jeudi 18 janvier 2018

Une loi Macron contre les « fakes » ?

Source : François-Bernard Huyghe, 06-01-2018

TL MACRON FAKE NEWS

(...)
Il est un peu tôt pour critiquer le contenu de la future loi (qui, par définition devrait ajouter quelque chose à la loi de 1881 «La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros. ».

La nouveauté pourrait donc être non pas de punir après coup des propos diffamatoires et destinés à provoquer des désordres (ce qui pouvait se concevoir avec de très sérieuses garanties juridiques) mais, en particulier en période électorale, de faire fermer des sites et des comptes. Ce qui, pour pousser l’hypothèse plus loin, suppose de contraindre les plateformes et les founisseurs d’accès, donc des acteurs techniques pas forcément domiciliés en France, à réaliser cette opération dans un délai rapide, comme c’est déjà le cas de facto pour les contenus terroristes.

E. Macron semble ici s’engager sur la même voie qu’Obama qui, sept ans après avoir exalté le rôle libérateur des médias sociaux dans le printemps arabe, se disait obsédé par le pouvoir de la désinformation en ligne.

On voit bien dans quel contexte interviendrait cette loi :

– Des émissions se multiplient pour mettre en garde le public ; des revues consacrent leur couverture au thème de la démocratie menacée par le faux « Y a-t-il encore une vérité ? », « Sommes-nous si faciles à manipuler ? », « Le vrai, le faux et le presque vrai » sans oublier les enquêtes sur les « théories du complot. Délires conspirationnistes ou armes de propagande » ou « L’ère de la désinformation ». La peur du fake devient une obsession contemporaine.

– Et ce n’est rien par rapport aux médias anglo-saxons qui annoncent que Trump a tué la vérité, que nous vivons à l’ère de la post-vérité, que fakes, bullshit, hacks, trolls autre néologismes menacent la démocratie, que la croyance dans les certitudes scientifique est menacée par les obscurantismes. Ceci s’explique par le fait que les médias mainstream d’outre-Atlantique ne peuvent admettre ni l’échec de Clinton qu’ils soutenaient très majoritairement, ni la propension de Trump à les traiter de « fakes eux-mêmes » et à affirmer des énormités justement destinées à provoquer les élites, ni le scepticisme des masse envers des thèmes comme le réchauffement climatique ou la société multiculturelle. Par un mécanisme de causalité diabolique qui rappelle la guerre froide, on en conclut vite que si le peuple pense faux, c’est qu’il est victime de mensonges délibérés, d’interférences étrangères et de complots idéologiques. Suivant son tempérament, on mettra l’accent sur les manœuvres diaboliques des russo-populistes, sur le ressentiment des petits blancs peu éduqués prêts à croire tout ce qui contrarie les élites, ou sur les mécanismes pervers des réseaux sociaux et leur « effet de bulle ». Mais l’idée générale est la même : nos démocraties sont menacées par une déviation de la liberté d’expression et par ceux qui l’exploitent au service d’idéologies illibérales.

– Cette mentalité est contagieuse : récemment le Monde titrait sur les interférences étrangères qui auraient pu fausser le Brexit, l’élection Trump et le référendum de Catalogne, notre propre élection présidentielle n’ayant échappé que de peu au phénomène. Beaucoup avaient suggéré que l’élection française avait failli être faussée avec les rumeurs sur Macron et la diffusion en dernière minute de courriels du mouvement en Marche. Notons au passage que Macron a plutôt bénéficié des attaques contre lui : les prétendues rumeurs sur son homosexualité lui ont donné l’occasion de bons mots, et les fuites (donc a priori la révélation de document authentiques et pas du tout de fakes) de courriels de son parti sont intervenues si tard (juste le dernier week-end) que personne n’en a parlé sur le fond, sauf pour le décrire comme victime d’un complot russe.

– Ce soudain intérêt pour les question est aussi lié à la crise de la presse menacée par l’information en ligne. Les médias « classiques » tendent à se relégitimer ou à justifier sa fonction de sélectrice et médiatrice des événements et multipliant les rubriques de fact-checking (les Décodeurs, cross-check, Désintox…). Assumant sa position de correctrice d’une information anarchique, la presse devrait aussi se poser la question du scepticisme qu’elle rencontre, elle.

L’idée que c’est un coup des Russes et des fachos, que les électeurs finalement pas très malins se laissent abuser par des rumeurs et intoxications et qu’il faudrait contrôler et éduquer, cette idée a tout pour rassurer ceux qui les énoncent. Si les gens votent mal, c’est qu’ils sont niais, victimes de la manipulation illibérale ; s’ils croient ce que leur racontent d’autres naïfs sur les réseaux sociaux, nous avons bien raison de lire les journaux et de regarder les débats télévisés ; s’ils n’ont pas l’esprit critique comme nous, nous n’avons finalement qu’un problème de formation et de communication. Les « gens » pensent a) parce qu’ils sont victimes d’un quasi complot b) parce qu’ils sont rétifs à l’esprit critique et scientifique c) parce qu’ils sont habités par des peurs irrationnelles et fantasmes divers qui les amènent à croire n’importe quoi (phobies, stéréotypes, repli identitaire…) et à se défier des sachants. Il n’y a donc pas de cause objective, juste un dysfonctionnement que nous, les partisans de la vérité et de la rationnalité, devrions réparer scientifiquement.

Que pourraient être les conséquences d’une loi contre les fausses nouvelles ? En attendant que le projet prenne forme, nous conseillerions au législateur de réfléchir aux effets pervers qu’elle pourrait avoir.

– D’abord, bien sûr, un effet sur les libertés. Qui déterminera le vrai du faux et le condamnable de la simple erreur ? Le fait non avéré de l’égarement idéologique ? L’intention perverse de la méfiance excessive envers le discours dominant ? Le trucage de la critique ? L’intoxication de l’interprétation ? Pour cela, il faudrait à la fois établir les faits vrais, la sincérité de ceux qui les rapportent et les intérêts qu’ils servent. Mais c’est aussi la démarche de pays qui établissent la censure au nom de la lutte contre le mensonge. Ainsi le Vietnam vient de se doter d’une cyberbrigade, la force 47, pour lutter contre les « vues erronées » et pour faire pression sur les plateformes… Il va devenir un peu difficile de s’en indigner.

– L’effet boomerang : si vous vous adressez à des gens qui pensent que les médias leur mentent, que l’information est contrôlée et que la vérité est ailleurs, en retirant ou en signalant certaines informations comme officiellement fausses, ne risquez vous pas de les renforcer dans leur conviction ? Des études récentes montrent par exemple que le fait de signaler un contenu comme suspect ou controversé peut exercer un effet d’attraction et lui faire de la publicité.
Un exemple entre cent. Suivant Libération, un Français sur 5 doute aujourd’hui de la « version officielle » des attentats contre Charlie Hebdo. Le problème est-il à chercher dans la fachosphère, la complosphère et l’identitosphère qui auraient égaré de pauvres jeunes ? Ou faut-il se poser la question du scepticisme des masses et de l’impuissance des médias à faire adhérer au consensus ?

– L’effet marteau pour écraser une puce. Il est certes exact qu’il existe des contenus sponsorisés à des fins politiques (mais beaucoup moins qu’il n’existe de comptes qui publient des nouvelles politiques délirantes pour attirer des visites et des clics à des fins de commercialisation publicitaire). Et gardons la proportion ; comme nous les signalisons quand on identifie 3.000 comptes « russses » avec un budget de 100.000 dollars sur Facebook, cela fait 0,1 % des revenus publicitaires quotidiens de la plateforme.

– L’effet de renforcement en faveur des grands du Net. Ce sont eux qui, finalement, ont le pouvoir de retirer un contenu, de fermer un compte, de créer les algorithmes qui signaleront les contenus dangereux ou illégitimes, de classer les contenus, d’en rendre certains inaccessibles à la recherche, etc. Tout ce que fera le politique avec sa lenteur, ses décrets et ses tribunaux ne deviendra efficace que si les acteurs économiques et techniques dédicent de surveiller, déréférencer et punir. Donc de censurer suivant leurs critères, après avoir créé cette économie de l’attention où justement le sensationnel, le choquant et surtout ce qui plaît au sein d’une communauté d’affinités est systématiquement favorisé. Comme le note la Quadrature du Net, « la propagation de fausses informations n’est que le symptôme d’un mal bien plus large cuasé par le ciblage publicitaire ».

– L’effet de myopie idéologique. On encourage ainsi l’idée que les erreurs politiques sont le produit mécanique des mauvaises influences et des désinformations. Avec un corollaire implicite qui est qu’une population préservée des pouvoirs du faux et bien éduquée serait naturellement libérale et plutôt satisfaite au moins du système politique. À poser un camp des véridiques contre un camp des irrationnels, on oublie que l’affrontement politique est aussi celui de valeurs et d’intérêts, pas seulement de vérités (there is no alternative) et de lubies.

Source : François-Bernard Huyghe, 06-01-2018

https://www.les-crises.fr/une-loi-macron-contre-les-fakes-par-francois-bernard-huyghe/

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mercredi 17 janvier 2018

Censure de l’information : Macron applique à la lettre le programme du Forum de Davos

Par Michel Geoffroy, essayiste, contributeur de Polémia ♦

TL MACRON FAKE NEWS

Tout le monde sait désormais que lors de ses vœux à la presse, le 3 janvier dernier, le président Macron a annoncé son intention de légiférer (1) pour combattre les « fausse nouvelles » qui seraient selon lui diffusées sur Internet, afin de « protéger la démocratie … en période électorale » car « toutes les paroles ne se valent pas ». Par contre, on a sans doute oublié qu’en prenant cette initiative Emmanuel Macron n’innove nullement : il se borne à appliquer le programme de censure élaboré lors du Forum de Davos de janvier 2017. Retour sur image.


Qu’est-ce que le Forum de Davos, d’abord ?

Le « Forum économique mondial » (World Economic Forum) est une fondation à but non lucratif dont le siège se situe à Genève. Elle fut lancée en 1971, par Klaus Schwab, un professeur d’économie à l’Université de Genève, sous le patronage de la Commission européenne et de différentes associations industrielles européennes ; Klaus Schwab entendait diffuser en Europe les pratiques de management en vigueur aux États-Unis.

Le financement du Forum serait assuré par les quelque 1.000 entreprises membres : principalement des entreprises transnationales réalisant un chiffre d’affaires supérieur à cinq milliards de dollars.

Davos réunit les représentants du pouvoir économique transnational, des institutions financières internationales, du pouvoir intellectuel et médiatique, des ONG et des représentants autoproclamés de la « société civile ». Fait significatif : les hommes politiques sont en minorité lors des réunions de Davos, car Davos préconise que la « gouvernance » se substitue à la souveraineté des États.

Ce Forum se place donc sous le signe du mondialisme, de l’argent et du pouvoir.

La participation à la Réunion annuelle de Davos se fait uniquement sur invitation, mais ses travaux sont largement médiatisés.

Pour Davos la démocratie est un « risque » qu’il faut « endiguer » !

Le Forum de Davos de janvier 2017 a, entre autres sujets, justement examiné le rapport Global Risk 2017. Or que lit-on dans ce rapport ?

