vendredi 25 mai 2018

Loi anti-fake news : l'exécutif estime que «la capacité de discernement des citoyens ne suffit plus»

Venue défendre devant l'Assemblée nationale le projet de loi du gouvernement contre les fausses informations, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a été interpellée par plusieurs députés, qui s'interrogent sur le bien-fondé d'une telle mesure.

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Lentement mais sûrement, le dispositif législatif relatif à la lutte contre les fausses informations, ou fake news, poursuit son petit bonhomme de chemin dans le circuit de la création législative. Ce 22 mai 2018, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, était auditionnée par la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale.

Alors que la loi devrait être examinée en séance le 30 mai prochain, plusieurs députés ont fait part de leurs réserves, à l'instar du Conseil d'Etat. Aussi, le talon d'Achille de cette loi de censure de l'information jugée fausse, avec pour cible internet et les réseaux sociaux, réside-t-il toujours dans l'établissement de la preuve de l'intentionnalité de nuire. Comment distinguer entre une information erronée, mais publiée de bonne foi, et une information «de faussaire», pour reprendre l'idée du «fake» qui signifie tout à la fois «faux» et «fabriqué».

Lors de la séance de question réponses, la députée Brigitte Kuster (Les Républicains - LR) a interpellé la ministre. «Le conseil d'Etat souligne qu'en elle-même, la notion de fausse information [telle que définie dans le projet de loi] ne révèle aucune intentionnalité», a-t-elle souligné. Et Brigitte Kuster de rappeler : «L'intention de nuire devrait pourtant être l'élément caractéristique de l'infraction, ce qui n'est pas le cas dans la proposition de loi.» Outre ce flou juridique laissant une large part à la subjectivité et à l'interprétation mais aussi à une instrumentalisation politique visant à disqualifier un discours importun, la députée a également souligné la faiblesse, à ses yeux, de la procédure de référé permettant à l'autorité judiciaire de statuer sur la nature même – vraie ou fausse – d'une information.

Ecueils techniques et juridiques, flou de la notion de «fake news»

«Good luck !», a pour sa part lancé ironiquement le député socialiste Hervé Salignac, pointant du doigt les écueils techniques de la future loi. «Je suis persuadé que si on devait confronter les bonnes intentions de ce texte à la réalité et aux compétences techniques des spécialistes de la fausse information, ils démonteraient ligne après ligne cette proposition de loi», a-t-il objecté.

Ex-ministre des Outre-mer et députée socialiste, George Paul-Langevin s'est quant à elle interrogée sur l'absence d'évaluation du dispositif législatif déjà existant. De fait, la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse permet déjà de réprimer les propos diffamatoires ou erronés. Autre exemple, le code électoral propose un cadre censé garantir la bonne tenue d'une élection en luttant notamment contre la diffusion de fausses nouvelles.

«Les chaînes d’information pilotées par des Etats étrangers» dans le viseur

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Dans sa présentation du projet de loi, Françoise Nyssen s'est contentée de dérouler les arguments de l'exécutif en matière de censure de l'information qu'il juge fausse. «La capacité de discernement des citoyens ne suffit plus», a-t-elle argumenté devant la commission. Et d'ajouter, rendant hommage aux initiatives de contrôle développés par des organes de presse tels que le Décodex du quotidien Le Monde ou le Check News de Libération : «Il faut former les citoyens.»

«Nous ne pouvons pas laisser des entreprises faire de l’argent sur le dos des démocraties», a-t-elle martelé, faisant apparemment référence aux réseaux sociaux. Mais les géants du net ne sont pas les seuls dans le collimateur.

Sans désigner (comme l'avait fait Emmanuel Macron en mai 2017) nommément les groupes médias publics russes RT et Sputnik, la ministre a ainsi également mentionné «les chaînes d’information pilotées par des Etats étrangers».

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Se faisant plus claire, Françoise Nyssen a rappelé qu'Emmanuel Macron comptait évoquer le sujet lors de son prochain voyage à Moscou, à l'occasion du Forum économique international de Saint-Pétersbourg qui aura lieu du 24 au 26 mai 2018. Pour désigner la Russie sans la nommer, Françoise Nyssen a pu compter sur l'aide du député de La République en marche (LREM) Pierre-Alexandre Anglade. «La dissémination de fausses informations ne se fait pas au hasard [...] Elle répond souvent à une véritable stratégie politique, financée parfois par des Etats tiers à la frontière orientale de l'Union européenne, visant à diviser nos sociétés [et] à affaiblir le projet européen», a-t-il fait valoir devant la commission parlementaire ce même jour.

En vue des élections européennes de 2019, sur fond de crise et de contestation contre les élites dans des pays comme l'Italie, l'exécutif voudrait-il contrôler l'offre d'information dont disposent les électeurs ? Reste à savoir comment le tri sera fait, et par qui.

https://francais.rt.com/france/50911-loi-fake-news-capacite-discernement-citoyen-suffit-plus

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Il faut former les citoyens qu'elle dit !!!
Cela est fortement inspiré de 1984, ça !!
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Et ne pas oublier que cette ministre, Nyssen, n'est française que depuis une vingtaine d'années,
ce qui ne serait pas important si....
Elle fait partie de ce qui est considéré comme une secte, l'antroposophie.
C'est un courant de pensée né en Allemagne et principalement développé par Steiner.

"Peu après la nomination de Françoise Nyssen au ministère de la Culture, Jean-Luc Mélenchon la décrit à l'occasion d'un interview à BFM TV comme « une ministre de la Culture qui est plus ou moins liée aux sectes »14. Cette déclaration fait référence à l'éventuel lien de Françoise Nyssen avec l'anthroposophie, un courant de pensée mystique né dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, dont les différentes ramifications modernes ont été plusieurs fois critiqués par la mission interministérielle de lutte contre les sectes [https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_Nyssen]
Et voilà ce que Steiner pensait du Français et de la France :


« Naturellement, il y a dans l'élément espagnol et italien quelque chose de plus vital que dans le français. Le français est, parmi les peuples latins d'Europe, celui qui porte le moins de vie. La langue française est, parmi toutes les langues qui peuvent être apprises en Europe, celle qui, si je peux m'exprimer ainsi, pousse l'âme des hommes à la surface, à la surface la plus extrême de l'être humain. Elle serait celle qui peut conduire l'homme à mentir de la manière la plus honorable à la plus frivole. Elle se prête d'autant plus à cela qu'on peut y mentir de manière spontanée et loyale, parce qu'elle n'a plus aucun lien juste avec l'intériorité des hommes. Elle est parlée tout à fait à la surface de l'homme. Ainsi de la langue française, et donc de l'être français, découle l'attitude psychique telle que l'âme est commandée par la langue française. Alors qu'en allemand, l'âme, dans la puissance de l'élément volontaire, a la configuration interne de la langue, et la forme plastique de l'être de la langue, la langue française rencontre un engourdissement, et c'est elle qui commande. C'est une langue tyrannisant l'âme et par là elle crée ce qui la conduit au vide, de sorte que la culture française tout entière est, sous l'influence de sa langue, une culture qui vide l'âme. Celui qui a une sensibilité pour de telles choses peut toujours ressentir qu'aucune âme, réellement, ne parle à partir de l'Être français ; seule, une culture formelle et figée en émane. La différence est, à proprement parler, que l'on est conduit, en français, à se laisser commander par la langue. Cette liberté infinie que l'on a en allemand – et que l'on devrait revendiquer plus que cela n'est fait – de pouvoir placer le sujet à un endroit quelconque, en fonction de sa vie intérieure, cela, on ne l'a pas en français. »

Alors, si Macron la voulait absolument à côté de lui, le poste de ministre de la culture en France est vraiment le plus mal choisi.
Et ce n'est donc pas ce genre de personnage qui doit nous dire ce que l'on doit penser ou croire !
Qu'elle reste dans sa secte si cela peut lui faire du bien, mais qu'elle ne nous oblige pas à rentrer dans celle de la pensée unique !


Quelques croyances antroposophiques :

Les blonds ont une intelligence cosmique.
Ceux qui ont beaucoup de taches de rousseur étaient des imbéciles dans leur précédente incarnation.
L'organe sexuel du futur sera le larynx.

S.R.

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lundi 21 mai 2018

Gaza : des civils massacrés et une pensée malmenée

TRIBUNE LIBRE / Après la mort de plusieurs dizaines de Palestiniens tués par des soldats israéliens à Gaza, le spécialiste du monde arabe Adlene Mohammedi décrypte les réactions médiatiques et diplomatiques qui ont suivi le massacre.

TL GAZA PRESSE

A l’occasion des 70 ans de la proclamation de l’Etat d'Israël et du transfert, décidé par Donald Trump, de l’ambassade américaine à Jérusalem, plus d'une cinquantaine de Palestiniens ont été tués le 14 mai par l’armée israélienne. Au massacre de civils s’ajoutent des commentaires, parfois déconcertants, qui révèlent l’absurdité du regard porté sur la situation au Proche-Orient et la politique israélienne. 

«La fête a été gâchée par les morts palestiniens», déclarait ainsi tranquillement l’éditorialiste de BFM TV Ulysse Gosset. Même morts, les Palestiniens sont ainsi décrits comme ces empêcheurs de fêter en rond, de transférer son ambassade en rond, d’occuper en rond. Depuis le début des manifestations en mars, les forces israéliennes ont tué plus de 100 Palestiniens et le nombre de blessés avoisine 12 000. Le 14 mai, le nombre de morts s’élevait à 59 (dont plusieurs enfants) et celui des blessés à 2 700. A moins d’une contorsion de l’esprit, il est très difficile d’y voir autre chose qu’un massacre perpétré par une armée d’occupation, dans une zone assiégée, une prison à ciel ouvert.

Des réactions contrastées : entre fermeté et pusillanimité

Cette violence israélienne a assurément, comme toujours, ému les opinions publiques. Les réactions officielles et médiatiques sont, quant à elles, contrastées. Si des pays comme la Turquie et l’Afrique du Sud ont tout simplement rappelé leurs ambassadeurs, l’attitude israélienne semble rencontrer assez peu d’obstacles.

Comme toujours, un discours faussement équilibré s’installe, où le besoin de «neutralité» (au service du plus fort) prend le dessus sur la description du réel. Ainsi, pour Le Figaro, «des heurts violents ont éclaté lundi entre manifestants palestiniens et soldats israéliens». Dans ce cas unique, le manifestant désarmé et le soldat seraient également responsables. Le Palestinien apparaît comme l’homo sacer du droit romain : exclu, dépourvu de droits, on peut allègrement le tuer sans en pâtir.

