vendredi 3 août 2018

Syrie : Paris et Washington jouent les prolongations !

TRIBUNE LIBRE / Richard Labévière, Source : Proche & Moyen-Orient, Proche & Moyen-Orient, 16-07-2018

GEOP LE MONDE SYRIE

L’armée gouvernementale syrienne vient de hisser le drapeau national dans les quartiers de Deraa, jusqu’à présent aux mains des jihadistes. Située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Damas, Deraa est d’autant plus symbolique que c’est là – en mars 2011 – qu’a commencé la révolte anti-gouvernementale. Hâtivement présenté, comme une « révolution pacifique » par la presse occidentale, ce mouvement a, dès le départ généré une « mobilisation de confrontation », tournant vite à la lutte armée contre les forces de l’ordre. Aidés par leurs homologues jordaniens, les Frères musulmans syriens y ont introduit des armes de guerres (M-16 américains et RPG) en proclamant que l’heure de la vengeance avait sonné, faisant allusion à leur tentative de coup d’Etat avortée à Hama en 19821.

Toujours à la pointe de la propagande, le quotidien Le Monde titre : « Deraa, l’étincelle de la révolution syrienne s’est éteinte… »2 S’ensuit une hallucinante diatribe anti-russe et anti-Bachar relevant davantage du parti-pris idéologique que d’une information maîtrisée, recoupée et responsable. Depuis mars 2011, Le Monde nous annonce le renversement imminent du « boucher de Damas ». La libération de Deraa constitue pour le quotidien, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, un cinglant démenti, sinon un cruel retour du réel signifiant que depuis le début de la crise syrienne, Le Monde nous désinforme et nous ment.

LE MONDE APPEL GUERRE

Les membres de la rédaction de prochetmoyen-orient.ch boycottent le quotidien depuis le milieu des années 1980, lorsque le triumvirat de l’imposture – Colombani, Minc et Plenel – a mis la main sur la prestigieuse entreprise d’Hubert Beuve-Méry pour en faire une plate-forme d’humeurs, de trafics d’influences et de propagande… A ce sujet, on peut lire et relire l’enquête définitive de Pierre Péan et Philippe Cohen parue en 20033.

Dans tous les cas de figures, il est assez piquant de voir en ce moment les « journalistes » du Monde rétropédaler pour essayer de justifier leurs mensonges syriens imposés aux lecteurs depuis plus de sept ans… Ne leur en déplaise, toujours est-il que l’armée syrienne a, désormais libéré plus de 80% du territoire national. Mais, la fin de partie est loin d’être sifflée, d’autant que Washington, Londres et Paris jouent les prolongations.

LE BUNDESTAG A AMPLEMENT RAISON

ONU

Dirigée par Alexander Neu, député Die Linke4, la Commission de défense du parlement allemand, vient d’affirmer que la présence militaire de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais en Syrie est conforme au droit international, « le gouvernement syrien ayant formellement demandé l’aide de Moscou, de Téhéran et du Hezbollah tandis que l’ingérence de la coalition dirigée par les États-Unis est jugée plus « complexe », la fourniture d’armes aux jihadistes engagés en Syrie constituant une flagrante violation du droit international.

La Commission du Bundestag a, aussi relevé que l’armée syrienne lutte – depuis des années – contre différents groupes terroristes, dont certains ont bénéficié d’un soutien militaire et financier (désormais prouvé) des Etats-Unis et d’autres pays européens dont la Grande Bretagne et la France. Par conséquent, plusieurs des meilleurs experts en droit international estiment que, non seulement l’intervention américaine n’est plus justifiable, mais qu’elle pourrait être attaquable devant la Cour pénale internationale (CPI) comme « crime de guerre ». Sur le terrain, les sanctuaires de Dae’ch sont, désormais démantelés. De fait, la « loi d’autodéfense » de la coalition dirigée par Washington est devenue caduque, les Etats-Unis devant envisager de cesser leur campagne militaire en Syrie et de plier bagages !

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Selon plusieurs sources diplomatiques, ce dossier doit être l’un des points à l’ordre du jour de la rencontre Trump/Poutine à Helsinki ce lundi 16 juillet. Le président russe devrait demander à son homologue américain le démantèlement de la dizaine de bases militaires que les Etats-Unis maintiennent dans le nord-est de la Syrie. A n’en pas douter, l’homme d’affaires Trump devrait marchander ce retrait contre deux contreparties : Money first, des garanties permettant aux entreprises américaines de pouvoir participer à la reconstruction économique à venir de la Syrie qui s’annonce déjà comme l’un des marchés du siècle. De plus, le président américain se fera aussi porte-parole de son allié et ami israélien Benjamin Netanyahou, qui a déjà demandé à Vladimir Poutine – et ce, à plusieurs reprises – l’évacuation du Hezbollah et des Pasdarans iraniens du sud du pays, particulièrement du plateau du Golan occupé par la soldatesque de Tel-Aviv depuis juin 1967.

Dans le même ordre d’idées, Vladimir Poutine pourrait exiger le retrait de plusieurs centaines de soldats des forces spéciales britanniques et françaises, également déployées dans le nord-est, officiellement en appui de plusieurs formations kurdes. Damas est d’autant plus remonté contre Paris, que la libération de Deraa a permis de découvrir – dans les stocks d’armes des jihadistes – différents types de matériels militaires français.

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L’armée syrienne se serait ainsi emparée de plusieurs systèmes antichars APILAS fabriqués en France. L’APILAS est un système antichar sans recul tirant des roquettes à charge creuse d’un calibre de 112 mm, utilisé pour la destruction de chars de combat, de fortifications et d’abris. La portée des roquettes varie de 25 à 600 mètres, en fonction de la cible. Fabriquées par le groupe Nexter, ces armes auraient été acheminées depuis la Jordanie où des commandos français formaient différentes unités jihadistes depuis plusieurs années. Et différents officiels syriens ne cachent pas par leur ressentiment à l’égard de la France affirmant « qu’aucune entreprise française ne participera à la reconstruction économique du pays. Si l’on pourrait même envisager d’associer même des Américains, des Maltais ou des Papous… une chose est sûre : les Français ne remettront pas un pied en Syrie avant longtemps, très longtemps… »

En diplomatie, on finit toujours par récolter ce qu’on a semé. Encore bravo aux politiques proche et moyen-orientales de Messieurs Sarkozy, Juppé, Hollande, Fabius, Macron et Le Drian. Que par cynisme ou « réalisme » affairiste, l’Elysée et le Quai d’Orsay aient décidé de coller aux orientations décidées par Washington pour, notamment, signer des contrats d’armements avec l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (EAU) est une chose. Invoquer en même temps les droits de l’homme si chers à la France éternelle et continuer à donner (en la matière) des leçons au monde entier en est une autre… Nos voisins allemands font preuve d’un cynisme commercial identique, voire encore plus offensif, mais au moins ont-ils la pudeur de se taire !

DANS LE SUD, TEL-AVIV AIDE AL QAÏDA

On l’a compris, la libération de Deraa ne siffle pas la fin de partie. Malgré des accords de « réconciliation » avec les jihadistes, la totalité des groupes terroristes est loin d’être totalement éradiquée. Dans la province de Deraa, le réduit terroriste concerne un carré d’une quinzaine de kilomètres par quinze. Et, c’est à partir de cette enclave – adossée au plateau du Golan annexé par Israël – que les dernières katibas jihadistes poursuivent leur « guerre sainte ».

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L’Aman, les services de l’armée israélienne continuent à livrer des armes aux terroristes de Jabhat al-Nosra, c’est-à-dire Al Qaïda en Syrie. Sur plusieurs documents d’observation aérienne en provenance de drones d’une armée occidentale, on peut distinguer des camions israéliens – stationnés sur la frontière syrienne – d’où sont déchargées des caisses de vivres et de matériels militaires à destination de plusieurs positions aux mains de Jabhat al-Nosra. D’autres clichés attestent de la prise en charge de terroristes blessés par des ambulances israéliennes, acheminés à destination des hôpitaux militaires des forces israéliennes d’occupation de la région de Quneitra.

Différentes organisations israéliennes, présentées comme « ONGs » médiatisent leurs engagements à vocation « humanitaire » dans cette même région du plateau du Golan qui abritent plusieurs bases d’écoutes et d’observations électroniques de l’armée israélienne. Afin de faciliter les négociations à venir qui concerne ce territoire occupé, les Russes auraient demandé au Hezbollah et aux Pasdarans iraniens d’évacuer leurs positions pour les remettre à l’armée gouvernementale syrienne. C’est du moins ce que ne cesse d’affirmer la presse américaine depuis plus d’un mois, espérant ainsi enfoncer des coins dans l’alliance pro-syrienne.

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En fait, ni le Hezbollah, ni les Iraniens ne disposent de positions militaires, ni d’unités compactes à proprement parler dans le sud de la Syrie, leurs combattants étant intégrés à des unités de l’armée gouvernementale. Et les uns comme les autres répondent qu’ils agissent conformément au commandement de l’armée gouvernementale. En fait, la grande crainte de Tel-Aviv est moins de voir s’installer leurs ennemis historiques (Hezbollah libanais et troupes iraniennes) aux portes de leurs colonies du nord que de se voir contraindre à une reprise des négociations pour un retrait pur et simple du plateau du Golan, annexé par la force en juin 1967. Amorcée lors du sommet Clinton/Hafez al-Assad de Genève en 1994, la négociation avait tourné court face à l’intransigeance israélienne, Tel-Aviv ne voulant pas céder un pouce de terrain jusqu’aux rives du lac de Tibériade. En juin 2000, un deuxième sommet avait échoué pour les mêmes raisons.

Dans ce contexte, on pourrait imaginer que l’éradication finale des groupes terroristes engagés dans le sud de la Syrie pourrait permettre de relancer cette négociation pour mettre fin à l’occupation israélienne du Golan syrien. En relation permanente avec Tel-Aviv, Donald Trump et Vladimir Poutine pourraient ainsi saisir la perspective de la reconstruction de la Syrie pour mettre un terme à l’occupation israélienne du Golan, ainsi qu’à la répression qui s’exerce quotidiennement à l’encontre des populations civiles de cette région.

EN ATTENDANT LA BATAILLE OU LA NEGOCIATION D’IDLIB

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Le troisième volet ouvert par la libération de Deraa concerne l’éradication finale des groupes terroristes en Syrie, et pas seulement ceux de Dae’ch et Jabhat al-Nosra. Les jihadistes, qui n’ont pas accepté les promesses de « réconciliation » de Damas, refusent d’abandonner le combat contre l’armée gouvernementale. Comme lors de chacune des reconquêtes du territoire national (Alep, la Ghouta, Deir ez-Zor, etc.), une médiation russe a permis à ces « irréductibles » d’être transférés dans la province d’Idlib – au nord-ouest du pays, à l’ouest d’Alep – le dernier sanctuaire terroriste. Celui-ci abriterait quelque 25 à 30 000 jihadistes armés selon différentes sources militaires, dont plusieurs milliers des fameux Ouïghours (Musulmans du Xinxiang du nord-ouest de la Chine).

Les services spéciaux de l’armée turque continuent à entretenir plusieurs de ces groupes afin de faire pression sur Damas dans le cadre de la question kurde. « En effet, Idlib est le fer au feu d’Ankara pour contraindre le gouvernement syrien à ne rien lâcher aux Kurdes, du moins pour empêcher la formation de toute espèce d’entité kurde, plus ou moins autonome sur la frontière turque », explique un officier européen de renseignement engagé dans la région ; « Ankara craint par-dessus tout que le nord de la Syrie ne constitue un espace de profondeur stratégique pour le PKK (parti des travailleurs kurdes) de Turquie ». Et l’armée turque est particulièrement attentive à l’évolution de Manbij, ville du gouvernorat d’Alep à trente kilomètres à l’ouest de l’Euphrate.

