jeudi 24 mai 2018

« Les insurgés italiens sous la menace d'un gel de la BCE ! »

TRIBUNE LIBRE / Charles sannat

TL ITALIE EURO

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

C’est un article de notre cher Ambrose Evans-Pritchard du Telegraph de Londres qui se fend d’un long papier sur la situation italienne, peu brillante à ses yeux, et qui nous mène vraisemblablement à la destruction de l’euro et la dissolution de l’Union européenne telle que nous la connaissons.

Il pense que la BCE pourrait être contrainte et forcée de couper les lignes de crédit à l’Italie si la coalition rebelle italienne décide de ne plus tenir compte des règles budgétaires européennes et ainsi remettre en question les fondations du traité qui a institué l’euro…

Ambiance donc !

Sanctions de la BCE envers l’Italie pour faire plier les insurgés italiens !

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« Le professeur Clemens Fuest, patron de l’influent think tank allemand IFO Institute, a déclaré que les autorités européennes ne peuvent rester les bras croisés si le mouvement néo-anarchiste Cinq Étoiles et les nationalistes antieuropéens de la Ligue du Nord appliquent leurs politiques révolutionnaires qui risquent de mettre en danger la stabilité de l’union monétaire.

Le professeur Fuest a averti que la BCE devra couper les lignes de crédit Target 2 accordées à la banque d’Italie dans le cadre de son système de paiement interne, ce qui pourrait accentuer gravement la crise.

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«Si l’Italie se met à violer les règles fiscales de la zone euro, la BCE devra agir, même si elle ne le souhaite pas. Ce sera comme la crise grecque. L’Italie devra mettre en place des contrôles des capitaux et sera forcée de quitter la zone euro», a-t-il déclaré.

«Ce serait un revers majeur mais je pense que l’euro pourrait survivre avec la France, l’Allemagne et l’Espagne. Ce serait cependant un euro différent», a-t-il déclaré. »

Les Allemands sont furieux !…

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« L’establishment allemand a très mal réagi à une fuite faisant état d’un plan de la Ligue du Nord et du Mouvement 5 étoiles ayant pour objectif de passer outre l’architecture de discipline du projet de l’euro. Pour les Allemands, un tel projet tue dans l’œuf toute possibilité d’accord sur la mutualisation des dettes ou la tentative d’une union fiscale. »

«En bref, il s’agit d’un ultimatum. Ils exigent des changements fondamentaux pour la zone euro, avec des transferts fiscaux vers l’Italie, ou ils quitteront l’euro», a-t-il déclaré au Daily Telegraph.

Le professeur Fuest a déclaré que le brouillon original préparé par les 2 partis radicaux a exposé leurs réflexes idéologiques. De ce fait, ils ont irrémédiablement cassé la confiance, même si le texte final est plus pragmatique.

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«Il a confirmé les pires craintes que l’on pouvait avoir, il a eu un très mauvais impact en Allemagne. Comment pouvez-vous mutualiser les garanties bancaires avec un pays doté d’un gouvernement tel que celui de l’Italie ? C’est tout simplement impensable», a-t-il déclaré.

«Ils menacent de saper le pacte de stabilité ainsi que l’intégralité de la base institutionnelle de l’union monétaire.»

Les économistes allemands sont abasourdis par la radicalité des exigences italiennes, notamment la demande de l’annulation des 250 milliards d’euros d’obligations italiennes détenues par la BCE. La clause a été depuis supprimée du texte, mais le mal est déjà fait.

…Et veulent se protéger du risque italien !

 

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«La politique italienne avance à visage découvert. Elle souhaite que les autres prennent en charge sa dette», a déclaré Lars Fed, l’un des « 5 sages » allemands du Conseil des experts économiques.

«Pourquoi devrait-on partager le risque dans l’union monétaire européenne si le nouveau gouvernement italien demande une annulation partielle de sa dette de 250 milliards d’euros ? Il est temps de prendre des mesures pour se protéger du risque italien», a-t-il déclaré sur Twitter. »

Italexit, la fin de l’euro ?

« La question de savoir si les retombées d’un Italexit pourraient vraiment être contenues reste une question ouverte. Beaucoup pensent que la contagion deviendrait incontrôlable.

De plus, l’intention non dissimulée des membres les plus durs de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles est de forcer l’Allemagne à quitter la zone euro en la rendant dysfonctionnelle.

Les Allemands devraient alors riposter en émettant une devise parallèle au sein de la zone euro. Cela ne ferait que davantage compliquer la situation.

La dette Target 2 de l’Italie au sein du système de compensation interne de la BCE (nous en avons déjà largement parlé dans ces colonnes) est devenue un sujet névralgique.

Le passif italien a atteint 426 milliards d’euros en avril, soit 26 % du PIB. Ce constat reflète les sorties chroniques de capitaux d’Italie. Certains craignent de voir ces montants atteindre des montants systémiques, ce qui déboucherait sur une crise. (…)

Les Allemands se pensent déjà ruinés par l’Italie et veulent arrêter les frais !

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« Selon Hans-Werner Sinn, un économiste très écouté de l’université de Munich, il n’existe aucun mécanisme qui permettra à l’Allemagne de récupérer les quantités astronomiques d’argent qu’elle possède disséminées dans la zone euro, notamment les 923 milliards de crédits Target 2* qui sont dus à la Bundesbank. «Nous ne reverrons jamais la couleur de cet argent. Il est déjà perdu», a-t-il déclaré… »

Voilà de quoi agacer fortement nos amis outre-Rhin !

« Selon le professeur Sinn, la structure actuelle est aussi inadaptée pour le Nord que pour le Sud, laissant les 2 parties frustrées. «Il n’y a pas de solution. La catastrophe est en train d’avoir lieu. Cela débouchera sur la destruction de l’Europe, pour le dire franchement. Cela portera également les populistes de l’Afd au pouvoir en Allemagne», a-t-il déclaré au Daily Telegraph. (…) »

Macron à contre-temps !

Ces développements explosifs en Italie balayent les espoirs d’Emmanuel Macron à propos d’un grand accord pour la zone euro. Le président français avait spéculé sur le bon vouloir de l’Allemagne d’accepter de faire des pas allant dans le sens d’une union économique si la France parvenait à se réformer.

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C’était déjà difficile à vendre.

Les pays du Nord, menés par les Pays-Bas, avaient averti qu’ils ne se laisseraient pas emporter dans des aventures « romantiques », en appelant à des règles budgétaires strictes.

Chaque pays est responsable de sa dette. Les desiderata italiens sont la goutte qui fait déborder le vase.

Olaf Scholz, ministre des Finances social-démocrate, a déjà averti que la majorité du plan de Macron ne verra jamais le jour. (…) «Macron n’obtiendra rien de l’Allemagne. Scholz est similaire en tout point à Schauble», a déclaré Heiner Flassbeck, ancien secrétaire d’État économique allemand.

«Les Allemands pensent qu’ils ont toujours raison et que la seule façon de conduire l’Union européenne consiste à ce que tous les pays se comportent comme eux», a-t-il déclaré. »

La fin annoncée de la zone euro !

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 Ce Nein allemand retentissant signifie que la zone euro restera en l’état, non réformée, à la merci de la prochaine crise.

Presque rien n’a été fait pour éviter de tomber à nouveau dans un cercle vicieux. Les banques et les États, vulnérables, pourront à nouveau s’entraîner les uns les autres dans la crise.

La situation n’augure rien de bon. Près une décennie après la crise Lehman, les taux d’intérêt dans la zone euro sont toujours négatifs, les injections de liquidités ont atteint leurs limites techniques et politiques. La zone euro est toujours engluée dans un piège de basse inflation alors que la dette est plus élevée.

Désormais, les politiques au sein de l’union monétaire deviennent particulièrement toxiques.

Le projet européen va bientôt être confronté à l’épreuve du feu, au prochain retournement économique. »

C’était un article d’Ambrose Evans-Pritchard, publié le 17 mai 2018 sur le site du Telegraph à Londres…

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

https://insolentiae.com/les-insurges-italiens-sous-la-menace-dun-gel-de-la-bce-ledito-de-charles-sannat/

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*Une confirmation de plus des analyses économiques de l'UPR, notamment sur le mécanisme des "target 2" (Vincent Brousseau, Charles- Henri Gallois...) et les dysfonctionnements prévisibles de la zone euro...   P.G.

