vendredi 3 août 2018

De quoi Macron est-il le nom ?

TRIBUNE LIBRE/ J. Sapir

L’affaire Benalla et l’histoire romaine

TL MACRON SYLLA CALIGULA

L’affaire Benalla a suscité de nombreux commentaires. Certains se concentrent sur ce que nous dit cette affaire sur l’usage du pouvoir par Emmanuel Macron. Ce n’est pas faux. Mais, cette affaire n’est pas le symptôme d’une souveraineté « devenue folle » comme l’a écrit Fréderic Lordon[1]. C’est, au contraire, le symptôme d’une tentative de mise en surplomb d’un pouvoir à faible légitimité par un détournement de souveraineté, ou plus précisément un détournement de l’apparence de la souveraineté par la Président de la République. En cela, effectivement, cette affaire est révélatrice d’une dérive du pouvoir. Cette dérive devient d’ailleurs, chaque jour, plus évidente.

Car, au-delà des actes délictueux commis par Alexandre Benalla (les coups et blessures multiples, l’usurpation de fonction), il y a bien sûr les actes qui ont visé à faire obstruction à la justice et à camoufler cette affaire et toutes ses implications. De fait, ce que l’action du pouvoir, et disons- le, celle d’Emmanuel Macron, donne à voir que c’est bien un processus d’appropriation de l’apparence de la souveraineté. Ce processus se combine alors avec un processus d’autonomisation vis-à-vis des conflits politiques et sociaux, avec la construction d’un pouvoir en surplomb de la société.

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que cela se produit. Mais, ce double mouvement d’appropriation de l’apparence de la souveraineté et d’autonomisation du pouvoir par rapport aux conflits et aux institutions a toujours correspondu à un moment de grave crise politique sur fond de crise sociale devenue ingérable. En un sens Emmanuel Macron est tout autant acteur de ce double mouvement que symptôme de la crise profonde qui l’engendre. Mais, à chaque fois, les conséquences de ces actions furent dramatiques.

Une souveraineté devenue folle ?

Fréderic Lordon écrit dans son texte publié le 23 juillet sur le blog du Monde Diplomatique : « Assez curieusement, on pourrait y voir aussi, et plus classiquement, une parfaite illustration de la souveraineté devenue folle, c’est-à-dire en fait se comprenant elle-même dans la pureté de son concept, comme puissance absolue et absolument déliée, n’ayant à répondre de rien à personne, faisant valoir l’arbitraire de sa volonté comme acte politique par construction licite, le pur « je veux » d’un pouvoir complètement désorbité. » On comprend bien ce à quoi il pense, le fameux « l’Etat c’est moi » attribué à Louis XIV, ou le « car tel est mon bon plaisir », bref l’expression d’une puissance absolue qui n’a à répondre de rien à personne. Et, il n’est pas peu probable que ce sentiment de toute puissance habite Emmanuel Macron. Ce sentiment s’enracine dans une culture de l’impunité, ce qu’a très bien démonté Régis de Castelnau sur son blog « Vu du droit » le 19 juillet[2]. Pourtant, sur ce point, Frédéric Lordon se trompe, tant sur le registre des actes que sur ce qu’ils révèlent.

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Il convient donc de faire remarquer à Fréderic Lordon qu’il n’y a pas de souveraineté « raisonnable » comme il n’y a pas de souveraineté « folle ». De la même manière qu’il n’y a pas de souveraineté de « droite » ou de « gauche ». Poser déjà la question en ces termes montre que l’on n’a pas compris ce qu’est la souveraineté. Car, la souveraineté c’est la capacité à faire des lois en temps normal, et à décider de l’urgence et dans l’urgence, dans les temps exceptionnels [3]. Il y a, par contre, des usages de la souveraineté, dont certains sont critiquables et d’autres admirables. Pourtant, dans le comportement d’Emmanuel Macron, et encore plus dans son discours devant les députés du groupe LREM le 23 juillet [4], discours dont Fréderic Lordon ne pouvait avoir connaissance quand il écrivit son texte, on pourrait effectivement voir un usage « fou » du concept de souveraineté, comme dans le cas de Caligula [5]. Il faut s’attacher aux mots qu’utilise Francis Parny, sur son blog dans Mediapart pour dresser un parallèle entre Caligula et Macron : « car que penser de ce président du foot-mondial-France ? Pas seulement à cause de ses pitreries dans la tribune présidentielle du stade de Moscou. Ces gesticulations ont un sens. Il veut montrer qu’il aime, qu’il est enthousiaste. Mais ce faisant il s’approprie personnellement la victoire, pour son seul plaisir, et à la seule démonstration publique de ce plaisir. « Je suis heureux », je veux le dire aux joueurs, je les veux pour moi et tant pis s’ils ne font que passer fugacement sur les Champs-Élysées au contact du peuple. Jupiter a découvert – tel Caligula – que les empereurs meurent aussi et peuvent mourir malheureux. Alors il veut dire haut et fort qu’il gouverne pour son plaisir quitte à provoquer le peuple ». C’est assez bien vu. Et cela renvoie à la question de la dignité de celui qui est le dépositaire de la souveraineté. Or, cette question avait effectivement une certaine importance à Rome…

L’empereur, symbole de la toute puissance ?

Puisque l’on a fait référence à Caligula, cela conduit à revenir à l’usage de la souveraineté par les empereurs romains, et plus généralement à cette généalogie de la souveraineté dans le monde romain, dont nous sommes les héritiers. On présente souvent les empereurs romains comme des souverains tout puissants. C’est oublier un peu vite d’où leur vient la souveraineté. Ainsi, dans la loi d’investiture de Vespasien (69-79 de notre ère), la Lex de imperio Vespasiani, la ratification des actes de l’empereur avant son investiture formelle est dite « comme si tout avait été accompli au nom du peuple» [6]. On perçoit que l’origine de la souveraineté réside dans le peuple, même si ce dernier en a délégué l’exercice à l’empereur. On peut assurément relever la présence dans cette loi d’investiture d’une clause discrétionnaire, qui autorise l’empereur à agir « hors des lois » dans l’intérêt et pour la majesté de l’État. Mais on peut aussi considérer cela comme une première formulation de l’état d’exception. D’ailleurs Paolo Frezza parle de la « potestas nouvelle et extraordinaire» de l’empereur [7].

Bretone lui oppose cependant le sens profond de cette clause discrétionnaire, qui peut être l’origine d’un pouvoir autocratique [8], et conclut : « la subordination du souverain à l’ordre légal est volontaire, seule sa ‘majesté’ pouvant lui faire ressentir comme une obligation un tel choix, qui demeure libre» [9]. De fait, l’empereur réunit dans ses mains tant la potestas que l’auctoritas [10]. S’y ajoute l’imperium, que détenaient avant lui les magistrats républicains. On pourrait croire que cela clôt le débat, une subordination volontaire n’étant pas une subordination.

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Mais, la phrase de Bretone, quand il écrit, « seule sa ‘majesté’ pouvant lui faire ressentir comme une obligation », invite à réflexion. Elle peut signifier qu’un empereur qui violerait les lois existantes pour son seul « bon plaisir » et non dans l’intérêt de l’État, perdrait alors la « majesté » (maiesta) qui accompagne l’imperium. Dans ce cas son assassinat deviendrait licite car le « dictateur » se serait mué en « tyran ». Et l’on sait que nombre d’empereurs sont morts assassinés, ou ont été contraints de se suicider. On pense entre autres à Néron ou à Caligula. L’empereur est donc un dictateur, au sens romain du terme, qui peut s’affranchir de la légalité si nécessaire pour le bien de l’État et du « peuple » dans ce que l’on appelle des cas d’extremus necesitatis [11], mais il ne dispose pas de ce pouvoir de manière « libre » comme le dit Bretone. Il doit en justifier l’usage, quitte à se faire assassiner.

On voit bien ici ce que le parallèle avec la Rome antique nous dit sur Emmanuel Macron. De nombreux commentateurs se sont ainsi saisis de certains comportements d’Emmanuel Macron, en particulier par rapport au Général de Villiers, ou de ces déclarations (les « gens qui ne sont riens » ou les « fainéants »), qu’ils soient politiques ou non (comme lors de la fête de la musique ou de la réception de l’équipe de France après sa victoire à la coupe du monde), pour instruire un procès en indignité [12]. D’autres comportements, comme justement la déclaration qu’il fit au soir du 23 juillet, peuvent donner le sentiment qu’il agit porté par un sentiment de toute puissance. Néanmoins, on passerait ce faisant à côté de l’essentiel ; le problème n’est pas là. Le problème n’est donc pas le « mauvais » usage, voire l’usage dégradant, que Macron fait de la fonction de Président, et donc implicitement de la souveraineté. Le problème réside bien plus dans la captation de la souveraineté à laquelle il se livre.

Macron : Caligula ou Sylla?

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On peut donc montrer ce qui dans le comportement d’Emmanuel Macron rappelle le personnage de Caligula, en particulier celui de la pièce d’Albert Camus [13]. Mais, tracer un parallèle entre le comportement de Macron dans l’affaire Benalla et Caligula, que ce soit le véritable [14] ou le romancé, c’est faire fausse route. Régis de Castelnau, encore lui, pointe le fait que Macron est à la fois un symptôme et un instrument dans l’autonomisation du « bloc bourgeois » qui domine la France [15]. [voir notre publication: Macron : une erreur de casting ?: https://frexitlimousin.wordpress.com/2018/07/30/macron-une-erreur-de-casting/. NdR]

L’opération qui a été réussie par certains des dirigeants de ce « bloc bourgeois » a été de créer une personnalité et un pouvoir « en surplomb » des contradictions tant de la société française que du « bloc bourgeois » lui-même, pour opérer une restructuration décisive de ce dernier. Dès lors se pose la question : et si Emmanuel Macron ne devait pas être comparé à Caligula mais bien à Sylla ?

Ici encore un retour par la Rome républicaine est instructif. Car, nous sommes tous très largement, que ce soit consciemment ou à notre insu, héritiers en matière politique et en matière du droit des usages et des institutions de cette période, même si cet héritage est aussi largement un détournement de sens [16]. On ne convoque pas impunément le passé au présent. Pourtant, en dépit de l’anachronisme, la comparaison est lourde de sens.