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Début juillet, le Conseil militaire de Manbij, installé par les Forces démocratiques syriennes (FDS/majoritairement kurdes) a annoncé sa détermination à résister à toute tentative turque de contrôler la région. Le même conseil a affirmé qu’il avait reçu des assurances de la coalition américaine. « Dans le cadre d’un accord signé avec les Etats-Unis, la Turquie peut patrouiller le long de la frontière de la ville (du côté opposé à Manbij, le long de la rivière Sajur). Pour sa part, les unités de la coalition pro-américaine restent déployées dans la totalité de l’agglomération de Manbij », explique un officier supérieur américain en poste à Ankara.

Plusieurs autres sources militaires estiment que la question d’Idlib constitue l’ultime nœud de la guerre civilo-globale de Syrie. « De deux choses l’une, soit une nouvelle négociation tripartite – Russie/Turquie/Syrie – similaire à celle qui a permis le dénouement de la bataille d’Alep en décembre 2016, permettra l’évacuation des quelques 30 000 jihadistes, dont une bonne partie devrait regagner leur pays d’origine, soit la poche d’Idlib sera bombardée avant d’être réinvestie par l’armée syrienne et ses alliés… Dans ce dernier cas de figure, la bataille d’Idlib sonnera le glas de la rébellion armée syrienne et fera énormément de nouvelles victimes », assure un attaché européen de défense à Ankara. La situation d’Idlib sera, vraisemblablement aussi à l’ordre du jour de la rencontre Trump/Poutine, ce lundi à Helsinki.

EXTENSION DU DOMAINE DE LA GUERRE

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Conformément à la réunion du Small Group (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie) du 11 janvier 2018 à Washington, révélée par prochetmoyen-orien.ch5, les pays occidentaux jouent les prolongations pour trois raisons : 1) ils considèrent que le maintien de différentes forces militaires leur garantit une meilleure position dans les négociations à venir qui porteront sur la reconstruction de la Syrie ; 2) soutenant Israël, ils poursuivent ainsi une « guerre interposée » contre l’Iran et le Hezbollah libanais ; 3) ils misent sur l’extension de la guerre en mer Rouge et tout particulièrement sur une nouvelle partition du Yémen.

Le télégramme diplomatique britannique insistait sur la « poursuite d’une guerre élargie » justifiée par une « campagne de communication humanitaire ». Rien de très surprenant, si ce n’est que Washington, Londres et Paris ne sont pas prêts à reconnaître la « victoire de terrain » de l’armée gouvernementale syrienne et de ses alliés russe, iraniens et du Hezbollah libanais.

Les pays occidentaux se sont engagés à continuer à soutenir – conjointement – les monarchies pétrolières du Golfe et Israël en cherchant à prendre leur revanche, non seulement au Yémen, mais dans toute la sous-région entre le détroit d’Ormuz et la mer Rouge où se livre, d’ores et déjà une autre guerre tout aussi vitale : celle des zones portuaires. Nous y reviendrons.

Bonne lecture et bonne semaine.

Richard Labévière
16 juillet 2018



1 Dans la nuit du 2 au 3 février 1982, un commando des Frères musulmans composé de 200 hommes armés investit la ville de Hama, assassinant une centaine de personnes. À l’aube, l’état-major de l’organisation islamiste déclare dans un communiqué que Hama est considérée comme « ville libérée » et exhorte la population à se soulever contre les « infidèles ». Le président Hafez al-Assad décrète l’état de siège et mobilise l’armée, en premier lieu les forces spéciales et la 47e brigade blindée, afin de reprendre le contrôle de la ville. Le 15 février 1982, le ministre de la Défense, Mustafa Tlass, déclare que les groupes armés des Frères musulmans sont neutralisés. La ville de Hama reste néanmoins assiégée pendant 27 jours afin de réduire les derniers insurgés. Le bilan des victimes donne lieu à une guerre de communication variant entre 2000 et 25 000 victimes.
2 Le Monde, 13 juillet 2018.
3 Pierre Péan et Philippe Cohen : La Face cachée du Monde. Editions Fayard, 2003.
4 Die Linke (en français : « La Gauche ») est un parti politique allemand né de la fusion, le 16 juin 2007, du Parti du socialisme démocratique (ex-Parti socialiste unifié d’Allemagne), qui fut le parti officiel de la République démocratique allemande, et de l’Alternative électorale travail et justice sociale.
5 « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la stratégie occidentale » – prochetmoyen-orient.ch, 17 février 2018.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Proche & Moyen-Orient, 16-07-2018

https://www.les-crises.fr/syrie-paris-et-washington-jouent-les-prolongations-par-richard-labeviere/

Commentaire intéressant sur le site "les crises":
Georges Glise // 02.08.2018 à 06h42

Excellente analyse extrêmement claire de la situation en Syrie!, et un rappel utile de la trahison du journal le Monde, créé par Beuve-Méry à la demande du général de Gaulle, ce journal avait toujours soutenu la politique extérieure de non-alignement du général, politique abandonnée par tous ses successeurs, à commencer par le rothschildien Pompidou qui fit entrer le Royaume-Uni dans la Communauté européenne, ce que le général avait toujours refusé. Et avec Giscard et Mitterrand prévalut l’atlantisme, continué sous Chirac malgré un sursaut lors de l’invasion de l’Irak; et l’alignement sur washington et son Pentagone s’est renforcé avec sarko qui réintègre l’armée française dans [le commandement intégré] de l’Otan et initie avec Kouchner et BHL la guerre en Libye pour masquer ses turpitudes, politique poursuivie par Hollande notamment en Syrie! Quant à Macron, son engagement washingtonien semble lié au fait que comme la plus grande partie des élites françaises, il a été formaté par la French-American Foundation, laquelle a soutenu sans faille sa candidature à l’Elysée en 2016-2017, et a même probablement suscité sa candidature!

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A ce jour, on ne sait pas exactement ce qui a été réellement négocié à Helsinki, entre Poutine et Trump. Affaire à suivre donc...   P.G.

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mardi 10 juillet 2018

Syrie – Les médias grand public mentent à propos du rapport de l’OIAC sur « l’attaque chimique » à Douma

TRIBUNE LIBRE / Moon of Alabama

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Publié le 7 juillet 2018 sous le titre Syria – Mainstream Media Lie About Watchdog Report On The ‘Chemical Attack’ In Douma

Traduction : Dominique Muselet

Certains médias traditionnels mentent purement et simplement en communiquant les conclusions du  rapport de l’OIAC sur « l’attaque chimique » présumée à Douma.

Le Washington Post écrit :

Un organisme d’inspection international a conclu que du chlore avait été effectivement utilisé dans la ville de Douma la veille du jour où les forces rebelles se sont rendues.

Dans un premier rapport publié vendredi, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a déclaré que ses inspecteurs avaient découvert des traces de « divers produits chimiques organiques chlorés » sur deux sites qu’elle a inspectés.

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L’OIAC n’a pas du tout conclu que « du chlore avait été effectivement utilisé ». Il a trouvé quelques composés chimiques dont les principaux éléments sont le chlore, le carbone et l’hydrogène dans diverses configurations. Il existe des centaines, voire des milliers, de « produits chimiques organiques chlorés ». Un tuyau en plastique fabriqué à partir de polychlorure de vinyle (PVC = (C2H3Cl)n) est composé des mêmes éléments. On pourrait l’appeler un « produit chimique organique chloré ». La combustion d’un produit en PVC libère divers composés dont beaucoup seront eux-mêmes des « produits chimiques organiques chlorés ». Mais trouver des résidus d’un tuyau en plastique ou de matériaux d’isolation brûlés dans une maison ne signifie pas que du gaz de chlore a été utilisé à cet endroit. Plusieurs des composés trouvés par l’OIAC résultent de l’utilisation du chlore pour désinfecter l’eau. On peut en trouver dans l’eau chlorée et à peu près partout où on utilise de l’eau chlorée.

La BBC a commis une « erreur » similaire. Elle a titré « La guerre de Syrie : L’attaque de Douma était du gaz de chlore – organisme d’inspection ».

Il a fallu que beaucoup de lecteurs protestent dans les médias sociaux et beaucoup de temps (plusieurs heures) pour que la BBC consente à corriger son « erreur ». Elle titre maintenant: « Guerre de Syrie: ‘Chlore possible’ sur le site de l’attaque de Douma – organisme d’inspection. C’est mieux, mais c’est tout de même encore un mensonge. Ni le rapport de l’OIAC, ni sa note technique (pdf) n’utilisent nulle part l’expression « chlore possible ». de plus la BBC n’a pas mis de note explicative pour indiquer que le titre original avait été modifié.

Le Daily Beast titre : Organisme d’inspection : Du chlore a été utilisé dans l’attaque chimique de la Syrie

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a déterminé que du chlore avait été utilisé dans l’attaque chimique dans la ville syrienne de Douma, mais n’a trouvé aucune preuve que des agents neurotoxiques étaient impliqués.

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C’est un mensonge pur et simple. Le rapport de l’OIAC ne dit pas que du chlore a été utilisé. Il ne mentionne le chlore que deux fois et seulement à propos d’attaques précédentes.

The Independent, AlJazeerah, l’Australien ABC News et d’autres diffusent le même mensonge à leurs lecteurs.

Si tant d’organes de presse ont fait cette « erreur » c’est peut-être parce que l’agence de presse britannique Reuters a été la première à répandre cette fausse information :

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Reuters a depuis lors changé le titre et le texte de cet article et écrit « produits chimiques chlorés » à la place de « chlore », mais n’a joint aucune note pour expliquer ce changement. De plus, il ne précise pas qu’on trouve des « produits chimiques chlorés » à peu près partout.

On peut douter que ces « erreurs » aient été commises par simple négligence. Les auteurs veulent plus probablement  créer la fausse impression que la Syrie est responsable d’une « attaque chimique » qui ne s’est pas produite. S’ils disaient la vérité, il leur faudrait aussi expliquer que les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé une large attaque de missiles de croisière contre la Syrie sans aucune raison valable.

Moon of Alabama

Article original: Syria – Mainstream Media Lie About Watchdog Report On The ‘Chemical Attack’ In Douma

Traduction : Dominique Muselet

Source: https://arretsurinfo.ch/syrie-les-medias-grand-public-mentent-a-propos-du-rapport-de-loiac-sur-lattaque-chimique-a-douma/

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samedi 30 juin 2018

Lafarge mis en examen pour complicité de crimes contre l’humanité

Pour la première fois en France, une entreprise a été mise en examen pour « complicité de crimes contre l’humanité ». Crime le plus grave du droit pénal français et seul crime imprescriptible, le crime contre l’humanité, défini pour la première fois par l’Accord de Londres du 8 août 1945, réprime le génocide, la déportation, l’esclavage ainsi que les exécutions, les enlèvements et les tortures lorsqu’ils sont exécutés massivement et systématiquement.

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Lafarge SA, filiale du cimentier franco-suisse LafargeHolcim, a été mise en examen par trois juges du tribunal de grande instance de Paris en tant que personne morale pour « complicité de crimes contre l’humanité », « violation d’un embargo », « financement d’une entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui » des anciens salariés de l’usine de Jalabiya, située à 150 km au nord-est d’Alep. Elle a été placée sous contrôle judiciaire avec une obligation de cautionnement de 30 millions d’euros.

Cette décision, « conforme » aux réquisitions du parquet de Paris, constitue une nouvelle étape décisive dans l’instruction judiciaire ouverte en juin 2017. Elle fait suite aux mises en examens ces derniers mois pour « financement du terrorisme » et « mise en danger de la vie d’autrui » de huit anciens dirigeants et cadres du groupe, dont l’ancien PDG de Lafarge de 2007 à 2015, Bruno Lafont.

