samedi 20 janvier 2018

Fake news : « Les grands médias ont toujours été les premiers à relayer les mensonges d’État », selon Alain de Benoist

L’Observatoire du journalisme revient régulièrement sur le faux procès des « fausses nouvelles », une manœuvre qui vise en réalité à imposer au public un véritable Index qui n’ose pas dire son nom. Nous reproduisons ci-dessous un entretien du philosophe Alain de Benoist sur le sujet via nos confrères bretons de Breizh-Info.

TL PRESSE AVEUGLE

Breizh Info : Que vous inspirent les déclarations d’Emmanuel Macron sur le projet de loi contre les « fake news » ?

Alain de Benoist : On pense évidemment à Orwell, mais on ne peut pas se borner à dénoncer les menaces supplémentaires que va faire peser sur la liberté d’expression la mise en œuvre de ce nouveau dispositif de censure. Il faut aussi s’interroger sur la notion même de fake news – de « fausse nouvelle » si l’on préfère la langue française au sabir américain. Or, Macron se révèle ici d’une étonnante naïveté, à moins qu’il ne s’agisse seulement de mauvaise foi.

Il semble en effet s’imaginer que les « nouvelles » sont soit vraies, soit fausses. On aimerait que ce soit si simple ! En matière d’information, la vérité est qu’il n’y a pas de vérité (absolue). L’information objective n’existe pas : elle est toujours le reflet de la subjectivité de qui la fournit. Il y a seulement des journalistes qui s’efforcent d’être honnêtes, et d’autres qui ne le sont pas. À côté de la « fausse nouvelle » manifeste, relevant d’une véritable désinformation, une nouvelle peut être faussée, tronquée, biaisée. La place qu’on lui donne, la façon dont on rapporte les faits, les titres employés jouent également. Un exemple simple : quand la presse fait l’éloge de l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, qui vient de mourir, en rappelant les noms des écrivains qu’il a lancés et soutenus, sans jamais citer celui de Renaud Camus, qui est l’auteur dont il a publié le plus grand nombre de livres, peut-on dire que l’information est objective ? Il y a des mensonges par omission.

N’oublions pas non plus que les grands médias, qui se flattent aujourd’hui de « décoder » les fake news chez les autres, ont toujours été les premiers à relayer les mensonges d’État, des « armes de destruction massives » de Saddam Hussein jusqu’au prétendu « charnier » de Timisoara. Et que dire des délires antirusses qui feront bientôt attribuer à Poutine la responsabilité des dérèglements climatiques ?

Dans une société normale, c’est au lecteur de se faire une opinion en lisant des choses contradictoires. On ne peut pas lui mâcher par avance la besogne en lui disant ce qui est digne de confiance (selon quels critères ?) et ce qui ne l’est pas. Ou bien alors, comme dans 1984, il faut tout de suite instituer un ministère de la Vérité – ce dont nous ne sommes d’ailleurs pas très loin. À l’heure où tant de nos contemporains s’emploient à ne pas voir ce qu’ils voient, on pourrait aussi s’interroger sur le statut du réel dans la société postmoderne. « Dans le monde réellement renversé, disait Guy Debord, le vrai est un moment du faux ».

Breizh-info.com :  Comment la presse alternative devra-t-elle s’organiser selon vous demain, entre censure des réseaux sociaux et ce type de projets de loi ?

Alain de Benoist :  Je lui fais confiance. Même dans les pires dictatures, on trouve toujours des moyens de contourner les obstacles. C’est la vieille histoire des fabricants de coffres-forts et des cambrioleurs : les systèmes de protection s’améliorent toujours plus, mais les techniques des perceurs de coffres s’améliorent aussi. Peut-être faudrait-il seulement que la « presse alternative » envisage de se renouveler un peu, pour ne pas se réduire à des commentaires, toujours les mêmes, sur des sujets qui sont toujours les mêmes aussi. Les choses les plus justes, quand elles sont mille fois répétées, finissent par ennuyer.*

Sur Internet et les réseaux sociaux, j’ai toujours été personnellement réservé. Ceux qui ont cru que la Toile allait offrir une « liberté totale » à l’« information alternative » ont à mon avis été trop optimistes. Les libertés incontestables offertes par Internet vont être de plus en plus encadrées, c’est-à-dire limitées. On s’apercevra alors qu’Internet est aussi le plus extraordinaire moyen que l’on ait jamais inventé pour surveiller, contrôler et fliquer.

Breizh-info.com :  Le 1er janvier a vu la création de l’Assemblée territoriale de Corse, collectivité unique dirigée par les nationalistes. Quelle est votre analyse de ces élections de Corse ? Catalogne, Corse, Écosse… Est-ce le réveil de l’Europe des régions ?

Alain de Benoist :  Je me réjouis de ce qui se passe en Corse, mais le « réveil de l’Europe des régions » me paraît assez problématique. D’abord, l’Europe des régions n’implique pas nécessairement le démantèlement des nations, qui sont aussi des réalités. Ensuite, l’analogie que l’on fait communément entre la Corse, la Catalogne, l’Écosse, la Flandre, et pourquoi pas le Kosovo, le Québec, le Kurdistan et le Tibet, est à mon sens assez superficielle. Sur place, les situations sont extrêmement différentes. En la matière, on ne peut donc s’en tenir à des déclarations de principe : il faut aller voir ce qu’il en est concrètement dans chaque cas. L’Espagne n’est pas non plus la Belgique, qui n’est pas le Canada ou la Yougoslavie.

Et nous ne sommes plus non plus au XIXe siècle, à l’époque où l’indépendance garantissait le maintien de l’identité parce que les frontières étaient ce qui permettait le mieux aux peuples d’être présents à eux-mêmes. Aujourd’hui, les frontières n’arrêtent plus grand-chose : quelle que soit la langue que l’on parle, tout le monde vit plus ou moins de la même manière. Les régions qui subissaient naguère l’hégémonie d’une culture dominante nationale baignent aujourd’hui, comme les nations elles-mêmes, dans une culture de la marchandise qui excède toutes les frontières. L’indépendance, dans ces conditions, n’a plus la même signification qu’autrefois. C’est pourquoi je ne suis pas pour l’indépendance, mais pour l’autonomie.

Breizh-info.com :  Le pape François n’a de cesse d’appeler les populations européennes à accueillir les migrants. N’est-ce pas finalement un message criminel vis-à-vis des populations européennes ?

Alain de Benoist :  Les déclarations du pape François ne sont un problème que pour les chrétiens qui ne les approuvent pas. Ceux qui ne sont pas chrétiens y verront la confirmation qu’il ne faut pas compter, pour défendre son identité, sur une religion qui, face aux menaces, ne sait parler que d’amour, de repentance et de pardon.

Le pape est dans son rôle quand il appelle à faire preuve d’esprit de charité devant la détresse et la souffrance humaines. Le problème est qu’il confond la morale publique et la morale privée. Pour le reste, il ne fait que prendre plus au sérieux que certains de ses prédécesseurs la vocation universaliste qui est inhérente à la religion dont il se réclame. Saint Paul le disait déjà : le peuple de Dieu ne se confond avec aucun peuple particulier. Tous les hommes sont frères, puisque tous fils du même Père. L’idée même de Dieu unique implique la notion d’humanité. Les autres distinctions, de peuples, de langues, de cultures, ne viennent qu’après – d’autant que le christianisme est aujourd’hui en train de devenir une religion du Tiers-monde.

C’est évidemment ennuyeux pour ceux qui veulent faire des « racines chrétiennes » un repère identitaire, mais c’est ainsi.

Breizh-info.com : Qu’attendez-vous de cette année 2018 ?

Alain de Benoist :  Qu’elle débouche le plus vite possible sur le XXIIe siècle !

Propos recueillis par Yann Vallerie
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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*"Les choses les plus justes, quand elles sont mille fois répétées, finissent par ennuyer": c'est vrai si on se contente de ne rien faire! Par ailleurs, il faut malheureusement parfois insister, même lourdement si nécessaire, pour contrer les "vérités" officielles, ça prend du temps et ça nécessite des fois mille exemples, avant de convaincre. Il ne faut pas sous- estimer le "rouleau compresseur" que représententent encore les médias "mainstream", c'est en tous cas la leçon qu'il nous faut retenir, à mon avis, des dernières élections en France.

Quant à la vision d'Alain de Benoist sur les euro- régions et le démantèlement des nations, sur l'identité et le christianisme etc.,  rien de nouveau de ce côté_ là de l'échiquier politico- philosophique. Cet article a au moins le mérite de clarifier les choses! 

Ce qui n'empêche pas bien sûr de trouver parfois des choses très intéressantes au sein de ce courant de pensée, comme dans tant d'autres.   P.G.

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Le procès Mladić : une tache sur la civilisation

« Tout cela est un mensonge. C’est un procès dans le style de l’OTAN » – Ratko Mladić

Par Christopher Black

TL YOUGOSLAVIE TPY

Les paroles provocantes adressées par le général Mladić aux juges du tribunal spécial pour les crimes de guerre en Yougoslavie contrôlé par l’OTAN ont retenti haut et fort le jour où ils ont prétendu le condamner. Il aurait pu ajouter« pourtant l’histoire m’absoudra » et beaucoup d’autres choses encore, mais ils a été jeté hors de la salle par le juge en chef, Orie, dans son style condescendant, comme s’il s’adressait à un élève qui fait l’école buissonnière plutôt qu’à un homme faussement accusé de crimes qu’il n’a pas commis.

La porte-parole du ministère russe des Affaires Etrangères Maria Zakharova, a fait écho aux paroles du général le 23 novembre :

« Nous devons de nouveau affirmer que le verdict de culpabilité rendu par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie contre Mladić est la poursuite de la ligne politisée et biaisée qui a dès le début dominé le travail du TPIY. »

Le général Mladić et le gouvernement russe ont raison. Le document intitulé « jugement » le prouve car il se lit comme un tract de propagande plutôt que comme le jugement d’un tribunal. En plus de 2400 pages, le trio de « juges » récite sans interruption la version des événements de l’accusation, du premier paragraphe au dernier. La défense n’est mentionnée qu’en passant.

Le TPIY rejette les affirmations selon lesquelles il est un tribunal partial, un tribunal de l’OTAN, mais il l’a prouvé dès le tout premier témoin qu’ils ont appelé à la barre pour ce qui allait suivre. Un homme nommé Richard Butler a été appelé pour témoigner sur des questions militaires générales et la structure politique en Bosnie et dans la Republika Srpksa (République serbe de Bosnie). Il a été présenté comme un « analyste militaire », ce qu’il est, mais il n’est pas indépendant. Non, au moment de son témoignage, il était membre de l’Agence de sécurité nationale des États-Unis, détaché auprès du TPIY. Donc le premier témoin contre le général Mladić était partial sur deux points. Il travaillait pour les services de renseignement américains qui ont soutenu les ennemis du général Mladić et de la Yougoslavie, et il a fait partie du personnel de l’accusation. C’est comme si la NSA et le procureur étaient, en même temps, entrés dans le box pour témoigner contre l’accusé. Le témoignage de Butler joue un rôle important dans le procès ; le même rôle qu’il a joué dans le procès du général Krstić.

