jeudi 14 juin 2018

Bezons : une plaque commémorative de la «Nakba» suscite la fureur du Crif, qui exige son retrait

Une plaque commémorant ce que les Palestiniens appellent la «Catastrophe», c'est à dire l'exode qui a suivi la création de l'Etat d'Israël, suscite l'ire du Crif. En cause, le qualificatif de «criminel de guerre» dont est affublé David Ben Gourion.

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Dominique Lesparre, maire communiste de Bezons, en région parisienne, a inauguré ce 11 juin deux plaques temporaires, en français et en arabe, commémorant la Nakba («catastrophe» en arabe), synonyme d'exode pour des centaines de milliers de Palestiniens lors de la première guerre israélo-arabe qui a suivi la création d'Israël en 1948.

Cette inauguration symbolique, annoncée dans la revue municipale, s'est tenue à l'initiative de l'association bezonnaise West Bani Zaid (du nom d'une localité palestinienne avec laquelle Bezons est jumelé). Sur la plaque dévoilée est écrit : «En mémoire des 800 000 Palestiniens et de la destruction des 532 villages en 1948 par le criminel de guerre David Ben Gourion pour la création de l'Etat d'Israël».

Un encouragement à l'antisémitisme, selon le Crif

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Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a vivement réagi ce 11 juin. Dans un communiqué publié sur son site, il qualifie de «choquantes et inacceptables» les inscriptions de la plaque et notamment la qualification de «criminel de guerre» employée pour désigner David Ben Gourion, l'un des fondateurs de l'Etat d'Israël. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) estime également «historiquement faux» la description des événements de 1948 mentionnés sur la plaque. Pour son président Francis Kalifat, ces déclarations «encouragent les violences antisémites qui sévissent actuellement en les justifiant historiquement». Demandant son retrait immédiat, il a pris contact ce 12 juin avec le chef de cabinet du ministère de l'Intérieur. Le préfet du Val d'Oise a alors contacté le maire de Bezons, et lui a intimé de retirer les plaques dès la réception du courrier, au motif notamment qu'il a rompu avec le «principe de neutralité républicaine dans le domaine international». Le Crif fait savoir sur son site internet que les plaques seraient retirées dans l'après-midi.  

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Le député des Français de l'étranger Meyer Habib, dont la circonscription comprend Israël, a également partagé sur Facebook son indignation. Fustigeant l'insulte faite selon lui à David Ben Gourion, «père fondateur de l'Etat d'Israël», il explique dans une anaphore ce qu'est selon lui la Nakba. «La vraie Nakba [...] c’est cette gauche, mais aussi certains dans les rangs de LREM, qui flirte avec l’islamisme et exploite la détestation d’Israël à des fins électorales [...] C’est cette génération « Dieudonné » dans les quartiers, habitée par un imaginaire islamiste, antirépublicain et antisémite», lance-t-il.

«La vraie Nakba, c’est qu’un rappeur comme Médine qui s’auto-proclame "islamo-racaille" et titre son album Jihad puisse être programmé au Bataclan presque trois ans jour pour jour après que 90 innocents y ont été massacrés par la barbarie djihadiste», écrit-il encore, en référence à la polémique qui entoure la programmation du rappeur dans la salle de spectacle du Bataclan.

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Ces derniers mois, les Palestiniens ont manifesté pour le droit au retour des Palestiniens qui ont fui ou ont été chassés en 1948, alors qu'Israël célébrait les 70 ans de sa création. Depuis mars, cette «Marche du retour» a coûté la vie à plus de 120 Gazaouis, visés par des tirs israéliens. Des milliers de manifestants ont en outre été blessés par les balles de Tsahal.

https://francais.rt.com/france/51535-bezons-plaque-commemorative-nakba-fureur-crif-exige-retrait

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jeudi 7 juin 2018

Sous Trump, le lobby israélien s’est mué en hydre à plusieurs têtes

TRIBUNE LIBRE / par Jonathan Cook

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Depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, le lobby israélien a mobilisé quatre autres puissants lobbies : les évangéliques chrétiens, la droite alternative, le complexe militaro-industriel et l’Arabie saoudite.

Les récentes mesures prises par l’administration Trump dans le conflit israélo-palestinien vont à coup sûr dissiper le moindre doute quant à l’énormité et la dangerosité de l’influence du lobby israélien à Washington.

Sous Trump, ce lobby a démontré un pouvoir d’influence sans précédent – même par rapport à ses propres normes – au mépris flagrant de toutes les plus évidentes priorités américaines.

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On a d’abord eu droit, en mai, au déménagement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, non pas dans la plus grande discrétion, mais lors du 70eanniversaire du jour le plus sensible du calendrier palestinien : la Nakba. Ce jour-là, les Palestiniens commémorent leur expulsion massive de leur patrie en 1948.

En déplaçant l’ambassade, Trump a donné la bénédiction officielle des États-Unis pour mettre en pièces un processus de paix de 25 ans – et en choisissant la date de la Nakba pour organiser le transfert, il a provoqué les Palestiniens et, par extension, le monde arabe tout entier, en leur rappelant cruellement leur défaite.

Puis, la Maison-Blanche en a rajouté en félicitant les tireurs d’élite israéliens qui, le même jour, venaient de massacrer des dizaines de Palestiniens sans armes, qui protestaient contre la clôture du périmètre autour de Gaza. Il n’est pas exclu qu’une série de déclarations émanant de la Maison-Blanche ait été dictée par le Premier ministre israélien d’extrême droite, Benyamin Netanyahou lui-même.

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Aux Nations unies, les États-Unis ont bloqué une résolution du Conseil de sécurité réclamant que ce massacre fasse l’objet d’une enquête, tandis que Nikki Haley, l’envoyé de Trump à l’ONU, faisait observer aux autres délégués : « Aucun pays dans cette assemblée n’agirait avec plus de retenue qu’Israël ».

Aucune de ces mesures ne servait la moindre priorité nationale américaine, pas plus que la décision prise par Trump la semaine précédente de déchirer l’accord nucléaire de 2015 avec l’Iran – depuis longtemps critiqué par le gouvernement israélien.

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En fait, c’est tout le contraire : ces actions risquent d’enflammer les tensions jusqu’à provoquer une guerre régionale entraînant rapidement les grandes puissances, ou motiver des attaques terroristes sur le sol américain.

Mur du silence

Rappelons-nous qu’il y a deux décennies, il était impossible de suggérer l’existence d’un lobby israélien à Washington sans être taxé d’antisémite.

Paradoxalement, les partisans d’Israël ont exercé ce pouvoir même dont ils niaient l’existence, et soumis leurs opposants par l’intimidation, tout en prétendant que toute évocation d’un lobby israélien ne reposait que sur des « tropes* » antisémites du pouvoir juif.

Le mur du silence n’a été brisé qu’avec la publication en 2006 d’un essai fondateur – publié en livre par la suite – de deux éminents universitaires américains, John Mearsheimer et Stephen Walt.

Or, ces deux auteurs n’ont pas réussi à trouver un seul éditeur aux États-Unis, ce qui atteste de l’implacable emprise de ce lobby, alors même qu’on venait de le sortir de l’ombre. Pour trouver ses lecteurs, l’essai a dû être publié de l’autre côté de l’Atlantique, par la prestigieuse, quoique confidentielle, London Review of Books. L’un de ces écrivains, Stephen Walt, a publiquement admis que sa carrière en avait pâti.

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Il se présente depuis une petite marge de manœuvre sur le sujet. Même le chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman, ardent défenseur d’Israël, a reconnu l’existence du lobby.