« Un pas décisif dans la lutte contre l’impunité des multinationales »

Le géant européen du ciment est notamment suspecté d’avoir financé plusieurs groupes armés, dont Daech, pour maintenir son activité en Syrie pendant la guerre en 2013 et 2014. Mais aussi de s’être approvisionné en pétrole auprès de Daech, qui avait pris le contrôle de la majorité des réserves stratégiques de Syrie à partir de juin 2013, en violation de l’embargo décrété par l’Union européenne en 2011.

« C’est la première fois dans le monde qu’une entreprise est mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité, ce qui marque un pas décisif dans la lutte contre l’impunité des multinationales opérant dans des zones de conflits armés, se réjouit l’ONG Sherpa, à l’initiative de l’affaire par ses révélations et sa plainte déposée en 2016. En France, il s’agit aussi de la première fois qu’une multinationale, maison mère, est mise en examen pour les activités de l’une de ses filiales à l’étranger ».

 

Lafarge entend exercer un recours devant la chambre d’instruction

Dans un communiqué, Lafarge reconnaît une part de responsabilité, notamment en ce que son « système de supervision de sa filiale syrienne » ne lui aurait pas « permis d’identifier les manquements survenus à la suite d’une violation sans précédent des règlements et des règles de conformité internes par quelques personnes qui ont quitté le groupe ». L’entreprise entend néanmoins exercer un recours devant la chambre d’instruction contre les « infractions reprochées qui ne reflètent pas équitablement ses responsabilités ».

Manifestement le collège de trois juges a estimé qu’il existait au-delà des responsabilités individuelles des anciens cadres du groupe, « des indices graves ou concordants qui rendent vraisemblable » que la société elle-même « ait pu participer, comme auteur ou comme complice, à la réalisation » des crimes et délits objets de la mise en examen. Depuis la loi du 9 mars 2004, les personnes morales peuvent, sauf exception, se voir reprocher les mêmes infractions que les personnes physiques.

 

Carmen Asphodèle
https://www.la-croix.com/Economie/Entreprises/Lafarge-mis-examen-complicite-crimes-contre-lhumanite-2018-06-28

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On attend maintenant la même chose pour ce qui concerne les agissements de la diplomatie française pendant la même période, mais là, ça risque d'être un peu plus compliqué...    P.G.

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jeudi 21 juin 2018

Chomsky signataire d’un appel « progressiste » pour la poursuite de l’implication militaire américaine en Syrie

TRIBUNE LIBRE /  Whitney Webb

TL CHOMSKY SYRIE

Publié le 26 avril 2018 sur Mintpressnews sous sous le titre Chomsky Among “Progressives” Calling for US Military Involvement in Syria

Traduit de l’anglais par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

Dans la mesure où les personnalités les plus progressistes n’appellent jamais ouvertement à une intervention militaire américaine accrue dans un pays extérieur, cette pétition montre que la propagande en faveur de la guerre en Syrie – surtout celle en lien avec la cause kurde – a très habilement réussi à retourner l’opinion de la gauche pacifiste et progressiste sur le sujet.

Lundi dernier, le magazine New York Review of Books a publié une lettre ouverte et une pétition pour se joindre aux pressions occidentales exercées sur la Turquie, pour contraindre cette dernière à mettre fin à l’occupation d’Afrin. La pétition s’opposait aussi à toute incursion ultérieure de la Turquie en Syrie et soutenait l’autonomie du Rojava – cette région du Nord de la Syrie qui s’auto-administre depuis, qu’en 2012, des factions kurdes y ont pris le pouvoir avec l’appui des Etats-Unis. Le texte émane du Comité d’urgence pour le Rojava et a été signé depuis par des personnalités connues, telles que Noam Chomsky et Judith Butler, qui se sont ralliées à son projet de mutualisation des efforts en vue de soutenir les revendications des groupes kurdes.

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Ces revendications portent entièrement sur la politique du gouvernement américain. Elles insistent pour que ce dernier « impose des sanctions économiques et politiques à la Turquie… interdise les ventes et livraisons d’armes entre la Turquie et les pays de l’OTAN… fasse en sorte que le Rojava soit représenté dans les négociations de paix … » et, ce qui semble  le plus paradoxal, « continue de soutenir les Forces Démocratiques Syriennes », ce groupe majoritairement constitué de Kurdes qui a joué les intermédiaires pour l’administration américaine et est suspecté d’avoir procédé à des opérations de nettoyage ethnique en vue de faire aboutir son projet d’Etat ethno-nationaliste kurde au nord de la Syrie.

Les trois premières revendications du groupe paraissent raisonnables, en ce sens qu’elles demandent de sanctionner la Turquie pour son invasion illégale du territoire syrien. Mais elles sont aussi fantaisistes, dans la mesure où l’administration américaine n’a l’intention, ni d’interrompre les ventes d’armes, ni de sanctionner la Turquie, – qu’elle a besoin de courtiser pour empêcher un rapprochement d’Ankara avec la Russie. A ce titre, les Etats-Unis ont prouvé – en refusant de soutenir les Kurdes pendant la bataille d’Afrin – que leur « alliance » avec les Kurdes était purement opportuniste et passait après le maintien de leurs liens  avec la Turquie.

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La troisième revendication a également peu de chances d’aboutir, puisque, la Turquie a estimé d’emblée inacceptable la participation des Kurdes de Syrie aux pourparlers de paix et conditionné sa participation à ces derniers sous forme d’ultimatum : «C’est nous ou eux ». Sans compter les précédentes tentatives d’inviter les Kurdes dans les discussions qui ont été rejetées par des nations occidentales, dont les Etats-Unis, dans leur volonté de ne pas déplaire à la Turquie.

Plus récemment encore, devant l’absence de réaction internationale à l’événement, les Kurdes eux-mêmes ont refusé en début d’année de participer aux négociations sur l’occupation turque d’Afrin. Et même avant cette occupation, les Kurdes de Syrie s’étaient déclarés « non tenus » de respecter les décisions qui pourraient être prises durant les pourparlers, réduisant de ce fait les chances d’aboutir à la paix.

Mais au-delà du caractère irréaliste des trois premières revendications de la pétition, c’est surtout la suivante – celle portant sur la poursuite d’une assistance militaire américaine aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS) – qui est de loin la plus inattendue : en signant cette pétition, des personnalités connues pour leur progressisme revendiquent la poursuite de l’occupation américaine en Syrie et l’accroissement de l’aide militaire et financière aux FDS, qui leur servent de forces intermédiaires sur le terrain.

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Qui se serait attendu à ce que des progressistes aussi engagés appellent un jour publiquement au prolongement d’une occupation militaire américaine ?

La pétition montre également l’effet redoutable que la propagande pour la guerre en Syrie – et surtout celle qui a trait aux Kurdes – a exercé sur la gauche pacifiste.

De fait, les Kurdes de Syrie font l’objet d’un traitement romancé dans la presse occidentale qui les présente comme les “fondateurs de la démocratie la plus avancée au monde” et les pionniers  de l’égalité de genre et des droits des homosexuels. Mais si les Kurdes ont bien instauré des mesures politiques d’avant-garde, la réalité sur le terrain est plus nuancée. Et surtout, « l’aide » américaine au Rojava, que la pétition souhaite voir renforcée, ne bénéficie vraiment ni aux progressistes, ni même aux Kurdes.

Kurdes et FDS : deux entités distinctes

ROJAVA GUERRIERES

Depuis la montée en puissance de l’Etat Islamique dans le conflit syrien, les médias occidentaux mettent les Kurdes sur un piédestal et n’ont de cesse de les présenter comme les seuls opposants « véritables » du groupe terroriste. Mais on est peu à peu passé de l’éloge des milices kurdes locales à celui des Forces Démocratiques Syriennes, alors que ces deux entités ne sauraient être plus éloignées.

Bien qu’elles se vantent de compter un nombre important de Kurdes dans leurs rangs, les FDS ne sont pas expressément kurdes et sont en fait l’organisation parapluie de plusieurs milices. Ce qui ne serait pas gênant en soi ; ce qui l’est, c’est l’identité de nombre de ses combattants arabes. L’un des groupes combattant sous la bannière des FDS est par exemple le Conseil militaire de Deir Ezzor (Deir Ezzor Military Council (DMC) – il s’agit d’une organisation dont les combattants,  auparavant affiliés à l’organisation Etat islamique ou à Al-Nosra (groupe affilié à Al-Qaïda) ont été ensuite « retenus » par l’armée américaine dans le nord de la Syrie après s’être rendus aux FDS et autres forces soutenues par l’armée américaine à Raqqa. De plus, des tribus antérieurement alliées avec l’Etat islamique se sont jointes à ces forces aux côtés des FDS au cours de l’année écoulée.

 

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En plus d’abriter dans leurs rangs d’anciens membres de l’Etat islamique et d’autres organisations terroristes, les FDS collaborent également régulièrement avec l’Etat islamique dans le nord-est de la Syrie en s’attaquant à des cibles syriennes et russes. Bien qu’apparemment « ennemis », les Kurdes et l’Etat islamique se sont déjà montrés circulant les uns parmi les autres en toute connivence; et il est même arrivé que les Kurdes coopèrent avec l’Etat islamique sous la coordination des forces spéciales américaines. Ce qui explique peut-être pourquoi, après s’être emparées de Raqqa en juin dernier, les FDS ont laissé les terroristes de l’Etat islamique quitter tranquillement la ville. [1]

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Cette collaboration avec des groupes tels que l’Etat islamique – collaboration que les médias occidentaux ont travestie en un combat contre le terrorisme – a d’ailleurs entraîné des défections importantes de Kurdes au sein des FDS – notamment son ex porte-parole, Talal Silo, qui a accusé l’organisation de pactiser secrètement avec les terroristes.

A côté de ces liens troublants et de leur collaboration avec l’Etat islamique les FDS ont, conjointement avec l’armée américaine, participé à des crimes de guerre en Syrie, et sont accusés d’opérations de nettoyage ethnique qu’ils justifient par leur projet de création d’un Etat ethno-nationaliste kurde dans des zones du nord de la Syrie majoritairement peuplées d’Arabes.

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C’est ainsi qu’au cours de la bataille de Raqqa, les FDS – en lien avec la coalition dirigée par les Etats-Unis – ont commis des crimes de guerre, notamment en recourant à des armes chimiques et en coupant l’approvisionnement en eau de la ville, qui reste  privée d’eau un an après sa « libération ». Les FDS ont également joué un rôle central dans l’opération qui, selon plusieurs estimations, a fait 8000 morts et chassé hors de chez elles plus de 160 000 personnes. Cette opération a rendu 80 pour cent de la ville complètement inhabitable et six mois après la fin des combats, on évalue à 6,000  le nombre de corps encore ensevelis sous les gravats.*

Des journalistes tels que Andrew Korybko ont fait valoir que la population civile de Raqqa était directement visée dans la mesure où il était hautement improbable que ses habitants arabes ou non kurdes, vivant dans une ville dont la population est majoritairement arabe, acceptent de leur plein gré de vivre dans un petit Etat dominé par les Kurdes où ils seraient considérés comme des citoyens de seconde zone, et préféreraient conserver leur statut, au sein de la République Arabe Syrienne. En clair, plutôt que l’Etat islamique, que l’on a laissé s’enfuir et que l’on a ensuite réincorporé au sein des FDS, l’opération visait en partie des civils susceptibles de résister à l’annexion de Raqqa par des Kurdes soutenus par les Américains. Ce qui n’a pas empêché les Nations Unies de déclarer que l’élimination de la population arabe de Raqqa par les FDS avait été une  « nécessité militaire » et ne constituait donc pas une opération de « nettoyage ethnique ».