De ce point de vue, la position française a le mérite d’identifier une responsabilité unique puisque le président Macron a condamné «les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants». La suite du communiqué laisse cependant sceptique : «Il a appelé tous les responsables à la retenue et à la désescalade et a insisté sur la nécessité que les manifestations des prochains jours demeurent pacifiques.» Comme s’il fallait atténuer la condamnation, elle-même bénigne, de l’armée israélienne. Il n’est plus question ici de la diplomatie des «lignes rouges» et des «punitions» si prisées ailleurs. Mais il y a pire, comme le montre l’exemple de la diplomatie canadienne qui préfère condamner «l’implication» du Hamas. En d’autres termes, si les Palestiniens se font tuer par l’armée israélienne, c’est qu’ils l’ont tout bonnement bien cherché. Au nom de la modération, le discours peut devenir immodérément sordide.

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Un contexte géopolitique en partie favorable à Israël

Ces violences israéliennes ne peuvent être séparées du contexte international et régional. Pour tuer avec une telle facilité des manifestants, Israël a pu compter sur des signaux encourageants. Le premier de ces signaux est évidemment le soutien indéfectible apporté par le président américain, du transfert de l’ambassade à Jérusalem à la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien. Appartenir à un axe anti-iranien plus ou moins informel, qui englobe l’Arabie saoudite et qui jouit du parrainage américain, cela ne peut qu’exacerber l’impunité israélienne face aux Palestiniens.

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Le sang qui coule à Gaza est celui d’une résistance à l’éventualité d’un plan de «paix» qui s’imposerait au peuple palestinien et qui aurait pour parrains honnis Riyad et Washington. Les Palestiniens se font massacrer tout simplement parce qu’ils refusent de voir leur cause noyée dans des calculs régionaux auxquels ils ne sont pas associés.

https://francais.rt.com/opinions/50727-gaza-civils-massacres-pensee-malmenee-adlene-mohammedi

lundi 14 mai 2018

La Syrie attaquée par des ovnis

TRIBUNE LIBRE / par Richard Labévière

SYRIE CENSURE BECASSINE

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 07-05-2018

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Dès janvier 2011, c’était mal parti avec la résurgence de mouvements anciens, complexes et changeants, mais aussitôt qualifiés par les observateurs pressés de « révolutions arabes ». Révolutions, carrément ! Il se trouva même deux anciens militants trotskistes – Benjamin Stora (spécialiste de l’Algérie) et Edwy Plenel (spécialiste de tout) – pour commettre un livre : Le 89 arabe – Réflexions sur les révolutions en cours. Un livre à ouvrir dès qu’on est un peu mélancolique, tant ses contes et légendes sont à mourir de rire.

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L’auteur de ces lignes se souvient d’une confrontation télévisée avec Samir Aïta – éternel courtisan de tous les défecteurs syriens, de Rifaat al-Assad à Moustapha Tlass en passant par Abdel Halim Khaddam – dont l’obsession est de devenir ministre, un jour… Ceint d’une écharpe rouge, rouge comme celle de Christophe Barbier (révolutionnaire en chef de L’Express), le sieur Aïta ne cessait d’invoquer – trémolos dans la voix – la « révolution » syrienne ! A la dixième évocation récurrente du même type, votre serviteur se permet de mettre en garde l’imprécateur contre l’abus textuel du terme ! Réponse courroucée du pré-ministre : « mais vous, jeune homme qu’est-ce que vous pouvez bien connaître des révolutions ? »

IL ETAIT UNE FOIS LA REVOLUTION

FSLN

Quelle grande joie de pouvoir retorquer que – comme jeune reporter – j’avais eu la chance de pouvoir couvrir la chute d’Anastasio Somoza au Nicaragua et de travailler, quelque temps, avec les plus hauts responsables du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), précisant que « la révolution sandiniste » fut marquée par : une réforme agraire, la nationalisation des grandes exploitations de la United Fruit Company et la promotion des droits des femmes. Une vraie révolution, de vraies ruptures avec l’ordre économique, social et politique d’une sanglante dictature soutenue par les Etats-Unis. Je concluais en n’observant rien de tel dans la prétendue « révolution » syrienne, sinon les crimes d’une bande de jihadistes cherchant à détruire l’Etat-nation syrien, avec l’aide des puissances occidentales, des pays du Golfe et d’Israël. Samir Aïta faillit défaillir…

Complaisamment relayée par la presse occidentale, l’autre fable « révolutionnaire » consista à répéter que, de mars à juillet 2011 s’était développé un « mouvement social » pacifique, parti de la ville frontalière (avec la Jordanie) de Deraa, s’étendant « spontanément » à l’ensemble du pays… Rien n’est plus faux ! Après trois années de sécheresse, la révolte de Deraa a mis, immédiatement, aux prises plusieurs milliers de journaliers agricoles (originaires du nord-ouest du pays) aux forces de l’ordre locales, avec l’appui de groupes armés des Frères musulmans venus de Jordanie.

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L’auteur de ces lignes a pu visionner des images recueillies par un service européen de renseignement sur lesquelles on peut voir trois hommes masqués – armés de M-16 – tirer sur un poste de police de Deraa depuis les toits plats de la Médina. Cette séquence date du 23 mars 2011. Certes, cette explosion sociale a été durement réprimée, mais elle a été – dés le début – un mouvement de confrontation directe avec les autorités légales, confrontation soutenue et nourrie par les Frères musulmans syriens, basés en Jordanie, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. La suite est connue !

Par conséquent et dès le début, les événements de Syrie ont été, inconsciemment ou délibérément, mal compris ! A Paris, sur le plan de l’instrumentalisation construite à dessein, trois chantres de la « révolution syrienne » ont, abondamment donné de leur personne : un historien auto-proclamé ayant un compte personnel à régler avec les autorités syrienne1 ; une chercheuse de la Fondation Ford, ayant traîné la diplomatie française dans la boue durant des années, mais décorée de la Légion d’honneur par François Hollande ; et, un très pâle ambassadeur de France en Syrie (2006 – 2009), tellement bon à Damas qu’il a terminé sa carrière à … Berne.

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Dans un contexte où les droits de l’homme ont pu tenir lieu de politique étrangère, il n’en fallait pas moins pour qu’Alain Juppé prenne la décision hallucinante de fermer l’ambassade de France à Damas en mars 2012. A un moment où il était absolument vital de maintenir un canal de communication avec les autorités et les services spéciaux syriens (plus d’un millier de jeunes français tentaient de gagner le jihad syro-irakien par Istanbul), le maire de Bordeaux rompait des relations diplomatiques ancestrales au nom de valeurs morales plus ou moins bien exprimées. Ce faisant, Alain Juppé prenait la responsabilité d’inscrire la crise syrienne dans la séquence chargée d’un totémisme diplomatique dont nous sommes loin d’être sortis !

TOTEMS ET GRANDS PRÊTRES

LA VERITE EST AILLEURS

Devenus totems en effet, il est de grands dossiers internationaux qui ne peuvent plus relever – désormais – de l’analyse rationnelle, historique, sinon scientifique. D’abord le conflit israélo-palestinien : critiquer Israël, ses politiques coloniales, économiques et migratoires est devenu mission impossible, voire un délit… Manuel Vals, puis Emmanuel Macron et d’autres ayant assimilé l’antisionisme à l’antisémitisme. Vient ensuite le génocide rwandais. Assimilé à l’Holocauste, cette tragédie génère, elle-aussi, un totémisme dualiste : ceux qui n’acceptent pas qu’on associe structurellement la France et ses forces armées aux massacres de la région des Grands Lacs puis du Zaïre, sont automatiquement traités de « négationnistes ». La même géométrie frappe actuellement toute espèce de recherches et discours critiques engagés dans l’intelligence de l’un des conflits post-Guerre-froide les plus complexes, anomiques et globaux.

Ce processus de totémisation de la guerre civilo-globale de Syrie aboutit à trois types de rationalités, étant entendu – comme le démontrait Spinoza dans l’Ethique – que « les idées fausses et inadéquates peuvent s’enchaîner aussi nécessairement que les idées justes et adéquates » : 1) l’émergence d’une caste de grands prêtres ; 2) la multiplication d’une série de disciples plus ou moins convaincus ; 3) enfin, un retour plus ou moins perceptible de la censure.

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Les grands prêtres accèdent à ce statut, adoubés par les médias privés et publics. Ils présentent un profil caractéristique : parler de tout et n’importe quoi avec la même ferveur ; passer d’un plateau télé à un studio radio et aux colonnes des gazettes avec grande dextérité, fluidité et certitude ; détruire tout obstacle et contradiction. Celui qui tient actuellement la corde n’est autre qu’un ancien militant du Betar (mouvement de l’extrême-droite pro-israélienne). Il peut dire les oracles sur la Syrie bien-sûr, mais aussi sur l’Iran, l’Arabie saoudite, le Yémen, le Soudan, Israël, Emmanuel Macron et le mouvement « végan ». Parfois, on a droit à une prêtresse de zone inférieure : une consultante « spécialiste des Proche et Moyen-Orient » qui peut tout dire et son contraire en fonction de deux principes intangibles : le client est toujours roi et « j’ai des enfants à nourrir ».

La classe des sous-grands prêtres fait plutôt appel à des « spécialistes » des Etats-Unis. S’occupant de l’hyperpuissance, ils sont automatiquement habilités à pouvoir parler, eux-aussi, de tous les dossiers possibles et inimaginables. Les connaisseurs des arcanes de la Maison Blanche, du Congrès et du Conseil national de sécurité sont partout chez eux, en toutes choses et toutes crises. Vient ensuite, le troisième cercle, celui des consultants, des experts militaires et des différents instituts de recherche. Contrairement aux laboratoires américains et aux grandes fondations allemandes, les IRIS, IFRI, IREMO et autres FRS français crèvent la dalle ! Leurs dirigeants passent leur temps à chercher de l’argent, étant bien entendu que la provenance des fonds influence plus ou moins directement les travaux commandés. Faut bien vivre !!!

