bout d’un an et ensuite ils ont été condamnés à mort. Ils ont échappé à leur exécution par l’intervention des Américains. Cela a été complètement caché en France et, dès le départ, les chiffres ont été exagérés de manière éhontée.

C’est-à-dire ?

Quand on a entendu par exemple qu’il y avait 500.000 manifestants contre le régime à Hama, comment est-ce possible dans une ville de 300.000 habitants, sachant que seuls les hommes manifestent et que 40% de la population a moins de 15 ans ? Au maximum, si tous les hommes entre 15 et 70 ans avaient manifesté, le chiffre tombe à 90.000. Les chiffres répétés ont été ceux de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), un instrument de propagande basé au Royaume-Uni et créé par le businessman Rami Abdel Rahman. Désormais, cet observatoire a une équipe plus étoffée, notamment parce qu’il a été largement subventionné par la France et la Grande-Bretagne et qu’il a obtenu des subventions de l’Union européenne. Les images des “casques blancs” en train de sauver des personnes prises au piège dans les décombres par les bombardements à Alep font aussi partie de cette instrumentalisation, ils ont d’ailleurs été épinglés en train de faire des mises en scène. L’opposition syrienne, grâce à Al-Jazeera et au Qatar, est passée maître dans l’art de la propagande et de la communication.

L’ONU se décrédibilise complètement en bidonnant les chiffres”

Quel était l’intérêt de gonfler les chiffres, selon vous ?

Le Qatar a mis sa chaîne de télévision au service de l’opposition syrienne. Tout un tas de sites Internet est sponsorisé par le Qatar, comme ce fut le cas pour l’OSDH dans les premières années. En 2016, il n’y avait pas 250.000 ou 300.000 personnes dans Alep Est, contrairement à ce qu’on entendait dans les médias. En juin 2014, j’étais allé faire une enquête sur les réfugiés syriens dans le sud de la Turquie. Les humanitaires de Médecins sans frontières qui s’occupaient des dispensaires et de l’aide médicale pour les quartiers rebelles estimaient à 200.000 personnes la population d’Alep Est. Comment voulez-vous que le chiffre ait augmenté entretemps ? La zone était bombardée quotidiennement, la nourriture manquait et la population savait que l’encerclement total était proche. Le décompte de la population civile évacuée d’Alep Est effectué par la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) en décembre 2016 est d’environ 100.000 personnes. Lorsque Georges Malbrunot, qui est allé à Alep, a demandé à un fonctionnaire de l’ONU pourquoi les chiffres étaient gonflés, la réponse a été qu’il fallait bien aider les insurgés”. L’ONU se décrédibilise complètement en bidonnant les chiffres. Comment peut-on ensuite avoir confiance ? Comment Jean-Marc Ayrault peut-il répéter ces chiffres ? À un moment donné, pour être crédible et ne pas ressembler à Bachar al-Assad, il faut avoir un langage de vérité.

Considérez vous que le “maire” d’Alep Est, régulièrement invité à Lyon, est légitime ?

Lyon avait une coopération décentralisée avec Alep, qui a été suspendue lorsque le conflit a débuté. L’opposition au régime et les associations françaises qui la soutiennent ont fait pression sur le conseil régional – à l’époque de Jean-Jack Queyranne – et sur la mairie de Lyon, pour que la coopération décentralisée Lyon-Alep soit réactivée, mais avec l’opposition. À ce titre, en novembre 2016, BritaHagi Hasan, le soi-disant maire d’Alep, a reçu les honneurs de la mairie du 1er arrondissement de Lyon. Celle qui est dirigée par Nathalie Perrin-Gibert, cofondatrice du GRAM avec Renaud Payre… l’actuel directeur de l’IEP de Lyon. BritaHagi Hasan ne vivait pas à Alep mais à Gaziantep, en Turquie. Il est proche du Gouvernement de transition syrien, financé par le Qatar et noyauté par les Frères Musulmans. On en a fait un contre-maire d’Alep que l’on promène en France et qui est très utile aux politiciens français qui soutiennent la “révolution syrienne”. Il a été notamment reçu par François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Elisabeth Guigou, la présidente de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale. Il a menti sur le nombre de civils dans Alep Est, prétendu que les djihadistes n’existaient pas à Alep Est, ignoré les tirs de mortier des rebelles sur Alep Est, etc. Mais qu’importe, il a dit ce que les défenseurs béats de la “révolution syrienne” voulaient bien entendre et il a occupé l’espace médiatique pour éviter que d’autres témoignages sur les exactions commises par les rebelles à Alep Est ne surgissent. Il n’est pas question d’exonérer le régime et la Russie de leurs crimes de guerre, mais il faut simplement essayer d’être objectif dans une démocratie comme la France.

À mon avis, Benoît Hamon n’a pas lu L’Assommoir d’Emile Zola”

Pourquoi la bataille d’Alep a-t-elle pu trouver un écho médiatique plus large que la guerre qui se déroule au Yémen ?