Que le Brexit, l’élection de Donald Trump et l’échec du référendum de Matteo Renzi en Italie constituaient des « risques » qu’il fallait « endiguer ». Car, en janvier 2017, les participants avaient évidemment en tête les futures élections, présidentielle en France et législatives en Allemagne et le souci d’éviter tout risque de contagion politique.

Le rapport affirmait surtout que les campagnes électorales avaient « mis en évidence le phénomène de désinformation rapide » des opinions publiques.

Les participants au Forum soulignaient alors « le besoin de mieux protéger nos systèmes de contrôle qualité de l’information » et Global Risks 2017 concluait que « les principaux facteurs de risque peuvent être endigués en créant des sociétés plus inclusives basées sur la coopération internationale et une vision à long terme (2) ».

Dommage pour les complotistes : les mondialistes de Davos, on le voit, ne cachent nullement leurs intentions ! Ils reconnaissent, en effet, que, pour empêcher les électeurs de « mal voter », il faut renforcer leurs systèmes de contrôle de l’information…

Une justification de la censure

Le rapport Global Risk 2017 reprenait donc à son compte les accusations formulées par Hillary Clinton justifiant sa défaite par… des opérations de désinformation (fausses nouvelles = fake news) conduites en particulier par la Russie.

Il s’agissait donc d’un classique processus d’inversion accusatoire puisque ce sont bien les médias mainstream – propriété des puissances d’argent – qui en Occident trompent en permanence la population en imposant le politiquement correct et les mensonges d’Etat – et qui, aux Etats-Unis, ont massivement soutenu Hillary Clinton, la candidate du Système, contre Donald Trump. Lequel s’est au contraire appuyé sur les médias alternatifs pour mobiliser ses soutiens malgré le blocus des médias officiels.

L’idée selon laquelle la population aurait mal voté parce qu’elle aurait été « désinformée » par les fake news russes est bien commode en effet : elle permet de cacher le désamour croissant entre les peuples et l’oligarchie et de dénier toute légitimité aux scrutins où ses candidats se font battre, en affirmant que les eurosceptiques (3) ou que les partisans de Donald Trump, par exemple, sont des manipulateurs qui diffusent des fausses nouvelles, donc des délinquants en puissance.

Le concept de fake news sert ainsi à mettre en accusation tout ce qui va à l’encontre de l’idéologie dominante ou des candidats sponsorisés par le Système en accusant ceux qui diffusent une information alternative d’être tout simplement des agents stipendiés de Vladimir Poutine ou d’affreux « complotistes ».

On voit par exemple cette logique à l’œuvre aujourd’hui dans le dernier sondage IFOP commandité par la Fondation Jean Jaurés et Conspiracy Watch (qui ne sont pas à proprement parler des organisations dissidentes) qui tente manifestement de mettre sur le même plan le conspirationnisme, le révisionnisme et… le refus de l’immigration de peuplement (4) !

Les fake news servent de prétexte au coup d’Etat post-démocratique permanent

Davos a donc justifié avec la lutte contre la « désinformation rapide » et les « fake news » le coup d’Etat post-démocratique permanent contre la liberté et la souveraineté des peuples.

Ce coup d’Etat permanent repose en effet sur l’action conjointe de deux pouvoirs véritablement inconstitutionnels, car placés au-dessus de la légitimité électorale : le pouvoir médiatique et le pouvoir judiciaire (ou gouvernement des juges (5), appelé « Etat de droit » en novlangue).

Le pouvoir médiatique sert à enfermer la population dans une information et une réalité virtuelle, la réalité à laquelle les oligarques de Davos veulent que l’on croie.

En 2015, le Forum de Davos avait d’ailleurs abordé la question de « l’utilisation des neurosciences comportementales pour améliorer les politiques publiques » et aussi pour « mieux diagnostiquer la pathologie mentale (6)». Sans doute une démarche désintéressée, lorsque l’on se rappelle que l’oligarchie affirme, par exemple, que les dissidents politiques souffriraient de « phobies » maladives ou que les terroristes islamistes seraient des « déséquilibrés » ! Il s’agit en clair de mobiliser les neurosciences de mener une guerre cognitive contre les peuples.

Le pouvoir judiciaire sert de son côté à interdire de décrire le monde tel qu’il est, donc de sortir de la bulle médiatique dans laquelle on veut nous enfermer. Il sert aussi à criminaliser la critique du Système et de la politique qu’il conduit. Il sert enfin à mettre en tutelle les législateurs pour qu’ils ne dévient pas de la doxa libérale libertaire et cosmopolite.

Macron, le petit télégraphiste (7) de Davos

Manifestement Emmanuel Macron, le président élu grâce aux médias mainstream et à l’intrusion des juges dans l’élection présidentielle pour déstabiliser ses concurrents, a bien assimilé la leçon : il met en œuvre avec zèle le programme défini à Davos.

Car les projets présidentiels auront justement pour effet de confier au juge le pouvoir de se prononcer sur la véracité des informations diffusées dans les médias alternatifs, qui sont la véritable cible de cette initiative.

Avec les lois mémorielles les magistrats définissaient déjà la vérité historique dans notre pays. Mais avec la future « loi Pravda » de Macron, ils auront en outre le pouvoir de définir quelles informations les Français auront le droit de connaître !

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Son mentor, Jacques Attali, dans une tribune de l’hebdomadaire l’Express, n’a-t-il pas proposé une réforme constitutionnelle afin de déterminer quels « sujets qu’un seul vote majoritaire du peuple ne pourrait suffire à trancher » et qui « seraient sanctuarisés en les inscrivant dans la Constitution » (8) ? Sa tribune s’intitulait d’ailleurs « Sanctuariser le progrès » : ce qui signifie, en novlangue, « museler le peuple ».

Au nom de la « démocratie », bien sûr…

Michel Geoffroy
08/01/2018

Notes :

  1. « Les plateformes se verront imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus. »
  2. Présent du 20 janvier 2017.
  3. Terme de novlangue pour désigner ceux qui ne se reconnaissent pas dans la politique de l’Europe de Bruxelles.
  4. Enquête réalisée les 19 et 20 décembre 2017.
  5. Alors que normalement la justice n’est pas un pouvoir mais une simple autorité.
  6. Les Echos du 2 février 2015.
  7. En 1980 François Mitterrand avait accusé le président Giscard d’Estaing d’être le « petit télégraphiste » du gouvernement russe à propos de la présence des troupes soviétiques en Afghanistan.
  8. L’Express du 20 juin 2016.

Correspondance Polémia – 10/01/2018

https://www.polemia.com/censure-de-linformation-macron-applique-a-la-lettre-le-programme-du-forum-de-davos/#prettyPhoto

lundi 15 janvier 2018

De quels temps Macron est-il le nom?

Lorsque la Syrie commence à voir la fin de son calvaire, ce qui de toute évidence aurait été impossible sans un soutien réel du peuple à son président, Emmanuel Macron déclare que Bachar est l’ennemi du peuple syrien[1], appelant ainsi à prolonger l’ingérence, l’incendie, le malheur et la mort parce que la guerre, c’est la paix.

TL MACRON DE GAULLE ORWELL

Quand la robotisation douée d’intelligence artificielle fait planer l’ombre d’un séisme sur l’emploi et appelle une réflexion profonde et novatrice, Emmanuel Macron choisit les politiques ultra-conservatrices d’un autre âge en massacrant le code du travail sans aucune autre perspective que la précarité des salariés parce que la liberté, c’est l’esclavage.

A l’heure où la technologie rend possible la diversification des sources d’information permettant les débats contradictoires afin de mieux cerner les faits, Emmanuel Macron annonce des outils de censure contre les médias qui n’adopteraient pas la ligne éditoriale de ceux possédés par l’Etat ou subventionnés par lui parce que l’ignorance, c’est la force.

Et c’est justement par un média d’Etat que l’on apprend que la promesse par le candidat Macron d’un service militaire obligatoire et universel pour les 18-21 ans – peut-être la seule qui valait de voter pour lui au premier tour de la présidentielle – est abandonnée pour un parcours citoyen pour collégiens. Ce remplacement, aussi valide que celui d’une voiture par une cafetière, prévoit notamment une semaine en partenariat avec des associations caritatives. Pour ne pas souligner l’irresponsabilité de cette gouvernance, on n’évoquera pas ici l’absurdité du projet de trouver chaque année suffisamment de telles associations pour prendre en charge plus d’un demi-million d’adolescents pendant une semaine.

Ce qui est inquiétant dans cette décision, c’est qu’à l’expérience du réel par de jeunes adultes, on préfère un formatage théorique des enfants. Car plutôt que l’excellent projet de confronter des jeunes gens à la réalité en faisant cohabiter – en particulier dans des dortoirs et des cantines – des blancs des beaux quartiers et des immigrés coiffés d’une capuche, on fera réciter ad nauseam dans les collèges, là où n’existe aucune mixité, le catéchisme habituel du vivre-ensemble citoyen (...). Mais pour ne pas souligner l’amateurisme de cette gouvernance, on ne rappellera pas qu’un parcours citoyen existe déjà à l’école depuis juin 2016.

Ainsi, après avoir ingéré les formations civiques et morales républicaines, les ABC de l’égalité, les stages en entreprise, l’antiracisme, les EPI, les itinéraires de découverte, les accompagnements personnalisés, la sécurité routière, la lutte contre l’homophobie et la semaine du goût, l’école va se charger d’une nouvelle mission, donc se donner une nouvelle raison d’échapper à la sienne. Notre ministre de l’Education tient des discours très encourageants sur la promesse d’un retour du bon sens et de l’instruction, mais la catastrophique réforme du collège de son prédécesseur a été maintenue. Alors quand Emmanuel Macron tient pour moderne l’orientation prise par l’école il y a plus de quarante ans, orientation ayant mené au désastre que l’on sait, notre ministre pourra-t-il s’y opposer ?

C’est en 1949 que Georges Orwell écrivait son 1984 alors finalement, on ne voit plus très bien ce qu’il y a de jeune chez le président Macron à part son âge. Peut-être parce que dans sa vision du monde, le passé, c’est le futur.

Par Michel Segal

Michel Segal est professeur de mathématiques. Auteur de trois essais sur l’école Autopsie de l’école républicaine (2008) – Violences scolaires, responsables et coupables (2010) – Collège unique, l’intelligence humiliée (2011). Et de Ukraine, histoires d’une guerre (2014) qui analyse la guerre qui déchire l’Ukraine en se fondant sur sa connaissance approfondie du contexte et des enjeux internationaux.

[1] Est-ce par fraternité que Macron fait référence au président syrien en l’appelant par son prénom ?

Source: https://arretsurinfo.ch/de-quels-temps-macron-est-il-le-nom/

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vendredi 12 janvier 2018

Macron veut-il encourager la croyance en la «théorie» de la Terre plate ?

TRIBUNE LIBRE/ Jean Bricmont

Docteur en sciences et essayiste belge, Jean Bricmont est professeur à l’Université catholique de Louvain. Il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages dont La république des censeurs, Impostures intellectuelles (avec Alan Sokal).