En 2011, il a expliqué un rituel bien établi, quoique stupéfiant, de la politique américaine : à chaque visite aux États-Unis d’un Premier ministre israélien, le Congrès l’accueille avec plus de ferveur que le président américain lui-même. Friedman fit observer : « J’espère que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, comprend que, s’il a été gratifié de l’ovation reçue au Congrès cette année, ce n’était pas pour sa politique. Son ovation a été achetée et payée par le lobby israélien ».

Intimidation du Congrès

Friedman faisait allusion au réseau d’organisations du leadership juif et des comités d’action politique aux États-Unis, tous agressivement pro-israéliens, qui, au moment des élections, envoient régulièrement d’importantes sommes d’argent pour soutenir ou desservir tel ou tel candidat du Congrès.

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Non que ces organisations pro-israéliennes contrôlent le Congrès, mais elles maîtrisent les techniques d’intimidation politique. Elles comprennent et exploitent les failles du système américain où s’engouffrent les lobbies et leurs moyens financiers pour dicter les programmes de la plupart des législateurs américains. Chacun des membres du Congrès est vulnérable – non seulement parce qu’il risque de perdre de généreux donateurs, mais de se retrouver aussi face à un adversaire généreusement financé.

Le principe de « suivre la trace de l’argent » ne trouve pas meilleure illustration que dans le cas de Trump. Au début de sa course vers l’investiture du parti républicain pour la présidentielle – dans laquelle si peu d’observateurs lui donnaient une chance qu’il en était réduit à financer sa campagne sur ses deniers personnels – il tenait des propos relativement critiques à l’égard d’Israël.

Aussi difficile à croire que cela puisse paraître aujourd’hui, il avait promis de rester « neutre » sur la question israélo-palestinienne. Il avait exprimé des doutes quant l’opportunité et la logique d’offrir à Israël des milliards de dollars par an en aide militaire, soutenu une solution à deux États et refusé de s’engager à reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

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Tout cela a été abandonné dès qu’il a eu besoin de gros bailleurs de fonds pour mener jusqu’au bout sa candidature présidentielle. Le faiseur de rois du parti républicain, c’est Sheldon Adelson, milliardaire des casinos et champion de la politique israélienne ultranationaliste et anti-arabe, dans laquelle excelle Netanyahou. Adelson aime tellement Netanyahou qu’il lui a même acheté un journal, Israel Hayom, qu’Adelson a développé au point d’en faire le quotidien le plus diffusé en Israël.

Tout compte fait, Adelson a soutenu la campagne électorale de Trump à hauteur de 35 millions de dollars. C’est parce qu’il avait besoin du soutien d’Adelson que Trump a nommé David Friedman – bienfaiteur de longue date des colonies juives illégales en Cisjordanie – au poste (supposé non partisan) d’ambassadeur des États-Unis en Israël. Et lors de l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem la semaine dernière, Adelson faisait partie des invités d’honneur.

Le vilain petit canard de l’antisémitisme

Ceux qui accusent d’antisémitisme quiconque ose soulever la question du lobby israélien, soit comprennent de travers ce qui est revendiqué, soit en donnent, intentionnellement, une représentation fallacieuse.

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Personne, hormis les antisémites haineux, facilement identifiables, ne se livre à la réactualisation des Protocoles centenaires des Sages de Sion – un faux document célèbre rédigé par les partisans du tsar russe, censé prouver que ‘’les juifs’’ cherchaient à dominer le monde en faisant main basse sur banques et médias.

Pour commencer, l’argument sur l’existence d’un lobby israélien ne fait aucunement référence aux personnes juives. Est en cause un pays, Israël, et son influence démesurée sur les politiques nord-américaines.

D’autres pays ou groupes de citoyens américains tentent d’exercer ce genre d’influence, soit par le biais de lobbies similaires, soit en recourant à divers subterfuges.

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Personne n’oserait nier l’existence du lobby cubain – ce groupe de pression qui a contribué à orienter la politique américaine et cherché à évincer le leader révolutionnaire Fidel Castro. Encore actuellement, la quasi-totalité des législateurs américains écument de rage devant ce qu’ils interprètent comme des manœuvres occultes déployées par la Russie en vue d’orienter la politique américaine dans le sens de Moscou.

Pourquoi devrait-on croire qu’il en va tout autrement d’Israël ? La question n’est pas de savoir si le lobby existe, mais pourquoi le système politique américain ne fait rien pour se soustraire à son ingérence.

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Si la prétendue main invisible du leader russe Vladimir Poutine s’ingérant dans les affaires américaines fait peser une telle menace, pourquoi celle d’Israël serait-elle au-delà de tout soupçon ?

Cinq lobbies en un

Plutôt que démasquer et affronter le lobby israélien, les présidents américains se sont généralement volontiers ralliés à sa cause. Ce qui s’est clairement vu, entre autres, lorsque Barack Obama a rétropédalé lors de sa première confrontation avec Netanyahou, à qui il demandait de limiter l’expansion des colonies juives illégales en Cisjordanie.

Sous Trump, en revanche, le lobby israélien en est venu à exercer un pouvoir sans égal, parce qu’on a affaire désormais à bien plus qu’un seul et unique lobby. Il s’agit d’une hydre à cinq têtes, digne de la mythologie grecque, et une seule d’entre elles relève directement d’Israël ou des juifs américains organisés.

En fait, le pouvoir du lobby n’émane désormais plus d’Israël principalement. Depuis l’élection de Trump, le lobby israélien a réussi à absorber et à mobiliser quatre puissants lobbies supplémentaires – et ce dans des proportions inédites : les évangéliques chrétiens, la droite alternative, le complexe militaro-industriel et le lobby de l’Arabie saoudite.

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La victoire électorale de Trump dans son propre pays dépendait de sa capacité à rallier à sa cause deux groupes profondément engagés en faveur d’Israël, tout en étant largement indifférents, voire activement hostiles, aux juifs de ce pays.

Les dirigeants de l’extrême droite américaine – coalition peu structurée de groupes suprématistes blancs et néonazis – se sont entichés d’Israël, mais n’aiment généralement pas les juifs. Ce sentiment a été résumé par le leader d’extrême droite, Richard Spencer, qui se qualifie lui-même de « sioniste blanc ».

Bref, la droite alternative chérit Israël parce que ce pays a réussi à perpétuer un modèle, depuis longtemps décrié, de forteresse patriotique raciste et belliqueuse. Elle voudrait que les États-Unis deviennent un pays exclusivement réservé à une communauté « blanche » fantasmée, tout comme Israël se veut l’incarnation d’une communauté exclusivement juive.

Trump s’appuie sur le vote de l’extrême droite, comme en témoigne la nomination précipitée à son administration de plusieurs personnalités associées à ce courant, dont Steve Bannon, Stephen Miller, Michael Flynn, Julia Hahn et Sebastian Gorka.

Réaliser la prophétie divine

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Toutefois, le rôle des évangéliques est encore plus déterminant. C’est ainsi que le fervent chrétien Mike Pence a été désigné colistier de Trump. Son équipe avait compris que les voix de dizaines de millions d’Américains lui seraient acquises si Trump se conformait à leurs préjugés.

Pour le plus grand bonheur de Netanyahou, leur plus grand parti-pris se traduit par un soutien fanatique à Israël, non seulement à l’Israël restreint à l’intérieur de ses frontières actuelles internationalement reconnues, mais surtout au Grand Israël, qui englobe des dizaines de colonies juives illégales construites sur des terres palestiniennes.

