mercredi 13 décembre 2017

Jérusalem et la mystique de l’élection

Par Bruno Guigue | 10 décembre 2017

TL ISRAELBIBLE

Comme le montre la naïveté des commentaires sur la crise actuelle, on ne comprend pas les conflits du Proche-Orient si l’on oublie l’essentiel. Le sionisme n’est pas un mouvement d’émancipation juive, ni un nationalisme séculier classique. C’est un colonialisme fondé sur une mystique de l’élection. Lorsque Netanyahou est reçu au congrès américain, il parle du “peuple élu” et il invoque la “destinée manifeste”. En validant les prétentions israéliennes sur Jérusalem, Trump ne se contente pas de piétiner la loi internationale. Flattant le narcissisme israélien, il accrédite la mythologie fondatrice de l’Etat-colon.

On s’inquiète d’une confessionnalisation du conflit, mais on oublie que ce conflit est confessionnel depuis l’origine. Non pas du fait de la résistance arabe, mais du fait de l’entreprise sioniste. En fait, le mouvement auquel le sionisme ressemble le plus est le suprématisme blanc des Afrikaners. Dans les deux cas, ils se prennent pour le peuple élu, et la guerre coloniale vise à s’emparer de la “Terre promise”. L’Etat d’Israël, cet enfant chéri de la conscience laïque occidentale, est un implant colonial justifié par l’Ancien Testament.

Même s’ils ont raison, le déni de légitimité que les juifs orthodoxes opposent au sionisme est trompeur. Il faut lire les penseurs sionistes de l’ère pré-israélienne : le sionisme n’a pas trahi le judaïsme, il s’est simplement affranchi de sa passivité. Il substitue à l’attente du sauveur une action politique, mais cette action vise à prendre possession d’“Eretz Israël”, et non d’une lointaine contrée indifférente au récit biblique. Le sionisme moderne n’a pas laïcisé l’espérance messianique, il l’a détournée à son profit pour implanter au Proche-Orient un Etat occidental.

La conquête coloniale de la Palestine se fonde sur une mystique de l’élection, et cette mystique se nourrit d’une géographie du sacré. Interprétant la Thora comme un acte notarié, elle le brandit comme si un texte religieux pouvait fonder un droit opposable. Croyant occasionnel, Theodor Herzl avait bien compris la puissance symbolique de cette supercherie. “Si la revendication d’un coin de terre est légitime, disait-il, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs”. Quel Occidental contestera, si elle est bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine ?

Le sionisme repose sur une idée simple : la Thora tient lieu de titre de propriété, et cette propriété sera reconnue par un Occident pétri de culture biblique. Il faut reconnaître que ce tour de passe-passe a porté ses fruits. Loin d’être une nouveauté, le sionisme chrétien est constitutif du sionisme lui-même. L’idée du retour des exilés en Terre sainte fut une idée protestante avant d’être une idée juive, et le gouvernement britannique s’en fit l’ardent défenseur à l’apogée de l’Empire. Ce n’est pas un hasard si cette entreprise a fini par voir le jour avec la bénédiction d’une Grande-Bretagne férue d’Ancien Testament.

Malheureusement, ce n’est pas la première fois qu’une idée absurde exerce une force matérielle. Pour les sionistes, la cause est entendue : si le droit des juifs sur la terre d’Israël n’est pas négociable, c’est qu’il dérive de la transcendance. Combattre l’entreprise sioniste, c’est faire offense à Dieu, se rebeller contre sa volonté. Avant la proclamation unilatérale de l’Etat d’Israël, le grand rabbin de Palestine déclarait devant une commission internationale : “C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin”.

Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait en 2002 : “Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif”. On comprend pourquoi le sionisme, à l’appui de ses prétentions, n’invoque pas le droit international, mais la promesse de Yahvé à Abraham : “C’est à ta descendance que je donne ce pays, du fleuve d’Egypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate” (Genèse, 15).

Cette mythologie a fait de Jérusalem le joyau de la promesse. La cité de David est l’écrin de la présence divine depuis que son successeur Salomon y bâtit le premier Temple. Espace de communication avec le divin, Jérusalem porte témoignage de la geste hébraïque. Le martyre subi lors de sa destruction en accentue la sacralité, en la déclinant sur le mode messianique. Dans la narration biblique, Jérusalem est le centre d’une histoire sainte. Le tour de force du sionisme est de l’avoir fait passer pour une histoire tout court.

Cette conversion de la narration biblique en narration historique, pourtant, est un véritable château de cartes. Israël s’est lancé à Jérusalem dans une quête obstinée des vestiges de sa grandeur passée. A coup d’excavations frénétiques, on a exhibé la moindre breloque comme si elle était la preuve d’une gloire ancestrale, et un tesson de poterie attestait le rayonnement immémorial du royaume hébraïque. Mais cette manie de fouiller le sous-sol palestinien à la recherche d’une gloire perdue a montré ses limites, et les archéologues israéliens ont fini par tirer un trait sur ces affabulations.

“Les fouilles entreprises à Jérusalem n’ont apporté aucune preuve de la grandeur de la cité à l’époque de David et de Salomon”. Mieux encore : “Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, les rapporter à d’autres rois paraît beaucoup plus raisonnable. Les implications d’un tel réexamen sont énormes. En effet, s’il n’y a pas eu de patriarches, ni d’Exode, ni de conquête de Canaan, ni de monarchie unifiée et prospère sous David et Salomon, devons-nous en conclure que l’Israël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, les livres de Josué, des Juges et de Samuel, n’a jamais existé ?

Ces citations ne sont pas tirées d’un brûlot antisioniste, mais du livre d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l’archéologie, Bayard, 2002, p. 150. La mythologie sioniste avait maquillé le mythe en histoire pour les besoins de la cause. Cette histoire en carton-pâte est balayée par la recherche scientifique. La véritable histoire reprend ses droits, et la géographie du sacré sombre dans les sables mouvants. Mais peu importe. Avec de vieilles pierres en guise de témoins muets, les sionistes revendiquent obstinément la propriété d’une terre arrachée en 1948 à ses détenteurs légitimes.

Bruno Guigue | 10 décembre 2017

Source : Bruno Guigue

http://arretsurinfo.ch/jerusalem-et-la-mystique-de-lelection/

mardi 12 décembre 2017

Prenez garde à la colère des affamés qui ont faim de dignité.

Déclaration Trump versus Balfour.

 

HIST BALFOUR TRUMP NETANYAOU

 

Donald Trump rejoue sous la forme d’une bouffonnerie le premier acte de la tragédie palestinienne signée par Balfour en novembre 1917, il y a maintenant 100 ans. Par une déclaration solennelle, le secrétaire au Foreign Office promettait au banquier britannique Rothschild une terre sur laquelle il n’avait aucun titre puisqu’à ce moment, le Royaume Uni n’était pas encore mandataire sans l’accord de ses réels ayant droit.

Une fois l’Empire Ottoman démembré, les Britanniques se sont attribués la Palestine qu’ils ont administrée et occupée militairement jusqu’en 1948. Tous les Hauts Commissaires pour la Palestine désignés par Londres furent choisis parmi les membres les plus zélés du Congrès sioniste d’Angleterre. Le premier d’entre eux, Herbert Samuel (1920-1925) mit en place sans perdre de temps les bases des infrastructures éducatives, militaires et sanitaires du futur Etat juif.

Balfour agissait dans un contexte de la deuxième partie de la première guerre mondiale, très meurtrière et très coûteuse, l’opinion était lasse de la boucherie. Par cette signature, il satisfaisait à plusieurs exigences de l’heure.

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Tenter de soustraire une part des intellectuels juifs à l’activisme internationaliste communiste en les recrutant pour un nationalisme lié à une terre ‘promise’. Cette opération eut un faible succès car le sionisme n’était pas une idéologie prisée ni répandue à l’époque du triomphe de la révolution bolchevique. L’argent des Rothschild aidait surtout à installer des familles pauvres de l’Europe de l’Est, victimes d’un antisémitisme latent toujours prêt à être réactivé.

Consolider la prise en main du territoire de l’Irak en le prolongeant par un accès vers la Méditerranée. Le pétrole de Mossoul pouvait alors être acheminé vers le port de Haïfa ou vers le golfe arabique. Mais surtout, en contrôlant la Palestine, la Transjordanie et l’Irak, la route vers l’Inde par voie terrestre est coupée pour l’URSS.

De façon accessoire, il fallait récompenser la contribution du chimiste sioniste Weizman (production industrielle de l’acétone) à l’amélioration des munitions pour l’armée britannique.

Le tout adossé à un certain courant protestant millénariste en Angleterre sensible à la cause sioniste car le rassemblement des Juifs accélérerait la venue du Christ-Messie sur terre.

Il y a cent ans, l’Empire britannique était à l’apogée de sa puissance.

Le déclin certes était en train de poindre et les Usa étaient en train de prendre le relais.

Mais en attendant, la dislocation de l’Empire ottoman a augmenté son aire en lui affectant un contrôle économique et militaire sur la Palestine, la Transjordanie, l’Irak et l’Egypte, occupée militairement depuis 1882 mais sous protectorat effectif depuis 1914 seulement. L’Irak ne sera pacifié qu’au terme de trois années de résistance acharnée et le parti Wafd en Egypte a obtenu dès 1919 la direction politique du pays.

Un système politique et symbolique à l’agonie.

En 2017, les Usa ont vu leur intervention militaire au Moyen Orient contrariée en Syrie puisque la guerre qu’ils y ont menée contre un Etat appartenant à l’axe du mal a résisté à sa disparition en dépit des moyens mis à la disposition de leurs mercenaires engagés sous la bannière du terrorisme islamiste. Elle fut spectaculairement contrariée aussi en Irak car la sécession du Kurdistan n’a pu avoir lieu. L’assistance qu’ils monnayent à l'Arabie Saoudite contre le Yémen en proie à un printemps sanglant interminable s ‘avère inefficace(1) la protection par les antimissiles Patriot laisse passer des missiles longue portée, près de 1400 Km, adaptés par les Yéménites qui parviennent à perturber l’aéroport international de Ryad. (1) L’une des dernières mises en œuvre d’une révolution colorée en Ukraine échoue lamentablement. Le PIB du pays s’est effondré de moitié depuis l’organisation de la tuerie place du Maïdan, accomplie par quatre Géorgiens et coordonnée par leur agent Saakachvili. Le pays s’est littéralement vidé de ses forces vives qui ont fui la baisse de salaire de l’équivalent e 400 euros à près de 190 euros.