TL BRICMONT CENSURE

Lors de ses vœux à la presse le 3 janvier, Emmanuel Macron a annoncé un projet de loi visant à combattre la propagation de «fausses nouvelles» sur Internet ainsi qu'à «lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers», ce qui vise sans doute la chaîne russe RT.

Macron veut ainsi défendre ce qu'il appelle les «démocraties libérales» sans apparemment se rendre compte du fait que cette nouvelle loi sera une mesure parfaitement antilibérale, la liberté d’expression ayant été historiquement la valeur libérale par excellence.

La démarche de Macron témoigne d’une transformation grave de nos «démocraties libérales», qui avaient tout de même survécu à la guerre froide sans interdire la «propagande communiste» de l’époque, ni d'ailleurs celle de l'extrême-droite (pro-Algérie française par exemple).

Mais que sont les fausses nouvelles et en quoi ont-elles de l'importance ?

Un premier exemple concerne l'attaque au gaz près de Damas en août 2013, dont la responsabilité a été presque unanimement attribuée par la presse au «régime syrien», ce qui est clairement contredit par un rapport établi par un ancien inspecteur de l'ONU, Richard Lloyd, et un professeur en science, technologie et sécurité nationale du MIT, Theodore A. Postol.

 Pour distinguer le vrai du faux, comparons les motivations : pour le gouvernement et les médias qui vivent des «sources officielles», la culpabilité présumée d’Assad soutient l’aide des Occidentaux aux «rebelles». Mais on peut difficilement trouver une motivation «pro-Assad» chez des personnes aussi respectables que Lloyd et Postol, ou penser que ces experts soient incompétents à propos de questions de physique relativement élémentaires.

Un exemple plus récent concerne le «Russiagate», c'est-à-dire la prétendue ingérence russe dans l'élection de Trump aux Etats-Unis.  Il n'existe à ce jour pas de preuve d'une telle ingérence. Vu les moyens d'espionnage dont disposent les multiples services américains, il est difficile de croire que, si cette ingérence était réelle et sérieuse (pas réduite à quelques messages sur Twitter ou Facebook), elle n'aurait pas été détectée et démontrée publiquement. Même si une telle ingérence devait finalement être prouvée, sa signification effective resterait à évaluer. En tout cas, le fait d’y croire sans hésitation en l'absence de preuve, ce que fait toute la presse «libérale» aux Etats-Unis, ainsi que ses homologues européens, est en soi une façon de «propager une fausse nouvelle».

On pourrait multiplier les exemples d'autres fausses nouvelles, toutes liées à la propagande de guerre (incident du golfe du Tonkin en 1964, affaire des couveuses au Koweït en 1990, armes de destruction massive en Irak, etc.) et propagées par les médias dominants. Contrairement aux fausses nouvelles que Macron veut bannir, cette propagande est en partie responsable de guerres ayant causé des centaines de milliers si pas des millions de morts et, dans les cas plus récents, de risques d'une guerre qui pourrait être nucléaire. 

C’est la propagande dominante qui mène aux guerres, et non les quelques voix d’opposition.

Il est évident qu'aucune censure ne s'appliquera jamais à ces médias dominants et qu'au contraire, ce seront certains médias alternatifs, qui parfois permettent de mettre en question la propagande de guerre, qui seront réprimés ou au moins intimidés.

Le problème que Macron veut résoudre c'est qu'une bonne partie de la population ne croit plus les médias dominants et pense déjà que la liberté d'expression est menacée (même avant cette nouvelle loi). Beaucoup de gens pensent qu'on leur ment sur les effets réels de l'immigration, sur la situation économique, sur celle de l'enseignement ou sur la propagande de guerre. Ils ont en face d'eux des médias unanimes sur toute une série de questions, à commencer par l'élection de Macron lui-même, en tout cas au deuxième tour et en grande partie au premier, mais aussi sur la Russie, l'Iran, la Syrie, la construction européenne, ou la nécessité de «libéraliser» l'économie.

C'est cette homogénéité médiatique qui engendre le scepticisme, pas la «propagande» russe ou les pourvoyeurs de fausses nouvelles.

Ce qui est vrai, c'est qu'en plus du scepticisme à l'égard du discours politique, on voit proliférer des «alertes» très discutables concernant les vaccins ou les pesticides, ainsi que toute une série de croyances bizarres allant de «on n'a pas marché sur la Lune» à «la Terre est plate».

Mais ce n'est pas en censurant le discours de critique politique qu'on va faire reculer les croyances irrationnelles ; au contraire, l'expérience constante et universelle de la censure est qu'à terme elle se retourne contre elle-même.

Il est possible qu'un certain nombre de jeunes n'imaginent pas d'autres formes de militantisme que des partages sur Facebook et pensent que, si on les prive de cet outil, la censure régnera en maître. Mais c'est ignorer qu'il a existé bien d'autres façons de répandre, parfois avec succès, des idées hétérodoxes et subversives : les tracts de la Résistance, le bouche à oreille dans les pays socialistes, les écrits licencieux circulant à l'époque des Lumières ou encore l'Huma Dimanche vendu sur les marchés.

On peut aussi repenser à une précédente tentative de réprimer de «fausses nouvelles», à savoir la loi Gayssot de 1990, réprimant la négation de certaines conclusions du tribunal de Nuremberg, en pratique celles portant sur l'existence de chambres à gaz dans les camps nazis. Quel en a été l'effet ? La réponse est donnée par l'intellectuel italien Franco Cardini, écrivant à propos du «négationnisme» : «le nombre de personnes qui, sans oser l’admettre, sont impressionnées et troublées par certains arguments ne cesse de croître. Le nombre de ceux qui en public affirment une chose et en privé soutiennent exactement le contraire est en train de croître aussi. Et vous savez pourquoi ? À cause du fait qu’on persécute ceux qui défendent ces idées et on les condamne sans leur donner le droit de parler et sans riposter. Mais de cette manière se crée dans l’opinion publique le sentiment croissant que, si on en a peur, c’est que ces gens-là disent des vérités

La seule solution au problème auquel Macron est confronté serait une ouverture tous azimuts au débat et une révolution médiatique allant vers plus de pluralité et d'honnêteté. Mais comme cela est manifestement impossible, on se tourne vers la solution la plus facile, mais aussi la plus contre-productive : la censure.

Finalement, il suffit d'un peu voyager pour voir que le reste du monde ne pense pas comme «nous», c'est-à-dire comme l'Europe et les Etats-Unis. En Russie, en Chine, dans le monde arabe, en Iran, en Amérique latine, il n'y a ni les mêmes priorités, ni les mêmes histoires, ni les mêmes mémoires qu'en Occident. Quand ils se tournent vers la France (ou l'Europe), les autres peuples ne voient plus le pays des Lumières, mais un monde arrogant, agressif, replié sur lui-même, anxieux, et en pleine perte de vitesse par rapport à eux.

La loi contre les «fausses nouvelles» risque de renforcer encore le scepticisme à l'égard des «vérités officielles», à la fois celui qui est raisonnable et celui qui ne l'est pas, ainsi que notre incapacité à écouter et à comprendre le reste du monde, ce qui est à la fois le symptôme et la cause de notre déclin.

https://francais.rt.com/opinions/47041-macron-veut-il-encourager-croyance-terre-plate

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mercredi 10 janvier 2018

Macron décodeur-en-chef, par Frédéric Lordon

TRIBUNE LIBRE/ Frédéric Lordon

TL PRESSE FAKE NEWS

Par un effet de retour, que deux innocents grecs, Jocaste et Laïos, avaient bien expérimenté en leur temps, voilà donc les Décodeurs victimes du tragique destin qu’ils ont eux-mêmes consciencieusement œuvré à mettre en branle. L’histoire commence comme la charge de la brigade légère (ou lourde ?). La vérité est en danger, elle appelle à la rescousse. Mais qui pour lui venir en aide ? Qui sinon des vocations pures ? La presse libre et indépendante, la presse démocratique. Elle vole au secours.

On en était là de l’épopée, les Décodeurs assuraient la maintenance de la vérité en régime de croisière, bref les choses allaient gentiment leur train, quand plus sérieux qu’eux arrive leur indiquer d’autres manières : la distribution des gommettes faisant un peu léger, on y mettra maintenant les moyens de l’État.

Et voilà comment on se retrouve avec un projet de loi sur les fake news (1).

Il n’était pas besoin d’être grand clerc pour apercevoir dès le départ que tout s’était mis de travers dans cette histoire, et poursuivrait de même. Il fallait d’abord que la presse de service s’abuse considérablement quant à son propre crédit dans la population pour s’imaginer en rempart de correction, elle dont la mission d’intoxiquer n’est même plus vécue comme une mission tant elle est devenue une nature seconde. Il fallait ensuite ne pas craindre les balles perdues du fusil à tirer dans les coins, les médias rectificateurs, à défaut d’avoir songé à se blinder le fondement, étant voués à se retrouver eux-mêmes rectifiés par derrière, c’est-à-dire systématiquement interrogés pour leur substantielle contribution au faux général de l’époque. Ce qu’un minimum de décence réflexive – ou de régulation du ridicule – a manqué à produire : un réveil, il se pourrait que la loi anti fake news de Macron y parvienne, mais trop tard et avec quelques effets rétroactifs pénibles. En tout cas, et c’est le moins qu’on puisse dire, l’annonce n’a pas fait pousser des cris de triomphe dans les rédactions, même les plus en pointe dans la croisade du vrai – où, pour la première fois, on perçoit comme un léger sentiment d’alarme. On aurait pu imaginer une sorte d’exultation à la reconnaissance suprême du bien-fondé de la cause. L’ambiance est plutôt à une vague intuition du péril. De fait, le pas de trop est celui qui jette d’un coup une lumière un peu blafarde sur tout l’édifice.

Égoutiers de l’Internet ?

Car il devient de plus en plus difficile de se déclarer soldat de la vérité. L’enrôlement plus ou moins crapoteux au service du grand capital numérique n’était déjà pas bien glorieux – on ne s’était d’ailleurs pas trop précipité pour faire la publicité de ces collaborations. On apprend en effet depuis peu que bon nombre de rédactions touchent de Google et Facebook pour mettre à disposition des équipes de journalistes-rectificateurs aidant à purger les tuyaux. Il faut vraiment que l’argent manque pour accepter ainsi de se transformer en égoutiers de l’Internet pour le compte des Compagnies des Eaux qui prospèrent en surface. Bien sûr ça n’est pas de cette manière qu’on présente les choses, cependant même ré-enjolivée en cause commune de la vérité démocratique, l’association normalisatrice avec les grossiums de la donnée produit déjà un effet bizarre.

Il faut sans doute être un Décodeur, ou en l’occurrence un Désintoxicateur (Libération), pour se promener dans cet environnement en toute innocence, et même casser le morceau avec une parfaite candeur : « Nous, par exemple, on travaille pour Facebook, comme un certain nombre de médias en France travaillent pour Facebook et rémunérés par Facebook pour faire le ménage dans les contenus qui circulent », déclare Cédric Mathiot avec une complète absence de malice (2) – on voit très bien Hubert Beuve-Méry ou Sartre envisageant de « faire le ménage dans les contenus » en compagnie d’IBM ou de (la nommée avec préscience) Control Data Corporation.

