dimanche 12 août 2018

Ce dimanche sur FLB (Frexit-Limousin Blog)

L’impuissance de l’UE face aux sanctions américaines contre l’Iran

TL JL UE JUNCKER

Tribune libre / John Laughland Publié le sous le titre EU impotence against US sanctions on Iran expose Traduction : Dominique Muselet Le spectacle qu’a offert le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker au sommet de l’OTAN à Bruxelles le mois dernier en titubant tellement qu’il a fallu le soutenir, symbolise le statut de l’UE sur …

https://frexitlimousin.wordpress.com/

Posté par UPR Creuse à 09:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

mardi 10 juillet 2018

XIe-XXIe siècles Mille ans d'Histoire belge

La Belgique, État improbable, n'en finit pas de s'interroger sur son identité, son passé, son présent et son avenir.

HIST FRANCE BELGIQUE

Curieux État il est vrai, guère plus étendu que la Bretagne (30 000 km2) mais trois fois plus peuplé (10 millions d'habitants), né en 1830 de la scission des Pays-Bas.

À défaut d'une d'une langue commune, les Belges partagent un art de vivre original, tissé d'humour et d'épicurisme. Au carrefour de toutes les cultures ouest-européennes, ils ont en commun la bande dessinée et le football, la bière et le cyclisme, les Brueghel, Paul Rubens et René Magritte, Hans Memling et Charles Quint... ce qui n'est pas rien !

La Belgique à travers les âges

Les Belges sont cités pour la première fois dans le compte-rendu de Jules César sur La Guerre des Gaules. Depuis cette date, il y a 2000 ans, ils ont connu bien des avatars sans jamais perdre leur spécificité : germaniques par un bout, romans par l'autre. En 1830 naît la Belgique sur un air d'opéra...

Désordres féodaux

Au Moyen Âge, la Belgique, qui n'est encore qu'un concept géographique et non national, est divisée entre d'innombrables seigneuries plutôt prospères et dynamiques, plus ou moins indépendantes : comté de Flandre, duchés de Brabant et de Hainaut, évêché de Liège...

- Conformément au traité de Verdun (843), les comtés de Flandre, de Boulogne et d'Artois, à l'ouest, font allégeance aux rois capétiens, mais avec réticence car ils tiennent à commercer librement avec les Anglais, ennemis traditionnels des Capétiens. Le comte de Flandre figure au premier rang des ennemis de Philippe Auguste à la bataille de Bouvines (1214).

Avec la bataille de Courtrai, le roi Philippe IV le Bel tente de remettre les Flamands dans le droit chemin mais il doit y renoncer... Il faudra attendre Louis XIV et le traité d'Aix-la-Chapelle de 1668 pour que la Flandre méridionale, autour de Lille, Boulogne et Arras, entre dans le giron français !

- À l'est de l'Escaut, on quitte le domaine capétien pour entrer dans le duché de Basse-Lorraine. Il fait partie du Saint Empire romain germanique et s'étend jusqu'au Rhin.

En 1339, profitant de la guerre entre France et Angleterre, la Flandre, le Hainaut et le Brabant-Limbourg se lient par un pacte pour consolider leur indépendance. Ainsi s'efface la frontière de l'Escaut.

Charles Quint réunit les Dix-Sept Provinces

En 1369, Marguerite de Male, comtesse de Flandre, épouse le duc de Bourgogne Philippe le Hardi. Leur petit-fils Philippe le Bon acquiert le comté de Namur, le duché de Brabant-Limbourg, puis les comtés de Hainaut, Zélande, Hollande et Frise, et jusqu'à l'évêché de Liège, jusque-là indépendant.

Ainsi les Pays-Bas et la Belgique se trouvent-ils pour la première fois unis sous la férule d'un même souverain, le duc de Bourgogne. Après la mort tragique de Charles le Téméraire, cet héritage fabuleux passe à Maximilien 1er de Habsbourg, époux de Marie de Bourgogne, fille unique du dernier duc de Bourgogne.

Le petit-fils de Maximilien, l'empereur Charles Quint n'aura de cesse de consolider ses possessions occidentales. Né près de Gand et de culture française, Charles Quint est attaché à ses « Dix-Sept Provinces » des Pays-Bas plus qu'à aucune autre de ses immenses possessions. À ce titre, il peut être considéré comme le premier souverain belge !

Plus prospères qu'aucune autre région d'Europe grâce à l'industrie du drap, au commerce, à la pêche, à l'agriculture... les Dix-Sept Provinces connaissent une très grande effervescence intellectuelle et culturelle.

Ainsi accueillent-elles avec ferveur l'imprimerie et la Réforme protestante. Il s'ensuit des persécutions et des déchirements qui ternissent la fin du règne de Charles Quint et le règne de son fils et successeur, le roi d'Espagne Philippe II.

À la fin du XVIe siècle, la religion protestante (version calviniste) s'impose dans les provinces du Nord tandis que le Sud (la Belgique et le Nord de la France actuelles) reste bon gré mal gré fidèle au catholicisme et à l'Espagne. C'est la scission. Le Nord calviniste devient indépendant sous le nom de Provinces-Unies.

Au sud, les Jésuites assurent le triomphe de la Contre-Réforme catholique. Malgré les conditions douloureuses de leur naissance et leur implication dans les guerres européennes, les Pays-Bas espagnols (l'actuelle Belgique) s'épanouissent sous la gestion quelque peu débonnaire des Habsbourg d'Espagne puis d'Autriche. On conserve le souvenir de leur plus prestigieux enfant, le peintre baroque Pierre Paul Rubens.

Champ de bataille européen

1-41-590x391

Par les traités d'Utrecht (1713) et de Rastatt (1714), les Pays-Bas espagnols tombent dans l'escarcelle des Habsbourg d'Autriche. En 1792, les révolutionnaires français, en guerre contre Vienne, n'ont qu'une hâte, c'est d'occuper les Pays-Bas autrichiens, menaçants car très proches de Paris.

Pour la maîtrise d'Anvers, Bruxelles, Liège et la Belgique, Anglais et Français vont se faire la guerre jusqu'à la défaite totale des seconds, en 1815, à Waterloo (en Belgique !).

Les Anglais obtiennent la création d'un État-tampon au nord de la France, le royaume des Pays-Bas. Mais cette construction artificielle, dans laquelle les Bruxellois et wallons se sentent humiliés, ne dure guère. Elle aboutit à la nouvelle scission de 1830 et à la naissance de la Belgique moderne.