Les sionistes chrétiens croient que les juifs doivent être regroupés au sein de leur patrie biblique afin que s’accomplisse la prophétie divine qui provoquera la seconde venue du Messie.

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C’est surtout par souci de plaire aux sionistes chrétiens que Trump a transféré l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Et c’est aussi pourquoi deux pasteurs évangéliques connus pour leurs propos antisémites, John Hagee et Robert Jeffress, ont été appelés à gratifier de leurs bénédictions la cérémonie d’ouverture.

Trump est redevable envers les évangéliques – on a donc motif à s’inquiéter de sa politique dans la région. Les sionistes chrétiens ne s’intéressent pas aux principes d’équité, de justice ou de droit international. Ils sont au contraire prêts à attiser les tensions au Moyen-Orient – et même à déclencher l’Armageddon lui-même – s’ils y voient un moyen de renforcer Israël et de réaliser la prophétie divine.

Mise en garde d’Eisenhower

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Le complexe militaro-industriel jouit d’une influence de bien plus longue date, quoique plus masquée, sur la politique américaine. Déjà en 1961, un ancien général de l’armée américaine devenu président, Dwight Eisenhower, avait mis en garde contre la menace imminente d’un secteur privé de plus en plus envahissant, et dont les marges bénéficiaires sont tributaires de l’ampleur des guerres.

Depuis, le pouvoir de ces grandes sociétés s’est accru et étendu, exactement comme le craignait Eisenhower. Pour le plus grand bonheur d’Israël.

Dans son livre The Fateful Triangle, publié au début des années 1980, Noam Chomsky, intellectuel américain dissident, observait qu’Israël et États-Unis ne partageaient pas les mêmes perceptions du Moyen-Orient.

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Les États-Unis incarnaient alors ce que Chomsky appelait le « pouvoir du statu quo », avant tout soucieux de préserver l’ordre régional existant. Israël, au contraire, s’employait à la déstabilisation de la région – sa balkanisation – et en a fait sa stratégie, en vue d’étendre son hégémonie sur des États voisins divisés, chacun d’entre eux en proie à de constantes querelles intestines.

On constate sans peine aujourd’hui quelle vision du Moyen-Orient a prévalu. Les industries de guerre dont le siège social est aux États-Unis font pression en faveur d’une « guerre mondiale permanente contre le terrorisme », gourmande en jouets meurtriers coûteux – dont elles ont déjà largement profité. L’Occident a même réussi à présenter ses guerres d’agression contre d’autres États souverains sous l’étiquette « humanitaire ».

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Les avantages qu’en retire le complexe militaro-industriel se traduisent par les profits exponentiels enregistrés ces dix dernières années par les grands marchands de canons américains comme Lockheed Martin ou Raytheon.

Entretenir les peurs

Israël n’a pas seulement bénéficié des sanctions contre ses rivaux régionaux et de leur démembrement – Syrie, Irak et Iran – mais a également saisi cette occasion pour se rendre indispensable à la prospérité de ces industries de guerre.

Il a, par exemple, été la cheville ouvrière du développement et du perfectionnement de nouvelles façons d’exploiter la culture de la peur – dont la plus importante, l’industrie toujours en pleine expansion de la « sécurité intérieure ».

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Israël se sert des territoires palestiniens occupés à des fins d’expérimentation et s’est spécialisé dans le développement de nombreuses technologies : surveillance et biométrie, méthodes létales et non létales de contrôle des foules, systèmes complexes d’incarcération, profilage psychologique des populations assujetties, et redéfinitions très douteuses du droit international visant à la levée des sanctions en vigueur en cas de crimes de guerre et guerres d’agression.

Cette situation s’avère incommensurablement bénéfique aux industries militaires qui cherchent à tirer profit des nouvelles guerres et occupations au Moyen-Orient. De plus, l’expertise d’Israël en la matière s’en trouve désormais très recherchée par les élites politiques et sécuritaires américaines qui souhaitent pacifier et contrôler des populations nationales agitées.

La déstabilisation du Moyen-Orient encouragée par Israël fait peser de nouvelles menaces sur les États-Unis – protestations, immigration et terrorisme – pour lesquelles Israël fournit alors des solutions clé en main.

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Israël a contribué à rationaliser la militarisation des forces de police aux États-Unis et ailleurs, et assure leur formation. Il a aussi progressivement introduit – aux États-Unis comme dans d’autres pays occidentaux – le type de profilage racial et politique qui est, depuis longtemps, la norme en Israël.

C’est la raison pour laquelle l’universitaire israélien Jeff Halper vient de tirer la sonnette d’alarme : la « guerre contre le terrorisme » pourrait, en fin de compte, faire de nous tous des Palestiniens.

Alliance avec l’Arabie saoudite

Mais le plus gros coup de pouce qui a renforcé la puissance d’Israël à Washington est sans doute sa nouvelle alliance, à peine dissimulée, avec l’Arabie saoudite.

Pendant des décennies, le lobby pétrolier américain fut perçu comme contrepoids au lobby israélien. C’est pourquoi les partisans d’Israël ont toujours conchié le Département d’État américain, perçu comme l’incarnation d’un avant-poste arabisant.

Plus maintenant. Trump, en homme d’affaire fidèle à lui-même, a cultivé des liens encore plus étroits avec les Saoudiens dans l’espoir que les ventes d’armes et de technologies revitaliseront l’économie des États-Unis et feront advenir leur renaissance politique.

Lors d’une visite du prince héritier Mohammed ben Salmane aux États-Unis en mars, M. Trump a précisé : « L’Arabie saoudite, nation très riche, va, nous l’espérons, faire bénéficier les États-Unis d’une partie de son abondance, sous la forme d’emplois et en acquérant les meilleurs équipements militaires au monde ».

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Or, les liens étroits qu’entretiennent Washington et les Saoudiens ressemblent de plus en plus à une aubaine pour Israël, plutôt qu’à un obstacle. Ces deux pays se sont trouvé une cause commune : ils s’opposent fébrilement à l’Iran et à ses alliés chiites en Syrie et au Liban, et ils sont déterminés à les empêcher d’acquérir encore plus de pouvoir dans la région.

Israël est en quête d’une hégémonie militaire sur le Moyen-Orient, et l’Iran risque de la compromettre. De son côté, Riyad a besoin d’une hégémonie idéologique et financière, que l’Iran a les moyens de contrarier.

Quant aux Palestiniens – la seule question qui continue de diviser profondément Israël et l’Arabie saoudite – ils sont de plus en plus perçus par ben Salmane comme une pièce de jeu d’échecs qu’il est tout disposé à sacrifier en échange de la destruction de l’Iran.

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Trump a déchiré, avec l’enthousiasme incendiaire que l’on sait, l’accord nucléaire conclu entre Obama et l’Iran parce que ses deux alliés du Moyen-Orient le lui ont conjointement réclamé.

Et tout indique qu’il pourrait faire pire encore – jusqu’à attaquer l’Iran – si la pression d’Israël et des Saoudiens atteignait une masse critique.

L’heure est à un peu plus d’humilité

Tous ces différents lobbies exercent depuis longtemps un pouvoir considérable à Washington, mais ils restent profondément divisés. Ces dernières années, en revanche, leurs intérêts se sont considérablement entremêlés, de sorte qu’Israël devient de plus en plus incontournable en politique américaine.

Sous Trump, leurs priorités ont si bien convergé que ce lobby multicéphale a capté la présidence sur les questions qui le concernent le plus, et d’autant plus efficacement qu’il joue collectif.

