mardi 22 mai 2018

Les Windsor Une monarchie à l'épreuve de la modernité

HIST WINDSOR

Une monarchie à l'épreuve de la modernité

Traduction en Anglais

Les joies et les déboires des occupants actuels du palais de Buckingham font régulièrement les choux gras de la presse populaire, en Angleterre comme dans le reste du monde.

Mais qu'il s'agisse de mariages, naissances, divorces ou funérailles, l'écho médiatique de ces péripéties compte bien moins que la fonction symbolique de la monarchie dans une nation aujourd'hui millénaire. La famille des Windsor, dont le nom remonte à un siècle, est l'héritière d'une histoire dynastique millénaire.

« God Save the Queen ! »

Pour la majorité des Britanniques, la monarchie demeure une institution centrale, quoique symbolique. Son importance pour la cohésion nationale, à l'heure du multiculturalisme, s'avère plus grande que jamais. C'est que la fidélité à la couronne et à la personne du souverain est plus facile à admettre de la part des citoyens, quelle que soit leur origine ethnique ou religieuse, que la référence à une « identité nationale » et des « valeurs républicaines » dont on est bien en peine, en France par exemple, de définir l'essence...

Drames de famille

122624_c

Monarchie normande puis angevine, la dynastie s'anglicise au XIVe siècle, à la fin du Moyen Âge sans que les différentes branches familiales issues de Guillaume le Conquérant ne cessent de se combattre.

Après les disputes sanglantes entre Henri II Plantagenêt et ses fils, au XIIe siècle, voilà l'abdication du dernier Plantagenêt en 1399 et l'avènement de la maison de Lancastre.

Au siècle suivant, la guerre des Deux-Roses voit l'avènement des Tudors. Après quelques sacrées secousses liées aux émois sexuels d'Henri VIII, ceux-ci laissent pacifiquement la place aux Stuarts à la mort d'Elizabeth 1ère en 1603. Ces rois d'origine écossaise affrontent la seule révolution qu'ait jamais connue l'Angleterre. Après un bref intermède républicain sous l'égide de Cromwell, les Stuarts reviennent au pouvoir mais pour peu de temps.

Mal disposés à partager le pouvoir avec les représentants des Communes, ils sont chassés au profit d'une branche cadette des Stuarts qui accepte bon gré mal gré un régime parlementaire, embryon de la démocratie moderne. Sa dernière représentante est la reine Anne Stuart.

À sa mort, en 1714, faute d'enfant pour lui succéder, elle laisse la couronne à un lointain cousin allemand, l'Électeur de Hanovre, qui devient roi de Grande-Bretagne sous le nom de George 1er. Lui-même et ses successeurs, mal à l'aise dans leurs nouveaux habits et ne parlant pas l'anglais, s'en remettent au Parlement du soin de gouverner le pays.

Selon un rituel désormais bien établi, le roi appelle à la tête du gouvernement la personnalité choisie par la majorité parlementaire. Il reçoit chaque nouveau Premier ministe pour un entretien privé. Il peut aussi le réinviter de semaine en semaine pour un échange informel et courtois sur les affaires du royaume et les indispensables signatures.

Le renouveau victorien

La dynastie de Hanovre est affectée par la maladie mentale du roi George III. En 1811, le roi est contraint de céder le trône à son fils, le Prince de Galles. Cette Régence se solde par un pénible abaissement de la monarchie. George IV, roi de 1820 à 1830, et son frère Guillaume IV, roi de 1830 à 1837, sont débauchés et incapables au point de laisser planer des doutes sur la survie de la monarchie.

Tout bascule avec l'intronisation d'une jeune reine de 18 ans, Victoria, nièce du précédent roi.

Mariée par amour à un cousin allemand, Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, la jeune souveraine plie sa vivacité naturelle aux principes stricts et luthériens de son époux. C'est ainsi que la famille royale donne aux classes moyennes britanniques l'exemple d'une rigueur morale que l'on dira « victorienne ». Notons que la haute aristocratie s'en tient dans le secret de ses salons à l'épicurisme hérité de la « Merry England » du siècle précédent.

Sous le long règne de Victoria, l'Angleterre connaît son apogée, jusqu'à dominer l'économie mondiale et faire passer sous l'autorité de la couronne le quart de la population mondiale. En 1876, la reine ajoute à ses titres celui d'impératrice des Indes.

À sa mort, en 1901, son fils, le populaire Prince de Galles, déjà sexagénaire, monte sur le trône sous le nom d'Édouard VII. Avec lui revient un peu de la joie de vivre d'antan. Mais celle-ci est altérée par les premiers signes de déclin de la puissance britannique.

Des Hanovre aux Windsor

Ce déclin devient manifeste sous le règne du roi suivant, George V, avec l'éclatement de la Grande Guerre. C'est au cours de celle-ci, en 1917, que le monarque change le nom de la famille - Hanovre - pour celui, plus britannique, de Windsor, du nom de sa résidence favorite.

Le roi assume consciencieusement son rôle symbolique. Pendant la Grande Guerre de 1914-1918, il multiplie les visites aux armées et aux hôpitaux, fait des dons et s'astreint aux règles de rationnement comme l'ensemble des citoyens.

Sa succession, en 1936, survient dans un contexte international tendu. L'Italie, qui a envahi l'Éthiopie, est menacée de sanctions internationales et, pour y faire face, tend vers une alliance lourde de menaces avec l'Allemagne nazie. Or, l'héritier du trône britannique est un flamboyant célibataire lié à une femme sulfureuse, Mrs Wallis Simpson, qui fut la maîtresse du gendre de Mussolini et reste proche des milieux nazis. Devenu roi sous le nom d'Édouard VIII, il est rapidement poussé vers l'abdication par le Premier ministre Stanley Baldwin.

1564865-elizabeth-ii-le-jour-de-son-950x0-3

La crise se dénoue avec le couronnement de son frère sous le nom de George VI. Le nouveau souverain, bien que timide et affecté d'un fort bégaiement, tiendra son rôle dans l'honneur pendant les heures graves de la Seconde Guerre mondiale. Surmené, il meurt prématurément à 57 ans, en 1952, et laisse le trône à sa fille de 24 ans, l'actuelle reine Elizabeth II. Celle-ci est en passe de battre le record de longévité de son aïeule Victoria, qui a régné 64 ans.

Sous son règne, la famille a connu des moments difficiles avec le divorce des princes Charles et Andrew et la mort de la princesse Diana, mais aussi un regain de popularité avec le mariage de son petit-fils William et de Kate Middleton ainsi que la naissance de leur premier-né, George, le 22 juillet 2013... Depuis lors, le conte de fées se poursuit avec deux nouveaux enfants, Charlotte et Louis (référence au prestigieux Lord Louis Mountbatten), et le mariage de Harry, frère cadet de William, avec Meghan Markle le 19 mai 2018.

Pour la monarchie britannique comme pour ses homologues d'Europe continentale, le principal défi à venir réside moins dans les péripéties sentimentales (divorces, adultères...), lesquelles ont existé de tout temps, que dans le vieillissement, résultat bienvenu de l'augmentation générale de l'espérance de vie.

Nous risquons de voir, à l'avenir, des grand-pères succéder à des arrière-grand-mères. Pas de quoi ravir les foules... À moins que les Windsor ne suivent l'exemple de Benoît XVI, Béatrix des Pays-Bas ou encore Albert II de Belgique en se retirant avant que les forces ne leur manquent.

https://www.herodote.net/Une_monarchie_a_l_epreuve_de_la_modernite-synthese-567-372.php

BASE 14 995X225

A ceux qui pensent que tout cela est du folklore, précisons qu'un acte/loi/décret signé par le monarque est par essence un acte de souveraineté, et revêt un caractère sacré,  ce qui rend difficiles les tentatives de certains de revenir sur le Brexit, au risque de mettre en péril les fondements du régime. De nombreux "européistes" ont du mal à comprendre les peuples avec lesquels ils souhaitent pourtant fusionner, leur histoire et leur mentalité.  Ils n'ont pas fini d'être étonnés...             P.G.

10_Pounds_A

Posté par UPR Creuse à 04:45 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

lundi 21 mai 2018

Bernard-Henri Lévy repart en guerre contre le Brexit… dans une pièce de théâtre

Opposé à la sortie du Royaume-Uni de l’UE, Bernard-Henri Lévy troquera une énième fois ses habits de philosophe pour celui de comédien. Le 4 juin prochain à Londres, il se produira sur les planches dans une pièce intitulée «Last exit before Brexit».

ACT BHL BREXIT

A l’invitation de Sophie Wiesenfeld, la fondatrice de Hexagon Society, un mouvement intellectuel qui affirme promouvoir «la production de contenus culturels» pour combattre «l'obscurantisme, le populisme, le racisme et les menaces contre les démocraties», Bernard-Henri Lévy se rendra à Londres le 4 juin prochain pour adapter sa pièce de théâtre Hôtel Europe au Cadogan Hall.

Rebaptisée pour l’occasion Last exit before Brexit, cette représentation lui permettra une nouvelle fois de donner de sa personne afin de militer contre la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et ainsi convaincre la majorité des Britanniques qu’ils ont glissé le mauvais bulletin dans l'urne lors du référendum du 23 juin 2016.

Le Brexit, une «escroquerie politique et morale» pour Bernard-Henri Lévy

2009452_recit-brexit-le-jour-dapres-web-0211065368132

Cette position, il l’a réitérée le 16 mai pour le magazine Ici Londres. Au cours de l’interview, il a en effet expliqué que le Brexit était «une des manifestations […] de la vague populiste qui déferl[ait] en ce moment sur toute l’Europe», fustigeant au passage Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, dont il a estimé qu’ils en étaient les vecteurs principaux en France. «Je ne pense pas que l’Europe puisse durablement survivre à un retrait de la Grande-Bretagne», a-t-il par ailleurs estimé.