Le nouvel État, dirigé par un roi et une bourgeoisie très francophile, magnifié par d'illustres écrivains de langue français (y compris ceux d'origine flamande : Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Charles de Coster... Jacques Brel), va laisser croire au monde entier qu'il est lui-même à dominante francophone (c'est en français qu'il va administrer et éduquer sa colonie du Congo).

Tensions communautaires

En 1914 comme en 1940, le malheureux pays retrouve sa vocation de champ de bataille de l'Europe. En lot de consolation, après la Seconde Guerre mondiale, sa capitale Bruxelles a l'honneur d'accueillir le siège de l'OTAN et mieux encore [sic] les principales institutions européennes.

Considérée à tort par beaucoup comme une relique médiévale, la monarchie demeure depuis les origines le principal facteur d'unité de la Belgique, sinon le seul ! Léopold 1er (roi des Belges de 1831 à 1865) oriente sans réticence la Belgique vers un régime parlementaire.

Son fils et successeur Léopold II (1835-1909) favorise l'industrialisation du royaume et finance de ses deniers l'expansion ultramarine et la conquête du Congo, au demeurant très critiquée.

Albert 1er (1909-1934) suscite l'admiration par son engagement personnel pendant la Grande Guerre sur le front de l'Yser. Son successeur Léopold III (1934-1951) a une attitude beaucoup plus équivoque après l'invasion allemande de 1940. Il demeure en Belgique, en résidence surveillée au château de Laeken, contre l'avis de son gouvernement, réfugié à Londres.

La question royale divise le pays à la Libération : appelés à se prononcer par référendum en mars 1950 sur le retour du roi sur le trône, les Flamands répondent Oui à 70% et les Wallons Non à 57% ! Léopold III met tout le monde d'accord en abdiquant au profit de son fils. Baudouin 1er monte sur le trône le 16 juillet 1951, à 20 ans. Son frère lui a succédé à sa mort, le 31 juillet 1993, sous le nom d'Albert II.

Albert II ayant décidé de démissionner pour raisons de santé le 21 juillet 2013, à 79 ans, son fils né en 1960 lui a succédé sous le nom de Philippe 1er, avec la lourde responsabilité de maintenir l'unité menacée par les tensions communautaires... 

https://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=222&ID_dossier=322

http _o

Posté par UPR Creuse à 08:24 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

vendredi 22 juin 2018

Circuit de mort dans la “Méditerranée élargie”

L’art de la guerre /  Manlio Dinucci

TL ITALIE OTAN MIGRANTS

Mondialisation.ca, 19 juin 2018

Les projecteurs politico-médiatiques, focalisés sur les flux migratoires Sud-Nord à travers la Méditerranée, laissent dans lombre dautres flux : ceux Nord-Sud de forces militaires et armes à travers la Méditerranée. Ou plutôt la Méditerranée élargie, aire qui, dans le cadre de la stratégie USA/Otan, s’étend de lAtlantique à la Mer Noire et, au sud, jusquau Golfe Persique et à lOcéan Indien.

Dans sa rencontre avec le secrétaire de lOtan Stoltenberg à Rome, le Premier ministre Conte a souligné la centralité de la Méditerranée élargie pour la sécurité européenne, menacée par larc dinstabilité allant de la Méditerranée au Moyen-Orient. Doù limportance pour lOtan, alliance sous commandement USA que Conte définit comme pilier de la sécurité intérieure et internationale. Renversement complet de la réalité.

13840554_1055160964552704_1725322798_o

Cest fondamentalement la stratégie USA/Otan qui a provoqué “larc dinstabilité”avec les deux guerres contre lIrak, les deux autres guerres qui ont démoli les Etats yougoslave et libyen, et celle visant à démolir lEtat syrien. LItalie, qui a participé à toutes ces guerres, selon Conte joue un rôle clé pour la sécurité et la stabilité du flanc sud de lAlliance.

De quelle façon ? On le comprend par ce que les médias dissimulent. Le navire Trenton de la U.S. Navy, qui a recueilli 42 réfugiés (autorisés à débarquer en Sicile à la différence de ceux de lAquarius), nest pas basé en Sicile pour accomplir des actions humanitaires en Méditerranée : cest une unité rapide (jusqu’à 80Km/h), capable de débarquer en quelques heures sur les cÖtes nord-africaines un corps dexpédition de 400 militaires et leurs véhicules. Des Forces spéciales étasuniennes opèrent en Libye pour entraîner et conduire des formations armées alliées, pendant que des drones armés USA, décollant de Sigonella (Sicile), frappent des objectifs en Libye. Sous peu, a annoncé Stoltenberg, opèreront aussi depuis Sigonella des drones Otan. Ils intègreront le Hub de direction stratégique Otan pour le Sud, centre de renseignement pour des opérations militaires au Moyen-Orient, Afrique du Nord, Sahel et Afrique Sub-Saharienne.

TOUS LES JOURS

Le Hub, qui deviendra opérationnel en juillet, a son siège à Lago Patria, auprès du Commandement de la force conjointe Otan (Jfc Naples), sous les ordres dun amiral étasunien -actuellement James Foggo- qui commande aussi les Forces navales USA en Europe (avec quartier général à Naples-Capodichino et la Sixième Flotte basée à Gaeta) et les Forces navales USA pour lAfrique. Ces forces ont été intégrées par le porte-avions Harry Truman, entré il y a deux mois en Méditerranée avec son groupe dattaque.

Le 10 juin, pendant que lattention médiatique se concentrait sur lAquarius, la flotte USA avec à bord 8000 soldats, armée de 90 chasseurs et plus de 1000 missiles, était déployée en Méditerranée orientale, prête à frapper en Syrie et Irak. Ces mêmes jours, les 12-13 juin, faisait escale à Livourne le Liberty Pride, un des navires militarisés USA, embarquant sur ses 12 ponts une autre cargaison darmes qui, depuis la base USA de Camp Darby (Pise), se trouvent envoyées mensuellement en Jordanie et Arabie Saoudite pour les guerres en Syrie et au Yémen.

aquarius_2c_0

Ainsi alimente-t-on les guerres qui, avec les mécanismes néo-coloniaux dexploitation, provoquent appauvrissement et déracinement des populations. Par voie de conséquence augmentent les flux migratoires dans des conditions dramatiques, qui provoquent victimes et nouvelles formes desclavage. Il semble qu’être durs sur limmigration paye, maintenantcommente le président Trump en faisant référence aux mesures décidées non seulement par Salvini mais par tout le gouvernement italien, dont le Premier ministre est qualifié de fantastique.

 Juste reconnaissance de la part des États-Unis, qui dans le programme de gouvernement sont définis comme allié privilégié” de lItalie.

