samedi 21 octobre 2017

Information et désinformation, une expérience de journaliste

Avec sincérité et une grande sensibilité, Frédéric Saillot nous parle ici d’une expérience qui est aussi la nôtre : la lutte éprouvante contre la désinformation de la presse traditionnelle. Il s’agissait alors du Kosovo. De la Libye à la Syrie, tant d’autres pays allaient suivre. [ASI]

ARG OTAN YOUGORetranscription de l’exposé de Frédéric Saillot à la conférence sur “La société civile, les médias et le pouvoir”, organisée à Moscou le 2 novembre 2016 par l’Association des Fondations internationales pour la paix, la Fondation des perspectives historiques et l’Université des sciences humaines de Russie, avec le soutien du Syndicat des retraités de Russie.

Source: Eurasiexpress

(...)

 

 

Tout d’abord je voudrais vous dire que mon expérience de la désinformation, dont je vais vous parler aujourd’hui, est une expérience très ancienne, parce qu’une partie de ma famille vient de Russie, via la Pologne. Ce qui fait que comme beaucoup de gens en France, à l’Ouest, qui sont dans cette situation, nous étions sensibles à la façon dont l’information était faite sur ce qui se passait à l’Est, notamment du fait qu’il y avait le mur, il y avait le rideau de fer, il n’y avait pas internet à cette époque-là, et donc nous étions d’une certaine manière formés à la lecture et au décryptage des informations qui nous parvenaient de là-bas, ou qui nous parvenaient “sur là-bas”, avec tous les prismes idéologiques, culturels, etc, que nous avons appris à prendre en compte.

Ce qui fait que lorsque l’éclatement de la Yougoslavie a commencé au début des années 90, c’est avec une extrême méfiance que j’ai reçu les informations qui étaient données sur cette situation, notamment dans le journal Le Monde, que je lisais depuis l’adolescence, qui était un excellent journal d’informations internationales, mais qui à cette époque-là a commencé à donner de fausses informations, de mauvaises informations sur ce qui se passait là-bas, diabolisant notamment les Serbes, leur faisant porter la responsabilité de tout ce qui se passait de conflits d’abord en Croatie, ensuite en Bosnie et enfin au Kosovo.

Toute une génération de journalistes français ont été formés à véhiculer la propagande de l’OTAN dans ces années-là, ce qui explique le diagnostic qui a été porté par certains d’entre vous sur l’état de la presse française.

A cette époque-là j’étais dans l’Education nationale, j’étais professeur de français, dans un milieu très particulier, qui à mon sens est une sorte de goulag idéologique, qui véhicule le politiquement correct, l’information déformée par le politiquement correct, ce qui participe de cette désinformation au sens large – j’en parlerai plus précisément tout à l’heure – qui commence à se faire à cette époque. Jusqu’aux bombardements du Kosovo, qui ont été terribles pour ceux qui avaient un lien avec cette partie de l’Europe, avec les Balkans et avec l’Est en général. Nous étions non pas sous les bombes mais nous ressentions les bombardements de façon très charnelle, très sensible, et nous subissions le matraquage de la presse. Ca a été une période de deux mois et demi qui a été épouvantable et qui a changé la vie de beaucoup de gens à ce moment-là, dont la mienne.

Et c’est en lisant un livre, un roman, le roman de Vladimir Volkoff qui s’intitule L’Enlèvement, que j’ai commencé à lire l’envers du décor. Vladimir Volkoff a écrit ce livre qui se passe en Bosnie, c’est une fiction, mais j’ai su plus tard qu’il avait recueilli l’expérience d’un officier français du renseignement qui avait opéré en Bosnie et qu’il avait aussi recueilli pas mal de témoignages sur ce qui se passait notamment dans les camps dans lesquels les Musulmans enfermaient les Serbes.

En 2003, après avoir vainement lutté contre la réforme de l’Education nationale qui coupe la jeunesse française de ses racines aussi bien historiques que culturelles et littéraires, puisque c’était le domaine que j’enseignais, je décide de démissionner, en septembre 2003, pour m’occuper de ce qui commençait à m’intéresser de plus en plus, à savoir la culture de l’Est et notamment polonaise à cette époque-là.

J’écris un livre, je ne trouve pas à le publier, et en mars 2004 éclatent les émeutes au Kosovo, où la population albanaise, les franges radicalisées de la population albanaise, s’en prennent aux monuments religieux et à la population serbe, faisant des morts et détruisant des villages et des édifices religieux. Recommence à ce moment-là la campagne médiatique qui avait eu lieu pendant les bombardements de 99. Comme je n’ai pas réussi à vendre mon livre et qu’il faut que je trouve quelque chose, et que de toutes façons je suis motivé par un intérêt pour ce qui se passe, et pour vérifier ce qui se dit dans la presse, à savoir : “si on avait donné l’indépendance plus tôt aux Albanais, tout cela ne serait pas arrivé”, je décide d’aller là-bas pour faire un premier reportage qui va me conduire quinze jours au Kosovo et à interviewer un certain nombre d’anciens responsables de la mission  internationale lorsque je rentre du Kosovo.

Je me rends compte alors que ce qui est raconté dans la presse est totalement faux : on raconte dans la presse que les bombardements ont été nécessaires parce que les Serbes s’apprêtaient à faire une purification ethnique des Albanais au Kosovo, je me rends compte qu’au Kosovo des Serbes survivent, ils sont persécutés par la majorité albanaise. Ils ne survivent que grâce à des institutions qu’ils maintiennent comme les écoles, les hôpitaux et certaines municipalités. Par contre, du côté majoritairement serbe, c’est à dire à Mitrovica et au nord de Mitrovica, des Albanais vivent, alors peut-être pas en parfaite bonne entente avec la population serbe, mais ils peuvent y vivre, alors que les Serbes sont chassés du sud de Mitrovica. Leur cimetière est vandalisé alors que le cimetière musulman qui est au nord de Mitrovica, dans la partie serbe, a été respecté, car les Serbes respectent les morts.

Quand je rentre du Kosovo j’essaie de vendre mon reportage qui est, pardonnez-moi mon manque de modestie, relativement bien ficelé, qui me prouve en tout cas à mes yeux que je suis capable de faire un reportage, ce qui n’était pas évident au départ. Je vais alors à la librairie de l’Âge d’homme, à côté de la place Saint-Sulpice, qui est un lieu connu de ceux qui s’intéressaient au monde slave, je parle au passé parce que cette librairie n’existe plus, Vladimir Dimitrijevic qui la tenait et qui était le directeur des éditions de l’Âge d’homme est malheureusement décédé il y a de cela quelques années. Et là je trouve conseil de placer mon article chez B.I.(Balkans Infos) ou chez Spectacle du monde, une revue assez luxueuse, mensuelle, alors que B.I. est un journal de réinformation sur les événements de Yougoslavie depuis 1996. Il a été fondé par Louis Dalmas et par d’autres personnages assez prestigieux comme Vladimir Volkoff que je citais tout à l’heure, le général Gallois, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air française et géopolitologue, ou comme Kosta Christitch, ancien grand reporter au Point pour les Balkans et l’Europe de l’est. Spectacle du monde refuse mon article mais me dit qu’à l’automne 2004 ils allaient me faire commande d’un article pour plusieurs centaines d’euros sur les Albanais du Kosovo, à l’occasion des élections locales dans la perspective de la discussion du futur statut du Kosovo. Donc moi je suis tout content, parce que j’ai pas un sou. Je publie mon article dans Balkans Infos, je fais connaissance de Louis Dalmas qui me reçoit très chaleureusement et au mois de novembre j’ai la commande de l’article par Spectacle du monde sur les Albanais du Kosovo.

J’écris donc un article dans la perspective de la discussion du futur statut, où je montre ce que je viens de vous dire à propos de mon premier reportage et où je dis qu’étant donnée la situation dans cette région, où sévit une mafia très puissante, basée sur l’organisation clanique de la société albanaise, et où la guérilla séparatiste désarmée pour la forme fait régner la terreur, l’indépendance ce sera l’épuration ethnique totale des Serbes qui vivent au sud du Kosovo, ce n’est pas une solution dans la mesure où ils ont déjà beaucoup de mal à y vivre.

Lorsque cet article est publié au mois de janvier 2005, je me rends compte qu’il a été déformé, qu’il a été falsifié, et que sur plusieurs points, Spectacle du monde ajoute des éléments que je n’ai pas écrits et qui sont : les Serbes auraient pratiqué une sorte d’apartheid dans leurs structures parallèles, à savoir que leurs écoles, leurs hôpitaux et leurs municipalités étaient réservés à eux seuls et qu’ils en excluaient les Albanais, et Spectacle du monde excuse d’une certaine manière les émeutes de 2004 en disant qu’il s’agit d’un “nettoyage ethnique à l’envers”, à savoir que les Serbes auraient pratiqué auparavant le nettoyage ethnique, ce qui justifie a posteriori les bombardements de l’OTAN. Donc on me paie l’article plusieurs centaines d’euros et je suis confronté à un choix : soit j’accepte l’article tel qu’il a été déformé par la rédaction de Spectacle du monde sans m’en informer et je conserve un moyen d’exercer une activité dans laquelle je pourrai glisser un minimum de vérité sur les reportages que je ferai, soit je refuse et j’attaque en justice la rédaction de Spectacle du monde mais je m’expose, déjà à un échec, et à une sorte de mise à l’écart sur le plan professionnel. Je suis tellement dégoûté par la façon dont la rédaction a agi, me mettant au pied du mur, m’obligeant à pratiquer un journalisme mercenaire ou de faire autre chose, que je décide d’attaquer en justice la rédaction de Spectacle du monde. Grâce à Louis Dalmas je suis défendu par maître Roland Dumas, et par sa très efficace collaboratrice, maître Agathe Denis, qui obtient la condamnation de Spectacle du monde pour atteinte à mon droit moral d’auteur, jugement confirmé en appel qui fait jurisprudence dans la presse française.

Lorsque l’on pratique le journalisme, on est en effet face à un choix : celui d’accepter ou non la situation que vous imposent les rédactions. Pour Spectacle du monde quelqu’un a dit tout à l’heure que l’oligarque qui détient le groupe Valmonde dont fait partie Spectacle du monde, il s’agit du groupe Dassault, est plutôt favorable à la Russie. Il s’est avéré dans l’enquête que j’ai faite après pour comprendre pourquoi mon article avait été falsifié, qu’il avait été l’objet d’une opération de désinformation : Spectacle du monde entérinait d’une certaine manière les bombardements et  promouvait un parachèvement du règlement de la question yougoslave par la partition ethnique, ce qui était contre les principes affichés des bombardements, qui étaient précisément de défendre le multiethnisme qu’on accusait les Serbes de mettre à mal, alors que les Serbes sont les seuls dans la région à pratiquer un multiethnisme réel, concret, dans les parties où ils vivent.

Je vais conclure en disant qu’après cela, j’ai rencontré Vladimir Volkoff : je lui ai envoyé mon premier reportage, et il m’a tout de suite proposé d’écrire un livre sur les massacres falsifiés de l’histoire, dont Katyn et Racak, pour sa collection sur la désinformation qu’il dirigeait aux éditions du Rocher. J’accepte et je travaille sur le massacre de Katyn. Vous savez tous que c’est un massacre ordonné par Staline, Molotov et ses collègues, et le fait de l’attribuer aux Allemands après la guerre a participé au règlement de Yalta, dans la mesure où, si la vérité avait éclaté sur le massacre de Katyn, à savoir que c’était un crime du NKVD commandé par Staline, il n’aurait pas été aussi facile à Staline d’imposer la domination soviétique sur l’Europe centrale.

