vendredi 15 décembre 2017

.(RussEurope en exil) Culture nationale, souveraineté et médiations

S’est tenue à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro cette semaine (de mardi à jeudi) une importante conférence sur la signification de l’année 1917.

TL URSS 2

Elle a été consacrée à traiter de la question « un autre socialisme est-il possible? ». Cette conférence, organisée par un groupe d’universités brésiliennes, réunissait des intervenants venant tant de l’Amérique Latine que du reste du monde (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis) [pas très étendu, le monde!!! NdR]. La tenue de cette conférence, qui aurait sans doute été impossible aujourd’hui en Europe où s’abat une chape de conformisme, comme l’a fait remarquer un intervenant britannique, est la preuve de la vitalité intellectuelle de l’Amérique Latine.

(...)

La question de la spécificité nationale

Ces présentations, mais aussi les débats qu’elles ont suscités, ont donc mis en évidence non seulement des différences de sensibilité (ce qui est parfaitement normal dans une conférence de cette nature) mais aussi, et ceci est peut-être plus important, des différences de perspectives qui s’enracinent dans les spécificités nationales, dans les cultures politiques et les expériences des différents pays. Ainsi, l’un des intervenants britanniques, a montré l’importance du BREXIT dans la lutte anti-hégémonique, mais aussi la lutte féroce pour le contrôle sur la classe ouvrière et les classes populaires que se livrent d’un côté Boris Johnson et Nigel Farage et de l’autre Jeremy Corbyn, lui même en rupture avec la doxa traditionnelle du parti travailliste. Ce point mérite ici une explicitation.

Un certain nombre d’intervenants (en particuliers les collègues brésiliens) ont insisté sur la « nature globale » du capitalisme et de la société capitaliste. Mais, les débats auxquels ont donné naissance leurs interventions ont montré qu’au-delà des différences politiques il y avait des incompréhensions naissant de la différence des cultures politiques. Les mots n’ont pas le même sens dans ces différentes cultures. Or, ces cultures politiques reflètent les différences dans l’histoire institutionnelle des différends Etats, c’est à dire, en fin de compte les différents chemins historiques pris par ces Etats. Cela fut sensible non seulement dans le rapport au phénomène soviétique (avec une différence nette entre collègues européens et collègues des deux Amériques), mais aussi dans le rapport aux structures de l’Etat ou dans l’interprétation des évolutions particulières du capitalisme. Non que l’on ne puis se comprendre. Et un important travail de « traduction » (au-delà de la traduction du portugais-brésilien à l’anglais) a été fait, permettant aux discussions d’être fructueuses. Mais, les différences souvent se sot muées en divergences. On peut constater que les ordres de priorités diffèrent, ce qui pouvait être prévu, mais aussi, et ceci est essentiel, que la formulation de ces priorités diffère, parfois de manière marginale mais parfois aussi de manière très sensible, d’une culture politique à l’autre. Il convient alors de revenir sur cette notion de culture politique nationale mais aussi sur la notion de médiation qui découle de ces différences.

L’importance de la notion de médiation

Ainsi, avons nous eu une démonstration de la pertinence de la notion de spécificité nationale. Reconnaître cette spécificité ne conduit nullement à tomber dans le piège de l’hypothèse saturante du « génie national » des peuples. Par contre, elle invite à prendre au sérieux la notion de culture politique nationale, une culture politique qui nait des luttes passées et des institutions auxquelles elles ont donné naissance, mais aussi une culture politique qui permet de comprendre pourquoi les formes spécifiques prises par les luttes sont elles-mêmes aussi différentes.

Cette spécificité des cultures politiques nationales conduit à penser l’internationalisme dans son sens initial – un mouvement qui unit des Nations différentes – mais conduit aussi à rejeter sa lecture actuelle qui tend à le présenter comme un a-nationalisme qui serait fondé sur une « nature » unique des êtres humains. Il convient donc de penser constamment les médiations par lesquelles des unités de lutte peuvent se constituer entre des cultures politiques nationales différentes mais aussi de refuser l’utopie dangereuse que ces médiations ne seraient pas nécessaires car le « capitalisme » aurait une telle transcendance qu’il rendrait « évident » et impératif (au sens de l’impératif catégorique kantien) l’existence de cet a-nationalisme.

La question des médiations apparaît alors comme l’autre face de la question de la souveraineté. Car,i le développement initial des luttes se fait toujours dans le cadre national, que ce cadre soit celui des représentations induites par la culture politique nationale ou que ce cadre soit directement celui des institutions nationales particulières. Mais, ce développement des luttes pose alors le problème de la coordination avec d’autres luttes, menées dans d’autres cadres nationaux. Et ce problème ne saurait être résolu sans que ne soient inventées des formes de médiations assurant la traduction des idées et des concepts d’une société à une autre.

Jacques Sapir

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-culture-nationale-souverainete-et-mediations/

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Un commentaire trouvé sur le site d'Olivier Berruyer:

La question nationale, c’est la question de la démocratie.
Même avec les meilleures intentions du monde, les socialismes ne peuvent pas faire l’impasse sur les conditions réelles d’exercice de la démocratie : la souveraineté populaire qui s’exprime à travers des lois communes pour tous s’exerce nécessairement sur un territoire donné et limité. En outre ce territoire doit être à échelle humaine, correspondre à des réalités culturelles et civilisationnelles, au risque sinon de dissoudre l’humain dans un ensemble inhumain.  

P.G.

mardi 14 novembre 2017

En une semaine, six policiers et deux gendarmes ont mis fin à leurs jours

C’était une figure connue de la police et de la sécurité dans le sport. L’ancien chef de la division nationale de lutte contre le hooliganisme, Antoine Boutonnet, a mis fin à ses jours dans les locaux de la direction générale de la gendarmerie nationale, dimanche 12 novembre, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Ce commissaire de police avait rejoint la gendarmerie en mars. D’après les informations que Le Monde a pu recueillir, il a utilisé une arme à feu pour se suicider.

ACT POLICE

Son décès a poussé le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, à s’exprimer dimanche soir : « Au cours de la semaine qui s’achève, cinq fonctionnaires de police et un militaire de la gendarmerie nationale ont volontairement mis fin à leurs jours, a-t-il fait savoir dans un communiqué. Ces suicides portent à 44 le nombre de policiers et à 16 le nombre de gendarmes qui se sont donné la mort depuis le début de l’année 2017. » Le suicide d’une policière de la région de Perpignan, plus tard dans la soirée, est venu aggraver le bilan.

