samedi 21 octobre 2017

Information et désinformation, une expérience de journaliste

Avec sincérité et une grande sensibilité, Frédéric Saillot nous parle ici d’une expérience qui est aussi la nôtre : la lutte éprouvante contre la désinformation de la presse traditionnelle. Il s’agissait alors du Kosovo. De la Libye à la Syrie, tant d’autres pays allaient suivre. [ASI]

ARG OTAN YOUGORetranscription de l’exposé de Frédéric Saillot à la conférence sur “La société civile, les médias et le pouvoir”, organisée à Moscou le 2 novembre 2016 par l’Association des Fondations internationales pour la paix, la Fondation des perspectives historiques et l’Université des sciences humaines de Russie, avec le soutien du Syndicat des retraités de Russie.

Source: Eurasiexpress

(...)

 

 

Tout d’abord je voudrais vous dire que mon expérience de la désinformation, dont je vais vous parler aujourd’hui, est une expérience très ancienne, parce qu’une partie de ma famille vient de Russie, via la Pologne. Ce qui fait que comme beaucoup de gens en France, à l’Ouest, qui sont dans cette situation, nous étions sensibles à la façon dont l’information était faite sur ce qui se passait à l’Est, notamment du fait qu’il y avait le mur, il y avait le rideau de fer, il n’y avait pas internet à cette époque-là, et donc nous étions d’une certaine manière formés à la lecture et au décryptage des informations qui nous parvenaient de là-bas, ou qui nous parvenaient “sur là-bas”, avec tous les prismes idéologiques, culturels, etc, que nous avons appris à prendre en compte.

Ce qui fait que lorsque l’éclatement de la Yougoslavie a commencé au début des années 90, c’est avec une extrême méfiance que j’ai reçu les informations qui étaient données sur cette situation, notamment dans le journal Le Monde, que je lisais depuis l’adolescence, qui était un excellent journal d’informations internationales, mais qui à cette époque-là a commencé à donner de fausses informations, de mauvaises informations sur ce qui se passait là-bas, diabolisant notamment les Serbes, leur faisant porter la responsabilité de tout ce qui se passait de conflits d’abord en Croatie, ensuite en Bosnie et enfin au Kosovo.

Toute une génération de journalistes français ont été formés à véhiculer la propagande de l’OTAN dans ces années-là, ce qui explique le diagnostic qui a été porté par certains d’entre vous sur l’état de la presse française.

A cette époque-là j’étais dans l’Education nationale, j’étais professeur de français, dans un milieu très particulier, qui à mon sens est une sorte de goulag idéologique, qui véhicule le politiquement correct, l’information déformée par le politiquement correct, ce qui participe de cette désinformation au sens large – j’en parlerai plus précisément tout à l’heure – qui commence à se faire à cette époque. Jusqu’aux bombardements du Kosovo, qui ont été terribles pour ceux qui avaient un lien avec cette partie de l’Europe, avec les Balkans et avec l’Est en général. Nous étions non pas sous les bombes mais nous ressentions les bombardements de façon très charnelle, très sensible, et nous subissions le matraquage de la presse. Ca a été une période de deux mois et demi qui a été épouvantable et qui a changé la vie de beaucoup de gens à ce moment-là, dont la mienne.

Et c’est en lisant un livre, un roman, le roman de Vladimir Volkoff qui s’intitule L’Enlèvement, que j’ai commencé à lire l’envers du décor. Vladimir Volkoff a écrit ce livre qui se passe en Bosnie, c’est une fiction, mais j’ai su plus tard qu’il avait recueilli l’expérience d’un officier français du renseignement qui avait opéré en Bosnie et qu’il avait aussi recueilli pas mal de témoignages sur ce qui se passait notamment dans les camps dans lesquels les Musulmans enfermaient les Serbes.

En 2003, après avoir vainement lutté contre la réforme de l’Education nationale qui coupe la jeunesse française de ses racines aussi bien historiques que culturelles et littéraires, puisque c’était le domaine que j’enseignais, je décide de démissionner, en septembre 2003, pour m’occuper de ce qui commençait à m’intéresser de plus en plus, à savoir la culture de l’Est et notamment polonaise à cette époque-là.

J’écris un livre, je ne trouve pas à le publier, et en mars 2004 éclatent les émeutes au Kosovo, où la population albanaise, les franges radicalisées de la population albanaise, s’en prennent aux monuments religieux et à la population serbe, faisant des morts et détruisant des villages et des édifices religieux. Recommence à ce moment-là la campagne médiatique qui avait eu lieu pendant les bombardements de 99. Comme je n’ai pas réussi à vendre mon livre et qu’il faut que je trouve quelque chose, et que de toutes façons je suis motivé par un intérêt pour ce qui se passe, et pour vérifier ce qui se dit dans la presse, à savoir : “si on avait donné l’indépendance plus tôt aux Albanais, tout cela ne serait pas arrivé”, je décide d’aller là-bas pour faire un premier reportage qui va me conduire quinze jours au Kosovo et à interviewer un certain nombre d’anciens responsables de la mission  internationale lorsque je rentre du Kosovo.

Je me rends compte alors que ce qui est raconté dans la presse est totalement faux : on raconte dans la presse que les bombardements ont été nécessaires parce que les Serbes s’apprêtaient à faire une purification ethnique des Albanais au Kosovo, je me rends compte qu’au Kosovo des Serbes survivent, ils sont persécutés par la majorité albanaise. Ils ne survivent que grâce à des institutions qu’ils maintiennent comme les écoles, les hôpitaux et certaines municipalités. Par contre, du côté majoritairement serbe, c’est à dire à Mitrovica et au nord de Mitrovica, des Albanais vivent, alors peut-être pas en parfaite bonne entente avec la population serbe, mais ils peuvent y vivre, alors que les Serbes sont chassés du sud de Mitrovica. Leur cimetière est vandalisé alors que le cimetière musulman qui est au nord de Mitrovica, dans la partie serbe, a été respecté, car les Serbes respectent les morts.

Quand je rentre du Kosovo j’essaie de vendre mon reportage qui est, pardonnez-moi mon manque de modestie, relativement bien ficelé, qui me prouve en tout cas à mes yeux que je suis capable de faire un reportage, ce qui n’était pas évident au départ. Je vais alors à la librairie de l’Âge d’homme, à côté de la place Saint-Sulpice, qui est un lieu connu de ceux qui s’intéressaient au monde slave, je parle au passé parce que cette librairie n’existe plus, Vladimir Dimitrijevic qui la tenait et qui était le directeur des éditions de l’Âge d’homme est malheureusement décédé il y a de cela quelques années. Et là je trouve conseil de placer mon article chez B.I.(Balkans Infos) ou chez Spectacle du monde, une revue assez luxueuse, mensuelle, alors que B.I. est un journal de réinformation sur les événements de Yougoslavie depuis 1996. Il a été fondé par Louis Dalmas et par d’autres personnages assez prestigieux comme Vladimir Volkoff que je citais tout à l’heure, le général Gallois, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air française et géopolitologue, ou comme Kosta Christitch, ancien grand reporter au Point pour les Balkans et l’Europe de l’est. Spectacle du monde refuse mon article mais me dit qu’à l’automne 2004 ils allaient me faire commande d’un article pour plusieurs centaines d’euros sur les Albanais du Kosovo, à l’occasion des élections locales dans la perspective de la discussion du futur statut du Kosovo. Donc moi je suis tout content, parce que j’ai pas un sou. Je publie mon article dans Balkans Infos, je fais connaissance de Louis Dalmas qui me reçoit très chaleureusement et au mois de novembre j’ai la commande de l’article par Spectacle du monde sur les Albanais du Kosovo.

J’écris donc un article dans la perspective de la discussion du futur statut, où je montre ce que je viens de vous dire à propos de mon premier reportage et où je dis qu’étant donnée la situation dans cette région, où sévit une mafia très puissante, basée sur l’organisation clanique de la société albanaise, et où la guérilla séparatiste désarmée pour la forme fait régner la terreur, l’indépendance ce sera l’épuration ethnique totale des Serbes qui vivent au sud du Kosovo, ce n’est pas une solution dans la mesure où ils ont déjà beaucoup de mal à y vivre.

Lorsque cet article est publié au mois de janvier 2005, je me rends compte qu’il a été déformé, qu’il a été falsifié, et que sur plusieurs points, Spectacle du monde ajoute des éléments que je n’ai pas écrits et qui sont : les Serbes auraient pratiqué une sorte d’apartheid dans leurs structures parallèles, à savoir que leurs écoles, leurs hôpitaux et leurs municipalités étaient réservés à eux seuls et qu’ils en excluaient les Albanais, et Spectacle du monde excuse d’une certaine manière les émeutes de 2004 en disant qu’il s’agit d’un “nettoyage ethnique à l’envers”, à savoir que les Serbes auraient pratiqué auparavant le nettoyage ethnique, ce qui justifie a posteriori les bombardements de l’OTAN. Donc on me paie l’article plusieurs centaines d’euros et je suis confronté à un choix : soit j’accepte l’article tel qu’il a été déformé par la rédaction de Spectacle du monde sans m’en informer et je conserve un moyen d’exercer une activité dans laquelle je pourrai glisser un minimum de vérité sur les reportages que je ferai, soit je refuse et j’attaque en justice la rédaction de Spectacle du monde mais je m’expose, déjà à un échec, et à une sorte de mise à l’écart sur le plan professionnel. Je suis tellement dégoûté par la façon dont la rédaction a agi, me mettant au pied du mur, m’obligeant à pratiquer un journalisme mercenaire ou de faire autre chose, que je décide d’attaquer en justice la rédaction de Spectacle du monde. Grâce à Louis Dalmas je suis défendu par maître Roland Dumas, et par sa très efficace collaboratrice, maître Agathe Denis, qui obtient la condamnation de Spectacle du monde pour atteinte à mon droit moral d’auteur, jugement confirmé en appel qui fait jurisprudence dans la presse française.

Lorsque l’on pratique le journalisme, on est en effet face à un choix : celui d’accepter ou non la situation que vous imposent les rédactions. Pour Spectacle du monde quelqu’un a dit tout à l’heure que l’oligarque qui détient le groupe Valmonde dont fait partie Spectacle du monde, il s’agit du groupe Dassault, est plutôt favorable à la Russie. Il s’est avéré dans l’enquête que j’ai faite après pour comprendre pourquoi mon article avait été falsifié, qu’il avait été l’objet d’une opération de désinformation : Spectacle du monde entérinait d’une certaine manière les bombardements et  promouvait un parachèvement du règlement de la question yougoslave par la partition ethnique, ce qui était contre les principes affichés des bombardements, qui étaient précisément de défendre le multiethnisme qu’on accusait les Serbes de mettre à mal, alors que les Serbes sont les seuls dans la région à pratiquer un multiethnisme réel, concret, dans les parties où ils vivent.

Je vais conclure en disant qu’après cela, j’ai rencontré Vladimir Volkoff : je lui ai envoyé mon premier reportage, et il m’a tout de suite proposé d’écrire un livre sur les massacres falsifiés de l’histoire, dont Katyn et Racak, pour sa collection sur la désinformation qu’il dirigeait aux éditions du Rocher. J’accepte et je travaille sur le massacre de Katyn. Vous savez tous que c’est un massacre ordonné par Staline, Molotov et ses collègues, et le fait de l’attribuer aux Allemands après la guerre a participé au règlement de Yalta, dans la mesure où, si la vérité avait éclaté sur le massacre de Katyn, à savoir que c’était un crime du NKVD commandé par Staline, il n’aurait pas été aussi facile à Staline d’imposer la domination soviétique sur l’Europe centrale.

Quant à Racak, c’est la façon dont un certain nombre de cadavres sont présentés par la mission internationale, l’OSCE, un petit matin de janvier 99 dans le centre du Kosovo à toute la presse internationale en présentant ces cadavres comme étant le fait d’une épuration ethnique pratiquée par les troupes serbes dans un village albanais, les morts sont présentés comme des villageois assassinés. Et cette désinformation, parce qu’il s’agit d’une désinformation, je vais un peu vite mais c’est au terme d’une véritable enquête journalistique que je suis arrivé à cette conclusion, cette désinformation devait servir à un casus belli pour faire entrer l’aviation de l’OTAN en action. Je fais une enquête très poussée, notamment grâce à Renaud Girard, qui est grand reporter au Figaro, une des rares exceptions dans le paysage médiatique français. Il me briefe sur ce qui s’est réellement passé à Racak dans la mesure où il y avait un journaliste présent le jour de la prétendue descente de l’armée serbe pour y assassiner des villageois, alors qu’il s’agissait de combats à proximité contre une unité séparatiste, il s’agit de Christophe Châtelot du journal Le Monde. Renaud Girard apprend qu’il était ce jour-là à Racak, et il l’incite à témoigner. Il se trouve qu’il y avait aussi une équipe de télévision ce jour-là AP (Associated Press) TV news. Donc je me rends compte qu’on a affaire à une véritable opération de désinformation.