OVNIS IDEOLOGIQUEMENT IDENTIFIES

Notre deuxième rationalité de totémisation met en scène une kyrielle d’intellectuels organiques de provenances professionnelles très divers. Ils peuvent être journalistes, enseignants, médecins, humanitaires, comédiens ou diplomates… Tous, à un titre ou à un autre, se sentent « appelés » et dans l’obligation de répondre aux injonctions des prêtres : se prononcer, témoigner, communiquer…

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Ainsi dernièrement, dans l’émission de Frédéric Taddei sur Europe-1, on a pu entendre une espèce de bécassine insulter en direct l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud, auteur de plusieurs livres majeurs sur le Proche-Orient, devenus des classiques. Vérifications faites : cette parfaite inconnue, qui a dû franchir le boulevard périphérique deux fois dans sa vie, vient de commettre un opuscule intitulé – Sales guerres – De prof de philo à grand reporter -, comme s’il y avait des « guerres propres » ! Cette seule qualité permet à cette gamine hystérique d’affirmer qu’il y a bien eu attaque chimique à la Ghouta, que les bombardements occidentaux sont « justes » et que Bachar al-Assad doit passer sur la chaise électrique. Qui juge qui ???

Aussi peut-on voir quotidiennement, défiler sur le plateau de « 28 Minutes » (Bernard-Henri Lévy est président du Conseil de surveillance d’Arte-France depuis plus de 22 ans !), tous les petits chiens de garde de la bien-pensance parisienne avec, entre autres : Romain Goupil (réalisateur improbable), Ziad Majed (politologue libanais salarié du Qatar), Eric Naulleau (homme sandwich du PAF, pour tout ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour/c’est un métier !) et bien d’autres professionnels de l’indignation sélective mais compatissante.

Il est plus triste – mais cela correspond aux rouages de notre deuxième rationalité – de voir des gens ultra-compétents dans leur domaine initial, sombrer dans l’avis péremptoire sur des questions et dossiers qu’ils ne connaissent absolument pas. Ainsi, Jean Viard – sociologue respecté – spécialiste du territoire, de l’agriculture, de la paysannerie et des « temps sociaux » s’est senti, dernièrement, obligé de qualifier les bombardements occidentaux effectués en Syrie de « bonne et juste actions ». On a très envie de lui dire : mon cher Jean, tu n’a jamais mis un bout d’orteil en Syrie, alors retourne à tes champs de blé… »

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Dans cette constellation d’un crétinisme infinitésimal, les OVNIS évoluent en escadrilles serrées. Objets/sujets volants non identifiés, parce qu’on ne comprend pas pourquoi ils accompagnent à ce point et aussi spontanément les injonctions du clergé de la bien-pensance, leurs ressorts idéologiques – à défaut d’être raisonnables – sont néanmoins plus claires : détruire l’Etat-nation syrien, contribuer à faire de ce pays ce qui a été fait de l’Irak et de la Libye ! Haïr l’Etat-nation en général !

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En ces temps de commémoration du cinquantenaire de Mai-68, tous ces idiots utiles, qui se sentent irrésistiblement « appelés » à soutenir les bombardements occidentaux de Syrie, feraient bien de lire ou relire la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary. Le regretté Guy Hocquenghem y explique par le menu (1986) comment les révolutionnaires peau d’lapin comme Daniel Cohn-Bendit ou Serge July et tous les autres sont passés de leurs démangeaisons petites bourgeoises à l’apologie du capitalisme le plus libéralement sauvage, comment ils ont cultivé et propagent aujourd’hui une haine de soi devenue la plus belle affirmation d’un individualisme consumériste, destructeur et impérial.

Comme a eu l’occasion de la dire récemment (miraculeusement !) sur l’antenne d’une radio de service public l’anthropologue Emmanuel Todd, les derniers bombardements occidentaux effectués en Syrie ont, surtout atteint nos propres valeurs, celles du patriotisme, de la laïcité et l’égalité hommes/femmes.

LA CENSURE, C’EST COMME LES TRAINS…

Ca peut en cacher d’autres ! Sans surprise, notre troisième rationalité de totémisation de la crise syrienne produit de la censure, de différentes formes et procédures. Il y a d’abord les petits censeurs aux ciseaux de bois, comme par exemple Nicolas Truong, le commissaire politique des pages débats/opinions du Monde, qui publie systématiquement le moindre ressenti de Bernard-Henri Lévy en première page (Bernard-Henri siège aussi aux conseils de surveillance du Monde et de Libération), tandis que ses contradicteurs se voient opposer toujours la même réponse : « pas de chance, y’a plus de place… »

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Il y a, ensuite les Tweets de Bruno Tertrais – autre exemple – et d’autres policiers de la pensée qui font annuler des colloques ouverts et pluralistes sur la Syrie et d’autres dossiers. L’année dernière aurait dû se tenir une conférence sur la crise syrienne au Mémorial de Caen avec différents chercheurs, journalistes et députés. Quelques injonctions numériques ont suffi à faire annuler la réunion. Reprogrammée à la Sorbonne, puis à l’Assemblée nationale, celle-ci a pu se tenir – finalement – dans les sous-sols de l’Eglise russe ! Et c’est bien une preuve supplémentaire qu’il fallait l’interdire. Justement, un colloque qui devait se tenir sur la Russie actuelle vient d’être annulé – lui-aussi – au dernier moment.

Ne parlons pas des pressions régulièrement exercées sur les intervenants qui acceptent de se rendre sur le plateau de Russia-Today-France et des papiers russophobes que publient régulièrement L’Express et d’autres gazettes. Ne parlons-pas, non plus, des humeurs fatiguées de Sylvie Kauffmann « directrice éditoriale du Monde », régulièrement déconstruites par notre collaborateur Etienne Pellot !

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Tout cela n’est ni très sain, ni rassurant sur l’état de santé de la démocratie française. Ecoutant le président de la République clôturer les deux journées parisiennes consacrées à la lutte contre le financement du terrorisme (25 et 26 avril), l’auteur de ces lignes l’a entendu saluer une « France, patrie des droits de l’homme et protectrice de la liberté d’expression ». La parole est facile et souvent tout aussi totémique que celle dont nous venons de rappeler les sorties de route. Une incompressible réalité pèse maintenant sur ce magistère de la communication souveraine : la censure s’exerce de nouveau en France !

Relatant la révolte syrienne (1924 – 1926) contre la France mandataire, Alice Poulleau – citoyenne française qui résidait alors à Damas – dit toute sa honte dans son livre-témoignage – A Damas sous les bombes. Suite à la participation française aux derniers bombardements occidentaux effectués en Syrie, nous ressentons aujourd’hui le même sentiment et ne trouvons pas les mots à dire aux patriotes syriens, ni pour expliquer, ni pour excuser ces attaques d’OVNIS. Celles-ci ne changeront rien, ni à l’évolution des combats qui perdurent sur le terrain, ni aux blocages diplomatiques, ni à la nouvelle guerre que les Etats-Unis, Israël et l’Arabie saoudite préparent contre l’Iran.

Bonne lecture et, néanmoins bonne semaine.

Richard Labévière
7 mai 2018

1 Voir prochetmoyen-orient.ch du 15 août 2016 : Syrie, réponse à un historien auto-proclamé !

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 07-05-2018

https://www.les-crises.fr/la-syrie-attaquee-par-des-ovnis-par-richard-labeviere/

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Commentaire sur le site (extrait):

Fritz // 09.05.2018 à 06h04

Sept ans après, France Cul entretient le mensonge de la “révolution syrienne” :
https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees/le-journal-des-idees-du-lundi-05-mars-2018
« On l’a oublié aujourd’hui mais cette guerre contre les civils qui se poursuit en Syrie est venue écraser dans l’œuf une authentique révolution, un véritable printemps du peuple. »

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samedi 5 mai 2018

Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, dite « Charte de déontologie de Munich » de 1971

Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, dite « Charte de déontologie de Munich » de 1971 : « TOUT JOURNALISTE DIGNE DE CE NOM… ».

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Le scandale médiatique et démocratique qu’a constitué l’occultation totale, par tous les grands médias, de notre grande manifestation parisienne du 1er mai nous conduit à publier ci-dessous la Charte de déontologie du journalisme, telle qu’elle fut adoptée à Munich en 1971.

Selon les termes même du texte, « tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir d’observer strictement » cette Charte internationale de déontologie.

En particulier, « tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir » de « ne pas supprimer les informations essentielles » et « doit s’interdire » la « suppression d’une information ». 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les grands médias français bafouent ce principe éthique fondamental.

Cette brève et limpide « Charte de Munich » est aujourd’hui largement méconnue des journalistes eux-mêmes, comme je l’avais découvert non sans surprise, en mars 2017, lors de ma première conférence de presse en tant que candidat à l’élection présidentielle (vidéo: https://www.upr.fr/actualite/france/declaration-des-devoirs-et-des-droits-des-journalistes-dite-charte-de-deontologie-de-munich-de-1971-tout-journaliste-digne-de-ce-nom).

La lecture de cette Charte prouve à quel point le monde occidental en général, et la France tout particulièrement, ont subi une effrayante régression de la liberté de la presse depuis 47 ans. 

Sa lecture et sa diffusion permettra à nos adhérents, sympathisants et lecteurs, de le démontrer au plus grand nombre possible de personnes de leur entourage familial, amical et professionnel.

François Asselineau
4 mai 2018
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RAPPELS HISTORIQUES

La Charte de déontologie de Munich (ou Déclaration des devoirs et des droits des journalistes), signée le 24 novembre 1971 à Munich et adoptée par la Fédération européenne des journalistes, est une référence européenne concernant la déontologie du journalisme, en distinguant dix devoirs et cinq droits. Le texte reprend les principes de la Charte des devoirs professionnels des journalistes français écrite en 1918 et remaniée en 1938, pour y préciser les droits permettant de les respecter. Il reprend le principe du secret professionnel (article 7), en y ajoutant un devoir jugé essentiel, celui de la protection des sources d’information des journalistes.

La Charte de Munich a été rédigée avec le concours de Paul Parisot, président du Syndicat des journalistes français (CFDT), devenu Union syndicale des journalistes CFDT, journaliste à Franc-Tireur, embauché au début des années 1960 à la rédaction du quotidien France-Soir de Pierre Lazareff, où il a tenté d’empêcher l’arrivée de Robert Hersant, avec la société des rédacteurs du journal. Paul Parisot obtient la création de l’Union nationale des syndicats de journalistes (UNSJ) en 1966. Lors du congrès de la FIJ (Fédération Internationale des Journalistes) à Dublin en avril 1968, les syndicats de journalistes français, belges et allemands demandent que des garanties soient recherchées en Europe, pour l’indépendance des journalistes, face aux pressions du patronat et des États.