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Le nouveau gouvernement italien et l’agonie de l’Union européenne

TRIBUNE LIBRE / par Jacques Sapir

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La constitution d’un gouvernement de coalition entre le M5S et la Lega est désormais chose quasiment faite. Ceci constitue un véritable cauchemar que ce soit pour les dirigeants de l’Union européenne, les Juncker et les Tusk, ou que ce soit pour les dirigeants des autres pays de l’UE qui s’affichent comme des européistes, et en premier lieu le Président Emmanuel Macron. Ce gouvernement, même s’il a accepté de mettre un peu de San Pellegrino dans son Chianti, sera un gouvernement ouvertement eurosceptique. Sa volonté de s’affranchir des règles budgétaires et financières imposées par l’UE, ce carcan qui s’appelle l’euro-austérité, en témoigne. Le poids de deux économistes connus pour leur farouche opposition tant à l’Euro qu’aux politiques d’austérité qui en découlent, mes collègues Bagnai et Borghi qui ont été élus sénateurs, dans la politique du gouvernement ne sera pas mince. Il est cependant clair que cela entraînera un conflit avec le Président de la République italienne, M. Mattarella, dont le pouvoir de nuisance est plus important que ce que l’on imagine ici en France.

Un nouveau front dans la crise de l’UE

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De fait, cela signifie l’ouverture d’un nouveau front dans la crise que connaît l’UE depuis des années, en fait depuis 2005. A vouloir systématiquement outrepasser le vote des électeurs quand ce dernier remettait en cause les constructions institutionnelles concoctées à Bruxelles ou à Francfort, nous sommes arrivés probablement à un point de non-retour. Après la fronde, et même la révolte, de pays comme la Hongrie, la Pologne, mais aussi la République Tchèque, nous avons eu le Brexit, et la décision de la Grande-Bretagne de quitter l’Union européenne. On l’oublie trop souvent, mais cette décision est largement majoritaire en Grande-Bretagne, et elle l’est en raison des empiètements constants de Bruxelles sur les libertés démocratiques britanniques.

 

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Après le référendum de 2016 qui conduisit au Brexit, après les élections en Autriche, après les élections en Hongrie, c’est donc un nouveau pays et non des moindres, un des pays du groupe fondateur qui signa en 1957 le Traité de Rome, qui est donc en passe de se doter d’un gouvernement « eurosceptique ». C’est un point important, et un point qui fragilise un peu plus la stratégie de notre Président Emmanuel Macron et ses tirades enamourées sur l’Union européenne ainsi que ses tentatives pour renforcer la dimension « fédérale » de l’UE. Une première leçon doit donc en être tirée. A trop vouloir se focaliser sur les aspects légaux, à trop s’appuyer sur la « légalité », l’Union européenne a oublié l’importance de la légitimité, qui fonde en réalité la dite légalité. A trop vouloir privilégier « l’état de droit », qui n’est pas sans mérite, on a oublié qu’il n’était pas l’achèvement de la démocratie. De fait, et on le sait bien depuis les études de cas qui proposées dans l’ouvrage de David Dyzenhaus The Constitution of Law[1] l’obsession pour la rule by law (i.e. la légalité formelle) et la fidélité au texte tourne bien souvent à l’avantage des politiques gouvernementales quelles qu’elles soient. À quelques reprises, l’auteur évoque ses propres analyses des perversions du système légal de l’Apartheid[2] en rappelant que cette jurisprudence avilissante tenait moins aux convictions racistes des juges sud-africains qu’à leur « positivisme»[3]. Il y a là une leçon importante pour tous les politiciens, et en particulier pour le Président de la République italienne, M. Mattarella.

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Cela montre que la montée désormais irréversible des opposants à « cette » Europe, c’est-à-dire à l’Union européenne, est un fait dont les politiques se doivent de tenir compte. L’Union européenne agonise, du moins dans sa forme actuelle, et toutes les tentatives pour en renforcer les pouvoirs au détriment des Etats qui la composent sont donc vouées à l’échec[4].

Mais, il y a aussi une dimension spécifiquement italienne dans la prise de conscience des électeurs de l’étouffement de leur pays par l’Union européenne.

Spécificité de la crise Italienne

La situation de l’Italie est importante dans l’Union européenne. Ce pays représente désormais, hors la Grande-Bretagne qui est en passe de sortir de l’UE, la troisième économie de l’Union. Tout le monde comprend bien qu’une crise entre Bruxelles et Rome pourrait bien provoquer la fin de l’Union européenne et l’éclatement de toute le « projet européen ». Pourtant, l’Italie passait, et ce jusqu’à ces dernières élections, pour un pays solidement amarré dans l’UE. L’Italie, il convient de la rappeler, était l’un des membres fondateurs de la Communauté Economique Européenne lors du Traité de Rome en 1957, le « marché commun » qui est l’ancêtre de l’UE. Mais, et cela a été oublié, par ignorance ou à dessein, tant par les politiciens que par les journalistes à gages, l’Italie souffre de l’Euro, et souffre de l’Union européenne, depuis le début des années 2000.

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L’impact de l’Euro sur l’économie italienne[5], qui était dans les années 1960 à 1990 une économie dynamique au point que l’on a pu parler d’un « miracle italien », a été terrible. L’impossibilité pour l’Italie de déprécier sa monnaie par rapport à l’Allemagne et aux pays de l’Europe du Nord, les fluctuations erratiques de l’Euro par rapport au Dollar des Etats-Unis, qui ont conduit à une surévaluation évidente de l’Euro, tout cela a eu un effet très délétère sur la croissance de l’Italie[6]. Les investissements[7] sont tombés en dessous de leur volume de 1994-1996 et sont, aujourd’hui, à un niveau proche de l’Espagne.

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Le PIB est retombé au niveau du début des années 2000, et le PIB par tête (PIB per capita) n’a cessé de baisser. Enfin, l’épargne elle-même est en train de s’effondrer depuis plusieurs années, car les mesures fiscales prises par les divers gouvernements sont devenues insupportables. Enfin, et cela est sans doute le plus inquiétant, la productivité du travail ne cesse de baisser en Italie.

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Ce pays souffre donc de l’Euro, mais il souffre aussi de l’Union Européenne. Cela s’est d’ailleurs traduit par l’imposition par le gouvernement Renzi du trop fameux « Job Act », modelé à Bruxelles et imité par les gouvernements français de Hollande à Macron, qui a abouti à une véritable catastrophe au point que de nombreuses voix désormais s’élèvent pour le faire supprimer.

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L’UE, pour l’Italie, depuis des années, cela signifie des restrictions à son commerce extérieur (en particulier avec la Russie, point sur lequel le futur gouvernement entend faire changer les choses) mais aussi le fait que ce pays a été laissé seul face à la vague migratoire venue de l’autre rive de la Méditerranée. L’Italie a été laissée sans aide face à une véritable catastrophe migratoire. Devant le désastre, le pays a bien réagi, et l’humanité des italiens n’est plus à démontrer. Mais, l’Italie ne peut faire face, dans le cadre des règles européennes. Cela, aussi, explique le désamour des italiens pour l’Union européenne.

Deux populismes ?

Il n’est pas étonnant qu’aux dernières élections deux partis, le M5S et la Lega aient rassemblé le plus de suffrages. Cette élection a d’ailleurs montré l’effondrement du « centre-gauche », représenté par le PD du très européiste Renzi, mais aussi l’effacement relatif du centre-droit de Berlusconi. Très clairement les électeurs italiens ont émis un vote de rejet des partis traditionnels qui – eux – s’affichaient clairement pour la continuité avec les pratiques pas toujours glorieuses de la classe politique italienne et pour l’Europe.

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Le M5S et la Lega sont, l’un et l’autre, des partis que l’on peut considérer comme populistes. Ils expriment ce rejet des élites corrompues de l’Italie, de ce système de connivence et de complaisance qui lie les uns et les autres et qui fait que rien ne bouge. Le M5S, créé par un homme, Beppe Grillo qui n’était pas du sérail, incarne plus directement cette ligne populiste. Il a été repris en mains par d’autres, dont les ambitions sont évidentes, et qui ont beaucoup fait pour gommer les aspects les plus « anti-système » de ce mouvement, pour le rendre plus présentable et plus compatible avec le cadre politique traditionnel, mais aussi avec le cadre européen. Le M5S a ainsi mis de côté sa proposition d’organiser un référendum sur l’Euro.

La Lega est, elle, issue d’un mouvement autonomiste du Nord de l’Italie, et peut être classée plus a droite que le M5S du moins en apparence. Mais, ces dernières années, ses dirigeants ont beaucoup fait pour transformer ce mouvement en un véritable parti national. Il a aussi radicalisé ses positions, que ce soit sur l’UE ou sur l’Euro, et cela explique en bonne partie ses récents succès. D’ailleurs, les sondages effectués après les élections, en avril et en mai, montrent une hausse constante de ce parti, au détriment du M5S. Il n’en reste pas moins que la répartition géographique des voix lors des dernières élections générales a montré une domination du M5S au sud de Rome et une domination de la Lega au nord.