Le Président Trump est toujours menacé de destitution plus d’un an après sa victoire électorale pour diverses raisons alléguées par ses adversaires, santé mentale défaillante, corruption, haute trahison et compromission avec l’ennemi russe. Cette situation qui traîne en longueur est inédite dans l’histoire de la première puissance qui a pour habitude de régler le sort des indésirables à cette fonction par un assassinat ou une démission annoncée dignement. Ses rodomontades, réplique par un feu nucléaire, proférées à l’égard de la Corée du Nord sont vite contredites par le Secrétaire préposé à la Défense. L’annonce, énoncée unilatéralement , que Jérusalem connue et désignée par un milliard de musulmans sous le simple nom de La (ville) Sainte, Al Qods, serait la capitale de l’entité sioniste a été accueillie avec réserve par Tillerson, l’homme d’Exxon propulsé au Secrétariat d’Etat. A l’évidence, le pouvoir est éclaté à Washington et ses centres, nombreux, non seulement ne coordonnent pas leurs positions publiques mais exposent leur antagonisme à la face du monde. Les derniers mouvements respiratoires d’un organisme en voie de trépasser sont anarchiques et inefficaces, cette dernière billevesée signe que l’agonie est bien en cours. Il est probable même qu’elle a été accomplie sans l’aval de la direction actuelle de l’entité sioniste. Elle a suscité une condamnation unanime de tous les dirigeants de la planète avec toute une palette de nuances selon leur degré de soumission, depuis le ‘regrettable’ jusqu’à l’indignation authentique. Elle offense surtout trois cents millions d’Arabes, sans distinction de leur religion, un milliard de musulmans et tous ceux qui espèrent un règlement à cette colonisation atroce par la voie de la négociation. Elle les unit aussi. Le jeu pervers de l'Arabie Saoudite est non seulement mis à jour mais est devenu intolérable à tous ceux qui subissent depuis des décennies l’islamophobie comme stratégie néoconservatrice manipulée par les officines qui pilotent ou au moins facilitent le ‘terrorisme islamiste’.

Ce vendredi 8 décembre, dans chaque mosquée, le sermon a été consacré à la (ville) Sainte, dans tous les pays du monde sauf dans l'Arabie Saoudite qui en a interdit l’évocation.

 

La situation est désormais clarifiée.

Plus aucune partie ne pourra encore se réclamer d’un quelconque processus de paix, ce qui ne pourra que faciliter l’unité du rang des Palestiniens. L’Autorité Palestinienne, née des accords d’Oslo, doit renoncer à sa politique de collaboration sécuritaire avec l’occupant et cesser de livrer les militants à la police et l’armée sioniste. Elle doit refuser de cautionner le grignotage incessant des zones théoriquement prévues comme bantoustans émiettés où seront encagés les Palestiniens. Elle devra revenir à la charte de l’OLP, incontournable, qui revendiquait un seul Etat, laïc, pour tous ses citoyens.

Cette dernière blessure ouverte dans le cœur et l’esprit du milliard de musulmans va se traduire par leur rejet de l’américanisme sous toutes ses formes. Un boycott des produits étasuniens en sera l’effet immédiat le plus perceptible. Coca Cola, Mac Do, Apple, Google, Facebook pourront en remercier Trump. La planète aussi, elle sera plus vite délivrée de l’abaissement symbolique et éthique imposé par l’hégémonie étasunienne.

 

Badia Benjelloun

9 décembre 2017

 

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vendredi 8 décembre 2017

Allégeance de Washington à l’Etat-colon

Par Bruno Guigue | 6 décembre 2017

ARG TRUMP AIPAC

Donald Trump vient d’annoncer que les USA reconnaissent Jérusalem comme la capitale d’Israël et que l’État hébreu, en tant qu’État souverain, “a le droit de déterminer sa propre capitale”. Cette décision est un camouflet infligé au droit international par la première puissance mondiale. Colonisée et annexée par Israël, Jérusalem-Est est considérée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur Etat. Pour l’ONU, c’est un territoire occupé en violation de la légalité internationale, comme l’affirmaient déjà les résolutions 242 et 338 du conseil de sécurité.

Mais cette décision est-elle vraiment une surprise ? Elle date de la campagne présidentielle de 2016, et Donald Trump n’en a jamais fait mystère. Boudé par Wall Street qui lui préférait Hillary Clinton, le candidat républicain voulait à tout prix allumer des contre-feux pour rattraper son retard. Il lui fallait obtenir des appuis auprès du lobby sioniste, au risque de voir la victoire lui échapper. Flairant le danger, Donald Trump s’est alors livré à son exercice favori : il a fait de la surenchère pour damer le pion à Hillary Clinton.

Invité à l’assemblée annuelle de l’AIPAC, le 21 mars 2016, Donald Trump fait l’impossible pour faire oublier ses déclarations antérieures. Il refusait de prendre position sur la question palestinienne tant qu’il ne serait pas à la Maison-Blanche. Il hésitait à dire si les États-Unis devaient reconnaître ou non Jérusalem comme capitale d’Israël. Il disait que l’Etat hébreu devait payer l’aide militaire octroyée par les USA. Désormais, c’est fini. En vingt minutes, il dit à son auditoire ce qu’il voulait entendre et il obtient des salves d’applaudissements. Debout, en “standing ovation”.

Il affirme qu’il est un “soutien de longue date et ami réel d’Israël”. Avec lui à la présidence des États-Unis, Israël ne sera plus traité “comme un citoyen de seconde zone” ! Interrogé le jour même par CNN, il déclare qu’il est prêt à déplacer l’ambassade US à Jérusalem. Manifestement décidé à faire mieux que Clinton, il accuse l’Iran d’être “le plus grand sponsor du terrorisme mondial”, d’établir en Syrie un nouveau front dans le Golan contre Israël, de fournir des armes sophistiquées au Hezbollah libanais, et de soutenir le Hamas et le Djihad islamique.

Mais ce discours complaisant n’a pas suffi. Délaissé par les siens, Trump sait qu’il manque de soutiens parmi les donateurs juifs du parti républicain. Ces bailleurs de fonds à l’ancienne, sponsors traditionnels du parti conservateur, sont rebutés par la rhétorique d’un candidat hostile au libre-échange et allergique au “système”. Ils préfèrent se tourner vers une candidate qui n’a jamais lésiné dans son soutien à Israël et au complexe militaro-industriel. Après tout, l’essentiel c’est le business. Pour Donald Trump, du coup, la tâche est rude. Afin d’inverser la tendance, il faut absolument faire quelque chose.

A neuf semaines du scrutin, le candidat républicain se résout à abattre sa dernière carte. Elle lui permettra, espère-t-il, de surpasser Hillary Clinton, de la prendre à revers sur son propre terrain. C’est alors qu’il rencontre publiquement Benyamin Nétanyahou, le 26 septembre 2016. A l’issue de cette entrevue, à New York, Trump promet de reconnaître Jérusalem comme “la capitale indivisible d’Israël” et d’y installer l’ambassade américaine s’il est élu à la présidence. Fabuleux cadeau à l’Etat d’Israël, violation du droit international, cette concession à l’occupant serait lourde de conséquences. Trump le sait. Mais il était difficile de faire mieux pour séduire le lobby.

Fin septembre 2016, la “future capitale de l’Etat palestinien” passe donc à la trappe. La “solution à deux Etats” fait les frais d’une course à l’échalote entre deux candidats qui ont rivalisé d’imagination pour flatter le lobby. Habiles marionnettistes, les amis de Nétanyahou ont manipulé les deux pantins désarticulés qui se disputaient un pouvoir fantoche. Vainqueur de cette compétition acharnée, Trump a décidé de balayer les illusions entretenues par ses prédécesseurs sur le rôle des USA. Il a emporté la mise le 8 novembre 2016. Nous sommes le 6 décembre 2017. Il aura mis un an à payer l’addition.

En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, en y installant leur ambassade, les USA offrent au projet d’Etat palestinien un enterrement de première classe. Ils donnent eux-mêmes le coup de grâce à un “processus de paix” dont ils furent les parrains. “L’heure est venue”, a déclaré Donald Trump devant les chaînes de télévision le 6 décembre. L’heure était donc venue, pour Washington, de balayer tout espoir de paix. A la face du monde, le président américain vient de déclarer que la partie est finie. Quitte à décrédibiliser ses alliés arabes, il proclame que le fait accompli colonial en Palestine est irréversible.

Ruinant par avance toute perspective de négociation, ce geste spectaculaire trahit l’allégeance de Washington aux intérêts de l’Etat-colon. A quoi bon négocier si l’enjeu de la négociation (la possibilité d’un Etat palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale) est pulvérisé par Washington ? Paradoxalement, cette ultime reddition américaine aux exigences israéliennes sonne le glas d’une illusion à laquelle les autres puissances, occidentales ou arabes, feignaient de croire encore. Donald Trump vient de leur administrer une douche froide, en leur rappelant qui est le leader du “monde libre”.

Mais il y a plus. En validant la rhétorique israélienne sur “Jérusalem réunifiée”, le président américain restaure également la primauté du théologique sur le politique. Les prétentions sionistes sur la Ville sainte se réclament du texte biblique. En les accréditant, Trump réintroduit le sacré dans un conflit d’essence profane. Il percute le droit international avec le droit divin. Il masque d’un écran de fumée l’affrontement qui oppose l’occupant et l’occupé. Cette concession à la mythologie sioniste occulte la lutte de libération nationale du peuple palestinien. A une époque ou la manipulation du “religieux” sert l’impérialisme, ce n’est pas innocent.