Ensuite, lors d’une conférence organisée en 1971 à Munich à l’invitation du Deutscher Journalisten-Verband, Paul Parisot rédige la déclaration des droits et des devoirs des journalistes. Rédigés dans un style direct et concis, pour être accessibles à tous, les 15 articles de la charte tiennent sur une page. La rédaction est précise, pour être facile à interpréter, en cas de recours en droit. Concret et pratique, le texte se veut un guide utile à l’exercice du journalisme au quotidien.

Cette Charte de déontologie a été adoptée par les syndicats de journalistes des 6 pays du Marché commun réunis à Munich, le 24 novembre 1971, qui ont voté à l’unanimité cette « Déclaration des devoirs et des droits des journalistes ». Les syndicats de journalistes de Suisse et d’Autriche, ont participé à la réunion et voté également la charte.

Elle a ensuite été adoptée par la Fédération internationale des journalistes (FIJ), puis plus tard par l’Organisation internationale des journalistes (OIJ) qui était son pendant soviétique durant la Guerre froide.

L’Union nationale des syndicats de journalistes français a ensuite demandé aux organisations d’employeurs que ce texte figure en préambule de la convention collective des journalistes, afin d’imposer à tous « les principes éthiques de la profession et les clauses nécessaires à son extension », selon Bernard Voyenne, dans Les journalistes français. Cette demande n’a pas abouti, et une partie des directeurs de journaux français indiquaient, dans une enquête effectuée en 2000, ne pas connaître la Charte de Munich.

 

BANDEAU CHARTE DE MUNICH

Préambule

Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain.
Ce droit du public de connaître les faits et les opinions précède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes.
La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics.
La mission d’information comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément. Tel est l’objet de la déclaration des devoirs formulés ici.
Mais ces devoirs ne peuvent être effectivement respectés dans l’exercice de la profession de journaliste que si les conditions concrètes de l’indépendance et de la dignité professionnelle sont réalisées. Tel est l’objet de la déclaration des droits qui suit.

Déclaration des devoirs

 Les devoirs essentiels du journaliste, dans la recherche, la rédaction et le commentaire des événements, sont :
  • 1) respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître ;
  • 2) défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique ;
  • 3) publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents ;
  • 4) ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents ;
  • 5) s’obliger à respecter la vie privée des personnes ;
  • 6) rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte ;
  • 7) garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement ;
  • 8) s’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information ;
  • 9) ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs ;
  • 10) refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction.
Tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir d’observer strictement les principes énoncés ci-dessus ; reconnaissant le droit en vigueur dans chaque pays, le journaliste n’accepte, en matière d’honneur professionnel, que la juridiction de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou autre.

Déclaration des droits

  • 1) Les journalistes revendiquent le libre accès à toutes les sources d’information et le droit d’enquêter librement sur tous les faits qui conditionnent la vie publique. Le secret des affaires publiques ou privées ne peut en ce cas être opposé au journaliste que par exception en vertu de motifs clairement exprimés.
  • 2) Le journaliste a le droit de refuser toute subordination qui serait contraire à la ligne générale de son entreprise, telle qu’elle est déterminée par écrit dans son contrat d’engagement, de même que toute subordination qui ne serait pas clairement impliquée par cette ligne générale.
  • 3) Le journaliste ne peut être contraint à accomplir un acte professionnel ou à exprimer une opinion qui serait contraire à sa conviction ou sa conscience.
  • 4) L’équipe rédactionnelle doit être obligatoirement informée de toute décision importante de nature à affecter la vie de l’entreprise. Elle doit être au moins consultée, avant décision définitive, sur toute mesure intéressant la composition de la rédaction : embauche, licenciement, mutation et promotion de journaliste.
  • 5) En considération de sa fonction et de ses responsabilités, le journaliste a droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un contrat personnel assurant sa sécurité matérielle et morale ainsi qu’une rémunération correspondant au rôle social qui est le sien et suffisante pour garantir son indépendance économique.
Munich, 1971

François Asselineau, Président de l’Union populaire républicaine. La France doit sortir de l’Union européenne, de l’euro et de l’Otan.

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mercredi 2 mai 2018

Aux grandes réformes les grands experts : le cas de Pascal Perri [réédition]

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

TRIBUNE LIBRE / ACRIMED

TL ACRIMED PERRI

Depuis l’annonce du projet de réforme de libéralisation du rail, Pascal Perri a un agenda médiatique très chargé. Régulièrement en plateau sur BFM et RMC – chaines pour lesquelles il travaille comme « consultant économique », « économiste » ou « grande gueule » selon les cas – mais également présent sur le service public, il déroule une partition bien connue qui se résume en un mot d’ordre : imposer la concurrence dans le secteur ferroviaire, ici et maintenant. Auteur d’un livre publié en 2009 intitulé SNCF : un scandale français, Pascal Perri est devenu, dans le circuit fermé des grands médias, l’un des « experts médiatiques » les plus en vue pour commenter la réforme du rail.

Précisons d’emblée que Pascal Perri n’est pas le seul « expert » ayant œuvré, depuis la mi-février, à la promotion du rapport Spinetta et de la réforme gouvernementale du secteur ferroviaire. Il est un exemple parmi d’autres de ce que nous avons appelé « les pros du commentaire » [1], au rang desquels Alain Duhamel, par exemple, défend toujours avec brio son rôle de chien de garde [2].

Un « expert » exemplaire

Mais Pascal Perri n’a rien à envier aux illustres anciens. Comme bon nombre d’experts épinglés dans le film Les Nouveaux Chiens de garde, il cumule tout à la fois les rôles d’éditocrate, d’expert et de communicant en se distinguant par des va-et-vient constants entre la sphère politique, les entreprises privées, les écoles de commerce [3] et les médias. Si nous nous attardons dans un premier temps sur ces éléments biographiques, c’est parce qu’ils éclairent cette catégorie d’éditorialistes qui, sous couvert d’« expertise », sont en réalité juges et partie : nombreux sont ceux qui, comme Pascal Perri, surfent sur leur exposition médiatique, défendent leurs intérêts personnels ainsi que ceux des dominants, en faisant la promotion des réformes qui leur profitent, directement ou indirectement.

Comme le résume la notice biographique du « Magazine économique de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Maine-et-Loire » (2014) :

Pascal Perri est économiste, spécialiste des questions de concurrence. Il a publié plusieurs ouvrages sur l’économie des prix, dont Toujours moins cher : low cost, discount et Cie en 2006. Il conseille par ailleurs des groupes industriels, des entreprises de la distribution et des fédérations professionnelles. Il a participé aux travaux de la commission Beigbeder « Le low-cost ; un levier pour le pouvoir d’achat » [4] et a été chargé, en 2005, par le ministre du Tourisme d’un rapport sur l’impact des compagnies aériennes à bas prix dans les territoires touristiques français. En 2009, il est nommé rapporteur de la commission « vie chère » des États Généraux de l’Outre-mer sous la responsabilité du Premier ministre [François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. NDLR]. Doctorat es Economie et Géographie et DEA de géopolitique (Paris VIII), Pascal Perri anime un cycle de formation pour Les Échos formation. Il est un des auteurs de la Fondation pour l’innovation politique [5]. Il dirige PNC, cabinet de conseil en stratégie low-cost.

Sa familiarité avec les cercles du pouvoir (quels que soient les gouvernements) l’ont également conduit à rédiger d’autres rapports publics, ainsi que nous l’apprend le « groupe de travail et de recherche Oui à l’innovation ! » dirigé par… Pascal Perri lui-même : « En 2014, [il] a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France (Pellerin, Hamon, Montebourg) puis une étude sur la régulation des grands moteurs de recherche (mai 2015) dans le cadre du débat parlementaire sur le projet de loi de modernisation de l’économie. Il [a été] membre du groupe de travail « compétitivité du sport français » au ministère des sports. [6] »

Comme le souligne Les Échos, « il a lui-même dirigé des entreprises de l’agro-alimentaire et du transport aérien » et « conseille également des collectivités pour leur politique touristique, des entreprises sportives et de loisir pour leur développement commercial. [7] » Le quotidien d’information économique et financière ne pouvait se passer d’un tel potentiel : Pascal Perri propose des études pour des prix modiques, devenant ainsi, auto-consécration oblige, un expert dévoué au service de « l’expertise des Échos  », elle-même « au service de votre stratégie » ! À bien consulter ses « états de service », il y a pourtant beaucoup à redire sur l’expertise de Pascal Perri [8]...

Un « expert » omniprésent

C’est donc tout naturellement que Pascal Perri a mis son talent au service du rapport Spinetta dès sa parution – probablement enivré par les potentialités de développement du « low-cost » qu’il promet. Il faut dire que la demande médiatique n’a pas manqué, à commencer par Les Échos bien sûr, où il a eu tout le loisir de publier trois tribunes en l’espace d’un peu plus d’un mois :



Le dernier article – initialement titré « SNCF : l’entreprise a su évoluer, aux cheminots de rattraper le train » – joue en trois temps la partition de l’ultra-libéralisme béat que Pascal Perri déroule dans l’ensemble de ses interventions. D’abord, les acquis sociaux sont un archaïsme, privilèges engoncés dans la tête de travailleurs et de grévistes s’obstinant à vouloir vivre à l’âge de pierre :

Jusqu’à une période récente, une partie de l’opinion française pensait encore naïvement que les statuts pouvaient protéger de l’évolution. Les mirages de l’idéologie ont duré une bonne partie du XXe siècle. Par la force des choses, les changements d’usage des consommateurs ont balayé cette croyance absurde que certains modèles seraient éternels.

Ensuite vient le temps pour l’expert de révéler à tous les bienfaits de la concurrence, en expliquant aux plus pauvres pourquoi le low-cost est – non pas un traitement de classe discriminant – mais une chance :

La compétition est darwinienne. Elle va permettre à la SNCF de démontrer tout son savoir-faire. Et elle n’en manque pas. La concurrence stimule l’innovation, y compris marketing et commerciale, elle est efficace pour gagner de la productivité, pour mieux servir les clients et elle impose aux entreprises d’être plus agiles et plus imaginatives. Enfin, la concurrence, si elle est sobrement et honnêtement régulée, fait baisser les prix et élargit la demande. OuiGo a montré qu’il y avait une véritable élasticité de la demande au prix dans le ferroviaire.