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Commençons par l’idée de souveraineté populaire. Loin d’avoir été une invention de la Révolution française, qui l’a cependant remise à l’honneur, elle nous vient du discours tenu dans la Rome républicaine. Les romains considéraient qu’il ne pouvait y avoir de relations politiques et juridiques entre des hommes « libres » qu’au sein d’une entité souveraine et distincte des autres entités. Ce qu’ils appelaient le « peuple » (populus) était l’ensemble des citoyens [17]. Bien sûr, et dès l’origine, il y eut des tensions entre l’aristocratie (l’élite sénatoriale) et le « peuple », et de ces tensions et conflits découlent une bonne part des institutions de la Rome républicaine. De cette notion de souveraineté populaire découlait le nécessaire contrôle sur les magistrats [18]. La notion de « volonté du peuple » (Iussum populi) avait une très grande force, tant en politique qu’en droit [19]. La souveraineté du « peuple » était donc centrale, mais elle était en permanence contestée. En fait, deux discours contradictoires se construisent à son sujet, un discours établissant la primauté du « peuple », comme dans les cas où c’est le « peuple » qui décide qu’un homme peut être élu à des fonctions plus hautes que celles qu’ils briguait, le peuple étant dit alors « maître des comices » [20], et un autre sa nécessaire soumission au Sénat[21].

Ceci nous dit assez qu’il faut aujourd’hui, selon le mot de Claudia Moatti, repolitiser l’histoire romaine, en prenant justement le risque de l’anachronisme [22]. Et c’est dans ces conflits que nous trouverons alors de quoi alimenter la réflexion, et plus précisément dans celui qui apparaît au début du IIème siècle avant notre ère et qui finira par emporter la Rome républicaine. Ce conflit s’enracine dans des rapports de richesse et des rapports sociaux, rapports qui conduisent à des conflits politiques récurrents au IIème siècle avant notre ère.

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Le détournement de la Souveraineté, conséquences des transformations sociales

Ces conflits trouvent donc leur origine dans les conséquences sociales de la IIème Guerre Punique (contre Carthage) mais aussi celles provenant de l’expansion de Rome. Le passage de la petite propriété foncière aux grandes exploitations dont la main-d’œuvre est essentiellement composée d’esclaves, mais aussi l’accaparement des terres publiques par l’aristocratie, créent une situation intenable [23]. A cela s’ajoute les rapports entre Rome et les autres peuples italiens soumis, considérés comme des « alliés », mais souvent maltraités par Rome [24]. L’enjeu social et économique des terres confisquées aux vaincus, terres qui constituent l’ager publicus, devient dès lors central [25]. De fait, à cette époque, l’absence ou l’imprécision du cadastre rend possibles les abus des plus riches [26]. De ce déséquilibre économique et social est issu la volonté, à chaque incident plus claire, du Sénat de s’accaparer la souveraineté et l’initiative des lois [27].

On ne peut, quand on se plonge dans cette période de la Rome républicaine, qu’être frappé par des parallèles avec notre situation actuelle, où la finance, et plus spécialement la financiarisation de l’économie, mais aussi les pressions exercées par les représentants de cette sphère financière sur le pouvoir politique et qui conduisent à des abus fiscaux et redistributions de multiples sortes, conduisent à un accaparement des richesses inouï. Il est symptomatique que, depuis maintenant une vingtaine d’années, on ait vu ressurgir l’ancien terme d’oligarchie et d’oligarques pour désigner, de manière péjorative, les régimes de nombre de pays occidentaux, et de la France en particulier. Le détournement de la souveraineté est bien devenu l’un des objectifs des classes possédantes et en particulier des plus riches, comme on l’a vu autour du résultat du référendum de 2005.

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Le conflit autour de la distribution et de la répartition de la richesse « publique », en dépit qu’elle ait été dite « patrimoine du peuple » (patrimonium populi), conduisit d’une part à exacerber les conflits de compétence entre le Sénat et les assemblées du peuple (les « comices ») et ses représentants, les tribuns [28]. Une partie de conflits tournent autour de la responsabilité politique des magistrats [29]. La question centrale n’est pas seulement l’émergence d’une responsabilité politique du magistrat aux côtés de sa responsabilité privée, mais bien qui pouvait mettre en question cette responsabilité politique [30]. Et, cette question justement se pose aujourd’hui avec la demande d’un droit de révocation des élus qui est justement portée par la France Insoumise.

Ces conflits, évidents dès la période des Gracques [31], s’envenimèrent dans une opposition entre populares (d’où nous vient le mot « populaires ») et les optimates c’est à dire les représentants de l’oligarchie rassemblés dans le Sénat. Cela conduisit à une montée de la violence, que ce soit dans Rome ou entre Rome et ses « alliés » de l’Italie (avec la « guerre sociale de -91 à -88) pour aboutir à la dictature de Sylla [32].

Cette dictature, marquée par des actes terribles et cruels [33], exercés tant contre les citoyens romains que contre les « alliés », et qui laissèrent un souvenir épouvantable dans la mémoire des romains [34], participe d’un moment d’autonomisation de l’Etat [35] qui se constitue alors en surplomb de la société politique afin de préserver les intérêts des plus riches. Mais, ces mêmes optimates durent aussi se plier à la férule du dictateur. La dictature de Sylla dépassa en ampleur et en pouvoirs les dictatures précédentes, parce qu’elle devait justement établir un pouvoir en surplomb sur les classes sociales pour imposer la suprématie de l’élite sénatoriale [36]. Pour ce faire le « dictateur », qui est un magistrat de la République et dont la « dictature » est issue d’une loi d’investiture [37], il convient de ne jamais l’oublier, se mue en tyran [38].

Les effets du détournement de souveraineté

Dès lors, on entre dans un système où le « peuple » est dépossédé de fait de la souveraineté, qui est attribuée au Sénat. Ce dernier devient le seul maître de ce qui est licite et de ce qui ne l’est, capable de désigner qui est un « subversif » et qui ne l’est pas. Les magistratures populaires, comme les tribuns de la Plèbe dépérissent. Là où, selon les populares comme Tiberrius Gracchus ou Saturninus, le peuple était la seule source de la légalité, car il était le seul légitime et donc le détenteur de la souveraineté [39], succède l’idée que seul le Sénat est investi de cette légitimité [40] et peut se considérer comme « propriétaire » de la souveraineté. Cicéron se fera en quelque sorte le théoricien de ce renversement [41].

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Reprenons ici le parallèle avec la situation actuelle. On voit bien, que ce soit avec l’emploi par Emmanuel Macron de l’image de la « souveraineté européenne » [42] ou par son comportement politique dont il donna un magnifique exemple devant les députés du groupe LREM [43], que l’on assiste à la même volonté de détournement de la souveraineté. D’ailleurs, Emmanuel Macron, qui s’affiche comme issu de la sphère financière (ce qui est largement inexact, ses fonctions n’ayant pas dépassé celles d’un entremetteur) est bien le représentant politique de ce groupe social qui entend désormais faire la loi car il cumule déjà une grande partie des richesses. Mais, pour cela, il lui faut un pouvoir qui s’établisse en surplomb au-dessus des classes sociales et des légitimes intérêts des différents groupes sociaux. En réalité, il n’y a nulle « folie » dans l’usage des apparences de la souveraineté par Emmanuel Macron, et ce quelles que soient les interrogations que suscitent son comportement personnel. Il s’affirme en réalité, au prix d’un détournement complet, comme le détenteur de la souveraineté, une souveraineté qu’il entend bien désormais remettre à ses véritables mandants, soit la classe des « hyper-riches ».

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La comparaison avec Caligula s’avère alors purement de forme et ainsi futile et vaine. Ce qu’il y a en Macron, et le traitement de plus en plus violent de manifestations de discordes et d’opposition en témoigne, c’est bien plus le personnage de Sylla. Et, de là peut-on comprendre sa volonté de constituer une police et une haute administration qui soit entièrement sous ses ordres [44], qui ne réponde plus à aucun contrôle démocratique.

De fait, l’affaire Benalla, pour aussi scandaleuse qu’elle soit, pour aussi déplorables qu’aient été les tentatives de la part de la Présidence de la République de la masquer, ou d’en diminuer l’importance, n’est qu’un symptôme [45]. Ce qui se révèle au travers de cette affaire et du comportement du Président est bien le projet d’Emmanuel Macron de se constituer comme pouvoir en surplomb de la société française, par le biais d’une usurpation de la souveraineté.

Macron n’est pas le lointain écho de Caligula mais bien celui de Sylla.

 

Notes

[1] Voir, « Benalla et l’arc d’extrême droite » à https://blog.mondediplo.net/benalla-et-l-arc-d-extreme-droite

[2] http://www.vududroit.com/2018/07/affaire-benalla-code-penal-quoi-faire/

[3] Voir Schmitt C., Théologie politique, traduction française de J.-L. Schlegel, Paris, Gallimard, 1988.

[4] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-le-responsable-c-est-moi-declare-emmanuel-macron-face-a-la-majorite_2865345.html

[5] https://blogs.mediapart.fr/francis-parny/blog/200718/macron-caligula

[6] Voir Bretone M., Histoire du droit romain, Paris, Editions Delga, 2016, p. 215.

[7] Frezza P., Corso di storia del diritto romano, Rome, Laterza, 1955, p. 440.

[8] Brunt P.A., « Lex de imperio Vespasiani » in The Journal of Roman Studies, vol. 67, 1977, p. 95-116.

[9] Bretone M., Histoire du droit romain, op.cit., p.216.

[10] Sur ces concepts, voir Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

[11] Schmitt C., Théologie politique, traduction française de J.-L. Schlegel, Paris, Gallimard, 1988 ; édition originelle en allemand 1922, pp. 8-10.

[12] https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/24/affaire-benalla-le-quils-viennent-me-chercher-demmanuel-macron-scandalise-politiques-et-internautes_a_23488847/?utm_hp_ref=fr-homepage

[13] Camus A., Œuvres Complètes, tome I : 1931-1944, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2006,

[14] Voir Suetone, La Vie des douze Césars de Suétone, Paris, Les Belles Lettres, 1re éd. 1931, coll. des Universités de France, Livre IV.