Par Bruno Guigue | 6 décembre 2017

 

Source: Bruno Guigue

http://arretsurinfo.ch/allegeance-de-washington-a-letat-colon/

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jeudi 7 décembre 2017

La communauté internationale contre la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël

"Les missions de Bolivie, d'Egypte, de France, d'Italie, du Sénégal, de Suède, du Royaume-Uni et d'Uruguay", ont, mercredi soir, demandé cette réunion.

ACT JERUSALEM ONU

Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira en urgence vendredi matin après la décision de Donald Trump de reconnaître "officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël", a annoncé la présidence japonaise de l'instance, dans la nuit du mercredi 6 décembre au jeudi 7 décembre.

Le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou a salué un "jour historique", après la déclaration de Donald Trump, assurant que cela ne changerait rien en ce qui concerne les lieux saints des trois grandes religions monothéistes à Jérusalem. Mais mis à part le gouvernement israélien, cette décision a été vivement critiquée par la communauté internationale. Franceinfo revient sur les principales réactions.

L'ONU se dit "contre toute mesure unilatérale"

Huit pays ont demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité. "Les missions de Bolivie, d'Egypte, de France, d'Italie, du Sénégal, de Suède, du Royaume-Uni et d'Uruguay demandent à la présidence" japonaise du Conseil de sécurité "d'organiser une réunion d'urgence du Conseil, avec un exposé du secrétaire général, avant la fin de la semaine", indique un communiqué de la mission suédoise. La présidence de l'instance a annoncé, peu après, que le Conseil se réunirait vendredi matin, en urgence.

Pour le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, le statut de Jérusalem ne peut être résolu que par une "négociation directe" entre Israéliens et Palestiniens. Il dit avoir toujours été "contre toute mesure unilatérale". "Il n'y a pas d'alternative à la solution de deux Etats" avec "Jérusalem comme capitale d'Israël et de la Palestine", a-t-il insisté.

L'Union européenne fait part de sa "sérieuse préoccupation"

Dans un communiqué, la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a écrit : "L'Union européenne exprime sa sérieuse préoccupation à propos de l'annonce aujourd'hui du président des Etats-Unis Trump sur Jérusalem et les répercussions que cela peut avoir sur la perspective de paix."

Paris condamne une décision "regrettable"

"C'est une décision regrettable que la France n'approuve pas et qui contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU", a réagi Emmanuel Macron, depuis l'Algérie. "Le statut de Jérusalem est une question de sécurité internationale qui concerne toute la communauté internationale. Je veux l'affirmer clairement, le statut de Jérusalem devra être déterminé par les Israéliens et les Palestiniens dans le cadre de négociations sous l'égide des Nations Unies", a-t-il poursuivi.

Berlin "ne soutient pas" cette décision

Le gouvernement allemand "ne soutient pas cette position car le statut de Jérusalem ne peut être négocié que dans le cadre d'une solution de deux Etats", a déclaré la chancelière, citée dans un tweet de son porte-parole Steffen Seibert. Le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, a dit redouter que cette décision ne conduise à une "nouvelle escalade dans le conflit entre Israël et les Palestiniens". Et d'ajouter : "Nous espérons que (nos) inquiétudes pourront être (...) calmées. Mais cette volte-face est déjà un gros problème."

 

Londres n'est "pas d'accord"

"Nous ne sommes pas d'accord avec la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem et de reconnaître Jérusalem comme la capitale israélienne avant un accord final sur son statut", a déclaré la Première ministre britannique Theresa May dans un communiqué. Pour elle, cette décision n'est "d'aucune aide" pour les perspectives de paix dans la région.

Ankara critique une décision "irresponsable"

"Nous condamnons la déclaration irresponsable de l'administration américaine (...) cette décision est contraire au droit international et aux résolutions de l'ONU", a réagi le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu. Avant l'annonce de cette décision largement anticipée, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait averti que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par Washington "ferait le jeu des groupes terroristes".

Pour le président palestinien, les Etats-Unis ne peuvent plus être médiateur

"Par ces décisions déplorables, les Etats-Unis sapent délibérément tous les efforts de paix et proclament qu'ils abandonnent le rôle de sponsor du processus de paix qu'ils ont joué au cours des dernières décennies", a déclaré Mahmoud Abbas sur la télévision palestinienne, déclarant que Jérusalem était "la capitale éternelle de l'Etat de Palestine".

Le Hamas estime que Trump "ouvre les portes de l'enfer"

C'est ce qu'a déclaré Ismaïl Radouane, un haut responsable du mouvement islamiste palestinien aussitôt après la déclaration de Donald Trump. Il a appelé les pays arabes et musulmans à "couper les liens économiques et politiques" avec les ambassades américaines, et à expulser les ambassadeurs américains.

Le pape exprime sa "profonde inquiétude"

"J'adresse un appel vibrant pour que tous s'engagent à respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les résolutions pertinentes de l'ONU", a déclaré le pape François, qui a fait part de "profonde inquiétude". Le souverain pontife ne peut qu'accorder un intérêt tout particulier à la ville qui abrite les lieux les plus saints des trois grandes religions monothéistes, y compris le Saint-Sépulcre.

https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/la-communaute-internationale-contre-la-decision-de-donald-trump-de-reconnaitre-jerusalem-comme-la-capitale-d-israel_2502167.html#xtor=EPR-51-[jerusalem-le-conseil-de-securite-de-l-onu-se-reunira-en-urgence-vendredi-matin-apres-la-decision-de-donald-trump_2502167]-20171207-[titre]

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Statut de Jérusalem : entre folie et provocation à la guerre

Robert Fisk | 5 décembre 2017 | The Independent

Au milieu de trois guerres catastrophiques au Moyen-Orient, il serait difficile d’imaginer quelque chose de plus provocateur, dangereux – ou tout simplement délirant – que l’initiative des États-Unis de déplacer leur ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Pourtant, c’est exactement ce que Donald Trump est en train de faire cette semaine. D’une certaine manière, nous aurions dû nous y attendre : des présidents fous font des choses folles.

ARG JERUSALEM US

Mais n’y a-t-il personne à la Maison Blanche qui puisse le retenir ? Pas même Jared Kushner, qui est censé être la main de Trump au Moyen-Orient ? Ou Kushner est-il trop impliqué dans son dernier scandale – tel que révélé par Newsweek : qu’il n’a pas fait connaître sa co-direction d’une fondation finançant des colonies juives illégales en Cisjordanie quand il a déposé ses dossiers financiers au Bureau de l’Éthique gouvernementale cette année – pour oser se faire entendre ?

Car ce n’est pas que l’ambassade elle-même ne soit qu’un geste symbolique. Cela signifie que les États-Unis reconnaîtraient que la ville de Jérusalem, sacrée pour les musulmans, les juifs et les chrétiens, est la capitale de l’État israélien et que les Palestiniens ne pourront jamais la partager. Le moribond « processus de paix » – abandonné par les Israéliens, puis par les Palestiniens puis par les Américains il y a des années, bien que « les hommes d’État » en parlent encore dans le monde virtuel dans lequel ils vivent – n’existerait plus, même dans nos imaginations.

C’est pourquoi tout le monde de Macron à Erdogan, des Saoudiens à l’Union Européenne, et bien sûr les malheureux Palestiniens, ont critiqué et condamné de diverses manières la décision à venir de Trump. S’il ne signe pas de report officiel – qui doit être renouvelé tous les six mois – à la loi américaine pour déplacer l’ambassade, alors il va en effet, pour reprendre les termes des dirigeants palestiniens, prendre le risque d’un conflit « ethnique ».

N’y a-t-il pas assez de guerres au Moyen-Orient pour occuper la Maison blanche même dirigée par un fou ? Trump a depuis longtemps pris le parti sunnite dans le conflit sunnite-chiite – mais maintenant il risque d’augmenter les tensions en les exaspérant tous les deux. Les Arabes savent tous – et beaucoup d’Israéliens sont d’accord – que le président Trump est dingue. Mais les implications de tout déplacement de l’ambassade – ou en d’autres termes l’acceptation par Trump que Jérusalem est en effet la capitale d’Israël – seront énormes. Cela revient à signifier aux Arabes, musulmans et chrétiens, que leur deuxième ville la plus sainte appartient aux Juifs d’Israël et non à eux. Cela dira aux Iraniens la même chose. Cela signifiera la même chose pour tous les pays musulmans du monde.

Trump espère-t-il un autre accueil chaleureux et une autre danse traditionnelle à l’épée à Riyad ? Est-ce que les Saoudiens achèteront toutes ces milliards d’armes américaines s’il livre Jérusalem aux Israéliens ? Les musulmans croient généralement que le Prophète, né en Arabie, est monté de Jérusalem au ciel.

En Occident, cela va pourrir davantage les relations entre Washington et l’Union Européenne, cela nuira aux relations canado-américaines – car Ottawa ne suivra sûrement pas l’initiative de Washington – et l’UE, qui croit encore cruellement au fameux « processus de paix » , ne va certainement pas répondre en déplaçant ses propres ambassades à Jérusalem. Il y a, bien sûr, des consulats européens à Jérusalem – mais pour couvrir Jérusalem-Est et la Cisjordanie, pas Israël.

Bibi Netanyahu et son gouvernement israélien extraordinairement « extrême-droitier » seront certainement heureux, car cela déclenchera une nouvelle et bien plus grande expansion des colonies juives – que nous appelons étrangement des « implantations » – sur les terres arabes, dépouillant encore plus les Palestiniens. Les Israéliens ont volé des terres à leurs propriétaires arabes légaux pendant des années, mais le président Trump enlèverait alors aux Palestiniens l’espoir même d’une capitale à Jérusalem-Est.

Et comment vont réagir les Palestiniens des camps de réfugiés au Liban ? Il n’y a guère d’habitation palestinienne sans une photo de la mosquée Al-Aqsa apposée au mur. Comment le Hezbollah répondra-t-il ? Peuvent-ils simplement se contenter de la rhétorique – ou devront-ils tirer des missiles sur la frontière israélo-libanaise pour exprimer leur colère ?

Et les Russes, le plus grand allié de la Syrie – où Bachar al-Assad déclarera sûrement son régime comme porte-drapeau dans une nouvelle bataille pour une « Jérusalem libérée » – ne peuvent guère laisser passer une telle initiative sans prendre le parti arabe. Et en vendant aux Arabes les navires de guerre, les avions de chasse et les missiles que ceux-ci achetaient jusqu’ici aux Américains.