Enfin, interrogé sur le risque d’un Frexit, il a alors confié ses craintes : «J’espère qu’aucun gouvernement français ne commettra l’erreur folle de David Cameron qui, pour des raisons politiciennes, a déclenché cet effet papillon. Les gens disent : "qu’avez-vous contre ce référendum ? Est-ce que le référendum, ce n’est pas l’essence même de la démocratie ?". Eh bien justement non. C’est un des buts de cette pièce : dénoncer l’énorme escroquerie politique et morale qui veut nous faire croire que demander à un peuple de répondre par "oui" ou "non" à une question aussi énorme, aussi complexe, que son maintien ou non dans l’Europe, serait l’essence de la démocratie.»

https://francais.rt.com/france/50842-bernard-henri-levy-theatre-brexit

MONTAGE BHL BREXIT

Posté par UPR Creuse à 06:53 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

samedi 19 mai 2018

Mariage du prince Harry et de Meghan Markle : que reste-t-il des républicains britanniques ?

A l’heure des noces du Prince Harry et de sa dulcinée Meghan Markle le 19 mai, le mouvement antimonarchiste Republic est plus inaudible que jamais et la frange jadis républicaniste du Labour a mis de l'eau dans son vin.

ACT MARRIAGE HARRY

Après le mariage du prince William et de Kate Middleton en 2011, c’est au tour de l’enfant terrible de la Couronne, le prince Harry, de convoler en justes noces avec l'actrice Meghan Markle, le 19 mai dans le château des Windsor dans le Berkshire. Alors que le pays en émoi s’apprête à célébrer l’événement, la cause dite républicaniste ne fait plus beaucoup d’éclats. Un des derniers sondages sur la monarchie, mené en 2016 par Ipsos, en témoigne : 75% des Britanniques interrogés pensent que la monarchie a un rôle important à jouer pour le futur du pays. 

UK REPUBLICAN 1

Le principal mouvement antimonarchiste Republic, qui dit reposer sur une base de 30 000 membres, a bien du mal à se faire entendre. A l'image d'un tweet récent qui s'élève contre le financement par le contribuable du mariage princier, leurs publications ne récoltent actuellement que quelques maigres likes.

Ce mouvement, institué en groupe de pression en 2006, s’est fait remarquer par ses contre-événements organisés lors des grandes célébrations de la Couronne et par des enquêtes et des révélations d’affaires défavorables à la famille royale. Il a su s’attirer à sa création le soutien de députés conservateurs, travaillistes, libéraux-démocrates ou verts. Mais leur soif de révolution institutionnelle ne trouve aujourd’hui que peu d’écho. Leur dernière pétition pour que la BBC assure une couverture fiable et objective des noces princières n’a rassemblé que moins de 5 000 signatures au 18 mai.

Les antimonarchistes lâchés par Jeremy Corbyn

Même un des plus farouches opposants à la monarchie, le leader travailliste Jeremy Corbyn, s’est dédit au fil des années. Pourtant, il avait bien appuyé la proposition de loi sur l’abolition de la monarchie, le Commonwealth of Britain Bill, proposé par le député travailliste Tony Benn en 1991. 24 ans plus tard, en 2015, dans une déclaration au tabloïd anglais Mirror, il faisait cette fois profil bas et revoyait ses ambitions à la baisse. Entendant toujours réformer la chambre des Lords ou placer un citoyen à la tête du Commonwealth, il n’affichait plus la volonté de se battre contre le statut de la reine.

queen-elizabeth-meghan-markle-prince-harry-marriage

Un sondage de YouGov montrait la même année que 68% des Britanniques pensaient que la reine était une bonne chose pour le pays. Sans doute ces chiffres auront-ils eu raison de sa position. «Ecoutez, je suis profondément républicain, comme vous le savez», déclarait ainsi le leader travailliste. «Mais ce n’est pas le combat que j’entends mener, ce n’est pas un combat qui m’intéresse. Je suis plus intéressé par la réduction des inégalités, à gérer les problèmes, à protéger l’environnement», avait-il expliqué.

Le désintérêt des Britanniques pour le mouvement républicain n’est pas une surprise, à la suite d’une série de coups médiatiques orchestrés par le palais de Buckingham pour redorer son blason après les années de désamour consécutives à la mort de Diana, marquées par un pic d’impopularité en 1997. Les déconvenues de cette princesse, objet de la ferveur populaire, avec la famille royale, avaient révélé les failles et la dureté de la dynastie. Dès lors, la reine s'est privée de son yacht le Britannia, a accepté de payer des impôts, de réduire son train de vie, et a supprimé le financement des membres de la famille royale. De son côté, le prince Charles a officialisé sa liaison avec Camilla Parker Bowles et l’a épousée. Les grandes célébrations comme le Jubilé d'or en 2002, la commémoration de la victoire contre le nazisme et le Japon, et les funérailles de la reine-mère en 2002 ont aussi aidé la monarchie à regagner un soutien populaire.

La monarchie, sans cesse contestée depuis Cromwell, garde le cap

Le glas de la monarchie britannique n’a sonné qu’une fois, en 1649, sous l’impulsion du militaire Oliver Cromwell, qui avait alors proclamé la République et créé un nouveau parlement. Agissant lui-même tel un monarque aux pouvoirs iniques, dissolvant trois parlements successifs, il fut contesté par la troisième assemblée qui lui demanda de rétablir la royauté. Il avait souhaité confier les rênes du pouvoir à son propre fils, Richard. Mais Charles II, fils du défunt roi décapité, avait vite repris la Couronne en 1661, soutenu par le gouverneur d’Ecosse.

1564865-elizabeth-ii-le-jour-de-son-950x0-3

Depuis, l’opinion britannique oscille entre désamour vis-à-vis de la famille royale et affection pour une monarchie qui assure une forme de stabilité et de continuité. Le sentiment républicaniste a culminé dans les années 1840, au moment de la seconde révolution française de 1848, mais n’a jamais véritablement menacé les monarques.

Aujourd'hui, si les républicanistes britanniques contestent les privilèges héréditaires, ils dénoncent aussi la nature de la constitution britannique. Elle s'appuie sur un recueil de textes et de traités servant de base aux principes et lois en cours dans le pays. Les républicains souhaitent la rédaction d’une constitution unifiée composée d’un seul document. Ils se battent aussi pour que cesse l’influence de la Couronne qui, censée n’occuper que des fonctions symboliques, interfère avec le pouvoir politique. La reine est ainsi chargée de la nomination du Premier ministre (non pas de son choix), et signe les traités internationaux. Elle ouvre les sessions du Parlement, tient des réunions hebdomadaires avec le Premier ministre, qui s’entretient avec elle de questions de politique intérieure et extérieure. 

Les opposants à la monarchie souhaitent en outre que les finances royales soient examinées par un organisme indépendant. Si en 2009, le palais de Buckingham prétendait que les frais de la monarchie s’élevaient à 41,5 millions de livres, le mouvement Republic a fait une réévaluation en estimant le chiffre réel à 334 millions, en tenant compte des dépenses de sécurité. Mais il faut mettre ce chiffre en balance avec les profits réalisés par la Couronne et reversés à l’Etat. Elle possède et administre des biens qui forment le Crown Estate, et touche 15% de ces revenus, dit le Sovereign Grant. Grâce à la gestion de ce patrimoine, le Trésor britannique a réalisé un profit de 329 millions de livres en 2016. Cette dotation devrait être augmentée pour atteindre 25% afin de financer les nombreux travaux du palais de Buckingham.

En outre, les bénéfices engrangés par l'activité économique liée au mariage princier promettent d'être colossaux. La manne touristique est notamment estimée à 2 milliards de livres par VisitBritain, l'Office du tourisme britannique.

https://francais.rt.com/international/50804-mariage-prince-harry-meghan-markle-que-reste-republicains-britanniques

Posté par UPR Creuse à 09:21 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mardi 15 mai 2018

Le Brexit fait bondir les exportations de « British mozzarella »

Le boom de la demande en Chine et la baisse de la livre provoquée par les incertitudes liées au Brexit ont fait bondir de 23 % les exportations de fromages « made in UK » l'an dernier.

ACT CHEDDAR UK

C'est une conséquence inattendue  du Brexit  : la baisse de la livre provoquée par les incertitudes sur les conditions de la sortie de l'UE a dopé l'an dernier... les exportations de fromages britanniques ! Selon les statistiques des douanes de sa très Gracieuse Majesté, relayées la semaine dernière par  le « Guardian » , leur valeur a bondi de 23 %, à 615 millions de livres sur l'année, la baisse du sterling rendant le Stilton ou encore le Cheddar plus compétitifs.

La hausse des exportations en valeur est aussi liée à la hausse des prix sur le marché mondial, la demande en fromage continuant de progresser alors même que la production a baissé en Europe. La demande explose ainsi en Asie et en particulier en Chine, où les exportations de fromages britanniques sont passées de 49 tonnes seulement en 2015, à 786 tonnes l'an dernier !

Fromages en poudre ou râpés

12044551

Cette demande ne porte pas toujours sur les fromages britanniques les plus fins : plus de la moitié des fromages « made in UK » exportés en Chine sont en poudre ou râpés, autrement dit destinés à être utilisés dans des plats cuisinés. Les ventes de fromages britanniques font aussi un bond de 27 % en valeur aux Philippines.

Le Cheddar représente à lui seul pas moins de 40 % des exportations de fromage du Royaume-Uni. Plus surprenant, la forte progression de la mozzarella et des fromages frais - comme le fromage blanc égoutté (« cottage cheese ») ou celui à base de lait caillé (« curds ») - avec dans un cas comme dans l'autre des exportations en hausse de 14 % en volume l'an dernier.

Attitude plus positive des acheteurs français

Les exportations de « British mozzarella » vers les Etats-Unis ont ainsi grimpé de 43 % ! Les ventes britanniques de ce fromage destiné pour l'essentiel à la confection de pizza ont aussi progressé à Hong Kong, en Espagne, aux Pays-Bas, au Danemark et au Pakistan.