Ensuite apparaît un autre expert analyste militaire, Reynaud Theunens, qui travaille aussi dans l’équipe de l’accusation. Les experts dans les procès criminels sont censés être totalement neutres. Mais non seulement celui-ci agissait au nom du procureur, mais il était en même temps un officier du renseignement de l’armée belge. Donc nous y sommes dès l’ouverture du procès. La scène est posée ; l’OTAN se charge de l’affaire. Les officiers de l’OTAN travaillent au sein du tribunal. C’est un tribunal de l’OTAN sous déguisement de l’ONU. Par conséquent, tout au long du jugement, il n’y a jamais aucune mention des crimes de l’OTAN et des crimes des forces bosniaques opposées. Le contexte est délibérément restreint pour donner une image très étroite et déformée des événements.

Le jugement se poursuit avec des citations détaillées des déclarations des témoins de l’accusation. Les témoignages des témoins de la défense, dans les rares occasions où ils sont cités, ne sont jamais restitués aussi en détail. Une ligne est consacrée à un témoin et tous sont rejetés comme partiaux si leur témoignage est en contradiction avec celui des témoins de l’accusation.

Et en quoi consistent les preuves de l’accusation ? Elles consistent en quelques témoignages oraux d’officiers de l’OTAN impliqués dans les événements et qui travaillaient dans les forces de l’ONU contre le général Mladić et ses forces, le témoignage de soldats de l’armée bosniaque d’opposition ou de leurs familles, des déclarations de témoins et des « faits établis » des « faits » considérés comme tels par une autre série de juges dans un autre procès, peu importe que ce soit vrai ou faux. De temps en temps, les juges déclarent que « la défense affirme que X ne s’est pas produit et s’est appuyée sur certaines preuves pour soutenir cette affirmation. Là où cette preuve entre en contradiction avec les faits jugés, nous la rejetons ».

Il y a de nombreux cas de confiance basés sur des ouï-dire. À maintes reprises, un paragraphe du jugement commence par les mots : « On a dit au témoin… » Grâce à des juristes corrompus comme l’ancienne procureur canadienne Louise Arbour, l’utilisation du ouï-dire, et même du double ouï-dire, a été admise comme preuve dans ces procès alors que c’est interdit ailleurs dans le monde, parce que le témoignage basé sur un ouï-dire ne peut pas être vérifié ni sa fiabilité et son exactitude attestées.

Je n’ai pas pu suivre une grande partie du procès, seulement par vidéo de temps en temps, donc je ne suis pas en mesure de commenter toutes les conclusions factuelles des juges citées dans leur long jugement, dans lequel ils condamnent le général Mladić et son gouvernement pendant des pages et des pages fastidieuses. Ceux qui connaissent la véritable histoire des événements réaliseront que tous les attendus de la condamnation ne sont ni plus ni moins que la même propagande que celle que l’OTAN a diffusé pendant le conflit, mais organisée pour ressembler à un jugement.

Car ce n’est pas un jugement. Un vrai jugement dans un procès criminel devrait contenir la preuve présentée par l’accusation, la preuve présentée par la défense et les arguments des deux parties sur cette preuve. Il doit contenir des références aux dépositions de témoins principaux et aux contre-interrogatoires. Puis il doit y avoir une décision raisonnée des juges sur les mérites de chaque partie au procès et leurs conclusions motivées. Mais vous aurez de la peine à trouver la trace d’une preuve amenée par la défense dans ce document. Je n’ai pu en trouver aucune à part quelques références dans une poignée de paragraphes et quelques notes de bas de page dans lesquels la déposition d’un témoin de la défense a été brièvement mentionnée afin de la rejeter, et de la rejeter parce qu’elle ne corroborait pas la version des événements présentée par l’accusation.

Ce qui est encore plus choquant, c’est qu’il y a peu de références au témoignage oral, c’est-à-dire aux dépositions des témoins. Il y a des références à des « experts » liés à la CIA ou au Département d’État, ou d’autres agences de renseignement de l’OTAN qui ont donné leur version de l’histoire et que les juges acceptent sans les remettre en question. Il n’y a aucune référence à aucun expert de la défense.

Par conséquent, on ne saura jamais la raison pour laquelle les juges ont décidé d’accepter les preuves de l’accusation et non celles de la défense. En les lisant, on pourrait penser qu’aucune défense, autre que symbolique, n’a été présentée. Ce n’est pas un jugement.

Mais il y a quelque chose d’encore plus troublant dans ce « jugement ». Il n’est pas possible de déterminer si de nombreux témoins ont témoigné en personne parce qu’il y a peu de références à un témoignage effectif. Au lieu de quoi, il y a d’innombrables références à des documents de toutes sortes et à des « déclarations de témoins ».

C’est un élément important dans ces procès parce que les déclarations de témoins auxquelles il est fait référence sont des déclarations faites ou censées avoir été faites aux enquêteurs et aux juristes travaillant pour l’accusation par des témoins présumés. Nous savons, à partir d’autres procès, qu’en fait ces déclarations sont souvent rédigées par des avocats de l’accusation ainsi que par des enquêteurs, puis présentées aux « témoins »pour qu’ils les apprennent par cœur. Nous savons aussi que les « témoins » ont aussi été signalés à l’accusation par des voies qui indiquent qu’ils présentaient des témoignages fabriqués et qu’ils étaient recrutés dans ce but.

Au tribunal pour le Rwanda, nous avons pris soin, dans notre procès, de faire subir des contre-interrogatoires agressifs à ces « témoins », et ils se sont immédiatement effondrés puisqu’ils ne pouvaient pas se souvenir des scripts qui leur étaient assignés. Nous avons aussi pris soin de demander aux « témoins » comment ils en étaient arrivés à rencontrer l’équipe de l’accusation, comment les interrogatoires étaient conduits et comment ces déclarations avaient été créées. Les résultats ont été embarrassants pour l’accusation puisqu’il est apparu clairement qu’elle avait collaboré avec les enquêteurs pour manipuler, faire pression sur les « témoins » et les influencer, et qu’elle était complice d’invention de témoignages.

Il est en outre important que celui qui lit ce « jugement » soit en mesure de se référer aux pages des transcriptions des témoignages, ce que les témoins ont dit et ce qu’ils ont répondu lors des contre-interrogatoires, parce qu’une déclaration n’est pas un témoignage. Ce n’est qu’une déclaration.

Une déclaration ne peut être utilisée comme preuve. Elle nécessite que les témoins viennent à la barre et déclarent sous serment ce qu’ils ont observé. On peut ensuite les interroger sur leur fiabilité en tant qu’observateurs, leurs préjugés, s’il y en a, leur crédibilité, etc. Mais dans ce procès, nous voyons des centaines de références à des « déclarations de témoins ». Cela indique que les juges ont fondé leur « jugement » non sur le témoignage des témoins (s’ils étaient appelés à témoigner) mais sur leurs déclarations écrites, préparées par l’accusation, et sans avoir été soumis à aucun contre-interrogatoire de la défense.

Il ne ressort pas du tout clairement de ce jugement si l’un des témoins mentionnés dans les déclarations a effectivement témoigné ou non. S’ils l’ont fait, leur témoignage devrait être cité, et non leurs déclarations. Le seul but valable des déclarations est de signaler aux avocats ce qu’un témoin est susceptible de dire dans le procès, et de révéler la position de l’accusation à la défense afin que celle-ci puisse préparer la sienne et ensuite utiliser les déclarations pour interroger à son tour le témoin en comparant sa déclaration initiale avec son témoignage sous serment à la barre.

La formule est simple. Le témoin de l’accusation arrive à la barre, on lui demande de déclarer ce qu’il a observé à propos d’un événement, puis la défense l’interroge : « M. le Témoin, dans votre déclaration datée du x, vous avez dit ceci, mais aujourd’hui, vous dites cela… Examinons cette divergence. »

C’est comme cela que c’est censé se passer. Mais où est-ce dans ce dossier ? On ne le trouve nulle part.

Il faudrait un livre entier pour recenser les problèmes de ce « procès » tels qu’ils sont présentés dans ce jugement. Mais un exemple éclaire tout ce qui concerne Srebrenica, et traite d’une célèbre réunion qui s’est déroulée à l’Hôtel Fontana le soir du 11 juillet 1995, au cours de laquelle le général Mladić a rencontré un colonel Casque bleu hollandais pour organiser l’évacuation des civils dans la zone de Srebrenica et l’éventualité que la 28e division de l’Armée bosniaque dépose les armes. Il y a une vidéo de cette rencontre, disponible sur YouTube. Je paraphrase, mais elle montre le général Mladić demandant pourquoi les avions de l’OTAN bombardent ses positions et tuent ses hommes. Il demande pourquoi les forces de l’ONU passent en douce des armes aux soldats bosniaques. Il demande pourquoi les forces de l’ONU ont essayé de l’assassiner, lui, personnellement. À chaque question, il reçoit des excuses de l’officier hollandais. Il demande ensuite à l’officier hollandais s’il veut mourir, et celui-ci dit non. Mladić répond : mes hommes non plus ne veulent pas mourir, alors pourquoi leur tirez-vous dessus ? Pas de réponse.

Le reste de la vidéo concerne la discussion d’un plan pour évacuer la ville, pendant laquelle Mladić offre des cigarettes aux hommes de l’ONU et un peu de vin pour faire baisser la tension. Pour moi, en tant qu’avocat de la défense, c’est un élément essentiel pour la défense par rapport aux accusations concernant Srebrenica. Mais on ne trouve aucune référence à cette vidéo dans le jugement. Au contraire, les juges se réfèrent au témoignage de plusieurs officiers de l’ONU / OTAN, qui assistaient à la rencontre, et qui déforment totalement ce qui s’y est dit. Il n’y a aucun indice que la défense ait contre-interrogé ces menteurs en utilisant cette vidéo : « Monsieur, vous déclarez que ceci a été dit, mais ici, dans la vidéo, elle montre que vous vous trompez. Que dites-vous ? » Ce n’est nulle part. Est-ce que cela a été utilisé et ignoré par les juges, ou pas utilisé ? Je n’en sais rien. Mais il est évident que l’accusation a choisi de ne pas l’utiliser parce que cela signifierait l’effondrement de leur dossier. Parce que même pour les preuves à charge, il est clair que les hommes de la 28e Division ont refusé de déposer les armes et se sont frayés un chemin jusqu’à Tuzla. La plupart ont été tués dans les combats en chemin. Beaucoup ont été faits prisonniers. Une poignée de témoins bosniaques affirment que ces prisonniers ont été massacrés. Mais leur témoignage est du genre « J’étais par miracle le seul survivant du massacre » qu’ils ont tendance à utiliser dans ces procès.

Je ne commenterai pas l’usage massif du faux concept juridique d’entreprise criminelle commune pour engager la responsabilité pénale du général, coupable par association et sans intention. Qu’ils l’aient utilisée montre qu’ils savaient n’avoir aucun élément contre lui.

En résumé, ce document contient peu de choses sur le dossier de la défense ou sur ce qu’étaient les faits présentés par la défense, quels étaient ses arguments à propos des faits, ni l’ensemble de ses arguments juridiques. Mais, plus important, nous n’avons aucune idée de ce qu’était le témoignage de la plupart des témoins de l’accusation ni aucune idée des témoignages des témoins de la défense. C’est comme s’il n’y avait pas eu de procès et que les juges s’étaient contentés de siéger dans une salle pour examiner les documents de l’accusation en rédigeant le jugement au fur et à mesure. Nous devons supposer que ce n’est pas éloigné de la vérité.