Car la désinformation ce n’est pas seulement dire autre chose que la vérité, ça n’est pas seulement dire une vérité biaisée, comme on le conçoit généralement, c’est une véritable opération qui est sourcée dans l’Etat qui la réalise à l’aide de ses services, qui utilise le média de la presse internationale de façon à convaincre l’opinion publique. Vous savez que dans les démocraties, lorsqu’une décision stratégique est à prendre, il faut que l’opinion publique adhère à la décision qui va être prise, comme aujourd’hui on cherche à faire croire que la Russie et Assad massacrent la population syrienne de façon à justifier une intervention des forces occidentales. Donc en investiguant sur le cas Racak, je me suis rendu compte que la CIA, pour ne pas la nommer, était intervenue dans la polémique qui a surgi au lendemain du “massacre de Racak” et du témoignage des journalistes français, pour faire passer cette désinformation, au sens fort du terme.

Eurasiexpress

Publié le 5 novembre 2016

Source: http://www.eurasiexpress.fr/information-et-desinformation-une-experience-de-journaliste/
http://arretsurinfo.ch/information-et-desinformation-une-experience-de-journaliste/

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jeudi 12 octobre 2017

Contre les sanctions internationales, la bataille de l’information

Pour Pierre Lévy du mensuel Ruptures, la banalisation des sanctions, armes de guerre dans les relations internationales, marque une régression vers les temps barbares de l’humanité et rend impérieuse l’existence d’une information à contre-courant.

ARG ONU INFOSS’il fallait récompenser le pire, il conviendrait d’inventer un nouveau Prix Nobel : celui des auteurs de sanctions internationales. Hélas, les lauréats potentiels ne manquent pas. Il ne se passe guère de mois sans qu’un pays ne soit «puni», ou que sa stigmatisation soit prolongée.

Ainsi, d’ici la fin de l’année, l’Union européenne devrait reconduire les mesures prises contre la Russie. Celles-ci furent initialement décidées en 2014, et sont renouvelées tous les six mois depuis lors. Mais ce n’est qu’un exemple. La mise en œuvre de sanctions s’est banalisée dans l’ordre mondial actuel. On peut même considérer que celles-ci en sont devenues une caractéristique structurelle majeure.

Les initiateurs de sanctions (diplomatiques, économiques, financières, commerciales, militaires…) se placent souvent sous couvert des Nations unies. La charte de celles-ci, en son chapitre VII, prévoit la possibilité d’actions coercitives (y compris armées, du reste) «en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression». En réalité, c’est peu de dire que l’interprétation de cette condition est de plus en plus extensive, pour ne pas dire fantaisiste.

En outre, diverses institutions, telles l’OTAN ou l’UE, ne rechignent pas à décréter leurs propres sanctions de manière discrétionnaire, que leurs Etats membres sont tenus de suivre.Pour ne prendre que le seul exemple de la France, celle-ci applique des restrictions contre près d’une trentaine de pays.

Les sanctions sont bien entendu dissymétriques, c’est-à-dire toujours exercées des forts sur les faibles. Elles sont souvent criminelles dans leurs conséquences ; toujours hypocrites dans leur justification ; et totalement illégitimes dans leur principe. Et ce, quelle que soient leurs formes, l’opinion qu’on a des régimes ciblés, ou les prétextes mis en avant.

Ajoutons qu’elles sont parfois inefficaces au regard des objectifs proclamés, et peuvent même s’avérer contre-productives en renforçant, sur le long terme, les pays visés. Mais sur ce point, on laissera leurs auteurs se débrouiller avec les effets boomerang qu’ils pourraient bien causer.

Dissymétriques ? Cela tombe sous le sens : personne n’imagine le Zimbabwe sanctionner les Etats-Unis, ni la Pridniestrovie (Transnistrie) mettre sous embargo l’Union européenne.

Criminelles ? Dans bien des cas, le mot n’est pas trop fort. Pour prendre le cas tout récent du garrot encore resserré sur la République démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), chaque litre de pétrole non livré à ce pays peut entraîner des dégâts mortels en matière d’alimentation et de santé. Et qui ne se souvient des sanctions infligées – sous couvert de l’ONU ! – à l’Irak ? On estime qu’elles causèrent la mort d’un demi-million d’enfants ; mais, au-delà de ce chiffre effroyable, qui évaluera les conséquences à moyen et long terme sur ce pays martyrisé ?

Hypocrites ? Fréquemment mises en œuvre au nom du «bien» proclamé (les droits de l’Homme, l’humanitaire, les «valeurs»…), elles constituent en réalité une arme de guerre, mais qui n’ose pas dire son nom. Ainsi, après l’échec retentissant de l’action militaire américaine contre Cuba (1961, débarquement de la Baie des cochons), Washington imposait, à peine quelques mois plus tard, un sévère embargo contre l’île rebelle – qui, pour une part, dure toujours.

Enfin – et surtout – les sanctions sont illégitimes dans leur essence même. Car elles constituent une pression visant à influer de l’extérieur sur la politique d’un pays, en foulant aux pieds le principe de souveraineté. Ce dernier donne à chaque peuple – et à lui seul – la légitimité pour décider de son avenir, de sa politique, de ses dirigeants.

La souveraineté nationale est comme le bannissement de la torture : dès lors qu’on accepte – toujours pour une «bonne» raison – de faire une exception, alors la porte est ouverte au pire.

Certes, la mise en œuvre de sanctions est aussi vieille que l’histoire de l’humanité : punitions collectives, vengeances tribales, menaces et diktats impériaux jalonnent les conflits depuis l’Antiquité.

Mais précisément, à travers un cheminement douloureux et jamais rectiligne, des règles émergeaient de nature à limiter progressivement la barbarie et la loi de la jungle. Les rapports internationaux incluaient petit à petit des principes acceptés par les uns et les autres. Les contradictions et conflits n’en étaient certes pas abolis, mais une conception plus civilisée des rapports internationaux ouvrait la voie à la coexistence, voire à la coopération, entre pays indépendamment de leur régime, de leur puissance et de leur taille.

A cet égard, le préambule de la Charte des Nations unies, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, posait l’un d’entre eux, fondamental : la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, c’est-à-dire, concrètement, la non-ingérence des plus puissants chez les plus modestes. Certes, il s’agissait d’une ligne d’horizon plus que d’un objectif réaliste à court terme. Mais il était fondateur.

Dans le monde post-guerre froide, la banalisation des sanctions représente une régression potentielle vers les temps barbares de l’humanité : on trouve à nouveau normal d’infliger des punitions collectives. Même si ces dernières ne menacent pas toutes ouvertement la vie de milliers de gens, cela ne change rien au principe : qu’un pays de la zone euro puisse se voir infliger une sanction en cas d’indiscipline budgétaire (et qu’on se soit habitué à cette épée de Damoclès) en dit long sur le retour en arrière civilisationnel.

Face à cela, la souveraineté nationale est d’abord la réponse à l’aspiration des peuples (au sens politique du terme) à décider eux-mêmes de leur avenir. Mais c’est aussi la pierre angulaire d’un ordre international plus stable et pacifique. Car dès lors que la menace, la force, le chantage (qui fonde toute sanction) prennent le pas sur la liberté des Etats et le respect de leur indépendance, c’est la loi de la jungle et le chaos mondial qui guettent. 

Cette loi de la jungle, c’est l’essence même de la mondialisation : pour le plus grand profit des multinationales et des oligarchies hors sol, et au détriment toujours plus brutal des peuples, et plus particulièrement, en leur sein, des salariés qui sont les véritables créateurs de richesses.

Cependant, régression, domination, sanctions et guerres – tout cela n’est pas inévitable. Face aux puissances qui disposent de ces armes mondialisées, la bataille de l’information peut être décisive, en rétablissant la vérité, en donnant du grain à moudre à l’esprit critique, en rappelant les enjeux.

Pour cela, on ne saurait évidemment s’en remettre aux médias dominants. Mais sans doute pas non plus aux projets de médias alternatifs, surtout s’ils se proposent d’être «humanistes», «antiracistes», «féministes», «écologistes»… et qu’ils omettent de faire allusion aux enjeux internationaux (cette lacune, incroyable mais significative, apparaît par exemple dans le «Manifeste pour la naissance d’un nouveau média citoyen» rédigé par un collectif de personnalités).

Face aux sanctions, aux guerres ouvertes ou insidieuses, à la soumission des peuples, la bataille de l’information et des idées ne fait que commencer.

Pierre Lévy

https://francais.rt.com/opinions/44412-contre-sanctions-internationales-bataille-information

vendredi 6 octobre 2017

La France va-t-elle rater la vente de 34 rafales à la Belgique à cause d'une série de bourdes ?

Le ministère des Armées et Dassault aviation pourraient être éliminés d'un appel d'offre du gouvernement belge qui souhaite renouveler sa flotte d'avions de chasse. Mais la France se serait affranchie des règles pourtant fixées par la Belgique.

ARG RAFALEBELGIQUELa France pourrait bien ne pas parvenir à vendre 34 avions de chasse Rafale à la Belgique en raison d'une série d'impairs. L'armée belge doit renouveler sa flotte vieillissante, une cinquantaine de chasseurs-bombardiers F-16 achetés en 1975 et a provisionné 3 milliards d'euros pour l'acquisition de nouveaux appareils, qui doivent être livrés à partir de 2023.

S'exprimant sur le dossier ce 4 octobre 2017, le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput, a critiqué la candidature de la France. D'après lui, la Belgique s'exposerait à des «poursuites judiciaires» en prenant en compte l'offre française de lui vendre ses Rafale. Celle-ci ayant été formulée hors du cadre de l'appel d'offres lancé par le gouvernement belge, elle contreviendrait selon ce dernier, aux «principes de transparence, d'égalité de traitement et de non discrimination» des traités de l'UE.

La France joue en solo ?

Les chances de Dassault Aviation s'amenuisent donc face à ses concurrents, l'américain Lockheed et Eurofighter, soutenu par les britanniques. Sous le patronage du ministre des Armées, Florence Parly, la France ne se serait pas pliée aux règles fixées par le gouvernement belge, en proposant un «partenariat approfondi» avec la Belgique (hors du cadre de l'appel d'offres), sous la forme d'une alliance militaire et industrielle, d'après le quotidien Les Echos.

«Je tiens à préciser qu'aucune offre de prix, ni aucune réponse n'ont été transmises par la France aux 164 questions posées aux candidats», a ainsi déploré Stephen Vandeput qui faisait le point sur le dossier ce 4 octobre devant les députés de la Chambre des représentants belge. «Je ne vois aucun élément qui n'aurait pas permis à la France de remettre une proposition gouvernementale détaillée, conformément à ce qui était demandé dans le "RfGP" [en anglais, Request for government proposal, un document reprenant les appels d'offres de gouvernement à gouvernement]», a-t-il encore détaillé.

Querelles linguistiques

Et c'est d'ailleurs, aussi, une question de langue, qui pourrait faire trébucher Dassault et Florence Parly. Dans un pays où la question linguistique divise les Flamands et les Wallons, on préfère, pour les marchés publics, l'anglais afin de ne froisser personne. Là encore, la France s'est affranchie des coutumes locales, le ministre français des Armées rédigeant sa proposition, uniquement en français.

Pour autant, le ministre belge de la Défense n'a pas tout à fait fermé la porte. «C'est au gouvernement [fédéral de Belgique] de décider [de] ce qui doit se passer avec la lettre de ma collègue française», a-t-il tempéré. La Belgique se prononcera officiellement sur l'attribution du marché courant 2018.

https://francais.rt.com/economie/44193-france-pourrait-rater-vente-34-rafales-belgique


 

"La France n'a pas répondu à notre appel d'offres"

Remplacement des F16 Le ministre de la Défense, Steven Vandeput, a constaté mercredi que la France n'avait pas répondu dans les règles à l'appel d'offres lancé par le gouvernement belge pour l'achat de 34 nouveaux avions de combat destinés à remplacer les F-16 vieillissants. Il a souligné, dans le même temps, qu'il revenait au gouvernement fédéral dans son ensemble de répondre à une proposition de "partenariat approfondi" formulée début septembre par Paris autour du chasseur Rafale.

Le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), a en effet dit constater que la France n'avait pas répondu dans les règles à l'appel d'offres lancé par le gouvernement belge pour l'achat de 34 nouveaux avions de combat, un contrat d'Etat à Etat d'un montant initial estimé à environ 3,6 milliards d'euros à conclure en principe l'an prochain pour lequel seuls deux appareils restent en lice, le F-35 américain et l'Eurofighter européen.

Rien depuis mars

M. Vandeput a dans le même temps souligné qu'il revenait au gouvernement dans son ensemble de répondre à une proposition de "partenariat approfondi et structurant" formulée le 6 septembre par Paris autour du Rafale dans une lettre reçue de la ministre française des Armées, Florence Parly.