 Manlio Dinucci

Article original en italien :

Circuito di morte nel «Mediterraneo allargato»

Edition de mardi 19 juin 2018 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/circuito-di-morte-nel-mediterraneo-allargato/

Traduit de litalien par Marie-Ange Patrizio

Posté par UPR Creuse à 05:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

jeudi 21 juin 2018

Chomsky signataire d’un appel « progressiste » pour la poursuite de l’implication militaire américaine en Syrie

TRIBUNE LIBRE /  Whitney Webb

TL CHOMSKY SYRIE

Publié le 26 avril 2018 sur Mintpressnews sous sous le titre Chomsky Among “Progressives” Calling for US Military Involvement in Syria

Traduit de l’anglais par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur info

Dans la mesure où les personnalités les plus progressistes n’appellent jamais ouvertement à une intervention militaire américaine accrue dans un pays extérieur, cette pétition montre que la propagande en faveur de la guerre en Syrie – surtout celle en lien avec la cause kurde – a très habilement réussi à retourner l’opinion de la gauche pacifiste et progressiste sur le sujet.

Lundi dernier, le magazine New York Review of Books a publié une lettre ouverte et une pétition pour se joindre aux pressions occidentales exercées sur la Turquie, pour contraindre cette dernière à mettre fin à l’occupation d’Afrin. La pétition s’opposait aussi à toute incursion ultérieure de la Turquie en Syrie et soutenait l’autonomie du Rojava – cette région du Nord de la Syrie qui s’auto-administre depuis, qu’en 2012, des factions kurdes y ont pris le pouvoir avec l’appui des Etats-Unis. Le texte émane du Comité d’urgence pour le Rojava et a été signé depuis par des personnalités connues, telles que Noam Chomsky et Judith Butler, qui se sont ralliées à son projet de mutualisation des efforts en vue de soutenir les revendications des groupes kurdes.

ob_5e0b5d_rojava2b-pm

Ces revendications portent entièrement sur la politique du gouvernement américain. Elles insistent pour que ce dernier « impose des sanctions économiques et politiques à la Turquie… interdise les ventes et livraisons d’armes entre la Turquie et les pays de l’OTAN… fasse en sorte que le Rojava soit représenté dans les négociations de paix … » et, ce qui semble  le plus paradoxal, « continue de soutenir les Forces Démocratiques Syriennes », ce groupe majoritairement constitué de Kurdes qui a joué les intermédiaires pour l’administration américaine et est suspecté d’avoir procédé à des opérations de nettoyage ethnique en vue de faire aboutir son projet d’Etat ethno-nationaliste kurde au nord de la Syrie.

Les trois premières revendications du groupe paraissent raisonnables, en ce sens qu’elles demandent de sanctionner la Turquie pour son invasion illégale du territoire syrien. Mais elles sont aussi fantaisistes, dans la mesure où l’administration américaine n’a l’intention, ni d’interrompre les ventes d’armes, ni de sanctionner la Turquie, – qu’elle a besoin de courtiser pour empêcher un rapprochement d’Ankara avec la Russie. A ce titre, les Etats-Unis ont prouvé – en refusant de soutenir les Kurdes pendant la bataille d’Afrin – que leur « alliance » avec les Kurdes était purement opportuniste et passait après le maintien de leurs liens  avec la Turquie.

YPG-BZH-e1460489216259

La troisième revendication a également peu de chances d’aboutir, puisque, la Turquie a estimé d’emblée inacceptable la participation des Kurdes de Syrie aux pourparlers de paix et conditionné sa participation à ces derniers sous forme d’ultimatum : «C’est nous ou eux ». Sans compter les précédentes tentatives d’inviter les Kurdes dans les discussions qui ont été rejetées par des nations occidentales, dont les Etats-Unis, dans leur volonté de ne pas déplaire à la Turquie.

Plus récemment encore, devant l’absence de réaction internationale à l’événement, les Kurdes eux-mêmes ont refusé en début d’année de participer aux négociations sur l’occupation turque d’Afrin. Et même avant cette occupation, les Kurdes de Syrie s’étaient déclarés « non tenus » de respecter les décisions qui pourraient être prises durant les pourparlers, réduisant de ce fait les chances d’aboutir à la paix.

Mais au-delà du caractère irréaliste des trois premières revendications de la pétition, c’est surtout la suivante – celle portant sur la poursuite d’une assistance militaire américaine aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS) – qui est de loin la plus inattendue : en signant cette pétition, des personnalités connues pour leur progressisme revendiquent la poursuite de l’occupation américaine en Syrie et l’accroissement de l’aide militaire et financière aux FDS, qui leur servent de forces intermédiaires sur le terrain.

ROJAVA MENSONGES

Qui se serait attendu à ce que des progressistes aussi engagés appellent un jour publiquement au prolongement d’une occupation militaire américaine ?

La pétition montre également l’effet redoutable que la propagande pour la guerre en Syrie – et surtout celle qui a trait aux Kurdes – a exercé sur la gauche pacifiste.

De fait, les Kurdes de Syrie font l’objet d’un traitement romancé dans la presse occidentale qui les présente comme les “fondateurs de la démocratie la plus avancée au monde” et les pionniers  de l’égalité de genre et des droits des homosexuels. Mais si les Kurdes ont bien instauré des mesures politiques d’avant-garde, la réalité sur le terrain est plus nuancée. Et surtout, « l’aide » américaine au Rojava, que la pétition souhaite voir renforcée, ne bénéficie vraiment ni aux progressistes, ni même aux Kurdes.

Kurdes et FDS : deux entités distinctes

ROJAVA GUERRIERES

Depuis la montée en puissance de l’Etat Islamique dans le conflit syrien, les médias occidentaux mettent les Kurdes sur un piédestal et n’ont de cesse de les présenter comme les seuls opposants « véritables » du groupe terroriste. Mais on est peu à peu passé de l’éloge des milices kurdes locales à celui des Forces Démocratiques Syriennes, alors que ces deux entités ne sauraient être plus éloignées.

Bien qu’elles se vantent de compter un nombre important de Kurdes dans leurs rangs, les FDS ne sont pas expressément kurdes et sont en fait l’organisation parapluie de plusieurs milices. Ce qui ne serait pas gênant en soi ; ce qui l’est, c’est l’identité de nombre de ses combattants arabes. L’un des groupes combattant sous la bannière des FDS est par exemple le Conseil militaire de Deir Ezzor (Deir Ezzor Military Council (DMC) – il s’agit d’une organisation dont les combattants,  auparavant affiliés à l’organisation Etat islamique ou à Al-Nosra (groupe affilié à Al-Qaïda) ont été ensuite « retenus » par l’armée américaine dans le nord de la Syrie après s’être rendus aux FDS et autres forces soutenues par l’armée américaine à Raqqa. De plus, des tribus antérieurement alliées avec l’Etat islamique se sont jointes à ces forces aux côtés des FDS au cours de l’année écoulée.