Ce « jugement » et ce procès sont une nouvelle humiliation de la Yougoslavie et de la Serbie par l’alliance de l’OTAN, puisqu’il ressort clairement de sa création, de son financement, de son personnel et de ses méthodes que le TPIY est un tribunal contrôlé par l’OTAN. C’est confirmé par la déclaration du secrétaire général de l’OTAN, qui a dit : « Je salue la décision (…) les Balkans sont d’une importance stratégique pour notre alliance… »

En d’autres termes, cette condamnation aide l’OTAN à consolider son emprise sur les Balkans en maintenant les Serbes sous sa botte. Le général Mladić est un bouc émissaire pour les crimes de guerre que l’Alliance a commis en Yougoslavie, que le TPIY couvre, aidant ainsi l’OTAN à commettre de nouveaux crimes de guerre, comme nous l’avons vu depuis.

Le TPIY s’est révélé être ce que nous nous attendions qu’il soit, un tribunal fantoche, utilisant des méthodes de justice fascistes, qui a engagé des poursuites sélectives pour faire avancer le programme de l’OTAN de conquête des Balkans, prélude à l’agression contre la Russie. L’OTAN utilise le tribunal comme une arme de propagande pour répandre une histoire fausse sur les événements en Yougoslavie, pour dissimuler ses propres crimes, pour maintenir les anciennes républiques de Yougoslavie sous sa botte, et pour justifier l’agression et l’occupation par l’OTAN du territoire yougoslave. C’ est une tache sur la civilisation.

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vendredi 19 janvier 2018

Pourquoi les manifestations en Iran font-elles tant rêver l'Occident ?

Les stratèges américains poursuivent toujours le même agenda en Iran depuis 1953. L’historien John Laughland montre comment tous les éléments sont désormais rassemblés pour une nouvelle tentative de «révolution téléguidée» depuis les Etats-Unis.

Selon l'anthropologue René Girard, les hommes commencent à se ressembler quand ils se battent. Le désir mimétique, qui est à l'origine de tout conflit social, et dont l'évacuation est nécessaire pour la paix, fait que les ennemis deviennent presque identiques les uns aux autres.

TL IRAN LAUGHLAND

Lorsque des manifestations anti-régime ont éclaté en Iran fin décembre, elles ont reçu le soutien inconditionnel du gouvernement américain. L'ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, s'est exprimée avec véhémence sur ce sujet. Pour elle, «le peuple iranien» veut la liberté tandis que le régime étouffe toute opposition, y compris en tuant ses ennemis.

Dans ses interventions, madame Hailey a insisté sur le caractère «complètement spontané» des manifestations, et ceci pour réfuter l'affirmation de Téhéran qu'elles auraient été téléguidées par les ennemis de l'Iran à l'étranger. Le régime iranien accuse notamment le Conseil national de la résistance iranienne d'en être à l'origine — et de n'être rien d'autre que l'aile politique de l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI ou MEK en persan), une milice armée qui s'oppose à la République islamique. Les deux organisations sont basées à Paris. L'OMPI a effectivement été classée comme terroriste par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Conseil de l'Europe, à différentes reprises et selon l'humeur politique du moment.

Or, l'affirmation selon laquelle les manifestations auraient été dirigées par les ennemis de l'Iran n'est pas totalement sans fondement, d'autant plus que le département d'Etat lui-même se vante d'avoir communiqué avec les manifestants, pour exprimer son soutien, via ses comptes Twitter et Facebook.

Le sous-secrétaire d'Etat Steve Goldstein a affirmé le 2 janvier que les Etats-Unis voulaient «encourager les manifestants en Iran à continuer à se battre pour la justice en Iran et pour l'ouverture du pays.» Il poursuit : «Nous continuons à communiquer avec les gens en Iran par Facebook et Twitter, nous mettons constamment à jour nos deux sites en persan. Le peuple iranien peut accéder à ces sites par des réseaux virtuels privés.» Pour le Conseil national de la résistance iranienne, le but de cet accès aux réseaux sociaux est justement «de pouvoir continuer à avoir accès au monde extérieur...».

La tentative américaine de tourner en ridicule l'affirmation iranienne d'ingérence étrangère dans les manifestations est d'autant plus drôle que la quasi-totalité de la classe politico-médiatique américaine, y compris la partie la plus hostile à l'Iran, cherche, depuis bientôt un an, à prouver la même affirmation à l'égard d'une ingérence supposée de la Russie dans les élections présidentielles américaines de 2016. Les conspirationnistes américains affirment notamment que la Russie se serait servie des réseaux sociaux pour créer un soutien virtuel à la candidature de Donald Trump qui, soi-disant, n'aurait pas été victorieux sans cette ingérence. C'est très exactement ce que les Etats-Unis cherchent à faire actuellement en Iran

Tout cela ne serait finalement que l'hôpital qui se moque de la charité si l'histoire ne nous montrait pas que les Etats-Unis, et leurs alliés européens, se sont très clairement mêlés à des opérations clandestines de changement de régime depuis... 1953, en Iran. Le renversement du Premier ministre iranien, Mohammed Mossadegh, par un coup d'état en août 1953, est un cas d'école de changement de régime téléguidée par les services secrets étrangers, en l'occurrence américains et britanniques.

Cette opération, l'opération «Ajax», a été commandée par Churchill et Eisenhower mais l'initiative venait à l'origine de la Anglo-Persian Oil Company, qui s'appelle aujourd'hui BP (British Petroleum). Celle-ci s'opposait au programme de nationalisation de l'industrie pétrolière que Mossadegh voulait poursuivre. Le prétexte donné aux Américains pour les convaincre de s'y associer était le combat contre l'influence soviétique, qui, en réalité, était négligeable.

La réalisation du complot a été confiée à un officier de la CIA, Kermit Roosevelt, petit-fils du président Theodore Roosevelt. Cette opération a été très bien documentée, par les historiens comme par les acteurs eux-mêmes. Roosevelt, l'Américain Donald Wilber, le concepteur du plan, et C. M. Woodhouse – un ancien officier de la Direction des Opérations spéciales britanniques (SOE) en Grèce pendant la guerre, et un futur directeur général de Chatham House — qui assurait la liaison avec les Américains, ont tous rédigé des mémoires racontant leurs exploits. Celui de Wilber, un mémorandum officiel et interne, est disponible en ligne, grâce aux lois américaines sur la liberté d'accès aux documents administratifs. Celui de Roosevelt a été publié comme livre, Countercoup, après, toutefois, avoir vu une grande partie de son contenu être censurée par la CIA.

Les grandes lignes de cette opération clandestine relèvent du domaine public. Deux éléments étaient essentiels : le soutien d'une partie de l'Etat iranien, en l'occurrence le Shah, qui, avant le coup, régnait mais ne gouvernait pas, et la foule, mobilisée et payée par les Américains à raison d'un million de dollars pour donner l'impression d'un mouvement populaire. Le but en était de créer de l'instabilité pour provoquer une réaction démesurée de la part du gouvernement et pour ainsi engendrer les conditions propices pour le putsch. Pour «restaurer l'ordre», l'armée a été mobilisée contre le gouvernement, tout comme elle le fera par exemple vingt ans plus tard au Chili. La suite sera une dictature royale sous tutelle américaine, renversée dans le sang par la révolution islamique de 1979.

Cette histoire fait partie du récit national de la République islamique d'Iran, qui était une révolution non seulement islamique mais aussi nationale — tout comme les révolutions russe et française, elles aussi des soulèvements nationaux contre un monarque perçu, à tort ou à raison, comme appartenant au parti de l'étranger. Voilà pourquoi les mollahs au pouvoir aujourd'hui à Téhéran sont parfaitement conscients du danger d'une révolution téléguidée contre eux depuis l'Amérique.

Certains éléments du régime iranien en 1953 sont présents aujourd'hui, surtout l'existence de plusieurs centres de pouvoir. C'est la rivalité entre le gouvernement de Mossadegh et l'armée qui soutenait le Shah qui a rendu possible le coup d'état de 1953. Aujourd'hui, il est de notoriété publique que le régime islamique a toujours plusieurs centres de pouvoir — le gouvernement et le guide ont chacun leur «camp». Les aspirants architectes de la future révolution anti-islamique espèrent sans doute pouvoir profiter de ces tensions intérieures.

Ces architectes existent. En juin dernier, un des officiers de la CIA les plus notoires et les plus redoutés a été nommé pour diriger les opérations contre l'Iran. Michael D'Andrea, surnommé «le sombre prince» ou «le croque-mort», aurait inspiré le personnage de «Wolf» («Le Loup») dans le film Zero Dark Thirty (2012) sur l'assassinat d'Oussama ben Laden, car il a été un acteur clé du fameux programme de torture pratiqué par la CIA pendant les années 2000 en Afghanistan et condamné par le Sénat en 2014. Robert Baer, un ancien collègue de D'Andrea a commenté sa nomination ainsi: «Une guerre contre l'Iran est maintenant possible.» Le président Trump n'a pas tardé à faire ce qui ressemblait à une déclaration de guerre dans son discours aux Nations unies en septembre.

Autrement dit, il est ridicule d'accuser les Iraniens de paranoïa quand tous les éléments sont rassemblés pour une répétition des événements de 1953, au moins du point de vue américain. S'ajoute à cette situation dangereuse, du point de vue de la République islamique, le soutien inconditionnel accordé par les Etats-Unis à l'ennemi mortel de l'Iran dans la région, l'Arabie saoudite et, bien sûr, à Israël. Le commentaire de Robert Baer semble plausible.

https://francais.rt.com/opinions/47400-pourquoi-manifestation-iran-font-elles-rever-occident

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L’hiver qui vient

LE 4 JANVIER DERNIER, MARK ZUCKERBERG PUBLIAIT SUR SA PAGE FACEBOOK UN MESSAGE SOUS FORME DE MEA CULPA, ET ANNONÇAIT UN CHANGEMENT DE STRATÉGIE DE FACEBOOK.

TL FB DOLLAR

Les médias, tous les médias, qu’ils soient mainstream ou alternatifs vont prendre cher, très cher. Faut-il vous rappeler qu’aujourd’hui, l’ensemble des médias, mais plus encore les médias alternatifs, qui ne disposent pas d’un autre moyen de diffusion sont tributaires de Facebook à concurrence de 80 à 95% de leur trafic ? Le calcul est très simple, sur 10 visiteurs, au mieux vous en avez deux qui n’ont pas été redirigés vers votre page via Facebook. Les changements annoncés, s’ils sont appliqués, résulteront en une chute brutale du trafic[1] pouvant aller jusqu’à 70% pour les sites mainstream, voire 95% pour les médias alternatifs. Bonne année !

Les déclarations

Je ne vais pas reprendre mot pour mot les déclarations de Zuck, qui comme un parfait gamin commence par nous expliquer comment qu’il est intelligent, comment qu’il se fixe des défis (lire 25 bouquins en un an…), et comment qu’il parle bien mandarin, vous trouverez l’intervention originale sur sa page Facebook.