Un rêve israélien pourrait devenir réalité si Trump annonce Jérusalem comme étant la capitale d’Israël. Mais ce sera aussi un cauchemar arabe. Au moins, quand Jérusalem restait l’objet de négociations israélo-palestiniennes, les Arabes de Cisjordanie pouvaient s’accrocher au vague espoir de disposer un jour d’une partie de la ville. Mais si Trump va de l’avant, l’Amérique ne pourra plus jamais prétendre mettre en place un autre « processus de paix », même imaginaire. « Une erreur colossale » sera le moins que le monde pourra dire à propos des États-Unis si Trump ne signe pas la dite suspension.

Robert Fisk | 5 décembre 2017 | The Independent

Robert Fisk est le correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. Il a écrit de nombreux livres sur cette région dont : La grande guerre pour la civilisation : L’Occident à la conquête du Moyen-Orient.

Source: Chronique de Palestine

http://arretsurinfo.ch/statut-de-jerusalem-entre-folie-et-provocation-a-la-guerre/

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mardi 5 décembre 2017

Netanyahou « invité » au sommet de l’UE le 11 décembre, par lui-même, ne sera pas le bienvenu

Connaissez-vous la définition de la “chutzpah”, ce culot incommensurable si typiquement israélien ? Ni “insolence”, ni “audace” ni “impertinence” n’en rendent adéquatement la portée. C’est encore une histoire drôle (?) qui en donne la meilleure définition :  «La chutzpah est la qualité de l’homme qui, étant jugé pour avoir froidement assassiné son père et sa mère, estime avoir un droit absolu à l’indulgence du tribunal, car après tout il n’est qu’un pauvre orphelin». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est doté d’une chutzpah hors du commun.

ACT ISRAEL UE

Il y a quelques jours, Netanyahou avait annoncé qu’il participerait au sommet des ministres européens des Affaires étrangères qui se tiendra à Bruxelles le 11 décembre. Une première depuis plus de 20 ans dans l’histoire des relations diplomatiques entre l’UE et Israël. Une visite «pour marquer les efforts renouvelés pour relancer les relations tendues entre Jérusalem et le bloc de pays européen».

On apprend maintenant par les médias israéliens qu’en fait Netanyahou n’a jamais vraiment été invité, et qu’il a mis les pays européens devant un fait accompli en annonçant sa présence à ce sommet. “The Times of Israel” affirme ainsi que «les ministres des Affaires étrangères voient la participation du Premier ministre à une réunion à Bruxelles comme un coup arrangé dans leur dos et affirment qu’Abbas recevra une invitation similaire».

C’est la télévision israélienne “Channel 10” qui a recueilli le témoignage d’un diplomate européen. Il en ressort qu’aucune invitation officielle n’a jamais été adressée à Netanyahou.  Tout au plus a-t-il été invité par le ministre des Affaires étrangères de la Lituanie – qui n’avait pas jugé utile de demander l’accord ni d’informer d’autres diplomates de haut rang – pour participer à un petit-déjeuner avant la rencontre. Et il en a profité pour claironner publiquement qu’il participera au sommet, à la grande stupéfaction et la grande la colère de pas mal de responsables européens.

«C’est l’Union Européenne, pas le Congrès américain, Netanyahou ne peut pas s’inviter lui-même», a déclaré un diplomate européen à la télévision “Channel 10”, en faisant référence au discours de Netanyahou prononcé devant le Congrès des États-Unis contre l’accord sur le nucléaire iranien en mars 2015, et qui avait été organisé dans le dos de l’administration Obama.

Plusieurs [ministres] étaient au début opposés à la manœuvre du dirigeant israélien de s’inviter lui-même à un forum de haut niveau”, écrit The Times of Israel. Mais lui signifier que sa présence n’était pas souhaitée aurait évidemment déclenché un incident diplomatique, et il est plus que probable que, comme d’habitude, les 28 pays de l’UE auraient vite étalé leurs divisions, comme il le font à tout propos. L’UE n’a pas besoin de problèmes supplémentaires…

Le reportage de “Channel 10” cité par The Times of Israel expliquait que la cheffe de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, qui était elle-même furieuse du coup de force de Netanyahou, a finalement trouvé un accord avec les ministres des pays membres : Netanyahou sera admis à rencontrer les Ministres européens des Affaires étrangères, mais il est entendu qu’une invitation similaire sera, dans un avenir proche, adressée au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et que la question palestinienne sera en tête de l’ordre du jour quand les ministres des Affaires étrangères recevront Netanyahou.

Certains vont jusqu’à affirmer que “des questions difficiles” lui seront posées. Ce dont on se permet de douter un peu quand même, vu le courage légendaire de la diplomatie européenne face aux lobbies pro-israéliens.

Luc Delval  | 1 décembre 2017

Source: http://www.pourlapalestine.be/netanyahou-invite-au-sommet-de-lue-le-11-decembre-il-ne-sera-pas-le-bienvenu/

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lundi 27 novembre 2017

Arabie Saoudite : Après la tentative de coup d’état

Comme l’a titré le quotidien Al-Akhbar, dès le lendemain de l’annonce de sa démission sur la chaine de télévision saoudienne Al-Arabia, le Premier ministre libanais Saad Hariri serait l’« otage » du jeune prince héritier Mohamad Ben Salman (MBS). La démission surprise de Saad Hariri constitue sans doute l’un des dégâts collatéraux d’une tentative de coup d’Etat fomenté par les princes, hommes d’affaires et responsables militaires du clan de l’ancien roi Abdallah et d’autres cercles – religieux notamment -, victimes de la révolution de palais mené par l’actuel roi Salman (83 ans) pour installer définitivement son fils MBS (32 ans) sur le trône !

ARG LIBAN CARTE REGION

OTAGE ET PRISONNIER

Otage et prisonnier de la monarchie wahhabite, Saad Hariri l’est à plusieurs titres : Premier ministre libanais, mais détenteur d’un passeport saoudien, Saad Hariri et sa famille restent historiquement liés au clan Abdallah. Le Premier ministre libanais partage les options régionales de l’ancien roi d’Arabie : conservatisme sunnite, fermeté vis-à-vis d’Israël et évitement d’un durcissement immodéré avec l’Iran. Cette posture l’a amené à accepter l’accession du général Michel Aoun à la présidence du Liban, après avoir tendu la main à Sleiman Frangieh, le chef des Marada, lui-aussi partisan du camp du « 8 mars », allié au Hezbollah.

En obligeant Saad Hariri à démissionner de ses fonctions d’une manière si brutale, MBS le force aussi à renoncer à la participation du Hezbollah aux pouvoirs exécutif (deux ministres font actuellement partie du gouvernement) et législatif (13 députés sur 128) libanais et, par conséquent, à renier son pragmatisme consensuel qui avait permis au Pays du Cèdre de sortir de plusieurs années de blocage politique. Et pour qu’il boive le calice jusqu’à la lie, Riyad oblige Saad Hariri à effectuer une visite aux Emirats arabes unis, l’autre partenaire de l’Arabie saoudite partisan d’un durcissement des relations avec l’Iran et le Qatar. Le Premier ministre libanais a dû aussi accorder une interview effectuée depuis Riyad à la chaine libanaise Future-TV(organe du camp du 14 mars auquel appartient Saad Hariri) le dimanche 12 Novembre. Il déclare qu’il est fier d’avoir démissionné depuis l’Arabie saoudite, ajoutant que « le roi Salman le considère comme un fils et qu’il respecte le prince héritier MBS ». Tout est dit !

Non sans cynisme, et en forçant ainsi le Premier ministre libanais à se transformer en VRP de sa politique belliciste, Riyad ose affirmer que Saad Hariri est bien libre de ses mouvements ! En réalité, toute la famille du Premier ministre libanais est retenue en résidence surveillée dans une banlieue résidentielle de Riyad, en dépit des tentatives de médiation libanaise, égyptienne, marocaine, palestinienne et française pour le ramener au Liban – lui et sa famille – ou les exfiltrer vers la France. Profitant de la visite d’Emmanuel Macron aux Emirats arabes unis, la diplomatie française aura mobilisé, en vain, toutes ses énergies.

L’actuel ambassadeur de France à Riyad, l’excellent François Gouyette, a remué des montagnes et des dunes. Il a pu s’entretenir seul à seul avec le Premier ministre libanais et comprendre que ce dernier et sa famille sont retenus en Arabie saoudite contre leur volonté. Bertrand Besancenot – ambassadeur de France à Riyad durant dix ans et actuel médiateur dans le contentieux opposant la monarchie saoudienne au Qatar – ainsi que le patron des services extérieurs (DGSE), Bernard Emié – ancien ambassadeur à Alger et Beyrouth – ont eux-aussi aussi mouillé la chemise, mais se heurtant à une absolue fin de non-recevoir du pouvoir saoudien.

Représentant la France à Beyrouth, l’ambassadeur Bruno Foucher a fait le tour des responsables politiques du Pays du Cèdre, s’assurant de leur volonté unanime à éclaircir les conditions de cette démission surréaliste, contraire à tous les usages. Avec sang-froid et maîtrise, le président libanais Michel Aoun a rejeté cette démission prononcée en dehors du territoire national, exigeant le retour de Saad Hariri au Liban afin qu’il puisse expliquer à ses pairs les raisons d’une telle décision. Seul le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, semble se réjouir du coup de force saoudien…

Sur la route du retour des Emirats arabes unis où il venait d’inaugurer le Louvre local, Emmanuel Macron a fait halte à l’aéroport de Riyad pour y rencontrer MBS, afin d’évoquer « les crises régionales » et le sort du Premier ministre libanais. En signant dernièrement avec Theresa May et Angela Merkel un communiqué commun appelant Donald Trump à ne pas défaire l’accord sur le nucléaire iranien, le président français a indisposé, non seulement Washington, mais aussi Riyad. Afin de rééquilibrer la donne, Emmanuel Macron a donc multiplié les déclarations de fermeté vis-à-vis de l’Iran – s’agissant notamment de son programme balistique – lors de sa visite de la base française d’Abu Dhabi. Mais cela n’a pas suffi à convaincre MBS de le laisser ramener Saad Hariri et sa famille à Paris pour sortir de l’impasse.