"Je ne vois aucun élément qui n'aurait pas permis à la France de remettre une proposition gouvernementale détaillée conformément à ce qui était demandé dans le RfGP (le Request for Government Proposal, l'appel d'offres lancé en mars par son département, ndlr)", a-t-il dit en commission de la Défense de la Chambre.

(...)

"Nous ne pouvons que constater que les Français ne souhaitent pas participer à la compétition telle que définie par la décision du Conseil des ministres du 17 mars (lançant l'appel d'offres)", a-t-il poursuivi. "C'est au gouvernement de décider ce qui doit se passer avec la lettre de ma collègue française", a-t-il encore dit.

M. Vandeput a rappelé que les agences gouvernementales américaine et britannique - qui proposent respectivement le chasseur furtif F-35 Lightning II du groupe Lockeed Martin et l'Eurofighter Typhoon du consortium rassemblant BAE Systems, Leonardo et Airbus Defence & Space (ADS) - ont en revanche remis le 7 septembre "conformément aux exigences du RfGP" une proposition gouvernementale à la cellule ACCaP (le bureau de l'état-major chargé du programme "Air Combat Capability Program") qui gère le dossier du remplacement du F-16.

L'agence dépendant du ministère français de la Défense, la DGA, n'a pas remis de proposition et n'a pas informé au préalable la Défense de ses intentions de ne pas remettre de proposition, a souligné le ministre.

Infraction


Selon lui, continuer à négocier avec la France en dehors du cadre de l'appel d'offres constituerait une "infraction" aux règles européennes de transparence, d'égalité de traitement (des offres) et de non-discrimination. "Cela exposerait l'Etat belge à la critique et à des poursuites", a-t-il dit.

Depuis la remise des offres américaine et britannique - cette dernière au nom du Royaume-Uni, mais aussi de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Espagne - , les experts du ministère de la Défense et du SPF Economie se sont attelés à leur validation.

Suivra la remise d'une proposition gouvernementale finale ("Best and Final Government Proposal"), prévue le 14 février 2018. Elle marquera la fin des négociations et des contacts avec les candidats et le début de l'évaluation proprement dite, qui sera réalisée par les experts des deux départements. "C'est sur base des résultats de cette évaluation qu'une recommandation motivée sera soumise au gouvernement", selon M. Vandeput.

Le choix définitif du nouvel avion de combat est attendu vers la mi-2018, avec des livraisons devant débuter en 2023.

Lire aussi

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/3275672/2017/10/04/La-France-n-a-pas-repondu-a-notre-appel-d-offres.dhtml


 

Pour ceux qui veulent approfondir la question...


 

Dassault Aviation et son Rafale se lancent dans la compétition en Belgique

Le 17 mars 2017, à l'issue du Conseil des Ministres et sous l'impulsion du Ministre belge de la Défense Steven Vandeput, la Belgique a officiellement lancé son programme d'acquisition d'un nouvel avion de combat afin de remplacer ses vieillissants F-16A/B de la Composante Air.

Ce contrat, dont le montant estimé n'a pas été précisé, prévoit le remplacement des 54 F-16A/B Block 15 et Block 20MLU (Mid-Life Update) par 34 nouveaux avions de combat multi-rôles.

Lors de la publication de cette annonce, cinq avions de combat étaient en compétition pour tenter de décrocher le marché : Le Rafale (France et Dassault Aviation), le JAS-39E Gripen (Suède et Saab), le F-35A Ligthning II de Lockheed Martin et le F/A-18E/F Super Hornet de Boeing aux Etats-Unis et enfin le Typhoon (Eurofighter et Royaume-Uni).

Le 07 septembre, six mois plus tard et passé le dernier délai de dépôt des dossiers par les participants, la compétition vient officiellement de connaître les trois rivaux qui vont se disputer le marché.

  • Ceux qui se lancent, et ceux qui n'y vont pas

Le F-35A Lightning II et l'Eurofighter Typhoon ont répondu comme convenu à l'appel d'offres de la Belgique dans les temps, aux côtés du Rafale qui trace ici sa propre voie, tandis que le Super Hornet et le Gripen ont jeté l'éponge.

Cette compétition se fera sans l'appareil de Boeing, qui «a informé le gouvernement belge qu'il ne participerait pas aujourd'hui [19 avril 2017, NDLR] à la conférence des soumissionnaires, et ne répondrait pas à la demande de proposition pour un nouvel avion de chasse», expliquait l'entreprise dans un communiqué de presse.

L'avionneur américain regrette notamment que la Request for Government Proposal (RfGP) envoyée aux différents avionneurs de la compétition soit trop éloignée des capacités du Super Hornet, et qu'elle pousse vers des choix qui ne sont pas ceux proposés par Boeing.

Bien que cela ne soit pas officiellement exprimé, la question d'un arrangement commercial entre Boeing et Lockheed Martin peut être soulevée. En effet, Lockheed Martin a récemment subit de nombreux revers au Canada, où il espérait placer son Lightning II, et où l'espoir s'amoindrit de plus en plus, en raison notamment des déboires du programme Joint Strike Fighter (JSF) et de sa mauvaise image à Ottawa.

De plus, l'Aviation Royale Canadienne, en attendant la sélection de son prochain avion de combat, a fait le choix de commander 18 Super Hornet pour soulager les vieillissants CF-188 Hornet. Dans ce contexte là, Lockheed Martin avec son F-35 dégage-t-il de la place pour le Super Hornet de Boeing au Canada, tandis que Boeing laisse lui Lockheed Martin seul avec son F-35 en Belgique… ?

Concernant le suédois Saab et son JAS-39E/F Gripen, la Swedish Defense Material Administration a indiqué dans un communiqué de presse publié le lundi 10 juillet 2017 qu'elle se retirait de la compétition à l'issue de l'étude de la demande faite par la Belgique et sa Composante Air.

Stockholm justifie son choix en expliquant que la sélection par le Belgique demandait, dans son cahier des charges, la mise en place «d'un soutien opérationnel étendu de la part du pays offrant». Or, cette demande «nécessiterait un mandat de politique étrangère et politique qui n'existe pas aujourd'hui en Suède». «Par conséquent, la Suède et la Swedish Defence Material Administration ont choisi de ne pas répondre à la demande belge», conclut le communiqué.

  • Le défi pris par «l'Equipe France»

Si la France a décidé de participer à cette nouvelle compétition avec son Rafale F3R, ce n'est certainement pas dans le même cadre que les deux autres concurrents. En effet, face à l'appel d'offres belge, très critiqué car considéré comme étant taillé pour le F-35A, l'Equipe France a décidé de jouer la carte politique et de proposer à Bruxelles «la mise en place d’un partenariat approfondi», selon le communiqué du Ministère des Armées.

En effet, le ministère explique que ce partenariat franco-belge «pourrait prendre la forme d’un accord intergouvernemental, comprendrait la fourniture de l’avion de combat Rafale, mais aussi une coopération approfondie entre nos deux armées de l’air dans les domaines opérationnels, de formation et de soutien, ainsi qu’une coopération industrielle et technique impliquant des entreprises des deux pays».

Outre le domaine opérationnel, avec ce partenariat, Paris joue également la carte politique puisque Florence Parly, Ministre des Armées, affirme que cela «consoliderait la relation ancienne et profonde entre nos deux pays». Cette association «contribuerait au renforcement de l’Europe de la Défense et de son autonomie stratégique, à une période où celle-ci est plus que jamais nécessaire», ajoute-t-elle.

De son côté, Dassault Aviation annonce dans la même ligne directrice que celle du Ministère des Armées que l'avionneur français «et ses partenaires participent pleinement à l’offre globale de partenariat approfondi faite par les Autorités Françaises au Gouvernement Belge, en présentant le Rafale pour le remplacement des F-16 de la Composante Air de la Défense belge».

Dassault affirme que le Rafale «permettra à la Belgique de continuer à jouer pleinement son rôle de membre fiable de l’Alliance Atlantique, tout en apportant sa contribution à la sécurité de l’Union Européenne». Il est question ici de faire jouer la préférence européenne, notamment dans le cadre d'une Europe de la Défense (souvent bancale…), mais tout en conservant les relations militaires et diplomatiques avec Washington.

Par ailleurs, l'avionneur souligne que «le Rafale, avion de combat polyvalent de dernière génération, a démontré de façon incontestable sa totale interopérabilité OTAN en opérations de combat. Ses coûts d’acquisition et d’utilisation sont connus et sans surprise, et sa conception garantit à la Belgique de rester à la pointe de la technologie dans les 40/50 années qui viennent».

C'est ici une attaque aux nombreux problèmes techniques (viseur de casque et logiciels défaillants), retards dans la conception (système de désignation laser) et aux surcoûts que doit faire face Lockheed Martin dans le cadre du programme Joint Strike Fighter.

Enfin, la France joue aussi sur le plan économique avec une forte coopération et implication des filiales belges de Dassault. «Déjà largement implantés en Belgique depuis la fin des années 60, avec neuf entreprises filiales, plus de 3000 salariés belges dans des emplois à haute valeur technologique, un réseau de plus de 800 fournisseurs référencés et plus de 800 millions d’Euros de commandes annuelles à la Belgique, Dassault Aviation et ses partenaires proposent aux partenaires économiques des trois régions belges, une stratégie de coopération à moyen et long termes véritablement structurante pour l’avenir de l’industrie belge qui contribuera au renforcement de l’Europe de la Défense», a déclaré Eric Trappier, Président-Directeur général de Dassault.

Mais les bonnes intentions de Paris vont se retrouver face aux multiples exigences de Bruxelles et à des impératifs qui sont aujourd'hui difficilement contournables, comme la capacité d'emport de la bombe atomique B61.

Il y a quelques mois, Didier Reynders, le Ministre belge des Affaires Etrangères, expliquait publiquement «qu'au sein de l'Alliance, la Belgique a accepté, il y a cinq décennies déjà, que ses avions de combat possèdent aussi bien une capacité conventionnelle que nucléaire. Tenant compte d'une analyse réalisée en commun de la menace globale, l'OTAN nous demande de continuer à maintenir nos avions de combat disponibles pour d'éventuelles missions de cette nature. Nous comptons bien remplir toutes nos obligations dans ce cadre».

En France, le Rafale est un appareil capable d'effectuer des missions stratégiques avec son missile de croisière ASMP-A dans le cadre de la posture permanente de dissuasion nucléaire avec son utilisation par les Forces Aériennes Stratégiques, depuis la base aérienne 113 de Saint-Dizier. Mais cette capacité est strictement franco-française et les Etats-Unis devraient sans doute et logiquement refuser l'intégration (installation, capacité de tir, lignes de codes, etc…) de la bombe B61 sur le Rafale.

Outre le respect du contrat de la Belgique avec les missions OTAN, la Composante Air a noué des relations extrêmement fortes avec sa voisine, la Force Aérienne Royale Néerlandaise, tant sur le plan opérationnel que dans l'interopérabilité, alors qu'Amsterdam a d'ores et déjà commandé et reçu ses premiers F-35A.

En effet, les deux pays s'engagent à tour de rôle dans l'opération Inherent Resolve depuis la base aérienne d'Azraq, en Jordanie, afin de lutter contre l'organisation Etat Islamique. Avec un budget limité et une activité opérationnelle forte, les deux nations ont décidé de s'entendre afin de limiter les coûts.

De ce fait, les premiers déploiements avaient vu la présence simultanée des deux nations avec, entre autres, la mutualisation du stock des pièces de rechange, la maintenance des appareils, des procédures communes, etc… Par la suite, l'engagement s'est fait à tour de rôle. En clair, lorsqu'une nation engage ses F-16M/ABM pendant quelques mois, la seconde assure la protection du détachement, et vise-versa.

En outre, le 21 décembre 2016, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg ont signé le traité Renegade, qui doit assurer la protection mutuelle de leur espace aérien, et entré en vigueur le 1er janvier 2017.

La Défense belge expliquait alors que cet accord technique prévoit qu'à tour de rôle, deux F-16AM de la Force Aérienne Royale Néerlandaise ou de la Composante Air assurent la protection de l'espace aérien des pays du Benelux : Belgique, Pays-Bas et Luxembourg, dépourvu de force aérienne.

Cette permanence opérationnelle (ou Quick Reaction Alert, QRA) alternée permettra «l'économie de moyens et de pilotes pour les deux forces aériennes», explique-t-on du côté des forces armées belges. Outre l'avantage certain, aujourd'hui, de l'utilisation du même chasseur et sans doute aussi demain avec l'arrivée du F-35 Lightning II, ce traité «signifie également que nous pourrons libérer des avions pour l'entraînement ou pour un engagement international si nécessaire».

Ce contrat, dont le montant est estimé à 3,573 milliards d'euros, prévoit le remplacement des 54 F-16A/B Block 15 et Block 20MLU (Mid-Life Update) par 34 nouveaux avions de combat multi-rôles.