Les progressistes ont-ils bien évalué les enjeux de cette pétition ?

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La question des FDS mise à part, demander à l’Amérique de continuer à soutenir ce groupe revient à lui demander de prolonger son occupation illégale de la Syrie. Comme déjà expliqué sur le site Mintpress, cette occupation vise à la partition du pays et à mettre le nord-est de la Syrie hors de contrôle du gouvernement central.

Bien que cette partition ait également été un objectif de certains nationalistes Kurdes alliés aux Etats-Unis, qui ont voulu se servir de la division de la Syrie comme d’une rampe de lancement pour un « Kurdistan » indépendant, les Etats-Unis ont clairement indiqué au cours des mois précédents que cette partition du nord-est syrien ne bénéficierait pas autant aux Kurdes qu’aux Sunnites Wahhabites, dont l’idéologie se confond pratiquement avec celle de l’Etat islamique.

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Au début de la semaine dernière, le Wall Street Journal nous informait que John Bolton, nouveau conseiller de Trump à la Sécurité Nationale, travaillait avec les Etats alliés du Moyen Orient à la création d’une « coalition islamique » qui remplacerait les troupes américaines actuellement stationnées dans le nord-est de la Syrie par une armée constituée de soldats venus de l’Arabie Saoudite, du Qatar et de l’Egypte. Cette coalition constituerait une « force de stabilisation » militaire permanente dans la région.

Non contente d’envoyer des militaires arabes mettre de l’ordre dans le Rojava, l’Administration Trump a également sollicité une mise de fonds saoudienne dans la reconstruction de la région. L’Arabie Saoudite – réputée pour son traitement déplorable des minorités ethniques et religieuses et son financement de groupes terroristes tels que l’Etat islamique – et ses alliés du Golfe ne risquent pas de servir la cause des nationalistes kurdes, et encore moins leur “démocratie » directe progressiste ou leur promotion de l’égalité de genre et du droit des homosexuels. Monarchie dictatoriale bien connue  pour sa  répression des femmes et des minorités et pour la mise à mort de membres de la communauté LGBT, l’Arabie Saoudite se situe vraiment aux antipodes des idées que les progressistes occidentaux se font des Kurdes. C’est néanmoins à elle que les Etats-Unis confient les rênes pour gouverner la région de Syrie qu’ils occupent actuellement.

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De fait, en revendiquant la poursuite de la présence militaire américaine en Syrie pour appuyer les FDS, le Comité d »urgence pour le Rojava sape en réalité la cause des Kurdes « progressistes » qu’ils voudraient aider, et favorise au contraire une nouvelle tentative américaine de nation building (reconstruction de nation), qui va probablement aboutir à une enclave wahhabite peu différente d’un « califat » dirigé par l’Etat islamique.

Les efforts du Comité d’urgence pour le Rojava rejoignent d’autres tentatives plus importantes visant à défendre et à prolonger l’engagement militaire américain illégal en Syrie. Certes, cette pétition est destinée aux progressistes occidentaux, qui se sont historiquement opposés aux occupations militaires américaines illégales et aux guerres. Mais le ralliement de membres connus du camp des progressistes à cette pétition prouve que la poussée en faveur d’une intervention « humanitaire » en Syrie est plus forte que jamais.

Whitney Webb

Whitney Webb est rédactrice à MintPress News et collabore avec le site de Ben Swann’s, Truth in Media. Elle intervient sur différents sites tels que l’institut Ron Paul

[1] C’est Arrêt sur info qui souligne en gras

Article original: Chomsky Among “Progressives” Calling for US Military Involvement in Syria

Traduit par Sylvie Jolivet

Crédit image Noam Chomsky: Andrew Rusk/Flickr

Source: https://arretsurinfo.ch/chomsky-signataire-dun-appel-progressiste-pour-la-poursuite-de-limplication-militaire-americaine-en-syrie/

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*Voir notre publication: Raqqa : Guerre d’anéantissement, par Amnesty International

P.G.

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mercredi 20 juin 2018

Raqqa : Guerre d’anéantissement, par Amnesty International

Source : Amnesty International, 05.06.2018.

TL AMNESTY RAQQA

Il y a un an, une coalition menée par les États-Unis lançait une offensive pour chasser le groupe armé État Islamique (EI) de la ville de Raqqa. Des attaques aux conséquences catastrophiques pour les civils. Enquête.

L’opération menée par la coalition, sous la direction des États-Unis, du 6 juin au 12 octobre 2017, pour chasser l’EI de sa « capitale » autoproclamée, Raqqa, a fait des milliers de morts et de blessés parmi la population civile et a détruit la majeure partie de la ville. Des habitations, des bâtiments et des infrastructures ont été réduits à l’état de ruines ou trop endommagés pour pouvoir être réparés.

Les forces américaines, britanniques et françaises de la coalition ont conduit des dizaines de milliers de frappes aériennes, et les forces américaines ont reconnu avoir procédé à 30 000 tirs d’artillerie pendant l’offensive sur Raqqa. Plus de 90 % des frappes aériennes ont été menées par les forces américaines.

Un quartier de Raqqa détruit

LES CIVILS PRIS AU PIÈGE

À la veille de cette campagne militaire, le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, promettait une « guerre d’anéantissement » de l’EI.

Les affirmations de la coalition selon lesquelles sa campagne de bombardements aériens de précision lui a permis de « libérer » la ville de l’EI en faisant très peu de victimes civiles ne résistent pas à un examen approfondi.

En septembre 2017, au plus fort du conflit, le général de corps d’armée Stephen Townsend, commandant américain de la coalition, a écrit qu’il n’y avait « jamais eu une campagne aérienne plus précise dans toute l’histoire des conflits armés », ce qui est en forte contradiction avec les témoignages des habitants de Raqqa.

Les habitants se sont trouvés piégés tandis que les combats faisaient rage dans les rues de Raqqa entre les militants de l’EI et les combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) sous direction kurde, soutenus par les frappes aériennes et les tirs d’artillerie incessants de la coalition. L’EI a placé des mines sur les voies de sortie de la ville et a tiré sur les personnes qui essayaient de s’enfuir. Plusieurs centaines de civils ont été tués chez eux ou dans les lieux où ils s’abritaient, ou ont trouvé la mort alors qu’ils tentaient de fuir.

Un haut responsable militaire américain a même déclaré que jamais autant d’obus n’avaient été tirés sur un même lieu depuis la guerre du Vietnam. Les tirs d’obus n’étant précis qu’à 100 mètres près, il n’est pas étonnant que les victimes civiles aient été si nombreuses. Cette tragédie est en outre aggravée par l’absence d’enquêtes, plusieurs mois après les faits. Les victimes méritent que justice leur soit rendue.

Un jeune homme et son bébé à Raqqa

DE POSSIBLES CRIMES DE GUERRE

Les frappes de la coalition sur lesquelles nous avons pu enquêter ne sont que quelques exemples. Des preuves solides montrent que les frappes aériennes et les tirs d’artillerie de la coalition ont tué et blessé des milliers de civils, touchés notamment par des attaques disproportionnées ou aveugles qui sont contraires au droit international humanitaire et pourraient constituer des crimes de guerre.

Durant les quatre années où il a contrôlé la ville, l’EI a commis de nombreux crimes de guerre. Mais ces violations ne dégagent pas la coalition de son obligation de prendre toutes les précautions possibles pour limiter les dommages infligés aux civils.

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Nous avons écrit aux autorités américaines, britanniques et françaises en charge de la défense pour leur demander des informations complémentaires sur les cas sur lesquels nous avons pu enquêter et sur d’autres attaques. Nous les avons interrogées sur les tactiques de la coalition, ses moyens et ses méthodes d’attaque, le choix de ses cibles et les précautions prises lors de la planification et de la mise en œuvre des opérations.

Nous demandons désormais aux membres de la coalition de mener des enquêtes impartiales et approfondies sur les allégations de violations et sur les victimes civiles, ainsi qu’à reconnaître publiquement l’ampleur et la gravité des pertes de vies civiles et des destructions de biens de caractère civil à Raqqa.

Nous leur demandons aussi de rendre publiques leurs conclusions de même que toutes les informations sur les frappes pour évaluer dans quelle mesure ils ont respecté le droit international humanitaire.

https://www.les-crises.fr/raqqa-guerre-daneantissement-par-amnesty-international/

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mardi 12 juin 2018

Les Rojavistes à Millau compte-rendu

TRIBUNE LIBRE / Vincent Lenormant

TL ROJAVA DEBAT

Salut à tous

Je suis parti à la rencontre de 3 volontaires révolutionnaires ayant combattu au sein des YPG, dans le cadre d'une tournée organisée par Alternative Libertaire pour permettre à ces camarades de "donner leur point de vue sur la dynamique émancipatrice, ses limites, son potentiel, et l’indispensable solidarité internationale."

http://www.alternativelibertaire.org/?Tournee-AL-2018-Kurdistan-Revolution-Autogestion

J'avais imprimé un petit texte que j'ai commencé par distribuer à tout le monde :

Depuis 4-5 ans, certaines organisations se revendiquant de l’anarchisme soutiennent les combattants des YPG/YPJ au point d’envoyer argent et combattants en Syrie.
Rappelons donc quelques faits :

1) les YPG/YPJ kurdes sont la composante majoritaire des Forces Démocratiques Syriennes, créées, armées et commandées par les USA.

2) le « Rojava » est en dehors du Kurdistan. Il suffit de regarder n’importe quelle carte des zones de peuplement kurde pour le constater.

3) l’objectif affiché des FDS est de séparer la zone située au nord de l’Euphrate du reste de la Syrie. Les FDS ont permis aux USA de construire de nombreuses bases militaires dans le nord de la Syrie, où sont également présentes les forces spéciales françaises, en toute illégalité.

4) On trouve dans ces régions de nombreux gisements de pétrole et de gaz.

5) les USA se servent de l’idéologie libertaire pour recruter des supplétifs afin de couper la Syrie en deux et créer un nouvel état dont ils seront maîtres

6) Israël est également favorable au « Rojava ». Même si la propagande rojaviste présente l’Iran et la Syrie (et bien sûr la Russie) comme les pires menaces pour cette région sans évoquer Israël ou l’Arabie Saoudite, on peut légitimement considérer que ce sont ces pays-là, chapeautés par les USA, qui ont le plus nui aux peuples du Moyen-Orient.

Comment accepter les armes et l’autorité du pays qui a causé la mort d’un million d’Irakiens, et qui a financé en Syrie des groupes djihadistes ?

Inciter de jeunes anarchistes à partir se battre en Syrie sous les ordres des USA et aux côtés de l’armée française est une ignominie. En Syrie, ils obéiront à des ordres et ne connaîtront pas leurs véritables objectifs. Il n’y a pas de place pour le « communisme libertaire » actuellement en Syrie ; il n’y a que la guerre, ses morts pour rien, ses manipulations, ses tromperies.

YPG

Tout le monde a lu cela avec beaucoup d'attention, j'ai entendu des espagnols en parler en disant que tout prenait sens, que c'était évident. Mais personne n'est venu m'en parler à ce moment.

La soirée a commencé avec la projection d'un film-publireportage sur le Rojava, où l'on voit très bien que le Rojava ne remet en cause ni le capitalisme, ni la propriété des moyens de production, ni les traditions claniques, et qui n'évoque jamais le soutien US.

Ensuite les 3 révolutionnaires sont entrés en scène. Deux français entre 20 et 25 ans, chétifs, avec des têtes de lycée Sainte-Croix-du-Privilège-Blanc, et un étasunien aussi jeune mais un peu moins malingre. J'avais assisté il y a un an à un "live facebook" en direct du Rojava, je crois qu'un des français et le zunien y étaient. Ils parlaient comme des hipsters et ont passé beaucoup de temps à exhiber leurs armes avec jubilation.