Enfin surgit la prescription bénie de l’expert, confiant dans l’avenir radieux que vient ouvrir la réforme :

Heureusement, dans une société de liberté, les usages finissent toujours par l’emporter car ils traduisent les aspirations humaines. Réjouissons-nous de l’arrivée de nouvelles offres ferroviaires. La SNCF est beaucoup plus solide qu’on ne l’imagine et c’est en situation de concurrence que les clients s’en apercevront. Dans le ferroviaire comme dans le transport aérien appliquons une formule simple qui a fait ses preuves partout ailleurs [9] ; le marché autant que possible, l’État autant que nécessaire.

Rideau !

Et à en croire ses multiples invitations médiatiques, c’est un discours qui a plu et flatté ses compères éditocrates. En particulier ceux de BFM-TV et de RMC – chaines pour lesquelles il officie régulièrement en tant que consultant économique et « grande gueule » – mais pas seulement : le service public lui accorde également ses faveurs. Sur la SNCF, mais aussi sur bien d’autres sujets, tant les médias sont avides et suscitent les vocations d’experts-à-tout-faire. Illustration en vidéo :

acrimed perri 2

https://www.youtube.com/watch?time_continue=7&v=UaGtEXHGPvc

 

Récapitulons les prestations médiatiques de Pascal Perri sur la SNCF (et ce n’est peut-être pas exhaustif !) :

- 18 février – « Week-end direct » sur BFM-TV – « Économiste, auteur de SNCF : un scandale français ».

- 19 février – « Focus première » sur BFM-TV – « Consultant économique de RMC, spécialiste des transports ».

- 19 février – « Les décodeurs de l’éco » sur BFM-TV – « Économiste, auteur de SNCF : un scandale français ».

- 19 février – JT de 20h sur France 2 – « Économiste » (interviewé dans un reportage).

- 26 février – « Les Grandes Gueules » sur RMC – « Économiste ». On lui doit une sortie des plus distinguées : « On ne meurt plus dans les chemins de fer à 60 ans intoxiqués par l’oxyde d’azote » [10].

- 27 février – « News et compagnie » sur BFM-TV – « Économiste ».

- 3 mars – « Priorité au décryptage » – « Économiste ».

- 15 mars – « C dans l’air » sur France 5.

- 22 mars : « Les décodeurs de l’éco » sur BFM Business.

Un chien de garde dans un vaste chenil

Pascal Perri n’est qu’un exemple d’une éditocratie en roue libre depuis l’annonce de la réforme, rivalisant d’arrogance et de mépris [11].

Alain Duhamel, déjà vent debout contre les grèves de 1995 (et contre toutes celles qui ont suivi !), squatte les plateaux de RTL, en compagnie notamment de Marc-Olivier Fogiel, pour dire tout le bien qu’il pense de la réforme. Le 19 et le 20 février, soit quelques jours après la publication du rapport Spinetta, il expliquait comme à son habitude que la réforme était « indispensable financièrement », qu’« on ne peut pas attendre », que pour les cheminots et « pour d’autres professions, la technique humaine et raisonnable, c’est pour les nouveaux contrats d’avoir des contrats qui ne soient plus dans le statut ». Un porte-parole gouvernemental des plus efficaces, soucieux de relayer la pédagogie macroniste : « [Macron essaie de] créer un choc, une dynamique, un mouvement, mais disons que c’est un pari sur la capacité des Français d’avaler autant de réformes. »

« Les Grandes Gueules », déjà épinglées sur le sujet choisissaient quant à elles une question élégante à poser à leurs auditeurs suite à l’annonce des grèves : « Les cheminots se foutent-ils du monde ? »

Éric Brunet, pour finir, n’hésite pas à tancer le gouvernement : « M. le Premier ministre, vous vous êtes couché devant les élus locaux : il fallait supprimer les petites lignes avec des TER quasiment vides et très coûteux ! » [12] Force de propositions, cet énième partisan du « ça-ne-va-pas-assez-loin » partage ses modèles sans réserve, lui qui baptisait Napoléon III le « vrai réformateur français » ! (Éditorial de Valeurs actuelles, 16 février) :

Quoi qu’il en soit, grâce à Napoléon III, la France fut, jusqu’en 1914, la première puissance économique du monde, au côté de la Grande-Bretagne. Alors oui, vive l’empereur !

 

***


Exemple édifiant de ces experts à gages, Pascal Perri saute à cloche-pied du monde des médias à celui de l’entreprise, en passant par la sphère politico-administrative et l’enseignement privé. Ces multiples casquettes lui confèrent une influence que décuplent les médias en lui déroulant le tapis rouge en plateau ou en tribune, afin qu’il fasse valoir un point de vue ultra-libéral, au diapason de l’engouement des éditocrates pour la réforme de la SNCF [13]. Un point de vue tranché et totalement partial que camouflent bien mal les titres fourre-tout dont il est affublé (comme « consultant économique ») et qui lui permettent de s’exprimer sur tout et n’importe quoi. En ce sens, l’omniprésence de Pascal Perri est le symptôme de l’anémie du pluralisme dans les grands médias. Elle rend compte de la circulation circulaire du discours dominant, et de la consécration médiatique des pseudo-experts qui en sont les porte-voix.


Pauline Perrenot et Frédéric Lemaire

http://www.acrimed.org/Aux-grandes-reformes-les-grands-experts-le-cas-de#top

mardi 1 mai 2018

SNCF, à la recherche du mystérieux service minimum [réédition]

PROP SNCF SERVICE MINIMUM

En raison de la mobilisation sociale et militante autour du 1° mai, l'équipe de Frexit-Limousin.fr représente des articles de fond publiés sur ce site à des fins d'argumentaire. Merci de votre compréhension. P.G.

AFFICHE ARG 1MAI

Plusieurs personnalités politiques ont demandé l’instauration d’un réel service minimum lors des grèves des cheminots

Une mesure souhaitée par une majorité de Français.

Un quai de la gare de Lyon, le 3 avril dernier, premier jour de la série de grèves à la SNCF. 

Un quai de la gare de Lyon, le 3 avril dernier, premier jour de la série de grèves à la SNCF. / Christophe Simon/AFP

Trains supprimés ou bondés, bousculades, lignes non desservies pendant deux jours… L’ampleur des perturbations de la grève des cheminots a poussé Valérie Pécresse, présidente (LR) de la région Île-de-France, et à ce titre présidente de l’autorité organisatrice de transport « Île-de-France mobilités », à taper du poing sur la table.

« La présidente demande au gouvernement de tout mettre en œuvre pour faire respecter sans délai un vrai service minimum pour ne plus laisser aucun territoire francilien sans train », a communiqué l’organisme le 3 avril. Valérie Pécresse juge ainsi « inadmissible que le service minimum ne soit pas respecté sur plusieurs lignes aujourd’hui, comme les lignes P, R et U qui sont fermées ». Le contrat qui lie l’autorité organisatrice à la SNCF prévoit un trafic minimum de 33 % de trains sous peine de sanctions financières.

Pas de réelle obligation de circulation de trains

Cette question du service minimum est posée pratiquement lors de chaque grande grève des transports, par des élus mais surtout par les usagers du train, qui ont souvent entendu l’expression utilisée de manière impropre. Un sondage réalisé l’année dernière par l’Union des transports publics (UTP), qui regroupe les grandes entreprises de transport, révélait ainsi que 60 % des usagers croient qu’il existe bel et bien un service minimum dans le transport public. Or il n’en est rien.

 

 

La loi du 21 août 2007 sur le dialogue social et la continuité du service public dans les transports terrestres n’oblige pas la SNCF à faire circuler des trains. Elle la contraint cependant à établir un plan de transport prévisible et à en informer les voyageurs à temps. C’est pour cette raison que les cheminots indispensables à la circulation des rames ont obligation de se déclarer grévistes 48 heures avant le début du mouvement. Si 100 % des personnels faisaient grève, il n’y aurait de fait aucun transport possible.

Cela a d’ailleurs été le cas sur plusieurs lignes en l’Île-de-France. Des usagers se sont d’ailleurs étonné qu’aucun train ne circule sur leur ligne alors que d’autres étaient exploités sur une ligne voisine. « Cela peut arriver que nous concentrions nos forces sur une ligne plus fréquentée quand elle dessert pratiquement les mêmes stations », dit-on à la SNCF.

Les conducteurs doivent connaître la ligne pour y rouler

Le facteur le plus fréquent pour expliquer un trafic inexistant reste cependant l’insuffisance de personnel. Conducteurs bien entendu, mais aussi contrôleurs et surtout… aiguilleurs. « C’est ce qui se passe sur certaines petites lignes ou sur des branches de la ligne P ou R, explique Alain Krakovitch, directeur de Transilien (les trains d’Île-de-France). Les postes d’aiguillage sont de technologie assez ancienne et n’ont qu’un rayon d’action très limité. Il suffit qu’un seul ne puisse pas être tenu par un agent pour qu’une grande portion de la ligne doive être coupée. »

 

 

Quant aux conducteurs, il n’est pas forcément possible de les transférer d’une ligne à une autre pour équilibrer les fréquences. Le directeur des Transiliens précise qu’un conducteur doit être formé à la fois sur le bon type de locomotive mais aussi connaître la ligne…

Au cas où la mobilisation continuerait avec l’ampleur des 3-4 avril, les Français doivent donc encore s’attendre à de dures journées. Les responsables de la SNCF, à commencer par Guillaume Pepy, l’ont d’ailleurs répété : il n’y a pas de réquisition possible des cheminots grévistes.

86% des Français souhaitent un service minimum

Réquisitionner des professionnels ne peut être mis en œuvre, de manière générale, que par décision préfectorale et dans des situations exceptionnelles, « en cas d’urgence, lorsque l’atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publique l’exige », selon le Code général des collectivités territoriales.

 

 

L’argument est-il recevable pour la grève des cheminots ? Sans doute pour le député UDI de Seine-et-Marne Yves Jego, qui a envoyé un message sur le réseau social Twitter : « À l’image des hôpitaux il est indispensable de créer un droit de réquisition des agents des transports pour un véritable service minimum dans chaque gare. » Dans une tribune de presse, le président (LR) du département de Seine-et-Marne Jean-Louis Thiériot évoque aussi la nécessité d’une telle possibilité.

En tout état de cause, selon le sondage de l’UTP, 86 % des ­Français disent souhaiter un service minimum.