Quant à Racak, c’est la façon dont un certain nombre de cadavres sont présentés par la mission internationale, l’OSCE, un petit matin de janvier 99 dans le centre du Kosovo à toute la presse internationale en présentant ces cadavres comme étant le fait d’une épuration ethnique pratiquée par les troupes serbes dans un village albanais, les morts sont présentés comme des villageois assassinés. Et cette désinformation, parce qu’il s’agit d’une désinformation, je vais un peu vite mais c’est au terme d’une véritable enquête journalistique que je suis arrivé à cette conclusion, cette désinformation devait servir à un casus belli pour faire entrer l’aviation de l’OTAN en action. Je fais une enquête très poussée, notamment grâce à Renaud Girard, qui est grand reporter au Figaro, une des rares exceptions dans le paysage médiatique français. Il me briefe sur ce qui s’est réellement passé à Racak dans la mesure où il y avait un journaliste présent le jour de la prétendue descente de l’armée serbe pour y assassiner des villageois, alors qu’il s’agissait de combats à proximité contre une unité séparatiste, il s’agit de Christophe Châtelot du journal Le Monde. Renaud Girard apprend qu’il était ce jour-là à Racak, et il l’incite à témoigner. Il se trouve qu’il y avait aussi une équipe de télévision ce jour-là AP (Associated Press) TV news. Donc je me rends compte qu’on a affaire à une véritable opération de désinformation.

Car la désinformation ce n’est pas seulement dire autre chose que la vérité, ça n’est pas seulement dire une vérité biaisée, comme on le conçoit généralement, c’est une véritable opération qui est sourcée dans l’Etat qui la réalise à l’aide de ses services, qui utilise le média de la presse internationale de façon à convaincre l’opinion publique. Vous savez que dans les démocraties, lorsqu’une décision stratégique est à prendre, il faut que l’opinion publique adhère à la décision qui va être prise, comme aujourd’hui on cherche à faire croire que la Russie et Assad massacrent la population syrienne de façon à justifier une intervention des forces occidentales. Donc en investiguant sur le cas Racak, je me suis rendu compte que la CIA, pour ne pas la nommer, était intervenue dans la polémique qui a surgi au lendemain du “massacre de Racak” et du témoignage des journalistes français, pour faire passer cette désinformation, au sens fort du terme.

Eurasiexpress

Publié le 5 novembre 2016

Source: http://www.eurasiexpress.fr/information-et-desinformation-une-experience-de-journaliste/
http://arretsurinfo.ch/information-et-desinformation-une-experience-de-journaliste/

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Migrants et médias, Macron tient ses promesses, approbation discrète

Promesses tenues ! Avec discrétion. Une nouvelle sobre tombe sur les prompteurs des salles de rédaction le 9 octobre 2017 peu avant minuit. Le Figaro et Le Point sont les premiers à réagir en ligne : « La France va accueillir 10 000 réfugiés » d’ici 2019. Comment cette nouvelle est-elle relayée dans les médias entre le 9 et le 12 octobre ?

ARG MIGRANTS OJIMLe sujet est évidemment très sensible

La question se pose ou devrait se poser tant le sujet des migrants est sensible depuis deux ans. Chacun ayant pris conscience des omissions volontaires relatives à l’origine de la majorité des migrants. Omissions au niveau de l’Union Européenne et des États, largement relayées par une presse sous influence. Tous l’affirmaient comme un seul homme : les migrants seraient tous des « réfugiés ». Des personnes obligées de fuir des pays en guerre que nous aurions le devoir d’accueillir. Il s’agissait pourtant et avant tout d’hommes jeunes, migrant pour des raisons économiques. L’Europe aurait un tel besoin de bras jeunes, masculins et corvéables, qu’un petit mensonge… La donne a un peu changé : un effet des récentes élections, en France comme en Allemagne. Nombre d’observateurs le notent, par exemple en France : la transformation du paysage ethnique des villes ne va pas sans poser de problèmes. Alors, comment maintenir la fable ?

Les faits ? La France va ouvrir 10 000 places

L’information tombée le 9 octobre au soir et relayé ensuite jusqu’au 12 octobre ? Le Figaro a dégainé le premier, suivi de peu par Le Point : « La France va démarrer “dans les prochaines semaines” des missions au Niger et au Tchad pour identifier des personnes pouvant bénéficier du droit d’asile, sur des listes proposées par le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (HCR), a annoncé Emmanuel Macron lundi. Ces missions menées par l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) visent aussi à “mieux prévenir la situation depuis le Niger et le Tchad pour prévenir un afflux de migrants économiques” non éligibles au droit d’asile, a expliqué le président, après avoir reçu à l’Élysée le président du HCR, Filippo Grandi. Au total, la France “ouvrira sur les deux prochaines années 10.000 places” pour ces réfugiés “réinstallés” depuis le Niger, le Tchad, mais aussi de Turquie, du Liban et de Jordanie, a annoncé le président ». C’est à peu de différences près ce que l’ensemble des médias relaient dans les jours suivants. Peu de choses, mais des nuances de taille.

Un seul mot vous manque et tout est…

Dès le 10 octobre, le mot « réfugiés » apparaît sur les sites de la plupart des médias. Il est parfois, mais rarement, remplacé par l’expression « migrants réinstallés ». BFMTV répercute l’information telle que fournie par la présidence de la République, introduisant cependant une première nuance de taille. D’après la chaîne d’informations en continue, ce sont toujours des « réfugiés » et non des migrants – mais ce sont aussi des « réfugiés supplémentaires ». Ce que l’immense majorité des autres médias passe sous silence. Par contre, à l’instar de l’ensemble des journaux, la chaîne répercute aussi l’élément de langage voulu par l’Élysée, sans esprit critique : il s’agit de « prévenir l’afflux de migrants économiques ». Cet élément de langage est présent dans tous les médias : de Franceinfo au Monde en passant par La Croix ou RFI. L’information est rarement dans les pages papier des quotidiens, jamais en Une. Sur les sites internet surtout. Une information de peu d’importance en somme. Résumons-nous : La France s’engage à accueillir 10 000 « réfugiés », autrement dit des personnes menacées pour cause de guerre, en plus de ceux déjà prévus – mais cela on ne le dit pas. Et ces « réfugiés » sont accueillis dans le but de restreindre l’arrivée de migrants économiques sur le territoire français. La pensée du président semble en effet bien complexe.

Complexe ? Comme une entourloupe ?

Ainsi, tout semble fait pour ne pas inquiéter une population française qui montre des signes d’agacement devant les flux migratoires. Ce n’est pas la réalité de l’inquiétude ou du risque accru de tensions que les médias relaient. Plutôt la simple parole officielle du président et de son gouvernement. Ainsi, en prolongement de l’annonce d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a indiqué dans un communiqué que 3000 de ces migrants seront « issus des missions avancées de Ofpra au Niger et au Tchad ». Autrement dit : un tiers des « réfugiés » sont des réfugiés. 70 % seront des migrants ne venant pas d’espaces sous tensions. Le 10 octobre, lors des matinales de France Inter ou d’Europe 1, ce sont les mêmes éléments de langage. L’information disparaît ensuite des médias, et n’est du reste pas relayée par les principaux hebdomadaires en fin de semaine – ni dans L’Obs ni dans L’Express par exemple. Seuls les versions internet des hebdomadaires et quotidiens papier s’en sont fait l’écho. Une information reléguée au second plan pour cause de Catalogne et de mouvements sociaux ?

Conclusion ?

L’État français va accueillir plus de migrants que prévu et continuer d’imprimer dans l’opinion publique cette idée que la majorité d’entre eux sont des « réfugiés ». Avec l’aide de médias qui ne s’interrogent ni sur les éléments de langage fournis par le pouvoir politique ni sur la réalité du terrain, autrement dit sur ce qui est vécu par les populations amenées à concrètement accueillir ces migrants. Tout se passe comme si pouvoirs politiques et médiatiques avaient entériné ce fait que les migrations seraient devenues la norme. Une prétendue norme jamais questionnée par les médias. Par contre, le 12 octobre L’Obs se pose d’autres questions urgentes : « Pourquoi les nationalismes progressent ? » ou « Qui veut la peau d’Anne Hidalgo ? ». Drôle d’époque pour une presse qui ne paraît plus à même de faire de liens entre différents faits, ni de hiérarchiser les informations par rapport au Pays réel. À moins que ce ne soit délibéré ?

https://www.ojim.fr/migrants-medias-macron-tient-promesses-approbation-discrete/?utm_source=Newsletter&utm_campaign=a317b1bbf7-mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_ca15a58a97-a317b1bbf7-71509009


 

BASE 14 995X225Quelle que soit l'opinion qu'on ait sur les questions migratoires, force est de constater une fois de plus que la presse en France n'est pas l'expression d'une information diversifiée et pluraliste mais fonctionne avant tout au service de la communication des pouvoirs en place. Quitte à se décrédibliser toujours un peu plus. Voire déservir la cause défendue en renforçant l'agacement des lecteurs. Une telle stratégie ne peut fonctionner qu'avec des subventions, échange de bons procédés...  P.G.

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jeudi 19 octobre 2017

Sept idées fausses sur les médias

Les gardiens de nos médias CAC 40 ont une rhétorique bien rodée pour se garder de toute critique, et continuer à passer pour des héros des libertés publiques tout en oeuvrant à verrouiller le système d’information français. Demi-vérités, mythes éculés ou mensonges éhontés, certains de leurs arguments s’avèrent hélas encore très efficaces auprès du public. Voici comment s’armer intellectuellement contre ces pseudo-évidences en sept leçons.

ARG LIBERTE PRESSELes journalistes ont-ils trahi, au sens où Julien Benda pu parler en son temps d’une trahison des clercs ? On pourrait le penser, à voir avec quelle ardeur certains d’entre eux défendent les pouvoirs en place, mordent les mollets des quelques réfractaires, et se satisfont globalement d’un fonctionnement où leurs seuls interstices de liberté sont pourtant condamnés à demeurer sans vraie portée. L’idée de trahison est toutefois peu adaptée, la plupart des journalistes n’ayant pas une claire conscience de l’idéal professionnel qu’ils sacrifient en se faisant les défenseurs d’un système des médias devenu profondément vicieux dans son fonctionnement, et dangereux dans ses implications démocratiques. La plupart n’agissent pas avec l’intention de nuire. Eux-mêmes sont en effet devenus, via l’instruction reçue dans les écoles de journalisme, ou la formation sur le tas dans les open spaces des rédactions contemporaines, le produit d’une vision javélisée de ce métier qui ne leur permet plus d’accéder au sens que celui-ci pouvait avoir, lorsque la grande presse d’opinion existait encore. Accompagnateurs enthousiastes de la ruine de leur profession, beaucoup de journalistes ont l’impression sincère de défendre un système actionnarial certes pas parfait, mais suffisamment bon, au sens où la psychanalyste Mélanie Klein, parlait de soins maternels suffisamment bons pour ne pas trop amocher un psychisme. Lorsqu’ils interviennent dans l’espace public pour patrouiller en faveur de leurs actionnaires, qualifier de complotistes les détracteurs d’un système d’information gardienné dans sa quasi-totalité par les entreprises du CAC 40, et certifier la liberté d’expression dont ils jouissent, certains d’entre eux ont même réellement le sentiment de s’inscrire dans un glorieux combat historique en faveur de la vérité des faits. Si on les attaque, n’est-ce pas d’ailleurs le signe qu’ils gênent ? Si on les malmène dans les meetings, si on les insulte sur les réseaux, n’est-ce pas la preuve qu’ils ont mis leurs pas dans les traces des deux Albert, Londres et Camus ?