La-démocratie-et-la-liberté-dexpression-en-France-au-quotidien

Autre explication à ce boom des exportations britanniques : selon Jason Hinds, un exportateur de fromage anglais interrogé par le « Guardian », les acheteurs français auraient aussi une attitude plus positive à l'égard des fromages étrangers de qualité, et  en particulier à l'égard de ceux fabriqués outre-Manche . Qui a dit que la Hollande était l'autre pays du fromage ?

https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301666333502-ca-se-passe-en-europe-le-brexit-fait-bondir-les-exportations-de-british-mozzarella-2175611.php

BASE 14 995X225

Et dire que le Brexit devait ruiner la Grande Bretagne et la faire se refermer sur elle-même  !!!!
Donc, pour redresser l'économie française, vendre nos fromages, nos vins et tous nos produits de qualité, Macron doit nous sortir de l'UE !
A moins que... sa mission ne consiste pas à redresser la
France... S.R.

Posté par UPR Creuse à 07:44 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

vendredi 11 mai 2018

Etat des lieux sur le referendum britannique (BREXIT)

TL UK PARLEMENT

On nous rebat les oreilles que le vote « Leave » est tantôt le vote d'un peuple inculte en matière d'économie, de politique ou de relations internationales, tantôt un vote xénophobe face à la vague d'immigration en Europe. Le résultat du référendum n'a pas été accueilli favorablement dans les plus hautes sphères européennes, et il aurait presque fallu ignorer le vote comme cela s'est passé en France en 2005 pour le référendum sur le TCE ou en Irlande en 2008 pour le référendum sur le Traité de Lisbonne. L'inamovible Donald Tusk, alors président du Conseil des ministres en Pologne, affirmait : « Le référendum en Irlande ne disqualifie pas le traité de Lisbonne. L’Europe trouvera un moyen de le faire entrer en vigueur. » Pour Tusk, président du Conseil européen depuis 2014, réélu en 2017,  « la démocratie, c'est cause toujours[1]». Le vote du 23 juin 2016, auquel plus de 72% des sujets de Sa Majesté a participé, aurait pu être balayé d'un revers de main puisque Tusk, en session plénière du Conseil européen d'octobre 2017, a laissé entendre que l'une des issues des négociations n'excluait pas le maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Mais il n'est pas le seul en Europe[2] à penser que le peuple a mal voté. Les libéraux-démocrates ont appelé de leurs vœux la tenue d'un nouveau référendum pour que le peuple puisse revenir sur sa décision – les citoyens savent-ils ce qui est vraiment bon pour eux ? Un peu de « pédagogie » pour convertir le peuple à une UE honnie et le deuxième référendum serait acquis au « Remain ». Une galloise, Liz Webster, affiliée au parti Lib-Dem, n'a pas hésité à qualifier le référendum de « tyrannique » par opposition au sain(t) parlementarisme[3]. Certains ne doivent pas être loin de regretter le suffrage censitaire... Pour effrayer les électeurs britanniques qui hésitaient encore un mois avant le vote, Obama menaçait le Royaume-Uni de se retrouver « au bout de la file d'attente sur les accords commerciaux » (ce qui n'aurait pas été une trop mauvaise nouvelle pour les britanniques) puis il a déploré le résultat du référendum tout en nuançant son propos, affirmant que le Royaume-Uni resterait un partenaire économique majeur[4]... « business is business ».

1026639266

Le Royaume-Uni est une monarchie parlementaire, comme beaucoup de pays en Europe, mais le Royaume-Uni n'a pas de Constitution « écrite », contrairement à la France (Constitution de 1958) ou à l'Allemagne (Loi Fondamentale de 1949). Toutefois le régime repose sur des principes comme la séparation des pouvoirs, la suprématie du Parlement, la « Common Law » (la loi découle de la jurisprudence plutôt que d'un texte codifié). C'est cette fameuse suprématie du Parlement qui va nous intéresser car elle a fait l'objet de débats juridiques et politiques, précisément parce que la Constitution n'est pas « écrite », et que le principe de suprématie du Parlement avait été remis en cause par le European Communities Act de 1972, définissant la primauté du droit communautaire sur le droit national[5]. A qui revient-il d'initier la sortie de l'UE ? Le gouvernement ? Le Parlement ? La question a été portée à l'attention de la Cour suprême du Royaume-Uni par une gestionnaire de fonds de la City, Gina Miller, qui a obtenu de Theresa May qu'elle consulte le Parlement avant d'engager le Brexit. En effet au Royaume-Uni le peuple n'est pas souverain, ce sont conjointement le monarque et le Parlement qui sont dépositaires de cette souveraineté. Mme May craignait de consulter le Parlement car elle était affaiblie dans son propre camp et incertaine du vote Labour. Le 1er février 2017 tous les Conservateurs (à l'exception de Ken Clarke) et une majorité de députés travaillistes se sont prononcés en faveur du déclenchement de l'article 50 du Traité de Lisbonne, conformément au vote du référendum et le 29 mars 2017 la demande de « divorce » est adressée à D. Tusk[6]. Les négociations, menées notamment par Michel Barnier pour l'UE et David Davis pour le gouvernement britannique, pourraient durer jusqu'à deux ans. Avec ou sans accord entre Royaume-Uni et UE, le Brexit sera effectif le 29 mars 2019.

1554859_1464271813_1527308-1455781326-1049274-1430991889-brexit-angleterre-grande-bretagne-europe_565x375p

Le European Communities Act de 1972 portait en germe une attaque intolérable contre la souveraineté britannique et ce fut la principale raison du vote « Leave » le 23 juin 2016. Ainsi, en sortant des urnes 49% des Britanniques sondés[7] ont affirmé que leur motivation première était que la politique du Royaume-Uni devrait uniquement être définie par des instances britanniques. Quoi de plus légitime ? Déjà en 1975, deux ans après l'entrée à reculons dans la CEE[8], le gouvernement Wilson demanda l’organisation d’un référendum au sujet du maintien du Royaume-Uni au sein de la CEE. Les britanniques répondirent « oui » à 67,23%. En dépit des profondes réserves exprimées par certains membres de son Cabinet, Wilson poursuivit une politique d’intégration à la CEE. Tony Benn, travailliste et membre du Cabinet Wilson, tenait ces propos sur la Communauté européenne : « The Community will destroy the whole basis on which the labour movement was founded and its commitment to democratic change. »[9] [10] En 1975 dans un article[11] adressé aux citoyens Benn pointait du doigt la perte d'indépendance et de souveraineté liée à l'entrée dans la CEE :

1°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE nous soumet à des lois et taxes qui n'ont pas été décidées par nos députés, mais par des autorités que nous n'élisons pas directement et que nous ne pouvons pas renvoyer aux urnes. »

2°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE prive le Parlement britannique de la possibilité de supprimer des lois ou des mesures fiscales : seules des autorités communautaires qui n'ont pas été élues directement par le peuple britannique peuvent le faire. »

3°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE exige des tribunaux britanniques qu'ils fassent respecter des lois communautaires qui n'ont pas été décidées par le Parlement, et que le Parlement ne peut pas modifier ou amender, même lorsque ces lois entrent en conflit avec d'autres (votées, elles, par le Parlement), puisque la hiérarchie des droits place les directives communautaires au-dessus des textes britanniques. »

4°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE impose aux gouvernements britanniques des contraintes et des devoirs qui n'ont pas été décidés par le Parlement. Les ministres n'ont donc plus à s'expliquer de leurs actions devant le Parlement, ou le peuple britannique qui les a élus. »

5°) « La participation du Royaume-Uni à la CEE transfère une partie des pouvoirs législatifs et financiers à des autorités communautaires qui n'ont pas été élues directement par les britanniques, ce qui les isole du contrôle direct des électeurs britanniques. Comme ces derniers ne peuvent pas retirer leur mandat à qui que ce soit, leur point de vue n'importe guère et nul n'est tenu de prendre en compte leurs récriminations. »

 

68c96e9c19a8bf6728aace7410289

Le fond du débat a été le même en 1975 et en 2016 sur la question de l’indépendance et de la souveraineté. A ceci près qu’en 1979 les députés du Parlement européen sont pour la première fois élus au suffrage direct, ce qui laissait présager d'une démocratisation des institutions. Mais le pouvoir du Parlement européen est limité, il a un droit de veto et ne peut prendre des décisions qu'en partenariat avec le Conseil de l'UE (le Conseil des ministres qui représentent les gouvernements). Seule la Commission européenne est à l'origine des lois et est chargée de leur application. Elle cumule les pouvoirs législatifs et exécutifs sans être élue, un modèle démocratique.

59f9f9e8488c7bba478b4567

En 2013 dans son discours de Bloomberg D. Cameron réaffirmait l'intégration du RU à la fois à l'UE et à l'OTAN. Il y soulignait la nécessité de donner davantage de légitimité démocratique aux institutions européennes et de réformer l'UE pour plus de « compétitivité » et de « flexibilité » avec en ligne de mire les « charges » sociales[12]. Pour Cameron, l'unique intérêt du RU d'être membre de l'UE est l'accès au marché commun. Tout ceci est fort contradictoire avec ce qu'il affirme plus tôt, à savoir que « ce n'est pas en continuant à faire la même chose que l'on va assurer l'avenir à long terme de l'UE[13]. » Le marché commun et la concurrence libre et non faussée oui ; l'Europe sociale non. Ce discours « coup de poker » répondait surtout à des considérations de politique intérieure comme contenir la percée du UKIP[14], répondre aux nombreux articles sur l'euroscepticisme dans la presse et contrer les députés conservateurs qui déploraient l'absence de consultation des britanniques sur l'UE depuis 1975 alors que son influence sur la politique nationale avait considérablement augmenté avec l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2007. Traité ratifié par voie parlementaire et non référendaire de crainte, de la part de G. Brown, qu'il soit rejeté comme en Irlande. Ainsi s'il existe un déficit démocratique européen, il existe aussi une rupture entre les aspirations du peuple et sa représentation nationale au Parlement. De ce point de vue il  faut garder à l'esprit que le European Communities Act de 1972, plaçant le droit européen au-dessus du droit britannique, a reçu l'assentiment de la Chambre des Communes, de la Chambres des Lords, du Premier Ministre et de la Reine. Donc le Parlement s'est tiré une balle dans le pied.