[15] http://www.vududroit.com/2018/07/macron-erreur-de-casting/

[16] Voir https://revolution-francaise.net/2014/10/06/585-l-antiquite-modele-dans-le-moment-republicain-de-1791

[17] Pani M., La politica in Roma antica : Cultura et Praxi, Rome, Feltrinelli, 1997.

[18] Wiseman T.P., « The Two-Headed State. How Romans explained civil wars » in Breed B.W., Damon C. et Rossi A. (ed), Citizens of Discord : Rome and its civil wars, Oxford-New York, Oxford University Press, 2010, p. 25-44.

[19] Bretone M., Technice e ideologie dei giuristi romani, Bari, Edizioni scientifiche italiane, 1985, p. 13.

[20] Voir Astin A.E., Scipio Aemilianus, Oxford, Oxford University Press, 1967, p. 61.

[21] Wiseman T.P., « The Two-Headed State. How Romans explained civil wars », op.cit et de Martino, F., Storia della Constituzione romana, Naples, EDI, T1 et T2, 1972 et 1973, voir T2.

[22] Moatti C., Res publica – Histoire romaine de la chose publique, Paris, Fayard, 2018, p. 184-185.

[23] Hinard F. (ed), Histoire romaine T1, Des origines à Auguste, Fayard Paris, 2000, et bien sur l’incontournable Nicolet C., Les Gracques, Paris, Fayard, coll. Follio, 1967.

[24] Mouritsen H., Italian Unification : A study of ancient and modern historiography, Londres, Bulletin of the Institute of Classical Sutides, Supplement n° 70, 1998.

[25] Sur le statut de ces terres, Varron (Marcus Terentius Varo), De re rustica, traduction par J. Heurgon et Ch. Guiraud, Paris, Les Belles Lettres, 1978-1997, LL 5.33.

[26] La tradition reconnaissait aux citoyens, à côté de la propriété privée, un droit d’usage sur les « terres publiques », mais ce droit, mal réglementé, fut l’objet de pressions incessantes de la part des plus riches. Rathbone D., « Control and exploitation of the ager publicus » in Aubert J.J. (ed), Tâches publiques et entreprises privées dans le monde romain, Genève, Droz, 2003, p. 135-178.

[27] Loreti-Lambruni, B., « Il potere legislativo del senato romano », in Studi Bonfante, 1930, p. 378-395.

[28] Giovannini A., Les institutions de la république romaine des origines à la mort d’Auguste, Bâle, Schwabe ag, 2015 et Lanfranchi T., Les tribuns de la plèbe et la formation de la république romaine, Rome, Ecole Française de Rome, 2015.

[29] Fiori R., Homo Sacer. Dinamica politico-constituzionale di une sanzione giudiciaro-religioso, Naples, Jovene Editore, 1996.

[30] Mantovani D., Il problema d’origine della accusa populare. Della « questio » unilaterale alla « questio » bilaterale, Padoue, CEDAM, 1989.

[31] -133 à -123 avant notre ère. Nicolet C., Les Gracques, op.cit.

[32] Gruen E., The last generation of the Roman republic, Berkeley, University of California Press, 1974.

[33] Labruna L., « La violence, instrument de la dictature à la fn de la république » in Dialogues d’histoire ancienne, Vol. 17, n°1, 1991, p. 119-137 ; Idem, « Adversus plebem dictator » in Hinard F. (ed) Dictatures. Actes de la table ronde réunie à Paris les 27 et 28 février 1984, Paris, Editions de Boccard, 1978.

[34] Hinard F., Les proscriptions dans la Rome républicaine, Rome, Editions de l’Ecole Française de Rome, 1985.

[35] Voir Nicolet C. « Les lois judiciaires et les tribunaux de concussion » in ANRW (AUFSTIEG UND NIEDERGANG DER RÖMISCHEN WELT) Vol. II, n°2, p. 193-214.

[36] A. Giovannini, Les institutions de la république romaine des origines à la mort d’Auguste, op. cit., p. 53-55. Golden S.K., Crisis Management during the Roman republic. The role of political institutions in emergencies, Cambridge, Cambridge University Press, 2013.

[37] Dans le cas de Sylla, ce fut la lex Valeria prise à la fin de l’année -82 avant notre ère.

[38] Hinard F. « De la dictature à la Tyrannie » in Hinard F. (ed), Dictatures. Actes de la table ronde réunie à Paris les 27 et 28 février 1984, op.cit., p. 87-95.

[39] Wiseman T.P., « The Two-Headed State. How Romans explained civil wars » op.cit..

[40] Dion Cassius, Histoire romaine, Les Belles Lettres, coll. Universités de France, livres 36 et 37, 2014, Livre 37.

[41] Cicéron, De la vieillesse, De l’amitié, des Devoirs, (De Officis), trad. Charles Appuhn, Paris, Garnier, 1933

[42] https://www.lesechos.fr/17/04/2018/lesechos.fr/0301575228217_macron-plaide-pour-une-nouvelle—souverainete—europeenne.htm

[43] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-le-responsable-c-est-moi-declare-emmanuel-macron-face-a-la-majorite_2865345.html

[44] http://www.lefigaro.fr/politique/2018/07/29/01002-20180729ARTFIG00135-affaire-benalla-macron-rumine-sa-vengeance.php

[45] http://actus.nouvelobs.com/videos/m00mlr.DGT/melenchon-monsieur-le-premier-ministre-vous-etes-la-parce-que-vous-y-etes-contraint.html?cm_mmc=Acqui_MNR-_-NO-_-WelcomeMedia-_-edito&from=wm#xtor=EREC-10-[WM]-20180801

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-de-quoi-macron-est-il-le-nom-jacques-sapir/

samedi 28 juillet 2018

Comment les politiques de Haute-Vienne réagissent-ils à l'affaire Benalla?

Affaire d'été ou affaire d'Etat ? Alors que les travaux de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Benalla se poursuivent, les députés En Marche de Haute-Vienne veulent en circonscrire l'importance quand l'opposition fait front commun contre le gouvernement et la présidence.

ACT DEPUTES LREM GORILLE

Sophie Beaudoin Hubiere :


"Fiers de notre Président, de notre majorité - Continuons la transformation du pays"
« Je crois hélas qu'il s'agit d'un comportement d'un homme, mais pas seulement. Pour le dire trivialement, il a pété les plombs et sa proximité avec Emmanuel Macron lui est montée à la tête. Cette personne était un subalterne et ce qui peut m'interpeller, c'est que certains ont accepté un certain nombre de choses. Aujourd'hui, j'ai plus de questions que de réponses. Qu'en est-il de ses dysfonctionnements ? Qu'en est-il de la guéguerre entre la police et la gendarmerie sur la sécurité du président ? »

Djebarri :

 

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Ce week-end, j'ai assisté avec consternation au blocage politique mis en place par l'opposition. On a quoi, dans cette affaire ? Un jeune homme de 26 ans atteint du syndrome de toute-puissance de l'Elysée. Quand on voit l'affaire Cahuzac ou des histoires comme le SAC, on en est quand même loin. »
« Il (macron) n'a pas à se laisser intimider par le contexte politique. Dire qu'il assume, c'est au contraire un courage politique qui me va bien. »
Fier d'appartenir à la majorité

Magne :


« Les faits reprochés sont graves et les différentes réactions de nos concitoyens sont totalement compréhensibles. Hier, notre Président a répondu avec courage à une partie des questions que nous pouvions nous poser. J'étais hier soir jusqu'à 1h en commission des finances sur l'examen du PJL de lutte contre la fraude, qui se poursuit aujourd'hui. Le travail parlementaire doit se poursuivre. Les Français nous ont élus sur la base de notre projet de réformes et nous attendront sur notre bilan. »

https://www.lepopulaire.fr/limoges/politique/2018/07/25/comment-les-politiques-de-haute-vienne-reagissent-ils-a-l-affaire-benalla_12933925.html

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Et ils sont fiers !!!!
Ne confondraient t-il pas cette association politique avec une secte ?!!!
Suivre inconditionnellement un homme qui accumule autant d'erreurs, de malversations, etc, c'est éminemment suspect !

Mais ce qui est le plus grave, c'est les accusations que l'un des députés porte sur la police et la gendarmerie !
Leur chef a fait quelque chose de très mal, son protégé a violé à plusieurs reprises la loi et elle accuse des dysfonctionnements chez les autres et détourne le sujet en parlant de la guéguerre entre gendarmes et policiers !

Et surtout quand elle dit "continuons la transformation du pays", je pense que sa langue a fourché et qu'elle aurait dû dire continuons la destruction de notre pays, cela aurait été plus juste !!!

En ce qui concerne l'autre député, ce n'est guère mieux !
Il compare cette affaire avec l'affaire Cahuzac
Cahuzac a planqué l'argent qu'il a gagné pour payer moins d'impôts, c'est grave mais cela n'a rien à voir avec les multiples infractions de Benalla et de Macron !

Quant au troisième député, et bien elle est fidèle à elle-même !!! Insignifiante et fuyarde !
Mais dire que les Français les ont élus sur la base d'un projet de réforme, là, ou elle est idiote ou elle nous prend pour des imbéciles !

On aurait pu attendre un peu plus d'honnêteté de la part de députés qui, rappelons-le, sont au service des Français et non d'une caste peu soucieuse de la légalité et de la droiture !  S.R.

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vendredi 27 juillet 2018

Emmanuel Macron et le mépris de la République

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

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La déclaration faite le 24 juillet au soir par le Président de la République, M. Emmanuel Macron, est grave[1]. Elle est grave d’un point de vue constitutionnel. Elle est grave d’un point de vue politique. Elle est grave d’un point de vue moral. Nous devons toujours nous souvenir que le Président de la République est le premier magistrat. Sa parole est un acte. Si sa parole menace la Constitution, la mine ou la dévalue, c’est très exactement comme s’il avait agi pour subvertir cette Constitution. Si sa parole menace l’ordre politique, autrement dit la « Cité » dans laquelle nous vivons[2], car cet ordre politique est ce qui organise nos libertés, c’est très exactement comme s’il avait agi contre cet ordre, comme s’il avait pris des mesures niant la souveraineté du peuple. Si sa parole n’est pas morale, alors de quel exemple pourrons-nous tirer les forces de moralité qui sont nécessaires à la vie politique ?