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Ce point est important. L’Italie est une construction politique récente. Elle résulte de l’imposition des structures institutionnelles du Royaume du Piémont, et en particulier de sa monnaie. En un sens l’Italie a déjà connu l’expérience malheureuse d’une monnaie unique. De cette histoire découle la coupure entre deux Italie, coupure qui a pris la forme du problème du mezzogiorno dans les années 1950. Même l’émergence de la « troisième Italie », cette Italie des petites et moyennes entreprises de Toscane et de Vénétie, n’a pu combler le fossé. D’ailleurs, une partie de cette « troisième Italie » s’est ralliée à la Lega. On doit y ajouter l’inachèvement de l’Etat italien, qui dès la période de la royauté s’est constitué en « surplomb » par rapport à la société italienne. C’est ce qui explique en particulier l’épisode fasciste des années 1920 à 1943 où cette position en « surplomb » a été portée à sa quintessence.

L’alliance de ces deux partis était dans la logique des choses. De fait, les dirigeants du M5S se sont rendus compte que tel était le souhait d’une majorité de leurs électeurs. Mais cette alliance n’est pas sans soulever de nombreux problèmes.

Difficultés en vue

Le premier des problèmes qui se manifeste dès aujourd’hui tient aux pouvoirs accordés, dans la Constitution italienne, au Président de la République. Il n’est pas le strict homologue de nos Présidents de la IVème République qui, suivant l’expression consacrée, devaient se borner à « inaugurer les chrysanthèmes ». Le Président est le garant des traités et, à ce titre, des traités européens. On voit immédiatement tout ce qu’un europhile convaincu, et donc peu soucieux d’entendre la voix des électeurs, peut en tirer. D’où la difficulté pour l’alliance M5S-Lega de ne pas décourager les électeurs en rabotant par trop dans son programme les points anti-Euro et anti-UE, tout en passant sous les fourches caudines du Président, du moins tant qu’un référendum n’aura pas eu lieu. Cela explique les acrobaties, il n’y a pas d’autres mots, auxquelles se livrent Salvini pour la Lega et le dirigeant du M5S.

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Le fait que le dirigeant de la Sinistra Italiana la « gauche italienne », Stefano Fassina, envisage de soutenir de manière critique cet hypothétique gouvernement de coalition[8] entre le M5S et la Lega indique bien un possible rassemblement des forces autour de la matrice souverainiste. Fassina tire la leçon du naufrage de la « gauche » italienne qui s’est perdue dans l’européisme. Il déclare ainsi, dans la revue Le vent se lève : « Pour nous, Sinistra Italiana était un nouveau départ. Nous voulu inscrire les intérêts nationaux au cœur du programme. L’adjectif « italiana » n’est pas dû au hasard. pour rappeler que nous souhaitons redonner des moyens d’intervention à l’Etat national, complètement sacrifié non seulement en Italie mais dans toute l’Europe, par l’orientation néolibérale des traités européens et de l’euro »[9]. Il ajoute sa volonté d’examiner une à une les propositions de lois de la coalition, et se réserve la possibilité de voter pour celles qui iraient dans un sens véritablement progressiste. Cette attitude pragmatique est à retenir. Elle tranche avec les partis pris que l’on peut entendre en France. Elle montre la voie pragmatique par laquelle pourra se construire un bloc souverainiste susceptible de s’opposer au bloc bourgeois-européiste qui s’est constitué dans de nombreux pays, ce bloc que des collègues italiens appellent les euronoïmanes

[1] Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, Cambridge University Press, Londres-New York, 2006

[2] Dyzenhaus D, Hard Cases in Wicked Legal Systems. South African Law in the Perspective of Legal Philosophy, Oxford, Clarendon Press, 1991.

[3] Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, op.cit., p. 22.

[4] J. Zielonka, Is the EU Doomed? Polity Press, Cambridge (2014)

[5] Voir Bagnai, A., Mongeau Ospina, C.A., 2014. « The a/simmetrie annual macroeconometric model of the Italian economy: structure and properties ». Working Papers Series 1405, Italian Association for the Study of Economic Asymmetries, Rome, Italy.

[6] Voir , Alberto Bagnai , Brigitte Granville , Christian A. Mongeau Ospina, « Withdrawal of Italy from the Euro area, Stochastic simulations of a structural macroeconometric model », in Economic Modelling, Volume 64, August 2017, Pages 524-538 , http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0264999316308689

[7] Voir NATIXIS, L’Europe est-elle le problème de l’Italie ? , Flash Economie, n°271, 12 mars 2018.

[8] Voir son interview dans Le vent se lève, http://lvsl.fr/14367-2

[9] Idem.

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-le-nouveau-gouvernement-italien-et-lagonie-de-lunion-europeenne-par-jacques-sapir/

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« Si l’Italie prend feu, on ne saura pas éteindre l’incendie »

Directeur de l’Institut Jacques-Delors et ancien journaliste à « La Croix », Sébastien Maillard décrypte les conséquences pour l’UE, et en particulier pour la zone euro, de l’imminente coalition gouvernementale, en Italie, entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles.

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La Croix : Une coalition anti-système et eurosceptique à la tête d’un des membres fondateurs de l’Union européenne, est-ce le « problème de trop » pour Bruxelles ?

Sébastien Maillard : C’est un problème de plus, qui survient à un moment où il n’y a pas de nouvelle dynamique véritablement imprimée à l’élan européen. Le moteur franco-allemand n’a pas retrouvé sa vigueur et à un an des élections européennes, ce gouvernement est facteur d’inquiétude supplémentaire. Il risque d’empêcher la timide relance. Heureusement, il ne survient pas à un moment de crise existentielle de l’Europe.

Pourrait-il toutefois causer une crise existentielle de la zone euro ?

S. M. : Oui, si l’Italie allait jusqu’au bout de ses projets funestes – à savoir la sortie de la zone euro initialement évoquée. L’Italie n’est pas seulement un membre fondateur de l’UE, mais aussi la troisième économie de la zone euro.

En France, Marine Le Pen a perdu sur cette question de l’euro qu’elle voulait quitter. Il est risqué, dangereux, de vouloir s’en émanciper. Pour l’Italie aussi, jouer avec cette appartenance est dommageable.

La sortie de la zone euro n’est finalement pas mentionnée dans le programme commun de Luigi Di Maio et Matteo Salvini…

S. M. : C’est une excellente nouvelle pour tous ceux qui sont attachés à l’euro et pour tous les partenaires de l’Italie, mais aussi pour les Italiens eux-mêmes : certes, ils ont une balance commerciale excédentaire, mais ils importent beaucoup. Personne ne peut leur souhaiter d’avoir une monnaie dévaluée, qui ne ferait qu’augmenter le coût de la dette.

Des projets coûteux comme un revenu universel et des impôts très bas viendraient à coup sûr violer le pacte de stabilité et de croissance. Que se passera-t-il si l’Italie enfreint les règles budgétaires de l’UE ?

S. M. : Jusqu’à un certain point, il peut ne pas se passer grand-chose : France et Allemagne pourraient fermer les yeux et la Commission, sortante, ne pas faire de zèle, car personne n’a intérêt à créer un trop gros « problème italien ». L’Italie en est consciente et pourrait abuser de sa situation pour pousser le bouchon. Le Pacte et la Commission joueront là leur crédibilité.

Pourquoi l’Italie a-t-elle abandonné l’idée de réclamer l’effacement des quelque 250 milliards d’euros de dette publique détenus par la Banque centrale européenne ?

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S. M. : En renégociant la dette, on perd la confiance des investisseurs. De tels signaux provoquent la panique, les taux d’intérêt augmentent. Le principe de réalité semble avoir repris le dessus. Il en va de même pour l’idée de sortir de la zone euro : il ne peut s’agir d’une vaste improvisation ! C’est bien là le problème des populistes : quand ils arrivent aux choses sérieuses, ils se rendent compte qu’il faut composer avec la réalité.

Serait-il vraiment impossible de « sauver » l’Italie, comme cela fut le cas avec la Grèce ?

S. M. : L’Italie n’est pas la Grèce, ni Portugal ou l’Irlande… C’est un pays du G7 ! C’est aussi pour cela qu’il ne faut pas que survienne un « problème italien » : si c’est cette maison-là qui prend feu, on ne saura pas éteindre l’incendie.

N’est-ce pas inquiétant au moment où la tendance, dans la zone euro, est à vouloir davantage partager les risques ?


S. M. : Partager les risques oui, notamment à travers un budget commun. Mais tant que l’Italie ne montre pas des signes en vue d’assainir son secteur bancaire et d’alléger sa dette, les Allemands, qui ont déjà du mal en théorie avec l’idée de la responsabilité collective, ne voudront jamais partager le risque. Ils redoutent, in fine, d’éponger les dégâts italiens. Le cas italien aggrave donc les difficultés auxquelles Emmanuel Macron fait face en matière de réforme de la zone euro, alors que traditionnellement, Rome était l’alliée de Paris sur beaucoup de ces questions.

Quel sera le premier message des dirigeants européens au nouveau premier ministre italien ?