M. Collomb a demandé aux patrons de la police et de la gendarmerie de lui présenter « une évaluation des mesures mises en œuvre pour prévenir les suicides ». A son tour, le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé lundi 13 novembre que M. Collomb allait recevoir « l’ensemble des organisations représentatives ».

Le suicide au sein de la police et de la gendarmerie est un sujet récurrent de préoccupation. Pour cause : il est surreprésenté dans la profession. Une étude épidémiologique de 2010, réalisée par l’Inserm et portant sur les suicides dans la police de 2005 à 2009, avait révélé que le risque de suicide dans la police était supérieur de 36 % par rapport au reste de la population.

Depuis dix ans, un peu moins de 27 gendarmes se suicident chaque année, sur une population d’environ 100 000 militaires. Au sein de la police, qui compte 150 000 agents, en moyenne 42 fonctionnaires se suicident chaque année. Les chiffres fluctuent d’une année sur l’autre : il y a eu 55 suicides de policiers en 2014, 44 en 2015 et 36 en 2016. Compte tenu des derniers chiffres connus, 2017 sera une année noire pour la police.

« Le sujet est complexe »

Les raisons structurelles de ce phénomène sont pourtant peu documentées, que ce soit par l’institution ou par la recherche. Interrogé sur le sujet en 2013, à travers une question au gouvernement, le ministre de l’intérieur, à l’époque Manuel Valls, avait déclaré : « Il est établi que les causes sont majoritairement d’ordre privé », en ajoutant toutefois que « la difficulté du métier de policier ne peut être niée dans les facteurs déclenchant le passage à l’acte ».

« Le sujet est complexe, corrobore une source au sein de la police. On a souvent des gens qui sont en situation de maladie, dans un contexte de séparation ou qui ont subi le décès d’un proche… On est rarement dans des cas d’imputabilité directe au travail, même si on ne peut pas l’exclure. » Les facteurs de risque sont potentiellement nombreux : possession d’une arme individuelle, stress au travail, phénomène de fatigue lié aux horaires atypiques et aux heures supplémentaires, éloignement des familles du fait du système de mutation, confrontation régulière à la mort et à la violence…

Lorsqu’il était ministre de l’intérieur, en 2014, Bernard Cazeneuve avait mis en place un baromètre social, un questionnaire annuel diffusé largement parmi les effectifs afin de « prendre le pouls des troupes pour comprendre le malaise policier et révéler d’éventuels risques psychosociaux ». Une mesure bien accueillie, mais pas suffisamment suivie d’effets, pour Unité-SGP Police FO, deuxième syndicat de gardiens de la paix. « Nos services de ressources sont déficients, dénonce son secrétaire général, Yves Lefebvre. Il faudrait arrêter la politique du chiffre mise en place par Nicolas Sarkozy, cesser le management infantilisant, permettre aux policiers d’avoir une vie de famille… Aujourd’hui, environ 50 000 policiers n’ont qu’un week-end de libre toutes les six semaines. A ce rythme, ils n’ont plus la capacité de se ressourcer. »

« Le malaise est ancré au plus profond »

Une négociation est actuellement en cours sur l’application au sein de l’institution d’une directive européenne encadrant le temps d’activité et de repos. Elle fixe notamment un repos minimal de onze heures consécutives par tranches de vingt-quatre heures et une durée hebdomadaire maximale de travail de quarante-huit heures. [1]

« Les cas de dérogations exceptionnelles deviennent peu à peu des pratiques coutumières », dénonçait l’UNSA Police, troisième syndicat de gardiens de la paix, dans un courrier transmis au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du réseau police nationale, le 10 novembre. Le syndicat attirait l’attention sur « le malaise ancré au plus profond de notre institution et le mal-être généralisé qui en découle ». Il évoquait certaines problématiques, comme la mauvaise prise en charge de l’« intempérance alcoolique » ou encore des « pathologie(s) mentale(s) ».

Dans un cas sur deux environ, les policiers ou gendarmes qui mettent fin à leurs jours le font au moyen d’une arme à feu, le plus souvent leur arme de service. Le passage à l’acte a majoritairement lieu en dehors du lieu de travail. [2]

 http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/11/12/collomb-veut-renforcer-les-mesures-de-prevention-du-suicide-chez-les-forces-de-l-ordre_5213854_1653578.html#KEJKeVYobsP6tb0L.99

BASE 14 995X225[1] Un petit coup de propagande UE au passage: la France maltraite ses policiers, l'UE tente d'imposer des normes plus raisonnables...

[2] Le reste de l'article se veut neutre et objectif: on ne sait pas trop si ces suicides sont une affaire privée(des "déséquilibrés mentaux" plus ou moins alcooliques!) ou structurelle. Bien des raisons du passage à l'acte ne sont pas mises en avant: la montée des incivilités et des violences dans la société et la perte progressive de tout esprit civique, le recul des figures d'autorité, à commencer bien sûr par l'autorité de l'Etat, la non application des décisions de justice, les injonctions contradictoires d'un management choisi sur sa docilité idéologique plutôt que sur ses compétences réelles, la suspicion systématique envers les personnels qui paralyse toute action efficace, la lâcheté d'une hiérarchie plus prompte à "ouvrir le parapluie" en cas de pépin que de traiter les problèmes de fond, etc.

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Symboles européens: Macron finit le boulot...

Jean-Luc Mélenchon a eu le courage – que n’avaient pas eu avant lui, notons-le, les députés du PCF – de contester la présence du prétendu drapeau européen dans l’enceinte de l’Assemblée soi-disant NATIONALE, même s'il a reculé depuis en en réclamant... un autre avec plus d'étoiles! L'article qui suit nous explique comment les symboles européens rejetés par les Français en 2005 sont désormais officiels en France...en toute illégitimité démocratique, par simple "fait du Prince".    P.G.


Tout se tient… Et à travers l’étude de nos propres symboles et de ceux de l’Union européenne, par rapport à l’initiative épidermique de notre Président, je ne pouvais pas ne pas aborder le problème de la souveraineté du peuple qui est aussi celui de la démocratie à laquelle nous sommes les uns et les autres attachés (...)

ARG MELUCH DRAPEAUX

En effet, pour mieux imposer le drapeau européen au sein de l’Assemblée nationale, notre Président a cru devoir prendre, le 17 octobre 2017, une initiative discutable et regrettable en reconnaissant les symboles européens contre la volonté du peuple français qui s’était manifestée le 29 mai 2005 par le rejet du Traité constitutionnel européen qui nous proposait de tels symboles.