Le focus sur la Syrie fait oublier le Yémen alors que les Saoudiens sont en train de détruire ce pays en bombardant des villes, avec la complicité et le silence des Occidentaux. La crise humanitaire dépasse tout ce qu’on voit en Syrie. Mais, comme c’est l’Arabie saoudite qui dirige les opérations, personne ne critique. Les Saoudiens disent que les rebelles houthis sont l’équivalent du Hezbollah et que l’Iran les finance. À la base, ce n’était pas le cas. C’était une révolte classique d’une périphérie contre le centre pour demander un rééquilibrage des pouvoirs, avec également des considérations tribales. Aujourd’hui, il est vrai de dire que les Iraniens sont allés aider les houthis. Ils leur ont donné des armes, en faible quantité, de manière à maintenir le conflit et à ouvrir un nouveau front contre l’Arabie saoudite pour qu’elle lâche sur la Syrie. Lorsque l’Arabie saoudite se décidera à lâcher sur la Syrie, les houthis seront lâchés par les Iraniens. Mais c’est aussi, dans une moindre mesure, la même chose que ce qu’il se passe dans le sud-est de la Turquie contre les Kurdes. Depuis un an, le président Erdogan a rasé des quartiers, voire des villes entières. Et tout le monde se tait. Pourquoi ? Parce que l’Europe n’a qu’une peur : qu’il ouvre les portes de l’Europe aux migrants.

Quel est le poids de l’idéologie dans les sciences humaines et sociales enseignées dans les universités françaises ?

Aujourd’hui, cela fait plus de vingt-cinq ans que l’Union soviétique s’est écroulée. Dans les années 1980, quand j’étais étudiant, le poids idéologique me paraissait moindre car ce qu’il se passait en Union soviétique n’était plus caché. Il était plus difficile de soutenir le marxisme comme dans les années 70 et les idéologues marxistes ont, de ce dont je me souviens, fait plutôt profil bas. C’était plutôt l’heure de gloire des libéraux avec l’école de Chicago, plutôt dans les sciences économiques. À mon avis, il y a une résurgence de l’idéologie marxiste ou néo-marxiste dans les sciences humaines et sociales depuis les années 2010, puisqu’une génération a passé depuis la chute de l’URSS. Il y a aussi ce que l’on appelle le droit-de-l’hommisme qui concerne beaucoup de personnalités au sein des universités. Plus spécifiquement dans mon domaine, qui est le Moyen-Orient et l’islam, il y a un poids énorme de ce que Gilles Kepel a appelé l’islamogauchisme. C’est-à-dire les anciens soixante-huitards et néo-marxistes qui voient dans le musulman de banlieue le prolétaire du XIXe siècle et dans le Printemps arabe la révolution communiste de leur jeunesse. L’un des finalistes de la primaire socialiste, Benoît Hamon, est tout à fait dans cette ligne. Ainsi, à propos des cafés de banlieue où les femmes sont persona non grata, il a tout simplement affirmé qu’elles étaient aussi interdites dans les bars ouvriers du XIXe siècle. À mon avis, il n’a pas lu L’Assommoir d’Émile Zola. Ces idéologues ont eu leur heure de gloire puisqu’ils étaient finalement en phase avec la politique étrangère française, pour qui il fallait soutenir la révolution syrienne. C’est un phénomène assez rare selon moi. Pendant la guerre d’Algérie, par exemple, il y avait la position de l’État français et les universitaires étaient complètement contre. Seule une minorité était pour l’Algérie française.

Vous travaillez désormais pour le Washington Institute for Near East Policy. Vos analyses passent-elles sans problème aux USA ?

Mes articles sont argumentés, donc oui. Les États-Unis sont aussi sur la ligne anti-Bachar al-Assad et c’est normal. Les valeurs démocratiques ne sont pas compatibles avec ce que prône le dirigeant syrien. Cependant, si l’objectif est de mettre fin à toutes les dictatures de la planète, cela va donner beaucoup de travail à la minorité de démocraties qui existent dans le monde. À un moment donné, il faut prendre en compte la realpolitik pour stabiliser ces conflits. D’autre part, les États-Unis sont un grand pays avec beaucoup d’institutions de recherche, publiques, privées, et de différentes obédiences. Si un chercheur ne se plaît pas dans telle université, il peut facilement aller dans une autre. C’est différent en France.

Ça n’aurait pas été possible pour vous d’aller dans une autre université française ou de rejoindre un thinkthank ?

Finalement, la mobilité est difficile en France car les professeurs d’université sont fonctionnaires. Certes, c’est l’avantage de la liberté de parole, mais ça manque de flexibilité. Lorsque des postes sont ouverts, s’il y a un candidat local, ce n’est presque pas la peine d’essayer car c’est verrouillé. Ensuite, nous ne sommes pas très bien payés. J’ai 48 ans, 25 ans de carrière, une agrégation, un doctorat, une habilitation à diriger les recherches et je gagne en France 3.000 euros net par mois. C’est un salaire qui permet de vivre correctement à Lyon, mais difficilement à Paris. À l’IRIS [l’Institut de relations internationales et stratégiques], un de mes amis gagnait seulement 2.000 euros par mois à Paris en étant officiellement directeur de recherche et en assumant des cours. Il a fini par partir pour Madrid.

Ça ne me dérange pas qu’il y ait des marxistes et des libéraux à l’Université. Mais aujourd’hui, il y a un monopole d’une certaine école de pensée sur la recherche”

Y a-t-il également selon vous une problématique au niveau de l’expertise en France ?