 

combattants-kurdes-syrie

En plus d’abriter dans leurs rangs d’anciens membres de l’Etat islamique et d’autres organisations terroristes, les FDS collaborent également régulièrement avec l’Etat islamique dans le nord-est de la Syrie en s’attaquant à des cibles syriennes et russes. Bien qu’apparemment « ennemis », les Kurdes et l’Etat islamique se sont déjà montrés circulant les uns parmi les autres en toute connivence; et il est même arrivé que les Kurdes coopèrent avec l’Etat islamique sous la coordination des forces spéciales américaines. Ce qui explique peut-être pourquoi, après s’être emparées de Raqqa en juin dernier, les FDS ont laissé les terroristes de l’Etat islamique quitter tranquillement la ville. [1]

untitled-article-1408642719-body-image-1408642975

Cette collaboration avec des groupes tels que l’Etat islamique – collaboration que les médias occidentaux ont travestie en un combat contre le terrorisme – a d’ailleurs entraîné des défections importantes de Kurdes au sein des FDS – notamment son ex porte-parole, Talal Silo, qui a accusé l’organisation de pactiser secrètement avec les terroristes.

A côté de ces liens troublants et de leur collaboration avec l’Etat islamique les FDS ont, conjointement avec l’armée américaine, participé à des crimes de guerre en Syrie, et sont accusés d’opérations de nettoyage ethnique qu’ils justifient par leur projet de création d’un Etat ethno-nationaliste kurde dans des zones du nord de la Syrie majoritairement peuplées d’Arabes.

bataille-de-raqqa-avec-les-fds-contre-daech-2_5935964

C’est ainsi qu’au cours de la bataille de Raqqa, les FDS – en lien avec la coalition dirigée par les Etats-Unis – ont commis des crimes de guerre, notamment en recourant à des armes chimiques et en coupant l’approvisionnement en eau de la ville, qui reste  privée d’eau un an après sa « libération ». Les FDS ont également joué un rôle central dans l’opération qui, selon plusieurs estimations, a fait 8000 morts et chassé hors de chez elles plus de 160 000 personnes. Cette opération a rendu 80 pour cent de la ville complètement inhabitable et six mois après la fin des combats, on évalue à 6,000  le nombre de corps encore ensevelis sous les gravats.*

Des journalistes tels que Andrew Korybko ont fait valoir que la population civile de Raqqa était directement visée dans la mesure où il était hautement improbable que ses habitants arabes ou non kurdes, vivant dans une ville dont la population est majoritairement arabe, acceptent de leur plein gré de vivre dans un petit Etat dominé par les Kurdes où ils seraient considérés comme des citoyens de seconde zone, et préféreraient conserver leur statut, au sein de la République Arabe Syrienne. En clair, plutôt que l’Etat islamique, que l’on a laissé s’enfuir et que l’on a ensuite réincorporé au sein des FDS, l’opération visait en partie des civils susceptibles de résister à l’annexion de Raqqa par des Kurdes soutenus par les Américains. Ce qui n’a pas empêché les Nations Unies de déclarer que l’élimination de la population arabe de Raqqa par les FDS avait été une  « nécessité militaire » et ne constituait donc pas une opération de « nettoyage ethnique ».

Les progressistes ont-ils bien évalué les enjeux de cette pétition ?

aigle-américain

La question des FDS mise à part, demander à l’Amérique de continuer à soutenir ce groupe revient à lui demander de prolonger son occupation illégale de la Syrie. Comme déjà expliqué sur le site Mintpress, cette occupation vise à la partition du pays et à mettre le nord-est de la Syrie hors de contrôle du gouvernement central.

Bien que cette partition ait également été un objectif de certains nationalistes Kurdes alliés aux Etats-Unis, qui ont voulu se servir de la division de la Syrie comme d’une rampe de lancement pour un « Kurdistan » indépendant, les Etats-Unis ont clairement indiqué au cours des mois précédents que cette partition du nord-est syrien ne bénéficierait pas autant aux Kurdes qu’aux Sunnites Wahhabites, dont l’idéologie se confond pratiquement avec celle de l’Etat islamique.

105084088-GettyImages-871744468

Au début de la semaine dernière, le Wall Street Journal nous informait que John Bolton, nouveau conseiller de Trump à la Sécurité Nationale, travaillait avec les Etats alliés du Moyen Orient à la création d’une « coalition islamique » qui remplacerait les troupes américaines actuellement stationnées dans le nord-est de la Syrie par une armée constituée de soldats venus de l’Arabie Saoudite, du Qatar et de l’Egypte. Cette coalition constituerait une « force de stabilisation » militaire permanente dans la région.

Non contente d’envoyer des militaires arabes mettre de l’ordre dans le Rojava, l’Administration Trump a également sollicité une mise de fonds saoudienne dans la reconstruction de la région. L’Arabie Saoudite – réputée pour son traitement déplorable des minorités ethniques et religieuses et son financement de groupes terroristes tels que l’Etat islamique – et ses alliés du Golfe ne risquent pas de servir la cause des nationalistes kurdes, et encore moins leur “démocratie » directe progressiste ou leur promotion de l’égalité de genre et du droit des homosexuels. Monarchie dictatoriale bien connue  pour sa  répression des femmes et des minorités et pour la mise à mort de membres de la communauté LGBT, l’Arabie Saoudite se situe vraiment aux antipodes des idées que les progressistes occidentaux se font des Kurdes. C’est néanmoins à elle que les Etats-Unis confient les rênes pour gouverner la région de Syrie qu’ils occupent actuellement.

05rojava

De fait, en revendiquant la poursuite de la présence militaire américaine en Syrie pour appuyer les FDS, le Comité d »urgence pour le Rojava sape en réalité la cause des Kurdes « progressistes » qu’ils voudraient aider, et favorise au contraire une nouvelle tentative américaine de nation building (reconstruction de nation), qui va probablement aboutir à une enclave wahhabite peu différente d’un « califat » dirigé par l’Etat islamique.

Les efforts du Comité d’urgence pour le Rojava rejoignent d’autres tentatives plus importantes visant à défendre et à prolonger l’engagement militaire américain illégal en Syrie. Certes, cette pétition est destinée aux progressistes occidentaux, qui se sont historiquement opposés aux occupations militaires américaines illégales et aux guerres. Mais le ralliement de membres connus du camp des progressistes à cette pétition prouve que la poussée en faveur d’une intervention « humanitaire » en Syrie est plus forte que jamais.