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Les 3 guerriers ont alors commencé un discours très, très long, ne laissant la place à aucune intervention. Ils ont commencé par parler des femmes, puis de l’organisation du PYD et du "Rojava". Ca a bien duré deux heures, pendant lesquelles on a pu apprendre par exemple que les commandants des YPG étaient exemptés de travaux ménagers, pas par privilège, mais parce qu'ils n'ont pas le temps.

A la toute fin, ils ont dû passer aux questions. Je leur ai donc demandé ce qu'ils pensaient de mon texte, et s'ils voulaient y répondre. Le plus malingre des français m'a alors dit que je n'étais qu'une PETITE MERDE, et probablement un "assadiste". J'ai pris sur moi pour ne pas réagir violemment et le laisser seul avec sa crasse. Il a peut-être compris la seconde d'après qu'il valait mieux éviter de passer pour un petit faf devant les spectateurs médusés... en tous cas ses camarades ont essayé de faire comme s'ils étaient ouverts au dialogue. Ils m'ont alors fermement affirmé que les FDS n'étaient pas une création des USA, mais du PYD. Ils ont poursuivi en disant qu'à Afrin ils s'étaient battu contre la Turquie donc contre l'OTAN. Après quelques autres questions incrédules d'autres participants, le débat fut rapidement clos.

Plusieurs personnes vinrent alors me féliciter ou me poser des questions, et même le patron du bar qui accueillait l'événement, dont je craignais la réaction, m'a payé un coup et a laissé mes papiers sur son comptoir toute la soirée.

N'hésitez pas à partager ou faire de même !

http://www.librairie-tropiques.fr/2018/06/les-rojavistes-a-millau-compte-rendu.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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Dommage en effet qu'il n'y ait pas eu de débat, car, au- delà de l'instrumentalisation de supplétifs "gauchistes" par les Américains, ce qui n'est pas une nouveauté, il y a quand même la question kurde qui est rarement évoquée, et qui explique bien des alliances désastreuses dans la région...   P.G.

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mercredi 6 juin 2018

Washington suspend son aide financière aux Casques blancs

TRIBUNE LIBRE / Afrique- Asie.fr

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Le 4 mai, le Département d’État a annoncé la suspension de son aide financière aux Casques blancs ou « Défense civile syrienne », alors qu’il avait reçu leurs représentants, à peine deux mois auparavant. Cette aide représentait un tiers du budget de la soi-disant organisation humanitaire « neutre ».

Quel media national ou international, quelle agence de presse internationale, l’AFP entre autres, n’a pas publié d’articles élogieux sur les Casques blancs et repris les « informations de terrain » de ces secouristes syriens qui sauvaient les populations dans les zones tenues par les armées terroristes ? Aucun. Il n’y eut que des sites d’information politique comme Afrique-Asie, www.lesakerfrancophone.fr, https://francais.rt.com, https://www.rt.com/news/ www.moonofalabama.org ou des organisations comme https://reseauinternational.net   ou www.stopwar.org.uk pour démasquer leurs « fake news » et dénoncer l’imposture. Nous sommes tous des « conspirationtionnistes  pro-russes », comme nous ont qualifiés les medias ou les hommes politiques. Sur le site wikipedia dont on sait qu’il est consulté par des millions de personnes, on peut lire encore aujourd’hui : « À partir de 2015, de nombreuses théories du complot sont diffusées par des medias pro-russes comme RT et Sputnik ainsi que par de sites et des blogs conspirationnistes d’extrême-droite ou d’extrême-gauche qui accusent les Casques blancs de liens avec al-Qaïda ou l’État islamique ». En France, l’association de journalistes Reporter Sans Frontières, créée par Robert Mesnard, aujourd’hui maire d’extrême-droite de Béziers, a été particulièrement active, également, dans son soutien à l’ONG.

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Quels sont les medias nationaux ou internationaux qui ont mis en doute les « fake news » diffusées par les Casques blancs, les vidéos et les photos truquées, les « preuves » d’attaques chimiques ? Aucun, sinon ceux cités plus haut. La campagne anti-syrienne, orchestrée par « The Syrian Campaign, », vitrine des Casques Blancs et relayée par les medias à partir de ces mensonges fut d’une force de frappe inégalée qui a justifié non seulement la condamnation de la Syrie et la Russie par la communauté internationale, de nouvelles sanctions américaines contre Moscou, une intensification du soutien américain aux terroristes, mais, également, des frappes contre des cibles syriennes.

Les vidéos et les photos étaient truquées, les chiffres manipulés. L’opinion publique internationale n’a jamais pu et ne peut toujours pas découvrir dans cette presse les preuves irréfutables des liens des Casques blancs avec, entre autres,  le groupe al-Nosra, les « amis » de la France selon Laurent Fabius, « qui font du bon boulot sur le terrain ». Y compris les images qui montrent des Casques blancs présents à une décapitation par ces terroristes. Ni sur leur participation à l’enlèvement et à l’enterrement des corps de soldats syriens ou des martyrs civils exécutés, ni les armes à feu portées par ces « volontaires neutres », ni les mises en scènes diffusées sur le Net, celles d’enfants, notamment, comme récemment à Douma. Pourtant, ces informations étaient accessibles par les journalistes ayant seulement un minimum de conscience professionnelle.

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Les Casques blancs étaient tellement héroïques qu’ils furent nominés pour le prix Nobel de la Paix, et, ne l’ayant pas obtenu, furent récompensés, en septembre 2016,  par le Right Livelihood Award, « prix Nobel alternatif ».  Le film « les Casques blancs »  sur ces « volontaires civils non armés et neutres » a reçu l’Oscar 2017, à Hollywood,  dans la série « Documentaires ». En février dernier, Abdulrahman Almawwas, le vice-président des Casques Blancs, faisait une visite quasi « officielle »  en France. Il était reçu à l’Assemblée nationale et rencontrait un conseiller spécial d’Emanuel Macron. Il demandait à la France d’intervenir, la « ligne rouge » macronienne étant désormais franchie par les Syriens et leurs alliés. Son président Raed Saleh était, également, reçu à Washington.

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La « Défense civile syrienne » ou « Casques blancs » s’est présentée officiellement, à sa  création en 2013,  comme une « organisation humanitaire de protection civile ». Elle a été fondée par un ancien militaire britannique, James Le Mesurier qui reçut, en juin 2016, le grade d’officier de l’Ordre de l’Empire britannique. Ce mercenaire de la Couronne a servi en Bosnie, au Kosovo, en Irak et au Liban. Son organisation « mère », Mayday est active en Somalie et ailleurs. Lié aux monarchies du Golfe, il est impliqué dans le renseignement, la vente illégale d’armes et un certain nombre de compagnies privées de sécurité.

Les Casques blancs, nés à Istanbul,  ont été formés en Turquie par, entre autres, l’ARK, Analysis Research and Knowledge, une société privée  basée à Dubai. Le Mesurier avait pour mission, en réalité, de créer une « troisième force », censée être « modérée » et devenir l’interlocuteur des puissances occidentales dans leur stratégie de « changement de régime » en Syrie.

Qui finance les Casques blancs ? Leur formation et leur équipement étaient, jusqu’ici et sans surprise, financés par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et le Japon. La contribution américaine, la plus importante,  s’effectuait via l’Agence américaine pour le développement international (USAID) liée à la CIA, à hauteur de 23 millions de dollars (2016) selon le Département d’État

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Début mai, le Département d’État a, donc, gelé l’aide américaine aux Casques blancs, et annoncé que la poursuite du soutien financier à l’ONG représentant environ un tiers de son budget, était « en cours d’examen ». Une décision qui résulte des nombreux témoignages et dénonciations de fausses informations par les « conspirationnistes » qui commencent à convaincre. Sans doute, la dernière « opération médiatique » des Casques blancs concernant une présumée attaque chimique sur Douma, le 7 avril, a-t-elle été la « fake news » de trop. C’est cette information qui a justifié les frappes du 13 et 14 avril par la France et les États-Unis sur des objectifs militaires syriens. « Mais pourquoi ? » a demandé la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova. « Les derniers films ne leur ont pas plu (aux alliés occidentaux) ? Ou peut-être existe-t-il d’autres raisons ? A vrai dire, il serait intéressant de savoir combien exactement les Casques blancs touchaient de la part du gouvernement américain et des gouvernements d’autres pays, notamment les trois qui ont récemment porté une frappe contre la Syrie. Je crois que cela revêt une importance de principe pour comprendre comment fonctionne ce mécanisme bien rodé des mensonges ». À ce jour, la Grande-Bretagne a réaffirmé son soutien aux Casques blancs, la France ne s’est pas exprimée. Cependant, il semble bien qu’avec les victoires récentes de l’Armée syrienne sur les forces terroristes et les découvertes faites dans les sites nettoyés, le vent commence à tourner pour les Casques blancs. Mais de tout cela, les medias nationaux et internationaux ne parleront pas. … « Cochon qui s’en dédit ! ».

Christine Abdelkrim-Delanne

http://www.afrique-asie.fr/washington-suspend-son-aide-financiere-aux-casques-blancs/

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jeudi 17 mai 2018

Vidéos du jour (en vrac)

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En vrac, quelques vidéos qui m'ont semblé intéressantes (ce qui ne veut pas dire que je suis d'accord avec tout ce qui est dit!). En particulier la série "Gazage en Syrie" de notre ami "Trouble Fait", 3 numéros sont déjà sortis, vous les trouverez sur sa chaîne youtube.   P.G.

VID TF GAZAGE

TF GAZAG EN SYRIE SERIE

[Gazage en Syrie 1/5] – Des preuves "irréfutables".

https://www.youtube.com/watch?v=6qSa7iIHoA4

PIERRE YVES 2017 ENTRETIEN

Pierre Yves Rougeyron sur Radio Courtoisie le 7 mai 2018

https://www.youtube.com/watch?v=c7bhhfsyN34

 

 

LUCIEN CERISE RADIO COURTOISIE

Lucien Cerise sur Radio Courtoisie : Formatage social et manipulation des radicalisés (avril 2018)

https://www.youtube.com/watch?v=K9DRH7fuBZI

 

mercredi 16 mai 2018

SYRIE (7 avril 2018) – GAZA (14 et 15 mai 2018) : LE SCANDALEUX « 2 POIDS 2 MESURES » DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE ET EUROPÉENNE.

FA SYRIE PALESTINE

À un mois d’intervalle, deux crises au Moyen-Orient, l’une en Syrie et l’autre à Gaza, viennent d’illustrer le scandaleux « 2 poids 2 mesures » de la diplomatie française. Une différence de traitement tellement indécente qu’elle explique la dégradation de l’image de la France dans tout le Moyen-Orient. Notre pays apparaît désormais comme tellement de parti pris que cela ne peut avoir pour conséquence que d’accroître le risque d’actes terroristes désespérés sur le sol national.