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S. M. : Que lorsqu’on est dans l’UE, on a des droits et des devoirs. Que ce club comporte un règlement intérieur – encore plus strict dans la zone euro. Et qu’il faut le respecter.

Recueilli par Céline Schoen (à Bruxelles)https://www.la-croix.com/Economie/Monde/Si-lItalie-prend-feu-saura-pas-eteindre-lincendie-2018-05-18-

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"sortir de la zone euro : il ne peut s’agir d’une vaste improvisation !": voilà au moins un point d'accord! En effet, sans sortie raisonnée et étudiée de l'euro (et de l'UE), le nouveau gouvernement italien court le risque de l'improvisation, ce qui, dans ces domaines, est facteur de catastrophes en chaîne...
Pour le reste, entre mensonges et éléments de langage relevant davantage de la propagande et de la "méthode Coué" que de la véritable argumentation, l'auteur semble mettre sur le dos des italiens l'échec prévisible de Macron et le refus allemand de "mutualiser" les risques, ce qui est un peu gonflé...   P.G.

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lundi 21 mai 2018

La stabilité de la zone euro «menacée» : Bruno Le Maire s'inquiète du futur gouvernement italien

Le futur gouvernement italien prévoit un programme anti-austérité et envisage de demander une modification de la règle des 3% de déficit à Bruxelles. Bruno Le Maire met en garde Rome face au non-respect de «ses engagements sur la dette».

ACT LEMAIRE EURO ITALIE

Alors que le nouveau gouvernement italien n'est pas encore entré en fonction officiellement, les premières mesures annoncées par les partenaires de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles (M5S) semblent déjà fortement inquiéter les Etats membres de l'Union européenne (UE). Ce 20 mai, le ministre de l'Economie français a été le premier à mettre en garde Rome de manière officielle.

Interrogé sur l'antenne d'Europe 1, Bruno Le Maire a en effet expliqué que «si le nouveau gouvernement prenait le risque de ne pas respecter ses engagements sur la dette, le déficit, mais aussi l'assainissement des banques, c'est toute la stabilité financière de la zone euro qui serait menacée». 

Ces propos témoignent de la fébrilité de l'UE face au futur gouvernement italien, qui fait bel et bien figure de cauchemar pour Bruxelles. Parmi les points sur lesquels le M5S et la Ligue, formations politiques eurosceptiques, sont parvenus à s'accorder : l'exigence de ne plus inclure les dépenses d'investissement dans le calcul du déficit des Etats (limité à 3% par Bruxelles).

GRILLO VA FANC

En outre, à rebours des politiques mises en place par les gouvernements italiens précédents et à contre-courant de la doctrine économique préconisée par Bruxelles, la Ligue et le Mouvement 5 étoiles se sont entendus sur des mesures anti-austérité assez ambitieuses. Le programme de gouvernement inclut ainsi la promesse d'un revenu minimum de 780 euros par personne et par mois, promesse de campagne du M5S, ou encore un abaissement de l'âge de départ à la retraite.

Il n'y a pas que sur le plan économique que le futur gouvernement italien s'attire la méfiance de Bruxelles. Dans l'accord de coalition rédigé par les deux partis antisystèmes figure la demande de levée des sanctions européennes contre la Russie, ou encore une politique migratoire beaucoup plus stricte que celle requise par Bruxelles.

https://francais.rt.com/international/50831-stabilite-zone-euro-menacee-bruno-le-maire-inquiete-futur-gouvernement-italien

OUTIL FREXIT URGENT

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vendredi 18 mai 2018

Coup de théâtre en Italie : le cauchemar de Bruxelles prend forme

Berlusconi ayant ouvert la voie à une alliance entre le M5S et la Ligue, le rédacteur en chef du mensuel Ruptures Pierre Levy estime que c'est là le cauchemar de Bruxelles – un gouvernement «anti-système» – qui se précise en Italie.

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Les événements viennent de s’accélérer spectaculairement en Italie. Pendant les deux mois qui ont suivi les élections générales du 4 mars, la situation politique semblait dans une impasse. Malgré les nombreuses tractations – visibles et dans l’ombre – aucune majorité ne semblait pouvoir être formée. Ultime solution, un retour aux urnes paraissait inévitable.

Le coup de tonnerre a finalement eu lieu le 9 mai – ironie de l’Histoire, lors de la «journée de l’Europe». Il a pris la forme d’une déclaration surprise de Silvio Berlusconi. L’ancien Premier ministre (81 ans) ne pouvait concourir en raison de condamnations antérieures, mais, avant le scrutin, se voyait comme «faiseur de roi». Les électeurs en ont décidé autrement en plaçant sa formation, Forza Italia (13%), en deuxième position au sein de l’alliance des trois partis de droite, loin derrière ses alliés de la Ligue (ex du Nord) qui obtenait 18%. Le leader de celle-ci, Matteo Salvini, revendiquait donc de prendre la tête du gouvernement.

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L’autre grand gagnant du scrutin, le Mouvement cinq étoiles (M5S), ne l’entendait pas de cette oreille. Ce parti «inclassable» et «populiste», fondé par le comique Beppe Grillo et dirigé par le jeune Luigi di Maio, était en effet arrivé en tête du scrutin, avec près de 32% des voix. Ce dernier estimait dès lors que c’était à lui d’entrer au palais Chigi (le Matignon italien).

Quant à la troisième grande force du paysage politique, le Parti démocrate (PD, souvent étiqueté «centre-gauche»), elle sortait laminée des urnes, avec 19% des suffrages. Le PD payait ainsi ses années de pouvoir, notamment sous la coupe de Matteo Renzi (2014-2016) qui avait mis en œuvre à marche forcée les réformes attendues par Bruxelles (loi travail notamment). Au sein de ce parti, les partisans d’un soutien à un gouvernement formé par le M5S, au nom de l’«esprit de responsabilité» et de l’intérêt supérieur de l’UE, se sont affrontés à ceux d’un retour dans l’opposition. Ces derniers l’ont finalement emporté.

Sur le papier, la seule configuration majoritaire possible était donc un tandem associant le M5S et la Ligue. Mais cette dernière était entravée par le veto de son allié Forza Italia. Se fâcher avec Berlusconi aurait été plus que périlleux pour la Ligue, qui se serait trouvée quelque peu isolée.

Volte-face du Cavaliere

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C’est donc dans ce contexte qu’est intervenu la volte-face du Cavaliere : celui-ci ne s’opposait plus à une coalition entre le M5S et la Ligue. Certes, réaffirmait l’ancien patron de la droite, il n’accorderait jamais sa confiance au M5S. Mais, précisait-il, «si une autre formation politique de la coalition de droite veut assumer la responsabilité de former un gouvernement avec les Cinq étoiles, nous prendrons acte de ce choix avec respect».

Le blocage ainsi levé, les équipes de di Maio et Salvini se sont immédiatement mises au travail. Les deux hommes – qui refusaient pourtant de travailler ensemble il y a encore quelques semaines (même si cette hypothèse n’avait pas été exclue durant la campagne) – ont accepté de faire un «pas de côté» en renonçant chacun à diriger le futur gouvernement. Le nom d’une personnalité qui conviendrait aux deux partis, sans forcément appartenir à l’un d’entre eux, devrait être connu sous peu, même si aucun rebondissement n’est jamais à exclure.

Sur le plan programmatique, les deux forces ont, en quelques jours, dégagé des axes communs, fût-ce au prix d’un étrange bric-à-brac. Cela va du revenu minimum (dit «de citoyenneté») à une remise en cause de la réforme très impopulaire des retraites imposée par Bruxelles, en passant par la baisse des impôts ou… la fin de la vaccination obligatoire. Le durcissement des lois migratoires – une question qui avait été centrale lors de la campagne électorale – fait également consensus entre les deux formations.

Beaucoup des mesures envisagées sont de nature à faire exploser l’orthodoxie budgétaire indissociable de la monnaie unique.

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Un dernier aspect donne plus que des sueurs froides à Bruxelles : les deux forces se sont prononcées en faveur de la levée des sanctions contre la Russie (ces sanctions de l’UE doivent être renouvelées tous les six mois… à l’unanimité des Etats membres).

Le président de la République, qui détient constitutionnellement le pouvoir de nommer le chef du gouvernement, a averti qu’il était le garant des équilibres financiers et des «engagements internationaux» du pays, au premier rang desquels l’appartenance à l’Union européenne et la discipline que cela implique. Le très pro-européen Sergio Mattarella a donc fait savoir qu’il veillerait au grain.

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Si les marchés financiers ont commencé à s’agiter, il serait certainement prématuré de prédire que le futur gouvernement italien va faire un bras d’honneur à Bruxelles. D’autant que le chef du M5S, en particulier dans la dernière ligne droite de la campagne, avait tenu à se déclarer pro-UE, vantant même à cet égard les choix d’Emmanuel Macron. Il faut également rappeler que son mentor, Beppe Grillo, avait tenté, il y a deux ans, un rapprochement tactique au sein du Parlement européen avec le groupe de l’euro-fanatique et fédéraliste Guy Verhostadt.

