samedi 20 janvier 2018

Le procès Mladić : une tache sur la civilisation

« Tout cela est un mensonge. C’est un procès dans le style de l’OTAN » – Ratko Mladić

Par Christopher Black

TL YOUGOSLAVIE TPY

Les paroles provocantes adressées par le général Mladić aux juges du tribunal spécial pour les crimes de guerre en Yougoslavie contrôlé par l’OTAN ont retenti haut et fort le jour où ils ont prétendu le condamner. Il aurait pu ajouter« pourtant l’histoire m’absoudra » et beaucoup d’autres choses encore, mais ils a été jeté hors de la salle par le juge en chef, Orie, dans son style condescendant, comme s’il s’adressait à un élève qui fait l’école buissonnière plutôt qu’à un homme faussement accusé de crimes qu’il n’a pas commis.

La porte-parole du ministère russe des Affaires Etrangères Maria Zakharova, a fait écho aux paroles du général le 23 novembre :

« Nous devons de nouveau affirmer que le verdict de culpabilité rendu par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie contre Mladić est la poursuite de la ligne politisée et biaisée qui a dès le début dominé le travail du TPIY. »

Le général Mladić et le gouvernement russe ont raison. Le document intitulé « jugement » le prouve car il se lit comme un tract de propagande plutôt que comme le jugement d’un tribunal. En plus de 2400 pages, le trio de « juges » récite sans interruption la version des événements de l’accusation, du premier paragraphe au dernier. La défense n’est mentionnée qu’en passant.

Le TPIY rejette les affirmations selon lesquelles il est un tribunal partial, un tribunal de l’OTAN, mais il l’a prouvé dès le tout premier témoin qu’ils ont appelé à la barre pour ce qui allait suivre. Un homme nommé Richard Butler a été appelé pour témoigner sur des questions militaires générales et la structure politique en Bosnie et dans la Republika Srpksa (République serbe de Bosnie). Il a été présenté comme un « analyste militaire », ce qu’il est, mais il n’est pas indépendant. Non, au moment de son témoignage, il était membre de l’Agence de sécurité nationale des États-Unis, détaché auprès du TPIY. Donc le premier témoin contre le général Mladić était partial sur deux points. Il travaillait pour les services de renseignement américains qui ont soutenu les ennemis du général Mladić et de la Yougoslavie, et il a fait partie du personnel de l’accusation. C’est comme si la NSA et le procureur étaient, en même temps, entrés dans le box pour témoigner contre l’accusé. Le témoignage de Butler joue un rôle important dans le procès ; le même rôle qu’il a joué dans le procès du général Krstić.

Ensuite apparaît un autre expert analyste militaire, Reynaud Theunens, qui travaille aussi dans l’équipe de l’accusation. Les experts dans les procès criminels sont censés être totalement neutres. Mais non seulement celui-ci agissait au nom du procureur, mais il était en même temps un officier du renseignement de l’armée belge. Donc nous y sommes dès l’ouverture du procès. La scène est posée ; l’OTAN se charge de l’affaire. Les officiers de l’OTAN travaillent au sein du tribunal. C’est un tribunal de l’OTAN sous déguisement de l’ONU. Par conséquent, tout au long du jugement, il n’y a jamais aucune mention des crimes de l’OTAN et des crimes des forces bosniaques opposées. Le contexte est délibérément restreint pour donner une image très étroite et déformée des événements.

Le jugement se poursuit avec des citations détaillées des déclarations des témoins de l’accusation. Les témoignages des témoins de la défense, dans les rares occasions où ils sont cités, ne sont jamais restitués aussi en détail. Une ligne est consacrée à un témoin et tous sont rejetés comme partiaux si leur témoignage est en contradiction avec celui des témoins de l’accusation.

Et en quoi consistent les preuves de l’accusation ? Elles consistent en quelques témoignages oraux d’officiers de l’OTAN impliqués dans les événements et qui travaillaient dans les forces de l’ONU contre le général Mladić et ses forces, le témoignage de soldats de l’armée bosniaque d’opposition ou de leurs familles, des déclarations de témoins et des « faits établis » des « faits » considérés comme tels par une autre série de juges dans un autre procès, peu importe que ce soit vrai ou faux. De temps en temps, les juges déclarent que « la défense affirme que X ne s’est pas produit et s’est appuyée sur certaines preuves pour soutenir cette affirmation. Là où cette preuve entre en contradiction avec les faits jugés, nous la rejetons ».

Il y a de nombreux cas de confiance basés sur des ouï-dire. À maintes reprises, un paragraphe du jugement commence par les mots : « On a dit au témoin… » Grâce à des juristes corrompus comme l’ancienne procureur canadienne Louise Arbour, l’utilisation du ouï-dire, et même du double ouï-dire, a été admise comme preuve dans ces procès alors que c’est interdit ailleurs dans le monde, parce que le témoignage basé sur un ouï-dire ne peut pas être vérifié ni sa fiabilité et son exactitude attestées.

Je n’ai pas pu suivre une grande partie du procès, seulement par vidéo de temps en temps, donc je ne suis pas en mesure de commenter toutes les conclusions factuelles des juges citées dans leur long jugement, dans lequel ils condamnent le général Mladić et son gouvernement pendant des pages et des pages fastidieuses. Ceux qui connaissent la véritable histoire des événements réaliseront que tous les attendus de la condamnation ne sont ni plus ni moins que la même propagande que celle que l’OTAN a diffusé pendant le conflit, mais organisée pour ressembler à un jugement.

Car ce n’est pas un jugement. Un vrai jugement dans un procès criminel devrait contenir la preuve présentée par l’accusation, la preuve présentée par la défense et les arguments des deux parties sur cette preuve. Il doit contenir des références aux dépositions de témoins principaux et aux contre-interrogatoires. Puis il doit y avoir une décision raisonnée des juges sur les mérites de chaque partie au procès et leurs conclusions motivées. Mais vous aurez de la peine à trouver la trace d’une preuve amenée par la défense dans ce document. Je n’ai pu en trouver aucune à part quelques références dans une poignée de paragraphes et quelques notes de bas de page dans lesquels la déposition d’un témoin de la défense a été brièvement mentionnée afin de la rejeter, et de la rejeter parce qu’elle ne corroborait pas la version des événements présentée par l’accusation.

Ce qui est encore plus choquant, c’est qu’il y a peu de références au témoignage oral, c’est-à-dire aux dépositions des témoins. Il y a des références à des « experts » liés à la CIA ou au Département d’État, ou d’autres agences de renseignement de l’OTAN qui ont donné leur version de l’histoire et que les juges acceptent sans les remettre en question. Il n’y a aucune référence à aucun expert de la défense.

Par conséquent, on ne saura jamais la raison pour laquelle les juges ont décidé d’accepter les preuves de l’accusation et non celles de la défense. En les lisant, on pourrait penser qu’aucune défense, autre que symbolique, n’a été présentée. Ce n’est pas un jugement.

Mais il y a quelque chose d’encore plus troublant dans ce « jugement ». Il n’est pas possible de déterminer si de nombreux témoins ont témoigné en personne parce qu’il y a peu de références à un témoignage effectif. Au lieu de quoi, il y a d’innombrables références à des documents de toutes sortes et à des « déclarations de témoins ».

C’est un élément important dans ces procès parce que les déclarations de témoins auxquelles il est fait référence sont des déclarations faites ou censées avoir été faites aux enquêteurs et aux juristes travaillant pour l’accusation par des témoins présumés. Nous savons, à partir d’autres procès, qu’en fait ces déclarations sont souvent rédigées par des avocats de l’accusation ainsi que par des enquêteurs, puis présentées aux « témoins »pour qu’ils les apprennent par cœur. Nous savons aussi que les « témoins » ont aussi été signalés à l’accusation par des voies qui indiquent qu’ils présentaient des témoignages fabriqués et qu’ils étaient recrutés dans ce but.

Au tribunal pour le Rwanda, nous avons pris soin, dans notre procès, de faire subir des contre-interrogatoires agressifs à ces « témoins », et ils se sont immédiatement effondrés puisqu’ils ne pouvaient pas se souvenir des scripts qui leur étaient assignés. Nous avons aussi pris soin de demander aux « témoins » comment ils en étaient arrivés à rencontrer l’équipe de l’accusation, comment les interrogatoires étaient conduits et comment ces déclarations avaient été créées. Les résultats ont été embarrassants pour l’accusation puisqu’il est apparu clairement qu’elle avait collaboré avec les enquêteurs pour manipuler, faire pression sur les « témoins » et les influencer, et qu’elle était complice d’invention de témoignages.

Il est en outre important que celui qui lit ce « jugement » soit en mesure de se référer aux pages des transcriptions des témoignages, ce que les témoins ont dit et ce qu’ils ont répondu lors des contre-interrogatoires, parce qu’une déclaration n’est pas un témoignage. Ce n’est qu’une déclaration.

Une déclaration ne peut être utilisée comme preuve. Elle nécessite que les témoins viennent à la barre et déclarent sous serment ce qu’ils ont observé. On peut ensuite les interroger sur leur fiabilité en tant qu’observateurs, leurs préjugés, s’il y en a, leur crédibilité, etc. Mais dans ce procès, nous voyons des centaines de références à des « déclarations de témoins ». Cela indique que les juges ont fondé leur « jugement » non sur le témoignage des témoins (s’ils étaient appelés à témoigner) mais sur leurs déclarations écrites, préparées par l’accusation, et sans avoir été soumis à aucun contre-interrogatoire de la défense.

Il ne ressort pas du tout clairement de ce jugement si l’un des témoins mentionnés dans les déclarations a effectivement témoigné ou non. S’ils l’ont fait, leur témoignage devrait être cité, et non leurs déclarations. Le seul but valable des déclarations est de signaler aux avocats ce qu’un témoin est susceptible de dire dans le procès, et de révéler la position de l’accusation à la défense afin que celle-ci puisse préparer la sienne et ensuite utiliser les déclarations pour interroger à son tour le témoin en comparant sa déclaration initiale avec son témoignage sous serment à la barre.

La formule est simple. Le témoin de l’accusation arrive à la barre, on lui demande de déclarer ce qu’il a observé à propos d’un événement, puis la défense l’interroge : « M. le Témoin, dans votre déclaration datée du x, vous avez dit ceci, mais aujourd’hui, vous dites cela… Examinons cette divergence. »

C’est comme cela que c’est censé se passer. Mais où est-ce dans ce dossier ? On ne le trouve nulle part.

Il faudrait un livre entier pour recenser les problèmes de ce « procès » tels qu’ils sont présentés dans ce jugement. Mais un exemple éclaire tout ce qui concerne Srebrenica, et traite d’une célèbre réunion qui s’est déroulée à l’Hôtel Fontana le soir du 11 juillet 1995, au cours de laquelle le général Mladić a rencontré un colonel Casque bleu hollandais pour organiser l’évacuation des civils dans la zone de Srebrenica et l’éventualité que la 28e division de l’Armée bosniaque dépose les armes. Il y a une vidéo de cette rencontre, disponible sur YouTube. Je paraphrase, mais elle montre le général Mladić demandant pourquoi les avions de l’OTAN bombardent ses positions et tuent ses hommes. Il demande pourquoi les forces de l’ONU passent en douce des armes aux soldats bosniaques. Il demande pourquoi les forces de l’ONU ont essayé de l’assassiner, lui, personnellement. À chaque question, il reçoit des excuses de l’officier hollandais. Il demande ensuite à l’officier hollandais s’il veut mourir, et celui-ci dit non. Mladić répond : mes hommes non plus ne veulent pas mourir, alors pourquoi leur tirez-vous dessus ? Pas de réponse.