Zuck nous explique que « le monde est anxieux et divisé », et que Facebook « a encore beaucoup à faire, que ce soit pour protéger la communauté contre les abus et la haine, la défendre contre les interférences par des États, ou en s’assurant que le temps passé sur Facebook est du temps bien utilisé ».

Arf, c’est donc Facebook qui décide désormais comment bien utiliser notre temps, et propose de nous aider dans cette tâche en ne nous montrant plus les contenus qu’il estime « inutiles » ou « anxiogènes ». Eh oui, pour être réceptif à la publicité, vous ne devez pas être stressé, un peu comme les homards suisses : ces petites bêtes, c’est connu, ont une peur bleue de l’eau (chaude) et préfèrent de loin un bon coup de marteau sur la tronche, après leur avoir fait un massage thaïlandais ou leur avoir raconté une ou deux blagues belges histoire de les détendre.

Donc désormais, ce sera « puppies all over the place ». Des chatons, encore plus de chatons… Rien que des images lénifiantes et des histoires qui finissent bien, qui nous disent comme le monde il est beau, comme le monde il est gentil : place à l’émotion. Mais attention, seulement l’émotion positive, qui libère tant et plus de dopamine dans le chou-fleur qui vous tient lieu d’unité centrale.

A quoi faut-il s’attendre, en pratique ?

Dans un autre post, daté du 12 janvier, Mark Zuckerberg précisait un peu ses intentions :

« Vous verrez moins de contenus publics comme ceux provenant d’entreprises, de marques, ou de médias. » (les pages, ndlr).

Tout en favorisant le contenu publié par vos amis, vos proches, pour susciter « plus d’interactions ». Les contenus sponsorisés, quant à eux, seront toujours bien là. Comme nous le voyons, au delà du discours mettant l’accent sur l’aspect social et la lutte contre les fake news, il ne s’agit ni plus ni moins que de limiter l’audience des médias : désormais, pour pouvoir diffuser à leurs abonnés, ils devront sponsoriser les contenus, passer à la caisse.

Faut-il préciser que pour des médias perpétuellement au bord de la faillite en dépit du fait qu’ils sont largement financés sur fonds publics, ceci n’est pas vraiment une option ? Que pour l’immense majorité des médias alternatifs, ce n’est pas envisageable, eux qui ne vivent que de dons ou des maigres revenus de leurs publications ?

Que peut-on faire ?

Je ne voudrais pas passer pour le méchant de service, mais si vous entretenez encore, ne serait-ce que subrepticement l’illusion que vous pourriez limiter la casse et maintenir votre petit média au niveau où il se trouve à l’heure actuelle, je vous conseille de faire une bonne cure de sommeil, loin de votre smartphone, loin des réseaux sociaux, et d’y repenser sérieusement à votre réveil.

Voilà plus de dix ans que les internautes, désormais transformés en moutons stupides s’imaginent que Facebook est là pour aider à la propagation de l’information, que ce soit pour en consommer ou pour en diffuser. Cruelle désillusion, Facebook n’a pour vocation que de faire toujours plus de pognon, d’être toujours plus rentable pour les investisseurs qui en veulent pour leur argent. Et cela, même Zuck ne peut que s’y plier.

Ne croyez pas, en tant qu’éditeur de média, que vous n’y soyez pour rien : n’avez-vous pas, vous aussi, compté sur Facebook plus que tout autre moyen pour élargir votre audience ? Croyiez-vous naïvement que Facebook n’essaierait pas, le moment venu, d’en tirer profit ?

Les avantages des inconvénients

À quelque chose malheur est bon, nous dit le proverbe. Ainsi, bon gré, mal gré, il y a un certain nombre d’aspects positifs à ce changement de stratégie :

  • Les utilisateurs qui sont sur Facebook pour y chercher de l’information (soit une bonne part de leur public) retourneront sur le web pour y chercher l’information, et déserteront Facebook qui ne sera plus guère qu’un centre de distribution de vidéos de chatons mignons intercalées entre deux publicités.
  • Tous les éditeurs seront impactés de la même façon, y compris les médias mainstream : c’est beau la démocratie, même si c’est pas vraiment fait exprès.
  • Ceux qui iront encore sporadiquement sur FB y verront moins de posts/spam dans le genre « tague un ami qui… » et autres cornichonneries.
  • Facebook lui-même va probablement essuyer le plus beau recul boursier de sa courte histoire, laissant (un peu) la place à d’autres médias sociaux (un peu) moins rapaces.

Ce n’est donc pas « vraiment » une mauvaise nouvelle, mais l’annonce d’un bouleversement dans la manière dont les contenus « gratuits » seront diffusés et consommés, désormais. Il nous appartient de négocier ce virage dans les meilleures conditions pour permettre à la presse alternative de continuer à faire son travail : informer.

Par Ph. Huysmans |14 Janvier 2018

Notes

[1] En octobre dernier, le réseau social avait commencé à tester, dans six petits pays un fil d’actualité indépendant pour les médias. Résultat: des chutes d’audience, sur Facebook, de 60 à 80% pour les médias. En octobre dernier, le Guardian écrivait: « Si ce test devait être répliqué au niveau mondial, il détruirait de nombreux petits éditeurs, ainsi que des grands qui dépendent beaucoup trop des réseaux sociaux pour avoir des visiteurs. » Source: LE TEMPS

Source: https://www.levilainpetitcanard.be/articles/informatique/lhiver-qui-vient_1490777810

https://arretsurinfo.ch/lhiver-qui-vient/

Colonel Jacques Hogard : La Haye ne voulait pas de moi car j’allais témoigner pour les Serbes

Le Colonel Jacques Hogard, chef des forces spéciales françaises au Kosovo en 1999, répond aux questions du quotidien serbe « Novosti »

GEOP HOGAR SERBIE

Publié le 8 janvier 2018 sur Novosti.rs

« Pendant 25 ans le tribunal de La Haye a jugé de façon partiale et antiserbe. Le Kosovo n’est pas un problème serbe et albanais, mais un problème de l’ensemble de la communauté internationale. On ne m’a appelé qu’une seule fois, de Bruxelles, pas de La Haye, et on m’a demandé si je voulais témoigner sur ce que j’ai vu au Kosovo. Lorsque j’ai dit au greffier que j’étais entièrement à leur disposition et que je pouvais témoigner sur les crimes de l’UCK contre les Serbes, personne ne m’a recontacté plus tard. Tout s’est terminé comme ça. Et j’en avais des choses à dire. »

Ainsi s’est exprimé, exclusivement pour « Novosti », Jacques Hogard, le chef des forces spéciales françaises qui était le premier arrivé au Kosovo et Métochie pendant la période de transition qui a duré entre la signature de l’accord de Kumanovo jusqu’à l’arrivée des forces internationales de maintien de la paix en 1999.

Propos recueillis par Goran ČVOROVIĆ

Q: L’année passée, vers sa toute fin, a été marquée par la fermeture du Tribunal controversé de la Haye.

J. H: Oui, il a été fermé, mais en même temps la baguette a été reprise par le Mécanisme des Tribunaux pénaux. Dans le mot « mécanisme », il y a une signification froide qui suggère que quelque chose est appliqué sans pitié. Un terme précis et technique est utilisé pour montrer que quelque chose fonctionne comme une machine. Je dirais une machine à broyer. Un nom terrible pour un tribunal. Le tribunal ferme donc la porte, mais continue néanmoins de fonctionner.

Q: Selon vous, de quelle manière s’en souviendra-t-on de ce tribunal dans l’histoire ?

J. H: Pendant 25 ans, ce tribunal a rendu des jugements comme un tribunal partial et antiserbe, un tribunal qui voulait avant tout juger les Serbes et le peuple serbe à travers le drame de l’éclatement de la Yougoslavie. Juste pour masquer la réalité, il a condamné quelques Croates, Bosniaques ou Albanais. Slobodan Milosevic a finalement été acquitté de toutes les charges par d’autres procès, mais le public occidental se souvient uniquement du fait qu’il a été à La Haye, comme s’il avait été condamné. Dans le dernier verdict la Croatie a été condamnée, mais pour des crimes contre les musulmans. C’est la même chose. Quand les Croates tuent des Musulmans, ils sont mauvais, mais quand ils tuent les Serbes, ils ne le sont pas, alors ils deviennent moins méchants. Et personne n’a été tenu pour responsable pour ce que les Musulmans ou les Albanais ont fait aux Serbes. Voilà le machiavélisme de cette cour.

Q: Regrettez-vous quelque chose que vous auriez pu faire différemment pendant le court délai, lorsque vous étiez sur le terrain, jusqu’à l’arrivée des forces de maintien de la paix ?

J. H: Au Kosovo j’ai fait ce que j’ai pu. Plus tard, vous pouvez toujours regretter de ne pas avoir fait mieux ou moins pire. Mais ma conscience est tranquille.

Q: Vous vous sentez très proche des Serbes…

J. H: Le monde entier s’est injustement tourné contre vous. Et nous, les Français, nous avons oublié notre alliance et notre amitié traditionnelle avec le peuple serbe. Nous avons aveuglément suivi les Allemands et les Américains, qui avaient tout intérêt à briser la Serbie, comme ils l’avaient fait auparavant avec la Yougoslavie. Derrière cela, il y a un plan pour affaiblir l’Europe. La grande puissance américaine a besoin d’une Europe officiellement unie, mais officieusement affaiblie. Le meilleur moyen de le faire c’est de diviser les pays et d’encourager le régionalisme. Ceci est également le cas des tentatives en Catalogne. Regardez ce qui se passe chez nous en Corse. Tout cela appartient à la même logique, sauf que la France et l’Espagne sont plus grandes et plus fortes, donc plus résistantes. Cependant, il faut toujours faire attention. La même chose est en train de se passer au Moyen et Moyen-Orient. Mais la Russie est là, elle est revenue sur la scène internationale. Si elle avait été aussi forte au moment des événements au Kosovo, cela ne serait pas arrivé.

Q: Comment, avec du pragmatisme, résoudre le problème du Kosovo ?

J. H: Le droit international devrait être placé au centre de tous les débats. La situation actuelle est imposée et ne devrait pas être acceptée. La résolution ONU 1244 reste en vigueur. Son but était de créer une période d’administration internationale afin de calmer la situation. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Il y a eu des pogroms, des règlements de comptes, des disparitions de personnes, des meurtres, des trafics d’organes … La communauté internationale ne devrait pas tolérer cela. Ce n’est pas un problème serbo-albanais. C’est un problème de toute la communauté internationale, qui a créé des problèmes au Kosovo au lieu d’apporter la paix. C’est maintenant à elle de remettre les choses à plat et de trouver une solution honnête, que Hashim Thaçi et Ramush Haradinaj répondent devant la cour pour les crimes qu’ils ont commis. La logique de la justice internationale doit aller jusqu’au bout.

LA VÉRITÉ

Q: Vous avez publiquement témoigné sur ce qui s’est réellement passé au Kosovo.

J. H: C’est un engagement humain et personnel. Chaque fois que je peux faire quelque chose, je le fais. Quand le soi-disant Kosovo a essayé d’intégrer l’UNESCO, à mon humble niveau, j’ai fait ce que j’ai pu, j’ai publié un article de journal, j’ai parlé avec des amis … Je suis témoin et je dirai toujours ce que j’ai vu.