A cela, ajoutons que l’idée de traîtrise ne convient pas davantage à la sociologie nouvelle de ce métier, aux nouvelles lignes de front que celle-ci commence malgré tout à esquisser, et aux espoirs qui peuvent tout de même en naître. Plutôt que des Judas, beaucoup de journalistes sont en effet désormais des estropiés de ce système. Si on laisse de côté la fine pellicule des éditorialistes surpayés et fanatiquement dévoués à la perpétuation de ce dernier, la précarisation galopante de la profession est désormais une réalité. Il s’agit désormais d’un milieu où, pour parler crûment, on peut obtenir la sacro-sainte « carte de presse », et donc être déclaré journaliste professionnel, pour un revenu mensuel correspondant à la moitié d’un Smic. Lorsque l’on sait que, malgré cela, le nombre de cartes de presse a pour la première fois reculé en France depuis 2015, cela en dit long sur la réalité salariale d’un métier que la destruction en cours du code du travail va bien sûr encore considérablement contribuer à dégrader. Ainsi beaucoup de journalistes sont-ils en train de changer de classe, c’est un fait. Seulement voilà, même chez ces gens-là, et à cet égard la puissance de l’idéologie ne laisse pas d’impressionner, vous en trouverez encore très peu à cette heure pour remettre en question le système général de possession des médias pourtant en grande partie responsable de leur situation. Ou pour quitter le domaine de la plainte purement locale, et réclamer autre chose que des « chartes éthiques », c’est-à-dire de bonnes paroles de leurs actionnaires, des promesses vertueuses de non-intervention, et autres airs de flûte grandioses qui n’engagent que ceux qui les écoutent.

Autant de raisons pour lesquelles, aujourd’hui, il est plus que jamais important d’identifier les différentes idées fausses qui empêchent le public de prendre conscience de la nécessité de s’emparer de la question des médias, et d’en faire une question politique prioritaire. Ces verrous-là, je viens de le dire, ils sont souvent entretenus par les journalistes eux-mêmes. Parfois ce sont de pseudo-évidences en réalité erronées, parfois des mensonges éhontés, parfois des mythes consolateurs pour la profession, mais tous ont en tout cas un très fort pouvoir de neutralisation, et entretiennent le public dans l’idée que finalement, il y a quelques brebis galeuses dans ce métier, mais que globalement tout ne va pas si mal, que tout pourrait même être pire, et surtout que l’on ne voit pas comment cela pourrait aller beaucoup mieux. J’en ai listé sept au total. Il est absolument indispensable d’avoir ces sept idées trompeuses en tête, et de s’armer intellectuellement face à elles. Car désormais, c’est bien le drame, nous ne retrouverons pas une véritable vie démocratique tant que, d’une façon ou d’une autre, la situation dans les médias n’aura pas été déverrouillée.

1/ Première idée fausse : les actionnaires de médias « n’interviennent » pas

Ils n’exigent rien des directeurs de rédaction, qu’ils ont pourtant choisis pour la plupart, parmi les plus zélés du cheptel. Ils découvrent donc dans le journal, comme n’importe quel lecteur, le travail de leurs soutiers qui, par une espèce d’harmonie préétablie leibnizienne, se trouve être à l’unisson de leur vision du monde. Ainsi les actionnaires de médias, Bernard Arnault, Xavier Niel, Patrick Drahi et les autres, seraient donc les seuls actionnaires, tout secteur confondu, à n’attendre aucun retour sur investissement d’aucune nature, et ce en dépit d’injections substantielles de fonds dans une activité notoirement déficitaire.

Alors évidemment, c’est une insulte à l’intelligence des gens. Mais c’est pourtant un discours couramment tenu, et pas seulement par les managers de ces groupes, par les journalistes eux-mêmes, dont certains ferraillent dur sur les réseaux sociaux pour défendre l’incorruptibilité de leurs patrons. Ainsi, pour ne prendre que des exemples récents, on a pu entendre le directeur général de BFM TV expliquer dans une récente édition de « Complément d’enquête » sur France 2 qu’il avait rencontré une seule fois Patrick Drahi dans sa vie. Etait-ce vraiment la question ? Ou encore, on a pu voir le responsable du Decodex au journal « le Monde », sorte d’index Vatican mis au point par un organe de presse privé pour trier les sites fréquentables des poubelles de l’information, expliquer que les actionnaires ne les appelaient pas, je cite, avant la parution des papiers, affirmation à la fois peu contestable et puissamment comique. Mais l’on a pu aussi voir le même personnage batailler inlassablement sur les réseaux pour se porter garant du fait qu’aucun de ses patrons n’avaient jamais soutenu publiquement la candidature de Jupiter redux Macron (ce qui est factuellement faux), et que des chartes d’indépendance intraitables leur servaient en tout état de cause de ceinture de chasteté éditoriale (ce qui est simplement ridicule). Il semblerait en tout cas que cela suffise à rassurer pleinement ledit responsable du Décodex quant à la marche vertueuse du système, ce qui au minimum ne témoigne pas d’une grande curiosité de la part d’un « décodeur » professionnel.

L’actuel directeur de la rédaction de ce même quotidien, « Le Monde », a aussi pu, dans un éditorial publié à l’occasion de la mort d’un de ses actionnaires, Pierre Bergé, assimiler les gens qui prêtaient la moindre influence sur la ligne aux actionnaires à des « complotistes ». Face à ce verrou-là, les gardiens des médias ne prennent même pas la peine de répondre par des arguments. Ils se bornent à discréditer les personnes, voire à les psychiatriser. Car qu’est-ce qu’un complotiste sinon un paranoïaque et un malade mental à la fin des fins ? On voit en tout cas à quel point il est important pour le système de neutraliser tout individu cherchant à révéler au public le poids que pèsent les actionnaires de médias sur la vie d’un journal, et le genre de catastrophe démocratique qu’ils peuvent organiser à l’échelle d’un pays quand leurs vues convergent, c’est-à-dire très souvent, notamment quand le coût du travail est en jeu. Il est pourtant assez évident que dans une société démocratique, où le suffrage universel existe encore, et cela même s’il est en passe de devenir une farce organisant l’impuissance collective, le contrôle capitalistique des médias est une question politique cruciale. Il est évident que ce constat-là n’a rien à voir avec un propos conspirationniste, et que prêter des arrière-pensées aux géants des télécoms quand ils investissent dans les médias n’a rien à avoir avec le fait d’être agité par les Illuminati ou une quelconque autre société secrète horrifique du type Skulls and Bones. Celui qui ne comprend pas cela, le responsable du Decodex par exemple, est-il équipé dans ces conditions pour décoder quoi que ce soit au champ de pouvoir capitalistique extraordinairement violent dans lequel il se meut semble-t-il en toute inconscience? On peut au moins se poser la question.

Tout cela est d’autant plus inquiétant à observer que ce qui se passe chez nous aujourd’hui s’est produit il y a exactement vingt ans aux Etats-Unis avec des conséquences dramatiques quant à l’indépendance de la presse et à la persistance même de l’existence d’un espace public. L’ex-rédacteur en chef du « Chicago Tribune », James Squires, un ancien Prix Pulitzer qui rompit avec le système et en fit un livre (1), soutenait ainsi en 1993, que la prise de contrôle intégrale des médias par les grandes compagnies états-uniennes avait entraîné la « mort du journalisme », je cite ses mots. En deux décennies, ainsi qu’il l’établissait, la mainmise de la « culture Wall Street » sur les médias, soit l’équivalent de notre presse CAC 40, avait réussi à détruire entièrement les pratiques et l’éthique de ce métier, réduisant les responsables de journaux à être des cost killers plutôt que des intellectuels, des managers plutôt que des artisans de l’intelligence collective. James Squires, un autre indécrottable paranoïaque sans doute.

Je citerai pour finir sur ce point Robert McChesney, autre spécialiste de ces questions aux Etats-Unis, notamment auteur d’un texte aussi alarmant qu’important paru en 1997, qui s’intitulait « Les géants des médias, une menace pour la démocratie ». McChesney y énonçait la chose suivante, dont on aimerait qu’elle devienne un jour une évidence, au moins pour les gens de bonne volonté: « L’idée que le journalisme puisse en toute impunité présenter régulièrement un produit contraire aux intérêts primordiaux des propriétaires des médias et des annonceurs est dénuée de tout fondement. Elle est absurde ».

2/ Deuxième idée fausse : on ne peut pas se passer de ces grands capitaux privés

Ils ont même sauvé la presse, entend-on ad nauseam, dans la bouche des factoctums qui sont leurs relais dans les médias. Seule l’injection massive de capitaux qu’ils ont pratiquée était en mesure de venir à bout des gouffres financiers créés par le journalisme, corporation inefficace et passéiste. Dans le même ordre d’idées, on vous dira que ça se passe pareil à l’étranger. Regardez les Etats-Unis, voyez Jeff Bezos qui a racheté le Washington Post, impossible de ne pas en passer par là, on vous le dit. Or tout cela est en réalité inexact. Et l’on oublie aussi soigneusement au passage de rappeler que ledit patron d’Amazon a commencé à s’intéresser au vénérable Post quand il s’est trouvé dans le viseur de l’administration fédérale, autant pour sa sale manie de contourner l’impôt, qu’en raison des pratiques monopolistiques de sa compagnie.

L’irruption d’Internet, de Google et autres Gafas, a bien sûr changé les équilibres financiers de la presse, c’est une évidence. Mais elle n’a pas créé les problèmes financiers de la presse. Il faut en avoir conscience, le financement a toujours été un problème pour cette dernière : le web n’a rien introduit de nouveau sur ce point, contrairement à ce qu’on tente de faire croire au public pour justifier l’injustifiable, à savoir le contrôle intégral de l’espace public par de grands conglomérats. Ainsi « l’Humanité » fondée en 1904 avait déjà des problèmes d’argent, et plus tard, aux lendemains de la guerre, « Le Monde » et « Combat » connurent eux aussi régulièrement de très mauvaises passes financières. Leurs fondateurs allèrent-ils pour autant se jeter aux pieds des grands industriels, tendirent-ils la sébile auprès de banquiers d’affaires déjà à l’affût de leur dépouille ? Evidemment non, je les citerai sur ce point. Jaurès au sujet de « l’Humanité » : « Toute notre tentative serait vaine si l’entière indépendance du journal n’était pas assurée et s’il pouvait être livré, par des difficultés financières à des influences occultes ». Notons au passage que celui-ci, pour qualifier les intérêts industriels pesant sur la presse parlait « d’influences occultes ». Sans doute Jaurès était-il la proie de tentations complotistes, écrirait aujourd’hui le directeur du Monde. Mais l’on pourrait aussi citer Hubert Beuve-Méry, exactement dans la même veine, cinquante ans plus tard: « Bien que les journaux ne soient pas toujours prospères, tant s’en faut, l’argent sous une forme ou sous une autre, ne cesse d’affluer. Comment expliquer que tant de gens aient tant d’argent à perdre, et d’où peut donc provenir cet argent ? ». On sent également derrière cette dernière formule interrogative une forte pente au complotisme le plus débridé, soupçonneraient aujourd’hui les nouveaux responsables de son propre journal.

Ainsi, si les géants des télécoms, Xavier Niel et Patrick Drahi, ont désormais élu pour terrain de jeu les médias depuis les années 2010, ce n’est pas parce qu’eux seuls étaient en état de supporter les coûts soi-disant astronomiques de la presse. C’est parce qu’ils y avaient un intérêt stratégique majeur, et que, avec la complicité du pouvoir politique, et à la faveur d’un affaiblissement de la culture démocratique chez les journalistes autant que chez les citoyens, ils ont commis un véritable raid sur la circulation des opinions dans notre pays. Là encore, tournons nos regards vers les Etats-Unis, où les géants des télécoms comptent également parmi les groupes de pression les plus redoutés et les plus influents de tous ceux qui cherchent à avoir les faveurs du Capitole. Une fois encore, je le répète, nous vivons avec vingt ans de retard le désastre du journalisme américain, et nous en franchissons patiemment toutes les étapes, commettant les mêmes erreurs.

Dernière remarque sur cette affaire de financement. Pour ce qui est de la faisabilité de lancer un titre sans ces magnats des télécoms, du béton ou de la banque d’affaires, nul besoin d’épiloguer davantage. Après tout, la création d’entreprises de presse en ligne comme Mediapart, devenu en moins de dix ans l’une des plus lucratives et actives rédactions du pays, est de facto une preuve que le désir des lecteurs peut suffire à faire vivre un titre, même si cela ne va pas sans épreuves. La liberté ne va jamais recréer sans ses propres servitudes.