Le reste de la vidéo concerne la discussion d’un plan pour évacuer la ville, pendant laquelle Mladić offre des cigarettes aux hommes de l’ONU et un peu de vin pour faire baisser la tension. Pour moi, en tant qu’avocat de la défense, c’est un élément essentiel pour la défense par rapport aux accusations concernant Srebrenica. Mais on ne trouve aucune référence à cette vidéo dans le jugement. Au contraire, les juges se réfèrent au témoignage de plusieurs officiers de l’ONU / OTAN, qui assistaient à la rencontre, et qui déforment totalement ce qui s’y est dit. Il n’y a aucun indice que la défense ait contre-interrogé ces menteurs en utilisant cette vidéo : « Monsieur, vous déclarez que ceci a été dit, mais ici, dans la vidéo, elle montre que vous vous trompez. Que dites-vous ? » Ce n’est nulle part. Est-ce que cela a été utilisé et ignoré par les juges, ou pas utilisé ? Je n’en sais rien. Mais il est évident que l’accusation a choisi de ne pas l’utiliser parce que cela signifierait l’effondrement de leur dossier. Parce que même pour les preuves à charge, il est clair que les hommes de la 28e Division ont refusé de déposer les armes et se sont frayés un chemin jusqu’à Tuzla. La plupart ont été tués dans les combats en chemin. Beaucoup ont été faits prisonniers. Une poignée de témoins bosniaques affirment que ces prisonniers ont été massacrés. Mais leur témoignage est du genre « J’étais par miracle le seul survivant du massacre » qu’ils ont tendance à utiliser dans ces procès.

Je ne commenterai pas l’usage massif du faux concept juridique d’entreprise criminelle commune pour engager la responsabilité pénale du général, coupable par association et sans intention. Qu’ils l’aient utilisée montre qu’ils savaient n’avoir aucun élément contre lui.

En résumé, ce document contient peu de choses sur le dossier de la défense ou sur ce qu’étaient les faits présentés par la défense, quels étaient ses arguments à propos des faits, ni l’ensemble de ses arguments juridiques. Mais, plus important, nous n’avons aucune idée de ce qu’était le témoignage de la plupart des témoins de l’accusation ni aucune idée des témoignages des témoins de la défense. C’est comme s’il n’y avait pas eu de procès et que les juges s’étaient contentés de siéger dans une salle pour examiner les documents de l’accusation en rédigeant le jugement au fur et à mesure. Nous devons supposer que ce n’est pas éloigné de la vérité.

Ce « jugement » et ce procès sont une nouvelle humiliation de la Yougoslavie et de la Serbie par l’alliance de l’OTAN, puisqu’il ressort clairement de sa création, de son financement, de son personnel et de ses méthodes que le TPIY est un tribunal contrôlé par l’OTAN. C’est confirmé par la déclaration du secrétaire général de l’OTAN, qui a dit : « Je salue la décision (…) les Balkans sont d’une importance stratégique pour notre alliance… »

En d’autres termes, cette condamnation aide l’OTAN à consolider son emprise sur les Balkans en maintenant les Serbes sous sa botte. Le général Mladić est un bouc émissaire pour les crimes de guerre que l’Alliance a commis en Yougoslavie, que le TPIY couvre, aidant ainsi l’OTAN à commettre de nouveaux crimes de guerre, comme nous l’avons vu depuis.

Le TPIY s’est révélé être ce que nous nous attendions qu’il soit, un tribunal fantoche, utilisant des méthodes de justice fascistes, qui a engagé des poursuites sélectives pour faire avancer le programme de l’OTAN de conquête des Balkans, prélude à l’agression contre la Russie. L’OTAN utilise le tribunal comme une arme de propagande pour répandre une histoire fausse sur les événements en Yougoslavie, pour dissimuler ses propres crimes, pour maintenir les anciennes républiques de Yougoslavie sous sa botte, et pour justifier l’agression et l’occupation par l’OTAN du territoire yougoslave. C’ est une tache sur la civilisation.

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vendredi 19 janvier 2018

Colonel Jacques Hogard : La Haye ne voulait pas de moi car j’allais témoigner pour les Serbes

Le Colonel Jacques Hogard, chef des forces spéciales françaises au Kosovo en 1999, répond aux questions du quotidien serbe « Novosti »

GEOP HOGAR SERBIE

Publié le 8 janvier 2018 sur Novosti.rs

« Pendant 25 ans le tribunal de La Haye a jugé de façon partiale et antiserbe. Le Kosovo n’est pas un problème serbe et albanais, mais un problème de l’ensemble de la communauté internationale. On ne m’a appelé qu’une seule fois, de Bruxelles, pas de La Haye, et on m’a demandé si je voulais témoigner sur ce que j’ai vu au Kosovo. Lorsque j’ai dit au greffier que j’étais entièrement à leur disposition et que je pouvais témoigner sur les crimes de l’UCK contre les Serbes, personne ne m’a recontacté plus tard. Tout s’est terminé comme ça. Et j’en avais des choses à dire. »

Ainsi s’est exprimé, exclusivement pour « Novosti », Jacques Hogard, le chef des forces spéciales françaises qui était le premier arrivé au Kosovo et Métochie pendant la période de transition qui a duré entre la signature de l’accord de Kumanovo jusqu’à l’arrivée des forces internationales de maintien de la paix en 1999.

Propos recueillis par Goran ČVOROVIĆ

Q: L’année passée, vers sa toute fin, a été marquée par la fermeture du Tribunal controversé de la Haye.

J. H: Oui, il a été fermé, mais en même temps la baguette a été reprise par le Mécanisme des Tribunaux pénaux. Dans le mot « mécanisme », il y a une signification froide qui suggère que quelque chose est appliqué sans pitié. Un terme précis et technique est utilisé pour montrer que quelque chose fonctionne comme une machine. Je dirais une machine à broyer. Un nom terrible pour un tribunal. Le tribunal ferme donc la porte, mais continue néanmoins de fonctionner.

Q: Selon vous, de quelle manière s’en souviendra-t-on de ce tribunal dans l’histoire ?

J. H: Pendant 25 ans, ce tribunal a rendu des jugements comme un tribunal partial et antiserbe, un tribunal qui voulait avant tout juger les Serbes et le peuple serbe à travers le drame de l’éclatement de la Yougoslavie. Juste pour masquer la réalité, il a condamné quelques Croates, Bosniaques ou Albanais. Slobodan Milosevic a finalement été acquitté de toutes les charges par d’autres procès, mais le public occidental se souvient uniquement du fait qu’il a été à La Haye, comme s’il avait été condamné. Dans le dernier verdict la Croatie a été condamnée, mais pour des crimes contre les musulmans. C’est la même chose. Quand les Croates tuent des Musulmans, ils sont mauvais, mais quand ils tuent les Serbes, ils ne le sont pas, alors ils deviennent moins méchants. Et personne n’a été tenu pour responsable pour ce que les Musulmans ou les Albanais ont fait aux Serbes. Voilà le machiavélisme de cette cour.

Q: Regrettez-vous quelque chose que vous auriez pu faire différemment pendant le court délai, lorsque vous étiez sur le terrain, jusqu’à l’arrivée des forces de maintien de la paix ?

J. H: Au Kosovo j’ai fait ce que j’ai pu. Plus tard, vous pouvez toujours regretter de ne pas avoir fait mieux ou moins pire. Mais ma conscience est tranquille.

Q: Vous vous sentez très proche des Serbes…

J. H: Le monde entier s’est injustement tourné contre vous. Et nous, les Français, nous avons oublié notre alliance et notre amitié traditionnelle avec le peuple serbe. Nous avons aveuglément suivi les Allemands et les Américains, qui avaient tout intérêt à briser la Serbie, comme ils l’avaient fait auparavant avec la Yougoslavie. Derrière cela, il y a un plan pour affaiblir l’Europe. La grande puissance américaine a besoin d’une Europe officiellement unie, mais officieusement affaiblie. Le meilleur moyen de le faire c’est de diviser les pays et d’encourager le régionalisme. Ceci est également le cas des tentatives en Catalogne. Regardez ce qui se passe chez nous en Corse. Tout cela appartient à la même logique, sauf que la France et l’Espagne sont plus grandes et plus fortes, donc plus résistantes. Cependant, il faut toujours faire attention. La même chose est en train de se passer au Moyen et Moyen-Orient. Mais la Russie est là, elle est revenue sur la scène internationale. Si elle avait été aussi forte au moment des événements au Kosovo, cela ne serait pas arrivé.

Q: Comment, avec du pragmatisme, résoudre le problème du Kosovo ?

J. H: Le droit international devrait être placé au centre de tous les débats. La situation actuelle est imposée et ne devrait pas être acceptée. La résolution ONU 1244 reste en vigueur. Son but était de créer une période d’administration internationale afin de calmer la situation. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Il y a eu des pogroms, des règlements de comptes, des disparitions de personnes, des meurtres, des trafics d’organes … La communauté internationale ne devrait pas tolérer cela. Ce n’est pas un problème serbo-albanais. C’est un problème de toute la communauté internationale, qui a créé des problèmes au Kosovo au lieu d’apporter la paix. C’est maintenant à elle de remettre les choses à plat et de trouver une solution honnête, que Hashim Thaçi et Ramush Haradinaj répondent devant la cour pour les crimes qu’ils ont commis. La logique de la justice internationale doit aller jusqu’au bout.

LA VÉRITÉ

Q: Vous avez publiquement témoigné sur ce qui s’est réellement passé au Kosovo.

J. H: C’est un engagement humain et personnel. Chaque fois que je peux faire quelque chose, je le fais. Quand le soi-disant Kosovo a essayé d’intégrer l’UNESCO, à mon humble niveau, j’ai fait ce que j’ai pu, j’ai publié un article de journal, j’ai parlé avec des amis … Je suis témoin et je dirai toujours ce que j’ai vu.

NOUS AVONS LES MÊMES GÈNES

Q: Comment expliquez-vous le fait que beaucoup de Français qui se trouvaient en mission en ex Yougoslavie, devenaient très proches avec les Serbes ?

J. H: Nous sommes deux peuples qui se ressemblent. Nous avons des affinités naturelles, qui n’ont rien à voir avec la politique officielle. Nous étions amis pendant longtemps, puis le communisme est arrivé. La France s’était alliée avec les États-Unis et l’OTAN, et c’est quelque chose que je le regrette profondément parce que nous avons perdu la liberté d’évaluation et d’action. Mais, au-dessus de cela, les Serbes et les Français ont des gènes communs. Tous deux sont des paysans et des militaires, qui se sont toujours battus contre des envahisseurs étrangers, un peuple spirituel, dont l’identité est fondée sur la foi, pleine de caractère, un peuple qui dit ce qu’il pense, quelles qu’en soient les conséquences.