Un acte contraire à la Constitution

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Emmanuel Macron a donc effectué une visite surprise à la réunion des élus de la majorité LREM organisée à la Maison de l’Amérique latine, réunion organisée pour la clôture de la session parlementaire, mardi 24 juillet. Ce faisant, il a visiblement oublié que, dans la Constitution, il n’est pas chef de parti. La Président de la République doit représenter tous les français. Reprenons les différents articles, sans intention d’exhaustivité, qui précisent son rôle de chef de l’Etat et non de chef de parti[3].

Article 5 « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État. »

Article 14 : « Le Président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères ; les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui. »

Article 16 : « Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacées d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des présidents des assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel. »

Article 64 : « Le Président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire ».

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La fonction décrite soit directement soit indirectement par ces différents articles n’est pas compatible avec la fonction de chef de parti. Bien entendu, la pratique politique nous dit que le Président fait campagne soutenu par un parti ou une alliance de partis. Mais, il est de tradition qu’il abandonne toute position à l’intérieur d’un parti ou d’un mouvement, et qu’il s’abstienne de participer aux réunions du groupe parlementaire qui le soutient à l’Assemblée nationale. Cela participe du principe de division des pouvoirs. Quand ses prédécesseurs recevaient les « ténors » de leur majorité respective, ils le faisaient en privé. En venant dans cette réunion des députés LREM, réunion où la presse était en partie présente, Emmanuel Macron a consciemment et délibérément foulé aux pieds ce principe.

Une subversion de l’ordre politique

Il a aggravé son cas en faisant une déclaration dans cette réunion[4].

Il a ainsi dit, se référant au trouble et au scandale causé par l’affaire Benalla : « “S’ils cherchent un responsable, le seul responsable, c’est moi et moi seul. C’est moi qui ai fait confiance, c’est moi qui ai confirmé la sanction”. Tout d’abord il s’est avancé un peu vite sur la « sanction » qui aurait été prononcée contre M. Benalla le 4 mai. Les auditions devant la commission d’enquête sénatoriale montrent que Benalla est resté actif du 4 au 18 mai, et que son salaire lui a été intégralement versé[5]. Mais, il y a nettement plus grave.

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Cette manière de revendiquer la totalité de la responsabilité pourrait être considérée comme courageuse, si elle avait été faite devant l’ensemble des français. Mais, tel n’a pas été le cas. Emmanuel Macron a prononcé ces mots devant une assemblée de fidèles qui lui était entièrement acquise et ce alors que les français attendent de lui qu’il s’explique depuis le début de l’affaire. Or, jusqu’à présent, le Président n’a trouvé ni le temps ni le courage de venir s’expliquer devant les français. Ce n’est donc pas un discours de Chef de l’Etat, c’est un discours de chef de clan, de chef mafieux, qui parade devant ses obligés.

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Surtout, cette déclaration fait un lointain écho au discours que Benito Mussolini prononça le 3 janvier 1925, devant le Parlement italien, à la suite du meurtre du député Matteotti qui s’était élevé contre les fraudes électorales, les intimidations et les pressions lors des précédentes élections d’avril 1924[6] : « Je vous déclare ici en présence de cette assemblée et devant tout le peuple italien, que j’assume à moi tout seul la responsabilité politique, morale et historique de tout ce qui est arrivé… Si le fascisme n’a été qu’une affaire d’huile de ricin et de matraques, et non pas, au contraire, la superbe passion de l’élite de la jeunesse italienne, c’est à moi qu’en revient la faute !

Si le fascisme a été une association de délinquants, si toutes les violences ont été le résultat d’une certaine atmosphère historique, politique et morale, à moi la responsabilité de tout cela, parce que cette atmosphère historique, politique et morale, je l’ai créée par une propagande qui va de l’intervention dans la guerre jusqu’à aujourd’hui. »

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L’histoire jugera. Mais, la manière de revendiquer toute la responsabilité, comme si le Président était la seule source d’autorité, est profondément choquante au regard des traditions politiques et de la pratique de la République. La phrase prononcée par Emmanuel Macron subvertit, tant dans la forme que dans le fond, de manière tant directe qu’indirecte, l’ordre politique républicain actuel en France.

Une faute morale

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En aparté à cette réunion, Emmanuel Macron aurait alors déclaré : « qu’ils viennent me chercher »[7]. Mais, de qui parlait-il ? Des parlementaires de la France Insoumise qui souhaitent qu’il témoigne devant la commission d’enquête ? En réalité, on sait que ce n’est pas possible. Il suffit de regarder tant le texte de la Constitution que la pratique qui en a été faite. D’ailleurs, en vertu de l’article 67 de la Constitution, le Président de la République est irresponsable : « Le Président de la République n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité, sous réserve des dispositions des articles 53-2 et 68.

Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l’objet d’une action, d’un acte d’information, d’instruction ou de poursuite. »

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La phrase d’Emmanuel Macron prend alors l’apparence d’une rodomontade, d’un défi sans risque. Ce n’est pas une attitude de Chef de l’Etat. Au mieux, c’est une attitude d’enfant en cours de récréation. On peut y voir le manque de sérieux qu’Emmanuel Macron porte tant à sa fonction qu’aux français. Quel que soit le bout par lequel on prend cette déclaration, elle apparaît bien comme une faute morale. Elle s’apparente aux mots qui furent prêtés à Marie-Antoinette : « ..s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». On en connaît les suites.

Et si Emmanuel Macron devait être pris au mot, si les français se décidaient – dans un mouvement insurrectionnel ou révolutionnaire – à venir le chercher à l’Elysée, sa provocation aurait des conséquences véritablement incalculables. Après avoir subverti l’ordre constitutionnel, après avoir subverti l’ordre politique, son comportement nous conduirait aux portes de la guerre civile.

Notes

[1] https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-le-responsable-c-est-moi-declare-emmanuel-macron-face-a-la-majorite_2865345.html

[2] Car la Cité romaine n’est pas la ville, mais la communauté des citoyens. Cicéron, De res publica, (I-26-41). Voir Cicéron, La République, traduction d’Esther Breguet, T-1, Paris, Les Belles Lettres, 1980.

[3] http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/root/bank/pdf/conseil-constitutionnel-5074.pdf

[4] https://www.rtl.fr/actu/politique/qu-ils-viennent-me-chercher-de-qui-parle-emmanuel-macron-7794223998

[5] http://www.leparisien.fr/politique/benalla-a-finalement-touche-son-salaire-pendant-sa-suspension-25-07-2018-7833378.php

[6] http://www.gauchemip.org/spip.php?article8465

[7] https://www.rtl.fr/actu/politique/qu-ils-viennent-me-chercher-de-qui-parle-emmanuel-macron-7794223998

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-emmanuel-macron-et-le-mepris-de-la-republique-par-jacques-sapir/

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mercredi 25 juillet 2018

Vidéos du jour: Macron et ses copains

«Macron représente un monde en perdition» : François Asselineau réagit à l'affaire Benalla

VIDS GORILLE

https://www.youtube.com/watch?time_continue=5&v=7Y61931ciBI

Voir aussi, pour ce que ça révèle sur l'affaire, mais aussi sur la façon de réagir des politiques:

Affaire Benalla : pour Florian Philippot, «tous les chemins mènent à Macron»

https://www.youtube.com/watch?v=FrX5NUeYIbA

AFFAIRE BENALLA : COLLOMB MENT. MACRON DOIT ÊTRE AUDITIONNÉ (Mélanchon)

https://www.youtube.com/watch?v=cK8QwFxzDCs

Alexandre Benalla | Nicolas Dupont-Aignan dans 24h Pujadas

https://www.youtube.com/watch?v=PomFB_v4Q94

Copinage et Macronie : que révèle l'affaire Benalla ?

https://www.youtube.com/watch?v=9reov6VNalc

Affaire Benalla : Larrivé évoque sur RTL l'existence d'une "milice parallèle"

https://www.youtube.com/watch?v=uynQ8_pZnq4

Pour rappel et ce n'est qu'un début...:

Comment Macron nous a été imposé.

https://www.youtube.com/watch?v=o-ftuePsv2E

AFFICHE MACRON GORILLE

 

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Gare au « gorille »

Macrongate : le petit roi et son mépris du droit

TL GORILLE MACRON

Tribune libre / Régis de Castelnau

23 juillet 2018

Source: Vu du droit

La presse nous rapporte ce qu’aurait déclaré, en garde à vue, celui que beaucoup appellent désormais « le gorille à Manu ». La première chose qui frappe, c’est l’étonnant culot dont il fait preuve. La seconde, c’est qu’il est clair qu’il a été dûment chapitré et que la stratégie de la Macronie sera de semer la confusion en espérant continuer à profiter de la complaisance dont elle a bénéficié d’une partie du haut appareil judiciaire. C’est la raison pour laquelle il est utile sinon indispensable de revenir sur un certain nombre d’aspects essentiels de la partie qui se joue aujourd’hui. D’autant plus essentiels qu’ils constitueront les enjeux du débat judiciaire. Or, avec un exécutif aujourd’hui plaqué au sol et un législatif transformé en cirque, la justice est le seul des trois pouvoirs dont on puisse espérer qu’il sera capable de rester à peu près debout.

Gare au « gorille »

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Le jour du déclenchement du scandale, après avoir vu la vidéo des faits, nous avions établi la nature des infractions qui devaient être reprochées à Alexandre Benalla et le caractère inadmissible de la protection dont il avait bénéficié après ses exactions. Le feuilleton qui se déroule désormais nous apporte une révélation toutes les heures sur le statut et les avantages délirants, et manifestement indus, dont bénéficiait le « gorille ». Chacun de ces faits doit faire l’objet d’une analyse juridique qui permette d’en caractériser l’aspect pénalement répréhensible, et d’en identifier les auteurs.