Les “experts” qui travaillent en dehors de l’Université sont encore moins bien rémunérés. Ils peuvent donc être plus sensibles aux enveloppes. Or, s’ils se mettent à avoir une expertise vraiment indépendante, qui va à l’encontre des Affaires étrangères ou du ministère de la Défense, qui sont les principaux pourvoyeurs de contrats de recherche non académiques, ils seront remerciés. Il n’y a pas tellement de financement privé en France pour les think tanks. Continuons avec l’exemple de l’Iris, il était en faillite il y a quelques années et a été renfloué financièrement par le Qatar, ce qui a conduit Pascal Bonniface, son directeur, a changer de ton quant à l’émirat. Quand vous êtes invité au Qatar pour une conférence, pour le Doha Forum par exemple, on vous fait voyager en business class, sur Qatar Airways, c’est très agréable, surtout que vous êtes accueillis dans de somptueux hôtels et que vous repartez avec une petite enveloppe pour vos frais. Si vous êtes consultant, on peut vous donner une consultation bidon pour justifier les 10.000 ou 20.000 euros qu’on va vous offrir. L’Ifri[Institut français des relations internationales], c’est différent, ils ont davantage pignon sur rue et possèdent des locaux, ce qui leur assure au moins la stabilité foncière. Raymond Barre avait créé cela dans les années 70 pour avoir un think tank comparable à ceux qui existent aux États-Unis. L’Ifri reçoit une dotation de l’État, mais il doit courir tout de même après les contrats pour rémunérer son personnel.

Qu’en est-il des autres pays ?

Les Allemands ont à Berlin une importante fondation publique, l’Institut pour les affaires internationales et la sécurité, où je dirais que l’expertise est des plus objective. Avec l’expérience du nazisme, les Allemands ont décidé de séparer la recherche de l’État. Les fondations des partis politiques allemands ont beaucoup d’argent et financent donc des recherches. On peut alors penser que ces recherches ont un parti pris puisqu’elles sont liées à des partis politiques, mais, puisque tous les partis politiques ont leur fondation, cela équilibre les résultats. En France, le fait qu’une école de pensée domine et se voit attribuer les crédits de recherche marque la fin du pluralisme. Moi, ça ne me dérange pas qu’il y ait des marxistes et des libéraux à l’université. Au contraire, c’est dans le débat que l’on va progresser. Mais, quand il y a le monopole d’une certaine école de pensée sur la recherche, ça ne va plus, et c’est ce qu’il se passe aujourd’hui. Ce que je dénonce, c’est que, si nous en sommes là sur l’islam, le Moyen-Orient et le terrorisme en France, c’est aussi à cause de certains universitaires qui préfèrent avoir tort avec Jean-Paul Sartre que raison avec Raymond Aron. On en est toujours là en France, on préfère avoir tort avec Jean-Pierre Filliu que raison avec Gilles Kepel.

http://www.lelanceur.fr/fabrice-balanche-sur-le-dossier-syrien-la-domination-dune-ecole-de-pensee-marque-la-fin-du-pluralisme/

Source : Afrique-Asie, Fabrice Balanche, 29-01-2017

https://www.les-crises.fr/fabrice-balanche-sur-le-dossier-syrien-la-domination-dune-ecole-de-pensee-marque-la-fin-du-pluralisme/

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mardi 7 novembre 2017

Rapport de l’ONU sur Khan Sheikhoun – Les victimes ont été hospitalisées AVANT l’incident

Une commission de l’ONU a conclu que le gouvernement syrien est responsable d’un incident largement commenté, qui a eu lieu à Khan Sheikhoun. Une attaque aérienne au gaz se serait produite en avril dans une zone contrôlée par Al-Qaïda en Syrie. Elle a été utilisée par la Maison Blanche pour justifier son bombardement d’une base aérienne syrienne.

Moon of Alabama | Octobre 29, 2017

ARG COMPLOT SYRIE FAKE

Le rapport qui vient d’être publié a été écrit pour correspondre au récit initial. Les détails ci-dessous montrent qu’il n’est pas le résultat d’une enquête sérieuse. Ceci explique pourquoi la Russie refuse que soit prolongé le mandat de la commission chargée du rapport.

Le 26 octobre, Reuters a titré : Le gouvernement syrien est responsable de l’attaque d’avril au sarin: rapport de l’ONU

NATIONS UNIES (Reuters) – Le gouvernement syrien de Bachar al-Assad est responsable d’une attaque chimique contre la ville de Khan Sheikhoun, qui a tué des dizaines de personnes en avril dernier, selon un rapport envoyé au Conseil de sécurité des Nations Unies jeudi.

« La République arabe syrienne est responsable d’avoir largué d’avion du gaz sarin sur Khan Sheikhoun le 4 avril 2017 », indique le rapport de la Mission d’enquête conjointe de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

Le rapport officiel n’a pas été publié. Mais quelqu’un a obtenu une copie du Septième rapport de la Mission  d’enquête conjointe de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques des Nations Unies (pdf) et vous pouvez le trouver en cliquant sur le lien.

Les rapports notent des « irrégularités » qui font qu’on se demande comment ses auteurs ont pu arriver à la conclusion ci-dessous:

Sur la base de ce qui précède, le Panel de Leadership est confiant que la République Arabe Syrienne est responsable de l’utilisation de gaz sarin à Khan Shaykhun le 4 avril 2017. Les conclusions du Panel de Leadership concernant la preuve dans cette affaire sont basées sur les informations exposées en détail à l’annexe II.

Notez le choix des mots de la commission: « .. est confiante » n’est pas une formulation qui donne une grande impression de certitude et « .. est responsable de l’utilisation » ne signifie pas que la République arabe syrienne l’a effectivement fait.