A priori cette décision pourrait sembler anodine mais elle marque davantage, de la part de nos gouvernants actuels, leur volonté de placer la France dans une situation d’allégeance vis-à-vis de l’Union européenne en mettant les symboles européens sur le même pied d’égalité que les symboles français qui, chargés de sens, sont le fruit de notre longue histoire nationale.

L’amendement, déposé par les dix-sept députés LFI, prévoyait que « seuls peuvent être présents dans l’hémicycle le drapeau tricolore (…) et le drapeau de l’Organisation des nations unies » au motif que « la France n’est pleinement en phase avec son projet politique historique d’indépendantisme et de promotion de la paix que si elle dépasse tout ancrage régional et zonal » (amendement rejeté par la Commission des lois le 4 octobre 2017).

Or voici que dans un courrier adressé le 17 octobre 2017 au président du Conseil européen Donald TUSK, le Président MACRON reconnaît le drapeau bleu aux 12 étoiles ainsi que les autres symboles de l’UE en joignant la France à la Déclaration N° 52 signée par 16 Etats membres de l’UE reconnaissant les symboles européens.

“C’est un geste avant tout symbolique et politique”, explique l’Élysée.

“La France confirme ainsi son attachement aux symboles européens. »

Le fait que cela soit un geste symbolique, cela va de soi et on l’avait compris…

Mais que ce geste engage la France dans son attachement aux « symboles européens », cela est beaucoup plus discutable car le Président ne possède que des pouvoirs qui lui sont délégués par notre texte constitutionnel et devant s’exprimer selon certaines formes. Or il affirme ici ses propres convictions européennes et il n’est pas sûr, ce faisant, qu’il représente ainsi l’opinion des Français qui s’était d’ailleurs déjà exprimée régulièrement (par référendum) et négativement sur le sujet le 29 mai 2005

Cette décision du Président avait été annoncée le 10 octobre 2017 à l’occasion d’un débat sur l’Europe à Francfort (Allemagne). Le courrier d’Emmanuel Macron, dont le contenu n’a pas été rendu public par l’Élysée, porte sur l’acceptation de la Déclaration 52 du Traité de Lisbonne, qui stipule que “le drapeau représentant un cercle de douze étoiles d’or sur fond bleu, l’hymne tiré de L’Ode à la joie de la Neuvième symphonie de Beethoven, la devise “Unie dans la diversité”, l’euro en tant que monnaie de l’UE et la Journée de l’Europe le 9 mai continueront d’être les symboles de l’appartenance commune des citoyens à l’UE et de leur lien avec celle-ci”.

Rappelons que cette Déclaration N°52 ne fait pas corps avec le Traité de Lisbonne lui-même. Il s’agit, en effet, vis-à-vis de ces symboles, d’une « déclaration », annexée à l’Acte final du Traité de Lisbonne, par laquelle 16 États membres (et non tous les États membres) se sont engagés à adopter ceux-ci dans les termes suivants :

« La Belgique, la Bulgarie, l’Allemagne, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, Chypre, la Lituanie, le Luxembourg, la Hongrie, Malte, l’Autriche, le Portugal, la Roumanie, la Slovénie et la Slovaquie déclarent que le drapeau représentant un cercle de douze étoiles d’or sur fond bleu, l’hymne tiré de « l’Ode à la joie » de la Neuvième symphonie de Ludwig van Beethoven, la devise « Unie dans la diversité », l’euro en tant que monnaie de l’Union européenne et la Journée de l’Europe le 9 mai continueront d’être, pour eux, les symboles de l’appartenance commune des citoyens à l’Union européenne et de leur lien avec celle-ci. » (Dernière partie, Journal officiel de l’Union européenne, 2007 C 306-2).

Ainsi donc, jusqu’à ce jour, la France ne faisait pas partie – et elle n’était pas la seule (l’Union européenne comptant 27 pays) – des États ayant déclaré leur adhésion et allégeance aux symboles européens et, juridiquement, la position défendue par J.L. MÉLENCHON était fondée.

Si la France, pendant 10 ans, n’avait pas adopté une telle déclaration, ça n’était pas un hasard…

Le projet de Traité sur la Constitution européenne (TCE) établissait, en son article I-8 « Les symboles de l’Union » parmi lesquels le drapeau : « le drapeau de l’Union représente un cercle de douze étoiles d’or sur fond bleu ». Les autres symboles  officiels de l’UE étaient la devise (« Unie dans la diversité »), l’hymne (l’Ode à la joie = quatrième mouvement de la neuvième symphonie de Ludwig van BEETHOVEN) et l’euro.

Cet article n’entra jamais en vigueur du fait du « non » lors des référendums français et néerlandais.

Le peuple français ayant pour sa part rejeté le 29 mai 2005 le TCE qui prévoyait l’adoption des symboles de l’UE.

L’on pouvait donc démocratiquement et légitimement considérer que ce qui avait été rejeté avec ce Traité n’était pas accepté par le peuple français ni davantage adopté au niveau européen et que le Chef de l’Etat français (Nicolas Sarkozy en 2007) et le Gouvernement français en s’abstenant de se joindre à la Déclaration des 16 au moment de la signature du Traité de Lisbonne en 2007 entendaient bien se soumettre, sur les symboles, à la décision du peuple français.

En effet, le traité de Lisbonne en tant que tel – adopté le 13 décembre 2007-, très prudemment, ne mentionne plus les symboles précités, sauf  l’euro déclaré monnaie officielle de l’Union.

http://www.ideesaisies.org/ 1206-2/

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/deux-drapeaux-oui-lesquels/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)

BAC et diplômes nationaux, statuts, université, code du travail, conventions collectives, salaires, sécu, retraite = même combat

Profitant de la riposte très insuffisante et routinière que lui opposent les états-majors syndicaux euro-formatés (journées « saute-mouton » sans perspective, dialogue social bidon avec le MEDEF et/ou avec son appendice jaune, la CFDT, allégeance à cette courroie de l’UE qu’est la C.E.S., refus d’organiser une manifestation nationale de combat ouverte à tous les militants (syndicaux, politiques et associatifs) du progrès social et appelant à la grève inter-pro reconductible…), Macron amplifie son offensive euro-thatchérienne ; son but est de mettre hors-de-combat le mouvement populaire pour liquider d’un coup tout ce qui subsiste des acquis sociaux et démocratiques conquis de haute lutte par les travailleurs au cours des deux derniers siècles…