3/ Troisième idée fausse : critiquer les médias c’est attaquer les personnes

On connaît cette forme de chantage grossier, hélas très commun, j’en rappellerai la teneur. Dès que les médias se voient mis en cause, ils brandissent le rayon paralysant: les journalistes font de leur mieux, certains travaillent très bien, avec les meilleures intentions du monde, si vous persistez à dénoncer agressivement le système de financement des médias, vous aurez des journalistes agressés sur la conscience demain. Variante de l’argument : critiquer les médias, c’est déjà avoir un pied dans le fascisme ou le bolivarisme – vice politique presque plus grave encore.

Ce chantage est inacceptable pour plusieurs raisons.

D’abord, il est pernicieux de faire reposer sur des individus, leur résistance et leur intégrité isolées, le devoir de contrebalancer la puissance de groupes entiers. Quand le CAC 40 a fait main basse sur les médias, quand toutes les chaînes d’informations en continu pesant de tout leur poids sur une présidentielle sont entre les mains d’un Drahi et d’un Bolloré, on ne peut pas se contenter de dire : il y a des petites mains qui travaillent très bien dans leur coin, certains journalistes ont une vraie éthique, il n’y a pas que des idiots utiles ou des vendus. Nul n’en doute à vrai dire, mais ce n’est pas la question. On ne peut pas tabler sur l’héroïsme ordinaire d’un salarié, si tant est qu’il soit praticable, pour aller à l’encontre de l’orientation politique générale de ses employeurs, supérieurs hiérarchiques et autres bailleurs de fond. D’autant moins que les réductions d’effectifs drastiques dans la presse, en dégradant le marché de l’emploi pour les journalistes, ont totalement déséquilibré le rapport de force avec les directions. Là encore, comme aux Etats-Unis dans les années 90, l’autonomie de la profession est en passe d’être détruite par le chantage à l’emploi.

C’est donc au niveau systémique qu’il faut agir, les individus ne peuvent rien seuls contre des forces aussi écrasantes. Une poignée de journalistes, même de valeur, est nécessairement impuissante face à la marée montante de leurs confrères qui, eux, acceptent les règles du jeu, et produisent un journalisme insipide défendant les intérêts de l’oligarchie. Tout au plus cette petite poignée de gens à la sensibilité politique différente peut-elle ponctuellement servir d’alibi, mais elle est en réalité toujours maintenue dans la position du minoritaire. Or, par définition, un alibi ne débloque jamais le système. Tout au contraire, il sert de force d’ajustement pour empêcher que le système ne soit un jour débloqué.

Ensuite, ce sont précisément dans les pays où l’on a laissé la culture démocratique se dégrader constamment, que les journalistes se voient aujourd’hui emprisonnés, comme en Turquie, victimes « d’agressions de rue », comme on dit pudiquement en Russie, voire d’assassinats. C’est justement dans les pays où le despotisme de l’argent et de l’Etat a à ce point gagné la bataille qu’il n’a plus rien à redouter de la justice, que ces choses-là arrivent. A l’inverse de ce qu’on nous raconte pour dissuader toute critique, c’est donc précisément afin de garantir à l’avenir la sécurité des personnes qu’il faut se battre aujourd’hui pour sauver l’indépendance des médias.

 4/ Quatrième idée fausse : la diversité existe, « les médias » ça n’existe pas

Combien de personnes pour vous dire hardiment, et parfois même de bonne foi : on peut tout de même choisir entre « le Figaro », « les Echos » ou « Libération », et leurs lignes ne sont pas les mêmes, voyons ! Ou encore : « Moi je pioche ici et là, je fais mon marché à différentes sources, je suis informé de manière tout à fait pluraliste ». Les mêmes vous diront généralement qu’ils le sont au demeurant gratuitement. Et les journalistes d’abonder : « les médias » en soi ça n’existe pas, entre autres bla-blas. Evidemment c’est illusoire là encore. Il y a même ici plusieurs erreurs encastrées l’une dans l’autre à vrai dire.

Première remarque à ce sujet : si vous ne payez pas, c’est que quelqu’un d’autre, quelque part, paye à votre place pour que vous ayez ce que vous lisez sous le nez, et il s’agit généralement d’annonceurs. Or les annonceurs ont tendanciellement les mêmes intérêts politico-oligarchiques que les actionnaires des médias. Donc il se trouve qu’en vous informant uniquement à l’oeil, non seulement vous détruisez les chances de survie d’un journalisme de qualité, mais en plus vous contribuez à renforcer l’homogénéité idéologique de l’information produite.

Plus généralement, lorsque les médias appartiennent à des groupes d’affaires, il existe toutes sortes de sujets sur lesquels leur communauté de vue est totale. Sur la loi Travail XXL par exemple, vous n’aurez pas de vision différente si vous lisez les « Echos » de Bernard Arnault, ou « le Figaro » de Serge Dassault, ou « L’Obs » de Monsieur Niel, ou « le Point » de Monsieur Pinault, hebdomadaire de la droite libérale dont l’un des éditoriaux de rentrée commençait par la phrase suivante : « Emmanuel Macron est notre dernier espoir ». Tous propagent comme par enchantement les mêmes idées quand la restriction du droit des salariés et le montant des dividendes actionnarial est en jeu. L’existence même d’un phénomène politique comme Emmanuel Macron, véritable media darling de toute cette presse CAC 40 pendant la présidentielle, prouve que ce qu’on appelle la « diversité » idéologique de ces titres est bidon. La possibilité même de quelque chose comme le macronisme a révélé la vérité définitive sur cette affaire : la droite LR et la gauche PS étaient en réalité deux factions d’un même « parti des affaires » qui vient officiellement de se réunifier.

On pourrait bien sûr citer d’autres exemples que celui de la réforme du code du travail pour illustrer le fait que, via leurs médias, les milieux d’affaires réussissent à vitrifier l’opinion publique sur certains sujets cruciaux lorsqu’ils le veulent. Ainsi en France après 2005, on a assisté à une neutralisation complète de la question européenne après le référendum, où le peuple s’était pourtant prononcé clairement. L’euroscepticisme, invariablement criminalisé dans l’ensemble des médias, a rendu cette discussion entièrement « taboue » dans le débat public, au mépris de la démocratie la plus élémentaire. C’est la raison pour laquelle lorsque, participant à certains plateaux de télévision, vous entendez des journalistes entièrement ventriloqués par ces mêmes milieux CAC 40, aller jusqu’à remettre en question l’idée d’un « système » médiatique, et qualifier bien sûr au passage cette représentation de « complotiste », il y a là de quoi rire longtemps, et même très longtemps.

Autre argument fréquemment entendu pour ménager l’idée de pluralité et démentir le fait que les journalistes pencheraient systématiquement du côté de la ligne néolibérale de leurs actionnaires… L’idée selon laquelle les journalistes seraient plutôt spontanément rebelles à l’ordre établi. L’idée selon laquelle les journalistes auraient des affinités électives « de gauche », et seraient notoirement « liberals » comme on dit aux Etats-Unis. Ce point est important, car il constitue également un verrou très puissant du système. La perversité de la chose c’est bien sûr de faire mine de confondre les opinions sociétalement de gauche, mollement pro-migrants, favorables aux libertés publiques, ou encore gay friendly, et les opinions politiquement de gauche, anticapitalistes, « radicals » comme on dit aux Etats-Unis.

Les premières ne gênent en rien l’actionnariat, qui aura plutôt tendance à les encourager. Cette comédie du journalisme spontanément « de gauche » est même nécessaire à la bonne marche du système. Elle fournit en effet, je citerai une fois encore Robert McChesney sur ce point, l’apparente « preuve de l’existence d’une opposition loyale ». L’illusion qu’il existe encore un journalisme combatif, animé par de puissantes valeurs démocratiques. Ainsi a-t-on pu voir au cours de l’été 2017 pas moins de 20 sociétés des rédacteurs, parmi lesquelles les plus macroniennes d’entre toutes, s’assembler bruyamment pour se plaindre du fait que l’Elysée entendait désormais choisir les reporters embedded avec le Président Macron. Quels maquisards ! Quelle prise de risque ! Il fallait certes le faire, marquer le coup, mais typiquement c’est le genre de posture qui non seulement ne nuit en rien au système général, mais induit à tort l’idée que les journalistes restent des vigies de la démocratie. Je laisserai chacun juge de la réalité sur ce point.

Dans le même esprit qui prête aux journalistes des médias mainstream une vision culturellement « de gauche » sur le plan des libertés publiques, vous trouverez bien sûr aussi toute la droite dure, leurs trolls et leurs pantins médiatiques, qui voient derrière chaque journaliste, homme ou femme, une « gauchiasse » ou une « journalope », oeuvrant dans les « merdias » contre les intérêts supérieurs de la nation. Chacun a déjà croisé ce vocabulaire délicieux sur les réseaux sociaux. Evidemment, il s’agit là encore d’un leurre complet. Dans cette affaire, la droite extrême joue ni plus ni moins que le rôle « d’idiote utile » du milieu des affaires. Ainsi les Zemmour, Finkielkraut ou les Elisabeth Lévy vous expliqueront que tous les journalistes sont de gauche. Ce n’est même pas un mensonge dans leur bouche. C’est une croyance qu’ils ont. Une persistance rétinienne, résistant à toute expérience. Il est vrai que, vu du Sirius réactionnaire, toute personne qui ne milite pas pour jeter les Arabes à la mer est à mettre dans la catégorie « gauchiasse ». De Jean-Luc Mélenchon à Pierre Arditi en passant par Harlem Désir, le monde est ainsi peuplé de « gauchiasses ». Sauf qu’il est bien évidemment grotesque de soutenir en 2017 que la population journalistique penche massivement à gauche.

Bien au contraire, on ne compte quasiment plus aucun journaliste « radical » au sens américain dans ce pays. Ils ont tous été éliminés, placardisés, et l’on trouve même toutes sortes de tricoteuses sur les réseaux sociaux pour trouver ça parfaitement normal puisque ce sont, je cite, des « extrémistes ». Cette affaire de journalistes aux humeurs spontanément « de gauche » est donc une commode imposture, qui arrange en réalité beaucoup de monde. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si beaucoup de salariés de la presse la plus néolibérale exhibent fièrement ces insultes comme une légion d’honneur sur les réseaux sociaux – retweetant même frénétiquement la moindre injure à eux adressée par le plus insignifiant troll lepéniste. Cette comédie flatte leur amour-propre et, au passage, protège leurs actionnaires.

5/ Cinquième idée fausse : les journalistes doivent être neutres

C’est le premier commandement enseigné dans les écoles de journalisme. Au harem des idées, le journaliste est nécessairement cantonné dans le rôle de l’eunuque. Il doit rester neutre. Sinon c’est un militant, et ce n’est pas bon pour son avancement, pas du tout même. Militant, ça sent le couteau entre les dents, l’intransigeance, voire l’agenda secret. Si le journaliste a des combats, ça ne peut donc être soit que de grandes généralités concernant les libertés publiques, qui souvent hélas ne mangent pas de pain, soit le fact checking compulsif qui tient trop souvent lieu de seule colonne vertébrale aujourd’hui à la profession, de « Décodeurs » en « Désintox ». Entre les deux, on observe un véritable trou noir des combats admissibles. Alors ce point-là est évidemment très important. Et mon propos ne sera pas en la matière de renvoyer chacun à « sa » vérité, ou à sa commune absence d’objectivité. D’abord parce que la vérité est une, factuellement parlant, il faut tout de même partir de là. Ensuite parce que c’est un très mauvais angle d’attaque sur cette question. Ce dont il faut se convaincre, au contraire, c’est que l’on peut à la fois respecter scrupuleusement les faits et avoir des combats véritables. On met dans la tête du public et des journalistes en formation que c’est inconciliable, qu’engagement et scrupule factuel sont incompatibles. Mais ce puissant verrou mental-là, il faut le faire sauter d’urgence justement. Seule notre presse contemporaine, revenue peu à peu dans le poing du capital depuis la Libération, tend à rendre ces deux choses inconciliables.