Les conclusions du rapport n’ont PAS été rédigées par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, et elles ne sont même validées par elle. Elles sont l’œuvre de la « Mission d’enquête conjointe » composée d’un diplomate guatémaltèque, d’un fonctionnaire des Nations Unies de Malaisie formé aux États-Unis et d’un expert en chimie qui travaille pour le gouvernement suisse. C’est un panel politique qui a une orientation politique.

On peut trouver les raisons de cette formulation plutôt vague, que les articles parlant du rapport ignorent, dans les détails mentionnés plus haut. Le rapport dit à la page 10:

La Mission a déterminé que le gaz sarin a été libéré à l’emplacement d’un cratère dans la partie nord de Khan Shaykhun entre 6 h 30 et 7 heures le 4 avril 2017.

La plupart des faits établis par le rapport sont basés sur des vidéos et des photographies publiques publiées par l’opposition. Les témoins interrogés vivaient de la zone contrôlée par al-Qaïda. Les preuves médico-légales n’avaient pas été sécurisées. Certaines conclusions sont curieuses.

Dans l’annexe II, à la page 36 (sur 39) du pdf, il est indiqué:

Des irrégularités ont été observées dans les éléments d’information analysés. Par exemple, plusieurs hôpitaux ont commencé à admettre les victimes de l’attaque entre 6 h 40 et 6 h 45. La Mission a reçu les dossiers médicaux de 247 patients du Khan Shaykhun qui ont été admis dans divers établissements de santé, y compris ceux de survivants et d’un certain nombre de victimes qui sont mortes du fait d’un agent chimique. Les heures d’admission vont de 6h à 16h. L’analyse des dossiers médicaux mentionnés ci-dessus a révélé que dans 57 cas, les patients ont été admis dans cinq hôpitaux avant l’incident à Khan Shaykhun (à 6h, 6h20 et 6h40). Dans 10 de ces cas, les patients semblent avoir été admis dans un hôpital situé à 125 km de Khan Shaykhun à 7h et 42 autres patients semblent avoir été admis à l’hôpital situé à 30 km à 7h. La Mission n’a pas enquêté sur ces écarts et ne peut pas déterminer s’ils sont liés à un éventuel scénario de mise en scène, ou à la mauvaise tenue des dossiers dans des conditions chaotiques.

Au moins 23% des victimes présumées de l’incident AVAIENT ÉTÉ ADMISES DANS LES HÔPITAUX AVANT L’INCIDENT.

L’hôpital situé à 125 km de là, à deux heures de route, devait être un authentique hôpital situé en Turquie. Il est hautement improbable qu’un hôpital aussi bien organisé mélange les heures d’arrivée. Il est impossible que les victimes admises à 7h soient celles d’un incident qui s’est produit à 6h30 à Khan Sheikhoun selon la commission. La commission n’a pas enquêté sur les écarts et dit qu’elle ne sait pas si l’incident a été mis en scène ou pas.

Une autre curiosité:

Une anomalie a été identifiée dans l’un des résultats biomédicaux de la Mission qui a établi les faits à partir d’échantillons non sécurisés. Dans l’échantillon numéro 133, il n’y avait pas trace de sarin ni d’aucune autre substance ressemblant au sarin dans le sang, mais dans l’urine il y avait des traces d’acide isopropyle et méthylphosphonique (métabolite de sarin). Aucune explication n’a été fournie pour cette anomalie.

La Commission note également un point que nous avions exposé en détail en avril:

La Mission a observé à partir de sources publiques que le traitement des victimes de Khan Shaykhun impliquait fréquemment un traitement  à l’oxygène et à la cortisone. Ce traitement n’est pas recommandé pour l’intoxication au sarin, il  est utilisé principalement pour soigner des lésions au poumon que le chlore ou les bombes sous vide pourraient causer.

Il manque dans ce rapport, les premières constatations que nous avions faites peu de temps après l’incident:

Les premiers rapports de ce jour-là de l’agence de presse gouvernementale turque Anadolu ne mentionnaient que le chlore … Dans sa première déclaration l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) du 4 avril mentionnait le chlore, pas le sarin ni rien de ce genre… Dans sa première déclaration, le gouvernement turc a parlé également de chlore.

De plus, selon les agences de presse locales, en ce qui concerne les 30 premiers blessés qui sont arrivés à la frontière turque, le diagnostic a été qu’ils avaient respiré du chlore, pas du sarin. Les patients qu’on voit dans les vidéos n’ont pas les forts symptômes caractéristiques du sarin et le personnel des Urgences n’a pas pris les précautions nécessaires pour gérer les conséquences d’une attaque au sarin.

L’incident n’a probablement pas été causé par une attaque aérienne au sarin à 6h30. Il a probablement été causé par une émission locale de chlore qui a dû se produire plus tôt. L’histoire du sarin et de l’attaque aérienne a été rajoutée plus tard. L’incident a été transformé en spectacle par la Maison Blanche pour justifier son bombardement de la Syrie et détourner l’attention de ses problèmes intérieurs. Elle a publié sur l’incident une « évaluation du renseignement », ni faite ni à faire, qui n’avait pas été rédigée par une agence de renseignement, mais par la Maison Blanche elle-même.