ARG FREXIT EDUCATION PRCF

La destruction du BAC dans le viseur de MACRON UE MEDEF

Parmi ses cibles figure au premier rang le baccalauréat national, cette exception française très POSITIVE ; comme on sait, le « bac » est un examen national anonyme premier grade universitaire et qui, comme tel, donne directement accès à l’. C’est l’inverse dans nombre de pays européens, notamment en RFA et dans les pays de tradition anglo-saxonne, où un tri rigoureux à base d’hyper-sélection sociale et financière barre l’entrée du Supérieur à la majorité des ex-lycéens, dont beaucoup sont précocement envoyés vers la vie active, l’apprentissage sous domination patronale ou… le chômage. Voulue par Macron et par Blanquer, la prochaine « réforme » du bac, devrait s’adosser à celle, très proche, du lycée public. Alors qu’il faudrait consolider le bac et l’Université en donnant à la seconde les moyens d’accueillir dignement tous les étudiants qui le souhaitent et en rendant au bac sa vraie signification, érodée par des années de barèmes sciemment laxistes*, la réforme Blanquer visera clairement – seules certaines directions syndicales feignent encore de croire que « la discussion est possible » – à transformer le bac en diplôme local, totalement dévalué et distribué principalement sur contrôle continu établissement par établissement, ce qui en ferait en réalité un diplôme sans valeur nationale, pour ne pas dire stigmatisant (car un tel « examen » vaudrait ce que vaut, dans les classements médiatiques, l’établissement concerné sur le « marché » éducatif). De la sorte, il serait facile

  • d’engager en grand la dénationalisation de l’enseignement secondaire public, d’aggraver la concurrence entre lycées publics et entre système public et système privé, que d’ores et déjà, des « présidents de grande Région » comme le sinistre Wauquiez privilégient grossièrement ;
  • de détruire le statut national des professeurs et des autres personnels de l’Education nationale, statut qui est un héritage du CNR (très précisément, du ministre d’Etat et ancien mineur Maurice Thorez, auquel on doit aussi le statut des personnels du sous-sol…), autrement dit de priver les personnels de la sécurité de l’emploi, de les livrer à l’arbitraire total (recrutement, missions, renvoi…) de leur chef d’établissement et, par leur intermédiaire, de les soumettre à la bourgeoisie locale comme c’est déjà le cas en pays anglo-saxons où les associations réactionnaires de parents d’élèves font souvent la pluie et le beau temps dans les écoles : fin de la laïcité scolaire, chape de plomb idéologique tombant sur une école publique déjà largement en voie, hélas, de caporalisation par l’idéologie dominante quand ce n’est pas directement par le MEDEF; bref, le devoir des syndicalistes véritables est d’expliquer que diplôme national, statut national, Education nationale et laïcité scolaire garantissant au moins dans le principe l’accès aux « lumières communes », forment un bloc institutionnel progressiste (sinon dans leur réalité, très dégradée par des décennies d’attaques diverses, du moins dans leur « philosophie ») dont la cohérence clairement républicaine, laïque et nationale, doit être globalement défendue ; en réalité, certains dirigeants syndicaux enseignants se montrent plus soucieux de leur image bien-pensante et « européennement correcte » que de l’intérêt des personnels et, de ce fait, ils accompagnent la dissolution euro-maastrichtienne de l’Etat-nation français, socle des , des diplômes et de l’Education « nationale ». Une telle attitude voue les enseignants et la jeunesse à une défaite sociopolitique historique… du moins si rien n’est fait pour bousculer ces états-majors décaféinés qui confondent l’internationalisme des peuples avec l’allégeance à l’UE supranationale, patronale et atlantique ;
  • Ce sont en dernière analyse les salariés du privé, donc le prétendu « coût du travail », surtout les jeunes salariés et futurs salariés que cible la casse programmée du lycée et du . En effet, depuis le Front populaire, qui imposa les premières , et le gouvernement de la Libération issu de la Résistance, où le ministre communiste, ex-dirigeant de la fédération CGT de la Métallurgie Ambroise Croizat généralisa les conventions de branche, les contrats de travail du privé sont ancrés nationalement sur les diplômes et qualifications garantis par l’Education nationale et par l’Université (laquelle dispose encore du « monopole de la collation des grades », un principe qu’a déjà ébréché Sarkozy au profit des « universités » privées). Les conventions collectives sont en effet adossées aux grades scolaires et universitaires, CEP, CAP, brevet, bac, bac + 2, + 3, + 4, etc. et c’est à partir de cela que le salaire, lié à la qualification, est nationalement cadré, ce qui donne évidemment un avantage majeur aux travailleurs. Le lien à échelle nationale qualification/Salaire, que complète le principe de la cotisation sociale qui fonde la Sécu et les retraites par répartition (elles aussi instituées par Croizat) solidarise ainsi l’Education nationale, ses diplômes, les agents publics, notamment les enseignants, et par leur entremise, tous les agents publics, aux travailleurs du privé ; la destruction du bac national et, dans la foulée, n’en doutons pas, des statuts nationaux, serait un coup terrible pour tous les travailleurs. Elle serait aussi un coup majeur contre l’unité de combat des jeunes en formation et de la classe laborieuse (en France, cette unité est stratégique pour notre classe, comme on l’a vu en 68, en 86 ou lors des luttes anti-CPE de 2006) ; ce n’est donc pas pour rien que le MEDEF, la droite et le gouvernement ne cessent d’attaquer l’école, les diplômes, le bac, l’Université publique, les grandes écoles scientifiques et les classes préparatoires (issues, dans leur principe, de la Révolution française) pour instituer un système à l’anglo-saxonne de « compétences rechargeables tout au long de la vie » ; ce qui signifie en réalité une intense précarité pour les salariés auxquels plus rien ne serait d’emblée reconnu en terme de valeur professionnelle… pendant que ledit MEDEF bénéficie de la sollicitude de l’Etat-Providence… patronal ! Derrière le thème alléchant de la « formation tout au long de la vie », du retour à l’apprentissage « dès 16 ans » (13 ans, disait la constitution européenne…), on imagine la PRESSION permanente que les futurs salariés devront subir au détriment de leur santé, de leur vie privée, de leur capacité de dire non aux patrons et de leurs obligations familiales… surtout à l’heure de l’ « ubérisation » générale chère à Macron, de la « libéralisation du marché du travail » et de « l’économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » qui définit, de par ses traités, ce féroce empire patronal qui a nom Union Européenne !
  • Il n’est donc pas difficile d’articuler la casse scolaire massive qui s’annonce aux autres contre-réformes visant à casser le , DONC LES CONVENTIONS COLLECTIVES, DONC LES DES TRAVAILLEURS DE FRANCE, donc de la cotisation sociale et de la Sécu, des retraites et des indemnités chômage (de tout le salaire indirect des travailleurs !). Les directions de syndicats enseignants qui ne sonnent toujours pas clairement le tocsin contre la contre-réforme Blanquer du lycée (annoncée pour janvier !!!) et contre la casse du bac, qui ne font pas le lien entre la casse de l’école, de la fonction publique et les « lois Travail » successives, préparent ainsi, volontairement ou pas, le démantèlement du second degré français. Car ce dernier ne pourra pas être sauvé par les enseignants seuls, pas plus que les salariés du privé ne pourront seuls arrêter la casse du code du travail et des conventions collective qu’elle annonce.