Propos recueillis par Goran ČVOROVIĆ

Original: Novosti.rs

Traduction: Svetlana MAKSOVIC[

URL de cette page: Arretsurinfo.ch

https://arretsurinfo.ch/colonel-jacques-hogard-la-haye-ne-voulait-pas-de-moi-car-jallais-temoigner-pour-les-serbes/

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mercredi 17 janvier 2018

A lire sur la Yougoslavie

A lire :

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La Croisade des fous. Yougoslavie, première guerre de la mondialisation – Diana Johnstone

La journaliste américaine Diana Johnstone a suivi avec attention les événements liés aux guerres de ces dernières années dans les Balkans et au rôle joué par l’OTAN et les grandes puissances dans le dépeçage de la Yougoslavie. A partir d’une documentation précise et vérifiable, elle démonte les mécanismes de la manipulation médiatique qui a permis aux dirigeants de l’OTAN de tromper les opinions publiques et de faire croire, notamment en Europe et y compris dans une grande partie de la gauche, que l’intervention occidentale en Yougoslavie avait pour buts la défense des droits de l’homme et le bien des peuples de toute l’Europe. Elle montre aussi comment la guerre en Yougoslavie a été le prototype des guerres dites « humanitaires » qui sont en fait les guerres de la mondialisation. Aujourd’hui, la page de la guerre n’est pas tournée et ses effets continuent à se faire sentir, dans la région (où les problèmes sont loin d’être résolus) et au plan international. Le livre de Diana Johnstone met par exemple en lumière le rôle et le fonctionnement scandaleux du Tribunal pénal international. Cet essai, très documenté, qui informe et dénonce, a été publié en anglais par Pluto press. C’est un livre essentiel pour comprendre l’histoire en train de se faire.

Un livre en cours de republication

Tuer une nation, l’assassinat de la Yougoslavie – Michael Parenti – éditions Delga

Après le renversement du communisme en Europe de l’Est et en Union soviétique, la République fédérale de Yougoslavie est restée le seul pays de la région à n’avoir pas rejeté ce qui restait de son socialisme pour installer à la place un système de marché sans entrave à la pénétration du capital. La Yougoslavie avait en effet refusé l’ouverture totale de son économie, de son secteur public important et de ses ressources nationales à prix bradés aux investisseurs et aux créanciers internationaux. C’est pour cette dissidence face au catéchisme inquisiteur capitaliste, et pour rien d’autre, que la Yougoslavie fut attaquée, démantelée et dévastée. Bien sûr il a fallu habiller cette vérité concrète dans la narration mensongère imposée ad nauseam par les médias et les pouvoirs politiques occidentaux : enrôler la question ethnique pour servir des intérêts de classe, en diabolisant Milošević comme le génocidaire absolu, et arriver à faire croire, malheureusement même à l’honnête homme, que l’OTAN, pourtant bras armé du capitalisme prédateur, avait effectué une « conversion humanitaire ». L’on tenait enfin une « guerre juste », des bombardements capitalistes humanitaires ! Michael Parenti montre ici au contraire que la plupart des opérations de nettoyage ethnique à travers l’ex-Yougoslavie ont été perpétrées non pas par les Serbes mais contre eux ! Et que le « plus grand défi militaire » – d’après l’expression de Clinton – de l’histoire de l’OTAN, fut en fait un passage à tabac sadique d’un petit pays par les forces militaires les plus puissantes du monde. Et comble de déréliction pour les Yougoslaves : ces puissances occidentales, pourtant entièrement responsables de l’effusion de sang et de la dévastation, ont pu apparaître comme… des sauveurs ! Dès la fin de la Guerre froide donc, la nature hideuse du capitalisme, désormais ibéré de la bride que le monde communiste concurrent lui imposait jusqu’alors, a pu se révéler sans plus aucune retenue. Ces bombardements impitoyables sur la Yougoslavie furent les premières concrétisations d’une longue série d’agressions prédatrices réalisées par une institution non élue, l’OTAN, qui se place au-dessus des lois, des nations et des peuples..

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/milosevic-innocente-tribunal-penal-international-lex-yougoslavie-information-censuree-medias/

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Milosevic innocenté par le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie: les médias silencieux

Telesur : Milosevic innocenté par le tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie: les médias silencieux

ACT MILOSEVIC

traduction www.initiative-communiste.fr

Le dernier dirigeant communiste de Yougoslavie était comparé à Hitler alors que son pays subissait des sanctions, était démantelé et alors que des milliers de gens furent tués par les USA et l’OTAN

Le 24 mars dernier , le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a omis de tenir une conférence de presse ou d’annoncer que le président de la Yougoslavie puis de la Serbie Slobodan Milosevic n’avait aucune responsabilité pour les charges de crimes de guerre lors de la guerre de Bosnie de 1992-1995 dont il avait été accusé.

A la place, le tribunal  a commodément enterré cette déclaration d’innocence au milieu du verdict contre Radovan Karazic. L’ancien président des serbes de Bosnie a été prononcé coupable de crimes de
guerre et condamné à 40 ans de prison en même temps que le tribunal a trouvé à l’unanimité que “Le tribunal n’a pas pu trouver suffisamment de preuves prouvant que Milosevic était d’accord avec ce plan commun.”[ de nettoyage ethnique des musulmans et croates de Bosnie]

En réalité, le tribunal a trouvé que c’était exactement le contraire qui était vrai.

Tout comme lors du battage médiatique au sujet des “armes dedestruction de masse” menant en 2003 à l’invasion des USA en Irak, Milosevic était appelé le “Boucher des Balkans” lors du “procès du siècle” et a été accusé de “crimes de guerre” au milieu du bombardement de la Yougoslavie en 1999.

Arrêté en mars 2001, Milosevic a fait face à un procès de cinq ans, en se défendant et déterminé à le gagner,  quand il est mort en prison le 11 mars 2006, au milieu des rumeurs d’empoisonnement.

La décision du tribunal a fait part du fait que lors des rencontres entre Serbes et Serbes de Bosnie,  “Slobodan Milosevic déclara que tous les membres des autres nations et ethnies doivent être protégés. et que “l’intérêt national des serbes est de ne pas faire de discrimination. Milosevic déclara également que “tout crime doit être combattu avec détermination”.

Le tribunal déclara aussi que “Milosevic exprima également ses réserves sur une assemblée des serbes de Bosnie excluant les musulmans se déclarant pro-yougoslaves”.

Le tribunal TPIY continua en déclarant que “De 1990 à mi-1991, l’objectif politique de l’accusé Karadzic était la préservation de la Yougoslavie et d’empêcher la sécession de la Bosnie-Herzégovine, qui aurait pour résultat une séparation des serbes de Bosnie de la Serbie.”

C’est uniquement grâce aux recherches du journaliste Andy Wilcoxson, qui a découvert la décision du TPIY fin juillet , que le fait que Milosevic ait été innocenté a pu être connu, mais cependant les grands médias internationaux n’en parlent toujours pas.

Le dernier dirigeant socialiste de Yougoslavie fut démonisé et comparé sans cesse à Hitler par les grands médias pour justifier les sanctions des USA et de l’OTAN contre la Yougoslavie, la démanteler et y tuer
des milliers de gens.

Cette dernière révélation vient dix ans après la mort de Milosevic.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/milosevic-innocente-tribunal-penal-international-lex-yougoslavie-information-censuree-medias/


 

decodeurs

Réponse du Ministère de la Vérité:

Non, Slobodan Milosevic n’a pas été « blanchi » par le Tribunal pénal international

Une campagne révisionniste lancée au début du mois d’août affirme, à tort, que la justice aurait innocenté le dictateur de l’ex-Yougoslavie.

Slobodan Milosevic aurait-il été « blanchi » par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) ? L’affirmation a largement circulé sur Internet depuis le début du mois d’août, jusqu’à des sites d’information comme celui de La Dépêche du Midi, dix ans après la mort, en détention, de l’ancien dictateur, qui avait signé la fin de son procès pour les crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie des années 1990. Cette information est pourtant complètement fausse. Explications.

COMMENT LA THÉORIE EST NÉE

Tout est parti d’un article publié le 1er août sur le site Internet américain CounterPunch.org, épinglé à plusieurs reprises pour avoir véhiculé de fausses informations (il a par exemple pris un pseudo-discours de Hillary Clinton devant la banque Goldman Sachs pour un vrai en février).

L’auteur de l’article, Andy Wilcoxson, affirme tenir la preuve, passée sous silence par les médias, de l’exonération de Slobodan Milosevic par le TPIY. Il a pour cela étudié les 2 590 pages du jugement de Radovan Karadzic, l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie condamné à quarante ans de prison pour génocide le 24 mars.

Bien qu’il ne s’agisse pas de son procès, Slobodan Milosevic a son nom cité à des centaines de reprises dans le document, et l’article de CounterPunch.org a recensé des passages « favorables » à ce dernier. Le plus direct, extrait du paragraphe 3460 du jugement, dit ceci :

« La Chambre juge qu’il n’y a pas suffisamment de preuves dans ce dossier pour constater que Slobodan Milosevic avait donné son accord au plan commun qui visait à expulser définitivement les Musulmans et les Croates de Bosnie du territoire revendiqué par les Serbes de Bosnie. »

Cette présentation des faits a, depuis, été reprise par le site prorusse Russia Today, des sites d’extrême droite comme Breizh Info ou Egalité et Réconciliation et, plus surprenant, des sites d’information comme celui de La Dépêche du Midi. Des contributeurs de Wikipedia se sont même appuyés sur l’article du quotidien local pour ajouter l’« information » à la page de Slobodan Milosevic sur l’encyclopédie collaborative.

POURQUOI C’EST FAUX

Il suffit pourtant de se plonger dans le jugement pour comprendre qu’il s’agit en fait d’une présentation sélective des faits. Par exemple, si on lit le paragraphe 3460 du jugement dans son intégralité, on s’aperçoit que le texte incrimine également Slobodan Milosevic :

« La Chambre rappelle qu’il [Slobodan Milosevic] a partagé et approuvé l’objectif politique de l’accusé [Radovan Karadzic] et de l’état-major serbe de préserver la Yougoslavie et d’empêcher la séparation ou l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine et coopéré étroitement avec l’accusé pendant cette période. La Chambre rappelle également que Milosevic a fourni une assistance sous la forme de personnel, de provisions et d’armes aux Serbes de Bosnie pendant le conflit. »
[Incroyable! Le président de la Yougoslavie approuvait le principe politique de "préserver la Yougoslavie", ce qui démontre sa culpabilité! NdR]

Passer sous silence un tel préambule à « l’exonération » de Slobodan Milosevic en dit long sur la méthode employée par le site américain pour appuyer son argumentaire.

Le procès de Karadzic n’était pas celui de Milosevic

L’autre tour de passe-passe de cette théorie visant à nier les crimes de l’ancien dictateur, c’est d’essayer de présenter le jugement de Radovan Karadzic comme étant celui de Slobodan Milosevic. Le nom de ce dernier a beau apparaître à de nombreuses reprises dans le dossier, de par ses fonctions de l’époque, ce n’est jamais lui que le terme « accusé » désigne dans le jugement.