Le nombre d'appareils à acquérir a été choisi à la suite de réflexions, dont l'une d'elle, précise le Ministère belge de la Défense, rappelle que les avions de combat de nouvelle génération ont de meilleures capacités au combat et que l'entraînement peut aussi se faire sur des simulateurs.

Parmi ces 34 avions de combat, la Composante Air doit pouvoir disposer de huit d'entres-eux 24/7 : six dans le cadre d'une opération à l'étranger (comme au Moyen-Orient avec Desert Falcon), ainsi que deux autres qui sont chargés d'assurer la souveraineté de l'espace aérien du BENELUX.

Selon les demandes effectuées par Bruxelles, le contrat devrait être conclu de gouvernement à gouvernement et les entreprises associées à ce projet devront être capables de soutenir ce programme jusqu'en 2030.

Ce programme est lancé aujourd'hui suite au vieillissement de la flotte des F-16A/B de la Composante Air.

Aujourd'hui, ces appareils ne disposent plus que d'un potentiel de 8 000 heures de vol afin de remplir leur contrat : missions d'entraînement et de formation, police du ciel, entraînement dans des exercices à l'étranger, et engagements opérationnels. Le Ministère belge de la Défense explique «qu'en tenant compte du temps de préparation pour une telle acquisition et celui de la livraison, la décision quant à ce nouvel avion doit être prise au cours de l'année 2018».

Par ailleurs, cette même source précise que l'âge avancé de la flotte n'est pas la seule raison quant à la sélection d'un nouvel avion de combat. En effet, actuellement, la mise en oeuvre des F-16 Fighting Falcon est suivie dans le cadre du Multinational Fighter Program (MNFP), qui comprend les Etats-Unis et une grande partie des états européens équipés de F-16A/B MLU.

«Étant donné que plusieurs pays partenaires du MNFP ont déjà choisi le successeur de leurs F-16, la suppression progressive de cette coopération est inévitable», est-il avancé.

En outre, «la disparition progressive de ce programme de coopération fera que l'entretien de la flotte de F-16 sera de plus en plus compliqué et coûteux, ce qui entraînera inévitablement une incidence sur son niveau de disponibilité, et donc la pertinence des capacité de combat des F-16 belges lors de leurs déploiements en opération».

http://www.defens-aero.com/2017/09/dassault-aviation-rafale-competition-belgique.html

jeudi 21 septembre 2017

Les Serbes oubliés du Kosovo – La Serbie abandonne le Kosovo [3/3]

Devant un tel déluge de feu, la résistance ne pouvait durer éternellement (plus de 500 civils tués) et la Yougoslavie capitula.

ARG KOSOVO SERBIELe 10 juin 1999, les militaires yougoslaves commencent donc à se retirer du Kosovo, après la signature des accords de Kumanovo. Le Kosovo passe alors sous administration de la MINUK (Mission d’administration intérimaire des Nations unies au Kosovo) créée par la résolution 1244 du Conseil de sécurité dans le but « d’assurer une administration transitoire … pour que tous les habitants du Kosovo puissent vivre en paix et dans des conditions normales ». Beaux engagements, que personne ne respectera, à commencer par les principaux Etats signataires de ces accords. Suite à la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo le 17 février 2008, et illégale, car contraire à ces accords, (indépendance reconnue bien entendu par les Etats Unis, l’Angleterre et parmi d’autres Etats, malheureusement la France dirigée par Nicolas Sarkozy, violant ainsi la signature de notre pays), la Minuk sera remplacée par l’Eulex, une mission civile conduite par l’Union européenne et chargée de surveiller la justice, la police et les douanes. La faillite totale de l’Eulex a fait l’objet d’un article par Ana Otasevic (1).

L’épuration ethnique des Serbes du Kosovo

Les spécialistes du monde entier, écrit Nikola Mirkovic (2) vont se précipiter au Kosovo pour exhumer et filmer les prétendus 100 000 à 200 000 Kosovars albanais tués selon les dires de certains dirigeants occidentaux (3). En vain. Au total, le Tribunal pénal international de La Haye pour les guerres de Yougoslavie a comptabilisé 2108 morts, tous peuples confondus et majoritairement pour faits de guerre. Quant aux Serbes du Kosovo, leur sort va être tragique, et le vieux dicton, « Malheur aux vaincus » va s’appliquer à eux. Les forces de l’OTAN, baptisées pour l’occasion KFOR, vont se déployer et être accueillies comme des libérateurs par les Kosovars albanais. « Mais les crimes et les atrocités de l’UCK vont se poursuivre sous le regard impassible de l’Otan (4) qui reste l’arme au pied sans aucune réaction. »

Dans toute la région, des Serbes sont enlevés, le monastère de la Sainte Trinité (XIV°siècle) est pillé puis miné, le monastère des saints anargyres Côme et Damien (du XIV° siècle également) est détruit à Staro Grako, 14 paysans serbes sont massacrés (5). D’après la Croix rouge, 75000 Serbes quittent le Kosovo dans les 18 jours qui ont suivi les accords de Kumanovo… Les experts internationaux vont découvrir de vrais charniers, mais ce sont ceux des cadavres serbes : des corps torturés et mutilés jetés dans des fosses communes comme des chiens. Le nombre de Serbes enlevés atteint le chiffre de 1200 à la fin de 1999, après 6 mois d’occupation par la KFOR écrit encore Nikola Mirkovic.

Ainsi, « ce que ni les Ottomans pendant 5 siècles d’occupation, ni Hitler, ni Mussolini, ni Tito n’avaient réussi à faire, la politique criminelle de Bill Clinton y arriva en quelques semaines, c’est à dire l’expulsion de 250 000 Serbes, la destruction d’une centaine d’églises, l’incendie de milliers de maisons et la profanation de la totalité des cimetière serbes » ajoute Nikola Mirkovic.

A quoi bon les confessions tardives du général canadien à la retraite Lewis Mac Kenzie, ancien commandant de la Forpronu en Bosnie-Herzégovine : « Le génocide proclamé par l’Occident au Kosovo n’a jamais eu lieu…Les Albanais du Kosovo nous ont joué comme un stradivarius.

Nous avons financé et indirectement soutenu leur violente campagne pour l’indépendance d’un Kosovo ethniquement pur. Nous ne leur avons jamais reproché d’être les responsables des violences du début des années 1990 et nous continuons à les désigner comme les victimes aujourd’hui malgré l’évidence du contraire » (6). Non, Général MacKenzie, les dirigeants occidentaux criminels n’ont pas été « joués » au son d’un « stradivarius », ils agissaient dans le cadre d’un plan d’ensemble conçu de longue date, minutieusement planifié, pour disloquer la Yougoslavie, la démembrer, dans le cadre de leur politique d’encerclement de la Russie. En voulez-vous la preuve ?

Le Kosovo tombe dans l’escarcelle des Etats-Unis

Dès leur arrivée au Kosovo, les militaires américains, et le colonel Jacques Hogard en est le témoin direct, vont ériger un camp militaire sur une superficie de 3600 hectares pouvant héberger jusqu’à 7000 personnes. Ses frais de fonctionnement annuels sont de 38 millions d’euros et on peut y trouver de tout… Bundsteel, car tel est le nom de ce camp, sert également à former des milliers de civils qui travaillent pour l’armée américaine sur ses différents théâtres d’opération dans le monde entier. Un article publié dans le recueil Censored 2000 (7) affiche sans détours le projet des Etats Unis : « Derrière la propagande de la guerre humanitaire, des bases américaines/OTAN ont été construites en Albanie, en Croatie, en Macédoine et au Kosovo. Les Balkans, une région d’importance stratégique, riche en ressources naturelles et avec des capacités industrielles importantes, sont maintenant occupés par des milliers de soldats américains. Tout cela s’est déroulé sans débats ni discussions. »

Les Serbes survivants au Kosovo résistent

Abandonnés par l’Occident, les Serbes rescapés de l’épuration ethnique résistent avec un courage exemplaire. Parqués dans des enclaves, en butte aux vexations, attaques et agressions de leurs voisins albanophones, ils survivent dans une grande précarité. La police kosovare ne réagit jamais à leurs plaintes et n’engage aucune poursuite envers les auteurs de faits délictueux commis envers des Serbes. Pour communiquer entre villages et enclaves, des convois sont organisés sous escorte de la KFOR, mais même ceux-ci sont régulièrement caillassés ou parfois attaqués avec des armes de guerre. Les médias occidentaux, si prompts à s’apitoyer sur le sort des Kosovars albanais, sont devenus étrangement silencieux. Il a fallu le déchaînement de violence au printemps 2004 pour que les médias se souviennent du sort des Serbes du Kosovo (8). Les grands défenseurs des droits de l’homme, et partisans du droit d’ingérence humanitaire, sont eux aussi silencieux.

Aidons-les

Heureusement des hommes et des femmes de bonne volonté, et de grande générosité, se sont levés en France pour les secourir. Une association a vu le jour en 2005 fondée par Arnaud Gouillon « Solidarité-Kosovo » (9). Elle soutient les Serbes des enclaves par l’envoi de convois humanitaires, une aide financière à la réhabilitation des établissements scolaires, à la modernisation des exploitations agricoles pour assurer l’autosuffisance alimentaire. Elle organise des vacances pour les enfants des enclaves au bord de la mer, leur permettant un temps de quitter leur triste quotidien, de se ressourcer et de se créer de nouvelles amitiés d’une enclave à l’autre. Solidarité-Kosovo organise aussi en France des conférences pour faire connaître la réalité méconnue des chrétiens survivant du Kosovo.

Les Serbes du Kosovo méritent toute notre admiration pour leur courage dans l’adversité. Soutenons-les.

MARC Jean | 18 septembre 2017

(1) Le Monde diplomatique, Juin 2015, Faillite de la mission européenne au Kosovo, « Des crimes impunis, un déficit extérieur colossal, une partie de la population fuyant un chômage de masse, des responsables rêvant tout haut de « Grande Albanie » : le Kosovo semble livré à ses démons. Le patronage de l’Union européenne ne lui a pas permis de décoller, et des affaires de corruption entachent la mission internationale visant à instaurer un Etat de droit. »

(2) Nikola Mirkovic, Le Martyre du Kosovo, Editions Jean Piccollec, 2013, p.94

(3) William Cohen dans une interview à la chaîne nord-américaine CBS pour l’émission Face the nation, 16 mai 1999, annonce que « au moins 100 000 Kosovars albanais en âge de se battre ont disparu et ont peut-être été tués par les forces serbes ». Lors d’une conférence de presse avec Jamie Shea, l’ambassadeur américain pour les crimes de guerre, David Scheffer racontera même qu’il y a 225 000 hommes âgés entre 14 et 59 ans qui ont disparu…

(4) Le colonel Jacques Hogard qui commandait un détachement français de la KFOR relate avoir été témoin de la collusion entre les militaires anglais et les bandes armées de l’UCK qui avaient tendu une embuscade à un convoi de civils serbes. Seule l’intervention vigoureuse des militaires français a permis de dégager le convoi. (Jacques Hogard, l’Europe est morte à Pristina, Editions Hugo&Cie, Paris,2014).  Nous en avions rendu compte dans un article publié sur le site Arrêts sur infos : Lorsque les EtatsUnis soutenaient les islamistes radicaux …

(5) J’ai souvenir d’avoir vu, aux actualités télévisées, débarquer dans le champ de blé, où avaient été massacré ces 14 paysans serbes, le 14 juillet 1999, le fameux French Doktor Bernard Kouchner, nommé par Kofi Annan haut représentant du Secrétariat général des Nations unies au Kosovo, déclarant avec emphase devant les caméras que « ce crime abominable ne resterait pas impuni ». Autant en emporte le vent (note personnelle du rédacteur).

(6) « We bombed the wrong side » (« On a bombardé le mauvais camp »), Lewis MacKenzie, The National Post, Toronto, 6 avril 2004

(7) « NATO Defends Private Economic Interest in the Balkans » (« L’OTAN défend ses propres intérêts économiques au Kosovo »), Censored 2000 : the year’s Top 25 Censored Stories, Seven Stories, 2000, p.44, cité par Nikola Mirkovic dans Le Martyre du Kosovo, Editions Jean Piccollec, 2013,p.133

(8) « Une vague de persécutions planifiée va se déclencher, suite à de fausses rumeurs. Le bilan sera effarant : une dizaine de milliers de personnes chassés de leur domicile, une quinzaine de villes et villages ethniquement purifiés…A Pdoujevo, les profanateurs du cimetière vont jusqu’à exhumer les morts et disperser les ossements sous les applaudissements de la foule et les regards désolés des officiers tchèques. Car ce pogrom s’est déroulé sous les yeux des militaires de la KFOR, spectateurs impuissants, car sans ordre d’en-haut » (j’ajouterai : soi-disant sans ordres d’en haut). Quelques extraits d’un excellent reportage « Retour du Kosovo‘ » de Jean-François Colosimo, paru dans Marianne du 24 décembre 2015

(9) Solidarité Kosovo : association de soutien aux Serbes du Kosovo …

Partie 1, Partie 2, Partie 3 

Source: http://arretsurinfo.ch/les-serbes-oublies-du-kosovo-la-serbie-abandonne-le-kosovo-33/

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mardi 19 septembre 2017

Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3]

[Partie 1]

Les médias ont tourné la page du Kosovo, oublié comme bien d’autres événements récents faisant la une des médias pendant quelques mois, puis disparaissant, chassés par une actualité sans cesse renouvelée.