Whitney Webb

Whitney Webb est rédactrice à MintPress News et collabore avec le site de Ben Swann’s, Truth in Media. Elle intervient sur différents sites tels que l’institut Ron Paul

[1] C’est Arrêt sur info qui souligne en gras

Article original: Chomsky Among “Progressives” Calling for US Military Involvement in Syria

Traduit par Sylvie Jolivet

Crédit image Noam Chomsky: Andrew Rusk/Flickr

Source: https://arretsurinfo.ch/chomsky-signataire-dun-appel-progressiste-pour-la-poursuite-de-limplication-militaire-americaine-en-syrie/

BASE 14 995X225

*Voir notre publication: Raqqa : Guerre d’anéantissement, par Amnesty International

P.G.

Posté par UPR Creuse à 07:20 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

mardi 19 juin 2018

Une provocation de plus contre la Russie ?

Les États-Unis et l’Otan continuent de provoquer la Russie contre eux-mêmes, la demande de la Norvège de doubler le contingent américain sur son territoire en étant le dernier exemple en date, écrit Ted Galen Carpenter, expert américain de la politique étrangère dans un article publié par la revue The National Interest.

TL OTAN NORVEGE

Actuellement, la Norvège compte 330 militaires américains qui s’y trouvent sur une base de rotation. Si la demande du gouvernement norvégien est satisfaite, le contingent américain augmentera jusqu’à 700 personnes.

Ces nouveaux militaires devraient être déployés dans le nord de la Norvège, à quelques centaines de kilomètres de la frontière avec la Russie, à la différence de ceux qui se trouvent dans la partie centrale du pays.

Les troupes américaines déployées sur une base de rotation permettent aux Norvégiens de tenir formellement la promesse donnée à Moscou en 1949 au moment de l’adhésion de la Norvège à l’Alliance atlantique. À cette époque, les autorités du pays avaient en effet promis de ne pas déployer de bases américaines sur le territoire de leur pays.

1211_estudios_620x350-900x529

La ministre norvégienne des Affaires étrangères Ine Marie Eriksen Soreide, en demandant de doubler le contingent américain a rappelé qu’il serait déployé sur la base de rotation.
Du point de vue de l’expert américain, il s’agit d’un « tour cynique », incapable de tromper quiconque, et d’autant moins Vladimir Poutine et son entourage.

Les autorités norvégiennes ont déclaré que leur demande ne visait pas la Russie. L’expert Carpenter estime que cette déclaration est mensongère, du moment que la demande a été faite seulement quelques jours après que neuf pays du flanc oriental de l’Otan aient demandé à l’organisation de muscler sa présence dans la région.
En outre, l’Otan prévoit en octobre de mener sur le territoire norvégien l’exercice Trident Juncture 18 qui devrait impliquer 35 000 militaires, 70 navires et 130 avions.

croisic3a8res-norvege

La ministre norvégienne affirme néanmoins qu’elle ne voit pas de « raison sérieuse » pour la Russie de réagir à ces actions d’Oslo.

Les leaders de l’Otan continuent d’affirmer que les actions de l’Alliance ne visent pas les intérêts de la Russie. Mais la conduite de l’Otan contredit ces déclarations, estime l’expert américain.

« Les USA et l’Otan devraient s’en tenir à une approche plus réaliste. N’importe quelle nation percevrait une telle conduite de l’Otan près de ses frontières comme inamicale et même menaçante. La poursuite de ces actions accompagnée du refus cynique d’admettre leur caractère hostile, peut facilement induire en erreur et provoquer une confrontation catastrophique. », a souligné l’expert.

77phZah9QXDIGMwOHmwnQU9dtJo

L’Otan ne cesse d’avancer vers les frontières de la Russie, violant ainsi la promesse qu’elle avait elle-même faite au Kremlin en 1990, consistant à ne pas s’élargir à l’Est. La Russie, elle, qualifie l’expansion de provocation et affirme qu’il est dangereux de déstabiliser l’équilibre des forces sur le continent européen. Vladimir Poutine a de son côté assuré que l’État russe n’envisageait pas de se livrer aux hostilités, mais restait déterminé à défendre ses intérêts de manière civilisée. Selon lui, c’est l’expansion de l’Otan et le déploiement du bouclier antimissile américain en Europe qui représente une menace pour la sécurité de la Russie et de ses citoyens.

 


 

Blindés - 1

 


 

Source :

https://fr.sputniknews.com/international/201806171036833412-otan-norvege-troupes/

https://francais.rt.com/international/34901-8-000-militaires-otan-exercies-frontières-russie

https://aphadolie.com/2018/06/18/otan-une-provocation-de-plus-contre-la-russie-video/

Posté par UPR Creuse à 04:45 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

dimanche 17 juin 2018

Italie: Commedia dell’Arte? [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

TRIBUNE LIBRE / Fernand Le Pic

tl italie otan

L’Italie, qui est tout entière une base militaire américaine, peut-elle se payer le luxe d’un gouvernement antisystème? Peut-être, si les intérêts de l’Alliance sont préservés et si les fameux 2% du budget alloués à la Défense sont maintenus. Mais alors, que restera-t-il des ambitions frondeuses de la coalition gagnante? Ne s’agirait-il que d’une Commedia dell’Arte?

Le dimanche 4 mars 2018, les eurosceptiques faisaient le plein des voix en Italie. Dans ce scrutin à un tour, le mouvement «5 étoiles» devenait le premier parti du pays avec 32,6% des voix. Pour mémoire, un an plus tôt en France, Macron n’avait obtenu que 24% des voix au premier tour.

Chronologie d’une ascension, ou l’intenable déni de démocratie

5af6e16b488c7bbe438b4568

S’associant à la coalition menée par la Ligue (ex-Ligue du Nord) totalisant 37% des voix, le mouvement pouvait entamer les tractations pour former un gouvernement. Elles furent longues et difficiles. Elles aboutirent tout de même, comme on le sait, le 27 mai. Mais le Président de la République Sergio Mattarella mit son véto. Motif: le professeur Paolo Savona, proposé au poste de ministre de l’économie, était soupçonné de vouloir faire sortir l’Italie de la zone Euro, alors même que l’intéressé s’était fendu de plusieurs communiqués assurant du contraire.