La Ligue, pour sa part, s’est placée résolument dans le camp dit «eurosceptique». Mais sa proximité avec le Front national français, lui-même en plein recentrage «euroconstructif», donne une idée de la capacité de la machine européenne à «assagir», domestiquer, voire retourner ses opposants d’apparence radicale.

Pour autant, la perspective – encore à confirmer – d’un gouvernement dit «anti-système» constitue en elle-même une première en Europe. Au-delà des possibles retournements des dirigeants politiques, elle reflète un fait de portée considérable : l’accélération du rejet de l’intégration européenne par les peuples aux quatre coins du continent, comme en témoignent toutes les récentes élections (Pays-Bas, Allemagne, Autriche, République tchèque, Hongrie, et probablement Suède en septembre), sans évidement oublier le Brexit.

Les dirigeants européens n’en sont peut-être qu’au début de leurs pires cauchemars. En attendant, ce 9 mai, ce n’était plus la fête de l’Europe mais plutôt, selon le vocabulaire insoumis, la Fête… à l’Europe.

https://francais.rt.com/opinions/50732-coup-theatre-italie-cauchemar-bruxelles

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mardi 15 mai 2018

Anti-immigration et eurosceptique : le futur gouvernement italien, un cauchemar pour Bruxelles

L'UE espérait et appuyait la formation d'un gouvernement droite-gauche en Italie. Finalement, les nationalistes de la Ligue et les antisystèmes du Mouvement 5 Etoiles s'apprêtent à diriger le pays. Bruxelles s'inquiète et les marchés sont fébriles.

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C'était le pire des scénarios pour Bruxelles : les tractations entre le Mouvement 5 Etoiles (M5S) et la Ligue ont finalement débuté, après que Silvio Berlusconi, allié de la Ligue mais dont le parti a recueilli moins de voix que celle-ci, a finalement donné son accord à des négociations. Les chefs de file des deux formations, qui à elles deux disposent d'une courte majorité au Parlement, Luigi Di Maio (M5S), 31 ans, et Matteo Salvini (Ligue), 45 ans, se sont rencontrés en début de matinée le 10 mai à la Chambre des députés.

Dans un communiqué conjoint, les deux hommes ont évoqué «un climat positif pour définir le programme et les priorités du gouvernement», ainsi que «des avancées importantes» sur la composition de ce qui devra être la future équipe gouvernementale. Selon la presse italienne, ils ont demandé jusqu'au 14 mai au président Sergio Mattarella, qui a pour l'instant renoncé à nommer un chef de gouvernement «neutre», mesure qu'il envisageait après deux mois d'impasse.

Concrètement, cela signifie que, pour éviter un gouvernement technique destiné à mettre un terme à l'absence de majorité, les deux bêtes noires de la scène politique italienne sont parvenues à poser les bases d'une alliance qui n'avait rien d'évident. En effet, le M5S au populisme revendiqué et la Ligue, qualifiée d'«extrême droite» par ses adversaires, entretiennent des divergences sur le fond. La formation nationaliste proche du Front national français, qui a fait le plein des voix dans le Nord sur la promesse de baisses massives d'impôts, devra gouverner avec le M5S, plus ambivalent sur l'Union européenne et plébiscité par le Sud pour avoir promis un revenu de citoyenneté.

Une alliance qui inquiète Bruxelles et les marchés

Dans le détail, l'alliance devrait donc reposer sur un contrat de coalition à l'allemande : celui-ci contiendra un socle minimum de points sur lesquels le M5S et la Ligue seront parvenus à s'entendre. Les deux partis ont notamment en commun un rejet des forces politiques traditionnelles et des promesses en matière de retraites et de lutte contre l'immigration. En outre, la Ligue et le M5S partagent une défiance nette à l'égard de Bruxelles – même si Luigi Di Maio a renoncé à proposer un référendum sur la sortie de l'Italie de l'UE pour le moment.

Ces convergences de vue, qui semblent pour l'instant avoir eu raison des divergences politiques, ont donc d'autant plus de quoi inquiéter Bruxelles qu'elles se concrétisent désormais dans un projet gouvernemental. Les marchés eux-mêmes commencent à s'agiter : la Bourse de Milan a perdu près de 1% dès l'annonce du début des négociations et, sur le marché de la dette, le spread (écart entre les taux d'emprunt italien et allemand à dix ans) a augmenté d'environ six points.

Signe de la fébrilité de l'UE à l'égard des évolutions politiques en cours sur la péninsule : des responsables européens avaient confié à l'AFP, avant les élections, s'activer «en coulisses» pour favoriser une alliance Renzi-Berlusconi. Si l'UE est loin de tenir ce dernier dans son cœur, elle semblait toutefois estimer que sa présence au sein d'une alliance gauche-droite était préférable au péril que représenterait une victoire du M5S ou de la Ligue. L'hypothèse d'une percée concomitante de ces deux partis et de leur alliance au sein d'un gouvernement était alors perçue comme un scénario catastrophe peu vraisemblable...

Qui sera le prochain dirigeant italien ?

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La question la plus épineuse que doivent désormais trancher le M5S et la Ligue est désormais celle du nom du futur chef de gouvernement. Matteo Salvini et Luigi Di Maio, tous deux jeunes et ambitieux, sont en concurrence directe. Le premier conduisait la coalition arrivée en tête aux élections (dans laquelle se trouvait le parti de Silvio Berlusconi), mais le parti du second a obtenu plus de voix que la Ligue. Reste l'hypothèse, privilégiée officiellement, d'un accord entre les deux hommes pour proposer une tierce personne.

Malgré ces incertitudes, les deux chefs de parti se montrent optimistes. «On discute de la réforme des retraites, de l'emploi, des débarquements de migrants, de la légitime défense», a déclaré Matteo Salvini à la presse. Sur Twitter, il a annoncé à ses abonnés : «Nous sommes en train de travailler pour vous», avec une photo de lui à côté d'une grosse pelleteuse.

«Je ne peux pas cacher ma joie et ma satisfaction que finalement nous puissions commencer à nous occuper des problèmes de l'Italie», a fait savoir de son côté Luigi Di Maio, tout sourire, dans une vidéo sur Facebook.

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Une autre inconnue demeure. Alors qu'il vient d'être réhabilité par la justice, l'ancien dirigeant italien Silvio Berlusconi pourrait revenir dans le jeu politique. Si, jusque là, ses difficultés avec la justice et sa peine d'inéligibilité l'empêchaient de jouer un rôle aussi important qu'il l'aurait souhaité, une décision du tribunal de Milan pourrait le remettre en selle. Et son influence à droite pourrait parasiter l'entente entre le M5S et la Ligue, qui doivent en partie leur rapprochement à l'affaiblissement politique du Cavaliere.

https://francais.rt.com/international/50591-anti-immigration-eurosceptique-futur-gouvernement-italien-cauchemar-bruxelles

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dimanche 25 mars 2018

Vaccins : un rapport parlementaire italien explosif

Au moment où la Commission à l’Environnement, la Santé publique et la Sécurité alimentaire du Parlement européen s’apprête à soumettre au vote une résolution sur « les réticences à la vaccination et la baisse du taux de vaccination en Europe », un pavé tombe dans la mare des certitudes vaccinolâtres.

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Ce pavé, c’est le rapport officiel d’une Commission d’enquête parlementaire italienne rendu public le 7 février 2018. L’objet du rapport : comprendre les raisons de milliers de décès et de maladies graves chez les personnels militaires italiens affectés à des missions à l’étranger. Les experts ont pris en compte tous les facteurs de risques auxquels ils ont été exposés, au premier rang desquels l’uranium appauvri présent dans les bombes et d’autres agents liés à l’armement. Mais ils ont également analysé d’autres facteurs de risque, notamment pour les soldats jamais partis en mission, et l’un d’entre eux retiendra en particulier notre attention en ce moment : les vaccins.

Après 18 années d’enquête pour déterminer les causes de milliers de décès, cette Commission parlementaire a identifié un risque significatif de développer des cancers et des maladies auto-immunes après l’administration de vaccins combinés et multi-doses, tels que recommandés dans le calendrier de prévention militaire (p. 156 du rapport). Rappelons ici que les vaccins pour les militaires sont identiques aux vaccins pour les enfants (pp. 156-157).

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Les résultats de l’examen de la Commission – dont les intérêts ne sont ni en faveur, ni opposés aux vaccins et qui ne peut être considérée comme « appartenant à des mouvements réticents à la vaccination », – sont un sérieux signal d’alarme dans le contexte actuel de l’extension des obligations vaccinales en Europe. Les éléments qui suivent devraient donc faire réfléchir à deux fois les autorités européennes :

La Commission n’a pas pu trouver une seule étude démontrant la sûreté des vaccins combinés (p. 154).