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Je ne dis pas que le lobby israélien est à l’avenir à l’abri de tout défi. D’autres menaces émergent en réaction au pouvoir irresponsable du lobby israélien : notamment, les voix progressistes sur la scène politique américaine qui, pour la première fois, rompent avec le caractère, de longue date, bipartisan du débat sur Israël.

La progression inattendue de Bernie Sanders dans la course à l’investiture démocrate pour la présidentielle, la montée en puissance du mouvement international Boycott, désinvestissement et sanction (BDS), la désaffection croissante des jeunes juifs américains envers Israël, et la dénonciation grandissante des crimes israéliens par l’opinion publique américaine sur les réseaux sociaux sont autant de signes révélateurs de tendances lourdes, qu’Israël aura du mal à contrer ou à inverser.

Israël est en train d’obtenir en ce moment ce qu’il recherche depuis toujours. Mais contre le péché d’orgueil, nous avons été mis en garde depuis l’époque de la Grèce antique.Israël pourrait en venir à un peu plus d’humilité – par la manière forte.

Jonathan Cook

Jonathan Cook est un journaliste anglais basé à Nazareth depuis 2001. Il a écrit trois ouvrages sur le conflit israélo-palestinien et remporté le prix spécial de journalisme Martha Gellhorn. Vous pouvez consulter son site web et son blog à l’adresse suivante : www.jonatthan-cook.net.

Article original traduit par Dominique Macabies.

https://arretsurinfo.ch/sous-trump-le-lobby-israelien-sest-mue-en-hydre-a-plusieurs-tetes/

*TROPE, subst. masc.

A. − RHÉTORIQUE

1. [Dans l'anc. rhét.] Figure par laquelle un mot prend une signification autre que son sens propre. Les Tropes sont certains sens plus ou moins différens du sens primitif, qu'offrent, dans l'expression de la pensée, les mots appliqués à de nouvelles idées (P. Fontanier, Les Figures du disc., Paris, Flammarion, 1968, [1821], p. 39). (...)http://www.cnrtl.fr/definition/trope

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mercredi 6 juin 2018

A Paris, des manifestants s'opposent à la venue du «criminel de guerre» Benjamin Netanyahou

Après Berlin, le Premier ministre israélien est en visite à Paris, où il s'entretient avec Emmanuel Macron afin de plaider notamment pour un durcissement vis-à-vis de l'Iran. Solidaires des Palestiniens, des protestataires se sont rassemblés.

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«Non à la venue du criminel de guerre Netanyahou en France !» : tel est le mot d'ordre de plusieurs collectifs pro-palestiniens qui ont appelé à manifester à Paris ce 5 juin 2018, jour de la rencontre entre le Premier ministre israélien et le président de la République, Emmanuel Macron. «Netanyahou, criminel de guerre ! A la cour pénale internationale !», scandaient des opposants, d'après un reporter de RT France présent sur les lieux. 

En raison d'une interdiction de manifester devant le Grand Palais, c'est finalement aux Invalides que se sont rassemblés les protestataires. Ceux-ci se sont vus interdire le franchissement de la Seine.

Un reporter de FranceInfo a estimé à 200 le nombre de manifestants.

Des élus de La France insoumise (LFI), parti dont une frange notable se montre critique à l'égard de la politique de l'Etat hébreu, ont annoncé leur venue. Outre Danielle Simonnet, conseillère de Paris, le député LFI Eric Coquerel a dénoncé sur Twitter la venue de Benjamin Netanyahou à Paris.

Macron ne reconnaîtra pas la Palestine

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Lors d'une conférence de presse au côté de Benjamin Netanyahou, Emmanuel Macron a répondu à un journaliste qu'il ne reconnaîtrait pas officiellement la Palestine, estimant que les décisions unilatérales causaient de la «violence». Il a pris comme exemple le retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien, estimant que celui-ci était «mieux que ce qu'on avait avant», sans pour autant être parfait.

Comme attendu, le Premier ministre israélien a pour sa part insisté sur la nécessité selon lui, de durcir le ton vis-à-vis de l'Iran. Il a estimé que l'accord sur le nucléaire avait permis à Téhéran, en levant les sanctions, de lui «donner l'argent pour construire cet empire». Evoquant les actions de Téhéran en Syrie comme une «agression iranienne», il a assuré que si Paris ne sévissait pas vis-à-vis de Téhéran, des réfugiés afflueraient vers l'Europe.

Les manifestants solidaires des Palestiniens

Alors qu'Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahou doivent participer à l'inauguration d'une exposition sur Israël, les opposants à la venue du Premier ministre israélien réclament notamment l'«annulation de la saison France-Israël», un événement culturel censé renforcer les liens entre les deux pays. Ils apportent par ailleurs leur soutien à la «Marche du retour», un mouvement de revendication qui a débuté le 30 mars et qui vise à revendiquer, conformément au droit international, le droit au retour des réfugiés palestiniens chassés ou ayant fui leur terre à la création de l'Etat hébreu.

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Benjamin Netanyahou a été la cible de critiques ces derniers mois, alors que l'armée israélienne a causé la mort de plus de 120 manifestants palestiniens depuis le début d'un mouvement de protestation. Des milliers d'autres ont en outre été blessés par des tirs de soldats israéliens.

Lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron, Benjamin Netanyahou devrait notamment plaider pour un durcissement des pays européens à l'égard de l'Iran, grand rival régional de Tel-Aviv, alors que ceux-ci tentent de préserver l'accord sur le nucléaire conclu en 2015, malgré le récent retrait des Etats-Unis. Le 4 juin, le Premier ministre israélien avait mis la pression sur l'Allemagne lors d'une rencontre avec Angela Merkel, l’exhortant à sévir davantage contre Téhéran. Il avait ainsi mis en garde la chancelière allemande contre une arrivée massive de réfugiés, si Berlin ne réintroduisait pas des sanctions contre l'Iran.

https://francais.rt.com/international/51329-paris-manifestation-contre-rencontre-macron-criminel-guerre-netanyahou

AFFICHE FL JUSTICE PALESTINE

Paris, le 30 mai 2018

Monsieur le Président de la République,

Nos organisations s’étonnent du maintien de l’invitation à Paris du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou pour l’inauguration de la saison culturelle croisée France-Israël le 5 juin 2018.

Cette visite ainsi que le maintien de la saison croisée nous semblent inappropriés dans le contexte actuel.

La répression militaire arbitraire et les violations du droit par les autorités israéliennes dans la Bande de Gaza, depuis le début de la « grande Marche du Retour », ont été condamnées par l’ensemble de la communauté internationale, y compris par la France. L’Elysée a « condamné les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants » et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a, lui, « rappelé le devoir de protection des civils, en particulier des mineurs, et le droit des Palestiniens à manifester pacifiquement. Rien ne peut justifier des tirs systématiques à balles réelles contre des manifestants pacifiques et désarmés. » Le 18 mai 2018, à l’occasion de la session extraordinaire du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, la France exprimait également son soutien à la création d’une commission d’enquête indépendante sur les violations des droits de l’Homme en Palestine, ce que nous saluons.

Dans le prolongement de ces déclarations, nous attendons que la France affirme plus fermement et concrètement son désaccord avec la politique répressive violente menée par l’Etat israélien.

En toute cohérence avec la position de la France sur la question palestinienne et son engagement en faveur des droits de l’Homme, nous vous demandons d’annuler la visite de B. Netanyahou à Paris prévue le 5 juin 2018 pour l’inauguration de la saison culturelle croisée France-Israël.