« MBS est maintenant prisonnier d’une fuite en avant comme le Prince de Machiavel : soit supprimer tous ses opposants d’un coup, soit succomber lui-même à ses opposants », explique un expert libanais de la monarchie wahhabite qui souhaite conserver l’anonymat ; « à 32 ans, ce jeune prince sans expérience pense qu’avec l’argent il peut tout acheter alors que ses décisions sont des échecs patents, en Syrie, au Yémen et au Bahreïn- où la répression quotidienne par les forces saoudiennes de sécurité contre une population majoritairement chi’ite indispose aussi fortement les minorités chi’ites des provinces pétrolières saoudiennes régulièrement secouées par des mouvements de protestation tout aussi violemment réprimés. Sa conception géopolitique du monde la plus sophistiquée se réduit à celle de la planète des singes… »

REVOLUTION ET CONTRE-REVOLUTION DE PALAIS

Roland Lombardi1 nous rappelle opportunément l’exemple le plus frappant de la détermination de MBS à détenir la totalité du pouvoir entre ses seules mains : « le cas du puissant et incontournable prince Mohammed ben Nayef Al Saoud (57 ans et propre cousin du jeune prince), ancien Monsieur Sécurité et anti-terrorisme du royaume et véritable version bédouine d’un Joseph Fouché ou d’un J. Edgar Hoover est emblématique. Il a été évincé en juin dernier de son ministère de l’Intérieur, de son poste de vice-Premier ministre et surtout de son statut de prince héritier… Tout cela engendre frustrations, rancœurs et fait de nombreux mécontents parmi les élites et les notables écartés du pouvoir ».

Dans les milieux religieux, ce ne sont pas moins d’un millier d’imams wahhabites jugés extrémistes qui ont été mis à l’ombre en quelques semaines, comme en témoignent les dernières arrestations de Salman al-Awda, Awad al-Qarni et Ali al-Omari, trois prédicateurs conservateurs très populaires. D’autres arrestations concernent notamment des personnes étroitement liées à la famille du défunt prince héritier et ministre de la Défense Sultan ben Abdel Aziz, mort en 2011. Le nombre des comptes en banque, appartenant à des particuliers, qui ont été gelés, est passé de 1 200 à plus de 1 700, précise-t-on de sources bancaires.

La dernière décision de MBS visant à permettre aux femmes de conduire leur propre voiture sans être accompagnées d’un chaperon, a été perçue par le Conseil des Oulémas et tous les gardiens du wahhabisme – qui sert toujours de fondement aux lois de la monarchie – comme un véritable défi et une concession faite à l’administration américaine.

Cette révolution de palais, à la fois autoritaire et tintée de modernisme, est couverte, sinon encouragée par Donald Trump lui-même, qui a décidé de miser sur le jeune prince héritier à trois conditions : moderniser, sinon « occidentaliser » les usages de la vie quotidienne de la monarchie ; combattre le radicalisme salafiste et arrêter de financer le terrorisme islamiste ; enfin, orienter principalement la politique étrangère de la monarchie contre l’Iran en se rapprochant d’Israël. Cette « couverture » américaine est principalement le fait de quatre personnages clefs : Jared Kushner (36 ans), le gendre et proche conseiller de Trump, farouchement pro-israélien ; le général H. R. McMaster conseiller à la sécurité nationale ; le général James Mattis Secrétaire à la Défense et le chef de cabinet de la Maison blanche, le général John Kelly.

Les trois derniers connaissent bien les arcanes de l’Orient compliqué et cherchent à tourner la page d’une Arabie saoudite impliquée dans les attentats du 11 septembre 2001 : 17 des 19 pirates de l’air étaient Saoudiens ou d’origine saoudienne. Le 20 mai 2017 à Riyad, devant une cinquantaine de pays sunnites, Donald Trump adoube l’Arabie saoudite comme la seule et unique puissance régionale du Proche-Orient aux côtés d’Israël. Non content de vendre plusieurs centaines de milliards d’armements aux monarchies du Golfe, Donald Trump appelle – en convergence de moins en moins cachée avec Israël – à « isoler l’Iran », accusé de « soutenir le terrorisme ».

Parmi les 10 000 princes saoudiens, ces orientations ne font pas l’unanimité, surtout le rapprochement amorcé avec Tel-Aviv. Ajoutées à l’autoritarisme grandissant de MBS et à sa volonté affichée d’accaparer la totalité du pouvoir, plusieurs manifestations populaires ont été violemment réprimées dernièrement, notamment dans la province du Assir, la région stratégique des terminaux gaziers et pétroliers. Plusieurs sources locales parlent même d’affrontements armés faisant plusieurs dizaines de victimes. Il n’en faut pas plus pour que le Palais dénonce une tentative de coup d’Etat, lui permettant de finir de décapiter toute espèce d’opposition au nom d’une soudaine « lutte contre la corruption ».

Jared Kushner arrive à Riyad en catastrophe. Durant la nuit de samedi à dimanche dernier, il reste en compagnie de MBS jusqu’à 4 heures du matin, tandis que la Vème Flotte2 est mise en alerte. Plusieurs escadrilles de la chasse américaine survolent Djeddah et le Nedj, couverts par un appareil de surveillance AWACS (Airborne Warning and Control System). Accréditant qu’il y a bien eu tentative de coup d’Etat, le CENTCOM reste en alerte, particulièrement mobilisé pour la protection de Dubaï après l’affirmation d’un journal iranien disant qu’il suffirait d’un missile sur cette ville pour faire éclater « la bulle financière des Emirats arabes unis ».

ARRESTATIONS ET ATTENTATS

Simultanément à cette purge sans précédent engagée par MBS contre ses opposants, dimanche 5 novembre l’hélicoptère du prince Mansour ben Moqren – vice-gouverneur de la province du Assir (dans laquelle se sont déroulées les manifestations anti-MBS) – s’écrase près d’Abha à proximité de la frontière du Yémen. « D’autres responsables militaires » se trouvaient à bord de l’appareil a précisé la chaine pro-gouvernementale Al-Arabia, laissant entendre que l’appareil avait été victime, soit d’une avarie technique, soit d’un tir des rebelles yéménites houthi…

Accusés d’être soutenus par l’Iran, ces derniers ont revendiqué avoir tiré un missile sur une distance de plus de 750 kilomètres pour viser l’aéroport de Riyad. Il s’agit de la première attaque du genre visant la capitale saoudienne. Si plusieurs officiers européens de renseignement confirment la paternité « houthi » du tir de ce missile sur Riyad, ces mêmes sources se montrent plus dubitatives quant au crash de l’hélicoptère du prince Moqren. Certains estiment qu’aucune indication de tir de proximité n’a été relevé et que l’explosion est intervenue de l’intérieur de l’appareil…

Dans ce contexte de « tension extrême », selon les propres termes d’un ambassadeur européen en poste à Riyad, le roi Salman a signé deux décrets. Le premier entérine la mise à la retraite anticipée et l’arrestation de l’émir Metab ben Abdallah, le puissant chef de la Garde nationale saoudienne – un corps d’élite de 200 000 hommes chargé d’assurer la sécurité de la capitale et de lutter contre le terrorisme. Le même texte officialise aussi les arrestations du vice-amiral Abdallah al-Sultan, aux commandes de la marine saoudienne depuis 2014 et du ministre de l’Economie et du Plan Adel Fakih.

Un second décret a installé une Commission de lutte contre la corruption, sous la présidence de MBS. Cette nouvelle instance décide aussitôt d’appréhender onze princes, quatre autres ministres en exercice et une dizaine d’anciens ministres dont l’émir Turki ben Abdallah, l’ancien gouverneur de la province de Riyad, lui aussi proche du clan Abdallah. Dans le même temps, à New York, on annonçait que l’offre publique d’achat pour la privatisation effective de l’ARAMCO serait lancée non pas à Riyad, mais… à Wall Street à la plus grande joie du président Trump !

Fait aussi partie de la charrette l’homme d’affaire Walid ben Talal, considéré comme l’un des hommes les plus riches du monde. Sa société Kingdom Holding Company est actionnaire de Citigroup, Apple, Twitter et Euro-Disney notamment. Son animosité envers le président américain Donald Trump pourrait être l’une des raisons de son arrestation. Deux autres hommes d’affaires opposés à MBS font partie du lot : Walid ben Ibrahim al-Ibrahim, le propriétaire de la MBC (Middle East Broadcasting Company) ayant refusé dernièrement de vendre ses chaines à MBS et Bakr ben Laden, le président du groupe Saudi BinLaden, référence lourde des attentats du 11 septembre 2001.

Toutes ces personnalités- soit plus de 1 500 personnes – ont été enfermées à l’hôtel Ritz de Riyad où a été aussi transféré Saad Hariri. La presse officielle de la monarchie vient d’annoncer l’adoption d’une nouvelle loi anti-terroriste qui préconise notamment des peines d’emprisonnement de 5 à 15 ans pour diffamation ou insulte publique à l’égard du roi ou du prince héritier.

L’APRES AOUN A COMMENCE

« Indépendamment de l’insulte faite au peuple libanais, aujourd’hui, le jeune MBS fait exactement ce que Recept Erdogan a fait après la tentative de coup d’Etat visant à le renverser en juillet 2016 », explique un officier de renseignement en poste à Beyrouth, « il fait le ménage en neutralisant les grandes familles, les milieux sécuritaires, économiques et médiatiques suspectés, non pas d’avoir participé directement à la tentative de coup d’Etat, mais de l’avoir acceptée, sinon souhaitée. Avec l’aval des Etats-Unis, il est en train de mettre en place un régime dictatorial tout en libéralisant les mœurs et les réseaux sociaux, parce que c’est meilleur pour les affaires ».