ARG KOSOVO SERBIEEn 1999 pourtant, ces mêmes médias diffusaient quotidiennement des images dramatiques sur le sort des Kosovars, victimes d’un, soi-disant, génocide commis par les milices serbes. L’opinion, abusée par une manipulation parfaitement orchestrée, prenait fait et cause pour les Kosovars et approuvait l’intervention de l’Otan au Kosovo, totalement illégale en droit international, et contraire même aux propres statuts de cet organisme. Après des bombardements intensifs pendant plusieurs semaines, la Yougoslavie n’a pas eu d’autre choix que de se retirer de ce territoire [Ndlr, les Serbes y étaient alors majoritaires]. La suite fut tragique. Nous allons retracer ces événements et présenter la situation actuelle des Serbes au Kosovo.

L’histoire du Kosovo

Le Kosovo est d’abord une terre ancestrale du peuple serbe. Il serait trop long de raconter en détail l’histoire d’un peuple victime pendant des siècles de l’oppression de l’empire ottoman. Nikola Mirkovic, dans son livre « Le martyre du Kosovo » (1) fournit de nombreux renseignements sur cette histoire faite d’exactions, de massacres et de violence. Les Albanais, d’origine chrétienne, mais convertis à l’islam sous le règne ottoman, n’eurent de cesse d’étendre leurs terres au détriment des Serbes du Kosovo. Ils vouent une haine inextinguible envers leurs voisins chrétiens serbes.

Voici ce qu’écrit en 1913 un Français, le publiciste et historien André Cheradame: « Quant à la plaine du Kosovo, qui fut au Moyen-Âge le centre même de l’empire serbe et qui, il y a seulement quarante ans, était presque exclusivement peuplée de Serbes, les Albanais s’y sont développés en faisant fuir par leurs exactions et leurs meurtres la malheureuse population serbe qui, j’ai pu le constater sur place, il y a seulement deux ans, vivait dans un véritable état de terreur sous l’oppression albanaise ».(2)

Après bien des péripéties, en automne 1918, les troupes essentiellement françaises et serbes, sous le commandement du général français Louis Franchet d’Espèrey, libèrent le sud de la Serbie dont le Kosovo des mains des armées austro-hongroises et bulgares alliées aux Albanais. Les traités de paix de 1919 et 1920 donnent naissance au royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui s’unissent afin de créer un bloc des « Slaves du Sud »(Yougo-Slaves). Malheureusement, le répit fut de courte durée. L’Italie fasciste va conquérir l’Albanie en 1939 et 100 000 Albanais en profiteront pour envahir le Kosovo et s’attaquer, de nouveau, avec une violence inouïe, aux Serbes et à leur héritage. 

En 1941, l’Allemagne, sans déclaration de guerre préalable, bombarde Belgrade et s’attaque à la Serbie. Pour mâter la résistance serbe, une division de Waffen SS musulmans albanais est même créée : la division Skanderberg (3), qui se distingua par des crimes épouvantables contre les Serbes du Kosovo, comme le massacre de Velika à la frontière du Kosovo et du Monténégro. Le diplomate italien Carlo Umilta présent sur place sera écœuré. Il écrit: « Le jour du Noël orthodoxe, les Albanais ont tué des dizaines et des dizaines de Serbes, une multitude a été blessée, et seule l’intervention de nos carabiniers a empêché la poursuite du massacre ». 

Le résistant communiste albanais Saïd Bakali Jakupi est lucide sur le sentiment réel que les Albanais éprouvent pour les Serbes. Il écrit : «Les Shiptars [Albanais] ne veulent nulle coopération avec les Slaves, ils ne veulent pas d’eux ici. Quand ils entendent qu’un malheur quelconque est arrivé aux Slaves, qu’ils soient partisans [communistes] ou tchetniks [monarchiques], ils s’en réjouissent […]. Ils extermineraient jusqu’au dernier Serbe se trouvant au Kosovo, tellement est grande leur haine des Slaves » (4).

Après la guerre, le nouvel homme fort de la Yougoslavie, Tito, croate par son père et slovène par sa mère, n’éprouve aucune sympathie pour la composante serbe de cette nouvelle entité. Bien au contraire, il va s’efforcer de diluer le peuple serbe partout où il se trouve. Pour honorer la promesse faite aux Albanais pendant la guerre, il fait du Kosovo une région autonome de la Serbie en 1946. Ses espoirs chimériques de faire des Albanais des citoyens à part entière de la Yougoslavie restent vains, les Albanais n’ont aucune envie de devenir « Yougoslaves », ils veulent devenir de grands Albanais dans une grande Albanie. Les conditions de vie des Albanais de Yougoslavie sont bien meilleures que celles de leurs compatriotes d’Albanie, ce qui encourage une émigration massive de ces derniers qui s’installent en grand nombre dans le sud de la Serbie, avec la bienveillance du régime communiste yougoslave. (5) 

Progressivement, avec un taux de fécondité des femmes albanaises qui s’envole (avec en moyenne 7 membres par famille), les Serbes deviennent des étrangers sur leur propre terre. La violence envers les Serbes, attaqués, volés, humiliés par les Albanais qui agissent en toute impunité sous le regard complaisant des autorités locales, va provoquer en 1961 et 1981 une vague de départ d’environ 150 000 à 200 000 Serbes. Pendant la même période 200 000 à 240 000 Albanais arrivant d’Albanie, s’installent au Kosovo. A cet égard, on notera que toutes les chancelleries occidentales étaient clairement au courant de la situation et de nombreux médias occidentaux évoquent déjà les revendications sécessionnistes des Albanais et leurs crimes contre les Serbes, tels le New York Times, The Economist, Le Monde, Reuters, etc (6). Avant de modifier radicalement leurs points de vue quelques années après et de devenir les critiques les plus féroces des Serbes et les soutiens des  »malheureux Kosovars » victimes des  »méchants Serbes ».

Enfin, les Serbes du Kosovo s’organisent et manifestent contre la terreur dont ils sont l’objet. Le 23 mars 1989, le parlement du Kosovo adopte des amendements à la constitution de la Serbie proposés par Belgrade et qui reviennent sur les privilèges octroyés par Tito. Un sursaut national traverse le peuple serbe. Le 28 juin 1989, un demi-million de Serbes fêtent le 600 ème anniversaire de la bataille de Kosovo Polje (7), sur les lieux mêmes du combat. Le président de la République fédérale de Yougoslavie, Slobodan Milosevic déclare que, si le Kosovo devait être défendu par les armes, il le ferait et que les batailles ne pourront être gagnées sans la détermination, le courage et l’abnégation, ces vertus présentes jadis au Champ des Merles.

Les Kosovars albanais vont alors riposter d’abord par une grande mobilisation organisant des grèves générales et mettant progressivement en place une véritable administration parallèle. Déjà, les médias occidentaux vont colporter l’image d’une Serbie nationaliste, voulant réduire les aspirations du peuple Kosovar et faire taire les voix dissidentes. Le discours de Slobodan Milosevic sera bien évidemment utilisé par les médias pour dénoncer une prétendue dérive xénophobe et guerrière.

Quelques années plus tard, les Kosovars vont créer l’UCK (Ushtria Clirimtare e Kosovës), l’Armée de libération du Kosovo. Utilisant des méthodes de guérilla – d’ailleurs qualifiée d’organisation terroriste par les pays occidentaux – l’UCK va semer la terreur parmi les Serbes, les non Albanais et même les Albanais accusés de loyauté envers Belgrade.

Nous analyserons dans une seconde partie comment les pays occidentaux, principalement les Etats Unis secondés par le Royaume Uni, vont, d’abord attiser, ensuite instrumentaliser, ce conflit dans leurs seuls intérêts géopolitiques, en violation du droit international et en mépris total des droits des Serbes du Kosovo. Nous relèverons aussi le rôle cynique des médias qui, bien avant les épisodes libyen et syrien, seront leurs relais serviles. Dans un troisième volet, nous présenterons la situation tragique des Serbes, parqués aujourd’hui dans des enclaves, au milieu d’une population hostile.

MARC Jean | 15 septembre 2017

(1) Nikola Mirkovic, dans son livre Le martyre du Kosovo. Editions Jean Picollec, 2013, dont sont extraits un certain nombre d’observations de cet article. Nous recommandons vivement sa lecture.

(2) André Cheradame, Douze ans de propagande en faveur des peuples balkaniques, Paris, 1913, p.328-329, cité par Komnen Becirovic, dans Le Kosovo sur le calvaire, p.209, L’Âge d’Homme, 2009

(3) Au même moment, une autre division SS formée de bosniaques musulmans, est créée en Bosnie : la division Handschar, de sinistre réputation. Une troisième division de musulmans SS sera également créée en Bosnie : la division Kamar

(4) Smilia Avramov, Le Génocide en Yougoslavie dans le contexte du droit international, p.208, Belgrade, 1992, cité par Komnen Becirovic dans Le Kosovo sur le calvaire, p.241, L’Âge d’Homme,2009

(5) Nikola Mirkovic, Le martyre du Kosovo, Editions Jean Picollec, 2013, p.62-63

(6) Exodus Of Serbians Stirs Province in Yugoslavia (L’exode des Serbes remue la province en Yougoslavie), Marvin Howe, New York Times, 12 juillet 1982

(7) La bataille entre l’armée serbe commandée par le prince Lazare et le sultan Murat 1er au Kosovo Polje, le  »Champ du Merle », se déroula le 28 juin 1389. La lutte est féroce et laisse les deux armées quasiment anéanties. Le royaume serbe y perd presque toute sa chevalerie aux côtés du prince Lazare, décapité. Cette bataille, et cette date, sont à tout jamais gravées dans le cœur des Serbes et dans leur mémoire collective pour de multiples raisons. Le prince Lazare deviendra un symbole historique pour le peuple serbe, héros de la chrétienté et héraut de la liberté. Autant de valeurs, est-il besoin de le préciser, méprisées aujourd’hui par les mondialistes comme un Bernard Henri Lévy, qui fut, dans ce conflit comme aussi en Bosnie, un des plus farouches pourfendeurs des  »méchants  » Serbes. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Kosovo_Polje

Source: http://arretsurinfo.ch/les-serbes-les-oublies-du-kosovo-13/

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lundi 18 septembre 2017

[2011] Trafic d’organes au Kosovo : un rapport accablant

Je vous parlais il y a peu de la nomination de M. Haradinaj, Premier Ministre du Kosovo, par le président de la République M. Hashim Thaçi. Pour mieux comprendre qui gouverne cette région d'Europe et quelles sont ses ramifications géopolitiques, je vous propose cet article de 2011, qui fait mention d'un rapport explosif passé un peu trop inaperçu.


 

ARG KOSOVO ALBANI TACILe rapport présenté le 16 décembre devant le Conseil de l’Europe par le député suisse Dick Marty sur le trafic d’organes dont auraient été victimes des prisonniers de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) a fait l’effet d’une bombe (1). Pourtant, les allégations contenues dans ce rapport ne sont pas nouvelles : ce trafic est déjà évoqué dans les mémoires publiées en 2008 par l’ancienne Procureure générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla Del Ponte (2) et, au Kosovo, l’hypothèse d’un tel trafic est une « rumeur » qui circule depuis longtemps. De même, l’enquête publiée en 2009 par les journalistes Altin Raxhimi, Michael Montgomery et Vladimir Karaj avait confirmé l’existence d’un véritable « archipel » de centres secrets de détention de l’UCK en Albanie (3).

Le rapport de M. Marty apporte cependant nombre d’informations nouvelles, permettant de mieux comprendre les mécanismes de ce trafic. Plusieurs centaines de prisonniers capturés par l’UCK — principalement des Serbes du Kosovo, mais aussi probablement des Roms et des Albanais accusés de « collaboration » — auraient été déportés en Albanie, en 1998 et 1999. Emprisonnés dans plusieurs petits centres de détention — dont la fameuse « maison jaune » du village de Rripë, près de Burrel, visitée par les inspecteurs du TPIY —, certains d’entre eux auraient alimenté un trafic d’organes. Les prisonniers étaient conduits vers une petite clinique située à Fushë Kruja, à une quinzaine de kilomètres de l’aéroport international de Tirana lorsque des clients se manifestaient pour recevoir des organes. Ils étaient alors abattus d’une balle dans la tête avant que les organes, principalement des reins, soient prélevés. Ce trafic était conduit par le « groupe de la Drenica », un petit noyau de combattants de l’UCK regroupés autour de deux figures clés : M. Hashim Thaçi, actuel Premier ministre du Kosovo [en 2011, maintenant il est président, NdR], et M. Shaip Muja, alors responsable de la brigade médicale de l’UCK et aujourd’hui conseiller pour la santé de ce même Hashim Thaçi.