Sollicité par Le Monde, le TPIY est catégorique :

« Le Tribunal n’a fait aucune détermination de culpabilité à l’égard de Slobodan Milosevic dans son verdict à l’encontre de Radovan Karadzic. En effet, Slobodan Milosevic n’a pas été inculpé ou accusé dans l’affaire Karadzic. Le fait qu’une personne se trouve être, ou non, membre d’une entreprise criminelle commune dans une affaire dans laquelle elle n’a pas été accusée n’a pas d’impact sur son propre cas ou sa propre responsabilité pénale. »
« Aucune conséquence sur l’affaire distincte qui concerne Slobodan Milosevic. »

Ainsi, seule une sous-partie de dix des quelque 2 500 pages du document est directement consacrée à Milosevic, dans une sous-section destinée à mettre en perspective la part de l’accusé Radovan Karadzic avec celle des autres membres de « l’entreprise criminelle commune » qui a meurtri la Bosnie de 1992 à 1995. Difficile de prétendre qu’un si court extrait, majoritairement basé sur des conversations entre Slobodan Milosevic et Radovan Karadzic, suffirait à explorer la longue liste des crimes pour lesquelles l’ex-dictateur avait été inculpé.

Malgré ces faits, Andy Wilcoxson a écrit un deuxième article, publié le 9 août sur son site Slobodan-Milosevic.org, où il affirme que « les charges contre Milosevic et Karadzic sont inexorablement liées ». Preuve, selon lui, que les extraits du jugement du deuxième qu’il a repérés exonèrent bien le premier.

Là aussi, la réponse du TPIY est ferme : « Non. Le procès contre Radovan Karadzic était seulement le sien, et n’a donc aucune conséquence sur l’affaire distincte qui concerne Slobodan Milosevic. »

Le procès de l’ex-dictateur a été officiellement clos mardi 14 mars 2006, trois jours après sa mort. Les statuts du TPIY ne permettent en effet pas de tenir un procès en l’absence prolongée d’un accusé. « Nous exprimons nos regrets pour sa mort et nous regrettons également que son décès le prive lui, ainsi que les autres parties concernées, d’un jugement sur les charges qui lui étaient reprochées », avait déclaré le juge Patrick Robinson, après plus de quatre ans de procédure.

 http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/08/24/non-slobodan-milosevic-n-a-pas-ete-blanchi-par-le-tribunal-penal-international_4987414_4355770.html#12c2HY93TfBqlVbp.99

La version de "Boulevard Voltaire":
Milošević innocenté par le TPIY, cela n’intéresse pas nos médias !

Tous les jugements du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ne trouvent pas le même écho dans nos médias : celui qui condamne à perpétuité Ratko Mladić (ancien chef de l’armée des Serbes de Bosnie) pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide a fait l’objet d’une ample couverture ; en revanche, on chercherait en vain dans notre presse les gros titres faisant état de ce que le même tribunal (et dans le même jugement) innocente Slobodan Milošević (ancien président de Serbie) des mêmes crimes, dont les médias et la justice internationale l’ont pourtant accusé pendant vingt-cinq ans.

Le jugement Mladić, dans son quatrième volume, publié le 22 novembre 2017, stipule en toutes lettres que le TPIY n’a constaté « nulle preuve que Slobodan Milošević [sont cités aussi quelques autres accusés] ait de quelque façon contribué à la réalisation de l’entreprise criminelle [visant à faire de la République serbe de Bosnie une entité ethniquement pure]. » Il est à noter qu’il ne s’agit là que d’une confirmation, le tribunal ayant déjà formulé la même appréciation dans le jugement de Radovan Karadžić, condamné l’année précédente, innocentant Milošević une première fois (sans que cela intéresse davantage nos médias).

Est-ce à dire que, si le procès de Milošević n’avait pas été interrompu brutalement, il y a onze ans, par la mort de l’accusé, celui-ci aurait bénéficié d’un acquittement ou d’un non-lieu ? Peu probable car, à l’époque, Karadžić et Mladić étaient en fuite, et les commanditaires du TPIY avaient besoin à tout prix de la condamnation d’un bouc émissaire pour justifier leur appui aux sécessions de la Croatie, de la Slovénie, de la Bosnie et, enfin, du Kosovo, ainsi que l’embargo et le bombardement de l’OTAN sur la Serbie. Cependant, Milošević, qui assurait lui-même sa défense, le faisait tellement bien, en démontant pièce à pièce les absurdités de l’accusation, que le procès, de l’aveu général, tournait à la débâcle pour cette dernière. Le moins qu’on puisse dire, c’est que sa mort en cellule (d’une crise cardiaque qui aurait pu être évitée si on avait accédé à ses demandes d’hospitalisation) tombait opportunément. Le tribunal ne se trouvait plus devant le dilemme d’ou bien prononcer une lourde condamnation qui eût fait de lui un martyr, ou bien déclarer un non-lieu qui mettait à bas toute une stratégie politique fondée uniquement sur la diabolisation à outrance des dirigeants serbes.

On aurait pu penser que, pour nos médias, ce blanchissement posthume de leur « boucher des Balkans » serait un sujet d’étonnement digne de commentaire. C’est juste un non-événement. Il est vrai que le TPIY n’a pas donné beaucoup de publicité à sa mise hors de cause de Milošević. Le paragraphe en question se trouve dans la note 15357 d’un volume de 471 pages : seuls les spécialistes se sont donc donné la peine de le lire. Mais peut-on imaginer que, étant donné le caractère spectaculaire de la chose, lesdits spécialistes ne se soient pas empressés d’en informer les gens de presse ?

Émettre des doutes sur la culpabilité de Milosevic (notamment celle d’avoir ordonné le « génocide » de Srebrenica) a longtemps été qualifié de révisionnisme – et l’est encore ! – par des médias influents. Est-il permis, sans s’exposer au même anathème, de se demander si les certitudes infaillibles qui applaudissent à la condamnation de Mladic sont de la même eau que celles qui ont prévalu pendant 25 ans pour Milosevic ?

http://www.bvoltaire.fr/milosevic-innocente-tpiy-ninteresse-nos-medias/

 

samedi 30 décembre 2017

L’atlantisme : une passion française

TRIBUNE LIBRE

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 11-12-2017

TL US DE GAULLE UE

« L’OTAN est un faux-semblant. C’est une machine pour déguiser la mainmise de l’Amérique sur l’Europe. Grâce à l’OTAN, l’Europe est placée sous la dépendance des États-Unis sans en avoir l’air » déclarait le 13 février 1963 le général de Gaulle qui en connaissait un rayon sur nos meilleurs amis américains. Manifestement, les choses ont peu évolué dans notre Douce France. Au lieu de se tenir à distance respectable de cette institution avatar de la Guerre Froide comme l’avait fait le premier président de la Cinquième rompant avec la structure militaire intégrée de l’Alliance atlantique, ses successeurs n’ont eu de cesse que de reprendre une place pleine et entière à Evere et à Mons. Malheureusement, le rôle d’idiot utile n’est jamais payant auprès du grand frère américain, pas plus hier qu’aujourd’hui. La théorie de la servitude volontaire chère à Etienne de la Boétie n’a pas pris la moindre ride. Il est pathétique d’entendre déclamer par les servants de la liturgie des éléments de langage de l’OTAN les fadaises sur « l’alliance la plus durable de l’histoire ». Quelques précisions sémantiques s’imposent d’entrée de jeu pour mieux appréhender le concept d’atlantisme qui n’est pas neutre.

PRÉCISIONS SÉMANTIQUES

Avant toute chose de quoi parle-t-on concrètement dans un domaine où la confusion est souvent la règle ? D’un fort ancrage anglo-saxon de l’OTAN que l’on doit compléter par un questionnement sur la finalité de l’Alliance atlantique après la fin de la Guerre froide.

Un fort socle anglo-saxon de l’OTAN

Sur le plan de l’étymologie : le terme d’atlantisme est un dérivé d’atlantique, concept contenu dans l’appellation de l’ « Organisation du traité de l’Atlantique Nord » (OTAN sous son acronyme français et NATO en anglais). Le mot atlantique est issu du grec atlantikos, Atlantique. Il est un dérivé d’Atlas, du nom d’une chaîne de montagnes situées en Afrique du Nord. L’adjectif “atlantique” qualifie ce qui concerne l’Océan atlantique et les pays riverains. L’atlantisme désigne une politique extérieure caractérisée par le soutien apporté aux Etats-Unis, notamment dans le cadre de l’OTAN. Conceptualisé au début de la Guerre froide, l’atlantisme prône une étroite coopération entre les Etats-Unis, le Canada et les pays européens dans les domaines politique, militaire, économique et culturel. L’objectif avoué consiste, en principe, à assurer la sécurité des pays membres de l’OTAN (clause de solidarité de l’article 5 qui veut qu’une attaque contre l’un de ses membres est considérée comme une attaque contre tous) et de protéger les valeurs qui les unissent : démocratie, libertés individuelles et Etat de droit. L’atlantisme désigne aussi l’attitude politique, l’opinion, la doctrine de ceux qui font du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) la base de leur action extérieure et qui, au nom de ces principes, s’alignent de manière plus ou moins systématique, idéologique sur la politique extérieure des Etats-Unis qu’elle soit entièrement justifiée ou totalement infondée, ce qui arrive parfois.

Un questionnement sur la finalité de l’OTAN dans l’après-guerre froide

Depuis la fin de la Guerre froide, l’atlantisme est souvent dénoncé, dans les mouvements de gauche et altermondialistes de certains pays d’Europe, mais aussi chez ceux qui se revendiquent du gaullo-mitterrandisme, comme un soutien à la politique étrangère des États-Unis et à la défense d’une conception purement anglo-saxonne du libéralisme économique. Les préjugés envers l’atlantisme sont plutôt favorables au Royaume-Uni, en Pologne, dans les pays Baltes, et défavorables en France et en Allemagne. Un atlantiste est un partisan de l’atlantisme. L’adjectif atlantiste qualifie ce qui est relatif à l’atlantisme1. L’Atlantiste se revendique d’une vision occidentaliste et universaliste du monde consistant à prétendre se substituer aux autres peuples pour définir leurs intérêts, y compris par la force pour les plus récalcitrants d’entre eux (Cf. concept du Grand Moyen-Orient développé par George W. Bush après la guerre en Irak). On peut mesurer les effets négatifs d’une telle conception du monde à travers les expériences afghane, irakienne, libyenne. Cette approche atlantiste peut se résumer sommairement en un amour immodéré de l’OTAN2 complété par une haine viscérale de la Russie3.

Un retour en arrière sur l’immédiat après Seconde Guerre mondiale dans notre pays.

LA TENTATION OTANIENNE : UN MARQUEUR DE LA QUATRIÈME RÉPUBLIQUE

Durablement affaiblie sur la scène internationale après « l’étrange défaite » de 1940, la France de la Quatrième République n’a d’autre ressource que de se soumettre aux Diktats de Washington surtout à une époque où le péril soviétique est bien présent en Europe. La défaite de Dien Bien Phu ne redore pas le blason terni d’une France affaiblie politiquement, économiquement et diplomatiquement. En dépit des appels à l’aide lancés à l’Amérique pour l’aider à desserrer l’étau autour de la cuvette de la mort, Washington reste de marbre. Cela lui permettra de remplacer la France en Indochine. L’expédition franco-britannique de Suez est condamnée par les États-Unis. Les premières tentatives d’acquisition de l’arme atomique font l’objet de sévères mises en garde de Washington auquel l’OTAN emboîte le pas.