• La Commission a estimé que « la quantité cumulée des différents composants des vaccins dépasse les quantités autorisées pour les autorisations de mise sur le marché des vaccins monovalents » . Cela signifie que dans les vaccins combinés, la somme des adjuvants (par exemple, aluminium ou mercure), conservants et contaminants biologiques – virus, bactéries, mycoplasmes et mycobactéries, ainsi que l’ADN fœtal humain ou d’ADN animal, provenant des tissus organiques de culture pour la fabrication des vaccins – n’a pas été testée.

« Les vaccins qui ont un nombre important de composants en termes quantitatifs, mais aussi en variété des composants étrangers, déterminent un nombre plus élevé d’effets secondaires. » (p. 139)

Entre autres, la Commission s’inquiète de l’usage et de la sécurité des vaccins à base d’adjuvants aluminiques (p. 160) (type vaccins « polio » hexavalents recommandés aussi chez les enfants), des quantités élevées d’ADN humain et animal retrouvées dans certains vaccins (ROR) et de la présence de nanoparticules inflammatoires polluant tous les vaccins. (pp. 157, 159, 165)

Les recommandations de la Commission parlementaire pour l’immunisation incluent :

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L’utilisation de vaccins et de doses isolés plutôt que de vaccins combinés (p. 186)

Ne pas administrer plus de 5 vaccins (souches vaccinales différentes) lors d’une seule visite.

Une évaluation individuelle des risques avant la vaccination (pp. 126, 186) à partir des tests sanguins et des antécédents médicaux du patient. Ces tests ont pour objectif de déterminer les changements du système immunitaire et notamment son hyper-activation. La Commission a identifié 81 éléments à tester, en plus des composants actifs des vaccins (pp. 170). Les notices des vaccins recommandent d’ailleurs la vérification de l’état de santé de la personne à vacciner au moment de l’administration du vaccin (pp. 143, 148). Se basant sur ces notices, la Commission a énuméré une série de maladies qui contre-indiquent la vaccination. Le nombre cumulé des effets secondaires repris dans les notices examinées pour les militaires, s’élève à 240. (p. 174) (Précisons que la Commission a uniquement analysé les notices des fabricants, mais que le nombre des effets secondaires mentionné dans les rapports de suivi est nettement plus élevé.)

Un suivi à long terme de chaque vaccin individuel (1, p. 154).

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De ne pas revacciner pour une maladie pour laquelle l’immunité est déjà existante, comme pour les personnes ayant fait des maladies d’enfance.

Les recommandations de la Commission parlementaire pour une politique vaccinale plus sûre incluent :

Le développement de vaccins « purifiés » pour limiter l’accumulation de composants toxiques. (p. 155)

Des études permettant d’évaluer les effets et la sûreté de la vaccination à moyen et long termes. La plupart des vaccins ne sont évalués que sur une très brève période, quelques jours parfois ou semaines et généralement moins d’un mois. (pp. 155, 185)

De meilleures études sur les composants des vaccins, notamment les adjuvants et contaminants.

« Erreur en deçà des Alpes, vérité au-delà » ?

À la lecture de ce rapport, tout ce qu’il y a de plus officiel, plusieurs questions se posent :

Si un militaire court un risque avec plus de 5 vaccins, nos enfants sont-ils vraiment en sécurité avec 9, 11 ou 21 (par ex. hexavalent 8 souches + Prevenar 13) ?

Que dira notre ministre de la Santé Agnès Buzyn des conclusions de ce rapport, elle qui déclarait encore il y a peu : « Nous avons la certitude que ces vaccins sont inoffensifs » ?

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Les autorités européennes peuvent-elles en conscience ignorer les conclusions de ce rapport et s’engager résolument dans la fuite en avant que constitue la proposition de résolution du Parlement européen sur les réticences à la vaccination ?

En effet, l’Article 3 de la proposition de résolution du Parlement européen « souligne que les vaccins sont sûrs selon l’OMS, puisqu’un vaccin autorisé est rigoureusement testé lors de multiples essais cliniques, avant que son utilisation ne soit approuvée, et ensuite régulièrement réévalué après sa mise sur le marché » .

Nous vous reparlerons prochainement des avancées de ce projet européen, et comment vous pouvez vous mobiliser, mais sachez d’ores et déjà qu’une copie du rapport a été transmise au Parlement européen, et les quelques éléments qui précèdent aux députés européens. Ils ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas.

 

Références :

Rapport entier de la commission parlementaire italienne ici

Traduction en anglais validée par la cour de Gènes ici.

https://www.alternativesante.fr/vaccins/vaccins-un-rapport-parlementaire-italien-explosif

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mercredi 7 mars 2018

[RussEurope en Exil] Séisme politique en Italie

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

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Une défaite historique

Matteo Renzi

 

Les élections qui ont eu lieu en Italie le dimanche 4 mars ont donné lieu à un véritable séisme politique. Le parti du centre gauche (le PD) et son dirigeant ont été écrasés. Les partis euro-sceptiques ou qualifiés de “populistes” arrivent en tête. Il est probable que ce séisme se propagera, par effet de contagion et effets induits, dans d’autres pays de l’Union européenne dans les mois qui viennent. Ils convient d’en tirer les leçons. Il convient cependant de rappeler que le système électoral italien est complexe.

Si la Chambre des Députés contient 630 sièges, 232 sont élus à la majorité relative dans autant de circonscriptions uninominales tandis que 398 sont élus par la représentation proportionnelle nationale. Le Sénat de la République est, quant à lui, composé de 315 sièges. Sur ces 315 sénateurs, 116 sont élus à la majorité relative dans autant de circonscriptions uninominales tandis que 199 sont élus à la représentation proportionnelle dans des circonscriptions plurinominales régionales avec un seuil électoral de 20 % (régional) ou de 3 % (national). Aucun gouvernement ne pourra donc être constitué sans des systèmes d’alliances.

Vainqueurs et vaincus

Ces résultats font apparaître quatre phénomènes marquants[1]. Tout d’abord, la coalition menée par Berlusconi et composée de quatre partis, vire en tête avec environ 35% des voix. Ensuite, Le Movimente 5 Stelle (M5S), ce parti que l’on qualifie de populiste, fait une percée supérieure à ce qui était attendu et totalise environ 33% des suffrages. Cela met en lumière l’effondrement du Parti Démocrate (le PD) de Mattéo Renzi qui, avec environ 19% des suffrages (voire 22% si l’on y ajoute des petits partis dissidents) fait son plus mauvais résultat historique. Enfin, et c’est le quatrième point marquant de ces élections, la « Ligue du Nord » (Lega), qui a abandonné sa dimension séparatiste pour devenir un véritable parti national, fait mieux, au sein de la coalition de droite, que Forza Italia, le parti de Berlusconi.

Luigi Di Maio

Cela désigne deux vainqueurs à cette élection, M. Di Maio, qui a conduit la campagne du M5S, et M. Salvini, le chef de la Lega. Ajoutons à cela l’élection, sur les postes mis à la proportionnelle, de deux économistes bien connus pour leurs positions anti-Euro, Alberto Bagnai et Claudio Borghi. Cela indique les grands perdants ce cette élections : les partis « européistes ». C’est aussi la défaite, cinglante, de Mattéo Renzi, ce dirigeant du PD que l’on présentait comme la nouvelle étoile de la politique italienne et qui, comme Premier ministre, appliqua une politique pas si éloignée que cela de celle que conduit aujourd’hui Emmanuel Macron en France.

Matteo Salvini

Une campagne électorale polarisée

La campagne électorale avait été polarisée par deux problèmes clefs : la situation économique de l’Italie et le problème de l’afflux incontrôlé des migrants. Sur le premier point, il est clair que l’Euro a eu des effets dramatiques, tout comme en France, sur l’économie italienne. Cette dernière ne saurait cacher derrière une balance commerciale en excédent (mais un excédent dû essentiellement à la compression des importations), une situation générale catastrophique. Il faut signaler aussi que le fameux « job act » mis en place par Renzi, et dont la « loi travail » s’inspire en France, s’est avéré un échec spectaculaire, au point qu’il est question de l’abroger.

Mais, et on le voit bien tant à la poussée de la Lega qu’au changement d’attitude sur ce point du M5S, la question de l’immigration sauvage a été aussi un thème majeur de cette campagne. L’Italie, du fait de sa géographie, mais aussi de l’absence de réaction des autres pays de l’Union européenne, a été livrée à elle même face à des flux migratoires, dont une partie sont engendrés par la détestable situation en Lybie issue de l’intervention des pays de l’OTAN, qu’elle ne peut ni gérer ni maîtriser. La situation, sur ce point, est critique.