Le rapport de M. Marty laisse beaucoup de questions sans réponses, notamment le nombre exact de prisonniers victimes de ce trafic. La justice serbe, pour sa part, parle de 500 personnes déportées en Albanie. On ignore également quels étaient les partenaires étrangers de ce trafic, et surtout quels en étaient les bénéficiaires. Le rapport relève cependant que 60 patients de l’hôpital universitaire de Jérusalem auraient bénéficié d’une transplantation rénale en 2001, un chiffre exceptionnellement élevé.

Il importe de placer le crime supposé à sa juste valeur. Si le trafic est avéré, il s’agit d’un crime contre l’humanité massif, qui se situe, dans l’ordre de l’horreur, au « même niveau » que le massacre génocidaire de Srebrenica. Autre point essentiel, ce trafic se serait poursuivi au moins jusqu’en 2001, c’est-à-dire deux ans après l’entrée des troupes de l’OTAN au Kosovo et l’instauration du protectorat des Nations Unies sur le territoire. Le rapport note d’ailleurs qu’à partir de juin 1999, la frontière entre l’Albanie et le Kosovo n’était soumise à aucun contrôle réel.

Le rapport a suscité un tollé de protestations et de démentis. Certains ont voulu disqualifier le rapport de M. Marty, en jetant le doute sur son auteur, présenté comme un « adversaire de l’indépendance du Kosovo », voire comme un « ennemi du peuple albanais ». Le Premier ministre d’Albanie, M. Sali Berisha, l’a ouvertement qualifié de « raciste ». À l’appui de ces assertions, est souvent citée une interview accordée par M. Marty en mars 2008 à Silvia Cattori, dans laquelle celui-ci critique, du point de vue de la légalité internationale, la proclamation d’indépendance du Kosovo (4). Cette prise de position ne traduit nullement une « aversion » à l’égard du peuple albanais ni du Kosovo, et le rapport de M. Marty ne serait ni plus ni moins étayé si son auteur avait approuvé, de ce même point de vue juridique, la proclamation d’indépendance. Notons enfin que la presse d’Albanie reproche explicitement à M. Marty son « anti-américanisme », puisque celui-ci a déjà révélé en 2006 le scandale des prisons secrètes de la CIA en Europe. Certaines déclarations officielles de Tirana, ces derniers jours, associent « l’anti-américanisme » supposé du rapporteur et son préjugé « anti-albanais ». M. Marty appartient pourtant au Parti radical, une formation politique qui se classe sur la droite de l’échiquier politique suisse et qui n’a jamais été réputée pour son anti-impérialisme forcené.

Certains accusent également M. Marty de « préjugés politiques », car il a publié son rapport quelques jours après les élections parlementaires organisées au Kosovo le 12 décembre, qui ont été entachées de fraudes massives, principalement commises, semble-t-il, par le Parti démocratique du Kosovo (PDK) de M. Thaçi. Cet argument est facile à rejeter, car la concomitance des dates ne tient, à l’évidence, que de hasards du calendrier. Les élections du 12 décembre étaient un scrutin anticipé, dont la date n’a été fixée que début novembre. Que n’aurait-on dit si M. Marty avait publié ce rapport à la veille de ces élections !

Pour sa part, directement mis en cause, M. Thaçi a sorti l’artillerie lourde pour répondre à M. Marty. Dans une interview publiée le 30 décembre dans le Tages Anzeiger de Zürich, il reprend les accusations de racisme et va même jusqu’à comparer le rapport à la « propagande de Goebbels » (5). À l’inverse, l’affaire est également surexploitée dans le contexte politique suisse, quelques semaines après l’adoption par référendum d’une loi prévoyant l’expulsion des « étrangers délinquants ». La Présidente de la Confédération, Mme Micheline Calmy-Rey, a ainsi préféré « différer » la réception du « prix de la diaspora » qui devait lui être attribué fin décembre par l’ambassade du Kosovo à Berne. Les Albanais, en plus d’alimenter les chiffres de la délinquance en Suisse seraient des « trafiquants d’organes ». On comprend que certains veuillent opposer un déni d’ensemble à cette criminalisation collective.

De nombreux commentateurs estiment enfin qu’il serait « impossible » d’attribuer un tel crime à des Albanais, et tentent de « relativiser » la portée du rapport en rappelant l’ampleur des crimes commis par des Serbes, au Kosovo et ailleurs dans les Balkans. On ne peut que s’étonner du revirement de beaucoup, qui présentaient Mme Del Ponte comme une héroïne de la justice internationale quand elle traquait les criminels de guerre serbes, et sont sur le point de mettre en doute sa santé mentale depuis qu’elle a évoqué ce trafic. Mme Florence Hartman, ancienne porte-parole de Mme Del Ponte, a ainsi fustigé dans de nombreuses interviews« l’irresponsabilité » de l’ancienne Procureur, qui présenterait « comme des faits avérés de simples hypothèses », soulignant que les enquêtes menées par le TPIY n’avaient pas apporté de preuves concluantes. Or, ces enquêtes, notamment dans la fameuse « maison jaune » de Rripë, n’ont jamais pu être menées à bien, en partie à cause du refus de collaboration opposé par les autorités albanaises (6).

En attendant qu’une enquête sérieuse et systématique soit menée et puisse établir ou non la réalité du trafic d’organes, en attendant que des inculpations soient éventuellement prononcées par un tribunal compétent, on peut retenir comme acquis plusieurs faits. Tout d’abord, les corps de plusieurs centaines de Serbes et d’autres prisonniers de l’UCK n’ont jamais été retrouvés et il est très peu probable qu’ils le soient sur le petit territoire du Kosovo, où tous les sites éventuels de charniers et de fosses communes ont été identifiés et fouillés. Il est également certain qu’un nombre important de ces prisonniers ont été déportés en Albanie, où l’UCK disposait d’un réseau de centres de détention. On doit également admettre, plus de dix ans après les faits, qu’il est très probable que ces prisonniers sont aujourd’hui pour la plupart morts. Leurs corps n’ont pas non plus été découverts en Albanie (7).

Par ailleurs, l’existence d’un trafic d’organes au Kosovo, alimenté par des « volontaires » venant vendre leurs reins est également attestée. Des patients, principalement israéliens, se rendaient dans la clinique Medicus de Pristina pour recevoir des organes sains. Ce trafic implique un personnage très inquiétant, un chirurgien turc nommé Yusuf Erçin Sönmez, alias « Docteur Vautour », actuellement en fuite. L’affaire de la clinique Medicus, dont le procès vient de s’ouvrir à Pristina, n’est pas forcément liée à l’éventuel trafic d’organes pratiqué, dix ans plus tôt, sur des prisonniers de l’UCK, mais les coïncidences sont troublantes (8).

Les réactions dans les médias albanais, dans la classe politique et plus largement dans la société albanaise, notamment dans la diaspora (9), rappellent immanquablement l’attitude de déni longtemps opposée par de larges secteurs de l’opinion serbe face aux crimes commis par les forces serbes. Les deux arguments centraux sont les mêmes : « notre peuple ne peut pas avoir commis de telles atrocités », et « notre peuple a été victime de crimes encore pires que ceux qu’on lui impute ». La réalité des crimes commis par les forces serbes au Kosovo n’invalide pourtant pas l’hypothèse que certains Albanais aient pu commettre un autre crime, particulièrement abject.

Tout le problème est que « le peuple albanais » n’est aucunement coupable de cet éventuel trafic, tout comme « le peuple serbe » n’a pas à porter la responsabilité du massacre génocidaire de Srebrenica : ces crimes ont des coupables, dont il appartient à la justice d’établir la responsabilité personnelle. Ce travail de justice est la seule manière d’éviter à des peuples entiers, et aux générations futures, de porter le fardeau accablant d’une responsabilité collective. Au Kosovo, seul M. Albin Kurti, le dirigeant du mouvement Vetëvendosja (« Autodétermination ») semble avoir compris la véritable signification de ce qui est en train de se jouer. Il a officiellement demandé que la justice se saisisse du dossier de M. Thaçi, estimant que c’était la seule manière de laver l’ensemble des combattants et des sympathisants de l’UCK du soupçon d’une responsabilité collective (10).

En Albanie, une des rares voix critiques à s’être élevée est celle de l’essayiste Fatos Lubonja, ancien prisonnier politique du régime stalinien et grande figure de la gauche. Dans un article publié par le quotidien Panorama, M. Lubonja ose établir un parallèle entre ce crime, supposé, et celui, établi, de Srebrenica, en soulignant que les Albanais risquent désormais d’en subir le poids accablant sur leur conscience collective. Dénonçant le « front patriotique », qui se forme, de Tirana à Pristina, pour refuser une enquête, il écrit : « l’accusation est certes lourde, mais refuser l’enquête qui la confirmerait ou l’infirmerait est encore pire. Ce refus nous rend tous coupables et je crois que la plupart des Albanais ne veulent pas se sentir mêlés à ce genre de crimes » (11).

Les critiques de M. Marty pointent l’absence de preuves fournies par son rapport. La résolution adoptée à l’unanimité par la Commission de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe demande justement que des enquêtes soient diligentées pour établir ces preuves. Par la voix de sa représentante pour les Affaires étrangères, Mme Catherine Ashton, l’Union européenne a estimé que cette enquête devait être menée par la mission européenne Eulex, précisément chargée d’assister les institutions du Kosovo dans la construction de l’Etat de droit. Tout en répétant ses critiques, le gouvernement albanais a fait savoir qu’il ne s’opposerait pas à ce que cette enquête se poursuive sur son territoire. Pour sa part, Mme Del Ponte a soulevé le problème de la juridiction compétente pour se saisir d’une telle affaire : le TPIY ne pouvant plus ouvrir de nouveaux dossiers, il faudrait créer un tribunal ad hoc, ou bien transmettre le dossier à la Cour pénale internationale (CPI) (12).

Enfin, les responsabilités que pointent le rapport ne concerne pas seulement M. Thaçi et les anciens dirigeants de la guérilla albanaise. Dans son livre, Mme Del Ponte explique le mur auquel elle s’est heurtée lorsqu’elle a essayé, à partir de 2000, de mener des enquêtes sur les crimes supposés de l’UCK, citant nommément le chef de la mission de l’ONU, M. Bernard Kouchner, ainsi que le général français Valentin, alors commandant en chef de la KFOR. Pour tenter d’expliquer ce blocage, elle écrit : « Je suis certaine que les responsables de la MINUK et même de la KFOR craignaient pour leur vie et pour la vie des membres de leurs missions ». Plus loin, elle ajoute : « dans l’esprit de la MINUK et de la KFOR, [M. Hashim] Thaçi et [l’ancien chef militaire de l’UCK, M. Agim]Ceku ne représentaient pas uniquement un danger pour la sécurité de leur personnel et l’accomplissement de leurs missions : ils mettaient en péril tout l’édifice du processus de paix dans les Balkans » (13).

Dans une interview publiée le 21 décembre par le quotidien serbe Politika, le capitaine canadien Stu Kellock, ancien chef du département de police de la Minuk, déclare : « Je ne peux pas affirmer que Kouchner connaissait le trafic d’organes, mais il est impossible qu’il n’ait pas eu d’informations sur le crime organisé au Kosovo. » De fait, la lutte contre la criminalité organisée représentait l’une des priorités des missions internationales au Kosovo. Le capitaine Kellock explique également que« toute critique à l’encontre de Hashim Thaçi et de son entourage » était immédiatement rejetée dans les « cercles où [il] travaillait » (14).

Par « réalisme politique », plusieurs pays occidentaux ont fait le choix de jouer la « carte » politique que représentait M. Thaçi. On sait que ce dernier était conseillé, déjà durant la guerre, par des agents de certains services de renseignements, notamment de la DGSE française. L’implication directe de M. Thaçi dans de nombreuses activités illégales (racket, blanchiment d’argent, etc.) est également avérée. Par souci de ne pas « griller » un précieux allié politique, les « protecteurs » occidentaux de M. Thaçi ont fait le choix de passer l’éponge sur ces « péchés véniels ». Si une enquête confirme l’implication de M. Thaçi dans un abject trafic d’organes, la responsabilité de ses « protecteurs » occidentaux risque d’être accablante.

Interrogé par un journaliste serbe sur le trafic d’organes le 27 février dernier, alors qu’il se trouvait en voyage officiel au Kosovo, M. Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, avait éclaté de rire, avant de s’exclamer : « J’ai une tête à vendre des organes, moi ? », et de suggérer au journaliste « d’aller se faire soigner » (15). Le rire de M. Kouchner résonne aujourd’hui de manière sinistre.

Jean-Arnault Dérens | 4 janvier 2011

(1) Le rapport est disponible sur le site du Conseil de l’Europe.