J’en appellerai à nouveau sur ce point au Jaurès de « l’Humanité ». Ce qui frappe en relisant son premier éditorial, c’est de quelle façon sa très haute conception du journalisme nouait le souci de l’exactitude factuelle à la radicalité de l’engagement, sans que les deux choses apparaissent nullement comme contradictoires. Extrait : « La grande cause socialiste et prolétarienne n’a besoin ni du mensonge, ni du demi-mensonge, ni des informations tendancieuses, ni des nouvelles forcées ou tronquées, ni des procédés obliques ou calomnieux. Elle n’a besoin ni qu’on diminue et rabaisse injustement les adversaires, ni qu’on mutile les faits. Il n’y a que les classes en décadence qui ont peur de toute la vérité. » Il n’y a que les classes en décadence en effet qui diabolisent les adversaires, qui trafiquent la vérité continûment sous couvert de chasse aux fake news, qui parlent Venezuela quand on leur parle droit du travail. Ce texte d’il y a plus de cent ans devrait être une source d’inspiration constante, aux antipodes de l’idéologie journalistique contemporaine qui revendique à l’inverse une neutralité absolue, une absence totale d’engagement partisan. La chose dissimulant au demeurant le plus souvent la mise en place d’un contrôle politique violent.

Je terminerai sur ce point en rappelant que cette idéologie de la neutralité a une histoire qui est consubstantielle à celle de la presse sous perfusion capitalistique. Aux Etats-Unis, elle naît avec les écoles de journalisme, et cela dès les années 1920. Le journaliste professionnel diplômé est censé acquérir un système parfaitement « neutre » de valeurs – mais évidemment, la grande maestria de ces écoles, c’est d’arriver à faire passer les médias « capitalistes friendly » pour la seule source objective, et de leur fournir au passage les petits soldats adéquats à cette tâche. Il faut observer que ce journalisme-là a pleinement et activement contribué à la dépolitisation entière de la société américaine. Lorsque vous videz de tout contenu politique un journal télévisé, par exemple, vous le rendez ennuyeux et indéchiffrable, simple litanie d’anecdotes sans intérêt ni sens quelconque.

Notons aussi, pour finir, qu’en période de mobilisation guerrière aux Etats-Unis, prenons par exemple le cas de la première Guerre du Golfe ou celui de l’invasion de l’Irak en 2003, on a pu voir de quel genre de respect viscéral des faits le journalisme « neutre » et strictement « objectif » était en réalité animé.

6/ Sixième idée fausse : les journaux sont par définition des forces démocratiques, à défendre quoiqu’il arrive

Sinon c’est le Venezuela où l’on ferme des médias, sinon c’est le trumpisme où un Président injurie des éditorialistes, sinon c’est le poutinisme où l’on retrouve des journalistes morts dans leur cage d’escalier. Cette vision-là d’un journalisme « rempart de la démocratie » s’avère très utile pour couvrir toutes sortes de méfaits des médias dans des pays où les journalistes ne risquent nullement leur peau. Il s’agit vraiment d’un bouclier en carton, un peu obscène même car se cacher derrière des cadavres et des héros quand on ne risque rien est d’une obscénité avérée, mais redoutablement efficace. On l’utilise beaucoup contre la « France Insoumise » en ce moment, qui se serait rendue coupable d’attaques verbales innommables contre les lanceurs d’alerte nés que sont les journalistes français. L’un des rares programmes de la présidentielle à avoir proposé une refonte démocratique ambitieuse de tout le système des médias*, plutôt que de se borner à réclamer le pansement des chartes éthiques sur la jambe de bois des médias corporate, eh bien c’est justement ce programme-là, celui de la « France Insoumise », que l’ensemble la presse perfusée au CAC 40 a présenté comme potentiellement liberticide et menaçant. Ce retournement-là, aussi stupéfiant qu’il soit, est très classique en fait, là encore l’exemple américain nous précède.

Ainsi les journaux, quoiqu’ils fassent ou disent, revendiquent le statut de remparts démocratiques. L’expérience montre pourtant, à l’inverse, qu’ils peuvent ponctuellement devenir exactement l’inverse. A savoir de véritables nuisances démocratiques. Mais là encore, le mythe perdure, le public ayant soigneusement été entretenu dans cette idée depuis de longues années. Ainsi la majorité de la population croit-elle encore en l’existence d’une « presse libre ». Elle n’est presque jamais exposée dans l’espace public à un discours qui, au-delà de quelques attaques ad hominem contre certains éditorialistes, lui montre que l’information est faussée à la source par sa mise sous tutelle financière. En contribuant à décomposer l’espace public, ces médias-là préparent pourtant le terrain à de futures violences politiques. J’achèverai ce sixième point par une remarque de Noam Chomsky qu’il ne faut jamais perdre de vue, quand on essaie de se rassurer à peu de frais sur l’innocuité de la presse : « La propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à l’Etat totalitaire. » Lorsqu’une presse démocratique verse ouvertement dans la propagande, il n’y a donc aucune raison de ne pas en mener la critique impitoyable.

7/ Septième et dernière idée fausse : les médias ne peuvent pas grand-chose

Lorsqu’un éditocrate est totalement acculé, c’est généralement la dernière cartouche qu’il tire. Arrêtez avec « les médias » ! Les gens, on ne peut pas leur mettre n’importe quoi dans le crâne. Ils ont « leur libre arbitre » comme le disait un matin avec solennité la responsable de la revue de presse de France Inter, peu après l’élection de Macron. Là encore c’est du complotisme voyons, d’ailleurs « les médias » ça n’existe pas, et puis les médias vous le savez bien, ils sont très divers, et caetera, et caetera, et caetera. Evidemment, on reconnaîtra synthétisées ici, dans cette seule idée, toutes les idées fausses précédemment passées en revue.

Quel sens cela peut-il avoir pourtant de parler de « libre arbitre » pour des individus isolés qui subissent un tel tapis de bombes ? Où trouver les informations pour exercer son discernement quand de tels flux d’opinions vous sont infligés à de si hautes doses? Il existe certes une grande conscience chez toutes sortes de gens de la menace que fait peser sur leurs libertés un espace public dévitalisé, manœuvré en coulisses par toutes sortes de grandes fortunes du CAC 40 déguisées en philanthropes. Beaucoup plus que chez certains journalistes hélas. Mais au point où nous en sommes, cela ne suffit plus.

Abreuvés de rasades entières de mensonges, et de communication politique, les gens sont en proie à un sentiment d’immense découragement. Beaucoup retournent donc à leur « petite affaire » pour reprendre les mots de Gilles Deleuze (2), et tournent purement et simplement le dos à la politique. C’est ainsi que cinquante ans de luttes sociales peuvent se trouver arasées en un été, la machine médiatique étant là en appoint pour administrer une immense péridurale au pays, à base de boucles de langage vidées de sens, et autres héroïsation d’une fonction présidentielle en réalité dépassée. L’élection de Macron a donné le sentiment à beaucoup, en grandeur nature, de se trouver pris dans une gigantesque souricière. En amont les médias ont expliqué qu’il n’y avait d’autre choix possible que Macron, et qu’il serait antidémocratique de ne pas voter pour lui. En aval les médias ont expliqué qu’il n’y avait rien à faire contre les mesures de Macron, qu’il les avait au demeurant annoncées sans ambiguïté avant son élection, et qu’il serait donc antidémocratique de lutter contre elles. Donc oui les médias peuvent beaucoup, et même tout en réalité quand il s’agit de décourager les gens. Et oui, la presse indépendante peut un jour entièrement disparaître. Pas seulement parce qu’un Etat autoritaire fermerait les médias. Mais parce qu’une démocratie aurait laissé sa presse entièrement dévorée par les intérêts privés. Nous pouvons un jour tomber dans un coma semblable à celui des Etats-Unis. Être un journaliste ou un intellectuel de gauche là-bas ne relève même pas de l’héroïsme, plutôt de l’excentricité sans conséquence politique. Il est très difficile de ressusciter un espace intellectuel démocratique quand il a été entièrement dévasté, mieux vaut faire en sorte qu’il ne meure jamais. Il est grand temps.

Aude Lancelin | 11 octobre 2017

Ce texte est une version augmentée de l’intervention prononcée le 13 septembre 2017 au colloque « Penser l’émancipation », qui s’est tenu à l’université de Vincennes, sur le thème : « Médias, la nouvelle trahison des clercs ». Merci aux organisateurs de la revue Période.

 Notes

(1) “Read all about it ! The corporate takeover of America’s newspapers”, par James D. Squires, Random House (non traduit en français).

(2) ”L’Abécédaire”, par Gilles Deleuze et Claire Parnet, téléfilm produit par Pierre-André Boutang.

Source: https://audelancelin.com/2017/10/11/sept-idees-fausses-sur-les-medias/amp/

http://arretsurinfo.ch/sept-idees-fausses-sur-les-medias/


*"L’un des rares programmes de la présidentielle à avoir proposé une refonte démocratique ambitieuse de tout le système des médias", l'autre étant bien sûr le celui du candidat de l'Union populaire républicaine, qui, lui, contrairement à d'autres, n'a eu pratiquement aucun accès aux médias, sauf pendant la période dite d'"égalité du temps de parole", puisqu'on ne pouvait faire autrement, et ce sous forme caricaturale. Précisons que depuis l'élection, plus aucun média "CAC 40" ne lui donne la parole.

LOGO FL A5Cela étant, le prisme "de gauche radicale" de l'ensemble de l'article n'enlève rien à la force des arguments présentés ici. D'autant que l'auteur a la décence de mentionner le traitement de la question européenne, même si on aurait aimé des développements sur ledit traitement...

Nous pensons pour notre part que le traitement des questions économiques et celui de la question européenne sont consubstantiellement liés. Ce qui explique de mon point de vue pourquoi Jean- Luc Mélanchon, ou Marine Le Pen, disposent d'une tribune, quitte à être descendus en flèche, et pas François Asselineau, qui fait le lien, justement.

P.G.

mercredi 18 octobre 2017

Portrait vidéo : Laurent Joffrin, socialiste libéral compatible à tous les pouvoirs

Laurent Joffrin, de son vrai nom Laurent (André Marie Paul) Mouchard est né en juin 1952 à Vincennes. Il est le fils de Jean Mouchard, éditeur, propriétaire des Éditions François Beauval, devenu homme d’affaires, puis gestionnaire de fortune, aujourd’hui à la retraite, et de Chantal Michelet, décédée en 1955. Personnalité de la droite nationale, Jean Mouchard fut durant une dizaine d’années l’un des principaux collecteurs de fonds du Front National par le biais de la COTELEC (cotisation électorale). L’engagement de son père auprès de Jean-Marie Le Pen a renforcé les idées politiques de Laurent Joffrin, à l’opposé des siennes : « Entre l’âge de 12 et 18 ans, j’ai passé mon temps à convaincre mon père, à argumenter, à tenter de lui démontrer qu’il avait tort » (Le Nouvel Économiste, du 21 au 27 novembre 2003). Sa carrière se caractérise par des allers et retours incessant entre Libération et Le Nouvel Observateur.

VID JOFFRIN OJIMhttps://www.ojim.fr/portrait-video-laurent-joffrin-socialiste-liberal-compatible-a-tous-les-pouvoirs/?utm_source=Newsletter&utm_campaign=d4e148bdf8-mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_ca15a58a97-d4e148bdf8-71509009


Un portrait à charge, mais largement mérité de mon point de vue compte tenu de l'arrogance du personnage. Quelque soit l'angle idéologique qu'on adopte, force est de constater que certains "journalistes" ont trouvé le moyen de se faire cordialement détester! Je me souviens des critiques acerbes que Joffrin suscitait du temps de la splendeur du site "Acrimed" et de journaux comme PLPL, dans les années 90/2000, déjà...