NOUS AVONS LES MÊMES GÈNES

Q: Comment expliquez-vous le fait que beaucoup de Français qui se trouvaient en mission en ex Yougoslavie, devenaient très proches avec les Serbes ?

J. H: Nous sommes deux peuples qui se ressemblent. Nous avons des affinités naturelles, qui n’ont rien à voir avec la politique officielle. Nous étions amis pendant longtemps, puis le communisme est arrivé. La France s’était alliée avec les États-Unis et l’OTAN, et c’est quelque chose que je le regrette profondément parce que nous avons perdu la liberté d’évaluation et d’action. Mais, au-dessus de cela, les Serbes et les Français ont des gènes communs. Tous deux sont des paysans et des militaires, qui se sont toujours battus contre des envahisseurs étrangers, un peuple spirituel, dont l’identité est fondée sur la foi, pleine de caractère, un peuple qui dit ce qu’il pense, quelles qu’en soient les conséquences.

Propos recueillis par Goran ČVOROVIĆ

Original: Novosti.rs

Traduction: Svetlana MAKSOVIC[

URL de cette page: Arretsurinfo.ch

https://arretsurinfo.ch/colonel-jacques-hogard-la-haye-ne-voulait-pas-de-moi-car-jallais-temoigner-pour-les-serbes/

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jeudi 18 janvier 2018

Election législative partielle dans le Territoire de Belfort : LE débat ! (L'UPR censurée!)

L'élection de Ian Boucard, Les Républicains, a été invalidée par le Conseil Constitutionnel. (Voir les motifs en fin d'article)
Les électeurs de la 1ère circonscription du Territoire de Belfort votent à nouveau pour leur député les dimanche 28 janvier et 4 février. Ils ont le choix entre 10 candidats en lice.(Voir la liste en fin d'article)

ACT UPR CENSURE JONATHAN



Nous organisons un débat entre 6 candidats :

  • Ian Boucard, Les Républicains
  • Christophe Grudler, MoDem, investi par La République En Marche
  • Jean-Raphaël Sandri, Front National
  • Sophie Montel, Les Patriotes
  • Anaïs Beltran, La France Insoumise, soutenue par le MRC et le PCF
  • Arthur Courty, Parti Socialiste

Suivez en direct l'enregistrement de l'émission

Vendredi 12 janvier à 15h30

Entre juin 2017 et janvier 2018, pas de changement pour les 4 premiers arrivés le 11 juin 2017. On retrouve Christophe Grudler, MoDem et LREM, qui a viré en tête avec presque 32 % des voix ; Ian Boucard, Les Républicains, qui avait totalisé 23, 7 % des suffrages ; Jean-Raphaël Sandri, FN, et ses 17,5 % ; Anaïs Beltran, de la France Insoumise, et 12 % des bulletins.

Rien n'a changé pour Messieurs Grudler et Boucard. En revanche, Jean-Raphaël Sandri est affaibli par la candidature de l'ex-FN et aujourd'hui "Patriotes" Sophie Montel. Quant à Anaïs Beltrand, elle part sous l'étiquette LFI, comme en juin, mais avec en plus le soutien du MRC et du PC... A savoir : le candidat MRC, Bastien Faudot avait recueilli 9 % des voix et Sabine Verdant, du PCF, 1,5 % des suffrages.
Autre modification : Bastien Faudot, MRC, avait le soutien du PS. Cette fois-ci, le PS présente Arthur Courty qui, en juin, avait retiré sa candidature pour soutenir Bastien Faudot.

Pourquoi cette élection partielle attire l'attention :

-  9 mois après l'élection d'Emmanuel Macron à l'Elysée, c'est un test électoral grandeur nature, plus fiable qu'un sondage !

- Christophe Grudler, MoDem et LREM, se présente à Belfort depuis plus de 20 ans. En juin, il n'incarnait pas vraiment le renouveau promis par le Président de République. Ce centriste arrivera-t-il à convertir en bulletins de vote la bonne cote de popularité du Président et de son Premier Ministre ?

- Ian Boucard payera-t-il sa "tricherie électorale " ? Sa faute est lourde même s'il a apporté la preuve qu'elle a été organisée par son parti et pas par lui, ce qui l'aurait rendu inéligible...

- Anaïs Beltran, une femme, jeune, parviendra-t-elle à capitaliser sur son nom les voix, en plus des siennes, du MRC et du PCF ? Cette "stratégie d'union de la gauche" sera-t-elle payante ? 12 + 9 + 1,5 % : avec plus de 22 % des voix, si l'addition est respectée, la présence au second tour est assurée... A gauche toujours, une question se pose :  que pèse encore électoralement le PS qui présente Arthur Courty ?

-  la bagarre entre FN et "Les Patriotes" sera intéressante à suivre. Qui arrivera en tête ? Le logo "FN" ou Sophie Montel qui a représenté le Front National durant 30 ans en Franche-Comté et qui bénéficie d'une certaine notoriété ? A la présidentielle, Marine Le Pen était arrivée largement en tête dans cette circonscription avec 28,4 % des voix, loin devant Emmanuel Macron, 20 %.

Le Débat avec France Bleu et l'Est Républicain

Plein de bonnes raisons pour observer cette élection partielle avec énormément d'attention... et de suivre notre débat.
Ce débat d'une heure sera co-animé par Catherine Eme-Ziri de France 3 Franche-comté et Emilie Pou de France Bleu Belfort. De plus, Philippe Piot, journaliste de l'Est Républicain à Belfort, interviendra pour apporter son éclairage.
Deux rendez-vous pour regarder ce débat : vendredi dès 15H30 avec la retransmission en direct sur notre site internet, Facebook et YouTube. puis dimanche à 10 h 50, sur France 3 Franche-comté.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/election-legislative-partielle-territoire-belfort-debat-1397263.amp?__twitter_impression=true

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Parfait exemple, totalement HONTEUX, de déséquilibre dans un scrutin provoqué par les médias en différenciant les candidats.

Ici, pour l'élection législative partielle dans le Territoire de Belfort, c'est France 3 et plus particulièrement France 3 Bourgogne / France 3 Franche-Comté, en partenariat avec France Bleu Belfort Montbéliard et L'Est Républicain qui organisent un débat avec 6 candidats sur les 10 qui se présentent.

6 candidats vont donc bénéficier d'une fenêtre médiatique et d'une égalité de traitement entres eux, pendant que les 4 autres sont relégués au rang de candidat de 2nde zone, écartés du débat et éliminés d'office, avec pour seul droit un petit passage d'une interview préalablement enregistrée...!

C'est d'autant plus scandaleux que cela se passe sur une chaîne du service public...
Oui, ils respectent les règles (injustes) du Conseil supérieur de l'audiovisuel - CSA ! Et tout le monde ou presque trouve ça normal...

P.G.

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La voiture électrique, une impasse écologique

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Stéphane Lhomme, le directeur de l’Observatoire du nucléaire, explique que « le cycle de vie d’un véhicule électrique le rend aussi polluant qu’un véhicule thermique » et que « le subventionner n’a pas de sens ».

TL VOITURE ELECTRIQUE

En effet, « contrairement à ce que croient la plupart des gens, soumis à une propagande continuelle des politiques et des industriels, la voiture électrique n’est pas plus vertueuse pour le climat que la voiture thermique, essence ou diesel », écrit Stéphane Lhomme qui cite « les conclusions d’une étude, déjà ancienne, de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), ignorées délibérément » par les gouvernements successifs (Elaboration selon les principes des ACV des bilans énergétiques, des émissions de gaz à effet de serre et des autres impacts environnementaux induits par l’ensemble des filières de véhicules électriques et de véhicules thermiques à l’horizon 2012 et 2020, novembre 2013).

L’expert dénonce :

« La donnée la plus cruciale est que la fabrication des batteries est tellement émettrice de CO2 qu’il faut avoir parcouru de 50 000 à 100 000 km en voiture électrique pour commencer à être moins producteur de CO2 qu’une voiture thermique. Soit 15 à 30 km par jour, 365 jours par an, pendant 10 ans !

Sachant que ces voitures servent essentiellement à des trajets courts, il est probable que le kilométrage nécessaire pour s’estimer « vertueux » ne sera jamais atteint. De plus, tout le CO2 émis par une voiture électrique est envoyé dans l’atmosphère avant même que ne soit parcouru le moindre kilomètre, alors que la voiture thermique émet son CO2 au fil des ans… »

Autre mensonge, « il est partout prétendu que la voiture électrique n’émet pas de particules fines. Mais comme le signale le magazine Science et Vie de janvier 2015, ‘les pneus, les freins et l’usure des routes émettent presque autant de microparticules que le diesel’. La voiture électrique émet certes moins de particules que la voiture thermique, puisqu’elle ne dispose pas d’un pot d’échappement, mais elle possède bien des freins, des pneus, et roule sur le goudron ! »

Dernier scandale, celui de « l’argent public consacré à son développement », et on parle là « de sommes astronomiques » dépensées pour installer 7 millions de bornes de rechargement à environ 10 000 euros pièce, soit un coût d’environ 70 milliards d’euros ou encore pour financer le bonus ‘écologique’ à l’achat d’une voiture électrique qui dépasse 10 000 euros par véhicule, souvent complété par une prime de la région. »

Stéphane Lhomme note enfin que « la quasi-totalité des acheteurs sont des ménages aisés : une fois de plus, l’argent de tous est offert aux plus privilégiés. »

http://alerte-environnement.fr/2017/07/19/la-voiture-electrique-une-impasse-ecologique/

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Petite leçon de sophistique à l'usage des bulots, par Monsieur Joffrin

Benoit Rittaud, mathématicien et président de l'Association des climato-réalistes était le 5 janvier dernier invité sur le plateau de l’émission l’Heure des Pros sur CNews. L'occasion pour l'éditocrate Laurent Joffrin d'endosser le rôle de Torquemada, et de nous servir quelques perles de sophistique.

TL CLIMAT DEBAT

Préambule

Soyons clair, le but de cet article n'est pas de traiter du fond, à savoir en somme si le réchauffement climatique bouleversement climatique est principalement d'origine anthropique, ce dont je doute, pour les mêmes raisons que Benoît Rittaud. D'ailleurs à aucun moment de l'émission l'aspect scientifique n'a été abordé. Non, dans le chef de Pascal Praud, il s'agissait de créer un clash, un effet de buzz en amenant sur le tapis un sujet hautement explosif, politiquement incorrect. Face à lui, six invités : Elisabeth Lévy, Benoît Rittaud, Jean-Louis Burgat, Clément Viktorovitch, Michel Chevalet et l'inénarrable Laurent Joffrin qu'on ne présente plus.

L'émission

Sur les six invités, vous l'aurez compris, deux se sont montrés particulièrement agressifs face à Benoît Rittaud : le petit Viktorovitch, qui s'est comporté comme tout bon chihuahua doit se comporter quand il voit passer des gens sous la fenêtre de l'appartement à sa mémère, aboyant ses « Monsieur » dégoulinants de mépris, sûr qu'il est d'être, lui, du bon côté de la fenêtre de la majorité, celui de la réconfortante bienpensance. Incapable d'apporter d'autre argument que l'effet Panurge, le principe de la « preuve sociale ». Ah mais « Monzieu », il y a des Nobel ! Ah que oui, j'ai vérifié moi-même et y ai trouvé aussi bien Albert Einstein que Winston Churchill (prix Nobel de littérature en 1953). Bon, d'accord, ils étaient déjà morts au moment où la pétition a été mise en ligne, mais cela n'est nullement rédhibitoire ! En pratique, c'est seulement si vous êtes mort et socialement infréquentable que vous risquez l'exclusion.