La prise en otage du Premier ministre libanais par les autorités saoudiennes a principalement trois conséquences sur la situation libanaise : une remontée optimale de la menace terroriste (des attentats contre des cibles chi’ites sont à craindre, notamment dans le nord du pays et les régions et quartiers urbains chi’ites des grandes agglomérations) ; la suspension des élections législatives qui devaient avoir lieu en mai prochain ; et la recherche – qui s’annonce d’ores et déjà laborieuse – d’un nouveau gouvernement de « technocrates » où la présence du Hezbollah ne serait plus affichée.

D’une manière générique et organique, cette crise relance aussi la course à la succession de Michel Aoun pour la future présidence de la République. Dialectiquement, la prise d’otage de Saad Hariri foudroie les espoirs de Gibran Bassil de succéder à son beau-père à Baabda, sans parler de ceux du chef des FL Samir Geagea, le « tueur en série » de la guerre civile, aujourd’hui courroie de transmission au Liban des intérêts israéliens et saoudiens.

Victime de son double langage – critiquant le Hezbollah en Arabie saoudite et dans toute la région tout en s’affichant comme son allié sur la scène intérieure -, le premier est largement responsable de l’affaire Hariri. Obligé maintenant de sortir de ses ambiguïtés coutumières, il ne peut être un candidat sérieux à la succession de son beau-père ! Depuis qu’il est sorti de prison, le deuxième souffle sur les braises confessionnelles comme s’il rêvait de voir reprendre la guerre civile pour s’adonner à son occupation favorite : l’assassinat de tous ceux qui ne partagent pas son fantasme d’un réduit chrétien purifié ethniquement et religieusement !

« Dans tous les cas de figures », affirme un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « ni Gibran Bassil, ni Samir Geagea ne pourront prétendre à la succession de Michel Aoun, qui nécessitera un homme jeune, apaisé, populaire et ouvert ».

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch souhaite la libération prochaine de Saad Hariri et de sa famille, ainsi que la stabilité de notre cher Liban ! Bonne lecture et bonne semaine !

Richard Labévière
13 novembre 2017

1 Roland Lombardi – docteur en histoire, consultant indépendant en géopolitique et analyste au sein du groupe JFC Conseil. « Arabie saoudite : La “Nuit des Longs Cimeterres” se poursuit… » 8 novembre 2017.
2 La Cinquième flotte de l’US Navy a été créée le 26 avril 1944 puis supprimée en janvier 1947. Dans les années 1990, suite à la guerre du Golfe, le Pentagone a décidé de créer une flotte chargée des forces navales au Moyen-Orient. Elle est donc recréée le 1er juillet 1995. Son quartier général se trouve à Manama, au Bahreïn. Le soulèvement bahreïni de 2011 aurait conduit le commandement américain à envisager d’implanter le quartier général de la flotte dans un pays plus stable, le Qatar ou les Émirats arabes unis. La Ve flotte opère sous l’autorité du CENTCOM.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 13-11-2017

https://www.les-crises.fr/arabie-saoudite-apres-la-tentative-de-coup-detat-par-richard-labeviere/

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dimanche 26 novembre 2017

Démission de Hariri et nouveaux plans de guerre

S’il est incontestable que la restitution faite par les médias de la démission « forcée » de Saad Hariri est incomplète, il reste à s’interroger sur sa véracité. Etant donné l’assujettissement de Hariri au bloc constitué par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis, sa démission « forcée » ressemble davantage au licenciement d’un cadre d’entreprise qui n’a pas répondu aux attentes de sa hiérarchie. Sommé de quitter ses fonctions, Hariri a suivi cet ordre à la lettre, allant jusqu’à publier un communiqué dicté par les Saoudiens, accusant le Hezbollah et l’Iran de semer la discorde dans la région, et faisant état d’un complot d’assassinat dirigé contre lui.

ARG LIBAN CARTE REGION

C’est pourtant bien l’Arabie Saoudite qui sème la discorde, en accusant le Hezbollah et l’Iran d’être à l’origine de cette démission, avec l’intention manifeste de plonger le Liban dans le chaos. Comme cela était à prévoir, Netanyahou a immédiatement sauté sur l’occasion, en déclarant que cette démission était un appel à la « communauté internationale » pour qu’elle prenne des mesures contre l’attitude agressive de l’Iran ; une déclaration qui  n’a été prise par personne pour argent comptant, pas même par les Sunnites libanais. Le Hezbollah a réagi de façon mesurée ; c’est finalement l’Arabie Saoudite qui ressort de l’affaire dans la plus mauvaise posture. Vue depuis l’Iran, la démission de Hariri était un complot manigancé par Trump et le Prince héritier Muhammad bin Salman.

Hariri, quant à lui, n’est pas rentré au Liban, où il aurait pu défier les Saoudiens en reprenant son poste, mais s’est rendu en France, où il a été accueilli à l’Elysée par le président Macron. Aussitôt après s’être entretenu avec Hariri, Macron s’est entretenu avec Trump par téléphone de la « menace » iranienne et des modalités pour y faire face. Selon le Président libanais, Michel Aoun, Hariri aurait annoncé son retour à Beyrouth pour le 22 novembre, date anniversaire du jour où le Mandat français au Liban a pris fin. Les différents partis libanais, dont le Hezbollah, continuent de considérer Hariri comme le Premier Ministre. Reste à savoir de quelle façon les événements vont s’orchestrer après son retour.

Que cache toute cette affaire ? Quel est le lien entre la démission (forcée ou non) de Saad Hariri et le reste de l’actualité saoudienne, notamment l’arrestation de plusieurs personnalités influentes du royaume et la confiscation de leurs biens, dont la valeur avoisine quelques 800 milliards de dollars ? Refuser de voir un lien entre ces événements ferait la part trop belle à la coïncidence.

Prétendre que cette purge au sein de la noblesse saoudienne entre dans le cadre d’une opération de lutte contre la corruption est un leurre, puisque celle-ci est constitutive de la gouvernance saoudienne, tant sur le plan intérieur que sur celui de sa politique étrangère. Si l’argument de la corruption ne sert que de couverture, pourquoi ces princes ont-ils été limogés ? Ne serait-ce pas plutôt le signe de leur contestation des erreurs politiques de leur pays, en Syrie et au Yémen, et de leur opposition à ce qui, est clairement en train de passer d’un projet à une réalité : une guerre contre l’Iran menée par les Etats-Unis, Israël et l’Arabie Saoudite ? Ils ne seraient pas les seuls à considérer que le Prince Muhamad bin Salman est irréfléchi, imprudent et prêt à mettre dangereusement en cause la stabilité du royaume saoudien, et à estimer que son accession au trône serait littéralement une ineptie.

Des signaux émis par Israël au cours des six derniers mois annoncent clairement l’imminence d’un nouveau conflit. Il est également acquis que ce pays recevra l’appui, non seulement des Etats-Unis, mais aussi de l’Arabie Saoudite. Cette dernière a, conjointement avec Israël, poussé à la guerre contre l’Iran à plusieurs reprises ces dix dernières années, mais les Etats-Unis ont repoussé le déclenchement d’un conflit armé ouvert, leur priorité restant la Syrie : si  l’Etat syrien était anéanti, l’axe de l’alliance stratégique Iran – Syrie – Hezbollah devait lui aussi s’effondrer. Ce plan B a été en partie contrecarré par le refus du Conseil de Sécurité de l’ONU, grâce aux vétos russe et chinois, d’autoriser une guerre aérienne en Syrie dans la droite ligne de l’attaque précédemment menée en Libye. Il a donc fallu en venir au Plan C, qui consistait à s’appuyer sur une guerre d’usure, menée par des intermédiaires takfiri (branche issue d’une scission des Frères Musulmans),  organisée, financée et armée principalement par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar, Israël, la Grande-Bretagne et la France, et coordonnée avec l’appui d’un ensemble de pays allant des Balkans à l’Asie Centrale. Sept ans plus tard, ce plan C est dans une impasse. « L’axe de la réaction » (Etats-Unis, Israël , Arabie Saoudite) a subi un revers cuisant de la part de « l’axe de la résistance » (Iran, Syrie et Hezbollah). L’intervention russe a été décisive, entraînant sa victoire et une humiliation sans précédent des Etats-Unis.

La liste des revers subis par « l’axe de la réaction » ne s’arrête pas là. L’échec de la tentative d’indépendance des Kurdes au nord de l’Irak lui a aussi porté un coup sévère. Les Etats-unis et Israël attisaient depuis plusieurs dizaines d’années ces velléités d’indépendance, considérant que cette partie nord de l’Irak constituait un centre stratégique pour leurs opérations militaires et de renseignement au Moyen-Orient. Les initiatives de « zone d’exclusion aérienne » et de « zone de sécurité » prises par les Américains et les Britanniques dans les années 1990/1991 ont été les premières étapes de ce morcellement planifié de l’Irak, pays dont l’unité ne correspondait plus aux visées impérialistes. L’invasion de 2003 et l’imposition d’une constitution dictée par les Etats-Unis ont, en affaiblissant le gouvernement central, favorisé l’autonomie des Kurdes. Le plan était que cette autonomie aboutisse à l’indépendance, offrant ainsi une nouvelle base aux Etats-unis et à Israël pour intervenir au Moyen-Orient.

Même les Etats-Unis étaient opposés à ce référendum convoqué par Masoud Barzani : considérant qu’ils avaient déjà obtenu ce qu’ils voulaient, ils estimaient que les risques de troubles qu’entraînerait ce référendum prématuré étaient supérieurs à son enjeu.

Des prévisions qui se sont avérées justes. La Turquie et l’Iran ont réagi viscéralement, suspendant les vols et fermant les passages de frontières : l’armée irakienne a repris Kirkouk et l’ensemble du territoire conquis par les Peshmerga en 2014. Barzani a démissionné de son poste de président du Gouvernement Régional du Kurdistan (KRG) : Jalal Talabani, le chef de l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) est mort il y a peu, privant  les Kurdes de dirigeant, et les laissant s’entre-déchirer sur la question de savoir qui est  responsable de cette débâcle. L’iraq se reconstruit actuellement en tant qu’Etat unitaire. Le développement des Unités de Mobilisation Populaire  (PMF) qui sont majoritairement chiites, constitue un puissant renfort pour l’armée régulière. De plus, le gouvernement de Bagdad travaille en étroite coopération avec la république Islamique d’Iran.