Si elle était maintenue le 5 juin prochain – date marquant les 51 ans du déclenchement de la guerre des Six-Jours et l’occupation de tout le territoire palestinien – elle serait perçue comme une provocation et une légitimation des violations du droit commises par les autorités israéliennes en Palestine et particulièrement à Gaza ces dernières semaines.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre profonde considération.

Mme Claude Léostic, Présidente de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine

https://plateforme-palestine.org/La-visite-de-Benyamin-Netanyahou-a-Paris-le-5-juin-2018

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dimanche 3 juin 2018

Pétition: "Nous demandons l’annulation de la saison France-Israël"

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La saison 2018 célébrant les liens entre la France et Israël dans les domaines culturels et scientifiques risque d'être sérieusement perturbée cette année, vu le contexte; le plus sage serait sans doute de l'annuler, mais la sagesse n'est pas la qualité première de notre président jupiter!   P.G.

TRIBUNE LIBRE / La Campagne BDS France : www.bdsfrance.org et L'Aurdip: www.aurdip.fr

TL BDS PETITION MACRON

Monsieur le Président de la République,

Sous votre haut patronage, la République française s’apprête à lancer la « saison France-Israël 2018 ». Cet événement, lit-on,

« a […] pour ambition de montrer la vitalité de la relation bilatérale dans les domaines culturels et scientifiques, de marquer une nouvelle étape dans les relations économiques et de renouveler le regard que portent les Français sur Israël et les Israéliens sur la France ».

Bien plus,

« A travers plus de 400 événements dans les deux pays, la saison France-Israël 2018 résonnera dans une cinquantaine de villes en France et une vingtaine de villes en Israël autour de thèmes variés tels qu’innovation, sciences, économie, théâtre, danse, art contemporain, musique, éducation, cinéma, design, livre et débat d’idées ».

Cette inauguration aura lieu dans un contexte où le droit international dans les territoires palestiniens n’a jamais été aussi bafoué. L’extension des colonies se poursuit et l’ambassade des Etats-Unis a été transférée à Jérusalem. Que la « saison France-Israël 2018 » se déroule dans ces conditions est en soi inopportun, tant il est évident que cet événement participe d’une stratégie visant à redorer le blason d’un État dont la nature annexionniste n’est plus un secret pour personne.

Mais aujourd’hui, il serait inadmissible que cette « saison France-Israël » soit maintenue en dépit du dernier massacre de Gaza. Ce serait une atteinte irrémédiable à nos principes républicains et à nos valeurs de justice.

Citoyennes et citoyens français, nous ne pouvons accepter, dans les circonstances présentes, cette collaboration d’État à État entre la France et Israël. Nous ne pouvons nous soumettre à la normalisation avec un régime colonial bafouant les droits de l’Homme et les conventions internationales signées par la France.

Comment en effet pourrions-nous faire comme si de rien n’était ? Comme si des dizaines de jeunes gens n’avaient pas été assassinés de manière préméditée ? Comme si des centaines de manifestants demandant seulement le respect de leurs droits fondamentaux n’avaient pas été estropiés à vie ? Comme si le ghetto de Gaza ne courait pas le risque d’être purement et simplement liquidé, avec la complicité, active ou passive, de la communauté internationale ?

Pour cette raison, Monsieur le Président de la République, nous vous demandons de faire en sorte que la « saison France-Israël 2018 » n’ait pas lieu. Ne nous entretenons pas d’« éducation » ou d’« idées » avec un État qui a assassiné en quelques semaines plus de 110 jeunes gens épris de liberté et en a blessé ou mutilé plus de 8000. Envoyez un signal clair au gouvernement israélien en renonçant publiquement à la « saison France-Israël 2018 ». La société civile française ne saurait voir ces manifestations se tenir sans faire entendre sa désapprobation.

Pour signer la pétition

http://annulationfranceisrael.wesign.it/fr

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 http://www.librairie-tropiques.fr/2018/05/nous-demandons-l-annulation-de-la-saison-france-israel.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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lundi 28 mai 2018

Gaza, de la Marche du retour à l’État unique

TRIBUNE LIBRE / Le chirurgien Christophe Oberlin a effectué à Gaza en avril 2018 une mission médicale.

TL OBERLIN GAZA

Avec les manifestations pacifiques le long de la frontière qui sépare Gaza d’Israël, les Palestiniens sont en passe de réussir une couteuse mais efficace campagne de communication. Alors qu’Israël réagit de manière disproportionnée et fait usage d’armes prohibées, se précise l’objectif à long terme d’un Etat unique et démocratique sur l’ensemble de la Palestine.

Liban, 1992

Il y a 25 ans, le 15 décembre 1992, Itzhak Rabin déportait au Sud Liban 400 sympathisants du Hamas et du Jihad islamique. Le Premier ministre pensait ainsi éloigner définitivement les plus fermes opposants aux futurs accords d’Oslo dont les négociations secrètes venaient de commencer. Mais les déportés refusaient d’entrer au Liban et s’installaient tant bien que mal à quelque distance en contrebas du dernier check point israélien (Israël occupait alors le Sud Liban). Désormais chaque semaine les déportés allaient s’ébranler symboliquement en « Marches du retour » depuis leurs camps de toile vers la frontière, manifestant pacifiquement la volonté des Palestiniens de revenir sur leur terre. Ils essuyaient alors des tirs des soldats israéliens, l’un eut le visage emporté. Mais, bien avant l’heure d’internet, les images de leur détresse faisaient un « buzz » mondial, l’illégalité de leur expulsion était clamée par l’ONU. Neuf mois plus tard Israël cédait et les déportés rentraient chez eux.

Palestinien handicapé - Balle explosive

 

Les Marches du retour, version 2018

En 2018, les déportés, les assiégés, ne sont pas quatre cent, mais près de deux millions. Sans drapeaux partisans et sans armes, ils manifestent dans un espace vital pour eux : la zone frontalière sur laquelle Israël s’arroge le droit de vie et de mort ; un kilomètre de large sur quarante kilomètres de long, et qui correspond aux dernières terres agricoles de l’enclave. En déclarant ce territoire « zone tampon », ce sont trois mille hectares de terres agricoles sur laquelle Israël tire à vue. Au cours de l’année 2017, vingt-cinq Palestiniens ont été les cibles. Et voilà que ce ne sont plus de jeunes agriculteurs qui sont là, mais des familles entières, hommes femmes et enfants, des poussettes. Tous les vendredis, après l’heure de la prière, on piquenique en famille. Du nord au sud de la Bande de Gaza, cinq villages de tentes sont dressés avec des stands, des buvettes, des falafels, des podiums. Pour un de mes amis Francilien : « C’est la fête de l’Humanité avec beaucoup plus de monde ! »