La France est accusée d’être un pays proliférateur et priée de cesser de jouer dans la cour des grands. La guerre d’Algérie vient ajouter un sujet de mécontentement américain à l’endroit de la « Grande Nation ». Mais, lorsqu’on est affaibli, il faut savoir faire bon cœur contre mauvaise fortune et se montrer un otanien discipliné et servile. Accepter sans coup férir les humiliations répétées, les Oukazes, les rabaissements… venus de Washington. Il faudra attendre le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958 pour que la donne change petit à petit… mais sûrement. Cela va décoiffer chez les esprits formés au moule de la servitude atlantiste.

Le retour du général de Gaulle aux affaires en 1958 constitue de ce point de vue une véritable rupture idéologique vis-à-vis de l’Amérique et de ses outils de domination, en particulier militaires.

LE CHOIX DE L’INDÉPENDANCE NATIONALE : LE DÉSIR DU GÉNÉRAL

Seul un retour à une économie forte et dynamique permet au premier président de la Cinquième République de gagner son indépendance militaire.

Le retour de l’autonomie économique

C’est que le général de Gaulle a quelques idées bien arrêtées sur la nature de la relation qu’il entend développer avec les États-Unis qui lui ont donné pas mal de fil à retordre pendant la Seconde Guerre mondiale et à la Libération de la France qui avait vocation à un régime de tutelle. La première de ses préoccupations consiste à rembourser toutes ses dettes aux Américains tout en mettant un terme au conflit algérien pour retrouver les mains libres. Allié fidèle en cas de coup dur, il le sera comme pendant les crises de Berlin et de Cuba. Aligné indéfectible en temps normal, il refusera de l’être choisissant la voie de l’indépendance nationale. Construire une Europe avec un moteur franco-allemand, renforcer le franc, contester la convertibilité du dollar, réclamer voix au chapitre dans les grandes décisions otaniennes… telles sont les grands axes de la politique étrangère du général de Gaulle. Contrairement à certains de ses éminents successeurs, il fait ce qu’il dit. Les actes suivent les paroles au grand dam de nos excellents amis américains très peu portés à la contradiction et au rejet de leur politique hégémonique, pour ne pas dire parfois, leur politique impériale.

Le choix de l’indépendance militaire

Qui dit indépendance économique, dit indépendance diplomatique (parler avec Moscou, établir des relations diplomatiques avec Pékin, critiquer la guerre du Vietnam lors du discours de Phnom Penh ; titiller Washington en Amérique latine et au Québec…) et indépendance militaire (parvenir au seuil nucléaire sans l’aide américaine et faire ses premiers essais nucléaires dès le début des années 1960 dans le Sahara). Toutes choses, on l’imagine, qui ne sont pas du meilleur goût pour nos alliés américains et pour toute la piétaille française grassement rémunérée pour lutter contre le terrorisme mais surtout pour cultiver un état de servitude volontaire vis-à-vis du tuteur américain.

N’ayant obtenu aucune réponse favorable à ses demandes de traitement identique à celui des Britanniques, le général de Gaulle en tire les conséquences : retrait de la structure militaire intégrée, départ de toutes les troupes américaines stationnées en France, déplacement du siège de l’OTAN de Paris à Bruxelles… Circulez, il n’y a rien à voir en France. Allez voir chez nos voisins belges ! Ils seront ravis de vous héberger à Bruxelles et à Mons pour aller vous préparer à faire la guerre… surtout après la fin de la Guerre froide. Le premier président de la V° République traite directement avec l’ours soviétique et avec Mao sans aller chercher ses instructions à la Maison Blanche.

En France, les vieux démons ont la vie dure. Chassez le naturel, il revient au galop. Sortie par la grande porte de l’histoire gaullienne, la pensée atlantiste revient par la petite fenêtre de l’histoire sarkozyste.

LE RETOUR AU BERCAIL OTANIEN : LE CHOIX DE NICOLAS SARKOZY

Après quelques hésitations des successeurs directs du général de Gaulle en termes de positionnement par rapport à l’OTAN, c’est l’un de ceux qui se prétendent ses héritiers qui pratiquera la transgression, la trahison.

Les héritiers du général

Les successeurs du général de Gaulle, avec des degrés différents, maintiennent le dogme gaullien tout en se montrant plus souple sur la forme. Georges Pompidou n’aura pas le temps matériel de s’affirmer mais fait le voyage aux États-Unis sous les lazzis. Valery Giscard d’Estaing apprécie ses rencontres avec ses homologues américains, flattant ainsi son ego démesuré. François Mitterrand veut se différencier de l’homme du coup d’état permanent tout en le caricaturant mais doit, au moins au début de son premier quinquennat, montrer pattes blanches en raison de la présence de ministres communistes dans son premier gouvernement. L’affaire Farewell lui permet de démontrer qu’il est un allié fiable dans la lutte contre les menées subversives de l’URSS.

Reconnaissons-lui le mérite d’avoir proposé la création d’une confédération européenne après la chute du mur de Berlin (rejetée avec vigueur par tous nos alliés) et d’avoir interpellé George Bush père lors du sommet de l’OTAN à Rome en 1992, lui rappelant que l’Alliance atlantique n’était pas la Sainte Alliance. Quant à Jacques Chirac, il s’opposera, certes, à la guerre en Irak de 2003 mais fera assaut d’amabilités auprès de Washington pour se faire pardonner sa déviance anti-atlantiste. Il en faudra de peu pour qu’il rejoigne la structure militaire intégrée de l’OTAN. Il y renoncera dans la mesure où les Américains ne lui proposeront pas un grand commandement.

« Sarko l’américain », le capitaine de pédalo et Jupiter

Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir en 2007 pour que « Sarko l’américain » brise le tabou en reprenant en 2009 le chemin perdu du Saint des Saints en se rangeant sous la coupe du Pentagone. Les Américains décident, les Français exécutent comme des idiots utiles. En échange, nous recevons un commandement à Norfolk en Virginie (SACT ou Commandement Suprême Allié de la Transformation). Tout est bien qui finit bien pour la France ! Le président de la République multiplie les attentions à l’endroit de ses interlocuteurs américains. Mais, contrairement à ce qu’il escomptait (ceci ne relevait-il pas de la vulgaire farce ?), les Américains et autres Britanniques ne font pas le moindre pas en direction de la politique européenne de sécurité et de défense.

L’argument est imparable en période de restrictions budgétaires, pourquoi faire mal au Berlaymont ce que l’on fait parfaitement à Evere ! C’est le règne du circulez, il n’y a rien à voir. Quant à François Hollande qui avait critiqué la décision de Nicolas Sarkozy alors qu’il était le chef de l’opposition, il n’y trouve rien à redire dès qu’il prend ses fonctions à l’Élysée. Il fait même rédiger un rapport par Hubert Védrine qui souligne les inconvénients d’un nouveau départ de la structure intégrée. Tout est bien qui finit bien. Jupiter écrase la main de Donald Trump mais essuie ses avanies successives (retrait de l’accord sur le climat, décertification de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, retrait de l’UNESCO au moment où une Française, Audrey Azoulay est désignée comme directrice générale Place Fontenoy…). Dans son discours sur la refondation de la Sorbonne, il se prononce pour une défense européenne en concertation avec l’OTAN, le membre de phrase qui tue. Ce qui signifie en clair que tout change pour que rien ne change ! La servitude volontaire a encore de beaux jours devant elle.

La voie est désormais libre pour tout ce que la France compte d’admirateurs de l’Amérique.

L’AMOUR DE L’AMÉRIQUE : LES NÉOCONS TIENNENT LE HAUT DU PAVÉ PARISIEN

L’américanisme touche d’abord une haute administration passée par le même moule de l’ENA qui est majoritairement néo-conservatrice.

Une haute administration passée par le même moule

Mais, il y a plus grave encore dans cette otanomania. Elle concerne toute la haute administration française (formée sur les bancs de l’ENA) qui constitue le meilleur ambassadeur des thèses néoconservatrices en France et dans les institutions internationales. Que nous dit le général Pierre Lorenzi sur le sujet : quand les hauts fonctionnaires civils trustent la quasi-totalité des directions du ministère de la défense (des armées) et des postes interministériels à vocation stratégique !

La qualité de l’administration civile française, la valeur de ses hauts fonctionnaires, issus pour un certain nombre de l’ENA et l’ouverture de la Défense à des savoir-faire originaux ne sont pas contestées. La Défense peut se sentir honorée de l’attrait de ces fonctionnaires civils pour la chose militaire. Mais cette tendance très nette à la substitution des personnels d’encadrement aboutissant peu à peu au monopole des personnels civils sur ces postes laisse perplexe quand on connait l’investissement de la Défense – et donc du contribuable français – dans la sélection et la formation permanente de ses officiers généraux. Aller chercher ailleurs ce dont la Défense dispose largement en son sein, à un moment où les contraintes budgétaires sont sans cesse rappelées, répond-il à un besoin effectif ?

Pour illustrer ces propos, observons la distribution des rôles dans l’appareil de sécurité et de défense français et les parcours universitaires et professionnels de leurs détenteurs : président de la République : inspecteur des finances ; Premier ministre : conseiller d’Etat ; ministre des Armées : conseillère d’Etat ; Secrétaire Général de la Défense et de la Sécurité Nationale : conseiller maître à la Cour des Comptes ; éphémère prédécesseur du ministre des Armées, directeur des Affaires financières au ministère de la Défense, directeur du Service Historique de la Défense, directeur des Relations Internationales et de la Stratégie au ministère des Armées, directeur de la DGSE, responsable national du contre-terrorisme, coordinateur du renseignement auprès du Président : tous diplômés de l’ENA !

Sans compter le nombre considérable de conseillers, membres et directeurs de cabinets de ces dirigeants, et la diminution considérable du nombre de militaires dans le pilotage des derniers Livres blancs de la Défense, dont l’extension à la sécurité constitue là encore un prétexte supplémentaire à la marginalisation des militaires. Plus largement, on peut s’étonner que le musée de l’air et de l’espace, à forte dimension militaire, ne soit plus dirigé par un officier général de l’armée de l’Air ou que la communication de la défense (DICOD) soit désormais pilotée exclusivement par des civils4.

Une haute administration majoritairement néo-conservatrice

Ce que l’on dit moins est que notre élite bienpensante pense (le terme est peu approprié), parle anglais, ne rêve que d’un monde unilingue et se nourrit au lait des « think tanks » d’Outre-Atlantique, du cinéma d’Hollywood, de la chanson anglo-saxonne, privilégie le « fast food » à la gastronomie française…. Elle se montre de plus en plus incapable de penser français de parler français. À Abidjan, le président de la République, Emmanuel Macron qui avait vanté la veille à Ouagadougou les vertus de la langue française et de la francophonie (il était accompagné de sa représentante personnelle pour la Francophonie, Leïla Slimani), n’hésite pas à évoquer une task force » (pour évoquer un groupe de travail ou une force opérationnelle) et « l’intelligence » (en parlant du renseignement).