On voudrait donc éclairer l’égoutier heureux sur les commanditaires pour qui il pousse le balai : Google News par exemple a considéré récemment qu’un site comme le World Socialist Website (WSW) méritait d’être évacué comme de la déjection ordinaire. C’est que Chris Hedges y a donné un entretien avertissant des risques de censure par Google – qui n’a pas plu à Google. Le malheureux Hedges a donc aussitôt disparu des référencements par Google News. Quant au WSW, il a vu sa fréquentation acheminée par Google chuter de 74 %. Comme le nettoyage est général, treize des principaux sites de gauche étatsuniens dégringolent de 55 % (3). À Libération donc, pour le compte de Facebook, ou de qui voudra (paiera), et au nom de la vérité, les Désintoxicateurs « font le ménage » – des mots parfaitement choisis pour signifier une tonique promesse de démocratie.

C’est toujours le même étonnement, éternellement renouvelé, que d’entendre un Décodeur ou assimilé prendre la parole pour livrer sa philosophie du métier, à chaque fois la même confirmation performative du naufrage de pensée en quoi consistent les idées mêmes de fake news ou de post-vérité. Plus qu’un étonnement en fait, une sorte de vertige : le Désintoxicateur ne voit même pas le problème. On notera à sa décharge que ses employeurs semblent ne pas l’avoir vu davantage. À moins que leur situation de trésorerie les ait dissuadés de le regarder trop longtemps. Mais alors pourquoi, en si bon chemin, se mettre à toussoter au moment de recevoir les consécrations de la loi ? Un rude objecteur remarquerait qu’à l’inverse de Google et Facebook, la loi, elle, ne paye pas. Ne restent que les incommodités de la compromission – rachetés par rien. Ça n’est pas faux.

… ou attachés de bureau au ministère de l’intérieur ?

C’est même si vrai que, jusque dans les directions de médias les plus fanatiques, on pressent confusément la mauvaise affaire symbolique de se retrouver trop visiblement absorbées dans le processus en cours de fusion organique des puissances : capital, État, médias. Les distinctions institutionnelles purement nominales – « les entreprises », « les médias », « le gouvernement » –, devenues entièrement factices, feuilles de vigne recouvrant une indifférenciation déjà perceptible de tous, n’en étaient que plus dramatiquement précieuses, précisément parce que c’est tout ce qu’il reste : des noms usités, pour travestir le réel, au travers desquels on commence quand même à voir a giorno, mais vitaux pour tenter de préserver les derniers semblants. Libération passe la loque pour Facebook, c’est déjà un peu lourd – si c’est rémunérateur. Mais couler cet attelage dans un ministère de l’intérieur étendu, ça va devenir trop – et finir par se voir.

Car voilà toute l’affaire : c’est qu’à un processus de fusion externe, en répond un autre, interne – à l’appareil d’État. Et les deux entrent en coalescence pour produire un résultat tout à fait inédit. Le processus interne est celui qui voit la différenciation fonctionnelle de l’appareil d’État s’effacer tendanciellement pour le menacer de s’effondrer en un double ministère sec – dont un gigantesque ministère de l’intérieur. De quoi en effet l’État s’occupe-t-il essentiellement désormais ? De deux choses : le service du capital, et le contrôle des populations. Les inégalités en fusée et l’État social conduit au délabrement par paupérisation délibérée du côté du Ministère des amis, il ne reste forcément plus que des solutions de « maintien de l’ordre » du côté du Ministère des inconvénients. De ce côté-là, la fusion justice-police est déjà bien avancée – il suffit de se repasser les exploits des procureurs, de leurs réquisition, de leurs appels, depuis l’affaire Adama Traoré jusqu’à celle du quai de Valmy, et chaque fois qu’il s’agit de prendre le parti de la police ou d’avoir affaire à quelque forme de contestation. Comme il se doit, l’ensemble coercitif est parachevé par l’état d’urgence qui, converti en droit ordinaire, offre les moyens d’une toute nouvelle politique de « prévention » : surveiller les opposants politiques, si besoin est frapper ou intimider les éléments un peu remuants.

La prévention remonte maintenant d’un cran quand elle envisage de surveiller non pas des agités déclarés, mais la circulation des idées qui pourraient en conduire d’autres à l’agitation. C’est en ce point précis que les deux processus de fusion, interne et externe, se rencontrent, au moment où les médias se retrouvent intégrés dans la grande division du travail de surveillance, et comme délégataires d’une nouvelle mission de maintien de l’ordre – de l’ordre des esprits. Mais sans avoir rien demandé, et en se trouvant un peu embarrassés, forcément, de cette attribution de fait, sinon de droit. C’est que l’image de soi en défenseur de la liberté en prend un vieux coup de se voir « rouage externe » du grand ministère de l’intérieur, par ailleurs en train de réduire à lui une bonne moitié de la structure gouvernementale.

Si elle est oxymorique, l’idée de « rouage externe » dit pourtant bien ce qu’il y a à dire : l’effacement des frontières institutionnelles et l’intégration progressive de tous les pouvoirs dans un complexe unique. L’absorption complète des médias dans le capital est déjà une évidence quand dix milliardaires contrôlent 90 % de la diffusion des quotidiens nationaux (4). Mais leur satellisation par un appareil étatique de contrôle de l’information vraie fait partie de ces variations de degré qui menacent d’une modification qualitative de la perception.

Voilà donc le tragique destin. Les médias ont cru se sauver de la misère et de la déconsidération en jouant comme dernière cartouche la croisade contre les fake news. Mais plus puissant et plus opportuniste qu’eux vient ramasser la mise et s’établir comme le Parrain de la vérité – en les vassalisant de fait. Ça n’est pas que les médias n’aient pas déjà largement pris le pli de la vassalité : quand Le Monde ou L’Obs se retrouvent dans la main de Xavier Niel qui ne cache rien de son idée générale de la presse – « quand des journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix » (5) –, quand Libération ou L’Express se voient en équivalent numérique de l’ancien radio-réveil offert avec un abonnement, en l’occurrence à un fournisseur d’accès, on ne se sent pas exactement fouetté par le grand vent de la liberté.

Mais, signe des temps, si, nécessité faisant loi, l’on s’est très bien accommodé du dernier degré de vassalisation économique, on continue de faire des mines au moment d’entrer dans l’orbite de l’État. C’est qu’on tentait de survivre en trayant la rente morale offerte par des Erdoğan, Orban, Poutine et des Kim Jong variés. L’exercice de la posture va devenir plus difficile dans ces conditions où soi-même on consulte au ministère. On était Samuel Laurent ou Cédric Mathiot quand même, c’est-à-dire pas n’importe quoi, et voilà qu’on se réveille comme chef de bureau à la sous-direction de la vérité au ministère de l’intérieur. Technicien de surface chez Facebook à la rigueur, mais cadre B de la fonction publique, non !

La vérité de « la vérité »

Ça n’est pas tant, ici, que le changement de degré produise le changement de nature, mais qu’il le révèle – car il était acquis depuis un certain temps déjà. En réalité la perception commençait d’être acquise elle aussi, mais il est indéniable que le patronage étatique dans la certification de la vérité lui fait connaître un fameux progrès. Et, coïncidence malheureuse, en venant miner la stratégie résiduelle même que déployaient les médias pour planquer la merde au chat : quand on croule sous le poids de ses propres manquements, qu’on est sous le feu de la critique, et qu’on n’a aucune intention de rien changer, il reste toujours la possibilité de reprendre l’initiative en inventant des croisades subalternes : le complotisme et les fake news.

Choix terriblement mal inspirés en fait puisqu’ils étaient l’un comme l’autre susceptibles de se retourner en incrimination des incriminateurs. L’obsession du complotisme en dit au moins aussi long sur l’existence réelle de délires conspirationnistes que sur un certain tour d’esprit propre aux hommes de pouvoir qui vivent objectivement dans l’élément du complot, et dont les journalistes, quoique demi-sels d’antichambre, ont fini par s’imprégner à force de proximité. Si bien que la chasse aux complotistes a tout d’une manifestation de mauvaise conscience projective (6) – mais évidemment parfaitement méconnue comme telle.

Le cas de la fake news est plus désespérant encore. Il y a d’abord l’indigence intrinsèque de la notion, révélée par ses philosophes mêmes : « fake news », nous avertit Cédric Mathiot, « a un sens très particulier »– qui justifie donc l’intervention d’intellectuels spécifiques – : il s’agit d’« une véritable volonté de tromperie, (d’)une information fausse, fabriquée à dessein pour tromper ». L’idée, d’une nouveauté littéralement terrassante, méritait bien de recevoir son concept à part entière, et surtout d’être dite en anglais. Car on n’avait jamais rien vu de tel – même pas en français. « Un sens très particulier » donc. Pour commencer.

Mais si c’était là le seul problème de la fake news… Hélas son inconvénient principal est ailleurs : là encore, dans sa traîtresse réversibilité. Car évoquer la propagation de fausses nouvelles fait immanquablement revenir en mémoire l’édifiant bilan de la presse officielle en cette matière, depuis ce qu’Acrimed appelle assez justement le journalisme de préfecture (7) jusqu’à la préparation du terrain pour des guerres à morts par milliers (8) (mais le compte Twitter de BHL ne risque rien). De même, donc, que pour le complotisme de l’anticomplotisme, la chasse à la fake news est la mauvaise conscience renversée de la fake news institutionnelle. Reproduisant par-là le système général des autorisations différentielles propre aux inégalités sociales, système par lequel le même acte est jugé différemment selon la position sociale des commettants, la dénonciation de la fake news des gueux a pour objet de faire oublier la fake news des puissants (ou des bons puissants contre les mauvais), la fake news protégée par les habitudes de la respectabilité et les tolérances de l’entre-soi.

Mais elle vise plus encore à substituer sa question secondaire à une question principale, par le projet de réorganiser tout le débat sur les médias autour du problème somme toute inepte de la « vérité » – car il est inepte une fois qu’on a accordé cette trivialité que tout commence avec l’établissement correct des faits –, quand le seul problème important est celui de la détention – actionnariale. Que le fonctionnement général de l’information soit infiniment moins affecté par quelques cinglés qui délirent, ou quelques officines qui intriguent, que par le fait massif de la propriété capitaliste concentrée, c’est ce que peinent visiblement à comprendre les demeurés du fact-checking qui font la chasse aux mouches pendant que le gros animal est dans leur dos.

Ça n’est donc même pas que la diversion « fake news » tourne court, c’est qu’elle revient façon manivelle. Mais la foirade est complète quand le nouveau partenariat des médias et du parquet (si les premiers ne s’y trouvent pas embarqués de leur complet aval) achève de mettre en pleine lumière l’indésirable vérité de la « lutte pour la vérité ». Il n’y avait plus que l’idéologie professionnelle de la corporation pour croire à cette vaste blague de la presse contre-pouvoir, quand tout atteste qu’elle est passée entièrement du côté des pouvoirs. Au moins restait-il ce qu’il fallait de distinctions formelles pour faire perdurer l’illusion auprès des moins avertis. Évidemment, si les médias installent leurs « cellules » quelque part entre le palais de justice et la préfecture de police, tout ça va devenir plus compliqué.