Pour défendre les travailleurs, défendre le cadre national des conquêtes sociales contre les attaques de l’Union Européenne du Capital

Mais pourquoi, idéologiquement parlant, les directions euro-formatées des syndicats refusent-elles de dénoncer publiquement ce lien patent, évident, entre casse de l’école et casse du contrat de travail privé ? Serait-ce parce qu’elles n’ont pas le courage de défendre le cadre national, en voie d’euro-dissolution néolibérale avancée ? Il est vrai qu’une grande partie de la gauche politique, voire de l’ « extrême » gauche, refuse de distinguer, d’une part, entre le nationalisme raciste de Le Pen et la défense hautement légitime de la nation, cadre politique de la souveraineté populaire, d’autre part entre l’internationalisme populaire et le supranationalisme bourgeois que portent le Parti de la Gauche Européenne (auquel adhèrent le PCF et le PG), la Confédération Européenne des Syndicats, sans parler du Parti Socialiste Européen. Mais aussi et surtout, faire le lien que nous soulignons entre la défense de l’Education Nationale d’une part (et de tous ses appendices institutionnels énumérés ci-dessus) et la défense des conventions collectives et du Code du travail, ce serait montrer la dimension de CLASSE anticapitaliste d’une défense conséquente de l’école publique, et symétriquement, ce serait montrer qu’il est impossible de mettre le capital sur la défensive tant qu’on ose pas lier la défense des travailleurs à celle de l’indépendance nationale, comme osaient hier le faire le PCF ou la CGT d’Henri Krazucki. Bref, nos dirigeants euro-béats, qui n’ont à la bouche que le slogan suicidaire de l’ « Europe sociale » (pendant qu’on attend sans fin cette Arlésienne, l’UE détruit ICI ET MAINTENANT nos acquis ancrés dans l’histoire nationale et internationaliste du prolétariat !), ne veulent pas construire les conditions du tous ensemble des travailleurs du public, du privé, de ces travailleurs en formation que sont les lycéens et étudiants, de ces vieux travailleurs que sont les retraités, de ces travailleurs privés d’emploi que sont les chômeurs.

Pour cela il faut oser lier, comme le PRCF est quasiment le seul à le faire systématiquement en France, le drapeau rouge internationaliste du Travail au drapeau tricolore de la nation souveraine (comme ce fut le cas lors du Front populaire et de la Résistance, notamment à l’initiative de Jacques Duclos et de Benoît Frachon) pour démasquer l’euro-destructeur en chef de la France, E. Macron, dénoncer le dialogue social PERDANT et ses vecteurs délétères, CES et CFDT notamment, affronter durement l’UE du capital et l’euro, mettre en cause toutes les politiques (institutionnelles, territoriales, linguistiques…) qui désarticulent l’Etat-nation au profit de l’Union euro-atlantique des Grandes Régions, bref, retrouver la route GAGNANTE, même si nul ne prétend qu’elle soit semée de roses, du combat de classe contre le grand capital et son UE, ennemi commun des services publics, du « produire en France » industriel et agricole, et de l’émancipation intellectuelle et sociale de notre jeunesse.


*Quand un examen universitaire permet d’approcher d’année en année 90% de réussite, cela après que – sans réels moyens de rattrapage pour les jeunes en échec – on a quasiment supprimé les redoublements, cette pseudo-« bienveillance » envers les futurs bacheliers montre son vrai visage pervers : il s’agit de dévaluer totalement l’examen pour disqualifier le second degré, abaisser la culture et le savoir des jeunes générations, réserver le Supérieur aux enfants de la bourgeoisie. La vraie bienveillance est de doter le Second degré et le Supérieur (mais on peut ajouter l’école primaire) des moyens humains et pédagogiques leur permettant REELLEMENT de donner aux jeunes générations un haut niveau culturel. C’est cela la véritable démocratisation du lycée et de l’Université que nous défendons.

PRCF.

https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/bac-diplomes-nationaux-statuts-universite-code-travail-conventions-collectives-salaires-secu-retraite-meme-combat/?ct=t(RSS_EMAIL_CAMPAIGN)


 

BASE 14 995X225Pour la reconstitution d'un CNR 2.0, on a déjà des communistes dignes de ce nom, ça fait plaisir. Et sur cette question du bac, nous sommes largement d'accord!

P.G.

Posté par UPR Creuse à 04:00 - - Permalien [#]
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lundi 13 novembre 2017

Les députés En Marche organisent « une boum » à l’Assemblée nationale pendant l’examen du budget de la Sécu

Les députés Macronistes « transforment l’Assemblée Nationale en boîte de nuit pendant l’examen du budget de la Sécu », tels sont les mots d’une députée LR, outrée et atterrée en voyant les élus LREM improviser une « teuf » illégale durant laquelle ils ont dansé une bonne partie de la nuit pendant que leurs confrères étaient en train de travailler sur le projet de loi de finances 2018.

film-la-boum

Les députés LREM, ont investi le 27 octobre dernier la buvette du Palais Bourbon, la transformant en dancefloor pendant la séance de nuit consacrée au projet de loi de financement de la Sécurité Sociale. Une collaboratrice parlementaire raconte « un député LREM a mis de la musique à fond sur une enceinte et quelques autres ont dansé », son témoignage est confirmé par un président de groupe qui ajoute même que ce n’est pas une première « Ils avaient déjà fait la même chose à la fin de la première partie de la loi de Finances. ».

Les journaux, Marianne et France Soir, les seuls à avoir publié l’affaire, ce qui prouve bien la mainmise du gouvernement sur les médias, parlent même « de jeunes députés LREM qui se déhanchent en musique dans les couloirs de l’Assemblée » et pourquoi pas une soirée mousse, tant qu’on y est ? Dès lors l’affaire ne pouvant en rester là, les faits ont été rapportés à François de Rugy, le président de l’Assemblée Nationale, notamment lors d’une réunion du bureau de l’institution, la semaine dernière, où il fut déclaré

« On verra les suites qui seront données. Ça pourrait être l’occasion de rappeler un certain nombre de règles ». C’est un minimum, ces députés ont été élus pour légiférer et non faire le moonwalk au frais du contribuable !