Aucun des échantillons physiques et des preuves biomédicales, environnementales et médiatiques que les enquêteurs disent avoir trouvés à Khan Sheikhun, n’était sécurisé. Ils ont été réunis par Al-Qaïda ou par les groupes autorisés par Al-Qaïda à travailler dans les zones qu’il contrôle. Les terroristes et l’opposition au gouvernement syrien, et bien évidemment leurs sponsors, avaient tout intérêt à manipuler les preuves de l’incident pour pouvoir ensuite accuser le gouvernement syrien.

L’ancien Premier ministre du Qatar vient juste de reconnaître à la télévision que le Qatar, en étroite coopération avec l’Arabie Saoudite, la Turquie, et sous la direction des Etats-Unis, ont livré des armes et de l’argent à « l’opposition » en Syrie, y compris à al-Qaïda, dès le tout début du conflit:

Al-Thani a même comparé l’opération secrète à « la chasse d’une proie », la proie étant le président Assad et ses partisans, une « proie » dont il reconnaît qu’elle leur a échappé (du fait qu’Assad est toujours au pouvoir ; il a utilisé un mot arabe du dialecte du Golfe, « al-sayda », qui signifie chasser des animaux ou des proies pour le sport). Bien que Thani ait nié les allégations crédibles de soutien à l’EI, les paroles de l’ancien premier ministre impliquaient un soutien direct du Golfe et des Etats-Unis à al-Qaïda en Syrie (Front Al-Nusra) dès le début de la guerre, et il a même dit que le Qatar détenait « tous les documents » prouvant que la guerre avait pour but de provoquer un changement de régime.

Ces mêmes forces, en particulier les États-Unis, sont toujours déterminées à « changer le régime » en Syrie. C’est pourquoi, l’armée américaine se prépare à une occupation à long terme des zones que ses forces par procuration kurdes contrôlent actuellement au nord-est de la Syrie.

Moon of Alabama | Octobre 29, 2017

Note: Une partie de ce qui précède est basée sur le travail de Syricide

Article original: http://www.moonofalabama.org/2017/10/un-report-on-khan-sheikhoun-23-of-victims-hospitalized-before-the-incident-happened.html#more

Traduction : Dominique Muselet,

Source: http://arretsurinfo.ch/rapport-de-lonu-sur-khan-sheikhoun-les-victimes-ont-ete-hospitalisees-avant-lincident/

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mardi 31 octobre 2017

Brèves d'anti- presse

MC CIGOGNESQuelques brèves intéressantes...

 

GAZ SARIN | Comment dégonfler une manip foireuse?

Les massacres de Ghouta et de Khan Cheïkhoun, en Syrie, ont ému la planète. Des centaines de civils y ont été massacrés à l’arme chimique. Aussitôt, l’administration US et ses satellites ont pointé du doigt le gouvernement de Damas sans avancer un début de preuve et sans expliquer en quoi des crimes révoltants contre sa propre population pouvaient servir la cause de M. Assad. Seul le gouvernement, selon eux, possédait de tels moyens de destruction.

 Or voici que l’administration américaine admet par la bande que ses alliés de circonstance — en l’occurrence le groupe Hayat Tahrir al-Sham — possèdent des armes chimiques et qu’ils les ont utilisées. Elle le fait de la manière la plus anodine, au travers de ses admonestations aux voyageurs à l’étranger.

Déconseillant tout déplacement en Syrie, le Département d’Etat note entre autres que

«La tactique de l’EI, de Hayat Tahrir al-Sham et d’autres groupes extrémistes violents comprend le recours aux kamikazes, à l’enlèvement, aux armes lourdes et légères, aux bombes artisanales et aux armes chimiques.»

Or il se trouve que le groupe en question, allié à d’autres mouvements salafistes, contrôlait justement la ville de Khan Cheïkhoun en avril dernier, lorsque ledit groupe a accusé l’aviation syrienne d’avoir bombardé les civils au gaz sarin. Il n’a pas permis pour autant que des enquêteurs indépendants viennent vérifier ses accusations.

«Pendant ce temps, HTS et ses alliés ont interdit jusqu’à ce jour l’accès du site du massacre à tout groupe d’observateurs international. La mission d’enquête de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, par exemple, a admis que “pour des raisons de sécurité, la mission n’a pas été en mesure de visiter Khan Cheïkhoun".»

Pendant des mois et des années, les médias de grand chemin occidentaux ont relayé sans vérification ni contre-enquête les manipulations de l’«opposition» syrienne — laquelle s’est avérée entièrement composée d’extrémistes à la solde de puissances étrangères. Mieux encore, ils ont discrédité comme «partisans de Bachar» tous ceux qui mettaient en doute leur narration.

Mais cette narration, justement, a échoué et il s’agit d’ensevelir le caca sous le tapis. L’avertissement aux voyageurs du Département d’Etat fait partie de la tactique. Plutôt que de laisser éclater la baudruche, on procède par dégonflage progressif. D’ici quelques mois, lorsqu’il seront bien contraints d’entériner le maintien en place de Bachar al Assad, nos maîtres et leurs porte-voix médiatiques diront qu’ils ont «toujours su» que les djihadistes travaillaient au gaz sarin…

http://log.antipresse.net/post/gaz-sarin-un-aveu-discret-mais-significatif-du-gouvernement-americain

 


 

 La stratégie des "NATO Girls"

 


 

Le public ne s’en souvient plus et les médias ont tout fait pour qu’il l’oublie: lorsqu’elle lança son attaque contre la Serbie en mars 1999 suite à la manipulation de Raçak et à l’échec des pourparlers de Rambouillet, il fallut 78 jours de bombardements continus à l’OTAN pour contraindre à la négociation un petit pays épuisé par les guerres civiles et l’embargo. Ceci malgré un rapport de forces militaire évalué à 800 contre 1!