Le paradoxe est que ces défaites ont dangereusement accru le risque d’une nouvelle attaque de l’ « axe de la réaction » contre l’ « axe de la résistance ». Car il est hors de question que la Russie, l’Iran, la Syrie et le Hezbollah puissent sortir victorieux du conflit. C’est à peine si le chef d’Etat-Major israélien, Gabi Eisenkot, a eu besoin de déclarer, comme il l’a fait récemment, que l’entente israélienne avec le Royaume d’Arabie saoudite était totale, face à l’influence croissante de l’Iran – qu’il a même qualifiée d’ « hégémonie » – au Moyen-Orient. Dans l’incapacité d’ imposer son diktat à l’une des régions les plus pauvres du monde, le Yémen, l’Arabie Saoudite serait un piètre allié d’Israël dans une confrontation armée contre des ennemis aussi dangereux que le Hezbollah et l’Iran. Mais elle est riche et, selon Hasan Nasrallah, s’est engagée à mettre plusieurs milliards de dollars dans une nouvelle guerre contre le Hezbollah.

Dans la mesure où Israël a toujours une prochaine guerre à l’étude, le point central est de savoir « quand » elle sera déclenchée plutôt que de se demander si elle aura lieu. Le pays a procédé ces derniers mois à des exercices militaires terrestres et aériens d’une envergure sans précédent dans sa récente histoire militaire, avec une  préparation spécifique à un affrontement contre le Hezbollah, incluant notamment l’entraînement au combat dans des tunnels. Il a averti plusieurs fois ces dernières années qu’il appliquerait la « stratégie Dahiyeh » lors de sa prochaine offensive au Liban, et se livre actuellement à un travail de propagande expliquant que le Liban n’existe plus qu’en tant qu’enclave du Hezbollah contrôlée par l’Iran.

Rappelons que Dahiyeh est  à la fois la banlieue majoritairement peuplée de Chiites de Beyrouth et le QG du Hezbollah, qui a été anéanti lors du raid aérien de 2006. Au vu du nombre considérable de victimes civiles qu’Israël entend ainsi infliger lors d’un prochain conflit, l’Iran et la Syrie auraient du mal à limiter leur implication aux seuls moments de leurs interventions, et Israël, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite se retrouveraient avec leurs trois principaux ennemis directement à portée de tir. Le refus américain de retirer ses troupes et de démanteler dès à présent ses bases aériennes en Syrie, dans la mesure où l’Etat Islamique a été « défait » – même s’il leur sert encore d’alibi  –  a probablement un lien avec ces préparatifs en vue du conflit à venir.

La bataille que mène Israël au Moyen-Orient depuis 1948 pour exister atteint maintenant un point critique. Le pays peut imaginer qu’il a devant lui tout le temps nécessaire pour finir d’avaler la Cisjordanie, mais il ne dispose pas de cet avantage sur le front régional. Si l’Iran est à présent plus puissant qu’il ne l’était avant les guerres d’Irak et de Syrie, il le sera encore plus d’ici deux à trois ans. Il dispose d’une immense armée régulière, a mené une guerre très destructive contre l’Irak (1980-89) et s’est considérablement impliqué dans la défense de la Syrie, tant au niveau de la planification que durant les combats eux-mêmes ; et il s’est doté d’un arsenal conséquent de missiles de courte et longue portée, de fabrication nationale.

Par comparaison, Israël n’a pas combattu une armée régulière depuis 1973 : en 2000, ses troupes ont été chassées du Liban par une armée de guérilla, et lorsqu’il a tenté de récupérer ses territoires perdus dans une nouvelle offensive lancée en 2006, son armée de terre s’est trouvée dans l’incapacité de prendre le moindre village, y compris ceux situés à deux pas de la ligne de démarcation. Ses offensives contre Gaza ont consisté en assauts menés contre une population majoritairement civile et sans défense.

Dans la mesure où, depuis 1948, il assoit sa sécurité, non pas sur la diplomatie, mais sur une complète domination militaire, allant de la possession d’armes nucléaires à l’artillerie conventionnelle de base, Israël ne peut tolérer la situation actuelle, qui voit ses ennemis continuer à consolider leur puissance. Hostile à tout accord diplomatique qui pourrait déboucher sur un réel accord de paix, Israël doit partir en guerre. Il se dit plus fort et mieux préparé qu’en 2006, mais l’Iran et le Hezbollah le sont aussi. A lui seul, le Hezbollah dispose d’une énorme provision de missiles capables d’atteindre n’importe quel point de la Palestine occupée : « Dôme de fer », le système anti-missiles d’Israël pourra en arrêter quelques-uns, mais pas tous.

Si la guerre a lieu, Israël endurera sans doute des pertes civiles sans précédent dans son histoire ; mais les politiciens et généraux qui entourent Netanyahou sauront argumenter en disant que ce danger existentiel exige des sacrifices. Les Etats-Unis viendront en renfort d’Israël, mais il ne faut pas s’attendre à ce que la Russie reste assise à regarder ses alliés du Moyen-Orient se faire anéantir. Le journaliste Abd al Bari Atwan nous a averti que cette guerre, si elle devait avoir lieu, serait la plus destructrice que la région ait connue et dégénérerait en un conflit global. Il  a également mis en doute la capacité d’Israël de survivre à ce conflit, après l’avoir déclenché. Nous sommes réellement face à un scénario d’apocalypse.

Comme d’habitude, les Palestiniens se trouvent pris en tenailles dans ce  conflit. Mahmoud Abbas est incité de toutes parts – et même par l’Arabie Saoudite – à se rallier à l’ « initiative de paix » de Trump-Kushner-Israël. Ce qui le conduirait à adopter publiquement les positions anti-iraniennes, anti-Hezbollah et anti-chiites des Saoudiens, à un moment où il a engagé une procédure de réconciliation avec le Hamas, qui, lui, a refusé de prendre position contre le Hezbollah. Plusieurs de ses hauts dirigeants se sont rendus récemment à Téhéran. Pour le moment, tous les yeux sont tournés vers Hariri et son retour à Beyrouth : comment va-t-il s’expliquer, reprendra-t-il son poste de Premier Ministre, et sous quelles conditions ?

Par Jeremy Salt | 21 novembre 2017

Anciennement journaliste, Jeremy Salt est maintenant enseignant au Département des Sciences Politiques et de l’Administration Publique de l’Université Bilkent d’Ankara, où il dispense des cours sur l’histoire contemporaine et la propagande au Moyen-Orient. Son dernier ouvrage s’intitule « The Unmaking of the Middle East. A History of Western Disorder in Arab Lands » (Berkeley: University of California Press, 2008.) (La destruction du Moyen-Orient – Le désordre occidental dans les pays arabes)

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Mohammed ben Salmane officialise des décennies de rapprochement entre l’Arabie saoudite et Israël

Les Saoudiens ne tarderont sans doute pas à voir le drapeau israélien hissé sur un toit à Riyad

ARG ISRAEL ARABIE

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) ne manque aucune occasion de choquer l’opinion publique – peut-être pas si involontairement que cela – locale et mondiale.

L’entretien que le chef de l’armée israélienne, le lieutenant-général Gadi Eisenkot, a accordé la semaine dernière au site d’informations saoudien Elaph (en langue arabe) est un autre signe du changement significatif de la politique saoudienne, régionale et internationale, depuis que le prince héritier est parvenu au sommet du pouvoir dans son propre pays.

Rapprochement entre Saoudiens et Israéliens

L’entretien a été publié et signalé dans Haaretz et, le même jour, Middle East Eye a révélé en exclusivité que la monarchie jordanienne était extrêmement préoccupée de voir les Saoudiens si empressés de faire la paix et normaliser les relations avec Israël, aux dépends des Jordaniens et des Palestiniens.

La Jordanie a signé son propre traité de paix avec Israël en 1994 mais semble néanmoins craindre un retour de bâton si les Saoudiens devaient conclure un accord qui supprimerait le droit au retour des Palestiniens.

Mais il serait inexact de supposer que le rapprochement entre Saoudiens et Israéliens a commencé avec l’ascension de MBS. Pendant quelques années, plusieurs Saoudiens, agissant ostensiblement à titre personnel, ont été chargés de la tâche d’explorer et de tâter le terrain ou, du moins, en ont-ils reçu le feu vert.

Deux d’entre eux, en particulier, ont rencontré des responsables israéliens à différents niveaux et dans diverses enceintes internationales. Ils ont même fait plusieurs visites en Israël : l’ancien chef du Renseignement saoudien, le prince Tourki ben Fayçal, et l’ancien général saoudien, Anwar Eshki.

Certains vont même jusqu’à faire remonter à 1981 l’année où le prince héritier Fahd ben Abdelaziz s’est mis en tête de commercer avec Israël, car c’est en novembre cette année-là qu’il a, lors de la conférence au sommet arabe de Fès (Maroc), proposé son plan de paix en huit points.

C’était un peu moins de trois ans après que l’Égypte provoque la division du monde arabe en signant unilatéralement son propre traité de paix avec Israël, à Camp-David en 1978. Le plan de paix de Fahd ne s’est jamais concrétisé parce qu’il n’est pas parvenu à obtenir l’aval de la majorité arabe.

Il a fallu vingt ans de plus pour que les Saoudiens obtiennent le consensus de presque tous les Arabes sur ce qui était initialement une initiative de paix du prince héritier saoudien, Abdallah ben Abdelaziz. Ce projet devint alors le Plan de paix arabe.

Or, ce plan – où les Arabes offraient à Israël pleine reconnaissance et normalisation en échange d’un retrait israélien des frontières tracées avant juin 1967 – n’a jamais été véritablement accepté par Israël, du moins non sans de trop nombreuses réserves.

Réussite de la contre-révolution

La hâte actuelle de l’Arabie saoudite de normaliser ses relations avec Israël fait suite à des changements spectaculaires sur la scène politique.