Dans la mesure où les événements que nous allons étudier ont fait l’objet de décisions prises par des fonctionnaires dans le cadre de structures hiérarchiques, rappelons les principes de responsabilité qui gouvernent cette matière.

Tout d’abord, en application de l’article 28 de la loi sur le statut de la fonction publique, le fonctionnaire est tenu à un devoir d’obéissance. Assorti d’un devoir de désobéissance si l’ordre qui lui est donné est manifestement illégal. L’article 122–4 du Code pénal exonère le fonctionnaire auteur d’une infraction accomplie sur ordre à la condition qu’il n’en ait pas connu le caractère illégal. Apparemment accordés à la demande d’Emmanuel Macron, les avantages dont a bénéficié Monsieur Benalla ont fait l’objet pour chacun de décisions administratives. Tous les fonctionnaires impliqués sont donc responsables et il est indispensable qu’ils en répondent.

Viens chez moi, j’habite chez un copain

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Premier exemple, la rémunération exorbitante (environ 10 000 euros par mois) perçue par l’homme de mainselon Le Parisien. S’agissant de fonds publics, il est clair qu’il ne peut y avoir d’arbitraire dans la fixation de la rémunération des collaborateurs de l’Élysée. De ce que l’on comprend aujourd’hui, le montant était directement lié, non pas à l’utilité de la mission, mais à la faveur du prince. Celle-ci ne saurait servir de support à une décision régulière. Les chiffres qui circulent dans la presse sont effectivement complètement excessifs, et peuvent encourir les foudres de l’application de l’article 432–15 Code pénal relatif au détournement de fonds publics. Le président de la République et ses collaborateurs, et notamment son chef de cabinet, sont responsables du maniement des fonds publics dont ils sont dépositaires. Les engagements de dépenses doivent être conformes à l’intérêt public et non pas le fruit de faveurs voulues et dispensées par le chef de l’État. Emmanuel Macron sera protégé par son immunité présidentielle. Ce n’est pas le cas de son directeur de cabinet qui a dû signer le « contrat de travail » et saisir le comptable public de l’engagement des dépenses correspondant à la rémunération. Il est indispensable qu’il en réponde dans le cadre d’une procédure judiciaire. Ceci n’a rien de fantaisiste, on apprend par un télescopage du calendrier, que Maryse Joyssains, maire d’Aix-en-Provence, vient d’être condamnée pour avoir promu indûment son chauffeur et fourni à ses proches des emplois de complaisance !

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Deuxième exemple, le logement de fonction. Accordé, rappelons le, le 8 juillet dernier, alors même que les communicants de l’Élysée, empêtrés dans leurs mensonges, nous affirment que le « gorille à Manu » était puni. Dans la fonction publique, concernant les logements de fonction, en application du décret du 9 mai 2012, il existe deux régimes de « concession de logement ». D’une part, celle par « nécessité absolue de service » qui impose au fonctionnaire une disponibilité totale, et ne donne pas lieu à perception d’une contrepartie, c’est-à-dire d’un loyer. D’autre part, une concession avec paiement d’un loyer, pour les fonctionnaires qui sans être assujettis à la nécessité absolue sont tenus d’accomplir un service d’astreinte. Il est clair que Monsieur Benalla, au statut complètement flou, ne rentre dans aucune des catégories. Et que l’on ne nous parle pas de sécurité, celle-ci est assurée dans le cadre de la loi républicaine par le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), composé de fonctionnaires formés. Qui a pris la décision d’attribuer ce logement ? Quelle modalité a été choisie ? Quelle est la justification de cet avantage en nature ? Monsieur Benalla est-il assujetti au versement d’un loyer en application des stipulations du décret du 9 mai 2012 ? Si cette attribution, ce qui est fort probable, est contraire à la réglementation, l’article 432–15 du Code pénal trouvera encore à s’appliquer. Même motif, même punition pour celui qui a signé sur ordre le contrat de bail.

Aux armes, etcaetera 

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Parlons maintenant de la pseudo-sanction infligée au faux policier après ses exploits place de la Contrescarpe. Il apparaît d’ores et déjà que les soi-disant mise à pied et rétrogradation sans salaire n’ont jamais été appliquées. Qu’en est-il de la rémunération? Le bruit court qu’elle aurait quand même été versée, contrairement à ce qui a été dit. Et pourquoi donc ? À la demande de qui ? Encore le 432–15 ? Cela devient une habitude. Il serait bien de s’en expliquer devant un juge d’instruction.

Il y a également l’attribution au « gorille » d’un permis de port d’armes. Autorisation invraisemblable, mais manifestement sur ordre du château après un premier refus circonstancié de la préfecture de police. Tout simplement parce que les conditions juridiques n’étaient probablement pas réunies. Qu’à cela ne tienne, le prince cède à son homme qui rêve depuis longtemps d’être « enfouraillé ». Comme le démontre la lecture des «Macronleaks », il en avait formulé la demande pendant la campagne présidentielle. La valeur juridique de cette nouvelle autorisation mériterait d’être regardée de près. Son grand ami Vincent Crase, le salarié du parti LREM, s’est quant à lui passé de l’autorisation légale puisqu’il parade, place de la Contrescarpe, avec un flingue bien visible sur les photos et les vidéos. Sous les yeux des policiers vrais et faux mélangés que ça n’a pas l’air de gêner. Port d’arme prohibé, et de première catégorie, excusez du peu. Là aussi, il serait intéressant de savoir pourquoi et comment des civils aussi douteux que nos duettistes peuvent se promener ainsi armés jusqu’aux dents. Cela relève des investigations d’un juge d’instruction.

Et ça continue encore et encore…

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Nous avons ensuite l’hérésie d’attribuer un pass d’entrée donnant accès à tous les locaux de l’Assemblée nationale et notamment à l’hémicycle (!) à notre homme de main qui ne pouvait bien sûr y avoir droit… Il serait intéressant que François de Rugy, le président de l’Assemblée nationale, vienne s’expliquer sur ce manquement gravissime, qui serait de nature à éclairer sur le dispositif qu’Emmanuel Macron commençait à mettre en place pour privatiser à son profit les services de sécurité de l’Élysée.

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On parlera aussi de la fulgurante montée en grade d’Alexandre Benalla (il était réserviste) dans la gendarmerie. Plusieurs fonctionnaires de police ont déjà été mis en garde à vue et  mis en examen. Trois d’entre eux, aux grades conséquents, ont trouvé tout à fait normal de trahir leur secret professionnel et de mettre à la disposition d’une personne visée par la justice des éléments strictement confidentiels. Encore bravo !

La liste devrait normalement s’allonger. Alors à ce stade, à tous ceux qui, par cupidité, arrivisme ou lâcheté, ont prêté la main aux dérives voulues par le chef de l’État, on rappellera l’existence d’un autre article du Code qui les concerne tous. L’article 433-1 du Code pénal, celui qui réprime tous ceux qui ont pris des mesures pour faire échec à l’exécution de la loi. Tous les faits, toutes les manœuvres, tous les ordres qui viennent d’être décrits ci-dessus en relèvent.

Mais que fait la justice ?

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Depuis déjà un moment, la justice s’est laissée déshonorer par les agissements de la juridiction d’exception du Pôle financier flanquée du Parquet national financier (PNF). Outil politique acharné à fausser l’élection présidentielle, d’abord contre Nicolas Sarkozy puis contre François Fillon. Outil dirigé plus récemment contre le Rassemblement national. Il semble symétriquement avoir servi d’étouffoir dès lors que des choses très gênantes pouvaient être reprochées aux amis du Parti socialiste ou à la Macronie. Que sont devenus Kader Arif, Bruno Leroux, Faouzi Lamdaoui ? Où en sont les affaires Ferrand, Collomb, Las Vegas, les irrégularités financières grossières de la campagne électorale du candidat Macron ?

En allant au fond des choses, le parquet de Paris et les juges d’instruction du même tribunal ont l’occasion de commencer à reconstruire une crédibilité et une légitimité lourdement entamées auprès de l’opinion. Il serait vraiment opportun de la saisir. Pas sûr que l’histoire repasse les plats.

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Quant au président de la République, il pourrait apparaître comme l’auteur initial, et par conséquent le responsable, de tout ce que le scandale vient de mettre au jour. Sachant que ce n’est probablement pas fini. À l’abri de son immunité, il va peut-être enfin faire un peu l’expérience du fait que la politique est d’abord et avant tout un rapport de force.

Son inconséquence l’a singulièrement isolé et il pourrait faire l’expérience de l’ingratitude des hommes, et de leur capacité à rapidement chercher des passerelles pour quitter le navire.

Régis de Castelnau

Source: http://www.vududroit.com/2018/07/macrongate-petit-roi-mepris-droit/

https://arretsurinfo.ch/macrongate-le-petit-roi-et-son-mepris-du-droit/

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samedi 21 juillet 2018

Adrien Quatennens : "Un discours d'indépendance n'est pas un discours d'isolement"

TL QUATENNENS UE

Alors que les élections européennes n'auront lieu qu'en mars 2019, la France insoumise est déjà vivement critiquée par les autres leaders de gauche pour ses positions souverainistes. Le député insoumis Adrien Quatennens répond aux questions de "Marianne" sur le sujet, et s'explique également sur la stratégie "populiste" de son mouvement.

La bataille des européennes commence déjà, à une année du scrutin. A gauche, les fractures sont profondes sur ce sujet : la France insoumise (FI) propose de renégocier les traités et menace de quitter l’Union européenne (UE) en cas d’échec [1], alors que le Parti socialiste (PS), les écologistes et Génération.s refusent catégoriquement d’envisager un « Frexit ». Invité de Franceinfo le 12 juillet, Benoît Hamon a lancé une charge contre Jean-Luc Mélenchon, jugeant que la stratégie d’opposition à l’Union européenne des Insoumis relevait du « nationalisme de gauche » une tendance qui finirait irrévocablement selon lui « en nationalisme tout court ». L’ex-candidat du PS à la présidentielle a acté un « désaccord stratégique sur la question européenne » entre la France insoumise et son mouvement, Génération.s. Au Parti communiste (PCF) également, les critiques fusent, un cadre du parti ayant par exemple décrit la ligne des Insoumis comme "nationaliste ou chauviniste" au Figaro.