Politique-fake news

Que tout se voit davantage, c’était bien une prévisible némésis pour les médias du macronisme. Car s’il y a une maxime caractéristique du macronisme, c’est bien moins « En marche » que « Tout est clair ». Avec Macron tout est devenu très clair, tout a été porté à un suprême degré de clarté. L’État est présidé par un banquier, il offre au capital le salariat en chair à saucisse, il supprime l’ISF, il bastonne pauvres et migrants, dix ans plus tard et après n’avoir rien compris, il rejoue la carte de la finance. Tout devient d’une cristalline simplicité. En même temps – comme dirait l’autre – il n’a pas encore complètement rejoint son lieu naturel, le lieu du cynisme avoué et du grand éclat de rire ; et la guerre aux pauvres ouverte en actes ne parvient pas encore à se déclarer en mots. Il faut donc prétendre l’exact contraire de ce qu’on fait, scrupule résiduel qui met tout le discours gouvernemental sous une vive tension… et, par conséquent, vaut à ses porte-parole un rapport disons tourmenté à la vérité. Se peut-il que le schème général de l’inversion, qui rend assez bien compte des obsessions anticomplotistes et anti-fake news, trouve, à cet étage aussi, à s’appliquer ? C’est à croire, parce que la masse du faux a pris des proportions inouïes, et qu’il n’a jamais autant importé d’en rediriger l’inquiétude ailleurs, n’importe où ailleurs. On doit prier dans les bureaux pour que se fassent connaître en nombre de nouveaux fadas, des équivalents fonctionnels de la Pizzeria Comet Ping Pong (9), des hackers russes, des allumés des chemtrails ou de n’importe quoi pourvu qu’on puisse dire que le faux, c’est eux. Mais qu’heureusement l’État de médias veille.

En attendant que ces faux adversaires et vrais renforts arrivent, et qu’on puisse lancer contre eux la brigade très légère des fact-checkers, éventuellement accompagnée d’un panier à salade, il faut bien parler quand on est ministre et qu’on n’a pas réussi à éviter tous les micros (vraiment, on comprend qu’ils se planquent). Muriel Pénicaud explique sans ciller que la nouvelle disposition des ruptures conventionnelles constitue « un atout pour les salariés » (10). La même, qui a constitué une partie de son patrimoine par des plus-values sur stock-options consécutives à ses licenciements, est bien partie pour économiser 49 000 euros d’ISFet l’on se demande ce qui, de ce fait ou de la fausse nouvelle d’un compte de Macron aux Bahamas, offense le plus l’esprit public. En tout cas Benjamin Griveaux n’en jure pas moins que « le gouvernement ne fait pas de cadeaux aux riches » (11). Gérard Collomb affirme, lui, qu’avec la loi antiterroriste « nous sortons de l’état d’urgence ». Éduqués à faire où on leur dit de faire, les médias ont répété à l’unisson. Avec évidemment un niveau de dissonance à y laisser la santé mentale : « sur le fond, les mesures d’exception vont devenir la norme » écrivent ainsi Les Échos – qui n’en titrent pas moins « Macron tire un trait sur l’état d’urgence » (12). On rapporte que Collomb en a marre de « passer pour le facho de service ». Mais c’est qu’il lui revient fonctionnellement le mauvais bout dans la ficelle de la double vérité – allez, c’est le bout où l’on récupère quand même l’admiration de l’extrême droite. Le bon bout, Macron se l’est gardé pour lui : « nous devons accueillir les réfugiés, c’est notre devoir et notre honneur ».

Tout ça fait déjà beaucoup, mais le mensonge s’élève pour ainsi dire au carré quand il est celui d’un discours qui porte sur le mensonge. Élevant tout cet ensemble à un point de perfection, et se rendant elle-même au tréfonds de l’abaissement, la ministre de la culture n’hésite pas à déclarer que la future loi sur les fake news vise « à préserver la liberté d’expression » (13). Boucle bouclée – et le ministère de l’intérieur a maintenant également absorbé une direction de la culture rectifiée.

S’il faut conserver quelque chose de la philosophie du Désintoxicateur, accordons-lui que le concept de la fake news est bien là, dans sa pureté : nous avons affaire à un ensemble de dires outrageusement faux, « fabriqués à dessein pour tromper ». Prévisible ironie, la loi sur les fake news est bien le terminus de la vérité – mais rejoint au nom de la lutte contre la post-vérité. Que la némésis de la presse macronienne advienne par Macron lui-même, n’est-ce pas finalement dans la logique des choses ? Ce n’est plus un gouvernement, c’est une fanfare à fake news. Tous les instrumentistes semblent bourrés, en tout cas cornent à tout va. Mais en fait sous la férule et dans la crainte du chef d’orchestre. Et, comme le veut cette forme renversée de cohérence désormais familière, le tout selon une partition attaquant les libertés au nom de la lutte contre « l’illibéralisme ».

Remarquable trajectoire, même si elle n’est faite que pour étonner les « faiseurs de barrage ». Prétextée par les outrances de Trump, la course à la vérité s’achève dans un devenir-Trump de Macron, qui plus est embarquant la presse des vraies-news dans ce grand huit d’où l’on aura sans doute à ramasser quelques désorientés. Que Macron se mette à avoir des airs de Trump, ce sont leurs politiques fiscales semblables qui l’ont déjà laissé entrevoir (14). Voilà qu’ils se ressemblent maintenant par leur commune obsession pour les fake news, simultanément propagateurs – bien sûr pas encore au même degré de grossièreté – et promettant de les éradiquer. Comme l’autre, Macron a visiblement envie d’être quelque chose in chief. Pourquoi pas Decoder in chief alors ?

On devrait tenir pour un symptôme sérieux qu’un gouvernant se prenne d’obsession pour les fake news : le symptôme de celui qui, traquant les offenses à la vérité, révèle qu’il est lui-même en délicatesse avec la vérité. Nous en savons maintenant assez pour voir que la politique entière de Macron n’est qu’une gigantesque fake news – parachevée, en bonne logique, par une loi sur les fake news. Entre le parquet et les cellules de Décodeurs, il y a de la catastrophe logique dans l’air, et de la souffrance au travail qui s’annonce. Ou peut-être pas.

Obsessions complotistes, obsessions anticomplotistes

On comprend sans peine que Libération et Le Monde, mais parmi tant d’autres, se soient fait une joie de l’étude Fondation Jean-Jaurès-Ifop sur les tendances complotistes de la population. Les deux principales écuries à Décodeurs n’allaient tout de même pas laisser passer ce caviar d’une justification en quelque sorte ontologique. Ni la presse en général manquer une occasion de réaffirmer que le monopole de l’information vraie comme de la pensée juste lui appartient. On notera au passage comme est bien conçue cette « étude », qui accole les 75 % de la population manifestant une défiance envers les médias avec le reste de la benne à complotistes, l’idée étant de suggérer, comme il se doit, que douter des médias et battre la campagne conspirationniste, c’est tout un. À l’évidence, ce qu’on pourra maintenant appeler le « massif du pouvoir », attaqué de toutes parts, n’est plus capable, pour se maintenir dans son monopole de la direction générale, de trouver d’autre solution que… la disqualification de la population même : elle est économiquement illettrée, politiquement errante, et d’une crédulité vicieuse.

On sait donc maintenant avec une certitude scientifique au moins égale à celle de l’institut Ifop que le massif du pouvoir a perdu tout moyen de comprendre ce qui lui arrive – état de stupidité qui fait pressentir les conditions dans lesquelles, incapable de la moindre rectification de trajectoire, il finira : mal (car il finira bien un jour). Il a notamment perdu les moyens de comprendre ce qui se joue avec l’inflammation conspirationniste – dont il reste à prouver, tous effets de loupe des réseaux sociaux mis à part, qu’elle a effectivement crû. C’est que Rudy Reichstadt et la Fondation Jean Jaurès se seraient sans doute empressés de comptabiliser comme complotistes les « satellites détraquant la météo » qui faisaient les beaux jours des comptoirs des années 60 – et les satellites étaient russes !

Que la pensée publique erre dans le mouvement naturel de faire sens de ce qui lui arrive, c’est un fait dont la nouveauté historique demanderait à être beaucoup discutée. Que, par un effet paradoxal, l’ampleur des élucubrations ait crû à proportion de l’élévation du niveau général d’étude, c’est-à-dire du nombre des gens s’estimant autorisés à « avoir des idées » sur le cours du monde, et à les dire, maintenant même à les publier, c’est probablement une piste plus robuste. Que l’obstination des pouvoirs à confisquer la conduite des affaires publiques en en dissimulant à peu près tout des gouvernés, fouette la production populaire des conjectures, qui plus est dans un contexte d’illégitimité croissante des gouvernants, et avec nécessairement la croissance, là encore simplement proportionnelle, de sa part égarée, ce serait aussi une piste à creuser. Mais on comprend que ni Le Monde ni Libération n’en aient la moindre envie. Quant à la cabane de jardin de la rue de Solférino (la Fondation Jean Jaurès) il y a beau temps qu’elle a perdu le dernier outil qui lui permettrait de creuser quoi que ce soit.

Frédéric Lordon

Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, 08-01-2018

https://www.les-crises.fr/recommande-macron-decodeur-en-chef-par-frederic-lordon/

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samedi 6 janvier 2018

L’incroyable mauvaise foi de RT, qui inverse carrément les propos d’Emmanuel Macron

Rédacteur en chef du mensuel Ruptures, Pierre Lévy réagit avec ironie aux vœux à la presse prononcés le 3 janvier par le président français.

TL MACRON POUTINE PRESSE

La soirée s’annonçait sous les meilleurs auspices. L’ambiance était chaleureuse et détendue, les petits fours, délicats et exquis, le président, urbain et charmeur comme à son habitude. Renouant avec la coutume des vœux à la presse, le maître de l’Elysée rencontrait, ce 3 janvier, l’élite des confrères.

Et il n’a pas déçu, se livrant à un remarquable plaidoyer pour la liberté des médias et exaltant l’intelligence des lecteurs et des internautes.

Au titre du premier thème, il n’a pas hésité à s’insurger contre l’emprise de quelques mastodontes privés sur les plus grands titres de la presse française, dénonçant sans trembler les Drahi, Bouygues, Dassault, Niel et autres oligarques : ceux-là symbolisent à ses yeux une concentration médiatique menaçant l’information libre et indépendante. Et il a promis un train de mesures visant à favoriser et renforcer le pluralisme de la presse, l’expression de toutes les sensibilités, bref, le libre débat.

Quant à son second plaidoyer, il a marqué les journalistes présents par sa hauteur de vue. Prenant implicitement ses distances avec ceux professant un contrôle étroit des médias (tout particulièrement avec un texte publié récemment appelant à suspendre la chaîne RT, ont noté les plus attentifs), il a au contraire fait valoir que le peuple français était un peuple adulte, et que les femmes et les hommes de ce pays savaient parfaitement distinguer l’information honnête des «fake news».

Ceux qui s’adonnent à la diffusion de fausses nouvelles se discréditeront eux-mêmes, a martelé en substance l’hôte des lieux. Rappelant que lui-même était issu de la génération internet – une discrète pierre jetée dans le jardin de ses prédécesseurs – il a insisté : «Je ne serai pas celui qui enserrera la liberté numérique et télévisuelle dans le carcan des surveillances et des réglementations.»