(2) Traduction française : Carla Del Ponte, La chasse. Les criminels de guerre et moi, Paris, Héloïse d’Ormesson, 2009.

(3) Lire Altin Raxhimi, Michael Montgomery et Vladimir Karaj, « Albanie et Kosovo : les camps de la mort de l’UÇK », Le Courrier des Balkans, 10 avril 2009.

(5) « Martys Vorgehen erinnert mich an Goebbels », Tages Anzeiger, 30 décembre 2010.

(6) Lire Ben Andoni, « Trafic d’organes en Albanie : dans la “clinique fantôme” de Carla Del Ponte », Le Courrier des Balkans, 19 mai 2008.

(7) Rappelons que les autorités albanaises avaient refusé d’accéder en 2003 aux demandes des enquêteurs du TPIY, qui souhaitaient procéder à des exhumations dans le cimetière de Rripë. Ce refus a été officiellement justifié par des « raisons culturelles ».

(8) Lire « Trafic d’organes : le vaste réseau de “Docteur Vautour”, chirurgien turc », Le Courrier des Balkans, 21 décembre 2010.

(9) Lire Blerim Shabani & Sevdail Tahiri, « Le rapport de Dick Marty secoue la diaspora albanophone en Suisse », albinfo.ch, 20 décembre 2010.

(10) Lire « Kosovo : Vetëvendosje demande que Thaçi soit déféré devant la justice », Le Courrier des Balkans, 18 décembre 2010.

(11) Fatos Lubonja, « Pse refusohet raporti i Dick Martit ? », Panorama, 22 décembre 2010.

(12) Lire « Trafic d’organes de l’UÇK : Carla Del Ponte pour la saisine de la CPI », Le Courrier des Balkans, 23 décembre 2010.

(13) Carla Del Ponte, La chasse, op.cit., pp.460-461.

(14) Lire Rade Maroević, « Kušner je morao da zna », Politika, 21 décembre 2010, et R.S.V., « Trafic d’organces : Kouchner savait », Le Courrier des Balkans, 29 décembre 2010.

(15) La vidéo de cet échange circule beaucoup sur Internet. On peut la consulter sur Dailymotion.

http://arretsurinfo.ch/2011-trafic-dorganes-au-kosovo-un-rapport-accablant/

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vendredi 15 septembre 2017

Début des manœuvres conjointes Russie-Biélorussie… et suite de la frénésie médiatique

Malgré leur «caractère purement défensif» selon Moscou, les manœuvres «Zapad-2017» qui commencent le 14 septembre ont déjà fait couler beaucoup d’encre et commencé à «inquiéter» nombre de personnalités politiques occidentales.

ZAPADLa Russie ouvre ce 14 septembre avec la Biélorussie les manœuvres militaires conjointes «Zapad-2017» qui dureront jusqu'au 20 septembre sur le territoire des deux pays. Elles mobilisent selon Moscou environ 12 700 militaires russes et biélorusses, équipés de plusieurs centaines d'armes diverses comme des avions, des hélicoptères, des chars, des lance-roquettes multiples et des mortiers, ainsi que des navires.

Les dirigeants des pays occidentaux et de l'OTAN se sont unis, depuis des semaines, dans un appel collectif à vigilance accrue à l’approche de ces manœuvres, ne manquant pas une nouvelle occasion pour évoquer la fameuse «menace russe». La rhétorique a monté au point que la diplomatie russe a dû émettre une déclaration dénonçant «une hystérie médiatique» servant, selon Moscou, à justifier les dépenses militaires de l'OTAN.

Et à l'occasion de l'ouverture de ces exercices, ce sont les médias qui sont entrés en jeu. «L'armée russe montre ses muscles aux portes de l'UE», titre de l’AFP ce 14 septembre, au premier jour de «Zapad-2017». Repris par plusieurs médias français, ce titre reflète la vision la plus répandue, et une des plus innocentes, des manœuvres russo-biélorusses dans le monde. «Poutine entame des exercices aux frontières de l’OTAN et inquiète l’Europe méfiante», écrit par exemple Bloomberg. Pour le journal en ligne EUobserver, «les manœuvres militaires russes devraient "intimider" les membres de l’OTAN», alors que certains médias, dont Newsweek et Daily Star, vont jusqu'à suggérer «une invasion de Poutine».

Mais sur quoi les médias fondent-ils leur analyse? C'est simple : alors que Moscou affiche un chiffre de 12 700 militaires qui participeront aux exercices, les pays baltes, l’OTAN, ainsi que différents «experts» dans le domaine militaire, avancent un chiffre bien appétissant. Plus de 100 000 militaires russes seraient actuellement en train de se préparer aux manœuvres à travers le pays, selon ces sources. Ce chiffre a notamment été évoqué par la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, qui n'a pas précisé d'où elle tirait ses informations. Difficile de rester calme face à ce nombre gigantesque, surtout lorsqu’il s’ajoute aux «missiles balistiques à capacité nucléaire» qui seront également utilisés pendant les manœuvres, selon les estimations de l’OTAN.

Ces allégations sont pourtant avancées «sans aucune preuve quelconque», soutient le général-colonel russe Andreï Kartapolov, commandant les troupes impliquées dans «Zapad-2017». «Les forces armées russes sont actuellement en pleine période de formation d’été. Il est évident que tous les unités se trouvent sur les terrains de manœuvres pour effectuer des exercices», a-t-il déclaré le 13 septembre, cité par le journal Krasnaïa Zvezda. Un argument qui risque de se noyer dans de nombreuses estimations des «experts».

La Russie «ne veut pas d’observateurs», selon un expert interrogé par l’AFP, ou encore «empêche l’OTAN d’observer ses manœuvres», pour GuardianCe dernier cite le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, qui a accusé Moscou, le 6 septembre, de manquer de transparence et l’a appelé à élargir le groupe d’experts de l’Alliance invités à suivre «Zapad-2017». D’après le responsable qui a répété les estimations de 100 000 militaires supposées participant aux exercices, trois personnes ne suffiraient pas pour observer un événement de si grande envergure. Le commandant en chef de l’armée américaine en Europe, lui, a proposé à la Russie d’inviter la presse occidentale à suivre «Zapad-2017».

Il semble effectivement que trois experts ne pourront pas observer de façon efficace les manœuvres, même si on choisit de faire confiance à l’armée russe et de se fier au chiffre de 12 700 militaires. Pourtant, le ministère de la Défense biélorusse avait annoncé en août 2017 avoir invité les représentants de sept pays, dont l’Ukraine, la Pologne, la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, la Suède et la Norvège à cet événement. Plus encore, les membres de l’ONU, l’OSCE, la Communauté des Etats indépendants, l’Organisation du traité de sécurité collective et la Croix-Rouge ont eux aussi reçu leurs invitation, à côté de l’OTAN. Selon les données diffusées par la diplomatie biélorusse le 14 septembre, environ 80 observateurs internationaux, sur un total de 85 invités, seront présents pendant les exercices. En outre, 273 journalistes internationaux ont été accrédités par le ministère biélorusse des Affaires étrangères.

«Cheval de Troie ?»

L’idée d’une Russie projetant une invasion dans les pays voisins semble hanter pour toujours l’imaginaire de l’Occident. Le ministère russe de la Défense a eu beau souligner le «caractère purement défensif» de l’exercice, soulignant qu’il n’est dirigé «contre aucun pays en particulier», on ne semble pas le croire sur parole. Le commandant en chef de l’armée américaine en Europe, le général Ben Hodges, a par exemple émis la crainte que les manœuvres ne servent de «cheval de Troie» pour effectuer des incursions en Pologne et d’autres pays baltes.

Mais que prévoient contrètement les manœuvres «Zapad-2017»? En fait, elles visent à simuler un conflit entre la Biélorussie, ainsi que son allié russe, et trois pays imaginaires sous les noms Veïchnoria, Vesbaria et Loubenia. Pourtant l’image n’est pas si claire si on regarde ce scénario de plus près : ils visent en fait à simuler… une attaque de groupes extrémistes contre la Biélorussie, venant de l’extérieur, et pas l’inverse. Une situation qui «n’est pas lié à cette région» et peut «se produire n'importe où dans le monde», d’après la Défense russe.

Répondant à une autre accusation de la part de l’OTAN, qui craint que Moscou ne profite des manœuvres pour accroître son contingent militaire en Biélorussie, les vice-ministres russes et biélorusses ont par ailleurs souligné que les troupes présentes dans le cadre de l'exercice militaire, se retireraient dès la fin des manœuvres.

Des exercices sans précédent aux frontières russes

Pendant que l'attention de la presse internationale est concentrée sur les exercices russo-biélorusses, l'OTAN a lancé quasiment dans le même temps deux autres manœuvres d'envergure, de l'autre côté de la frontière de la Russie. Le 11 septembre 2017, trois jours avant le début de «Zapad-2017», l’Alliance a entamé en Ukraine les exercices «Rapid Trident-2017», mobilisant 2 500 militaires. En Suède, le lendemain; l’OTAN a lancé les manœuvres les plus importantes depuis 23 ans.

Ces dernières années, l'Alliance continue de renforcer sa présence militaire dans l'Est de l'Europe. Ce printemps 2017, quatre bataillons des forces atlantiques ont été déployés en Pologne et dans les pays baltes, à savoir 4 000 soldats qui se sont ajoutés aux forces déjà présentes dans la région. Dans le même temps, en invoquant toujours la «menace russe», l'organisation militaire atlantique multiplie d'ailleurs les manœuvres tout autour la Russie. Après la Géorgie ou encore la mer Noire, au mois de juin dernier, 5 300 militaires de dix pays de l'OTAN avaient rejoint les exercices de l'«Iron Wolf» en Lituanie, dans une zone proche de l'enclave russe de Kaliningrad. D'autres manœuvres avaient eu lieu en Pologne le même mois. Une liste incomplète qui n'évoque que l’année 2017… Pourtant, les médias mainstream préfèrent visiblement de ne pas mentionner ces détails, continuant de surfer sur l'image de la «méchante Russie».

https://francais.rt.com/international/43202-debut-exercices-conjointes-russie-bielorussie

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mercredi 13 septembre 2017

«C'est lui qui a commencé» : le mythe de la menace militaire russe refait surface

Les exercices militaires russes «Occident 2017» suscitent des tensions en Europe, selon les médias occidentaux... qui ne disent pas combien de militaires de l'OTAN se trouvent près de la frontière russe. Analyse de l'historien John Laughland.

 

ARG EST OUESTTout parent le sait : les enfants peuvent être terriblement aveugles dans les situations de conflit. Quand une bagarre éclate, chacun en rejette la responsabilité sur l'autre, incapable de voir la conséquence et le rôle de ses propres actes. Les adultes y voient un élément clé de l'infantilisme, dont il incombe aux parents de sortir leurs enfants par l'éducation. Ceux qui n'acquièrent pas la conscience de leur propre responsabilité deviennent des criminels se considérant toujours et uniquement victimes. Cet état d'esprit est souvent la cause directe de leurs crimes.

Il en est de même en politique. Il y a un risque de conflit chaque fois qu'un Etat ne voit pas comment ses propres actes sont perçus par la partie adverse. Voilà où nous en sommes, aujourd'hui, avec l'état actuel des relations est-ouest. Une pluie de critiques occidentales s'est abattue sur les exercices militaires russes, «Occident 2017» (Zapad 2017, en russe), qui commencent cette semaine. Le ministre allemand de la Défense, Ursula van der Leyen, suivant les propos de ses homologues estonien et letton, a multiplié par dix le nombre de troupes russes qui doivent y participer. Les médias publics, comme d'habitude, suivent la ligne de leurs gouvernements : le média national britannique, la BBC, accuse les exercices d'«augmenter les tensions» en Europe, reprenant à son compte l'affirmation du président ukrainien selon laquelle la Russie s'apprête à envahir l'Ukraine. La BBC semble avoir oublié que Poroshenko affirmait déjà en 2015 que la Russie avait déjà 200 000 troupes sur le territoire ukrainien, et qu'elle s'apprêtait à envahir la Finlande, les Etats baltes et les pays de la Mer noire.

Peut-être, comme une pendule qui se serait arrêtée, le président ukrainien aura-t-il raison un jour. Peut-être, aussi, les manœuvres occidentales fournissent un prétexte à ces exercices dont certains politiciens préféreraient ne pas témoigner. Peut-être, aussi, la visite du même président Porochenko au Pentagone à Washington, en juin, a-t-elle été remarquée à Moscou, les Etats-Unis ayant alors convenu d'accroître leur collaboration militaire avec Kiev. Après cette visite, le journal de l'armée américaine a confirmé que la présence militaire américaine en Ukraine serait renforcée l'année prochaine. Une nouvelle base navale américano-ukrainienne a été ouverte en juillet. En juin, le parlement ukrainien a voté en faveur de l'intégration dans l'OTAN. Pour la BBC, visiblement, tout cela n'a aucune incidence sur les tensions en Europe.