SYRIE, 7 avril 2018

Dans la nuit du 7 au 8 avril 2018, une attaque chimique présumée aurait été perpétrée dans la ville syrienne de Douma (Ghouta orientale) et y aurait provoqué entre 40 et 100, ou 150 morts (source ici).
Bien qu’aucune enquête indépendante n’ait eu le temps d’être conduite pour témoigner de la réalité même de l’attaque, et bien que ni l’identité ni les photographies d’aucune victime n’ait même été présentée à la presse mondiale, les gouvernements de Washington, Londres et Paris ont aussitôt accusé les forces régulières syriennes et le président Bachar El-Assad d’être les auteurs de cette tuerie, malgré les dénégations formelles de ce dernier, dénégations reprises par les autorités russes.
Moins d’une semaine après, dans la nuit du 13 au 14 avril, les trois mêmes gouvernements occidentaux ont tiré des missiles contre la Syrie, en violation expresse du droit international, et alors même que plusieurs pays occidentaux, dont l’Allemagne, refusaient d’intervenir militairement faute de preuves.
Un mois après, en ce 15 mai 2018, les tenants et aboutissants exacts de cette attaque chimique présumée n’ont toujours pas été élucidés.
Plus grave même, il existe un soupçon que l’ensemble de cette affaire n’aurait été qu’un montage :
  • le 13 avril, le ministre des affaires étrangères russe a affirmé qu’il détenait les « preuves irréfutables » que les services spéciaux d’un État «en première ligne dans la campagne russophobe» étaient impliqués dans la « mise en scène de l’attaque chimique » présumée ;
  • le 19 avril, la télévision russe RT a ensuite  diffusé une vidéo où un garçonnet syrien – Hassan Diab -, qui avait été présenté par les médias occidentaux en train d’être aspergé à grande eau par les Casques blancs, ce qui aurait constitué une « preuve » de l’attaque – témoigne avec son père qu’il ne se serait agi que d’une mascarade organisé par les « Casque blancs ».

GAZA, 14 et 15 mai 2018

Entre le lundi 14 mai 2018 (0h00) et le mardi 15 mai 2018 (13h00), 61 Palestiniens habitant dans la Bande de Gaza sont morts suite aux tirs à balles réelles ou aux tirs de gaz lacrymogènes auxquels ont procédé  les forces armées israéliennes de l’autre côté de la frontière.

Les morts faisaient partie des milliers de manifestants qui voulaient commémorer  le 70e anniversaire de la « Nakba » (terme signifiant la « catastrophe » et désignant la spoliation des terres palestiniennes en 1948 par les Israéliens) et qui voulaient protester contre le transfert de l’ambassade des États-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem.

Le mardi 15 mai 2018, à 13h00 heure locale, le ministère de la Santé a donné la liste exhaustive de l’identité et de l’âge de 58 des 61 victimes recensées, ainsi que les photographies de 30 de ces victimes.

L’identité des Palestiniens tués hier et aujourd’hui.

De gauche à droite et de haut en bas : Ahmed Alrantisi (27 ans), Laila Anwar Al-Ghandoor (8 mois), Ahmed Altetr (28 ans), Alaa Alkhatib Ezz el-din Alsamaak (28 ans), Motassem Abu Louley (20 ans)

1. Laila Anwar Al-Ghandoor, 8 mois (morte d’inhalation de gaz lacrymogènes)

2. Ezz el-din Musa Mohamed Alsamaak, 14 ans

3. Wisaal Fadl Ezzat Alsheikh Khalil, 15 ans

4. Ahmed Adel Musa Alshaer, 16 ans

5. Saeed Mohamed Abu Alkheir, 16 ans

6. Ibrahim Ahmed Alzarqa, 18 ans

7. Eman Ali Sadiq Alsheikh, 19 ans

8. Zayid Mohamed Hasan Omar, 19 ans

9. Motassem Fawzy Abu Louley, 20 ans

10. Anas Hamdan Salim Qadeeh, 21 ans

11. Mohamed Abd Alsalam Harz, 21 ans

De gauche à droite et de haut en bas  : Fadi Abu Salah (30 ans), Motaz Bassam Al-Nunu (31 ans), Jihad Mohammed Othman Mousa (31 ans), Mousa Jabr Abdulsalam Abu Hasnayn (35 ans), Ezz Eldeen Nahid Aloyutey (23 ans), Anas Hamdan Salim Qadeeh (21 ans)

12. Yehia Ismail Rajab Aldaqoor, 22 ans

13. Mustafa Mohamed Samir Mahmoud Almasry, 22 ans

14. Ezz Eldeen Nahid Aloyutey, 23 ans

15. Mahmoud Mustafa Ahmed Assaf, 23 ans

16. Ahmed Fayez Harb Shahadah, 23 ans

17. Ahmed Awad Allah, 24 ans

18. Khalil Ismail Khalil Mansor, 25 ans

19. Mohamed Ashraf Abu Sitta, 26 ans

20. Bilal Ahmed Abu Diqah, 26 ans

21. Ahmed Majed Qaasim Ata Allah, 27 ans

De gauche à droite et de haut en bas : Mahmoud Wael Mahmoud Jundeyah (21 ans), Ibrahim Ahmed Alzarqa (18 ans), Musab Yousef Abu Leilah (28 ans), Jihad Mufid Al-Farra (30 ans), Saeed Mohamed Abu Alkheir (16 ans), Mohamed Hasan Mustafa Alabadilah (25 ans)

22. Mahmoud Rabah Abu Maamar, 28 ans

23. Musab Yousef Abu Leilah, 28 ans

24. Ahmed Fawzy Altetr, 28 ans

25. Mohamed Abdelrahman Meqdad, 28 ans

26. Obaidah Salim Farhan, 30 ans

27. Jihad Mufid Al-Farra, 30 ans

28. Fadi Hassan Abu Salah, 30 ans

29. Motaz Bassam Kamil Al-Nunu, 31 ans

30. Mohammed Riyad Abdulrahman Alamudi, 31 ans

31. Jihad Mohammed Othman Mousa, 31 ans

32. Shahir Mahmoud Mohammed Almadhoon, 32 ans

33. Mousa Jabr Abdulsalam Abu Hasnayn, 35 ans

De gauche à droite et de haut en bas : Shahir Mahmoud Mohammed Almadhoon (32 ans), Khalil Ismail Khalil Mansor (25 ans), Mahmoud Saber Hamad Abu Taeemah (23 ans), Mohamed Ashraf Abu Sitta (26 ans), Mustafa Mohamed Samir Mahmoud Almasry (22 ans), Obaidah Salim Farhan (30 ans)

 34. Mohammed Mahmoud Abdulmoti Abdal’al, 39 ans

35. Ahmed Mohammed Ibrahim Hamdan, 27 ans

36. Ismail Khalil Ramadhan Aldaahuk, 30 ans

37. Ahmed Mahmoud Mohammed Alrantisi, 27 ans

38. Alaa Alnoor Ahmed Alkhatib, 28 ans

39. Mahmoud Yahya Abdawahab Hussain, 24 ans

40. Ahmed Abdullah Aladini, 30 ans

41. Saadi Said Fahmi Abu Salah, 16 ans

42. Ahmed Zahir Hamid Alshawa, 24 ans

43. Mohammed Hani Hosni Alnajjar, 33 ans

44. Fadl Mohamed Ata Habshy, 34 ans

45. Mokhtar Kaamil Salim Abu Khamash, 23 ans

46. Mahmoud Wael Mahmoud Jundeyah, 21 ans

47. Abdulrahman Sami Abu Mattar, 18 ans

48. Ahmed Salim Alyaan Aljarf, 26 ans

De gauche à droite et de haut en bas : Mohammed Hani Hosni Alnajjar (33 ans), Yehia Ismail Rajab Aldaqoor (22 ans), Mohammed Riyad Abdulrahman Alamudi (31 ans), Ahmed Adel Musa Alshaer (16 ans), Fadl Mohamed Ata Habshy (34 ans), Ismail Khalil Ramadhan Aldaahuk (30 ans)

49. Mahmoud Sulayman Ibrahim Aql, 32 ans

50. Mohamed Hasan Mustafa Alabadilah, 25 ans

51. Kamil Jihad Kamil Mihna, 19 ans

52. Mahmoud Saber Hamad Abu Taeemah, 23 ans

53. Ali Mohamed Ahmed Khafajah, 21 ans

54. Abdelsalam Yousef Abdelwahab, 39 ans

55. Mohamed Samir Duwedar, 27 ans

56. Talal Adel Ibrahim Mattar, 16 ans

57. Omar Jomaa Abu Ful, 30 ans

58. Nasser Ahmed Mahmoud Ghrab, 51 ans

59. Non identifié

60. Non identifié

61. Non identifié

Non seulement l’identité précise de 58 des 61 morts a été diffusée à la presse internationale par les autorités palestiniennes mais il n’existe aucun doute non plus sur les faits puisque les autorités israéliennes les ont elles-même reconnus.

Le point de vue officiel israélien
L’armée israélienne, qui a mobilisé des milliers d’hommes autour de la bande de Gaza et en Cisjordanie, affirme certes que les manifestations n’ont pas de caractère pacifique et accuse le Hamas de s’en servir pour mêler à la foule des hommes armés ou disposer des engins explosifs le long de la barrière.  Mais elle n’en reconnaît pas moins le massacre.

Ainsi, l’ambassadrice d’Israël auprès de la Belgique, Mme Simona Frankel , a été convoquée au ministère belge des affaires étrangères, après avoir qualifié de « terroristes » les dizaines de victimes des affrontements à Gaza , dans un entretien sur la radio publique RTBF : « Je regrette beaucoup pour chaque être humain qui est décédé, quelle que soit leur nationalité, même si ce sont des terroristes, 55 terroristes qui viennent près de la barrière (de sécurité) pour essayer de se battre, de passer dans le territoire israélien ».

Interrogée sur le fait de savoir si toutes les victimes étaient toutes des « terroristes », la diplomate a répondu: « Ils le sont tous. Il faut se rappeler que c’est le groupe terroriste Hamas (le mouvement islamiste au pouvoir dans le territoire) qui a pris en otage la bande de Gaza. Le Hamas est le seul coupable de ces morts, du sacrifice de ces hommes, femmes et enfants pour une guerre médiatique ».

Ces propos ont entraîné une vive réaction du chef de la diplomatie belge Didier Reynders, qui a convoqué la diplomate israélienne : « Entendre que toutes les personnes qui ont été tuées étaient des terroristes, cela dépasse l’entendement. Il y a une confusion des genres qui va trop loin ».

 

Pour compléter le point de vue israélien, on soulignera quand même que, face aux 61 Palestiniens tués en un jour et demi sur leur propre territoire, Israël n’a eu à déplorer qu’un seul soldat blessé. Ce qui en dit  long sur la disproportion des forces en présence.

 

CONCLUSION : LE SCANDALEUX « 2 POIDS 2 MESURES » DE LA  DIPLOMATIE FRANÇAISE ET EUROPÉENNE

Le 7 avril 2018, une attaque chimique présumée sur la ville de Douma, qui aurait provoqué la mort de 40 à 100 personnes en avril 2018 sans que l’on ne connaisse l’identité d’aucune des victimes, a provoqué l’indignation outrée des dirigeants de Washington, Londres et Paris, reprise par la ministre des affaires étrangères de l’Union européenne, Mme Federica Morgherini, qui n’a pas hésité à affirmer que « les preuves disponibles suggèrent qu’il s’agit encore une fois d’une attaque chimique perpétrée par le régime »Alors même qu’un mois après, il existe toujours un doute sur la réalité même de l’attaque, Washington, Londres et Paris ont attaqué militairement la Syrie, un pays souverain, en tirant plus d’une centaine de missiles sans aucune autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU et en violation du droit international

Les 14 et 15 mai 2018, on déplore 61 Palestiniens tués par balles sur le territoire de la Bande de Gaza par des soldats israéliens postés de l’autre côté de la frontière. L’identité de 58 des 61 victimes est connue et les autorités israéliennes reconnaissent la réalité du massacre et leur entière responsabilité, tout en la justifiant par des motifs politiques.