stock-photo-96180761-brexit-union-jack-flag

Non, le vote « Leave » n'est pas celui d'un peuple inculte en matière d'économie et  de politique. Bien au contraire, ce vote est celui de ceux qui font l'expérience au quotidien d'une politique européenne qui détruit l'emploi, désindustrialise et organise le dumping social. La carte du vote « Leave » recouvre celle d'un fort taux de chômage, d'un déficit de services publics et certains anciens bastions travaillistes, qui, élections après élections, se sont tournés vers UKIP ou l'abstention.  Pays de Galles[15] et Angleterre (sauf Londres et Cardiff) ont majoritairement voté pour sortir de l'UE tandis que l’Écosse et l'Irlande du Nord se sont prononcées en majorité pour rester dans l'UE. Et si les espaces délaissés et appauvris par les politiques d'austérité depuis des années ne bénéficiaient pas du fameux « ruissellement » si cher aux élites mondialisées ? Dans un article[16] sur les raisons de l'échec de Cameron, Pauline Schnapper signale son bilan politique désastreux depuis 2010 :

« (…) l'impact des politiques d'austérité mises en place par le gouvernement de coalition à partir de  2010, qui a eu des conséquences, sinon sur l’emploi, en tout cas sur les revenus et sur les services publics locaux. En d’autres termes, les effets généraux de la mondialisation, y compris les pertes d’emplois dans les secteurs industriels traditionnels, n’ont pas été compensés pendant cette période par un engagement de l’État, bien au contraire. Le vote pour sortir de l’UE a clairement été plus important dans les zones les plus désavantagées sur le plan socio-économique, qui sont aussi celles où les réductions budgétaires ont été les plus violentes et où le vote pour le UKIP a été le plus élevé aux élections européennes de 2014. »

Femmes-SDF-Les-gens-nous-regarde-comme-des-pestiferes

Par exemple Sheffield ou Newcastle votent majoritairement pour sortir de l'UE. L'exclusion sociale s'illustre parfaitement dans l'augmentation des droits d'entrée des stades de football depuis les années 2010[17], ce qui exclut les plus modestes qui, de toute façon, n'auraient pas pu acheter tous les produits dérivés vendus dans les boutiques. La paupérisation généralisée se manifeste par l'implantation de magasins où tout est bradé « poundland », l'émergence de « cash converters » où l'on peut échanger ses biens contre de l'argent sonnant et trébuchant et la multiplication des centres appelés « citizens advice » où les plus démunis peuvent espérer trouver de l'aide pour survivre : effectuer des démarches pour (re)trouver un emploi, pour toucher une allocation bas salaire, pour trouver l'adresse d'une soupe populaire, pour trouver un logement, avoir accès aux soins, faire un prêt, etc.

(...)
 

TU-Logos

Pendant la campagne du référendum les syndicats majoritaires[18] ont défendu le vote « Remain » en arguant du fait que quitter l'UE remettrait en cause, pour les travailleurs britanniques, des droits acquis de haute lutte dans les années 1980 et 1990 grâce à la convergence des syndicats européens. Cette position est à relativiser puisque en décembre 1989 le Royaume-Uni refuse de signer la Charte des droits fondamentaux des travailleurs[19]. La position du groupe Trade Unionists Against the European Union est on ne peut plus claire sur l'origine la situation économique et sociale au Royaume-Uni : libéralisation de l'économie (fonds de pensions calqués sur le système américain, partenariats public-privé et privatisations de la santé et des services postaux), marché unique (déplacement des travailleurs au niveau européen) et accords de libre échange (TTIP), développement exponentiel de la City et de la part des produits financiers dans l'économie britannique au détriment de l'industrie et des services publics ont produit des travailleurs déracinés qui doivent accepter des salaires de misère ou des contrats « zéro heure[20] ».

12044551

Mais quel est l'intérêt de sortir de l'UE ultra-libérale pour subir le même traitement (ou pire) de la part du gouvernement de Theresa May ? Cette crainte a complètement paralysé les syndicats majoritaires et proches du Labour sur la position de défense des droits acquis grâce à l'UE ; ipso facto appeler à voter « Remain » et opter pour la défense de l'UE, malgré ses institutions anti-démocratiques[21]. Mais bien sûr ce n'est pas aussi simple. Rappelons que le droit britannique (Common Law) n'est pas notre droit codifié dit romain, il n'existe pas au Royaume-Uni de code du travail mais une jurisprudence sur les conditions de travail, les contrats de travail ne sont pas encadrés, ou à la marge, par la loi. La relation entre l'employeur et le salarié est donc complètement « libre » et chaque salarié peut négocier des conditions particulières d'emploi. Bien évidemment c'est très souvent en défaveur de l'employé que le contrat est conclu. En 1997 le traité d'Amsterdam met fin à l'« opt-out » britannique sur les dispositions sociales, une bouffée d'air pour les salariés après les années Thatcher : droit d'accès aux services publics, droit d'association, de négociation et action collective, encouragement de l'amélioration des conditions de travail notamment pour les employés à temps partiel ou à durée déterminée...  C'est donc un moindre mal pour les britanniques mais on est encore loin des grandes lois sociales puisqu'on relève dans le traité d'Amsterdam « la nécessité de prendre des mesures en vue d'une augmentation de l'intensité de l'emploi de la croissance, en particulier par une organisation plus souple du travail, qui réponde tant aux souhaits des travailleurs qu'aux exigences de la concurrence» et plus loin qu'il faut moderniser l'organisation du travail par « des formules souples de travail, afin de rendre les entreprises productives et compétitives  et d'atteindre l'équilibre nécessaire entre flexibilité et sécurité ». Enfin on voit bien pourquoi le gouvernement Blair a pu accepter ce volet « social » (sic) du traité d'Amsterdam car « en ce qui concerne les termes employés dans l'accord-cadre, sans y être définis de manière spécifique, la présente directive laisse aux États membres le soin de définir ces termes en conformité avec le droit et/ou les pratiques nationales ». Ce qui dans le cas du Royaume-Uni n'est pas la panacée quand on sait que l'OCDE l'a toujours fait figurer comme celui qui offre le plus bas niveau de protection de l'emploi.

ou_en_est_l_europe_sociale

L'Union Européenne sociale et démocratique n'existe pas. L'UE répond à un seul objectif, préserver l'hégémonie du capital à l'échelle européenne. Toutes les chartes sociales, les bons sentiments et les tentatives de négociations n'y changeront rien ou si peu dans un contexte où les jeunes gens des anciens pays du bloc soviétique migrent vers le Royaume-Uni, fournissent une main-d’œuvre à bas coût et entraînent une chute des conditions d'emploi au Royaume-Uni. Donc, en dépit de la charte sociale et des lois sur la protection des travailleurs européens que les syndicats majoritaires mettent en avant, c'est un naufrage social dont l'origine est la doctrine libérale et les intérêts capitalistiques défendus par la Commission européenne qui relègue le Parlement européen au statut de camouflage démocratique utile pour entériner des politiques plus rétrogrades les unes que les autres.

Toutefois la sortie de l'UE sera loin de régler les régressions économiques et sociales préparées par le gouvernement Conservateur au Royaume-Uni[22]  ; par exemple le récent projet d'assouplir la loi sur la limitation des heures de travail. Les britanniques doivent exiger une sortie de l'UE sur la base de droits pour les travailleurs, le développement d'une politique agricole et industrielle qui favorise l'emploi au RU,  la réduction du poids de la finance, la nationalisation des transports, de la poste, la réhabilitation d'un service de santé public de qualité et l'abandon de toute politique d'austérité.

Au moment même où la Catalogne revendique son indépendance le Brexit interroge aussi la cohésion du Royaume-Uni puisque les Écossais du SNP, qui ont majoritairement voté pour rester dans l'UE[23], demandent l'organisation d'un nouveau référendum sur l'indépendance[24]. A suivre. Une autre question épineuse concerne l'Irlande du Nord et la frontière avec la République d'Irlande, nous y reviendrons. Enfin il faudra revenir sur l'insupportable position du Labour pendant la campagne du Brexit et la façon dont Jeremy Corbyn mène sa barque au sein du Shadow Cabinet[25].

 
 Antoine Bourge, le 27 décembre 2017.


[1]Jean-Louis Barrault : « La dictature, c'est 'ferme ta gueule' ; la démocratie, c'est 'cause toujours'. »

[4]Du point de vue des États-Unis traiter avec un interlocuteur unique, l'UE, est beaucoup plus avantageux que de négocier avec chaque pays européen.

[8]Par trois fois De Gaulle a mis son veto à l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE (1958, 1963, 1967). Le Royaume-Uni intégra enfin la Communauté Economique Européenne (CEE) le 1er janvier 1973 sous l’impulsion des Conservateurs (Macmillan puis Heath).

[9] « La Communauté va détruire les fondements sur lesquels le mouvement travailliste s’est construit et son engagement pour la démocratie. » Tiré de l’article « Le référendum britannique du 23 juin 2016 : un simulacre de démocratie ? », Christian Auer, Revue Française de Civilisation Britannique (2017).

[10] La frange la plus à gauche du parti Travailliste réprouva cette entrée dans le marché commun. En 1983 Michael Foot, dirigeant du parti Travailliste, défendit une sortie de la CEE en affirmant : « Quand nous arriverons au pouvoir, nous ouvrirons les négociations préliminaires avec les autres États membres pour établir un calendrier de retrait de la CEE. » Cela provoqua la scission du parti et la naissance du mouvement Lib[eral]-Dem[ocrat] à la fin des années 1980.

[11]The Spectator, Londres, 18 janvier 1975.

[12]« Comme l'a dit la Chancelière Merkel : si l'Europe aujourd’hui représente juste un peu plus de 7% de la population mondiale, contribue environ à 25% de la production mondiale et doit financer 50% des dépenses sociales mondiales, alors il est évident qu'elle va devoir travailler très dur pour préserver sa prospérité et son mode de vie. » D. Cameron, discours de Bloomberg (2013).

[13]Discours de Bloomberg (2013).

[14]United Kingdom Independence Party qui exige notamment la sortie de l'UE.

[15]Résultat étonnant si on adopte une grille de lecture centrée sur le montant des subventions européennes dont a bénéficié le pays de Galles.