C’est sans doute cette ode au pluralisme, à la démocratie et à la conscience des citoyens que n’a pu supporter la chaîne RT. Avec une incroyable impudence, celle-ci a immédiatement retransmis des propos déformés, ou plutôt carrément inversés. Probablement sur requête personnelle de Vladimir Poutine, les scribouillards du Kremlin ont osé affirmer que le président s’apprêtait à intervenir afin que l’Etat puisse contrôler la façon dont les informations sont produites, et prétendu qu’il aurait menacé : «En cas de propagation de fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge afin de supprimer le contenu mis en cause, de dé-référencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l'accès au site internet.»

Totalement parano, RT a honteusement affirmé qu’Emmanuel Macron prévoyait de «repenser les pouvoirs du régulateur pour lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers». Le CSA, toujours selon les sbires moscovites, serait à l’avenir autorisé à suspendre ou annuler toute convention de diffusion «en cas d'agissements de nature à affecter l'issue du scrutin que cela soit en période pré-électorale ou électorale».

Une telle propagation de citations totalement inventées atteint décidément des sommets. On se demande d’ailleurs comment les dirigeants de RT peuvent espérer conserver un minimum de crédibilité après avoir propagé de telles horreurs, aussi grotesques qu’absurdes.

Du reste, si de tels propos avaient réellement été tenus – hypothèse d’école, évidemment – il est certain que de nombreux journalistes présents auraient manifesté leur réprobation, voire leur indignation, tant le ton et les menaces brandies ressemblent aux propos que le président ne manque pas de mettre lui-même dans la bouche des dirigeants «illibéraux», qu’ils soient nord-coréens ou iraniens, chinois ou russes.

En outre, le chef de l’Etat n’aurait certainement pas pris le risque de se mettre en porte-à-faux avec Bruxelles, qui fait la chasse aux pays membres de l’UE soupçonnés de mettre en péril l’indépendance de la presse. Le très européen président français ne pouvait évidemment songer un instant à placer notre pays dans le collimateur de la si sympathique Commission européenne.

Bref, ces billevesées et coquecigrues inventées par RT n’auront trompé personne.

On attend du reste d’un instant à l’autre le démenti de l’Elysée.

https://francais.rt.com/opinions/47022-incroyable-mauvaise-foi-rt-qui-inverse-propos-macron

BASE 14 995X225Voir aussi:

Vœux à la presse : RT France réagit aux propos d'Emmanuel Macron

Le président de la République a annoncé la mise en place d'un dispositif contre les fake news et la propagande. Dans son allocution devant les journalistes, il a notamment ciblé les médias financés par l'étranger. Voici ce qu'en pense RT France.

Suite à la conférence de vœux à la presse tenue ce jour par le président Emmanuel Macron, la société RT France souhaite rappeler avoir signé une convention avec le CSA en septembre 2015. Celle-ci détaille les exigences de pluralisme, d’honnêteté et d’indépendance auxquelles RT France s'est engagée. Un comité d'éthique de 5 membres* a également été constitué ainsi que le CSA l'a demandé. RT France a respecté toutes les règles et procédures en vigueur. Il semble cependant que les règles vont changer. RT France attend sereinement de découvrir le contenu exact du projet de loi évoqué par monsieur Macron lors de sa conférence de vœux à la presse. Comme tout média, RT France espère que la liberté de la presse et la liberté d'expression, fiertés de la France, ne seront pas affectées.

• Madame Anne Gazeau-Secret, diplomate, ex-ambassadeur de France, Conseiller d’Etat s.e.

Officier de la Légion d’honneur

• Monsieur Jacques-Marie Bourget, journaliste, écrivain

Chevalier de la Légion d’honneur, Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres

• Monsieur Jean-Luc Hees, journaliste, écrivain

Officier de la Légion d’honneur, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

• Monsieur Thierry Mariani, homme politique, ancien ministre, membre honoraire du Parlement

• Monsieur Majed Nehmé, journaliste, chercheur

https://francais.rt.com/rt-vous-parle/47005-voeux-presse-rt-france-reagit-propos-macron

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Macron et la liberté d'expression

 Emmanuel Macron, Président « Néo-illibéral » ? Par Régis de Castelnau

Tribune libre.

TL MACRON PRESSE

Lors de la présentation de ses vœux à la presse, Emmanuel Macron en ciblant de façon transparente la chaîne d’information continue RT France a montré la conception assez effarante qu’il a de la liberté d’expression. Son intervention est très menaçante, puisqu’au-delà du fait qu’elle fait sienne les délires russophobes qui ont actuellement cours aux États-Unis, elle constitue un sévère rappel à l’ordre des journalistes eux-mêmes.

Invités non seulement à respecter la stratégie éditoriale des médias nationaux, tous inféodés aux grands groupes, mais à éviter aussi d’exercer leurs compétences dans les organes de presse situés en dehors de ce périmètre étroit. Au détour de certaines phrases, les menaces deviennent plus précises vis-à-vis de ceux qui ne resteraient pas dans la ligne. Et le président d’ajouter qu’il envisage la création de procédures visant à carrément interdire les organes qui ne seraient pas dans la ligne. Emmanuel Macron prévient que les contrevenants pourraient se voir retirer leur autorisation d’émettre par un CSA « repensé ». On peut pourtant le savoir déjà inféodé à la Doxa, avec un service public devenu, en violation de la loi qui fait du pluralisme une obligation, un outil de propagande monolithique digne de la Pravda soviétique. Ou sa complaisance vis-à-vis du déferlement de propagande dont a bénéficié Emmanuel Macron avant, pendant et après l’élection présidentielle. Il faudrait donc « repenser » le CSA ? On peut légitimement être très inquiet.

Pour justifier ce retour des ciseaux d’Anastasie, le Président de la République, prétend vouloir lutter contre les «fake news », concept commode qui permet de disqualifier la contradiction. Car, on sait bien que cette prétention à la « vérité objective » n’est que le masque d’une volonté de stériliser le débat et d’éviter surtout qu’il soit contradictoire. Comme on l’a vu avec les ridicules tentatives de flicage de décodeurs autoproclamés.

Certains commentateurs disent que le Président souhaiterait protéger les médias, appartenant à ses amis, et en difficulté malgré les aides massives de l’État. Et qu’il aurait été maladroit, avec cette intervention en cédant aux penchants bonapartistes que d’aucuns lui prêtent. C’est plutôt le terme aplomb, voire culot qui vient spontanément à l’esprit et que c’est « marmite qui dit cul noir à chaudron».

Il a bénéficié d’une complaisance massive des grands médias, poussée parfois jusqu’au ridicule, notamment pendant la campagne officielle des élections présidentielles. On ne reviendra pas sur le recensement des espaces consacrés à chanter ses louanges. Mais on rappellera quand même que la blitzkrieg judiciaire menée pour disqualifier son principal adversaire a quand même été conduite par des magistrats militants en liaison étroite avec une presse qui l’a relayée avec gourmandise. Il est clair aussi que dans un État de droit respectant ses propres règles, en application des règles impératives du code électoral, une bonne partie du coût de cette propagande aurait dû être réintégré à son compte de campagne. Aboutissant à pulvériser le plafond des dépenses avec toutes les conséquences de droit. Nicolas Sarkozy en sait quelque chose.

Alors techniquement, que nous a annoncé Emmanuel Macron du projet de loi de censure dont il entend saisir le Parlement dès 2018 ? Visant RT France qualifiée d’outil de propagande d’un gouvernement étranger, il nous dit que : «cette propagande articulée avec des milliers de comptes sur les réseaux sociaux qui, en un instant, répandent partout dans le monde, dans toutes les langues, des bobards inventés pour salir un responsable politique, une personnalité, une figure publique, un journaliste ». Outre que cette soudaine conversion fera probablement plaisir à Nicolas Sarkozy, encore lui, qui a eu droit au pilori plus souvent qu’à son tour, force est de constater que cette accusation qui relaie les délires américains, ne repose factuellement sur rien de concret. On relèvera cette russophobie de circonstance, et cette hostilité infondée, vis-à-vis d’un pays avec lequel nous devrions entretenir de bonnes relations. Et surtout le caractère absurde de cette focalisation sur ce média et ce pays, saute aux yeux, puisque de nombreux pays étrangers disposent dans notre pays de chaînes de télévisions qui desservent notre territoire. Et c’est à cette occasion que l’on voit bien que les cibles principales, ce sont les réseaux Internet et la liberté d’expression qui s’y déploie. Tous les états, illibéraux ou pas, la détestent et souhaitent la restreindre et la contrôler. Le Président de la République française n’y échappe pas, que l’on pourra peut être bientôt qualifier de «néo-illibéral».

Emmanuel Macron et ses ruses.

Ce qui n’empêche pas de faire preuve de ruse, puisque le nouveau dispositif de censure serait (dans un premier temps ?) réservé aux campagnes électorales. C’est astucieux, puisque que la communication pendant ces périodes dispose déjà de règles particulières distinctes de celles du droit commun. En matière de diffamations et injures, les procédures font l’objet d’un traitement beaucoup plus rapide en période électorale. La communication est enfermée dans des périodes précises, comme par exemple la clôture du vendredi soir qui interdit toute propagande le samedi et le jour du scrutin. Pour la bonne raison que le temps manquerait alors pour répondre. Ce qui montre bien que le principe à défendre est celui du contradictoire. Les fausses nouvelles, les mensonges, les diffamations, peuvent également être prises en compte si elles ont porté atteinte « à la sincérité du scrutin » et aboutir à une éventuelle annulation de celui-ci avec le retour devant les électeurs. Il y a également la réglementation relative au financement des campagnes électorales. La loi de 1990 a fixé pour des raisons d’égalité devant le suffrage universel des plafonds de dépenses. Le compte de campagne va contenir celles exposées par le candidat, mais également celles que la Commission Nationale des Comptes de Campagne va y réintégrer en considérant qu’elles ont été dépensées pour des actions en faveur de ce candidat. C’est l’application de cette règle très rigoureuse qui a abouti à l’invalidation du compte de Nicolas Sarkozy en 2012. De la même façon, les actions de communication électorale financées par les entreprises privées sont interdites. Mais l’examen très rapide de ces quelques règles démontre que le principe fondamental qui gouverne toujours la liberté d’expression et ses éventuelles limites (qui doivent être restreintes) est que le contrôle doit être judiciaire et à posteriori.

Comment ne pas être atterré lorsque l’on entend Emmanuel Macron nous dire que « En cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé, permettant, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l’accès au site Internet ».

En droit français, le « juge des référés est le juge de l’évidence » et ne peut donc prendre que des mesures provisoires à charge pour les plaignants de poursuivre ensuite devant le juge du fond. Eh bien, avec ce que nous promet Emmanuel Macron, ce juge de l’évidence saisi en urgence pourra condamner à mort un média sur la simple accusation de « propagation d’une fausse nouvelle » ! Cela ne pourra donc être autre chose que du contrôle a priori. Et de quoi donc ? De la véracité de ce qui aura été exprimé ? Mais comment ?