Israël aggrave son cas

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Mais voilà que des jeunes s’approchent de la barrière, cette fois-ci sous les yeux du monde entier. Des centaines de portables diffusent en direct les images. Une fois de plus Israël réagit de la pire des façons, blesse et tue sans honte : « Nous savons où va chaque balle ». Mais en face une autre défense est organisée, non violente celle-là. Sur le terrain, dans les postes de secours, les ambulances, à l’entrée des services d’urgences des hôpitaux, dans les blocs opératoires, c’est toute une escouade formée au recueil de preuves médicolégales qui s’active sans relâche. En décembre dernier Ibrahim Abu Thuraya, handicapé amputé des deux jambes, a été tué d’une balle en plein front. Mais les témoins ont témoigné, les films sont là, et la balle extraite du crane est bien israélienne. Au soir du premier vendredi des Marches du retour, qui a fait 17 morts, ce sont plus de deux cent mandats des familles qui ont été recueillis et abondent les signalements déjà parvenus à la Cour pénale internationale. A tel point que la Procureure, fait totalement inédit dans l’histoire de la Cour, a fait savoir publiquement que ces actes « étaient susceptibles de relever de sa compétence ». Mais les soldats israéliens n’utilisent pas seulement les fines balles qui transpercent des enfants ou des journalistes. Je peux en témoigner. J’ai opéré à l’hôpital Shifa, le principal hôpital de la Bande de Gaza, du 8 au 15 avril. Les soldats israéliens utilisent aussi les « soft-nose bullets », ces balles à effet explosif qui font éclater les os, transforment en une bouillie sanglante l’intérieur des cranes, broient les corps en y laissant des cratères où l’on peut passer le poing. Et ils utilisent aussi les gaz. Des attaques chimiques comme celles, simultanée sur le nord et le sud de la Bande de Gaza qui ont laissé au sol des dizaines de blessés inconscients et agités de convulsions pendant de longues minutes. Des convulsions qui se reproduisent régulièrement chez les victimes hospitalisées dans les services de soins intensifs. Des gaz neurotoxiques. D’autres gaz, de couleur différente, produisent vomissements et diarrhées sanglantes. A la Cour, le dossier israélien pèse de plus en plus lourd.

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Les commentaires habituellement lisses des médias occidentaux commencent à se fissurer. Certes persistent quelques rapports « équilibrés », présentant à égalité oppresseur et victime. On évoque le pathétique ou le dérisoire à la vue de ces jeunes qui jouent avec leur vie sans objectif réaliste, ou qui seraient « manipulés par le Hamas ». On se désole de ces images de violence qui se répandent sur internet et ne constitueraient que d’autres appels à la violence. Mais n’est-ce pas justement parce que la réaction israélienne provoque des morts qu’on en parle ? Quelle relation a-t-on fait des centaines de milliers de Gazaouis qui manifestent régulièrement contre ce siège ? Evoque-t-on la misère massive qui s’est abattue sur Gaza sans eau potable ni électricité ? Sont-ce les Palestiniens qui ont besoin de martyrs, ou les médias occidentaux qui ont besoin d’images de sang et de morts pour animer la Une ? Alors quelques journalistes occidentaux, très peu, s’enhardissent à se glisser dans la Bande de Gaza. Et voilà même que le discours de tel ou tel responsable politique du parti diabolisé, le Hamas, se retrouve sur nos ondes aux heures de grande écoute. Avec quelle revendication ? Un objectif à long terme qu’il est bien difficile d’argumenter en contre : un Etat unique sur toute la Palestine, où tous jouiraient des mêmes droits : juifs, chrétiens et musulmans. Mais combien de Marches d’ici là ?

Pr Christophe Oberlin

 

Pr Christophe Oberlin - 1

 


 

Source :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Oberlin

https://blogs.mediapart.fr/christophe-oberlin/blog/220418/gaza-de-la-marche-du-retour-letat-unique

http://www.france-irak-actualite.com/2018/04/gaza-balles-a-effet-explosif-et-gaz-neurotoxiques-la-guerre-d-israel-contre-les-civils-pacifistes.html

https://aphadolie.com/2018/05/27/gaza-munitions-illegales-handicapantes-utilisees-par-larmee-israelienne-bullet-soft-nose-pr-christophe-oberlin/

Voir aussi la vidéo:

VIDEO OBERLIN GAZA

Gaza : Munitions illégales handicapantes utilisées par l’armée israélienne (Bullet Soft Nose) – Pr Christophe Oberlin

https://www.youtube.com/watch?v=ZeYEBkElx2Y

mardi 22 mai 2018

Massacre colonial pour un « jour de gloire »

TRIBUNE LIBRE / Bruno Guigue

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52 morts et 2400 blessés dont 1200 par balles.. C’est le dernier bilan de la sanglante journée du 14 mai 2018 dans la bande de   Mais pour Netanyahou, c’est un “jour glorieux”. Lors de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, il a remercié Donald Trump avec des trémolos dans la voix. “Quel jour glorieux ! Souvenez-vous toujours de ce moment, c’est un jour historique. C’est un grand jour pour Jérusalem et pour l’État d’. Un jour qui restera dans nos mémoires pour des générations et des générations”. Cette journée restera dans les mémoires, en effet, mais pour ce qu’elle est vraiment : un nouveau massacre colonial.

Déversant un déluge de feu sur des manifestants palestiniens désarmés, l’appareil répressif israélien s’est surpassé dans l’horreur. Où sont ses laudateurs habituels, toujours prompts à répéter le laïus officiel sur cette vertueuse armée israélienne pénétrée d’impératifs moraux et soucieuse d’épargner les civils ? On ne les entend guère, ils rasent les murs. Quand les courageux pionniers de l’idéal sioniste se livrent à un pogrom en direct, ces imposteurs abonnés aux plateaux-télé ont la mine basse et le regard chafouin.

Mais peu importe. D’autres se mettent à l’ouvrage, bien décidés à maquiller la scène de crime. Hypocrites, les médias français prennent le relais, nous expliquant du bout des lèvres que “les tensions sont vives” et qu’il y a des “affrontements à la frontière”. Quel sens de l’euphémisme ! On se demande bien, d’ailleurs, de quelle frontière il s’agit, car Israël n’en a aucune. La bande de Gaza est un morceau libéré – et assiégé – de la Palestine historique. Lorsque ses habitants veulent se rendre dans une autre région de la Palestine, ils rentrent chez eux, tout simplement. Parler de frontière, c’est faire comme si l’occupation était légale, c’est joindre le mensonge à la justification du forfait colonial.

Cette journée du 14 mai est la plus meurtrière depuis la guerre de l’été 2014 contre Gaza. Mais une fois de plus, dès qu’il s’agit de nommer l’oppression subie par les Palestiniens, les mots sont démonétisés, vidés de leur substance, frappés par une censure invisible. On connaît la rengaine : “Israël a le droit de se défendre”, les colonies sont des “implantations », les résistants des “terroristes”, le mur de séparation “un mur de sécurité”, Israël une “démocratie”, les manifestants de Gaza des “provocateurs” et des “extrémistes”. Dans cette novlangue invasive, les expressions apparemment les plus anodines sont trompeuses.

Au nom de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, par exemple, appelle “toutes les parties à agir avec la plus grande retenue, afin d’éviter des pertes de vies humaines supplémentaires”. On savait déjà que l’UE ne servait à rien, mais il faut avouer que cette inutilité finit par se voir de très loin. Dans le même registre, “la France, elle, appelle l’ensemble des acteurs à faire preuve de responsabilité afin de prévenir un nouvel embrasement au Proche-Orient”, déclare le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Sournoises à l’excès, ces formules laissent entendre que deux peuples s’affrontent sur le champ de bataille, alors qu’il s’agit de la révolte d’un peuple colonisé contre le colonisateur. Elles font comme si le conflit provenait d’une double intransigeance et qu’il suffisait, au fond, de ramener à la raison les forces antagonistes pour rétablir la paix. On sait ce que signifie cet angélisme de façade : il s’agit d’obtenir la reddition de ceux qui protestent contre l’occupation. D’une lutte de libération, cette rhétorique lénifiante fait une obscure querelle. Son artifice, dans le meilleur des cas, consiste à renvoyer dos-à-dos l’occupant et l’occupé, comme si les responsabilités étaient partagées.