[16]Pauline Schnapper, « David Cameron et la campagne du « Remain » », Revue Française de Civilisation

Britannique [En ligne], XXII-2 | 2017, mis en ligne le 30 mai 2017, consulté le 16 juin 2017. URL : http://

rfcb.revues.org/1363 ; DOI : 10.4000/rfcb.1363

[17]« Les pauvres chassés des stades »,  Manières de voir, Le Monde diplomatique, juin-juillet 2017

[21]Relire l'article de Tony Andréani, « Les peuples, les nations et l'UE » (2014) publié dans , notamment la section « Un fédéralisme technocratique et foncièrement antidémocratique ».

[22]Voir l'article de Paul Sellers, « What is the Working Time Directive that Boris and Gove are plotting to scrap » (18 décembre 2017) sur le site du syndicat TUC.

[23]60% des Écossais ont voté pour rester au sein de l'UE.

[24]« Lors de la campagne pour le référendum sur l’indépendance écossaise [en 2014], D. Cameron avait finalement réussi, avec la campagne trans-partisane Better Together, à obtenir une majorité de 55% pour le maintien de l’Écosse dans le Royaume-Uni malgré une très forte poussée du mouvement indépendantiste mené par le SNP  (Scottish National Party) et des sondages qui donnaient les deux camps au coude-à-coude jusqu’à quelques jours avant le scrutin. » Pauline Schnapper, « David Cameron et la campagne du « Remain » », Revue Française de Civilisation Britannique [En ligne], XXII-2 | 2017

[25]Le « Cabinet fantôme » est une opposition officielle qui surveille et critique l'action des ministres du gouvernement.

http://la-sociale.viabloga.com/news/etat-des-lieux-sur-le-referendum-britannique

mardi 8 mai 2018

8 mai 1945 Fin de la guerre en Europe: version enrichie par un lecteur adhérent

HIST 8MAI45

La Seconde Guerre mondiale se termine officiellement en Europe le 8 mai 1945, à 23h01 (heure allemande), au lendemain de la capitulation sans condition de l'Allemagne nazie, signée le 7 mai à Reims.

Elle laisse un bilan sans équivalent dans l'Histoire avec plus de cinquante millions de morts militaires et majoritairement civils (400.000 Américains, autant de Britanniques, 600.000 Français, huit millions d'Allemands, dix à vingt millions de Soviétiques etc).

Capitulation du IIIe Reich à Berlin : les plénipotentiaires allemands (le général Hans Juergen Stumpff, commandant en chef de la Luftwaffe, le maréchal Wilhelm Keitel, chef d'état-major de la Wehrmacht, l'amiral Hans Georg Von Friedebourg, Kriegsmarine, source : ECPAD)

Défaite totale de l'Allemagne nazie

Le tournant de la guerre s'est produit lors de la bataille d'El-Alamein, en octobre 1942*.

À partir de cette date, les armées allemandes subissent défaite sur défaite et reculent sur tous les fronts. En février 1945, Dresde est écrasée sous les bombes. La jonction des troupes soviétiques et anglo-américaines a lieu le 25 avril 1945 au milieu de l'Allemagne, sur l'Elbe.

Le 30 avril, le suicide de Hitler, terré dans son bunker de Berlin avec son dernier carré de fidèles, sonne le glas des espoirs allemands.

Il revient à son successeur, l'amiral Dönitz, de demander la cessation des combats aux puissances alliées. Celui-ci envoie le général Alfred Jodl, chef d'état-major de la Wehrmacht, à Reims, au quartier général des forces alliées du général Dwight Eisenhower.

Signature de la capitulation à Reims (7 mai)

Capitulation du IIIe Reich à Reims : on voit de dos le général Alfred JodlLe général Alfred Jodl signe dans la nuit du 6 au 7 mai, à 2h41 du matin, la capitulation sans condition de l'Allemagne. Quelques mois plus tard, il sera condamné à mort par le Tribunal de Nuremberg pour avoir contresigné des ordres d'exécution d'otages ou de prisonniers.

Le chef d'état-major du général Eisenhower, commandant suprême des Alliés, et le général soviétique Ivan Sousloparov signent l'acte de capitulation au nom des vainqueurs. Le général français François Sevez, chef d'état-major du général de Gaulle, est invité à le contresigner à la fin de la cérémonie en qualité de simple témoin.

La cessation des combats est fixée au lendemain 8 mai, à 23h 01.

Ratification de la capitulation à Berlin (8 mai)

Pour Staline, il ne suffit pas que la capitulation ait été signée à Reims, dans la zone occupée par les Anglo-Saxons. Il faut aussi qu'elle soit ratifiée à Berlin, au coeur du IIIe Reich, et accessoirement dans la zone d'occupation soviétique.

Bien que la France se fût officiellement retirée de la guerre avec l'armistice du 22 juin 1940, le gouvernement du général de Gaulle obtient de Staline de se faire représenter par le chef de la 1ère armée française, le général Jean de Lattre de Tassigny.

Cette formalité se tient au quartier général des forces soviétiques, sous la présidence du maréchal Gueorgui Joukov. Après que le maréchal Wilhelm Keitel, chef d'état-major de la Wehrmacht, a signé les protocoles de la capitulation, la délégation allemande est poussée vers la sortie et les vainqueurs donnent libre cours à leur joie dans un banquet qui se prolonge jusqu'au matin.

99e6aeb2d0eb0a7f0ba603c54f612466

NB : la ratification de la capitulation à Berlin ayant été enregistrée en URSS le lendemain, à 00h01 (heure de Moscou), c'est le 9 mai que, depuis lors, Soviétiques et Russes commémorent leur victoire dans la « Grande Guerre patriotique ».

La capitulation n'est pas la paix

Les chefs d'État et de gouvernement alliés, dont le général de Gaulle, peuvent annoncer simultanément sur les radios la cessation officielle des hostilités en Europe.

Mais malgré la capitulation de l'Allemagne nazie, son allié le Japon poursuit un combat désespéré contre les Américains dans l'océan Pacifique. Il faudra les deux explosions atomiques de Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945, pour le contraindre à capituler, près de quatre mois après l'Allemagne.

https://www.herodote.net/8_mai_1945-evenement-19450507.php

BASE 14 995X225

Commentaire reçu ce jour:

Je pense que dans votre résumé, vous commettez une erreur en disant que le tournant de la guerre à lieu avec la bataille d'El Alamein: pendant quelque temps les troupes allemandes vont encore progresser. Le tournant aura lieu avec la bataille de Stalingrad: à partir de ce moment les Allemands ne vont que se replier. On peut dire que les trois coups qui annoncent la défaite du Reich sont la bataille de Moscou ( les officiels français savent depuis juillet 1941 que l'Allemagne a perdu la guerre voir la conférence d'Annie Lacroix-Riz), la bataille d'El Alamein (n'oublions pas que l'Allemagne n'a engagé qu'un corps d'armée dans la guerre en Afrique), et la bataille de Stalingrad. La guerre a été gagnée sur le front soviétique,  qui en a payé le prix fort.  Les résistants, et une bonne partie de la population française ne s'y sont pas trompés qui attendaient la libération par l'est, et qui, de suite après la guerre, considéraient que la victoire avait été apportée par l'URSS. La guerre froide est passée par là pour nous faire croire que les Américains nous ont délivrés.

    Je ne me souviens plus très bien, mais le général De Lattre de Tassigny n'est-il pas signataire comme allié, et non comme témoin à Berlin ( je me rappelle par contre de la réflexion désappointée de Keitel lorsqu'il a vu qu'un français participait à la cérémonie)

    Merci pour votre site, et bon courage.

Merci à Bernard (UPR 31) pour cette rectification!    P.G.

Posté par UPR Creuse à 16:25 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

Iran-Occident : vers un nouveau rendez-vous manqué ?

Une nouvelle fois, Washington menace d'enflammer le Moyen-Orient en reniant son engagement dans les accords de Genève laborieusement conclus en 2013...

HIST IRAN US MOSSADEGH

Depuis le « Grand Jeu » et la découverte du pétrole au début du XXe siècle, l'Iran (ou Perse) fait l'objet d'un partage d'influence entre les Anglo-Saxons et les Russes, au détriment des Iraniens eux-mêmes. Ceux-ci l'ont éprouvé avec le renversement du Premier ministre réformiste Mossadegh par la CIA en 1953. 

Screen-Shot-08-08-17-at-07

Les relations entre les États-Unis et l’Iran se sont tendues après la révolution islamique de 1979. Washington n'a pas craint de soutenir l'agression de Saddam Hussein contre son voisin, lequel n'avait alors comme allié qu'Israël ! La tension est remontée en 2002 lorsque l'Iran a été accusé de développer son programme nucléaire à des fins militaires et non pas seulement civiles, en violation du traité de non-prolifération nucléaire de 1968 qu'il avait signé.

Les accords de Genève ont laissé espérer un retour du pays dans le concert des nations, Téhéran s'engageant à ne plus développer le nucléaire pour un usage autre que civil et Washington à lever les sanctions économiques.

Mais en accusant l'Iran de ne pas respecter les accords, sans préciser sur quels points exactement, le président Donald Trump menace de retirer la signature des États-Unis. Il doit rendre sa décision d'ici le 12 mai 2018. L’Iran a officiellement répondu qu’il n’accepterait aucune modification du traité. Les Européens, de leur côté, souhaiteraient préserver l’accord, et même, selon le président Macron, « préparer une négociation plus large ». Allons-nous vers un nouveau rendez-vous manqué de l'Iran avec l'Occident ? Une nouvelle catastrophe n'est plus à exclure.

Avec 80 millions d'habitants et un rayonnement sur tout l'arc chiite qui va du Liban aux marges du Pakistan, en passant par la Syrie, l'Irak et Bahrein, l'Iran est un acteur incontournable du Moyen-Orient et, depuis mille ans, un rival de la Turquie et des Arabes sunnites.

Mais depuis le « pacte qu Quincy »  conclu par Roosevelt et Ibn Séoud en 1945 (armes contre pétrole), Washington a fait le choix de soutenir vaille que vaille ces derniers. Un choix aberrant d'un point de vue géopolitique... et moral. 