P.G.

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Trop cool la nouvelle matinale d’Europe 1 de Patrick Cohen !

Un changement de Matinale, ce n’est jamais anodin pour l’une des principales radios de France. Europe 1 a fait un gros coup lors du mercato médiatique d’été en faisant venir la voix idéologisée de France Inter en la personne de Patrick Cohen. Alors ? Le changement, c’est maintenant ? Coup gagnant pour Europe Matin ?

ARG OJIM EUROPE1Pas de tromperie sur la marchandise avec cette matinale nouvelle formule. L’accroche dit vrai : « Chaque matin, deux heures d’informations solides avec Patrick Cohen : des journaux complets avec la rédaction d’Europe 1, l’actualité politique française avec Hélène Jouan ou internationale avec Vincent Hervouet, l’économie avec Axel de Tarlé et la revue de presse de Marion Lagardère. Débats, réflexions et des invités qui font l’actualité. Mais aussi deux heures d’humeur et d’humour avec Philippe Vandel et Matthieu Noël, sans oublier le réveil de Julie et les facéties de Nicolas Canteloup ». En effet, ce cahier des charges est respecté. Ou presque. L’auditeur reçoit son quota d’informations, les différents chroniqueurs sont expérimentés, les invités ont le temps de s’exprimer (...), Patrick Cohen s’est libéré (de France Inter), la bonne humeur et l’humour règnent. Alors ? (...)


 

Rien, ou presque, de mon point de vue. Je vous laisse lire la suite ici:

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https://www.ojim.fr/cool-nouvelle-matinale-deurope-1-de-patrick-cohen/?utm_source=Newsletter&utm_campaign=d4e148bdf8-mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_ca15a58a97-d4e148bdf8-71509009

Personnellement, lorsque j'écoute Europe 1, il me prend en général une envie irrésistible de jeter mon poste par la fenêtre dès les premières minutes. Je n'ai pas retrouvé ce sentiment en lisant l'article. Peut- être sont- ils moins sensibles à la manière dont est traitée la question européenne sur cette antenne (comme sur les autres d'ailleurs). Pourtant l'Observatoire du Journalisme fournit en général, outre des critiques souvent pertinentes,  des informations précieuses pour tous ceux qui veulent comprendre l'asservissement des médias en France. Comme en témoigne cette infographie sur Europe 1, riche d'enseignements que voici, en images ci-dessous:

P.G.


 

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mardi 17 octobre 2017

A voir cette semaine

Europe : les médias sont-ils à la hauteur ? Natacha Polony et Alexandre Devecchio

 

VID NATACHA CREL'association CRE (Critique de la Raison européenne a été créée en 2013 à Sciences Po, en réaction à la façon dont on parle de l'Union européenne dans les universités ("pensée unique"). Dans le même esprit fut créé le Comité Orwell, à destination, cette fois, du milieu médiatique.Un étudiant présente Natacha Polony comme quelque part "entre Jean- Pierre Chevènement (ou Jean- Luc Mélanchon?) et Nicolas Dupont- Aignan", ce qui fait rire la salle, le ton est donné. Alexandre Devecchio explique que ce qui l'a incité à devenir journaliste, ce n'est pas Eric Zemmour, ni même Natacha, mais Serge July dans un édito de Libération à la suite du referendum de 2005, intitulé "chef d'oeuvre masochiste", dans lequel on retrouve le trypique parfait de la "police de la pensée": extraits: "un désastre général et une épidémie de populisme", (le slogan de départ de Libé était "la cause du peuple"...), Il y avait aussi "ce sont des cris de douleur, d'angoisse, de peur, de colère que l'électorat de gauche a poussé dans les urnes" Après le populisme, la psychiatrisation.et vient ensuite la "reductio ad lepenum": la xénophopie!

La conférence fait le point, 10 ans après le referendum, sur le comportement des médias sur cette question.
Nous sommes en 2015- 2016, mais c'est toujours d'actualité.
Ajoutée le 1 avr. 2016
https://www.youtube.com/watch?v=5uyAFGGT_VI

A voir (ou à revoir) également:

Natacha Polony face à Glucksmann sur l'interview de Macron, H.Weintein, B.Cantat et l'islam 15/10

Au menu cette semaine : l'affaire Harvey Weintein aux Etats Unis, l'exposition de Bertrand Cantat en couverture des Inrocks, l'interview ce soir du Président de la République Le Grand Face à Face 15/10/2017 Ali Baddou, Natacha Polony et Raphaël Glucksmann

Ajoutée le 15 oct. 2017
https://www.youtube.com/watch?v=o1NMnctnxzk

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lundi 16 octobre 2017

Autriche : les populistes anti-immigration seraient troisièmes, la droite conservatrice l'emporte

Le parti conservateur du jeune Sebastian Kurz (31 ans) remporterait les élections législatives autrichiennes selon les sondages de sortie des urnes. Le parti eurosceptique et anti-immigration FPÖ*, troisième, pourrait faire son retour au gouvernement.

ARG AUTRICHE ELECTIONSSelon les sondages de sortie des urnes rapportés le 15 octobre par l'AFP, le parti de droite conservatrice OVP (Parti populaire autrichien), emmené par le jeune Sebastian Kurz remporterait les élections législatives avec 31,7% des voix.

La seconde place se jouerait entre le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) de Heinz-Christian Strache, anti-immigration et eurosceptique, et les sociaux-démocrates, aux coudes à coudes.

Emmenés par le chancelier Christian Kern, ces derniers, qui avaient fait savoir qu'ils resteraient dans l'opposition s'ils ne remportaient pas le scrutin, sont crédités d'environ 27%, et arriveraient donc en deuxième position, toujours selon les premières estimations.

Le FPÖ, donné troisième avec 25,9% par les premières estimations, pourrait être en position de faire son retour au gouvernement, Sebastian Kurz n'ayant a priori écarté aucune option d'alliance. Le FPÖ avait en effet déjà gouverné aux côtés des conservateurs en 2000, après un score historique aux législatives, ce qui avait à l'époque entraîné des sanctions européennes.

De premiers résultats diffusés par l'agence de presse autrichienne APA avaient donné le FPÖ deuxième et les sociaux-démocrates troisièmes.

L'Autriche étant l'un des pays d'Europe à avoir accueilli en deux ans le plus de migrants au regard de sa population (1,5%), la campagne a été largement marquée par les débats sur l'immigration. Outre les positions radicalement anti-migrants et anti-islam du FPÖ sur la question, Sebastian Kurz, tenant de l'aile droite du parti conservateur, avait lui aussi adopté un ton dur à l'égard de l'accueil des réfugiés.

Actuel ministre fédéral de l'Europe, de l'Intégration et des Affaires étrangères, il avait notamment apporté son soutien à la fermeture de routes migratoires dans les Balkans, et avait pris position contre le port du voile intégral, une mesure entrée en vigueur en Autriche quelques semaines avant l'élection.

Sebastian Kurz s'était par ailleurs distingué en proposant la fermeture des crèches confessionnelles musulmanes.

C'est lui qui avait provoqué la tenue de ces élections législatives anticipées, en mettant fin à dix années de grande coalition avec les sociaux-démocrates du chancelier Christian Kern.

Une alliance anti-UE et anti-immigration ?

Sebastian Kurz devrait donc probablement s'allier avec le FPÖ afin de gouverner l'Autriche, ce qui pourrait infléchir la ligne jusqu'à présent europhile du pays.

La formation de Heinz-Christian Strache prône en effet un rapprochement avec le groupe de Visegrad, comprenant des pays comme la Pologne et la Hongrie, qui multiplient les bras de fer avec Bruxelles, en refusant notamment d'accueillir les quotas de migrants fixés par l'UE.

A l'automne 2015, l'actuel ministre des Affaires étrangères avait été l'un des premiers, sur la scène européenne, à critiquer la politique d'accueil des réfugiés de la chancelière allemande Angela Merkel. Il a depuis encore durci sa ligne, réclamant notamment une réduction des aides sociales pour les étrangers.

Selon les estimations, plusieurs petits partis (libéraux, Verts, Vert dissident) pourraient recueillir les 4% pour entrer au parlement, mais sans pouvoir constituer d'alternative de coalition.

https://francais.rt.com/international/44588-autriche-conservateurs-sebastian-kurz-remportent


 

*"Le parti eurosceptique et anti-immigration FPÖ", est étiqueté "populiste" dans le titre, ce qui, dans la novlangue journalistique signifie "infréquentable", alors que les autres, du simple fait qu'ils sont plus ou moins "europhiles", sont par définition respectables quelles que soient leurs magouilles (v. notre article sur les manoeuvres des sociaux- démocrates autrichiens pour tenter d'influencer la campagne électorale: Scandale des fausses pages Facebook racistes : la gauche autrichienne s'effondre à 7 jours du vote)

P.G.

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«Vous avez compris les pauvres ?» : les opposants battent en brèche l'interview de Macron

La France insoumise, Les Patriotes ou encore Debout La France : les opposants à Emmanuel Macron* ont battu en brèche son intervention comme un seul homme, la jugeant tantôt méprisante, tantôt trop évasive sur le terrorisme ou la sécurité.

ARG MACRON INTERVIEW«Je ne sais pas si cinq ans suffiront à Macron pour tout casser. En revanche, je pense qu'après cinq mois, les Français en ont assez», a tweeté le député de La France insoumise Adrien Quatennens le soir du 15 octobre, pendant l'interview d'Emmanuel Macron lors du journal de 20h de TF1.

«Vous avez compris les pauvres ?! Vous êtes atteints de "jalousie", vous avez des "passions tristes" !», a-t-il poursuivi alors que le chef de l'Etat, se défendant d'être le «président des riches», a demandé aux Français de ne pas avoir de jalousie pour «ceux qui réussissent».

Eric Coquerel, lui aussi député insoumis, a pour sa part évoqué le manque de regrets évoqué par le chef de l'Etat concernant ses propos sur des ouvriers de GM&S venus tenter de le rencontrer, à qui il avait conseillé de «regarder pour un poste» au lieu de «foutre le bordel».

«Donc les salariés de GM&S licenciés qui réclament autre chose qu'une aumône méritaient le mépris insultant d'Emmanuel Macron», a résumé Eric Coquerel.

La présidente du Front national Marine Le Pen a pour sa part résumé sur Facebook son analyse de l'interview présidentielle, sous le titre : «Un Premier ministre déguisé en président confirme sa vision d’une France nomade».

Du côté du parti Les Patriotes, l'ex-numéro deux du FN Florian Philippot a tweeté à l'attention du président : «"Dire les choses" ne signifie pas être vulgaire et insulter à tout-va les Français.»

Il a par ailleurs estimé que le discours d'Emmanuel Macron avait été «très très léger sur le terrorisme, l’islamisme, l’insécurité, l’immigration massive».

Nicolas Dupont-Aignan, président du parti souverainiste Debout La France qui avait rallié Marine Le Pen lors de l'entre-deux-tours de la présidentielle, a pour sa part été frappé par l'ordre des questions.

«Incroyable de voir la question ô combien importante de la sécurité des Français reléguée en toute fin d’interview», a-t-il écrit sur Twitter.

Et puis il y a... les fidèles

Si le discours du chef de l'Etat a été largement battu en brèche par la classe politique, Emmanuel Macron a pu bénéficier de soutiens parmi... les membres de son propre gouvernement.

«Une parole juste, claire et franche au service d'un projet ambitieux. Fier d'œuvrer auprès d'Emmanuel Macron», s'est enthousiasmé le Premier ministre Edouard Philippe.

Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a, sans suspense, lui aussi redoublé d'éloges : «Avec conviction Emmanuel Macron montre tout ce qui a déjà été fait pour protéger les Français

Enfin, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb s'est réjoui de la prestation du chef de l'Etat : «Sans complaisance, un président déterminé à construire une société où chacun trouve sa place, dans une France en mouvement

Des positions enthousiastes qui ne convainquent visiblement pas toute la classe politique française.

https://francais.rt.com/france/44598-vous-avez-compris-pauvres-opposants-incendient-discours-macron-tf1


 

Un non- évènement suivi de commentaires convenus d'une classe politique où chacun joue son rôle, visiblement sans enthousiasme, comme le révèle la médiocrité générale des propos, tant sur la forme que sur le fond.