Prétendre que Jacques Chirac était mort comme l’avait fait imprudemment Christine Boutin dans un tweet, était à l’évidence une Fake news. Dont elle s’est excusée. Mais, sans remonter aux faux charniers de Timisoara, avoir prétendu que Kadhafi commettait un génocide contre son peuple, pour justifier une intervention militaire illégale, était-ce une fake news ? Était-ce la propagation de fausses nouvelles que de se répandre sur tous les plateaux complaisamment ouverts, comme le firent Glukcksmann, Goupil et autres Bruckner pour, relayant les mensonges de George Bush, affirmer l’existence d’armes de destruction massive en Irak dans le but de justifier une guerre d’agression avec le résultat que l’on connaît ? Comment définir ce que sont la « fausse nouvelle » et la « propagation » de façon suffisamment claire, pour justifier une telle atteinte dans l’urgence, à la liberté d’expression? Et puis, quelle est cette désinvolture à vouloir trancher d’un trait de plume la complexité de la question des liens qu’entretiennent « les faits » et « la vérité » ? À propos de la vérité historique, les plus grands historiens eux-mêmes disent qu’il faut distinguer factualité et vérité, cette dernière étant changeante. Ne parlons même pas de la « vérité judiciaire » toujours relative et si complexe à élaborer.

Non, ce qui est en jeu, au travers de cette opération de diabolisation d’un média étranger et de l’utilisation d’un concept fourre-tout, au caractère volontairement flou, c’est une tentative d’imposer une vérité politique. Et de lui donner un statut irréfragable en en sanctionnant lourdement la contestation.

Il est indispensable que cette manœuvre soit combattue pour ce qu’elle est : une atteinte inacceptable à la liberté d’expression.

https://www.les-crises.fr/emmanuel-macron-president-neo-illiberal-par-regis-de-castelnau/

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==============Commentaire relevé:
Il faut lutter contre ce mensonge qui consiste à associer néolibéralisme et liberté. La seule liberté que permet le néolibéralisme c’est celle du loup dans la bergerie. De la même façon que la suppression des forces de police ne nous rendrait pas plus libre mais ferait de nous les victimes de la loi du plus fort, la dérégulation inhérente au néolibéralisme produit un chaos qui ne profite qu’aux criminels et aux malades mentaux que sont les toxicomanes de l’enrichissement personnel.

Platon [Pascal?] disait que, puisque nous ne pouvions faire en sorte que ce qui soit fort soit juste, les lois permettaient que ce qui soit juste soit fort. En supprimant les lois, le néolibéralisme n’apporte pas la liberté, mais il supprime au contraire la justice sans laquelle la liberté devient le luxe d’une minorité.

Macron est néolibéral, c’est donc un adversaire de la justice et de la liberté… et il n’a pas fini de nous le montrer.
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dimanche 31 décembre 2017

Connivence ? Les dessous embarrassants de l'interview d'Emmanuel Macron par Konbini

Arrêt sur Images a enquêté sur une interview exclusive pour Konbini du président de la République au Niger. Jugée complaisante, l'intervieweuse s'avère être une ancienne conseillère en communication sous la présidence Hollande.

ACT MACRON PRESSE UE

Le site d'infotainement Konbini a eu l'opportunité d'approcher en exclusivité le président de la République, lors d'un dîner de réveillon de Noël au Niger, en compagnie des militaires français de l'opération Barkhane. Aucun autre média, empêché par le service d'ordre, ne pouvait alors aborder Emmanuel Macron.

Dans sa vidéo diffusée le 24 décembre, Konbini offre deux minutes d'interview qu'il est difficile de ne pas qualifier de complaisante, c'est, en tout cas, le jugement qu'ont émis de nombreux internautes et journalistes.

Jusque-là rien de bien surprenant, les interviews accordées par Emmanuel Macron étant souvent accusées d'être proches de l'exercice de communication, sans questions ni relances fâcheuses. Dernièrement, c'était Laurent Delahousse qui avait été vivement critiqué pour son entretien diffusé le 17 décembre.

Néanmoins, le site Arrêt Sur Images a mené enquête afin de savoir pourquoi Konbini, une plateforme internet qui mêle actualité people et culturelle, buzz en tout genre et informations politiques, avait obtenu une telle exclusivité.

D'après le site, qui a publié un article sur le sujet le 27 décembre, le mérite reviendrait à Ariane Vincent qui, selon son CV publié sur le réseau social professionnel Linkedin, est rédactrice en chef du service politique de Konbini et également sa directrice de communication, un mélange des genres un brin particulier.

En outre, on y apprend qu'Ariane Vincent a, par le passé, travaillé pour différents services de communication du candidat à l'Elysée Hollande puis du gouvernement sous sa présidence, jusqu'en mai 2015. Ce qui peut laisser penser qu'Emmanuel Macron ne lui est pas totalement inconnu, celui-ci ayant été secrétaire général adjoint du cabinet du président de mai 2012 à juillet 2014, puis ministre de l'Economie d'août 2014 à août 2016.

Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, Arrêt sur Images dévoile en outre que le co-fondateur du site Konbini, David Creuzot, «faisait [...] partie de la délégation française qui accompagnait le chef de l'Etat lors de son déplacement» en Afrique, en novembre dernier. Une présence qu'a confirmée l'Elysée, qui ajoute que «Konbini voulait se développer en Afrique», selon des propos relayés par Arrêt sur Images.

 

Des fautes de communication de la part de Konbini ?

La promotion par Konbini de son interview vidéo d'Emmanuel Macron au Niger a également contribué à susciter le malaise. Sur Twitter, Konbini a sollicité une réaction... de l'Elysée. Le parti créé par Emmanuel Macron, La République en marche (LREM), et le porte-parole de la présidence de la République, Bruno Roger-Petit (lui-même ancien journaliste), ont d'ailleurs retweeté la publication.

Face à la polémique enflant sur les réseaux sociaux ces derniers jours, Ariane Vincent a tenté une contre-attaque le 28 décembre, ciblant Arrêt sur Images. Elle dévoile ainsi sur Twitter que Robin Andraca, l'auteur de l'article critique, avait postulé au mois de novembre pour rejoindre la rédaction de Konbini. Elle menace en outre de révéler le contenu des mails de sa candidature et met en copie de son tweet le directeur d'Arrêt sur Images, Daniel Schneidermann.

Robin Andraca ne s'est pas démonté, répondant laconiquement : «C'est vrai. Et comme pour mon article, je n'ai pas eu de réponse de votre part.»

Nombre d'internautes prenant la défense du journaliste d'Arrêt sur Image, Ariane Vincent a par la suite admis qu'elle venait de faire là une bourde, avouant que la discussion «aurait dû rester privée».

https://francais.rt.com/france/46887-quand-media-konbini-devient-agence-de-communication-pro-macron

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Un journalisme de connivence orchestré par le régime lui- même, en voilà une bonne idée!  P.G.

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vendredi 22 décembre 2017

“Emmanuel Macron croit-il vraiment en l’Union Européenne ?”

Etienne Campion est membre de "Critique de la raison européenne".

TL MACRON CRE

En bon président jupitérien, Emmanuel Macron n’a pas fait de la mesure son crédo. Le 24 octobre dernier on oubliait vite l’étreinte du terrorisme et du chômage de masse sur le Vieux Continent puisque notre président nous jurait avoir remporté une « victoire pour l’Europe ». On nous dit l’Europe sauvée grâce la réforme d’une directive qui, il est vrai, polarise les critiques de part et d’autre : la directive détachement des travailleurs. L’emballage est beau, comme toujours avec Emmanuel Macron. On s’y prenait à « penser printemps ! ».

Enfin voilà que les faits sont têtus, le réel aussi. Ils n’ont laissé qu’un mois de répit à Emmanuel Macron. Car ce 20 novembre 2017, la direction générale du travail annonçait une hausse significative du nombre de travailleurs détachés en France pour l’année 2016 (+23,8%), venant élever le nombre total à 354 151. Dans la foulée les syndicats de chauffeurs routiers ont organisé des blocages aux frontières, ce 21 novembre, protestant contre la mise à l’écart de leur secteur dans la réforme.

En raison de concessions faites par Emmanuel Macron aux pays de l’Est réticents à cette réforme, le secteur routier en a effectivement été exclu. Mais il serait bien indulgent de restreindre nos critiques envers notre président à ce simple revers. Car si cette réforme – qui n’a de réforme que le nomne résoudra rien aux problèmes que posent le travail détaché et n’endiguera d’aucune sorte le nombre croissant de ses usagers, le plus important n’est qu’à peine là.

Il fallait voir l’esprit avec lequel Emmanuel Macron l’a menée. Il participe d’une contradiction majeure qu’il serait fâcheux d’ignorer tant elle est lourde de responsabilité : en acceptant de revenir sur cette directive, Emmanuel Macron, héraut de l’Union européenne, a émis implicitement une critique des principes qui régissent la philosophie intrinsèque à l’Union. A savoir ceux de l’Acte unique européen de 1986 et ses grandes « libertés », la libre circulation des personnes et la libre prestation de services.

Mais revenons d’abord sur cette directive détachement des travailleurs en elle-même. Elle date de 1996 et permet à un travailleur de l’Union européenne de se déplacer dans un autre Etat membre pour aller y travailler. Le problème majeur qu’elle pose vient du fait que, si certes elle permet aux travailleurs d’être payés selon les réglementations salariales du pays dans lequel le travail est exercé, elle autorise le patronat à verser les charges sociales des pays d’origine des travailleurs. Ce qui crée du dumping social en Europe, engendre des pertes pour les caisses de sécurité sociale et impose une concurrence déloyale aux travailleurs autochtones. Sans évoquer l’exploitation des travailleurs détachés.

Or il suffit d’analyser les grandes lignes de la « réforme » obtenue par Emmanuel Macron pour se rendre compte que la montagne a accouché d’une souris. Et que tout cela avait pour fonction de relancer un début de quinquennat et un projet européen qui battent de l’aile par une communication bien rodée, il est vrai.

Car, premièrement, si le principe du « A travail égal, salaire égal » (qui d’ailleurs ressemble étrangement dans sa forme au « travailler plus pour gagner plus ! » sarkozyste, autre slogan symbolique de la communication politique contemporaine) a été établi et que des primes pourront être perçues par les travailleurs dans les pays où le travail est effectué, il demeure que rien n’a changé concernant le nœud gordien de l’affaire : les cotisations sociales seront toujours payées dans le pays d’origine du travailleur détaché. Ce qui continuera d’alimenter le dumping social et le manque-à-gagner pour les caisses, françaises notamment. Et constitue d’ailleurs une menace à long terme pour le financement du système de sécurité sociale, puisque les conséquences finiront par être payées par les autres : malades, retraités, handicapés…

Deuxièmement, l’aménagement sur la durée du travail détaché, abaissé a douze mois (avec six mois supplémentaires envisageables à la demande des entreprises) est symbolique et inutile puisque la durée moyenne d’un détachement n’est en moyenne que de 103 jours en Europe et 47 jours en France.