En attendant, la débauche de violence de l’occupant fait renaître l’atmosphère sanguinaire des pires massacres coloniaux. Enracinée dans les esprits par une idéologie raciste, la diabolisation du Palestinien autorise toutes les transgressions. Des citoyens israéliens s’installent sur les miradors pour assister en direct aux tirs à balles réelles sur cibles humaines. Quel beau spectacle ! Après tout, les héros de “Tsahal” excellent dans leur spécialité. Flinguer des civils, hommes, femmes et enfants confondus, c’est quand même plus facile que vaincre le Hezbollah au Liban-Sud ou aller chercher le combattant palestinien, à la baïonnette, dans les ruelles obscures de Gaza.

“Nos soldats défendent nos frontières”, déclare Netanyahou. Va-t-il également proclamer l’époustouflante victoire de sa vaillante armée ? Déjà, durant l’été 2014, le bombardement massif et meurtrier d’un immense camp de réfugiés était censé relever, dans la novlangue sioniste, du paradigme de la victoire militaire. Comme si le bilan de ce bain de sang perpétré à distance pouvait s’apparenter à celui d’une guerre remportée à la loyale, sur un champ de bataille, face aux soldats d’une armée digne de ce nom, l’Etat-colon se vantait de ses turpitudes. Aujourd’hui encore, comme un serial killer de série B, il se regarde dans son miroir, fasciné par sa propre image mortifère.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/billet-rouge-2/massacre-colonial-pour-un-jour-de-gloire-par-bruno-guigue/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

AFFICHE GAZA MASSACRE

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lundi 21 mai 2018

Gaza : des civils massacrés et une pensée malmenée

TRIBUNE LIBRE / Après la mort de plusieurs dizaines de Palestiniens tués par des soldats israéliens à Gaza, le spécialiste du monde arabe Adlene Mohammedi décrypte les réactions médiatiques et diplomatiques qui ont suivi le massacre.

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A l’occasion des 70 ans de la proclamation de l’Etat d'Israël et du transfert, décidé par Donald Trump, de l’ambassade américaine à Jérusalem, plus d'une cinquantaine de Palestiniens ont été tués le 14 mai par l’armée israélienne. Au massacre de civils s’ajoutent des commentaires, parfois déconcertants, qui révèlent l’absurdité du regard porté sur la situation au Proche-Orient et la politique israélienne. 

«La fête a été gâchée par les morts palestiniens», déclarait ainsi tranquillement l’éditorialiste de BFM TV Ulysse Gosset. Même morts, les Palestiniens sont ainsi décrits comme ces empêcheurs de fêter en rond, de transférer son ambassade en rond, d’occuper en rond. Depuis le début des manifestations en mars, les forces israéliennes ont tué plus de 100 Palestiniens et le nombre de blessés avoisine 12 000. Le 14 mai, le nombre de morts s’élevait à 59 (dont plusieurs enfants) et celui des blessés à 2 700. A moins d’une contorsion de l’esprit, il est très difficile d’y voir autre chose qu’un massacre perpétré par une armée d’occupation, dans une zone assiégée, une prison à ciel ouvert.

Des réactions contrastées : entre fermeté et pusillanimité

Cette violence israélienne a assurément, comme toujours, ému les opinions publiques. Les réactions officielles et médiatiques sont, quant à elles, contrastées. Si des pays comme la Turquie et l’Afrique du Sud ont tout simplement rappelé leurs ambassadeurs, l’attitude israélienne semble rencontrer assez peu d’obstacles.

Comme toujours, un discours faussement équilibré s’installe, où le besoin de «neutralité» (au service du plus fort) prend le dessus sur la description du réel. Ainsi, pour Le Figaro, «des heurts violents ont éclaté lundi entre manifestants palestiniens et soldats israéliens». Dans ce cas unique, le manifestant désarmé et le soldat seraient également responsables. Le Palestinien apparaît comme l’homo sacer du droit romain : exclu, dépourvu de droits, on peut allègrement le tuer sans en pâtir.

De ce point de vue, la position française a le mérite d’identifier une responsabilité unique puisque le président Macron a condamné «les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants». La suite du communiqué laisse cependant sceptique : «Il a appelé tous les responsables à la retenue et à la désescalade et a insisté sur la nécessité que les manifestations des prochains jours demeurent pacifiques.» Comme s’il fallait atténuer la condamnation, elle-même bénigne, de l’armée israélienne. Il n’est plus question ici de la diplomatie des «lignes rouges» et des «punitions» si prisées ailleurs. Mais il y a pire, comme le montre l’exemple de la diplomatie canadienne qui préfère condamner «l’implication» du Hamas. En d’autres termes, si les Palestiniens se font tuer par l’armée israélienne, c’est qu’ils l’ont tout bonnement bien cherché. Au nom de la modération, le discours peut devenir immodérément sordide.

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Un contexte géopolitique en partie favorable à Israël

Ces violences israéliennes ne peuvent être séparées du contexte international et régional. Pour tuer avec une telle facilité des manifestants, Israël a pu compter sur des signaux encourageants. Le premier de ces signaux est évidemment le soutien indéfectible apporté par le président américain, du transfert de l’ambassade à Jérusalem à la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien. Appartenir à un axe anti-iranien plus ou moins informel, qui englobe l’Arabie saoudite et qui jouit du parrainage américain, cela ne peut qu’exacerber l’impunité israélienne face aux Palestiniens.

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Le sang qui coule à Gaza est celui d’une résistance à l’éventualité d’un plan de «paix» qui s’imposerait au peuple palestinien et qui aurait pour parrains honnis Riyad et Washington. Les Palestiniens se font massacrer tout simplement parce qu’ils refusent de voir leur cause noyée dans des calculs régionaux auxquels ils ne sont pas associés.

https://francais.rt.com/opinions/50727-gaza-civils-massacres-pensee-malmenee-adlene-mohammedi

vendredi 18 mai 2018

Quand Gaza fait irruption au Festival de Cannes

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, un formidable documentaire animé, Samouni Road, de Stefano Savona, revient sur la mort de 29 membres d’une famille gazaouie en 2009.

ACT SOUMANI FILM

Samouni Road ***
de Stefano Savona
Film franco-italien, 2 h 10
Quinzaine des réalisateurs

Le Festival de Cannes présente souvent des films en prise avec les tourments du monde. Mais il aura rarement été rattrapé de façon si tragique par l’actualité du moment. Pour la première fois présent sur la Croisette cette année, le pavillon de la délégation palestinienne, drapeau en berne, était en deuil.

Réunis en cercle, les festivaliers présents, parmi lesquels on comptait les membres du jury. Un certain regard, la comédienne française Virginie Ledoyen, l’acteur portoricain Benicio del Toro, et la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir, ont observé une minute de silence en mémoire des 60 Gazaouis tués lors d’une manifestation lundi 14 mai.

Quelques minutes plus tôt, lors d’une discussion organisée dans le cadre du marché du film autour de Samouni Road, documentaire sur la bande de Gaza présenté à la Quinzaine des réalisateurs, l’un des membres de la délégation disait son espoir qu’un tel film ait le pouvoir de guérir les blessures de la guerre.

Son réalisateur, l’Italien Stefano Savona, est moins optimiste, mais aspire tout de même à un travail de mémoire salutaire. Il passe dans son film par la restitution de la façon la plus fidèle possible de la terrible histoire de la famille Samouni, paisibles paysans vivant dans le nord de la bande de Gaza, non loin de la frontière israélienne. Certains travaillent à Tel-Aviv, parlent hébreu et gardent leur distance avec les partis politiques rivaux.