A l’époque, l’Alliance occidentale s’est contentée de mener des bombardements de haute altitude et a reculé devant l’idée d’une invasion terrestre. A son habitude, elle a utilisé des «gurkhas», en l’occurrence les terroristes de l’UÇK qu’elle a équipés et formés en Albanie voisine. Cet unique affrontement «direct» avec les forces serbes, s’était soldé par une débâcle cuisante.

A l’époque, nombre d’observateurs s’étaient demandé ce que ferait cette alliance face à un ennemi plus puissant. La réponse vient d’arriver de l’intérieur de l’organisation au travers d’un rapport confidentiel révélé par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. On peut lire un résumé des points saillants sur Opex360.

Cela étant, les lamentations sur la «faiblesse» et la «vétusté» de la plus grande alliance militaire au monde — assorties d’évocations fantasmatiques de l’«agression russe» — ont surtout pour but de maintenir la pression sur les budgets des Etats-membres et d’assurer la survie du complexe militaro-industriel américain. D’où la fonction «stratégique», en termes de marketing sinon d’efficacité militaire, des NATO Girls, ces ministres de la Défense systématiquement femmes, systématiquement souriantes et de préférence blondes face au Bouriate bouddhiste et bourru qui commande l’armée russe.

http://log.antipresse.net/post/otan-puissance-doperette-ou-supermarche-de-la-peur

 

SCIENCE | Votre esprit vous survit

…Autrement dit: quand vous mourez, vous savez que vous êtes mort! Une étude scientifique d’envergure démontre en effet que l’esprit continue de fonctionner même après que le dernier signe de vie s’est éteint dans un corps humain.

«L’affirmation est du Dr Sam Parnia, directeur des urgences et des recherches en réanimation de la NYU Langone School of Medicine, à New York. Lui et son équipe ont examiné des gens qui avaient été réanimés après avoir été techniquement morts suite à des arrêts cardiaques… Certaines des personnes interrogées ont déclaré qu’elles étaient pleinement conscientes des conversations qui se tenaient autour d’elles et qu’elles voyaient les objets dans leur environnement même après avoir été déclarées mortes. Ces récits ont ensuite été recoupés par le personnel médical et infirmier présent sur place.»

La conscience post-mortem étant établie, il ne reste plus à la science moderne qu’à résoudre la question principale: y a-t-il chez les humains une conscience avant la mort?

http://log.antipresse.net/post/science-votre-esprit-vous-survit

 

ISRAËL | Des «cigognes» neutralisent un F-35!

Le 16 octobre dernier, alors que le ministre russe de la défense Serguéï Choïgou arrivait en visite en Israël, des avions israéliens attaquaient une batterie de missiles DCA syrienne proche de la frontière libanaise. Ladite batterie avait eu le culot de viser un peu plus tôt un avion israélien qui avait violé l'espace aérien de son pays.

La coïncidence de ces deux événements avait sans doute pour but de «montrer les dents» à la Russie. Cependant, il se pourrait bien que la dentition ainsi exhibée ait surtout montré ses caries.

La Syrie a en effet reconnu avoir subi des «dégâts matériels», mais affirme aussi avoir accroché un chasseur furtif F-35 tout neuf avec un missile S-200 qui, lui, relève du magasin d'antiquités. Tel Aviv a nié, mais on pouvait lire dans les médias israéliens, quelques heures seulement après l'incident, qu'un F-35 avait été «renvoyé au garage» par… une collision avec deux cigognes.

Encore une coïncidence totalement fortuite… mais qui pourrait avoir des conséquences gênantes, tant pour la crédibilité de l’armée israélienne que pour les actions du constructeur, Lockheed-Martin.

Le F-35 est l’avion de combat le plus cher au monde. Son développement a coûté plus de 400 milliards de dollars et a été marqué par les retards et les couacs. Qu’il ait été «renvoyé au garage» par deux cigognes ou par un missile vétuste, les futurs clients pressentis (dont, on se demande pourquoi, la pacifique Suisse) vont réfléchir à deux fois avant d’acheter ce coucou plus capricieux qu’une diva de la pop.

On se souviendra utilement à ce propos que l’ancêtre furtif du F-35, le F-117 NightHawk, a été furtivement mais totalement retiré du théâtre des opérations après qu’un de ses exemplaires eut été abattu par un missile sol-air au quatrième jour du bombardement de la Serbie, le 27 mars 1999. La DCA serbe avait déclaré, à l’époque, qu’elle «ne savait pas» qu’il était invisible.

Source: Zerohedge via le Saker francophone.

http://log.antipresse.net/post/israel-des-cigognes-neutralisent-un-f-35

 

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samedi 21 octobre 2017

Washington reconnaît l'usage d'armes chimiques par des djihadistes issus du Front Al-Nosra

Dans un texte de recommandations à destination de ses ressortissants, le département d'Etat américain signale que le groupe Hayat Tahrir al-Cham, rassemblant notamment les combattants de l'ex-Front Al-Nosra, employait des armes chimiques.

59e9f01f488c7b09178b4567Le porte-parole du ministère de la Défense russe, le général Igor Konachenkov a pointé du doigt, le 20 octobre, un texte publié par le département d'Etat américain, exprimant pour la première fois, selon le militaire russe, la reconnaissance par Washington de l'utilisation d'armes chimiques par les djihadistes de l'ex-Front Al-Nosra.