Tout d’abord, les Saoudiens, premiers responsables – avec les Émirats arabes unis – du déraillement de la tentative de démocratisation du monde arabe, jubilent du succès de leur contre-révolution à rétablir l’ordre, tel qu’ils le définissent et le promeuvent – ordre qui leur garantit l’emprise sur le pouvoir et le monopole des ressources.

Suite à la défaite du Printemps arabe et à l’effondrement du soi-disant camp de la résistance – coalition qui, avant le Printemps arabe, comprenait l’Iran, la Syrie, le Hezbollah, le Hamas, le djihad islamique et d’autres factions de l’OLP – les Palestiniens ont été « lâchés » au milieu d’une crise sans précédent et les factions de leur mouvement de libération, le Hamas en particulier, ont désormais du mal à exister.

C’est alors qu’arriva Donald Trump, dont l’entrée à la Maison-Blanche marqua le début d’une nouvelle ère dans la politique américaine, promesse d’une approche différente du Moyen-Orient. Faire de la politique comme on fait des affaires, voilà qui semble convenir aux familles royales arabes de la région du Golfe, ainsi qu’aux chefs militaires égyptiens.

La première transaction commerciale conclue avec l’administration Trump fut l’adoubement par l’Amérique de MBS comme futur roi d’Arabie saoudite, en échange de centaines de milliards d’investissements saoudiens aux États-Unis. L’accord a également ouvert la voie à une normalisation des relations des pays du Golfe avec Israël.

L’accord, négocié par le prince héritier Mohammed ben Zayed d’Abou Dabi (appelé aussi MBZ), fut consommé lors du sommet de Riyad, où les dirigeants de presque 50 pays musulmans se sont rassemblés pour rencontrer le nouveau président américain. Depuis, Trump a transmis le dossier à son gendre, Jared Kushner, connu pour ses liens commerciaux, politiques et idéologiques privilégiés avec Israël.

Un prétexte utile

L’Iran et ses mandataires dans la région ont offert au prince héritier saoudien une série de prétextes extrêmement utiles pour lui permettre d’avancer bille en tête vers la conclusion d’un accord avec Israël.

Après avoir lamentablement échoué tant au Yémen qu’en Syrie et en Irak, l’Arabie saoudite a perdu énormément de terrain au profit des Iraniens, qui, à maintes reprises, se sont vantés de leurs succès et de tirer désormais les ficelles dans le gouvernement des capitales de quatre pays arabes : le Liban, la Syrie, l’Irak et le Yémen.

L’Arabie saoudite n’hésite plus à souligner sa vision commune avec Israël au sujet de l’Iran et du Hezbollah. Leur hostilité commune envers l’Iran, considéré comme la plus grave menace pesant sur l’Arabie saoudite et Israël, aurait plus que jamais rapproché les deux régimes.

En septembre, il se disait même que le mystérieux prince saoudien de haut rang qui rendit visite à Israël n’était autre que le prince héritier lui-même. Pourtant, ce qui motive le plus les Saoudiens à fraterniser avec Israël, c’est encore le désir fébrile de MBS de devenir roi, avec la bénédiction du maître de la Maison-Blanche.

Le prince s’est montré disposé à faire tout le nécessaire pour répondre à cet urgent besoin, quel qu’en soit le prix. Il est fort probable que le train de mesures prises localement pour freiner toute opposition potentielle ne soit pas sans rapport avec cette quête de normalisation avec Israël.

Première collaboration importante

En retirant de la scène intellectuels, érudits, universitaires, académiciens, princes de haut rang, ainsi que magnats des affaires et des médias, tout en enlevant tout pouvoir aux institutions religieuses traditionnelles, MBS est convaincu qu’a été ôté de son chemin tout obstacle éventuel.

Tout cela n’est pas étranger non plus au fiasco de la détention du Premier ministre libanais, Saad Hariri, ni à l’annonce de sa démission à partir de la capitale saoudienne, Riyad.

Manifestement, les Saoudiens se sont hâtés de fomenter une crise qui pourrait, à leur avis, déboucher sur une confrontation israélo-iranienne au Liban et permettre, peut-être, la première collaboration significative entre le royaume et Israël.

Pendant une allocution télévisée, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a affirmé ceci : des sources crédibles l’ont averti que son organisation avait reçu des informations selon lesquelles l’Arabie saoudite venait d’offrir des milliards à Israël en prévision de la prochaine guerre contre le Hezbollah.

Parmi les événements spectaculaires de ces dernières semaines, citons la convocation à Riyad du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à qui on aurait signifié sans ambages qu’il devrait choisir entre soit collaborer à l’initiative de paix du président Trump, soit tout bonnement démissionner.

On pense qu’il s’agit d’une faveur accordée par MBS à Kushner – chargé de préparer le terrain pour préparer l’initiative de paix de Trump.

Les Palestiniens soumis au chantage

Les Palestiniens se trouvent dans une situation des plus embarrassantes. L’empressement du prince héritier saoudien à normaliser ses relations avec Israël semble les avoir pris de court, et ils ne sont pas les seuls.

Si des sources proches d’Abbas ont nié avoir reçu un ultimatum lors de sa brève visite à Riyad, en privé, l’Autorité palestinienne avouait craindre le pire.

Ces craintes ne tardèrent pas à se concrétiser. L’ultimatum saoudien fut bientôt confirmé et l’administration Trump lui apporta un soutien de taille.

Dans un acte flagrant de chantage, le Département d’État a informé les Palestiniens que leur autorisation d’occuper leur bureau de l’OLP ne serait pas renouvelée, sauf à remplir deux conditions : s’engager dans le processus de paix avec Israël et s’abstenir de poursuivre ce pays devant la Cour pénale internationale de La Haye.

Le cours des événements indique clairement que l’ultimatum posé par l’administration Trump – avertissant l’Autorité palestinienne (AP) qu’elle serait ostracisée pour en avoir appelé au droit international et aux institutions internationales – n’aurait pas pu l’être sans coordination avec les Saoudiens et les Israéliens.

Avant que les Palestiniens se remettent de leur choc, le ministre israélien de l’énergie, Yuval Steinitz, parla publiquement de l’étroite coopération entre Saoudiens et Israéliens, sans doute pas vraiment par hasard.

Bien que l’accent ait été mis sur la tentative de contester l’expansionnisme iranien, voici le message destiné aux Palestiniens : avec ou sans vous, « nous décollons ». Les remarques de Steinitz confirment ce que le chef d’état-major israélien a déclaré en début de semaine au site Elaph quant à la coordination sécuritaire et aux liens intimes tissés entre Israéliens et Saoudiens.

Selon certaines rumeurs, l’Arabie saoudite pourrait, dès la semaine prochaine, procéder au couronnement officiel de MBS, suite à l’abdication de son père. Les Saoudiens ne tarderont sans doute pas à voir le drapeau israélien hissé sur un toit à Riyad.

– Azzam Tamimi est un universitaire et activiste politique palestino-britannique.

Article original

Source: MEE

http://arretsurinfo.ch/mohammed-ben-salmane-officialise-des-decennies-de-rapprochement-entre-larabie-saoudite-et-israel/


 

BASE 15 995X225Je rappelle que ce type d'information a pour but d'éclairer les sympathisants et militants de ce qui se passe dans cette région, à chacun de juger en fonction de ses propres sources. Comprendre le monde actuel et surtout les arguments qu'on n'entend pas sur Radio- Paris est le devoir de toute personne qui souhaite s'impliquer dans les affaires publiques de façon honnête, à une époque de tensions internationales où la propagande fait rage dans chaque camp, et, au bout du compte, de tenter de rendre service à la France par une meilleure connaissance des dossiers. Tout contre- argument ou contre- article est bienvenu, comme vous le savez depuis la création de ce site: il suffit d'envoyer vos propositions à la délégation régionale.

P.G.

 

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vendredi 24 novembre 2017

Netanyahou reconnaît une «coopération secrète» entre Israël et les pays arabes

Si Israël n'a pas de relations diplomatiques officielles avec les pays arabes, Benjamin Netanyahou assure qu'ils entretiennent une «coopération secrète». Une confession qui s'inscrit dans le combat de l'Etat hébreu pour contrer l'influence de l'Iran.

«La coopération productive que nous avons avec les pays arabes est généralement secrète», a révélé le Premier ministre Benjamin Netanyahou lors d'un évènement organisé à la mémoire de la grande figure du sionisme David Ben Gurion, le 23 novembre.

«Je crois que nos relations [avec les pays arabes] vont continuer à mûrir et porteront le fruit d'une orbite de paix toujours plus grande», a-t-il poursuivi dans des propos rapportés par le Times of Israel. «Les habitants des pays voisins vont coopérer avec nous, parce qu'autrement, ils devront coopérer avec des esclavagistes étrangers», a-t-il encore fait valoir selon le site Ynet.

ACT IRAN ISRAEL ARABIE

Officiellement, l'Etat hébreu n'entretient de relations diplomatiques qu'avec l'Egypte et la Jordanie au Moyen Orient, les autres Etats de la région refusant tout contact avec Tel Aviv tant que les Israéliens occupent les territoires palestiniens conquis lors de la guerre des Six Jours, en 1967.

Mais Israël poursuit depuis peu un rapprochement diplomatique avec les monarchies sunnites du Golfe et d'autres nations musulmanes de la région, invoquant des intérêts et menaces communs, en premier lieu l'influence de l'Iran chiite.

Les propos du Premier ministre ne sont donc pas une surprise, le 19 novembre déjà, le ministre israélien de l'Energie, Yuval Steinitz, avait fait part de l'existence de contacts secrets avec le reste du monde arabe : «Nous avons en effet des liens qui sont partiellement secrets avec de nombreux pays musulmans et arabes et généralement [Israël] est la partie qui n'a pas honte [de ces liens].»

«C'est l'autre partie qui a intérêt à garder ces liens sous silence. Avec nous, généralement, il n'y a pas de problème, mais nous respectons la volonté de l'autre partie lorsque des liens se développent, qu'il s'agisse de l'Arabie saoudite ou d'autres pays arabes ou musulmans. Et il y en a bien d'autres», avait-il assuré lors d'une interview sur radio Tsahal.

https://francais.rt.com/international/45901-netanyahou-reconnait-cooperation-secrete-entre-israel-pays-arabe

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