En position de force par rapport aux autres partis de gauche dans les intentions de vote, les Insoumis apparaissent cependant isolés dans leur camp, s’attirant de sévères critiques en raison de leur ligne souverainiste. Le député LFI Adrien Quatennens a répondu aux questions de Marianne – et à ces remises en cause – en marge de l’université d’été du média « Le Vent Se Lève», à laquelle il participait.

Sur la question européenne, la France insoumise propose une stratégie dite du « plan A – plan B » : changer les traités ou quitter l’UE. Cette ligne a été violemment critiquée par Benoît Hamon, et est rejetée par les socialistes et les écologistes. Que leur répondez-vous ?

AUTRE EUROPE 4

Adrien Quatennens : Je rappelle que la stratégie « plan A – plan B » a été pensée dans le cadre d'une conquête du pouvoir national, c'est-à-dire la campagne présidentielle. La campagne des élections européennes ne se jouera pas uniquement sur cet enjeu, mais le débat concernera tout de même la vision européenne en tant que telle, il est donc légitime.

Pour résumer à grands traits ce que nous disons : l'Europe est une réalité géographique, il ne s'agit pas de dire qu'on va décrocher la France du continent et la faire partir ! Nous dénonçons une certaine construction politique, qui donc, par définition, peut être changée : l'Union européenne telle qu'elle fonctionne aujourd'hui. Nous sommes passés d'un idéal de coopération entre les peuples à des traités qui ont été refusés démocratiquement, en violation de la souveraineté populaire. Or cette souveraineté populaire est notre boussole absolue, notre principale motivation d'action. Le cadre des traités de l'UE ne laisse plus de place à une souveraineté pleine et entière des peuples. [2] J'en veux pour preuve la déclaration de Jean-Claude Juncker selon laquelle il ne "peut pas y avoir de démocratie contre les traités européens". Y a-t-il une démocratie possible dans le cadre de ces traités ? Nous pensons qu'elle est très limitée.

Changer l'Europe, c'est une vieille antienne à gauche. Comment la France insoumise compte-elle s'y prendre ?

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On a des pays qui ne sont pas harmonisés socialement, pas harmonisés fiscalement, qu'on a empaquetés dans ces traités et à qui on a dit "battez-vous et que le meilleur gagne", dans le cadre d'une compétition généralisée. Comme la compétition - la concurrence libre et non faussée - se fait notamment sur l'argument du prix, le plus compétitif équivaut presque toujours au moins-disant social et environnemental. Un programme comme le nôtre n'est donc pas compatible avec les traités puisqu'il a des objectifs très ambitieux et très hauts, en matière de planification écologique et de partage des richesses.

A traités constants, on ne peut pas avoir de politique progressiste ambitieuse. A gauche, cela fait trente ans que certains disent "on veut l'Europe sociale, on veut l'Europe environnementale" : c'est de l'incantation. Il s'agit véritablement d'être conséquents dans la manière de faire les choses. La stratégie « plan A – plan B », traduit cela, mais elle est mal comprise. Le plan A, c'est essayer de convaincre par une renégociation l'ensemble de nos partenaires, c'est essayer de faire autrement avec tout le monde, sur un certain nombre de sujets : évasion fiscale, Smic européen, protectionnisme solidaire... Les autres pays de l’UE doivent pouvoir entendre raison, y compris l'Allemagne, qui n'a pas intérêt à ce que la France sorte. Si ce n'est pas le cas, si on doit choisir entre la souveraineté populaire et l'Union européenne à tout prix, on choisira l'application de notre programme avec les pays qui partagent nos objectifs. [3]

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C'est pour cela que l'on construit des alliances à l'échelle européenne (les Insoumis ont créé une alliance qui comprend Podemos en Espagne, le Bloco au Portugal, mais également des formations de gauche au Danemark, en Finlande et en Suède, ndlr) : un des arguments de l'adversaire, qui va devoir travailler un peu car ce n'est pas assez lourd, est de dire "vous êtes seuls, isolés". On veut faire la démonstration qu'un discours d'indépendance n'est pas un discours d'isolement.

Vous êtes isolés au sein de la gauche française, en tout cas. Mais la notion de gauche, qui n’est pas utilisée dans vos discours, veut-elle encore dire quelque chose pour la France insoumise ?

C'est une notion pertinente, au sens où l'on sait ce qu'elle a voulu dire et quel espace elle représente, mais aujourd'hui ce qui nous intéresse n'est pas d'exister au sein d'un espace politique mais de convaincre la majorité pour que nos idées puissent gouverner. Nous sommes ouverts à la discussion avec tout le monde. Contrairement à ce que peuvent percevoir ses potentiels partenaires à gauche, qui la regardent comme un mouvement venu pour les humilier, les écraser, s'exonérer de discuter avec eux, la France insoumise est assise sur un programme et une stratégie et est ouverte à la discussion. Mais notre objectif est de fédérer le peuple, pas de rassembler un camp - la gauche.

Ce dialogue serein a-t-il vraiment lieu ?

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On sait bien comment c'est. J'ai eu un débat au Parlement européen avec Guillaume Balas (proche de Benoît Hamon membre de Génération.s, ndlr) et je me suis rendu compte que vous avez beau essayer de convaincre quelqu'un, s'il a besoin pour exister politiquement de faire la démonstration d'un clivage... Tactiquement, ils ont besoin d'appuyer les désaccords. C'est tout. Mais je ne désespère pas, j'ai confiance en notre capacité à convaincre !

Tout cela donne quand même un drôle de spectacle. Dans les sondages, la gauche est représentée par une addition de formations aux scores très faibles, dont la somme atteint à peine 30% des suffrages potentiels...

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Je suis très lucide sur le paysage à gauche. Quand la gauche atteignait 40-41% dans ce pays, c'était déjà la débandade et on s'inquiétait. Et aujourd'hui elle pèse à peine 30%. Cela pose question, pour toutes et tous. Mais si nous n'avions pas fait la France insoumise, on aurait eu un vrai risque d'un paysage à l'italienne où tout disparaît. Le choix de la FI a permis l'existence d'une opposition populaire, écologiste et humaniste. Ce que j'ai envie de dire au PS, à Génération.s, aux écologistes, c'est que la France insoumise est passée devant la social-démocratie en 2017. Le rapport est de 1 à 3 maintenant. Je ne les contrains à rien, mais il faut peut-être qu'ils s'interrogent eux-mêmes. J'ai un profond respect pour eux dans les discussions ; s'ils sont en désaccord, ils n'ont pas à venir, c'est la noblesse de la politique de respecter les divergences. Nous ne faisons pas de l'unité un objectif en soi. Mais je veux savoir si au moins ils ont compris ce qu'on faisait. Il y en a plein qui ont tellement vécu la FI comme un mouvement qui cherchait juste à les écraser qu'ils n'ont même pas fait l'analyse de notre stratégie. Vu le paysage politique, vaut-il mieux continuer à nous détester et organiser les conditions d'une concurrence où ils pèsent peu, ou travailler en commun sur des bases opérationnelles ?

Votre position sur l'Europe s'apparente à du souverainisme. Peut-on défendre de telles idées à gauche sans subir l'accusation infamante de nationalisme ?

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Evidemment ! Il y a une confusion entre les fins et les moyens. Pour accomplir un programme comme le nôtre, il faut récupérer des leviers, dont nous sommes privés par les traités actuels. Une fois qu'on a récupéré des leviers, il y a la question du projet politique. Certaines forces politiques dans ce pays, très minoritaires comme Les Patriotes ou l'UPR, font exclusivement campagne sur la récupération de leviers face à l'Union européenne, et prônent le Frexit. [4]  A aucun moment ils ne disent quel est leur projet politique une fois les leviers repris. On ne fait pas de la récupération de leviers une fin en soi, mais on en a besoin pour appliquer un programme. Qui peut penser raisonnablement que certains partis qui se revendiquent du nationalisme aujourd'hui poursuivent un objectif humaniste, écologiste et social ? Il suffit de les écouter pour comprendre que ce n'est pas le cas. Mais je n'ai pas de mal à assumer que nous sommes souverainistes, au sens de la souveraineté populaire. C'est le peuple qui doit pouvoir décider, y compris en Europe quand il se prononce et qu'on bafoue son choix, comme on l'a vu en Grèce en 2015. Le mot m'intéresse en vérité moins que le contenu qu'on lui donne.

Un autre mot chargé d'enjeux est celui de "populisme". La France insoumise est souvent décrite comme mettant en œuvre une stratégie populiste. En quoi cela consiste-t-il ?

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Pour nous, le populisme consiste à coller aux intérêts du peuple, ni plus ni moins. Ce mot est souvent dévoyé pour rassembler les "extrêmes" et mettre dans le même panier la France insoumise et l'extrême droite. Il y a de ce point de vue une vraie confusion avec le terme de "démagogie", notamment entretenue dans les médias. On ne théorise pas notre stratégie populiste, mais on assume notre analyse : dans la théorie marxiste, il y avait deux classes, celle de ceux qui détiennent les moyens de production et celle de ceux qui ne les détenant pas n'ont que leur force de travail. Pour nous, aujourd'hui, il y a le 1% des possédants et le 99% de la grande masse du peuple. Il inclut la classe ouvrière, mais ne s'y résume pas.

Mais est-il possible de défendre les intérêts de 99% de la population ?

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Il y a la nécessité de résoudre un certain nombre de contradictions au sein de ces 99%. Comment le faire ? En aidant à déterminer ce qu'est l'intérêt général. On en a un exemple avec la question écologique : que vous soyez cadre supérieur d'une boîte ou en situation de grande précarité, la question du climat fait le lien entre vous. C'est pareil pour les désaccords religieux, dépassés par l'intérêt général humain qui lui ne connaît pas de frontière. Cette manière de voir les choses nous a permis de rompre une barrière, et de permettre à des gens qui se reconnaissent dans nos idées mais pas dans "la gauche" de voter pour nous. Glorifier certains codes ne nous intéresse plus. Nous voulons incarner le grand mouvement de l'intérêt général.