Voilà, un exemple pathétique de ce que sont devenues nos institutions trustées par une orde de députés « issus du privé » boboïsants à souhait, inconscients de leurs responsabilités, plus habitués aux afterwork qu’à la chose publique car ne s’improvise pas politicien qui veut.

Sources :

http://www.francesoir.fr/politique-france/de-jeunes-deputes-lrem-se-dehanchent-dansent-musique-dans-les-couloirs-de-assemblee-securite-sociale-plf-2018

https://www.marianne.net/politique/de-jeunes-deputes-macronistes-improvisent-une-boum-la-buvette-de-l-assemblee


http://lagauchematuer.fr/2017/11/11/les-deputes-en-marche-organisent-une-boum-a-lassemblee-nationale-pendant-lexamen-du-budget-de-la-secu/

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samedi 11 novembre 2017

11 novembre : tombes dégradées, cérémonie boycottée !

Des anciens combattants et des associations patriotiques  boycottent les cérémonies du 11 novembre.

ACT 11NOV17

Notre confrère Valeurs actuelles a relayé, le 8 novembre, un article du Courrier picard paru le 6. Celui-ci rapporte que des anciens combattants et des associations patriotiques vont boycotter les cérémonies du 11 novembre. En cause : l’état déplorable des sépultures de la nécropole nationale de Montdidier, une nécropole majeure en France puisqu’elle rassemble pas moins de 7.500 dépouilles.

Les anciens combattants ont raison de manifester leur colère sur le désengagement de l’État quant à l’entretien des tombes qu’il a sous sa responsabilité. Ce dernier est réalisé soit directement par des personnels de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG), soit par recours à des prestataires tels que des communes, des associations comme le Souvenir français qui s’occupent des carrés militaires communaux. Même quand il recourt à l’externalisation, c’est-à-dire à des entreprises de nettoyage privées, l’État doit toujours veiller à la bonne exécution de l’entretien des sépultures. Ici, l’État a, d’une manière ou d’une autre, défailli et il n’est pas acceptable que les soldats de France qui ont payé de leur vie la défense de notre pays et des symboles qui s’y rattachent meurent en quelque sorte une deuxième fois : « Une fois au champ d’honneur et une fois ici », s’insurge Gérard Karolczak, président de la section locale du Souvenir français de Montdidier.

Mais l’État, en « état de faillite », disait un Premier ministre en 2007, préfère donner ses priorités budgétaires à d’autres domaines d’action, plus médiatiques, photogéniques, et plus rentables sur le plan politique. Les tombes attendront. Les morts ne votent pas.

Une question se pose néanmoins. Existe-t-il un autre moyen, pour une association d’anciens combattants et des associations patriotiques de faire entendre leur voix que de boycotter une cérémonie d’hommage à nos soldats disparus ? N’est-ce pas faire mourir une troisième fois ces valeureux combattants en occultant leur mémoire par l’absence de leurs représentants ?

L’acte est, en tout cas, très fort et pourrait être interprété par les laudateurs comme un symbole de courage et par les contempteurs comme une marque de défiance et d’abandon, sinon un inutile baroud d’honneur.

Toujours est-il que l’État ne peut fuir ses responsabilités et que la France qu’il représente doit venir au secours de ces tombes dégradées. Car il est inadmissible que ceux qui ont donné leur sang pour la France tombent ainsi dans l’oubli.

Notre pays doit bien à ces poilus à qui nous devons tant un minimum de reconnaissance, la facture dût-elle s’élever à 900.000 euros selon M. Karolczak, qui peste d’être « trimballé » depuis 2008 par l’ONAC sur le toilettage des sépultures de Montdidier.

En France, il existe 265 nécropoles nationales où reposent environ 750.000 soldats, dont 240.000 en ossuaires. Sur l’ensemble des dépouilles des soldats, les neuf dixièmes sont celles des combattants de la Première Guerre mondiale. À ces nécropoles s’ajoutent les carrés militaires des cimetières publics. N’oublions pas tous ces soldats et honorons-les !

http://www.bvoltaire.fr/11-novembre-tombes-degradees-ceremonie-boycottee/

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lundi 6 novembre 2017

Détournement de sens

Extrait d'un article de Jacques Sapir paru ce jour sur le site "Les crises", rendant hommage au livre "le grand détournement" de Fatiha Agag-Boudjahlat.

(https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-detournement-de-sens-par-jacques-sapir/)

ARG SAPIR FATIHA

(...)

on peut reprocher à Fatiha Agag-Boudjahlat de n’avoir pas osé aller plus loin en montrant comment la construction de communautés fantasmées s’opposait frontalement à la notion de peuple, un terme très peu utilisé dans ce livre et jamais dans son sens de communauté politique, et donc de souveraineté.

Le problème de la souveraineté

Car, le problème central est là. Le salafisme existe depuis le début des années 1920[2], et a des racines bien plus anciennes encore. Sa dérive sectaire est désormais majoritaire, et pose d’ailleurs un problème évident d’ordre public[3]. Pourtant, il n’a pris en France la dimension de problème politique majeur que depuis une quinzaine d’années. De même, la présence de mouvements inspirés par les Frères Musulmans est attestée en Europe depuis les années 1950, ce mouvement étant né en Egypte en 1928[4]. Pourtant, là encore, ce n’est que depuis la fin des années 1980 et le début des années 1990, que ces mouvements ont, petit à petit, pris de l’importance. On ne peut donc parler de « menace intangible ».

Si l’on veut comprendre comment a pu se constituer ce cadre religieux et politique, il faut ici comprendre un double mouvement. Il y a, d’une part, l’écrasement des mouvements du nationalisme arabe, écrasement qui fut largement porté par les pays occidentaux et à leur tête les Etats-Unis, écrasement qui permis à ces sectes religieuses de récupérer une partie du combat post-colonial. Mais il y a aussi la critique radicale portée sur la souveraineté par les institutions européennes qui nie en réalité la notion de peuple comme communauté politique fondée sur des bases territoriales et qui ouvre la porte aux idées de « communautés » transnationales, mais aussi à l’idée que c’est l’ethnicité qui fait le peuple et non un pacte politique. En un sens, et cela est bien dit par Fatiha Agag-Boudjahlat, les identitaires et les communautaristes mènent le même combat contre la République.