Giuseppe Conte, le premier ministre désigné de la coalition et novice en politique, démissionnait, tandis que Sergio Mattarella nommait dans la foulée un ancien fiscaliste en chef du FMI pour composer un gouvernement «technique». On partait donc pour de nouvelles élections possibles dès l’été voire l’automne, que le président suggéra même de ne tenir qu’au début 2019. On criait avec raison au déni de démocratie, au coup d’État et, en exagérant un peu, à la haute trahison. La coalition, disposant d’une majorité de près de 70% au parlement, menaça même d’engager une procédure de destitution du président présenté comme un agent des banques et de Berlin.

bruno-le-maire-2

Histoire d’enfoncer le clou, Bruno Lemaire, ministre français à veste réversible, expliquait déjà aux Italiens que si leur vote souverain était certes respectable, les impératifs européens le surpassaient quoi qu’il arrive. En d’autres termes, un vote n’est pour lui que l’expression d’une opinion mais non d’une décision opposable à Bruxelles. On retiendra. Et comme si cela ne suffisait pas, le commissaire européen au budget Günther Oettinger ajouta que la réaction négative des marchés au résultat du vote italien devait absolument se comprendre «comme un signal pour ne pas faire entrer des populistes de droite ou de gauche au gouvernement».

Bref, on était bien parti pour un coup de sang populaire. Mais voilà que le président Mattarella lui préféra un coup de théâtre. Le jeudi 31 mai, il acceptait finalement d’avaliser le même gouvernement présenté par la coalition gagnante après que Paolo Savona eut accepté de se voir reléguer au ministère des Affaires européennes, un poste qu’il occupa déjà sous le gouvernement Berlusconi de 2005. On le remplaçait à l’économie par le professeur Giuseppe Tria, moins offensif sur l’Euro, tandis que le très européen Enzo Moavero Milanesi était maintenu aux Affaires étrangères.

ob_554c64_gladio-l-armee-secrete-de-l-otan-1728x800_c

Un président à l’ombre du Gladio

Mais était-ce bien là le véritable enjeu?

Le président d’un système parlementaire, censé rester en dehors des arbitrages politiques, aura certainement outrepassé ses droits en refusant un ministre pour des motifs qui sont justement politiques. Est-ce à dire qu’il ne dispose d’aucune prérogative politique? Ce serait faux de le croire. Il est un domaine où l’article 87 de la constitution italienne lui confère un pouvoir politique direct, c’est celui des Forces armées. Il en est le chef et préside en outre le Conseil suprême de défense. Et le président Mattarella n’est pas un nouveau venu dans cette arène. Premier vice-président du Conseil (du 21 octobre 1998 au 22 décembre 1999), officieusement chargé des questions de renseignement, c’est lui qui mena les négociations, conjointement avec le ministre de la défense de l’époque, Carlo Scognamiglio, visant à installer en Italie une chaîne de montage du F–35 produit par l’avionneur américain Lockheed Martin. Un choix qui continue de peser lourdement sur les finances italiennes puisqu’on évalue l’investissement local à environ 14 milliards de dollars pour la fabrication d’un total de 30 F–35B italiens et 60 F–35A italiens, ainsi que 29 F–35A pour la Royal Netherlands Air Force. Un avion coûteux et de surcroît peu fiable.

Ce qui nous intéresse ici, c’est que grâce à cette expérience aéronautique, Mattarella a pu construire une relation très solide avec les États-Unis.

Les bases US-OTAN en Italie

Il fut d’ailleurs aussi ministre de la Défense en titre (du 22 décembre 1999 au 11 juin 2001) dans les gouvernements D’Alema et Amato. Au cours de son mandat, il transforma les carabinieri en une force paramilitaire autonome et fit abolir le service militaire. Or, on sait que le passage aux armées professionnelles, qui devint le nouveau standard européen, fut le préalable indispensable à la projection de troupes en terres étrangères. Il préparait en fait l’Italie à intégrer les nouvelles missions de l’OTAN, déguisées en opérations de maintien de la paix, notamment en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo et dans l’ex-République yougoslave de Macédoine, opérations dont il fut un ardent promoteur. Il se retrouva d’ailleurs à devoir rendre des comptes en justice sur la mort de soldats italiens contaminés par l’uranium appauvri des bombes sales américaines lâchées sur l’ex-Yougoslavie. Oui, les États-Unis ont bien fait la guerre à l’Europe qui ne leur plaît pas, et Sergio Mattarella en sait donc quelque chose. C’est sans doute pour cela qu’il mentit effrontément à la cour d’appel de Rome déclarant que les soldats étaient prévenus et protégés, ce qui s’est avéré totalement faux.

Le Sicilien Mattarella est en réalité un fidèle et zélé serviteur de l’OTAN, qui peut toujours compter sur lui. Pourtant, il aurait bien pu lui en vouloir après l’élimination de son frère aîné Piersanti Mattarella, président de la région Sicile, criblé de balles à Palerme le 6 janvier 1980.

Récemment, le procureur général de Palerme,Roberto Scarpinato, expliquait publiquement que l’assassinat de ce disciple d’Aldo Moro, éliminé lui-même deux ans plus tôt sur ordre des Américains, impliquait les mêmes commanditaires, liés au réseau Gladio. A l’avant-garde de la lutte contre la mafia, Piersanti se déclarait favorable à une alliance politique avec les communistes, lesquels s’opposaient notamment au déploiement des Euromissiles américains sur la base encore américaine de Comiso, en Sicile. Leur chef local, Pio La Torre, fut lui aussi assassiné en 1982.

Aldo Moro et Piersanti Mattarella

Lorsqu’il se murmure que Sergio doit son destin politique au fait d’avoir accepté la mort de son frère sans avoir posé de questions, cela mérite en effet réflexion. Et que l’OTAN voie d’un très mauvais œil l’arrivée d’authentiques eurosceptiques au gouvernement italien, cela n’a rien de surprenant. Même si certains doutent que les concernés en soient vraiment et considèrent que «5 étoiles» pourrait servir de tête de pont aux réseaux Soros[1].

Le budget militaire comme baromètre

En premier lieu, l’OTAN veut le maintien et l’entretien des 113 bases et autres champs de tir et dépôts d’armes incluant entre 60 et 90 têtes nucléaires B–61, que l’alliance et les États-Unis en propre se partagent sur la Péninsule.

En fait, l’Italie en soi est une immense base militaire américaine, les méga-installations d’Aviano, de Naples, de Bari ou de Sigonella n’étant que les parties émergées de l’iceberg.