Exégèse de la pensée de Maître Joffrin

Afin de pouvoir mieux comprendre la pensée profonde de l'inquisiteur de service, je me suis livré au petit exercice qui consiste à retranscrire ses interventions, que nous analyserons plus bas.

Laurent Joffrin (6'44) : Laurent, j'ai l'impression d'être revenu vingt ans en arrière, parce que toutes ces discussions ont eu lieu il y a dix, quinze ans. L'idée que, soit il n'y a pas de réchauffement, soit elle (sic) est pas due à l'activité humaine, a été réfutée par l'ensemble des savants qui s'occupent de cette question, ou 98%, disons. Que la plupart de ceux qui émettaient des objections chiffrées, etc, on s'est aperçu que c'étaient des gens en général liés aux industries émettrices de carbone, ils étaient payés, et depuis, tous les chefs d'État de la planète ont (sic) des farfelus, à part Trump, 'fin, bon, ouais... Et Monsieur (Rittaud, ndlr), enfin, je sais pas, je ne connais pas ses arguments. Je, tout ça a été, eh euh, personne n'a jamais dit que le réchauffement provoquait immédiatement une augmentation du nombre d'ouragans ou des intensités plus fortes, personne n'a jamais dit ça. À chaque fois qu'on pose la question...

François Rittaud : Ah bon ?

Laurent Joffrin : Ben personne. À chaque fois qu'on fait une enquête journalistique pour dire « mais est-ce que cette tempête a un rapport avec le réchauffement », le journaliste scientifique qui s'occupe de ça revient en disant « Mais non, c'est pas prouvé. Peut-être, mais peut-être pas » . Donc on fait dire à la science des choses qu'elle ne dit pas, on dit « Voilà, la science dit qu'il y a plus de tempêtes à cause du réchauffement » Elle ne dit pas ça, donc déjà c'est un faux, heu, on met un faux...

Michel Chevalet : Non ça c'est l'interprétation qu'en donnent les journalistes, hein, ce n'est pas ce que dit Benoît Rittaud

Laurent Joffin : pas mes (sic) journalistes, moi ils m'ont jamais dit ça, à moi, ils m'ont toujours dit le contraire.

Laurent Joffin (16'42) : Je pense qu'on devrait faire un débat sur un scientifiquement correct insupportable, c'est la question de savoir si la terre tourne autour du soleil parce que, là-dessus, il y a une espèce de consensus, mais ça se discute beaucoup... Tous les médias disent la même chose sur la question, mais il y a des gens qui disent le contraire.

L'intervention de Laurent Joffrin se résume donc à deux arguments : l'argument de la majorité (ad populum), et un autre, sous forme de contrefeu : on n'a jamais prétendu que lorsqu'il se produisait un événement climatique on l'attribuait d'office au réchauffement climatique...

Argument ad-populum

En gros, la question a été tranchée une fois pour toutes, par des « savants » . Pas par de quelconques chercheurs, non, pas par des scientifiques, non, par des « savants » . Sauf que le principe même de la science c'est que rien n'est définitivement établi. Si demain quelqu'un vient en réfutant tel ou tel aspect de la théorie de la relativité ou des Principes de Newton et qu'il apporte la preuve de ce qu'il avance, eh bien la science s'en trouvera changée. L'argument de la majorité ne vaut rien, il suffit d'une seule preuve scientifiquement établie pour aller... contre la majorité s'il le faut ! Et avoir raison.

La boutade qu'il sert à 16'42 sur le fait de savoir si la terre tourne autour du soleil est, à cet égard, un exemple particulièrement mal choisi, puisqu'au moment du procès de Galilée, l'opinion qui prévalait chez les théologiens et la majorité des savants depuis Aristote était que la terre, immobile, était au centre de l'univers. Mauvaise pioche ! Pire, on retrouve aujourd'hui bon nombre des méthodes qui étaient utilisées à l'époque de Galilée pour faire taire toute voix dissidente : exclusion sociale, campagnes calomnieuses, menaces : c'est pour le moins étrange, quand on sait qu'une théorie scientifique n'a nullement besoin d'être « défendue » , elle est prouvée ou pas. Qui se soucie que les religions remettent régulièrement en question la théorie de l'évolution parce qu'elle télescope quelque peu leur propre chronologie du livre ?

Inversion accusatoire

Tranquille, Laurent Joffrin affirme que « personne n'a jamais dit que le réchauffement provoquait immédiatement une augmentation du nombre d'ouragans ou des intensités plus fortes, personne n'a jamais dit ça. À chaque fois qu'on pose la question... » Et se fait recadrer par Michel Chevalet, à qui on ne la fait pas : « Non ça c'est l'interprétation qu'en donnent les journalistes, hein, ce n'est pas ce que dit Benoît Rittaud » .

JournalDateContenu
Libération 06.09.2017

Cyclones et changement climatique : que dit la science ?

Face à la succession dans l’océan Atlantique d’ouragans d’intensité exceptionnelle, la responsabilité du dérèglement du climat est soulevée.

« [... ] Les gens veulent toujours savoir si des phénomènes particuliers sont causés par le réchauffement climatique, résume Katharine Hayhoe. La réponse n’est ni oui ni non, mais entre les deux (...) »

Libération 30.08.2017

Climat : Harvey met un vent à Trump

Trois mois après la sortie des Etats-Unis des accords de Paris, l’intensité de l’ouragan qui dévaste le sud du pays rappelle brutalement au président américain la réalité du dérèglement climatique.

Comme une ritournelle, la question revient à l’esprit à chaque catastrophe naturelle : le changement climatique, exacerbé par l’activité humaine, y est-il pour quelque chose ? Alors que le Texas et la Louisiane sont dévastés par l’ouragan Harvey, que Bombay (en Inde) est sous les eaux après une mousson particulièrement meurtrière et que Freetown (Sierra Leone) enterre toujours ses morts après d’énormes coulées de boue, cette interrogation prend tout son sens. « Nous vivons dans un monde où les humains ont altéré le système climatique, explique à Libération Andrew Dessler, climatologue à l’université Texas A&M. Nous devons maintenant envisager ce changement comme un possible facteur dans chaque événement catastrophique. »

Libération 29.08.2017

Ouragans Katrina et Harvey : circonstances différentes mais polémiques toujours présentes

Bien qu’ayant frappé des régions distantes de seulement 500 kilomètres, ces deux tempêtes monstrueuses ont peu de points communs. Si ce n'est l'impréparation à un tel événement.

[...] La tempête a, en revanche, refait émerger dans le débat national la question du changement climatique, et l’exposition des Etats-Unis à ces risques. Donald Trump va, sans nul doute, être confronté, dans les jours à venir, à des questions sur sa volonté de sortir le pays de l’accord de Paris sur le climat, annoncée le 1er juin

Libération 17.11.2017

Nouvelle-Calédonie: « Le changement climatique bouleverse notre mode de vie traditionnel »

A l'occasion de la 23e Conférence des Nations unies sur le climat, qui a débuté le 6 novembre à Bonn, « Libération » publie une série d'interviews-solutions pour limiter le changement climatique.

[...] On voit la montée des eaux, les cyclones deviennent de plus en plus intenses, durent plus longtemps. On ne peut plus parler d’adaptation parce que les tempêtes s’enchaînent. C’est impossible de vivre comme cela.

Libération 05.11.2015

Le changement climatique a amplifié des phénomènes météo extrêmes

Vagues de chaleur, cyclones et autres inondations sont accentués par l'activité humaine. Le lien n'est en revanche pas avéré concernant les fortes tempêtes de neige.

Le réchauffement planétaire induit par les activités humaines a amplifié un grand nombre de phénomènes météorologiques extrêmes en 2014, conclut jeudi l’Administration américaine océanique et atmosphérique (NOAA), un groupe international de recherche. Ces scientifiques ont analysé 28 de ces phénomènes dans le monde l’année dernière. Ils citent notamment des cyclones dans le centre du Pacifique, la sécheresse en Afrique de l’Est, des vagues de chaleur en Australie, en Asie et en Amérique du Sud, ou encore des inondations dans les Cévennes, dans le sud de la France

Libération 06.09.2016

Changement climatique : les océans dans la tourmente

Un rapport sur les conséquences du réchauffement des océans, publié lundi, exhorte les pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à mettre en œuvre l'accord de la COP21.

[...] Enfin, les événements climatiques, comme les cyclones, risquent d’être plus importants.

Libération 07.09.17

Les îles du Pacifique ont besoin d'aide face au changement climatique

Un rapport de la Banque mondiale confirme que les îles du Pacifique vont être les plus frappées par les effets du changement climatique, menaçant même des populations entières de relocalisation.

[...] Le changement climatique est déjà visible dans la région, avec l’érosion côtière, la contamination des terres agricoles et l’eau potable par le sel, ainsi qu’une pluviométrie imprévisible qui provoque inondations et sécheresse.

[...] Le Pacifique est souvent frappé par des cyclones mais le rapport prévient que les tempêtes de catégorie 5, les plus destructrices, vont devenir plus fréquentes, affectant d’autant plus une région aux ressources économiques déjà faibles.

Libération 26.01.2017

L'Europe déjà durement touchée par le changement climatique

Une étude de l'Agence européenne de l'environnement, publiée mercredi, détaille les conséquences du réchauffement climatique sur le continent, des littoraux au tourisme, en passant par la santé publique.

« Le changement climatique a considérablement augmenté l’occurrence d’événements climatiques et météorologiques extrêmes en Europe », tranche l’étude Changement climatique, impacts et vulnérabilité en Europe, publiée mercredi, par l’Agence européenne de l’environnement (EEA).

Libération 28.09.2016

Le réchauffement, c’est maintenant

Alors que les records de chaleur s’enchaînent, le seuil critique de 2°C d’élévation des températures risque d’être atteint dès 2050, alerte un groupe de scientifiques. Quand bien même l’Accord de Paris serait respecté…

[...] Que la température moyenne du globe pourrait atteindre dès 2050 la fameuse limite des + 2 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, perçue par les climatologues comme un seuil à ne surtout pas dépasser sous peine de ne plus pouvoir contrôler l’emballement du climat et ses funestes conséquences (élévation du niveau des océans, aggravation et fréquence accrue des sécheresses, cyclones et inondations, chute des rendements agricoles, migrations massives, épidémies…).

Libération 30.12.2016

Brice Lalonde : « le changement climatique, c’est le changement aquatique »

Rareté, pollution, conflits... Comment répondre aux nouveaux défis de l'eau ?

[...] Or le changement climatique, c’est le changement aquatique. Sécheresse ici, déluge là, ce ne sont plus les mêmes pluies, ce n’est plus le même cycle. Absente ou torrentielle, L’eau devient violente. Les peuples devront s’y faire, ou migrer.

Libération 22.09.17

Le direct

Changement climatique : les îles dévastées par les ouragans demandent des comptes aux grandes puissances.