L'Arabie séoudite est l'un des États les plus archaïques de la planète. Elle finance généreusement depuis quarante ans les mouvements islamistes et le terrorisme. Elle s'est engagée dans une guerre d'agression contre le Yémen voisin, loin des caméras occidentales mais avec des armes fournies par les Européens (avions français, chars allemands).

À l'opposé, l'Iran, en dépit de la poussée de fièvre islamiste de 1978-1979, se présente comme la société la plus « moderne » du Moyen-Orient, Turquie comprise au regard de tous les indicateurs pertinents : éducation, statut des femmes, indice de fécondité, rapport à la laïcité...

Au vu de ses choix contre nature, la « diplomatie » de Washington demeure un mystère insondable*.

André Larané et Soline Schweisguth
https://www.herodote.net/Iran_Occident_vers_un_nouveau_rendez_vous_manque_-article-1724.php

BASE 14 995X225

*C'est nettement moins un mystère si on inclut dans la réflexion un autre allié des Etats- Unis dans la région: Israël, et si on replace le début de cette affaire (le renversement de Mossadegh) dans le contexte géopolitique de l'époque (guerre froide):

19 août 1953

Renversement de Mossadegh en Iran

mossadegh-1951-affiche

Le 19 août 1953, le Premier ministre du chah d'Iran, Mohammad Mossadegh (73 ans), est démis de ses fonctions sous la pression des Britanniques. Ces derniers l'accusent d'être à la solde des Soviétiques.

Ils lui reprochent surtout d'avoir nationalisé les gisements pétroliers d'Iran et exproprié la puissante compagnie pétrolière Anglo-Iranian OilCompany. Celle-ci avait été fondée en 1908 par William d'Arcy, suite à l'obtention d'une concession pétrolière en Perse en 1901. Il faudra attendre vingt ans avant qu'un autre pays ose nationaliser son pétrole. Ce sera l'Algérie...

L'enjeu pétrolier

Nationaliste farouche, Mossadegh arrive à la tête du gouvernement en avril 1951 avec la ferme intention de chasser les compagnies étrangères.

Il rejette une offre de l'Anglo-Iranian Oil Company de partager par moitié les profits tirés de l'exploitation du pétrole et, dès le 1er mai 1951, fait voter la nationalisation des puits iraniens et l'expropriation de l'Anglo-Iranian.

Il expulse dans la foulée les techniciens britanniques. Mais son pays manque cruellement de cadres qui pourraient les remplacer et n'a pas de pétroliers pour transporter le pétrole. Qui plus est, le Royaume-Uni menace en représailles de saisir les «bateaux pirates» transportant du «pétrole rouge».

Pour ne rien arranger, des experts français révèlent alors les colossales malversations de l'Anglo-Iranian : corruption massive, dissimulation de recettes....

Mossadegh rompt en octobre 1952 les relations diplomatiques avec Londres. La réaction internationale est immédiate : les marchés se ferment au pétrole iranien, occasionnant une grave crise dans le pays et un conflit aigu entre le Premier ministre et le souverain, Mohammed Réza chah Pahlévi (33 ans).

Un an de luttes à couteaux tirés

Mossadegh doit démissionner du poste de Premier ministre sous la menace d'un coup d'État militaire mais le peuple s'insurge en sa faveur et il reprend ses fonctions au bout de quatre jours d'émeutes sanglantes ! La confiance n'est pas pour autant restaurée entre le souverain et son Premier ministre. Un projet d'assassinat de celui-ci, conduit par le chah, des militaires et des ministres, échoue en mars 1953.

En août 1953, suite à un référendum qui donne quitus au gouvernement pour poursuivre les réformes, Mossadegh dissout le Majlis (le Parlement iranien) et annonce de nouvelles élections.

Mais le 16 août 1953, Mohammed Réza chah envoie ses gardes au domicile de son Premier ministre pour l'arrêter. Surprise ! les gardes de Mossadegh désarment ceux du roi... et ce dernier doit fuir son pays pour l'Italie dans la précipitation. Dans les deux jours qui suivent, les habitants de Téhéran manifestent bruyamment leur joie et déboulonnent les statues du chah et de son père, Réza chah Pahlévi (on écrit aussi Pahlavi), le fondateur de la dynastie.

1953_Iranian_coup_détat_-_Mohammad_Reza_Pahlavi_in_Tehran_Airport-700x394

Le chah déchu peut heureusement faire confiance aux services secrets occidentaux. La CIA américaine, dirigée par Allan Dulles, et le MI6 britannique apportent leur soutien au général Fazlollah Zahedi qui organise le 19 août un coup d'État dans les règles.

La résidence de Mossadegh est bombardée et le Premier ministre ne doit son salut qu'à une fuite par une échelle.

Le chah peut bientôt revenir et faire juger Mossadegh. Celui-ci est condamné à mort mais n'effectuera au final que trois ans de prison.

b97_6583a

L'Anglo-Iranian Oil Company retrouve ses biens, en changeant son nom pour celui de British Petroleum (BP), et tout rentre dans l'ordre ! Tout ou presque. Les compagnies américaines, autour de la puissante Standard Oil, profite de l'affaire pour faire leur entrée sur le marché iranien.

L'éviction de Mossadegh consacre l'échec de la première tentative d'un pays du tiers monde d'acquérir la maîtrise de ses richesses naturelles. L'événement a nourri de profonds ressentiments chez les Iraniens jusqu'à la révolution islamiste de 1978-1979.

https://www.herodote.net/19_aout_1953-evenement-19530819.php

Posté par UPR Creuse à 04:45 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

lundi 7 mai 2018

6 mai 1840 Naissance du timbre-poste

HIST TIMBRE POSTE

Le timbre-poste naît à Londres le 6 mai 1840. Avant cette date, il était habituel que le port des lettres soit payé par le destinataire en fonction de la distance.

Un inventeur au coeur sensible

Un jour de 1837, si l'on en croit une pieuse légende, un éducateur d'avant-garde, Rowland Hill (42 ans), voit une jeune femme qui pleure à chaudes larmes après le passage du facteur. Elle lui explique qu'elle a dû refuser une lettre de son amoureux faute d'argent pour payer le port.

L'imaginatif Anglais, qui a des entrées au gouvernement, rédige un mémorandum et le transmet au Premier ministre, lord Melbourne.

Dans ce texte intitulé : Postal Reform ; its Importance and Practicability (La réforme postale : importance et faisabilité), il propose le paiement du port à l'avance avec un prix identique quelle que soit la distance dans le pays. Le paiement est garanti par un timbre adhésif et un tampon d'oblitération.

La réforme est inscrite au budget du Parlement en août 1839. Hill la met aussitôt en oeuvre avec le concours d'artistes et de milliers de correspondants anonymes qui lui font part de leurs suggestions.

Le « Penny Black »

Le penny black de 1840 Le premier timbre-poste permet pour un penny d'envoyer une lettre d'un maximum de 14 grammes (moins d'une « half-ounce »).

Surnommé « Penny Black », il recueille un succès immédiat parce qu'il montre sur fond noir le joli profil de la reine Victoria à 15 ans et surtout parce qu'il simplifie l'envoi du courrier et le rend meilleur marché.

Les premières planches de timbres-poste ne comportent pas de perforations et doivent être découpées aux ciseaux par les postiers. Comme tous les timbres du Royaume-Uni jusqu'à ce jour, le Penny Black ne comporte pas l'indication du pays. Sa diffusion et l'expansion du courrier sont facilitées par l'apparition du chemin de fer.

Succès mondial

Les cantons suisses de Zurich et Genève ainsi que l'empire du Brésil adoptent à leur tour le timbre-poste en 1843. Bâle emboîte le pas en 1845. Les philatélistes français doivent attendre quant à eux l'avènement de la IIe République.

Le premier timbre français est émis le 1er janvier 1849 à l'initiative du directeur général des Postes de France, l'agitateur républicain Étienne Arago, frère cadet du savant François Arago. Il porte le profil de la déesse Cérès, déesse romaine des moissons. Sa valeur est de 20 centimes pour l'envoi d'une lettre de moins de 7,5 grammes partout en France.

timbre louis napoléon

En décembre 1848 est élu à la présidence de la République le prince Louis-Napoléon Bonaparte. En exil à Londres, le neveu de Napoléon 1er a vu comment le timbre-poste pouvait servir la popularité du chef de l'État en diffusant partout son portrait. Il ne tardera pas à mettre à profit ce nouveau média pour diffuser non plus le profil de l'antique déesse mais le sien.

 

 

 

Joseph Savès
https://www.herodote.net/6_mai_1840-evenement-18400506.php

Posté par UPR Creuse à 08:54 - - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Politiquement et économiquement, le Royaume-Uni sombre dans le Brexit

LOGO FB UPR - Copie

Attention: article AFP/La Croix. A lire avec précaution et second degré...-)


Les obstacles se dressent sur la route de la première ministre britannique Theresa May, venus de l’Union européenne comme de son propre pays. / DANIEL LEAL-OLIVAS/AFP

DECR UK LORDS

Un divorce n’est jamais simple. Et les nuages s’amoncellent sur celui du Royaume-Uni et de l’Europe. Le Brexit que les Britanniques ont souhaité à 51,9 % le 23 juin 2016, est devenu un vrai casse-tête pour le gouvernement et sa première ministre, au point que l’on se demande si la séparation pourra vraiment avoir lieu.

 

Le calvaire de la première ministre

Depuis le début, la tâche d’organiser ce « décrochage » de l’Europe est loin d’une promenade de santé. Tous ceux qui en avaient fait la promotion, parmi lesquels Nigel Farrage (leader du parti UKIP), n’en ont pas assuré le « service après vente ». Bien au contraire, ils se sont évanouis dans la nature, tout comme le premier ministre d’alors, David Cameron, qui avait pris l’initiative d’organiser le référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne (UE), et a préféré démissionner aussitôt celui-ci voté.