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Les conducteurs mobilisés

Le trafic ferroviaire a été très perturbé le 4 avril, au deuxième jour de la grève des cheminots. Le taux global de grévistes en milieu de matinée communiqué par la direction était en légère baisse, à 29,7 % (contre 33,9 % la veille).
Les trois quarts des conducteurs restaient cependant très mobilisés (74 % contre 77 % mardi), de même que les contrôleurs (77 % contre 69 %) et les aiguilleurs (46 % contre 39 %).
En dépit de ce mouvement, le gouvernement va mener la « transformation » de la SNCF « jusqu’au bout, avec calme et avec une grande détermination », a déclaréle porte-parole ­Benjamin Griveaux à l’issue du conseil des ministres du 4 avril.

Michel Waintrophttps://www.la-croix.com/Economie/France/SNCF-recherche-mysterieux-service-minimum-2018-04-04-1200929091?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180405&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=987011&PMID=ac29e5cafb071c987471f76e2c454018

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Le sondage de l'UTP est répété en boucle, tel un mantra: En tout état de cause, selon le sondage de l’UTP, 86 % des ­Français disent souhaiter un service minimum. Un sondage commandité l'année dernière par une des parties, qui n'a donc qu'une valeur très relative...    P.G.

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dimanche 22 avril 2018

Quand il s’agit de la Syrie, la BBC enfreint les principes les plus élémentaires du journalisme

TRIBUNE LIBRE / Par Jeremy Salt

Mensonges, tromperies et falsifications ont toujours été « de bonne guerre », la vérité étant la « première sacrifiée ». Mais les deux dernières décennies ont connu, du fait de la technologie, une escalade sans précédent des falsifications de guerre. Les mensonges des Américains, des Britanniques, des Australiens et de leurs alliés avaient déjà atteint un paroxysme, avant et pendant l’invasion de l’Irak de 2003. Ensuite, on a eu droit au tissu de mensonges sur l’épisode libyen, comme ceux sur les mercenaires africains « shootés » au viagra. Et le summum est atteint, depuis sept ans, avec la Syrie et sa fameuse « révolution », dont les informations nous parviennent sous forme de photos truquées, de montages et de reconstitutions, le tout cautionné par les médias dominants.

TL MEDIAS ANGLO US

A de rares exceptions près, les médias anglo-américains (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Australie et Canada) n’ont pas couvert la crise syrienne en tant que telle. Leur information a consisté en un déferlement de propagande, par vagues successives. Dire que la crédibilité des médias n’est jamais descendue aussi bas serait un euphémisme. Elle est même nulle pour  ce qui touche au Moyen-Orient, à l’exception d’une poignée de correspondants qui rectifient occasionnellement le tir.

En se fiant à la parole des « rebelles » et des « activistes » et en refusant de diffuser celle du gouvernement syrien, les médias ont déversé sur la toile un tissu de mensonges destiné à justifier et perpétuer une fois de plus l’agression « occidentale » à l’encontre d’un pays arabe, à la différence près qu’il ne s’agit pas cette fois, d’une agression militaire ouverte comme en Irak ou en Libye, mais qu’elle est perpétrée par des groupes armés terroristes intermédiaires qui tuent et sèment le chaos à travers tout le pays.

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Si l’on s’en tient aux normes admises, il n’y a pas de « modérés » parmi ces groupes. Le vice-président américain Joe Biden a vendu la mèche à ce sujet en 2014 en disant ouvertement que les « rebelles » ne comptaient aucun groupe modéré dans leurs rangs. Il peut leur arriver de se battre entre eux sur des questions de territoire, d’armes, et de  pouvoir, mais ils ont la même idéologie que leur ennemi officiel – qui est aussi l’ennemi désigné par les gouvernements occidentaux – l’Etat Islamique : l’objectif majeur commun à tous ces groupes est l’élimination des Chiites et des Alaouites et l’établissement d’un régime islamique takfiriste (d’excommunication) à Damas.

Les derniers gros titres auxquels nous avons eu droit sont consacrés au  « siège » imposé par le « régime » aux  habitants de la Ghouta orientale, une région située aux environs de Damas, sur fond d’histoires poignantes d’enfants mourant de faim ou de refus de soins hospitaliers. La responsabilité de ces exactions est imputée au régime, exonérant ainsi le groupe takfiri  Jaysh al-Islam (l’Armée de l’Islam) de toute implication – John Kerry lui-même désignait ce groupe comme une branche de l’Etat Islamique et du Front al-Nosra. Ces groupes, armés et financés par des gouvernements étrangers, dont l’Arabie Saoudite et le Qatar, se sont emparés d’une grande partie de la région et y maintiennent la population en otage. Leur élimination,  légitimement entreprise par le Gouvernement syrien, entraîne la mort de civils. Les reportages qui parlent du « siège » de la Ghouta et du soutien sincère apporté par la population aux groupes takfiris sont donc aussi affabulateurs que ceux qui ont relaté l’épisode d’Alep Est. Dans sa restitution médiatique, il était présenté comme un « siège » imposé par le « régime« , mais lorsque la ville a été libérée de ses occupants takfiris, les habitants ont dansé de joie dans les rues ! Il se produira la même chose dans la Ghouta, dans les différents secteurs d’où les groupes terroristes seront chassés.

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On évoque maintenant un recours aux armes chimiques par le « régime » dans cette région. Selon le site web d’informations de la BBC (‘‘Syrian war: Reports of chlorine gas attack on rebel-held Eastern Ghouta« Guerre en Syrie : Signalement d’attaques au chlore perpétrées dans la  Ghouta orientale tenue par les rebelles » 13 janvier), « des personnes » ont fait état d’une odeur de gaz à la suite d’une attaque de missile. Un « soignant » est également mentionné, ainsi qu’un « travailleur humanitaire » selon lequel dix hôpitaux seraient concernés. Rien de réellement concret, aucune preuve d’une attaque au chlore, pas plus que de confirmation ultérieure de ces informations par la BBC.

Cette dernière réalise de merveilleux documentaires sur la faune et d’excellents long-métrages mais, pour ce qui est du conflit syrien, elle a totalement enfreint les règles déontologiques du journalisme en matière d’objectivité et de pondération. Tout comme les autres médias [de l’establishment dont Le Monde, Le Temps, Libération, Ndlr] elle diffuse le point de vue des « rebelles » et des « activistes ». Les accusations portées par ces groupes apparaissent en gros titres sans être étayées, leur vocation n’étant pas d’informer mais de dénigrer le gouvernement syrien, dont le point de vue n’est jamais présenté  autrement que sous l’angle du déni : « Le gouvernement syrien rejette les accusations…. » Ce jeu symbiotique entre les groupes terroristes et les médias fonctionne depuis sept ans. A travers ces informations biaisées, les médias ont soutenu le conflit syrien et doivent à ce titre assumer leur part de responsabilité des énormes destructions humaines et matérielles qu’il a générées.

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Parmi tous les organes de presse, la BBC bat les records de la non-crédibilité sur cette question des armements chimiques. En 2013, elle s’est compromise dans l’invention d’une prétendue attaque à l’arme chimique contre une école d’Alep. Enfants et jeunes gens gémissant sur le sol, visages recouverts de crème à raser, effets théâtraux pour donner l’illusion de brûlures et  de lambeaux de peau arrachés, le tout n’était qu’ une grotesque mise en scène avec de mauvais acteurs. La femme qui s’adressait à la caméra, le Dr Roula, s’est révélée être Roula al-Hallam, la fille d’un membre de l’opposition syrienne en exil. Avant ce montage, il y avait eu l’histoire de la jeune femme qui avait prétendu en pleurant comme un veau que des bébés étaient jetés de leurs couveuses par des soldats irakiens après l’invasion du Koweït en 1991. On avait découvert qu’il ne s’agissait pas d’une infirmière de l’hôpital, mais de la fille de l’ambassadeur du Koweït aux Etats-Unis. Ce montage théâtral avait été produit par une société de Relations Publiques.

Dans le délai de quelques heures qui s’était écoulé avant sa deuxième diffusion le 30 août, la première déclaration du Dr Roula (en date du 29 août), établissant qu’il semblait s’agir d’une attaque au napalm, avait été remplacée par « une attaque à l’arme chimique« . Le film était identique, il s’agissait du même Dr Roula, mais les mots sortant de sa bouche n’étaient pas les mêmes.

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La date de ce montage est centrale dans cette histoire. Le 21 août, qui est le jour précis où des experts en  armements chimiques mandatés par les Nations Unies sont arrivés à Damas, le gouvernement syrien était accusé d’avoir orchestré une attaque chimique dans la région de la Ghouta qui aurait  tué des centaines de personnes. Le 26 août, avait lieu la prétendue attaque au napalm – devenue ensuite une attaque chimique – contre l’école d’Alep. Les 29 et 30 août, ces accusations étaient diffusées deux fois par la BBC, avec le remplacement du mot « napalm » par « chimique » dans le second reportage. Plus tard dans la même journée (30 août), la Chambre des Communes votait sur la question de l’intervention militaire en Syrie. Le gouvernement de Cameron perdait finalement la partie, mais de très peu (285-272). La diffusion de ce montage produit par la BBC avait vraisemblablement eu pour but de faire basculer le vote en faveur d’une intervention [Tout comme en France où les Rafales prêts à décoller sont restés à terre, Ndlr]

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Cette (prétendue) attaque chimique dans la région de la Ghouta à la périphérie de Damas – qui devait préparer et justifier une intervention militaire contre la Syrie – n’a jamais été expliquée par les médias qui avaient faussement accusé le gouvernement syrien. L’identité des enfants dont les corps avaient été exhibés (parfois les mêmes corps en différents emplacements) reste un mystère. Ils ont été utilisés à des fins de propagande avant de disparaître pour toujours. Les takfiris ont récemment massacré des centaines d’Alouites dans le Gouvernorat de Lattaquié et ont kidnappé des dizaines de femmes et d’enfants : selon Mère Agnès, la religieuse qui, faisant ce que les médias auraient dû faire, a cherché à connaître la vérité, certaines mères ont identifié les enfants de la Ghouta comme étant les leurs.

Les preuves établies par des scientifiques et des journalistes, en particulier celles établies par Seymour Hersh, ont irréfutablement montré que les tirs d’armes chimiques provenaient de positions tenues par les takfiris. Barack Obama a déclaré qu’une attaque aux armes chimiques constituerait sa « ligne rouge » et les takfiris se sont employés à la lui faire franchir. L’implication vraisemblable d’autres gouvernements dans cette provocation était un autre sujet auquel les médias n’ont pas donné suite.