En un mot, elle est néo-conservatrice, plus néo-conservatrice que les néo-conservateurs américains5. C’est la fable bien connue de l’élève qui dépasse le maître. Cette élite gagnerait à méditer le petit opuscule de Noam Chomsky intitulé « De la guerre comme politique étrangère des États-Unis »6. On reste confondu au spectacle d’une haute administration formée sur les bancs des meilleures écoles de la République, en particulier de l’ENA, qui succombe aux sirènes américaines sans mesurer les impasses auxquelles conduit la diplomatie (ou l’absence de diplomatie) d’une Amérique rongée par l’hubris alors même qu’elle perd de plus en plus son rôle de nation indispensable dans le monde. Pense-t-elle que la France serait une terre de mission américaine qui se grandirait en s’abaissant au rôle de valet de Washington ?7

Cette dérive néo-conservatrice préjudiciable aux intérêts bien compris de la France ne semble émouvoir que quelques esprits chagrins ! Comment parler sérieusement de « souveraineté européenne » comme le fait le président de la République, Emmanuel Macron lors de son discours de la Sorbonne tout en se mettant dans le même temps sous le parapluie américain de moins en moins fiable et de moins en moins crédible depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche (le président jugeant « obsolète » l’OTAN) ? Nous devenons plus otanien que les Américains alors que ces derniers deviennent moins otanien. Méfions-nous que notre atlantisme ne se transforme un jour en Atlantide, cette île mythique évoquée par Platon qui fut engloutie par les flots dans un cataclysme provoqué à l’instigation de Zeus, dieu grec que les Romains appelaient Jupiter… Telle serait la morale de cette passion française, qui dévore nos élites et qui a pour nom l’atlantisme.

Guillaume Berlat
11 décembre 2017

1 www.toupie.org/Dictionnaire/Atlantisme.htm
2 Jaap de Hoop Scheffer, « La Turquie pose un sérieux problème à l’OTAN », Le Monde, 24 octobre 2017, p. 22.
3 Gaidz Minassian, L’illusoire « soft power » russe, Le Monde, 24 octobre 2017, p. 22.
4 www.asafrance.fr/item:la-defense-pilotee-par-des-hauts-fonctionnaires-civils-libre-opinion-du-general-pierre-lorenzi.html , 20 octobre 2017.
5 Juliette Grange, Les néoconservateurs, Agora Pocket, 2017.
6 Noam Chomsky, De la guerre comme politique étrangère des États-Unis, Agone, 2017.
7 Jean-Michel Autran, La France, terre de mission américaine, Vendémiaire, 2017.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 11-12-2017

https://www.les-crises.fr/latlantisme-une-passion-francaise-par-guillaume-berlat/

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Commentaires intéressants sur le site:

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Texte d’intérêt national, digne d’être affiché en mairie, lu à l’école, envoyé par courrier à tous les citoyens.
Une seule critique. Au lieu de consacrer presque un paragraphe à l’étymologie “d’Atlantisme”, n’aurait-il pas été plus important de parler de l’UE comme autre relais de notre servitude volontaire? L’UE n’est t-elle pas un avatar de l’OTAN?
Notre situation est différente de celle du Royaume Uni. Sans la triple sortie, comment retrouver notre indépendance nationale? Comment écarter les néocons, les néolibs et les néosos (marcheurs)?
Jupiter est là pour finir le travail commencé sous Giscard.
D’où l’importance de notre langue, notre dernier donjon qui est lui aussi bien fissuré et je le constate même sur ce site hélas. La Francophonie, c’est notre “Commonwealth”. Sans elle, nous sommes finis.
Je ne veux pas faire d’excès de pessimisme en cette fin d’année mais le temps presse. Au rythme où ça va, dans 10 ans il sera peut-être trop tard.
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Absolument d’accord avec vous, Brigitte !
Le lien Otan-UE est évident ; le lien UE-disparition de la souveraineté nationale, plus encore; le lien langue maternelle-souveraineté aussi, même si peu le voient.
Et le tout est lié à l’existence réelle, ou non, d’une démocratie.
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Heureusement il y a des exceptions parmi les élites françaises, notamment cet énarque qui a créé un parti politique qui a l’ambition de sortir la France de l’OTAN.
De manière plus générale il y a eu de tout temps en France des élites qui étaient pour ce que Marie France Garaud avait fait dire à Chirac lors de l’appel de Cochin, à savoir le “parti de l’étranger”. Que ce soit notamment les émigrés de Coblence, les collabos de Vichy ou aujourd’hui les atlantistes. Mais on pourrait remonter bien plus loin dans l’histoire de France.
Ces gens ont toujours préféré être asservis que libres. Ils n’ont jamais accepté la Révolution Française et l’un de ses principaux résultats, le droit du peuple français à disposer de lui-même. Ce sont des gens qui considèrent que le peuple ne doit pas décider mais leur obéir. Et ils sont donc prêts à s’allier avec des ennemis de la France (Angleterre, Allemagne, EU…) plutôt que de voir la démocratie s’installer en France.
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jeudi 28 décembre 2017

UNE RÉVOLUTION SÉMANTIQUE : LE SURSAUT DE L’EUROPE

Les médias sont en manque de superlatifs pour caractériser cette dernière opération bruxelloise1. 23 États membres de l’Union européenne annoncent le 13 novembre 2017 leur accord sur une « coopération militaire renforcée ».

ACT UE DEFENSE US

Il s’agit des 27 sans l’Irlande (neutre), le Danemark (dispensé), le Portugal, Malte et le Royaume-Uni (pour cause de « Brexit »). Il s’agit d’un premier pas en direction d’une défense émancipée avec des projets d’équipement communs, des enveloppes militaires mutualisées et, à terme, peut-être si Dieu le veut, des déploiements de troupes conjoints. On nous explique également, qu’en période de fortes contraintes budgétaires, la dépense commune gagnerait en efficacité. La raison principale de ce coup de pouce donné à la défense européenne, tiendrait, selon la ministre allemande de la Défense (expédiant les affaires courantes), Ursula von der Leyen, aux foucades de Donald Trump, à son imprévisibilité, à son manque d’intérêt pour le machin otanien. Désormais, les Européens prendront leur destin militaire en main, en toute indépendance par rapport au grand frère américain2. La raison secondaire serait de se prémunir contre l’ours russe après son invasion de la Crimée mais aussi après toutes ses interventions intolérables dans les élections américaines, dans les référendums sur le « Brexit » et sur l’indépendance de la Catalogne. L’Europe se paierait de la sorte une assurance tout risque. Cette coopération renforcée pourrait déboucher sur la mise en place d’une plate-forme logistique opérationnelle, voire d’un quartier général pour les unités de combat de l’Union européenne. Plus raisonnablement, il s’agit de réaliser des économies d’échelle en termes de recherche et de développement et d’industrie de défense sur des projets concrets (50) alors que les budgets nationaux sont de plus en plus contraints3. La très charmante Federica Mogherini, Ersatz de ministre européenne des Affaires étrangères ne ménage pas sa peine en déclarant : « nous vivons un moment historique pour la défense européenne ». Un de plus, pourrait-on ajouter. Il nous semblait que, depuis le traité de Lisbonne (2009) qui célébrera bientôt son dixième anniversaire l’Union européenne disposait d’une politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Mais, nous avions dû rêver. Ceci n’était que de la posture !

UNE CONSTATATION OPÉRATIONNELLE : LA SURVIE DE L’OTAN

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, les exégètes de cet opus magnum se hâtent de préciser qu’il ne s’agit pas de créer une défense européenne ou de supplanter la sécurité collective organisée par l’OTAN. Face à la Russie, les observateurs avertis notent que les pays d’Europe orientale continuent d’afficher leur préférence pour la garantie de l’Alliance atlantique. Le projet est encore très éloigné de la vision française d’un petit groupe de pays rodés aux opérations militaires qui constituent le noyau dur et que les autres rejoindraient au fil du temps. Sans parler des projets à échéance de dix ans présentés par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne (26 septembre 2017) : force commune d’intervention, budget de défense commun et doctrine commune4. Tout ceci est renvoyé aux calendes grecques. Manifestement, les Européens restent encore, pour une durée indéterminée, sous tutelle de l’Oncle Sam. Les ministres de la Défense se réunissent régulièrement et collectivement à Evere pour pratiquer la liturgie otanienne et vont individuellement faire leurs dévotions au Pentagone. Cela ne changera pas encore malgré la grande décision du 13 novembre 2017. Au mieux, le « soft », c’est pour l’Europe, le « hard », c’est pour les Américains. Car, au-delà de la conception de la défense, un problème plus technique mais plus politique se pose à travers le concept d’interopérabilité. Pour être plus efficaces, parlons la même langue (l’anglais), achetons les mêmes matériels et les mêmes munitions (américaines), adoptons les mêmes manières de conduire la guerre (à l’américaine5)… Le Pentagone n’a aucune raison de voir les choses évoluer dans le sens d’une plus grande intégration militaire européenne au risque de perdre tous ses avantages industriels. La volonté européenne – si tant est qu’elle existe – se heurte à la réalité d’une Alliance dominatrice qui étend sa toile jusqu’aux confins russes. Au mieux, les États-Unis consentiraient à la mise en place d’une annexe européenne de l’OTAN (le fameux pilier européen qui n’a jamais existé) baptisée « défense européenne » pour tromper le gogo et augmenter la note payée par l’Union européenne (revendication chère à Donald Trump)6.

Avec la construction européenne, il n’y a souvent qu’un pas entre la réalité concrète que ressentent les citoyens et les chimères que chevauchent les dirigeants à coups de superbes photos de famille et de déclarations dithyrambiques. En un mot, il arrive régulièrement que l’on veuille nous faire prendre des vessies pour des lanternes en ces temps de « fake news » et autres informations bidon qui déferlent sur la toile mais aussi sur les médias « mainstream », sorte de Pravda des pays occidentaux (Cf. la vaste blague de l’adoption d’une liste des paradis fiscaux qui ne comporte pas les principaux pays concernés7). Quand on parle de « sécurité collective », qui reste du seul ressort de l’OTAN, de quoi parle-t-on en réalité ? De la vision coercitive de la sécurité collective (Cf. les guerres américaines en Afghanistan, en Irak, en Syrie…) ou de la vision coopérative de cette même sécurité collective, version gaullienne traditionnelle (Cf. le discours de Dominique de Villepin à l’ONU de 2003) ? La question est taboue. Reste à savoir si l’objectif des 23 est véritablement de défendre l’Europe ou, plus prosaïquement, de continuer ne variatur à défendre l’OTAN ?