Dans ce texte à destination des ressortissants américains en Syrie, le département d'Etat fait un tour d'horizon de la situation du pays. Evoquant les agissements du groupe Hayat Tahrir al-Cham, né de la fusion de plusieurs groupes rebelles djihadistes syriens dont le Fatah Al-Cham (ex-Front Al-Nosra, issu d'Al-Qaïda), l’institution précise que ce groupe a consolidé son pouvoir dans la province d'Idleb à partir de juillet 2017.

«Les tactiques de l'Etat islamique, Hayat Tahrir al-Cham et d'autres groupes extrémistes violents incluent l'usage d'attaques suicides, d'enlèvements, d'armes lourdes et légères, d'explosifs artisanaux et d'armes chimiques», peut-on lire sur le site officiel du ministère américain des Affaires étrangères. Pour les autorités russes, il s'agit d'une première reconnaissance des crimes de guerre commis par les djihadistes de l'ex-Front Al-Nosra.

«C'est la première reconnaissance officielle du département d'Etat [américain], pas simplement de la présence, mais, je le souligne, de l'usage d'armes chimiques par les terroristes du Front Al-Nosra dans cette partie de la Syrie pour commettre des attaques terroristes, ce que nous avons maintes fois dénoncé», a ainsi déclaré le général russe, non sans rappeler au passage que le seul cas d'usage d'armes chimiques connu dans la province d'Idleb était celui de Khan Cheikhoun, en avril 2017.

Or, cet incident chimique, qui a causé la mort d'environ 80 personnes, a été imputé à l'armée syrienne par les Etats-Unis, mais aussi ultérieurement par une commission d'enquête de l'ONU. En réaction, bien avant la publication des résultats de cette enquête et sans fournir de preuves sur l'origine de cette attaque, les Etats-Unis avaient tiré 59 missiles Tomahawk sur la base aérienne syrienne d’Al-Chaayrate, près de Homs. 

Le gouvernement syrien avait pourtant formellement démenti être l'auteur de ce drame, accusant par la suite les enquêteurs de l'ONU de se baser sur «des témoins, des victimes, des membres de services de secours et des médecins», venant de la province d'Idleb contrôlée par les islamistes du Front Fatah Al-Cham.

Une collusion entre les services américains et les djihadistes d'Al-Nosra ?

La Russie a dénoncé à plusieurs reprises une certaine tolérance, voire des formes de collusions, entre Washington et les islamistes du Front Al-Nosra ou assimilés. Le 20 octobre 2017, le chef de l’état-major russe, Sergueï Roudskoï avait, par exemple, accusé les services américains d'avoir planifié une offensive très importante des djihadistes du Front Fatah Al-Cham et d'autres groupes sur les troupes gouvernementales dans la province d'Idleb.

Le 26 juin à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'était déjà étonné d'une relative tolérance des Etats-Unis envers le groupe terroriste.

«Nous avons la très forte impression, dans notre combat quotidien contre le terrorisme en Syrie, que les Etats-Unis épargnent le Front Al-Nosra, ou peu importe son nom actuel», avait-il déclaré lors d'une conférence de presse.

https://francais.rt.com/international/44788-departement-detat-americain-a-reconnu-al-nusra-utilise-armes-chimiques-selon-moscou


 

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dimanche 15 octobre 2017

Lafarge en Syrie : Fabius pourrait être entendu par la justice pour son «éventuelle responsabilité»

Des anciens salariés de Lafarge ont demandé que l’ancien ministre des Affaires étrangères français soit auditionné par la justice dans le cadre des affaires que le cimentier faisait avec Daesh en Syrie.

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Représentés par l’ONG Sherpa, qui a mis en lumière le scandale de la collaboration du cimentier franco-suisse Lafarge avec l’Etat islamique en Syrie, des anciens employés de l’entreprise ont demandé que Laurent Fabius, alors en responsabilité, soit entendu par la justice afin de déterminer son éventuelle implication dans ce dossier.

D’après France info, qui a révélé cette information, l’organisation souhaite aussi faire entendre deux anciens ambassadeurs de France en Syrie.

«La justice française ne doit oublier aucun acteur dans cette affaire. […] L’Etat doit être exemplaire, les juges doivent donc rechercher son éventuelle responsabilité», a déclaré Marie-Laure Guislain, à propos de l’ex-ministre des Affaires étrangères français.

Plusieurs responsables ont pointé la responsabilité de la diplomatie française dans le maintien du cimentier en Syrie après la prise de contrôle du territoire où se trouvait l’usine par l’Etat islamique. Lafarge aurait versé à l’organisation terroriste 20 000 euros par mois contre  un laisser-passer pour ses camions.

«Le quai d’Orsay nous dit qu’il faut tenir, que ça va se régler […] On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie et personne ne nous a dit : « Maintenant il faut que vous partiez »», avait relevé devant les enquêteurs Christian Herrault, ex-directeur général adjoint opérationnel.

Mais, d’après France info, le ministère contesterait cette information. «Nous avons alerté le groupe Lafarge sur les risques encourus à rester en Syrie», a-t-on déclaré à la radio d’Etat.

L’information judiciaire ouverte pour financement d’une organisation terroriste devrait permettre d’y voir plus clair.