Les mouvements religieux qui sont apparus au sein de l’islam (et dont il convient de rappeler qu’ils sont loin de réunir la totalité des musulmans) ont donc bénéficié de l’éviction des mouvements nationalistes et de la critique post-moderne de la Nation dont la technocratie Bruxelloise est porteuse. Une réfutation du rôle fondamental de la Souveraineté, tel qu’il émerge des travaux de Bodin et de Jean-Jacques Rousseau, a d’ailleurs été produite par Andras Jakab, et cette critique est parfaitement convergente avec le discours tenu par l’Union Européenne[5]. Ils se combinent alors au processus d’acculturation qui frappe une partie de la jeunesse issue de l’immigration et qui la pousse à se chercher une culture fantasmée. On rappelle que, dans les territoires tenus par DAECH en Syrie et en Irak, les barres chocolatées qui sont la quintessence d’une sous-culture occidentale étaient hautement prisées par les « combattants ».

En fait, on est en présence d’un double mouvement de capture : celui des musulmans par des sectes fondamentalistes qui se prétendent les seuls représentants de l’islam, et celui d’une partie de la population immigrée par une pseudo-communauté musulmane à laquelle cette population est sommée d’adhérer ou d’être considérée comme traitre.

Une nouvelle trahison des clercs ?

Cela conduit alors Fatiha Agag-Boudjahlat à s’interroger sur ce que l’on appellera, à la suite de Julien Benda, une nouvelle « trahison des clercs ». Autrement dit pourquoi des intellectuels, de gauche comme de droite montrent-ils une telle perméabilité aux thèses communautaristes et racistes au point, dans certains cas, de s’en faire les complices. Fatiha Agag-Boudjahlat cite de nombreux noms et montre de manière irréfutable ce processus.(...)

On peut, comme le fait Fatiha Agag-Boudjahlat, s’interroger sur les sources intellectuelles de cet accommodement, voire de cette complicité. On revient ici sur la question du relativisme absolu et de la dé-contextualisation, thèmes qui sont abondamment traités dans le livre. On peut, comme Céline Pina, mettre en avant le clientélisme des élites politiques qui conduit alors des « intellectuels » à adopter des positions de justification[6]. Un autre livre, écrit récemment par Bernard Ravet montre bien qu’à ce clientélisme est venu s’ajouter la lâcheté profonde de l’administration et de la hiérarchie de l’éducation nationale[7]. Ces explications sont certaines ; mais, elles n’épuisent pas le problème.

Car, la haine de la France n’est pas que le fait d’une minorité de jeunes et de moins jeunes issus de l’immigration. Cette haine se construit sur une confusion : les élites prétendent que c’est la « France » qui agit pour cacher leurs propres manigances. Or, ce mensonge est repris comme tel par de nombreux intellectuels. On touche là à la question de la nécessité pour tout pays de produire un « récit national » qui aborde honnêtement les points lumineux comme les points sombres de son histoire. Or, une partie des intellectuels en France se refuse à l’idée même d’un « récit national », car ce dernier serait vecteur du « nationalisme ». Et l’on retrouve ici la haine de la souveraineté concoctée depuis Bruxelles par la technocratie de l’Union européenne.

(...)

C’est donc un livre important qui nous est donné ici par Fatiha Agag-Boudjahlat. Il faut l’en remercier, le lire et le discuter. Ce livre est, sur certains points, incomplet. On renvoie ici le lecteur aux ouvrages que j’ai écrit ou auxquels j’ai participé[8]. Mais il atteint son but. Il montre la construction perverse d’un autre sens aux mots que nous utilisons, construction qui permet de casser le langage commun qui s’était instauré entre Français. Il désigne le projet tyrannique qui est à l’œuvre derrière ce détournement orwellien du sens des mots.

Jacques Sapir

Notes

[1] Agag-Boudjahlat, Fatiha, Le grand retournement, Paris, Le Cerf, 2017.

[2] Rougier B., (dir.), Qu’est-ce que le salafisme ?, PUF, Paris, 2008, 271 p

[3] Amghar S., Le Salafisme d’aujourd’hui : Mouvements sectaires en Occident, Michalon, 2011

[4] Maulion F. – L’organisation des frères musulmans : évolution historique, cartographie et éléments d’une typologie, Diplôme universitaire de 3è cycle, Paris, Université Panthéon-Assas – Paris II – Département de Recherche sur les Menaces Criminelles Contemporaines, 2004, 337 p

[5] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », in Jus Politicum, n°1, p.4 ; consultable en ligne: http://www.juspoliticum.com/La-neutralisation-de-la-question,28.html

[6] Pina C., Silence coupable, Paris , Kero, 2016.

[7] Ravet B., Principal de collège ou imam de la république ?, Paris, Kero, 2017.

[8] Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016 et Bourdin B. et Sapir J., Souveraineté, Nation, Religion, Paris, Le Cerf, 2017.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-detournement-de-sens-par-jacques-sapir/


 

BASE 14 995X225La question du contenu de la souveraineté est un débat fondamental, en France comme dans le monde: si on observe ce qui se passe en Espagne, on a un projet d'apparence identitaire (le "peuple catalan") sur la base d'un projet politique identique au projet porté par le pays contesté: diversité, multiculturalisme et communautarisme ethnique et religieux, sans compter une même adhésion au projet européen! Confusion des mots, double- langage etc.

P.G.

jeudi 2 novembre 2017

Déclaration de l’Académie française sur l'écriture dite "inclusive"

DÉCLARATION de l’ACADÉMIE FRANÇAISE
sur l'ÉCRITURE dite « INCLUSIVE »

adoptée à l’unanimité de ses membres
dans la séance du jeudi 26 octobre 2017

ACT ACADEMIE FR

Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.

Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète.

 

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lundi 30 octobre 2017

Majorité silencieuse ? 300 000 personnes manifestent à Barcelone pour l'unité de l'Espagne

Sous le slogan «la Catalogne c'est nous tous», plusieurs centaines de milliers de partisans de l'unité de l'Espagne ont manifesté dans les rues de Barcelone le 29 octobre, dénonçant la déclaration d'indépendance proclamée par le Parlement catalan.

ACT ESPAGNE RT

Environ 300 000 personnes ont manifesté le 29 octobre à Barcelone pour l'unité de l'Espagne, deux jours après la déclaration d'indépendance proclamée par le Parlement catalan, selon la police municipale.

La Société civile catalane, organisatrice de cette manifestation sous le slogan «la Catalogne c'est nous tous», a pour sa part estimé la participation à 1,1 million de personnes, alors que les autorités espagnoles évoquent le chiffre d'un million de manifestants.

La manifestation a envahi l'une des avenues emblématiques de Barcelone, le Paseig de Gracia, inondé de drapeaux espagnols et où résonnait le slogan «Puigdemont, en prison !», en référence au président indépendantiste catalan, destitué par Madrid le 27 octobre.