[...] « Nous sommes bien seuls » mais « il est impossible de faire abstraction des changements climatiques » qui provoquent « des épisodes météorologiques extrêmes », a-t-il dit.

Libération 14.10.2015

« Le lien entre changement climatique et conflits n'est ni à surévaluer ni à négliger »

Spécialisé dans les impacts géopolitiques du dérèglement climatique, le chercheur Bastien Alex souligne que celui-ci ne provoque pas directement les conflits mais qu'il en est un facteur aggravant.

[...] Mais à partir de quand peut-on attribuer cette sécheresse au changement climatique? C’est le travail des scientifiques du Giec. Ils nous disent que dans certaines régions du monde, les événements climatiques extrêmes vont se multiplier, soit en fréquence, soit en intensité, soit les deux.

Libération 15.03.2015

Après le cyclone Pam, l'appel à un « sursaut » face au réchauffement climatique

La Banque mondiale a estimé dimanche que les ambitions de la communauté internationale n'étaient pas à la hauteur de l'urgence de la situation.

[...] La Banque mondiale (BM) a appelé dimanche la communauté internationale à un sursaut face au changement climatique, après le passage du cyclone Pam sur le Vanuatu, pendant une conférence de l’Onu sur la prévention des catastrophes naturelles.

[...] Dans le cas du Vanuatu, « je ne prétends pas que le changement climatique soit à l’origine de Pam » - cyclone de catégorie 5 (la plus élevée) -, a nuancé la dirigeante de la BM. « Mais le fait est que ces trois à quatre dernières années, cette catégorie est revenue à une fréquence inédite. » « Et cela a un lien avec le changement climatique. Il est indéniable que cette partie de l’océan Pacifique s’est réchauffée, donc ces tempêtes s’intensifient. »

Libération 16.09.2016

Climat : Nicolas Sarkozy, dangereux marchand de doute

En confirmant son virage climato-sceptique sur France 2 jeudi soir dans « l’Emission politique », l'ex-président vient de saper des dizaines d’années de pédagogie et d’information menées par les scientifiques et les ONG.

[...] Et d’accentuer le message d’urgence, tant les conséquences des dérèglements climatiques se font, chaque année passant, plus durement sentir : notre printemps exceptionnellement pluvieux, notre été exceptionnellement chaud, et le flot des réfugiés climatiques jetés sur la route par ces dérèglements globaux ne nous le rappellent-ils pas au quotidien ?

Libération 10.09.2017

Irma : « peut-être » le réchauffement…

Pour le climatologue Jean Jouzel, la puissance dévastatrice des cyclones est liée au changement climatique. Pourtant, on préfère globalement entretenir la confusion et le flou scientifique.

Même si nous n’attribuons pas directement pour le moment, on ne peut pas le faire immédiatement en tout état de cause, ce cyclone aux activités humaines, il y a un lien avec le réchauffement, et ça risque de préfigurer ce vers quoi nous allons dans un climat plus chaud. D’où des phénomènes plus intenses, et donc « plus destructeurs ».

Vous avez bien lu ? Relisez. Pas de place pour le « peut-être ».

Voilà, on pourrait en trouver d'autres, sans doute, mais on a déjà là, me semble-t-il, un bon échantillon, et dans les deux sens : soit en attribuant la cause des phénomènes météorologiques au changement climatique, soit en présentant des « études » qui nous disent que les conséquences du réchauffement climatique seront une augmentation (en fréquence, puis, rétropédalage, en importance) de l'occurrence de ce type d'événements.

À cet égard, et toujours sur le même Libération, je ne puis que vous conseiller la lecture de l'article qu'avait publié le journaliste Olivier Postel-Vinay, le 18.10.2016 intitulé « Toujours plus de cyclones ? » . Dans cet article, on peut lire :

[...] On en est là. Contrairement à ce qu’on entend souvent répéter, le consensus scientifique actuel ne décèle pas de surcroît d’activité des cyclones. A vrai dire, la tendance est plutôt inverse. En 2014, Nature publiait une étude montrant que « l’activité des cyclones en Australie est plus faible qu’à aucune époque au cours des derniers 500 à 1 500 ans ».

Le Giec a admis s’être trompé sur l’évolution de la température moyenne globale de la Terre, qui aurait dû, selon les prévisions, continuer d’augmenter régulièrement après 1998, date d’un événement El Niño. Si l’on excepte le nouvel événement El Niño de 2015-2016, la température globale est restée pratiquement stable. Les scientifiques ignorent pourquoi l’activité cyclonique n’a pas augmenté. Ils ignorent pourquoi la température de la Terre est restée relativement stable entre 1998 et 2015. Ils ignorent aussi, soit dit en passant, la cause profonde des événements El Niño, qui viennent de temps à autre perturber le climat de la planète.

Ouch, ça pique un peu.

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/actu/sophistique-a-lusage-des-bulots-par-monsieur-joffrin_1733290246

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Une loi Macron contre les « fakes » ?

Source : François-Bernard Huyghe, 06-01-2018

TL MACRON FAKE NEWS

(...)
Il est un peu tôt pour critiquer le contenu de la future loi (qui, par définition devrait ajouter quelque chose à la loi de 1881 «La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros. ».

La nouveauté pourrait donc être non pas de punir après coup des propos diffamatoires et destinés à provoquer des désordres (ce qui pouvait se concevoir avec de très sérieuses garanties juridiques) mais, en particulier en période électorale, de faire fermer des sites et des comptes. Ce qui, pour pousser l’hypothèse plus loin, suppose de contraindre les plateformes et les founisseurs d’accès, donc des acteurs techniques pas forcément domiciliés en France, à réaliser cette opération dans un délai rapide, comme c’est déjà le cas de facto pour les contenus terroristes.

E. Macron semble ici s’engager sur la même voie qu’Obama qui, sept ans après avoir exalté le rôle libérateur des médias sociaux dans le printemps arabe, se disait obsédé par le pouvoir de la désinformation en ligne.

On voit bien dans quel contexte interviendrait cette loi :

– Des émissions se multiplient pour mettre en garde le public ; des revues consacrent leur couverture au thème de la démocratie menacée par le faux « Y a-t-il encore une vérité ? », « Sommes-nous si faciles à manipuler ? », « Le vrai, le faux et le presque vrai » sans oublier les enquêtes sur les « théories du complot. Délires conspirationnistes ou armes de propagande » ou « L’ère de la désinformation ». La peur du fake devient une obsession contemporaine.

– Et ce n’est rien par rapport aux médias anglo-saxons qui annoncent que Trump a tué la vérité, que nous vivons à l’ère de la post-vérité, que fakes, bullshit, hacks, trolls autre néologismes menacent la démocratie, que la croyance dans les certitudes scientifique est menacée par les obscurantismes. Ceci s’explique par le fait que les médias mainstream d’outre-Atlantique ne peuvent admettre ni l’échec de Clinton qu’ils soutenaient très majoritairement, ni la propension de Trump à les traiter de « fakes eux-mêmes » et à affirmer des énormités justement destinées à provoquer les élites, ni le scepticisme des masse envers des thèmes comme le réchauffement climatique ou la société multiculturelle. Par un mécanisme de causalité diabolique qui rappelle la guerre froide, on en conclut vite que si le peuple pense faux, c’est qu’il est victime de mensonges délibérés, d’interférences étrangères et de complots idéologiques. Suivant son tempérament, on mettra l’accent sur les manœuvres diaboliques des russo-populistes, sur le ressentiment des petits blancs peu éduqués prêts à croire tout ce qui contrarie les élites, ou sur les mécanismes pervers des réseaux sociaux et leur « effet de bulle ». Mais l’idée générale est la même : nos démocraties sont menacées par une déviation de la liberté d’expression et par ceux qui l’exploitent au service d’idéologies illibérales.

– Cette mentalité est contagieuse : récemment le Monde titrait sur les interférences étrangères qui auraient pu fausser le Brexit, l’élection Trump et le référendum de Catalogne, notre propre élection présidentielle n’ayant échappé que de peu au phénomène. Beaucoup avaient suggéré que l’élection française avait failli être faussée avec les rumeurs sur Macron et la diffusion en dernière minute de courriels du mouvement en Marche. Notons au passage que Macron a plutôt bénéficié des attaques contre lui : les prétendues rumeurs sur son homosexualité lui ont donné l’occasion de bons mots, et les fuites (donc a priori la révélation de document authentiques et pas du tout de fakes) de courriels de son parti sont intervenues si tard (juste le dernier week-end) que personne n’en a parlé sur le fond, sauf pour le décrire comme victime d’un complot russe.

– Ce soudain intérêt pour les question est aussi lié à la crise de la presse menacée par l’information en ligne. Les médias « classiques » tendent à se relégitimer ou à justifier sa fonction de sélectrice et médiatrice des événements et multipliant les rubriques de fact-checking (les Décodeurs, cross-check, Désintox…). Assumant sa position de correctrice d’une information anarchique, la presse devrait aussi se poser la question du scepticisme qu’elle rencontre, elle.

L’idée que c’est un coup des Russes et des fachos, que les électeurs finalement pas très malins se laissent abuser par des rumeurs et intoxications et qu’il faudrait contrôler et éduquer, cette idée a tout pour rassurer ceux qui les énoncent. Si les gens votent mal, c’est qu’ils sont niais, victimes de la manipulation illibérale ; s’ils croient ce que leur racontent d’autres naïfs sur les réseaux sociaux, nous avons bien raison de lire les journaux et de regarder les débats télévisés ; s’ils n’ont pas l’esprit critique comme nous, nous n’avons finalement qu’un problème de formation et de communication. Les « gens » pensent a) parce qu’ils sont victimes d’un quasi complot b) parce qu’ils sont rétifs à l’esprit critique et scientifique c) parce qu’ils sont habités par des peurs irrationnelles et fantasmes divers qui les amènent à croire n’importe quoi (phobies, stéréotypes, repli identitaire…) et à se défier des sachants. Il n’y a donc pas de cause objective, juste un dysfonctionnement que nous, les partisans de la vérité et de la rationnalité, devrions réparer scientifiquement.

Que pourraient être les conséquences d’une loi contre les fausses nouvelles ? En attendant que le projet prenne forme, nous conseillerions au législateur de réfléchir aux effets pervers qu’elle pourrait avoir.

– D’abord, bien sûr, un effet sur les libertés. Qui déterminera le vrai du faux et le condamnable de la simple erreur ? Le fait non avéré de l’égarement idéologique ? L’intention perverse de la méfiance excessive envers le discours dominant ? Le trucage de la critique ? L’intoxication de l’interprétation ? Pour cela, il faudrait à la fois établir les faits vrais, la sincérité de ceux qui les rapportent et les intérêts qu’ils servent. Mais c’est aussi la démarche de pays qui établissent la censure au nom de la lutte contre le mensonge. Ainsi le Vietnam vient de se doter d’une cyberbrigade, la force 47, pour lutter contre les « vues erronées » et pour faire pression sur les plateformes… Il va devenir un peu difficile de s’en indigner.