Troisièmement, cet accord ne prend effectivement pas en compte le secteur du transport routier, l’un des plus assujettis au travail détaché. Un emploi non délocalisable par nature mais qui reste soumis à la logique de la division internationale du travail. Car si le haut patronat européen ne peut délocaliser à l’étranger dans certains secteurs, son comportement rationnel l’amènera à valider la mise en mouvement d’une main d’œuvre étrangère dont il se servira comme armée de réserve pour entretenir une pression à la baisse sur les salaires des travailleurs autochtones (rien de bien nouveau puisque le processus était mis au jour il y a 150 ans par un certain Karl Marx. Le Capital, chapitre 25)(1).

Plus globalement le travail détaché participe d’une institutionnalisation par le droit de ce que l’on pourrait qualifier de « délocalisation importée » : plus besoin de s’ennuyer à aller produire dans les pays où le coût de la main d’œuvre est faible, autant le faire venir chez soi directement ! D’autant plus qu’il est plus difficile de faire valoir ses droits pour un travailleur dans un pays dont il ne parle pas la langue et où sa priorité n’ira pas à la revendication et aux luttes sociales. Surtout quand le siège de l’entreprise est à l’autre bout de l’Europe (« diviser pour mieux régner » …).

Quatrièmement, le délai d’application de la réforme obtenue par Emmanuel Macron, en raison des mêmes concessions accordées par le gouvernement que celles qui ont trait au secteur routier, est de quatre ans. Une durée qui symbolise en elle-même toute l’inefficacité et la lourdeur des politiques publiques exercées dans le cadre fédéral de l’Union européenne. Quatre ans : largement assez pour que des travailleurs détachés soient exploités et que le dumping social perdure. Sans compter la destruction des emplois français assujettis à la sécurité sociale française, victimes de la concurrence déloyale des travailleurs détachés. La hausse du nombre de ces travailleurs enregistrée cette semaine n’a donc rien d’anecdotique : il en va d’un phénomène qui est amené à se structurer et à s’amplifier tant que la France restera dans le cadre des traités de l’Union européenne.

Voilà donc cette « victoire pour l’Europe ». On sent l’esbrouffe politicienne habillée de communication : « l’Europe qui protège » pour détourner l’attention des réformes réelles, loi Travail et CETA en tête, qui elles sont réellement induites de notre appartenance à l’Union européenne. Le poison pris pour le remède. L’Europe attendra, donc, car cette réforme était au mieux une victoire à la Pyrrhus, au pire l’expression d’une contradiction venant alourdir le poids bien lourd de celles qui pèsent déjà sur Emmanuel Macron.

Car l’homme du « et en même temps » ne peut continuer à jouer de ruse politicienne sans subir les risques que cela comporte : une délégitimation. Emmanuel Macron ne peut admettre une critique des fondements de l’Union via le travail détaché et en même temps la revendiquer sur les estrades, nettoyer sa conscience en parlant du dumping social et en même temps valider l’Acte unique, Maastricht et la société ouverte.

Car si Emmanuel Macron a raison de dénoncer le travail détaché et la logique qui le sous-tend, il se trompe totalement en déclarant qu’il va contre « l’esprit européen ». C’est même, au contraire, tout l’inverse. La directive détachement des travailleurs ne fait que codifier deux des quatre principes consubstantiels à l’Acte unique européen de 1986 et sa doxa néolibérale : la libre circulation des personnes et la libre prestation de services (les deux autres grandes libertés, celles des capitaux et des marchandises, sont d’ailleurs responsables d’autre types de dumping comme le dumping fiscal, notamment en Irlande). D’ailleurs tous les arrêts pris par la Cour de justice de l’Union européenne (qui a de quoi représenter l’« esprit européen »…) ont été dans le sens de l’intensification de la directive : celui de la concurrence libre et non faussée, le Graal de l’Union européenne telle qu’elle est construite, qui nivelle systématiquement à la baisse les réglementations nationales.

Ce qui implique par ailleurs que, malgré trente ans de promesses d’« Europe sociale », croire à l’harmonisation sociale vers le haut n’a aucun sens. Dans une organisation qui promeut et institue le dumping social, l’austérité budgétaire et l’ordo-libéralisme allemand comme vision monétaire, aucune politique mettant au cœur le social n’est véritablement permise. En des termes plus prosaïques, dans cette Europe aux fondements profondément néolibéraux, il n’y a pas de place pour concilier la philosophie politique de Jacques Delors (l’Acte Unique et ses grands principes) et ceux de sa fille, Martine Aubry (les 35 heures, la gauche sociale). L’Union européenne est d’abord une union économique et un grand marché avant d’être une organisation politique. C’est dans sa nature et c’était bien le choix de ses pères fondateurs. La meilleure volonté du monde ne suffira pas à la réformer, ce serait contre-nature. En ce sens elle est irréformable, et c’est d’ailleurs ce que nous affirment haut et fort ses dirigeants, quand par exemple Jean-Claude Juncker déclare qu’« il ne peut y avoir de démocratie contre les traités ».

Au double discours macronien nous revient donc la liberté d’adopter deux postures. La première est la suivante : on se prend au jeu de ses déclarations, on est crédule, on oublie les mauvaises langues qui parlaient du vide pour qualifier sa pensée politique et s’on attend à ce que Jupiter fasse enfin usage de la foudre. Qu’il aille au bout de sa logique et déconstruise l’Union européenne lui-même pour mettre fin au dumping social, à la concurrence déloyale et à l’exploitation des travailleurs qu’il s’est pris à fustiger.

Sauf que la crédulité a son temps et qu’un minimum de bon sens nous invite à adopter une seconde posture, celle qui constate qu’Emmanuel Macron fait en réalité usage d’une ruse quasi-machiavélienne et presque inédite historiquement en surjouant sa propre opposition. Car il n’a rien d’un ignorant et connaît très bien les principes qui régissent l’Acte unique et l’Union. D’autant plus qu’il n’en est pas à son coup d’essai en termes de contradictions (on se rappelle de celles sur la colonisation et la « Manif pour tous » qui semblent fonder, avec les petites phrases méprisantes et la communication post-moderne, le « style macron »). Il avait même été élu grâce à cette attention sélective suscitée : dire blanc le matin, noir l’après-midi, espérer que la masse saura se rappeler du gris pour être sûr de viser un maximum de segments de marché possibles (la logique marchande s’étant bien substituée à la logique démocratique : Macron ne s’adresse pas à la nation, comme le suppose la République, mais à des segments de marché).

Qu’il choisisse l’ambiguïté pour gouverner est son problème, mais Emmanuel Macron ne pourra s’y complaire éternellement. Car cette contradiction n’a rien d’anecdotique, elle a ceci de particulier qu’elle inaugure une critique de l’Union européenne par celui qui en est pourtant son messager. Mais l’enfumage va finir par se voir, et doit finir par se voir. Or, c’est malheureusement l’inverse qui semble être amené à se produire. A mesure que l’emprise du modèle de gouvernance néolibérale s’intensifiera (loi Travail, déflation salariale, chômage de masse, coupes budgétaires), Emmanuel Macron sera amené à surjouer l’opposition pour simuler l’écoute des mécontents et satisfaire un maximum de « parts de marché ».

La position d’Emmanuel Macron sur cette réforme est en réalité symptomatique d’un comportement propre aux dirigeants européistes depuis de longues années déjà. Relevant plus du dogme que de la logique rationnelle, ce parti pris nous enseigne qu’il est essentiel d’aller au bout du projet européen quoi qu’il advienne, parce que l’Histoire est écrite ainsi (François Mitterrand en fut le grand initiateur lorsqu’il en prononça l’hymne, plus par cynisme et pragmatisme que par conviction d’ailleurs : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir »). Tous les moyens sont donc bon pour parvenir à cette fin, quoi qu’en souffre la souveraineté des nations, quoi qu’en pâtissent les peuples européens (travail détaché, euro, austérité…).

Emmanuel Macron est donc le héraut de la logique religieuse intrinsèque à l’Union européenne dont il doit parachever le dogme, les miracles et les lois. Et à poursuivre en ce sens rien n’empêche de faire de lui l’auteur inconscient d’une théodicée contemporaine qui ne dit pas son nom. Comme Leibniz qui cherchait à expliquer la contradiction entre l’existence du mal et la bonté de Dieu, Emmanuel Macron est voué à expliquer la contradiction entre l’existence du mal inhérent à l’Acte Unique et la bonté de l’Union européenne.

Mais Macron connaît la célèbre maxime du Cardinal de Retz, religieux officiel, reprise par François Mitterrand, religieux officieux dont Macron suit la trajectoire : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». C’est pourquoi il ne faut pas attendre de lui qu’il renie tout ce sur quoi son modèle repose : l’ambiguïté.

  1. Le philosophe Alain avait sûrement lu Marx quand il affirmait que « le propre du travail est d’être forcé ». De même que Jean Jaurès, dont les propos contrastent avec ceux de la gauche libérale européiste et sans-frontiériste actuelle, qui inaugurait une critique humaniste et sociale de l’immigration : « Ce que nous ne voulons pas, c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est la plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français, et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous voulons protéger la main-d’œuvre étrangère, non pas je le répète, par un exclusivisme chauvin mais pour substituer l’internationale du bien-être à l’internationale de la misère. (“Pour un socialisme douanier”, 17 février 1894 “)

https://www.les-crises.fr/emmanuel-macron-croit-il-vraiment-en-lunion-europeenne-par-etienne-campion/

mardi 12 décembre 2017

Allemagne: le président français lauréat du Prix Charlemagne

Le président français Emmanuel Macron s’est vu attribuer vendredi le prestigieux Prix Charlemagne 2018 en Allemagne pour «sa vision forte pour une nouvelle Europe», a annoncé la Ville d’Aix-la-Chapelle.

ACT MACRON CHARLEMAGNE

Ce prix, que la chancelière Angela Merkel et le pape François notamment ont reçu avant lui, récompense et salue depuis 1950 un engagement pour l’Europe.

Le comité chargé de désigner le lauréat, composé notamment de responsables de la ville d’Aix-la-Chapelle, a insisté sur la vision du jeune président français en faveur d’une «nouvelle Europe et la refondation du projet européen», une référence à ses propositions de réforme de l’Union européenne proposées cette année mais qui sont loin de faire l’unanimité sur le continent.

«C’est un bonheur de travailler avec toi en faveur d’une Europe encore meilleure et plus performante pour nos citoyens», l’a félicité Mme Merkel dans un message tweeté en français et en allemand par son porte-parole, Steffen Seibert.

«Ton engagement absolu pour l’Europe et contre toute rechute dans le nationalisme t’a porté à l’Élysée et caractérise ta jeune présidence», a ajouté la chancelière.

Le prix sera remis à M. Macron le 10 mai prochain à Aix-la-Chapelle (ouest). Selon les organisateurs, M. Macron s’est dit «très honoré» de cette distinction.

Le patron du parti social démocrate, Martin Schulz, un autre ancien lauréat, a félicité le président français «de tout son coeur» et salué «ses propositions sur l’Europe même (s’il n’est) pas toujours d’accord».

Martin Schulz rencontrera mercredi prochain la chancelière Angela Merkel pour discuter d’une éventuelle alliance gouvernementale et sortir l’Allemagne de son impasse politique actuelle.

http://www.liberation.fr/france/2017/12/08/allemagne-le-president-francais-laureat-du-prix-charlemagne_1615331

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