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Le New Yorker ne s’intéressant pas à son histoire, Hersh l’a soumise à la London Review of Books (magazine politique et littéraire), qui l’a publiée. Quand il a relaté le mensonge sur la deuxième pseudo-attaque, à Kan Shaikhum, en avril 2017, il a dû se tourner vers un éditeur allemand (Die Welt). Son côté « diseur de vérités qui dérangent » lui a valu une rapide baisse d’intérêt de la part des médias alors qu’incontestablement, c’est un remarquable journaliste d’investigation, à commencer par sa couverture du massacre de My Lai pendant la guerre que les USA ont menée au Vietnam (et dans d’autres pays limitrophes). Alors que Trump a bombardé une base aérienne syrienne près de Khan Shaikhum, Obama, lui, a battu en retraite à la dernière minute. Selon Hersh, les spécialistes du renseignement savaient que le gouvernement syrien n’était pas derrière l’attaque aux armes chimiques des environs de Damas mais « Comment servir ce gars – Obama – quand lui et son équipe de la Maison Blanche maquillent les renseignements au fur et à mesure ? »

La guerre en Syrie se poursuit. Elle est, comme beaucoup l’avaient prédit, loin d’être terminée : mais pour ce qui concerne l’intervention extérieure, elle n’aurait jamais dû commencer. Alors que l’anéantissement de l’Etat Islamique en Syrie, qui justifiait la présence de son armée, est virtuellement achevé, l’Amérique refuse de quitter le terrain. Elle a joué un double jeu, déclarant la guerre à l’EI tout en coopérant secrètement avec lui de différentes façons. Elle a misé sur la création d’une principauté salafiste dans la partie orientale de la Syrie et l’Etat Islamique l’a fait. Elle a laissé les combattants terroristes  quadriller le désert syrien, en direction de Mossoul et de Palmyre, sans intervenir, alors que sa reconnaissance par satellite avait clairement repéré les ornières creusées par leurs camions dans la poussière estivale. Au cours de leur déplacement vers Deir Ezzor, les forces spéciales de l’armée américaine ont traversé des positions tenues par l’Etat Islamique ; c’est avec leur aide que des combattants takfiris et leurs familles ont pu sortir de Raqqa ; nombre d’entre eux, rebaptisés comme « rebelles », ont bénéficié de l’entraînement dispensé par l’armée américaine sur sa base de al-Tanf.

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Loin de se retirer de Syrie, les Etats-Unis s’y retranchent même plus profondément. Ce n’est pas pour les Kurdes ni pour le bien du peuple syrien. C’est pour leurs intérêts et vraisemblablement ceux d’Israël – qui vient de passer un an à préparer sa prochaine guerre, avec le Liban dans sa ligne de mire prioritaire, et qui admet  avoir tiré au moins 100 missiles contre la Syrie. Les Etats-Unis ne quittent pas non plus l’Afghanistan. En aucun endroit d’ailleurs, il n’est question qu’ils désarment ou se rabattent ; ils renforcent au contraire leur position globale, à l’affût de toute opportunité qui puisse les avantager dans leur rivalité avec la Russie et la Chine. La Syrie est actuellement prise dans cet étau.

La rhétorique creuse qui consiste à soutenir « uniquement les rebelles » se poursuit. Si les groupes takfiris regroupés dans Jaysh al-Islam ne sont pas officiellement désignés en tant que groupe terroriste, c’est parce que, lorsque la Russie a proposé, en novembre 2016, de les ajouter à la liste de sanction des Nations Unies, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni y ont opposé leur véto. Ces pays soutiennent politiquement les terroristes, qui reçoivent dans le même temps de l’Arabie saoudite et de quelques autres pays l’argent et les armes nécessaires pour maintenir en otage la population de la Ghouta orientale. C’est cela la vraie réalité du « siège » de cette région.

Par Jeremy Salt

Autrefois journaliste, Jeremy Salt est maintenant professeur d’Université. Il travaille au Département de Sciences Politiques et d’administration Publique, de l’Université de Bilkent, à Ankara, où il dispense des cours sur l’histoire moderne du Moyen-Orient et sur la propagande. Son ouvrage le plus récent « The unmaking of the Middle East– A History of Western Disorder in Arab Lands » (Berkeley: University of California Press, 2008.)

Article original: https://ahtribune.com/world/north-africa-south-west-asia/syria-crisis/2096-bbc-journalistic-principles.html

Traduit par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

Source: https://arretsurinfo.ch/quand-il-sagit-de-la-syrie-la-bbc-enfreint-les-principes-les-plus-elementaires-du-journalisme/

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dimanche 8 avril 2018

Castres : comment une polémique sur les migrants est créée et entretenue par les médias locaux

TRIBUNE LIBRE / OJIM

Tout est parti d’un éditorial du maire de Castres (et président de la communauté de communes Castres Mazamet), en mars 2018 dans le journal municipal. Pascal Bugis, premier édile de la commune du Tarn (droite locale) s’y interroge sur le coût de la prise en charge de mineurs étrangers hébergés dans une commune voisine, Lagarrigue, alors que « l’argent public est une denrée rare ».

TL OJIM CASTRES

Le maire y fait état d’une dotation de 160 euros par jour et par mineur versés à l’association organisant la prise en charge, « à l’instar de toutes celles qui encadrent des migrants mineurs sur le territoire français ». Ceci alors que « par le fruit de son travail un salarié rémunéré au SMIC perçoit environ 53 € nets par jour ». Il n’en fallait pas plus pour déclencher une bronca très médiatisée.

Bronca unanime des médias locaux

La Dépêche se range aux arguments des détracteurs du maire : « l’édito du maire serait «mensonger et dangereux ». Le quotidien estime que le maire a bien fait d’utiliser le conditionnel sur le coût de l’hébergement, « le coût serait de 85 euros par jour et par mineur selon le conseil départemental ». Les élus de gauche de l’opposition municipale, le premier secrétaire du PS du Tarn et une élue Les Verts sont interrogés et font part de leur indignation face à ces basses considérations matérielles.

Le Tarn libre titre sobrement sur « Castres, polémique concernant l’éditorial du maire Pascal Bugis sur l’accueil des jeunes migrants ». Mais pour argumenter le débat, le journal donne la parole aux élus de « la gauche rassemblée » et titre un chapitre sur « Des propos irresponsables » (sous-entendu : du maire).

Pour 100% Radio, le sujet est « la polémique après l’éditorial du Maire de Castres ». La radio détaille les différents coûts et le financement de l’accueil des mineurs migrants dans le Tarn. On y apprend que les mineurs reconnus « intègrent le dispositif d’aide sociale à l’enfance, (c’est le cas des mineurs de Lagarrigue) et le coût est ici de 85 euros par jour ».

La vérité des chiffres

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De qui le maire et les journaux locaux ainsi que 100% Radio tirent-ils leurs chiffres ? Personne ne le saura précisément, les communiqués des médias ne font mention que du conseil départemental (PS). À défaut de le savoir, on peut toujours se référer à des sources a priori fiables, comme le rapport d’information du Sénat du 28 juin 2017 sur la prise en charge sociale des mineurs non accompagnés. On peut y lire que « l’Assemblée des départements de France, de même que les responsables associatifs, estiment le coût financier annuel moyen d’un jeune admis à l’aide sociale à l’enfance à environ 50 000 euros, à savoir 140 euros par jour ». Des chiffres plus proches de ceux du maire et très éloignés de ceux cités par les médias locaux. Et un rapport superbement ignoré par ces médias.

Alors que le nombre de mineurs étrangers arrivés en France explose et que des filières de faux mineurs sont mises à jour, la bronca médiatique qu’ont suscité les propos du maire de Castres l’amènent à affirmer que si on ne peut plus poser de questions, « on ne peut plus parler de transparence, on ne peut plus parler de liberté, il faut parler d’autre chose ». Une omerta encouragée par les médias mainstream quand il s’agit de relayer un concert de protestations outragées, visant à empêcher tout débat. La Dépêche, Le Tarn libre comme 100% Radio véhiculent bien des fake news sur le sujet. Volontairement ?

https://www.ojim.fr/castres-comment-une-polemique-sur-les-migrants-est-creee-et-entretenue-par-les-medias-locaux/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=observatoire_du_journalisme_les_dernieres_publications&utm_term=2018-04-06

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Au- delà de savoir si l'accueil des mineurs tel qu'il est conçu est la bonne politique, la question du coût se pose naturellement à une époque où les pouvoirs publics (droite et gauche) prétendent depuis des années tailler dans les budgets sociaux et mettre fin "aux privilèges" de certaines catégories de travailleurs. Surtout dans un contexte de diminution des budgets des collectivités locales...Pris au piège de leur rhétorique, certains laissent à penser que ce qu'il reste de générosité sociale non contestable en France ne concernerait plus que les migrants. On voudrait faire monter les tensions qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Mais peut- être est- ce là justement l'objectif de certains...    P.G.

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mercredi 4 avril 2018

Grève SNCF : quand la presse française choisit son camp

Certains articles publiés par différents médias en ce premier jour de mouvement social à la SNCF ont eu recours à des éléments de langage, des arguments ou des rapprochements qui laissent parfois deviner un parti pris plus ou moins subtil.

ACT SNCF PRESSE

Ce 3 avril avait lieu le premier jour de «grève perlée» à la SNCF, ayant pour but de mettre en échec le projet de réforme de l'entreprise publique porté par le gouvernement. L'exécutif maintient le cap, les syndicats comptent mobiliser : jusque-là, chacun semble dans son rôle. Mais quel rôle entendent jouer les médias alors que s'amorce ce mouvement social appelé à durer ?

Au-delà du simple travail d'information dont se chargent les journalistes dans ce contexte, certains articles ou éditoriaux parus ce 3 avril soulèvent de vraies questions quant à leur angle, qui semble parfois même calqué sur le discours de la majorité présidentielle ou de la direction de la SNCF. Leur influence sur l'opinion publique et son potentiel impact sur la perception de la grève, et donc sur le succès du mouvement social, font dès lors émerger une autre question : certains journalistes n'essaieraient-ils pas de faire passer un message, de manière plus ou moins subtile ?

La France «championne du monde» de la grève

Grand classique du journalisme en temps de grève : le thème de la France présentée comme pays de la «chienlit», dont la grève serait le sport national, manie d'un monde du travail arc-bouté sur ses acquis et enclin à la grogne pour un oui ou pour un non. Si la publication d'une telle analyse n'est bien sûr pas condamnable en soi, le fait de la mettre en avant en convoquant une cohorte d'experts en ce premier jour de grève n'est pas totalement neutre.