RT – 13 oct. 2017

http://arretsurinfo.ch/lafarge-en-syrie-fabius-pourrait-etre-entendu-par-la-justice-pour-son-eventuelle-responsabilite/

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lundi 9 octobre 2017

Lafarge accablé pour ses arrangements avec Daesh en Syrie

 «On acceptait le racket ou on partait»

L’enquête continue sur le versement présumé d’importantes sommes par le géant du ciment à des groupes terroristes en Syrie, notamment en 2013, en pleine expansion de Daesh (*). Certains dirigeants mettent en avant des intérêts économiques supérieurs…

ARG LAFARGE TERRORISMEUn an après l’ouverture d’une enquête préliminaire en octobre 2016 par le parquet de Paris, puis d’une information confiée depuis à trois juges d’instruction en juin dernier, le dossier contre le cimentier Lafarge devient accablant. La direction, basée en France, est suspectée d’avoir eu connaissance et d’avoir validé des paiements effectués par sa filiale syrienne, Lafarge Cement Syria (LCS), à des groupes armés terroristes afin de pouvoir continuer à exploiter un site en Syrie. Les enquêteurs soupçonnent en outre le géant franco-suisse du ciment d’avoir produit de fausses pièces comptables.

«Soit on acceptait le racket, soit on partait», a fait valoir en guise de défense un responsable de Lafarge, anonymement cité par l’AFP. Mais l’argument paraît un peu court, les auteurs dudit racket n’étant pas de simples voyous mais des terroristes de l’organisation Daesh. Ce qui ferait techniquement de l’entreprise Lafarge un soutien du terrorisme islamique. Même ligne de défense un peu surréaliste de la part de l’ex-président du groupe de 2007 à 2015, Bruno Lafont, aux enquêteurs des douanes judiciaires. «Pour moi, les choses étaient sous contrôle. Si rien ne me remontait, c’est que rien de matériel ne se produisait», assurait-il en janvier 2017, selon une source proche du dossier.

Mauvais timing

Tout commence en 2010, avant le début de la guerre civile en Syrie et l’extraordinaire émergence de l’Etat islamique. En octobre de cette année, Lafarge inaugure l’usine flambant neuve de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, qui lui a coûté 680 millions de dollars. Un investissement a priori sûr dans une république laïque dont les liens commerciaux avec la France sont anciens. Mais à peine six mois plus tard, les premiers troubles, prémices du chaos dans lequel allait être plongée la Syrie, éclatent.

A partir de 2013, la production de la cimenterie s’effondre et Daesh, en pleine expansion territoriale depuis son berceau irakien, devient incontournable dans la région. Mais contrairement au pétrolier Total ou à d’autres multinationales, le cimentier décide de rester.

Un seul intermédiaire entre Lafarge et Daesh

Cependant, pour se maintenir dans le pays, le cimentier va devoir mettre la main à la poche. Pour assurer la sécurité de ses employés – et donc maintenir l’exploitation de son site – LCS verse à un intermédiaire, «entre 80 000 et 100 000 dollars» par mois, d’après Bruno Pescheux, ex-directeur de la cimenterie entre 2008 et 2014. Mais l’intermédiaire n’est pas un simple porteur de valises. Il s’agit en effet d’un ex-actionnaire minoritaire de l’usine, un certain Firas Tlass. Celui-ci répartit ensuite les fonds entre différentes factions armées, toujours selon Bruno Pescheux. La part du gâteau pour Daesh stricto sensu aurait ainsi représenté environ 20 000 dollars par mois.

En contrepartie, l’organisation d’Abou Bakr al-Baghdadi édite en mai 2014 un laissez-passer, avec la mention suivante : «Prière d’autoriser le ciment venant de Lafarge à passer les barrages». Le 29 juin de la même année, le jour-même où l’organisation autoproclame «le califat» et devient un quasi-Etat, une rencontre aurait même été organisée entre un de ses cadres et le responsable de la sécurité de la cimenterie.

Bénédiction du Quai d’Orsay ?

Selon les révélations de l’enquête, l’affaire remonte même jusqu’au sommet de l’Etat. Cette volonté de rester aurait reçu l’aval des autorités françaises, alors que Laurent Fabius était ministre des Affaires étrangères. «Le quai d’Orsay nous dit qu’il faut tenir, que ça va se régler […] On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie et personne ne nous a dit : « Maintenant il faut que vous partiez »», a plaidé un autre dirigeant de Lafarge, Christian Herrault, ex-directeur général adjoint opérationnel.

D’autres responsables, d’après l’AFP, auraient en outre souligné l’importance de conserver un avantage stratégique afin d’être en première ligne pour participer à la reconstruction de la Syrie une fois la guerre terminée. Ces dirigeants pensaient-ils que les multinationales étaient au-dessus des lois contre le financement du terrorisme, lesquelles ne concerneraient que les particuliers ?

RT – 6 oct. 201

[*] Ndlr: Le groupe terroriste Daesh est issu de l’État islamique d’Irak (EII) créé en 2006; il a commencé à s’étendre et sévir en Syrie en 2013 sous l’appellation État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Et dès juin 2014 sous l’appellation Etat islamique

Lire aussi: http://arretsurinfo.ch/un-ancien-dirigeant-de-lafarge-reconnait-avoir-finance-letat-islamique-avec-laval-de-la-france/

Source: https://francais.rt.com/economie/44262-on-acceptait-racket-ou-on-partait-lafarge-daesh-syrie

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