OUTIL LOGO FREXIT LIMOUSIN

*les opposants à Emmanuel Macron*= l'opposition pour rire, celle qui s'en prend au lampiste sans désigner les commanditaires. Rappel du dicton "lorsque le sage désigne la lune, l'imbécile regarde le doigt".

Ce type d'article ne s'adresse pas au sage...

P.G.

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samedi 14 octobre 2017

Les petits lutins ont encore frappé (critique de l'article précédent)

Les décodeurs, ce sont ces petits lutins hydrocéphales qui vivent, quelque part dans un « Monde » fantasmagorique, tels les Hobbits de la Comté, et qui consacrent leur existence entière à scruter l'actualité, et à redonner à l'Authentique Vérité Vraie toute la place qui lui revient de droit. (critique de l'article précédent: http://www.frexit-limousin.fr/archives/2017/10/14/35766901.html)

 

ARG DECODEX 2°PARTIEBon, parfois, ça dérape sec, aussi, mais que voulez-vous, tout reclus qu'ils sont dans leur « Monde », ils n'ont pas forcément un accès facile aux sources, ou à toutes ces diableries, là, comment dites-vous ?  Ah oui, l'Internet.  Ils ont bien quelques terminaux minitel à la bibliothèque, mais ils semblerait que ceux-ci soient momentanément en dérangement depuis quelques années déjà.

Du coup, c'est dans leur infinie sagesse et leur inépuisable savoir qu'ils doivent chercher les réponses aux questions que personne, tout d'abord, n'aurait jamais pensé à leur poser.  Non, il suffit que cela soit un « sujet d'actualité », et s'il est « controversé », alors il y a certainement matière à remettre un avis bien définitif, à l'argumentation forcément implacable.  Chacun sait que les lutins sont infaillibles...  C'est axiomatique.

Cette fois, nos intrépides petits bachi-bouzouks sylvestres s'attaquent à du lourd, le sujet controversé de l'indépendance catalane.  Les justifications ?  Mais non, ça, c'est pour les faibles, et une fois de plus, ils sauront nous montrer par A+B=C(oupas) que la Vérité Vraie n'a pas à tenir compte de vétilles comme la « réalité » ou le « droit ».  Il suffit qu'elle soit affirmée par l'Autorité.

Les huit questions que pose une éventuelle déclaration d’indépendance de la Catalogne

Comme nous le verrons, ce n'est pas du tout l'indépendance de la Catalogne qui pose ces questions, mais bien nos petits lutins, et tant qu'ils y étaient, ils se sont dit qu'ils pourraient y répondre, aussi.  Faut croire qu'on a pas mal de temps libre, au pays des petits lutins.  Pas au point d'aller potasser de temps à autre l'abondante documentation, mais assez bien tout de même.

Regardons cela de plus près

1 Une déclaration unilatérale d’indépendance a-t-elle une valeur légale ? NON

La question est sans objet parce qu'il s'agit d'un truisme, une lapalissade.  Existe-t-il un seul exemple d'un État qui aurait inscrit dans sa constitution les modalités de sa dislocation ?  Donc, cela ne peut être qu'illégal, dans tous les cas.

Pour la communauté internationale, la situation est embarrassante. La Catalogne se prévaut du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », principe de droit international qui a permis à des Etats de se déclarer indépendants après avoir été colonisés (comme la Rhodésie) ou opprimés (comme le Kosovo). Mais ce droit n’a jamais été appliqué à des Etats démocratiques. Par ailleurs, la notion de peuple catalan est complexe à définir.

Il n'y a aucun « embarras » ici, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est issu d'un texte non-contraignant en droit (la Charte des Nations-Unies) qui n'a strictement aucune valeur légale. Il s'agit d'une déclaration de principe, un idéal vers lequel il faudrait tendre.  Et vous l'aurez remarqué, chaque fois que ce « droit » a été appliqué, c'était par les États eux-mêmes (ONU), dans la stricte application de leur propre agenda (Kossovo, par exemple).  Parce que si l'argument de l'oppression était fondé, d'où viendrait que l'on n'a pas reconnu le droit des russophones de Crimée à être rattachés à la Russie ?  D'une manière générale, en droit, les obligations pour le peuple sont libellées de manière on ne peut plus claire, et les droits, quant à eux, sont laissés opportunément dans un flou juridique, sujets à toutes sortes d'interprétations en fonction du contexte.   Eh oui, il ne faudrait pas que la plèbe s'imagine qu'elle pourrait faire valoir ses « droits », sinon où irait-on ? 

2 Aura-t-elle des conséquences concrètes ? EN THÉORIE, OUI

Ici, on démarre en mode « Madame Irma, voyante extralucide ».  Nous le verrons, la voyance est une des spécialités de l'auteur, Anne-Aël Durand.  Elle sait tout faire : le marc de café, les lignes de la main, la boule de cristal, et même les osselets.  Plus sérieusement, et dans la mesure où les conséquences seront (ou pas) le fait d'actions concrètes dont on ne sait dans quelle mesure elles se produiront, est-ce que cette question n'est pas juste un peu ridicule ?  Quoi qu'à bien y regarder, y répondre est encore plus ridicule.

3 Le gouvernement central de Madrid va-t-il l’empêcher ? PROBABLEMENT

Ici vous voyez à l'oeuvre une deuxième caractéristique de l'article.  On continue en mode Mme Irma, mais quant aux prédictions, disons qu'on n'est pas trop affirmatif, non plus.  N'était-il pas plus judicieux de répondre tout simplement que le gouvernement central allait en tout cas essayer de l'empêcher ?  Parce que les choses étant ce qu'elles sont, si la Catalogne déclare unilatéralement son indépendance,  il ne restera plus au gouvernement central qu'une seule alternative : reconnaître l'indépendance et en tirer les conclusions, ou y envoyer l'armée pour mater la rébellion dans le sang.  Accessoirement, on se retrouverait du jour au lendemain avec une guerre civile terrifiante au coeur de l'Europe.

4 L’Union européenne peut-elle servir de médiateur ? C’EST FLOU

Flou ou bien légèrement contradictoire, tout simplement ?  Vous souvenez-vous de la petite déclaration sibylline de Jean-Claude Junker, président de la Commission Européenne ?

« mais il est évident que si un oui à l’indépendance de la Catalogne voyait le jour, nous respecterions ce choix ».

Ce qui s'appelle prendre parti, ou serait-ce complotiste, comme point de vue ?  La réalité est celle d'un double standard.  D'une part, des pays terrifiés à l'idée de leur propre désintégration sous l'effet des forces centrifuges du régionalisme, et dans le même temps, une commission qui assume totalement l'idée des euro-régions, tellement pratique pour rendre l'opposition démocratique inaudible au niveau européen.

Assez savoureuse, aussi, la petite phrase disant que « La plupart des dirigeants européens n’ont fait aucune déclaration officielle sur le référendum, par crainte d’être taxés d’ingérence ».  Ah ben oui, tiens, on ne voudrait surtout pas que la Commission s'immisce dans les affaires intérieures d'un État souverain, ou se permette de les menacer, comme dans le cas du Brexit, par exemple...   Et là nous mettons le doigt sur une troisième caractéristique des médias dominants : ils nous prennent pour des poissons rouges, littéralement.

5 Une Catalogne indépendante pourrait-elle rester dans l’UE ? EN THÉORIE, NON

Et là, bardaf, c'est l'embardée.  La réponse est pourtant simple et ne laisse place à aucun doute, c'est nonL'indépendance de la Catalogne signifierait la naissance d'un nouvel État souverain qui devrait dans un premier temps être reconnu par l'Assemblée Générale des Nations-Unies, puis, le cas échéant, poser sa candidature en vue d'une adhésion à l'Union Européenne.

A noter que l'élargissement de l'Union Européenne doit impérativement faire l'objet d'un vote à l'unanimité des États membres.  Et mon petit doigt me dit que l'Espagne résiduelle, réduite à une peau de chagrin économique ne serait pas très encline à approuver cette adhésion.

6 Peut-elle garder l’euro comme monnaie ? OUI, MAIS…

Encore une fois, une réponse parfaitement floue alors que la réalité est que la Catalogne pourra bien utiliser la monnaie qu'elle veut, y compris l'Euro si tel est son souhait.  Elle pourrait tout aussi bien instaurer une peseta qui aurait l'avantage de permettre à l'État nouvellement créé de procéder à une dévaluation afin d'amortir le choc économique que représentera l'émancipation du giron de l'Espagne.  L'argument consistant à dire « Mais elle n’aurait, dans ce cas, aucun appui de la Banque centrale européenne » n'est pas pertinent pour trois raisons :

  • La Catalogne ne sera pas membre de l'Union Européenne au moins les dix premières années;
  • La Catalogne est la région la plus riche d'Espagne, après la région de Madrid;
  • Qui voudrait de l'appui de la Banque centrale européenne ?  Pour avoir une Troïka, comme en Grèce ?  Pour réduire les pensions, vendre les joyaux de l'État à vil prix et imposer toujours plus d'austérité sans qu'on puisse jamais voir le bout du tunnel ? 
7 La Catalogne est-elle un Etat viable économiquement ? EN THÉORIE, OUI

La question est ridicule.  On parle de la deuxième région la plus riche d'Espagne, et l'une des plus riches d'Europe.  Elle contribue pour 20% du PIB national.  Pour quelle mystérieuse raison cette viabilité pourrait-elle être remise en cause ?  Vous connaissez, vous, ne serait-ce qu'une seule région de la taille de la Catalogne qui ne serait pas « viable » économiquement ? 

8 L’indépendance peut-elle plomber l’économie catalane ?  DISCUTABLE 

Le poids de la dette publique catalane est selon moi, largement surévalué, ou alors il faudrait décréter tous les États ayant une dette approchant ou dépassant les 100% du PIB en faillite, or on s'aperçoit que c'est le cas de la majorité des États les plus prospères du monde, à commencer par les USA.

L'idée que l'Espagne transférerait, « comme ça », une partie de sa dette à la Catalogne...  est un peu optimiste, pour dire le moins (c'est oublier que la Catalogne aura son mot à dire là-dessus, et qu'il n'existera plus à ce moment de lien de subordination entre la région et l'État central).  La raison en est simple : la Catalogne contribue nettement plus qu'elle ne profite en termes d'argent public, elle ne contribue donc pas à l'endettement, mais au contraire, à apurer les dettes des régions les plus pauvres du pays.

La supposée fuite des entreprises en raison de l'instabilité politique sont juste une poupée de chiffon que l'on agite devant les Catalans pour les faire rentrer dans le rang.  Banco Sabadell et CaixaBank veulent délocaliser ?  Ok, j'ai moi-aussi une petite question : qui sont leurs clients ?

S'il y a en effet une économie qui risque d'être plombée comme une caille le jour de l'ouverture de la chasse, c'est bien l'économie de l'Espagne résiduelle, qui elle, va plonger dans le trente-sixième dessous.

Conclusion

Cet article illustre parfaitement la citation d'Audiard qui avait donné son titre à un célèbre film : « c'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule ».

Questions sans objet, truismes, affirmations péremptoires totalement fausses, supputations oiseuses, tout à l'avenant.  Il faut vraiment être doté d'une sérieuse dose de culot pour écrire un pareil monceau d'inepties.  Amusant quand on sait que ce sont les mêmes qui reprochent à des médias alternatifs d'être imprécis ou de publier des informations non vérifiées.