Ensuite l’Italie s’est engagée à respecter le quota de 2% de dépenses militaires dans son budget, voulu par l’OTAN depuis le sommet d’Irlande en 2014 et martelé par Donald Trump. Le chef du Pentagone James Mattis est d’ailleurs venu le rappeler en personne à Mme Roberta Panetti, ministre de la défense italienne, à Rome. C’était le 12 février 2018. Une visite qui certes n’a pas fait la une des grands médias, mais en pleine campagne électorale, le symbole était fort. D’autant que la précédente législature avait déposé un projet de loi visant à augmenter les pouvoirs du chef d’État-major italien et l’interopérabilité sur fond de croissance budgétaire garantie aux armées, et qu’il fallait s’assurer de son maintien à l’ordre du jour.

Idem pour les visites répétées en Italie de Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN. Il ne faudrait tout de même pas oublier que l’Italie dirige aussi en 2018 la «Spearhead Force», c’est-à-dire le fer de lance de la force de réaction rapide de l’OTAN.

On rappelle enfin avec insistance dans les cénacles militaires qu’il ne faudrait pas non plus que les eurosceptiques se trompent de camp s’agissant de la Russie.

Elisabetta Trenta en uniforme (FINUL Liban)

Tout cela pèsera sur les épaules dElisabetta Trenta, la nouvelle ministre de la Défense. Cette spécialiste du renseignement et officier de réserve cumule les diplômes et les formations militaires. Elle a été notamment formée dans les écoles de l’OTAN aux opérations post-conflits, c’est-à-dire essentiellement à des opérations psychologiques («Psyops») destinées à faire croire que l’on va «reconstruire». Polyglotte, elle parle cependant le russe et se débrouille en arabe. Si on garde à l’esprit que le chef des armées reste le fidèle Sergio Mattarella, c’est en surveillant de près les options du ministère de la Défense, notamment quant à la poursuite du programme F35 et à la hausse du budget militaire en direction des 2%, que l’on saura si la dramatisation du véto sur Paolo Savona n’était qu’un écran de fumée destiné à poursuivre le military business as usual, ou non.

NOTE

  1. Voir notamment l’intérêt que lui porte Jamie Bartlett, le patron de Demos, une filiale de recherche d’Open Society.

 

https://medium.com/antipresse/italie-coup-detat-ou-co%C3%BBt-d-otan-affeac07f612

Posté par UPR Creuse à 05:15 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

samedi 16 juin 2018

Défense européenne, l’éternelle rêverie française [réédition]

COMMUNICATION REEDITION

Le spécialiste de la défense Philippe Migault analyse le projet de défense européen, maintes foi soutenu et débattu, mais toujours voué à l'échec.

TL EUROPE DEFENSE

A chaque départ du Tour de France, on se prend à rêver. «Nous allons vers un tour toujours plus propre», «le dopage n’a plus droit de cité dans le peloton»… Chacun sait qu’il est physiologiquement impossible de maintenir une vitesse moyenne de 40 km/h pendant trois semaines de course, jalonnée d’obstacles redoutables, en marchant à l’eau claire et au courage. Mais qu’importe. Cyclistes, organisateurs, sponsors et médias, pas dupes pour un sou, récitent chaque année la même fable. Avec le même enthousiasme, le même optimisme de façade. Cette fois, allez, c’est la bonne !

Il en va à peu près de même entre les dirigeants européens et la presse dès que l’on traite de l’Europe de la défense. Chacun sait que le projet du moment va capoter comme les précédents mais chacun fait mine d’y croire. Par militantisme européen. Parce que le politiquement correct l’exige. L’accord donné par l’Allemagne à la constitution d’une force commune européenne d’intervention, salué par les médias français, n’échappe pas à la règle. Il finira, comme les autres, aux oubliettes.

Il suffit de lire entre les lignes pour le comprendre.

1027909033

Qu’a dit Angela Merkel ? Qu’elle était prête à engager des moyens allemands au sein d’une «force d’intervention européenne», permettant à l’Union européenne de s’engager militairement sur des «théâtres d’opérations extérieurs.» Formidable ! Cela va dans le sens des missions de Petersberg, concept défini par l’Union de l’Europe Occidentale (UEO) en 1992, repris par l’UE ensuite, notamment dans le cadre du Traité de Lisbonne. Les 27 réaffirment donc leur volonté d’être en mesure de conduire des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix, similaires à celles qui ont été conduites dans les Balkans dans les années 1990, mais aussi de pouvoir conduire des missions humanitaires ou d’évacuation de ressortissants dans des zones de crise. Les «nombreuses armées européennes», que Madame Merkel espère intégrer au sein de cette «force d’intervention européenne, vont donc venir renforcer la «force de réaction rapide» européenne décidée en 1999 et opérationnelle depuis 2003. Forte de 100 000 soldats, de 400 avions de combat, de 100 navires de guerre, celle-ci a déjà belle allure. Avec ce renfort, elle devrait nous permettre d’intervenir en Afrique, au Moyen-Orient, partout où la paix et la liberté l’exigent. Reste à régler les questions de synergie et de commandement entre les deux forces, l’ancienne et la nouvelle.

l_europe-de-la-dc3a9fense-11

Ce qui devrait être facile puisque la «force de réaction rapide» en question n’a en fait, jamais vu le jour. Comme tous les autres projets européens de ce type. Après l’échec de la «force de réaction rapide», peut-être trop ambitieuse, les Européens ont bien essayé de construire une capacité d’intervention européenne à leur niveau. Ils ont constitué des Groupements tactiques interarmées (GTIA) multinationaux de 1 500 hommes chacun, fédérant, souvent sur une base régionale, les moyens de différents Etats. De «gros régiments» susceptibles d’être déployés rapidement sur un théâtre d’opérations et n’exigeant pas de moyens trop lourds. Théoriquement opérationnels depuis onze ans, aucun d’entre eux n’est jamais allé au feu. Pourquoi ? Parce qu’aucun Etat européen en dehors de la France ne veut combattre en dehors du cadre Otanien.

Pour les Allemands, l'enjeu est industriel 

otan-ue-20170720

Il ne faut d’ailleurs pas se leurrer. Si l’équipe Macron affiche son volontarisme, les militaires français, s’ils font mine de s’enthousiasmer pour ce genre de projet, n’ont surtout pas envie qu’une telle usine à gaz voit jamais le jour. Pour eux aussi, particulièrement pour les marins et les aviateurs, habitués depuis 1949 à coopérer étroitement avec les forces armées américaines et britanniques, l’Alliance Atlantique est l’Alpha et l’Omega. Constituer un énième machin européen, qui ferait doublon, n’aurait aucun sens… Du point de vue de l’armée de terre, on sait pour d’autres raisons à quoi s’en tenir. Habituée à voir tomber ses hommes en première ligne au Mali pendant que les Allemands s’occupent de la logistique et de l’entraînement des autochtones à l’arrière, elle sait qu’en dehors des Britanniques, les autres Européens ne sont pas prêts à se battre, c’est-à-dire à tuer en s’assumant, et à mourir pour sa patrie autrement que dans un cadre de stricte défense territoriale.