Tel est le choix éditorial fait par La Croix. Et qu'importe si «la grève n'est pas une spécificité française», comme l'affirme un ancien dirigeant de la fédération CGT cheminots interrogé et cité par le quotidien, le titre de l'article maintient le cap en assurant le contraire : «Grève, l'exception française.» Non sans s'empresser de mettre en lumière le fameux modèle allemand, «contre-exemple parlant». «Comme l’ont bien compris l’Allemagne ou le Canada, une négociation, ça se fait à deux. Il faut former et responsabiliser les acteurs, pour qu’ils soient tournés vers l’intérêt général», insiste La Croix en citant le même ancien syndicaliste, aujourd’hui reconverti en consultant. De là à sous-entendre que les grévistes français ne sont pas «tournés vers l'intérêt général», il n'y a qu'un pas.

Même son de cloche dans les colonnes des Echos, dont le titre de l'édito d'Etienne Lefebvre résume sans ambiguïtés le contenu : «Au pays des grèves.» Après avoir soigneusement rappelé que la France est le pays «où le nombre de journées de travail perdues par salarié est le plus élevé», le journaliste précise que tout espoir n'est pas perdu, puisque «la conflictualité recule» en France. Le quotidien économique est formel quant au peu d'enthousiasme suscité par les grands mouvements sociaux comme celui qui vient de débuter : «Les fonctionnaires, constatant l'inefficacité des mobilisations générales, préfèrent des grèves plus ciblées.» A ce titre, la grève de la SNCF est présentée comme le seul «point noir».

La grève vouée à l'échec, dangereuse et coûteuse

Le 17 mars dernier, la députée des Hauts-de-Seine, Céline Calvez qualifiait le mouvement de «facteur d'espoir» et «d'innovation». L'élue de La République en marche (LREM) s'enthousiasmait alors : «On peut imaginer qu'on va avoir du covoiturage !» Un argument quelque peu nouveau dans la rhétorique politique, qui semble conjuguer optimisme et symboles de la «start-up nation». Les usagers des transports en commun comme les salariés de la SNCF en lutte savent pourtant que la pratique du covoiturage n'a jamais permis de compenser les effets d'une grève. Mais Le Monde est là pour les convaincre du contraire. «Les transports alternatifs, grands gagnants de la grève à la SNCF», annonce un article publié dès 11 heures. Le quotidien du soir ne fait pas le pari d'une grève couronnée de succès et ne s'en cache pas : «[...] 2018 n’est pas 1995. Entre-temps, la révolution des plates-formes numériques et des "applis" a bouleversé le monde des transports.» Rappelant que le PDG de la SNCF, Guillaume Pepy, a «pris la mesure depuis longtemps» de ces évolutions, Le Monde renvoie de fait les grévistes à l'ancien monde dont il semblent être les archaïques défenseurs.

Autre argument quelque peu inhabituel avancé pour dénoncer la grève : la dangerosité concrète que ferait peser celle-ci sur les Français. De cette journée de mobilisation de grande ampleur, L'Obs a surtout retenu des images choc soigneusement mises en avant dans un article sobrement intitulé «Grève SNCF : cohue sur les quais, une femme tombe sur la voie à Paris». Le lien entre cet incident regrettable mais très anecdotique et la grève elle-même serait loin d'être évident si le titre de l'hebdomadaire n'était pas là pour le mettre en exergue. L'association d'idées ainsi induite n'est pas des plus subtiles, d'autant que les scènes de cohue, dans les gares parisiennes, sont loin d'être rares – y compris hors période de grève.

L'analyse économique permet parfois de mieux éclairer les raisons qui conduisent certains salariés à se mettre en grève, notamment lorsqu'elle s'intéresse aux résultats des réformes ferroviaires dans d'autres pays, où celles-ci sont loin de faire figure de réussites. Le Figaro a fait le choix de l'analyse économique, mais sous un angle tout à fait différent, comme pour prouver qu'il ne fallait pas s'arrêter pas aux explications simplistes : le quotidien explique en effet qu'«au-delà des inconvénients que les usagers subissent, les mouvements sociaux ont également un coût important». Dans un article intitulé «Grèves : 2,4 millions de journées perdues à la SNCF en dix ans», Le Figaro assure que, «pour le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, chaque journée de grève coûte 20 millions d'euros», sans préciser s'il devra les payer de sa poche ou non.

https://francais.rt.com/france/49410-greve-sncf-quand-presse-francaise-choisit-camp

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mardi 3 avril 2018

La puissance de l’ombre

On savait, depuis les attentats de janvier 2015, la France rongée par un mal souterrain. Les théories du complot, ces « ferments de haine et de désintégration de notre société », commencent à « miner notre jeunesse », disait-on alors (1). Un second ingrédient est venu s’ajouter à la menace : les fake news, ces « fausses informations » principalement diffusées sur Internet qui saperaient notre démocratie et nécessiteraient une mobilisation générale.

TL FAKE NEWS COMPLOT

Le tocsin fut sonné en janvier 2018 par la parution d’un sondage prétendant que « huit Français sur dix adhèrent à une théorie du complot ». Sa méthodologie est si discutable qu’il s’apparente lui-même à une fake news (lire « Un sondage sur mesure »). Peu importe : les journalistes s’engouffrent dans la brèche. « Fake news, théories du complot, comment lutter ? », s’interroge France Inter le 11 janvier 2018. « Fake news et théories du complot : et si elles nuisaient (aussi) à vos études ? », décline le magazine L’Étudiant (6 février 2018). L’affaire est jugée assez sérieuse pour que le président Emmanuel Macron envisage de « faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles (2) ». Et pour que l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), qui en connaît un rayon sur le sujet, publie un rapport sur « les fausses informations en ligne » et leurs « implications sécuritaires » (3). En ligne de mire, la Russie, accusée de vouloir déstabiliser l’Occident.

COMPLOTEUR ORDI

Il existe bien des raisons de combattre le conspirationnisme. Stérile sur le plan politique, l’adhésion aux bobards numériques témoigne des progrès d’un relativisme qui met dans le même sac des croyances alimentées par des marchands de peur et des connaissances scientifiques éprouvées ; des rumeurs propagées à la sauvette et des faits vérifiés, comparés, analysés ; des théories aux fondations bancales et des hypothèses rationnelles.

La soudaine passion médiatique pour la vérité peut toutefois surprendre. Après tout, les journalistes et les dirigeants politiques se sont longtemps accommodés de certains mensonges, du bourrage de crâne de la Grande Guerre aux armes de destruction massive de Saddam Hussein. Et ils s’en accommodent encore. En décembre 2016, le journal de France 2 « révélait » l’existence d’un bar interdit aux femmes à Sevran, générant d’interminables débats sur la montée du communautarisme, et des menaces de mort pour le gérant du lieu. Trois mois plus tard, un reportage du Bondy Blog démonte la supercherie (4) : l’établissement n’est pas un repaire d’islamistes, il sert de l’alcool et accueille des clientes — ce que confirment trois autres enquêtes, du Monde, d’Ouest-France, et de France Bleu.

Tant pis, l’« information » est dans la nature et chacun peut continuer de s’y référer. Ainsi, le 6 janvier 2018, Nathalie Saint-Cricq, chroniqueuse à France 2, évoquait toujours ce « café dans lequel les femmes n’ont pas le droit d’entrer ». C’était lors de la journée « Toujours Charlie » organisée par le Printemps républicain. Nombre de journalistes, de dirigeants politiques, d’intellectuels patentés étaient présents ; l’événement fut largement couvert. Mais personne ne dénonça un rassemblement de benêts crédules colportant des ragots.

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On observe le même déséquilibre avec l’accusation de complotisme. Depuis l’élection de M. Donald Trump, de vénérables journaux traquent à longueur de colonnes le moindre « détail troublant » susceptible d’accréditer l’idée d’une machination russe contre la démocratie américaine. Rien ne peut les convaincre. Si un élément vient affaiblir une de leurs théories, ils en échafaudent une nouvelle… comme les sceptiques quant à la « version officielle » du 11-Septembre (5). Qui accuse le New York Times, le Washington Post ou CNN de conspirationnisme ?

Ainsi va la vie des fausses informations sur lesquelles s’édifient des théories du complot. Si elles sont diffusées par des dirigeants politiques ou des journalistes autorisés, on les présente comme de simples erreurs ; on s’excuse, puis on oublie. Mais, quand le mensonge vient d’un obscur site Internet ou d’une officine jugée « extrême », il devient une menace pour la démocratie. On s’offusque de la naïveté d’individus peu éclairés et on leur enjoint de revenir dans le droit chemin.

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Or cette prétention à séparer le bon grain de l’ivraie constitue l’une des sources du problème. Depuis la fin de la guerre froide, les grands médias ont voulu s’arroger le monopole du discours légitime, imposer le cadre du débat, exclure de l’arène publique toute pensée critique, qualifier de populiste ou de démagogue quiconque remettait en cause l’ordre dominant. Ce magistère a fait son temps. Les connivences de plus en plus aveuglantes entre médias, pouvoir politique et milieux d’affaires ont fini par jeter le discrédit sur cette parole officielle. Si les journalistes se montrent empressés avec les puissants au point de taire leurs turpitudes, pourquoi ne mentiraient-ils pas sur autre chose — l’existence d’un vaste complot, par exemple ? Après tout, l’histoire contemporaine est parsemée de machinations véritables, et la vérité fut souvent tapie dans l’ombre…

Les receleurs de conspirations se nourrissent de cette méfiance pour propager leurs fariboles. Un nouveau cercle de la raison tracé par les pourfendeurs des « fausses informations » ne ferait qu’accroître le nombre de leurs clients.

Benoît Bréville

(1Propos tenus respectivement par Mme Fleur Pellerin, alors ministre de la culture, et par Mme Najat Vallaud-Belkacem, son homologue de l’éducation nationale.

(2Vœux à la presse, 3 janvier 2018.

(3« Digital Hydra : Security implications of false information online » (PDF), NATO Strategic Communications Centre of Excellence, Riga, novembre 2017.

(5Lire Aaron Maté, « Ingérence russe, de l’obsession à la paranoïa », Le Monde diplomatique, décembre 2017.

https://www.monde-diplomatique.fr/mav/158/BREVILLE/58515

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