Remplacé par Theresa May, c’est à elle qu’il incombe depuis d’assurer la volonté du peuple britannique. Un vrai calvaire pour cette conservatrice opposée elle-même au Brexit et qui doit composer avec une Union européenne bien décidée à ne pas lui faciliter le travail. Une fois arraché un laborieux et imparfait accord sur les trois points de blocage avec Bruxelles – la facture à payer, le sort des Européens travaillant au Royaume-Uni, et la frontière irlandaise –, de nouveaux obstacles se dressent encore sur la route de Theresa May, mais en interne cette fois.

House-of-Lords-chamber

Lundi 30 avril, la chambre des Lords britannique (pro-UE), l’équivalent de notre Sénat, a adopté un amendement au projet de loi sur le Brexit donnant au Parlement le pouvoir d’empêcher le gouvernement de quitter l’Union européenne en l’absence d’accord avec Bruxelles. La proposition a été adoptée par 335 voix contre 244. À l’issue de son examen par les Lords, le texte doit revenir dans les prochaines semaines devant les députés, qui l’avaient voté en janvier et qui pourraient donc supprimer ou modifier cet amendement embarrassant pour l’exécutif.

Un vrai camouflet

article-0-0CCFDCDC000005DC-46_468x286

Le gouvernement conservateur de Theresa May avait précédemment indiqué qu’il laisserait certes le Parlement voter sur l’accord de divorce. Mais en cas de rejet, la seule option restante était alors une sortie sans accord, une perspective qui inquiète particulièrement les entreprises britanniques. L’amendement adopté lundi 30 avril donne aux parlementaires la possibilité « de suggérer de nouvelles négociations », voire de décider d’un maintien dans l’UE*, a expliqué le Lord conservateur Douglas Martin Hogg, un des signataires.

Un vrai camouflet pour la première ministre dont la marge de manœuvre se réduit de plus en plus. Courant avril déjà, les « Pairs », non élus, avaient phagocyté le Brexit en votant pour que la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne soit conservée dans la loi britannique, et adopté un amendement remettant en cause le projet du gouvernement de quitter l’union douanière.

Et s’il fallait en rajouter dans la liste des problèmes liés au Brexit, voilà que se tiennent des élections locales jeudi 3 mai, en Angleterre – une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni et la plus peuplée avec 55 millions d’habitants –, qui pourraient encore mettre la première ministre dans l’embarras.

 

Des électeurs conservateurs mécontents

Plus de 4 300 sièges sont en jeu dans 150 conseils locaux, chargés notamment des questions d’éducation et de la gestion des déchets. Londres est l’un des principaux champs de bataille de la campagne. Les travaillistes ambitionnent d’y ravir plusieurs bastions traditionnellement conservateurs, comme le borough de Wandsworth, dans le sud-ouest de la capitale britannique.

Les partis de l’opposition – le Labour mais aussi le Parti libéral-démocrate et les Verts – courtisent plus particulièrement ces électeurs conservateurs mécontents ainsi que les immigrés européens, autorisés à voter aux scrutins locaux.

Wandsworth compte 230 000 électeurs inscrits et traditionnellement, seul un tiers d’entre eux se rendent aux urnes. Ce qui signifie que les quelque 26 000 citoyens européens qui y résident pourraient jouer un rôle capital. Car ces derniers semblent peu nombreux à vouloir voter pour les Tories, malgré les propos se voulant rassurants sur leur sort après le Brexit. Un phénomène qui pourrait faire boule de neige dans tout Londres, où les Européens représentent environ 12 % de la population.

Un climat économique morose

fake-news-3-660x330

Un scrutin qui se tient dans un climat des affaires plutôt morose. Avril s’achève sur un rythme de progression de l’activité manufacturière, le plus faible depuis près d’un an et demi, a annoncé mardi le cabinet IHS Markit. L’indice PMI des directeurs d’achat des entreprises du secteur a ralenti à 53,9, contre 54,9 en mars, soit un plus bas depuis 17 mois. Selon cet indicateur, l’activité progresse lorsque l’indice est supérieur à 50 points. En dessous, elle se contracte.

Un coup de mou attribué en partie à un affaiblissement du nombre de nouveaux contrats en provenance de l’étranger.Le cabinet Markit ne voit pas poindre à l’horizon du court terme, une amélioration. En effet, la demande des entreprises faiblit et leur moral est au plus bas en cinq mois, en raison d’inquiétude sur le Brexit, les barrières commerciales et le climat économique général.

Agnès Rotivel (avec AFP)
https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Politiquement-economiquement-Royaume-Uni-sombre-Brexit-2018-05-02-

BASE 14 995X225

*Laissez tomber le dernier paragraphe, c'est de la pure propagande (une seule source non neutre, des chiffres non significatifs, des généralités subjectives...).  Pour ce qui est des institutions britanniques:
"La Chambre des lords se compose de membres nommés à vie par la reine sur proposition du Premier ministre, de 92 lords héréditaires élus parmi les membres des différentes pairies du Royaume-Uni et de 26 lords clercs de l'Église d'Angleterre, membres de droit. Le nombre de membres n'est pas fixe et dépend des nominations : il y en a aujourd'hui près de 850.

Depuis le XIXe siècle, les pouvoirs de la Chambre des lords ont considérablement diminué et son pouvoir est aujourd'hui nettement inférieur à celui de la Chambre des communes. Elle examine les projets de loi approuvés par la Chambre des communes et peut les modifier mais ne dispose pas, sauf dans des cas limités, du pouvoir d'empêcher leur adoption. Elle peut cependant retarder un projet de loi et ainsi pousser le gouvernement à le reconsidérer." [https://fr.wikipedia.org/wiki/Chambre_des_lords]

C'est donc uniquement essentiellement en termes de communication que la position de la Chambre des Lords est gênante pour le gouvernement. Cette position témoigne de l'absence totale de respect de la démocratie de la part des pairs du Royaume, ce qui ne surprendra pas grand monde. La presse française "républicaine" et surtout euro- atlantiste ferait bien de ne pas se réjouir trop vite...

Quant aux élections locales à venir, il s'agit de paramètres internes inhérents à toute démocratie, et elles auront un impact très limité et surtout symbolique sur des négociations internationales qui ont peu à voir avec les compétences fort restreintes des élus locaux (édication et gestion des déchets...)!      P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:30 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

dimanche 22 avril 2018

Quand il s’agit de la Syrie, la BBC enfreint les principes les plus élémentaires du journalisme

TRIBUNE LIBRE / Par Jeremy Salt

Mensonges, tromperies et falsifications ont toujours été « de bonne guerre », la vérité étant la « première sacrifiée ». Mais les deux dernières décennies ont connu, du fait de la technologie, une escalade sans précédent des falsifications de guerre. Les mensonges des Américains, des Britanniques, des Australiens et de leurs alliés avaient déjà atteint un paroxysme, avant et pendant l’invasion de l’Irak de 2003. Ensuite, on a eu droit au tissu de mensonges sur l’épisode libyen, comme ceux sur les mercenaires africains « shootés » au viagra. Et le summum est atteint, depuis sept ans, avec la Syrie et sa fameuse « révolution », dont les informations nous parviennent sous forme de photos truquées, de montages et de reconstitutions, le tout cautionné par les médias dominants.

TL MEDIAS ANGLO US

A de rares exceptions près, les médias anglo-américains (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Australie et Canada) n’ont pas couvert la crise syrienne en tant que telle. Leur information a consisté en un déferlement de propagande, par vagues successives. Dire que la crédibilité des médias n’est jamais descendue aussi bas serait un euphémisme. Elle est même nulle pour  ce qui touche au Moyen-Orient, à l’exception d’une poignée de correspondants qui rectifient occasionnellement le tir.

En se fiant à la parole des « rebelles » et des « activistes » et en refusant de diffuser celle du gouvernement syrien, les médias ont déversé sur la toile un tissu de mensonges destiné à justifier et perpétuer une fois de plus l’agression « occidentale » à l’encontre d’un pays arabe, à la différence près qu’il ne s’agit pas cette fois, d’une agression militaire ouverte comme en Irak ou en Libye, mais qu’elle est perpétrée par des groupes armés terroristes intermédiaires qui tuent et sèment le chaos à travers tout le pays.

image

Si l’on s’en tient aux normes admises, il n’y a pas de « modérés » parmi ces groupes. Le vice-président américain Joe Biden a vendu la mèche à ce sujet en 2014 en disant ouvertement que les « rebelles » ne comptaient aucun groupe modéré dans leurs rangs. Il peut leur arriver de se battre entre eux sur des questions de territoire, d’armes, et de  pouvoir, mais ils ont la même idéologie que leur ennemi officiel – qui est aussi l’ennemi désigné par les gouvernements occidentaux – l’Etat Islamique : l’objectif majeur commun à tous ces groupes est l’élimination des Chiites et des Alaouites et l’établissement d’un régime islamique takfiriste (d’excommunication) à Damas.

Les derniers gros titres auxquels nous avons eu droit sont consacrés au  « siège » imposé par le « régime » aux  habitants de la Ghouta orientale, une région située aux environs de Damas, sur fond d’histoires poignantes d’enfants mourant de faim ou de refus de soins hospitaliers. La responsabilité de ces exactions est imputée au régime, exonérant ainsi le groupe takfiri  Jaysh al-Islam (l’Armée de l’Islam) de toute implication – John Kerry lui-même désignait ce groupe comme une branche de l’Etat Islamique et du Front al-Nosra. Ces groupes, armés et financés par des gouvernements étrangers, dont l’Arabie Saoudite et le Qatar, se sont emparés d’une grande partie de la région et y maintiennent la population en otage. Leur élimination,  légitimement entreprise par le Gouvernement syrien, entraîne la mort de civils. Les reportages qui parlent du « siège » de la Ghouta et du soutien sincère apporté par la population aux groupes takfiris sont donc aussi affabulateurs que ceux qui ont relaté l’épisode d’Alep Est. Dans sa restitution médiatique, il était présenté comme un « siège » imposé par le « régime« , mais lorsque la ville a été libérée de ses occupants takfiris, les habitants ont dansé de joie dans les rues ! Il se produira la même chose dans la Ghouta, dans les différents secteurs d’où les groupes terroristes seront chassés.