Ce 15 mai au soir, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU et Amnesty International estiment que l’armée israélienne s’est rendue coupable de « crimes de guerre » et la Ligue arabe a appelé le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à ouvrir une enquête sur « les crimes de l’occupation israélienne » (source ici)

Dans une partie du monde, la réprobation prend de l’ampleur. La Turquie et l’Afrique du Sud ont décidé le rappel de leur ambassadeur en Israël et la Turquie a demandé à l’ambassadeur israélien à Ankara de quitter le territoire turc.. Dans leur sillage, l’Irlande et la Belgique ont convoqué l’ambassadeur israélien. Même le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse soutiennent l’idée d’investigations lancée par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. (source ici).

Cependant, outre les États-Unis qui soutiennent totalement Israël, on peut noter les réactions extraordinairement édulcorées de l’Union européenne et de la France.

L’Union européenne renvoie dos-à-dos Israël et les Palestiniens et refuse de condamner le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s’est contentée, dans un communiqué de « demander à toutes les parties d’agir avec la plus grande retenue afin d’éviter des pertes de vie humaine supplémentaires ». Renvoyant ainsi Israéliens et Palestiniens dos à dos, et mettant sur le même pied les tirs à balles réelles de l’armée israélienne qui ont fait 61 morts et les envois de projectiles à mains nues par les manifestants palestiniens, qui ont blessé un soldat.

On notera au passage que la République tchèque, la Hongrie et la Roumanie ont récemment bloqué l’adoption d’une déclaration européenne qui critiquait le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. Le principe de l’unanimité a ainsi retiré, pour la énième fois, toute voix audible aux pays européens !

La France s’est illustrée par sa quasi-absence de réaction.

Emmanuel Macron n’a ni convoqué l’ambassadeur d’Israël comme  l’ont fait l’Irlande et la Belgique, ni approuvé l’idée d’une enquête sous l’égide de l’ONU, comme l’ont demandé le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse. La seule réaction est apparue dans un communiqué lénifiant où l’on apprend que le président de la République « a déploré le grand nombre de victimes civiles palestiniennes à Gaza aujourd’hui et ces dernières semaines. Il a condamné les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants. Il a appelé tous les responsables à la retenue et à la désescalade et a insisté sur la nécessité que les manifestations des prochains jours demeurent pacifiques. »

——-

Au-delà d’une « condamnation des violences des forces armées israéliennes » – condamnation qui reste purement verbale – et du sempiternel « appel à la retenue », la France ne fera donc rien pour arrêter le massacre.

En pratiquant ainsi un « 2 poids 2 mesures » qui offusque le sentiment naturel de justice et d’égalité de traitement entre les êtres humains, Emmanuel Macron poursuit une politique qui a pour effet de faire apparaître la France comme une puissance hypocrite, injuste et criminelle.

C’est cette image détestable que la France a désormais acquise dans tout le Moyen-Orient qui peut pousser certains déséquilibrés à se jeter dans des attaques terroristes sur le sol national, comme on a pu – hélas ! – le déplorer à Paris ce week-end.

S’il faut faire preuve d’une répression sans pitié contre les actes terroristes en France, il faut aussi comprendre que ceux-ci risquent  de se poursuivre et de se multiplier tant que la France n’aura pas cessé de soutenir les États qui financent le prétendu « État islamique » et tant qu’elle n’aura pas renoué avec sa vocation d’être le porte-parole de la liberté et de la justice entre les peuples et des nations.

Dans l’immédiat que devrait faire la France pour rétablir son image de pays œuvrant pour la justice et l’égalité entre les peuples et les nations ?

1°) Comme 137 autres États du monde, la France doit reconnaître diplomatiquement l’État palestinien.

Le Conseil national palestinien a déclaré unilatéralement l’indépendance de la Palestine le 15 novembre 1988.

Depuis lors, 137 États du monde (sur les 193 que compte l’ONU, soit 71% des États du globe) ont reconnu cet État de Palestine : 

1. Afghanistan
2. Afrique du Sud
3. Albanie
4. Algérie
5. Angola
6. Antigua-et-Barbuda
7. Arabie saoudite
8. Argentine
9. Azerbaïdjan
10. Bahreïn
11. Bangladesh
12. Belize
13. Bénin
14. Bhoutan
15. Biélorussie
16. Bolivie
17. Bosnie-Herzégovine
18. Botswana
19. Brésil
20. Brunei
21.  Bulgarie
22.  Burkina Faso
23.  Burundi
24. Cambodge
25. Cap-Vert
26. Chili
27. Chine
28. Chypre
29. Comores
30. Corée du Nord
31. Costa Rica
32. Côte d’Ivoire
33. Cuba
34. Djibouti
35. Dominique
36. Égypte
37. Émirats arabes unis
38. Équateur
39. Éthiopie
40. Gabon
41. Gambie
42. Géorgie
43. Ghana
44. Grenade
45. Guatemala
46. Guinée
47. Guinée équatoriale
48. Guinée-Bissau
49. Guyana
50. Haïti
51. Honduras
52. Hongrie
53. Inde
54. Indonésie
55. Irak
56. Iran
57. Islande
58. Jordanie
59. Kazakhstan
60. Kenya
61. Kirghizistan
62. Laos
63. Lesotho
64. Liban
65. Liberia
66. Libye
67.   Madagascar
68.   Malaisie
69.   Malawi
70.   Maldives
71.   Mali
72.   Malte
73.   Maroc
74.   Maurice
75.   Mauritanie
76.   Mongolie
77.   Monténégro
78.   Mozambique
79.   Namibie
80.   Népal
81.   Nicaragua
82.   Niger
83.   Nigeria
84.   Oman
85.   Ouganda
86.   Ouzbékistan
87.   Pakistan
88.   Papouasie-Nouvelle Guinée
89   Paraguay
90.   Pérou
91.   Philippines
92.   Pologne
93.   Portugal
94.   Qatar
95.   République centrafricaine
96.   République démocratique du Congo
97.   République dominicaine
98.   République du Congo
99. République tchèque
100. Roumanie
101. Russie
102. Rwanda
103. Sainte-Lucie
104. Saint-Vincent-et-les Grenadines
105. Salvador
106. Sao Tomé-et-Principe
107. Sénégal
108. Serbie
109. Seychelles
110. Sierra Leone
111. Slovaquie
112. Somalie
113. Soudan
114. Soudan du Sud
115. Sri Lanka
116. Suède
117. Suriname
118. Swaziland
119. Syrie
120. Tadjikistan
121. Tanzanie
122. Tchad
123. Thaïlande
124. Timor oriental
125. Togo
126. Tunisie
127. Turkménistan
128. Turquie
129. Ukraine
130. Uruguay
131. Vanuatu
132. Vatican
133. Venezuela
134. Viêt Nam
135. Yémen
136. Zambie
137. Zimbabwe

Il n’est pas normal que la France – puissance ayant vocation à l’universel – fasse partie de la minorité des 29% des États du monde qui n’ont pas reconnu l’État palestinien.

Il est d’ailleurs totalement illogique et indéfendable de militer officiellement pour la solution à 2 États – comme le fait la France – et de se refuser à reconnaître diplomatiquement l’un des deux.

C’est d’autant moins normal que 8 pays membres de l’UE ont déjà reconnu l’État de Palestine : Bulgarie, Hongrie République tchèque, Pologne, Portugal, Slovaquie, Suède, Roumanie.

2°) Comme Membre permanent du Conseil de sécurité, la France doit  proposer l’envoi d’une mission de Casques bleus de l’ONU à la frontière entre Israël et Gaza.

3°) La France doit immédiatement cesser toute ingérence militaire en Syrie

François Asselineau

15 mai 2018

François Asselineau, Président de l’Union populaire républicaine. La France doit sortir de l’Union européenne, de l’euro et de l’Otan.

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lundi 14 mai 2018

La Syrie attaquée par des ovnis

TRIBUNE LIBRE / par Richard Labévière

SYRIE CENSURE BECASSINE

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 07-05-2018

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Dès janvier 2011, c’était mal parti avec la résurgence de mouvements anciens, complexes et changeants, mais aussitôt qualifiés par les observateurs pressés de « révolutions arabes ». Révolutions, carrément ! Il se trouva même deux anciens militants trotskistes – Benjamin Stora (spécialiste de l’Algérie) et Edwy Plenel (spécialiste de tout) – pour commettre un livre : Le 89 arabe – Réflexions sur les révolutions en cours. Un livre à ouvrir dès qu’on est un peu mélancolique, tant ses contes et légendes sont à mourir de rire.

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L’auteur de ces lignes se souvient d’une confrontation télévisée avec Samir Aïta – éternel courtisan de tous les défecteurs syriens, de Rifaat al-Assad à Moustapha Tlass en passant par Abdel Halim Khaddam – dont l’obsession est de devenir ministre, un jour… Ceint d’une écharpe rouge, rouge comme celle de Christophe Barbier (révolutionnaire en chef de L’Express), le sieur Aïta ne cessait d’invoquer – trémolos dans la voix – la « révolution » syrienne ! A la dixième évocation récurrente du même type, votre serviteur se permet de mettre en garde l’imprécateur contre l’abus textuel du terme ! Réponse courroucée du pré-ministre : « mais vous, jeune homme qu’est-ce que vous pouvez bien connaître des révolutions ? »

IL ETAIT UNE FOIS LA REVOLUTION

FSLN

Quelle grande joie de pouvoir retorquer que – comme jeune reporter – j’avais eu la chance de pouvoir couvrir la chute d’Anastasio Somoza au Nicaragua et de travailler, quelque temps, avec les plus hauts responsables du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), précisant que « la révolution sandiniste » fut marquée par : une réforme agraire, la nationalisation des grandes exploitations de la United Fruit Company et la promotion des droits des femmes. Une vraie révolution, de vraies ruptures avec l’ordre économique, social et politique d’une sanglante dictature soutenue par les Etats-Unis. Je concluais en n’observant rien de tel dans la prétendue « révolution » syrienne, sinon les crimes d’une bande de jihadistes cherchant à détruire l’Etat-nation syrien, avec l’aide des puissances occidentales, des pays du Golfe et d’Israël. Samir Aïta faillit défaillir…

Complaisamment relayée par la presse occidentale, l’autre fable « révolutionnaire » consista à répéter que, de mars à juillet 2011 s’était développé un « mouvement social » pacifique, parti de la ville frontalière (avec la Jordanie) de Deraa, s’étendant « spontanément » à l’ensemble du pays… Rien n’est plus faux ! Après trois années de sécheresse, la révolte de Deraa a mis, immédiatement, aux prises plusieurs milliers de journaliers agricoles (originaires du nord-ouest du pays) aux forces de l’ordre locales, avec l’appui de groupes armés des Frères musulmans venus de Jordanie.

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L’auteur de ces lignes a pu visionner des images recueillies par un service européen de renseignement sur lesquelles on peut voir trois hommes masqués – armés de M-16 – tirer sur un poste de police de Deraa depuis les toits plats de la Médina. Cette séquence date du 23 mars 2011. Certes, cette explosion sociale a été durement réprimée, mais elle a été – dés le début – un mouvement de confrontation directe avec les autorités légales, confrontation soutenue et nourrie par les Frères musulmans syriens, basés en Jordanie, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. La suite est connue !

Par conséquent et dès le début, les événements de Syrie ont été, inconsciemment ou délibérément, mal compris ! A Paris, sur le plan de l’instrumentalisation construite à dessein, trois chantres de la « révolution syrienne » ont, abondamment donné de leur personne : un historien auto-proclamé ayant un compte personnel à régler avec les autorités syrienne1 ; une chercheuse de la Fondation Ford, ayant traîné la diplomatie française dans la boue durant des années, mais décorée de la Légion d’honneur par François Hollande ; et, un très pâle ambassadeur de France en Syrie (2006 – 2009), tellement bon à Damas qu’il a terminé sa carrière à … Berne.