Post-Scriptum : message personnel pour Anne-Aël Durand

Chère Madame,

Pourriez-vous intercéder auprès du lutin-rédac-chef de votre service afin que je puisse moi aussi arborer fièrement ma petite pastille décodex orange ? (Ou rouge, ce serait encore mieux, mais je n'ai pas de prétention à obtenir tout de suite pareille reconnaissance, d'autres sont probablement plus dignes que moi).

Voyez-vous, tous mes amis l'ont, et c'est quand même, quoi qu'on en dise, une décoration fort prisée, le signe infaillible qu'on réussit à être le poil à gratter, le caillou dans la godasse, le furoncle sur la fesse du cycliste... de la presse dominante.

Je vous promets de m'en montrer digne.  Pas comme Ruffin, qui a été brutalement rétrogradé à la catégorie « fréquentable », j'imagine pour de bonnes raisons !  D'ailleurs, puisqu'on en parle, n'hésitez-pas à me les faire connaître, que je puisse savoir ce qu'il ne faut jamais, jamais faire, sous peine de se voir radier du club.  Bon, déjà, je ne risque pas d'être élu au parlement français, j'imagine que c'est un bon point pour moi ?

Vous remerciant par avance,

Votre fidèle lecteur,

Philippe Huysmans

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/actu/les-petits-lutins-ont-encore-frappe_769268625

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Les huit questions que pose une éventuelle déclaration d’indépendance de la Catalogne

1° partie: ce qu'il faut penser: les analyses du Ministère de la Vérité:

La Généralité a publié vendredi les résultats officiels du référendum d’autodétermination controversé.
Le Monde | 04.10.2017 à 11h35 • Mis à jour le 06.10.2017 à 18h58 | Par

ARG DECODEX 1°PARTIELe référendum d’autodétermination organisé dimanche 1er octobre en Catalogne a plongé l’Espagne dans une crise sans précédent. Le président de la région, Carles Puigdemont, a prévu de s’adresser au Parlement catalan mardi 10 octobre, date à laquelle il pourrait présenter les résultats officiels (donnant le « oui » vainqueur à 90,18 %), ce qui ouvrirait la voie à une déclaration unilatérale d’indépendance. Que se passera-t-il ensuite ? Le point sur les questions qui se posent :

  • Une déclaration unilatérale d’indépendance a-t-elle une valeur légale ?

NON

Pour la coalition au pouvoir en Catalogne, c’est l’aboutissement logique du référendum d’autodétermination, qui figurait dans son programme dès 2015. La consultation populaire organisée dimanche a rassemblé 2,26 millions de votants (43 % de participation), malgré les mesures dissuasives de Madrid avant le vote et les interventions musclées de la police le jour du scrutin, qui ont causé de nombreux blessés. Le gouvernement catalan se sent aussi légitimé par la journée de manifestation de mardi.

Pour l’Espagne, au contraire, cette déclaration « unilatérale » n’a aucune base légale. En effet, la loi instaurant le référendum a été suspendue par la Cour constitutionnelle, car elle violait le principe fondamental de l’« unité indissoluble de la nation espagnole » (article 2 de la Constitution de 1978).

Pour la communauté internationale, la situation est embarrassante. La Catalogne se prévaut du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », principe de droit international qui a permis à des Etats de se déclarer indépendants après avoir été colonisés (comme la Rhodésie) ou opprimés (comme le Kosovo). Mais ce droit n’a jamais été appliqué à des Etats démocratiques. Par ailleurs, la notion de peuple catalan est complexe à définir.

  • Aura-t-elle des conséquences concrètes ?

EN THÉORIE, OUI

En même temps que la loi sur le référendum, le Parlement catalan a voté, en septembre, une loi de transition pour préparer la fondation de la République catalane, « déconnectée » de la monarchie espagnole. Elle prévoit d’instaurer tous les attributs d’un Etat, en particulier l’indépendance fiscale, revendication majeure des indépendantistes.

La nationalité serait accordée à tous les citoyens inscrits sur les listes électorales en 2016 (avec la possibilité de conserver aussi la nationalité espagnole) et les fonctionnaires seraient automatiquement intégrés dans la nouvelle administration. Une cour suprême amnistierait les responsables condamnés pour avoir soutenu le processus indépendantiste.

Dans les six mois, une Assemblée constituante serait élue et chargée de rédiger une constitution, qui devrait être approuvée par référendum six mois plus tard, soit en octobre 2018.

  • Le gouvernement central de Madrid va-t-il l’empêcher ?

PROBABLEMENT

Le ministre de la justice espagnol a assuré, dès le lendemain du référendum, que l’Etat espagnol ferait « tout ce que permet la loi » si les Catalans déclaraient leur indépendance. Le gouvernement de Mariano Rajoy (Parti populaire, conservateur) a déjà tenté d’empêcher la tenue du scrutin.

Le roi d’Espagne est sorti de sa réserve, mardi soir, et a apporté son soutien au gouvernement, en dénonçant, à la télévision, la « conduite irresponsable » des autorités catalanes qui « se sont situées totalement en marge du droit et de la démocratie ».

Durant la semaine, la Cour constitutionnelle a interdit la session parlementaire catalane prévue lundi. Parallèlement, le gouvernement a suggéré aux séparatistes de dissoudre leur parlement et de convoquer de nouvelles élections pour résoudre la crise.

La justice a aussi convoqué vendredi le chef de la police catalane, les Mossos d’esquadra, et les dirigeants des mouvements séparatistes poursuivis pour « sédition ». Ils ont toutefois été libérés sans contrôle judiciaire.

Reste encore dans l’arsenal du gouvernement une arme lourde, l’article 155 de la Constitution, qui l’autorise à prendre la direction d’une communauté autonome si ses dirigeants « portent gravement atteinte aux intérêts de l’Espagne ». S’il hésite encore à enclencher ce dispositif jamais utilisé, le chef du gouvernement espagnol peut aussi invoquer la loi de sécurité nationale pour prendre le contrôle des forces de police régionale.

Politiquement, Mariano Rajoy peut compter sur le soutien des « partis constitutionnalistes », qui rejettent l’indépendance catalane : sa formation, le PP, son allié Ciudadanos et les opposants du Parti socialiste (PSOE). Mais si Ciudadanos plaide pour l’application immédiate de l’article 155, le PSOE et le PP l’envisagent plutôt comme un dernier recours.

C’EST FLOU

Dès lundi, Carles Puigdemont a appelé l’Union européenne à superviser une « médiation internationale » entre Madrid et Barcelone. Mais, jusqu’à présent, la Commission européenne refuse de s’ériger en arbitre de ce qu’elle considère comme un « dossier interne » à l’Espagne. L’exécutif européen n’a « pas un rôle à jouer à ce stade » et « fait confiance au premier ministre Mariano Rajoy », a déclaré, lundi, le porte-parole de la Commission, en appelant à « passer rapidement de la confrontation au dialogue ». Le Parlement européen a toutefois organisé un débat d’urgence mercredi.

La plupart des dirigeants européens n’ont fait aucune déclaration officielle sur le référendum, par crainte d’être taxés d’ingérence. Emmanuel Macron a confirmé que M. Rajoy était l’unique interlocuteur de la France. La question est d’autant plus sensible que d’autres pays membres, comme le Royaume-Uni avec l’Ecosse, ou la Belgique avec la Flandre, sont eux-mêmes confrontés aux volontés sécessionnistes de certaines régions.

  • Une Catalogne indépendante pourrait-elle rester dans l’UE ?

EN THÉORIE, NON

C’est ce que souhaiterait le gouvernement catalan, qui a mené un intense lobbying en ce sens à Bruxelles, mais rien n’est moins sûr. En effet, dans le cas où la Catalogne proclamerait son indépendance, elle ne serait plus liée par les traités signés par l’Espagne et devrait donc lancer un processus d’adhésion à l’Union européenne. L’élargissement à des « pays tiers », prévu dans l’article 49 du traité sur l’Union européenne, est une procédure longue et complexe.

Surtout, une telle adhésion nécessite une ratification par l’ensemble des pays européens, y compris l’Espagne – ce qui paraît très improbable. Mais d’autres pays pourraient aussi mettre leur veto à une décision qui risque de créer des précédents. Le représentant du gouvernement catalan à Bruxelles, Amadeu Altafaj, espère pourtant que l’Union saura se montrer pragmatique.

  • Peut-elle garder l’euro comme monnaie ?

OUI, MAIS…

Comme pour l’adhésion à l’Union européenne, la Catalogne devrait négocier son appartenance à la zone euro ou sa participation à l’espace Schengen. Elle pourrait toutefois tenter de conserver l’usage de l’euro comme monnaie officielle, comme l’ont fait plusieurs pays qui ne sont pourtant ni membres de l’Union européenne ni de la zone euro : Andorre, le Kosovo, le Monténégro, Monaco, Saint-Marin et le Vatican. Mais elle n’aurait, dans ce cas, aucun appui de la Banque centrale européenne.

  • La Catalogne est-elle un Etat viable économiquement ?

EN THÉORIE, OUI

Le produit intérieur brut de la Catalogne représente 20 % de celui de l’Espagne et dépasse celui du Portugal. C’est aussi la région la plus riche du pays, au coude-à-coude avec Madrid, et son taux de chômage (13,2 %) est nettement inférieur à la moyenne nationale (17,2 %). Dotée d’une frontière avec la France et d’une large ouverture vers la Méditerranée, la Catalogne assure 25 % des exportations espagnoles, grâce au secteur bancaire, à l’agroalimentaire, à la chimie et à l’automobile. C’est aussi la première région touristique, avec 18 millions de visiteurs par an et le siège de grandes entreprises (Mango, CaixaBank, Puig, etc.).

Ce dynamisme économique est un argument important des séparatistes catalans, qui se plaignent d’être « volés par l’Espagne ». La différence entre leur contribution et ce qu’ils reçoivent de l’Etat est estimée à 10 milliards d’euros par le gouvernement espagnol et à 16 milliards d’euros par la Catalogne.

  • L’indépendance peut-elle plomber l’économie catalane ?

DISCUTABLE

La dette publique catalane, l’une des plus élevées des régions espagnoles, est classée dans la catégorie « spéculative », justement en raison des risques de troubles politiques, ce qui l’empêche de se financer directement sur les marchés. Barcelone doit donc se tourner vers Madrid, qui lui a déjà versé, par le Fonds de liquidité autonome, plus de 63 milliards d’euros. En outre, l’Espagne n’hésiterait pas, si la Catalogne se déclarait indépendante, à lui transférer une partie de son propre endettement : la dette catalane dépasserait alors largement 100 % de son PIB.

Les risques liés à l’instabilité politique font plonger les marchés, et le spectre d’une sortie de l’Union européenne inquiète les entreprises catalanes. « Tous mes clients, dont l’activité se déroule principalement hors de la Catalogne, ont prévu de transférer leur siège social à Madrid en cas de sécession », a confié au Monde un avocat fiscaliste. L’établissement financier Banco Sabadell a annoncé son départ pour Alicante, et la CaixaBank, première banque espagnole devrait transférer son siège aux Baléares, alors que le gouvernement espagnol vient de publier un décret facilitant les déménagements d’entreprise.

Difficile d’évaluer les conséquences à long terme de l’indépendance. Le ministre de l’économie espagnol, alarmiste, évoque une chute de 30 à 35 % du PIB en Catalogne, alors que d’autres économistes évoquent une stabilité du PIB à court terme et une hausse de 7 % à long terme. Selon le Fonds monétaire international (FMI), les effets de la crise risquent de se propager au pays entier : « Les tensions et l’incertitude liées à la Catalogne pourraient peser sur la confiance et les décisions d’investissement » en Espagne, a affirmé vendredi une responsable locale du FMI.

Correction, le 4 octobre à 17 h 30 : l’Ecosse n’a pas sa propre monnaie mais simplement la faculté d’émettre des billets écossais dans la devise commune du Royaume-Uni, la livre sterling.


http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/10/04/les-huit-questions-que-pose-la-future-declaration-d-independance-de-la-catalogne_5195953_4355770.html

A suivre: la critique complotiste...P.G.

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