Deux hommes forts

Deux hommes émergent donc de cette élection, Luigi di Maio (M5S) et Matteo Salvini (Lega). Di Maio a beaucoup fait pour donner un visage acceptable par une partie des élites italiennes au M5S. Avec son apparence de jeune technocrate, il peut rassurer, et d’ailleurs les bourses européennes n’ont que modérément réagi aux résultats de la nuit du 4 mars. Il apparaît, en un sens, comme plus respectable que Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement. Il reste à savoir de quelle autonomie disposera Di Maio par rapport au chef historique. Mais, le succès du M5S (32% des suffrages) doit aussi beaucoup à ses scores au sud de Rome, où ce parti écrase le PD. Ces scores s’expliquent tant par ses attaques contre un système corrompu, que par la place qu’il a donné au problème de l’immigration sauvage.

Salvini a aussi beaucoup fait pour transformer un parti régionaliste, qui à l’époque faisait 4% aux élections générales, en un véritable parti national. Il y a réussi au-delà de toute espérance. Le fait qu’il devance Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi (18% contre 13,9%), et qu’il talonne le PD (avec 18% contre 19%), est une preuve de son succès. Il écrase aussi le mouvement populiste et nationaliste « Fratelli d’Italia », qui faisait partie de la coalition de droite et qui ne réalise que 4,3% des voix. Il a pu récupérer une partie des électeurs du M5S, troublés par la récente modération du Mouvement sur l’Euro. C’est incontestablement une force avec laquelle il faudra compter dans le futur. Mais, si elle veut enraciner son succès, la Lega devra parfaire sa couverture nationale.

Uixerunt le PD

Quand Cicéron, au petit matin de l’écrasement de la conjuration de Catilina à Rome même (« Qusque tandem, Catilina, abutere patientia nostra… ») parut en armure sur le Forum, il s’écria « Ils ont vécu » (Uixerunt), signifiant par là que les conjurés avaient été mis à mort.

Et l’on peut reprendre le mot en ce qui concerne ce qui restait de la social-démocratie italienne. Car, la lourde défaite qu’elle a subie va même au-delà de la défaite personnelle de Mattéo Renzi. Si cette défaite consacre le rejet d’un programme politique, elle consacre aussi – et peut-être surtout – l’échec d’une stratégie, celle de l’accommodement avec le néo-libéralisme ses dogmes et ses règles. Cet échec n’est pas le fait de la seule Italie. En Allemagne, le SPD en éprouve les effets lui qui, autrefois grand parti social-démocrate dictant sa loi aux « frères » socialistes européens, se trouve aujourd’hui dépassé par l’AfD (16% contre 18% dans les récents sondages). Cet échec, paradoxalement, explique le vote des membres du SPD pour la Grande Coalition (ou GroKo) de ce même dimanche 4 mars. Appelés à approuver ou désapprouver un accord d’alliance avec Angela Merkel, mais conscients qu’un refus renverrait les électeurs allemands devant les urnes, avec des conséquences désastreuses pour le SPD, ses membres se sont donc prononcés pour la GroKo. Ce faisant, ils échangent une mort rapide contre les affres d’un trépas qui s’étendront sur plusieurs années, mais qui n’en sera pas moins inévitable.

L’écrasement des partis européistes

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Il reste une dernière chose à relever dans les résultats de cette élection du 4 mars, c’est l’écrasement des partis « européistes ». Quand on sait que même Berlusconi a fait preuve de réserves tant par rapport à l’Euro (il souhaite un système « à deux monnaies », système qui n’est pas praticable dans la réalité mais qui équivaut à une condamnation de l’Euro), et quand on se souvient des discours passés du M5S, ce sont plus de 68% des électeurs italiens qui se sont prononcés pour des partis peu ou prou eurosceptiques. De ce point de vue, ces élections ont valeur de référendum sur la question européenne aussi…

[1] https://www.leggo.it/politica/news/elezioni_2018_live_risultati_chi_ha_vinto_5_marzo_2018-3587165.html

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-seisme-politique-en-italie-par-jacques-sapir/

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Un référendum formel qu'on se gardera bien d'organiser, bien entendu...Reste aux eurocrates italiens la solution politicienne, comme en Allemagne: une alliance de partis minoritaires pour faire comme s' il ne s'était rien passé!         P.G.

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lundi 5 mars 2018

Italie : eurosceptiques et anti-immigration majoritaires, la coalition de Berlusconi en tête

Selon des résultats partiels, la coalition formée par Forza Italia, dominée en terme de voix par le parti anti-immigration la Ligue, arrive en tête (37%). Le parti antisystème Mouvement 5 étoiles est le premier du pays en terme de voix (32%).

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L'éditorialiste du quotidien de centre-droit a résumé en ces termes les premiers résultats des élections législatives italiennes du 4 mars : «Pour la première fois en Europe, les forces antisystème l'emportent.»

Le vent en poupe pour les eurosceptiques

Et pour cause, selon des résultats partiels portant sur 2/3 des bureaux de vote, le mouvement eurosceptique Mouvement 5 étoiles (M5S), emmené par Luigi di Maio, est le premier en terme de voix, avec un score de 32%. Fondé par l'humoriste Beppe Grillo en 2009, la formation, qui revendique la démocratie directe et refuse les coalitions, a connu un succès fulgurant. Elle se distingue notamment par des positions souverainistes et anti-immigration.

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Formellement pourtant, c'est la coalition formée par le parti Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue et le petit parti Fratelli d'Italia (Frères d'Italie), qui remporte le scrutin avec 37% des voix.

Si l'ancien chef du gouvernement italien, âgé de 81 ans, avait tenté de donner des gages à Bruxelles malgré des positions fortement anti-migrants, c'est bien la Ligue (ex-Ligue du Nord) de Matteo Salvini, plus méfiant vis-à-vis de l'Union européenne mais tout aussi favorable à l'expulsion d'immigrés clandestins, qui dominerait la coalition en terme de voix. Eurosceptique et anti-immigration, Fratelli d'Italia tournerait lui autour des 3%.

Revers pour Renzi

Le Parti démocrate de Matteo Renzi (centre-gauche), l’ancien président du Conseil italien, déçoit en réalisant un score inférieur à 20%. Il s'agit de la moitié du score réalisé aux élections européennes de 2014.

La fin du décompte des voix devrait s'achever vers 8h, le 5 mars. Les résultats définitifs devraient être publiés plus tard dans la journée.

Un taux de participation en hausse 

Les Italiens étaient plus nombreux à aller voter en 2018 qu'en 2013. A 19h le 4 mars, le taux de participation était estimé à 58,42%, contre 46,8% aux précédentes élections de 2013, même si le vote s’était alors déroulé sur deux jours.

Interrogés par Ruptly, l'agence vidéo de RT, des électeurs romains ont livré leur sentiment sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées ces élections, les jugeant «compliquées», «incertaines» ou encore «honteuses».

Incertitude pour l'avenir

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L'absence de majorité pour la coalition de droite contraint les leaders politiques italiens à des calculs et des tractations, qui s'annoncent longs et complexes.

Une alliance du M5S et de la Ligue, est théoriquement la seule possible pour obtenir une majorité parlementaire, au vu des résultats partiels. Or, les dirigeants de ces deux formations ont jusqu'à présent catégoriquement rejeté cette éventualité.

Il appartiendra donc au président italien Sergio Mattarella de démêler l'écheveau de ces résultats, dans les semaines qui suivent, et de confier un «mandat exploratoire» à celui ou celle qui lui semblera en mesure d'obtenir une majorité devant le Parlement.

Mais ces consultations politiques officielles ne s'ouvriront pas avant la fin du mois au plus tôt, après l'élection des présidents des deux chambres, ouvrant une nouvelle période d'instabilité en Italie, qui pourrait déboucher à terme sur de nouvelles élections.

Lors des élections législatives du 4 mars, les Italiens étaient appelés à élire quelque 315 sénateurs et 630 députés, après la dissolution du Parlement prononcée le 28 décembre dernier, un peu plus d'un an après l'échec retentissant en décembre 2016 du référendum porté par l'alors président du Conseil, le pro-Union européenne (UE) Matteo Renzi.

https://francais.rt.com/international/48487-legislatives-italie-resultats

Voir aussi:

(...)

Inquiète, l'Union européenne active «en coulisses»

ue coulisses

Aussi, le retour de Silvio Berlusconi au premier plan paraît avoir, au-delà du chaos politique italien, une portée symbolique. Au moment de son départ en 2011, l'Italie, en pleine crise financière, échappait de peu au sort de la Grèce et du Portugal. Ce sauvetage s'est pourtant fait au prix d'une mise sous tutelle : la composition d'un gouvernement technique avait été confiée à Mario Monti, dont le profil était plus conforme aux attentes de Bruxelles : ex-commissaire européen, collaborateur de la banque Goldman Sachs et ex-président de la Commission trilatérale, think tank euro-atlantiste... C'est à cette période qu'a également commencé, en parallèle, la montée en puissance du Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo, assumant des positions résolument anti-européennes et anti-immigration.