Et que dire de la visite du vice-président Mike Pence en Estonie, en juillet, où il a souligné la doctrine de la «présence avancée» de l'OTAN dans les pays baltes et dans les pays du sud-est européen ? Cette «présence avancée», c'est en fait une présence renforcée des troupes otaniennes dans des zones sensibles, sur la frontière russe. Les troupes britanniques, canadiennes, allemandes, françaises, polonaises, espagnoles, néerlandaises et, bien sûr, américaines, se massent dans la région baltique – et la Russie est censée ne pas réagir ?

N'oublions pas non plus la visite du président Trump en Pologne, en juillet, où il a été accueilli comme un sauveur. Que diraient les Américains si le président Poutine proposait une alliance militaire à un pays du continent américain, le Mexique par exemple ? Trump a saisi l'occasion de son voyage à Varsovie pour donner son plein soutien à l'Initiative des trois mers dont le président polonais, Andrzej Duda, est l'auteur : Trump a assisté au sommet de ce groupe pendant son bref séjour à Varsovie. Rassemblant douze pays littoraux de la mer Baltique, de la mer Noire et de l'Adriatique, ce projet a pour but principal (mais tacite) de créer un marché pour le gaz liquéfié américain. Il n'est pas non plus sans rappeler le vieux rêve mégalomane du maréchal Pilsudski de créer un cordon sanitaire anti-russe, qui devait s'étendre de la mer Baltique à la mer Noire, l'Intermarium, en unifiant la Pologne et l'Ukraine. On parle maintenant ouvertement de Miedzymorze (Intermarium, Entre-Mers) dans les universités polonaises. Redevenu d'actualité, ce projet excite non seulement les milieux nationalistes (y compris russes) les plus durs en Europe mais aussi plusieurs gouvernements et l'OTAN. Car ce cordon sanitaire, quelque soit son nom, fait depuis longtemps partie du raisonnement géopolitique de l'Alliance atlantique : celui qui met toujours en juxtaposition sa présence renforcée dans la région de la mer Noire et dans celle de la Baltique. D'énormes exercices militaires de l'OTAN ont eu lieu simultanément en mer Noire et dans la Baltique en juillet – avec un but «purement défensif», bien entendu.

Ce sont surtout les troupes de pays tiers, et notamment américaines, qui participent à ces manœuvres. Les exercices russes, par contre, ont lieu sur le territoire de la Russie et sur celui de son partenaire dans l'Etat de l'Union de la Russie et de la Biélorussie. Il n'y a aucune présence de pays tiers. Qui peut, dans ce genre de situation asymétrique, parler d'une posture agressive ou intimidante de la Russie ? Seulement quelqu'un qui serait frappé d'une cécité inquiétante, qu'elle soit volontaire ou involontaire. Cette cécité n'est que le prolongement du même aveuglement qui ne voit pas le putsch en Ukraine du 21 février 2014 mais seulement sa conséquence inévitable, la sécession de la Crimée et son adhésion à la Fédération de Russie. 

La politique occidentale se réduit donc au cri du petit enfant pris en flagrant délit de frapper son frère : «C'est lui qui a commencé!» Il est temps de grandir.

https://francais.rt.com/opinions/43060-cest-lui-qui-a-commence-mythe-menace-militaire-russe-refait-surface

Par John Laughland

John Laughland est directeur des Etudes à l'Institut de la Démocratie et de la Coopération (Paris), philosophe et historien. De nationalité britannique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques et géopolitiques traduits en sept langues.

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samedi 2 septembre 2017

Syrie : Le Drian se replace sur la ligne de Hollande et demande le départ de Bachar el-Assad

Jean-Yves Le Drian est venu contredire Emmanuel Macron sur le dossier syrien, en affirmant qu'il était nécessaire que Bachar el-Assad quitte le pouvoir. Une position qui était celle... du président Hollande.

 

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Le président Bachar el-Assad «ne peut pas être la solution en Syrie» et la transition politique «ne va pas se faire avec lui», a déclaré le 1er septembre le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, contredisant ainsi la nouvelle position de la diplomatie française portée par Emmanuel Macron.

«Il ne peut pas être la solution. La solution, c'est de trouver avec l'ensemble des acteurs un calendrier de transition politique qui permettra d'aboutir à une nouvelle Constitution et des élections, et cette transition ne peut pas se faire avec Bachar el-Assad qui a assassiné une partie de son peuple», a précisé le ministre français des Affaires étrangères.

Le président Emmanuel Macron avait pourtant rappelé le 30 août, au cours d'un entretien donné au Point, qu'il ne faisait pas de la destitution de Bachar el-Assad «un préalable à tout». Au début de l'été, le locataire de l'Elysée avait même déclaré qu'il ne voyait pas de «successeur légitime» au président syrien.

Jean-Yves Le Drian nostalgique du quinquennat Hollande ? 

Le ministre des Affaires étrangères s'est replacé sur la ligne du quinquennat de François Hollande, qui exigeait clairement le départ du président syrien. L'ex-président de la République avait reconnu avoir livré des armes à des groupes rebelles prétendument «modérés» et planifié un raid aérien dans les environs de Damas, finalement avorté.

Lors de sa visite à Moscou en juin 2017, Jean-Yves Le Drian n'avait pas abordé le sujet du sort du président syrien avec son homologue russe, Sergueï Lavrov. Une attitude, dont certains ont estimé qu'elle trahissait le pragmatisme nouveau de Paris sur ce dossier. «Nous avons une compréhension mutuelle de la situation», avait même confirmé Sergueï Lavrov.

Le chef de la diplomatie française doit à nouveau rencontrer son homologue russe le 8 septembre à Moscou. Une occasion de clarifier sa nouvelle position.

https://francais.rt.com/france/42709-drian-se-replace-sur-ligne-hollande-syrie-assad


 

Que dire? Soit ce type est dingue, soit il se venge d'avoir été mis sur la touche par Macron dans l'affaire de l'Europe centrale. En tout cas, c'est consternant pour l'image de la France. Quant au fond, "le préalable du départ de Bachar", même les néo- cons américains se sont rendu compte que c'était plus facile à dire qu'à faire...Mais il est vrai que les dissensions à Washington peuvent alimenter des revirements au sein de différents réseaux d'influence en Europe, notamment en France. Affaire à suivre.  P.G.

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mercredi 30 août 2017

Quand l'OTAN, omniprésente en Europe de l'Est, accuse la Russie de vouloir déstabiliser la région

L'exercice «Zapad 2017», conjoint entre la Biélorussie et la Russie, est prévu de longue date pour septembre. L'OTAN, qui a étendu son emprise en Europe jusqu'aux frontières russes, accuse pourtant régulièrement Moscou d'expansionnisme militaire.

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La Russie a encore rejeté ce 29 août 2017 les accusations occidentales selon lesquelles elle mettrait à profit les exercices conjoints avec la Biélorussie, baptisés «Zapad 2017», pour préparer une hypothétique invasion des pays frontaliers.

«Je voudrais insister que mis à part sa composante antiterroriste, l'exercice est de nature purement défensive», a souligné un haut gradé russe, le lieutenant-général Alexandre Fomine. Et d'ajouter : «Depuis plusieurs mois, les grands médias [...] ont déstabilisé l'opinion publique avec de nombreux mythes autour de la menace militaire russe.»

A l'issue d'une réunion préparatoire avec son homologue russe, le vice-ministre biélorusse Oleg Belokonev a déclaré de son côté que la totalité des troupes engagées dans l'opération militaire, qui doit se dérouler en Biélorussie du 14 au 20 septembre, seraient retirées après l'exercice, l'OTAN ayant fait part de ses craintes d'une installation permanente des soldats russes en Biélorussie. Quelque 12 700 militaires biélorusses et russes doivent participer à cet exercice, selon les autorités biélorusses.

Soupçon permanent et pressions sur la Russie

L'opération conjointe de Minsk et de Moscou, en Biélorussie ainsi que dans trois régions de la Fédération de Russie, inquiète en effet l'OTAN au plus haut point. La Lituanie soutient ainsi que l'exercice mobiliserait en réalité pas moins de 100 000 soldats. Le 25 août dernier, le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg faisait part de sa vigilance à l'égard de Moscou. «Je demande à la Russie d'assurer le respect des obligations qui lui incombent», a-t-il fait savoir, poursuivant : «La prévisibilité et la transparence sont particulièrement importantes lorsqu'on augmente l'activité militaire le long de nos frontières.»

La veille, Jens Stoltenberg adoptait un ton moins diplomatique encore. «Le comportement agressif de la Russie a miné la stabilité et la sécurité de l'Europe», accusait-il sans ambages, lors d'un colloque en Italie.

Ce faisant, Jens Stoltenberg ne faisait que se conformer à la rhétorique de la «menace russe», laquelle a permis de justifier la montée en puissance sans précédent de l'OTAN depuis la fin de la guerre froide ainsi que la remilitarisation de l'Europe de l'Est, et ce jusqu'aux frontières mêmes de la Russie. Appuyant son secrétaire général, l'OTAN déplorait ce même jour l'«opacité» de Moscou, s'appuyant sur le «document de Vienne». Ce texte, signé en 1990 à la fin de la guerre froide et régulièrement révisé depuis, doit permettre aux pays signataires d'échanger des informations militaires afin d'éviter des malentendus sur les intentions des uns et des autres.

Ce 29 août, Aleksandr Fomine s'est efforcé de contrer le discours récurrent des dirigeants de l'OTAN. «Il s'agit d'exercices habituels et prévus, pas d'une sorte d'agression comme le prétendent certains pays», a-t-il expliqué. Et d'ajouter : «Je pense que ces discussions destinées à effrayer n'ont aucun sens.»

Inversion accusatoire

En dépit des remontrances occidentales, la Biélorussie et la Russie avaient de toute façon prévu de longue date d'inviter de nombreux observateurs de l'OTAN et de pays étrangers, notamment, les pays baltes, la Pologne ou encore l'Ukraine. Mais cela ne semble pas suffire à désarmer les accusations. Le commandant en chef des forces américaines en Europe, le général Ben Hodges, accusait au début du mois d'août la Russie de vouloir implanter secrètement des effectifs militaires en Biélorussie. «Les gens craignent que cela se révèle être un cheval de Troie», a déclaré le militaire début août 2017, cité par The Economist.

L'Alliance atlantique peut en outre compter sur le soutien de certains médias occidentaux de premier ordre pour relayer ses accusations. Le New York Times écrivait ainsi le 31 juillet : «Les sanctions punitives de la part des Etats-Unis et de ses alliés européens, lesquelles ont encore un peu plus isolé la Russie, n'ont rien fait pour stopper les bruits de bottes de Monsieur Poutine.»

Expansion militaire de l'OTAN en Europe de l'Est

Pendant ce temps là, martelant encore et encore la «menace russe», l'OTAN continue toutefois de se déployer en Europe de l'Est, où elle mène de nombreux exercices de grande envergure.

En juin 2017, notamment, l'organisation militaire basée à Bruxelles menait des exercices d'une ampleur sans précédent en Pologne, mobilisant des avions britanniques et des hélicoptères américains. Et, tandis que la Russie et la Biélorussie ne prétendent entraîner leurs troupes sur leurs seuls territoires nationaux, les exercices de l'OTAN impliquent, eux, des soldats provenant de nombreux pays étrangers à l'Europe de l'Est. En Estonie, où l'OTAN brandit aussi la menace d'une incursion russe, plus de 300 soldats français ont ainsi effectué leurs premières manœuvres dans le cadre de l'organisation militaire atlantique, attestant que l'armée française adopte l'analyse militaire américaine.

Ce dispositif militaire inouï en Europe de l'Est semble n'avoir qu'un seul objectif : assurer la sécurité de l'Europe de l'Est et des pays baltes contre la prétendue menace russe. C'est ainsi qu'en juin 2017, ayant identifié un point faible pour les pays baltes dans le nord-est de la Pologne – le passage dit de Suwalki – l'OTAN a décidé d'y mener des exercices militaires. Les experts militaires occidentaux considèrent comme un talon d'Achille l'étroit bout de terre à la frontière polono-lituanienne qui s'étend sur 60 à 100 kilomètres, entre l'enclave russe de Kaliningrad et la Biélorussie.

Autre signe de l'intense activité des forces de l'Alliance atlantique à proximité des frontières russes, la Défense russe a intercepté en juin 2017 quelque 14 avions de reconnaissance occidentaux volant au-dessus de ses frontières.

Moscou a à plusieurs reprises estimé qu'une accumulation des forces de l'OTAN dans la région, à la frontière russe, enfreignait l'équilibre des forces. La Russie a en outre démenti à plusieurs reprises l’existence de supposés projets d’attaque contre ses voisins. Moscou dénonce en retour le renforcement militaire de l’OTAN près de ses frontières en le qualifiant de menace pour sa sécurité.

https://francais.rt.com/international/42583-exercice-militaire-zapad-moscou-rejette-accusation-otan

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