1 Jean-Jacques Mével, 23 pays européens se lancent dans une coopération militaire inédite, Le Figaro, 14 novembre 2017, pp. 6-7.
2 Nicolas Baverez, Bilan de Trump : « China First », « America out », Le Figaro, 20 novembre 2017, p. 25.
3 La Cour des comptes bombarde la défense, Le Canard enchaîné, 29 novembre 2017, p. 2.
4 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
5 Jack Dion, Les victimes oubliées des bombardements en Irak et en Syrie, Marianne, 24-30 novembre 2017, p. 9.
6 Jack Dion, Le salut de l’OTAN, Marianne, 17-23 novembre 2017, p. 9.
7 Cécile Ducourtieux/Anne Michel, Bruxelles : la liste des paradis fiscaux déjà critiquée, Le Monde, 7 décembre 2017, p. 3.
Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 08-12-2017

https://www.les-crises.fr/defendre-leurope-ou-defendre-lotan-par-guillaume-berlat/

jeudi 21 décembre 2017

La preuve formelle que les dirigeants occidentaux et les États membres de l’OTAN ont toujours menti

Des documents déclassifiés démontrent que Mikhaïl Gorbatchev avait reçu l’assurance formelle que l’OTAN ne s’étendrait pas au delà de la frontière est-allemande de 1990. Nous avons maintenant la preuve formelle que les dirigeants occidentaux et les États membres de l’OTAN ont toujours menti.

ACT OTAN GORBATCHEV REAGAN

L’Otan a bel et bien promis à l’ex-URSS de ne pas s’étendre à l’Est. Cette affirmation ne vient pas des responsables russes qui n’ont pas cessé de le répéter à qui veut l’entendre, mais lce sont les chercheurs des prestigieuses archives nationales sur la sécurité aux États-Unis, basées à Washington, qui l’écrivent noir sur blanc dans leur dernier rapport du 12 décembre. Leur travail est le fruit de l’analyse de 30 documents déclassifiés, où ils ont découvert qu’effectivement, en 1990, les dirigeants occidentaux avaient fait une promesse au Président de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, une promesse qui n’a pas été tenue… L’Otan ne devait pas étendre son emprise vers les pays qui se trouvaient à l’Est du mur de Berlin, tombé un an plus tôt.

Dès le mois de février 1990, le secrétaire d’État de George Bush père, James Baker, assurait à son homologue soviétique Edouard Chevardnadze que la guerre froide ayant pris fin, l’Otan serait «moins une organisation militaire et beaucoup plus une entité politique». Il promettait également des «garanties gravées dans le marbre: ni la juridiction, ni les forces de l’Otan ne progresseront plus loin à l’Est».À son tour, le 10 février 1990, le chancelier allemand Helmut Kohl tenait un discours très similaire à Mikhaïl Gorbatchev:

«Il est de notre avis que l’Otan ne devrait pas étendre sa sphère d’influence. Nous devons trouver une solution raisonnable. Je comprends très bien les enjeux liés à la sécurité de l’Union soviétique et je réalise parfaitement que c’est à vous, monsieur le Secrétaire général [Gorbatchev, ndlr] et à votre gouvernement soviétique, qu’il incombera d’expliquer au peuple soviétique ce qui va lui arriver».

Le Président français, François Mitterrand, ira même plus loin en déclarant qu’il n’était pas favorable à l’entrée dans l’Otan de l’Allemagne réunifiée.Dès 1997, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie étaient invitées à rejoindre l’Otan et au total, 13 États européens en feront de même par la suite.

Les dirigeants de l’ancien bloc occidental et les États membres de l’Otan ont toujours nié qu’une telle promesse ait existé et, de fait, elle n’a jamais été consignée dans un quelconque traité.

Certains négociateurs présents à l’époque comme Robert Zoellick, avaient assuré qu’une erreur d’interprétation avait été commise par l’ancien bloc de l’Est à l’époque. L’ancien ambassadeur des États-Unis à Moscou, Michael McFaul, avait pour sa part taxé cette promesse de «mythe» dans une interview accordée en juin 2016 à site internet estonien.

Sputnik –  14.12.2017

Source: https://fr.sputniknews.com/international/201712141034341065-otan-urss-elargissement/

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vendredi 8 décembre 2017

Turquie-OTAN: le départ de la Turquie mènera à l’effondrement complet de l’Alliance

Article paru le 22 novembre 2017 sur Sputniknews sous le titre Turkey-NATO Row: Turkish Exit Will Lead to Complete Unravelling of Alliance

Les relations entre la Turquie et ses alliés de l’OTAN ont empiré cette semaine après que le président Erdogan ait conseillé au parlement de reconsidérer l’adhésion d’Ankara à l’alliance. Yunus Soner, vice-président du parti Vatan en Turquie, a déclaré à Spoutnik que le retrait de son pays de l’alliance occidentale est pratiquement inévitable.

ARG TURQUIE OTAN

Les retombées des scandaleuses manœuvres de l’OTAN en Norvège la semaine dernière, où le président turc Recep Tayyip Erdogan et le père fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Atatürk, ont été dessinés sur une « carte des ennemis »:

Lundi, Yalcin Topcu, un conseiller clé du président, a exhorté les législateurs à reconsidérer l’adhésion de la Turquie au bloc militaire.

S’adressant à Spoutnik Turquie, Yunus Soner, vice-président du parti nationaliste et kémaliste Vatan (parti patriotique), a déclaré que la question de la sortie de son pays de l’OTAN était attendue depuis longtemps et que « la Turquie a déjà entamé le processus ».

« Un exemple de ce fait est qu’Ankara s’est opposée au référendum organisé au Kurdistan irakien non pas dans le cadre de l’OTAN, mais en coordination générale avec la Russie, l’Iran et l’Irak, a expliqué le politicien. Un autre exemple du retrait de la Turquie de l’OTAN est sa politique syrienne, qui ne correspond pas à la stratégie de l’OTAN, mais qui est définie dans le processus de négociation avec la Russie, l’Iran et indirectement la Syrie. »

Un autre exemple, selon Soner, est le fait qu’au plus fort de la crise qatari, Ankara a rejeté les propositions américaines sur la formation d’une OTAN musulmane sunnite. En outre, a-t-il ajouté, la Turquie dispose déjà d’alternatives claires dans le domaine de la coopération en matière de défense, en particulier avec la Russie et la Chine.

« En résumé, malgré l’interaction continue entre la Turquie et l’OTAN dans les domaines militaire et technologique, la politique étrangère de la Turquie n’est plus déterminée par son appartenance à l’alliance, a souligné M. Soner. Par conséquent, la question de savoir si la Turquie peut se retirer de l’OTAN n’est plus tabou », a-t-il ajouté.

Selon le politicien, « le moment le plus important et le plus remarquable de ce processus de distanciation de l’OTAN est non seulement la poursuite d’une politique étrangère indépendante par Ankara, mais aussi son élimination des éléments de l’OTAN au sein des forces armées turques, quelque chose que les responsables américains ont reconnu à plusieurs reprises et avec beaucoup d’inquiétude ».

Quant à l’explication des responsables de l’OTAN selon laquelle l’objet du scandale pendant les exercices norvégiens étaient l’œuvre d’un mercenaire indépendant, et non d’un employé de l’OTAN, Soner a déclaré que cette question ne pouvait pas être simplement considérée comme une erreur technique. Au contraire, a-t-il suggéré, cela ressemble plus à une provocation directe de l’OTAN et des États-Unis, et un indicateur de l’écart croissant dans les relations entre Ankara et l’alliance. Le politicien a noté que dans la Turquie d’aujourd’hui peu de voix de soutien peuvent être entendues en faveur de l’adhésion du pays à l’alliance, et ceux qui le font ne peuvent pas fournir d’arguments de fond pour expliquer leur position. « Le climat politique en Turquie est aujourd’hui opposé à l’idée de coopération avec l’OTAN et les États-Unis », a-t-il déclaré.

Note du traducteur
Les revirements multiples de la politique Turque peuvent laisser penser que tout est possible, mais l’OTAN n’a plus de leadership assez fort pour imposer une discipline de fer pour permettre un retour au calme et sauver ce qui peut encore l’être de son point de vue. Trop d’intérêts contradictoires s’y affrontent, poussant la Turquie et sa puissante armée dans les bras eurasiatiques. Les arguments avancés par l’article font mal, très mal pour le camp du Bien.
http://arretsurinfo.ch/turquie-otan-le-depart-de-la-turquie-menera-a-leffondrement-complet-de-lalliance/

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jeudi 7 décembre 2017

Ce fut un jeu d’enfant pour les Etats-Unis de disloquer l’Etat multiethnique de Yougoslavie

Yougoslavia delenda est

Par Marc Jean | 30 novembre 2017

On se souvient de la phrase célèbre ‘‘Carthago delenda est » de Caton l’Ancien qui concluait chaque intervention devant le sénat romain par cette exhortation à détruire la ville rivale de Rome, Carthage. Il finit par obtenir gain de cause (1).

ARG YOUGOSLAVIE HISTOIRE

Mais l’opinion publique s’est-elle jamais interrogée sur les raisons de la destruction de la Yougoslavie dans les années 1991 à 2001 et de sa dislocation en plusieurs mini Etats ? Il est vrai qu’aucun journaliste n’a sérieusement examiné l’origine de ces guerres fratricides entre des communautés qui avaient vécu ensemble dans ce qui était alors la Fédération de la Yougoslavie. En France, les journalistes se sont contentés, pendant toute la durée de ces guerres, de présenter la surface des événements, en publiant des reportages sur quelques faits militaires comme le  »siège de Sarajevo », l’intervention de la Forpronu, le massacre de Srebrenica, le prétendu génocide du Kosovo, etc. Mais à qui peut-t-on faire croire que, soudain, des populations se sont entre-tuées dans une guerre civile effroyable, alors même qu’elles cohabitaient, apparemment sans difficultés, pendant de nombreuses années?

Pour prendre un exemple, imagine-t-on, soudainement, en France, une guerre civile mettre aux prises, les Alsaciens contre les Lorrains, les Francs-Comtois contre les Auvergnats, les Bretons contre les Normands, ou les Catalans contre les Occitans ?

Aucun journaliste français hormis Jacques Merlino – n’a essayé d’analyser un tant soit peu les raisons cachées de cette destruction de la Yougoslavie. Aucun média n’a voulu (ou pu) révéler la vérité sur les acteurs et les buts secrets de ces événements. Il était plus facile et plus racoleur de les présenter comme une lutte entre des « gentils » opprimés et faibles – les Bosniaques, les Croates, les Kosovars -, et des « méchants » Serbes. Comme dans un jeu de guignols mettant aux prises un méchant et un gentil, avec les applaudissements à la chute du méchant.

Dans son livre(3), Daniele Ganser nous révèle les dessous des cartes sur cette guerre intestine au bilan effroyable (150 000 victimes et 4 millions de déplacés). Nous invitons nos lecteurs à découvrir cet excellent ouvrage, bien entendu ignoré par les médias dominants.

L’extension continue de l’empire US

Nous avions démontré, dans un précédent article(4), comment l’Otan, (c’est à dire les Etats-Unis), au mépris de toutes les promesses antérieures, avait progressivement absorbé un certain nombres de pays de l’ancien Pacte de Varsovie. La Yougoslavie n’était pas membre de ce pacte de Varsovie. Aujourd’hui la Croatie, la Slovénie et le Monténégro sont membres de l’Otan. Le Kosovo, quant à lui, abrite la plus vaste base militaire américaine dans la région, le camp Bondsteel, installé dès la fin de la campagne de bombardement sur la Serbie en 1999. Le lieutenant-colonel Jacques Hogard en avait témoigné(5).