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En janvier 2009, pourtant, lors de l’opération israélienne à Gaza baptisée « Plomb durci » visant à mettre fin aux tirs de roquettes du Hamas, 29 membres de cette famille sont tués par des soldats de l’État hébreu. Stefano Savona, qui venait de filmer la guerre au jour le jour, les rencontre à la fin de l’intervention militaire.

Frappé par la qualité des témoignages des femmes et enfants rescapés, allant au-delà de la colère ou de l’affliction, il décide de revenir un an plus tard à l’occasion du mariage d’un jeune couple. Les Samouni font preuve d’une telle résilience que le cinéaste décide de raconter leur quotidien avant, pendant et après la perte de leurs proches mais aussi de leurs maisons.

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Pour pallier l’absence d’images, il se tourne vers le cinéma d’animation, après avoir découvert le travail de son compatriote Simone Massi, réalisateur de courts-métrages au style unique sur la de sa famille dans le centre de l’Italie. Grattant avec divers outils pointus du papier enduit de pastel noir, cet animateur fait surgir la lumière de l’obscurité, les souvenirs de l’oubli.

La première partie mêle avec une fluidité confondante dessins du passé (ré) animé et témoignages recueillis sur le vif lors des tâches ménagères quotidiennes ou des discussions à l’ombre des oliviers et amandiers encore debout après le passage des tanks.

La nuit d’angoisse à l’issue fatale est quant à elle restituée par une demi-heure d’animation dont le tremblement du trait accentue l’émotion et la tension du drame qui se noue. Cette séquence éprouvante donne également à voir des vues aériennes du village comme celles que peuvent en filmer les drones militaires. Cherchant à donner à comprendre plus qu’à juger, Stefano Savona a recoupé les témoignages avec les rapports de la Croix-Rouge et ceux de l’armée israélienne qui a diligenté une enquête sur ces exactions.

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Le réalisateur n’escamote pas non plus la réalité d’une société patriarcale avec son lot de mariages arrangés et d’épouses reléguées dans des positions subalternes. Il montre aussi les ferments de la vengeance semés dans l’esprit des jeunes garçons. Mais tout autant, dans le regard brillant d’Alma, petite fille de 10 ans sauvée des décombres trois jours après le bombardement de sa maison, la volonté de se reconstruire malgré le traumatisme.

Stéphane Dreyfus, à Cannes
https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Quand-Gaza-fait-irruption-Festival-Cannes-2018-05-16-

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iMAGES DU JOUR

Plutôt de l'humour noir cette semaine, pour la compilation du site "Les Crises", malheureusement.  P.G.

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jeudi 17 mai 2018

Ambassade US à Jérusalem : « Coup de pied dans la fourmilière » ou « machineries infernales » ? (Vidéo)

A l’occasion du 70e anniversaire de la proclamation de l’Etat d’Israël, l’ambassade des Etats-Unis est inaugurée à Jérusalem. Pour RT France, Richard Labévière et Richard Abitbol confrontent leur analyse de la situation dans la région.

VID LABEVIERE ABITBOL RT

Ce 14 mai 2018, l’inauguration de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem marque un tournant majeur après des décennies de prudence diplomatique. Comme prévu, l’événement n’a pas manqué d’exacerber les tensions déjà vives dans cette région du monde : pour protester contre l’événement, des milliers de Palestiniens se sont dirigés vers la frontière israélo-palestinienne, dans la région de Gaza, et des dizaines d’entre eux ont perdu la vie sous les tirs israéliens.

Sur le plateau de RT France, le rédacteur en chef du site Proche et Moyen-Orient, Richard Labévière, ainsi que le président de la confédération des juifs de France, Richard Abitbol, ont livré leur analyse de la situation. Des visions totalement opposées qui ont parfois mené à de vifs échanges…

Le déplacement controversé d’une ambassade

Premier à prendre la parole, Richard Abitbol s’est félicité de la décision de Donald Trump qui, selon lui, « crée le conflit pour régler le conflit ». « [Donald Trump] donne un coup de pied dans la fourmilière », a poursuivi le président de la confédération des juifs de France, comparant le locataire de la Maison Blanche à l’ancien conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, Henry Kissinger, qui selon lui, « attendait le conflit pour traiter le conflit ».

De son côté, Richard Labévière a déploré une décision qu’il estime être à la source de trois « machineries infernales ».

Ainsi, le rédacteur en chef du site Proche et Moyen-Orient a déploré un « piétinement du droit international », « la fin des accords d’Oslo [conclus en 1994] », ainsi qu’« une action de négationnisme historique scandaleuse et inédite dans l’histoire du Proche-Orient ».

Avant Trump… l’administration américaine ?

Les deux invités, chacun à leur tour, n’ont pas manqué d’évoquer le rôle global de l’administration américaine dans l’évolution de la situation au Proche-Orient.

« Ce n’est pas Monsieur Trump qui a décidé de faire que l’ambassade américaine vienne à Jérusalem, c’est une décision de l’administration Clinton, c’est une loi américaine qui doit s’appliquer et qui a été suspendue. », a argué Richard Abitbol.

Quant à Richard Labévière, il a dénoncé l’influence américaine dans la région, n’hésitant pas à évoquer l’implication des « lobbies juifs [américains] pro-israéliens » et des « PAC » [en français, comités d’action politique, organisations privées dont le but est d’infléchir les choix des élus américains]. Il a ainsi déclaré : « La médiation américaine s’est tellement ridiculisée […] Depuis le départ, la question israélo-palestinienne est une question de politique domestique intérieure aux Etats-Unis.»

Quel chemin pour la paix ?

Richard Abitbol s’est montré catégorique : « Il y a aujourd’hui une chance comme jamais pour avoir une paix au Proche-Orient avec une alliance nouvelle entre tous les pays sunnites et Israël. »

Richard Labévière, lui, a considéré qu’« il [fallait] sortir du théologico-politique […] pour laïciser le problème et revenir à une technicité diplomatique ».

Le dossier iranien

En fin de débat, les deux interlocuteurs ont été interrogés sur le récent retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien.

A ce sujet, Richard Labévière s’est inquiété d’une « convergence américaine, israélienne et saoudienne pour faire une guerre à l’Iran ». Il a poursuivi en exprimant ses craintes sur un « conflit [qui] pourrait s’élargir au-delà du Moyen-Orient », évoquant le rôle de pays comme la Russie et la Chine.

De son côté, Richard Abitbol a salué la décision de Donald Trump, développant une virulente critique de la République islamique d’Iran : « C’est une décision qui devrait ravir le monde entier, l’Iran n’a pas seulement une politique anti-israélienne, l’Iran est à l’origine de beaucoup d’attentats antisémites […] l’Iran finance des groupes terroristes qui ont généré des attentats antisémites un peu partout dans le monde, l’Iran n’est pas une démocratie ! »

Source :

https://francais.rt.com/entretiens/50678-ambassade-us-jerusalem-coup-pied

https://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/marche-sanglante-Gazaouis-2018-05-14-1200938870

Voir notamment :

Censures « françaises » – Richard Labévière

https://aphadolie.com/2018/05/16/ambassade-us-a-jerusalem-coup-de-pied-dans-la-fourmiliere-ou-machineries-infernales-video/

Voir la vidéo:

 

VIDEO DEBAT JERUSALEM

Ambassade US à Jérusalem : Richard Labevière et Richard Abitbol confrontent leur analyse

https://www.youtube.com/watch?time_continue=800&v=H7zDgJM3G6Q

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
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