– L’effet boomerang : si vous vous adressez à des gens qui pensent que les médias leur mentent, que l’information est contrôlée et que la vérité est ailleurs, en retirant ou en signalant certaines informations comme officiellement fausses, ne risquez vous pas de les renforcer dans leur conviction ? Des études récentes montrent par exemple que le fait de signaler un contenu comme suspect ou controversé peut exercer un effet d’attraction et lui faire de la publicité.
Un exemple entre cent. Suivant Libération, un Français sur 5 doute aujourd’hui de la « version officielle » des attentats contre Charlie Hebdo. Le problème est-il à chercher dans la fachosphère, la complosphère et l’identitosphère qui auraient égaré de pauvres jeunes ? Ou faut-il se poser la question du scepticisme des masses et de l’impuissance des médias à faire adhérer au consensus ?

– L’effet marteau pour écraser une puce. Il est certes exact qu’il existe des contenus sponsorisés à des fins politiques (mais beaucoup moins qu’il n’existe de comptes qui publient des nouvelles politiques délirantes pour attirer des visites et des clics à des fins de commercialisation publicitaire). Et gardons la proportion ; comme nous les signalisons quand on identifie 3.000 comptes « russses » avec un budget de 100.000 dollars sur Facebook, cela fait 0,1 % des revenus publicitaires quotidiens de la plateforme.

– L’effet de renforcement en faveur des grands du Net. Ce sont eux qui, finalement, ont le pouvoir de retirer un contenu, de fermer un compte, de créer les algorithmes qui signaleront les contenus dangereux ou illégitimes, de classer les contenus, d’en rendre certains inaccessibles à la recherche, etc. Tout ce que fera le politique avec sa lenteur, ses décrets et ses tribunaux ne deviendra efficace que si les acteurs économiques et techniques dédicent de surveiller, déréférencer et punir. Donc de censurer suivant leurs critères, après avoir créé cette économie de l’attention où justement le sensationnel, le choquant et surtout ce qui plaît au sein d’une communauté d’affinités est systématiquement favorisé. Comme le note la Quadrature du Net, « la propagation de fausses informations n’est que le symptôme d’un mal bien plus large cuasé par le ciblage publicitaire ».

– L’effet de myopie idéologique. On encourage ainsi l’idée que les erreurs politiques sont le produit mécanique des mauvaises influences et des désinformations. Avec un corollaire implicite qui est qu’une population préservée des pouvoirs du faux et bien éduquée serait naturellement libérale et plutôt satisfaite au moins du système politique. À poser un camp des véridiques contre un camp des irrationnels, on oublie que l’affrontement politique est aussi celui de valeurs et d’intérêts, pas seulement de vérités (there is no alternative) et de lubies.

Source : François-Bernard Huyghe, 06-01-2018

https://www.les-crises.fr/une-loi-macron-contre-les-fakes-par-francois-bernard-huyghe/

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mercredi 17 janvier 2018

Censure de l’information : Macron applique à la lettre le programme du Forum de Davos

Par Michel Geoffroy, essayiste, contributeur de Polémia ♦

TL MACRON FAKE NEWS

Tout le monde sait désormais que lors de ses vœux à la presse, le 3 janvier dernier, le président Macron a annoncé son intention de légiférer (1) pour combattre les « fausse nouvelles » qui seraient selon lui diffusées sur Internet, afin de « protéger la démocratie … en période électorale » car « toutes les paroles ne se valent pas ». Par contre, on a sans doute oublié qu’en prenant cette initiative Emmanuel Macron n’innove nullement : il se borne à appliquer le programme de censure élaboré lors du Forum de Davos de janvier 2017. Retour sur image.


Qu’est-ce que le Forum de Davos, d’abord ?

Le « Forum économique mondial » (World Economic Forum) est une fondation à but non lucratif dont le siège se situe à Genève. Elle fut lancée en 1971, par Klaus Schwab, un professeur d’économie à l’Université de Genève, sous le patronage de la Commission européenne et de différentes associations industrielles européennes ; Klaus Schwab entendait diffuser en Europe les pratiques de management en vigueur aux États-Unis.

Le financement du Forum serait assuré par les quelque 1.000 entreprises membres : principalement des entreprises transnationales réalisant un chiffre d’affaires supérieur à cinq milliards de dollars.

Davos réunit les représentants du pouvoir économique transnational, des institutions financières internationales, du pouvoir intellectuel et médiatique, des ONG et des représentants autoproclamés de la « société civile ». Fait significatif : les hommes politiques sont en minorité lors des réunions de Davos, car Davos préconise que la « gouvernance » se substitue à la souveraineté des États.

Ce Forum se place donc sous le signe du mondialisme, de l’argent et du pouvoir.

La participation à la Réunion annuelle de Davos se fait uniquement sur invitation, mais ses travaux sont largement médiatisés.

Pour Davos la démocratie est un « risque » qu’il faut « endiguer » !

Le Forum de Davos de janvier 2017 a, entre autres sujets, justement examiné le rapport Global Risk 2017. Or que lit-on dans ce rapport ?

Que le Brexit, l’élection de Donald Trump et l’échec du référendum de Matteo Renzi en Italie constituaient des « risques » qu’il fallait « endiguer ». Car, en janvier 2017, les participants avaient évidemment en tête les futures élections, présidentielle en France et législatives en Allemagne et le souci d’éviter tout risque de contagion politique.

Le rapport affirmait surtout que les campagnes électorales avaient « mis en évidence le phénomène de désinformation rapide » des opinions publiques.

Les participants au Forum soulignaient alors « le besoin de mieux protéger nos systèmes de contrôle qualité de l’information » et Global Risks 2017 concluait que « les principaux facteurs de risque peuvent être endigués en créant des sociétés plus inclusives basées sur la coopération internationale et une vision à long terme (2) ».

Dommage pour les complotistes : les mondialistes de Davos, on le voit, ne cachent nullement leurs intentions ! Ils reconnaissent, en effet, que, pour empêcher les électeurs de « mal voter », il faut renforcer leurs systèmes de contrôle de l’information…

Une justification de la censure

Le rapport Global Risk 2017 reprenait donc à son compte les accusations formulées par Hillary Clinton justifiant sa défaite par… des opérations de désinformation (fausses nouvelles = fake news) conduites en particulier par la Russie.

Il s’agissait donc d’un classique processus d’inversion accusatoire puisque ce sont bien les médias mainstream – propriété des puissances d’argent – qui en Occident trompent en permanence la population en imposant le politiquement correct et les mensonges d’Etat – et qui, aux Etats-Unis, ont massivement soutenu Hillary Clinton, la candidate du Système, contre Donald Trump. Lequel s’est au contraire appuyé sur les médias alternatifs pour mobiliser ses soutiens malgré le blocus des médias officiels.

L’idée selon laquelle la population aurait mal voté parce qu’elle aurait été « désinformée » par les fake news russes est bien commode en effet : elle permet de cacher le désamour croissant entre les peuples et l’oligarchie et de dénier toute légitimité aux scrutins où ses candidats se font battre, en affirmant que les eurosceptiques (3) ou que les partisans de Donald Trump, par exemple, sont des manipulateurs qui diffusent des fausses nouvelles, donc des délinquants en puissance.

Le concept de fake news sert ainsi à mettre en accusation tout ce qui va à l’encontre de l’idéologie dominante ou des candidats sponsorisés par le Système en accusant ceux qui diffusent une information alternative d’être tout simplement des agents stipendiés de Vladimir Poutine ou d’affreux « complotistes ».

On voit par exemple cette logique à l’œuvre aujourd’hui dans le dernier sondage IFOP commandité par la Fondation Jean Jaurés et Conspiracy Watch (qui ne sont pas à proprement parler des organisations dissidentes) qui tente manifestement de mettre sur le même plan le conspirationnisme, le révisionnisme et… le refus de l’immigration de peuplement (4) !

Les fake news servent de prétexte au coup d’Etat post-démocratique permanent

Davos a donc justifié avec la lutte contre la « désinformation rapide » et les « fake news » le coup d’Etat post-démocratique permanent contre la liberté et la souveraineté des peuples.

Ce coup d’Etat permanent repose en effet sur l’action conjointe de deux pouvoirs véritablement inconstitutionnels, car placés au-dessus de la légitimité électorale : le pouvoir médiatique et le pouvoir judiciaire (ou gouvernement des juges (5), appelé « Etat de droit » en novlangue).

Le pouvoir médiatique sert à enfermer la population dans une information et une réalité virtuelle, la réalité à laquelle les oligarques de Davos veulent que l’on croie.

En 2015, le Forum de Davos avait d’ailleurs abordé la question de « l’utilisation des neurosciences comportementales pour améliorer les politiques publiques » et aussi pour « mieux diagnostiquer la pathologie mentale (6)». Sans doute une démarche désintéressée, lorsque l’on se rappelle que l’oligarchie affirme, par exemple, que les dissidents politiques souffriraient de « phobies » maladives ou que les terroristes islamistes seraient des « déséquilibrés » ! Il s’agit en clair de mobiliser les neurosciences de mener une guerre cognitive contre les peuples.

Le pouvoir judiciaire sert de son côté à interdire de décrire le monde tel qu’il est, donc de sortir de la bulle médiatique dans laquelle on veut nous enfermer. Il sert aussi à criminaliser la critique du Système et de la politique qu’il conduit. Il sert enfin à mettre en tutelle les législateurs pour qu’ils ne dévient pas de la doxa libérale libertaire et cosmopolite.

Macron, le petit télégraphiste (7) de Davos

Manifestement Emmanuel Macron, le président élu grâce aux médias mainstream et à l’intrusion des juges dans l’élection présidentielle pour déstabiliser ses concurrents, a bien assimilé la leçon : il met en œuvre avec zèle le programme défini à Davos.

Car les projets présidentiels auront justement pour effet de confier au juge le pouvoir de se prononcer sur la véracité des informations diffusées dans les médias alternatifs, qui sont la véritable cible de cette initiative.

Avec les lois mémorielles les magistrats définissaient déjà la vérité historique dans notre pays. Mais avec la future « loi Pravda » de Macron, ils auront en outre le pouvoir de définir quelles informations les Français auront le droit de connaître !

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Son mentor, Jacques Attali, dans une tribune de l’hebdomadaire l’Express, n’a-t-il pas proposé une réforme constitutionnelle afin de déterminer quels « sujets qu’un seul vote majoritaire du peuple ne pourrait suffire à trancher » et qui « seraient sanctuarisés en les inscrivant dans la Constitution » (8) ? Sa tribune s’intitulait d’ailleurs « Sanctuariser le progrès » : ce qui signifie, en novlangue, « museler le peuple ».

Au nom de la « démocratie », bien sûr…

Michel Geoffroy
08/01/2018

Notes :

  1. « Les plateformes se verront imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus. »
  2. Présent du 20 janvier 2017.
  3. Terme de novlangue pour désigner ceux qui ne se reconnaissent pas dans la politique de l’Europe de Bruxelles.
  4. Enquête réalisée les 19 et 20 décembre 2017.
  5. Alors que normalement la justice n’est pas un pouvoir mais une simple autorité.
  6. Les Echos du 2 février 2015.
  7. En 1980 François Mitterrand avait accusé le président Giscard d’Estaing d’être le « petit télégraphiste » du gouvernement russe à propos de la présence des troupes soviétiques en Afghanistan.
  8. L’Express du 20 juin 2016.

Correspondance Polémia – 10/01/2018

https://www.polemia.com/censure-de-linformation-macron-applique-a-la-lettre-le-programme-du-forum-de-davos/#prettyPhoto