Un ancien agent de la CIA, Robert Baer, présente une version toute autre de ces événements tragiques(6). Il explique, dans des « aveux » que les Etats-Unis ont volontairement exacerbé et instrumentalisé les rivalités historiques entre les différentes communautés composant la Yougoslavie. Robert Baer entra à la CIA en 1976 à l’âge de 24 ans qu’il quitta en 1997. Depuis il donne des conférences et écrit des livres pour informer le public sur les aspects souvent occultés de la politique étrangère américaine(7).

Diviser pour régner 

Ce fut un jeu d’enfant pour les Etats-Unis de disloquer l’Etat multi-ethnique de Yougoslavie car il existait des rivalités et des tensions historiques sous-jacentes entre les différents groupes ethniques. Il suffit de rappeler à cet égard les atrocités commises par les croates oustachis(8) et les bosniaques musulmans, alliés aux Allemands, envers la population serbe pendant la deuxième guerre mondiale.

Après la chute du mur de Berlin, et la réunification de l’Allemagne, le 3 octobre 1990, l’Europe semblait enfin, après les années de guerre froide, entrer dans une période de paix. Ce fut alors qu’éclata le conflit en Yougoslavie. Ce que l’opinion publique ignore, c’est que le 5 novembre 1990, le Congrès des Etats-Unis adopta une loi sur l’octroi de moyens financiers à l’étranger (Foreign Operations Appropriations Law 101-513) décidant que tout soutien financier à la  Yougoslavie serait suspendu dans les six mois et que tous les crédits et emprunts seraient annulés(9). De plus, cette loi, totalement occultée par nos médias, exigeait que des élections soient conduites SÉPARÉMENT dans chacune des six républiques yougoslaves. Les résultats du scrutin devaient ensuite être présentés à Washington. Ce n’était qu’une fois cette condition remplie qu’on accepterait d’octroyer une aide financière séparée aux différentes républiques.

Nous sommes là en présence d’une ingérence grossière dans les affaires intérieures d’un pays souverain. Un coup de force parfaitement calculé aux conséquences prévisibles, et d’ailleurs parfaitement prévues par les donneurs d’ordre américains.

D’ailleurs déjà le 27 novembre 1990, le New York Times citait un rapport de la CIA prédisant qu’une guerre civile éclaterait en Yougoslavie.(10) [mais c ‘était le  but poursuivi par les initiateurs de ces initiatives]

La discorde s’installa rapidement, car le pays ne pouvait plus rembourser ses dettes. Les républiques riches, comme la Slovénie et la Croatie, réclamaient une plus grande part du gâteau, arguant que c’étaient-elles qui créaient le plus de valeur, les autres entités quant à elles exigeaient plus de moyens financiers, argumentant qu’un rééquilibrage entre les régions était le garant de la cohésion de l’ensemble. L’exemple des velléités de sécession de la Catalogne pour des motifs similaires illustre parfaitement ce phénomène. Sauf qu’en Yougoslavie, les républiques de Croatie et de Slovénie déclarèrent simultanément leur indépendance le 25 juin 1991. Curieusement l’Union européenne, si prompte aujourd’hui à condamner la Catalogne, n’avait pas réagi. Sans doute, ses dirigeants étaient-ils dans le secret de ce qui se tramait et avaient-ils reçu des instructions de leurs mentors états-uniens.

Le complot réussissait au-delà de toute espérance. Les vrais criminels sont ceux qui allumèrent la mèche. L’explosion de la Yougoslavie était engagée…

Le début de la guerre civile

La Serbie envoya la troupe en Slovénie mais la guerre fut de faible intensité, car Belgrade n’y tenait pas vraiment. Par contre, la Croatie se déchira rapidement entre les Croates catholiques et la minorité serbe orthodoxe. Franjo Tudjman, élu Président par les Croates après la déclaration d’indépendance s’empressa de jeter de l’huile sur le feu, en incitant à la division. En octobre 1991, suivit la déclaration d’indépendance de la Bosnie-Herzégovine. La guerre de Bosnie éclata le 7 avril 1992. Les Etats-Unis soutinrent la sécession de cette république en reconnaissant l’indépendance du jeune Etat, suivis par l’Union Européenne, qui fit preuve d’un aventurisme imprudent. A cette occasion, elle démontra encore une fois qu’elle n’était qu’une vassale de l’Empire US. La guerre civile en Bosnie-Herzégovine fut particulièrement atroce. Des combattants musulmans qui avaient combattu dans les années 1980 en Afghanistan, avec le soutien de la CIA, furent envoyés en Bosnie et commirent des exactions envers la population serbe. L’ambassadeur yougoslave Dragomir Djokic transmit le 19 février 1993 au Conseil de sécurité des documents qui énuméraient des villages serbes détruits par les Bosniaques musulmans, mais sans résultat [ces faits nous rappellent les nombreuses notes adressées par la Syrie au Conseil de sécurité concernant les exactions des miliciens des groupes islamistes pendant la guerre en Syrie, toutes restées sans réponse…].

On ne retracera pas tous les épisodes de cette sale guerre, où tous les coups étaient permis. De prétendus  »massacres » servirent de prétextes pour permettre à l’OTAN, de bombarder les Serbes. Je renvoie à mon article sur les attentats sous faux drapeaux(11).

La Serbie n’était pas de taille à résister militairement et par ailleurs, elle perdit rapidement la guerre de la communication. Des officines au service des Etats-Unis diffusèrent dans les médias de fausses informations pour  »diaboliser » les Serbes. Pendant la guerre civile bosno-serbe, le dirigeant bosniaque Iztbegovic chargea une société de lobbying américaine, PRRuder Finn, de convaincre l’opinion américaine du bienfondé de sa cause. La plupart des citoyens américains confondaient la Bosnie avec quelque lointain pays africain…

Le 23 juin 1992, le gouvernement d’Izetbegovic ratifia un contrat avec la société de relations publiques PRRuder Finn pour mettre en œuvre un lobbying auprès des médias américains, britanniques et français ; mais aussi en direction des membres du Congrès et de personnalités influentes, comme Al Gore, Margaret Thatcher…ainsi que 17 sénateurs américains. Ruder Finn allait ainsi fournir les médias de l’establishment – tels le New York Times, le Washington Post, USA Today, le Wall Street Journal – en articles décrivant les Serbes comme les « nouveaux nazis »

Aujourd’hui les vrais responsables de cette décennie d’effroyables tueries en ex-Yougoslavie coulent des jours paisibles dans leur retraite. Seuls les exécutants sur le terrain ont été livrés au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, principalement d’ailleurs des Serbes et quelques Croates. Le Tribunal de la Haye a clos sa dernière session sur le suicide du général croate Slobodan Praljak filmé en direct(12).

Mais laissons Robert Baer conclure par ce conseil aux Serbes, Croates et Albanais :  »Oubliez le passé, car c’était une mise en scène, il était faux. On vous a tout simplement manipulé pour attendre ce qu’on voulait. Je voudrais sincèrement m’excuser auprès de vous. C’est la raison pour laquelle je fais des recherches depuis un certain temps et que j’écris des livres pour révéler les secrets de la CIA et de la Maison-Blanche » (13).

MARC Jean | 30 novembre 2017

(1)http://latogeetleglaive.blogspot.fr/2012/09/carthago-delenda-est-les-guerres.html

(2)https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerres_de_Yougoslavie

(3) Daniele Ganser: La plupart des guerres menées par des membres de l’OTAN commencent par des mensonges

(4) http://arretsurinfo.ch/les-mensonges-des-etats-unis/

(5) L’Europe est morte à Pristina. Jacques Hogard. Editions Hugo, 2014

(6) Schuldbekenntnis eines CIA-Agenten : Man gab uns Millionen für die Zerstückelung Jugoslawiens[Les aveux d’un agent de la CIA : on nous a donnés des millions pour le démembrement de la Yougoslavie ! ],Info-Direkt, 2 janvier 2016, (cité dans Les Guerres illégales de l’OTAN,Daniele Ganser p.185)

(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Baer

(8https://fr.wikipedia.org/wiki/Oustachis

(9) Daniele Ganser, Les guerres illégales de l’OTAN, p.187

(10)Mansur Kahn : Die geheime Geschichte der amerikanischen Kriege . Verschwörung und Krieg in der US-Aussenpolitik [L’Histoire secrète des guerres américaines.Complot et guerre dans la politique étrangère des USA], Grabert, 1998,p.453 ( cité dans Les Guerres illégales de l’OTAN Daniele Ganser p.187)

(11) http://arretsurinfo.ch/les-faux-attentats-font-toujours-recette/

(12) http://arretsurinfo.ch/quand-la-yougoslavie-demembree-se-reunifie-dans-les-supplices/

(13) Schuldbekenntnis eines CIA-Agenten :Man gab uns Millionen für die Zerstückelung Jugoslawiens [Les aveux d’un agent de la CIA : on nous a donnés des millions pour le démembrement de la Yougoslavie] ,Info-Direkt, 2 janvier 2016,( cité dans Les Guerres illégales de l’OTAN, Daniele Ganser p.186)

Source: http://arretsurinfo.ch/ce-fut-un-jeu-denfant-pour-les-etats-unis-de-disloquer-letat-multiethnique-de-yougoslavie/

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mardi 5 décembre 2017

Chroniques de l’impérialisme : le nouveau livre de Bruno Guigue est paru [éditions Delga]

Comme si une bonne fée s’employait, magnanime, à faire coïncider sa morale et ses intérêts, le prétendu monde libre revêt ses
ambitions matérielles des oripeaux de la justice et du droit.

PUB BRUNO GUIGUE IMPERIALISME

C’est ainsi qu’il pratique le bombardement de pays étrangers à des fins « démocratiques», mais de préférence dans les contrées riches en hydrocarbures ou en ressources minières. Conjuguant la foi du charbonnier et la rapacité du capitaliste, il agit comme s’il pouvait convertir sa puissance économique en privilège moral. Le reste du monde n’est pas dupe, mais finalement peu importe. « Le monde libre » a toujours raison car il est du côté du Bien, et il ne risque pas la contradiction aussi longtemps qu’il est le plus fort — c’est du moins ce qu’il croit. La barbarie congénitale qu’il attribue aux autres est l’envers de son monopole autoproclamé de la civilisation. Auréolé du sacro-saint « droit d’ingérence », ce mariage réussi du sac de sable façon GI’s et du sac de riz façon Kouchner, l’Occident vassalisé par Washington s’imagine sans doute qu’il sauve le monde en le soumettant à l’impitoyable razzia exigée par les vautours de la finance et les multinationales de l’armement.

 

Prix public 20 euros
Référence 978-2-37607-129-7

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/chroniques-de-limperialisme-nouveau-livre-de-bruno-guige-paru-editions-delga/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

Normalien et énarque, chroniqueur en géopolitique, Bruno Guigue est un intellectuel progressiste et anti-impérialiste. En 2008, il a été exclu de la haute fonction publique pour avoir publiquement dénoncé les exactions de l’armée israélienne. Auteur de cinq ouvrages et de nombreux articles traduits en huit langues, il enseigne la philosophie et les relations internationales.

http://editionsdelga.fr/portfolio/bruno-guigue/

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