82280241-yellow-barrel-of-toxic-waste-isolated-acid-in-barrels-beware-of-poison-toxicity-Stock-Photo

On évoque maintenant un recours aux armes chimiques par le « régime » dans cette région. Selon le site web d’informations de la BBC (‘‘Syrian war: Reports of chlorine gas attack on rebel-held Eastern Ghouta« Guerre en Syrie : Signalement d’attaques au chlore perpétrées dans la  Ghouta orientale tenue par les rebelles » 13 janvier), « des personnes » ont fait état d’une odeur de gaz à la suite d’une attaque de missile. Un « soignant » est également mentionné, ainsi qu’un « travailleur humanitaire » selon lequel dix hôpitaux seraient concernés. Rien de réellement concret, aucune preuve d’une attaque au chlore, pas plus que de confirmation ultérieure de ces informations par la BBC.

Cette dernière réalise de merveilleux documentaires sur la faune et d’excellents long-métrages mais, pour ce qui est du conflit syrien, elle a totalement enfreint les règles déontologiques du journalisme en matière d’objectivité et de pondération. Tout comme les autres médias [de l’establishment dont Le Monde, Le Temps, Libération, Ndlr] elle diffuse le point de vue des « rebelles » et des « activistes ». Les accusations portées par ces groupes apparaissent en gros titres sans être étayées, leur vocation n’étant pas d’informer mais de dénigrer le gouvernement syrien, dont le point de vue n’est jamais présenté  autrement que sous l’angle du déni : « Le gouvernement syrien rejette les accusations…. » Ce jeu symbiotique entre les groupes terroristes et les médias fonctionne depuis sept ans. A travers ces informations biaisées, les médias ont soutenu le conflit syrien et doivent à ce titre assumer leur part de responsabilité des énormes destructions humaines et matérielles qu’il a générées.

bbc-world-news

Parmi tous les organes de presse, la BBC bat les records de la non-crédibilité sur cette question des armements chimiques. En 2013, elle s’est compromise dans l’invention d’une prétendue attaque à l’arme chimique contre une école d’Alep. Enfants et jeunes gens gémissant sur le sol, visages recouverts de crème à raser, effets théâtraux pour donner l’illusion de brûlures et  de lambeaux de peau arrachés, le tout n’était qu’ une grotesque mise en scène avec de mauvais acteurs. La femme qui s’adressait à la caméra, le Dr Roula, s’est révélée être Roula al-Hallam, la fille d’un membre de l’opposition syrienne en exil. Avant ce montage, il y avait eu l’histoire de la jeune femme qui avait prétendu en pleurant comme un veau que des bébés étaient jetés de leurs couveuses par des soldats irakiens après l’invasion du Koweït en 1991. On avait découvert qu’il ne s’agissait pas d’une infirmière de l’hôpital, mais de la fille de l’ambassadeur du Koweït aux Etats-Unis. Ce montage théâtral avait été produit par une société de Relations Publiques.

Dans le délai de quelques heures qui s’était écoulé avant sa deuxième diffusion le 30 août, la première déclaration du Dr Roula (en date du 29 août), établissant qu’il semblait s’agir d’une attaque au napalm, avait été remplacée par « une attaque à l’arme chimique« . Le film était identique, il s’agissait du même Dr Roula, mais les mots sortant de sa bouche n’étaient pas les mêmes.

gettyimages-109858304

La date de ce montage est centrale dans cette histoire. Le 21 août, qui est le jour précis où des experts en  armements chimiques mandatés par les Nations Unies sont arrivés à Damas, le gouvernement syrien était accusé d’avoir orchestré une attaque chimique dans la région de la Ghouta qui aurait  tué des centaines de personnes. Le 26 août, avait lieu la prétendue attaque au napalm – devenue ensuite une attaque chimique – contre l’école d’Alep. Les 29 et 30 août, ces accusations étaient diffusées deux fois par la BBC, avec le remplacement du mot « napalm » par « chimique » dans le second reportage. Plus tard dans la même journée (30 août), la Chambre des Communes votait sur la question de l’intervention militaire en Syrie. Le gouvernement de Cameron perdait finalement la partie, mais de très peu (285-272). La diffusion de ce montage produit par la BBC avait vraisemblablement eu pour but de faire basculer le vote en faveur d’une intervention [Tout comme en France où les Rafales prêts à décoller sont restés à terre, Ndlr]

JIH2

Cette (prétendue) attaque chimique dans la région de la Ghouta à la périphérie de Damas – qui devait préparer et justifier une intervention militaire contre la Syrie – n’a jamais été expliquée par les médias qui avaient faussement accusé le gouvernement syrien. L’identité des enfants dont les corps avaient été exhibés (parfois les mêmes corps en différents emplacements) reste un mystère. Ils ont été utilisés à des fins de propagande avant de disparaître pour toujours. Les takfiris ont récemment massacré des centaines d’Alouites dans le Gouvernorat de Lattaquié et ont kidnappé des dizaines de femmes et d’enfants : selon Mère Agnès, la religieuse qui, faisant ce que les médias auraient dû faire, a cherché à connaître la vérité, certaines mères ont identifié les enfants de la Ghouta comme étant les leurs.

Les preuves établies par des scientifiques et des journalistes, en particulier celles établies par Seymour Hersh, ont irréfutablement montré que les tirs d’armes chimiques provenaient de positions tenues par les takfiris. Barack Obama a déclaré qu’une attaque aux armes chimiques constituerait sa « ligne rouge » et les takfiris se sont employés à la lui faire franchir. L’implication vraisemblable d’autres gouvernements dans cette provocation était un autre sujet auquel les médias n’ont pas donné suite.

Barrack Obama

Le New Yorker ne s’intéressant pas à son histoire, Hersh l’a soumise à la London Review of Books (magazine politique et littéraire), qui l’a publiée. Quand il a relaté le mensonge sur la deuxième pseudo-attaque, à Kan Shaikhum, en avril 2017, il a dû se tourner vers un éditeur allemand (Die Welt). Son côté « diseur de vérités qui dérangent » lui a valu une rapide baisse d’intérêt de la part des médias alors qu’incontestablement, c’est un remarquable journaliste d’investigation, à commencer par sa couverture du massacre de My Lai pendant la guerre que les USA ont menée au Vietnam (et dans d’autres pays limitrophes). Alors que Trump a bombardé une base aérienne syrienne près de Khan Shaikhum, Obama, lui, a battu en retraite à la dernière minute. Selon Hersh, les spécialistes du renseignement savaient que le gouvernement syrien n’était pas derrière l’attaque aux armes chimiques des environs de Damas mais « Comment servir ce gars – Obama – quand lui et son équipe de la Maison Blanche maquillent les renseignements au fur et à mesure ? »

La guerre en Syrie se poursuit. Elle est, comme beaucoup l’avaient prédit, loin d’être terminée : mais pour ce qui concerne l’intervention extérieure, elle n’aurait jamais dû commencer. Alors que l’anéantissement de l’Etat Islamique en Syrie, qui justifiait la présence de son armée, est virtuellement achevé, l’Amérique refuse de quitter le terrain. Elle a joué un double jeu, déclarant la guerre à l’EI tout en coopérant secrètement avec lui de différentes façons. Elle a misé sur la création d’une principauté salafiste dans la partie orientale de la Syrie et l’Etat Islamique l’a fait. Elle a laissé les combattants terroristes  quadriller le désert syrien, en direction de Mossoul et de Palmyre, sans intervenir, alors que sa reconnaissance par satellite avait clairement repéré les ornières creusées par leurs camions dans la poussière estivale. Au cours de leur déplacement vers Deir Ezzor, les forces spéciales de l’armée américaine ont traversé des positions tenues par l’Etat Islamique ; c’est avec leur aide que des combattants takfiris et leurs familles ont pu sortir de Raqqa ; nombre d’entre eux, rebaptisés comme « rebelles », ont bénéficié de l’entraînement dispensé par l’armée américaine sur sa base de al-Tanf.

AIGLE US 2

Loin de se retirer de Syrie, les Etats-Unis s’y retranchent même plus profondément. Ce n’est pas pour les Kurdes ni pour le bien du peuple syrien. C’est pour leurs intérêts et vraisemblablement ceux d’Israël – qui vient de passer un an à préparer sa prochaine guerre, avec le Liban dans sa ligne de mire prioritaire, et qui admet  avoir tiré au moins 100 missiles contre la Syrie. Les Etats-Unis ne quittent pas non plus l’Afghanistan. En aucun endroit d’ailleurs, il n’est question qu’ils désarment ou se rabattent ; ils renforcent au contraire leur position globale, à l’affût de toute opportunité qui puisse les avantager dans leur rivalité avec la Russie et la Chine. La Syrie est actuellement prise dans cet étau.

La rhétorique creuse qui consiste à soutenir « uniquement les rebelles » se poursuit. Si les groupes takfiris regroupés dans Jaysh al-Islam ne sont pas officiellement désignés en tant que groupe terroriste, c’est parce que, lorsque la Russie a proposé, en novembre 2016, de les ajouter à la liste de sanction des Nations Unies, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni y ont opposé leur véto. Ces pays soutiennent politiquement les terroristes, qui reçoivent dans le même temps de l’Arabie saoudite et de quelques autres pays l’argent et les armes nécessaires pour maintenir en otage la population de la Ghouta orientale. C’est cela la vraie réalité du « siège » de cette région.

Par Jeremy Salt

Autrefois journaliste, Jeremy Salt est maintenant professeur d’Université. Il travaille au Département de Sciences Politiques et d’administration Publique, de l’Université de Bilkent, à Ankara, où il dispense des cours sur l’histoire moderne du Moyen-Orient et sur la propagande. Son ouvrage le plus récent « The unmaking of the Middle East– A History of Western Disorder in Arab Lands » (Berkeley: University of California Press, 2008.)

Article original: https://ahtribune.com/world/north-africa-south-west-asia/syria-crisis/2096-bbc-journalistic-principles.html

Traduit par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

Source: https://arretsurinfo.ch/quand-il-sagit-de-la-syrie-la-bbc-enfreint-les-principes-les-plus-elementaires-du-journalisme/

Posté par UPR Creuse à 07:03 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,