Une poussée populiste qui n'est pas sans soulever des craintes. S'appuyant sur des «sources européenne», l'AFP rapporte ainsi que «certains œuvrent en coulisse» afin de favoriser une future alliance entre Silvio Berlusconi et Matteo Renzi, sur le modèle de la «grande coalition» allemande – la plus à même de mettre en place une politique conforme à la ligne politique de Bruxelles. Toujours selon l'agence de presse, les membres les plus influents de sa famille politique au Parlement européen, le Parti Populaire Européen (PPE), s'occuperaient de «traiter» le cas Silvio Berlusconi, dont la figure trop clivante pourrait compromettre les possibilités d'alliance avec le PD.

bpv

A cette activité de lobbying s'ajoutent les déclarations du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. «Nous devons nous préparer au pire scénario qui pourrait être de ne pas avoir de gouvernement opérationnel en Italie», a-t-il lancé, alarmiste, le 22 février 2018, soulignant que ce même 4 mars, en Allemagne, l'accord de coalition arraché de haute lutte par Angela Merkel serait soumis au vote des militants du SPD, le parti social-démocrate allemand. «Si l'on combine toutes ces incertitudes, le SPD, les élections italiennes, les gouvernements minoritaires ici et là, nous pourrions avoir une réaction forte des marchés financiers dans la seconde semaine de mars», a encore prophétisé Jean-Claude Juncker.

Avec un système bancaire sous perfusion, à la merci d'une envolée des taux d'intérêt de sa dette souveraine, l'Italie, troisième puissance économique de la zone euro, va-t-elle à l'instar de l'Allemagne plonger à son tour dans une crise politique ?

https://francais.rt.com/international/48473-legislatives-italie-elections-tous-dangers-bruxelles

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vendredi 2 mars 2018

[RussEurope-en-exil] Productivité, compétitivité externe et taux de change

TRIBUNE LIBRE / Jacques Sapir

TL SAPIR EURO ITALIE FRANCE

Les mesures de la productivité du travail sont toujours délicates à établir. Néanmoins, l’OCDE fournit des chiffres en valeur absolue (et pas seulement en accroissement), basés sur la mesure du PIB en parité de pouvoir d’achat (en Dollars constants) et sur la base d’estimations du temps de travail global annuel. On sait que les mesures du temps travaillé diffèrent sensiblement du temps de travail « légal » dans les différents pays. Ceci permet d’établir quelques comparaisons internationales, dont on extrait les « micro-Etats » ou les quasi-paradis fiscaux (comme le Luxembourg…)[1].

Etat des lieux…

Le premier point qu’il convient de noter, en restant dans des économies comparables en matière de niveau de développement, est que trois pays se détachent de l’échantillon, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis. En 1990, ces pays sont à peu près au même niveau, ainsi que l’Italie, pour la productivité annuelle horaire. La France bénéficie d’un léger avantage.

Si la productivité aux Etats Unis dépasse en 2016 la France et l’Allemagne, c’est avant tout le résultat d’une sortie de crise (à partir de 2009) bien plus rapide. La France et l’Allemagne ont la même valeur pour la productivité annuelle horaire (PAH). Or, cette « PAH » est une mesure assez robuste de la compétitivité entre les pays. Or, on constate que la France et les Etats-Unis accumulent depuis 2003 (France) et depuis les années 1990 (Etats-Unis) le déficit commercial. De même on constate que le Japon et la Corée du Sud ont des PAH nettement plus faibles, et pourtant accumulent un excédent commercial notable.

Graphique 1

Cela renvoie, bien évidemment, au taux de change des monnaies. Le Dollar US apparaît comme surévalué sur l’ensemble de la période. Par contre le mécanisme de l’Euro aboutit à une sous-évaluation du taux de change réel pour l’Allemagne et une surévaluation pour la France. Ceci recoupe les études faites par le FMI depuis plusieurs années. Le décalage entre l’excédent commercial de l’Allemagne (plus de 260 milliards d’euros) et le déficit de la France (plus de 60 milliards)[2] est l’exemple le plus choquant. Les études du FMI[3] sur le commerce extérieur posent à nouveau le problème de l’Euro. Les déséquilibres ont donc été estimés dans plusieurs études réalisées par le FMI, en 2015, 2016 et 2017. Ces études montrent un écart de change qui va grandissant d’années en années.

Tableau 1

Ampleur des appréciations/dépréciations des taux de change en cas de dissolution de la zone Euro

  Ajustement moyen Ajustement maximal Ecart avec l’Allemagne

(normal-Maxi)

Ecart avec la France

(normal-Maxi)

France -11,0% -16,0% 26-43%
Italie -9,0% -20,0% 24-47% +2/-4%
Espagne -7,5% -15,0% 22,5-42% +3,5/+1%
Belgique -7,5% -15,0% 22,5-42% +3,5/+1%
Pays-Bas + 9,0% +21,0% 6-6% +20/+37%
Allemagne +15,0% +27,0% +26/+43%

Source : écart des taux de change réels dans le FMI External Sector Report 2017 et consultations d’experts des questions de change réalisées au début d’août 2017

L’économie française souffre d’une surévaluation liée à l’existence de l’Euro que l’on peut estimer entre 26% et 43% avec l’Allemagne. Cela est dû à la fois à la surévaluation générale impliquée par l’existence de l’Euro, mais aussi à la sous-évaluation qu’entraîne l’Euro spécifiquement pour l’Allemagne. On voit que le montant de l’écart est tel qu’il ne peut être combattu par des changements dans la structure de la fiscalité (et de la parafiscalité) en France, car ces changements jouent au maximum sur 5% à 10% du coût.

Les effets délétères de l’Euro…

Si l’on regarde maintenant le cas spécifique des pays du « Sud » de la zone Euro, la trajectoire de trois d’entre eux est particulièrement significative.

L’Italie avait un bon niveau de productivité en 1990 comme on l’a vu sur la graphique 1. Mais, depuis les années 2000, ce niveau de productivité stagne. L’Italie compense cette perte de productivité par une pression toujours plus forte sur les salaires, ce qui lui permet de retrouver un excédent commercial (essentiellement par compression des importations, mais au prix d’une croissance très faible). L’Espagne a connu une longue période de stagnation de la productivité. Elle a réagi en 2009, et elle a connu une hausse de la PAH jusqu’en 2014. Mais, la PAH semble s’être stabilisée. Désormais, l’excédent commercial de l’Espagne est essentiellement dû à la baisse des salaires (déflation salariale). Quant à la Grèce, elle a connu, elle, une trajectoire de hausse de la PAH de 1995 à 2009, mais, depuis la crise et les politiques d’ajustements qu’elle a subies, la productivité du travail baisse dans ce malheureux pays.

Graphique 2

Evolution de la Productivité annuelle horaire du travail (pays du « Sud » de la zone Euro).

Source : OCDE

 

On voit que les effets des politiques mises en place dans le cadre de la Zone Euro, voire tout simplement la seule existence de l’Euro, a plongé ces pays dans une crise grave. Ceci est désormais une réalité bien établie. D’ailleurs, le directeur de l’Institut Max Planck de Cologne, qui est un italien, vient de déclarer que l’Italie devrait sortir le plus rapidement possible de l’Euro[4].

C’est ce que défendent de nombreux économistes (dont mon collègue Alberto Bagnai) mais aussi divers mouvements politiques en Italie.

Le scénario italien

T-Italie

Il est clair que si l’Italie devait sortir de l’Euro, le choc sur la France serait considérable. Les élites françaises tenteraient, assurément, de maintenir notre pays de toutes forces dans le carcan de l’Euro, mais – l’économie italienne étant proche de l’économie française – ceci entraînerait une violente crise en France même. Il est probable, alors que nous n’aurions pas d’autres solutions que d’imiter l’Italie, mais les conséquences du choc sur une économie fragile, dont l’industrie souffre déjà terriblement de l’Euro, pourraient bien être dramatiques. Il est donc important de comprendre que si l’Italie devait sortir de l’Euro, nous n’aurions pas d’autre choix que d’en sortir quelques semaines après elle…

C’est l’un des enjeux des élections qui auront lieu ce dimanche en Italie.

Notes

[1] Voir https://data.oecd.org/fr/lprdty/pib-par-heure-travaillee.htm#indicator-chart

[2] http://www.lepoint.fr/economie/france-le-deficit-commercial-se-creuse-encore-en-novembre-09-01-2018-2185003_28.php

[3] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057

[4] https://scenarieconomici.it/max-planck-institut-italia-esca-dalleuro/

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-productivite-competitivite-externe-et-taux-de-change-par-jacques-sapir/

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