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Dans un contexte où les droits de l’homme ont pu tenir lieu de politique étrangère, il n’en fallait pas moins pour qu’Alain Juppé prenne la décision hallucinante de fermer l’ambassade de France à Damas en mars 2012. A un moment où il était absolument vital de maintenir un canal de communication avec les autorités et les services spéciaux syriens (plus d’un millier de jeunes français tentaient de gagner le jihad syro-irakien par Istanbul), le maire de Bordeaux rompait des relations diplomatiques ancestrales au nom de valeurs morales plus ou moins bien exprimées. Ce faisant, Alain Juppé prenait la responsabilité d’inscrire la crise syrienne dans la séquence chargée d’un totémisme diplomatique dont nous sommes loin d’être sortis !

TOTEMS ET GRANDS PRÊTRES

LA VERITE EST AILLEURS

Devenus totems en effet, il est de grands dossiers internationaux qui ne peuvent plus relever – désormais – de l’analyse rationnelle, historique, sinon scientifique. D’abord le conflit israélo-palestinien : critiquer Israël, ses politiques coloniales, économiques et migratoires est devenu mission impossible, voire un délit… Manuel Vals, puis Emmanuel Macron et d’autres ayant assimilé l’antisionisme à l’antisémitisme. Vient ensuite le génocide rwandais. Assimilé à l’Holocauste, cette tragédie génère, elle-aussi, un totémisme dualiste : ceux qui n’acceptent pas qu’on associe structurellement la France et ses forces armées aux massacres de la région des Grands Lacs puis du Zaïre, sont automatiquement traités de « négationnistes ». La même géométrie frappe actuellement toute espèce de recherches et discours critiques engagés dans l’intelligence de l’un des conflits post-Guerre-froide les plus complexes, anomiques et globaux.

Ce processus de totémisation de la guerre civilo-globale de Syrie aboutit à trois types de rationalités, étant entendu – comme le démontrait Spinoza dans l’Ethique – que « les idées fausses et inadéquates peuvent s’enchaîner aussi nécessairement que les idées justes et adéquates » : 1) l’émergence d’une caste de grands prêtres ; 2) la multiplication d’une série de disciples plus ou moins convaincus ; 3) enfin, un retour plus ou moins perceptible de la censure.

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Les grands prêtres accèdent à ce statut, adoubés par les médias privés et publics. Ils présentent un profil caractéristique : parler de tout et n’importe quoi avec la même ferveur ; passer d’un plateau télé à un studio radio et aux colonnes des gazettes avec grande dextérité, fluidité et certitude ; détruire tout obstacle et contradiction. Celui qui tient actuellement la corde n’est autre qu’un ancien militant du Betar (mouvement de l’extrême-droite pro-israélienne). Il peut dire les oracles sur la Syrie bien-sûr, mais aussi sur l’Iran, l’Arabie saoudite, le Yémen, le Soudan, Israël, Emmanuel Macron et le mouvement « végan ». Parfois, on a droit à une prêtresse de zone inférieure : une consultante « spécialiste des Proche et Moyen-Orient » qui peut tout dire et son contraire en fonction de deux principes intangibles : le client est toujours roi et « j’ai des enfants à nourrir ».

La classe des sous-grands prêtres fait plutôt appel à des « spécialistes » des Etats-Unis. S’occupant de l’hyperpuissance, ils sont automatiquement habilités à pouvoir parler, eux-aussi, de tous les dossiers possibles et inimaginables. Les connaisseurs des arcanes de la Maison Blanche, du Congrès et du Conseil national de sécurité sont partout chez eux, en toutes choses et toutes crises. Vient ensuite, le troisième cercle, celui des consultants, des experts militaires et des différents instituts de recherche. Contrairement aux laboratoires américains et aux grandes fondations allemandes, les IRIS, IFRI, IREMO et autres FRS français crèvent la dalle ! Leurs dirigeants passent leur temps à chercher de l’argent, étant bien entendu que la provenance des fonds influence plus ou moins directement les travaux commandés. Faut bien vivre !!!

OVNIS IDEOLOGIQUEMENT IDENTIFIES

Notre deuxième rationalité de totémisation met en scène une kyrielle d’intellectuels organiques de provenances professionnelles très divers. Ils peuvent être journalistes, enseignants, médecins, humanitaires, comédiens ou diplomates… Tous, à un titre ou à un autre, se sentent « appelés » et dans l’obligation de répondre aux injonctions des prêtres : se prononcer, témoigner, communiquer…

Becassine

Ainsi dernièrement, dans l’émission de Frédéric Taddei sur Europe-1, on a pu entendre une espèce de bécassine insulter en direct l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud, auteur de plusieurs livres majeurs sur le Proche-Orient, devenus des classiques. Vérifications faites : cette parfaite inconnue, qui a dû franchir le boulevard périphérique deux fois dans sa vie, vient de commettre un opuscule intitulé – Sales guerres – De prof de philo à grand reporter -, comme s’il y avait des « guerres propres » ! Cette seule qualité permet à cette gamine hystérique d’affirmer qu’il y a bien eu attaque chimique à la Ghouta, que les bombardements occidentaux sont « justes » et que Bachar al-Assad doit passer sur la chaise électrique. Qui juge qui ???

Aussi peut-on voir quotidiennement, défiler sur le plateau de « 28 Minutes » (Bernard-Henri Lévy est président du Conseil de surveillance d’Arte-France depuis plus de 22 ans !), tous les petits chiens de garde de la bien-pensance parisienne avec, entre autres : Romain Goupil (réalisateur improbable), Ziad Majed (politologue libanais salarié du Qatar), Eric Naulleau (homme sandwich du PAF, pour tout ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour/c’est un métier !) et bien d’autres professionnels de l’indignation sélective mais compatissante.

Il est plus triste – mais cela correspond aux rouages de notre deuxième rationalité – de voir des gens ultra-compétents dans leur domaine initial, sombrer dans l’avis péremptoire sur des questions et dossiers qu’ils ne connaissent absolument pas. Ainsi, Jean Viard – sociologue respecté – spécialiste du territoire, de l’agriculture, de la paysannerie et des « temps sociaux » s’est senti, dernièrement, obligé de qualifier les bombardements occidentaux effectués en Syrie de « bonne et juste actions ». On a très envie de lui dire : mon cher Jean, tu n’a jamais mis un bout d’orteil en Syrie, alors retourne à tes champs de blé… »

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Dans cette constellation d’un crétinisme infinitésimal, les OVNIS évoluent en escadrilles serrées. Objets/sujets volants non identifiés, parce qu’on ne comprend pas pourquoi ils accompagnent à ce point et aussi spontanément les injonctions du clergé de la bien-pensance, leurs ressorts idéologiques – à défaut d’être raisonnables – sont néanmoins plus claires : détruire l’Etat-nation syrien, contribuer à faire de ce pays ce qui a été fait de l’Irak et de la Libye ! Haïr l’Etat-nation en général !

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En ces temps de commémoration du cinquantenaire de Mai-68, tous ces idiots utiles, qui se sentent irrésistiblement « appelés » à soutenir les bombardements occidentaux de Syrie, feraient bien de lire ou relire la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary. Le regretté Guy Hocquenghem y explique par le menu (1986) comment les révolutionnaires peau d’lapin comme Daniel Cohn-Bendit ou Serge July et tous les autres sont passés de leurs démangeaisons petites bourgeoises à l’apologie du capitalisme le plus libéralement sauvage, comment ils ont cultivé et propagent aujourd’hui une haine de soi devenue la plus belle affirmation d’un individualisme consumériste, destructeur et impérial.

Comme a eu l’occasion de la dire récemment (miraculeusement !) sur l’antenne d’une radio de service public l’anthropologue Emmanuel Todd, les derniers bombardements occidentaux effectués en Syrie ont, surtout atteint nos propres valeurs, celles du patriotisme, de la laïcité et l’égalité hommes/femmes.

LA CENSURE, C’EST COMME LES TRAINS…

Ca peut en cacher d’autres ! Sans surprise, notre troisième rationalité de totémisation de la crise syrienne produit de la censure, de différentes formes et procédures. Il y a d’abord les petits censeurs aux ciseaux de bois, comme par exemple Nicolas Truong, le commissaire politique des pages débats/opinions du Monde, qui publie systématiquement le moindre ressenti de Bernard-Henri Lévy en première page (Bernard-Henri siège aussi aux conseils de surveillance du Monde et de Libération), tandis que ses contradicteurs se voient opposer toujours la même réponse : « pas de chance, y’a plus de place… »

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Il y a, ensuite les Tweets de Bruno Tertrais – autre exemple – et d’autres policiers de la pensée qui font annuler des colloques ouverts et pluralistes sur la Syrie et d’autres dossiers. L’année dernière aurait dû se tenir une conférence sur la crise syrienne au Mémorial de Caen avec différents chercheurs, journalistes et députés. Quelques injonctions numériques ont suffi à faire annuler la réunion. Reprogrammée à la Sorbonne, puis à l’Assemblée nationale, celle-ci a pu se tenir – finalement – dans les sous-sols de l’Eglise russe ! Et c’est bien une preuve supplémentaire qu’il fallait l’interdire. Justement, un colloque qui devait se tenir sur la Russie actuelle vient d’être annulé – lui-aussi – au dernier moment.

Ne parlons pas des pressions régulièrement exercées sur les intervenants qui acceptent de se rendre sur le plateau de Russia-Today-France et des papiers russophobes que publient régulièrement L’Express et d’autres gazettes. Ne parlons-pas, non plus, des humeurs fatiguées de Sylvie Kauffmann « directrice éditoriale du Monde », régulièrement déconstruites par notre collaborateur Etienne Pellot !

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Tout cela n’est ni très sain, ni rassurant sur l’état de santé de la démocratie française. Ecoutant le président de la République clôturer les deux journées parisiennes consacrées à la lutte contre le financement du terrorisme (25 et 26 avril), l’auteur de ces lignes l’a entendu saluer une « France, patrie des droits de l’homme et protectrice de la liberté d’expression ». La parole est facile et souvent tout aussi totémique que celle dont nous venons de rappeler les sorties de route. Une incompressible réalité pèse maintenant sur ce magistère de la communication souveraine : la censure s’exerce de nouveau en France !

Relatant la révolte syrienne (1924 – 1926) contre la France mandataire, Alice Poulleau – citoyenne française qui résidait alors à Damas – dit toute sa honte dans son livre-témoignage – A Damas sous les bombes. Suite à la participation française aux derniers bombardements occidentaux effectués en Syrie, nous ressentons aujourd’hui le même sentiment et ne trouvons pas les mots à dire aux patriotes syriens, ni pour expliquer, ni pour excuser ces attaques d’OVNIS. Celles-ci ne changeront rien, ni à l’évolution des combats qui perdurent sur le terrain, ni aux blocages diplomatiques, ni à la nouvelle guerre que les Etats-Unis, Israël et l’Arabie saoudite préparent contre l’Iran.

Bonne lecture et, néanmoins bonne semaine.

Richard Labévière
7 mai 2018

1 Voir prochetmoyen-orient.ch du 15 août 2016 : Syrie, réponse à un historien auto-proclamé !

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 07-05-2018

https://www.les-crises.fr/la-syrie-attaquee-par-des-ovnis-par-richard-labeviere/

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Commentaire sur le site (extrait):

Fritz // 09.05.2018 à 06h04

Sept ans après, France Cul entretient le mensonge de la “révolution syrienne” :
https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees/le-journal-des-idees-du-lundi-05-mars-2018
« On l’a oublié aujourd’hui mais cette guerre contre les civils qui se poursuit en Syrie est venue écraser dans l’œuf une authentique révolution, un véritable printemps du peuple. »

Posté par UPR Creuse à 04:15 - - Permalien [#]
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