Cependant, lors des débats sur la loi Asile et immigration ou concernant la réforme de la sélection à l'université, on a parfois eu l'impression que la France insoumise renouait avec certains réflexes de la gauche contestataire...

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Ce n'est pas parce que certaines actions ou manières de faire sont associées à une certaine symbolique que nous allons y renoncer. On ne doit pas rompre avec tout, il ne s'agit pas de mettre à la poubelle tout ce qui nous a précédé mais de trouver la bonne recette ici et maintenant. Sur les deux thèmes que vous évoquez, nous avons été clairs et rassembleurs. Concernant l'université, la proportion de jeunes qui s'inscrivent en fac est la même depuis des années, mais le boom démographique du début des années 2000 n'a pas été anticipé. Le gouvernement s'emploie à adapter le nombre d'étudiants au nombre de places disponibles, alors que nous voudrions adapter le nombre de places au nombre d'étudiants. Sur la question migratoire, nous sommes les seuls à insister sur les deux piliers : l'organisation de façon coordonnée de l'accueil de ceux qui se présentent à nos portes, mais aussi l'angle mort des causes : comment faire en sorte que les gens ne soient pas obligés de partir de leur pays.

Quoi qu'il en soit, les "99%" semblent plus divisés sur ces sujets que sur l'écologie...

Sans doute. Notre devoir est de résoudre ces contradictions par l'action politique, par l'argumentation.

Cela peut-il passer par le fait de prendre des positions iconoclastes à gauche ?

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Il ne s'agit pas de dire le contraire de ce que nous voulons faire. Vous ne nous ferez pas dire qu'on doit renoncer à l'accueil des gens qui se présentent à nos portes ! Sur l'Aquarius, la majorité des Français était opposée à l'accueil d'après un sondage (56% de Français estiment que le gouvernement a fait le bon choix en n'offrant pas l'accueil à l'Aquarius d'après un sondage d'Opinionway, ndlr). Mais c'est quoi notre but, toujours coller à la majorité ou faire entendre raison au plus grand nombre ? C'est justement la différence entre démagogie et populisme.

Le discours des partis de gauche a parfois semblé déconnecté des aspirations des personnes issues des classes populaires...

Nous essayons de renouer ce lien. Dans les méthodes d'action, nous ne sommes pas dans une logique où le parti injecte la conscience dans le peuple, comme l'avait théorisé Lénine. Nous considérons que la conscience découle de la détermination d'intérêts communs. Nous essayons de coller aux aspirations du peuple, pas de former une avant-garde révolutionnaire. Il y a une disponibilité dans le pays, notre but est d'accompagner ce mouvement. Quand on parle du dégagisme, ce n'est pas nous qui le faisons émerger : il est là, il est présent dans la société. On tient compte d'un fait pour l'épouser.

Cette volonté d'écoute des aspirations populaires se traduit par l'adoption d'un langage assez dur, voire violent, dans l'opposition à Emmanuel Macron et sa politique...

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Et c'est ainsi que nous sommes considérés comme la première opposition de France dans l'opinion. Une fois que le vote est tranché, la dispute continue. Par ailleurs, la conflictualité crée de la conscience. En réalité, si tous les acteurs politiques se succèdent sur un plateau de télévision à raconter la même chose sur la même tonalité dans la même ambiance climatisée, on va s'endormir très vite, y compris pour des gens qui sont éloignés de la politique. La dispute (pas la violence), la polémique, la mise en scène d'une conflictualité d'idées, permet une meilleure détermination. Mais elle n'est jamais vaine, et assise sur autre chose que sur la crédibilité. Nous assumons les contradictions qu'il y a dans la société, mais nous proposons des contre-solutions crédibles.

https://www.marianne.net/politique/adrien-quatennens-un-discours-d-independance-n-est-pas-un-discours-d-isolement?_ope=eyJndWlkIjoiYWMyOWU1Y2FmYjA3MWM5ODc0NzFmNzZlMmM0NTQwMTgifQ==

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[1] "la France insoumise (FI) propose de renégocier les traités et menace de quitter l’Union européenne (UE) en cas d’échec": ça commence mal: nous avons démontré à plusieurs reprises que le "Plan B" de Mélanchon ne constitue en aucun cas une volonté de quitter l'Union européenne...(voir par exemple nos publications La rupture avec l’UE, oui mais comment ? La France Insoumise ne sait toujours pas... / Assemblée : finalement, Jean-Luc Mélenchon accepterait un drapeau européen... à 29 étoiles  / Jean-Luc Mélenchon : « Je suis un indépendantiste français »  etc.)

[2] "Le cadre des traités de l'UE ne laisse plus de place à une souveraineté pleine et entière des peuples." : ceci laisse entendre qu'à l'origine, la souveraineté des peuples n'était pas menacée; c'est une différence majeure entre la FI et l'UPR: nous expliquons pour notre part que dès le départ, l'objectif délibérément caché aux peuples était d'en finir avec la souveraineté des nations européennes, car tel était l'objectif géopolitique des véritables concepteurs du projet au lendemain de la guerre, les Etats- Unis, ce qu'avaient très bien dénoncé d'ailleurs à l'époque les gaullistes et les communistes...Par ailleurs, l'assertion de Quatennens semble ignorer que la constitution d'un "marché commun" était déjà problématique en terme de souveraineté économique, en tous cas pour une partie de la gauche de l'époque.

[3] "on choisira l'application de notre programme avec les pays qui partagent nos objectifs.": voilà qui laisse supposer que d'autres pays membres de l'UE se laisseraient tenter par l'aventure de la désobéissance mélanchonnienne, mais en admettant que ce soit réaliste, ça ne répond pas à la question: pourquoi rester dans le cadre de l'UE, qui présente une contrainte maximale, alors qu'il serait plus simple d'en sortir? Et au bout du compte, pourquoi vouloir à tout prix un projet alternatif en Europe au détriment d'autres projets possibles de coopération? Le monde est vaste...

[4] "Certaines forces politiques dans ce pays, très minoritaires comme Les Patriotes ou l'UPR, font exclusivement campagne sur la récupération de leviers face à l'Union européenne, et prônent le Frexit." : Quatennens reprochait à ses amis "de gauche" de ne pas avoir analysé la stratégie de la FI, mais il n'a visiblement pas lu le programme de l'UPR. Celui de F. Asselineau pour la Présidentielle est disponible sur notre chaîne You Tube, il fait plus de 5 heures et ne se limite pas à la "triple sortie"... par ailleurs, si nous mettons l'accent sur le FREXIT, c'est parce que sans cet impératif, AUCUN programme autre que celui de la Commission européenne n'est applicable. La stratégie de "désobéissance aux traités" n'a pas de sens selon nous dans la mesure où il existe une porte de sortie juridique des traités: l'article 50 du TUE. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire plus simple? Si M. Quatennens et ses amis sont en manque de "mise en scène de la conflictualité", qu'ils observent ce qu'il se passe à propos du Brexit: même dans un cadre légal respectueux du droit international, les occasions ne manquent pas pour que certains rendent l'affaire très compliquée...   P.G.

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jeudi 19 juillet 2018

Communautarisme: lorsque la « Presse » fait du zèle et que la gauche signe son arrêt de mort.

TRIBUNE LIBRE /  Jacques Cotta • Actualités • Mercredi 11/07/2018

TL REPUBLIQUE COMMUNAUTARISME

Il est coutumier de dire que les phénomènes qui se produisent outre-Atlantique ne sont que le prélude de ce qui nous attend ici, avec un décalage dans le temps plus ou moins important. La mondialisation n’épargnant aucun domaine, les questions idéologiques, identitaires, civilisationnelles y sont soumises. Et la presse avec. Ainsi, au lendemain des assassinats de Charlie Hebdo en 2015, un journaliste noir américain de « The Atlantic », Ta-Nehisi Coatesde, par ailleurs militant noir des « black Panthers », interroge « Libération » sur la présence [absence] de journalistes arabes dans sa rédaction. La question semble tout autant anodine que les conseils proférés. « Aux Etats-Unis, il y avait un manque, mais il y avait des Latinos, des Noirs, dans toutes les rédacs » indique le confrère. Ce qui pouvait passer pour une simple réflexion anecdotique il y a trois ans, sans conséquence, a fait son chemin. En cet été 2018 le journal « Libération » nous indique que « cette question a été un sujet réel de réflexion au sein de la direction du journal ces dernières années ». « Sommes-nous une rédaction blanche »? Et comme si cela était un drame, le journal d’indiquer « on l’a été, on l’est encore. Ça a changé un peu. On part de loin ». La démarche est pour le moins étrange.

Recensement ethnique et communautarisme

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Pour répondre, le journal s’engage dans ce qui ressemble à un début de recensement ethnique. Voilà donc un des principaux quotidiens parisiens, chantre de « l’antiracisme », prêt à fustiger par exemple Robert Ménard le maire de Bézier lorsqu’il engage un décompte ethnique dans les écoles de la ville, qui lui emboite le pas sans même sembler s’en rendre compte. Mais quel est donc le cadre idéologique et intellectuel qui permet aux racistes et antiracistes d’afficher les mêmes méthodes ? Derrière l’anecdote, ce sont des choses très sérieuses qui sont en jeu.

Le Communautarisme s’appuie en général sur des faits précis, réels, qu’il ne s’agit pas de nier, mais dont l’exploitation à des fins politiques revient à la remise en cause des règles républicaines qui permettent de vivre ensemble. Les exemples abondent. La tyrannie que subissent des filles dans certains quartiers doit-elle être l’affaire de la seule « communauté féminine » ? L’homophobie que subissent certains jeunes doit-elle être la seule question de la « communauté homo » ? La discrimination que connaissent certains Noirs ou Algériens doit-elle être réduite aux seules « communautés noires et arabes » ?