«Les séparatistes vivent dans un monde parallèle, un peu surréaliste», juge Silvia Alarcon, une manifestante de 35 ans, habitante de la banlieue de Barcelone. Elle se dit «en colère» contre les sécessionnistes s'exprimant au nom de tous, «alors que ce n'est pas le cas».

«Je serais extrêmement fâché si Madrid ne les mettait pas face à leurs responsabilités, judiciairement ou d'une autre manière, ce sont eux les dictateurs, eux qui ont fait passer les choses par la force», renchérit Miguel Angel Garcia Alcala, retraité de 70 ans, arrivé de Rubi, à 22 kilomètres de Barcelone.

Un des organisateurs du rassemblement, Alex Ramos, a fustigé «une déclaration unilatérale d'indépendance illégale et illégitime» qui est selon lui «une folie qui nous a conduits au précipice», rappelant que les partis indépendantistes n'avaient obtenu que 47% des voix aux dernières élections régionales de 2015.

Le 27 octobre, c'est la naissance de la République catalane qu'avaient célébré des dizaines de milliers de personnes à travers la Catalogne. Le gouvernement espagnol du conservateur Mariano Rajoy avait alors déjà reçu l'autorisation du Sénat de mettre en œuvre l'article 155 de la Constitution et ainsi prendre les rênes de la région et y «restaurer l'ordre constitutionnel». La numéro deux de son gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, a été désignée pour diriger la Catalogne.

Alors que les manifestations d'ampleur réclamant l'indépendance de la Catalogne se succèdent, les partisans de l'unité de l'Espagne se font eux aussi entendre en nombre. Le 28 octobre, c'est à Madrid que plusieurs milliers d'opposants à l'indépendance catalane s'étaient fait entendre en descendant dans la rue.

https://francais.rt.com/international/45086-300-000-personnes-manifestent-barcelone-uni%C3%A9-espagne-images

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samedi 28 octobre 2017

La Catalogne, toujours dissidente - jusqu'où ?

Une émisssion à écouter sur France Culture, pour ceux qui souhaitent creuser la question catalane.

BASE 14 995X225On y rappelle entre autres que même la II° République espagnole n'avait pas accordé la compétence éducative à la Catalogne, à l'image de la III° République française. On y rappelle aussi la répression terrible de Franco contre les Catalans qui a laissé des traces profondes et facilité certaines manipulations contemporaines, de mon point de vue. P.G.


 

L’ambition qu’a la Catalogne de renforcer son autonomie par rapport à l’Espagne castillane, et pour un bon nombre de ses habitants, d’aller jusqu’à l’indépendance, vient de s’affirmer de façon spectaculaire.

ARG CATALOGNE HISTOIRE

Le 11 septembre dernier, la Diada , journée historique de la province, a été marquée par une manifestation spectaculaire à laquelle la presse française n’a peut-être pas prêté toute l’attention qu’elle méritait, du point de vue de l’Espagne comme du point de vue de l’Europe. Depuis le col du Perthus, au nord, à la frontière française, jusqu’à Alcanar, au sud, une longue ligne de citoyens se donnant la main s’est étirée sur 400 kilomètres. Le cri d’« independencia » s’est élevé de toutes les gorges à 17h14, en évocation du jour de 1714 où Barcelone se vit contrainte de céder face aux troupes des Bourbons, lors de la guerre de succession d’Espagne.

Avec Benoît Pellistrandi, ancien directeur des études de la Casa de Velasquez, la grande école française de Madrid, membre correspondant de l’Académie royale d’histoire espagnole et professeur en khâgnes au lycée Condorcet, nous allons nous interroger ce matin sur les ressorts historiques, lointains et récents, de la dissidence catalane, sur son énergie et peut-être sur ses limites, jadis et naguère, en tâchant d’éclairer les incertitudes du futur. Avec la conviction d’entrée de jeu, que cette puissante force centrifuge dans la péninsule ibérique se nourrit, comme il advient toujours, de la combinaison de facteurs culturels et économiques tout autant que directement politiques. Et que la crise violente que connaît l’Espagne ces temps-ci ne peut qu’exacerber la tension. Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore

- Hymne catalan « Els Segadors » par Francisco MONTANER, dans le cadre de l’émission « Libre parcours » d’Eve GRILIQUEZ sur France Culture, le 16 décembre 1975.

- Extrait d'une causerie de l'historien Pierre VILAR, dans "Heure de culture française", décembre 1958.

- Extrait d’un entretien avec le poète et écrivain catalan José PALAU Y FABRE, à propos de la « renaissance » catalane au XIXe siècle, dans le cadre de l’émission « Heure de culture française » sur France culture, le 22 octobre 1968.

- Extrait du discours de Francesc MACIA proclamant le République de Catalogne, le 14 avril 1931 à Barcelone.

- Lecture d’un extrait de Hommage à la Catalogne de George ORWELL (paru en 1938 sous le titre de Homage to Catalonia), par Jean NEGRONI dans le cadre de l’émission « Les Chemins de la connaissance » du 22 novembre 1983.

- Chanson « L’Estaca » de Lluis LLACH enregistrée en live à Barcelone en 1976.

Bibliographie

- Benoît PELLISTRANDI, Histoire de l’Espagne des guerres napoléoniennes à nos jours, Perrin, à paraître le 31 octobre 2013.

- Benoît PELLISTRANDI, Un discours national ? La Real Academia de la Historia entre science et politique (1847-1897), Casa de Velasquez, 2004.

- Jordi CASASSAS et Carles SANTACANA, Le nationalisme catalan, Ellipse, 2004.

- Stéphane MICHONNEAU, Barcelone. Mémoire et identité (1830-1930), Presses universitaires de Rennes, 2007.

- Josep M. FRADERA, « Catalanisme : histoire d’un concept », in : La vie des idées , 26 janvier 2010.

- Gracia DOREL-FERRÉ, Atlas historique de la Catalogne, Autrement, 2010.

- Stéphane PAQUIN, La revanche des petites nations. Le Québec, l’Écosse et la Catalogne face à la mondialisation, vlb éditeur, 2001.

- George ORWELL, Hommage à la Catalogne, Editions Ivréa, 1982.

Précision. A la suite d'un mouvement social, nous n'avons pas pu enregistrer l'émission prévue initialement. Nous vous proposons cette émission diffusée une première fois le 5 octobre 2013.


 

Ecouter l'émission:

https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/la-catalogne-toujours-dissidente-jusquou-0

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