FRANCE ALLEMAGNE DIVERGENCE 1

Angela Merkel l’admet parfaitement en filigrane, lorsqu’elle rappelle que la Bundeswehr, par ailleurs totalement inopérationnelle, restera dans le cadre de cette «force d’intervention européenne» sous le «commandement du Parlement» allemand. L’Allemagne, gouvernée par une coalition CDU-SPD ayant la religion du pacifisme, n’acceptera une fois de plus de déployer ses militaires qu’à condition qu’ils ne prennent part à aucun engagement, sauf – et encore – par accident. On peut d’ailleurs soupçonner Madame Merkel de se moquer discrètement des Français lorsqu’elle évoque la future «culture militaire stratégique commune» de la future force. Car il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de culture commune de ce type entre la France et l’Allemagne. Encore moins entre les 27.

1022633007

Pour les Allemands, l’enjeu, comme d’habitude n’est pas militaire. Il est industriel. «La défense européenne est très importante. A partir des 180 systèmes d'armement qui coexistent actuellement en Europe, nous devons parvenir à une situation similaire à celle des Etats-Unis, où il y a seulement 30 systèmes d'armement», a déclaré la chancelière allemande. Avec en tête un objectif très clair : faire du marché européen de l’armement, chasse gardée américaine, une chasse gardée allemande. Sous-marins, blindés…etc : l’Allemagne multiplie les projets de programme communs tout en constituant, peu à peu, une armée multinationale équipée d’armements allemands.

Paris rêve d’une Europe puissante. Berlin rêve, de la Ruhr à Hambourg, de Brême à la Bavière, d’une industrie de défense puissante, vendant ses produits comme des petits pains à des clients à son image, respectueux des droits de l’homme, pacifistes, n’acceptant le combat qu’en cas d’agression contre l’Europe.

Après la guerre à l’arrière, l’armement pour du vent en somme.

https://francais.rt.com/opinions/51369-defense-europeenne-eternelle-reverie-francaise

mardi 5 juin 2018

Souveraineté nationale. A propos d’un épisode transalpin

TRIBUNE LIBRE / par Floréal (PRCF)

TL PRCF ITALIE DEMOCRATIE

De par sa constitution, le peuple italien est (censé être) souverain.

A quelques réserves près cependant, que l’UE, Frau Merkel, Sir Emmanuel Macron, la BCE, la quasi-totalité de la « libre presse » européenne et les sacro-saints « marchés » se sont vite chargés de rappeler aux électeurs transalpins :

  • tout d’abord, pas question de nommer au ministère des finances un adversaire de l’euro. Ce dangereux personnage devra donc se contenter d’un ministère sans portefeuille, voire d’un portefeuille sans ministère. [1]
  • le gouvernement devra solennellement annoncer qu’il ne désire quitter ni l’UE ni l’euro, ni l’OTAN. [2]
  • un ministre des affaires étrangères qui a fait toute sa carrière à Bruxelles (parle-t-il encore l’italien ?) garantira l’engagement total de l’Italie dans l’alliance atlantique et la politique de guerre et de surarmement qui est actuellement la sienne. On respire ! [3]
  • Enfin les quelques mesures sociales envisagées par ce gouvernement devront soigneusement se tenir dans les limites infranchissables du remboursement de la « dette » et des critères de gestion de l’euro. Faut pas rire, n’est-ce pas, avec la suprématie du deutsche Mark sur notre continent, pardon, avec les bienfaits universellement reconnus de la monnaie unique qui apporte aux travailleurs d’Europe, comme chacun sait, la croissance des salaires, la stabilité de l’emploi, la qualité des services publics, le progrès permanent des retraites et de la protection sociale…

Une fois ces concessions minimes acceptées par MM. Salvini et Di Maio, l’UE donne carte blanche à l’Italie pour… traquer les migrants. On ne badine pas avec les « valeurs » européennes dès lors qu’elles ne sont pas cotées en Bourse.

erxzm6rhh9d70f8kdsr1

Le gouvernement italien actuel est d’ultra-droite, voire fascisant. Celui du Grec Tsipras se réclamait de la « gauche radicale ». Qu’importe puisque, comme l’a dit M. Juncker, « il n’y a pas de démocratie contre les traités européens ». Et c’est si vrai que lorsque la France retoque un traité constitutionnel, non seulement on lui impose le traité de Lisbonne, qui est le clone du TCE, mais M. Macron, soutenu sur sa ligne politique par 18% des inscrits, va jusqu’à imposer l’hymne et le drapeau européens que Sarkozy avait prudemment ôtés du traité de Lisbonne. VOUS EN BOUFFEREZ !

Et c’est cette UE et son haut clergé totalitaire de dignitaires, de lobbyistes et d’oligarques méprisants que certains « patriotes » comme Le Pen ou Dupont-Aignan prétendent « renégocier du dedans » pour en tirer on ne sait quelle « Europe des nations » pendant que certains « progressistes » jurent de renégocier, toujours « du dedans », les traités supranationaux afin de « faire du social ».

JeanLéonJaurès

« L’émancipation nationale est le socle de l’émancipation sociale », disait Jean Jaurès. Et si enfin, certains « hommes de gauche » parvenaient enfin à saisir que l’humiliation nationale, que l’ « Europe » fait subir à jet continu aux peuples européens, est le terreau permanent des régressions sociales et des dérives fascisantes ?

https://www.initiative-communiste.fr/articles/billet-rouge-2/souverainet-nationale-a-propos-dun-pisode-transalpin-par-floral-prcf/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

BASE 14 995X225

[1] Paolo Savona, ancien dirigeant du "Medef" italien a évolué sur les questions monétaires et se dit opposé à l'euro, mais sans vouloir clairement sortir de l'UE, à ma connaissance.  Il prend le secrétariat aux "affaires européennes", ce qui n'est pas rien tout de même. En tous cas, le soutien qui lui est implicitement apporté ici montre une certaine ouverture d'esprit...

[2] Le nouveau gouvernement n'a pas fait campagne pour une quelconque sortie de l'UE ou de l'euro (et ne parlons pas de l'OTAN), cette obligation ne devrait donc logiquement pas le gêner.

[3] Bien vu: l'allégeance du nouveau gouvernement à l'OTAN a été peu relevée ces derniers temps. (Voir notre publication Italie: Commedia dell’Arte?)  P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,