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Évidemment, lorsque l’idéologie fascisante que porte notamment l’islamisme politique dans les quartiers frappe, c’est toute la république qui est concernée et ses principes universalistes qui sont attaqués. Cela pour les filles, les homos ou plus généralement pour l’embauche qui organise la discrimination au compte du capital. Contrairement à la République, les communautarismes enferment dans des ghettos les catégories concernées, tout en dénonçant la situation dans laquelle ils les ont eux-mêmes placées. La République a des règles qui permettent de vivre ensemble. Elle ne définit pas les citoyens en fonction de leurs différences mais en fonction des droits et devoirs qu’il leur revient de partager.

La démarche du journaliste américain et la préoccupation de Libération sont révélatrices d’une mise à mal de la tradition universaliste française, de la vie républicaine malmenées au profit d’un communautarisme qui pointe et qui progresse chaque jour. En réalité « Libération » répond aux attaques récurrentes qu’on peut entendre ici ou là, notamment dans les milieux d’une certaine « gauche », qui mettent en cause « cet odieux entre-soi d'ignobles petits blancs frileux qui refusent de se faire enrichir culturellement ». La problématique communautariste n’est pas de savoir combien il y a de journalistes dans une rédaction, ce que sont leurs compétences, la ligne éditoriale qui les conduit, les choix rédactionnels qui sont faits, mais leur sexe ou la couleur de leur peau. Le journaliste américain poursuit d’ailleurs de façon non équivoque. L’absence des Arabes et des Noirs dans les rédactions parisiennes serait un élément clé permettant de comprendre et d’expliquer « Je suis Charlie ». « Je suis Charlie » exprimait une détermination opposée à l’islamisme politique auteur des assassinats du journal satirique. Cette détermination était donc, à en croire la démarche de notre confrère américain, une affaire de Blancs. Sans l’écrire explicitement, un journaliste arabe aurait sans doute mieux compris la démarche des assassins. La question politique était donc reléguée en arrière-plan. Voilà une des premières conséquences de ce communautarisme étranger à nos traditions républicaines qui substitue aux qualités, aux positions, aux compétences la couleur de peau, sujet politiquement correct, dans les milieux de « gauche » notamment, et qui revient au fond à tempérer la critique des actes criminels, et à trouver une explication « raciale » à leurs auteurs.

Comment en est-on arrivé là ?

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Comment donc le pays de 1789 peut-il se trouver si perméable à ce qui est étranger à ses principes, à ses règles, à sa devise ?
Il existe une relation étroite entre la politique mise en œuvre et l’idéologie qui s’impose. Peu à peu, sous le coup de la destruction du bien commun, derrière les exigences du capital pour qui « le pognon » mis dans les aides sociales est une dépense superflue, ce sont les valeurs de solidarité, de fraternité, d’égalité qui ont été saccagées. Sans doute imparfaites jusque-là, ces valeurs avaient toutefois prise sur la société, incarnaient une conception de la vie commune. Aujourd’hui leur ont été substitués un individualisme forcené, un chacun pour soi et surtout personne pour les autres.

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Le mode de production capitaliste a transformé nos sociétés en sociétés d’individus, cherchant à atomiser toute problématique pour laisser le sujet seul face au corps dominant. Seul, donc impuissant. La question n’est plus, ne doit surtout plus être le rassemblement des opprimés contre leurs oppresseurs. L’individualisme revendiqué aboutit à exploser les communautés humaines. Tous les secteurs de la vie courante sont concernés. Sur le plan intime, la famille patriarcale par exemple est fustigée par tous ceux qui considèrent que cela coûte trop cher, que ça constitue une entrave à la mobilité et la flexibilité dont le capitalisme a toujours besoin, que ça incarne un lieu de solidarité contraire aux lois du marché idéal. Sur le plan social, l’individualisation est directement prônée contre le tout collectif. Les « lois Travail » de Hollande et Macron qui détruisent les conventions collectives, qui limitent les cadres de représentation des personnels, qui limitent ou liquident les garanties minimales n’ont d’autre but que de livrer le travailleur au bon vouloir de l’employeur, sans résistance collective possible. L’objet n’est plus l’antagonisme de classe entre capital et travail. Le salarié n’a plus comme ennemi que son collègue de travail. Pour tout « dégraissage », la question se résume à « qui passera à la trappe ». Le « lean-management », inventé dans le secteur automobile américain, et depuis propagé par la mondialisation dans tous les secteurs, revient à faire décider par un collectif de travail qui doit être viré. Telle est la loi du capital.

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Avec les valeurs, c’est le cadre national lui-même qui doit être balayé. La bouillie intellectuelle dominante aboutit à assimiler les nations aux nationalismes et à leur faire porter la responsabilité de tous les maux de la société. Elles seraient responsables, donc doivent être détruites. En Yougoslavie « les bombardements humanitaires » ont fait leur œuvre. Comme en Libye ou en Syrie. Le capital opère jusque dans les détails. Les langues sont bouleversées au profit du « Globish », expression du politiquement correct à la mode américaine dont le dernier avatar est l’écriture inclusive qui exprime une conception étrange de l’égalité homme femme, et qui rend tout texte illisible.

Le communautarisme ennemi de la communauté politique

Les revendications les plus absurdes mêlées à cette idéologie, produit de la mondialisation capitaliste, donnent naissance à ce communautarisme étranger à nos valeurs, mortifère pour la République elle-même. Dans les cantines scolaires on réclame du Halal ou du Casher, du végétarien ou du Vegan… La différence dés le plus jeune âge, plus rien de commun, voilà la consigne ! Le séparatisme et le différentialisme doivent ainsi s’imposer au républicanisme et à l’universalisme, érigeant les droits de l’individu-roi contre la communauté politique. Les exemples abondent. On pourrait ainsi parler des minorités sexuelles, des gays, des lesbiennes, des trans, des bi, et maintenant, dernier terme à la mode pour exprimer cette décomposition, des « genrés », des « cis », des « trans »… Une fois encore il ne s’agit pas ici de nier le malaise que peut connaitre un individu ou un autre sur toute question, alimentaire, identitaire, sexuelle. Mais de comprendre où nous mène la considération de catégories à part au-dessus de la communauté politique.

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La preuve par l’absurde. Nous sommes sur le plateau de Daniel Schneiderman. Celui-ci fait une émission sur les LGTB et remarque l’absence de femmes parmi ses invités qui rassemblent quatre représentants de ladite communauté gay.
- Je ne suis pas un homme, je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme, mais je ne suis pas un homme, le coupe un barbu.
- L’apparence ?
- Il ne faut pas confondre identité de genre et expression de genre. Je refuse qu’on
me genre comme un homme. Je suis non binaire. Ni masculin, ni féminin.
Pour sa couleur de peau, l’homme se dira contre toute évidence « non blanc » car à moitié libanais.
Ainsi, partant d’un malaise personnel – indiscutable – et qu’il ne s’agit pas de nier, le malaise de s’être vu attribuer par la nature un sexe que l’on refuse, nous voilà sommés de ne « pas genrer » les individus, de ne pas reconnaitre un homme ou une femme là ou pourtant l’affaire ne fait pas de doute. Bref, de réduire le cadre collectif qui gère la communauté politique à une multiplicité de volontés individuelles.

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Curieusement le communautarisme réclame l’ouverture à l’autre alors qu’il n ‘est d’abord ouvert qu’à lui-même. Il en est ainsi des « racisés » nouveau terme à la mode, employé ici ou là, dont les porte-paroles seraient le CRAN, (conseil représentatif des associations noires) ou encore le PIR (le parti des indigènes de la république). Il y a là une des expressions les plus nettes de la décomposition politique. On commence par se victimiser, puis on fait haro sur le Blanc, coupable de porter sur ses épaules le colonialisme… Sur le plan pratique, c’est pour cette raison que sont organisées des « journées d’études décoloniales » patronnées par des universitaires, interdites aux Blancs. On y trouve des militants du NPA, du PCF, et parfois même de la FI. Expression d’une décomposition intellectuelle qui renoue avec le gauchisme soixante-huitard qui prônait la nécessité de gagner les prétendues « nouvelles avant gardes » dont la caractéristique était d’abord d’être étrangères au processus de production, aux salariés, aux ouvriers.

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Les dirigeants du PIR profèrent les plus abominables slogans racistes, revendiquent leur antisémitisme, les pétitionnaires attitrés n’y ont jamais trouvé à redire et pas un tribunal n’a eu à les juger. La remise au goût du jour des critères « raciaux » et le développement d’une « haine des blancs » qui serait nécessaire pour en finir avec l’oppression coloniale, tout cela ne gêne nullement le gratin du gauchisme universitaire. L’« intersectionnalité des luttes », c’est cette étrange alliance des LGBT, des « racialisés », et de tous les groupes porteurs des lubies du moment, totalement indifférents à la situation de la grande masse du peuple, satisfaits de la marginalisation et de la division du mouvement ouvrier et tout fiers de leur auto-promotion au rôle de nouvelle avant-garde de l’histoire.  Une farce qui accompagne le macronisme dont elle est l’autre visage.

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La dislocation du bien commun au profit du capital financier a besoin de ces leurres que le système exploite à merveille. Tout ce qui s’oppose à la nation, à la république, aux lois communes est élevé au rang de nouveau mouvement révolutionnaire. Ainsi, Edwy Pleynel qui dirige Mediapart s’est-il fait le chantre de Tariq Ramadan pendant que Houria Bouteldja, la « camarade » responsable du PIR se réjouissait des pendaisons d’homosexuels à Téhéran tout en recevant le soutien de groupes pro LGBT comme le NPA ou encore d’une frange au sein de la FI. Cette incroyable confusion – qui est sans doute une des formes de « l’intersectionnalité des luttes » – repose sur des mots d’ordre communs : feu sur la république, feu sur la laïcité, feu sur la liberté de penser et la raison, feu sur la nation. Mots d’ordre évidemment inoffensifs pour les classes dominantes mais qui entrent parfaitement dans leurs vues. N’y a-t’il d’ailleurs pas là une des faiblesses d’un mouvement défini comme gazeux, qui tolère en son sein des positions tellement diverses qu’elles peuvent aboutir à l’arrivée à une grande confusion et à quelques dramatiques contradictions.

Jacques Cotta
Le 10 juillet 2018

http://la-sociale.viabloga.com/news/republicanisme-et-universalisme-ou-communautarisme-et-differentialisme

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
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